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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Blanqui avait bien raison : maintenant, il faudra des armes aux prol&#233;taires !</title>
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		<dc:date>2023-04-03T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Voix des Travailleurs</dc:subject>

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&lt;p&gt;Blanqui avait bien raison : maintenant, il faudra des armes aux prol&#233;taires ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;violence&#034; des Gilets jaunes &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le pr&#233;tendu &#034;tournant&#034; de la manifestation syndicale du 23 mars les deux m&#233;thodes qui sont pr&#233;sent&#233;es aux travailleurs dans les grands media bourgeois et gouvernementaux, avec l'accord tacite des organisations de gauche, sont celles des manifestations &#034;pacifiques&#034; de l'intersyndicale et les actions d'un caract&#232;re &#034;violent&#034;, comme le furent pr&#233;tendument celles des Gilets (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot321" rel="tag"&gt;Voix des Travailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/9782355832345_Q-475x500-1.jpg' width=&#034;333&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Blanqui avait bien raison : maintenant, il faudra des armes aux prol&#233;taires !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#034;violence&#034; des Gilets jaunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le pr&#233;tendu &#034;tournant&#034; de la manifestation syndicale du 23 mars les deux m&#233;thodes qui sont pr&#233;sent&#233;es aux travailleurs dans les grands media bourgeois et gouvernementaux, avec l'accord tacite des organisations de gauche, sont celles des manifestations &#034;pacifiques&#034; de l'intersyndicale et les actions d'un caract&#232;re &#034;violent&#034;, comme le furent pr&#233;tendument celles des Gilets jaunes (GJ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le bris de vitrines et les feux de poubelles accompagnent tous les mouvements depuis des ann&#233;es, ce ne fut pas une caract&#233;ristique du mouvement des Gilets jaunes. Le premier mensonge de ces media, repris par la gauche et l'extr&#234;me gauche ralli&#233;e &#224; l'intersyndicale, est de faire oublier ce que fut ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui les GJ furent &#034;violents&#034; : ils firent peur au pouvoir bourgeois. Ils occupaient les ronds-points et les rues sans demander humblement d'un air soumis la permission aux pr&#233;fectures, comme le font les syndicats ! Une poign&#233;e de GJ sur un rond-point, cr&#233;ant un foyer de libre discussion, d'initiative pour des actions, m&#233;langeant travailleurs et petits-bourgeois, &#233;lecteurs de gauche, de droite, d'extr&#234;me gauche et d'extr&#234;me droite, c'&#233;tait l'embryon d'une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand Macron leur a lanc&#233; &#034;qu'ils viennent me chercher&#034;, les GJ n'ont pas attendu d'&#234;tre invit&#233;s comme le font les syndicats, ils ont tent&#233; de le faire, ne r&#233;ussirent pas, mais cr&#233;&#232;rent une atmosph&#232;re insurrectionnelle dans le Paris bourgeois ! Ils ne se soumirent pas &#224; l'Etat bourgeois comme le font l'intersyndicale et les partis de la Nupes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle diff&#233;rence entre ces GJ et un Berger, chef de la CFDT, qui apr&#232;s avoir pris une claque sur la joue droite par Macron, va tendre la joue gauche &#224; E. Borne lors d'une entrevue qu'elle lui propose et qui ne donnera rien. A l'Assembl&#233;e nationale, le parti de M&#233;lenchon la France insoumise ... s'est soumis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une lutte de classe qu'on men&#233;e les GJ, consciemment pour certains, sans le savoir ou le vouloir pour d'autres car p&#233;tris d'illusions petites-bourgeoises esp&#233;rant &#034;restaurer&#034; une vraie d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute lutte de classe est potentiellement violente, car le pouvoir politique des classes dirigeantes tient en dernier ressort gr&#226;ce &#224; leur contr&#244;le de l'appareil d'Etat. Lorsque la domination d'un classe sur les autres n'est plus accept&#233;e dans les cerveaux, l'Etat ne peut que r&#233;primer, que les opprim&#233;s aient eu recours ou non &#224; la violence, &#224; la &#034;m&#233;thode physique&#034; ou seulement &#224; la &#034;m&#233;thode morale&#034;, termes employ&#233;s par le premier mouvement ouvrier moderne, le chartisme en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas de parti r&#233;volutionnaire sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire affirmait L&#233;nine. Une th&#233;orie de la violence, c'est-&#224;-dire une compr&#233;hension des diff&#233;rentes formes de la violence sociale, est n&#233;cessaire aux ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque N. Arthaud pour LO invite les travailleurs &#224; d&#233;tourner leur regard de ces violences :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; n'est pas de mettre le feu aux poubelles, c'est de ne pas les ramasser tant que les travailleurs n'ont pas obtenu satisfaction. Pour se faire respecter, &#224; la fois de Macron et du grand patronat, rien n'est plus radical et efficace que de se mettre en gr&#232;ve, d'arr&#234;ter la machine &#224; profits des capitalistes et d'occuper les lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;elle oublie d'ajouter : des luttes ouvri&#232;res qui se radicalisent, c'est &#224; dire qui ne restent pas &#233;conomiques, mais intensifient la lutte de classe contre le patronat aussi sur le plan politique, aboutissent toujours &#224; des bris de vitrines, des incendies (moyen de d&#233;fense des Communards contre l'arm&#233;e versaillaise) des lynchages de policier ou de patrons, de g&#233;n&#233;raux, de rois. Certaines de ces violences vont dans le sens de la r&#233;volution, d'autre dans celui de la contre-r&#233;volution. La r&#233;volution est une guerre civile, une lutte arm&#233;e, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de disserter sur les &#034;feux de poubelles&#034;, de les d&#233;noncer comme &#034;r&#233;actionnaires&#034; (LO) ou &#034;radicaux&#034; (NPA), les &#034;r&#233;volutionnaires&#034; devraient rappeler aux travailleurs que Macron, comme tous les pr&#233;sidents de la R&#233;publique bourgeoise, n'est que le criminel en chef de la bourgeoisie, dissiper toutes le illusions pacifistes dans le r&#233;gime bourgeois. Mais les premiers propagateurs de cette illusion &#233;tant les conf&#233;d&#233;rations syndicales, les pseudo-r&#233;volutionnaires ayant d&#233;cid&#233; de s'y int&#233;grer ont abandonn&#233; cette propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les sociaux-d&#233;mocrates, r&#233;formistes, sont les partisans du pouvoir personnel, comme l'affirma L&#233;on Blum en 1917 alors que la Russie donnait l'exemple du pouvoir des soviets de travailleurs : &#171; &lt;i&gt;Dans un Etat d&#233;mocratique, la souverainet&#233; appartient en th&#233;orie au peuple et aux assembl&#233;es qui le repr&#233;sentent. Pratiquement elle est d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; un homme. La n&#233;cessit&#233; le veut ainsi. Il faut un chef de gouvernement comme il faut un chef d'industrie&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les pr&#233;sidents de la R&#233;publique bourgeoise ont tous du sang des exploit&#233;s sur les mains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier pr&#233;sident de la r&#233;publique &#233;lu Louis-Napol&#233;on Bonaparte (1848-1852) fit un coup d'Etat pour se proclamer empereur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolphe Thiers (1871-1873) fut le bourreau de la Commune de Paris, des 20 000 morts de la &#034;semaine sanglante&#034;, bapt&#234;me de notre r&#233;publique bourgeoise. Il avait d'ailleurs utilis&#233;, le 22 mars 1870, contre la Commune le qualificatif de &#034;factieux&#034; repris par Macron contre dans son entretien t&#233;l&#233;vis&#233; ... du 22 mars 2023 : &#171; Que Paris entre dans le droit commun, il faut qu'il ne soit plus en possession des factieux &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Gr&#233;vy (1879-1887) avait &#233;t&#233; pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e Nationale qui &#233;crasa la Commune de Paris ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sadi Carnot (1887-1894) fut l'assassin des travailleurs de Fourmies, le signataire de l'alliance franco-russe, apportant le soutien de la Bourse de Paris au r&#233;gime anti-ouvrier, antis&#233;mite de la Russie tsariste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armand Falli&#232;res (1906-1913) couvrit les meurtres par Cl&#233;menceau des travailleurs du b&#226;timent de Draveil et Villeneuve Saint-Georges ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Raymond Poincar&#233; (1913-1920) fut le boucher en chef de la guerre imp&#233;rialiste,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre Millerand (1920-1924) fit couler le sang des travailleurs allemands par l'invasion de la Ruhr ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gaston Doumergue (1924-1931) organisa la guerre coloniale du Rif, coupeur de t&#234;te des colonis&#233;s du Maroc ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albert Lebrun (1932-1940) fut l'assassin des ouvriers lors de la fusillade de Clichy, avant de transmettre les pouvoir &#224; P&#233;tain ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Auriol (1947-1954) pr&#233;sida la guerre d'Indochine ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Coty (1954-1959) la guerre d'Alg&#233;rie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de Gaulle (1958-1970), cr&#233;ateur de la Fran&#231;afrique, l'inaugura par l'assassinat de S. Olympio pr&#233;sident du Togo ; les crimes de Chirac (1995-2007) sont illustr&#233;s par la liste des dictateurs de la Fran&#231;afrique qui lui rendirent hommage &#224; son enterrement ; Mitterrand (1981-1995) fut le co-organisateur du g&#233;nocide du Rwanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces pr&#233;sidents ont des rues, places, avenues, m&#234;me des &#233;coles et squares o&#249; vont jouer les enfants, &#224; leur nom. Au moment o&#249; le pr&#233;sident Macron a focalis&#233;, &#224; juste titre le rejet d'une partie de la jeunesse suite &#224; l'utilisation du 49-3, les organisations d'extr&#234;me-gauche dont une grande partie des militants est dans le corps et les syndicats enseignants auraient pu faire une campagne contre tous ces pr&#233;sidents envers la jeunesse lyc&#233;enne et &#233;tudiante. Mais rien, ces organisations laissent le terrain &#224; la versaillaise V. P&#233;cresse qui entre en guerre contre Angela Davis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;respect des institutions&#034; est un signe du passage d'ex-r&#233;volutionnaires au r&#233;formisme. Ces organisations pr&#233;tendent vouloir refaire Mai 68, oubliant qu'une des principales manifestations criait &#034;10 ans &#231;a suffit !&#034;, r&#233;clamant donc la d&#233;mission de De Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Jaur&#232;s et la lutte des classes violente &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la violence s'est pos&#233;e d&#232;s les d&#233;buts du mouvement ouvrier en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jaur&#232;s comprenait que la violence de classe, qu'elle vienne de la bourgeoisie ou du prol&#233;tariat, est la cons&#233;quence de la dictature politique et &#233;conomique de la classe bourgeoise sur toute la soci&#233;t&#233;, est in&#233;vitable, due &#224; la nature du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant un des seuls hommes politiques bourgeois sinc&#232;rement r&#233;publicains dans l'histoire de France, il donna la solution bourgeoise id&#233;ale &#224; ces conflits (&#224; Cluses, un patron assassine un ouvrier gr&#233;viste) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'instituer par la loi un syst&#232;me de garanties sans lequel la lutte de classe, au lieu de se r&#233;soudre en harmonie socialiste, par une s&#233;rie de transactions, s'exasp&#232;rera jusqu'au meurtre patronal, comme &#224; Cluses, ou jusqu'&#224; de sanglantes repr&#233;sailles ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire fut donn&#233;e &#224; Jaur&#232;s par V. Griffuelhes, le syndicaliste r&#233;volutionnaire dirigeant de la CGT :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'article de Jaur&#232;s qui contient ces lignes, d&#233;gag&#233; de la phras&#233;ologie simpliste et du r&#234;ve qu'il expose, affirme la n&#233;cessit&#233; de la force. Sans doute, la r&#232;glementation indiqu&#233;e tend &#224; en &#233;viter l'emploi ; mais comme tout s'oppose &#224; cette r&#232;glementation, l'affirmation reste enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Car pour Jaur&#232;s &#233;galement la soci&#233;t&#233; capitaliste &#233;tait intrins&#232;quement violente :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Toujours votre soci&#233;t&#233; violente et chaotique, m&#234;me quand elle veut la paix, m&#234;me quand elle est &#224; l'&#233;tat d'apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nu&#233;e dormante porte l'orage.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1895 que Jaur&#232;s (pas en 1914, comme le disent syst&#233;matiquement des pseudo r&#233;volutionnaires qui ignorent et sous-estiment Jaur&#232;s), pronon&#231;ant ces paroles, d&#233;crivait la marche de l'Europe &#224; la guerre mondiale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui la lutte de la classe ouvri&#232;re, de sa lutte de classe pour son &#233;mancipation n'a pas sa place dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, quelque forme qu'elle prenne ; elle est essentiellement violente car ill&#233;gale, comme l'affirmait Pouget le camarade de Griffuelhes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'action directe peut avoir des allures bienveillantes et tr&#232;s pacifiques, et aussi des allures vigoureuses et violentes. Cela d&#233;pend des circonstances. Elle est de l'action r&#233;volutionnaire parce qu'elle n'a cure de la l&#233;galit&#233; bourgeoise et que sa tendance est d'obtenir des am&#233;lioration qui r&#233;alisent une diminution des privil&#232;ges bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette &#034;diminution des privil&#232;ges bourgeois&#034; fix&#233;e comme but de l'action directe (l'action des ouvriers directement contre la bourgeoisie, sans esp&#233;rer d'aide des parlementaires bourgeois) par Pouget est bien une lutte pour le pouvoir. C'est donc toujours une violence de classe, qui comme le d&#233;crit bien Pouget peut prendre des formes apparemment pacifiques ou violentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement contre la r&#233;forme des retraites, l'intersyndicale ne remet pas en cause la tutelle de l'Etat bourgeois sur les caisses de retraites des salari&#233;s, ce serait une &#034;diminution des privil&#232;ges bourgeois&#034;. Le parti LFI ne remet pas en cause le r&#233;gime pr&#233;sidentiel, dictature bourgeoise incarn&#233;e par un pr&#233;sident, car ce serait &#233;galement une &#034;diminution des privil&#232;ges bourgeois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violence et ill&#233;galit&#233;, destruction de l'Etat bourgeois qui n'est qu'une bande d'hommes arm&#233;s pour la d&#233;fense des &#034;privil&#232;ges bourgeois&#034;, tels sont les caract&#232;res de toute r&#233;elle lutte de classe, donc d'une r&#233;volution future, tout le contraire des processions et gr&#232;ves pacifiques et apolitiques auxquelles l'intersyndicale limite le mouvement actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce mouvement des retraites, l'extr&#234;me gauche opportuniste (LO, NPA, RP, UCL) a eu pour seule politique &#034;la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&#034;, tentant de cacher derri&#232;re ce slogan son suivisme derri&#232;re l'intersyndicale. Or ce slogan n'est qu'un leurre, faisant croire aux ouvriers qu'ils seront les plus radicaux ... en restant, miracle, dans un cadre l&#233;gal et pacifique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du mouvement ouvrier d&#232;s 1830, la classe ouvri&#232;re qui prenait conscience d'elle m&#234;me imagina cette id&#233;e simple : une action simultan&#233;e, planifi&#233;e de toutes les corporations, arr&#234;tant de travailler ; mais malgr&#233; tous les plans, le grand jour n'arriva pas, et n'arrivera jamais. Et cela n'emp&#234;cha pas la Commune de Paris et Octobre 1917 de se r&#233;aliser. La th&#233;orie de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut reprise autour de 1900 par la CGT, mais Griffuelhes dissipa la brume qui entourait ce mythe, un progr&#232;s &#224; la naissance du mouvement ouvrier, un leurre r&#233;actionnaire aux &#233;tapes suivantes du mouvement ouvrier. L'extr&#234;me gauche d'aujourd'hui en fait une incantation quasi religieuse, alors que d&#232;s 1904 Griffuelhes avait mis les choses au point :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La conscience ouvri&#232;re &#233;tait loin d'&#234;tre ce qu'elle est aujourd'hui, c'&#233;tait plut&#244;t la d&#233;finition d'une id&#233;e th&#233;orique r&#233;sumant des aspirations. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne peut &#234;tre que la R&#233;volution elle-m&#234;me, car, comprise autrement, elle ne serait qu'une nouvelle duperie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;tiche de la gr&#232;ve gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale permet &#224; de faux r&#233;volutionnaires de masquer leur adh&#233;sion &#224; un des traits fondamentaux du r&#233;formisme : le l&#233;galisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est un stade la r&#233;volution seulement si elle est politique, insurrectionnelle, pr&#233;misse d'un soul&#232;vement arm&#233; pour la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire &#224; donn&#233; des exemples du &#034;leurre&#034; d&#233;nonc&#233; par Griffuelhes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1924 en Allemagne qui contra avec succ&#232;s le putsch militaire de Kapp fut un succ&#232;s mais aussi une duperie, elle n'alla pas plus loin, car elle fut dirig&#233;e par des syndicalistes r&#233;formistes qui ouvrirent &#224; Hitler le chemin du pouvoir, au lieu de l'arr&#234;ter. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1926 en Angleterre fut pour les m&#234;mes raisons un &#233;chec. La r&#233;volution victorieuse d'octobre 1917 en Russie se fit par contre ... sans gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, contre certains syndicats, tout comme la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les pseudo-r&#233;volutionnaires d'aujourd'hui sont tr&#232;s &#224; droite de Jaur&#232;s, alors que L&#233;nine et Trotsky dont ils se r&#233;clament &#233;taient &#224; sa gauche dans la deuxi&#232;me internationale est illustr&#233; par l'extr&#234;me gauche opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple N. Arthaud, consid&#233;rant que, malgr&#233; la le&#231;on que nous ont donn&#233;e les femmes iraniennes en se soulevant contre la dictature des Mollahs en Iran, malgr&#233; l'exemple que nous ont montr&#233; les exploit&#233;s de la Fran&#231;afrique en for&#231;ant &#034;nos soldats&#034; (milice patronale pay&#233;e par l'Etat) &#224; quitter le Mali, N. Arthaud m&#233;prise ces &#233;pisodes r&#233;volutionnaires : &#034; &lt;i&gt;partout (...), le niveau de la conscience et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re est tr&#232;s en retard sur cette course &#224; la guerre dans laquelle la bourgeoisie engage l'humanit&#233;&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommes nous donc en marche vers la guerre mondiale ? Dans ce m&#234;me texte N. Arthaud, apr&#232;s avoir affirm&#233; que oui, affirme que oui et non :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Certes, les dirigeants du monde capitaliste n'ont pas encore choisi la fuite en avant vers une conflagration g&#233;n&#233;ralis&#233;e, comme celle qui conduisit &#224; la Premi&#232;re et &#224; la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, mais rien ne garantit que le conflit ukrainien ne risque pas, &#224; tout moment, de pr&#233;cipiter l'humanit&#233; dans une nouvelle guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'art d'avoir toujours raison en pr&#233;voyant tout et son contraire n'est pas celui des r&#233;volutionnaires. Surtout parce qu'il est clair depuis 2008, encore plus aujourd'hui, que la violence principale qui menace les travailleurs, ce ne sont pas les &#034;feux de poubelles&#034;, mais leur extermination par la bourgeoise au moyen des guerres programm&#233;es. Aucune organisation politique ou syndicale n'a mis &#224; l'ordre du jour la d&#233;nonciation de cette guerre imp&#233;rialiste, et la mise &#224; l'ordre du jour de l'antimilitarisme, de l'armement du prol&#233;tariat, dans un mouvement comme celui contre la r&#233;forme des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier probl&#232;me, pour les pseudo r&#233;volutionnaire LO, le NPA, les bourgeois radicaux de LFI, les staliniens du PC comme pour la CGT, est que &#171; cette course &#224; la guerre dans laquelle la bourgeoisie engage l'humanit&#233; &#187;, est men&#233;e pas seulement par &#171; la bourgeoisie &#187; en g&#233;n&#233;ral, mais par la bourgeoisie fran&#231;aise, qui est face &#224; nous. D&#233;noncer les imp&#233;rialismes am&#233;ricain, russe est &#224; leur port&#233;e, mais ces organisations restent patriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la veille de la seconde guerre mondiale que Trotsky proposait dans son programme de transition des mesures qui redeviennent d'actualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie ne se contente nulle part de la police et de l'arm&#233;e officielle. Aux &#201;tats-Unis, m&#234;me dans les p&#233;riodes &#034;calmes&#034;, elle entretient des d&#233;tachements militaris&#233;s de jaunes et de bandes arm&#233;es priv&#233;es dans les usines. Il faut y ajouter maintenant les bandes de nazis am&#233;ricains. La bourgeoisie fran&#231;aise, &#224; la premi&#232;re approche du danger, a mobilis&#233; les d&#233;tachements fascistes semi-l&#233;gaux et ill&#233;gaux jusqu'&#224; l'int&#233;rieur de l'arm&#233;e officielle. Il suffira que les ouvriers anglais augmentent de nouveau leur pouss&#233;e pour qu'imm&#233;diatement les bandes de Mosley doublent, triplent, d&#233;cuplent en nombre et entrent en croisade sanglante contre les ouvriers. La bourgeoisie se rend clairement compte qu'&#224; l'&#233;poque actuelle, la lutte des classes tend infailliblement &#224; se transformer en guerre civile. Les exemples de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Espagne et d'autres pays ont appris beaucoup plus aux magnats et aux laquais du capital qu'aux chefs officiels du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens de la II&#176; et de la III&#176; Internationales, de m&#234;me que les bureaucrates des syndicats, ferment consciemment les yeux sur l'arm&#233;e priv&#233;e de la bourgeoisie ; sinon, ils ne pourraient maintenir vingt-quatre heures leur alliance avec elle. Les r&#233;formistes inculquent syst&#233;matiquement aux ouvriers l'id&#233;e que la sacro-sainte d&#233;mocratie est assur&#233;e au mieux lorsque la bourgeoisie est arm&#233;e jusqu'aux dents et les ouvriers d&#233;sarm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; N. Arthaud encore est exemplaire en pr&#234;chant aux ouvriers l'inutilit&#233; de s'armer, le retour &#224; Ghandi, les CRS &#233;tant vaincus d'avance :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le pouvoir mise sur la r&#233;pression, les coups de matraques, les violences polici&#232;res et les r&#233;quisitions de gr&#233;vistes pour mettre un terme &#224; ce mouvement. Cela lui serait impossible avec une gr&#232;ve qui se propage &#224; toutes les entreprises. Aucune compagnie de CRS ne serait en mesure de d&#233;loger les millions de gr&#233;vistes&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, Trotsky appelait &#224; l'armement du prol&#233;tariat :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de chaque gr&#232;ve et de chaque manifestation de rue, il faut propager l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; de la cr&#233;ation de D&#201;TACHEMENTS OUVRIERS D'AUTOD&#201;FENSE. Il faut inscrire ce mot d'ordre dans le programme de l'aile r&#233;volutionnaire des syndicats. Il faut former pratiquement des d&#233;tachements d'autod&#233;fense partout o&#249; c'est possible, &#224; commencer par les organisations de jeunes, et les entra&#238;ner au maniement des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle vague du mouvement des masses doit servir, non seulement &#224; accro&#238;tre le nombre de ces d&#233;tachements, mais encore &#224; les unifier, par quartiers, par villes, par r&#233;gions. Il faut donner une expression organis&#233;e &#224; la haine l&#233;gitime des ouvriers pour les jaunes et les bandes de gangsters et de fascistes. Il faut lancer le mot d'ordre de la MILICE OUVRI&#200;RE, comme seule garantie s&#233;rieuse de l'inviolabilit&#233; des organisations, des r&#233;unions et de la presse ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une de ces &#034; bandes de gangsters et de fascistes&#034; sont les unit&#233;s Brav-M, h&#233;ritiers des assassins de Malik Oussekine. La situation de 2023 n'est pas la m&#234;me que celle de 1938 ? Si la crise bancaire touchait l'une des banques fran&#231;aises, et que le gouvernement annon&#231;ait une aide de centaines de milliards d'euros pour &#034;sauver notre pays&#034; comme vient de le faire le gouvernement suisse, en bloquant les retraits pour ceux qui voudraient r&#233;cup&#233;rer l'argent de leur compte, ce sont des &#233;meutes qui pourraient &#233;clater dans tout le pays, s'attaquant aux &#233;difices incarnant le pouvoir et la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;riaux inflammables se sont accumul&#233;s, de telles situations sont probables, la propagande pour l'armement du prol&#233;tariat, pour lequel le grand r&#233;volutionnaire Blanqui milita toute sa vie, est d'une actualit&#233; br&#251;lante !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/citation-karl-marx-218960.png' width=&#034;398&#034; height=&#034;321&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qui fait la soupe&#8230; doit la manger - Auguste Blanqui</title>
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		<dc:date>2017-09-23T23:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui fait la soupe&#8230; doit la manger !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Auguste Blanqui 1834 &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui fait la soupe doit la manger &lt;br class='autobr' /&gt;
La richesse na&#238;t de l'intelligence et du travail, l'&#226;me et la vie de l'humanit&#233;. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu'&#224; l'aide d'un &#233;l&#233;ment passif, le sol, qu'elles mettent en oeuvre par leurs efforts combin&#233;s. Il semble donc que cet instrument indispensable devrait appartenir &#224; tous les hommes. Il n'en est rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des individus se sont empar&#233;s par ruse ou par violence de la terre commune, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;1 - 0 - Le programme r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot284" rel="tag"&gt;Communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui fait la soupe&#8230; doit la manger !!!&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Auguste Blanqui 1834&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui fait la soupe doit la manger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse na&#238;t de l'intelligence et du travail, l'&#226;me et la vie de l'humanit&#233;. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu'&#224; l'aide d'un &#233;l&#233;ment passif, le sol, qu'elles mettent en oeuvre par leurs efforts combin&#233;s. Il semble donc que cet instrument indispensable devrait appartenir &#224; tous les hommes. Il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des individus se sont empar&#233;s par ruse ou par violence de la terre commune, et, s'en d&#233;clarant les possesseurs, ils ont &#233;tabli par des lois qu'elle serait &#224; jamais leur &#233;t&#233;, et que ce droit de propri&#233;t&#233; deviendrait la base de la constitution sociale, c'est-&#224;-dire qu'il primerait et au besoin pourrait absorber tous les droits humains, m&#234;me celui de vivre, s'il avait le malheur de se trouver en conflit avec le privil&#232;ge du petit nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce droit de propri&#233;t&#233; s'est &#233;tendu, par d&#233;duction logique, du sol &#224; d'autres instruments, produits accumul&#233;s du travail, d&#233;sign&#233;s par le nom g&#233;n&#233;rique de capitaux. Or, comme les capitaux, st&#233;riles d'eux-m&#234;mes, ne fructifient que par la main-d'oeuvre, et que, d'un autre c&#244;t&#233;, ils sont n&#233;cessairement la mati&#232;re premi&#232;re ouvr&#233;e par les forces sociales, la majorit&#233;, exclue de leur possession, se trouve condamn&#233;e aux travaux forc&#233;s, au profit de la minorit&#233; poss&#233;dante. Les instruments ni les fruits du travail n'appartiennent pas aux travailleurs, mais aux oisifs. Les branches gourmandes absorbent la s&#232;ve de l'arbre, au d&#233;triment des rameaux fertiles. Les frelons d&#233;vorent le miel cr&#233;&#233; par les abeilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est notre ordre social, fond&#233; par la conqu&#234;te, qui a divis&#233; les populations en vainqueurs et en vaincus. La cons&#233;quence logique d'une telle organisation, c'est l'esclavage. Il ne s'est pas fait attendre. En effet, le sol ne tirant sa valeur que de la culture, les privil&#233;gies ont conclu, du droit de poss&#233;der le sol, celui de poss&#233;der aussi le b&#233;tail humain qui le f&#233;conde. Ils l'ont consid&#233;r&#233; d'abord comme le compl&#233;ment de leur domaine, puis, en derni&#232;re analyse, comme une propri&#233;t&#233; personnelle, ind&#233;pendante du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le principe d'&#233;galit&#233;, grav&#233; au fond du coeur, et qui conspire, avec les si&#232;cles, &#224; d&#233;truire, sous toutes ses formes, l'exploitation de l'homme par l'homme, porta le premier coup au droit sacril&#232;ge de propri&#233;t&#233;, en brisant l'esclavage domestique. Le privil&#232;ge dut se r&#233;duire &#224; poss&#233;der les hommes, non plus &#224; titre de meuble, mais d'immeuble annexe et ins&#233;parable de l'immeuble territorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVI&#232;me si&#232;cle, une recrudescence meurtri&#232;re de l'oppression am&#232;ne l'esclavage des noirs, et aujourd'hui encore les habitants d'une terre r&#233;put&#233;e fran&#231;aise poss&#232;dent des hommes au m&#234;me titre que des habits et des chevaux. Il y a du reste moins de diff&#233;rence qu'il ne para&#238;t d'abord entre l'&#233;tat social des colonies et le n&#244;tre. Ce n'est pas apr&#232;s dix-huit si&#232;cles de guerre entre le privil&#232;ge et &#233;galit&#233; que le pays, th&#233;&#226;tre et champion principal de cette lutte, pourrait supporter l'esclavage dans sa nudit&#233; brutale. Mais le fait existe sans le nom, et le droit de propri&#233;t&#233;, pour &#234;tre plus hypocrite &#224; Paris qu'&#224; la Martinique, n'y est ni moins intraitable, ni moins oppresseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La servitude, en effet, ne consiste pas seulement &#224; &#234;tre la chose de l'homme ou le serf de la gl&#232;be. Celui-l&#224; n'est pas libre qui, priv&#233; des instruments de travail, demeure &#224; la merci des privil&#233;gi&#233;s qui en sont d&#233;tenteurs. C'est cet &#233;tat qui alimente la r&#233;volte. Pour conjurer le p&#233;ril, on essaie de r&#233;concilier Ca&#239;n avec Abel. De la n&#233;cessit&#233; du capital comme instrument de travail, on s'&#233;vertue &#224; conclure la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts, et par la suite la solidarit&#233; entre le capitaliste et le travailleur. Que de phrases artistement brod&#233;es sur ce canevas fraternel ! La brebis n'est tondue que pour le bien de sa sant&#233;. Elle redoit des remerciements. Nos Esculapes savent dorer la pilule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hom&#233;lies trouvent encore des dupes, mais peu. Chaque jour fait plus vive la lumi&#232;re sur cette pr&#233;tendue association du parasite et de sa victime. Les faits ont leur &#233;loquence ; ils prouvent le duel, le duel &#224; mort entre le revenu et le salaire. Qui succombera ? Question de justice et de bon sens. Examinons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de soci&#233;t&#233; sans travail ! partant point d'oisifs qui n'aient besoin des travailleurs. Mais quel besoin les travailleurs ont-ils des oisifs ? Le capital n'est-il productif entre leurs mains, qu'&#224; la condition de ne pas leur appartenir ? Je suppose que le prol&#233;tariat, d&#233;sertant en masse, aille porter ses p&#233;nates et ses labeurs dans quelque lointain parage. Mourrait-il par hasard de l'absence de ses ma&#238;tres ? La soci&#233;t&#233; nouvelle ne pourrait-elle se constituer qu'en cr&#233;ant des seigneurs du sol et du capital, en livrant &#224; une caste d'oisifs la possession de tous les instruments de travail ? N'y a-t-il de m&#233;canisme social possible que cette division de propri&#233;taires et de salari&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, combien serait curieuse &#224; voir la mine de nos fiers suzerains, abandonn&#233;s par leurs esclaves ! Que faire de leurs palais, de leurs ateliers, de leurs champs d&#233;serts ? Mourir de faim au milieu de ces richesses, ou mettre habit bas, prendre la pioche et suer humblement &#224; leur tour sur quelque lopin de terre. Combien en cultiveraient-ils &#224; eux tous ? J'imagine que ces messieurs seraient au large dans une sous-pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un peuple de trente-deux millions d'&#226;mes ne se retire plus sur le Mont Aventin. Prenons donc l'hypoth&#232;se inverse, plus r&#233;alisable. Un beau matin, les oisifs, nouveaux Bias, &#233;vacuent le sol de France, qui reste aux mains laborieuses. jour de bonheur et de triomphe ! Quel immense soulagement pour tant de millions de poitrines, d&#233;barrass&#233;es du poids qui les &#233;crase ! Comme cette multitude respire &#224; plein poumon ! Citoyens, entonnez en choeur le cantique de la d&#233;livrance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axiome : la nation s'appauvrit de la perte d'un travailleur ; elle s'enrichit de celle d'un oisif. La mort d'un riche est un bienfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui ! Le droit de propri&#233;t&#233; d&#233;cline. Les esprits g&#233;n&#233;reux proph&#233;tisent et appellent sa chute. Le principe ess&#233;nien de R&#233;alit&#233; le mine lentement depuis dix-huit si&#232;cles par l'abolition successive des servitudes qui formaient les assises de sa puissance. Il dispara&#238;tra un jour avec les derniers privil&#232;ges qui lui servent de refuge et de r&#233;duit. Le pr&#233;sent et le pass&#233; nous garantissent ce d&#233;nouement. Car l'humanit&#233; n'est jamais stationnaire. Elle avance ou recule. Sa marche progressive la conduit &#224; l'&#233;galit&#233;. Sa marche r&#233;trograde remonte, par tous les degr&#233;s du privil&#232;ge, jusqu'&#224; l'esclavage personnel, dernier mot du droit de la propri&#233;t&#233;. Avant d'en retourner l&#224;, certes, la civilisation europ&#233;enne aurait p&#233;ri Mais par quel cataclysme ? Une invasion russe ? C'est le Nord, au contraire, qui sera lui-m&#234;me envahi par le principe d'&#233;galit&#233; que les Fran&#231;ais m&#232;nent &#224; la conqu&#234;te des nations. L'avenir n'est pas douteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite que l'&#233;galit&#233; n'est pas le partage agaire. Le morcellement infini du sol ne changerait rien, dans le fond, au droit de propri&#233;t&#233;. La richesse provenant de la possession des instruments de travail plut&#244;t que du travail lui-m&#234;me, le g&#233;nie de l'exploitation, rest&#233; debout, saurait bient&#244;t, par la reconstruction des grandes fortunes, restaurer l'in&#233;galit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association, substitu&#233;e &#224; la propri&#234;t&#233; individuelle, fondera seule le r&#232;gne de la justice par l'&#233;galit&#233;. De l&#224; cette ardeur croissante des hommes d'avenir &#224; d&#233;gager et mettre en lumi&#232;re les &#233;l&#233;ments de l'association. Peut-&#234;tre apporterons-nous aussi notre contingent &#224; l'oeuvre commune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Instructions pour une prise d'armes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce programme est purement militaire et laisse enti&#232;rement de c&#244;t&#233; la question politique et sociale, dont ce n'est point ici la place : il va sans dire d'ailleurs, que la r&#233;volution doit se faire au profit du travail contre la tyrannie du capital, et reconstituer la soci&#233;t&#233; sur la base de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une insurrection parisienne, d'apr&#232;s les vieux errements, n'a plus aujourd'hui aucune chance de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1830, le seul &#233;lan populaire a pu suffire &#224; jeter bas un pouvoir surpris et terrifi&#233; par une prise d'armes, &#233;v&#233;nement inou&#239;, qui &#233;tait &#224; mille lieux de ses pr&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tait bon une fois. La le&#231;on a profit&#233; au gouvernement, rest&#233; monarchique et contre-r&#233;volutionnaire, bien que sorti d'une R&#233;volution. Il s'est mis &#224; &#233;tudier la guerre des rues, et il y a repris bient&#244;t la sup&#233;riorit&#233; naturelle de l'art et de la discipline sur l'inexp&#233;rience et la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dira-t-on, le peuple en 1848, a vaincu par la m&#233;thode de 1830. Soit. Mais point d'illusions ! La victoire de f&#233;vrier n'est qu'un raccroc. Si Louis-Philippe s'&#233;tait s&#233;rieusement d&#233;fendu, force serait rest&#233;e aux uniformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A preuve les journ&#233;es de juin. C'est l&#224; qu'on a pu voir combien est funeste la tactique, ou plut&#244;t l'absence de tactique de l'insurrection. Jamais elle n'avait eu la partie aussi belle : dix chances contre une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, le Gouvernement en pleine anarchie, les troupes demoralis&#233;es : de l'autre, tous les travailleurs debout et presque certains du succ&#232;s. Comment ont-ils succomb&#233; ? Par d&#233;faut d'organisation. Pour se rendre compte de leur d&#233;faite, il suffit d'analyser leur strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement &#233;clate. Aussit&#244;t, dans les quartiers du travail, les barricades s'&#233;l&#232;vent &#231;a et l&#224;, &#224; l'aventure, sur une multitude de points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq, dix, vingt, trente, cinquante hommes, r&#233;unis par hasard, la plupart sans armes, commencent &#224; renverser des voitures, l&#232;vent et entassent des pav&#233;s pour barrer la voie publique, tant&#244;t au milieu des rues, plus souvent &#224; leur intersection. Quantit&#233; de ces barrages seraient &#224; peine un obstacle au passage de la cavalerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, apr&#232;s une grossi&#232;re &#233;bauche de retranchement, les constructeurs s'&#233;loignent pour aller &#224; la recherche de fusils et de munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin, on a compt&#233; plus de six cents barricades, une trentaine au plus ont fait &#224; elles seules tous les frais de la bataille. Les autres, dix-neuf sur vingt, n'ont pas br&#251;l&#233; une amorce. De l&#224;, ces glorieux bulletins qui racontaient avec fracas l'enl&#232;vement de cinquante barricades, o&#249; il ne se trouvait pas une &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'on d&#233;pave ainsi les rues, d'autres petites bandes vont d&#233;sarmer les corps de garde ou saisir la poudre et les armes chez les arquebusiers. Tout cela se fait, sans concert ni direction, au gr&#233; de la fantaisie individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, cependant, un certain nombre de barricades, plus hautes, plus fortes, mieux construites, attirent de pr&#233;f&#233;rence les d&#233;fenseurs qui s'y concentrent. Ce n'est point le calcul, mais le hasard qui d&#233;termine l'emplacement de ces fortifications principales. Quelques-unes seulement, par une sorte d'inspiration militaire assez concevable, occupent les grands d&#233;bouch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette premi&#232;re p&#233;riode de l'insurrection, les troupes, de leur c&#244;t&#233;, se sont r&#233;unies. Les g&#233;n&#233;raux re&#231;oivent et &#233;tudient les rapports de police. Ils se gardent bien d'aventurer leurs d&#233;tachements sans donn&#233;es certaines, au risque d'un &#233;chec qui d&#233;moraliserait le soldat. D&#232;s qu'ils connaissent bien les positions des insurg&#233;s, ils massent les r&#233;giments sur divers points qui constitueront d&#233;sormais la base des op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arm&#233;es sont en pr&#233;sence. Voyons leurs manoeuvres. Ici va se montrer &#224; nu le vice de la tactique populaire, cause certaine des d&#233;sastres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de direction ni de commandement g&#233;n&#233;ral, pas m&#234;me de concert entre les combattants. Chaque barricade a son groupe particulier, plus ou moins nombreux, mais toujours isol&#233;. Qu'il compte dix ou cent hommes, il n'entretient aucune communication avec les autres postes. Souvent il n'y a pas m&#234;me un chef pour diriger la d&#233;fense, et s'il y en a, son influence est &#224; peu pr&#232;s nulle. Les soldats n'en font qu'&#224; leur t&#234;te. Ils restent, ils partent, ils reviennent, suivant leur bon plaisir. Le soir, ils vont se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par suite de ces all&#233;es et venues continuelles, on voit le nombre des citoyens pr&#233;sents varier rapidement, du tiers, de moiti&#233;, quelquefois des trois quarts. Personne ne peut compter sur personne. De l&#224; d&#233;fiance du succ&#232;s et d&#233;couragement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui se passe ailleurs on ne sait rien et on ne s'embarrasse pas davantage. Les canards circulent, tant&#244;t noirs, tant&#244;t roses. On &#233;coute paisiblement le canon et la fusillade, en buvant sur le comptoir du marchand de vins. Quant &#224; porter secours aux positions assaillies, on n'en a pas m&#234;me l'id&#233;e. &#171; Que chacun d&#233;fende son poste, et tout ira bien &#187;, disent les plus solides. Ce singulier raisonnement tient &#224; ce que la plupart des insurg&#233;s se battent dans leur propre quartier, faute capitale qui a des cons&#233;quences d&#233;sastreuses, notamment les d&#233;nonciations des voisins, apr&#232;s la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, avec un pareil syst&#232;me, la d&#233;faite ne peut manquer. Elle arrive &#224; la fin dans la personne de deux ou trois r&#233;giments qui tombent sur la barricade et en &#233;crasent les quelques d&#233;fenseurs. Toute la bataille n'est que la r&#233;p&#233;tition monotone de cette manoeuvre invariable. Tandis que les insurg&#233;s fument leur pipe derri&#232;re les tas de pav&#233;s, l'ennemi porte successivement toutes ses forces sur un point, puis sur un second, un troisi&#232;me, un quatri&#232;me, et il extermine ainsi en d&#233;tail l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populaire n'a garde de contrarier cette commode besogne. Chaque groupe attend philosophiquement son tour et ne s'aviserait pas de courir &#224; l'aide du voisin en danger. Non &#171; il d&#233;fend son poste, il ne peut pas abandonner son poste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; comme on p&#233;rit par l'absurde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, gr&#226;ce &#224; une si lourde faute, la grande r&#233;volte Parisienne de 1848 a &#233;t&#233; bris&#233;e comme verre par le plus pitoyable des gouvernements, quelle catastrophe n'aurait-on pas &#224; redouter, si on recommen&#231;ait la m&#234;me sottise devant un militarisme farouche, qui a maintenant &#224; son service les r&#233;centes conqu&#234;tes de la science et de l'art, les chemins de fer, le t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique, les canons ray&#233;s, le fusil Chassepot ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, ce qu'il ne faut pas compter comme un des nouveaux avantages de l'ennemi, ce sont les voies strat&#233;giques qui sillonnent maintenant la ville dans tous les sens. On les craint, on a tort. Il n'y a pas &#224; s'en inqui&#233;ter. Loin d'avoir cr&#233;&#233; un danger de plus &#224; l'insurrection, comme on se l'imagine, elles offrent au contraire un m&#233;lange d'inconv&#233;nients et d'avantages pour les deux partis. Si la troupe y circule avec plus d'aisance, par contre elle y est expos&#233;e fort &#224; d&#233;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles rues sont impraticables sous la fusillade. En outre, les balcons, bastions en miniature, fournissent des feux de flanc que ne comportent point les fen&#234;tres ordinaires. Enfin, ces longues avenues en ligne droite m&#233;ritent parfaitement le nom de boulevards qu'on leur a donn&#233;. Ce sont en effet de v&#233;ritables boulevards qui constituent des fronts naturels d'une tr&#232;s grande force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arme par excellence dans la guerre des rues, c'est le fusil. Le canon fait plus de bruit que de besogne. L'artillerie ne pourrait agir s&#233;rieusement que par l'incendie. Mais une telle atrocit&#233;, employ&#233;e en grand et comme syst&#232;me, tournerait bient&#244;t contre ses auteurs et ferait leur perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grenade, qu'on a pris la mauvaise habitude d'appeler bombe, est un moyen secondaire, sujet d'ailleurs &#224; une foule d'inconv&#233;nients ; elle consomme beaucoup de poudre pour peu d'effet, est d'un maniement tr&#232;s dangereux, n'a aucune port&#233;e et ne peut agir que des fen&#234;tres. Les pav&#233;s font presque autant de mal et ne co&#251;tent pas si cher. Les ouvriers n'ont pas d'argent &#224; perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'int&#233;rieur des maisons, le revolver et l'arme blanche, ba&#239;onnette, &#233;p&#233;e, sabre et poignard. Dans un abordage la pique ou la pertuisane de huit pieds triompherait de la ba&#239;onnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e n'a sur le peuple que deux grands avantages, le fusil Chassepot et l'organisation. Ce dernier surtout est immense, irr&#233;sistible. Heureusement on peut le lui &#244;ter, et dans ce cas, l'ascendant passe du c&#244;t&#233; de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les luttes civiles, les soldats sauf de rares exceptions, ne marchent qu'avec r&#233;pugnance, par contrainte et par eau-de-vie. Ils voudraient bien &#234;tre ailleurs et regardent plus volontiers derri&#232;re que devant eux. Mais une main de fer les retient esclaves et victimes d'une discipline impitoyable ; sans affection pour le pouvoir, ils n'ob&#233;issent qu'&#224; la crainte et sont incapables de la moindre initiative. Un d&#233;tachement coup&#233; est un d&#233;tachement perdu. Les chefs ne l'ignorent pas, s'inqui&#232;tent avant tout de maintenir les communications entre tous leurs corps. Cette n&#233;cessit&#233; annule une partie de leur effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs populaires, rien de semblable. L&#224; on se bat pour une id&#233;e. L&#224; on ne trouve que des volontaires, et leur mobile est l'enthousiasme, non la peur. Sup&#233;rieurs &#224; l'adversaire par le d&#233;vouement, ils le sont bien plus encore par l'intelligence. Ils l'emportent sur lui dans l'ordre moral et m&#234;me physique, par la conviction, la vigueur, la fertilit&#233; des ressources, la vivacit&#233; de corps et d'esprit, ils ont la t&#234;te et le coeur. Nulle troupe au monde n'&#233;gale ces hommes d'&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que leur manque-t-il donc pour vaincre ? Il leur manque l'unit&#233; et l'ensemble qui f&#233;condent, en les faisant concourir au m&#234;me but, toutes ces qualit&#233;s que l'isolement frappe d'impuissance. Il leur manque l'organisation. Sans elle, aucune chance. L'organisation, c'est la victoire ; l'&#233;parpillement, c'est la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1848 a mis cette v&#233;rit&#233; hors de conteste. Que serait-ce donc aujourd'hui ? Avec les vieux proc&#233;d&#233;s, le peuple tout entier succomberait si la troupe voulait tenir, et elle tiendra tant qu'elle ne verra devant elle que des forces irr&#233;guli&#232;res, sans direction. Au contraire, l'aspect d'une arm&#233;e parisienne en bon ordre manoeuvrant selon les r&#232;gles de la tactique frappera les soldats de stupeur et fera tomber leur r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation militaire, surtout quand il faut l'improviser sur le champ de bataille, n'est pas une petite affaire pour notre parti. Elle suppose un commandement en chef et, jusqu'&#224; un certain point, la s&#233;rie habituelle des officiers de tous grades. O&#249; prendre ce personnel ? Les bourgeois r&#233;volutionnaires et socialistes sont rares et le peu qu'il y en a ne fait que la guerre de plume. Ces messieurs s'imaginent bouleverser le monde avec leurs livres et leurs journaux, et depuis seize ans ils barbouillent du papier &#224; perte de vue, sans se fatiguer de leurs d&#233;boires, ils souffrent avec une patience chevaline le mors, la selle, la cravache, et ne l&#226;cheraient pas une ruade. Fi donc ! Rendre les coups ! C'est bon pour des goujats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces h&#233;ros de l'&#233;critoire professent pour l'&#233;p&#233;e le m&#234;me d&#233;dain que l'&#233;pauletier pour leurs tartines. Ils ne semblent pas se douter que la force est la seule garantie de la libert&#233;, qu'un pays est esclave o&#249; les citoyens ignorent le m&#233;tier des armes et en abandonnent le privil&#232;ge &#224; une caste ou a une corporation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;publiques de l'antiquit&#233;, chez les Grecs et les Romains, tout le monde savait et pratiquait l'art de la guerre. Le militaire de profession &#233;tait une esp&#232;ce inconnue. Cic&#233;ron &#233;tait g&#233;n&#233;ral, C&#233;sar avocat. En quittant la toge pour l'uniforme, le premier venu se trouvait colonel ou capitaine et ferr&#233; &#224; glace sur l'article. Tant qu'il n'en sera pas de m&#234;me en France, nous resterons les P&#233;kins taill&#233;s &#224; merci par les tra&#238;neurs de sabre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de jeunes gens instruits, ouvriers et bourgeois, fr&#233;missent sous un joug abhorr&#233;. Pour le briser, songent-ils &#224; prendre l'&#233;p&#233;e ? Non ! la plume, toujours la plume, rien que la plume. Pourquoi donc pas l'une et l'autre, comme l'exige le devoir d'un R&#233;publicain ? En temps de tyrannie, &#233;crire est bien, combattre est mieux, quand la plume esclave demeure impuissante. Eh bien ! point ! On fait un journal, on va en prison, et nul ne songe &#224; ouvrir un livre de manoeuvres, pour y apprendre en vingt-quatre heures le m&#233;tier qui fait toute la force de nos oppresseurs, et qui nous mettrait dans la main notre revanche et leur ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; quoi bon ces plaintes ? C'est la sotte habitude de notre temps de se lamenter au lieu de r&#233;agir. La mode est aux j&#233;r&#233;miades. J&#233;r&#233;mie pose dans toutes les attitudes, il pleure, flagelle, il dogmatise, il r&#233;gente, il tonne, fl&#233;au lui-m&#234;me entre tous les fl&#233;aux. Laissons ces bob&#232;ches de l'&#233;l&#233;gie, fossoyeurs de la libert&#233; ! Le devoir d'un r&#233;volutionnaire, c'est la lutte toujours, la lutte quand m&#234;me, la lutte jusqu'&#224; extinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadres manquent pour former une arm&#233;e ? Eh bien ! Il faut en improviser sur le terrain m&#234;me, pendant l'action. Le peuple de Paris fournira les &#233;l&#233;ments, anciens soldats, ex-gardes nationaux. Leur raret&#233; obligera de r&#233;duire &#224; un minimum le chiffre des officiers et sous-officiers. Il n'importe. Le z&#232;le, l'ardeur, l'intelligence des volontaires, compenseront ce d&#233;ficit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel, c'est de s'organiser. Plus de ces soul&#232;vements tumultueux, &#224; dix mille t&#234;tes isol&#233;es, agissant au hasard, en d&#233;sordre, sans nulle pens&#233;e d'ensemble, chacun dans son coin et selon sa fantaisie ! Plus de ces barricades &#224; tort et &#224; travers, qui gaspillent le temps, encombrent les rues, et entravent la circulation, n&#233;cessaire &#224; un parti comme &#224; l'autre. Le R&#233;publicain doit avoir la libert&#233; de ses mouvements aussi bien que les troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de courses inutiles, de tohu-bohu, de clameurs ! Les minutes et les pas sont &#233;galement pr&#233;cieux. Surtout ne pas se claquemurer dans son quartier ainsi que les insurg&#233;s n'ont jamais manqu&#233; de le faire, &#224; leur grande dommage. Cette manie, apr&#232;s avoir caus&#233; la d&#233;faite, a facilit&#233; les proscriptions. Il faut s'en gu&#233;rir, sous peine de catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;liminaires pos&#233;s, indiquons le mode d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; principale est le bataillon. Il se compose de huit compagnies ou pelotons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque compagnie compte un lieutenant, quatre sergents, cinquantesix soldats ; en tout soixante et un hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux compagnies forment une division command&#233;e par un capitaine. Le bataillon pr&#233;sente par cons&#233;quent treize officiers, savoir : un commandant, quatre capitaines, huit lieutenants, plus 32 sergents, 448 soldats et le porte-drapeau, total : 494 hommes. Les tambours sont en sus, si on en trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raret&#233; pr&#233;vue de l'&#233;l&#233;ment qui forme les cadres, oblige de supprimer dans chaque compagnie deux officiers, le capitaine et le sous-lieutenant, deux sous-officiers, le sergent-major et le fourrier, enfin les huit caporaux. L'&#233;tat-major de la compagnie se trouve ainsi r&#233;duit de seize &#224; cinq individus. Il est vrai qu'elle est moins nombreuse que dans l'arm&#233;e, o&#249; elle compte 90 hommes sur pied de guerre. Proportion gard&#233;e, c'est une diff&#233;rence d'&#233;tat-major de cinq &#224; onze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chiffre de la compagnie est faible, afin de faciliter les manoeuvres tant du peloton que du bataillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine, au lieu de commander un peloton comme dans la troupe, en commande deux, c'est-&#224;-dire une division. Cependant les manoeuvres par division n'auront presque jamais lieu. A peu pr&#232;s impraticables dans Paris, elles ne peuvent servir qu'&#224; plier le bataillon en masse Par divisions, sur une place ou une grande voie. Mais il importe de donner un chef sp&#233;cial &#224; la division, soit qu'elle occupe une, deux ou quatre barricades. Dans le premier cas, la barricade est importante par le nombre de ses d&#233;fenseurs. Dans les deux autres, il est essentiel de ne pas laisser dans une direction sup&#233;rieure les deux ou quatre petits postes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Organisation du peloton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peloton se divise en deux sections, chacune de 28 soldats et de deux sous-officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La section se subdivise en deux demi-sections, chacune de 14 soldats et un sous-officier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place des officiers et sous-officiers dans le peloton en bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant &#224; la droite de son peloton, au premier rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier sergent derri&#232;re le lieutenant, au second rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me sergent, &#224; la gauche de la section de droite, au premier rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me sergent, derri&#232;re le deuxi&#232;me, &#224; la droite de la section de gauche, au second rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me sergent, &#224; la gauche de la section de gauche et du peloton, au premier rang.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des guides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier sergent est guide de droit du peloton et de la section de droite. Il est guide de droite et de gauche de la premi&#232;re demi-section de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me sergent est guide de gauche de la section de droite. Il est guide de droite et de gauche de la seconde demi-section de droite. Il est porte-fanion du peloton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me sergent est guide de droite de la section de gauche. Il est guide de droite et de gauche de la premi&#232;re demi-section de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me sergent est guide de gauche du peloton et de la section de gauche. Il est guide de droite et de gauche de la seconde demi-section de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Placer les officiers et sous-officiers, quand le bataillon est en colonne, la droite ou la gauche en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; En colonne, par pelotons, le lieutenant se tient &#224; droite du peloton. Le premier, deuxi&#232;me et quatri&#232;me sergents, au premier rang, le troisi&#232;me au second rang, derri&#232;re le deuxi&#232;me ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; En colonne par sections, le lieutenant se tient &#224; droite de la section de t&#234;te. Les quatre sergents &#224; droite et &#224; gauche de leurs sections respectives au premier rang ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; En colonne par demi-sections le lieutenant se tient &#224; la droite de la demi-section de t&#234;te. Les quatre sergents, &#233;tant guides de droite et de gauche de leurs demi-sections, sont tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, selon le commandement, toujours au premier rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux sergents qui se trouvent aux extr&#233;mit&#233;s du bataillon en bataille, en sont guides de droite et de gauche et se tiennent au premier rang. Le lieutenant du peloton de droite, s'&#233;carte &#224; droite, pour faire place au guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place des capitaines, en bataille et en colonne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bataillon &#233;tant en bataille, les capitaines se tiennent &#224; quelques pas en arri&#232;re du centre de leurs divisions respectives. Le bataillon &#233;tant en colonne, chaque capitaine se tient sur le flanc gauche de sa division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef de bataillon n'a point de place fixe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota. - Les quatre sous-officiers restent constamment dans les rangs qu'ils encadrent. Ils ne sont jamais en serre-file comme dans la troupe. Les ouvriers Parisiens, volontaires au service de la libert&#233;, n'ont pas besoin de sergents pousseculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Place du porte-drapeau, en bataille et en colonne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; en bataille, le porte-drapeau est &#224; la gauche du quatri&#232;me peloton, au premier rang ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; en colonne, par divisions, le porte-drapeau est au centre, &#224; &#233;gale distance entre la seconde et la troisi&#232;me divisions ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; en colonne, par pelotons, le porte-drapeau est &#224; gauche, dans l'alignement des guides, &#224; &#233;gale distance entre le quatri&#232;me et le cinqui&#232;me peloton ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; en colonne par sections, ou par demi-sections, le porte-drapeau est au centre, &#224;. &#233;gale distance entre le quatri&#232;me et le cinqui&#232;me peloton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau est rouge, - chaque compagnie a son fanion ou guidon de couleur particuli&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; peloton-fanion rouge ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; peloton-fanion violet ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; peloton-fanion verd (sic) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; peloton-fanion jaune ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; peloton-fanion bleu ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176; peloton-fanion rose ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176; peloton-fanion orange ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176; peloton-fanion noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers et sous-officiers porteront, comme insignes, un ruban de couleur du guidon de leur compagnie, les lieutenants au bras gauche, entre l'&#233;paule et le coude, les sergents au poignet gauche. Le ruban de la 8e compagnie sera noir &#224; double lisere rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitaines porteront entre l'&#233;paule et le coude un ruban de la couleur de chacune des deux compagnies formant leur division, au bras droit du peloton impair, au bras gauche celui du peloton pair. Le ruban noir du 4e capitaine aura double liser&#233; rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef de bataillon porte au bras gauche, entre l'&#233;paule et le coude, un large ruban rouge, &#224; frange pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro de chaque. bataillon sera inscrit au haut de la hampe du fanion de ses huit compagnies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses couleurs tant des fanions que des officiers et sous-officiers, ont pour but de faire reconna&#238;tre a premi&#232;re vue dans la m&#234;l&#233;e les diff&#233;rentes compagnies et d'op&#233;rer un prompt ralliement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque homme occupant deux pieds dans le rang, la demi-section a cinq m&#232;tres de front, la section dix, le peloton, vingt, la division, quarante, le bataillon, cent soixante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toujours manoeuvrer avec 70 ou 75 centim&#232;tres de distance entre les deux rangs, afin que le second rang ne soit pas oblig&#233; d'embo&#238;ter le pas, chose tr&#232;s incommode pour des novices. Si on doit faire feu, le deuxi&#232;me rang serre le premier, afin de passer les fusils entre les t&#234;tes des hommes du premier rang.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des manoeuvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les officiers doivent conna&#238;tre parfaitement l'&#233;cole de peloton et l'&#233;cole de bataillon. Pour savoir le moins, il est bon de savoir le plus. N&#233;anmoins, il est &#233;vident qu'il n'y aura lieu d'employer qu'un petit nombre des mouvements d&#233;crits dans l'une et l'autre &#233;cole. Il est donc essentiel d'&#233;tudier ceux-l&#224; de pr&#233;f&#233;rence. Ils ont surtout pour but de r&#233;gulariser la formation en bataille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici les principaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Le bataillon &#233;tant en bataille rompre &#224; droite ou &#224; gauche soit par pelotons, soit par sections, soit par demi-sections ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Le bataillon &#233;tant en bataille, rompre en arri&#232;re &#224; droite ou &#224; gauche, soit par pelotons, soit par sections, soit par demi-sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota-bene. - Dans ce dernier mouvement, faire par le flanc sans d&#233;doubler. - Du reste, l'autre mani&#232;re de rompre est pr&#233;f&#233;rable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Le bataillon marchant en colonne par pelotons, rompre les pelotons ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Le bataillon marchant en colonne par sections, rompre les sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota-bene. - Ces deux derniers mouvements doivent s'ex&#233;cuter au pas de gymnastique, afin de ne pas perdre de temps ni de terrain ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Le bataillon marchant en colonne par demi-sections, former les sections ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176; Le bataillon marchant en colonne par sections, former les pelotons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota-bene. - Les pelotons ayant vingt m&#232;tres de front, le bataillon ne pourra marcher en colonne par pelotons que sur les plus larges chauss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche la plus habituelle sera en colonne par sections qui n'occupe que onze de front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rompra les sections, avant d'entrer dans une rue ayant moins de douze m&#232;tres de large ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176; Le bataillon marchant en colonne par pelotons, ou par sections, ou par demi-sections, le former &#224; droite ou &#224; gauche en bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota-bene. - Cette formation en bataille &#233;tant la plus prompte, est la meilleure. Mais elle pr&#233;sente des difficult&#233;s. On ne peut former r&#233;guli&#232;rement la colonne &#224; droite ou &#224; gauche en bataille, que si les pelotons, ou les sections ou les demi-sections ont exactement conserv&#233; leurs distances, c'est-&#224;-dire si la distance qui les s&#233;pare est &#233;gale &#224; leur front. Si elle est plus grande, il reste des vides dans le bataillon form&#233; en bataille. Si, au contraire, la distance est moindre que le front, les fractions du bataillon, en arrivant &#224; l'alignement, se heurtent et s'entassent les unes sur les autres, faute de place ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176; La colonne &#233;tant en marche par pelotons, par sections ou par demi-sections, la former sur la droite ou sur la gauche en bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota-bene. - Ce mouvement n'a pas les inconv&#233;nients du pr&#233;c&#233;dent, et devant l'ennemi, il a l'avantage d'ouvrir le feu d&#232;s le d&#233;but de la formation. Mais, pour mettre simplement la colonne en bataille, il est d'une extr&#234;me lenteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de flanc, par d&#233;doublement, a le tr&#232;s grand avantage de former instantan&#233;ment le bataillon en colonne, s'il est en bataille, ou en bataille, s'il est en colonne. Mais il a cet inconv&#233;nient qu'il est impossible de serrer la colonne. En outre, les deux mouvements : faire par le flanc, et faire front, sont difficiles pour des hommes qui n'ont jamais &#233;t&#233; exerc&#233;s. N&#233;anmoins il sera utile d'enseigner cette manoeuvre au bataillon, aussit&#244;t qu'il sera organis&#233;. L'intelligence des ouvriers Parisiens leur en fera comprendre le m&#233;canisme en quelques minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un bataillon en marche doit faire t&#234;te de colonne &#224; droite ou &#224; gauche, pour entrer dans une rue lat&#233;rale, il faut employer le mouvement &#171; tournez &#224; droite &#187;, ou &#171; tournez &#224; gauche &#187;, pr&#233;f&#233;rable &#224; la conversion r&#233;guli&#232;re qui est plus lente et plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les changements de direction de la colonne doivent se faire par ce m&#234;me mouvement &#171; tournez &#224; droite ou &#224; gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bataillon devra toujours marcher et manoeuvrer au pas de route, c'est-&#224;-dire les deux rangs &#224; distance de 70 ou 75 centim&#232;tres, afin que le second rang ne soit pas oblig&#233; d'embo&#238;ter le pas, et marche en libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les mouvements devront &#234;tre ex&#233;cut&#233;s avec rapidit&#233;, sans se piquer de pr&#233;cision ni d'&#233;l&#233;gance. La promptitude avant tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le port d'armes en sous-officier, le fusil dans la main droite, le bras allong&#233; le long de la cuisse, la sous-garde tourn&#233;e en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra faire appel aux hommes qui savent battre la caisse. Les tambours sont de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; pour les commandements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Manoeuvres par divisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manoeuvres par divisions ne peuvent &#234;tre que fort rares dans Paris. Il importe n&#233;anmoins d'&#233;tudier les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Le bataillon &#233;tant en colonne par pelotons, serr&#233;s en masse, ou &#224; demi-distance ou &#224; distance enti&#232;re, former les divisions ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Le bataillon &#233;tant en bataille, le ployer en colonne serr&#233;e par division sur l'une quelconque des quatre divisions, la droite ou la gauche en t&#234;te ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Le bataillon &#233;tant en colonne serr&#233;e par divisions, en marche ou de pied ferme, le d&#233;ployer sur l'une quelconque des quatre divisions. La colonne par peloton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esquisse de la marche &#224; suivre dans une prise d'armes &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes qui prennent l'initiative du mouvement, ont choisi d'avance un commandant en chef et un certain nombre d'officiers, dont les fonctions commencent avec l'insurrection elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mani&#232;re d'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t que des citoyens accourent, &#224; la vue du soul&#232;vement, les faire mettre en bataille sur deux rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les engager au silence et au calme, leur adresser une br&#232;ve allocution. Leur annoncer ensuite que tout citoyen marchant sous le drapeau de la R&#233;publique, recevra des vivres et cinq francs par jour, en indemnit&#233; de salaire, pendant la dur&#233;e de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inviter tous ceux qui ont servi dans l'arm&#233;e ou fait partie de la garde nationale, &#224; sortir des rangs et &#224; se pr&#233;senter sur le front de la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classer en officiers, sous-officiers et simples soldats. Mettre en r&#233;serve les premiers comme officiers sup&#233;rieurs, choisir les sous-officiers pour lieutenants, chefs de pelotons, les simples soldats pour sergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distribuer aux lieutenants et aux sergents un imprim&#233; qui leur explique l'organisation de l'arm&#233;e populaire et les diverses mesures &#224; prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caser &#224; leurs places respectives comme-officiers et sous-officiers et encadrer entre eux les soldats de chaque peloton, et former ainsi les compagnies jusqu'&#224; &#233;puisement du personnel pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y a pas assez d'hommes pour compl&#233;ter un bataillon, ranger a la suite des pelotons constitu&#233;s, les cadres de ceux qui restent &#224; former, cadres pr&#234;ts &#224; recevoir les volontaires nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au contraire, c'est le personnel des cadres qui est insuffisant, faire appel aux hommes qui se sentent assez d'intelligence pour commander, leur assigner les fonctions de lieutenant et de sergents, et leur donner l'imprim&#233; qui les mettra au courant de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre des pelotons ainsi form&#233;s restant inf&#233;rieur &#224; huit, d&#233;clarer n&#233;anmoins le bataillon constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est sup&#233;rieur &#224; huit, constituer avec l'exc&#233;dent un deuxi&#232;me bataillon, qui se compl&#233;tera par l'adjonction de nouveaux volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distribuer aux lieutenants et aux sergents les rubans de diverses couleurs qu'ils doivent porter comme insignes ; d&#233;ployer le drapeau du bataillon, ainsi que les fanions des compagnies qui seront confi&#233;s aux deuxi&#232;mes sergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t le drapeau d&#233;ploy&#233;, faire pr&#234;ter aux officiers, sous-officiers et soldats le serment ci-apr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je jure de combattre jusqu'&#224; la mort pour la R&#233;publique, d'ob&#233;ir aux ordres des chefs, et de ne pas m'&#233;carter un seul instant du drapeau, ni de jour ni de nuit, avant que la bataille soit termin&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distribuer les armes disponibles aux compagnons et aux bataillons, dans l'ordre chronologique de leur formation ; premiers organis&#233;s, premiers arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'existe que quelques fusils, les donner aux sergents porte-fanions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers et sous-officiers feront constamment aux soldats les recommandations suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne jamais perdre une seconde - rester en ordre - observer le silence (sauf le cri de Vive la R&#233;publique pouss&#233; seulement &#224; un signal donn&#233;) - marcher d'un pas rapide. Dans le cas d'un engagement, n'agir que d'apr&#232;s le commandement. Si on a le dessous, se rallier vite et sans tumulte au drapeau et aux fanions. - Si on a le dessus, garder les rangs, sans bruit, ni cri, pr&#234;ts &#224; marcher. - Ex&#233;cuter tous les ordres avec rapidit&#233; et si on doit s'&#233;loigner du drapeau pour les remplir, le rallier vivement, aussit&#244;t l'ordre accompli. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cri de Vive la R&#233;publique ne doit &#234;tre pouss&#233; qu'au signal des chefs, parce qu'une marche silencieuse est souvent de la plus imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on soit en marche ou en halte, organiser aussit&#244;t tous les ouvriers qui se rencontreront sur le passage de la colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a des cadres en exc&#233;dent, ils marcheront &#224; la queue de la colonne, dans l'ordre des num&#233;ros de leurs compagnies, incorporant en chemin, sans s'arr&#234;ter, tous les hommes de bonne volont&#233; trouv&#233;s sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiers et sous-officiers des pelotons ainsi form&#233;s pendant la marche, demandent imm&#233;diatement aux citoyens incorpor&#233;s s'ils ont servi dans l'arm&#233;e ou appartenu &#224; la garde nationale ; et ils font sortir sur le flanc de la colonne ceux qui se trouvent dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des officiers d'&#233;tat-major accompagnent la colonne afin de constituer avec ces nouveaux &#233;l&#233;ments des cadres de compagnies et de bataillons, en assignant les grades d'apr&#232;s la r&#232;gle indiqu&#233;e plus haut. Ils distribuent les rubans servant d'insignes, font d&#233;ployer les fanions et les drapeaux des nouveaux corps qui se mettent &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des nouveaux bataillons continuera ainsi sans &#238;nterruption, pendant la dur&#233;e de la lutte. Toute colonne en marche ralliera les ouvriers rencontr&#233;s sur son chemin et les formera en compagnies et en bataillons d'apr&#232;s les proc&#233;d&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t que le nombre des bataillons d&#233;passera neuf, ils pourront &#234;tre r&#233;unis par r&#233;giments et par brigades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'insurrection, des citoyens d&#233;vou&#233;s seront charg&#233;s de couper les fils t&#233;l&#233;graphiques et de d&#233;truire les communications du gouvernement avec la province.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mesures insurrectionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t que la chose sera possible, le commandant en chef &#233;tablira des commissions d'armement, de vivres et de s&#251;ret&#233; publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commission d'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission d'armement fera rechercher, soit dans les magasins et fabriques d'arquebuserie, soit chez les particuliers, toutes les armes disponibles, fusils de guerre et de chasse, pistolets, revolvers, sabres et &#233;p&#233;es, ainsi que les poudres entrepos&#233;es chez les d&#233;bitants ou r&#233;unies en d&#233;p&#244;t, notamment chez les artificiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle requerra le plomb en existence chez les plombiers, les moules &#224; balles de tous calibres chez les quincailliers, fera fabriquer des mandrins par les tourneurs, des mesures &#224; poudre, installera des ateliers o&#249; les femmes et les enfants seront employ&#233;s moyennant salaire &#224; la fonte des balles et &#224; la confection des cartouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fera pr&#233;parer des fanions, des drapeaux et des rubans pour insignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle requerra chez les fabricants de produits chimiques, les mati&#232;res qui entrent dans les diverses sortes de poudres notamment l'acide sulfurique et l'acide nitrique anhydres ou concentr&#233;s, &#233;l&#233;ments du fulmicoton. On mettra en r&#233;quisition pour ces travaux les &#233;l&#232;ves en pharmacie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commission des vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission des vivres requerra chez les boulangers, bouchers et dans les entrep&#244;ts de liquides, le pain, la viande, les vins et liqueurs n&#233;cessaires &#224; la consommation de l'arm&#233;e R&#233;publicaine, Elle mettra en r&#233;quisition les traiteurs, restaurateurs et autres &#233;tablissements de ce genre pour la pr&#233;paration des vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura, par chaque bataillon, un commissaire des vivres charg&#233; de veiller &#224; la distribution et de faire conna&#238;tre &#224; la commission les besoins du bataillon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commision de s&#251;ret&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission de s&#251;ret&#233; publique a pour mission de, d&#233;jouer les trames de la police et les manoeuvres des contre-r&#233;volutionnaires, de faire imprimer, distribuer et afficher les proclamations ou arr&#234;t&#233;s du Commandant en chef, de surveiller les t&#233;l&#233;graphes, les chemins de fer, les &#233;tablissements imp&#233;riaux, en un mot, de dissoudre les moyens d'action de l'ennemi, d'organiser et d'assurer ceux de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fonds n&#233;cessaires pour le service de ces trois commissions et pour le paiement de l'indemnit&#233; quotidienne de cinq francs, allou&#233;e aux citoyens pr&#233;sents sous les drapeaux, seront pr&#233;lev&#233;es sur les caisses publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera d&#233;livr&#233; aux marchands et industriels, r&#233;c&#233;piss&#233; r&#233;gulier des livraisons de marchandises quelconques par eux fournies, sur r&#233;quisition. Ces fournitures seront sold&#233;es par le gouvernement r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois commissions rendront compte de leurs travaux, d'heure en heure au commandant en chef et ex&#233;cuteront ses ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera form&#233; un service sp&#233;cial pour les ambulances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun mouvement militaire ne devant avoir lieu que d'apr&#232;s l'ordre du commandant en chef, il ne sera &#233;lev&#233; de barricades que sur les emplacements d&#233;sign&#233;s par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous peine d'une prompte d&#233;b&#226;cle, les barricades ne peuvent plus &#234;tre aujourd'hui une oeuvre comme en 1830 et 1848, confuse et d&#233;sordonn&#233;e. Elles doivent faire partie d'un plan d'op&#233;ration, arr&#234;t&#233; d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce syst&#232;me, chaque retranchement est occupe par une garnison qu'on abandonne point &#224; elle-m&#234;me, qui reste en communication suivie avec les r&#233;serves et en re&#231;oit constamment des renforts proportionn&#233;s aux dangers de l'attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tohu-bohu et l'&#233;parpillement ne constituaient pas le seul vice des anciennes barricades. Leur construction n'&#233;tait pas moins d&#233;fectueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amas informe de pav&#233;s, entrem&#234;l&#233;s de voitures sur le flanc, de poutres et de planches, ce mauvais barrage n'&#233;tait pas un obstacle pour l'infanterie qui l'enlevait au pas de course. Quelques gros retranchements peut-&#234;tre, faisaient exception. Encore pas un seul n'&#233;tait &#224; l'abri de l'escalade. Ils servaient eux-m&#234;mes d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;ter les troupes, les contraindre &#224; un si&#232;ge, r&#233;sister m&#234;me assez longtemps au canon, telle est. la destination d'une barricade. Il faut donc la construire d'apr&#232;s ces donn&#233;es, pour qu'elle atteigne son triple but. Jusqu'ici, elle n'y a pas satisfait le moins du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Croquis de barricade&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Profil de la barricade compl&#232;te, rempart et contre-garde avec glacis. Le rempart et le mur interne de la contre-garde sont ma&#231;onn&#233;s en pl&#226;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tat actuel de Paris, malgr&#233; l'invasion du macadam, le pav&#233; reste toujours le v&#233;ritable &#233;l&#233;ment de la fortification passag&#232;re, &#224; condition toutefois d'en faire un usage plus s&#233;rieux que par le pass&#233;. C'est une affaire de bon sens et de calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien pav&#233;, qui tapisse encore la majeure partie de la voie publique est un cube de 25 centim&#232;tres de c&#244;t&#233;. On peut, d&#232;s lors, supputer par avance le nombre de ces blocs qui sera mis en oeuvre pour b&#226;tir un mur, dont les trois dimensions, longueur, largeur et hauteur sont d&#233;termin&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barricade r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La barricade compl&#232;te consiste dans un rempart et sa contre-garde ou couvre-face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rempart est en pav&#233;s ma&#231;onn&#233;s au pl&#226;tre, large d'un m&#232;tre, haut de trois, encastr&#233; par des extr&#233;mit&#233;s dans les murs de fa&#231;ade des maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-garde, plac&#233;e &#224; six m&#232;tres en avant du rempart se compose de deux parties attenantes l'une &#224; l'autre, savoir : un mur interne de m&#234;mes dimensions et constructions que le rempart, et un glacis en pav&#233;s secs amoncel&#233;s s'&#233;tendant sur une longueur de quatre m&#232;tres jusqu'&#224; l'entr&#233;e de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#232;tre cube contient 64 pav&#233;s de 25 centim&#232;tres de c&#244;t&#233;. Le rempart ainsi que le mur interne de la contre-garde ont toujours deux facteurs fixes, la hauteur 3 m&#232;tres, la largeur ou &#233;paisseur un m&#232;tre. La longueur seule varie. Elle d&#233;pend de la largeur de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En supposant ici la rue de 12 m&#232;tres, et par cons&#233;quent, le chiffre 12, facteur commun pour le rempart, le mur interne ma&#231;onn&#233; du glacis, et le glacis lui-m&#234;me, on aura :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rempart = 3 &#215; 1 &#215; 12	= 36&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mur interne du glacis = 3 &#215; 1 &#215; 12	= 36&lt;br class='autobr' /&gt;
Le glacis = 3 &#215; 4 &#215; 12	= 72&lt;br class='autobr' /&gt; 2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cube total de la barricade et de sa contre-garde sera de 144 m&#232;tres qui, &#224; 64 pav&#233;s par m&#232;tre cube, donnent 9186 pav&#233;s, repr&#233;sentant 191 rang&#233;es &#224; 4 &#215; 12 ou 48 par rang&#233;es. Ces 192 rang&#233;es occupent 48 m&#232;tres de long. Ainsi la rue serait d&#233;pav&#233;e dans une longueur de 48 m&#232;tres, pour fournir les mat&#233;riaux du retranchement complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calcul n'ayant pas tenu compte de la place occup&#233;e par le pl&#226;tre dans le rempart et le mur interne de la contre-garde le nombre de pav&#233;s serait diminu&#233; d'autant. Il serait moindre encore dans le glacis, par suite des vides existant entre les pav&#233;s entass&#233;s en d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits pav&#233;s rectangulaires qui ont remplac&#233; en partie le macadam des grandes voies, pourraient servir &#233;galement &#224; l'&#233;rection des barricades. Mais le travail des parties ma&#231;onn&#233;es serait plus long et consommerait plus de pl&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, il est bien &#233;vident qu'un pareil retranchement ne serait pas b&#226;cl&#233; dans une heure. Or, il importe de se mettre en d&#233;fense le plus promptement possible. On peut parer &#224; cette difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tachement charg&#233; de construire et d'occuper la barricade doit se rendre sur le terrain avec une voiture de sacs de pl&#226;tre, plus des brouettes, des voitures &#224; bras, des leviers, des pics, des pelles, des pioches, des marteaux, des ciseaux &#224; froid, des truelles, des seaux, des auges. Les r&#233;quisitions de tous ces objets seront faites chez les marchands respectifs dont les adresses se trouvent dans l'Almanach du Commerce. On choisira les plus voisins du point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois sur le terrain, le chef du poste fait commencer le rempart &#224; 15 m&#232;tres environ du d&#233;bouch&#233; de la rue, et au lieu de trois m&#232;tres de hauteur, ne lui en donne que la moiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mur de quatre pieds et demi a pr&#233;cis&#233;ment la hauteur normale pour le tir d'un fantassin debout. On peut l'escalader sans doute, mais l'op&#233;ration n'est pas commode. C'est d&#233;j&#224; un obstacle respectable. Or, ce massif n'a que 18 m&#232;tres cubes ou 1152 pav&#233;s, qui repr&#233;sente 24 rang&#233;es ou 6 m&#232;tres de longueur &#224; d&#233;paver. Cela peut se faire assez rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ach&#232;ve ensuite le rempart jusqu'&#224; trois m&#232;tres &#224; mi-hauteur (1 m 1/2), c'est-&#224;-dire &#224; un m&#232;tre et demi, on laisse, de distance en distance, des trous destin&#233;s &#224; recevoir des solives, sur lesquelles on posera des planches formant banquette pour le tir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessus du mur interne de la contre-garde doit &#234;tre plan, sans inclinaison ni en dedans ni en dehors afin de ne pas donner prise au boulet qui &#233;cr&#234;terait la partie la plus haute amincie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessus du rempart peut &#234;tre inclin&#233; l&#233;g&#232;rement, afin de m&#233;nager au tir une certaine plong&#233;e. Il sera cr&#233;pi et liss&#233; &#224; la truelle, ainsi que la paroi faisant face &#224; la contre-garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trous pratiqu&#233;s &#224; mi-hauteur pour l'&#233;chafaudage de construction, tant au mur de la contre-garde qu'au rempart seront bouch&#233;s avec soin. Les parois du rempart et de la contre-garde qui se font face, devront &#234;tre liss&#233;es &#224; la truelle, et n'offrir aucune asp&#233;rit&#233; favorisant l'escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rang&#233;es de pav&#233;s de chaque assise de deux murs seront pos&#233;es en &#233;chiquier, ainsi que les assises elles-m&#234;mes, par rapport l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rempart d&#233;passait en hauteur le mur de la contre-garde, les boulets d&#233;moliraient la partie saillante. Dans le cas cependant o&#249; du rempart on voudrait tirer au loin sur l'ennemi, il suffirait d'y placer des sacs &#224; pl&#226;tre remplis de terre. Les combattants se hausseraient eux-m&#234;mes au moyen de pav&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, le retranchement est plut&#244;t une barri&#232;re qu'un champ d'action. C'est aux fen&#234;tres que se trouve le v&#233;ritable poste de combat. De l&#224;, des centaines de tirailleurs peuvent diriger dans tous les sens un feu meurtrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'officier charg&#233; de d&#233;fendre le d&#233;bouch&#233; d'une rue, fait occuper, en arrivant, les maisons des deux angles par le tiers de son monde, les hommes les mieux arm&#233;s, d&#233;tache en avant quelques vedettes pour &#233;clairer les rues et pr&#233;venir une surprise, et commence les travaux du retranchement avec les pr&#233;cautions et dans l'ordre indiqu&#233;s plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une attaque survient avant l'ach&#232;vement du mur simple, d'un m&#232;tre et demi de haut, l'officier se retire avec tout son monde dans les maisons des deux angles, apr&#232;s avoir mis en s&#251;ret&#233; dans une cour int&#233;rieure, voiture, chevaux, mat&#233;riel de toute esp&#232;ce. Il se d&#233;fend par les feux des fen&#234;tres et les pav&#233;s lanc&#233;s des &#233;tages sup&#233;rieurs. Les petits pav&#233;s rectangulaires des grandes voies macadamis&#233;es sont excellents pour cet usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque repouss&#233;e, il reprend et presse sans rel&#226;che la construction de la barricade en d&#233;pit des interruptions. Au besoin des renforts arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette besogne termin&#233;e, on se met en communication avec les deux barricades lat&#233;rales, en per&#231;ant les gros murs qui s&#233;parent les maisons situ&#233;es sur le front de d&#233;fense. La m&#234;me op&#233;ration s'ex&#233;cute simultan&#233;ment, dans les maisons des deux c&#244;t&#233;s de la rue barricad&#233;e jusqu'&#224; son extr&#233;mit&#233;, puis en retour &#224; droite et &#224; gauche, le long de la rue parall&#232;le au front de d&#233;fense, en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvertures sont pratiqu&#233;es au premier et au dernier &#233;tage, afin d'avoir deux routes ; le travail se poursuit &#224; la fois dans quatre directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#238;lots ou p&#226;t&#233;s de maisons appartenant aux rues barricad&#233;es, doivent &#234;tre perc&#233;s dans leur pourtour, de mani&#232;re que les combattants puissent entrer et sortir par la rue parall&#232;le de derri&#232;re, hors de la vue et de la port&#233;e de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce travail, la garnison de chaque barricade doit se rencontrer &#224; mi-chemin, tant sur le front de d&#233;fense que dans la rue de derri&#232;re avec les deux garnisons des deux barricades voisines, de droite et de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boulevard S&#233;bastopol &#233;tant suppos&#233; front de d&#233;fense, on a pris sur ce front une &#233;tendue d'environ 140 m&#232;tres, qui comprend les d&#233;bouch&#233;s de trois rues et un peu au-del&#224;, savoir les rues Aubry-le-Boucher, de la Reynie, et des Lombards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois rues sont ferm&#233;es &#224; leur issue sur le boulevard, par des barricades avec contre-gardes. Les dimensions et les distances sont rigoureusement exactes sur le plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garnison du retranchement La Reynie, apr&#232;s avoir compl&#233;t&#233; les constructions de la rue et simultan&#233;ment m&#234;me perc&#233; des maisons le long du boulevard, vers la rue Aubry-le-Boucher, &#224; droite, et vers la rue des Lombards, &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fait la m&#234;me op&#233;ration des deux c&#244;t&#233;s de la rue de la Reynie, en gagnant la rue des Cinq-Diamants, et parvenue &#224; l'extr&#233;mit&#233;, tourne &#224; gauche, vers la rue Aubry-le-Boucher, &#224; droite vers la rue des Lombards, en continuant son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les garnisons des barricades Aubry-le-Boucher et Lombards vont &#224; la rencontre des travailleurs La Reynie, d'apr&#232;s la m&#234;me m&#233;thode, et la jonction s'op&#232;re &#224; mi-chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maisons ont &#233;t&#233; indiqu&#233;es au hasard sur le boulevard S&#233;bastopol, mais dans les rues de La Reynie, Aubry-le-Boucher, des Lombards et des Cinq-Diamants, le nombre des maisons ou plut&#244;t des gros murs qui les s&#233;parent a &#233;t&#233; relev&#233; avec exactitude sur un ancien plan tr&#232;s d&#233;taill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Garnison La Reynie aurait donc &#224; percer, entre la moiti&#233; des maisons du boulevard, entre les deux rues lat&#233;rales, douze murs dans la rue de La Reynie, cinq d'un c&#244;t&#233;, sept de l'autre, plus sept autres dans la rue des Cinq-Diamants, cinq &#224; droite, deux &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En admettant dix maisons sur le front S&#233;bastopol, ce qui ne donne &#224; chacune que neuf m&#232;tres de fa&#231;ade, il y aurait donc en tout 24 murs &#224; percer, six pour chaque escouade de travailleurs, puisqu'on proc&#233;derait dans quatre directions &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, si on est en nombre, on peut percer en m&#234;me temps toutes les maisons de la rue barricad&#233;e et de la rue de derri&#232;re, puisqu'on a ses communications libres, en arri&#232;re du retranchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;rieur des &#238;lots consiste g&#233;n&#233;ralement en cours et jardins. On pourrait ouvrir des communications &#224; travers ces espaces, s&#233;par&#233;s d'ordinaire par de faibles murs. La chose sera m&#234;me indispensable sur les points que leur importance ou leur situation sp&#233;ciale exposent aux attaques les plus s&#233;rieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera donc utile d'organiser des compagnies d'ouvriers non-combattants, ma&#231;ons, charpentiers, etc., pour ex&#233;cuter les travaux conjointement avec l'infanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque sur le front de d&#233;fense, une maison est plus particuli&#232;rement menac&#233;e, on d&#233;molit l'escalier du rez-de-chauss&#233;e, et l'on pratique des ouvertures dans les planchers des diverses chambres du premier &#233;tage, afin de tirer sur les soldats qui envahiraient le rez-de-chauss&#233;e pour y attacher des p&#233;tards. L'eau bouillante jouerait aussi un r&#244;le utile dans cette circonstance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'attaque embrasse une grande &#233;tendue de front, on coupe les escaliers, et on perce les planchers dans toutes les maisons exposes. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, lorsque le temps et les autres travaux de d&#233;fense plus urgents le permettent, il faut d&#233;truire l'escalier du rez-de-chauss&#233;e dans toutes les maisons de l'&#238;lot, sauf une, &#224; l'endroit de la rue derri&#232;re le moins expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troupe enl&#232;ve toujours assez facilement les barricades, &#224; cause du petit nombre de leurs d&#233;fenseurs, de l'isolement o&#249; on les abandonne, et du d&#233;faut de confiance mutuelle d&#251; &#224; l'absence d'organisation et de commandement. Les choses prendraient une toute autre face, avec une direction &#233;nergique et l'envoi successif de puissants renforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici dans les luttes parisiennes, les insurg&#233;s sont toujours demeur&#233;s inactifs derri&#232;re leur semblant de barricades, oisivet&#233; fatale chez des combattants tr&#232;s mal arm&#233;s, sans artillerie, presque sans munitions. La bravoure seule ne suffit pas &#224; compenser tous les d&#233;savantages mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers Parisiens semblent ignorer leur principale force, la sup&#233;riorit&#233; de l'intelligence et de l'adresse. In&#233;puisables en ressources, ingenieux, tenaces, initi&#233;s &#224; toutes les puissances de l'industrie, il leur serait facile d'improviser en peu d'heures tout un mat&#233;riel de guerre. Charpentiers, menuisiers, m&#233;caniciens, fondeurs, tourneurs, ma&#231;ons, ils peuvent suffire &#224; tout, et opposer &#224; l'ennemi cent sapeurs du g&#233;nie pour un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut pour cela une activit&#233; incessante. Pas un seul homme ne doit rester inoccup&#233;. Quand une besogne est finie, on en commence une autre, il y a toujours quelque chose &#224; faire. En voici quelques-unes qui ont leur importance : Emmancher droites sur des hampes de sept pieds des lames de faux dont on a redress&#233; au feu le crochet de la base et coup&#233; le bourrelet formant dos, on fait tourner les hampes chez le tourneur le plus proche. Les lames de faux se trouvent en quantit&#233; chez les quincailliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enlever les portes des appartements ou prendre des planches dans les magasins, les percer d'&#233;troites meurtri&#232;res, longues de dix centim&#232;tres, les doubler d'&#233;paisses feuilles des t&#244;les perc&#233;es de la m&#234;me fa&#231;on, et garnir de ces volets mobiles l'ouverture des fen&#234;tres, le devant et les c&#244;t&#233;s des balcons pour diriger des feux de flanc dans la longueur des rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amonceler des pav&#233;s &#224; tous les &#233;tages, les plus petits au quatri&#232;me, au cinqui&#232;me, aux mansardes, les plus gros au second et au troisi&#232;me. En munir surtout les chambres situ&#233;es au-dessus du retranchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout chef de barricade fera prendre chez les marchands les plus proches, les mat&#233;riaux ou engins utiles &#224; la d&#233;fense, il mettra en r&#233;quisition les industriels, tels que tourneurs, menuisiers, serruriers, etc..., pour le confectionnement des objets que les soldats de la garnison ne seraient pas en mesure de fabriquer eux-m&#234;mes. Il d&#233;livrera en &#233;change des r&#233;c&#233;piss&#233;s r&#233;guliers, valant factures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commandants de barricades ne retiendront pas aupr&#232;s d'eux les recrues qui viendraient les rejoindre. Ils les adresseront &#224; leur sup&#233;rieur imm&#233;diat, les lieutenants au capitaine, les capitaines au chef de bataillon, afin que ces hommes soient dirig&#233;s sur la r&#233;serve o&#249; s'op&#232;rent l'organisation des nouveaux corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#232;gle est dict&#233;e par des motifs imp&#233;rieux : 1&#176; l'indemnit&#233; ne peut &#234;tre allou&#233;e aux volontaires que sur constatation officielle de leur pr&#233;sence sous le drapeau, avec date pr&#233;cise ; 2&#176; le commandant en chef doit toujours conna&#238;tre le chiffre exact des forces de chaque retranchement ; 3&#176; le bon ordre exige que l'effectif des compagnies et des bataillons demeure &#224; peu pr&#232;s uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commandants de barricade adresseront des rapports fr&#233;quents &#224; leurs sup&#233;rieurs qui les feront tenir au quartier g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fense des barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En supposant que l'arm&#233;e tienne pied et s'acharne &#224; la lutte, il est ais&#233; de pressentir sa m&#233;thode d'attaque contre les positions r&#233;publicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, des d&#233;tachements plus ou moins nombreux tirant aux fen&#234;tres pendant leur marche, s'avanceront pour enlever une barricade. S'ils sont repouss&#233;s, et peut-&#234;tre m&#234;me sans avoir couru cette chance, ils perceront les maisons des &#238;lots qui font face aux insurg&#233;s, et arriveront ainsi par l'int&#233;rieur sur le front de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux parties n'&#233;tant plus alors s&#233;par&#233;es que par la largeur de la rue, les soldats dirigeront un feu violent sur les fen&#234;tres en face, pour chasser les d&#233;fenseurs. Il faut s'attendre aussi que la troupe, en cas de r&#233;sistance un peu longue, am&#232;nera du canon &#224; travers l'&#238;lot quelle occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le mettra en batterie sous une porte coch&#232;re, vis-&#224;-vis une des maisons du front de d&#233;fense, puis ouvrant soudainement la porte, canonnera les murs &#224; bout portant, pour jeter bas l'&#233;difice. Il ne tombera pas aux premiers coups, il faut un certain temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que le canon sera d&#233;masqu&#233;, les R&#233;publicains tireront sur les artilleurs par les ouvertures du rez-de-chauss&#233;e, soupiraux, portes et balcons ayant vue sur l'all&#233;e de la porte coch&#232;re. On percera rapidement des meurtri&#232;res vis-&#224;-vis, afin de multiplier les feux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#232;gle g&#233;n&#233;rale : il est inutile de riposter aux soldats qui fusillent des fen&#234;tres. C'est perdre sa poudre. L'ennemi en a de reste. Elle est rare chez les insurg&#233;s. Il est donc indispensable de la m&#233;nager. On se garantira des balles au moyen des volets doubl&#233;s de t&#244;le qui garnissent les fen&#234;tres des balcons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garnison, d&#233;daignant le feu des crois&#233;es, surveillera la rue pour emp&#234;cher l'ennemi de la traverser. D&#232;s qu'il tentera le passage, il faut le fusiller &#224; outrance, l'accabler de pierres et de pav&#233;s, du haut des maisons. En m&#234;me temps, on se tiendra pr&#234;t &#224; la fusiller, &#224; l'arroser d'eau bouillante par le plancher du premier &#233;tage, s'il p&#233;n&#233;trait dans le rez-de-chauss&#233;e, malgr&#233; le barricadement des portes et des fen&#234;tres. Durant le combat, veiller avec soin &#224; ce qu'il ne puisse attacher des p&#233;tards. Ne pas m&#233;nager les pav&#233;s, les bouteilles pleines d'eau, m&#234;me les meubles, &#224; d&#233;faut d'autres projectiles. Oter les volets en t&#244;le des hauts &#233;tages, pour lancer les pierres, en &#233;vitant les balles d'en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au retranchement, il ne sera pas facile d'en avoir raison. Le boulet ne pourrait atteindre le rempart que par le tir &#224; ricochet, et le faible intervalle de six m&#232;tres, qui le s&#233;pare de la contre-garde, rendrait ce tir inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obus sera &#233;galement impuissant. il viendra faire explosion en avant ou en arri&#232;re ou dans l'intervalle des deux ouvrages, et ses &#233;clats &#233;corcheront le pl&#226;tre des murailles, rien de plus. Car il ne trouvera l&#224; personne. La barricade sera d&#233;fendue par les fen&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assaut serait tr&#232;s meurtrier pour les assaillants. Il faudrait essuyer la fusillade jusqu'au pied du glacis, et &#224; partir de ce point, braver un p&#233;ril plus redoutable encore, il ne serait possible de descendre du mur interne, puis de franchir le rempart qu'avec des &#233;chelles de huit pieds, bagage incommode, et sous une gr&#234;le de pav&#233;s et de balles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en construisant la barricade, on a pu enfermer une ou deux portes coch&#232;res, dans l'intervalle de six m&#232;tres, entre le rempart et sa contregarde, des pelotons de faucheurs mass&#233;s derri&#232;re les battants de la porte qui s'ouvrira tout &#224; coup, se jetteront sur les soldats qui seraient descendus de la contre-garde et les mettront en pi&#232;ces dans cette sourici&#232;re car leurs ba&#239;onnettes ne seront pas de longueur contre leurs pertuisanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'existe point de porte coch&#232;re, les faucheurs se masseront au rez-de-chauss&#233;e afin de s'&#233;lancer par les portes d'all&#233;es ainsi que par les fen&#234;tres basses. Au pr&#233;alable, le commandant aura fait cesser la pluie de balles et de pav&#233;s, ce que la troupe pourra prendre pour un signe de d&#233;faite, m&#233;prise qui lui deviendrait fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ennemi est rebut&#233; par la longue r&#233;sistance d'une ou de plusieurs barricades, il recourra peut-&#234;tre &#224; l'incendie des maisons par les obus. Eteindre le feu sera difficile. Si on n'y r&#233;ussit pas, la retraite deviendra in&#233;vitable. Il faudra se replier de maison en maison sur une deuxi&#232;me ligne de d&#233;fense. Les troupes ne joueraient pas longtemps ce jeu-l&#224;. On ne fera pas de Paris une seconde Saragosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des barricades fournira au commandant en chef l'occasion de prendre &#224; son tour l'offensive et de jeter des colonnes d'attaque sur les flancs et les derri&#232;res des assaillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bless&#233;s seront &#233;vacu&#233;s sur les ambulances, d&#233;sign&#233;es aux chefs de corps ; les morts seront transport&#233;s aux h&#244;pitaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troupes pourraient avoir recours &#224; la mine pour forcer un front de d&#233;fense trop tenace. C'est un moyen puissant, mais assez peu probable. L'ennemi n'en usera certainement pas au d&#233;but. Ce moyen est long et d&#233;note d'ailleurs une certaine timidit&#233;, qui &#233;branlerait l'esprit du soldat en lui montrant l'insurrection tr&#232;s redoutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il se peut que la n&#233;cessit&#233; fasse passer par-dessus cet inconv&#233;nient. Dans ce cas, le syst&#232;me d'&#233;gouts prend une grande importance. Dans toutes les rues o&#249; il s'en trouve, ils deviendraient le point de d&#233;part des galeries de mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi a un plan d&#233;taill&#233; des &#233;gouts de Paris. Ils sont de plusieurs dimensions. La carte des plus grands, dit &#233;gouts collecteurs, est connue de tout le monde. On la trouve dans le second volume de Paris-Guide. Mais ceux-l&#224; ne forment que le tr&#232;s petit nombre. La masse des canaux moyens et des rigoles demeure inconnue. Il serait utile de s'en enqu&#233;rir aupr&#232;s des ouvriers &#233;goutiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le combat, il sera indispensable de faire reconna&#238;tre ces voies souterraines, par de nombreux d&#233;tachements, auxquels on tracera un itin&#233;raire. Ils seront munis d'&#233;chelles pour remonter &#224; volont&#233; par tous les regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On barricadera les embranchements qui aboutissent aux collecteurs eux-m&#234;mes, d'apr&#232;s un plan r&#233;gl&#233; sur celui des op&#233;rations &#224; ciel ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute rue servant de d&#233;fense peut &#234;tre travers&#233;e par une galerie de mine, il faudra donc s'assurer si elle recouvre un &#233;gout, et dans ce cas, occuper l'&#233;gout par des barricades, lorsque le front de d&#233;fense sera attaqu&#233; avec vigueur par l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sentinelles le parcourront &#224; pas de loup, posant l'oreille contre la paroi du c&#244;t&#233; des troupes, afin d'entendre le bruit de la sape et avertir aussit&#244;t. Du reste, l'ennemi ne tenterait de p&#233;n&#233;trer dans l'&#233;gout par la sape que s'il ne pouvait y arriver par la voie naturelle des embranchements, sa rencontre dans ses d&#233;tours souterrains serait donc l'indice de ses projets de mine. Ces rencontres viendraient accro&#238;tre les difficult&#233;s de l'op&#233;ration et la rendre moins probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues sans &#233;gouts, s'il en existe, la galerie serait creus&#233;e directement, &#224; partir d'une cave, pour traverser la rue jusqu'&#224; la maison vis-&#224;-vis. Ce travail serait plus difficile &#224; d&#233;couvrir et &#224; surprendre que celui des &#233;gouts. Des sentinelles devront coller l'oreille au mur de la cave bordant la rue, afin d'&#233;couter le bruit des mineurs. La garnison, pr&#233;venue, les attendrait &#224; l'issue pour leur faire un mauvais parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, la guerre de mine est peu probable ; celle d'&#233;gout l'est davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des habitants des maisons occup&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants des maisons occup&#233;es par les r&#233;publicains seront invit&#233;s dans leur propre int&#233;r&#234;t, &#224; se retirer avec leur num&#233;raire, leurs valeurs quelconques et leur argenterie, apr&#232;s avoir ferm&#233; tous les meubles. On leur rappellera, d'apr&#232;s l'exemple du 2 d&#233;cembre, que les soldats de Bonaparte, en p&#233;n&#233;trant dans toute maison d'o&#249; il est parti un coup de feu, &#233;gorgent sans distinction hommes et femmes, vieillards au lit et enfants &#224; la mamelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les vieillards, les femmes et les enfants se retirent, les hommes devront les suivre. On ne les laissera pas demeurer seuls au logis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on aura perc&#233; les murs de toutes les maisons d'un &#238;lot, on pourra faire retirer les familles qui habitent le front de d&#233;fense, dans la partie de derri&#232;re de l'&#238;lot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas o&#249;, par suite de communications intercept&#233;es, les vivres viendraient &#224; leur manquer, les R&#233;publicains leur en donneront, en pr&#233;venant du fait les commissaires de bataillon pour qu'ils approvisionnent en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore le r&#233;p&#233;ter : la condition sine qua non de la victoire, c'est l'organisation, l'ensemble, l'ordre et la discipline. Il est douteux que les troupes r&#233;sistent longtemps &#224; une insurrection organis&#233;e et agissant avec tout l'appareil d'une force gouvernementale. L'h&#233;sitation les gagnera, puis le trouble, puis le d&#233;couragement, enfin la d&#233;b&#226;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Blanqui, le r&#233;volutionnaire, le communiste, l'organisateur prol&#233;tarien, le penseur, le visionnaire</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article3713</link>
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		<dc:date>2015-06-07T23:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Oui, Messieurs, c'est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l'ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils consid&#232;rent comme une action n&#233;faste le fait que les pauvres opposent une r&#233;sistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si f&#233;roce qu'il se d&#233;fend quand il est attaqu&#233; ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les armes et l'organisation, voil&#224; l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec la mis&#232;re. Qui a du fer a du pain. &#187; &#171; Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot284" rel="tag"&gt;Communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Oui, Messieurs, c'est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l'ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils consid&#232;rent comme une action n&#233;faste le fait que les pauvres opposent une r&#233;sistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si f&#233;roce qu'il se d&#233;fend quand il est attaqu&#233; ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/-895.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/-895.jpg' width=&#034;651&#034; height=&#034;800&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les armes et l'organisation, voil&#224; l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec la mis&#232;re. Qui a du fer a du pain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/-896.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les instruments ni les fruits du travail n'appartiennent pas aux travailleurs, mais aux oisifs. Les branches gourmandes absorbent la s&#232;ve de l'arbre, au d&#233;triment des rameaux fertiles. Les frelons d&#233;vorent le miel cr&#233;&#233; par les abeilles. Tel est notre ordre social, fond&#233; par la conqu&#234;te, qui a divis&#233; les populations en vainqueurs et en vaincus. La cons&#233;quence logique d'une telle organisation, c'est l'esclavage. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Blanqui, le r&#233;volutionnaire, le communiste, l'organisateur prol&#233;tarien, le penseur, le visionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article113&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le &#034;toast de Londres&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article127&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Instruction pour une prise d'armes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1832/rapport.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rapport sur la situation int&#233;rieure et ext&#233;rieure de la France depuis la r&#233;volution de juillet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1830/appel-etudiants.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Appel de Blanqui aux &#233;tudiants&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1830/formulaire.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Formulaire de r&#233;ception &#224; la Soci&#233;t&#233; des Saisons&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1834/liberateur.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui fait la soupe doit la manger&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1839/appel.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Appel du Comit&#233; de la Soci&#233;t&#233; des Saisons&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1849/audience.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Accus&#233;s du 15 mai 1848 devant la Haute Cour de Bourges&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1851/a%20propos.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A propos des clameurs contre l'avis au peuple&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1866/proclamation-armee.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Proclamation &#224; l'arm&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1866/proclamation-parisiens.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Proclamation aux Parisiens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1866/proclamation-20-fevrier.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Proclamation du 20 f&#233;vrier 1866&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1869/positivism.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contre le positivisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1872/astres.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;ternit&#233; par les astres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1880/conscription.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'arm&#233;e esclave et opprim&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1869/usure.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'usure&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1869/communism.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le communisme, avenir de la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k853278q/f17.image.r=Auguste%20Blanqui.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Capital et Travail (tome un)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k853647j/f17.image.r=Auguste%20Blanqui.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Capital et Travail (tome deux)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k819846/f4.image.r=Auguste%20Blanqui.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Science et foi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k213910k.r=Auguste+Blanqui.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La patrie en danger&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1832/defense.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sa d&#233;fense devant la Cour d'Assises&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5606746q.r=Auguste+Blanqui.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Banquet des travaileurs socialistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article561&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Auguste Blanqui ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/bio/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une biographie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/1849/toast.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toast &#224; Auguste Blanqui, d&#233;tenu &#224; Vincennes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/images/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Portraits de Blanqui&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&amp;id_article=1269&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Auguste Blanqui, communiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/reference/archive/blanqui/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Writings of Blanqui (in english)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/reference/archive/blanqui/1833/democratic-propaganda.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Democratic Propaganda&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/riazanov/1928/xx/blanqui.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;David Riazanov, The Relations of Marx with Blanqui&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1906/rl19060600.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blanquisme et social-d&#233;mocratie, par Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=ADh3uUMpUf8C&amp;printsec=frontcover&amp;dq=La+r%C3%A9volution+permanente+de+Blanqui&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ei=IqdxVdT7EIT8UraKgrgP&amp;ved=0CCEQ6AEwAA#v=onepage&amp;q=La%20r%C3%A9volution%20permanente%20de%20Blanqui&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution permanente de Blanqui&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/blanqui_louis_auguste/textes_choisis/textes_choisis_idees.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les id&#233;es politiques et sociales de Blanqui, par V. P. Volguine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/2009/08/06/blanquisme-et-marxisme-dommanget-1924/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blanquisme et marxisme, de Dommanget&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Blanqui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/blanqui/bio/manach.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blanqui et Rimbaud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.wikirouge.net/Auguste_Blanqui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikirouge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tra&#238;tres seraient les gouvernements qui, &#233;lev&#233;s sur les pavois prol&#233;taires, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Le d&#233;sarmement des gardes bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - L'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Qui a du fer, a du pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se prosterne devant les ba&#239;onnettes, on balaye les cohues d&#233;sarm&#233;es. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme. En pr&#233;sence des prol&#233;taires arm&#233;s, obstacles, r&#233;sistances, impossibilit&#233;s, tout dispara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour les prol&#233;taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la libert&#233;, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau b&#233;nite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la mis&#232;re toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le peuple choisisse ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le toast de Londres&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;bat : face &#224; face entre Victor Hugo et Edmond de Goncourt, bourgeoisie r&#233;volutionnaire et bourgeoisie r&#233;actionnaire</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article2967</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article2967</guid>
		<dc:date>2013-11-18T02:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; - Que pensez-vous de Marat battant des mains &#224; la guillotine ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Hugo :- 93 ! J'attendais ce mot-l&#224;. Un nuage s'est form&#233; pendant 1500 ans. Au bout de quinze si&#232;cles il a crev&#233;. Vous faites le proc&#232;s au coup de tonnerre. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Hugo et la r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat : face &#224; face entre Victor Hugo et Edmond de Goncourt, bourgeoisie r&#233;volutionnaire et bourgeoisie r&#233;actionnaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;ambule : Le dialogue qui suit vise &#224; montrer que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise n'a pas eu qu'une bourgeoisie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - Que pensez-vous de Marat battant des mains &#224; la guillotine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo :- 93 ! J'attendais ce mot-l&#224;. Un nuage s'est form&#233; pendant 1500 ans. Au bout de quinze si&#232;cles il a crev&#233;. Vous faites le proc&#232;s au coup de tonnerre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article602&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Victor Hugo et la r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;bat : face &#224; face entre Victor Hugo et Edmond de Goncourt, bourgeoisie r&#233;volutionnaire et bourgeoisie r&#233;actionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule&lt;/strong&gt; : Le dialogue qui suit vise &#224; montrer que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise n'a pas eu qu'une bourgeoisie r&#233;actionnaire, incapable de penser en termes de l'humanit&#233;, en termes des sauts de l'Histoire, accroch&#233;e seulement &#224; des privil&#232;ges, pr&#234;te seulement &#224; remplacer la noblesse f&#233;odale, incapable de vouloir comprendre et transformer le monde. Pour bien des gens, en effet, la bourgeoisie r&#233;volutionnaire n'a jamais exist&#233; et certains r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens en ont &#233;t&#233; conduits, comme Lafargue, &#224; consid&#233;rer que la bourgeoisie n'avait pas fait avancer le monde, qu'elle avait seulement d&#233;tourn&#233; une r&#233;volution populaire en la trahissant. C'est le cas encore aujourd'hui de certains groupes qui se disent r&#233;volutionnaires marxistes. Ces gens-l&#224; n'ont que m&#233;pris pour des auteurs r&#233;volutionnaires ou des personnages historiques qui ont men&#233; les r&#233;volutions bourgeoises. Marx n'a jamais particip&#233; de ce type de raisonnements qui font comme si la r&#233;volution de 1789-1793 n'&#233;tait en rien bourgeoise. Des personnages comme Victor Hugo, Michelet, Garibaldi ou Jaur&#232;s, ont &#233;t&#233; parmi les derni&#232;res manifestations de l'existence d'une bourgeoisie r&#233;volutionnaire qui, en 1789-1793 en France, avait fait faire un bond en avant &#224; l'humanit&#233;. Certes, le r&#233;gime bourgeois restait bien entendu un r&#233;gime d'exploitation et donc d'oppression, mais de l&#224; &#224; consid&#233;rer que la r&#233;volution fran&#231;aise n'avait rien chang&#233; et que la violence r&#233;volutionnaire n'avait nullement accouch&#233; d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, c'est pousser un peu loin&#8230; Entre une soci&#233;t&#233; bard&#233;e de privil&#232;ges f&#233;odaux, de droits du sang, de droit permanent d'embastiller ses enfants ou de massacrer ses serfs, et la soci&#233;t&#233; bourgeoise cassant les vieilles corporations, les barri&#232;res de toutes sortes qui faisaient obstacle au progr&#232;s &#233;conomique, social, scientifique, il y a eu un saut r&#233;volutionnaire. Certains r&#233;volutionnaires pr&#233;tendent que la bourgeoisie n'a fait que tromper les masses populaires mobilis&#233;es, les bras nus, et c'est l&#224; aussi une grosse exag&#233;ration, une d&#233;formation de la r&#233;alit&#233; historique. S'il est vrai qu'il y avait d&#233;j&#224; une r&#233;volution communiste et quasiment prol&#233;tarienne au sein de la r&#233;volution bourgeoise, th&#232;se de la r&#233;volution permanente au sein de la r&#233;volution bourgeoise, cela ne signifie pas que la r&#233;volution bourgeoise n'&#233;tait qu'une tromperie. La bourgeoisie avait bel et bien une nouvelle soci&#233;t&#233; dont elle &#233;tait porteuse et qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e capable de dominer le monde. C'est bien qu'elle ne se contentait pas d'avoir quelques dirigeants politiques trompeurs dans des pays d'Europe de l'Ouest comme la France mais avait des capacit&#233;s historiques r&#233;elles qui la rendaient plus efficace que les soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, il est loin d'&#234;tre indiff&#233;rent d'avoir &#224; se battre dans une soci&#233;t&#233; d'o&#249; le f&#233;odalisme a &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233; qu'un monde de l'Ancien R&#233;gime pour ne pas dire plus ancien&#8230; Si on veut b&#226;tir le socialisme, il nous faudra les moyens scientifiques et techniques du capitalisme mais aussi les moyens sociaux, psychologiques, philosophiques, moraux que la bourgeoisie a d&#251; mobiliser dans son combat. Les travaux d'auteurs comme Hugo en font partie, comme ceux d'historiens bourgeois comme Michelet ou de philosophes bourgeois comme Hegel. Le travail r&#233;volutionnaire de demain s'appuiera sur le travail r&#233;volutionnaire d'hier. Il d&#233;braiera la vieille soci&#233;t&#233; mais cela ne signifie pas qu'il fera table rase de l'histoire, des avanc&#233;es r&#233;volutionnaires du pass&#233;, des r&#233;volutions sociales pr&#233;c&#233;dentes, mais au contraire qu'il s'en emparera, s'en revendiquera et en tirera les le&#231;ons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Victor, je dois vous avouer combien j'admire votre capacit&#233; &#224; consid&#233;rer l'humanit&#233; avec une telle constance, une telle bienveillance qu'il semblerait que nous n'ayons pas devant nos yeux les m&#234;mes &#234;tres humains, les m&#234;mes travers, les m&#234;mes petitesses, les m&#234;mes tares. A vous entendre et &#224; vous lire, il semblerait que l'humanit&#233; n'est qu'une aventure de grande ampleur, pleine d'h&#233;ro&#239;sme, pleine de grandeur, pleine de buts &#233;lev&#233;s, depuis ses grands personnages et jusqu'au plus humble de ses membres, jusqu'au plus miteux pour ne pas dire au plus glauque. Comme tous vos lecteurs, j'ai l'impression de m'&#233;lever en vous lisant mais je retombe sans cesse en retrouvant mes semblables, une sous-humanit&#233; au regard de celle dont vous dressez le portrait. Permettez-moi de vous poser la question, Victor, quelle est votre recette pour voir chez ces &#234;tres petits, viles, sales, mesquins, violents, pourris, parfois d&#233;lirants de vices et de go&#251;ts immondes, cette grande race humaine porteuse d'un avenir historique grandiose, celui consistant &#224; transformer le monde, &#224; explorer toutes les possibilit&#233;s de la nature et de la soci&#233;t&#233; ? J'avoue qu'apr&#232;s avoir d&#233;battu avec de multiples auteurs fran&#231;ais dans tous les restaurants de Paris, je n'ai jamais rencontr&#233; un seul auteur, une seule intelligence qui voie, comme vous, un ange dans un bagnard, une femme d'un d&#233;vouement total dans une prostitu&#233;e, un grand id&#233;al dans le peuple des rues, un d&#233;vouement et un courage grandioses dans les r&#233;volt&#233;s des barricades&#8230; Pour tous les auteurs que j'ai rencontr&#233;s, comme pour mon fr&#232;re ou pour moi, toute cette humanit&#233; grouillante sent bien plus la sueur, le vomi, la haine, les maladies, les vices d&#233;go&#251;tants, la b&#234;tise et l'envie que le sens de l'Histoire, la gloire de l'aventure de l'esprit, de la conqu&#234;te de mondes nouveaux, que le courage et l'audace de construire des avenirs encore inconnus. Comment pouvez-vous, grand po&#232;te de France que vous &#234;tes, vous sentir des points communs avec ces sous-hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'&#234;tes effectivement pas le seul, mon cher Edmond, &#224; prendre l'apparence pour la r&#233;alit&#233;, la mis&#232;re pour la honte, la pauvret&#233; pour le p&#233;cher, le populaire pour la d&#233;ch&#233;ance morale, le mis&#233;reux pour le mis&#233;rable et le mis&#233;rable pour le criminel potentiel, le peuple pour le contraire du progr&#232;s, de l'esprit, du grand, du beau&#8230; Vous n'&#234;tes pas le seul &#224; n'avoir vu dans la grande R&#233;volution fran&#231;aise autre chose que des masses populaires avides et violentes, des femmes d&#233;lirantes et dangereuses, des &#233;trangers se m&#234;lant de l'histoire de France et des jeunes des rues mena&#231;ants. Loin de voir dans leur mouvement historique tout l'&#233;lan d'un espoir immense vers l'id&#233;al, vers la libert&#233;, vers la grandeur, vous n'y voyez qu'une menace pour les petits biens que vous avez pu conserver, pour les petits avantages de votre vie quotidienne, pour le petit bien-&#234;tre que permet un petit bien h&#233;rit&#233;. Bien s&#251;r, les masses d&#233;sh&#233;rit&#233;es n'ont elles-m&#234;mes pas toujours conscience du grand &#233;lan qui les porte. Elles marchent parfois en aveugles et la lueur de l'avenir ne leur parvient que de mani&#232;re intermittente. Encore faut-il la chercher et constater que les peuples en marche sont une force grandiose qui m&#232;ne vers la libert&#233;, vers le changement radical, vers le progr&#232;s historique, vers un grand dessein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gens-l&#224;, que votre g&#233;n&#233;rosit&#233; b&#226;tit du doux nom de masses populaires, n'ont d'&#233;lan que vers les fusillades, vers la haine fratricide, vers le vol, vers la rapine. Je ne vois autour de moi dans le bas peuple que des haines sournoises, des jalousies violentes et des dispositions populaires &#224; refaire ce qu'avaient fait les sans-culottes dans la r&#233;volution fran&#231;aise : prendre en otage les gens honn&#234;tes pour leur faire rendre gorge, juger tous ceux qui r&#233;ussissent, tous ceux qui ont amass&#233; une fortune par leur travail, tous ceux qui ont h&#233;rit&#233; d'un bien. Les rat&#233;s de toutes sortes, aigris, vengeurs, professionnels de la protestation, pr&#234;ts &#224; toutes les violences pour satisfaire leur avidit&#233;, pour d&#233;truire ce que d'autres ont construit, ces incapables qui ne savent que profiter de la b&#234;tise populaire font la loi dans les r&#233;volutions. Croyez-moi qu'&#224; l'&#233;poque de la Terreur r&#233;volutionnaire, vous qui en parlez tranquillement, seriez tout aussi accus&#233; que moi de contre-r&#233;volution, de complot avec l'ennemi, de trahison et de complicit&#233; avec les ci-devants nobles. A l'&#233;poque de la Commune de Paris, vous auriez pu, comme je l'ai &#233;t&#233;, &#234;tre oblig&#233; de quitter un bon restaurant parisien, accus&#233; tout simplement de manger normalement ou de faire la f&#234;te par des meutes parisiennes qui nous auraient bien fait violence si elles en avaient eu envie. Et l'&#233;lan historique que vous imaginez dans le peuple fran&#231;ais me semble bien plut&#244;t un &#233;lan vers les guillotines pour les braves gens et la dictature des aigris, des bandits et des coupeurs de t&#234;te ! Je connais votre point de vue sur la libert&#233; et je me souviens que vous proclamez avoir refus&#233;, devant une foule r&#233;publicaine, de crier &#171; A bas la royaut&#233; ! &#187; en revendiquant votre libert&#233; individuelle et avez cri&#233; &#171; Vive la libert&#233; ! &#187; Vous en tirez argument que le peuple est bonne p&#226;te et ne vous en a pas voulu de ne pas avoir cri&#233; contre le roi et pour la r&#233;publique. J'en tire plut&#244;t argument que le peuple est manipulable et peut d&#233;tester une minute ce qu'il adorait la minute d'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais pr&#233;tendu que le peuple est rationnel et qu'il n'est peut pas &#234;tre tromp&#233;. Mais la plus grande erreur serait d'&#234;tre hostile &#224; l'instinct populaire qui peut le conduire dans le sens de l'Histoire, dans le sens de la grandeur, dans le sens du progr&#232;s social et humain. Certains chefs politiques peuvent certes d&#233;tourner les sentiments populaires &#224; leur profit. Il n'emp&#234;che que les sentiments populaires repr&#233;sentent une force de transformation extraordinaire qu'il serait dommage de m&#233;priser. Je comprends parfaitement votre crainte des masses assembl&#233;es bien que, personnellement, je ne l'aie jamais ressenti, m&#234;me lorsque, comme vous le rappeliez, j'&#233;tais pour la royaut&#233; et le peuple &#233;tait contre. Il m'est arriv&#233; maintes fois d'&#234;tre oppos&#233; aux buts imm&#233;diats que se donnaient les masses populaires, y compris dans la Commune de Paris, mais je n'ai jamais ressenti de haine &#224; l'&#233;gard du peuple alors qu'il m'arrive d'en ressentir &#224; l'&#233;gard de ses pr&#233;tendus chefs militaires ou politiques. Il m'est arriv&#233; de ne pas souhaiter converser avec des pr&#233;tendus grands hommes mais je n'ai jamais refus&#233; de parler au peuple. Je n'ai jamais craint de d&#233;fendre mon point de vue en son sein et, dans la mesure o&#249; il sentait que c'&#233;tait un point de vue d'homme libre, j'ai toujours re&#231;u des marques de respect quels que soient mes divergences avec les masses assembl&#233;es. C'est dans les assembl&#233;es d'hommes politiques que j'ai ressenti le m&#233;pris et la haine. C'est l&#224; que j'ai souhait&#233; quitter le d&#233;bat pour ne plus y revenir. C'est l&#224; que je me suis senti &#233;tranger. C'est l&#224; que j'ai perdu momentan&#233;ment confiance dans l'avenir de l'humanit&#233;. Jamais dans les assembl&#233;es populaires ! Jamais dans les r&#233;volutions ! Jamais quand le peuple se sentait port&#233; par l'&#233;lan de l'avenir ! Et m&#234;me si cet &#233;lan n'effa&#231;ait pas des d&#233;cennies de mis&#232;re morale, des d&#233;cennies de mis&#232;re mat&#233;rielle et toutes les scories que ces si&#232;cles d'arri&#233;ration continuaient de charrier avec eux. Au travers du pass&#233;, on voyait enfin reluire l'avenir&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas en quoi les mis&#233;reux seraient des repr&#233;sentants de l'avenir et les braves gens, les plus s&#233;rieux, les plus ais&#233;s, les repr&#233;sentants des classes avis&#233;es, &#233;duqu&#233;es, eux seraient des repr&#233;sentants de la barbarie pass&#233;e. Je ne vois pas de quel avenir vous voulez nous parler. Hugo, je reconnais votre sens de la po&#233;sie, de l'imaginaire, de la beaut&#233; mais je crains que vous ne po&#233;tisiez l&#224; la lie de la terre, que vous n'imaginiez un avenir qui n'est fait que de boue et de sang. Vous avez d&#251; vous-m&#234;me reconnaitre que la Commune ne menait qu'au combat fratricide. Vous ne vous revendiquez pas de la Terreur ni des d&#233;rives de la R&#233;volution fran&#231;aise. Que n'en tirez-vous enfin la compr&#233;hension des v&#233;ritables forces de progr&#232;s qui ne sont pas du tout dans les masses ignorantes qui agissent comme des enfants mais dans les &#233;lites bien pensantes qui assument leur r&#244;le de direction de toute la soci&#233;t&#233; humaine et doivent p&#233;riodiquement faire face &#224; des retours de haine et de barbarie in&#233;vitables des peuples ! les r&#233;volutions ne font pas avancer l'Histoire et parfois elles nous menacent de nous faire retomber dans l'orni&#232;re la plus basse et des si&#232;cles en arri&#232;re&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de retomber des si&#232;cles en arri&#232;re existe toujours mais jamais quand on accepte les avanc&#233;es de l'Histoire, seulement quand on les craint, quand on veut les freiner, les bloquer, quand on craint le peuple au lieu de lui offrir de v&#233;ritables perspectives, quand on craint la r&#233;volution au lieu d'en prendre la t&#234;te. Ceux qui veulent le progr&#232;s ne peuvent pas craindre les moments o&#249; tous les freins sont rompus et o&#249; on va r&#233;ellement de l'avant en quelques jours plus parfois qu'en quelques si&#232;cles ! Les plus dangereux sont alors les peureux, les timor&#233;s, les mesquins, les petits penseurs, les petits hommes politiques, pr&#233;tendument vertueux mais r&#233;ellement attach&#233;s &#224; leurs petits avantages momentan&#233;s au point de vendre l'avenir pour garder leur plat&#233;e du jour et qui, pour leur place &#224; un repas dans un grand restaurant, vendraient l'avenir du monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue que je ne suis pas pr&#234;t de sacrifier ma place au restaurant des plus ais&#233;s de ce monde. Je ne vois pas en quoi, cette place, je ne la m&#233;riterais, &#233;tant bien n&#233;, bien dispos&#233;, ayant les capacit&#233;s de ma position, ayant les relations, les comportements ad&#233;quats &#224; ma naissance et menant les travaux pour me faire reconnaitre de ce monde des bien pensants et des bien n&#233;s. Il n'y a rien l&#224; dedans que de simple et de naturel. Seuls les jaloux peuvent y trouver &#224; redire. Car il est &#233;vident que tout le monde n'a pas sa place parmi les plus ais&#233;s de m&#234;me que tout le monde ne peut se sentir &#224; sa place dans un grand restaurant &#224; deviser avec les grands penseurs, les grands po&#232;tes, les grands scientifiques comme les grands peintres. Une soci&#233;t&#233; bien faite est celle o&#249; chacun est &#224; sa place et se sent bien &#224; la place o&#249; il est. Inutile d'amener une vendeuse des saisons au restaurant chez Brabant pour y bavarder avec Renan&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin pour moi de nier l'existence de groupes sociaux pour affirmer que nous sommes d'abord tous des hommes et pour affirmer haut et fort la grandeur de l'&#234;tre humain perceptible jusque dans la plus infime cr&#233;ature, m&#234;me chez les &#234;tres descendus au plus bas niveau de l'&#233;chelle sociale, m&#234;me chez la mis&#233;reuse, le bagnard et la prostitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, votre propos me donne le courage de vous poser une question difficile. Me le permettrez-vous, Hugo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez, avancez sans h&#233;siter. Je n'ai rien &#224; cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, voil&#224; ! J'aurais bien aim&#233; savoir comment vous faites, vous Hugo, une gloire de la po&#233;sie fran&#231;aise, un &#234;tre vou&#233; aux pens&#233;es et aux sentiments les plus &#233;lev&#233;s, pour avoir choisi dans votre plus grande &#339;uvre de faire des h&#233;ros de quatre personnages qui sont comme vous les appelez : des mis&#233;rables. Personnellement, quand j'entendais le mot mis&#233;rable, je pensais toujours &#224; mis&#233;rable gredin, mis&#233;rable voleur, mis&#233;rable assassin. Ce mot m'a toujours fait fr&#233;mir. Vos h&#233;ros qui sont des mis&#233;rables, les Cosette et les Gavroche, les Jean Valjean, ce sont la prostitu&#233;e, sa fille servante, presque esclave, un bagnard voleur r&#233;cidiviste et un gamin des rues, chapardeur et voleur, pr&#234;t au coup de feu et &#224; la barricade&#8230; En France, tout ce que la population compte de braves gens d&#233;teste tous ces personnages, les craint et les hait de bon c&#339;ur et est pr&#234;t &#224; les faire arr&#234;ter d&#232;s que n&#233;cessaire, &#224; les accuser de tous les crimes et pourtant vous &#234;tes parvenus &#224; les faire aimer de ce m&#234;me peuple des bonnes gens qui les a toujours d&#233;test&#233; ou craint&#8230; Je ne dis pas que l'&#233;crivain ne doive pas peindre la lie de la terre. J'ai moi-m&#234;me &#233;crit sur les prostitu&#233;es, sur les criminels, sur les bandits mais je n'ai jamais eu de sympathie ni n'en ai donn&#233; pour mes personnages, qui sont seulement des b&#234;tes de zoo qu'on observe avec attention, un peu de crainte et beaucoup de distance&#8230;. Non seulement je ne suis pas pr&#234;t de vous pardonner d'avoir r&#233;ussi &#224; faire de vos personnages de v&#233;ritables grands hommes mais je ne comprends pas le peuple fran&#231;ais qui vous a suivi dans votre amour des gens des bas fonds. Pour moi, cela explique votre propension, vous qui n'avez pas soutenu la Commune de Paris, &#224; d&#233;clarer que vous h&#233;bergeriez tous les incendiaires de 1871, que vous les consid&#233;rez comme des victimes injustement pourchass&#233;es, du moment que leur tentative a &#233;chou&#233; et que l'on veut les attraper et les enfermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne me comprenez pas, Edmond, et je m'en doute bien. Comment pourrais-je soutenir les communards quand la Commune n'est plus au pouvoir, quand ses participants sont poursuivis, assassin&#233;s, pourchass&#233;s jusque dans des pays lointains alors que je ne soutenais pas, que je la critiquais quand ces m&#234;mes personnes semblaient d&#233;tenir tout le pouvoir sur Paris ? Eh bien, vous ne voyez pas que, dans ces deux situations aussi dissemblables que possibles, je conservais au fond la m&#234;me position, accusant les classes dirigeantes d'avoir pouss&#233; le peuple parisien &#224; la faute mais expliquant le geste des Parisiens, opprim&#233;s dans l'Empire, opprim&#233;s sous la R&#233;publique, opprim&#233;s sous les Prussiens. Je conservais ma sympathie au peuple parisien et menais toujours le m&#234;me combat dans leur succ&#232;s comme dans leurs &#233;checs. Vous ne comprenez pas que je ne sois pas mont&#233; sur les barricades mais que je les magnifie dans mon roman. Vous ne comprenez pas que je ne soutienne pas le peuple r&#233;volutionnaire alors que j'en suis solidaire. Et vous ne comprenez pas o&#249; moi, Hugo, fils de noble, ayant obtenu la pairie de la royaut&#233;, ayant re&#231;u la noblesse de ma po&#233;sie, comment je pourrais avoir la position qui est la mienne face aux r&#233;volutions des masses populaires ignorantes, avides, et &#8230; mis&#233;rables ! Vous ne comprenez pas que, bien que j'aie obtenu le privil&#232;ge d'appartenir &#224; la chambre la plus loin du peuple, la plus proche de la noblesse, ma premi&#232;re intervention publique dans cette noble assembl&#233;e ait consist&#233; &#224; d&#233;fendre le sort malheureux des prostitu&#233;es. Mon cher Edmond, pas plus que vous ne parvenez &#224; &#234;tre autre que celui qui va d&#233;jeuner en bonne compagnie chez Br&#233;bant, malgr&#233; toutes les maladies digestives et autres que va vous procurer le vice de table que vous cultivez, eh bien moi, Victor Hugo, ayant attrap&#233; tr&#232;s t&#244;t le vice de tout ce qui est grand, de tout ce qui est beau, de tout ce qui est hardi, bref de tout ce qui entra&#238;ne l'humanit&#233; &#224; &#234;tre plus forte, je vois ce trait partout o&#249; vous ne le voyez nullement comme vous voyez un bon met et une tabl&#233;e de bon aloi l&#224; o&#249; mes regards ne me portent nullement&#8230; Ce peuple, oui, je peux le d&#233;sapprouver enti&#232;rement mais sans jamais m'en s&#233;parer jamais comme vous pouvez juger durement les propos tenus par les convives, ainsi que vous le faites dans votre journal, sans pour autant mettre la moindre barri&#232;re entre vous et les convives de chez Br&#233;bant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant ! Pourtant, vous avez vu et vous avez critiqu&#233; les extr&#233;mit&#233;s o&#249; se sont port&#233;s les communards ! Pourtant, vous avez vu et critiqu&#233; la mani&#232;re dont ils ont us&#233; du slogan de libert&#233; ! Pourtant, vous avez regrett&#233; les reculs que cet &#233;pisode a valu &#224; notre pays, comment le reste de l'Europe en profite pour nous pi&#233;tiner ! Pourtant, vous avez reconnu que la Commune n'a pas r&#233;alis&#233; ce que votre po&#233;sie, vos romans avaient plac&#233; en haute estime. Comment pouvez-vous tenir en vous ces deux Hugo aussi dissemblables, un homme &#233;minemment respectable et respect&#233; et un enthousiaste des r&#233;volutions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison, Edmond, de dire que je n'ai pas souhait&#233; ni soutenu la division de la France en deux camps irr&#233;m&#233;diablement oppos&#233;s et se heurtant les armes &#224; la main. Je n'ai pas soutenu le pouvoir de Versailles ni le pouvoir de Paris. Mais, contrairement &#224; vous je n'en ai pas accus&#233; le peuple parisien qui n'a fait que tomber dans le pi&#232;ge qui lui &#233;tait tendu par ses dirigeants politiques. Ces derniers avaient d&#233;velopp&#233; de multiples provocations, laissant Paris sans nourriture, sans armes, face aux Prussiens, menant des offensives de pacotille contre les troupes adverses, davantage pour user le peuple que pour battre l'adversaire. Ensuite, il y a eu les attitudes consciemment et volontairement insultantes pour le peuple de Paris dont la derni&#232;re a &#233;t&#233; l'occupation militaire prussienne suivie de l'enl&#232;vement des canons. Tout cela montrait un plan de bataille visant &#224; faire la guerre au peuple parisien. Le gouvernement de Versailles n'a rien fait d'autre, avec le soutien des Prussiens ! Dans tous ces &#233;v&#233;nements malheureux, catastrophique, je n'ai jamais chang&#233; de camp. J'ai accompagn&#233; le peuple dans ses souffrances, dans errements m&#234;me, tout en les critiquant. Le peuple a toujours &#233;t&#233; ma famille et il le sent, il le sait, il m'a toujours compris. En un moment o&#249; on ne trouvait que des Communards et des anticommunards, je n'ai &#233;t&#233; ni l'un ni l'autre et le peuple ne me l'a pas reproch&#233;. Quand le peuple s'est trouv&#233; en butte &#224; la r&#233;pression et m&#234;me au massacre syst&#233;matique, je n'ai pas eu &#224; m'interroger longuement pour savoir dans quel camp je me retrouvais. J'&#233;tais encore et toujours avec le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avez-vous seulement mesur&#233; toutes les avanies subies par les braves gens, les honn&#234;tes gens du fait de cette Commune ill&#233;gale, assassine, voleuse, destructrice de maisons, destructrice de l'ordre social et politique ? Je n'ai jamais eu la moindre sympathie pour Monsieur Thiers mais avez-vous compris que la dictature communarde, si elle n'avait pas &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e, faisait peser des menaces bien plus dangereuses que la r&#233;pression des troupes de Thiers ? N'avez-vous pas vu que c'&#233;tait toute l'&#233;cume de la soci&#233;t&#233; qui mena&#231;ait de remonter en surface et de devenir les d&#233;tenteurs de la loi ? N'avez-vous pas ressenti le frisson des braves bourgeois quand la rue &#233;tait tenue par ces fiers &#224; bras, ces forts en gueule, ces matamores, ces gibiers de potence, ces candidats au bagne, ces Jean Valjean, ces Cosette, ces Gavroche. Ne voyez-vous pas comme vous les flattez, vous les rendez h&#233;ro&#239;ques, vous les rendez grandioses, ces hommes et femmes des rues, ces fain&#233;ants, ces tra&#238;nes mis&#232;re, ces aigris, ces envieux, ces personnages de moins que rien. N'avez-vous pas ressenti toute la honte de la France, toute la honte de Paris, la honte que la capitale du monde civilis&#233; soit la premi&#232;re au monde o&#249; les voleurs et les bandits, les aigris, les bagnards, les prostitu&#233;es et les gamins des rues aient pris le pouvoir ? Vous glorifiez la passion populaire, le sens historique du peuple fran&#231;ais et vous le glorifiez au moment o&#249;, au contraire, le peuple parisien va &#224; l'encontre complet de tout sens de l'histoire de France, au moment o&#249; tous les esprits d&#233;traqu&#233;s, les rat&#233;s aigris, les faux litt&#233;rateurs, les mauvais peintres, les vrais d&#233;magogues se retrouvent dans ce qui se pr&#233;tend le gouvernement de la Commune. Et derri&#232;re cette Commune, quel peuple ? Combien de femmes sans dignit&#233;, d'enfants sans autorit&#233;, de penseurs sans pens&#233;e, de parvenus, d'ambitions sans but, d'esprits &#233;triqu&#233;s. Et quel drapeau ! Rouge de sang ! Et ces gredins ont assassin&#233; des pr&#234;tres et des g&#233;n&#233;raux, ont d&#233;moli des maisons particuli&#232;res, ont vol&#233;, pill&#233;, viol&#233;, br&#251;l&#233;, d&#233;moli. Ils ont d&#233;truit la colonne Vend&#244;me, la Mairie, les Tuileries, d&#233;truit la capitale. Comment voulez-vous qu'on admire ce qui se pr&#233;tend le peuple de Paris et qui n'est que la p&#232;gre alli&#233;e aux bas-fonds et soutenue par les mauvais gar&#231;ons et les filles de mauvaise vie ! Ces p&#233;troleuses et ces buveuses de sang pr&#233;tendaient tenir le pouvoir au vu et au su de tout le monde civilis&#233;. Comment ne pas voir qu'on est plus proche d'une Prusse ennemie que d'un Paris aux mains des bandits ? Comment pr&#233;tendre que l'aveuglement de Paris refusant de se rendre et faisant la guerre aux Versaillais jusqu'au dernier vivant n'est pas de l'h&#233;ro&#239;sme mais le symbole de la folie des Parisiens, ou du moins de ce qu'il en reste. Et vous Hugo, le symbole de la grande pens&#233;e, de l'&#233;lite, de la grandeur et de la d&#233;mocratie fran&#231;aise, il faut que vous preniez le parti de ce peuple-l&#224;, que vous le pr&#233;sentiez comme victime au moment m&#234;me o&#249; il conviendrait d'appuyer la le&#231;on cuisante qui vient d'&#234;tre administr&#233;e, de marquer par le fer et le feu, de soutenir le coup qui frappe les r&#233;voltes inutiles, les pr&#233;tentions illusoires des d&#233;sh&#233;rit&#233;s, des gredins, des idiots et des assassins. Et, vous Hugo, c'est le moment que vous avez choisi pour vous tenir &#224; leurs c&#244;t&#233;s ! Moi aussi j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par l'effet impressionnant de la mis&#232;re, de la d&#233;ch&#233;ance, de l'horreur humaine, de ces milieux de la rue, de ces prostitu&#233;es, de ces personnages sans but, sans jugement de valeur, sans culture, sans boussole, sans morale. Moi aussi je les ai d&#233;crit dans mes romans mais je n'y ai mis que de l'effroi, de la honte, de la g&#234;ne, ce que je ressentais de devoir consid&#233;rer que ces gens &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme la m&#234;me humanit&#233; que nous. J'ai vu depuis longtemps vos Jean Valjean, vos Cosette, vos Gavroche mais je ne les ai jamais vus comme vous ! Je n'ai jamais id&#233;alis&#233; les Enjolras, les hommes des barricades et des clubs d'insurg&#233;s ! Je n'ai jamais pens&#233; que les policiers comme Javert devaient avoir honte au point de se suicider de remords pour avoir pass&#233; sa vie &#224; poursuivre un bagnard r&#233;cidiviste en fuite ! Quelle image vous donnez, Hugo, de la police et de la justice ? Elles devraient avoir honte de prot&#233;ger les honn&#234;tes citoyens ? Leurs membres devraient avoir en t&#234;te que les criminels seraient des &#234;tres humains de qualit&#233; se cachant sous des peaux de b&#234;tes sauvages ? D&#233;valoriser les fonctions cruciales de l'Etat, accuser ses policiers, ses militaires, ses hautes autorit&#233;s, d&#233;valoriser le pouvoir en faisant croire que les ignares et les assassins pouvaient l'exercer, tout cela est impardonnable ! Vous, Hugo, qui &#234;tes paire de France, qui avez fr&#233;quent&#233; les rois et les gouvernants, les parlements et les cours de justice, vous qui savez toucher le c&#339;ur du peuple, non, je ne vous pardonne pas de prendre le parti des criminels !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vous voil&#224; passionn&#233;, du coup, Edmond ! Nous ne sommes pas chez Br&#233;bant mais entre nous. N'oubliez pas que nous sommes seulement en train de c&#233;l&#233;brer que les troupes de lignes, qui ne savaient pas tirer sur les Prussiens, ont su le faire sur les Parisiens et tout cela pour que vous puissiez tranquillement vous goberger en devisant avec vos semblables et contre vos semblables et mourir de maladie de la rate comme votre fr&#232;re ! N'oubliez pas que votre humanit&#233; pr&#233;tendument sup&#233;rieure a &#233;t&#233; divinement croqu&#233;e par Flaubert dans &#171; Bouvard et P&#233;cuchet &#187; qui y d&#233;crit le couple infernal que vous avez constitu&#233; avec votre fr&#232;re. N'oubliez pas que vous, comme votre fr&#232;re, avez compl&#232;tement &#233;chou&#233; &#224; &#233;crire un seul roman que les g&#233;n&#233;rations futures liront. Les aigris et les &#233;crivains sans pens&#233;e, vous savez de qui il s'agit. Non, Edmond, restez ce que vous &#234;tes, un petit bourgeois qui ne se m&#234;le pas de politique, qui n'y comprend rien et discute dans le caf&#233; du commerce sans jamais pr&#233;tendre &#224; autre chose. La Commune, vous l'avez d&#233;crite dans votre journal et on ne peut pas dire que vous &#233;tiez dans un camp ou dans un autre. Les &#233;v&#233;nements &#233;taient dramatiques mais vous passiez quand m&#234;me d'un restaurant &#224; l'autre ou cach&#233; sous votre lit quand on tirait dans les rues. Vous n'&#234;tes pas de l'humanit&#233; qui &#233;tait capable de choisir son camp, ni celui de Thiers ni celui de la Commune. Ne me reprochez donc pas de n'avoir soutenu ni l'un ni l'autre ! Vous croyez que je ne vois pas que la d&#233;ch&#233;ance accompagne immanquablement la mis&#232;re ? Je ne vois que &#231;a ! Vous croyez que je ne sais pas que le banditisme se nourrit de la mis&#232;re ? Je ne vois que &#231;a ! Vous croyez que je ne sais pas que l'humanit&#233;, que la civilisation est un fil t&#233;nu qui peut casser &#224; tout moment et qu'il ne faut pas tirer dessus comme si c'&#233;tait une grosse corde en chanvre ! Mais, justement, c'&#233;tait la responsabilit&#233; de classes dirigeantes de France de ne pas en arriver l&#224; o&#249; elles en sont venues. Ce sont elles qui ont men&#233; le pays &#224; la catastrophe dont elles accusent ensuite le seul peuple&#8230; Quand les classes dirigeantes sont incapables de faire avancer la marche de l'Histoire, il n'y a aucune raison de s'&#233;tonner si les peuples, eux, reprennent leur libert&#233; pour aller de l'avant ! Si les classes dirigeantes en sont &#224; quitter leurs capitales pour les bombarder, si les classes dirigeantes en sont &#224; faire la guerre &#224; coups de canons &#224; leurs propres peuples, si leurs gouvernements l&#233;gaux deviennent des chambres d'enregistrement des ex&#233;cutions sommaires sans jugement, si leurs forces de l'ordre sont les massacreurs et les tortionnaires, alors il est normal que les peuples consid&#232;rent de leur droit de retirer leur cr&#233;dit &#224; ces classes dirigeantes et ces Etats qui les servent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, le seul droit que vous revendiquiez est le droit de faire la r&#233;volution ! Cette r&#233;volution qui marque tout votre roman, Les Mis&#233;rables, qui selon vous, serait indispensable pour faire avancer les nations civilis&#233;es ! Comment peut-on souhaiter que le calme et la tranquillit&#233; soient remplac&#233;s par des bains de sang ? Comment peut-on souhaiter que le peuple cesse de faire confiance &#224; ses classes dirigeantes, lui qui est &#233;videmment destin&#233; &#224; &#234;tre dirig&#233; et pas &#224; se diriger lui-m&#234;me et qui vient une fois de trop de le d&#233;montrer ! O&#249; est la d&#233;mocratie dans le gouvernement des masses pauvres par elles-m&#234;mes ? C'est, au contraire, la plus hideuse des dictatures ! Bien s&#251;r que Flaubert nous a croqu&#233;s et il a bien fait. Je n'ai jamais dit que nous, &#233;crivains et penseurs, faisions partie d'une humanit&#233; sup&#233;rieure mais, au moins, nous y aspirons, nous la recherchons. Certes, l'humanit&#233; se vautre dans ses propres excr&#233;ments, dans ses maladies, dans ses vices et les classes sup&#233;rieures n'y font pas exception. Je n'ai jamais pr&#233;tendu le contraire. Leurs membres ont suffisamment protest&#233; contre la mani&#232;re dont je les d&#233;crivais dans mon Journal. Et, justement, je me r&#233;volte quand je vois que vous, Hugo, pr&#233;tendez faire de nous tous des membres d'une future humanit&#233; vraiment humaine alors que nous savons tous que l'humanit&#233; est un cloaque ! J'ai le sentiment que la r&#233;alit&#233; est parfum&#233;e &#224; l'odeur des d&#233;jections et que vous parlez comme si cela sentait le jasmin ! Vous id&#233;alisez l'homme et, du coup, vous allez jusqu'&#224; d&#233;fendre l'ind&#233;fendable, des assassins et des bandits, des &#234;tres haineux pleins de violence et de d&#233;sir de vengeance de ne pas faire partie de la haute soci&#233;t&#233; et qui pactisent avec la lie de la terre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous emportez, mon cher Edmond. Votre vie n'est pas faite d'autant d'enthousiasme que cette d&#233;fense acharn&#233;e du monde actuel qui n'est encore qu'une transition vers la cit&#233; de l'homme de l'avenir. Mais pensez &#224; ce que vous auriez dit si vous &#233;tiez un homme des si&#232;cles pass&#233;s et que quelqu'un comme moi vous avait pr&#233;sent&#233; la perspective du monde actuel. Pensez aux propos indign&#233;s que vous auriez prof&#233;r&#233; ! Il est tellement plus simple d'insulter l'avenir en pr&#234;chant le pass&#233; ! Tellement plus simple d'affirmer que l'humanit&#233; a fini son cours tumultueux et qu'elle n'a plus qu'&#224; s'arr&#234;ter dans ce port calme o&#249; elle aurait enfin trouver son attache. Eh bien, non ! L'humanit&#233; a un cours imp&#233;tueux et, au moment o&#249; on pourrait croire qu'elle est en train de se retrouver en station, elle repart violemment de l'avant, dans une course &#233;perdue. Au moment o&#249; tout le monde fait comme vous, mon cher Edmond, et voue l'humanit&#233; &#224; la stagnation, elle d&#233;joue toutes ces pr&#233;dications et fait un bond en avant&#8230; Bien s&#251;r, votre propos est tellement rationnel. A vous entendre, il n'y aurait dans les milieux populaires que le choix entre bandits et policiers et le choix serait vite fait, entre gibier de potence et bourreaux. Entre les Javert et les Jean Valjean, pas besoin de vous demander quel serait votre choix. On pourrait croire que le peuple vous suit, lui qui suit les faits divers en vitup&#233;rant violemment contre les voleurs et les assassins et se passionnant pour les grands policiers dont les journalistes lui dressent un portrait flatteur. Mon roman, que vous reconnaissez comme un des rares &#224; pr&#233;senter un tableau inverse, en entra&#238;nant le peuple de France vous d&#233;montre combien il est pr&#233;somptueux d'affirmer que le peuple pense ceci, que le peuple pense cela. Certes, le plus clair de son temps, le peuple ne fait que soutenir l'expression de ceux qui s'expriment, de la presse &#224; scandales, de ses gouvernants, de ses classes dirigeantes. Mais, de loin en loin, un &#233;clair, un signe, un geste vous montrent que la r&#233;alit&#233; du peuple, que son &#226;me, que sa volont&#233; sont ailleurs. Et, dans ce cas, avec vous, tous les autres Edmonds, tous les autres qui sont &#224; peu pr&#232;s parvenus &#224; sortir la t&#234;te hors de l'eau et qui craignez que les autres &#234;tres humains vous l'enfoncent s'ils essaient eux aussi de se tirer de la fange, vous criez au crime, au meurtre, au viol, &#224; l'attentat &#224; la saintet&#233; de l'ordre &#233;tabli, au crime contre les honn&#234;tes gens. Mais, que cela vous plaise ou pas, la grandeur est bien plus pr&#233;sente dans les &#233;lans de ce peuple de mis&#233;rables que dans les participants aux libations du restaurant &#171; Chez Br&#233;bant &#187; et les propos que vous y &#233;changez et que vous pensez &#234;tre le plus haut niveau de la pens&#233;e libre ne sont que craintes et vil&#233;nies &#233;chang&#233;es contre le peuple. Vous ne voyez autour de vous qu'honn&#234;tes bourgeois et malhonn&#234;tes milieux populaires. Je ne vois que des &#234;tres humains, grands jusque dans leur petitesse, po&#232;tes m&#234;me dans leurs aspirations les plus bassement mat&#233;rielles, ambitieux pour leurs proches, ambitieux pour l'humanit&#233;, pleins d'allant, pr&#234;ts &#224; risquer leur vie d&#232;s qu'une cause d'ampleur leur est propos&#233;e. Les classes dirigeantes, d&#232;s qu'elles se r&#233;v&#232;lent incapables de grands buts, rompent avec ce peuple et se retrouvent dans le camp de l'ordre, le camp des fusilleurs, le camp des Versaillais. Ils ne consid&#232;rent plus les travailleurs, les petites gens, les malheureux que comme chair &#224; mitraille et qu'ils ne s'&#233;tonnent pas alors que le peuple r&#233;ponde lui aussi au canon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bel emballement, mon cher Victor, et &#224; vous je veux bien reconna&#238;tre une certaine grandeur dans votre aveuglement concernant l'humanit&#233;. Vous repr&#233;sentez, comme litt&#233;rateur, comme po&#232;te, comme grand penseur de votre &#233;poque, une lueur pour les hommes. Je regrette seulement que vous ne cherchiez pas &#224; &#233;clairer les plus d&#233;munis en leur montrant leurs errements d&#232;s qu'ils pr&#233;tendent diriger eux-m&#234;mes la soci&#233;t&#233;. Je n'ai jamais cru &#224; l'humanit&#233; sup&#233;rieure des &#233;crivains et je la fr&#233;quente suffisamment pour en connaitre et en comprendre les limites. Cependant, je sais que l'univers des mis&#233;rables n'est pas non plus celui des grandes id&#233;es ni d'un grand id&#233;al m&#234;me si j'admet que votre roman Les Mis&#233;rables a amen&#233; le peuple &#224; aspirer de se sentir grand, ce qui est d&#233;j&#224; un grand succ&#232;s pour vous et pour la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edmond, nous humains n'allons pas seulement o&#249; nous guide notre corps et ne faisons pas seulement ce que notre cerveau nous dit de faire. Nous appartenons aussi &#224; la collectivit&#233; humaine et sommes dirig&#233;s par la grandeur de l'Histoire qui nous d&#233;passe et nous m&#232;ne l&#224; o&#249; nous n'imaginions pas aller. Je n'ai pas approuv&#233; la Commune et pourtant je sais que les parisiens ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s par des &#233;v&#233;nements historiques &#224; faire des choses de grande ampleur qui d&#233;passaient largement ce qu'ils avaient l'intention de faire au d&#233;part. C'est cette lutte collective de l'Histoire qui est le plus grand personnage de mon roman. L&#224; o&#249; vous voyez des pauvres, des voleurs, des travailleurs, des bourgeois, des policiers ou des juges, je vois une humanit&#233; en marche. C'est l&#224; o&#249; je vois beaut&#233;, grandeur, po&#233;sie, chaleur et soleil. Vous restez au froid glacial de l'int&#233;r&#234;t &#233;go&#239;ste. Vous &#234;tes anxieux et d&#233;&#231;u par les difficult&#233;s de l'existence, les difficult&#233;s de l'expression litt&#233;raire qui se refuse &#224; vous donner de grandes satisfactions dans vos cr&#233;ations artistiques et vous ne voyez pas le lien avec votre refus de cesser de consid&#233;rer l'homme comme vous consid&#233;rez votre table de restaurant, comme une mati&#232;re inerte qui devrait vous donner des satisfactions mat&#233;rielles imm&#233;diates. Vous n'&#234;tes que le chirurgien qui respire les effluves sortant des plaies du monde alors que j'exulte en voyant la m&#233;decine comprendre les maladies et soigner le monde. Vous vous placez en position du juge qui condamne, du bourreau qui ex&#233;cute, du policier qui arr&#234;te, du gouvernement qui tranche dans le vif, de l'entrepreneur qui d&#233;cide et impose et, du coup, m&#234;me en moi vous voyez un homme des barricades, ce que je ne suis nullement. Vous &#234;tes obs&#233;d&#233;s par la menace des milieux populaires : classes pauvres, classes dangereuses ! Au point que vous en oubliez que la soci&#233;t&#233; bourgeoise actuelle a eu besoin de s'appuyer sur les masses populaires pour faire sa grande r&#233;volution fran&#231;aise, qu'elle a m&#234;me eu besoin de cette terreur pour donner son caract&#232;re &#224; la domination bourgeoise, que sans les masses populaires de Paris, c'en &#233;tait fait du nouveau pouvoir bourgeois et on revenait &#224; la f&#233;odalit&#233; qui allait remettre en place la vieille soci&#233;t&#233; et l'imposer dans un bain de sang comme l'a fait &#224; Paris le bourreau et fusilleur Thiers qui assassine des vaincus quand ils sont &#224; terre, quand ils ne repr&#233;sentent plus pr&#233;sentement aucun danger pour les classes dirigeantes, uniquement pour les salir de leur sang...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edmond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne voyez-vous pas que toute soci&#233;t&#233; un tant soi peu civilis&#233;e a besoin p&#233;riodiquement d'un bon bain de sang pour rappeler &#224; chacun sa place et son rang et pour rappeler aux vicieux, aux aigris, aux bandits, aux sanguins qui sont les dirigeants comme on rappelle p&#233;riodiquement aux enfants qu'ils ne font pas la loi aux adultes, comme un bon chien de berger rappelle o&#249; est le chemin au troupeau. Vous trouvez que les pauvres ont &#233;t&#233; injustement &#233;cras&#233;s dans le sang &#224; Paris mais vous ne voyez pas ce qu'aurait repr&#233;sent&#233; pour la France une Commune invaincue, un pouvoir fran&#231;ais incapable d'en finir lui-m&#234;me avec ses pauvres en r&#233;volte, quelle d&#233;ch&#233;ance historique pour la civilisation d'un des pays phares du monde civilis&#233; ! Je n'ai personnellement aucune sympathie pour Thiers dont l'incomp&#233;tence et la pr&#233;tention nous ont conduits dans l'orni&#232;re o&#249; nous &#233;tions. Il a seulement fait ensuite ce qui &#233;tait de son devoir vue la catastrophe o&#249; il nous avait men&#233;s. Je pense cependant que ce qui vient de se produire &#224; Paris peut arriver maintenant n'importe o&#249; du moment que les travailleurs sont assembl&#233;s nombreux dans les villes et qu'&#224; chaque fois les classes dirigeantes n'auront d'autre solution qu'un grand versement de sang populaire pour nettoyer la plaie avant de la refermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victor&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas mon cher Edmond, ne vous indignez pas que le peuple se retrouve contre vous et votre pouvoir assassin comme il s'est retrouv&#233; dans la grande r&#233;volution fran&#231;aise. La Commune est vaincue mais le peuple ne restera pas &#233;ternellement &#224; terre. La transformation historique est interrompue. Mais personne n'arr&#234;tera la marche de l'Histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo : &#171; Ce que repr&#233;sente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n'en fait que des petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c'est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'accepte donc les grandes n&#233;cessit&#233;s, &#224; une seule condition : c'est qu'elles soient la confirmation des principes et non leur &#233;branlement. Toute ma pens&#233;e oscille entre ces deux p&#244;les : &#171; civilisation-r&#233;volution &#187;. La construction d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire ne saurait d&#233;couler que d'une recomposition de la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale elle-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avertissement&lt;/strong&gt; : nous n'entendions nullement dans ce d&#233;bat imaginaire faire de Hugo autre chose qu'un r&#233;volutionnaire bourgeois et certainement pas un communiste mais nous entendions rappeler qu'il y a eu une phase r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie et cela concerne &#233;galement la pens&#233;e bourgeoise&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les grands mythes pseudo-socialistes : Joseph Staline, Mao Dze Dong, Patrice Lumumba, Gandhi, Ho Chi-minh, Che Guevara, Fidel Castro, Ben Bella, A&#239;t Ahmed, Kwame Nkrumah, L&#233;on Blum, Maurice Thorez, Salvador Allende, S&#233;kou Tour&#233;, Sankara, Nelson Mandela ou Chavez </title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article1743</link>
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		<dc:date>2010-10-15T07:51:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>
		<dc:subject>Barta</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Joseph Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
Mao Dze Dong &lt;br class='autobr' /&gt;
Patrice Lumumba &lt;br class='autobr' /&gt;
Gandhi &lt;br class='autobr' /&gt;
Che Guevara &lt;br class='autobr' /&gt;
Fidel Castro &lt;br class='autobr' /&gt;
Kwame Nkrumah &lt;br class='autobr' /&gt;
Nelson Mandela &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Blum &lt;br class='autobr' /&gt;
Maurice Thorez &lt;br class='autobr' /&gt;
Salvador Allende &lt;br class='autobr' /&gt;
Ben Bella et A&#239;t Ahmed &lt;br class='autobr' /&gt;
Ho Chi-minh &lt;br class='autobr' /&gt;
Nasser &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;kou Tour&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Sankara &lt;br class='autobr' /&gt;
Chavez &lt;br class='autobr' /&gt;
Et, par ailleurs, d'authentiques r&#233;volutionnaires socialistes : &lt;br class='autobr' /&gt; Auguste Blanqui &lt;br class='autobr' /&gt; Emiliano Zapata &lt;br class='autobr' /&gt; Rosa Luxemburg et Karl Liebnecht &lt;br class='autobr' /&gt;
James Connolly Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Vladimir L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt; L&#233;on Trotsky Barta (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Barta&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article907&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Joseph Staline&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1602&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mao Dze Dong&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1599&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrice Lumumba&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1597&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gandhi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1596&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Che Guevara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1526&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fidel Castro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1687&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kwame Nkrumah&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique73&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nelson Mandela&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;on Blum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Maurice Thorez&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article107&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salvador Allende&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ben Bella et A&#239;t Ahmed&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1603&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ho Chi-minh&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1607&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nasser&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1556&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;S&#233;kou Tour&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1545&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thomas Sankara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article787&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chavez&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et, par ailleurs, d'authentiques r&#233;volutionnaires socialistes :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article561&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Auguste Blanqui&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article969&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emiliano Zapata&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article664&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rosa Luxemburg et Karl Liebnecht&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1531&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Connolly&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1453&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Friedrich Engels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article612&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article590&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vladimir L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Barta&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article435&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Louise Michel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot108&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=daniel+gu%C3%A9rin+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et bien d'autres, &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des millions d'autres, des prol&#233;taires comme Daniel ....&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... ou comme &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les communards de 1871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1353&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les travailleurs espagnols de 1936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tout oppose les faux socialistes, les faux r&#233;volutionnaires, les vrais d&#233;tourneurs des luttes et des espoirs de ces v&#233;ritables r&#233;volutionnaires. Les premiers sont nationalistes, cultivent le pouvoir central contre la lutte des masses, privil&#233;gient leurs alliances avec la bourgeoisie, croient &#224; la lutte des arm&#233;es par opposition &#224; la lutte des classes, etc, etc... les seconds consid&#232;rent que seul le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire et que l'organisation n'est pas l&#224; pour s'y substituer mais pour lui donner des perspectives...&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le communiste r&#233;volutionnaire Auguste Blanqui</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article561</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article561</guid>
		<dc:date>2009-10-03T19:41:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Sur la r&#233;volution &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(1850) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une r&#233;volution d&#233;termine dans le corps social un travail instantan&#233; de r&#233;organisation semblable aux combinaisons tumultueuses des &#233;l&#233;ments d'un corps dissous qui tendent &#224; se recomposer en une forme nouvelle. Ce travail ne peut commencer tant qu'un souffle de vie anime encore la vieille agr&#233;gation. Ainsi, les id&#233;es reconstitutives de la soci&#233;t&#233; ne prendront jamais corps aussi longtemps qu'un cataclysme, frappant de mort la vieille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sommaire du site&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Sur la r&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1850)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une r&#233;volution d&#233;termine dans le corps social un travail instantan&#233; de r&#233;organisation semblable aux combinaisons tumultueuses des &#233;l&#233;ments d'un corps dissous qui tendent &#224; se recomposer en une forme nouvelle. Ce travail ne peut commencer tant qu'un souffle de vie anime encore la vieille agr&#233;gation. Ainsi, les id&#233;es reconstitutives de la soci&#233;t&#233; ne prendront jamais corps aussi longtemps qu'un cataclysme, frappant de mort la vieille soci&#233;t&#233; d&#233;cr&#233;pite, n'aura pas mis en libert&#233; les &#233;l&#233;ments captifs dont la fermentation spontan&#233;e et rapide doit organiser le monde nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les puissances de la pens&#233;e, toutes les tensions de l'intelligence ne sauraient anticiper ce ph&#233;nom&#232;ne cr&#233;ateur qui n'&#233;clate qu'&#224; un moment donn&#233;. On peut pr&#233;parer le berceau, mais non mettre au jour l'&#234;tre attendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; l'instant de la mort et de la renaissance, les doctrines, bases de la soci&#233;t&#233; future, restent &#224; l'&#233;tat de vagues aspirations, d'aper&#231;us lointains et vaporeux. C'est comme une silhouette ind&#233;cise et flottante &#224; l'horizon dont les efforts de la vie humaine ne peuvent arr&#234;ter ni saisir le contour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il vient aussi une heure, dans les temps de la r&#233;novation, o&#249; la discussion &#233;puis&#233;e ne saurait plus avancer d'un pas vers l'avenir. En vain elle se fatigue &#224; lever une barri&#232;re infranchissable &#224; la pens&#233;e, une barri&#232;re que la main seule de la r&#233;volution pourra briser. C'est le myst&#232;re de l'existence future dont le voile imp&#233;n&#233;trable aux survivants tombe de lui-m&#234;me devant la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on d&#233;molisse la vieille soci&#233;t&#233; : on trouvera la nouvelle sous les d&#233;combres ; le dernier coup de pioche l'am&#232;nera un jour triomphante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Auguste BLANQUI&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES IDEES POLITIQUES ET SOCIALES&lt;br class='autobr' /&gt;
DE BLANQUI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui eut une longue vie : il a donn&#233; plus d'un demi-si&#232;cle &#224; la cause de la r&#233;volution. Ses derni&#232;res activit&#233;s politiques se situent en 1880, mais sa conception du monde, les id&#233;es politiques qui orient&#232;rent son action r&#233;volutionnaire se sont form&#233;es sous le r&#232;gne de Louis-Philippe et ont pris leur forme d&#233;finitive au cours de la r&#233;volution de 1848. Ni le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la lutte de classe du prol&#233;tariat, ni l'apparition du communisme scientifique n'ont apport&#233; de modifications essentielles &#224; ses id&#233;es r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Blanqui, &#233;crit Engels en 1874, est un r&#233;volutionnaire de la g&#233;n&#233;ration pass&#233;e . &#187; Il s'est arr&#234;t&#233; dans son d&#233;veloppement id&#233;ologique au niveau qu'il avait atteint en 1848. Il n'a su ni comprendre, ni assimiler la th&#233;orie du communisme scientifique, bien qu'il ait connu l'activit&#233; de Marx et quelques-uns de ses travaux. Toutefois, en tant que repr&#233;sentant du communisme utopique pr&#233;marxiste, il m&#233;rite que les historiens de la pens&#233;e sociale lui accordent une grande attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode 1830-1848 est marqu&#233;e en France par le d&#233;veloppement de la grande industrie capitaliste et par l'essor du mouvement ouvrier ; ce mouvement s'est manifest&#233; par les soul&#232;vements des canuts lyonnais de 1831, de 1834, et par de nombreuses gr&#232;ves. (En 1832-1833, il y eut des moments o&#249; la gr&#232;ve englobait presque toutes les industries parisiennes ; en 1840, les gr&#232;ves s'&#233;tendirent &#224; l'ensemble du pays.) En m&#234;me temps que croissaient l'industrie capitaliste et le mouvement ouvrier, la conscience de classe du prol&#233;tariat se d&#233;veloppait aussi. Dans la classe ouvri&#232;re s'&#233;veillaient la conscience de ses propres t&#226;ches politiques et l'id&#233;e que, pour l'accomplissement de celles-ci, elle devait parvenir &#224; constituer sa propre organisation. Mais le prol&#233;tariat a cherch&#233; en t&#226;tonnant les voies qui lui permettraient de forger cette organisation ; ses erreurs lui servirent de le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que s'affirmait concr&#232;tement la lutte de classe du prol&#233;tariat, les syst&#232;mes utopiques du socialisme perdaient leur sens progressif. Les &#171; &#233;coles &#187; du socialisme utopique d&#233;g&#233;n&#233;raient en &#171; sectes &#187; ; chacune d'elles proposait ses proc&#233;d&#233;s pour &#233;liminer le mal social et pour concilier les contradictions de classes. Les id&#233;es du socialisme utopique devenaient de plus en plus le bien de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traits bourgeois et petits-bourgeois, propres &#224; chaque syst&#232;me utopique, &#224; des degr&#233;s divers, se sont ainsi pleinement r&#233;v&#233;l&#233;s &#224; cette &#233;poque. Ceux qui se consid&#233;raient comme les h&#233;ritiers des grands utopistes inclinaient &#224; chercher de l'aide du c&#244;t&#233; des classes instruites. La classe ouvri&#232;re, au contraire, inclinait de plus en plus vers le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, a dit Engels en caract&#233;risant les rapports de cette &#233;poque, signifiait en 1847 un mouvement bourgeois ; le communisme, un mouvement ouvrier .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas en mesure de se lib&#233;rer d'un seul coup, et compl&#232;tement, des influences &#233;trang&#232;res &#224; ses int&#233;r&#234;ts de classe. Les ouvriers fran&#231;ais &#233;taient encore tr&#232;s &#233;troitement li&#233;s aux milieux petits-bourgeois d'o&#249; ils &#233;taient issus pour la plupart et qui, malgr&#233; l'essor de la grande industrie, constituaient encore la majorit&#233; &#233;crasante de la population laborieuse en France. Il existait encore beaucoup de survivances petites-bourgeoises dans la psychologie des ouvriers. Dans ces conditions, les th&#233;oriciens qui cherchaient &#224; poser les bases du communisme ont &#233;t&#233; impuissants &#224; cr&#233;er une th&#233;orie scientifique du communisme. Dans le meilleur des cas, c'&#233;tait le mat&#233;rialisme m&#233;caniste du XVIIIe si&#232;cle qui demeurait la base philosophique de leur syst&#232;me. Aussi ne pouvaient-ils pas d&#233;passer la th&#233;orie rationaliste de la soci&#233;t&#233; caract&#233;ristique du XVIIIe si&#232;cle (la th&#233;orie de l'&#171; ordre naturel et raisonnable &#187; des rapports sociaux), ni fonder historiquement le communisme. Dans toutes leurs tentatives pour tracer une voie de r&#233;alisation au communisme, ils ne d&#233;passaient pas la tradition babouviste. Leur communisme restait un communisme utopique, malgr&#233; leur &#233;lan r&#233;volutionnaire et leur d&#233;sir de lier le communisme &#224; la lutte ouvri&#232;re. Parmi tous ces communistes utopistes, Blanqui, par sa fid&#233;lit&#233; illimit&#233;e &#224; la cause de la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;, occupait indiscutablement la premi&#232;re place aux yeux de ses contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, a &#233;crit Marx dans &#171; Les luttes des classes en France &#187;, se groupe de plus en plus autour du socialisme r&#233;volutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-m&#234;me a invent&#233; le nom de Blanqui .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ardente activit&#233; r&#233;volutionnaire qui a rempli toute la vie consciente de Blanqui a commenc&#233; sous la Restauration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1824, le jeune Blanqui participa &#224; l'organisation conspiratrice des Carbonari. En 1827, il fut bless&#233; dans des combats de rues contre la police et la troupe et pour la premi&#232;re fois arr&#234;t&#233;. En juillet 1830, il prit une part active &#224; la lutte r&#233;volutionnaire et fut profond&#233;ment d&#233;&#231;u par son r&#233;sultat : l'&#233;tablissement de la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233; dans l'association r&#233;publicaine Les Amis du Peuple, Blanqui se pla&#231;a &#224; l'aile gauche de celle-ci. Pour les premi&#232;res ann&#233;es de la monarchie de juillet, deux documents t&#233;moignent de ses id&#233;es. Le premier est sa d&#233;claration au proc&#232;s des &#171; Amis du Peuple &#187;, en janvier 1832 (Proc&#232;s des Quinze). Le second est un discours prononc&#233; &#224; une r&#233;union organis&#233;e par cette Soci&#233;t&#233;, le 2 f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e. Le premier de ces documents a &#233;t&#233; imprim&#233;, &#224; l'&#233;poque m&#234;me, par l'association des &#171; Amis du Peuple &#187; ; le second nous est parvenu &#224; l'&#233;tat de manuscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le tribunal, Blanqui posait nettement le probl&#232;me de la division de la soci&#233;t&#233; en classes ; il liait la lutte que m&#232;nent les &#171; Amis du peuple &#187; pour les droits politiques aux besoins mat&#233;riels, aux int&#233;r&#234;ts et aux souffrances des es populaires. Mais ses id&#233;es concernant les classes sociales de son temps n'avaient pas un suffisant degr&#233; de pr&#233;cision et son programme social &#233;tait encore tr&#232;s ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;sident du tribunal qui lui demandait sa profession, Blanqui r&#233;pondit : Prol&#233;taire. Mais la suite de ses explications indique que, pour lui, le mot &#171; prol&#233;taire &#187; d&#233;signait le travailleur en g&#233;n&#233;ral :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la profession de trente millions de Fran&#231;ais qui vivent de leur travail et qui sont priv&#233;s de leurs droits politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que Blanqui donnait &#224; la notion de prol&#233;taire Le m&#234;me sens que les d&#233;mocrates donnaient &#224; la notion de &#171; peuple &#187;. C'est l'opposition entre &#171; l'aristocratie de la richesse et le peuple &#187; ou bien entre &#171; la bourgeoisie et le peuple &#187;, qui caract&#233;rise la pens&#233;e sociale de cette p&#233;riode. L'impr&#233;cision dans les termes de cette opposition refl&#233;tait le niveau insuffisant du d&#233;veloppement capitaliste en France, le non-ach&#232;vement de l'&#233;volution industrielle. Comme nous le verrons plus loin, Blanqui confond &#171; prol&#233;taire &#187; et &#171; pauvres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis accus&#233;, poursuit Blanqui dans la m&#234;me d&#233;claration, d'avoir dit aux 30 millions de Fran&#231;ais, prol&#233;taires comme moi, qu'ils avaient le droit de vivre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En formulant une telle accusation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le minist&#232;re public ne s'est point adress&#233; &#224; votre &#233;quit&#233; et &#224; votre raison, mais &#224; vos passions et &#224; vos int&#233;r&#234;ts, dit Blanqui aux juges. Le minist&#232;re public vous a dit : vous voyez, c'est la guerre des pauvres contre les riches : tous ceux qui poss&#232;dent sont int&#233;ress&#233;s &#224; repousser l'invasion. Nous vous amenons vos ennemis ; frappez-les avant qu'ils ne deviennent plus redoutables. Oui, Messieurs, ceci est la guerre entre les riches et les pauvres ; les riches... sont les agresseurs, seulement ils trouvent mauvais que les pauvres fassent r&#233;sistance... On ne cesse de d&#233;noncer les pauvres comme des voleurs pr&#234;ts &#224; se jeter sur les propri&#233;t&#233;s. [Les riches, ce sont] de l&#233;gitimes possesseurs menac&#233;s du pillage par une avide populace...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui donc sont ces &#171; l&#233;gitimes possesseurs &#187; ? Qui sont les &#171; voleurs &#187; ? Les &#171; l&#233;gitimes possesseurs &#187;, ce sont les&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;privil&#233;gi&#233;s qui vivent grassement de la sueur du prol&#233;taire ... ; ce sont deux ou trois cent mille oisifs qui d&#233;vorent paisiblement les milliards pay&#233;s par les voleurs. [Et les &#171; voleurs &#187; ?] Trente millions de Fran&#231;ais qui paient au fisc un milliard et demi, et une somme &#224; peu pr&#232;s &#233;gale aux privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, poursuivait Blanqui, le gouvernement actuel n'a point d'autre base que cette inique r&#233;partition des charges et des b&#233;n&#233;fices,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'autre but que l'exploitation du pauvre par le riche. L'&#201;tat est une&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pompe aspirante et foulante qui foule la mati&#232;re appel&#233;e peuple pour en aspirer des milliards incessamment vers&#233;s dans les coffres de quelques oisifs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les moyens l&#233;gaux qui prot&#232;gent les int&#233;r&#234;ts, qui permettent d'agir sur l'opinion publique, sont entre les mains des privil&#233;gi&#233;s. Le peuple n'en a aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois sont faites par cent mille &#233;lecteurs, appliqu&#233;es par cent mille jur&#233;s, ex&#233;cut&#233;es par cent mille gardes nationaux... Or, ces &#233;lecteurs, ces jur&#233;s, ces gardes nationaux, ce sont les m&#234;mes individus, lesquels cumulent les fonctions les plus oppos&#233;es et se trouvent tout &#224; la fois l&#233;gislateurs, juges et soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente millions de prol&#233;taires restent en dehors de ce syst&#232;me que font-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils paient... [Mais comment] des hommes de c&#339;ur et d'intelligence... pourraient-ils demeurer indiff&#233;rents... aux souffrances des prol&#233;taires... ? Leur devoir est d'appeler les masses &#224; briser un joug de mis&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; prendre les affaires politiques entre leurs mains. Le peuple veut faire et il fera les lois qui doivent le r&#233;gir ; alors ces lois ne seront plus faites contre lui ; elles seront faites pour lui, parce qu'elles le seront par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion &#224; laquelle Blanqui conduit ses auditeurs est claire : pour supprimer les maux de la soci&#233;t&#233;, il est indispensable de cr&#233;er une d&#233;mocratie politique. Au cours de sa d&#233;claration, il ne fait pas de proposition de caract&#232;re socialiste ; mais la tendance socialiste est indiscutable. Il consid&#232;re comme but de la lutte l'&#233;tablissement de l'&#233;galit&#233; sociale ; mais, comme mesure concr&#232;te pour am&#233;liorer le sort des opprim&#233;s, il n'indique que la r&#233;forme des imp&#244;ts. Ceci est assur&#233;ment d&#251; au fait que Blanqui consid&#232;re na&#239;vement le syst&#232;me fiscal comme le m&#233;canisme essentiel qui permet aux riches de piller les pauvres. Ces imp&#244;ts &#171; pillards &#187; doivent &#234;tre supprim&#233;s et remplac&#233;s par un imp&#244;t qui &#171; devra s'emparer du superflu des oisifs &#187;, pour le r&#233;partir par &#171; un syst&#232;me de banques nationales &#187; (id&#233;e probablement inspir&#233;e par la propagande saint-simonienne) &#171; entre cette masse de gens indigents que le manque d'argent condamne &#224; l'inaction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours du 2 f&#233;vrier 1832, Blanqui a caract&#233;ris&#233; de mani&#232;re plus concr&#232;te les forces de classes en lutte dans la France de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se dissimuler qu'il y a guerre &#224; mort entre les classes qui composent la nation... le parti vraiment national, celui auquel les patriotes doivent se rallier, c'est le parti des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la France de son temps, Blanqui constate l'existence de trois int&#233;r&#234;ts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui de la classe dite tr&#232;s &#233;lev&#233;e, celui de la classe moyenne ou bourgeoise, enfin celui du peuple... En 1814 et 1815, la classe bourgeoise fatigu&#233;e de Napol&#233;on, surtout parce que la guerre... nuisait &#224; sa tranquillit&#233; et emp&#234;chait le commerce d'aller, re&#231;ut les soldats &#233;trangers en lib&#233;rateurs et les Bourbons comme les envoy&#233;s de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les Bourbons r&#233;compens&#232;rent-ils la bourgeoisie &#171; par la Charte &#187;. Par le moyen de la Charte, la haute soci&#233;t&#233; et les grands propri&#233;taires, d'une part, la classe moyenne, d'autre part, se partageaient entre elles le pouvoir. &#171; Le peuple fut mis de c&#244;t&#233;. &#187; &#171; Priv&#233; de chefs &#187;, d&#233;moralis&#233; par la d&#233;faite, il se taisait. La bourgeoisie a pr&#234;t&#233; son appui aux Bourbons jusqu'en 1825. Mais, par la suite, Charles X,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se croyant assez fort sans les bourgeois voulut proc&#233;der &#224; leur exclusion, comme on avait fait pour le peuple en 1815&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie devint furieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors commen&#231;a cette guerre de journaux et d'&#233;lections [men&#233;e par elle contre Charles X]. Mais les bourgeois combattaient au nom de la Charte, rien que pour la Charte... [Le peuple] restait spectateur silencieux de la querelle ; et chacun sait bien que ses int&#233;r&#234;ts ne comptaient pas dans les d&#233;bats survenus entre ses oppresseurs... en voyant ses ma&#238;tres se disputer, il &#233;piait en silence le moment de s'&#233;lancer sur le champ de bataille et de mettre les parties d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, dans cette lutte entre la bourgeoisie et le gouvernement, la victoire commen&#231;a &#224; pencher vers la premi&#232;re, Charles X r&#233;solut de faire un coup d'&#201;tat. Il d&#233;cr&#233;ta la dissolution de la Chambre des d&#233;put&#233;s et mena&#231;a de se servir de la force arm&#233;e. Les royalistes se montraient s&#251;rs d'eux, et la bourgeoisie &#233;tait prise de panique. Ni l'une, ni l'autre partie ne s'attendait &#224; l'intervention du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le peuple se dressa, r&#233;veill&#233; d'un sommeil qui avait dur&#233; quinze ans, une frayeur plus grande encore saisit les bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers des d&#233;bris, des flammes et de la fum&#233;e, sur le cadavre de la royaut&#233;, le peuple leur appara&#238;t debout, debout comme un g&#233;ant, le drapeau tricolore &#224; la main ; ils demeurent frapp&#233;s de stupeur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ils avaient redout&#233; la victoire de Charles X et ils avaient trembl&#233; devant ses cons&#233;quences. Ensuite, quand le peuple triompha, contre toute attente, les bourgeois furent stup&#233;faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces jours o&#249; le peuple fut si grand, les bourgeois ont &#233;t&#233; ballott&#233;s entre deux peurs, celle de Charles X d'abord et celle des ouvriers ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment se fait-il qu'une r&#233;v&#233;lation si soudaine et si redoutable de la force des masses soit demeur&#233;e st&#233;rile ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Cette r&#233;volution] devait marquer la fin du r&#233;gime exclusif de la bourgeoisie, ainsi que l'av&#232;nement des int&#233;r&#234;ts de la puissance populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#171; n'a-t-elle eu d'autre r&#233;sultat que d'&#233;tablir le despotisme de la classe moyenne &#187; ? C'est que &#171; le peuple n'a pas su profiter de sa victoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat fut si court que ses chefs naturels, ceux qui auraient donn&#233; cours &#224; sa victoire, n'eurent pas le temps de sortir de la foule ! [Le peuple accordait sa confiance &#224; ceux] qui avaient figur&#233; en t&#234;te de la bourgeoisie dans la lutte parlementaire contre les Bourbons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire une fois remport&#233;e, le peuple rentra &#171; dans ses ateliers &#187; ; la bourgeoisie entra dans l'ar&#232;ne. N'osant, par crainte du peuple, r&#233;tablir Charles X, elle proclama roi un autre Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe moyenne qui s'est cach&#233;e pendant le combat et qui l'a d&#233;sapprouv&#233;... a escamot&#233; le fruit de la victoire remport&#233;e malgr&#233; elle. Le peuple, qui a tout fait, reste z&#233;ro comme devant. [Mais il est entr&#233; malgr&#233; tout sur la sc&#232;ne] il n'en a pas moins fait acte de ma&#238;tre... C'est d&#233;sormais entre la classe moyenne et lui que va se livrer une guerre acharn&#233;e. Ce n'est plus entre les hautes classes et les bourgeois ; ceux-ci auront m&#234;me besoin d'appeler &#224; leur aide leurs anciens ennemis pour mieux lui r&#233;sister, pour r&#233;sister &#224; l'offensive mena&#231;ante des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur du peuple, le d&#233;sir de trouver un soutien dans l'aristocratie d&#233;terminent toute la politique du gouvernement de Louis-Philippe ; r&#233;actionnaire en toutes ses manifestations, ce gouvernement &#171; copie la Restauration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux principes divisent la France, le principe de la l&#233;gitimit&#233; et celui de la souverainet&#233; du peuple &#187;, d&#233;clare Blanqui, en conclusion de son aper&#231;u historique. &#171; Il n'y a pas de troisi&#232;me drapeau, de terme moyen. &#187; Tous ceux qui d&#233;noncent &#171; l'anarchie &#187; et qui soutiennent &#171; la vieille organisation du pass&#233; &#187; se groupent autour du drapeau de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe de la souverainet&#233; du peuple rallie tous les hommes d'avenir, les masses qui, fatigu&#233;es d'&#234;tre exploit&#233;es, cherchent &#224; briser ces cadres clans lesquels elles se sentent &#233;touffer .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, dans ce discours aussi, les groupes sociaux sont assez mal d&#233;finis ; et on n'y rencontre pas non plus un expos&#233; des mesures concr&#232;tes qui permettraient aux masses de se lib&#233;rer de l'exploitation. &#192; d&#233;faut, l'attention de Blanqui se concentre sur le but politique de la lutte : l'&#233;tablissement de la souverainet&#233; du peuple. Mais les tendances &#233;galitaires, communes &#224; presque tous les d&#233;mocrates de cette &#233;poque, &#233;taient aussi celles de Blanqui ; il est tr&#232;s probable que, d&#232;s 1832, il avait une certaine sympathie pour le socialisme. Il n'est pas douteux qu'il ait connu, avant m&#234;me la R&#233;volution de 1830, les &#339;uvres des saint-simoniens et le livre de Buonarroti : La Conspiration pour l'&#201;galit&#233;. En tout cas, au d&#233;but de 1834, ses convictions socialistes avaient d&#233;j&#224; pris forme. Dans un article &#233;crit cette m&#234;me ann&#233;e, et qu'il avait destin&#233; au journal Le Lib&#233;rateur, Blanqui se prononce non seulement contre l'in&#233;galit&#233;, mais aussi contre les grossi&#232;res recettes de l'&#233;galitarisme pour lutter contre le mal social ; il leur oppose le principe de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux sources de la richesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'intelligence et le travail, l'&#226;me et la vie de l'humanit&#233;, &#233;crit-il. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu'&#224; l'aide d'un &#233;l&#233;ment passif, le sol, qu'elles mettent en &#339;uvre par leurs efforts combin&#233;s... Cet instrument indispensable devrait appartenir &#224; tous les hommes. Il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre est devenue propri&#233;t&#233; particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des individus se sont empar&#233;s par ruse ou par violence de la terre commune, et, s'en d&#233;clarant les possesseurs, ils ont &#233;tabli par des lois qu'elle serait &#224; jamais leur propri&#233;t&#233;... Ce droit de propri&#233;t&#233; s'est &#233;tendu... du sol &#224; d'autres instruments, produits accumul&#233;s du travail d&#233;sign&#233;s par le nom g&#233;n&#233;rique de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tablissement de la propri&#233;t&#233; a engendr&#233; un conflit entre &#171; les droits humains m&#234;me celui de vivre &#187; et &#171; le privil&#232;ge du petit nombre ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les capitaux st&#233;riles d'eux-m&#234;mes ne fructifient que par la main-d'&#339;uvre et que, d'un autre c&#244;t&#233;, ils sont n&#233;cessairement la mati&#232;re premi&#232;re &#339;uvr&#233;e par les forces sociales, la majorit&#233;, exclue de leur possession, se trouve condamn&#233;e aux travaux forc&#233;s, au profit de la minorit&#233; poss&#233;dante... La cons&#233;quence logique d'une telle organisation, c'est l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le principe d'&#233;galit&#233;, grav&#233; au fond des c&#339;urs et qui conspire, avec les si&#232;cles, &#224; d&#233;truire sous toutes ses formes l'exploitation de l'homme par l'homme, porta le premier coup au droit sacril&#232;ge de propri&#233;t&#233;, en brisant l'esclavage domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esclaves, propri&#233;t&#233; &#171; &#224; titre de meuble &#187;, ont &#233;t&#233; transform&#233;s en serfs, &#171; propri&#233;t&#233; immeuble annexe et ins&#233;parable de l'immeuble territorial &#187;. Mais l'esclavage existe encore de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La servitude, en effet, ne consiste pas seulement &#224; &#234;tre la chose de l'homme, ou le serf de la gl&#232;be. Celui-l&#224; n'est pas libre qui, priv&#233; des instruments de travail, demeure &#224; la merci des privil&#233;gi&#233;s qui en sont d&#233;tenteurs... &#171; La transmission h&#233;r&#233;ditaire du sol et des capitaux place les citoyens sous le joug des propri&#233;taires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'ouvrier est pire que celle des n&#232;gres esclaves dans les plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'ouvrier n'est pas un capital &#224; m&#233;nager comme l'esclave ; sa mort n'est pas une perte, il y a toujours concurrence pour le remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pauvre, poursuit Blanqui, ne conna&#238;t pas la source de ses maux. L'ignorance, fille de l'asservissement, fait de lui un instrument docile des privil&#233;gi&#233;s... Si &#224; Lyon il [le prol&#233;tariat] s'est lev&#233; comme un seul homme, c'est que l'antagonisme flagrant des int&#233;r&#234;ts ne permettait plus l'illusion &#224; l'aveuglement m&#234;me le plus obstin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est grosse de r&#233;voltes. Le sentant bien, les d&#233;fenseurs de l'ordre s'&#233;vertuent &#224; pr&#234;cher&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la communaut&#233; des int&#233;r&#234;ts et, par suite, la solidarit&#233; entre le capitaliste et le travailleur... Ces hom&#233;lies trouvent encore des dupes, mais peu. Chaque jour fait plus vive la lumi&#232;re sur cette pr&#233;tendue association du parasite et de sa victime. Les faits ont leur &#233;loquence ; ils prouvent le duel, le duel &#224; mort entre le revenu et le salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui est convaincu que, au bout de cette lutte, la victoire restera non aux oisifs, mais aux travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, ajoute-t-il, le droit de propri&#233;t&#233; d&#233;cline... Il dispara&#238;tra un jour avec les derniers privil&#232;ges qui lui servent de refuge et de r&#233;duit... L'humanit&#233; n'est jamais stationnaire. Elle avance ou recule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche r&#233;trograde remonterait jusqu'&#224; l'esclavage personnel, dernier mot du droit de propri&#233;t&#233;. La marche progressive la conduit &#224; l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite, explique Blanqui en conclusion de cet article, que l'&#233;galit&#233; n'est pas le partage agraire. Le morcellement infini du sol ne changerait rien, dans le fond, au droit de propri&#233;t&#233;... La richesse provenant de la possession des instruments de travail plut&#244;t que du travail lui-m&#234;me, le g&#233;nie de l'exploitation rest&#233; debout saurait bient&#244;t, par la reconstruction des grandes fortunes, restaurer l'in&#233;galit&#233; sociale. L'association, substitu&#233;e &#224; la propri&#233;t&#233; individuelle, fondera seule le r&#232;gne de la justice par l'&#233;galit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On distingue, dans cet article, une certaine influence de la th&#233;orie saint-simonienne sur Blanqui. Principalement, l'id&#233;e que le progr&#232;s consiste dans la substitution des formes d'exploitation. Il est possible que la notion de la soci&#233;t&#233; future pr&#233;sent&#233;e sous l'aspect de l'association rel&#232;ve aussi de cette influence, bien que la propagande de Fourier et de ses disciples ait jou&#233; un r&#244;le important dans la diffusion de l'id&#233;e d'association. Tout en notant les influences des &#233;coles utopiques du d&#233;but du XIXe si&#232;cle qui ont pu s'exercer sur Blanqui, il est indispensable d'indiquer imm&#233;diatement qu'il est toujours rest&#233; &#233;tranger &#224; l'utopisme pacifique, &#224; la teinte religieuse de ces th&#233;ories. En assimilant telle ou telle id&#233;e de Saint-Simon ou de Fourier, il les reliait aux traditions r&#233;volutionnaires du babouvisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#234;me article de 1834, il est encore un trait qui m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; : c'est la fa&#231;on de pr&#233;senter le travailleur salari&#233; dans le r&#233;gime capitaliste. La caract&#233;ristique est &#233;videmment tr&#232;s abstraite. Nous pouvons en trouver de semblables, d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle (par exemple, chez Linguet). Toutefois, Blanqui fait un certain pas en avant. Il en vient &#224; pr&#233;ciser la notion de &#171; prol&#233;taire &#187; ; il tend &#224; comprendre le r&#244;le de la v&#233;ritable force sociale qui porte en elle la soci&#233;t&#233; future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons remarqu&#233;, Blanqui n'est jamais parvenu &#224; la pleine clart&#233; sur cette question. Nul doute que ce pas en avant dans le d&#233;veloppement de ses opinions sociales, il l'effectua sous la pression de la r&#233;alit&#233; environnante, sous l'impulsion qu'il re&#231;ut du d&#233;veloppement de la lutte de classe du prol&#233;tariat fran&#231;ais, de la lutte des ouvriers lyonnais dont il parle dans son article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1834 peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'ann&#233;e tournante de la France r&#233;volutionnaire sous la monarchie de Juillet. En 1834, apr&#232;s l'&#233;crasement des insurrections lyonnaise et parisienne, sous l'oppression accrue de l'&#201;tat, les repr&#233;sentants de la bourgeoisie et des intellectuels bourgeois, qui avaient jou&#233; un r&#244;le important dans les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, s'&#233;cart&#232;rent des organisations r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes qui se reforment alors recrutent leurs membres, presque exclusivement, dans les milieux ouvriers et de la petite bourgeoisie, les plus proches du prol&#233;tariat. Dans ces nouvelles soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, les Familles, les Saisons, Blanqui est port&#233; aux postes dirigeants. Nous ne pouvons conna&#238;tre les opinions profess&#233;es par Blanqui que par les formulaires d'initiation de ces soci&#233;t&#233;s. Sans doute, il n'&#233;tait pas le seul &#224; participer &#224; leur r&#233;daction, mais il en acceptait assur&#233;ment les id&#233;es fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces documents exposent d'abord que le gouvernement cristant &#171; fonctionne dans l'int&#233;r&#234;t d'un petit nombre de privil&#233;gi&#233;s &#187;. Avant 1830, c'&#233;tait l'aristocratie de naissance ; lorsque celle-ci fut renvers&#233;e en 1830, ce fut l'aristocratie des riches qui prit sa place :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hommes d'argent, banquiers, fournisseurs, monopoleurs... en un mot les exploiteurs qui s'engraissaient aux d&#233;pens du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Le peuple, c'est-&#224;-dire l'ensemble de ceux qui travaillent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comment est-il trait&#233; par les lois ? Il est trait&#233; en esclave... Le sort du prol&#233;taire est semblable &#224; celui du serf et du n&#232;gre ; sa vie n'est qu'un long tissu de mis&#232;res, de fatigues et de souffrances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renverser le gouvernement en place doit &#234;tre le but final de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il faire une r&#233;volution politique ou une r&#233;volution sociale ? Il faut faire une r&#233;volution sociale. Faut-il se contenter de renverser la royaut&#233; ? Il faut d&#233;truire les aristocraties quelconques, les privil&#232;ges quelconques ; autrement ce ne serait rien faire. Que devons-nous mettre &#224; sa place ? Le gouvernement du peuple par lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le peuple ne peut prendre le pouvoir en main&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;imm&#233;diatement apr&#232;s la r&#233;volution. L'&#233;tat social &#233;tant gangren&#233;, pour passer &#224; un &#233;tat sain, il faut des rem&#232;des h&#233;ro&#239;ques ; le peuple aura besoin, pendant quelque temps, d'un pouvoir r&#233;volutionnaire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents que nous venons de pr&#233;senter, tout comme la d&#233;claration de Blanqui en 1832, ne nous apportent pas de r&#233;ponse claire concernant les buts sociaux de la r&#233;volution, bien qu'elle soit d&#233;finie comme une r&#233;volution sociale. Sous ce rapport, on se limite seulement &#224; des formules g&#233;n&#233;rales : l'&#233;galit&#233; doit &#234;tre la base de la soci&#233;t&#233; ; l'existence de chaque membre de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre assur&#233;e, &#224; condition qu'il soit un travailleur ; tous les membres de la soci&#233;t&#233; ont des droits &#233;gaux, et les m&#234;mes devoirs. La contradiction entre l'aristocratie de la richesse et &#171; le peuple &#187;, consid&#233;r&#233; comme l'ensemble des travailleurs, appara&#238;t comme l'opposition fondamentale de la soci&#233;t&#233;. L'exigence d'une dictature r&#233;volutionnaire que Blanqui a re&#231;ue du babouvisme, et qui est au c&#339;ur de sa conception du processus r&#233;volutionnaire, est la particularit&#233; importante du document. On doit cependant remarquer que cette dictature, dans son id&#233;e, est la dictature d'une organisation r&#233;volutionnaire et non pas la dictature de laclasse r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mai 1839, la Soci&#233;t&#233; des Saisons, dont Blanqui &#233;tait l'un des chefs, essaya de provoquer un soul&#232;vement &#224; Paris. Cette tentative avait un caract&#232;re de conjuration. Le manifeste des insurg&#233;s appelait &#224; fonder le r&#232;gne de l'&#233;galit&#233; et &#224; abolir l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;risse enfin l'exploitation et que l'&#233;galit&#233; s'asseye triomphante sur les d&#233;bris confondus de la royaut&#233; et de l'aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la classe ouvri&#232;re, seule, pouvait se soulever au nom de tels principes. Mais la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, en 1839, n'&#233;tait pas encore en &#233;tat de faire triompher une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de conjuration qu'avait adopt&#233;e la Soci&#233;t&#233; des Saisons &#233;tant erron&#233;e, la tentative r&#233;volutionnaire de 1839 n'eut pas le succ&#232;s qu'elle aurait pu esp&#233;rer dans les conditions du d&#233;but de la monarchie de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lev&#233;s &#224; l'&#233;cole de la conjuration, li&#233;s par la stricte discipline qui lui est propre, ils partaient de cette id&#233;e qu'un nombre relativement petit d'hommes r&#233;solus et bien organis&#233;s &#233;tait capable, le moment venu, non seulement de s'emparer du pouvoir, mais aussi, en d&#233;ployant une grande &#233;nergie et de l'audace, de s'y maintenir assez longtemps pour r&#233;ussir &#224; entra&#238;ner la masse du peuple dans la R&#233;volution ,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a dit Engels en parlant des blanquistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caract&#232;res de conjuration, indiqu&#233;s par Engels, correspondaient &#224; l'immaturit&#233; de la conscience de classe du prol&#233;tariat ; ils se manifest&#232;rent avec une grande &#233;vidence dans le mouvement de 1839. Tout en appr&#233;ciant justement la valeur de la discipline et de l'organisation, les r&#233;volutionnaires de 1839 (et Blanqui avec eux) ne comprenaient pas que ces magnifiques qualit&#233;s ne sauraient assurer le succ&#232;s que lorsque l'organisme qui les poss&#232;de est &#233;troitement li&#233; aux masses de la classe ouvri&#232;re et lorsqu'il se pr&#233;sente comme le repr&#233;sentant et le chef naturel des masses ouvri&#232;res. La Soci&#233;t&#233; des Saisons n'avait pas cette liaison ; elle ne l'avait pas m&#234;me avec les ouvriers parisiens, pour ne pas parler de l'ensemble du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Les masses ne sortirent pas dans la rue le 12 mai 1839 et le coup de force des groupes isol&#233;s de conjur&#233;s fut facilement r&#233;prim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arrestation de Blanqui s'ensuivit (14 octobre 1839), apr&#232;s six mois de vaines recherches polici&#232;res ; elle arracha Blanqui des rangs des r&#233;volutionnaires jusqu'&#224; la r&#233;volution de 1848. Ces ann&#233;es d'emprisonnement ne furent pas, pour lui, des ann&#233;es inf&#233;condes. Il rentra dans l'action en lutteur incomparablement plus m&#251;r sur le terrain politique, capable de saisir souvent les solutions pratiques qui correspondaient le mieux aux int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Mais il demeurait comme auparavant impropre &#224; cr&#233;er une th&#233;orie socialiste &#233;clairant scientifiquement la voie vers le triomphe du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution en apparence victorieuse, Blanqui montra le danger qui mena&#231;ait la jeune R&#233;publique. Il constatait l'existence de deux tendances dans le processus de la lutte, l'une &#171; pour la r&#233;publique &#233;galitaire &#187;, l'autre &#171; pour le constitutionnalisme bourgeois &#187;. Toute son activit&#233;, toutes ses d&#233;clarations &#233;taient dirig&#233;es vers un seul but : lutter contre la r&#233;action bourgeoise qui mena&#231;ait de d&#233;truire les r&#233;sultats de la victoire populaire de F&#233;vrier. Blanqui formula nettement le but final de la lutte, dans le discours qu'il pronon&#231;a le 31 mars &#224; la Soci&#233;t&#233; R&#233;publicaine Centrale, qu'il avait organis&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique pour nous, d&#233;clare Blanqui en pr&#233;cisant le contenu de cette &#171; R&#233;publique &#233;galitaire &#187;, c'est l'&#233;mancipation compl&#232;te des travailleurs. C'est l'av&#232;nement d'un ordre nouveau qui fera dispara&#238;tre la derni&#232;re forme de l'esclavage, le Prol&#233;tariat. La tyrannie du Capital est plus impitoyable que celle du sabre et de l'encensoir. La r&#233;volution de F&#233;vrier a eu pour but de la briser. Ce but est aussi celui de la Soci&#233;t&#233; R&#233;publicaine Centrale et chacun de ses membres s'engage &#224; le poursuivre jusqu'&#224; ce qu'il soit atteint .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui consid&#233;rait en premier lieu les ouvriers parisiens comme la force principale capable de mener la lutte pour la &#171; R&#233;publique &#233;galitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re intervention contre le gouvernement provisoire concerne la question du drapeau de la R&#233;publique. Au fond, il s'agissait pour lui d'un choix &#224; faire entre la voie &#171; &#233;galitaire &#187;et la voie &#171; bourgeoise &#187; de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau tricolore n'est pas le drapeau de la R&#233;publique ; il est celui de Louis-Philippe et de la monarchie... Il s'est baign&#233; vingt fois dans le sang des ouvriers. Le peuple a arbor&#233; les couleurs rouges sur les barricades de 48, comme il les avait arbor&#233;es sur celles de juin 1832, d'avril 1834, de mai 1839. Elles ont re&#231;u la double cons&#233;cration de la d&#233;faite et de la victoire. Ce sont d&#233;sormais les siennes... Leur chute est un outrage au peuple, une profanation de ses morts... D&#233;j&#224;, conclut Blanqui, la r&#233;action se d&#233;cha&#238;ne... Ouvriers ! c'est votre drapeau qui tombe. &#201;coutez-le bien ! La R&#233;publique ne tardera pas &#224; le suivre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s, le 2 mars, &#224; son club, Blanqui fit pr&#233;senter une adresse au gouvernement provisoire. L'adresse &#233;num&#233;rait les mesures que celui-ci devait prendre pour assurer la libert&#233; de la presse, le droit d'association et de r&#233;union. Il s'y trouve aussi deux paragraphes touchant directement les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et leur place dans la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe 8 r&#233;clame&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'organisation imm&#233;diate en garde nationale de tous les ouvriers... sans exception, avec indemnit&#233; de deux francs par jour pour chaque jour de service actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe 9 demande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'abrogation des articles 415 et 416 du Code p&#233;nal, ces articles interdisant les coalitions ouvri&#232;res .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne que mena Blanqui pour l'ajournement des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e Constituante pr&#233;sente un grand int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution, &#233;crit-il dans sa p&#233;tition du 17 mars, a seule la parole depuis cinquante ans... Le peuple ne sait pas, il faut qu'il sache...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, un jour, un mois sont insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que la lumi&#232;re se fasse presque dans les moindres hameaux... Et ne dites pas que nos craintes sont chim&#233;riques. Les &#233;lections, si elles s'accomplissent, seront r&#233;actionnaires... Le parti royaliste, le seul organis&#233; gr&#226;ce &#224; sa longue domination, va les ma&#238;triser par l'intrigue, la corruption, les influences sociales ; il sortira triomphant de l'urne ! [Mais] ce triomphe, ce serait la guerre civile, car Paris, le c&#339;ur et le cerveau de la France, Paris ne reculera pas devant le retour offensif du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissez, poursuit Blanqui,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aux sinistres cons&#233;quences d'un conflit entre la population parisienne et une assembl&#233;e qui croirait repr&#233;senter la nation et qui ne la repr&#233;senterait pas ; car le vote de demain sera une surprise et un mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Blanqui exigeait l'ajournement des &#233;lections, comme condition indispensable &#224; la r&#233;&#233;ducation politique des masses paysannes. En partant de la m&#234;me compr&#233;hension du rapport des forces sociales, il a montr&#233; avec une grande perspicacit&#233; l'importance politique de l'imp&#244;t des quarante-cinq centimes d&#233;cr&#233;t&#233; par le gouvernement provisoire ; cette mesure qui &#233;loignait les masses paysannes de la r&#233;volution, il la consid&#232;re comme &#171; la sentence de mort de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui comprenait que la bourgeoisie, effray&#233;e par la R&#233;volution, &#233;tait la principale force r&#233;actionnaire. Mais il d&#233;non&#231;ait avec une violence particuli&#232;re ceux qui, se donnant pour des d&#233;mocrates, trahissaient les int&#233;r&#234;ts du peuple et servaient la cause de la r&#233;action bourgeoise. En intervenant avec une fermet&#233; de plus en plus marqu&#233;e contre le gouvernement provisoire, Blanqui condamnait s&#233;v&#232;rement son aile gauche, la Montagne de 1848. Ces &#171; Montagnards &#187;, il les distinguait des Montagnards de 1793 par le fait qu'ils &#233;taient absolument d&#233;tach&#233;s des masses parisiennes. Il devinait aussi le sens de la cr&#233;ation de la Commission du Luxembourg : c'&#233;tait une man&#339;uvre de diversion destin&#233;e &#224; d&#233;tourner les ouvriers de l'action r&#233;volutionnaire. En 1851, faisant le bilan de l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire, Blanqui &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast.... Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes. La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine que ressentaient pour Blanqui non seulement les r&#233;actionnaires d&#233;clar&#233;s, mais aussi les hommes qui couvraient de phrases lib&#233;rales, d&#233;mocratiques et m&#234;me socialistes, leur servilit&#233; envers la r&#233;action est donc parfaitement naturelle. &#171; Toute la contre-r&#233;volution devient p&#226;le au seul nom de Blanqui &#187;, &#233;crivait Proudhon. Dans sa lutte contre l'ennemi le plus dangereux pour elle, contre l'homme le plus capable de grouper autour de lui les masses parisiennes, la r&#233;action ne recula devant aucune ignominie. Le 31 mars, &#224; Paris, fut publi&#233; un document qui pr&#233;tendait apporter la preuve que Blanqui aurait fait devant le juge d'instruction de Louis-Philippe un t&#233;moignage compromettant sur ses camarades de l'insurrection de 1839. Barb&#232;s, l'ancien camarade de Blanqui &#224; la Soci&#233;t&#233; des Saisons, apporta son adh&#233;sion, &#224; cette campagne de mensonges. Blanqui d&#233;mentit cette calomnie, mais elle jeta un certain trouble dans les rangs de ses partisans. Le 26 mai, Blanqui fut arr&#234;t&#233; pour avoir particip&#233; &#224; la manifestation du 15 mai ; pendant les journ&#233;es de juin, les ouvriers parisiens furent priv&#233;s de leur guide le plus fid&#232;le, et du chef qui avait le plus d'autorit&#233;. Blanqui fut, &#224; nouveau et pour de nombreuses ann&#233;es, &#233;cart&#233; de la lutte directe pour la cause de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son action r&#233;volutionnaire de 1848 a &#233;t&#233; hautement appr&#233;ci&#233;e par Marx et Engels. Ils appelaient Blanqui un &#171; r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien &#187; . Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Marx a &#233;crit au sujet de la manifestation du 15 mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mai n'eut d'autre r&#233;sultat que d'&#233;loigner de la sc&#232;ne publique Blanqui et ses partisans, les communistes r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire les v&#233;ritables chefs du parti prol&#233;tarien .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde adresse du Comit&#233; central de la Ligue des Communistes, il &#233;tait indiqu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, le parti v&#233;ritablement prol&#233;tarien dont Blanqui est le chef s'est r&#233;uni &#224; nous .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'une de ses lettres, Marx &#233;crivait qu'il consid&#233;rait Blanqui &#171; comme la t&#234;te et le c&#339;ur du parti prol&#233;taire en France &#187;. En mars-avril 1850, Marx et Engels eurent des entrevues avec deux envoy&#233;s de Blanqui &#224; Londres ; ils conclurent avec eux un accord sur la base duquel &#233;taient reconnues, comme but commun, l'exclusion des classes privil&#233;gi&#233;es du pouvoir politique et la soumission de ces classes &#224; la dictature du prol&#233;tariat jusqu'&#224; la r&#233;alisation du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1848, dans sa prison, jusqu'&#224; l'amnistie de 1859, Blanqui continuait, malgr&#233; tout, &#224; &#339;uvrer pour la R&#233;volution, en cherchant &#224; maintenir la liaison avec les amis laiss&#233;s en libert&#233;, en leur adressant des lettres pour diriger leurs activit&#233;s, et des notes de caract&#232;re politique. Le 14 ao&#251;t 1870, Blanqui prit part &#224; la tentative malheureuse qui visait &#224; renverser le gouvernement de Napol&#233;on III, compromis par les d&#233;faites subies dans la guerre franco-prussienne. Apr&#232;s la chute de Napol&#233;on, Blanqui publia le journal La Patrie en danger, o&#249; il fit une ardente propagande en faveur de la d&#233;fense de la France, foyer de la r&#233;volution oppos&#233; au prussianisme r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers jours de la R&#233;publique, Blanqui commit une grave erreur politique, en appelant les masses &#224; soutenir sans condition le gouvernement provisoire bourgeois, au nom de la &#171; d&#233;fense de la Patrie &#187;. Il ne sut pas comprendre que ce gouvernement, contre-r&#233;volutionnaire dans son essence m&#234;me, redoutait plus les ouvriers fran&#231;ais arm&#233;s qu'il ne craignait l'occupation prussienne ; et que, pour cette raison, il &#233;tait tout &#224; fait incapable d'organiser la d&#233;fense, et qu'il &#233;tait, comme le disait Marx, non &#171; un gouvernement de d&#233;fense nationale, mais un gouvernement de d&#233;fection nationale &#187;. La suite des &#233;v&#233;nements obligea Blanqui &#224; abandonner cette position erron&#233;e et &#224; se prononcer &#233;nergiquement contre les politiciens bourgeois qui, par peur du mouvement r&#233;volutionnaire des masses, &#233;taient pr&#234;ts &#224; trahir leur pays, en faisant alliance avec Guillaume et Bismarck. Le 17 mars 1871, &#224; la veille de la proclamation de la Commune, Blanqui fut arr&#234;t&#233; pour avoir particip&#233; &#224; une tentative de soul&#232;vement contre le gouvernement provisoire, le 31 octobre 1870. &#201;lu membre de la Commune, il ne put prendre part &#224; son activit&#233;. Apr&#232;s sa lib&#233;ration en 1879, Blanqui, malgr&#233; ses soixante-quatorze ans, reprit la lutte politique, &#224; laquelle seule sa mort mit un terme, le 1er janvier 1881.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui n'a pas laiss&#233; d'expos&#233; syst&#233;matique de ses id&#233;es politiques, sociales et philosophiques. Son h&#233;ritage litt&#233;raire consiste en articles de journaux sur diverses questions de philosophie et de politique, en un tr&#232;s grand nombre de manuscrits disparates et qui restent encore, pour la plupart, in&#233;dits. Toutefois, l'&#233;tude comparative de ces articles, notes et &#233;crits permet de r&#233;tablir assez s&#251;rement les positions th&#233;oriques qui inspiraient son activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux tendances principales du socialisme utopique fran&#231;ais au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, le fouri&#233;risme et le saint-simonisme par leurs principes philosophiques g&#233;n&#233;raux, touchaient &#224; l'id&#233;alisme. Les aspirations religieuses &#233;taient le propre de l'une et de l'autre &#233;cole, bien que ces aspirations diff&#233;rassent du christianisme officiel. Certains communistes utopistes, &#224; cette m&#234;me &#233;poque, ne s'&#233;taient pas lib&#233;r&#233;s, non plus, de ces tendances religieuses. Buonarroti, le propagandiste du communisme r&#233;volutionnaire, &#224; tradition babouviste, continuait Rousseau et Robespierre, d&#233;fendait l'id&#233;e d'une religion civique et consid&#233;rait que la croyance en l'&#202;tre supr&#234;me et en l'immortalit&#233; de l'&#226;me &#233;taient indispensables pour le progr&#232;s et l'affermissement de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme est &#233;tranger &#224; la conception du monde de Blanqui ; il reste un adepte logique des mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, avec tous leurs c&#244;t&#233;s faibles et forts. Pour lui le spiritualisme n'est pas seulement &#171; une erreur philosophique ; il est un crime politique et social &#187;. En effet, le spiritualisme est &#171; le p&#232;re de toutes les religions &#187; et les religions sont &#171; la source de l'ignorance, de l'exploitation, de la mis&#232;re... &#187;. &#171; Le spiritualisme est la pierre angulaire &#171; de l'oppression, l'instrument par excellence de la tyrannie &#187;. Or la religion est l'alli&#233;e naturelle du conservatisme, car son essence est &#171; l'immobilisme &#187;, l'immutabilit&#233;. La religion interdit &#224; ses adeptes l'aspiration vers le progr&#232;s. &#171; Dieu &#187; est un mot qui sert &#224; masquer notre impuissance et notre ignorance. Ce mot &#171; pr&#233;tend tout expliquer, mais il n'explique rien et interdit toute explication &#187;. La religion condamne l'esprit et la volont&#233; &#224; la stagnation. Sit&#244;t que l'esprit humain cesse de comprendre, il dit : dieu. &#187; Ce mot a toujours &#171; tenu l'esprit humain &#224; la cha&#238;ne et s'efforce encore de l'y retenir toujours &#187;. Seule, la science, en renversant les obstacles qu'&#233;l&#232;ve la foi, peut conduire l'humanit&#233; par les voies de la connaissance et de l'action qui assureront sa grandeur et sa libert&#233;. La foi dit &#224; l'homme : &#171; &#192; genoux ! impie, on ne passe pas. La science lui dit froidement : L&#232;ve-toi et passons et l'homme passe &#187;. La connaissance signifie mouvement et vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples n'ont pas de plus cruel ennemi que la religion. Le christianisme et l'opium sont deux poisons identiques par leurs effets,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;crit Blanqui. En d&#233;tournant la pens&#233;e et l'action humaines de probl&#232;mes sociaux, terrestres, en les dirigeant vers le ciel, la religion rend l'homme indiff&#233;rent &#224; tout, sauf &#224; la vie future ; elle affaiblit sa lutte pour la justice. La lutte contre la religion occupe chez Blanqui une place aussi consid&#233;rable que chez les philosophes des &#171; lumi&#232;res &#187; au XVIIIe si&#232;cle. Il consid&#232;re que la premi&#232;re t&#226;che de la r&#233;volution doit &#234;tre de r&#233;duire &#224; n&#233;ant le monoth&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Blanqui d&#233;nonce le r&#244;le social des religions historiques, il n'en est pas moins s&#233;v&#232;re &#224; l'&#233;gard des faux messies du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs tentatives, dit-il, sont r&#233;trogrades par nature, bien qu'elles se dissimulent sous une fausse apparence de progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses n'ont pas besoin de ces caricatures du pass&#233;. Le trait commun de ces nouvelles religions, saint-simonisme, fouri&#233;risme, positivisme, est leur attitude n&#233;gative vis-&#224;-vis de la r&#233;volution. Toutes, elles la &#171; traitent en ennemie &#187; ; elles pr&#233;tendent la remplacer. Mais, en se s&#233;parant de la r&#233;volution, elles quittent in&#233;luctablement &#171; la route de l'avenir &#187; ; elles en viennent &#171; &#224; s'allier aux gouvernements du pass&#233; &#187; ; elles cherchent &#224; obtenir leur soutien, et elles &#171; ach&#232;tent ce triste secours par leurs outrages &#224; la r&#233;volution et &#224; ses d&#233;fenseurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Simoniens, fouri&#233;ristes, positivistes se sont montr&#233;s identiquement craintifs, flagorneurs, diplomates, mendiants vis-&#224;-vis des pouvoirs contre-r&#233;volutionnaires... On peut en retrouver les d&#233;bris au S&#233;nat, dans les conseils ou dans les auxiliaires du gouvernement imp&#233;rial (celui de Napol&#233;on III).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toutes les fantaisies religieuses et id&#233;alistes, Blanqui oppose le mat&#233;rialisme et l'ath&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation qui va prendre possession du monde est l'ath&#233;isme, l'univers incr&#233;&#233;, &#233;ternel, vivant par lui-m&#234;me, de sa propre force. Cette affirmation a pour base la science, et la science moderne est venue apporter et apporte chaque jour de nouveaux arguments &#224; l'appui de cette conclusion...[Les religions, sont] ma&#238;tresses encore aujourd'hui en apparence... [Mais d&#233;j&#224;] les dogmes sont morts pour toujours. Le monde est en marche, la science &#224; sa t&#234;te. L'&#233;croulement des religions est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme ses ma&#238;tres en philosophie, Helv&#233;tius et d'Holbach, Blanqui n'&#233;tait pas en mesure de s'&#233;lever &#224; la compr&#233;hension mat&#233;rialiste dialectique du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Les lois des ph&#233;nom&#232;nes de la vie sociale lui paraissaient sans liaison avec les progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; humaine, avec le perfectionnement des rapports sociaux, comme r&#233;sultats de l'activit&#233; consciente des hommes. Le mot &#171; loi &#187;, &#233;crivait-il, n'a de sens que par rapport &#224; la nature ; ce qu'on nomme &#171; loi &#187;, r&#232;gle immuable, est incompatible avec la raison et la volont&#233;. L&#224; o&#249; l'homme agit, il n'y a point place pour la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine Blanqui est en retard sur Saint-Simon et Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui consid&#233;rait le processus historique comme un mouvement progressif. Mais ce sont la raison et la volont&#233;, la pens&#233;e et l'exp&#233;rience de l'homme qui lui conf&#232;rent ce caract&#232;re progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne s'est improvis&#233; dans l'histoire des hommes... L'humanit&#233; n'a franchi que par des transitions insensibles les &#233;tapes sans nombre qui s&#233;parent son berceau de son &#226;ge viril... Les r&#233;volutions elles-m&#234;mes, avec leurs apparences si brusques, ne sont que la d&#233;livrance d'une chrysalide. Elles avaient grandi lentement sous l'enveloppe rompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont &#171; bien diff&#233;rentes de la conqu&#234;te, invasion brutale d'une force ext&#233;rieure &#187;... L'&#233;volution int&#233;rieure d'une race, d'une peuplade n'offre rien de pareil ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elle s'accomplit par degr&#233;s, sans trouble sensible comme le d&#233;veloppement d'une plante... Chaque si&#232;cle a son organisme et son existence propres, faisant partie de la vie g&#233;n&#233;rale de l'humanit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui ne laisse pas de comprendre l'importance des rapports &#233;conomiques dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Il souligne fr&#233;quemment que les luttes qui se produisent dans la soci&#233;t&#233; sont d&#233;termin&#233;es par des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, que les id&#233;es et principes expriment ces int&#233;r&#234;ts. Mais dans la complexit&#233; des forces qui agissent dans l'histoire des hommes, il attribue au d&#233;veloppement des connaissances, &#224; l'instruction, au perfectionnement de la raison humaine le r&#244;le de moteur principal dans le progr&#232;s de l'humanit&#233;. La philosophie, d&#233;clare-t-il, dirige le monde : c'est son axiome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu fondamental de l'histoire des soci&#233;t&#233;s est pour Blanqui la marche vers le communisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; a commenc&#233; par l'individualisme absolu, et, &#224; travers une longue s&#233;rie de perfectionnements, elle doit aboutir &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rejette de fa&#231;on d&#233;cisive l'id&#233;e du communisme primitif, du communisme &#171; des premiers &#226;ges de l'humanit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est faux que le communisme ait jamais &#233;t&#233; l'enfance d'une soci&#233;t&#233; quelconque. Ces assertions sont diam&#233;tralement le contraire de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le non-partage des terres &#187; n'est pas le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi bon partager ce qu'on ne cultive pas ? C'est comme si on disait les peuples actuels communistes parce qu'ils ne divisent pas la mer en lots particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le communisme, mais l'individualisme qui est &#171; la premi&#232;re force de la soci&#233;t&#233;. Son r&#232;gne est celui de l'ignorance, de la sauvagerie &#187;. Les sauvages sont extr&#234;mement individualistes. Le communisme est incompatible avec l'ignorance ; il est le dernier mot de la science sociale, &#171; le terme final de l'association. Chaque pas dans cette voie est la cons&#233;quence d'un progr&#232;s dans l'instruction &#187;, du travail de la raison humaine. Les arr&#234;ts dans cette voie sont provoqu&#233;s par les retards dans le d&#233;veloppement de la raison. Ainsi le progr&#232;s a &#233;t&#233; retard&#233;, interrompu par le christianisme. Le communisme se r&#233;alisera&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par le triomphe absolu des lumi&#232;res. Il en sera la suite in&#233;luctable, l'expression sociale et politique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons parl&#233; d'une influence possible du saint-simonisme sur la pens&#233;e de Blanqui relativement &#224; l'histoire. Manifestement, cette influence ne fut pas tr&#232;s profonde. En tout cas, la p&#233;riodisation historique de Blanqui diff&#232;re grandement de celle des saints simoniens. Chez Blanqui, l'apparition de la division du travail s&#233;pare nettement deux p&#233;riodes diff&#233;rentes de l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines . Avant la division du travail, l'individualisme conserve ses traits fondamentaux -isolement &#233;conomique de chaque famille ; les hommes ne connaissent pas l'&#233;change ; chaque famille produit elle-m&#234;me tout ce qui est n&#233;cessaire. Mais, au cours de cette &#233;poque d'&#233;conomie par groupes isol&#233;s, l'humanit&#233; traverse trois phases de d&#233;veloppement : Premi&#232;re phase &#8211; l'&#226;ge de la pierre. L'homme, isol&#233; de ses semblables, ne conna&#238;t pas d'autre lien social que la famille. Deuxi&#232;me phase : suite de l'&#226;ge de la pierre et commencement de l'&#226;ge du bronze ; rapprochement des hommes par tribus. Ils vivent de l'&#233;levage et de la chasse ; la terre reste commune. Point de culture encore, ni d'appropriation du sol. &#201;bauche de gouvernement, une hi&#233;rarchie, un ou plusieurs chefs. La troisi&#232;me phase : &#226;ge du bronze, &#226;ge du fer. Les hommes passent au travail de la terre qui suit l'appropriation du sol. Du point de vue historique, selon Blanqui,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce pas apparent vers l'individualisme est au contraire un progr&#232;s sensible de l'association parmi les hommes et un acheminement vers la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode apparaissent le pouvoir politique et social de la monarchie et de l'aristocratie, les castes, les rapports de vassalit&#233;. Mais il n'y a &#171; ni &#233;change, ni monnaie, ni par cons&#233;quent exploitation capitaliste &#187;, conclut-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division du travail introduit une importante nouveaut&#233; dans la vie de l'humanit&#233; ; elle &#233;l&#232;ve le rendement, am&#233;liore la qualit&#233; de la production. Elle d&#233;truit l'isolement des individus et &#233;tablit un nouveau principe : &#171; chacun travaillera pour tous, tous pour chacun &#187;. Mais ce progr&#232;s indiscutable est pay&#233; du &#171; sacrifice de l'ind&#233;pendance individuelle &#187;, de &#171; l'esclavage r&#233;ciproque sous l'apparence de solidarit&#233; &#187;. L'abandon de l'ind&#233;pendance personnelle n'est ni spontan&#233;, ni conscient. &#171; Personne ne l'aurait consenti. &#187; Pas un homme n'aurait accept&#233; d'&#233;changer le sentiment de la libert&#233; personnelle... contre le collier dor&#233; de la civilisation &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de la division du travail n'a d&#251; remplacer l'isolement individuel que par une s&#233;rie de transformations r&#233;parties sur une p&#233;riode immense. Chaque pas dans cette voie &#233;tait applaudi comme une victoire attendue, d&#233;sir&#233;e, et le changement s'est ainsi op&#233;r&#233; peu &#224; peu, &#224; travers une longue suite de g&#233;n&#233;rations sans froissement de m&#339;urs, d'habitudes, ni m&#234;me de pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la consolidation du principe de la division du travail,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; repose sur l'&#233;change... Or, si le troc en nature suffisait aux temps primitifs, alors que la consommation portait sur un tr&#232;s petit nombre d'objets, tous de n&#233;cessit&#233; absolue, il devenait radicalement impossible entre les milliers de produits d'une industrie perfectionn&#233;e. Un interm&#233;diaire &#233;tait donc indispensable. Les qualit&#233;s sp&#233;ciales des m&#233;taux pr&#233;cieux ont d&#251; les d&#233;signer de bonne heure &#224; l'attention publique. Car l'origine de la monnaie remonte &#224; des &#233;poques inconnues. Ce qui nous touche c'est l'exp&#233;rience acquise que les services rendus par le num&#233;raire ont &#233;t&#233; pay&#233;s bien cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Car] la condition fondamentale de l'&#233;change, c'est l'&#233;quivalence des objets &#233;chang&#233;s ; [c'est la loi m&#234;me de l'&#233;change]. Si cette loi avait &#233;t&#233; observ&#233;e, l'usage de la monnaie e&#251;t &#233;t&#233; f&#233;cond en bienfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Au contraire, cet usage] a enfant&#233; un cruel abus... Il a cr&#233;&#233; l'usure, l'exploitation capitaliste et ses fines sinistres, l'in&#233;galit&#233;, la mis&#232;re .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand naquit la monnaie, d&#233;clare Blanqui, deux proc&#233;d&#233;s s'offraient aux hommes pour l'emploi de ce moyen d'&#233;change : la fraternit&#233;, l'&#233;go&#239;sme. La droiture e&#251;t conduit rapidement &#224; l'association int&#233;grale... Bient&#244;t les exigences d'une industrie plus avanc&#233;e auraient d&#233;termin&#233; la coop&#233;ration des activit&#233;s particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#233;go&#239;stes, les hommes de rapine ont rapidement compris la puissance de l'argent ; ils ont saisi l'importance que pouvait avoir la possession &#171; de cette lampe merveilleuse &#187;. Le &#171; vampirisme &#187; de ces hommes a conduit la soci&#233;t&#233; sur la voie de l'&#233;go&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation du capital s'est op&#233;r&#233;e non par l'association, mais par l'accaparement individuel, aux d&#233;pens de la masse, au profit du petit nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns se trouv&#232;rent possesseurs des instruments de travail et le plus grand nombre fut oblig&#233; de travailler pour eux. Pouvait-il en &#234;tre autrement, &#171; dans les &#226;ges de t&#233;n&#232;bres et de sauvagerie &#187; ? alors que les hommes &#171; ne connaissaient d'autre droit que la force, d'autre morale que le succ&#232;s &#187;. C'est ainsi que s'est &#233;tabli, comme le dit Blanqui, le pouvoir de l'Empereur &#201;cu et que &#171; l'usure est devenue la plaie universelle &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne rencontrons pas, chez Blanqui, une analyse fouill&#233;e du capitalisme. Dans sa conception du capital et de l'exploitation capitaliste, il reste au niveau des utopistes petits-bourgeois de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Pour lui, le capital est synonyme d'usure ; il voit la source du profit capitaliste dans la non-&#233;quivalence de l'&#233;change. Sa critique du capitalisme repose principalement sur un jugement de caract&#232;re moral et rationnel. L'ordre existant ne r&#233;pond pas aux exigences de la justice, de la logique, du bon sens. Or &#171; la justice, d&#233;clare-t-il, est le seul crit&#233;rium vrai applicable aux choses humaines &#187;. Son application conduit in&#233;vitablement au socialisme. L'&#233;conomie politique bourgeoise est indiff&#233;rente &#224; la morale, et &#171; son indiff&#233;rence morale lui &#244;te toute puissance de critique, son scepticisme la frappe d'impuissance &#187; . Blanqui accuse l'&#233;conomie politique bourgeoise de violer le principe de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'&#233;quivalence des objets &#233;chang&#233;s, axiome qu'elle-m&#234;me a pos&#233;, reconnu et proclam&#233;, en justifiant le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est naturel que Blanqui se pla&#231;ant sur des positions petites-bourgeoises, au sujet de la nature de l'exploitation capitaliste, ne soit pas en mesure de comprendre la structure de classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il n'est pas douteux que sa conception petite-bourgeoise de l'exploitation capitaliste est li&#233;e &#224; ce fait qu'il assimile le prol&#233;tariat &#224; tout l'ensemble des groupes sociaux vivant de leur travail sans exploiter le travail d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me th&#233;orie, profond&#233;ment erron&#233;e, concernant l'exploitation capitaliste le conduit &#224; d&#233;former la perspective historique et &#224; m&#234;ler, dans son esprit, les formes diverses de l'exploitation. Pour lui, le pouvoir despotique de l'Empereur &#201;cu a commenc&#233; d&#232;s les temps les plus recul&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avant m&#234;me que le rideau de l'histoire se l&#232;ve, sa majest&#233; l'Empereur &#201;cu gouverne en despote l'Europe, l'Asie et l'Afrique. [Le capital r&#232;gne] sur l'&#201;gypte, la Ph&#233;nicie, la Gr&#232;ce, Carthage. Il tr&#244;ne dans Rome r&#233;publicaine. Les patriciens ... sont des usuriers, ma&#238;tres &#224; la fois par le glaive et par le sesterce.... Tous les grands hommes classiques [de la R&#233;publique romaine] Scipion, Pomp&#233;e, Lucullus, Caton, Brutus, Cassius, etc., [&#233;taient] pr&#234;teurs sur gages, pressureurs impitoyables... Cinq cents ann&#233;es durant, Patriciat et Prol&#233;tariat sont aux prises sur la question politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d&#233;clare Blanqui : &#171; L'histoire romaine n'est qu'un long r&#233;cit de la lutte entre le Capital et le Travail. &#187; Bien que dans cette lutte la d&#233;faite ait r&#233;duit les cr&#233;anciers insolvables &#224; la condition d'esclaves, la situation du prol&#233;tariat &#224; Rome est au fond analogue, suppose Blanqui, &#171; &#224; la situation du travailleur europ&#233;en &#187; ; mais, dans la R&#233;publique romaine, les trois instruments de tyrannie, le sacerdoce, la monnaie et le sabre, sont r&#233;unis dans les m&#234;mes mains...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois jougs que le pl&#233;b&#233;ien subit, le plus lourd est celui du capital. Les deux autres lui servent de gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triomphe de C&#233;sar sur la R&#233;publique a &#233;t&#233; rendu possible par le fait que les masses se sont mises du c&#244;t&#233; de C&#233;sar. Le c&#233;sarisme dut son succ&#232;s &#224; la haine g&#233;n&#233;rale contre la tyrannie des usuriers. Mais les masses n'ont rien gagn&#233; &#224; cette r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sabre n'&#233;tait plus aux mains des usuriers &#187;, mais l'usure dirigeait Rome, comme auparavant. &#171; &#192; ces deux fl&#233;aux, s'en &#233;tait joint un troisi&#232;me, le Christianisme ... ! &#187; &#171; Tous ensemble, ils engloutirent le vieux monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme engendr&#233; par la civilisation antique l'a d&#233;truite. Entre Rome et le monde contemporain se place le r&#232;gne v&#233;ritable du christianisme ; le moyen &#226;ge, &#233;poque de barbarie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, qui s'est &#233;lev&#233;e sur les ruines de Rome,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la noblesse et le clerg&#233; se partagent la puissance. L'homme d'argent est la proie de l'homme de guerre... [Mais le monde] a remont&#233; peu &#224; peu les pentes de la civilisation. Aujourd'hui, le revirement est complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme domine la soci&#233;t&#233;, obs&#233;d&#233; par la cupidit&#233;, la chasse au profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a saisi la port&#233;e de l'association et ce magnifique instrument de progr&#232;s est devenu entre ses mains... [une arme) pour exterminer la petite et moyenne industrie, le moyen et le petit commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Sur les ruines du bourgeois modeste s'&#233;l&#232;ve, plus savante et plus terrible que le vieux patriciat, cette triple f&#233;odalit&#233; financi&#232;re, industrielle et commerciale qui tient sous ses pieds, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; marche &#224; l'ab&#238;me, comme saisie d'une&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;furie aveugle... En vain le cri presque universel r&#233;clame l'&#233;galit&#233;. Chaque jour, la tranch&#233;e se creuse plus profonde entre deux castes uniques, l'opulence et la mis&#232;re. Les situations interm&#233;diaires disparaissent. Toutes les conqu&#234;tes de la science deviennent une arme terrible entre les mains du Capital contre le Travail et la Pens&#233;e .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumant ses consid&#233;rations sur l'histoire, Blanqui en arrive &#224; la g&#233;n&#233;ralisation suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#233;d&#233;s de la tyrannie sont immuables. On les retrouve partout et toujours, debout sur les m&#234;mes assises, l'ignorance et la cr&#233;dulit&#233;... Ainsi se passent les choses depuis les temps historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est convaincu que ce r&#233;gime bas&#233; sur l'exploitation ne peut &#234;tre le destin du genre humain. &#171; Le genre humain est-il vou&#233; &#224; l'exploitation perp&#233;tuelle ? &#187; Nous savons que, pour Blanqui, la lutte contre le &#171; Capital &#187; est le trait essentiel de l'histoire de la soci&#233;t&#233; et cela d&#232;s l'histoire de la R&#233;publique romaine. Tout comme ses ma&#238;tres, les babouvistes, il est enclin &#224; penser que &#171; la lutte des pauvres contre les riches &#187; est le propre de toute soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne l'in&#233;galit&#233;. Mais, d'autre part, il explique non sans quelque contradiction avec cette conception, que &#171; l'Empereur &#201;cu... aujourd'hui pour la premi&#232;re fois, se heurte &#224; la r&#233;volte de ses victimes . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lutte acharn&#233;e existe dans la soci&#233;t&#233; entre deux classes la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Les prol&#233;taires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne peuvent se passer vingt-quatre heures des instruments de travail qui sont au pouvoir des privil&#233;gi&#233;s ; mais conclure qu'il y a entre ces deux classes communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t, c'est un &#233;trange raisonnement... Ce n'est pas l&#224; une communaut&#233;, mais une opposition d'int&#233;r&#234;ts ; il n'existe d'autre rapport que celui de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination des oppresseurs chancelle. Leur classe &#171; est avec C&#233;sar son dernier espoir &#187;, tandis que &#171; le peuple est avec la R&#233;publique &#187;. Les oppresseurs cherchent un soutien dans l'&#201;glise catholique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industriels d'Elbeuf se rangent sous la banni&#232;re de Loyola ; ils vont &#224; la messe tous les dimanches, afin de prier pour la conservation de leurs privil&#232;ges sociaux et de leurs &#233;cus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un c&#244;t&#233;, la violence, l'iniquit&#233;, les t&#233;n&#232;bres ; de l'autre la justice, la fraternit&#233;, les lumi&#232;res &#187;. L'issue de la lutte, selon Blanqui, ne fait aucun doute .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il y ait des gens appartenant par leur naissance &#224; la bourgeoisie qui se soient plac&#233;s dans les rangs du prol&#233;tariat, bien qu'il y ait des prol&#233;taires qui combattent dans les rangs de la bourgeoisie, la lutte se d&#233;roule entre le Profit et le Salaire, entre le Capital et le Travail. Il est naturel, dit Blanqui, que les chefs du mouvement r&#233;volutionnaire sortent de la bourgeoisie. Dans les rangs de la bourgeoisie se trouve une certaine minorit&#233; d'&#233;lite, c&#339;ur et cerveau de la R&#233;volution. Les bourgeois d&#233;class&#233;s activent la fermentation des masses, les conduisent au combat contre la bourgeoisie dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Mais Blanqui raille de fa&#231;on acerbe les gens qui se proclament &#171; d&#233;mocrates &#187; et d&#233;clarent qu'ils n'appartiennent ni au camp de la bourgeoisie ni &#224; celui du prol&#233;tariat. Seuls, ceux qui cherchent &#224; tromper le peuple peuvent se cacher sous des phrases aussi creuses ; ceux &#224; qui sont v&#233;ritablement chers les int&#233;r&#234;ts du peuple doivent, sans r&#233;serve et sans h&#233;sitation, rejoindre son camp et porter ouvertement sa cocarde. Blanqui &#233;voque les hommes d'action de la Montagne de 1793 ; il les id&#233;alise pour les donner en exemple aux d&#233;mocrates de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 10 ao&#251;t, chute de la Monarchie, jusqu'au 1er prairial, derni&#232;re convulsion des faubourgs, le Peuple et la Montagne marchent comme un seul homme, d&#233;clare-t-il, ins&#233;parables dans la victoire et dans la d&#233;faite .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui ne croit pas &#224; la possibilit&#233; de changer les conditions de vie des masses opprim&#233;es par les moyens que proposent les diff&#233;rentes &#233;coles du socialisme utopique. Il reconna&#238;t qu'en posant la question de la transformation sociale elles ont &#233;t&#233; d'une certaine utilit&#233;, car elles ont montr&#233; les d&#233;fauts de l'ordre existant et ont inspir&#233; aux masses l'espoir dans un avenir meilleur, dans le socialisme. Mais aucune de ces &#233;coles socialistes ne peut pr&#233;tendre avoir donn&#233; une recette qui sauverait l'humanit&#233; de tous les maux sociaux. Il appelle les raisonnements des utopistes sur l'avenir de la soci&#233;t&#233;, &#171; une scolastique r&#233;volutionnaire &#187;. Les discussions de ces doctrines n'aboutiraient qu'&#224; un lamentable avortement si le peuple se laissait entra&#238;ner par les utopistes, s'il &#171; n&#233;gligeait le seul &#233;l&#233;ment pratique de succ&#232;s : la force &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; future ne saurait &#234;tre la cr&#233;ation de l'esprit de tel ou tel penseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme [de l'avenir] n'est pas une utopie. Il est le d&#233;veloppement normal de tout un processus historique et n'a aucune parent&#233; avec les trois ou quatre syst&#232;mes sortis tout &#233;quip&#233;s de cervelles fantaisistes... Le communisme est une r&#233;sultante g&#233;n&#233;rale, et non point un &#339;uf pondu et couv&#233; dans un coin de l'esp&#232;ce humaine par un oiseau &#224; deux pieds, sans plumes ni ailes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;veries utopiques sur l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, sans renverser l'ancien r&#233;gime, paraissent &#224; Blanqui absolument irr&#233;alisables. D&#232;s que les gouvernements remarquent le danger, ils brisent sans difficult&#233; toutes les tentatives faites pour la r&#233;alisation de ces plans utopiques. Blanqui consid&#232;re aussi que tous les essais pour am&#233;liorer la condition des travailleurs par la &#171; coop&#233;ration &#187; n'ont aucune valeur s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement coop&#233;ratif, c'est, dit-il, un &#171; pi&#232;ge pour les prol&#233;taires &#187;, un moyen de les attirer insensiblement dans le camp de l'ennemi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations coop&#233;ratives, accessibles seulement &#224; la couche sup&#233;rieure du prol&#233;tariat, introduisent une stratification dans la classe ouvri&#232;re. Elles d&#233;tournent des masses les hommes qui seraient les plus aptes &#224; devenir leurs chefs ; elles font de ceux-ci une caste semi-bourgeoise conservatrice. Au mouvement coop&#233;ratif, Blanqui oppose le mouvement gr&#233;viste, instrument naturel et par surcro&#238;t instrument de masse dans la lutte du Travail contre le Capital .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve, malgr&#233; les inconv&#233;nients, est le moyen naturel &#224; la port&#233;e de tous, auquel tous participent... La seule arme vraiment populaire dans la lutte contre le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle n'est qu'un moyen temporaire de d&#233;fense contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuy&#233;s provisoirement sur la gr&#232;ve comme moyen d&#233;fensif contre l'oppression du Capital, les masses populaires doivent concentrer tous leurs efforts vers les changements politiques, reconnus seuls capables d'op&#233;rer une transformation sociale ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, dit Blanqui, est le gendarme des riches contre les pauvres. Il faut donc fabriquer un autre &#201;tat qui soit la gendarmerie des pauvres contre les riches. Ne vous y trompez pas : le socialisme, c'est la R&#233;volution ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution que pr&#233;voit Blanqui, et vers laquelle il s'oriente, aura pour t&#226;che imm&#233;diate le renversement du pouvoir du Capital et, pour but final, l'instauration du r&#233;gime communiste, l'&#233;limination compl&#232;te de toute exploitation. Mais les conceptions de Blanqui sur les forces motrices de la r&#233;volution et sur les voies d'&#233;dification du communisme demeurent enti&#232;rement utopiques. Son impr&#233;cise compr&#233;hension de la structure de classe de la soci&#233;t&#233; ne peut pas ne pas se refl&#233;ter n&#233;gativement sur cette partie de ses opinions. En consid&#233;rant le prol&#233;tariat comme dissous dans la masse g&#233;n&#233;rale du peuple, dans l'ensemble des &#171; pauvres &#187;, il n'a pu d&#233;terminer correctement la place historique de la lutte de classe du prol&#233;tariat dans le processus qui pr&#233;pare la r&#233;volution sociale, et dans le mouvement m&#234;me de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanquisme, a &#233;crit L&#233;nine, attend la lib&#233;ration de l'humanit&#233; de l'esclavage salari&#233; non pas par la lutte de classe du prol&#233;tariat, mais par la conjuration d'une petite minorit&#233; d'intellectuels .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons d&#233;j&#224; que Blanqui se repr&#233;sentait la r&#233;volution comme une insurrection arm&#233;e, r&#233;alis&#233;e par des conspirateurs bien organis&#233;s. Organisation, ordre, discipline, voil&#224; le principal, voil&#224; ce qui est n&#233;cessaire, d'apr&#232;s lui, pour le succ&#232;s de l'insurrection. Il accordait une grande attention &#224; la pr&#233;paration technique de l'insurrection, et il a r&#233;dig&#233; &#224; ce sujet une instruction particuli&#232;rement minutieuse. Il supposait que la r&#233;volution &#224; venir serait une insurrection d&#233;clench&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, et qu'elle parach&#232;verait la lutte s&#233;culaire des pauvres et des riches, du &#171; Travail et du Capital &#187;. Il comptait sur les ouvriers parisiens pour entreprendre l'insurrection. Pendant la r&#233;volution de 1848, l'organisation qu'il dirigeait d&#233;fendit &#233;nergiquement la cause du prol&#233;tariat et, en ce sens, elle fut &#171; un parti prol&#233;taire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'activit&#233; r&#233;volutionnaire de Blanqui, qui atteignit son apog&#233;e en 1848, n'&#233;tait pas &#233;clair&#233;e par une th&#233;orie r&#233;volutionnaire. Il n'a pas su appr&#233;cier l'importance de ce facteur r&#233;volutionnaire : la conscience de classe grandissante du prol&#233;tariat, la croissance de sa capacit&#233; d'organisation. Il n'a pas su comprendre que, pour r&#233;aliser la r&#233;volution sociale, il faut &#171; un parti ouvrier s'appuyant sur le mouvement ouvrier, un parti de classe &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il se repr&#233;sentait mal la liaison entre le groupe disciplin&#233; des r&#233;volutionnaires et les masses. Il ne comprenait pas la n&#233;cessit&#233; d'un lien direct et vivant entre l'organisation r&#233;volutionnaire et la lutte concr&#232;te de classe men&#233;e par le prol&#233;tariat. Il n'accordait pas une attention &#224; la lutte pour les besoins mat&#233;riels des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui prend une attitude critique &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;e traditionnelle et fortement enracin&#233;e : apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution, &#233;lection d'une assembl&#233;e constituante. Il accable de sarcasmes le parlementarisme bourgeois ; il d&#233;masque la cupidit&#233;, la v&#233;nalit&#233;, l'indiff&#233;rence pour les int&#233;r&#234;ts du peuple qui caract&#233;risent les soi-disant &#171; repr&#233;sentants du peuple &#187;, dans les parlements bourgeois. Il n'accorde pas non plus une grande importance au suffrage universel comme sauvegarde des int&#233;r&#234;ts du peuple. En effet, le degr&#233; de conscience du peuple &#233;tant insuffisant, le peuple lui-m&#234;me souffrant d'un manque d'organisation, la pr&#233;sence et la puissance des moyens d'action spirituels et mat&#233;riels plac&#233;s entre les mains de la classe dirigeante font que les r&#233;sultats du suffrage universel ne sauraient &#234;tre que tr&#232;s douteux. Pendant des dizaines d'ann&#233;es, le peuple n'a entendu qu'un son de cloche ; pour juger sainement, il faut qu'il ait le temps d'entendre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tribunal aveugle qui a &#233;cout&#233; soixante-dix ans une seule des deux parties. Il se doit &#224; lui-m&#234;me d'&#233;couter soixante-dix ans la partie adverse .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour assurer le triomphe de la r&#233;volution, pour accomplir les transformations indispensables, ce ne sont ni des &#233;lections, ni une assembl&#233;e constituante qui paraissent n&#233;cessaires ; mais c'est, pense Blanqui, une dictature r&#233;volutionnaire. Comme nous l'avons dit, la dictature, dans son id&#233;e, n'est pas une dictature de classe. Pour la d&#233;finir, il parle de &#171; dictature parisienne &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de Paris, affirme-t-il, est le gouvernement du pays par le pays... c'est une v&#233;ritable repr&#233;sentation nationale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris est le cerveau de la France ; le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de la capitale indique sa capacit&#233; de diriger la France. Cependant, il est &#233;vident que Blanqui, lorsqu'il parle de &#171; dictature parisienne &#187;, a en vue la dictature de l'organisation r&#233;volutionnaire appuy&#233;e sur une partie d&#233;termin&#233;e de la population parisienne. La premi&#232;re t&#226;che du gouvernement r&#233;volutionnaire, et dont l'accomplissement s'impose pour assurer les r&#233;sultats de la r&#233;volution, pour garantir les int&#233;r&#234;ts du peuple, c'est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le d&#233;sarmement des gardes bourgeoises, et l'armement et l'organisation des milices nationales de tous les ouvriers (Blanqui dit parfois : les ouvriers et les populations r&#233;publicaines)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la garde nationale bourgeoise doit &#234;tre licenci&#233;e et, &#224; sa place, doit &#234;tre cr&#233;&#233;e une milice nationale form&#233;e d'ouvriers. En premier lieu, Blanqui pense aux ouvriers parisiens, comme &#224; la partie la plus &#233;duqu&#233;e des travailleurs. Mais, plus tard, il r&#234;vera de la &#171; parisiennisation &#187; de toute la France, qui assurera d&#233;finitivement le triomphe de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'armement, l'organisation, d&#233;clare-t-il, voil&#224; les instruments d&#233;cisifs de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec l'oppression et la mis&#232;re. Qui a du fer a du pain. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme. Devant les prol&#233;taires appuy&#233;s sur leurs fusils, obstacles, r&#233;sistance, impossibilit&#233;, tout s'&#233;vanouit .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir r&#233;volutionnaire doit porter des coups d&#233;cisifs au syst&#232;me actuel du gouvernement et de la justice, au syst&#232;me qui sert &#224; renforcer et &#224; d&#233;fendre le pouvoir des riches sur les pauvres. L'arm&#233;e existante doit &#234;tre dissoute et, &#224; sa place, on proc&#233;dera &#224; la &#171; formation d'une arm&#233;e nationale s&#233;dentaire &#187;. Le pouvoir judiciaire actuel doit &#234;tre supprim&#233; ; les magistrats seront r&#233;voqu&#233;s. Les fonctions judiciaires seront assum&#233;es par des &#171; arbitres au civil, par des jur&#233;s au criminel &#187;. Des mesures doivent &#234;tre &#233;galement prises contre l'&#201;glise, qui sanctifie l'ordre existant par le dogme et l'autorit&#233; spirituelle. Toute &#171; l'arm&#233;e noire &#187; (m&#226;le et femelle) sera &#171; expuls&#233;e &#187;. Seront &#233;galement chass&#233;s les aristocrates ; &#171; les vrais ennemis de la R&#233;publique &#187; doivent &#234;tre d&#233;f&#233;r&#233;s aux tribunaux. Enfin, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, aucune libert&#233; ne sera laiss&#233;e aux ennemis de la R&#233;publique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet expos&#233; sur les moyens de r&#233;aliser les principes communistes est la partie la plus utopique des conceptions de Blanqui sur la r&#233;volution sociale. Il n'envisage pas que le communisme puisse s'&#233;tablir rapidement. &#171; La disposition pr&#233;sente des esprits &#187; ne l'engage pas &#224; l'optimisme mais &#224; la prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe au salut de la r&#233;volution qu'elle sache unir la prudence &#224; l'&#233;nergie. L'attaque contre le principe de la propri&#233;t&#233; serait aussi inutile que dangereuse .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que le principal soutien du syst&#232;me social injuste r&#233;side, selon la conception id&#233;aliste de Blanqui, dans l'ignorance. Au-contraire, le communisme est incompatible avec l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorance et communaut&#233; sont incompatibles. G&#233;n&#233;ralit&#233; de l'instruction sans communisme, et communisme sans g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'instruction, constituent deux impossibilit&#233;s &#233;gales... Entre ces deux choses, instruction et communisme, le lien est si &#233;troit que l'une ne saurait faire sans l'autre, ni un pas en avant, ni un pas en arri&#232;re. Elles ont constamment march&#233; de conserve et de front dans l'humanit&#233; et ne se distanceront jamais d'une ligne jusqu'&#224; la fin de leur commun voyage .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le communisme ne peut entrer dans la vie sans sa compagne indispensable, la culture la plus largement r&#233;pandue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de nombreux obstacles sur la route qui m&#232;ne au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e, la magistrature, le christianisme, l'organisation politique, simples haies. L'ignorance, bastion formidable. Un jour pour la haie ; pour le bastion, vingt ans .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... La communaut&#233; ne peut &#234;tre &#233;tablie que sur l'emplacement du bastion d&#233;truit ; [pour cette raison], il n'y faut pas compter pour le lendemain. La communaut&#233; s'avancera pas &#224; pas, parall&#232;lement &#224; l'instruction, sa compagne et son guide. Elle sera compl&#232;te le jour o&#249;, gr&#226;ce &#224; l'universalit&#233; des lumi&#232;res, pas un seul homme ne pourra &#234;tre la dupe d'un autre. Le communisme na&#238;tra fatalement de l'instruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e et ne peut na&#238;tre que de l&#224; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui esquisse un programme de mesures &#233;conomiques &#224; prendre imm&#233;diatement par le gouvernement r&#233;volutionnaire, au lendemain de la victoire. L'&#201;tat confisquera les biens de l'&#201;glise et des aristocrates chass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;union au domaine de l'&#201;tat de tous les biens meubles et immeubles des &#233;glises, communaut&#233;s et congr&#233;gations des deux sexes, ainsi que de leurs pr&#234;te-noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat &#233;tablira son contr&#244;le sur les grandes entreprises commerciales et industrielles. Des accords seront pass&#233;s avec les chefs des entreprises industrielles et commerciales, accords qui obligeront ceux-ci &#224; maintenir provisoirement le statu quo : en conservant leur personnel et sans changer les salaires. Les chefs d'industrie qui repousseraient ces accords seraient &#171; expuls&#233;s &#187; du territoire et on substituerait une &#171; r&#233;gie &#224; tout patron expuls&#233; pour cause de refus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#233;videmment l&#224;, en premier lieu, d'une mesure de d&#233;fense contre les r&#233;actions possibles de la bourgeoisie (&#171; le coup de Jarnac du Capital &#187; dans le domaine &#233;conomique). Toutefois cette mesure peut contribuer &#224; faire passer ult&#233;rieurement les grandes entreprises priv&#233;es dans le domaine de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes les autres questions &#233;conomiques, y compris les questions des associations ouvri&#232;res et du cr&#233;dit, Blanqui se borne &#224; indiquer la n&#233;cessit&#233; de &#171; convoquer des assembl&#233;es comp&#233;tentes qui en discuteront &#187;. Mais, pour que les principes de l'association puissent v&#233;ritablement entrer dans la vie, il est indispensable que les bienfaits de l'association soient compr&#233;hensibles aux larges masses. Par leur politique, les gouvernements, jusqu'&#224; notre &#233;poque, ont fait obstacle &#224; cela ; car ils cherchent &#224; maintenir le peuple dans l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les bienfaits manifestes de l'association ne tarderont pas &#224; &#233;clater aux yeux de tout le prol&#233;tariat de l'industrie, d&#232;s que le pouvoir travaillera &#224; la diffusion des lumi&#232;res ; et le ralliement peut s'accomplir avec une extr&#234;me rapidit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que Blanqui fait ici des ouvriers de l'industrie une cat&#233;gorie sp&#233;ciale, plus r&#233;ceptive aux id&#233;es d'association. Il consid&#232;re qu'il sera plus difficile d'attirer &#224; l'association la paysannerie qui est beaucoup plus ignorante et qui est fortement attach&#233;e &#224; son lopin de terre. Il recommande de consid&#233;rer avec circonspection, avec une grande prudence, les int&#233;r&#234;ts et les dispositions de la paysannerie, que les mots de &#171; partage &#187; et de &#171; communaut&#233; &#187; effrayent encore. Il comprend l'importance de la paysannerie pour le succ&#232;s de la cause de la r&#233;volution. Il faut expliquer aux paysans que la r&#233;volution ne portera pas atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; petite et moyenne, que les arr&#234;ts du pouvoir r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;respecteront les petits et moyens propri&#233;taires, et il faut d&#233;clarer nettement que nul ne pourra &#234;tre forc&#233; de s'adjoindre avec son champ &#224; une association quelconque, et que, s'il y entre, ce sera toujours de sa pleine et libre volont&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, les conceptions de Blanqui sur la p&#233;riode transitoire conduisant du r&#233;gime actuel au communisme ou &#224; &#171; l'association int&#233;grale &#187; restent tr&#232;s na&#239;ves et tr&#232;s vagues. On d&#233;couvre chez lui des positions qui t&#233;moignent de sa capacit&#233; d'appr&#233;cier sainement les rapports r&#233;els de forces, pendant la p&#233;riode de lutte directe pour l'&#233;dification du communisme (sabotage possible des chefs d'entreprise, dispositions d'esprit de la paysannerie). Mais ces positions se noient dans des consid&#233;rations sur l'instruction, consid&#233;r&#233;e comme la condition pr&#233;alable essentielle &#224; la transformation sociale, tenue pour la force qui conduit automatiquement au triomphe du communisme. Engels a tr&#232;s justement indiqu&#233; que, chez Blanqui, il n'y avait pas au fond &#171; de propositions pratiques d&#233;termin&#233;es de r&#233;organisation sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consid&#232;re que toutes les tentatives pour repr&#233;senter l'avenir du r&#233;gime communiste sont incertaines et inutiles. Il se moque des adversaires du communisme qui exigent aussit&#244;t qu'on leur dise qui, en r&#233;gime communiste, &#171; videra le pot de chambre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il expose ainsi ses vues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous d'aujourd'hui. Demain ne nous appartient pas, ne nous regarde pas. Notre seul devoir est de lui pr&#233;parer de bons mat&#233;riaux pour son travail d'organisation. Le reste n'est plus de notre comp&#233;tence .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il essaie de fonder en th&#233;orie son refus de discuter les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; future. Il affirme que l'ordre existant est comme une barri&#232;re qui nous cache l'avenir, que son influence couvre l'avenir d'une brume imp&#233;n&#233;trable. Tant que le moment de la mort et de la renaissance de la soci&#233;t&#233; n'est pas venu, les vues que l'on peut avoir sur l'avenir ne sont que des obscurit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine des pressentiments, des &#233;chapp&#233;es de vue, un coup d'&#339;il fugitif et vague sont-ils possibles au plus clairvoyant. La R&#233;volution seule, en d&#233;blayant le terrain, &#233;claircira l'horizon, l&#232;vera peu &#224; peu les voiles, ouvrira les routes ou plut&#244;t les sentiers multiples qui conduisent vers l'ordre nouveau .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la mort du vieux monde lib&#233;rera les &#233;l&#233;ments dont la combinaison devra organiser l'ordre nouveau. Aucun effort de pens&#233;e ne pourrait anticiper sur cette lib&#233;ration qui ne peut se r&#233;aliser qu'&#224; un moment d&#233;termin&#233;. Pour cette raison, selon Blanqui, la question sociale ne pourra faire l'objet d'un examen s&#233;rieux, qu'&#224; partir du moment o&#249; la question politique aura &#233;t&#233; pleinement r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui garde une attitude ironique &#224; l'&#233;gard des discussions entre les diverses &#233;coles socialistes sur l'avenir de la soci&#233;t&#233;. Elles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se disputent avec acharnement au bord d'un fleuve pour d&#233;cider si l'autre rive est un champ de mais ou un champ de bl&#233;. Elles s'ent&#234;tent &#224; r&#233;soudre la question avant de franchir l'obstacle. Eh ! passons d'abord ! Nous verrons l&#224;-bas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne poss&#233;dant pas la th&#233;orie scientifique du socialisme, Blanqui, au cours de sa longue vie politique, a commis certaines erreurs th&#233;oriques et pratiques. Ses d&#233;fauts et ses erreurs ont &#233;t&#233; conditionn&#233;s, en premier lieu, par les rapports sociaux de l'&#233;poque o&#249; se sont form&#233;es ses opinions : le niveau relativement bas de l'industrie, le degr&#233; relativement faible de la conscience de classe du prol&#233;tariat fran&#231;ais au cours de la monarchie de Juillet. Il convient &#233;videmment de ne pas l'oublier. Mais, d'autre part, on ne doit pas oublier que la fid&#233;lit&#233; de Blanqui &#224; la cause du communisme et son ardent temp&#233;rament r&#233;volutionnaire lui ont permis, sous beaucoup de rapports, de s'&#233;lever bien plus haut que ne l'ont fait les autres th&#233;oriciens et hommes d'action de son &#233;poque. C'est pr&#233;cis&#233;ment autour de son drapeau que se r&#233;unissaient les &#233;l&#233;ments d'avant-garde de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, au nom de la lutte pour le communisme. Marx, en 1848, a appel&#233; son parti &#171; le parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#187;. Et, de nombreuses ann&#233;es apr&#232;s, Engels l'a consid&#233;r&#233; comme &#171; le seul homme capable d'&#234;tre &#224; la t&#234;te du mouvement r&#233;volutionnaire en France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis-Auguste Blanqui naquit le 1er f&#233;vrier 1805 dans la petite ville de Puget-Th&#233;niers (Alpes-Maritimes), &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de Nice. Son p&#232;re, Dominique Blanqui, avait &#233;t&#233; membre de la Convention et Girondin. Il approuva le coup d'&#201;tat de Bonaparte et en 1800 fut nomm&#233; sous-pr&#233;fet &#224; Puget-Th&#233;niers. La m&#232;re de Louis-Auguste, Sophie Brionville, originaire de Picardie, se distinguait par sa grande beaut&#233; et par ses hautes qualit&#233;s morales. Blanqui tint d'elle son caract&#232;re r&#233;solu et intransigeant. Jusqu'&#224; sa mort, la m&#232;re de Blanqui t&#233;moigna d'un grand amour pour son fils. &#192; soixante ans, elle contribua activement &#224; pr&#233;parer l'&#233;vasion de Blanqui et de ses camarades de la prison du mont Saint-Michel ; &#224; soixante-quinze ans encore, elle l'aidait une nouvelle fois &#224; organiser sa fuite et celle de son ami Cazavan du p&#233;nitencier de Belle-&#206;le. Le fr&#232;re a&#238;n&#233; d'Auguste, l'&#233;conomiste bien connu, Adolphe Blanqui, fut tr&#232;s li&#233; avec lui pendant sa jeunesse ; il partageait alors ses id&#233;es politiques. Mais il ne tarda pas &#224; se d&#233;tacher de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui resta au contraire en excellents termes avec ses s&#339;urs, Mmes Antoine et Barrellier, qui jou&#232;rent un r&#244;le important dans sa vie. Toutes les deux voyaient avec sympathie son activit&#233; r&#233;volutionnaire, se montraient pleines d'attention pour lui au long de ses tribulations, prenaient soin de lui quand il &#233;tait en prison, l'aidaient moralement et mat&#233;riellement, le cachaient, lorsqu'il vivait &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge de treize ans, Blanqui partit pour Paris o&#249; il devait rejoindre son fr&#232;re a&#238;n&#233; Adolphe qui &#233;tait &#224; cette &#233;poque professeur &#224; l'institution Massin . Pendant six ans &#8211; de 1818 &#224; 1824 &#8211; le jeune Blanqui fit ses &#233;tudes, d'abord &#224; l'institution Massin, puis au lyc&#233;e Charlemagne. Il s'adonnait au travail avec passion et avec une assiduit&#233; extraordinaire et surprenait son entourage par ses aptitudes. Son fr&#232;re Adolphe &#233;crit dans une lettre &#224; son p&#232;re : &#171; Cet enfant &#233;tonnera le monde ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui termina brillamment ses &#233;tudes au lyc&#233;e &#224; dix-neuf ans. Il devint alors r&#233;p&#233;titeur, d'abord dans la famille du g&#233;n&#233;ral Compans, puis au bout de deux ans &#224; l'institution Massin. En 1824, il entra dans la soci&#233;t&#233; secr&#232;te des Carbonari. En 1827, il prit part &#224; toutes les manifestations d'&#233;tudiants et fut bless&#233; trois fois, deux fois par des coups de sabre, puis le 19 novembre par une balle sur la barricade de la rue aux Ours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passa l'ann&#233;e 1828 et une partie de l'ann&#233;e 1829 &#224; voyager dans le Midi. Il visita l'Italie, l'Espagne, et en ao&#251;t 1829, regagna Paris. Il y travailla quelques mois comme st&#233;nographe au journal Le Globe. Au cours de cette p&#233;riode, il se familiarisa avec les doctrines de Saint-Simon et de Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1830, quand s'&#233;lev&#232;rent les premi&#232;res protestations contre les ordonnances de Charles X, Blanqui quitta la r&#233;daction du Globe et se h&#226;ta, selon ses propres termes, de &#171; prendre le fusil et d'arborer la cocarde tricolore &#187;. Au cours des journ&#233;es r&#233;volutionnaires, il se rangea aux c&#244;t&#233;s du peuple parisien contre les troupes de Charles X. Enivr&#233; par la lutte, il &#233;tait persuad&#233; que le peuple serait victorieux et que c'en &#233;tait fini &#224; tout jamais de la monarchie et du joug qu'elle faisait peser. Il fut d&#233;&#231;u par l'issue de la r&#233;volution : la monarchie ressuscita sous une nouvelle forme Charles X fut remplac&#233; sur le tr&#244;ne par le &#171; roi-bourgeois &#187; Louis-Philippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s la R&#233;volution, Blanqui donna son adh&#233;sion &#224; la Soci&#233;t&#233; des Amis du peuple, dirig&#233;e par Godefroy Cavaignac. Cette soci&#233;t&#233; propageait activement les id&#233;es r&#233;publicaines. Blanqui prit souvent la parole &#224; ses r&#233;unions. Par hasard, Henri Heine entendit son discours du 2 f&#233;vrier 1832 qu'il qualifie de &#171; discours plein de s&#232;ve, de droiture et de col&#232;re &#187; &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie. Ce discours fut prononc&#233; en pr&#233;sence de mille cinq cents personnes, dans une atmosph&#232;re qui rappelait celle de 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1831, Blanqui, qui prenait une part active aux manifestations d'&#233;tudiants, fut arr&#234;t&#233; par la police et enferm&#233; &#224; la Force, d'o&#249; il sortit au bout de trois semaines. La Force fut la premi&#232;re des nombreuses prisons dans lesquelles Blanqui passa la moiti&#233; de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1832, Casimir P&#233;rier, ministre de l'Int&#233;rieur du gouvernement de Louis-Philippe, qui voulait dissoudre la Soci&#233;t&#233; des Amis du peuple et arr&#234;ter ses dirigeants, obtint la mise en jugement de la soci&#233;t&#233; sous l'inculpation de violation des lois sur la presse et de complot contre la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat. En janvier 1832, Blanqui, Raspail, Thouret, Huber et d'autres furent arr&#234;t&#233;s. Ce fut le fameux Proc&#232;s des Quinze qui eut lieu du 10 au 12 janvier devant la Cour d'assises de la Seine. La cour d'assises acquitta les accus&#233;s, mais la d&#233;fense que pronon&#231;a Blanqui lui valut d'&#234;tre inculp&#233; par le procureur d'atteinte &#224; la tranquillit&#233; publique. Blanqui fut condamn&#233; &#224; un an de prison et 200 francs d'amende. Il subit sa peine d'abord &#224; la prison de Versailles, puis &#224; celle de Sainte-P&#233;lagie &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant les &#233;preuves subies ne firent que fortifier Blanqui. &#192; sa sortie de prison, il se mit avec une &#233;nergie accrue &#224; r&#233;pandre les id&#233;es r&#233;volutionnaires. Parall&#232;lement, il &#233;largissait et approfondissait ses connaissances en mati&#232;re sociale et politique. Au cours de cette p&#233;riode, Blanqui subit l'influence de Buonarroti, l'ami de Babeuf, qui transmettait et diffusait la tradition glorieuse des &#171; &#201;gaux &#187;. Blanqui fut &#233;galement influenc&#233; dans une certaine mesure par Raspail, savant et r&#233;volutionnaire. Les premi&#232;res ann&#233;es de la monarchie de Juillet &#233;taient pleines de mouvements importants. Les troubles parisiens en septembre 1831, le soul&#232;vement des ouvriers lyonnais en novembre 1831, l'insurrection r&#233;publicaine de Paris en juin 1832, la deuxi&#232;me insurrection des ouvriers lyonnais en avril 1834 et ses r&#233;percussions sur les autres villes fran&#231;aises (les journ&#233;es du 13 et du 14 avril &#224; Paris et leur fin tragique, les massacres de la rue Transnonain), cette suite d'&#233;v&#233;nements historiques ne put que renforcer Blanqui dans ses convictions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1832, Blanqui s'&#233;tait mari&#233; avec Suzanne-Am&#233;lie Serre. Mais une vie familiale heureuse ne le d&#233;tourna pas de l'activit&#233; sociale. En 1835 fut fond&#233;e avec son concours la clandestine Soci&#233;t&#233; des Familles, dont le programme d&#233;finissait non seulement des objectifs politiques, mais aussi des objectifs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la Soci&#233;t&#233; se pr&#233;paraient &#224; l'insurrection et faisaient fabriquer de la poudre au no 113 de la rue de Lourcine. En mars 1836, &#224; la suite d'une d&#233;nonciation, la police d&#233;couvrit l'existence de la Soci&#233;t&#233; des Familles et arr&#234;ta 24 de ses membres, dont Blanqui. Pour sa part de conspiration dans ce qu'on appelle l'affaire des poudres, il fut condamn&#233; &#224; deux ans de r&#233;clusion et &#224; 2 000 francs d'amende. Il fut conduit &#224; la prison de Fontevrault (Maine-et-Loire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 mai 1837, une amnistie fut d&#233;cr&#233;t&#233;e &#224; l'occasion du mariage du duc d'Orl&#233;ans. Blanqui fut lib&#233;r&#233;, mais sa r&#233;clusion fit place &#224; la r&#233;sidence surveill&#233;e dans la r&#233;gion de Pontoise. Avec sa famille, il s'&#233;tablit dans le village de Jancy, sur les rives pittoresques de l'Oise. La p&#233;riode de Jancy fut la plus calme de la vie personnelle de Blanqui. Cependant il r&#233;fl&#233;chissait sans cesse aux &#233;v&#233;nements contemporains et aux moyens d'instaurer le pouvoir populaire. Il &#233;tait persuad&#233; que le facteur essentiel du succ&#232;s &#233;tait l'organisation d'un noyau de conspirateurs solidement unis et disciplin&#233;s. Pour remplacer la Soci&#233;t&#233; des Familles, il fonda en 1837 une nouvelle organisation, la Soci&#233;t&#233; des Saisons, dont les dirigeants &#233;taient Blanqui, Barb&#232;s et Martin-Bernard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1839, Blanqui jugea la conjoncture favorable &#224; l'insurrection. La crise &#233;conomique parvenait &#224; sa phase aigu&#235; ; elle provoquait la mis&#232;re croissante des classes populaires et le ch&#244;mage. Elle se doublait d'une crise politique : la Chambre des d&#233;put&#233;s &#233;tait dissoute ; le pr&#233;sident du Conseil des ministres, Mol&#233;, avait donn&#233; sa d&#233;mission. Louis-Philippe ne r&#233;ussissait pas &#224; former un nouveau cabinet. Le peuple de Paris s'agitait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, Blanqui regagna Paris. Les conspirateurs estimaient que l'heure de l'insurrection arm&#233;e, de la chute de la monarchie et de la constitution d'un gouvernement r&#233;volutionnaire &#233;tait arriv&#233;e. Les armes manquaient, mais on pensait se les procurer dans les arsenaux pendant l'insurrection. Le jour fix&#233;, le 12 mai, les courses hippiques devaient retenir l'attention de la police urbaine et d'une partie de la bourgeoisie, et l'H&#244;tel de Ville serait mal d&#233;fendu. &#192; l'heure dite, plus de 500 r&#233;volutionnaires en armes, concentr&#233;s dans les rues Saint-Denis et Saint-Martin, &#224; un signal de Blanqui, march&#232;rent sur l'H&#244;tel de Ville et l'occup&#232;rent. Mais ils furent cern&#233;s par les troupes royales. Une lutte in&#233;gale, livr&#233;e pendant plus de deux jours, se solda par l'&#233;crasement de l'insurrection. Barb&#232;s, bless&#233;, fut pris ; Blanqui r&#233;ussit &#224; s'&#233;chapper. Mais le 14 octobre, comme il s'appr&#234;tait &#224; prendre la diligence qui devait le mener en Suisse, il fut arr&#234;t&#233;. Au proc&#232;s qui se d&#233;roula au mois de janvier 1840, Blanqui se refusa &#224; toute d&#233;claration. Il fut condamn&#233; &#224; la peine de mort, commu&#233;e, comme celle de Barb&#232;s, en r&#233;clusion &#224; vie. Il fut envoy&#233; au mont Saint-Michel, une des plus sombres prisons de France, immense construction de pierre qui fait corps avec le roc sur lequel elle s'&#233;l&#232;ve, Cet ancien monast&#232;re servait alors de prison depuis la fin du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept mois plus t&#244;t, Barb&#232;s, Martin-Bernard, Delsade et autres avaient &#233;t&#233; conduits au mont Saint-Michel. Le r&#233;gime p&#233;nitentiaire du mont Saint-Michel &#233;tait affreux : cha&#238;nes, coups, supplices, railleries des gardiens, salet&#233;, vermine ; toutes ces causes de souffrance accumul&#233;es conduisaient les uns au suicide, d'autres &#224; la folie. Blanqui ne tarda pas &#224; songer &#224; l'&#233;vasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s avant son d&#233;part pour le mont Saint-Michel, il &#233;tait entendu que sa femme viendrait s'&#233;tablir non loin de la prison, mais une longue maladie avait emp&#234;ch&#233; celle-ci de r&#233;aliser ce projet. Pendant toute une ann&#233;e, Blanqui attendit sa gu&#233;rison. Mais, le 31 janvier 1841, Suzanne-Am&#233;lie mourait &#224; l'&#226;ge de vingt-six ans. Blanqui supporta tr&#232;s mal le choc. Selon ses propres aveux, l'image de sa femme le hanta pendant des ann&#233;es. Le fils de Blanqui re&#231;ut une &#233;ducation religieuse dans sa famille maternelle, qui le dressait contre son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue pr&#233;paration &#224; laquelle prit part la m&#232;re de Blanqui, celui-ci et Barb&#232;s, Martin-Bernard et Huber tent&#232;rent de s'&#233;vader. Cette tentative &#233;choua et le r&#233;gime de la prison se durcit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;testables conditions de la vie de prison menac&#232;rent la sant&#233; de Blanqui qui n'&#233;tait pas solide. En 1844, au bout de quatre ann&#233;es de r&#233;clusion au mont Saint-Michel, Blanqui fut transport&#233; &#224; la prison de Tours, puis plac&#233; sous surveillance &#224; l'h&#244;pital, tandis que ses complices de l'insurrection &#233;taient transf&#233;r&#233;s dans d'autres prisons. Quand une maladie incurable fut diagnostiqu&#233;e, Louis-Philippe le gracia par arr&#234;t du 6 d&#233;cembre 1844. Mais Blanqui refusa cat&#233;goriquement d'accepter sa gr&#226;ce des mains du roi. Il le d&#233;clara ouvertement le 26 d&#233;cembre, dans une lettre violente adress&#233;e au maire de Tours. Il resta &#224; l'h&#244;pital et dut garder le lit pendant vingt mois. Il ne put se lever et reprendre peu &#224; peu son activit&#233; qu'en octobre 1845. &#192; l'h&#244;pital de Tours, il recevait des visites d'ouvriers et d'hommes politiques. Il reprit des contacts avec les milieux r&#233;volutionnaires. Lorsque, en 1846, &#233;clat&#232;rent &#224; Tours des troubles provoqu&#233;s par la crise &#233;conomique, on accusa la soci&#233;t&#233; communiste locale de les avoir foment&#233;s &#224; l'instigation de Blanqui. Il, fut reconduit en prison. Au proc&#232;s, qui eut lieu du 26 au 29 avril &#224; Blois, Blanqui fut acquitt&#233;, faute de preuves, et regagna l'h&#244;pital de Tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de f&#233;vrier 1848 le lib&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 f&#233;vrier il arrivait &#224; Paris. Des membres des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, des partisans, anciens et nouveaux, les jeunes r&#233;volutionnaires, pour qui le nom de Blanqui &#233;tait le symbole de la lutte r&#233;volutionnaire, se press&#232;rent en nombre autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me, Blanqui apprenait que le gouvernement provisoire avait refus&#233; de planter le drapeau rouge &#224; l'H&#244;tel de Ville, malgr&#233; les r&#233;clamations des masses populaires. &#192; cette nouvelle, les membres des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, indign&#233;s, se r&#233;unirent &#224; la salle Prado pour d&#233;cider des moyens de faire pression sur le gouvernement. Ils &#233;taient l&#224;, quelques milliers d'hommes arm&#233;s, pr&#234;ts &#224; marcher sur le gouvernement provisoire. Mais Blanqui, par un discours plein de rigueur et de sang-froid, persuada les assistants de n'en rien faire. Il pr&#233;f&#233;rait attendre les actes ult&#233;rieurs du gouvernement provisoire et &#233;viter le risque d'une contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me soir fut fond&#233; un club qui prit le nom de Soci&#233;t&#233; r&#233;publicaine centrale. La Soci&#233;t&#233; avait pour dirigeants Blanqui et D&#233;zamy. C'est en son sein que, d&#232;s lors, Blanqui exer&#231;a son activit&#233;. Chaque jour il prenait la parole dans la salle du Conservatoire, rue Berg&#232;re, o&#249; elle se r&#233;unissait. Il expliquait aux membres de la soci&#233;t&#233; l'&#233;volution de la situation politique, montrait les nouvelles perspectives, appelait &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers jours de la r&#233;volution, l'activit&#233; de Blanqui ne se rel&#226;cha pas. Partout, dans les faubourgs ouvriers et au sein du club, il recrutait des partisans, il rassemblait des hommes fid&#232;les &#224; la r&#233;volution. Il ne tarda pas &#224; &#234;tre d&#233;&#231;u par la politique du gouvernement provisoire : d&#232;s le 2 mars, il r&#233;clamait de lui des actes d&#233;cisifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui voyait que le peuple n'&#233;tait pas suffisamment pr&#233;par&#233; politiquement pour &#233;lire une Assembl&#233;e constituante et que, si les &#233;lections avaient lieu, le pouvoir passerait in&#233;vitablement aux mains des r&#233;actionnaires. Les 7 et 14 mars, il prenait la parole &#224; la Soci&#233;t&#233; r&#233;publicaine centrale pour demander l'ajournement des &#233;lections fix&#233;es au 9 avril ; le 17 mars, il organisait une manifestation pacifique, mais impressionnante, dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes en France s'aggravait de jour en jour. Blanqui &#233;tait l'un des ennemis les plus dangereux de la bourgeoisie, qui s'en rendait parfaitement compte. La contre-r&#233;volution ne recula devant rien pour d&#233;tacher les masses ouvri&#232;res de lui. Elle d&#233;clencha une campagne, dont la manifestation la plus odieuse fut le document Taschereau, pamphlet diffamatoire fabriqu&#233; par la police. Voici en bref ce dont il s'agissait. Taschereau, journaliste d&#233;nu&#233; de principes, qui avait servi les r&#233;gimes les plus divers avec un d&#233;vouement &#233;gal, publia, sous l'inspiration du gouvernement, dans le num&#233;ro du 31 mars 1848 de La Revue r&#233;trospective, un document intitul&#233; &#171; D&#233;clarations faites par xxx devant le ministre de l'Int&#233;rieur sur l'affaire du 12 mai 1839 &#187;. D'apr&#232;s ce document, ces d&#233;positions avaient &#233;t&#233; faites les 22, 23 et 24 octobre 1839 au moment o&#249; Blanqui avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; la suite de l'affaire du 12 mai. Le contenu et l'aspect de ces d&#233;positions laissaient supposer que Blanqui avait trahi le secret de la Soci&#233;t&#233; des Familles et de la Soci&#233;t&#233; des Saisons, et qu'il en avait livr&#233; les principaux chefs. Enfin, il &#233;tait fait mention des &#233;v&#233;nements qui avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la manifestation du 12 mai. Le document n'&#233;tait pas sign&#233; et portait toutes les marques du faux fabriqu&#233; d'apr&#232;s les d&#233;positions de policiers qui avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. La publication de ce document avait pour but manifeste de ruiner, &#224; coups de calomnies, l'autorit&#233; et l'influence de Blanqui. Le 14 avril, Blanqui fit para&#238;tre la &#171; R&#233;ponse du citoyen Auguste Blanqui &#187; contresign&#233;e par 50 de ses amis. Dans cette r&#233;ponse, Blanqui fl&#233;trissait la turpitude des auteurs du document et d&#233;montrait que ces calomnies &#233;taient absurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est moi, triste d&#233;bris, qui tra&#238;ne par les rues un corps meurtri sous des habits r&#226;p&#233;s, c'est moi qu'on foudroie du nom de vendu ! tandis que les valets de Louis-Philippe, m&#233;tamorphos&#233;s en brillants papillons r&#233;publicains, voltigent sur les tapis de l'H&#244;tel de Ville... R&#233;acteurs de l'H&#244;tel de Ville, vous &#234;tes des l&#226;ches !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 400 anciens prisonniers politiques sign&#232;rent une protestation contre l'accusation dont Blanqui &#233;tait victime. Cette protestation fut publi&#233;e dans La Gazette des tribunaux du 14 avril et dans Le National du 15 avril. Parmi ceux qui avaient pris position pour Blanqui, il y avait D&#233;zamy. Mais un de ses anciens camarades de combat, Armand Barb&#232;s, s'&#233;tait rang&#233; aux c&#244;t&#233;s des calomniateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup fut douloureux, et cependant Blanqui ne suspendit pas un seul jour son activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 avril, il se rendit au Champ-de-Mars o&#249; des ouvriers s'&#233;taient rassembl&#233;s pour &#233;lire les officiers d'&#233;tat-major de la Garde nationale. De l&#224;, ils se dirig&#232;rent vers l'H&#244;tel de Ville pour remettre au gouvernement une p&#233;tition demandant l'&#171; organisation du travail et l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme &#187;. Mais ils se heurt&#232;rent &#224; la r&#233;sistance des gardes nationaux, mobilis&#233;s sous le pr&#233;texte de faire &#233;chec &#224; la &#171; conspiration communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante firent honneur &#224; la perspicacit&#233; et &#224; la clairvoyance de Blanqui qui avait r&#233;clam&#233; leur ajournement. Dans plusieurs villes, des barricades s'&#233;lev&#232;rent le jour des &#233;lections. Le choc entre la bourgeoisie et les ouvriers fut particuli&#232;rement rude &#224; Rouen, les 27 et 28 avril, o&#249; les ouvriers furent v&#233;ritablement massacr&#233;s ; ce fut une nouvelle &#171; Saint-Barth&#233;lemy &#187;. Dans une proclamation consacr&#233;e &#224; cet &#233;v&#233;nement, Blanqui d&#233;non&#231;ait la responsabilit&#233; du gouvernement : &#171; Est-ce trahison ou l&#226;chet&#233; ? &#187; demandait-il. &#171; Le sang du peuple r&#233;pandu ne doit, ne peut rester sans vengeance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante se r&#233;unit pour la premi&#232;re fois le 4 mai. Elle l&#233;gitima la r&#233;publique bourgeoise en France. Il n'y eut pas de place au sein du nouveau gouvernement pour les repr&#233;sentants ouvriers. Les masses populaires parisiennes &#233;taient profond&#233;ment d&#233;&#231;ues. Leur m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard des premi&#232;res mesures gouvernementales se manifesta par la d&#233;monstration du 15 mai. Les ouvriers, voulant faire pression sur le gouvernement provisoire, envahirent la salle o&#249; se trouvait l'Assembl&#233;e constituante. Ils demandaient que l'on porte secours imm&#233;diatement aux Polonais insurg&#233;s. Blanqui prit la parole &#224; l'Assembl&#233;e ; mais il n'avait pas &#233;t&#233; l'instigateur de la manifestation ; bien au contraire, pensant qu'elle &#233;chouerait, il avait essay&#233; d'en d&#233;tourner les membres de son club. &#192; l'Assembl&#233;e, Blanqui r&#233;clame une assistance prompte aux Polonais, une enqu&#234;te sur les &#233;v&#233;nements de Rouen et le jugement des coupables, du travail pour tous les ch&#244;meurs et l'am&#233;lioration de la condition des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante d&#233;clar&#233;e dissoute, les manifestants march&#232;rent sur l'H&#244;tel de Ville o&#249; un nouveau gouvernement fut constitu&#233;, compos&#233; de Barb&#232;s, Raspail, Albert, Ledru-Rollin, Louis Blanc etc. Blanqui n'en fit pas partie. Mais, tr&#232;s vite, l'H&#244;tel de Ville fut occup&#233; par l'arm&#233;e. Elle dispersa le peuple, arr&#234;ta Barb&#232;s et Albert. Blanqui r&#233;ussit &#224; se cacher pendant onze jours, mais il fut arr&#234;t&#233; le 26 mai et enferm&#233; au ch&#226;teau de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles des journ&#233;es de juin, baign&#233;es dans le sang du peuple parisien, parvenaient &#224; Blanqui qui souffrait de son impuissance et de son inaction. Ce ne fut que le 7 mars 1849, neuf mois apr&#232;s l'arrestation de Blanqui, que la Haute Cour d&#233;lib&#233;ra sur l'affaire du 15 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s eut lieu &#224; Bourges. &#192; cette &#233;poque, Blanqui avait quarante-quatre ans. P&#226;le, &#233;puis&#233;, les cheveux tout blancs, il avait l'air d'un vieillard. Mais ni les prisons ni les privations n'avaient &#233;branl&#233; sa force d'esprit. Comme en 1832, au proc&#232;s des Quinze, Blanqui fut son propre d&#233;fenseur. Il disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debout sur la br&#232;che pour d&#233;fendre la cause du peuple, les coups que j'ai re&#231;us ne m'ont jamais atteint en face... Le temps a trop prouv&#233; que les traits lanc&#233;s contre moi, de n'importe quelle main, sont tous all&#233;s au travers de mon corps frapper la R&#233;volution. C'est ma justification et mon honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la derni&#232;re s&#233;ance de la Cour eut lieu une sc&#232;ne p&#233;nible : la confrontation de Blanqui et de Barb&#232;s qui parla de nouveau du document Taschereau. Dans sa r&#233;ponse, Blanqui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antiquit&#233; avait attribu&#233; &#224; Hercule tous les faits des temps h&#233;ro&#239;ques : la r&#233;action personnifie en moi tous les crimes et toutes les atrocit&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On accusa Blanqui d'avoir voulu dissoudre de force l'Assembl&#233;e constituante. Blanqui r&#233;pondit malicieusement qu'avec son exp&#233;rience de conspirateur et d'organisateur d'insurrections il aurait agi tout autrement que les manifestants du 15 mai. Et il d&#233;veloppa avec feu le plan possible d'une dissolution de l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 avril 1849, Blanqui fut condamn&#233; &#224; dix ans de prison. Il fut conduit &#224; la prison de Doullens (Somme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui resta dix-neuf mois &#224; Doullens. &#192; son habitude, il y lut et &#233;crivit beaucoup. Le 20 octobre 1850, il fut emmen&#233; avec d'autres prisonniers politiques &#224; Belle-&#206;le-en-Mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait alors pr&#232;s de 250 prisonniers politiques &#224; Belle-&#206;le. Le r&#233;gime p&#233;nitentiaire n'&#233;tait pas tr&#232;s rigoureux. Les prisonniers pouvaient se rencontrer &#224; certaines heures de la journ&#233;e, converser, prendre leur repas ensemble, etc. Les discussions politiques et philosophiques devenaient facilement passionn&#233;es. Presque aussit&#244;t deux partis se form&#232;rent, opposant les partisans de Blanqui &#224; ceux de Barb&#232;s. Au d&#233;but, les blanquistes &#233;taient rares. Barb&#232;s, par contre, &#233;tait entour&#233; de gens qui &#233;taient hostiles &#224; Blanqui et le pers&#233;cutaient. Il y eut m&#234;me un moment o&#249; Blanqui craignit pour sa vie. Il proposa &#224; Barb&#232;s un arbitrage, mais en vain. Peu &#224; peu, Blanqui s'attacha une grande partie des prisonniers, surtout les ouvriers. Plusieurs d'entre eux venaient &#233;couter ses cours d'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1851, &#224; l'occasion du troisi&#232;me anniversaire de la r&#233;volution de F&#233;vrier, Blanqui &#233;crivit le c&#233;l&#232;bre toast, adress&#233; aux &#233;migr&#233;s de Londres sous le titre d' &#171; Avis au peuple &#187;. Blanqui d&#233;non&#231;ait la trahison de Louis Blanc, de Ledru-Rollin et des autres &#171; socialistes &#187; de 48. Marx, qui &#224; cette &#233;poque vivait &#224; Londres, envoya la traduction de ce texte aux communistes allemands. Pour lui, l' &#171; Avis au peuple &#187;, faisait le bilan de la lutte de classes qui venait de se livrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Belle-&#206;le, Blanqui lisait beaucoup, approfondissait ses connaissances en philosophie, en &#233;conomie politique, en sciences naturelles et particuli&#232;rement en g&#233;ographie, pour laquelle il avait une pr&#233;dilection. Sa m&#232;re et ses s&#339;urs lui faisaient parvenir des livres et des atlas. Blanqui &#233;crivait des articles et des comptes rendus de livres nouveaux, correspondait avec ses amis. Il &#233;tait au courant de ce qui se passait au-del&#224; des murs de la prison. Au mois de novembre 1851, dans une lettre &#224; Rouget, un ancien prisonnier de Belle-&#206;le, il pr&#233;disait un prochain coup d'&#201;tat en France et celui-ci se produisit, en effet, le 2 d&#233;cembre 1851. D&#232;s 1853 la guerre de Crim&#233;e &#233;tait, selon lui, in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui, qui passa la moiti&#233; de sa vie en prison, avait une capacit&#233; de r&#233;sistance extraordinaire. On s'&#233;tonne que cet homme, ch&#233;tif et de sant&#233; chancelante, ait pu supporter tant d'&#233;preuves. Gr&#226;ce &#224; une force d'&#226;me extraordinaire, il savait se d&#233;tacher des d&#233;tails de la vie quotidienne et se retrancher dans son propre monde int&#233;rieur. Il avait mis au point un mode de vie et une hygi&#232;ne qu'il observait scrupuleusement. Il faisait de la culture physique, suivait un r&#233;gime sp&#233;cial qui excluait le vin, comportait peu de viande et beaucoup de laitages, de l&#233;gumes et de fruits. &#192; Belle-&#206;le, il passait beaucoup de temps &#224; cultiver un jardin potager qui se trouvait sous sa fen&#234;tre et o&#249; il faisait pousser des fraises et des l&#233;gumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de 1852, Blanqui pensa &#224; s'&#233;vader. C'est alors que la m&#232;re et le fils de Blanqui, qui avait quinze ans, arriv&#232;rent &#224; Belle-&#206;le. La m&#232;re se procura tout ce qui &#233;tait n&#233;cessaire &#224; l'&#233;vasion. Mais le minist&#232;re en eut connaissance par l'interception d'une lettre qui se trouvait dans un panier de p&#234;cheur &#224; fond double. Blanqui fut mis au cachot et sa garde fut renforc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant en 1853 Blanqui et Cazavant, son voisin de cellule, recommenc&#232;rent &#224; pr&#233;parer leur &#233;vasion. Ils avaient l'intention de fuir en Angleterre. Ils imagin&#232;rent un plan audacieux dont l'ex&#233;cution demandait beaucoup de temps. Blanqui et Cazavant laisseraient dans leur cellule des poup&#233;es, habill&#233;es de leurs v&#234;tements de prison et assises comme ils avaient coutume de le faire. Mais pour que la fuite ne soit pas d&#233;couverte imm&#233;diatement, pendant un certain temps, Blanqui et Cazavant ne r&#233;pondirent plus aux questions que leur posaient les gardiens ni &#224; l'appel de leur nom. Et les surveillants cess&#232;rent bient&#244;t d'y pr&#234;ter attention. Le 5 avril, Blanqui et Cazavant s'&#233;vad&#232;rent sous une pluie torrentielle. Parvenus &#224; un puits, ils descendirent avec des cordes jusqu'au niveau de l'eau, ne boug&#232;rent pas jusqu'&#224; la fin de la ronde, apr&#232;s quoi ils sortirent et franchirent la cl&#244;ture ; ils err&#232;rent toute la nuit &#224; travers l'&#238;le et enfin, &#233;puis&#233;s, atteignirent la case d'un p&#234;cheur, point d&#233;sign&#233; &#224; l'avance o&#249; ils se dissimul&#232;rent au grenier jusqu'au matin. Mais le p&#234;cheur, qui avait re&#231;u de Blanqui et de Cazavant une forte somme pour les transporter sur le continent, les trahit : il d&#233;non&#231;a leur fuite aux autorit&#233;s de la prison. Blanqui fut jet&#233; au cachot du ch&#226;teau Fouquet &#224; Belle-&#206;le, d'o&#249; il fut bient&#244;t transf&#233;r&#233; de nouveau au d&#233;partement des prisonniers politiques, mais sous une surveillance plus s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En automne 1854, Barb&#232;s fut lib&#233;r&#233; et les rapports entre les partis rivaux &#224; l'int&#233;rieur de la prison s'am&#233;lior&#232;rent. En 1857, Blanqui, avec 31 camarades, fut transf&#233;r&#233; en Corse, &#224; Corte, o&#249; la population rassembl&#233;e les accueillit chaleureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui resta dans sa prison corse, humide et mal a&#233;r&#233;e, jusqu'au 2 avril 1859. Ensuite, en raison de la loi dite de s&#233;curit&#233; publique de 1858, il fut transf&#233;r&#233; en Afrique, &#224; Mascara. Le 16 ao&#251;t 1859, apr&#232;s l'amnistie g&#233;n&#233;rale, Blanqui re&#231;ut le droit de rentrer &#224; Paris. Mais &#224; Toulon, sur le chemin du retour, il fut de nouveau arr&#234;t&#233; ; on mena&#231;ait de l'exiler &#224; Cayenne. Enfin Mme Antoine, la s&#339;ur de Blanqui, r&#233;ussit &#224; obtenir pour lui la permission de gagner Paris. Il y rencontra son fils, qui avait alors vingt-quatre ans. Au cours de ses s&#233;jours en prison, Blanqui n'avait pu voir son fils que cinq ou six fois. C'&#233;tait un homme born&#233; et superficiel, n'ayant rien de commun avec son p&#232;re. Il le connaissait si peu et si mal qu'il lui proposa de renoncer &#224; la vie politique et de partager sa vie bourgeoise. &#192; Paris, Blanqui eut une autre d&#233;convenue ; il apprit que ses manuscrits, fruits d'un long travail, avaient &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s en ex&#233;cution des derni&#232;res volont&#233;s de sa m&#232;re, morte en 1858. Cette nouvelle plongea Blanqui dans le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s son retour &#224; Paris, Blanqui se rendit &#224; Londres. De nombreux &#233;migr&#233;s politiques y vivaient, parmi lesquels ses amis : Lacambre et Barth&#233;lemy. &#192; son retour &#224; Paris, Blanqui s'adonna de nouveau &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Il se cachait habilement de la police, mais celle-ci &#233;tait constamment &#224; ses trousses et r&#233;ussit &#224; la longue &#224; l'arr&#234;ter. Au mois de juin 1861, il fut accus&#233; d'avoir pris part &#224; l'organisation d'une soci&#233;t&#233; secr&#232;te et condamn&#233; &#224; quatre ans de prison. Cette condamnation suscita l'indignation des milieux r&#233;volutionnaires. Marx et Engels, qui avaient beaucoup d'estime pour Blanqui en qui ils voyaient le repr&#233;sentant du &#171; parti r&#233;volutionnaire de la France &#187;, aid&#232;rent son ami Denonville &#224; publier un pamphlet contre l'ignoble proc&#232;s de Blanqui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau, Blanqui fut conduit &#224; la prison de Sainte-P&#233;lagie qu'il avait d&#233;j&#224; connue en 1832 apr&#232;s son discours au proc&#232;s des Quinze et en 1835 apr&#232;s le proc&#232;s de la Soci&#233;t&#233; des Familles. La prison de Sainte-P&#233;lagie avait enferm&#233; entre ses murs de nombreuses personnalit&#233;s politiques fran&#231;aises. En 1793 : M-O Rolland et certains Girondins ; et par la suite B&#233;ranger, Paul-Louis Courier, Marrast, Godefroy Cavaignac, Daumier, Lamennais, F&#233;lix Pyat, les r&#233;volutionnaires de 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silencieux et peu sociable, m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard des inconnus, Blanqui &#233;tait cependant un p&#244;le d'attraction pour les d&#233;tenus dont certains devinrent ses amis ou ses disciples fid&#232;les. Ses connaissances, sa forte personnalit&#233;, son sort d' &#171; enferm&#233; &#187;perp&#233;tuel, son d&#233;vouement exceptionnel &#224; la cause de la r&#233;volution, son attitude &#233;videmment critique &#224; l'&#233;gard du parti r&#233;publicain parlementaire lui conf&#233;raient une autorit&#233; grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui se lia surtout avec Gustave Tridon et les &#233;tudiants en m&#233;decine Villeneuve, Clemenceau, etc. Il connut intimement Arthur Ranc qui lui d&#233;dia son Complot romantique. Ranc devint pour quelque temps un blanquiste acharn&#233;. C'est &#224; la prison de Sainte-P&#233;lagie que prit naissance le parti blanquiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1864, Blanqui tomba malade. On le transporta &#224; l'h&#244;pital Necker o&#249; on le mit dans une salle particuli&#232;re, sous la surveillance d'un policier. Des amis venaient le voir. C'est l&#224; qu'il fit la connaissance de Charles Longuet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1865, Blanqui participa &#224; la publication du journal Candide, dont le r&#233;dacteur en chef &#233;tait Gustave Tridon, &#233;l&#232;ve pr&#233;f&#233;r&#233; de Blanqui. Sous le pseudonyme de Suzamel (Suzanne-Am&#233;lie, le pr&#233;nom de sa femme), Blanqui publia dans ce journal quelques articles sur des sujets philosophiques et scientifiques. Mais, apr&#232;s la parution du no 8, le journal fut suspendu et ses r&#233;dacteurs arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui chercha &#224; s'&#233;vader de l'h&#244;pital. De nouveau, il habitua les surveillants &#224; son absence au repas du soir et &#224; l'appel. En compagnie de ses amis, Cazavant, Lamblin et les fr&#232;res Levraud tous &#233;tudiants, Blanqui, coiff&#233; d'une perruque claire et d'un chapeau &#224; larges bords, passa devant le policier de garde et prit le train pour Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de son d&#233;part Blanqui envoya aux journaux parisiens une lettre ouverte ; il y disait que, condamn&#233; &#224; quatre ans de prison, il avait &#233;t&#233; d&#233;tenu pendant quatre ans et six mois et que le devoir l'obligeait &#224; refuser le cadeau de cent jours suppl&#233;mentaires de son existence. Il s'&#233;tait &#233;vad&#233; de crainte d'&#234;tre transport&#233; &#224; Cayenne au terme de sa r&#233;clusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bruxelles, il v&#233;cut chez son ami le Dr Watteau. Il y fit de nouvelles connaissances, revit son ami Charles Longuet qui &#233;ditait &#224; Bruxelles le journal La Rive gauche. Au congr&#232;s de Li&#232;ge , en 1865, Blanqui rencontra Tridon, Paul Lafargue et Granger qui devint par la suite son meilleur ami. Au cours de ces ann&#233;es, Blanqui &#233;crivit beaucoup. Quelques essais de cette &#233;poque, consacr&#233;s aux questions d'&#233;conomie politique, de philosophie et de socialisme, furent publi&#233;s apr&#232;s sa mort en deux volumes, sous le titre : La Critique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, Blanqui continuait &#224; correspondre avec ses amis parisiens. C'est alors que se constitua en France le groupe de combat blanquiste dont les membres &#233;taient recrut&#233;s apr&#232;s une s&#233;lection s&#233;v&#232;re. En 1870, ils atteignirent l'effectif de 2 500. Blanqui venait souvent &#224; Paris, en secret et pour un temps tr&#232;s court. Puis, quand l'activit&#233; de l'organisation prit de larges proportions, Blanqui resta &#224; Paris plusieurs mois d'affil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1867-1868, Blanqui &#233;crivit une &#171; Instruction pour une prise d'armes &#187; o&#249; il exposait en d&#233;tail les mesures &#224; prendre apr&#232;s la r&#233;volution pour &#233;tablir une dictature parisienne. Il d&#233;veloppait son plan de combat, indiquait les rues o&#249; l'on devait &#233;lever des barricades, donnait des mod&#232;les d'appels au peuple, &#224; l'arm&#233;e, etc. Les amis de Blanqui le pressaient de passer &#224; la lutte ouverte contre l'Empire ; ils pensaient que le climat g&#233;n&#233;ral du pays et le m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime &#233;taient favorables &#224; l'insurrection. Mais la crainte de nouveaux &#233;checs rendait Blanqui prudent. Il y eut tout de m&#234;me une tentative d'insurrection, le jour des fun&#233;railles de Victor Noir, jeune journaliste tu&#233; par un membre de la famille Bonaparte. Mais cette tentative ne r&#233;ussit pas ; il n'y eut pas de collision entre la foule et les troupes, malgr&#233; une tr&#232;s large agitation &#224; la Chambre et parmi le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre de 1870, l'arm&#233;e fran&#231;aise connut, d&#232;s le d&#233;but, une s&#233;rie de d&#233;faites. Les masses populaires furent indign&#233;es. Le peuple, qui se rassemblait sur la place de la Concorde, proclamait hautement sa col&#232;re et son indignation. Les blanquistes jug&#232;rent que le moment &#233;tait venu de renverser sans difficult&#233; l'Empire et lanc&#232;rent un appel pressant &#224; Blanqui qui se trouvait &#224; Bruxelles. Il arriva &#224; Paris le 12 ao&#251;t. L'insurrection devait avoir lieu le 14, au centre des quartiers ouvriers, boulevard de La Villette. On pensait occuper la caserne des pompiers du boulevard de La Villette pour s'approvisionner en armes, puis proclamer la r&#233;publique. Mais une fois encore la tentative &#233;choua. La plupart de ses auteurs furent arr&#234;t&#233;s, quelques-uns condamn&#233;s &#224; mort, mais le verdict ne fut pas mis &#224; ex&#233;cution. Apr&#232;s la capitulation de Napol&#233;on, survenue le 2 septembre &#224; Sedan, l'Empire touchait &#224; sa fin. Le 4 septembre, la R&#233;publique fran&#231;aise fut proclam&#233;e, et le gouvernement de la d&#233;fense nationale, dont faisaient partie Arago, Cr&#233;mieux, Favre, Gambetta, Garnier-Pag&#232;s, Rochefort, Jules Simon et le g&#233;n&#233;ral Trochu, fut constitu&#233; &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution du 4 septembre, Blanqui fonda le club et le journal La Patrie en danger. Dans son premier num&#233;ro dat&#233; du 7 septembre, Blanqui appelait les masses &#224; accorder leur appui au gouvernement ; toutes les divisions devaient dispara&#238;tre devant l'ennemi commun. Il ne comprenait pas qu'un gouvernement bourgeois, contre-r&#233;volutionnaire dans son essence, ne pouvait assurer la d&#233;fense du pays, car il &#233;tait guid&#233; non pas par des int&#233;r&#234;ts nationaux, mais par des int&#233;r&#234;ts de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs du journal les plus proches de Blanqui : Tridon, les fr&#232;res Levraud, Regnard, Granger et Verlet, faisaient &#233;galement appel &#224; l'union pour la d&#233;fense de la patrie. Du 7 septembre au 9 d&#233;cembre parurent 89 num&#233;ros, et dans chaque num&#233;ro Blanqui publiait des articles, des appels, des proclamations, dans lesquels il indiquait comment il fallait mener la d&#233;fense de Paris, quelles mesures il fallait prendre pour le pr&#233;server. Dans ces conseils, il faisait preuve d'une profonde intelligence, de perspicacit&#233; et d'une grande connaissance de la tactique militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, dans les clubs, Blanqui exposait les fautes et les crimes du gouvernement et indiquait les mesures &#224; prendre pour constituer une arm&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de septembre, &#224; une r&#233;union de gardes nationaux, Blanqui, apr&#232;s avoir prononc&#233; un discours, fut &#233;lu commandant du 169e bataillon. Poste qu'il n'occupa pas longtemps, car, le 19 octobre, le g&#233;n&#233;ral Trochu fit dissoudre le bataillon. Dans un des num&#233;ros de La Patrie en danger, Blanqui &#233;crivait : &#171; Le premier acte de la d&#233;fense doit &#234;tre la r&#233;vocation de ceux qui rendent la d&#233;fense impossible. &#187; Le gouvernement de la d&#233;fense nationale et le g&#233;n&#233;ral Trochu, qui &#233;tait &#224; la t&#234;te des forces arm&#233;es parisiennes, montr&#232;rent au peuple fran&#231;ais leur vrai visage, le visage de la trahison nationale. &#192; la nouvelle de la capitulation de Metz, connue &#224; Paris le 31 octobre, les masses populaires manifest&#232;rent leur &#233;motion. La capitulation mena&#231;ait Paris ; il fallait &#224; tout prix sauver la capitale. Le 31 octobre, les masses populaires et les bataillons de la garde nationale, apr&#232;s avoir occup&#233; l'H&#244;tel de Ville et mis en &#233;tat d'arrestation les membres du gouvernement, cr&#233;&#232;rent un comit&#233; provisoire, charg&#233; d'assurer la s&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;rale et de fixer les &#233;lections municipales. Blanqui et ses partisans prirent la t&#234;te du mouvement du 31 octobre et la candidature de Blanqui fut pos&#233;e au nouveau gouvernement. Mais le mouvement du 31 octobre &#233;choua comme les pr&#233;c&#233;dents ; le gouvernement de la d&#233;fense nationale conserva le pouvoir, en promettant de ne pas poursuivre ceux qui avaient particip&#233; &#224; l'insurrection. Blanqui resta &#224; Paris. Dans le journal qu'il continuait d'&#233;diter, il lan&#231;ait des appels en faveur de l'armement de tous les citoyens pour d&#233;fendre la capitale et s'indignait de l'inaction du gouvernement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs l&#233;gitimes sont aux mains de qui r&#233;siste. Le bulletin de vote, aujourd'hui, c'est la cartouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui et son groupe jou&#232;rent un r&#244;le actif dans la manifestation du 22 janvier 1871, qui avait pour but de renverser le gouvernement de la d&#233;fense nationale. Mais cette manifestation populaire, aussi peu pr&#233;par&#233;e que les autres, &#233;choua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me apr&#232;s la capitulation de Paris et l'amnistie du 28 janvier, Blanqui esp&#233;rait encore que la France serait sauv&#233;e. Le 8 f&#233;vrier 1871 devaient avoir lieu les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Le nom de Blanqui ne se trouvait pas sur la liste des 43 candidats pr&#233;sent&#233;s par les clubs, les comit&#233;s et les r&#233;dactions des journaux. Apr&#232;s les &#233;lections, o&#249; il recueillit n&#233;anmoins 52 839 voix, Blanqui se d&#233;cida &#224; partir pour Bordeaux. En quittant Paris le 12 f&#233;vrier, il fit apposer une affiche, intitul&#233;e Un dernier mot, dans laquelle il r&#233;sumait tout ce qu'il avait &#233;crit dans La Patrie en danger. Il y &#233;tait question de la conduite du gouvernement pendant le si&#232;ge de Paris, des mesures qu'on aurait d&#251; prendre pour sa d&#233;fense, de la n&#233;cessit&#233; d'&#233;vacuer en province un million de femmes et d'enfants et de les remplacer par autant de jeunes provinciaux en &#233;tat de porter les armes, du ravitaillement de Paris, de son armement &#224; pr&#233;lever sur les arsenaux de province, etc. Un dernier mot se terminait par une mise en accusation du gouvernement tra&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Bordeaux, Blanqui se rendit &#224; Louli&#233; (Lot), chez sa ni&#232;ce, pour se reposer des &#233;v&#233;nements parisiens. Mais ce repos fut de courte dur&#233;e, car il tomba malade. C'est alors que, le 9 mars, il fut mis en jugement pour sa participation &#224; la journ&#233;e du 31 octobre. Le gouvernement violait son engagement de ne pas poursuivre les auteurs de ce soul&#232;vement. Par d&#233;cision du minist&#232;re de la justice, Blanqui fut arr&#234;t&#233; &#224; Louli&#233; le 17 mars et conduit, tout malade qu'il &#233;tait, &#224; l'h&#244;pital de Figeac le 18 mars, le jour m&#234;me o&#249; la classe ouvri&#232;re prenait le pouvoir et proclamait la Commune &#224; Paris. Lorsqu'on l'avisa de l'arrestation de Blanqui, Thiers, le bourreau de la Commune, s'&#233;cria : &#171; Nous le tenons enfin, ce sc&#233;l&#233;rat ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars, Blanqui fut transf&#233;r&#233; &#224; la prison de Cahors, o&#249; il fut incarc&#233;r&#233; avec des prisonniers de droit commun, jusqu'&#224; ce qu'on le mette au secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars, il fut &#233;lu membre de la Commune de Paris avec d'autres blanquistes : Tridon, Eudes, Flourens, &#201;douard Vaillant, Rigault, etc., qui avaient jou&#233; un r&#244;le actif dans la r&#233;volution du 18 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux premi&#232;res s&#233;ances de la Commune, Blanqui fut &#233;lu pr&#233;sident d'honneur. Ses amis eurent l'id&#233;e de proposer au gouvernement de Thiers de l'&#233;changer contre certains otages de la Commune, parmi lesquels l'archev&#234;que Darboy. Les pourparlers engag&#233;s entre un homme de confiance de l'archev&#234;que et Thiers dur&#232;rent plus d'un mois, mais ne men&#232;rent &#224; rien. Thiers ne voulait pas lib&#233;rer Blanqui, m&#234;me contre 74 otages, et d&#233;clarait que &#171; rendre Blanqui &#224; l'insurrection &#233;quivalait &#224; lui envoyer un r&#233;giment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet &#233;chec, la Commune vota un cr&#233;dit de 50 000 francs pour pr&#233;parer l'&#233;vasion de Blanqui de la prison de Cahors. Mais Granger, ami intime de Blanqui, &#224; qui on avait confi&#233; cette mission, ne parvint pas &#224; l'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 mai, Blanqui fut conduit au fort du Taureau, dans la baie de Morlaix, o&#249; il arriva deux jours plus tard. Il avait alors soixante-six ans et sa sant&#233; &#233;tait compromise. Cependant le r&#233;gime du fort du Taureau &#233;tait tr&#232;s rigoureux. La cellule de Blanqui, situ&#233;e au sous-sol, &#233;tait froide, sombre et humide. La surveillance &#233;tait extr&#234;mement s&#233;v&#232;re. Le commandant avait re&#231;u l'ordre de tirer &#224; la moindre tentative de fuite ; pendant la promenade, Blanqui &#233;tait toujours accompagn&#233; de gardiens arm&#233;s ; on interdisait aux bateaux d'accoster, etc. En outre le bruit incessant de la prison emp&#234;chait Blanqui de travailler et de se reposer, et la nourriture &#233;tait tr&#232;s mauvaise. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, il s'adonnait &#224; la m&#233;ditation. Pendant la promenade, il &#233;tudiait le ciel et la mer, suivait le mouvement des plan&#232;tes. Les conclusions de ses observations se retrouvent dans L'&#201;ternit&#233; par les astres et dans l'expos&#233; sur les causes de la lumi&#232;re zodiacale qui, plus tard, le 8 janvier 1872, fut lu &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences et publi&#233; le 27 janvier dans La R&#233;publique fran&#231;aise. La m&#234;me ann&#233;e, L'&#201;ternit&#233; par les astres fut &#233;dit&#233;e en volume &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 novembre 1871, Blanqui fut subitement transf&#233;r&#233; &#224; la prison de Versailles. Pendant deux jours (le 15 et le 16 f&#233;vrier 1872), apr&#232;s presque un an de d&#233;tention pr&#233;ventive, le IVe Conseil de guerre de Versailles eut &#224; se prononcer sur sa participation aux &#233;v&#233;nements du 31 octobre et &#224; d'autres manifestations ainsi que sur sa responsabilit&#233; &#171; morale &#187; dans l'existence de la Commune. Blanqui, alors &#226;g&#233; de soixante-sept ans, &#233;tait un vieillard p&#226;le et gr&#234;le d'aspect. Mais aucune prison n'avait pu le briser moralement. Il r&#233;futa tous les arguments de l'accusation et termina par cette fi&#232;re d&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas ici pour le 31 octobre. C'est le moindre de mes forfaits. Je repr&#233;sente ici la R&#233;publique tra&#238;n&#233;e &#224; la barre de votre tribunal par la monarchie. M. le commissaire du gouvernement a condamn&#233; tour &#224; tour la r&#233;volution de 1789, celle de 1830, celle de 1848, celle du 4 septembre. C'est au nom des id&#233;es monarchiques, c'est au nom du droit ancien en opposition au droit nouveau, comme il dit, que je suis jug&#233; et que, sous la R&#233;publique, je vais &#234;tre condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui fut reconnu coupable et condamn&#233; &#224; la d&#233;portation et &#224; la privation des droits civiques. La cour de cassation annula le jugement. Mais le 29 avril, le VIe Conseil de guerre le condamna &#224; nouveau. On se proposait de l'exiler en Nouvelle-Cal&#233;donie, lieu de d&#233;portation des membres de la Commune, mais la commission m&#233;dicale reconnut qu'il n'&#233;tait pas en &#233;tat de supporter un aussi long voyage. Le condamn&#233; &#224; vie fut conduit &#224; la prison centrale de Clairvaux (Aube).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairvaux, vieille abbaye, avait &#233;t&#233; convertie en prison en 1789. &#192; son arriv&#233;e, Blanqui y trouva 140 d&#233;tenus politiques, condamn&#233;s comme anciens Communards. Il fut mis dans une cellule isol&#233;e, longue de 2m et large de 1m50, avec une fente &#233;troite qui tenait lieu de fen&#234;tre ; il &#233;tait s&#233;par&#233; des autres d&#233;tenus et on ne lui donnait que rarement la permission de recevoir des visites familiales. Dans la prison humide de Clairvaux, la sant&#233; de Blanqui fut d&#233;finitivement compromise ; pendant de longs mois, il ne quitta pas le lit. Plus tard, on lui donna une cellule plus large, mais toujours isol&#233;e, o&#249; il se sentait &#171; enterr&#233; vivant &#187;, comme il l'&#233;crivait &#224; sa s&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1878, le journal socialiste L'&#201;galit&#233; fit campagne pour sa lib&#233;ration. On pr&#233;senta sa candidature aux &#233;lections. En avril 1879, il fut &#233;lu d&#233;put&#233; de Bordeaux au second tour de scrutin par 6 801 voix contre 5 330 au r&#233;publicain bourgeois Lavertujon, ami de Gambetta. Mais la Chambre invalida l'&#233;lection de Blanqui. L'active campagne en faveur de la candidature et de la lib&#233;ration de l'&#171; Enferm&#233; &#187; contraignit enfin le gouvernement &#224; gracier Blanqui le 10 juin 1879.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait rest&#233; &#224; Clairvaux huit ans et trois mois. Ce fut sa derni&#232;re prison. Au total, il avait &#233;t&#233; d&#233;tenu pendant trente sept ans. Le lendemain du jour o&#249; il fut lib&#233;r&#233;, Blanqui, &#226;g&#233; de soixante-quatorze ans, revint &#224; Paris avec sa s&#339;ur. Le 25 juin, il partit pour Bordeaux pour remercier ses &#233;lecteurs et pour se pr&#233;senter devant eux &#224; nouveau. Les habitants de Bordeaux accueillirent Blanqui avec enthousiasme. Cependant, au cours de la campagne &#233;lectorale, ses ennemis exhum&#232;rent le document Taschereau, et, bien qu'il n'y e&#251;t aucune preuve de sa culpabilit&#233;, il recueillit 158 voix de moins que son adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce revers ne diminua pas son &#233;nergie, il entreprit un voyage &#224; travers la France et prit la parole dans de nombreuses r&#233;unions ouvri&#232;res. Les milieux populaires l'accueillaient avec enthousiasme, et &#224; Bordeaux, Marseille, Toulon, Lyon, Nice, etc., on fit des banquets en son honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;t&#233; 1880, la candidature de Blanqui fut pos&#233;e &#224; Lyon, mais il n'obtint pas la majorit&#233;. En juin, les droits civiques lui furent rendus. Au d&#233;but du mois de novembre suivant, il fit partie des d&#233;l&#233;gu&#233;s des comit&#233;s r&#233;publicains envoy&#233;s en Italie pour assister aux f&#234;tes organis&#233;es en l'honneur de Garibaldi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du mois de novembre, Blanqui et ses amis, Granger, Eudes, Vaillant et d'autres fond&#232;rent le quotidien Ni Dieu, ni ma&#238;tre, dont Blanqui fut le r&#233;dacteur en chef. Le manque de ressources le for&#231;a &#224; transformer ce journal, &#224; partir du 25e num&#233;ro, en hebdomadaire. Dans le m&#234;me temps, il &#233;crivait une brochure, L'arm&#233;e esclave et opprim&#233;e, et, le 21 novembre, accompagn&#233; de Granger, il avait fait une conf&#233;rence &#224; Lille devant 6 000 personnes qui l'avaient acclam&#233; avec enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; sa mort, Blanqui, comme s'il voulait rattraper le temps perdu en prison, multiplia ses discours dans les r&#233;unions ouvri&#232;res de Paris. Le 27 d&#233;cembre 1880 il assista &#224; la r&#233;union de la salle Ragache, rue Lecourbe, o&#249; il pronon&#231;a en faveur du drapeau rouge son dernier discours. &#192; son retour &#224; une heure tardive, il fut subitement terrass&#233; par une attaque d'apoplexie. Le 1er janvier 1881, apr&#232;s avoir lutt&#233; cinq jours, il mourait &#224; l'&#226;ge de soixante-seize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses fun&#233;railles eurent lieu le 5 janvier. La nouvelle de sa mort bouleversa tous les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais. Pr&#232;s de 200 000 hommes accompagn&#232;rent sa d&#233;pouille. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s et des couronnes, envoy&#233;s par les organisations d'avant-garde de la France enti&#232;re, afflu&#232;rent &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut enterr&#233; au P&#232;re-Lachaise. Le 9 ao&#251;t 1885, les ouvriers parisiens firent &#233;difier un monument sur sa tombe, avec sa statue en bronze, chef-d'&#339;uvre du sculpteur Jules Dalou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le texte pr&#233;c&#233;dent est de V. P. Volguine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TEXTES DE BLANQUI&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;strong&gt;QUI FAIT LA SOUPE DOIT LA MANGER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1834)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse na&#238;t de l'intelligence et du travail, l'&#226;me et la vie de l'humanit&#233;. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu'&#224; l'aide d'un &#233;l&#233;ment passif, le sol, qu'elles mettent en &#339;uvre par leurs efforts combin&#233;s. Il semble donc que cet instrument indispensable devrait appartenir &#224; tous les hommes. Il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des individus se sont empar&#233;s par ruse ou par violence de la terre commune, et, s'en d&#233;clarant les possesseurs, ils ont &#233;tabli par des lois qu'elle serait &#224; jamais leur propri&#233;t&#233;, et que ce droit de propri&#233;t&#233; deviendrait la base de la constitution sociale, c'est-&#224;-dire qu'il primerait et au besoin pourrait absorber tous les droits humains, m&#234;me celui de vivre, s'il avait le malheur de se trouver en conflit avec le privil&#232;ge du petit nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce droit de propri&#233;t&#233; s'est &#233;tendu, par d&#233;duction logique, du sol &#224; d'autres instruments, produits accumul&#233;s du travail, d&#233;sign&#233;s par le nom g&#233;n&#233;rique de capitaux. Or, comme les capitaux, st&#233;riles d'eux-m&#234;mes, ne fructifient que par la main-d'&#339;uvre, et que, d'un autre c&#244;t&#233;, ils sont n&#233;cessairement la mati&#232;re premi&#232;re ouvr&#233;e par les forces sociales, la majorit&#233;, exclue de leur possession, se trouve condamn&#233;e aux travaux forc&#233;s, au profit de la minorit&#233; poss&#233;dante. Les instruments ni les fruits du travail n'appartiennent pas aux travailleurs, mais aux oisifs. Les branches gourmandes absorbent la s&#232;ve de l'arbre, au d&#233;triment des rameaux fertiles. Les frelons d&#233;vorent le miel cr&#233;&#233; par les abeilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est notre ordre social, fond&#233; par la conqu&#234;te, qui a divis&#233; les populations en vainqueurs et en vaincus. La cons&#233;quence logique d'une telle organisation, c'est l'esclavage. Il ne s'est pas fait attendre. En effet, le sol ne tirant sa valeur que de la culture, les privil&#233;gi&#233;s ont conclu, du droit de poss&#233;der le sol, celui de poss&#233;der aussi le b&#233;tail humain qui le f&#233;conde. Ils l'ont consid&#233;r&#233; d'abord comme le compl&#233;ment de leur domaine, puis, en derni&#232;re analyse, comme une propri&#233;t&#233; personnelle, ind&#233;pendante du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le principe d'&#233;galit&#233;, grav&#233; au fond du c&#339;ur, et qui conspire, avec les si&#232;cles, &#224; d&#233;truire, sous toutes ses formes, l'exploitation de l'homme par l'homme, porta le premier coup au droit sacril&#232;ge de propri&#233;t&#233;, en brisant l'esclavage domestique. Le privil&#232;ge dut se r&#233;duire &#224; poss&#233;der les hommes, non plus &#224; titre de meuble, mais d'immeuble annexe et ins&#233;parable de l'immeuble territorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIe si&#232;cle, une recrudescence meurtri&#232;re de l'oppression am&#232;ne l'esclavage des noirs, et aujourd'hui encore les habitants d'une terre r&#233;put&#233;e fran&#231;aise poss&#232;dent des hommes au m&#234;me titre que des habits et des chevaux. Il y a du reste moins de diff&#233;rence qu'il ne para&#238;t d'abord entre l'&#233;tat social des colonies et le n&#244;tre. Ce n'est pas apr&#232;s dix-huit si&#232;cles de guerre entre le privil&#232;ge et l'&#233;galit&#233; que le pays, th&#233;&#226;tre et champion principal de cette lutte, pourrait supporter l'esclavage dans sa nudit&#233; brutale. Mais le fait existe sans le nom, et le droit de propri&#233;t&#233;, pour &#234;tre plus hypocrite &#224; Paris qu'&#224; la Martinique, n'y est ni moins intraitable, ni moins oppresseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La servitude, en effet, ne consiste pas seulement &#224; &#234;tre la chose de l'homme ou le serf de la gl&#232;be. Celui-l&#224; n'est pas libre qui, priv&#233; des instruments de travail, demeure &#224; la merci des privil&#233;gi&#233;s qui en sont d&#233;tenteurs. C'est cet accaparement et non telle ou telle constitution politique qui fait les masses serves. La transmission h&#233;r&#233;ditaire du sol et des capitaux place les citoyens sous le joug des propri&#233;taires. Ils n'ont d'autre libert&#233; que celle de choisir leur ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; sans doute cette locution railleuse : &#171; Les riches font travailler les pauvres. &#187; &#192; peu pr&#232;s, en effet, comme les planteurs font travailler leurs n&#232;gres, mais avec un peu plus d'indiff&#233;rence pour la vie humaine. Car l'ouvrier n'est pas un capital &#224; m&#233;nager comme l'esclave ; sa mort n'est pas une perte ; il y a toujours concurrence pour le remplacer. Le salaire, quoique suffisant &#224; peine pour emp&#234;cher de mourir, a la vertu de faire pulluler la chair exploit&#233;e ; il perp&#233;tue la lign&#233;e des pauvres pour le service des riches, continuant ainsi, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, ce double h&#233;ritage parall&#232;le d'opulence et de mis&#232;re, de jouissances et de douleurs, qui constitue les &#233;l&#233;ments de notre soci&#233;t&#233;. Quand le prol&#233;taire a suffisamment souffert et laiss&#233; des successeurs pour souffrir apr&#232;s lui, il va, dans un h&#244;pital, fournir son cadavre &#224; la science, comme moyen d'&#233;tudes, pour gu&#233;rir ses ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les fruits de l'appropriation des instruments de travail ! Pour les masses, des labeurs incessants, &#224; peine l'obole de la journ&#233;e, jamais de lendemain s&#251;r, et la famine, si un caprice de col&#232;re ou de peur retire ces instruments ! Pour les privil&#233;gi&#233;s, l'autocratie absolue, le droit de vie et de mort ! car ils ont les mains pleines, ils peuvent attendre. Avant que l'&#233;puisement de leur r&#233;serve les contraigne &#224; capituler, le dernier pl&#233;b&#233;ien serait mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ne se rappelle les mis&#232;res de 1831, quand le capital s'est cach&#233; par crainte ou par vengeance ? Du fond de leur fromage de Hollande les barons du coffre-fort contemplaient froidement les angoisses de ce peuple d&#233;cim&#233; par la faim, en r&#233;compense de son sang vers&#233; au service de leurs vanit&#233;s bourgeoises. Les repr&#233;sailles de la gr&#232;ve sont impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de Lyon viennent de les tenter . Mais &#224; quel prix ! Soixante mille hommes ont d&#251; fl&#233;chir devant quelques douzaines de fabricants et demander gr&#226;ce. La faim a dompt&#233; la r&#233;volte. Et n'est-ce pas un miracle m&#234;me que cette vell&#233;it&#233; de r&#233;sistance ? Que de souffrances n'a-t-il pas fallu pour lasser la patience de ce peuple et le raidir enfin contre l'oppression !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pauvre ne conna&#238;t pas la source de ses maux. L'ignorance, fille de l'asservissement, fait de lui un instrument docile des privil&#233;gi&#233;s. &#201;cras&#233; de labeur, &#233;tranger &#224; la vie intellectuelle, que peut-il savoir de ces ph&#233;nom&#232;nes sociaux o&#249; il joue le r&#244;le de b&#234;te de somme ? Il accepte comme un bienfait ce qu'on daigne lui laisser du fruit de ses sueurs, et ne voit dans la main qui l'exploite que la main qui le nourrit, toujours pr&#234;t, sur un signe du ma&#238;tre, &#224; d&#233;chirer le t&#233;m&#233;raire qui essaie de lui montrer une destin&#233;e meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! l'humanit&#233; marche avec un bandeau sur les yeux, et ne le soul&#232;ve qu'&#224; de longs intervalles pour entrevoir sa route. Chacun de ses pas dans la voie du progr&#232;s &#233;crase le guide qui le lui fait faire. Toujours ses h&#233;ros ont commenc&#233; par &#234;tre ses victimes. Les Gracques sont mis en pi&#232;ces par une tourbe ameut&#233;e &#224; la voix des patriciens. Le Christ expire sur la croix, aux hurlements de joie de la populace juive excit&#233;e par les Pharisiens et les pr&#234;tres et, nagu&#232;re, les d&#233;fenseurs de l'&#233;galit&#233; sont morts sur l'&#233;chafaud de la R&#233;volution par l'ingratitude et la stupidit&#233; du peuple, qui a laiss&#233; la calomnie vouer leur m&#233;moire &#224; l'ex&#233;cration. Aujourd'hui encore, les stipendi&#233;s du privil&#232;ge enseignent chaque matin aux Fran&#231;ais &#224; cracher sur la tombe de ces martyrs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il est difficile au prol&#233;tariat d'ouvrir les yeux sur ses oppresseurs ! Si &#224; Lyon il s'est lev&#233; comme un seul homme, c'est que l'antagonisme flagrant des int&#233;r&#234;ts ne permettait plus l'illusion &#224; l'aveuglement m&#234;me le plus obstin&#233;. Alors se sont r&#233;v&#233;l&#233;s les tr&#233;sors de haine et de f&#233;rocit&#233; que rec&#232;lent les &#226;mes de ces marchands ! Au milieu des menaces de, carnage, de toutes parts accouraient pour l'extermination canons, caissons, chevaux, soldats. Rentrer dans le devoir ou p&#233;rir sous la mitraille, telle est l'alternative pos&#233;e aux rebelles. Le devoir du travailleur lyonnais, l'homme-machine, c'est de pleurer la faim, en cr&#233;ant jour et nuit, pour les plaisirs du riche, des tissus d'or, de soie et de larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une si dure tyrannie a ses dangers : le ressentiment, la r&#233;volte. Pour conjurer le p&#233;ril, on essaie de r&#233;concilier Ca&#239;n avec Abel. De la n&#233;cessit&#233; du capital comme instrument de travail, on s'&#233;vertue &#224; conclure la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts, et par la suite la solidarit&#233; entre le capitaliste et le travailleur. Que de phrases artistement brod&#233;es sur ce canevas fraternel ! La brebis n'est tondue que pour le bien de sa sant&#233;. Elle redoit des remerciements. Nos Esculapes savent dorer la pilule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hom&#233;lies trouvent encore des dupes, mais peu. Chaque jour fait plus vive la lumi&#232;re sur cette pr&#233;tendue association du parasite et de sa victime. Les faits ont leur &#233;loquence ; ils prouvent le duel, le duel &#224; mort entre le revenu et le salaire. Qui succombera ? Question de justice et de bon sens. Examinons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point de soci&#233;t&#233; sans travail ! partant point d'oisifs qui n'aient besoin des travailleurs. Mais quel besoin les travailleurs ont-ils des oisifs ? Le capital n'est-il productif entre leurs mains, qu'&#224; la condition de ne pas leur appartenir ? Je suppose que le prol&#233;tariat, d&#233;sertant en masse, aille porter ses p&#233;nates et ses labeurs dans quelque lointain parage. Mourrait-il par hasard de l'absence de ses ma&#238;tres ? La soci&#233;t&#233; nouvelle ne pourrait-elle se constituer qu'en cr&#233;ant des seigneurs du sol et du capital, en livrant &#224; une caste d'oisifs la possession de tous les instruments de travail ? N'y a-t-il de m&#233;canisme social possible que cette division de propri&#233;taires et de salari&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, combien serait curieuse &#224; voir la mine de nos fiers suzerains, abandonn&#233;s par leurs esclaves ! Que faire de leurs palais, de leurs ateliers, de leurs champs d&#233;serts ? Mourir de faim au milieu de ces richesses, ou mettre habit bas, prendre la pioche et suer humblement &#224; leur tour sur quelque lopin de terre. Combien en cultiveraient-ils &#224; eux tous ? J'imagine que ces messieurs seraient au large dans une sous-pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un peuple de trente-deux millions d'&#226;mes ne se retire plus sur le Mont Aventin. Prenons donc l'hypoth&#232;se inverse, plus r&#233;alisable. Un beau matin, les oisifs, nouveaux Bias, &#233;vacuent le sol de France, qui reste aux mains laborieuses. Jour de bonheur et de triomphe ! Quel immense soulagement pour tant de millions de poitrines, d&#233;barrass&#233;es du poids qui les &#233;crase ! Comme cette multitude respire &#224; plein poumon ! Citoyens, entonnez en ch&#339;ur le cantique de la d&#233;livrance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axiome : la nation s'appauvrit de la perte d'un travailleur ; elle s'enrichit de celle d'un oisif . La mort d'un riche est un bienfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui ! le droit de propri&#233;t&#233; d&#233;cline. Les esprits g&#233;n&#233;reux proph&#233;tisent et appellent sa chute. Le principe ess&#233;nien de l'&#233;galit&#233; le mine lentement depuis dix-huit si&#232;cles par l'abolition successive des servitudes qui formaient les assises de sa puissance. Il dispara&#238;tra un jour avec les derniers privil&#232;ges qui lui servent de refuge et de r&#233;duit. Le pr&#233;sent et le pass&#233; nous garantissent ce d&#233;nouement. Car l'humanit&#233; n'est jamais stationnaire. Elle avance ou recule. Sa marche progressive la conduit &#224; l'&#233;galit&#233;. Sa marche r&#233;trograde remonte, par tous les degr&#233;s du privil&#232;ge. Jusqu'&#224; l'esclavage personnel, dernier mot du droit de la propri&#233;t&#233;. Avant d'en retourner l&#224;, certes, la civilisation europ&#233;enne aurait p&#233;ri. Mais par quel cataclysme ? Une invasion russe ? C'est le Nord, au contraire, qui sera lui-m&#234;me envahi par le principe d'&#233;galit&#233; que les Fran&#231;ais m&#232;nent &#224; la conqu&#234;te des nations. L'avenir n'est pas douteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite que l'&#233;galit&#233; n'est pas le partage agraire. Le morcellement infini du sol ne changerait rien, dans le fond, au droit de propri&#233;t&#233;. La richesse provenant de la possession des instruments de travail plut&#244;t que du travail lui-m&#234;me, le g&#233;nie de l'exploitation, rest&#233; debout, saurait bient&#244;t, par la reconstruction des grandes fortunes, restaurer l'in&#233;galit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association, substitu&#233;e &#224; la propri&#233;t&#233; individuelle, fondera seule le r&#232;gne de la justice par l'&#233;galit&#233;. De l&#224; cette ardeur croissante des hommes d'avenir &#224; d&#233;gager et mettre en lumi&#232;re les &#233;l&#233;ments de l'association. Peut-&#234;tre apporterons-nous aussi notre contingent &#224; l'&#339;uvre commune.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
AVIS AU PEUPLE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(TOAST DU 25 FEVRIER 1851)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier, la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Marie, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont (de l'Eure), Flocon, Albert, Arago, Marrast !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liste fun&#232;bre ! noms sinistres &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la r&#233;volution ! C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui ont livr&#233; le peuple &#224; la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris, les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t de quarante-cinq centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il court sus aux ouvriers de Paris le 16 avril, il emprisonne ceux de Limoges, il mitraille ceux de Rouen le 27 ; il d&#233;cha&#238;ne tous leurs bourreaux, il berne et traque tous les sinc&#232;res r&#233;publicains. Trahison ! trahison !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; lui, &#224; lui seul le fardeau terrible de toutes les calamit&#233;s qui ont presque an&#233;anti la r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! ce sont l&#224; de grands coupables, et entre tous, les plus coupables ceux en qui le peuple, tromp&#233; par des phrases de tribun, voyait son &#233;p&#233;e et son bouclier, ceux qu'il proclamait avec enthousiasme arbitres de son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheur &#224; nous si, au jour du prochain triomphe populaire, l'indulgence oublieuse des masses laissait remonter au pouvoir un de ces hommes qui ont forfait &#224; leur mandat ! une seconde fois c'en serait fait de la r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les travailleurs aient sans cesse devant les yeux cette liste de noms mandats, et si un seul, oui, un seul, apparaissait jamais dans un gouvernement sorti de l'insurrection, qu'ils crient tout d'une voix : Trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours, sermons, programmes ne seraient encore que piperies et mensonges ; les m&#234;mes jongleurs ne reviendraient que pour ex&#233;cuter le m&#234;me tour avec la m&#234;me gibeci&#232;re ; ils formeraient le premier anneau d'une cha&#238;ne nouvelle de r&#233;actions plus furieuses. Sur eux, anath&#232;me et vengeance, s'ils osaient repara&#238;tre ! Honte et piti&#233; sur la foule imb&#233;cile qui retomberait dans leurs filets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas assez que les escamoteurs de F&#233;vrier soient &#224; jamais repouss&#233;s de l'H&#244;tel-de-Ville, il faut se pr&#233;munir contre de nouveaux tra&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tra&#238;tres seraient les gouvernants qui, &#233;lev&#233;s sur le pavois prol&#233;taire, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me : 1&#176; le d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral des gardes bourgeoises ; 2&#176; l'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute il est bien d'autres mesures indispensables ; mais elles sortiront naturellement de ce premier acte, qui est la garantie pr&#233;alable, l'unique gage de s&#233;curit&#233; pour le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne doit pas rester un fusil aux mains de la bourgeoisie. Hors de l&#224;, point de salut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doctrines diverses qui se disputent aujourd'hui les sympathies des masses pourront un jour r&#233;aliser leurs promesses d'am&#233;lioration et de bien-&#234;tre, mais &#224; la condition de ne pas abandonner la proie pour l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles n'aboutiraient qu'&#224; un lamentable avortement si le peuple, dans un engouement exclusif pour les th&#233;ories, n&#233;gligeait le seul &#233;l&#233;ment pratique assur&#233;, la force !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les armes et l'organisation, voil&#224; l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif du progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec la mis&#232;re ! Qui a du fer, a du pain. On se prosterne devant les ba&#239;onnettes, on balaie les cohues d&#233;sarm&#233;es. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sence des prol&#233;taires arm&#233;s, obstacles, r&#233;sistances, impossibilit&#233;s, tout dispara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les prol&#233;taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de libert&#233;, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau b&#233;nite d'abord, des injures ensuite, enfin, de la mitraille, de la mis&#232;re toujours !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUE LE PEUPLE CHOISISSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prison de Belle-&#206;le-en-Mer, 10 f&#233;vrier 1851.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES IDEES POLITIQUES ET SOCIALES&lt;br class='autobr' /&gt;
DE BLANQUI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui eut une longue vie : il a donn&#233; plus d'un demi-si&#232;cle &#224; la cause de la r&#233;volution. Ses derni&#232;res activit&#233;s politiques se situent en 1880, mais sa conception du monde, les id&#233;es politiques qui orient&#232;rent son action r&#233;volutionnaire se sont form&#233;es sous le r&#232;gne de Louis-Philippe et ont pris leur forme d&#233;finitive au cours de la r&#233;volution de 1848. Ni le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la lutte de classe du prol&#233;tariat, ni l'apparition du communisme scientifique n'ont apport&#233; de modifications essentielles &#224; ses id&#233;es r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Blanqui, &#233;crit Engels en 1874, est un r&#233;volutionnaire de la g&#233;n&#233;ration pass&#233;e . &#187; Il s'est arr&#234;t&#233; dans son d&#233;veloppement id&#233;ologique au niveau qu'il avait atteint en 1848. Il n'a su ni comprendre, ni assimiler la th&#233;orie du communisme scientifique, bien qu'il ait connu l'activit&#233; de Marx et quelques-uns de ses travaux. Toutefois, en tant que repr&#233;sentant du communisme utopique pr&#233;marxiste, il m&#233;rite que les historiens de la pens&#233;e sociale lui accordent une grande attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode 1830-1848 est marqu&#233;e en France par le d&#233;veloppement de la grande industrie capitaliste et par l'essor du mouvement ouvrier ; ce mouvement s'est manifest&#233; par les soul&#232;vements des canuts lyonnais de 1831, de 1834, et par de nombreuses gr&#232;ves. (En 1832-1833, il y eut des moments o&#249; la gr&#232;ve englobait presque toutes les industries parisiennes ; en 1840, les gr&#232;ves s'&#233;tendirent &#224; l'ensemble du pays.) En m&#234;me temps que croissaient l'industrie capitaliste et le mouvement ouvrier, la conscience de classe du prol&#233;tariat se d&#233;veloppait aussi. Dans la classe ouvri&#232;re s'&#233;veillaient la conscience de ses propres t&#226;ches politiques et l'id&#233;e que, pour l'accomplissement de celles-ci, elle devait parvenir &#224; constituer sa propre organisation. Mais le prol&#233;tariat a cherch&#233; en t&#226;tonnant les voies qui lui permettraient de forger cette organisation ; ses erreurs lui servirent de le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que s'affirmait concr&#232;tement la lutte de classe du prol&#233;tariat, les syst&#232;mes utopiques du socialisme perdaient leur sens progressif. Les &#171; &#233;coles &#187; du socialisme utopique d&#233;g&#233;n&#233;raient en &#171; sectes &#187; ; chacune d'elles proposait ses proc&#233;d&#233;s pour &#233;liminer le mal social et pour concilier les contradictions de classes. Les id&#233;es du socialisme utopique devenaient de plus en plus le bien de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traits bourgeois et petits-bourgeois, propres &#224; chaque syst&#232;me utopique, &#224; des degr&#233;s divers, se sont ainsi pleinement r&#233;v&#233;l&#233;s &#224; cette &#233;poque. Ceux qui se consid&#233;raient comme les h&#233;ritiers des grands utopistes inclinaient &#224; chercher de l'aide du c&#244;t&#233; des classes instruites. La classe ouvri&#232;re, au contraire, inclinait de plus en plus vers le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, a dit Engels en caract&#233;risant les rapports de cette &#233;poque, signifiait en 1847 un mouvement bourgeois ; le communisme, un mouvement ouvrier .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas en mesure de se lib&#233;rer d'un seul coup, et compl&#232;tement, des influences &#233;trang&#232;res &#224; ses int&#233;r&#234;ts de classe. Les ouvriers fran&#231;ais &#233;taient encore tr&#232;s &#233;troitement li&#233;s aux milieux petits-bourgeois d'o&#249; ils &#233;taient issus pour la plupart et qui, malgr&#233; l'essor de la grande industrie, constituaient encore la majorit&#233; &#233;crasante de la population laborieuse en France. Il existait encore beaucoup de survivances petites-bourgeoises dans la psychologie des ouvriers. Dans ces conditions, les th&#233;oriciens qui cherchaient &#224; poser les bases du communisme ont &#233;t&#233; impuissants &#224; cr&#233;er une th&#233;orie scientifique du communisme. Dans le meilleur des cas, c'&#233;tait le mat&#233;rialisme m&#233;caniste du XVIIIe si&#232;cle qui demeurait la base philosophique de leur syst&#232;me. Aussi ne pouvaient-ils pas d&#233;passer la th&#233;orie rationaliste de la soci&#233;t&#233; caract&#233;ristique du XVIIIe si&#232;cle (la th&#233;orie de l'&#171; ordre naturel et raisonnable &#187; des rapports sociaux), ni fonder historiquement le communisme. Dans toutes leurs tentatives pour tracer une voie de r&#233;alisation au communisme, ils ne d&#233;passaient pas la tradition babouviste. Leur communisme restait un communisme utopique, malgr&#233; leur &#233;lan r&#233;volutionnaire et leur d&#233;sir de lier le communisme &#224; la lutte ouvri&#232;re. Parmi tous ces communistes utopistes, Blanqui, par sa fid&#233;lit&#233; illimit&#233;e &#224; la cause de la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;, occupait indiscutablement la premi&#232;re place aux yeux de ses contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, a &#233;crit Marx dans &#171; Les luttes des classes en France &#187;, se groupe de plus en plus autour du socialisme r&#233;volutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-m&#234;me a invent&#233; le nom de Blanqui .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ardente activit&#233; r&#233;volutionnaire qui a rempli toute la vie consciente de Blanqui a commenc&#233; sous la Restauration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1824, le jeune Blanqui participa &#224; l'organisation conspiratrice des Carbonari. En 1827, il fut bless&#233; dans des combats de rues contre la police et la troupe et pour la premi&#232;re fois arr&#234;t&#233;. En juillet 1830, il prit une part active &#224; la lutte r&#233;volutionnaire et fut profond&#233;ment d&#233;&#231;u par son r&#233;sultat : l'&#233;tablissement de la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entr&#233; dans l'association r&#233;publicaine Les Amis du Peuple, Blanqui se pla&#231;a &#224; l'aile gauche de celle-ci. Pour les premi&#232;res ann&#233;es de la monarchie de juillet, deux documents t&#233;moignent de ses id&#233;es. Le premier est sa d&#233;claration au proc&#232;s des &#171; Amis du Peuple &#187;, en janvier 1832 (Proc&#232;s des Quinze). Le second est un discours prononc&#233; &#224; une r&#233;union organis&#233;e par cette Soci&#233;t&#233;, le 2 f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e. Le premier de ces documents a &#233;t&#233; imprim&#233;, &#224; l'&#233;poque m&#234;me, par l'association des &#171; Amis du Peuple &#187; ; le second nous est parvenu &#224; l'&#233;tat de manuscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le tribunal, Blanqui posait nettement le probl&#232;me de la division de la soci&#233;t&#233; en classes ; il liait la lutte que m&#232;nent les &#171; Amis du peuple &#187; pour les droits politiques aux besoins mat&#233;riels, aux int&#233;r&#234;ts et aux souffrances des es populaires. Mais ses id&#233;es concernant les classes sociales de son temps n'avaient pas un suffisant degr&#233; de pr&#233;cision et son programme social &#233;tait encore tr&#232;s ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;sident du tribunal qui lui demandait sa profession, Blanqui r&#233;pondit : Prol&#233;taire. Mais la suite de ses explications indique que, pour lui, le mot &#171; prol&#233;taire &#187; d&#233;signait le travailleur en g&#233;n&#233;ral :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la profession de trente millions de Fran&#231;ais qui vivent de leur travail et qui sont priv&#233;s de leurs droits politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que Blanqui donnait &#224; la notion de prol&#233;taire Le m&#234;me sens que les d&#233;mocrates donnaient &#224; la notion de &#171; peuple &#187;. C'est l'opposition entre &#171; l'aristocratie de la richesse et le peuple &#187; ou bien entre &#171; la bourgeoisie et le peuple &#187;, qui caract&#233;rise la pens&#233;e sociale de cette p&#233;riode. L'impr&#233;cision dans les termes de cette opposition refl&#233;tait le niveau insuffisant du d&#233;veloppement capitaliste en France, le non-ach&#232;vement de l'&#233;volution industrielle. Comme nous le verrons plus loin, Blanqui confond &#171; prol&#233;taire &#187; et &#171; pauvres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis accus&#233;, poursuit Blanqui dans la m&#234;me d&#233;claration, d'avoir dit aux 30 millions de Fran&#231;ais, prol&#233;taires comme moi, qu'ils avaient le droit de vivre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En formulant une telle accusation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le minist&#232;re public ne s'est point adress&#233; &#224; votre &#233;quit&#233; et &#224; votre raison, mais &#224; vos passions et &#224; vos int&#233;r&#234;ts, dit Blanqui aux juges. Le minist&#232;re public vous a dit : vous voyez, c'est la guerre des pauvres contre les riches : tous ceux qui poss&#232;dent sont int&#233;ress&#233;s &#224; repousser l'invasion. Nous vous amenons vos ennemis ; frappez-les avant qu'ils ne deviennent plus redoutables. Oui, Messieurs, ceci est la guerre entre les riches et les pauvres ; les riches... sont les agresseurs, seulement ils trouvent mauvais que les pauvres fassent r&#233;sistance... On ne cesse de d&#233;noncer les pauvres comme des voleurs pr&#234;ts &#224; se jeter sur les propri&#233;t&#233;s. [Les riches, ce sont] de l&#233;gitimes possesseurs menac&#233;s du pillage par une avide populace...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui donc sont ces &#171; l&#233;gitimes possesseurs &#187; ? Qui sont les &#171; voleurs &#187; ? Les &#171; l&#233;gitimes possesseurs &#187;, ce sont les&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;privil&#233;gi&#233;s qui vivent grassement de la sueur du prol&#233;taire ... ; ce sont deux ou trois cent mille oisifs qui d&#233;vorent paisiblement les milliards pay&#233;s par les voleurs. [Et les &#171; voleurs &#187; ?] Trente millions de Fran&#231;ais qui paient au fisc un milliard et demi, et une somme &#224; peu pr&#232;s &#233;gale aux privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, poursuivait Blanqui, le gouvernement actuel n'a point d'autre base que cette inique r&#233;partition des charges et des b&#233;n&#233;fices,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'autre but que l'exploitation du pauvre par le riche. L'&#201;tat est une&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pompe aspirante et foulante qui foule la mati&#232;re appel&#233;e peuple pour en aspirer des milliards incessamment vers&#233;s dans les coffres de quelques oisifs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les moyens l&#233;gaux qui prot&#232;gent les int&#233;r&#234;ts, qui permettent d'agir sur l'opinion publique, sont entre les mains des privil&#233;gi&#233;s. Le peuple n'en a aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois sont faites par cent mille &#233;lecteurs, appliqu&#233;es par cent mille jur&#233;s, ex&#233;cut&#233;es par cent mille gardes nationaux... Or, ces &#233;lecteurs, ces jur&#233;s, ces gardes nationaux, ce sont les m&#234;mes individus, lesquels cumulent les fonctions les plus oppos&#233;es et se trouvent tout &#224; la fois l&#233;gislateurs, juges et soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente millions de prol&#233;taires restent en dehors de ce syst&#232;me que font-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils paient... [Mais comment] des hommes de c&#339;ur et d'intelligence... pourraient-ils demeurer indiff&#233;rents... aux souffrances des prol&#233;taires... ? Leur devoir est d'appeler les masses &#224; briser un joug de mis&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; prendre les affaires politiques entre leurs mains. Le peuple veut faire et il fera les lois qui doivent le r&#233;gir ; alors ces lois ne seront plus faites contre lui ; elles seront faites pour lui, parce qu'elles le seront par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion &#224; laquelle Blanqui conduit ses auditeurs est claire : pour supprimer les maux de la soci&#233;t&#233;, il est indispensable de cr&#233;er une d&#233;mocratie politique. Au cours de sa d&#233;claration, il ne fait pas de proposition de caract&#232;re socialiste ; mais la tendance socialiste est indiscutable. Il consid&#232;re comme but de la lutte l'&#233;tablissement de l'&#233;galit&#233; sociale ; mais, comme mesure concr&#232;te pour am&#233;liorer le sort des opprim&#233;s, il n'indique que la r&#233;forme des imp&#244;ts. Ceci est assur&#233;ment d&#251; au fait que Blanqui consid&#232;re na&#239;vement le syst&#232;me fiscal comme le m&#233;canisme essentiel qui permet aux riches de piller les pauvres. Ces imp&#244;ts &#171; pillards &#187; doivent &#234;tre supprim&#233;s et remplac&#233;s par un imp&#244;t qui &#171; devra s'emparer du superflu des oisifs &#187;, pour le r&#233;partir par &#171; un syst&#232;me de banques nationales &#187; (id&#233;e probablement inspir&#233;e par la propagande saint-simonienne) &#171; entre cette masse de gens indigents que le manque d'argent condamne &#224; l'inaction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours du 2 f&#233;vrier 1832, Blanqui a caract&#233;ris&#233; de mani&#232;re plus concr&#232;te les forces de classes en lutte dans la France de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se dissimuler qu'il y a guerre &#224; mort entre les classes qui composent la nation... le parti vraiment national, celui auquel les patriotes doivent se rallier, c'est le parti des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la France de son temps, Blanqui constate l'existence de trois int&#233;r&#234;ts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui de la classe dite tr&#232;s &#233;lev&#233;e, celui de la classe moyenne ou bourgeoise, enfin celui du peuple... En 1814 et 1815, la classe bourgeoise fatigu&#233;e de Napol&#233;on, surtout parce que la guerre... nuisait &#224; sa tranquillit&#233; et emp&#234;chait le commerce d'aller, re&#231;ut les soldats &#233;trangers en lib&#233;rateurs et les Bourbons comme les envoy&#233;s de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les Bourbons r&#233;compens&#232;rent-ils la bourgeoisie &#171; par la Charte &#187;. Par le moyen de la Charte, la haute soci&#233;t&#233; et les grands propri&#233;taires, d'une part, la classe moyenne, d'autre part, se partageaient entre elles le pouvoir. &#171; Le peuple fut mis de c&#244;t&#233;. &#187; &#171; Priv&#233; de chefs &#187;, d&#233;moralis&#233; par la d&#233;faite, il se taisait. La bourgeoisie a pr&#234;t&#233; son appui aux Bourbons jusqu'en 1825. Mais, par la suite, Charles X,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se croyant assez fort sans les bourgeois voulut proc&#233;der &#224; leur exclusion, comme on avait fait pour le peuple en 1815&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie devint furieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors commen&#231;a cette guerre de journaux et d'&#233;lections [men&#233;e par elle contre Charles X]. Mais les bourgeois combattaient au nom de la Charte, rien que pour la Charte... [Le peuple] restait spectateur silencieux de la querelle ; et chacun sait bien que ses int&#233;r&#234;ts ne comptaient pas dans les d&#233;bats survenus entre ses oppresseurs... en voyant ses ma&#238;tres se disputer, il &#233;piait en silence le moment de s'&#233;lancer sur le champ de bataille et de mettre les parties d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, dans cette lutte entre la bourgeoisie et le gouvernement, la victoire commen&#231;a &#224; pencher vers la premi&#232;re, Charles X r&#233;solut de faire un coup d'&#201;tat. Il d&#233;cr&#233;ta la dissolution de la Chambre des d&#233;put&#233;s et mena&#231;a de se servir de la force arm&#233;e. Les royalistes se montraient s&#251;rs d'eux, et la bourgeoisie &#233;tait prise de panique. Ni l'une, ni l'autre partie ne s'attendait &#224; l'intervention du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le peuple se dressa, r&#233;veill&#233; d'un sommeil qui avait dur&#233; quinze ans, une frayeur plus grande encore saisit les bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers des d&#233;bris, des flammes et de la fum&#233;e, sur le cadavre de la royaut&#233;, le peuple leur appara&#238;t debout, debout comme un g&#233;ant, le drapeau tricolore &#224; la main ; ils demeurent frapp&#233;s de stupeur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ils avaient redout&#233; la victoire de Charles X et ils avaient trembl&#233; devant ses cons&#233;quences. Ensuite, quand le peuple triompha, contre toute attente, les bourgeois furent stup&#233;faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces jours o&#249; le peuple fut si grand, les bourgeois ont &#233;t&#233; ballott&#233;s entre deux peurs, celle de Charles X d'abord et celle des ouvriers ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment se fait-il qu'une r&#233;v&#233;lation si soudaine et si redoutable de la force des masses soit demeur&#233;e st&#233;rile ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Cette r&#233;volution] devait marquer la fin du r&#233;gime exclusif de la bourgeoisie, ainsi que l'av&#232;nement des int&#233;r&#234;ts de la puissance populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#171; n'a-t-elle eu d'autre r&#233;sultat que d'&#233;tablir le despotisme de la classe moyenne &#187; ? C'est que &#171; le peuple n'a pas su profiter de sa victoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat fut si court que ses chefs naturels, ceux qui auraient donn&#233; cours &#224; sa victoire, n'eurent pas le temps de sortir de la foule ! [Le peuple accordait sa confiance &#224; ceux] qui avaient figur&#233; en t&#234;te de la bourgeoisie dans la lutte parlementaire contre les Bourbons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire une fois remport&#233;e, le peuple rentra &#171; dans ses ateliers &#187; ; la bourgeoisie entra dans l'ar&#232;ne. N'osant, par crainte du peuple, r&#233;tablir Charles X, elle proclama roi un autre Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe moyenne qui s'est cach&#233;e pendant le combat et qui l'a d&#233;sapprouv&#233;... a escamot&#233; le fruit de la victoire remport&#233;e malgr&#233; elle. Le peuple, qui a tout fait, reste z&#233;ro comme devant. [Mais il est entr&#233; malgr&#233; tout sur la sc&#232;ne] il n'en a pas moins fait acte de ma&#238;tre... C'est d&#233;sormais entre la classe moyenne et lui que va se livrer une guerre acharn&#233;e. Ce n'est plus entre les hautes classes et les bourgeois ; ceux-ci auront m&#234;me besoin d'appeler &#224; leur aide leurs anciens ennemis pour mieux lui r&#233;sister, pour r&#233;sister &#224; l'offensive mena&#231;ante des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur du peuple, le d&#233;sir de trouver un soutien dans l'aristocratie d&#233;terminent toute la politique du gouvernement de Louis-Philippe ; r&#233;actionnaire en toutes ses manifestations, ce gouvernement &#171; copie la Restauration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux principes divisent la France, le principe de la l&#233;gitimit&#233; et celui de la souverainet&#233; du peuple &#187;, d&#233;clare Blanqui, en conclusion de son aper&#231;u historique. &#171; Il n'y a pas de troisi&#232;me drapeau, de terme moyen. &#187; Tous ceux qui d&#233;noncent &#171; l'anarchie &#187; et qui soutiennent &#171; la vieille organisation du pass&#233; &#187; se groupent autour du drapeau de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe de la souverainet&#233; du peuple rallie tous les hommes d'avenir, les masses qui, fatigu&#233;es d'&#234;tre exploit&#233;es, cherchent &#224; briser ces cadres clans lesquels elles se sentent &#233;touffer .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, dans ce discours aussi, les groupes sociaux sont assez mal d&#233;finis ; et on n'y rencontre pas non plus un expos&#233; des mesures concr&#232;tes qui permettraient aux masses de se lib&#233;rer de l'exploitation. &#192; d&#233;faut, l'attention de Blanqui se concentre sur le but politique de la lutte : l'&#233;tablissement de la souverainet&#233; du peuple. Mais les tendances &#233;galitaires, communes &#224; presque tous les d&#233;mocrates de cette &#233;poque, &#233;taient aussi celles de Blanqui ; il est tr&#232;s probable que, d&#232;s 1832, il avait une certaine sympathie pour le socialisme. Il n'est pas douteux qu'il ait connu, avant m&#234;me la R&#233;volution de 1830, les &#339;uvres des saint-simoniens et le livre de Buonarroti : La Conspiration pour l'&#201;galit&#233;. En tout cas, au d&#233;but de 1834, ses convictions socialistes avaient d&#233;j&#224; pris forme. Dans un article &#233;crit cette m&#234;me ann&#233;e, et qu'il avait destin&#233; au journal Le Lib&#233;rateur, Blanqui se prononce non seulement contre l'in&#233;galit&#233;, mais aussi contre les grossi&#232;res recettes de l'&#233;galitarisme pour lutter contre le mal social ; il leur oppose le principe de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux sources de la richesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'intelligence et le travail, l'&#226;me et la vie de l'humanit&#233;, &#233;crit-il. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu'&#224; l'aide d'un &#233;l&#233;ment passif, le sol, qu'elles mettent en &#339;uvre par leurs efforts combin&#233;s... Cet instrument indispensable devrait appartenir &#224; tous les hommes. Il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre est devenue propri&#233;t&#233; particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des individus se sont empar&#233;s par ruse ou par violence de la terre commune, et, s'en d&#233;clarant les possesseurs, ils ont &#233;tabli par des lois qu'elle serait &#224; jamais leur propri&#233;t&#233;... Ce droit de propri&#233;t&#233; s'est &#233;tendu... du sol &#224; d'autres instruments, produits accumul&#233;s du travail d&#233;sign&#233;s par le nom g&#233;n&#233;rique de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tablissement de la propri&#233;t&#233; a engendr&#233; un conflit entre &#171; les droits humains m&#234;me celui de vivre &#187; et &#171; le privil&#232;ge du petit nombre ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les capitaux st&#233;riles d'eux-m&#234;mes ne fructifient que par la main-d'&#339;uvre et que, d'un autre c&#244;t&#233;, ils sont n&#233;cessairement la mati&#232;re premi&#232;re &#339;uvr&#233;e par les forces sociales, la majorit&#233;, exclue de leur possession, se trouve condamn&#233;e aux travaux forc&#233;s, au profit de la minorit&#233; poss&#233;dante... La cons&#233;quence logique d'une telle organisation, c'est l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le principe d'&#233;galit&#233;, grav&#233; au fond des c&#339;urs et qui conspire, avec les si&#232;cles, &#224; d&#233;truire sous toutes ses formes l'exploitation de l'homme par l'homme, porta le premier coup au droit sacril&#232;ge de propri&#233;t&#233;, en brisant l'esclavage domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esclaves, propri&#233;t&#233; &#171; &#224; titre de meuble &#187;, ont &#233;t&#233; transform&#233;s en serfs, &#171; propri&#233;t&#233; immeuble annexe et ins&#233;parable de l'immeuble territorial &#187;. Mais l'esclavage existe encore de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La servitude, en effet, ne consiste pas seulement &#224; &#234;tre la chose de l'homme, ou le serf de la gl&#232;be. Celui-l&#224; n'est pas libre qui, priv&#233; des instruments de travail, demeure &#224; la merci des privil&#233;gi&#233;s qui en sont d&#233;tenteurs... &#171; La transmission h&#233;r&#233;ditaire du sol et des capitaux place les citoyens sous le joug des propri&#233;taires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'ouvrier est pire que celle des n&#232;gres esclaves dans les plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'ouvrier n'est pas un capital &#224; m&#233;nager comme l'esclave ; sa mort n'est pas une perte, il y a toujours concurrence pour le remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pauvre, poursuit Blanqui, ne conna&#238;t pas la source de ses maux. L'ignorance, fille de l'asservissement, fait de lui un instrument docile des privil&#233;gi&#233;s... Si &#224; Lyon il [le prol&#233;tariat] s'est lev&#233; comme un seul homme, c'est que l'antagonisme flagrant des int&#233;r&#234;ts ne permettait plus l'illusion &#224; l'aveuglement m&#234;me le plus obstin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est grosse de r&#233;voltes. Le sentant bien, les d&#233;fenseurs de l'ordre s'&#233;vertuent &#224; pr&#234;cher&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la communaut&#233; des int&#233;r&#234;ts et, par suite, la solidarit&#233; entre le capitaliste et le travailleur... Ces hom&#233;lies trouvent encore des dupes, mais peu. Chaque jour fait plus vive la lumi&#232;re sur cette pr&#233;tendue association du parasite et de sa victime. Les faits ont leur &#233;loquence ; ils prouvent le duel, le duel &#224; mort entre le revenu et le salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui est convaincu que, au bout de cette lutte, la victoire restera non aux oisifs, mais aux travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, ajoute-t-il, le droit de propri&#233;t&#233; d&#233;cline... Il dispara&#238;tra un jour avec les derniers privil&#232;ges qui lui servent de refuge et de r&#233;duit... L'humanit&#233; n'est jamais stationnaire. Elle avance ou recule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche r&#233;trograde remonterait jusqu'&#224; l'esclavage personnel, dernier mot du droit de propri&#233;t&#233;. La marche progressive la conduit &#224; l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite, explique Blanqui en conclusion de cet article, que l'&#233;galit&#233; n'est pas le partage agraire. Le morcellement infini du sol ne changerait rien, dans le fond, au droit de propri&#233;t&#233;... La richesse provenant de la possession des instruments de travail plut&#244;t que du travail lui-m&#234;me, le g&#233;nie de l'exploitation rest&#233; debout saurait bient&#244;t, par la reconstruction des grandes fortunes, restaurer l'in&#233;galit&#233; sociale. L'association, substitu&#233;e &#224; la propri&#233;t&#233; individuelle, fondera seule le r&#232;gne de la justice par l'&#233;galit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On distingue, dans cet article, une certaine influence de la th&#233;orie saint-simonienne sur Blanqui. Principalement, l'id&#233;e que le progr&#232;s consiste dans la substitution des formes d'exploitation. Il est possible que la notion de la soci&#233;t&#233; future pr&#233;sent&#233;e sous l'aspect de l'association rel&#232;ve aussi de cette influence, bien que la propagande de Fourier et de ses disciples ait jou&#233; un r&#244;le important dans la diffusion de l'id&#233;e d'association. Tout en notant les influences des &#233;coles utopiques du d&#233;but du XIXe si&#232;cle qui ont pu s'exercer sur Blanqui, il est indispensable d'indiquer imm&#233;diatement qu'il est toujours rest&#233; &#233;tranger &#224; l'utopisme pacifique, &#224; la teinte religieuse de ces th&#233;ories. En assimilant telle ou telle id&#233;e de Saint-Simon ou de Fourier, il les reliait aux traditions r&#233;volutionnaires du babouvisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#234;me article de 1834, il est encore un trait qui m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; : c'est la fa&#231;on de pr&#233;senter le travailleur salari&#233; dans le r&#233;gime capitaliste. La caract&#233;ristique est &#233;videmment tr&#232;s abstraite. Nous pouvons en trouver de semblables, d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle (par exemple, chez Linguet). Toutefois, Blanqui fait un certain pas en avant. Il en vient &#224; pr&#233;ciser la notion de &#171; prol&#233;taire &#187; ; il tend &#224; comprendre le r&#244;le de la v&#233;ritable force sociale qui porte en elle la soci&#233;t&#233; future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons remarqu&#233;, Blanqui n'est jamais parvenu &#224; la pleine clart&#233; sur cette question. Nul doute que ce pas en avant dans le d&#233;veloppement de ses opinions sociales, il l'effectua sous la pression de la r&#233;alit&#233; environnante, sous l'impulsion qu'il re&#231;ut du d&#233;veloppement de la lutte de classe du prol&#233;tariat fran&#231;ais, de la lutte des ouvriers lyonnais dont il parle dans son article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1834 peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'ann&#233;e tournante de la France r&#233;volutionnaire sous la monarchie de Juillet. En 1834, apr&#232;s l'&#233;crasement des insurrections lyonnaise et parisienne, sous l'oppression accrue de l'&#201;tat, les repr&#233;sentants de la bourgeoisie et des intellectuels bourgeois, qui avaient jou&#233; un r&#244;le important dans les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, s'&#233;cart&#232;rent des organisations r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes qui se reforment alors recrutent leurs membres, presque exclusivement, dans les milieux ouvriers et de la petite bourgeoisie, les plus proches du prol&#233;tariat. Dans ces nouvelles soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, les Familles, les Saisons, Blanqui est port&#233; aux postes dirigeants. Nous ne pouvons conna&#238;tre les opinions profess&#233;es par Blanqui que par les formulaires d'initiation de ces soci&#233;t&#233;s. Sans doute, il n'&#233;tait pas le seul &#224; participer &#224; leur r&#233;daction, mais il en acceptait assur&#233;ment les id&#233;es fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces documents exposent d'abord que le gouvernement cristant &#171; fonctionne dans l'int&#233;r&#234;t d'un petit nombre de privil&#233;gi&#233;s &#187;. Avant 1830, c'&#233;tait l'aristocratie de naissance ; lorsque celle-ci fut renvers&#233;e en 1830, ce fut l'aristocratie des riches qui prit sa place :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hommes d'argent, banquiers, fournisseurs, monopoleurs... en un mot les exploiteurs qui s'engraissaient aux d&#233;pens du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Le peuple, c'est-&#224;-dire l'ensemble de ceux qui travaillent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comment est-il trait&#233; par les lois ? Il est trait&#233; en esclave... Le sort du prol&#233;taire est semblable &#224; celui du serf et du n&#232;gre ; sa vie n'est qu'un long tissu de mis&#232;res, de fatigues et de souffrances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renverser le gouvernement en place doit &#234;tre le but final de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il faire une r&#233;volution politique ou une r&#233;volution sociale ? Il faut faire une r&#233;volution sociale. Faut-il se contenter de renverser la royaut&#233; ? Il faut d&#233;truire les aristocraties quelconques, les privil&#232;ges quelconques ; autrement ce ne serait rien faire. Que devons-nous mettre &#224; sa place ? Le gouvernement du peuple par lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le peuple ne peut prendre le pouvoir en main&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;imm&#233;diatement apr&#232;s la r&#233;volution. L'&#233;tat social &#233;tant gangren&#233;, pour passer &#224; un &#233;tat sain, il faut des rem&#232;des h&#233;ro&#239;ques ; le peuple aura besoin, pendant quelque temps, d'un pouvoir r&#233;volutionnaire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents que nous venons de pr&#233;senter, tout comme la d&#233;claration de Blanqui en 1832, ne nous apportent pas de r&#233;ponse claire concernant les buts sociaux de la r&#233;volution, bien qu'elle soit d&#233;finie comme une r&#233;volution sociale. Sous ce rapport, on se limite seulement &#224; des formules g&#233;n&#233;rales : l'&#233;galit&#233; doit &#234;tre la base de la soci&#233;t&#233; ; l'existence de chaque membre de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre assur&#233;e, &#224; condition qu'il soit un travailleur ; tous les membres de la soci&#233;t&#233; ont des droits &#233;gaux, et les m&#234;mes devoirs. La contradiction entre l'aristocratie de la richesse et &#171; le peuple &#187;, consid&#233;r&#233; comme l'ensemble des travailleurs, appara&#238;t comme l'opposition fondamentale de la soci&#233;t&#233;. L'exigence d'une dictature r&#233;volutionnaire que Blanqui a re&#231;ue du babouvisme, et qui est au c&#339;ur de sa conception du processus r&#233;volutionnaire, est la particularit&#233; importante du document. On doit cependant remarquer que cette dictature, dans son id&#233;e, est la dictature d'une organisation r&#233;volutionnaire et non pas la dictature de laclasse r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mai 1839, la Soci&#233;t&#233; des Saisons, dont Blanqui &#233;tait l'un des chefs, essaya de provoquer un soul&#232;vement &#224; Paris. Cette tentative avait un caract&#232;re de conjuration. Le manifeste des insurg&#233;s appelait &#224; fonder le r&#232;gne de l'&#233;galit&#233; et &#224; abolir l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;risse enfin l'exploitation et que l'&#233;galit&#233; s'asseye triomphante sur les d&#233;bris confondus de la royaut&#233; et de l'aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la classe ouvri&#232;re, seule, pouvait se soulever au nom de tels principes. Mais la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, en 1839, n'&#233;tait pas encore en &#233;tat de faire triompher une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de conjuration qu'avait adopt&#233;e la Soci&#233;t&#233; des Saisons &#233;tant erron&#233;e, la tentative r&#233;volutionnaire de 1839 n'eut pas le succ&#232;s qu'elle aurait pu esp&#233;rer dans les conditions du d&#233;but de la monarchie de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lev&#233;s &#224; l'&#233;cole de la conjuration, li&#233;s par la stricte discipline qui lui est propre, ils partaient de cette id&#233;e qu'un nombre relativement petit d'hommes r&#233;solus et bien organis&#233;s &#233;tait capable, le moment venu, non seulement de s'emparer du pouvoir, mais aussi, en d&#233;ployant une grande &#233;nergie et de l'audace, de s'y maintenir assez longtemps pour r&#233;ussir &#224; entra&#238;ner la masse du peuple dans la R&#233;volution ,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a dit Engels en parlant des blanquistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caract&#232;res de conjuration, indiqu&#233;s par Engels, correspondaient &#224; l'immaturit&#233; de la conscience de classe du prol&#233;tariat ; ils se manifest&#232;rent avec une grande &#233;vidence dans le mouvement de 1839. Tout en appr&#233;ciant justement la valeur de la discipline et de l'organisation, les r&#233;volutionnaires de 1839 (et Blanqui avec eux) ne comprenaient pas que ces magnifiques qualit&#233;s ne sauraient assurer le succ&#232;s que lorsque l'organisme qui les poss&#232;de est &#233;troitement li&#233; aux masses de la classe ouvri&#232;re et lorsqu'il se pr&#233;sente comme le repr&#233;sentant et le chef naturel des masses ouvri&#232;res. La Soci&#233;t&#233; des Saisons n'avait pas cette liaison ; elle ne l'avait pas m&#234;me avec les ouvriers parisiens, pour ne pas parler de l'ensemble du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Les masses ne sortirent pas dans la rue le 12 mai 1839 et le coup de force des groupes isol&#233;s de conjur&#233;s fut facilement r&#233;prim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arrestation de Blanqui s'ensuivit (14 octobre 1839), apr&#232;s six mois de vaines recherches polici&#232;res ; elle arracha Blanqui des rangs des r&#233;volutionnaires jusqu'&#224; la r&#233;volution de 1848. Ces ann&#233;es d'emprisonnement ne furent pas, pour lui, des ann&#233;es inf&#233;condes. Il rentra dans l'action en lutteur incomparablement plus m&#251;r sur le terrain politique, capable de saisir souvent les solutions pratiques qui correspondaient le mieux aux int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Mais il demeurait comme auparavant impropre &#224; cr&#233;er une th&#233;orie socialiste &#233;clairant scientifiquement la voie vers le triomphe du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution en apparence victorieuse, Blanqui montra le danger qui mena&#231;ait la jeune R&#233;publique. Il constatait l'existence de deux tendances dans le processus de la lutte, l'une &#171; pour la r&#233;publique &#233;galitaire &#187;, l'autre &#171; pour le constitutionnalisme bourgeois &#187;. Toute son activit&#233;, toutes ses d&#233;clarations &#233;taient dirig&#233;es vers un seul but : lutter contre la r&#233;action bourgeoise qui mena&#231;ait de d&#233;truire les r&#233;sultats de la victoire populaire de F&#233;vrier. Blanqui formula nettement le but final de la lutte, dans le discours qu'il pronon&#231;a le 31 mars &#224; la Soci&#233;t&#233; R&#233;publicaine Centrale, qu'il avait organis&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique pour nous, d&#233;clare Blanqui en pr&#233;cisant le contenu de cette &#171; R&#233;publique &#233;galitaire &#187;, c'est l'&#233;mancipation compl&#232;te des travailleurs. C'est l'av&#232;nement d'un ordre nouveau qui fera dispara&#238;tre la derni&#232;re forme de l'esclavage, le Prol&#233;tariat. La tyrannie du Capital est plus impitoyable que celle du sabre et de l'encensoir. La r&#233;volution de F&#233;vrier a eu pour but de la briser. Ce but est aussi celui de la Soci&#233;t&#233; R&#233;publicaine Centrale et chacun de ses membres s'engage &#224; le poursuivre jusqu'&#224; ce qu'il soit atteint .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui consid&#233;rait en premier lieu les ouvriers parisiens comme la force principale capable de mener la lutte pour la &#171; R&#233;publique &#233;galitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re intervention contre le gouvernement provisoire concerne la question du drapeau de la R&#233;publique. Au fond, il s'agissait pour lui d'un choix &#224; faire entre la voie &#171; &#233;galitaire &#187;et la voie &#171; bourgeoise &#187; de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau tricolore n'est pas le drapeau de la R&#233;publique ; il est celui de Louis-Philippe et de la monarchie... Il s'est baign&#233; vingt fois dans le sang des ouvriers. Le peuple a arbor&#233; les couleurs rouges sur les barricades de 48, comme il les avait arbor&#233;es sur celles de juin 1832, d'avril 1834, de mai 1839. Elles ont re&#231;u la double cons&#233;cration de la d&#233;faite et de la victoire. Ce sont d&#233;sormais les siennes... Leur chute est un outrage au peuple, une profanation de ses morts... D&#233;j&#224;, conclut Blanqui, la r&#233;action se d&#233;cha&#238;ne... Ouvriers ! c'est votre drapeau qui tombe. &#201;coutez-le bien ! La R&#233;publique ne tardera pas &#224; le suivre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s, le 2 mars, &#224; son club, Blanqui fit pr&#233;senter une adresse au gouvernement provisoire. L'adresse &#233;num&#233;rait les mesures que celui-ci devait prendre pour assurer la libert&#233; de la presse, le droit d'association et de r&#233;union. Il s'y trouve aussi deux paragraphes touchant directement les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et leur place dans la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe 8 r&#233;clame&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'organisation imm&#233;diate en garde nationale de tous les ouvriers... sans exception, avec indemnit&#233; de deux francs par jour pour chaque jour de service actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe 9 demande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'abrogation des articles 415 et 416 du Code p&#233;nal, ces articles interdisant les coalitions ouvri&#232;res .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne que mena Blanqui pour l'ajournement des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e Constituante pr&#233;sente un grand int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution, &#233;crit-il dans sa p&#233;tition du 17 mars, a seule la parole depuis cinquante ans... Le peuple ne sait pas, il faut qu'il sache...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, un jour, un mois sont insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que la lumi&#232;re se fasse presque dans les moindres hameaux... Et ne dites pas que nos craintes sont chim&#233;riques. Les &#233;lections, si elles s'accomplissent, seront r&#233;actionnaires... Le parti royaliste, le seul organis&#233; gr&#226;ce &#224; sa longue domination, va les ma&#238;triser par l'intrigue, la corruption, les influences sociales ; il sortira triomphant de l'urne ! [Mais] ce triomphe, ce serait la guerre civile, car Paris, le c&#339;ur et le cerveau de la France, Paris ne reculera pas devant le retour offensif du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissez, poursuit Blanqui,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aux sinistres cons&#233;quences d'un conflit entre la population parisienne et une assembl&#233;e qui croirait repr&#233;senter la nation et qui ne la repr&#233;senterait pas ; car le vote de demain sera une surprise et un mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Blanqui exigeait l'ajournement des &#233;lections, comme condition indispensable &#224; la r&#233;&#233;ducation politique des masses paysannes. En partant de la m&#234;me compr&#233;hension du rapport des forces sociales, il a montr&#233; avec une grande perspicacit&#233; l'importance politique de l'imp&#244;t des quarante-cinq centimes d&#233;cr&#233;t&#233; par le gouvernement provisoire ; cette mesure qui &#233;loignait les masses paysannes de la r&#233;volution, il la consid&#232;re comme &#171; la sentence de mort de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui comprenait que la bourgeoisie, effray&#233;e par la R&#233;volution, &#233;tait la principale force r&#233;actionnaire. Mais il d&#233;non&#231;ait avec une violence particuli&#232;re ceux qui, se donnant pour des d&#233;mocrates, trahissaient les int&#233;r&#234;ts du peuple et servaient la cause de la r&#233;action bourgeoise. En intervenant avec une fermet&#233; de plus en plus marqu&#233;e contre le gouvernement provisoire, Blanqui condamnait s&#233;v&#232;rement son aile gauche, la Montagne de 1848. Ces &#171; Montagnards &#187;, il les distinguait des Montagnards de 1793 par le fait qu'ils &#233;taient absolument d&#233;tach&#233;s des masses parisiennes. Il devinait aussi le sens de la cr&#233;ation de la Commission du Luxembourg : c'&#233;tait une man&#339;uvre de diversion destin&#233;e &#224; d&#233;tourner les ouvriers de l'action r&#233;volutionnaire. En 1851, faisant le bilan de l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire, Blanqui &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast.... Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes. La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine que ressentaient pour Blanqui non seulement les r&#233;actionnaires d&#233;clar&#233;s, mais aussi les hommes qui couvraient de phrases lib&#233;rales, d&#233;mocratiques et m&#234;me socialistes, leur servilit&#233; envers la r&#233;action est donc parfaitement naturelle. &#171; Toute la contre-r&#233;volution devient p&#226;le au seul nom de Blanqui &#187;, &#233;crivait Proudhon. Dans sa lutte contre l'ennemi le plus dangereux pour elle, contre l'homme le plus capable de grouper autour de lui les masses parisiennes, la r&#233;action ne recula devant aucune ignominie. Le 31 mars, &#224; Paris, fut publi&#233; un document qui pr&#233;tendait apporter la preuve que Blanqui aurait fait devant le juge d'instruction de Louis-Philippe un t&#233;moignage compromettant sur ses camarades de l'insurrection de 1839. Barb&#232;s, l'ancien camarade de Blanqui &#224; la Soci&#233;t&#233; des Saisons, apporta son adh&#233;sion, &#224; cette campagne de mensonges. Blanqui d&#233;mentit cette calomnie, mais elle jeta un certain trouble dans les rangs de ses partisans. Le 26 mai, Blanqui fut arr&#234;t&#233; pour avoir particip&#233; &#224; la manifestation du 15 mai ; pendant les journ&#233;es de juin, les ouvriers parisiens furent priv&#233;s de leur guide le plus fid&#232;le, et du chef qui avait le plus d'autorit&#233;. Blanqui fut, &#224; nouveau et pour de nombreuses ann&#233;es, &#233;cart&#233; de la lutte directe pour la cause de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son action r&#233;volutionnaire de 1848 a &#233;t&#233; hautement appr&#233;ci&#233;e par Marx et Engels. Ils appelaient Blanqui un &#171; r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien &#187; . Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Marx a &#233;crit au sujet de la manifestation du 15 mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mai n'eut d'autre r&#233;sultat que d'&#233;loigner de la sc&#232;ne publique Blanqui et ses partisans, les communistes r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire les v&#233;ritables chefs du parti prol&#233;tarien .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde adresse du Comit&#233; central de la Ligue des Communistes, il &#233;tait indiqu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, le parti v&#233;ritablement prol&#233;tarien dont Blanqui est le chef s'est r&#233;uni &#224; nous .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'une de ses lettres, Marx &#233;crivait qu'il consid&#233;rait Blanqui &#171; comme la t&#234;te et le c&#339;ur du parti prol&#233;taire en France &#187;. En mars-avril 1850, Marx et Engels eurent des entrevues avec deux envoy&#233;s de Blanqui &#224; Londres ; ils conclurent avec eux un accord sur la base duquel &#233;taient reconnues, comme but commun, l'exclusion des classes privil&#233;gi&#233;es du pouvoir politique et la soumission de ces classes &#224; la dictature du prol&#233;tariat jusqu'&#224; la r&#233;alisation du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1848, dans sa prison, jusqu'&#224; l'amnistie de 1859, Blanqui continuait, malgr&#233; tout, &#224; &#339;uvrer pour la R&#233;volution, en cherchant &#224; maintenir la liaison avec les amis laiss&#233;s en libert&#233;, en leur adressant des lettres pour diriger leurs activit&#233;s, et des notes de caract&#232;re politique. Le 14 ao&#251;t 1870, Blanqui prit part &#224; la tentative malheureuse qui visait &#224; renverser le gouvernement de Napol&#233;on III, compromis par les d&#233;faites subies dans la guerre franco-prussienne. Apr&#232;s la chute de Napol&#233;on, Blanqui publia le journal La Patrie en danger, o&#249; il fit une ardente propagande en faveur de la d&#233;fense de la France, foyer de la r&#233;volution oppos&#233; au prussianisme r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers jours de la R&#233;publique, Blanqui commit une grave erreur politique, en appelant les masses &#224; soutenir sans condition le gouvernement provisoire bourgeois, au nom de la &#171; d&#233;fense de la Patrie &#187;. Il ne sut pas comprendre que ce gouvernement, contre-r&#233;volutionnaire dans son essence m&#234;me, redoutait plus les ouvriers fran&#231;ais arm&#233;s qu'il ne craignait l'occupation prussienne ; et que, pour cette raison, il &#233;tait tout &#224; fait incapable d'organiser la d&#233;fense, et qu'il &#233;tait, comme le disait Marx, non &#171; un gouvernement de d&#233;fense nationale, mais un gouvernement de d&#233;fection nationale &#187;. La suite des &#233;v&#233;nements obligea Blanqui &#224; abandonner cette position erron&#233;e et &#224; se prononcer &#233;nergiquement contre les politiciens bourgeois qui, par peur du mouvement r&#233;volutionnaire des masses, &#233;taient pr&#234;ts &#224; trahir leur pays, en faisant alliance avec Guillaume et Bismarck. Le 17 mars 1871, &#224; la veille de la proclamation de la Commune, Blanqui fut arr&#234;t&#233; pour avoir particip&#233; &#224; une tentative de soul&#232;vement contre le gouvernement provisoire, le 31 octobre 1870. &#201;lu membre de la Commune, il ne put prendre part &#224; son activit&#233;. Apr&#232;s sa lib&#233;ration en 1879, Blanqui, malgr&#233; ses soixante-quatorze ans, reprit la lutte politique, &#224; laquelle seule sa mort mit un terme, le 1er janvier 1881.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui n'a pas laiss&#233; d'expos&#233; syst&#233;matique de ses id&#233;es politiques, sociales et philosophiques. Son h&#233;ritage litt&#233;raire consiste en articles de journaux sur diverses questions de philosophie et de politique, en un tr&#232;s grand nombre de manuscrits disparates et qui restent encore, pour la plupart, in&#233;dits. Toutefois, l'&#233;tude comparative de ces articles, notes et &#233;crits permet de r&#233;tablir assez s&#251;rement les positions th&#233;oriques qui inspiraient son activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux tendances principales du socialisme utopique fran&#231;ais au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, le fouri&#233;risme et le saint-simonisme par leurs principes philosophiques g&#233;n&#233;raux, touchaient &#224; l'id&#233;alisme. Les aspirations religieuses &#233;taient le propre de l'une et de l'autre &#233;cole, bien que ces aspirations diff&#233;rassent du christianisme officiel. Certains communistes utopistes, &#224; cette m&#234;me &#233;poque, ne s'&#233;taient pas lib&#233;r&#233;s, non plus, de ces tendances religieuses. Buonarroti, le propagandiste du communisme r&#233;volutionnaire, &#224; tradition babouviste, continuait Rousseau et Robespierre, d&#233;fendait l'id&#233;e d'une religion civique et consid&#233;rait que la croyance en l'&#202;tre supr&#234;me et en l'immortalit&#233; de l'&#226;me &#233;taient indispensables pour le progr&#232;s et l'affermissement de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme est &#233;tranger &#224; la conception du monde de Blanqui ; il reste un adepte logique des mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, avec tous leurs c&#244;t&#233;s faibles et forts. Pour lui le spiritualisme n'est pas seulement &#171; une erreur philosophique ; il est un crime politique et social &#187;. En effet, le spiritualisme est &#171; le p&#232;re de toutes les religions &#187; et les religions sont &#171; la source de l'ignorance, de l'exploitation, de la mis&#232;re... &#187;. &#171; Le spiritualisme est la pierre angulaire &#171; de l'oppression, l'instrument par excellence de la tyrannie &#187;. Or la religion est l'alli&#233;e naturelle du conservatisme, car son essence est &#171; l'immobilisme &#187;, l'immutabilit&#233;. La religion interdit &#224; ses adeptes l'aspiration vers le progr&#232;s. &#171; Dieu &#187; est un mot qui sert &#224; masquer notre impuissance et notre ignorance. Ce mot &#171; pr&#233;tend tout expliquer, mais il n'explique rien et interdit toute explication &#187;. La religion condamne l'esprit et la volont&#233; &#224; la stagnation. Sit&#244;t que l'esprit humain cesse de comprendre, il dit : dieu. &#187; Ce mot a toujours &#171; tenu l'esprit humain &#224; la cha&#238;ne et s'efforce encore de l'y retenir toujours &#187;. Seule, la science, en renversant les obstacles qu'&#233;l&#232;ve la foi, peut conduire l'humanit&#233; par les voies de la connaissance et de l'action qui assureront sa grandeur et sa libert&#233;. La foi dit &#224; l'homme : &#171; &#192; genoux ! impie, on ne passe pas. La science lui dit froidement : L&#232;ve-toi et passons et l'homme passe &#187;. La connaissance signifie mouvement et vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples n'ont pas de plus cruel ennemi que la religion. Le christianisme et l'opium sont deux poisons identiques par leurs effets,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;crit Blanqui. En d&#233;tournant la pens&#233;e et l'action humaines de probl&#232;mes sociaux, terrestres, en les dirigeant vers le ciel, la religion rend l'homme indiff&#233;rent &#224; tout, sauf &#224; la vie future ; elle affaiblit sa lutte pour la justice. La lutte contre la religion occupe chez Blanqui une place aussi consid&#233;rable que chez les philosophes des &#171; lumi&#232;res &#187; au XVIIIe si&#232;cle. Il consid&#232;re que la premi&#232;re t&#226;che de la r&#233;volution doit &#234;tre de r&#233;duire &#224; n&#233;ant le monoth&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Blanqui d&#233;nonce le r&#244;le social des religions historiques, il n'en est pas moins s&#233;v&#232;re &#224; l'&#233;gard des faux messies du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs tentatives, dit-il, sont r&#233;trogrades par nature, bien qu'elles se dissimulent sous une fausse apparence de progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses n'ont pas besoin de ces caricatures du pass&#233;. Le trait commun de ces nouvelles religions, saint-simonisme, fouri&#233;risme, positivisme, est leur attitude n&#233;gative vis-&#224;-vis de la r&#233;volution. Toutes, elles la &#171; traitent en ennemie &#187; ; elles pr&#233;tendent la remplacer. Mais, en se s&#233;parant de la r&#233;volution, elles quittent in&#233;luctablement &#171; la route de l'avenir &#187; ; elles en viennent &#171; &#224; s'allier aux gouvernements du pass&#233; &#187; ; elles cherchent &#224; obtenir leur soutien, et elles &#171; ach&#232;tent ce triste secours par leurs outrages &#224; la r&#233;volution et &#224; ses d&#233;fenseurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Simoniens, fouri&#233;ristes, positivistes se sont montr&#233;s identiquement craintifs, flagorneurs, diplomates, mendiants vis-&#224;-vis des pouvoirs contre-r&#233;volutionnaires... On peut en retrouver les d&#233;bris au S&#233;nat, dans les conseils ou dans les auxiliaires du gouvernement imp&#233;rial (celui de Napol&#233;on III).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toutes les fantaisies religieuses et id&#233;alistes, Blanqui oppose le mat&#233;rialisme et l'ath&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation qui va prendre possession du monde est l'ath&#233;isme, l'univers incr&#233;&#233;, &#233;ternel, vivant par lui-m&#234;me, de sa propre force. Cette affirmation a pour base la science, et la science moderne est venue apporter et apporte chaque jour de nouveaux arguments &#224; l'appui de cette conclusion...[Les religions, sont] ma&#238;tresses encore aujourd'hui en apparence... [Mais d&#233;j&#224;] les dogmes sont morts pour toujours. Le monde est en marche, la science &#224; sa t&#234;te. L'&#233;croulement des religions est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme ses ma&#238;tres en philosophie, Helv&#233;tius et d'Holbach, Blanqui n'&#233;tait pas en mesure de s'&#233;lever &#224; la compr&#233;hension mat&#233;rialiste dialectique du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Les lois des ph&#233;nom&#232;nes de la vie sociale lui paraissaient sans liaison avec les progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; humaine, avec le perfectionnement des rapports sociaux, comme r&#233;sultats de l'activit&#233; consciente des hommes. Le mot &#171; loi &#187;, &#233;crivait-il, n'a de sens que par rapport &#224; la nature ; ce qu'on nomme &#171; loi &#187;, r&#232;gle immuable, est incompatible avec la raison et la volont&#233;. L&#224; o&#249; l'homme agit, il n'y a point place pour la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine Blanqui est en retard sur Saint-Simon et Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui consid&#233;rait le processus historique comme un mouvement progressif. Mais ce sont la raison et la volont&#233;, la pens&#233;e et l'exp&#233;rience de l'homme qui lui conf&#232;rent ce caract&#232;re progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne s'est improvis&#233; dans l'histoire des hommes... L'humanit&#233; n'a franchi que par des transitions insensibles les &#233;tapes sans nombre qui s&#233;parent son berceau de son &#226;ge viril... Les r&#233;volutions elles-m&#234;mes, avec leurs apparences si brusques, ne sont que la d&#233;livrance d'une chrysalide. Elles avaient grandi lentement sous l'enveloppe rompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont &#171; bien diff&#233;rentes de la conqu&#234;te, invasion brutale d'une force ext&#233;rieure &#187;... L'&#233;volution int&#233;rieure d'une race, d'une peuplade n'offre rien de pareil ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elle s'accomplit par degr&#233;s, sans trouble sensible comme le d&#233;veloppement d'une plante... Chaque si&#232;cle a son organisme et son existence propres, faisant partie de la vie g&#233;n&#233;rale de l'humanit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui ne laisse pas de comprendre l'importance des rapports &#233;conomiques dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Il souligne fr&#233;quemment que les luttes qui se produisent dans la soci&#233;t&#233; sont d&#233;termin&#233;es par des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, que les id&#233;es et principes expriment ces int&#233;r&#234;ts. Mais dans la complexit&#233; des forces qui agissent dans l'histoire des hommes, il attribue au d&#233;veloppement des connaissances, &#224; l'instruction, au perfectionnement de la raison humaine le r&#244;le de moteur principal dans le progr&#232;s de l'humanit&#233;. La philosophie, d&#233;clare-t-il, dirige le monde : c'est son axiome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu fondamental de l'histoire des soci&#233;t&#233;s est pour Blanqui la marche vers le communisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; a commenc&#233; par l'individualisme absolu, et, &#224; travers une longue s&#233;rie de perfectionnements, elle doit aboutir &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rejette de fa&#231;on d&#233;cisive l'id&#233;e du communisme primitif, du communisme &#171; des premiers &#226;ges de l'humanit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est faux que le communisme ait jamais &#233;t&#233; l'enfance d'une soci&#233;t&#233; quelconque. Ces assertions sont diam&#233;tralement le contraire de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le non-partage des terres &#187; n'est pas le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi bon partager ce qu'on ne cultive pas ? C'est comme si on disait les peuples actuels communistes parce qu'ils ne divisent pas la mer en lots particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le communisme, mais l'individualisme qui est &#171; la premi&#232;re force de la soci&#233;t&#233;. Son r&#232;gne est celui de l'ignorance, de la sauvagerie &#187;. Les sauvages sont extr&#234;mement individualistes. Le communisme est incompatible avec l'ignorance ; il est le dernier mot de la science sociale, &#171; le terme final de l'association. Chaque pas dans cette voie est la cons&#233;quence d'un progr&#232;s dans l'instruction &#187;, du travail de la raison humaine. Les arr&#234;ts dans cette voie sont provoqu&#233;s par les retards dans le d&#233;veloppement de la raison. Ainsi le progr&#232;s a &#233;t&#233; retard&#233;, interrompu par le christianisme. Le communisme se r&#233;alisera&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par le triomphe absolu des lumi&#232;res. Il en sera la suite in&#233;luctable, l'expression sociale et politique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons parl&#233; d'une influence possible du saint-simonisme sur la pens&#233;e de Blanqui relativement &#224; l'histoire. Manifestement, cette influence ne fut pas tr&#232;s profonde. En tout cas, la p&#233;riodisation historique de Blanqui diff&#232;re grandement de celle des saints simoniens. Chez Blanqui, l'apparition de la division du travail s&#233;pare nettement deux p&#233;riodes diff&#233;rentes de l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines . Avant la division du travail, l'individualisme conserve ses traits fondamentaux -isolement &#233;conomique de chaque famille ; les hommes ne connaissent pas l'&#233;change ; chaque famille produit elle-m&#234;me tout ce qui est n&#233;cessaire. Mais, au cours de cette &#233;poque d'&#233;conomie par groupes isol&#233;s, l'humanit&#233; traverse trois phases de d&#233;veloppement : Premi&#232;re phase &#8211; l'&#226;ge de la pierre. L'homme, isol&#233; de ses semblables, ne conna&#238;t pas d'autre lien social que la famille. Deuxi&#232;me phase : suite de l'&#226;ge de la pierre et commencement de l'&#226;ge du bronze ; rapprochement des hommes par tribus. Ils vivent de l'&#233;levage et de la chasse ; la terre reste commune. Point de culture encore, ni d'appropriation du sol. &#201;bauche de gouvernement, une hi&#233;rarchie, un ou plusieurs chefs. La troisi&#232;me phase : &#226;ge du bronze, &#226;ge du fer. Les hommes passent au travail de la terre qui suit l'appropriation du sol. Du point de vue historique, selon Blanqui,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce pas apparent vers l'individualisme est au contraire un progr&#232;s sensible de l'association parmi les hommes et un acheminement vers la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode apparaissent le pouvoir politique et social de la monarchie et de l'aristocratie, les castes, les rapports de vassalit&#233;. Mais il n'y a &#171; ni &#233;change, ni monnaie, ni par cons&#233;quent exploitation capitaliste &#187;, conclut-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division du travail introduit une importante nouveaut&#233; dans la vie de l'humanit&#233; ; elle &#233;l&#232;ve le rendement, am&#233;liore la qualit&#233; de la production. Elle d&#233;truit l'isolement des individus et &#233;tablit un nouveau principe : &#171; chacun travaillera pour tous, tous pour chacun &#187;. Mais ce progr&#232;s indiscutable est pay&#233; du &#171; sacrifice de l'ind&#233;pendance individuelle &#187;, de &#171; l'esclavage r&#233;ciproque sous l'apparence de solidarit&#233; &#187;. L'abandon de l'ind&#233;pendance personnelle n'est ni spontan&#233;, ni conscient. &#171; Personne ne l'aurait consenti. &#187; Pas un homme n'aurait accept&#233; d'&#233;changer le sentiment de la libert&#233; personnelle... contre le collier dor&#233; de la civilisation &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de la division du travail n'a d&#251; remplacer l'isolement individuel que par une s&#233;rie de transformations r&#233;parties sur une p&#233;riode immense. Chaque pas dans cette voie &#233;tait applaudi comme une victoire attendue, d&#233;sir&#233;e, et le changement s'est ainsi op&#233;r&#233; peu &#224; peu, &#224; travers une longue suite de g&#233;n&#233;rations sans froissement de m&#339;urs, d'habitudes, ni m&#234;me de pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la consolidation du principe de la division du travail,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; repose sur l'&#233;change... Or, si le troc en nature suffisait aux temps primitifs, alors que la consommation portait sur un tr&#232;s petit nombre d'objets, tous de n&#233;cessit&#233; absolue, il devenait radicalement impossible entre les milliers de produits d'une industrie perfectionn&#233;e. Un interm&#233;diaire &#233;tait donc indispensable. Les qualit&#233;s sp&#233;ciales des m&#233;taux pr&#233;cieux ont d&#251; les d&#233;signer de bonne heure &#224; l'attention publique. Car l'origine de la monnaie remonte &#224; des &#233;poques inconnues. Ce qui nous touche c'est l'exp&#233;rience acquise que les services rendus par le num&#233;raire ont &#233;t&#233; pay&#233;s bien cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Car] la condition fondamentale de l'&#233;change, c'est l'&#233;quivalence des objets &#233;chang&#233;s ; [c'est la loi m&#234;me de l'&#233;change]. Si cette loi avait &#233;t&#233; observ&#233;e, l'usage de la monnaie e&#251;t &#233;t&#233; f&#233;cond en bienfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Au contraire, cet usage] a enfant&#233; un cruel abus... Il a cr&#233;&#233; l'usure, l'exploitation capitaliste et ses fines sinistres, l'in&#233;galit&#233;, la mis&#232;re .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand naquit la monnaie, d&#233;clare Blanqui, deux proc&#233;d&#233;s s'offraient aux hommes pour l'emploi de ce moyen d'&#233;change : la fraternit&#233;, l'&#233;go&#239;sme. La droiture e&#251;t conduit rapidement &#224; l'association int&#233;grale... Bient&#244;t les exigences d'une industrie plus avanc&#233;e auraient d&#233;termin&#233; la coop&#233;ration des activit&#233;s particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#233;go&#239;stes, les hommes de rapine ont rapidement compris la puissance de l'argent ; ils ont saisi l'importance que pouvait avoir la possession &#171; de cette lampe merveilleuse &#187;. Le &#171; vampirisme &#187; de ces hommes a conduit la soci&#233;t&#233; sur la voie de l'&#233;go&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation du capital s'est op&#233;r&#233;e non par l'association, mais par l'accaparement individuel, aux d&#233;pens de la masse, au profit du petit nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques-uns se trouv&#232;rent possesseurs des instruments de travail et le plus grand nombre fut oblig&#233; de travailler pour eux. Pouvait-il en &#234;tre autrement, &#171; dans les &#226;ges de t&#233;n&#232;bres et de sauvagerie &#187; ? alors que les hommes &#171; ne connaissaient d'autre droit que la force, d'autre morale que le succ&#232;s &#187;. C'est ainsi que s'est &#233;tabli, comme le dit Blanqui, le pouvoir de l'Empereur &#201;cu et que &#171; l'usure est devenue la plaie universelle &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne rencontrons pas, chez Blanqui, une analyse fouill&#233;e du capitalisme. Dans sa conception du capital et de l'exploitation capitaliste, il reste au niveau des utopistes petits-bourgeois de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Pour lui, le capital est synonyme d'usure ; il voit la source du profit capitaliste dans la non-&#233;quivalence de l'&#233;change. Sa critique du capitalisme repose principalement sur un jugement de caract&#232;re moral et rationnel. L'ordre existant ne r&#233;pond pas aux exigences de la justice, de la logique, du bon sens. Or &#171; la justice, d&#233;clare-t-il, est le seul crit&#233;rium vrai applicable aux choses humaines &#187;. Son application conduit in&#233;vitablement au socialisme. L'&#233;conomie politique bourgeoise est indiff&#233;rente &#224; la morale, et &#171; son indiff&#233;rence morale lui &#244;te toute puissance de critique, son scepticisme la frappe d'impuissance &#187; . Blanqui accuse l'&#233;conomie politique bourgeoise de violer le principe de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'&#233;quivalence des objets &#233;chang&#233;s, axiome qu'elle-m&#234;me a pos&#233;, reconnu et proclam&#233;, en justifiant le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est naturel que Blanqui se pla&#231;ant sur des positions petites-bourgeoises, au sujet de la nature de l'exploitation capitaliste, ne soit pas en mesure de comprendre la structure de classe de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il n'est pas douteux que sa conception petite-bourgeoise de l'exploitation capitaliste est li&#233;e &#224; ce fait qu'il assimile le prol&#233;tariat &#224; tout l'ensemble des groupes sociaux vivant de leur travail sans exploiter le travail d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me th&#233;orie, profond&#233;ment erron&#233;e, concernant l'exploitation capitaliste le conduit &#224; d&#233;former la perspective historique et &#224; m&#234;ler, dans son esprit, les formes diverses de l'exploitation. Pour lui, le pouvoir despotique de l'Empereur &#201;cu a commenc&#233; d&#232;s les temps les plus recul&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avant m&#234;me que le rideau de l'histoire se l&#232;ve, sa majest&#233; l'Empereur &#201;cu gouverne en despote l'Europe, l'Asie et l'Afrique. [Le capital r&#232;gne] sur l'&#201;gypte, la Ph&#233;nicie, la Gr&#232;ce, Carthage. Il tr&#244;ne dans Rome r&#233;publicaine. Les patriciens ... sont des usuriers, ma&#238;tres &#224; la fois par le glaive et par le sesterce.... Tous les grands hommes classiques [de la R&#233;publique romaine] Scipion, Pomp&#233;e, Lucullus, Caton, Brutus, Cassius, etc., [&#233;taient] pr&#234;teurs sur gages, pressureurs impitoyables... Cinq cents ann&#233;es durant, Patriciat et Prol&#233;tariat sont aux prises sur la question politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d&#233;clare Blanqui : &#171; L'histoire romaine n'est qu'un long r&#233;cit de la lutte entre le Capital et le Travail. &#187; Bien que dans cette lutte la d&#233;faite ait r&#233;duit les cr&#233;anciers insolvables &#224; la condition d'esclaves, la situation du prol&#233;tariat &#224; Rome est au fond analogue, suppose Blanqui, &#171; &#224; la situation du travailleur europ&#233;en &#187; ; mais, dans la R&#233;publique romaine, les trois instruments de tyrannie, le sacerdoce, la monnaie et le sabre, sont r&#233;unis dans les m&#234;mes mains...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois jougs que le pl&#233;b&#233;ien subit, le plus lourd est celui du capital. Les deux autres lui servent de gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triomphe de C&#233;sar sur la R&#233;publique a &#233;t&#233; rendu possible par le fait que les masses se sont mises du c&#244;t&#233; de C&#233;sar. Le c&#233;sarisme dut son succ&#232;s &#224; la haine g&#233;n&#233;rale contre la tyrannie des usuriers. Mais les masses n'ont rien gagn&#233; &#224; cette r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sabre n'&#233;tait plus aux mains des usuriers &#187;, mais l'usure dirigeait Rome, comme auparavant. &#171; &#192; ces deux fl&#233;aux, s'en &#233;tait joint un troisi&#232;me, le Christianisme ... ! &#187; &#171; Tous ensemble, ils engloutirent le vieux monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme engendr&#233; par la civilisation antique l'a d&#233;truite. Entre Rome et le monde contemporain se place le r&#232;gne v&#233;ritable du christianisme ; le moyen &#226;ge, &#233;poque de barbarie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, qui s'est &#233;lev&#233;e sur les ruines de Rome,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la noblesse et le clerg&#233; se partagent la puissance. L'homme d'argent est la proie de l'homme de guerre... [Mais le monde] a remont&#233; peu &#224; peu les pentes de la civilisation. Aujourd'hui, le revirement est complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme domine la soci&#233;t&#233;, obs&#233;d&#233; par la cupidit&#233;, la chasse au profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a saisi la port&#233;e de l'association et ce magnifique instrument de progr&#232;s est devenu entre ses mains... [une arme) pour exterminer la petite et moyenne industrie, le moyen et le petit commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Sur les ruines du bourgeois modeste s'&#233;l&#232;ve, plus savante et plus terrible que le vieux patriciat, cette triple f&#233;odalit&#233; financi&#232;re, industrielle et commerciale qui tient sous ses pieds, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; marche &#224; l'ab&#238;me, comme saisie d'une&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;furie aveugle... En vain le cri presque universel r&#233;clame l'&#233;galit&#233;. Chaque jour, la tranch&#233;e se creuse plus profonde entre deux castes uniques, l'opulence et la mis&#232;re. Les situations interm&#233;diaires disparaissent. Toutes les conqu&#234;tes de la science deviennent une arme terrible entre les mains du Capital contre le Travail et la Pens&#233;e .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumant ses consid&#233;rations sur l'histoire, Blanqui en arrive &#224; la g&#233;n&#233;ralisation suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#233;d&#233;s de la tyrannie sont immuables. On les retrouve partout et toujours, debout sur les m&#234;mes assises, l'ignorance et la cr&#233;dulit&#233;... Ainsi se passent les choses depuis les temps historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est convaincu que ce r&#233;gime bas&#233; sur l'exploitation ne peut &#234;tre le destin du genre humain. &#171; Le genre humain est-il vou&#233; &#224; l'exploitation perp&#233;tuelle ? &#187; Nous savons que, pour Blanqui, la lutte contre le &#171; Capital &#187; est le trait essentiel de l'histoire de la soci&#233;t&#233; et cela d&#232;s l'histoire de la R&#233;publique romaine. Tout comme ses ma&#238;tres, les babouvistes, il est enclin &#224; penser que &#171; la lutte des pauvres contre les riches &#187; est le propre de toute soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne l'in&#233;galit&#233;. Mais, d'autre part, il explique non sans quelque contradiction avec cette conception, que &#171; l'Empereur &#201;cu... aujourd'hui pour la premi&#232;re fois, se heurte &#224; la r&#233;volte de ses victimes . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lutte acharn&#233;e existe dans la soci&#233;t&#233; entre deux classes la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Les prol&#233;taires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne peuvent se passer vingt-quatre heures des instruments de travail qui sont au pouvoir des privil&#233;gi&#233;s ; mais conclure qu'il y a entre ces deux classes communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t, c'est un &#233;trange raisonnement... Ce n'est pas l&#224; une communaut&#233;, mais une opposition d'int&#233;r&#234;ts ; il n'existe d'autre rapport que celui de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination des oppresseurs chancelle. Leur classe &#171; est avec C&#233;sar son dernier espoir &#187;, tandis que &#171; le peuple est avec la R&#233;publique &#187;. Les oppresseurs cherchent un soutien dans l'&#201;glise catholique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industriels d'Elbeuf se rangent sous la banni&#232;re de Loyola ; ils vont &#224; la messe tous les dimanches, afin de prier pour la conservation de leurs privil&#232;ges sociaux et de leurs &#233;cus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un c&#244;t&#233;, la violence, l'iniquit&#233;, les t&#233;n&#232;bres ; de l'autre la justice, la fraternit&#233;, les lumi&#232;res &#187;. L'issue de la lutte, selon Blanqui, ne fait aucun doute .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il y ait des gens appartenant par leur naissance &#224; la bourgeoisie qui se soient plac&#233;s dans les rangs du prol&#233;tariat, bien qu'il y ait des prol&#233;taires qui combattent dans les rangs de la bourgeoisie, la lutte se d&#233;roule entre le Profit et le Salaire, entre le Capital et le Travail. Il est naturel, dit Blanqui, que les chefs du mouvement r&#233;volutionnaire sortent de la bourgeoisie. Dans les rangs de la bourgeoisie se trouve une certaine minorit&#233; d'&#233;lite, c&#339;ur et cerveau de la R&#233;volution. Les bourgeois d&#233;class&#233;s activent la fermentation des masses, les conduisent au combat contre la bourgeoisie dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Mais Blanqui raille de fa&#231;on acerbe les gens qui se proclament &#171; d&#233;mocrates &#187; et d&#233;clarent qu'ils n'appartiennent ni au camp de la bourgeoisie ni &#224; celui du prol&#233;tariat. Seuls, ceux qui cherchent &#224; tromper le peuple peuvent se cacher sous des phrases aussi creuses ; ceux &#224; qui sont v&#233;ritablement chers les int&#233;r&#234;ts du peuple doivent, sans r&#233;serve et sans h&#233;sitation, rejoindre son camp et porter ouvertement sa cocarde. Blanqui &#233;voque les hommes d'action de la Montagne de 1793 ; il les id&#233;alise pour les donner en exemple aux d&#233;mocrates de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 10 ao&#251;t, chute de la Monarchie, jusqu'au 1er prairial, derni&#232;re convulsion des faubourgs, le Peuple et la Montagne marchent comme un seul homme, d&#233;clare-t-il, ins&#233;parables dans la victoire et dans la d&#233;faite .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui ne croit pas &#224; la possibilit&#233; de changer les conditions de vie des masses opprim&#233;es par les moyens que proposent les diff&#233;rentes &#233;coles du socialisme utopique. Il reconna&#238;t qu'en posant la question de la transformation sociale elles ont &#233;t&#233; d'une certaine utilit&#233;, car elles ont montr&#233; les d&#233;fauts de l'ordre existant et ont inspir&#233; aux masses l'espoir dans un avenir meilleur, dans le socialisme. Mais aucune de ces &#233;coles socialistes ne peut pr&#233;tendre avoir donn&#233; une recette qui sauverait l'humanit&#233; de tous les maux sociaux. Il appelle les raisonnements des utopistes sur l'avenir de la soci&#233;t&#233;, &#171; une scolastique r&#233;volutionnaire &#187;. Les discussions de ces doctrines n'aboutiraient qu'&#224; un lamentable avortement si le peuple se laissait entra&#238;ner par les utopistes, s'il &#171; n&#233;gligeait le seul &#233;l&#233;ment pratique de succ&#232;s : la force &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; future ne saurait &#234;tre la cr&#233;ation de l'esprit de tel ou tel penseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme [de l'avenir] n'est pas une utopie. Il est le d&#233;veloppement normal de tout un processus historique et n'a aucune parent&#233; avec les trois ou quatre syst&#232;mes sortis tout &#233;quip&#233;s de cervelles fantaisistes... Le communisme est une r&#233;sultante g&#233;n&#233;rale, et non point un &#339;uf pondu et couv&#233; dans un coin de l'esp&#232;ce humaine par un oiseau &#224; deux pieds, sans plumes ni ailes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;veries utopiques sur l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, sans renverser l'ancien r&#233;gime, paraissent &#224; Blanqui absolument irr&#233;alisables. D&#232;s que les gouvernements remarquent le danger, ils brisent sans difficult&#233; toutes les tentatives faites pour la r&#233;alisation de ces plans utopiques. Blanqui consid&#232;re aussi que tous les essais pour am&#233;liorer la condition des travailleurs par la &#171; coop&#233;ration &#187; n'ont aucune valeur s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement coop&#233;ratif, c'est, dit-il, un &#171; pi&#232;ge pour les prol&#233;taires &#187;, un moyen de les attirer insensiblement dans le camp de l'ennemi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations coop&#233;ratives, accessibles seulement &#224; la couche sup&#233;rieure du prol&#233;tariat, introduisent une stratification dans la classe ouvri&#232;re. Elles d&#233;tournent des masses les hommes qui seraient les plus aptes &#224; devenir leurs chefs ; elles font de ceux-ci une caste semi-bourgeoise conservatrice. Au mouvement coop&#233;ratif, Blanqui oppose le mouvement gr&#233;viste, instrument naturel et par surcro&#238;t instrument de masse dans la lutte du Travail contre le Capital .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve, malgr&#233; les inconv&#233;nients, est le moyen naturel &#224; la port&#233;e de tous, auquel tous participent... La seule arme vraiment populaire dans la lutte contre le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle n'est qu'un moyen temporaire de d&#233;fense contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuy&#233;s provisoirement sur la gr&#232;ve comme moyen d&#233;fensif contre l'oppression du Capital, les masses populaires doivent concentrer tous leurs efforts vers les changements politiques, reconnus seuls capables d'op&#233;rer une transformation sociale ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, dit Blanqui, est le gendarme des riches contre les pauvres. Il faut donc fabriquer un autre &#201;tat qui soit la gendarmerie des pauvres contre les riches. Ne vous y trompez pas : le socialisme, c'est la R&#233;volution ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution que pr&#233;voit Blanqui, et vers laquelle il s'oriente, aura pour t&#226;che imm&#233;diate le renversement du pouvoir du Capital et, pour but final, l'instauration du r&#233;gime communiste, l'&#233;limination compl&#232;te de toute exploitation. Mais les conceptions de Blanqui sur les forces motrices de la r&#233;volution et sur les voies d'&#233;dification du communisme demeurent enti&#232;rement utopiques. Son impr&#233;cise compr&#233;hension de la structure de classe de la soci&#233;t&#233; ne peut pas ne pas se refl&#233;ter n&#233;gativement sur cette partie de ses opinions. En consid&#233;rant le prol&#233;tariat comme dissous dans la masse g&#233;n&#233;rale du peuple, dans l'ensemble des &#171; pauvres &#187;, il n'a pu d&#233;terminer correctement la place historique de la lutte de classe du prol&#233;tariat dans le processus qui pr&#233;pare la r&#233;volution sociale, et dans le mouvement m&#234;me de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanquisme, a &#233;crit L&#233;nine, attend la lib&#233;ration de l'humanit&#233; de l'esclavage salari&#233; non pas par la lutte de classe du prol&#233;tariat, mais par la conjuration d'une petite minorit&#233; d'intellectuels .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons d&#233;j&#224; que Blanqui se repr&#233;sentait la r&#233;volution comme une insurrection arm&#233;e, r&#233;alis&#233;e par des conspirateurs bien organis&#233;s. Organisation, ordre, discipline, voil&#224; le principal, voil&#224; ce qui est n&#233;cessaire, d'apr&#232;s lui, pour le succ&#232;s de l'insurrection. Il accordait une grande attention &#224; la pr&#233;paration technique de l'insurrection, et il a r&#233;dig&#233; &#224; ce sujet une instruction particuli&#232;rement minutieuse. Il supposait que la r&#233;volution &#224; venir serait une insurrection d&#233;clench&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, et qu'elle parach&#232;verait la lutte s&#233;culaire des pauvres et des riches, du &#171; Travail et du Capital &#187;. Il comptait sur les ouvriers parisiens pour entreprendre l'insurrection. Pendant la r&#233;volution de 1848, l'organisation qu'il dirigeait d&#233;fendit &#233;nergiquement la cause du prol&#233;tariat et, en ce sens, elle fut &#171; un parti prol&#233;taire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'activit&#233; r&#233;volutionnaire de Blanqui, qui atteignit son apog&#233;e en 1848, n'&#233;tait pas &#233;clair&#233;e par une th&#233;orie r&#233;volutionnaire. Il n'a pas su appr&#233;cier l'importance de ce facteur r&#233;volutionnaire : la conscience de classe grandissante du prol&#233;tariat, la croissance de sa capacit&#233; d'organisation. Il n'a pas su comprendre que, pour r&#233;aliser la r&#233;volution sociale, il faut &#171; un parti ouvrier s'appuyant sur le mouvement ouvrier, un parti de classe &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il se repr&#233;sentait mal la liaison entre le groupe disciplin&#233; des r&#233;volutionnaires et les masses. Il ne comprenait pas la n&#233;cessit&#233; d'un lien direct et vivant entre l'organisation r&#233;volutionnaire et la lutte concr&#232;te de classe men&#233;e par le prol&#233;tariat. Il n'accordait pas une attention &#224; la lutte pour les besoins mat&#233;riels des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui prend une attitude critique &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;e traditionnelle et fortement enracin&#233;e : apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution, &#233;lection d'une assembl&#233;e constituante. Il accable de sarcasmes le parlementarisme bourgeois ; il d&#233;masque la cupidit&#233;, la v&#233;nalit&#233;, l'indiff&#233;rence pour les int&#233;r&#234;ts du peuple qui caract&#233;risent les soi-disant &#171; repr&#233;sentants du peuple &#187;, dans les parlements bourgeois. Il n'accorde pas non plus une grande importance au suffrage universel comme sauvegarde des int&#233;r&#234;ts du peuple. En effet, le degr&#233; de conscience du peuple &#233;tant insuffisant, le peuple lui-m&#234;me souffrant d'un manque d'organisation, la pr&#233;sence et la puissance des moyens d'action spirituels et mat&#233;riels plac&#233;s entre les mains de la classe dirigeante font que les r&#233;sultats du suffrage universel ne sauraient &#234;tre que tr&#232;s douteux. Pendant des dizaines d'ann&#233;es, le peuple n'a entendu qu'un son de cloche ; pour juger sainement, il faut qu'il ait le temps d'entendre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tribunal aveugle qui a &#233;cout&#233; soixante-dix ans une seule des deux parties. Il se doit &#224; lui-m&#234;me d'&#233;couter soixante-dix ans la partie adverse .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour assurer le triomphe de la r&#233;volution, pour accomplir les transformations indispensables, ce ne sont ni des &#233;lections, ni une assembl&#233;e constituante qui paraissent n&#233;cessaires ; mais c'est, pense Blanqui, une dictature r&#233;volutionnaire. Comme nous l'avons dit, la dictature, dans son id&#233;e, n'est pas une dictature de classe. Pour la d&#233;finir, il parle de &#171; dictature parisienne &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de Paris, affirme-t-il, est le gouvernement du pays par le pays... c'est une v&#233;ritable repr&#233;sentation nationale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris est le cerveau de la France ; le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de la capitale indique sa capacit&#233; de diriger la France. Cependant, il est &#233;vident que Blanqui, lorsqu'il parle de &#171; dictature parisienne &#187;, a en vue la dictature de l'organisation r&#233;volutionnaire appuy&#233;e sur une partie d&#233;termin&#233;e de la population parisienne. La premi&#232;re t&#226;che du gouvernement r&#233;volutionnaire, et dont l'accomplissement s'impose pour assurer les r&#233;sultats de la r&#233;volution, pour garantir les int&#233;r&#234;ts du peuple, c'est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le d&#233;sarmement des gardes bourgeoises, et l'armement et l'organisation des milices nationales de tous les ouvriers (Blanqui dit parfois : les ouvriers et les populations r&#233;publicaines)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la garde nationale bourgeoise doit &#234;tre licenci&#233;e et, &#224; sa place, doit &#234;tre cr&#233;&#233;e une milice nationale form&#233;e d'ouvriers. En premier lieu, Blanqui pense aux ouvriers parisiens, comme &#224; la partie la plus &#233;duqu&#233;e des travailleurs. Mais, plus tard, il r&#234;vera de la &#171; parisiennisation &#187; de toute la France, qui assurera d&#233;finitivement le triomphe de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'armement, l'organisation, d&#233;clare-t-il, voil&#224; les instruments d&#233;cisifs de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec l'oppression et la mis&#232;re. Qui a du fer a du pain. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme. Devant les prol&#233;taires appuy&#233;s sur leurs fusils, obstacles, r&#233;sistance, impossibilit&#233;, tout s'&#233;vanouit .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir r&#233;volutionnaire doit porter des coups d&#233;cisifs au syst&#232;me actuel du gouvernement et de la justice, au syst&#232;me qui sert &#224; renforcer et &#224; d&#233;fendre le pouvoir des riches sur les pauvres. L'arm&#233;e existante doit &#234;tre dissoute et, &#224; sa place, on proc&#233;dera &#224; la &#171; formation d'une arm&#233;e nationale s&#233;dentaire &#187;. Le pouvoir judiciaire actuel doit &#234;tre supprim&#233; ; les magistrats seront r&#233;voqu&#233;s. Les fonctions judiciaires seront assum&#233;es par des &#171; arbitres au civil, par des jur&#233;s au criminel &#187;. Des mesures doivent &#234;tre &#233;galement prises contre l'&#201;glise, qui sanctifie l'ordre existant par le dogme et l'autorit&#233; spirituelle. Toute &#171; l'arm&#233;e noire &#187; (m&#226;le et femelle) sera &#171; expuls&#233;e &#187;. Seront &#233;galement chass&#233;s les aristocrates ; &#171; les vrais ennemis de la R&#233;publique &#187; doivent &#234;tre d&#233;f&#233;r&#233;s aux tribunaux. Enfin, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, aucune libert&#233; ne sera laiss&#233;e aux ennemis de la R&#233;publique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet expos&#233; sur les moyens de r&#233;aliser les principes communistes est la partie la plus utopique des conceptions de Blanqui sur la r&#233;volution sociale. Il n'envisage pas que le communisme puisse s'&#233;tablir rapidement. &#171; La disposition pr&#233;sente des esprits &#187; ne l'engage pas &#224; l'optimisme mais &#224; la prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe au salut de la r&#233;volution qu'elle sache unir la prudence &#224; l'&#233;nergie. L'attaque contre le principe de la propri&#233;t&#233; serait aussi inutile que dangereuse .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que le principal soutien du syst&#232;me social injuste r&#233;side, selon la conception id&#233;aliste de Blanqui, dans l'ignorance. Au-contraire, le communisme est incompatible avec l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorance et communaut&#233; sont incompatibles. G&#233;n&#233;ralit&#233; de l'instruction sans communisme, et communisme sans g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'instruction, constituent deux impossibilit&#233;s &#233;gales... Entre ces deux choses, instruction et communisme, le lien est si &#233;troit que l'une ne saurait faire sans l'autre, ni un pas en avant, ni un pas en arri&#232;re. Elles ont constamment march&#233; de conserve et de front dans l'humanit&#233; et ne se distanceront jamais d'une ligne jusqu'&#224; la fin de leur commun voyage .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le communisme ne peut entrer dans la vie sans sa compagne indispensable, la culture la plus largement r&#233;pandue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de nombreux obstacles sur la route qui m&#232;ne au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e, la magistrature, le christianisme, l'organisation politique, simples haies. L'ignorance, bastion formidable. Un jour pour la haie ; pour le bastion, vingt ans .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... La communaut&#233; ne peut &#234;tre &#233;tablie que sur l'emplacement du bastion d&#233;truit ; [pour cette raison], il n'y faut pas compter pour le lendemain. La communaut&#233; s'avancera pas &#224; pas, parall&#232;lement &#224; l'instruction, sa compagne et son guide. Elle sera compl&#232;te le jour o&#249;, gr&#226;ce &#224; l'universalit&#233; des lumi&#232;res, pas un seul homme ne pourra &#234;tre la dupe d'un autre. Le communisme na&#238;tra fatalement de l'instruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e et ne peut na&#238;tre que de l&#224; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui esquisse un programme de mesures &#233;conomiques &#224; prendre imm&#233;diatement par le gouvernement r&#233;volutionnaire, au lendemain de la victoire. L'&#201;tat confisquera les biens de l'&#201;glise et des aristocrates chass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;union au domaine de l'&#201;tat de tous les biens meubles et immeubles des &#233;glises, communaut&#233;s et congr&#233;gations des deux sexes, ainsi que de leurs pr&#234;te-noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat &#233;tablira son contr&#244;le sur les grandes entreprises commerciales et industrielles. Des accords seront pass&#233;s avec les chefs des entreprises industrielles et commerciales, accords qui obligeront ceux-ci &#224; maintenir provisoirement le statu quo : en conservant leur personnel et sans changer les salaires. Les chefs d'industrie qui repousseraient ces accords seraient &#171; expuls&#233;s &#187; du territoire et on substituerait une &#171; r&#233;gie &#224; tout patron expuls&#233; pour cause de refus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#233;videmment l&#224;, en premier lieu, d'une mesure de d&#233;fense contre les r&#233;actions possibles de la bourgeoisie (&#171; le coup de Jarnac du Capital &#187; dans le domaine &#233;conomique). Toutefois cette mesure peut contribuer &#224; faire passer ult&#233;rieurement les grandes entreprises priv&#233;es dans le domaine de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes les autres questions &#233;conomiques, y compris les questions des associations ouvri&#232;res et du cr&#233;dit, Blanqui se borne &#224; indiquer la n&#233;cessit&#233; de &#171; convoquer des assembl&#233;es comp&#233;tentes qui en discuteront &#187;. Mais, pour que les principes de l'association puissent v&#233;ritablement entrer dans la vie, il est indispensable que les bienfaits de l'association soient compr&#233;hensibles aux larges masses. Par leur politique, les gouvernements, jusqu'&#224; notre &#233;poque, ont fait obstacle &#224; cela ; car ils cherchent &#224; maintenir le peuple dans l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les bienfaits manifestes de l'association ne tarderont pas &#224; &#233;clater aux yeux de tout le prol&#233;tariat de l'industrie, d&#232;s que le pouvoir travaillera &#224; la diffusion des lumi&#232;res ; et le ralliement peut s'accomplir avec une extr&#234;me rapidit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que Blanqui fait ici des ouvriers de l'industrie une cat&#233;gorie sp&#233;ciale, plus r&#233;ceptive aux id&#233;es d'association. Il consid&#232;re qu'il sera plus difficile d'attirer &#224; l'association la paysannerie qui est beaucoup plus ignorante et qui est fortement attach&#233;e &#224; son lopin de terre. Il recommande de consid&#233;rer avec circonspection, avec une grande prudence, les int&#233;r&#234;ts et les dispositions de la paysannerie, que les mots de &#171; partage &#187; et de &#171; communaut&#233; &#187; effrayent encore. Il comprend l'importance de la paysannerie pour le succ&#232;s de la cause de la r&#233;volution. Il faut expliquer aux paysans que la r&#233;volution ne portera pas atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; petite et moyenne, que les arr&#234;ts du pouvoir r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;respecteront les petits et moyens propri&#233;taires, et il faut d&#233;clarer nettement que nul ne pourra &#234;tre forc&#233; de s'adjoindre avec son champ &#224; une association quelconque, et que, s'il y entre, ce sera toujours de sa pleine et libre volont&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, les conceptions de Blanqui sur la p&#233;riode transitoire conduisant du r&#233;gime actuel au communisme ou &#224; &#171; l'association int&#233;grale &#187; restent tr&#232;s na&#239;ves et tr&#232;s vagues. On d&#233;couvre chez lui des positions qui t&#233;moignent de sa capacit&#233; d'appr&#233;cier sainement les rapports r&#233;els de forces, pendant la p&#233;riode de lutte directe pour l'&#233;dification du communisme (sabotage possible des chefs d'entreprise, dispositions d'esprit de la paysannerie). Mais ces positions se noient dans des consid&#233;rations sur l'instruction, consid&#233;r&#233;e comme la condition pr&#233;alable essentielle &#224; la transformation sociale, tenue pour la force qui conduit automatiquement au triomphe du communisme. Engels a tr&#232;s justement indiqu&#233; que, chez Blanqui, il n'y avait pas au fond &#171; de propositions pratiques d&#233;termin&#233;es de r&#233;organisation sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consid&#232;re que toutes les tentatives pour repr&#233;senter l'avenir du r&#233;gime communiste sont incertaines et inutiles. Il se moque des adversaires du communisme qui exigent aussit&#244;t qu'on leur dise qui, en r&#233;gime communiste, &#171; videra le pot de chambre &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il expose ainsi ses vues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occupons-nous d'aujourd'hui. Demain ne nous appartient pas, ne nous regarde pas. Notre seul devoir est de lui pr&#233;parer de bons mat&#233;riaux pour son travail d'organisation. Le reste n'est plus de notre comp&#233;tence .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il essaie de fonder en th&#233;orie son refus de discuter les probl&#232;mes de la soci&#233;t&#233; future. Il affirme que l'ordre existant est comme une barri&#232;re qui nous cache l'avenir, que son influence couvre l'avenir d'une brume imp&#233;n&#233;trable. Tant que le moment de la mort et de la renaissance de la soci&#233;t&#233; n'est pas venu, les vues que l'on peut avoir sur l'avenir ne sont que des obscurit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine des pressentiments, des &#233;chapp&#233;es de vue, un coup d'&#339;il fugitif et vague sont-ils possibles au plus clairvoyant. La R&#233;volution seule, en d&#233;blayant le terrain, &#233;claircira l'horizon, l&#232;vera peu &#224; peu les voiles, ouvrira les routes ou plut&#244;t les sentiers multiples qui conduisent vers l'ordre nouveau .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la mort du vieux monde lib&#233;rera les &#233;l&#233;ments dont la combinaison devra organiser l'ordre nouveau. Aucun effort de pens&#233;e ne pourrait anticiper sur cette lib&#233;ration qui ne peut se r&#233;aliser qu'&#224; un moment d&#233;termin&#233;. Pour cette raison, selon Blanqui, la question sociale ne pourra faire l'objet d'un examen s&#233;rieux, qu'&#224; partir du moment o&#249; la question politique aura &#233;t&#233; pleinement r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui garde une attitude ironique &#224; l'&#233;gard des discussions entre les diverses &#233;coles socialistes sur l'avenir de la soci&#233;t&#233;. Elles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se disputent avec acharnement au bord d'un fleuve pour d&#233;cider si l'autre rive est un champ de mais ou un champ de bl&#233;. Elles s'ent&#234;tent &#224; r&#233;soudre la question avant de franchir l'obstacle. Eh ! passons d'abord ! Nous verrons l&#224;-bas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui est l'un des repr&#233;sentants les plus int&#233;ressants du communisme utopique pr&#233;marxiste fran&#231;ais et du mouvement r&#233;volutionnaire fran&#231;ais. Toute sa vie a &#233;t&#233; consacr&#233;e &#224; la lutte r&#233;volutionnaire au nom du communisme. Il a pass&#233; de nombreuses ann&#233;es de sa vie en prison, sous la monarchie de Juillet, sous le second Empire, sous la troisi&#232;me R&#233;publique. Mais il n'a pas su donner un fondement mat&#233;rialiste et scientifique &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; du communisme. Il n'a pas su se lib&#233;rer des vieilles id&#233;es de conjuration en ce qui concerne le processus de la r&#233;volution. Il n'a su ni comprendre ni appr&#233;cier l'importance historique de la lutte de classe men&#233;e par le prol&#233;tariat. Dans ses conceptions sur le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;, il ne s'est pas d&#233;gag&#233; des traditions id&#233;alistes qu'il avait re&#231;ues de l'&#233;poque des &#171; lumi&#232;res &#187;, du XVIIIe si&#232;cle. Dans ses opinions sur la nature de l'exploitation capitaliste, il se rattache &#224; la conception petite-bourgeoise qui fait d&#233;river le profit capitaliste de l'&#233;change non-&#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire conna&#238;t des chefs prol&#233;tariens, chefs des temps d'orage, chefs du travail pratique, pleins d'abn&#233;gation et d'audace, mais faibles en th&#233;orie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nombre de ces chefs pleins d'abn&#233;gation, mais faibles en th&#233;orie, Staline compte Blanqui. Ne poss&#233;dant pas la th&#233;orie scientifique du socialisme, Blanqui, au cours de sa longue vie politique, a commis certaines erreurs th&#233;oriques et pratiques. Ses d&#233;fauts et ses erreurs ont &#233;t&#233; conditionn&#233;s, en premier lieu, par les rapports sociaux de l'&#233;poque o&#249; se sont form&#233;es ses opinions : le niveau relativement bas de l'industrie, le degr&#233; relativement faible de la conscience de classe du prol&#233;tariat fran&#231;ais au cours de la monarchie de Juillet. Il convient &#233;videmment de ne pas l'oublier. Mais, d'autre part, on ne doit pas oublier que la fid&#233;lit&#233; de Blanqui &#224; la cause du communisme et son ardent temp&#233;rament r&#233;volutionnaire lui ont permis, sous beaucoup de rapports, de s'&#233;lever bien plus haut que ne l'ont fait les autres th&#233;oriciens et hommes d'action de son &#233;poque. C'est pr&#233;cis&#233;ment autour de son drapeau que se r&#233;unissaient les &#233;l&#233;ments d'avant-garde de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, au nom de la lutte pour le communisme. Marx, en 1848, a appel&#233; son parti &#171; le parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#187;. Et, de nombreuses ann&#233;es apr&#232;s, Engels l'a consid&#233;r&#233; comme &#171; le seul homme capable d'&#234;tre &#224; la t&#234;te du mouvement r&#233;volutionnaire en France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE BIOGRAPHIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devoir d'un r&#233;volutionnaire, c'est la lutte toujours, la lutte quand m&#234;me, la lutte jusqu'&#224; extinction.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. BLANQUI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis-Auguste Blanqui naquit le 1er f&#233;vrier 1805 dans la petite ville de Puget-Th&#233;niers (Alpes-Maritimes), &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de Nice. Son p&#232;re, Dominique Blanqui, avait &#233;t&#233; membre de la Convention et Girondin. Il approuva le coup d'&#201;tat de Bonaparte et en 1800 fut nomm&#233; sous-pr&#233;fet &#224; Puget-Th&#233;niers. La m&#232;re de Louis-Auguste, Sophie Brionville, originaire de Picardie, se distinguait par sa grande beaut&#233; et par ses hautes qualit&#233;s morales. Blanqui tint d'elle son caract&#232;re r&#233;solu et intransigeant. Jusqu'&#224; sa mort, la m&#232;re de Blanqui t&#233;moigna d'un grand amour pour son fils. &#192; soixante ans, elle contribua activement &#224; pr&#233;parer l'&#233;vasion de Blanqui et de ses camarades de la prison du mont Saint-Michel ; &#224; soixante-quinze ans encore, elle l'aidait une nouvelle fois &#224; organiser sa fuite et celle de son ami Cazavan du p&#233;nitencier de Belle-&#206;le. Le fr&#232;re a&#238;n&#233; d'Auguste, l'&#233;conomiste bien connu, Adolphe Blanqui, fut tr&#232;s li&#233; avec lui pendant sa jeunesse ; il partageait alors ses id&#233;es politiques. Mais il ne tarda pas &#224; se d&#233;tacher de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui resta au contraire en excellents termes avec ses s&#339;urs, Mmes Antoine et Barrellier, qui jou&#232;rent un r&#244;le important dans sa vie. Toutes les deux voyaient avec sympathie son activit&#233; r&#233;volutionnaire, se montraient pleines d'attention pour lui au long de ses tribulations, prenaient soin de lui quand il &#233;tait en prison, l'aidaient moralement et mat&#233;riellement, le cachaient, lorsqu'il vivait &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#226;ge de treize ans, Blanqui partit pour Paris o&#249; il devait rejoindre son fr&#232;re a&#238;n&#233; Adolphe qui &#233;tait &#224; cette &#233;poque professeur &#224; l'institution Massin . Pendant six ans &#8211; de 1818 &#224; 1824 &#8211; le jeune Blanqui fit ses &#233;tudes, d'abord &#224; l'institution Massin, puis au lyc&#233;e Charlemagne. Il s'adonnait au travail avec passion et avec une assiduit&#233; extraordinaire et surprenait son entourage par ses aptitudes. Son fr&#232;re Adolphe &#233;crit dans une lettre &#224; son p&#232;re : &#171; Cet enfant &#233;tonnera le monde ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui termina brillamment ses &#233;tudes au lyc&#233;e &#224; dix-neuf ans. Il devint alors r&#233;p&#233;titeur, d'abord dans la famille du g&#233;n&#233;ral Compans, puis au bout de deux ans &#224; l'institution Massin. En 1824, il entra dans la soci&#233;t&#233; secr&#232;te des Carbonari. En 1827, il prit part &#224; toutes les manifestations d'&#233;tudiants et fut bless&#233; trois fois, deux fois par des coups de sabre, puis le 19 novembre par une balle sur la barricade de la rue aux Ours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passa l'ann&#233;e 1828 et une partie de l'ann&#233;e 1829 &#224; voyager dans le Midi. Il visita l'Italie, l'Espagne, et en ao&#251;t 1829, regagna Paris. Il y travailla quelques mois comme st&#233;nographe au journal Le Globe. Au cours de cette p&#233;riode, il se familiarisa avec les doctrines de Saint-Simon et de Fourier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1830, quand s'&#233;lev&#232;rent les premi&#232;res protestations contre les ordonnances de Charles X, Blanqui quitta la r&#233;daction du Globe et se h&#226;ta, selon ses propres termes, de &#171; prendre le fusil et d'arborer la cocarde tricolore &#187;. Au cours des journ&#233;es r&#233;volutionnaires, il se rangea aux c&#244;t&#233;s du peuple parisien contre les troupes de Charles X. Enivr&#233; par la lutte, il &#233;tait persuad&#233; que le peuple serait victorieux et que c'en &#233;tait fini &#224; tout jamais de la monarchie et du joug qu'elle faisait peser. Il fut d&#233;&#231;u par l'issue de la r&#233;volution : la monarchie ressuscita sous une nouvelle forme Charles X fut remplac&#233; sur le tr&#244;ne par le &#171; roi-bourgeois &#187; Louis-Philippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s la R&#233;volution, Blanqui donna son adh&#233;sion &#224; la Soci&#233;t&#233; des Amis du peuple, dirig&#233;e par Godefroy Cavaignac. Cette soci&#233;t&#233; propageait activement les id&#233;es r&#233;publicaines. Blanqui prit souvent la parole &#224; ses r&#233;unions. Par hasard, Henri Heine entendit son discours du 2 f&#233;vrier 1832 qu'il qualifie de &#171; discours plein de s&#232;ve, de droiture et de col&#232;re &#187; &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie. Ce discours fut prononc&#233; en pr&#233;sence de mille cinq cents personnes, dans une atmosph&#232;re qui rappelait celle de 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1831, Blanqui, qui prenait une part active aux manifestations d'&#233;tudiants, fut arr&#234;t&#233; par la police et enferm&#233; &#224; la Force, d'o&#249; il sortit au bout de trois semaines. La Force fut la premi&#232;re des nombreuses prisons dans lesquelles Blanqui passa la moiti&#233; de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1832, Casimir P&#233;rier, ministre de l'Int&#233;rieur du gouvernement de Louis-Philippe, qui voulait dissoudre la Soci&#233;t&#233; des Amis du peuple et arr&#234;ter ses dirigeants, obtint la mise en jugement de la soci&#233;t&#233; sous l'inculpation de violation des lois sur la presse et de complot contre la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat. En janvier 1832, Blanqui, Raspail, Thouret, Huber et d'autres furent arr&#234;t&#233;s. Ce fut le fameux Proc&#232;s des Quinze qui eut lieu du 10 au 12 janvier devant la Cour d'assises de la Seine. La cour d'assises acquitta les accus&#233;s, mais la d&#233;fense que pronon&#231;a Blanqui lui valut d'&#234;tre inculp&#233; par le procureur d'atteinte &#224; la tranquillit&#233; publique. Blanqui fut condamn&#233; &#224; un an de prison et 200 francs d'amende. Il subit sa peine d'abord &#224; la prison de Versailles, puis &#224; celle de Sainte-P&#233;lagie &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant les &#233;preuves subies ne firent que fortifier Blanqui. &#192; sa sortie de prison, il se mit avec une &#233;nergie accrue &#224; r&#233;pandre les id&#233;es r&#233;volutionnaires. Parall&#232;lement, il &#233;largissait et approfondissait ses connaissances en mati&#232;re sociale et politique. Au cours de cette p&#233;riode, Blanqui subit l'influence de Buonarroti, l'ami de Babeuf, qui transmettait et diffusait la tradition glorieuse des &#171; &#201;gaux &#187;. Blanqui fut &#233;galement influenc&#233; dans une certaine mesure par Raspail, savant et r&#233;volutionnaire. Les premi&#232;res ann&#233;es de la monarchie de Juillet &#233;taient pleines de mouvements importants. Les troubles parisiens en septembre 1831, le soul&#232;vement des ouvriers lyonnais en novembre 1831, l'insurrection r&#233;publicaine de Paris en juin 1832, la deuxi&#232;me insurrection des ouvriers lyonnais en avril 1834 et ses r&#233;percussions sur les autres villes fran&#231;aises (les journ&#233;es du 13 et du 14 avril &#224; Paris et leur fin tragique, les massacres de la rue Transnonain), cette suite d'&#233;v&#233;nements historiques ne put que renforcer Blanqui dans ses convictions r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1832, Blanqui s'&#233;tait mari&#233; avec Suzanne-Am&#233;lie Serre. Mais une vie familiale heureuse ne le d&#233;tourna pas de l'activit&#233; sociale. En 1835 fut fond&#233;e avec son concours la clandestine Soci&#233;t&#233; des Familles, dont le programme d&#233;finissait non seulement des objectifs politiques, mais aussi des objectifs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la Soci&#233;t&#233; se pr&#233;paraient &#224; l'insurrection et faisaient fabriquer de la poudre au no 113 de la rue de Lourcine. En mars 1836, &#224; la suite d'une d&#233;nonciation, la police d&#233;couvrit l'existence de la Soci&#233;t&#233; des Familles et arr&#234;ta 24 de ses membres, dont Blanqui. Pour sa part de conspiration dans ce qu'on appelle l'affaire des poudres, il fut condamn&#233; &#224; deux ans de r&#233;clusion et &#224; 2 000 francs d'amende. Il fut conduit &#224; la prison de Fontevrault (Maine-et-Loire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 mai 1837, une amnistie fut d&#233;cr&#233;t&#233;e &#224; l'occasion du mariage du duc d'Orl&#233;ans. Blanqui fut lib&#233;r&#233;, mais sa r&#233;clusion fit place &#224; la r&#233;sidence surveill&#233;e dans la r&#233;gion de Pontoise. Avec sa famille, il s'&#233;tablit dans le village de Jancy, sur les rives pittoresques de l'Oise. La p&#233;riode de Jancy fut la plus calme de la vie personnelle de Blanqui. Cependant il r&#233;fl&#233;chissait sans cesse aux &#233;v&#233;nements contemporains et aux moyens d'instaurer le pouvoir populaire. Il &#233;tait persuad&#233; que le facteur essentiel du succ&#232;s &#233;tait l'organisation d'un noyau de conspirateurs solidement unis et disciplin&#233;s. Pour remplacer la Soci&#233;t&#233; des Familles, il fonda en 1837 une nouvelle organisation, la Soci&#233;t&#233; des Saisons, dont les dirigeants &#233;taient Blanqui, Barb&#232;s et Martin-Bernard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1839, Blanqui jugea la conjoncture favorable &#224; l'insurrection. La crise &#233;conomique parvenait &#224; sa phase aigu&#235; ; elle provoquait la mis&#232;re croissante des classes populaires et le ch&#244;mage. Elle se doublait d'une crise politique : la Chambre des d&#233;put&#233;s &#233;tait dissoute ; le pr&#233;sident du Conseil des ministres, Mol&#233;, avait donn&#233; sa d&#233;mission. Louis-Philippe ne r&#233;ussissait pas &#224; former un nouveau cabinet. Le peuple de Paris s'agitait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, Blanqui regagna Paris. Les conspirateurs estimaient que l'heure de l'insurrection arm&#233;e, de la chute de la monarchie et de la constitution d'un gouvernement r&#233;volutionnaire &#233;tait arriv&#233;e. Les armes manquaient, mais on pensait se les procurer dans les arsenaux pendant l'insurrection. Le jour fix&#233;, le 12 mai, les courses hippiques devaient retenir l'attention de la police urbaine et d'une partie de la bourgeoisie, et l'H&#244;tel de Ville serait mal d&#233;fendu. &#192; l'heure dite, plus de 500 r&#233;volutionnaires en armes, concentr&#233;s dans les rues Saint-Denis et Saint-Martin, &#224; un signal de Blanqui, march&#232;rent sur l'H&#244;tel de Ville et l'occup&#232;rent. Mais ils furent cern&#233;s par les troupes royales. Une lutte in&#233;gale, livr&#233;e pendant plus de deux jours, se solda par l'&#233;crasement de l'insurrection. Barb&#232;s, bless&#233;, fut pris ; Blanqui r&#233;ussit &#224; s'&#233;chapper. Mais le 14 octobre, comme il s'appr&#234;tait &#224; prendre la diligence qui devait le mener en Suisse, il fut arr&#234;t&#233;. Au proc&#232;s qui se d&#233;roula au mois de janvier 1840, Blanqui se refusa &#224; toute d&#233;claration. Il fut condamn&#233; &#224; la peine de mort, commu&#233;e, comme celle de Barb&#232;s, en r&#233;clusion &#224; vie. Il fut envoy&#233; au mont Saint-Michel, une des plus sombres prisons de France, immense construction de pierre qui fait corps avec le roc sur lequel elle s'&#233;l&#232;ve, Cet ancien monast&#232;re servait alors de prison depuis la fin du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept mois plus t&#244;t, Barb&#232;s, Martin-Bernard, Delsade et autres avaient &#233;t&#233; conduits au mont Saint-Michel. Le r&#233;gime p&#233;nitentiaire du mont Saint-Michel &#233;tait affreux : cha&#238;nes, coups, supplices, railleries des gardiens, salet&#233;, vermine ; toutes ces causes de souffrance accumul&#233;es conduisaient les uns au suicide, d'autres &#224; la folie. Blanqui ne tarda pas &#224; songer &#224; l'&#233;vasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s avant son d&#233;part pour le mont Saint-Michel, il &#233;tait entendu que sa femme viendrait s'&#233;tablir non loin de la prison, mais une longue maladie avait emp&#234;ch&#233; celle-ci de r&#233;aliser ce projet. Pendant toute une ann&#233;e, Blanqui attendit sa gu&#233;rison. Mais, le 31 janvier 1841, Suzanne-Am&#233;lie mourait &#224; l'&#226;ge de vingt-six ans. Blanqui supporta tr&#232;s mal le choc. Selon ses propres aveux, l'image de sa femme le hanta pendant des ann&#233;es. Le fils de Blanqui re&#231;ut une &#233;ducation religieuse dans sa famille maternelle, qui le dressait contre son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue pr&#233;paration &#224; laquelle prit part la m&#232;re de Blanqui, celui-ci et Barb&#232;s, Martin-Bernard et Huber tent&#232;rent de s'&#233;vader. Cette tentative &#233;choua et le r&#233;gime de la prison se durcit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;testables conditions de la vie de prison menac&#232;rent la sant&#233; de Blanqui qui n'&#233;tait pas solide. En 1844, au bout de quatre ann&#233;es de r&#233;clusion au mont Saint-Michel, Blanqui fut transport&#233; &#224; la prison de Tours, puis plac&#233; sous surveillance &#224; l'h&#244;pital, tandis que ses complices de l'insurrection &#233;taient transf&#233;r&#233;s dans d'autres prisons. Quand une maladie incurable fut diagnostiqu&#233;e, Louis-Philippe le gracia par arr&#234;t du 6 d&#233;cembre 1844. Mais Blanqui refusa cat&#233;goriquement d'accepter sa gr&#226;ce des mains du roi. Il le d&#233;clara ouvertement le 26 d&#233;cembre, dans une lettre violente adress&#233;e au maire de Tours. Il resta &#224; l'h&#244;pital et dut garder le lit pendant vingt mois. Il ne put se lever et reprendre peu &#224; peu son activit&#233; qu'en octobre 1845. &#192; l'h&#244;pital de Tours, il recevait des visites d'ouvriers et d'hommes politiques. Il reprit des contacts avec les milieux r&#233;volutionnaires. Lorsque, en 1846, &#233;clat&#232;rent &#224; Tours des troubles provoqu&#233;s par la crise &#233;conomique, on accusa la soci&#233;t&#233; communiste locale de les avoir foment&#233;s &#224; l'instigation de Blanqui. Il, fut reconduit en prison. Au proc&#232;s, qui eut lieu du 26 au 29 avril &#224; Blois, Blanqui fut acquitt&#233;, faute de preuves, et regagna l'h&#244;pital de Tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de f&#233;vrier 1848 le lib&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 f&#233;vrier il arrivait &#224; Paris. Des membres des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, des partisans, anciens et nouveaux, les jeunes r&#233;volutionnaires, pour qui le nom de Blanqui &#233;tait le symbole de la lutte r&#233;volutionnaire, se press&#232;rent en nombre autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me, Blanqui apprenait que le gouvernement provisoire avait refus&#233; de planter le drapeau rouge &#224; l'H&#244;tel de Ville, malgr&#233; les r&#233;clamations des masses populaires. &#192; cette nouvelle, les membres des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, indign&#233;s, se r&#233;unirent &#224; la salle Prado pour d&#233;cider des moyens de faire pression sur le gouvernement. Ils &#233;taient l&#224;, quelques milliers d'hommes arm&#233;s, pr&#234;ts &#224; marcher sur le gouvernement provisoire. Mais Blanqui, par un discours plein de rigueur et de sang-froid, persuada les assistants de n'en rien faire. Il pr&#233;f&#233;rait attendre les actes ult&#233;rieurs du gouvernement provisoire et &#233;viter le risque d'une contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me soir fut fond&#233; un club qui prit le nom de Soci&#233;t&#233; r&#233;publicaine centrale. La Soci&#233;t&#233; avait pour dirigeants Blanqui et D&#233;zamy. C'est en son sein que, d&#232;s lors, Blanqui exer&#231;a son activit&#233;. Chaque jour il prenait la parole dans la salle du Conservatoire, rue Berg&#232;re, o&#249; elle se r&#233;unissait. Il expliquait aux membres de la soci&#233;t&#233; l'&#233;volution de la situation politique, montrait les nouvelles perspectives, appelait &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers jours de la r&#233;volution, l'activit&#233; de Blanqui ne se rel&#226;cha pas. Partout, dans les faubourgs ouvriers et au sein du club, il recrutait des partisans, il rassemblait des hommes fid&#232;les &#224; la r&#233;volution. Il ne tarda pas &#224; &#234;tre d&#233;&#231;u par la politique du gouvernement provisoire : d&#232;s le 2 mars, il r&#233;clamait de lui des actes d&#233;cisifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui voyait que le peuple n'&#233;tait pas suffisamment pr&#233;par&#233; politiquement pour &#233;lire une Assembl&#233;e constituante et que, si les &#233;lections avaient lieu, le pouvoir passerait in&#233;vitablement aux mains des r&#233;actionnaires. Les 7 et 14 mars, il prenait la parole &#224; la Soci&#233;t&#233; r&#233;publicaine centrale pour demander l'ajournement des &#233;lections fix&#233;es au 9 avril ; le 17 mars, il organisait une manifestation pacifique, mais impressionnante, dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes en France s'aggravait de jour en jour. Blanqui &#233;tait l'un des ennemis les plus dangereux de la bourgeoisie, qui s'en rendait parfaitement compte. La contre-r&#233;volution ne recula devant rien pour d&#233;tacher les masses ouvri&#232;res de lui. Elle d&#233;clencha une campagne, dont la manifestation la plus odieuse fut le document Taschereau, pamphlet diffamatoire fabriqu&#233; par la police. Voici en bref ce dont il s'agissait. Taschereau, journaliste d&#233;nu&#233; de principes, qui avait servi les r&#233;gimes les plus divers avec un d&#233;vouement &#233;gal, publia, sous l'inspiration du gouvernement, dans le num&#233;ro du 31 mars 1848 de La Revue r&#233;trospective, un document intitul&#233; &#171; D&#233;clarations faites par xxx devant le ministre de l'Int&#233;rieur sur l'affaire du 12 mai 1839 &#187;. D'apr&#232;s ce document, ces d&#233;positions avaient &#233;t&#233; faites les 22, 23 et 24 octobre 1839 au moment o&#249; Blanqui avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; la suite de l'affaire du 12 mai. Le contenu et l'aspect de ces d&#233;positions laissaient supposer que Blanqui avait trahi le secret de la Soci&#233;t&#233; des Familles et de la Soci&#233;t&#233; des Saisons, et qu'il en avait livr&#233; les principaux chefs. Enfin, il &#233;tait fait mention des &#233;v&#233;nements qui avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la manifestation du 12 mai. Le document n'&#233;tait pas sign&#233; et portait toutes les marques du faux fabriqu&#233; d'apr&#232;s les d&#233;positions de policiers qui avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. La publication de ce document avait pour but manifeste de ruiner, &#224; coups de calomnies, l'autorit&#233; et l'influence de Blanqui. Le 14 avril, Blanqui fit para&#238;tre la &#171; R&#233;ponse du citoyen Auguste Blanqui &#187; contresign&#233;e par 50 de ses amis. Dans cette r&#233;ponse, Blanqui fl&#233;trissait la turpitude des auteurs du document et d&#233;montrait que ces calomnies &#233;taient absurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est moi, triste d&#233;bris, qui tra&#238;ne par les rues un corps meurtri sous des habits r&#226;p&#233;s, c'est moi qu'on foudroie du nom de vendu ! tandis que les valets de Louis-Philippe, m&#233;tamorphos&#233;s en brillants papillons r&#233;publicains, voltigent sur les tapis de l'H&#244;tel de Ville... R&#233;acteurs de l'H&#244;tel de Ville, vous &#234;tes des l&#226;ches !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 400 anciens prisonniers politiques sign&#232;rent une protestation contre l'accusation dont Blanqui &#233;tait victime. Cette protestation fut publi&#233;e dans La Gazette des tribunaux du 14 avril et dans Le National du 15 avril. Parmi ceux qui avaient pris position pour Blanqui, il y avait D&#233;zamy. Mais un de ses anciens camarades de combat, Armand Barb&#232;s, s'&#233;tait rang&#233; aux c&#244;t&#233;s des calomniateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup fut douloureux, et cependant Blanqui ne suspendit pas un seul jour son activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 avril, il se rendit au Champ-de-Mars o&#249; des ouvriers s'&#233;taient rassembl&#233;s pour &#233;lire les officiers d'&#233;tat-major de la Garde nationale. De l&#224;, ils se dirig&#232;rent vers l'H&#244;tel de Ville pour remettre au gouvernement une p&#233;tition demandant l'&#171; organisation du travail et l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme &#187;. Mais ils se heurt&#232;rent &#224; la r&#233;sistance des gardes nationaux, mobilis&#233;s sous le pr&#233;texte de faire &#233;chec &#224; la &#171; conspiration communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante firent honneur &#224; la perspicacit&#233; et &#224; la clairvoyance de Blanqui qui avait r&#233;clam&#233; leur ajournement. Dans plusieurs villes, des barricades s'&#233;lev&#232;rent le jour des &#233;lections. Le choc entre la bourgeoisie et les ouvriers fut particuli&#232;rement rude &#224; Rouen, les 27 et 28 avril, o&#249; les ouvriers furent v&#233;ritablement massacr&#233;s ; ce fut une nouvelle &#171; Saint-Barth&#233;lemy &#187;. Dans une proclamation consacr&#233;e &#224; cet &#233;v&#233;nement, Blanqui d&#233;non&#231;ait la responsabilit&#233; du gouvernement : &#171; Est-ce trahison ou l&#226;chet&#233; ? &#187; demandait-il. &#171; Le sang du peuple r&#233;pandu ne doit, ne peut rester sans vengeance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante se r&#233;unit pour la premi&#232;re fois le 4 mai. Elle l&#233;gitima la r&#233;publique bourgeoise en France. Il n'y eut pas de place au sein du nouveau gouvernement pour les repr&#233;sentants ouvriers. Les masses populaires parisiennes &#233;taient profond&#233;ment d&#233;&#231;ues. Leur m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard des premi&#232;res mesures gouvernementales se manifesta par la d&#233;monstration du 15 mai. Les ouvriers, voulant faire pression sur le gouvernement provisoire, envahirent la salle o&#249; se trouvait l'Assembl&#233;e constituante. Ils demandaient que l'on porte secours imm&#233;diatement aux Polonais insurg&#233;s. Blanqui prit la parole &#224; l'Assembl&#233;e ; mais il n'avait pas &#233;t&#233; l'instigateur de la manifestation ; bien au contraire, pensant qu'elle &#233;chouerait, il avait essay&#233; d'en d&#233;tourner les membres de son club. &#192; l'Assembl&#233;e, Blanqui r&#233;clame une assistance prompte aux Polonais, une enqu&#234;te sur les &#233;v&#233;nements de Rouen et le jugement des coupables, du travail pour tous les ch&#244;meurs et l'am&#233;lioration de la condition des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante d&#233;clar&#233;e dissoute, les manifestants march&#232;rent sur l'H&#244;tel de Ville o&#249; un nouveau gouvernement fut constitu&#233;, compos&#233; de Barb&#232;s, Raspail, Albert, Ledru-Rollin, Louis Blanc etc. Blanqui n'en fit pas partie. Mais, tr&#232;s vite, l'H&#244;tel de Ville fut occup&#233; par l'arm&#233;e. Elle dispersa le peuple, arr&#234;ta Barb&#232;s et Albert. Blanqui r&#233;ussit &#224; se cacher pendant onze jours, mais il fut arr&#234;t&#233; le 26 mai et enferm&#233; au ch&#226;teau de Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles des journ&#233;es de juin, baign&#233;es dans le sang du peuple parisien, parvenaient &#224; Blanqui qui souffrait de son impuissance et de son inaction. Ce ne fut que le 7 mars 1849, neuf mois apr&#232;s l'arrestation de Blanqui, que la Haute Cour d&#233;lib&#233;ra sur l'affaire du 15 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s eut lieu &#224; Bourges. &#192; cette &#233;poque, Blanqui avait quarante-quatre ans. P&#226;le, &#233;puis&#233;, les cheveux tout blancs, il avait l'air d'un vieillard. Mais ni les prisons ni les privations n'avaient &#233;branl&#233; sa force d'esprit. Comme en 1832, au proc&#232;s des Quinze, Blanqui fut son propre d&#233;fenseur. Il disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debout sur la br&#232;che pour d&#233;fendre la cause du peuple, les coups que j'ai re&#231;us ne m'ont jamais atteint en face... Le temps a trop prouv&#233; que les traits lanc&#233;s contre moi, de n'importe quelle main, sont tous all&#233;s au travers de mon corps frapper la R&#233;volution. C'est ma justification et mon honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la derni&#232;re s&#233;ance de la Cour eut lieu une sc&#232;ne p&#233;nible : la confrontation de Blanqui et de Barb&#232;s qui parla de nouveau du document Taschereau. Dans sa r&#233;ponse, Blanqui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antiquit&#233; avait attribu&#233; &#224; Hercule tous les faits des temps h&#233;ro&#239;ques : la r&#233;action personnifie en moi tous les crimes et toutes les atrocit&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On accusa Blanqui d'avoir voulu dissoudre de force l'Assembl&#233;e constituante. Blanqui r&#233;pondit malicieusement qu'avec son exp&#233;rience de conspirateur et d'organisateur d'insurrections il aurait agi tout autrement que les manifestants du 15 mai. Et il d&#233;veloppa avec feu le plan possible d'une dissolution de l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 avril 1849, Blanqui fut condamn&#233; &#224; dix ans de prison. Il fut conduit &#224; la prison de Doullens (Somme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui resta dix-neuf mois &#224; Doullens. &#192; son habitude, il y lut et &#233;crivit beaucoup. Le 20 octobre 1850, il fut emmen&#233; avec d'autres prisonniers politiques &#224; Belle-&#206;le-en-Mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait alors pr&#232;s de 250 prisonniers politiques &#224; Belle-&#206;le. Le r&#233;gime p&#233;nitentiaire n'&#233;tait pas tr&#232;s rigoureux. Les prisonniers pouvaient se rencontrer &#224; certaines heures de la journ&#233;e, converser, prendre leur repas ensemble, etc. Les discussions politiques et philosophiques devenaient facilement passionn&#233;es. Presque aussit&#244;t deux partis se form&#232;rent, opposant les partisans de Blanqui &#224; ceux de Barb&#232;s. Au d&#233;but, les blanquistes &#233;taient rares. Barb&#232;s, par contre, &#233;tait entour&#233; de gens qui &#233;taient hostiles &#224; Blanqui et le pers&#233;cutaient. Il y eut m&#234;me un moment o&#249; Blanqui craignit pour sa vie. Il proposa &#224; Barb&#232;s un arbitrage, mais en vain. Peu &#224; peu, Blanqui s'attacha une grande partie des prisonniers, surtout les ouvriers. Plusieurs d'entre eux venaient &#233;couter ses cours d'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1851, &#224; l'occasion du troisi&#232;me anniversaire de la r&#233;volution de F&#233;vrier, Blanqui &#233;crivit le c&#233;l&#232;bre toast, adress&#233; aux &#233;migr&#233;s de Londres sous le titre d' &#171; Avis au peuple &#187;. Blanqui d&#233;non&#231;ait la trahison de Louis Blanc, de Ledru-Rollin et des autres &#171; socialistes &#187; de 48. Marx, qui &#224; cette &#233;poque vivait &#224; Londres, envoya la traduction de ce texte aux communistes allemands. Pour lui, l' &#171; Avis au peuple &#187;, faisait le bilan de la lutte de classes qui venait de se livrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Belle-&#206;le, Blanqui lisait beaucoup, approfondissait ses connaissances en philosophie, en &#233;conomie politique, en sciences naturelles et particuli&#232;rement en g&#233;ographie, pour laquelle il avait une pr&#233;dilection. Sa m&#232;re et ses s&#339;urs lui faisaient parvenir des livres et des atlas. Blanqui &#233;crivait des articles et des comptes rendus de livres nouveaux, correspondait avec ses amis. Il &#233;tait au courant de ce qui se passait au-del&#224; des murs de la prison. Au mois de novembre 1851, dans une lettre &#224; Rouget, un ancien prisonnier de Belle-&#206;le, il pr&#233;disait un prochain coup d'&#201;tat en France et celui-ci se produisit, en effet, le 2 d&#233;cembre 1851. D&#232;s 1853 la guerre de Crim&#233;e &#233;tait, selon lui, in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui, qui passa la moiti&#233; de sa vie en prison, avait une capacit&#233; de r&#233;sistance extraordinaire. On s'&#233;tonne que cet homme, ch&#233;tif et de sant&#233; chancelante, ait pu supporter tant d'&#233;preuves. Gr&#226;ce &#224; une force d'&#226;me extraordinaire, il savait se d&#233;tacher des d&#233;tails de la vie quotidienne et se retrancher dans son propre monde int&#233;rieur. Il avait mis au point un mode de vie et une hygi&#232;ne qu'il observait scrupuleusement. Il faisait de la culture physique, suivait un r&#233;gime sp&#233;cial qui excluait le vin, comportait peu de viande et beaucoup de laitages, de l&#233;gumes et de fruits. &#192; Belle-&#206;le, il passait beaucoup de temps &#224; cultiver un jardin potager qui se trouvait sous sa fen&#234;tre et o&#249; il faisait pousser des fraises et des l&#233;gumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de 1852, Blanqui pensa &#224; s'&#233;vader. C'est alors que la m&#232;re et le fils de Blanqui, qui avait quinze ans, arriv&#232;rent &#224; Belle-&#206;le. La m&#232;re se procura tout ce qui &#233;tait n&#233;cessaire &#224; l'&#233;vasion. Mais le minist&#232;re en eut connaissance par l'interception d'une lettre qui se trouvait dans un panier de p&#234;cheur &#224; fond double. Blanqui fut mis au cachot et sa garde fut renforc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant en 1853 Blanqui et Cazavant, son voisin de cellule, recommenc&#232;rent &#224; pr&#233;parer leur &#233;vasion. Ils avaient l'intention de fuir en Angleterre. Ils imagin&#232;rent un plan audacieux dont l'ex&#233;cution demandait beaucoup de temps. Blanqui et Cazavant laisseraient dans leur cellule des poup&#233;es, habill&#233;es de leurs v&#234;tements de prison et assises comme ils avaient coutume de le faire. Mais pour que la fuite ne soit pas d&#233;couverte imm&#233;diatement, pendant un certain temps, Blanqui et Cazavant ne r&#233;pondirent plus aux questions que leur posaient les gardiens ni &#224; l'appel de leur nom. Et les surveillants cess&#232;rent bient&#244;t d'y pr&#234;ter attention. Le 5 avril, Blanqui et Cazavant s'&#233;vad&#232;rent sous une pluie torrentielle. Parvenus &#224; un puits, ils descendirent avec des cordes jusqu'au niveau de l'eau, ne boug&#232;rent pas jusqu'&#224; la fin de la ronde, apr&#232;s quoi ils sortirent et franchirent la cl&#244;ture ; ils err&#232;rent toute la nuit &#224; travers l'&#238;le et enfin, &#233;puis&#233;s, atteignirent la case d'un p&#234;cheur, point d&#233;sign&#233; &#224; l'avance o&#249; ils se dissimul&#232;rent au grenier jusqu'au matin. Mais le p&#234;cheur, qui avait re&#231;u de Blanqui et de Cazavant une forte somme pour les transporter sur le continent, les trahit : il d&#233;non&#231;a leur fuite aux autorit&#233;s de la prison. Blanqui fut jet&#233; au cachot du ch&#226;teau Fouquet &#224; Belle-&#206;le, d'o&#249; il fut bient&#244;t transf&#233;r&#233; de nouveau au d&#233;partement des prisonniers politiques, mais sous une surveillance plus s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En automne 1854, Barb&#232;s fut lib&#233;r&#233; et les rapports entre les partis rivaux &#224; l'int&#233;rieur de la prison s'am&#233;lior&#232;rent. En 1857, Blanqui, avec 31 camarades, fut transf&#233;r&#233; en Corse, &#224; Corte, o&#249; la population rassembl&#233;e les accueillit chaleureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui resta dans sa prison corse, humide et mal a&#233;r&#233;e, jusqu'au 2 avril 1859. Ensuite, en raison de la loi dite de s&#233;curit&#233; publique de 1858, il fut transf&#233;r&#233; en Afrique, &#224; Mascara. Le 16 ao&#251;t 1859, apr&#232;s l'amnistie g&#233;n&#233;rale, Blanqui re&#231;ut le droit de rentrer &#224; Paris. Mais &#224; Toulon, sur le chemin du retour, il fut de nouveau arr&#234;t&#233; ; on mena&#231;ait de l'exiler &#224; Cayenne. Enfin Mme Antoine, la s&#339;ur de Blanqui, r&#233;ussit &#224; obtenir pour lui la permission de gagner Paris. Il y rencontra son fils, qui avait alors vingt-quatre ans. Au cours de ses s&#233;jours en prison, Blanqui n'avait pu voir son fils que cinq ou six fois. C'&#233;tait un homme born&#233; et superficiel, n'ayant rien de commun avec son p&#232;re. Il le connaissait si peu et si mal qu'il lui proposa de renoncer &#224; la vie politique et de partager sa vie bourgeoise. &#192; Paris, Blanqui eut une autre d&#233;convenue ; il apprit que ses manuscrits, fruits d'un long travail, avaient &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s en ex&#233;cution des derni&#232;res volont&#233;s de sa m&#232;re, morte en 1858. Cette nouvelle plongea Blanqui dans le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s son retour &#224; Paris, Blanqui se rendit &#224; Londres. De nombreux &#233;migr&#233;s politiques y vivaient, parmi lesquels ses amis : Lacambre et Barth&#233;lemy. &#192; son retour &#224; Paris, Blanqui s'adonna de nouveau &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Il se cachait habilement de la police, mais celle-ci &#233;tait constamment &#224; ses trousses et r&#233;ussit &#224; la longue &#224; l'arr&#234;ter. Au mois de juin 1861, il fut accus&#233; d'avoir pris part &#224; l'organisation d'une soci&#233;t&#233; secr&#232;te et condamn&#233; &#224; quatre ans de prison. Cette condamnation suscita l'indignation des milieux r&#233;volutionnaires. Marx et Engels, qui avaient beaucoup d'estime pour Blanqui en qui ils voyaient le repr&#233;sentant du &#171; parti r&#233;volutionnaire de la France &#187;, aid&#232;rent son ami Denonville &#224; publier un pamphlet contre l'ignoble proc&#232;s de Blanqui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveau, Blanqui fut conduit &#224; la prison de Sainte-P&#233;lagie qu'il avait d&#233;j&#224; connue en 1832 apr&#232;s son discours au proc&#232;s des Quinze et en 1835 apr&#232;s le proc&#232;s de la Soci&#233;t&#233; des Familles. La prison de Sainte-P&#233;lagie avait enferm&#233; entre ses murs de nombreuses personnalit&#233;s politiques fran&#231;aises. En 1793 : M-O Rolland et certains Girondins ; et par la suite B&#233;ranger, Paul-Louis Courier, Marrast, Godefroy Cavaignac, Daumier, Lamennais, F&#233;lix Pyat, les r&#233;volutionnaires de 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silencieux et peu sociable, m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard des inconnus, Blanqui &#233;tait cependant un p&#244;le d'attraction pour les d&#233;tenus dont certains devinrent ses amis ou ses disciples fid&#232;les. Ses connaissances, sa forte personnalit&#233;, son sort d' &#171; enferm&#233; &#187;perp&#233;tuel, son d&#233;vouement exceptionnel &#224; la cause de la r&#233;volution, son attitude &#233;videmment critique &#224; l'&#233;gard du parti r&#233;publicain parlementaire lui conf&#233;raient une autorit&#233; grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui se lia surtout avec Gustave Tridon et les &#233;tudiants en m&#233;decine Villeneuve, Clemenceau, etc. Il connut intimement Arthur Ranc qui lui d&#233;dia son Complot romantique. Ranc devint pour quelque temps un blanquiste acharn&#233;. C'est &#224; la prison de Sainte-P&#233;lagie que prit naissance le parti blanquiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1864, Blanqui tomba malade. On le transporta &#224; l'h&#244;pital Necker o&#249; on le mit dans une salle particuli&#232;re, sous la surveillance d'un policier. Des amis venaient le voir. C'est l&#224; qu'il fit la connaissance de Charles Longuet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1865, Blanqui participa &#224; la publication du journal Candide, dont le r&#233;dacteur en chef &#233;tait Gustave Tridon, &#233;l&#232;ve pr&#233;f&#233;r&#233; de Blanqui. Sous le pseudonyme de Suzamel (Suzanne-Am&#233;lie, le pr&#233;nom de sa femme), Blanqui publia dans ce journal quelques articles sur des sujets philosophiques et scientifiques. Mais, apr&#232;s la parution du no 8, le journal fut suspendu et ses r&#233;dacteurs arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui chercha &#224; s'&#233;vader de l'h&#244;pital. De nouveau, il habitua les surveillants &#224; son absence au repas du soir et &#224; l'appel. En compagnie de ses amis, Cazavant, Lamblin et les fr&#232;res Levraud tous &#233;tudiants, Blanqui, coiff&#233; d'une perruque claire et d'un chapeau &#224; larges bords, passa devant le policier de garde et prit le train pour Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de son d&#233;part Blanqui envoya aux journaux parisiens une lettre ouverte ; il y disait que, condamn&#233; &#224; quatre ans de prison, il avait &#233;t&#233; d&#233;tenu pendant quatre ans et six mois et que le devoir l'obligeait &#224; refuser le cadeau de cent jours suppl&#233;mentaires de son existence. Il s'&#233;tait &#233;vad&#233; de crainte d'&#234;tre transport&#233; &#224; Cayenne au terme de sa r&#233;clusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bruxelles, il v&#233;cut chez son ami le Dr Watteau. Il y fit de nouvelles connaissances, revit son ami Charles Longuet qui &#233;ditait &#224; Bruxelles le journal La Rive gauche. Au congr&#232;s de Li&#232;ge , en 1865, Blanqui rencontra Tridon, Paul Lafargue et Granger qui devint par la suite son meilleur ami. Au cours de ces ann&#233;es, Blanqui &#233;crivit beaucoup. Quelques essais de cette &#233;poque, consacr&#233;s aux questions d'&#233;conomie politique, de philosophie et de socialisme, furent publi&#233;s apr&#232;s sa mort en deux volumes, sous le titre : La Critique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, Blanqui continuait &#224; correspondre avec ses amis parisiens. C'est alors que se constitua en France le groupe de combat blanquiste dont les membres &#233;taient recrut&#233;s apr&#232;s une s&#233;lection s&#233;v&#232;re. En 1870, ils atteignirent l'effectif de 2 500. Blanqui venait souvent &#224; Paris, en secret et pour un temps tr&#232;s court. Puis, quand l'activit&#233; de l'organisation prit de larges proportions, Blanqui resta &#224; Paris plusieurs mois d'affil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1867-1868, Blanqui &#233;crivit une &#171; Instruction pour une prise d'armes &#187; o&#249; il exposait en d&#233;tail les mesures &#224; prendre apr&#232;s la r&#233;volution pour &#233;tablir une dictature parisienne. Il d&#233;veloppait son plan de combat, indiquait les rues o&#249; l'on devait &#233;lever des barricades, donnait des mod&#232;les d'appels au peuple, &#224; l'arm&#233;e, etc. Les amis de Blanqui le pressaient de passer &#224; la lutte ouverte contre l'Empire ; ils pensaient que le climat g&#233;n&#233;ral du pays et le m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime &#233;taient favorables &#224; l'insurrection. Mais la crainte de nouveaux &#233;checs rendait Blanqui prudent. Il y eut tout de m&#234;me une tentative d'insurrection, le jour des fun&#233;railles de Victor Noir, jeune journaliste tu&#233; par un membre de la famille Bonaparte. Mais cette tentative ne r&#233;ussit pas ; il n'y eut pas de collision entre la foule et les troupes, malgr&#233; une tr&#232;s large agitation &#224; la Chambre et parmi le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre de 1870, l'arm&#233;e fran&#231;aise connut, d&#232;s le d&#233;but, une s&#233;rie de d&#233;faites. Les masses populaires furent indign&#233;es. Le peuple, qui se rassemblait sur la place de la Concorde, proclamait hautement sa col&#232;re et son indignation. Les blanquistes jug&#232;rent que le moment &#233;tait venu de renverser sans difficult&#233; l'Empire et lanc&#232;rent un appel pressant &#224; Blanqui qui se trouvait &#224; Bruxelles. Il arriva &#224; Paris le 12 ao&#251;t. L'insurrection devait avoir lieu le 14, au centre des quartiers ouvriers, boulevard de La Villette. On pensait occuper la caserne des pompiers du boulevard de La Villette pour s'approvisionner en armes, puis proclamer la r&#233;publique. Mais une fois encore la tentative &#233;choua. La plupart de ses auteurs furent arr&#234;t&#233;s, quelques-uns condamn&#233;s &#224; mort, mais le verdict ne fut pas mis &#224; ex&#233;cution. Apr&#232;s la capitulation de Napol&#233;on, survenue le 2 septembre &#224; Sedan, l'Empire touchait &#224; sa fin. Le 4 septembre, la R&#233;publique fran&#231;aise fut proclam&#233;e, et le gouvernement de la d&#233;fense nationale, dont faisaient partie Arago, Cr&#233;mieux, Favre, Gambetta, Garnier-Pag&#232;s, Rochefort, Jules Simon et le g&#233;n&#233;ral Trochu, fut constitu&#233; &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution du 4 septembre, Blanqui fonda le club et le journal La Patrie en danger. Dans son premier num&#233;ro dat&#233; du 7 septembre, Blanqui appelait les masses &#224; accorder leur appui au gouvernement ; toutes les divisions devaient dispara&#238;tre devant l'ennemi commun. Il ne comprenait pas qu'un gouvernement bourgeois, contre-r&#233;volutionnaire dans son essence, ne pouvait assurer la d&#233;fense du pays, car il &#233;tait guid&#233; non pas par des int&#233;r&#234;ts nationaux, mais par des int&#233;r&#234;ts de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs du journal les plus proches de Blanqui : Tridon, les fr&#232;res Levraud, Regnard, Granger et Verlet, faisaient &#233;galement appel &#224; l'union pour la d&#233;fense de la patrie. Du 7 septembre au 9 d&#233;cembre parurent 89 num&#233;ros, et dans chaque num&#233;ro Blanqui publiait des articles, des appels, des proclamations, dans lesquels il indiquait comment il fallait mener la d&#233;fense de Paris, quelles mesures il fallait prendre pour le pr&#233;server. Dans ces conseils, il faisait preuve d'une profonde intelligence, de perspicacit&#233; et d'une grande connaissance de la tactique militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, dans les clubs, Blanqui exposait les fautes et les crimes du gouvernement et indiquait les mesures &#224; prendre pour constituer une arm&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de septembre, &#224; une r&#233;union de gardes nationaux, Blanqui, apr&#232;s avoir prononc&#233; un discours, fut &#233;lu commandant du 169e bataillon. Poste qu'il n'occupa pas longtemps, car, le 19 octobre, le g&#233;n&#233;ral Trochu fit dissoudre le bataillon. Dans un des num&#233;ros de La Patrie en danger, Blanqui &#233;crivait : &#171; Le premier acte de la d&#233;fense doit &#234;tre la r&#233;vocation de ceux qui rendent la d&#233;fense impossible. &#187; Le gouvernement de la d&#233;fense nationale et le g&#233;n&#233;ral Trochu, qui &#233;tait &#224; la t&#234;te des forces arm&#233;es parisiennes, montr&#232;rent au peuple fran&#231;ais leur vrai visage, le visage de la trahison nationale. &#192; la nouvelle de la capitulation de Metz, connue &#224; Paris le 31 octobre, les masses populaires manifest&#232;rent leur &#233;motion. La capitulation mena&#231;ait Paris ; il fallait &#224; tout prix sauver la capitale. Le 31 octobre, les masses populaires et les bataillons de la garde nationale, apr&#232;s avoir occup&#233; l'H&#244;tel de Ville et mis en &#233;tat d'arrestation les membres du gouvernement, cr&#233;&#232;rent un comit&#233; provisoire, charg&#233; d'assurer la s&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;rale et de fixer les &#233;lections municipales. Blanqui et ses partisans prirent la t&#234;te du mouvement du 31 octobre et la candidature de Blanqui fut pos&#233;e au nouveau gouvernement. Mais le mouvement du 31 octobre &#233;choua comme les pr&#233;c&#233;dents ; le gouvernement de la d&#233;fense nationale conserva le pouvoir, en promettant de ne pas poursuivre ceux qui avaient particip&#233; &#224; l'insurrection. Blanqui resta &#224; Paris. Dans le journal qu'il continuait d'&#233;diter, il lan&#231;ait des appels en faveur de l'armement de tous les citoyens pour d&#233;fendre la capitale et s'indignait de l'inaction du gouvernement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs l&#233;gitimes sont aux mains de qui r&#233;siste. Le bulletin de vote, aujourd'hui, c'est la cartouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui et son groupe jou&#232;rent un r&#244;le actif dans la manifestation du 22 janvier 1871, qui avait pour but de renverser le gouvernement de la d&#233;fense nationale. Mais cette manifestation populaire, aussi peu pr&#233;par&#233;e que les autres, &#233;choua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me apr&#232;s la capitulation de Paris et l'amnistie du 28 janvier, Blanqui esp&#233;rait encore que la France serait sauv&#233;e. Le 8 f&#233;vrier 1871 devaient avoir lieu les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Le nom de Blanqui ne se trouvait pas sur la liste des 43 candidats pr&#233;sent&#233;s par les clubs, les comit&#233;s et les r&#233;dactions des journaux. Apr&#232;s les &#233;lections, o&#249; il recueillit n&#233;anmoins 52 839 voix, Blanqui se d&#233;cida &#224; partir pour Bordeaux. En quittant Paris le 12 f&#233;vrier, il fit apposer une affiche, intitul&#233;e Un dernier mot, dans laquelle il r&#233;sumait tout ce qu'il avait &#233;crit dans La Patrie en danger. Il y &#233;tait question de la conduite du gouvernement pendant le si&#232;ge de Paris, des mesures qu'on aurait d&#251; prendre pour sa d&#233;fense, de la n&#233;cessit&#233; d'&#233;vacuer en province un million de femmes et d'enfants et de les remplacer par autant de jeunes provinciaux en &#233;tat de porter les armes, du ravitaillement de Paris, de son armement &#224; pr&#233;lever sur les arsenaux de province, etc. Un dernier mot se terminait par une mise en accusation du gouvernement tra&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Bordeaux, Blanqui se rendit &#224; Louli&#233; (Lot), chez sa ni&#232;ce, pour se reposer des &#233;v&#233;nements parisiens. Mais ce repos fut de courte dur&#233;e, car il tomba malade. C'est alors que, le 9 mars, il fut mis en jugement pour sa participation &#224; la journ&#233;e du 31 octobre. Le gouvernement violait son engagement de ne pas poursuivre les auteurs de ce soul&#232;vement. Par d&#233;cision du minist&#232;re de la justice, Blanqui fut arr&#234;t&#233; &#224; Louli&#233; le 17 mars et conduit, tout malade qu'il &#233;tait, &#224; l'h&#244;pital de Figeac le 18 mars, le jour m&#234;me o&#249; la classe ouvri&#232;re prenait le pouvoir et proclamait la Commune &#224; Paris. Lorsqu'on l'avisa de l'arrestation de Blanqui, Thiers, le bourreau de la Commune, s'&#233;cria : &#171; Nous le tenons enfin, ce sc&#233;l&#233;rat ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars, Blanqui fut transf&#233;r&#233; &#224; la prison de Cahors, o&#249; il fut incarc&#233;r&#233; avec des prisonniers de droit commun, jusqu'&#224; ce qu'on le mette au secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mars, il fut &#233;lu membre de la Commune de Paris avec d'autres blanquistes : Tridon, Eudes, Flourens, &#201;douard Vaillant, Rigault, etc., qui avaient jou&#233; un r&#244;le actif dans la r&#233;volution du 18 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux premi&#232;res s&#233;ances de la Commune, Blanqui fut &#233;lu pr&#233;sident d'honneur. Ses amis eurent l'id&#233;e de proposer au gouvernement de Thiers de l'&#233;changer contre certains otages de la Commune, parmi lesquels l'archev&#234;que Darboy. Les pourparlers engag&#233;s entre un homme de confiance de l'archev&#234;que et Thiers dur&#232;rent plus d'un mois, mais ne men&#232;rent &#224; rien. Thiers ne voulait pas lib&#233;rer Blanqui, m&#234;me contre 74 otages, et d&#233;clarait que &#171; rendre Blanqui &#224; l'insurrection &#233;quivalait &#224; lui envoyer un r&#233;giment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet &#233;chec, la Commune vota un cr&#233;dit de 50 000 francs pour pr&#233;parer l'&#233;vasion de Blanqui de la prison de Cahors. Mais Granger, ami intime de Blanqui, &#224; qui on avait confi&#233; cette mission, ne parvint pas &#224; l'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 mai, Blanqui fut conduit au fort du Taureau, dans la baie de Morlaix, o&#249; il arriva deux jours plus tard. Il avait alors soixante-six ans et sa sant&#233; &#233;tait compromise. Cependant le r&#233;gime du fort du Taureau &#233;tait tr&#232;s rigoureux. La cellule de Blanqui, situ&#233;e au sous-sol, &#233;tait froide, sombre et humide. La surveillance &#233;tait extr&#234;mement s&#233;v&#232;re. Le commandant avait re&#231;u l'ordre de tirer &#224; la moindre tentative de fuite ; pendant la promenade, Blanqui &#233;tait toujours accompagn&#233; de gardiens arm&#233;s ; on interdisait aux bateaux d'accoster, etc. En outre le bruit incessant de la prison emp&#234;chait Blanqui de travailler et de se reposer, et la nourriture &#233;tait tr&#232;s mauvaise. Livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, il s'adonnait &#224; la m&#233;ditation. Pendant la promenade, il &#233;tudiait le ciel et la mer, suivait le mouvement des plan&#232;tes. Les conclusions de ses observations se retrouvent dans L'&#201;ternit&#233; par les astres et dans l'expos&#233; sur les causes de la lumi&#232;re zodiacale qui, plus tard, le 8 janvier 1872, fut lu &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences et publi&#233; le 27 janvier dans La R&#233;publique fran&#231;aise. La m&#234;me ann&#233;e, L'&#201;ternit&#233; par les astres fut &#233;dit&#233;e en volume &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 novembre 1871, Blanqui fut subitement transf&#233;r&#233; &#224; la prison de Versailles. Pendant deux jours (le 15 et le 16 f&#233;vrier 1872), apr&#232;s presque un an de d&#233;tention pr&#233;ventive, le IVe Conseil de guerre de Versailles eut &#224; se prononcer sur sa participation aux &#233;v&#233;nements du 31 octobre et &#224; d'autres manifestations ainsi que sur sa responsabilit&#233; &#171; morale &#187; dans l'existence de la Commune. Blanqui, alors &#226;g&#233; de soixante-sept ans, &#233;tait un vieillard p&#226;le et gr&#234;le d'aspect. Mais aucune prison n'avait pu le briser moralement. Il r&#233;futa tous les arguments de l'accusation et termina par cette fi&#232;re d&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas ici pour le 31 octobre. C'est le moindre de mes forfaits. Je repr&#233;sente ici la R&#233;publique tra&#238;n&#233;e &#224; la barre de votre tribunal par la monarchie. M. le commissaire du gouvernement a condamn&#233; tour &#224; tour la r&#233;volution de 1789, celle de 1830, celle de 1848, celle du 4 septembre. C'est au nom des id&#233;es monarchiques, c'est au nom du droit ancien en opposition au droit nouveau, comme il dit, que je suis jug&#233; et que, sous la R&#233;publique, je vais &#234;tre condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui fut reconnu coupable et condamn&#233; &#224; la d&#233;portation et &#224; la privation des droits civiques. La cour de cassation annula le jugement. Mais le 29 avril, le VIe Conseil de guerre le condamna &#224; nouveau. On se proposait de l'exiler en Nouvelle-Cal&#233;donie, lieu de d&#233;portation des membres de la Commune, mais la commission m&#233;dicale reconnut qu'il n'&#233;tait pas en &#233;tat de supporter un aussi long voyage. Le condamn&#233; &#224; vie fut conduit &#224; la prison centrale de Clairvaux (Aube).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairvaux, vieille abbaye, avait &#233;t&#233; convertie en prison en 1789. &#192; son arriv&#233;e, Blanqui y trouva 140 d&#233;tenus politiques, condamn&#233;s comme anciens Communards. Il fut mis dans une cellule isol&#233;e, longue de 2m et large de 1m50, avec une fente &#233;troite qui tenait lieu de fen&#234;tre ; il &#233;tait s&#233;par&#233; des autres d&#233;tenus et on ne lui donnait que rarement la permission de recevoir des visites familiales. Dans la prison humide de Clairvaux, la sant&#233; de Blanqui fut d&#233;finitivement compromise ; pendant de longs mois, il ne quitta pas le lit. Plus tard, on lui donna une cellule plus large, mais toujours isol&#233;e, o&#249; il se sentait &#171; enterr&#233; vivant &#187;, comme il l'&#233;crivait &#224; sa s&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1878, le journal socialiste L'&#201;galit&#233; fit campagne pour sa lib&#233;ration. On pr&#233;senta sa candidature aux &#233;lections. En avril 1879, il fut &#233;lu d&#233;put&#233; de Bordeaux au second tour de scrutin par 6 801 voix contre 5 330 au r&#233;publicain bourgeois Lavertujon, ami de Gambetta. Mais la Chambre invalida l'&#233;lection de Blanqui. L'active campagne en faveur de la candidature et de la lib&#233;ration de l'&#171; Enferm&#233; &#187; contraignit enfin le gouvernement &#224; gracier Blanqui le 10 juin 1879.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait rest&#233; &#224; Clairvaux huit ans et trois mois. Ce fut sa derni&#232;re prison. Au total, il avait &#233;t&#233; d&#233;tenu pendant trente sept ans. Le lendemain du jour o&#249; il fut lib&#233;r&#233;, Blanqui, &#226;g&#233; de soixante-quatorze ans, revint &#224; Paris avec sa s&#339;ur. Le 25 juin, il partit pour Bordeaux pour remercier ses &#233;lecteurs et pour se pr&#233;senter devant eux &#224; nouveau. Les habitants de Bordeaux accueillirent Blanqui avec enthousiasme. Cependant, au cours de la campagne &#233;lectorale, ses ennemis exhum&#232;rent le document Taschereau, et, bien qu'il n'y e&#251;t aucune preuve de sa culpabilit&#233;, il recueillit 158 voix de moins que son adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce revers ne diminua pas son &#233;nergie, il entreprit un voyage &#224; travers la France et prit la parole dans de nombreuses r&#233;unions ouvri&#232;res. Les milieux populaires l'accueillaient avec enthousiasme, et &#224; Bordeaux, Marseille, Toulon, Lyon, Nice, etc., on fit des banquets en son honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;t&#233; 1880, la candidature de Blanqui fut pos&#233;e &#224; Lyon, mais il n'obtint pas la majorit&#233;. En juin, les droits civiques lui furent rendus. Au d&#233;but du mois de novembre suivant, il fit partie des d&#233;l&#233;gu&#233;s des comit&#233;s r&#233;publicains envoy&#233;s en Italie pour assister aux f&#234;tes organis&#233;es en l'honneur de Garibaldi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du mois de novembre, Blanqui et ses amis, Granger, Eudes, Vaillant et d'autres fond&#232;rent le quotidien Ni Dieu, ni ma&#238;tre, dont Blanqui fut le r&#233;dacteur en chef. Le manque de ressources le for&#231;a &#224; transformer ce journal, &#224; partir du 25e num&#233;ro, en hebdomadaire. Dans le m&#234;me temps, il &#233;crivait une brochure, L'arm&#233;e esclave et opprim&#233;e, et, le 21 novembre, accompagn&#233; de Granger, il avait fait une conf&#233;rence &#224; Lille devant 6 000 personnes qui l'avaient acclam&#233; avec enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; sa mort, Blanqui, comme s'il voulait rattraper le temps perdu en prison, multiplia ses discours dans les r&#233;unions ouvri&#232;res de Paris. Le 27 d&#233;cembre 1880 il assista &#224; la r&#233;union de la salle Ragache, rue Lecourbe, o&#249; il pronon&#231;a en faveur du drapeau rouge son dernier discours. &#192; son retour &#224; une heure tardive, il fut subitement terrass&#233; par une attaque d'apoplexie. Le 1er janvier 1881, apr&#232;s avoir lutt&#233; cinq jours, il mourait &#224; l'&#226;ge de soixante-seize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses fun&#233;railles eurent lieu le 5 janvier. La nouvelle de sa mort bouleversa tous les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais. Pr&#232;s de 200 000 hommes accompagn&#232;rent sa d&#233;pouille. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s et des couronnes, envoy&#233;s par les organisations d'avant-garde de la France enti&#232;re, afflu&#232;rent &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut enterr&#233; au P&#232;re-Lachaise. Le 9 ao&#251;t 1885, les ouvriers parisiens firent &#233;difier un monument sur sa tombe, avec sa statue en bronze, chef-d'&#339;uvre du sculpteur Jules Dalou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OUVRAGES&lt;br class='autobr' /&gt;
D'AUGUSTE BLANQUI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fense du citoyen Auguste Blanqui devant la cour d'assises. Paris, 1832.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ponse du citoyen Auguste Blanqui. Paris, 1848.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Avis au peuple &#187;. La Patrie, 27 f&#233;vrier 1851&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pages in&#233;dites &#187; (1848-1852). La R&#233;volution de 1848, 1925, t. XXIII, no III, pp. 541-558.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lettre &#224; Maillard &#187; (1852). Le Cri du peuple, 1, 2, 3 octobre 1878.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Instruction pour une prise d'armes. &#187; (La premi&#232;re partie a &#233;t&#233; publi&#233;e dans La Pens&#233;e, 1948, n&#176; 19.)&lt;br class='autobr' /&gt;
La Patrie en danger. Paris, 1871.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un dernier mot. Paris, 1871.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;ternit&#233; par les astres. Paris, 1872.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La com&#233;die des programmes &#187;. L'&#201;galit&#233;, 16 juin 1878.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Arm&#233;e esclave et opprim&#233;e. Paris, 1880.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ni Dieu, ni Ma&#238;tre. Paris, 1880.&lt;br class='autobr' /&gt;
Critique Sociale, 2 volumes. Paris, 1885.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le communisme, avenir de la soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article1145</link>
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		<dc:date>2009-05-15T07:35:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le communisme, avenir de la soci&#233;t&#233; Auguste Blanqui L'&#233;tude attentive de la g&#233;ologie et de l'histoire r&#233;v&#232;le que l'humanit&#233; a commenc&#233; par l'isolement, par l'individualisme absolu, et qu'&#224; travers une longue s&#233;rie de perfectionnements elle doit aboutir &#224; la communaut&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La preuve de cette v&#233;rit&#233; se fera par la m&#233;thode exp&#233;rimentale, la seule valable aujourd'hui, parce qu'elle a fond&#233; la science. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'observation des faits et leurs d&#233;ductions irr&#233;futables &#233;tabliront pied &#224; pied cette marche (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le communisme, avenir de la soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Auguste Blanqui&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude attentive de la g&#233;ologie et de l'histoire r&#233;v&#232;le que l'humanit&#233; a commenc&#233; par l'isolement, par l'individualisme absolu, et qu'&#224; travers une longue s&#233;rie de perfectionnements elle doit aboutir &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve de cette v&#233;rit&#233; se fera par la m&#233;thode exp&#233;rimentale, la seule valable aujourd'hui, parce qu'elle a fond&#233; la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'observation des faits et leurs d&#233;ductions irr&#233;futables &#233;tabliront pied &#224; pied cette marche constante du genre humain. On verra nettement que tout progr&#232;s est une conqu&#234;te, tout recul une d&#233;faite du communisme, que son d&#233;veloppement se confond avec celui de la civilisation, que les deux id&#233;es sont identiques ; que tous les probl&#232;mes successivement pos&#233;s dans l'histoire par les besoins de notre esp&#232;ce ont eu une solution communiste, que les questions aujourd'hui pendantes, si ardues, si pleines de trouble et de guerre, n'en peuvent pas davantage recevoir d'autre, &#224; peine d'aggravation du mal et de chute dans l'absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les perfectionnements de l'imp&#244;t, la r&#233;gie substitu&#233;e &#224; la ferme, les postes, le tabac, le sel, innovations communistes. Les compagnies industrielles, les soci&#233;t&#233;s commerciales, les assurances mutuelles de toute nature, m&#234;me estampille. L'arm&#233;e, les coll&#232;ges, les prisons, les casernes, communisme dans les limbes, grossier, brutal, mais in&#233;vitable. Rien ne se fait hors de cette voie. L'imp&#244;t, le gouvernement lui-m&#234;me sont du communisme, de la pire esp&#232;ce &#224; coup s&#251;r, et cependant, d'une n&#233;cessit&#233; absolue. L'id&#233;e a dit &#224; peine son premier mot. Avant d'en &#234;tre &#224; son dernier, elle aura tout chang&#233; de face. Nous ne sommes encore que des barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyez les effets du r&#233;gime actuel ! Le bas prix et par cons&#233;quent l'abondance des denr&#233;es sont tenus pour une calamit&#233;, qui ruine les producteurs, met aux abois l'industrie et le commerce. L'&#233;conomie politique consacre ouvertement ce blasph&#232;me par ses d&#233;finitions. Elle d&#233;nomme utilit&#233; la richesse naturelle, et valeur la richesse sociale. Or, l'utilit&#233;, c'est l'abondance, et la valeur c'est la raret&#233;. Plus il y a de valeur utile, moins il y a de valeur v&#233;nale. O d&#233;mence ! comment ce qui est un bienfait par soi-m&#234;me peut devenir un fl&#233;au ? Par l'avidit&#233; du capital, qui exige la part du lion et se retire d&#232;s que les prix la lui refusent. Sa retraite rench&#233;rit les produits, et il revient p&#234;cher en eau trouble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Hollandais, dans leurs possessions asiatiques, interdisaient la culture du poivre, de la muscade, etc..., et d&#233;truisaient par masses les &#233;pices, afin d'en maintenir le haut prix sur le march&#233;. Dans les pays civilis&#233;s, chaque producteur d&#233;sire la chert&#233; de son produit et l'abaissement de tous les autres. La baisse des farines d&#233;sole l'agriculteur, et la hausse d&#233;sesp&#232;re l'industriel. Cette guerre sociale en permanence n'est-elle pas une accusation terrible contre l'organisation pr&#233;sente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime communitaire, le bien profite &#224; tout le monde et le mal ne profite &#224; personne. Les bonnes r&#233;coltes sont une b&#233;n&#233;diction, les mauvaises une calamit&#233;. Nul ne b&#233;n&#233;ficie de ce qui nuit aux autres et ne souffre de ce qui leur est utile. Toutes choses se r&#232;glent selon la justice et la raison. Le stock peut regorger, sans qu'il s'ensuive des crises industrielles et commerciales. Bien au contraire, l'accumulation des produits, impossible aujourd'hui sans d&#233;sastres, n'aura de limite alors que leur d&#233;t&#233;rioration naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pires plantes s'emparent souvent du terrain au d&#233;triment des meilleures. Le capitalisme, &#226;pre au gain, l'oeil aux aguets, a saisi la partie de l'association, et ce magnifique instrument de progr&#232;s est devenu entre ses mains un v&#233;ritable chassepot. Il en use pour exterminer la petite et moyenne industrie, le moyen et le petit commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pauvres gens meurent, &#233;touff&#233;s dans l'ombre, &#224; la muette. Ni &#233;clat, ni scandale. On ne voit, on n'entend rien. Ils disparaissent incognito. Ceci est bien autre chose que les &#233;meutes de 1848, cause de tant de fureurs aveugles et de vengeances sans piti&#233;. Les commer&#231;ants peuvent m&#233;diter &#224; loisir la fable de La Fontaine, le torrent au fracas inoffensif, la rivi&#232;re qui engloutit sans bruit dans ses eaux tranquilles. On passe le torrent, les pieds un peu mouill&#233;s ; on reste au fond de la rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les ruines du bourgeois modeste s'&#233;l&#232;ve, plus savante et plus terrible que le vieux patriciat, cette triple f&#233;odalit&#233; financi&#232;re, industrielle et commerciale qui tient sous ses pieds la soci&#233;t&#233; enti&#232;re ; l'astuce au lieu de la violence, le d&#233;trousseur de grande route supplant&#233; par le pickpocket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait &#233;crit que le pass&#233;, avant de mourir, frapperait son dernier coup avec l'arme m&#234;me qui doit le tuer. En frappant, il s'est port&#233; de sa propre main une blessure mortelle. L'association, au service du Capital, devient un fl&#233;au tel qu'il ne sera pas longtemps support&#233;. C'est le privil&#232;ge de ce glorieux principe de ne pouvoir faire que le bien. Il est pour le mal l'insecticide Vicat. Les punaises qui s'y frottent p&#233;rissent empoisonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'heure a sonn&#233; d'une &#233;volution sociale, tout se pr&#233;cipite &#224; sa rescousse, pour aider l'enfantement. Les &#233;nergies &#233;puis&#233;es qui vont s'&#233;teindre lui apportent elles-m&#234;mes, sans en avoir conscience, le concours de leur dernier effort. Nous assistons &#224; un curieux spectacle. Sous nos yeux se d&#233;roulent les pr&#233;liminaires de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'assistance mutuelle, dont le principe re&#231;oit &#224; chaque instant une application nouvelle, et travaille &#224; solidariser peu &#224; peu tous les int&#233;r&#234;ts ? Une des faces de la transformation qui s'approche. Et l'association, cette favorite du jour, panac&#233;e universelle dont les louanges retentissent en choeur, sans une seule voix discordante, qu'est-ce &#233;galement sinon la grande avenue et le dernier mot du communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point d'illusions cependant. Ce dernier mot ne se dira pas tant que la grande majorit&#233; reste accroupie, dans l'ignorance. La lune descendrait sur notre globe, plut&#244;t que la communaut&#233;, priv&#233;e de son &#233;l&#233;ment indispensable, les lumi&#232;res. Il nous serait aussi facile &#224; nous de respirer sans air qu'&#224; elle d'exister sans l'instruction, son atmosph&#232;re et son v&#233;hicule. Entre ces deux choses, instruction et communisme, le lien est si &#233;troit que l'une ne saurait faire sans l'autre, ni un pas en avant, ni un pas en arri&#232;re. Elles ont constamment march&#233; de conserve et de front dans l'humanit&#233; et ne se distanceront jamais d'une ligne jusqu'&#224; la fin de leur commun voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorance et communaut&#233; sont incompatibles. G&#233;n&#233;ralit&#233; de l'instruction sans communisme, et communisme sans g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'instruction, constituent deux impossibilit&#233;s &#233;gales. L'homme de la communaut&#233;, c'est celui qu'on ne trompe, ni ne m&#232;ne. Or tout ignorant est une dupe et un instrument de duperie, un serf et un instrument de servitude...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un insens&#233;, sinon un j&#233;suite, a os&#233; dire dans une r&#233;union publique : &#171; Si la soci&#233;t&#233; &#233;tait compos&#233;e de producteurs, de bons ouvriers, mais ignorants, elle marcherait tombant de l'exploitation au despotisme, mais elle vivrait. Si la soci&#233;t&#233; &#233;tait compos&#233;e de savants, nullement producteurs, elle ne saurait vivre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me homme a dit aussi : &#171; Je redoute cette anomalie de d&#233;class&#233;s qu'on voit chaque jour, qui sont tr&#232;s instruits, tr&#232;s intelligents, et qui sont hors d'&#233;tat de gagner leur vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore ce pr&#233;cieux orateur qui a repousse l'enseignement gratuit, obligatoire et la&#239;que, comme attentatoire &#224; la libert&#233; et aggravant la r&#233;glementation centralisatrice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; tous les voeux et toutes les haines des pr&#234;tres, voeux de t&#233;n&#232;bres, haines des lumi&#232;res. La guerre aux d&#233;class&#233;s &#233;tait, apr&#232;s le coup d'&#201;tat, le cri de ralliement de la chasse impitoyable faite aux instituteurs et aux coll&#232;ges la&#239;ques. Il faut lire les circulaires des pr&#233;fets de cette &#233;poque n&#233;faste pour comprendre les projets de la r&#233;action cl&#233;rico-monarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement libre livrerait toute l'&#233;ducation aux j&#233;suites. Nulle concurrence possible devant la coalition du clerg&#233; et du Capital. La trahison seule osera soutenir le contraire. Enfin, l'anath&#232;me lanc&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; toute compos&#233;e de savants r&#233;v&#232;le suffisamment l'intention de perp&#233;tuer le r&#233;gime des castes, ici les parias du travail manuel, l&#224; les privil&#233;gi&#233;s de l'intelligence, une masse d'abrutis et une privil&#233;gi&#233;s d'abrutisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut beaucoup d'audace, si ce n'est encore plus d'ineptie, pour pr&#233;tendre qu'une nation de savants ne saurait vivre et sans doute se lasserait de mourir de faim. Aucun peuple des temps actuels ne pourrait lutter de puissance productive avec une nation de savants, soit en agriculture, soit en industrie. La distance entre les deux serait plus grande qu'entre les Gaulois de C&#233;sar et les Fran&#231;ais de 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les r&#233;unions publiques, si elles durent, prennent garde aux &#233;missaires de la Compagnie de J&#233;sus. C'est sa tactique d'en entretenir dans tous les clubs, et, pour enlever les questions qui tiennent &#224; coeur aux r&#233;v&#233;rends p&#232;res, ces limiers ont l'ordre de prendre tous les masques. Or l'int&#233;r&#234;t cl&#233;rical, c'est l'enseignement libre, la mise en suspicion de la science et des savants, et la guerre aux d&#233;class&#233;s, autrement dit, aux hommes instruits et pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque, sous pr&#233;texte de libert&#233; et d'&#233;conomie, rejette l'enseignement gratuit et obligatoire, pour demander l'enseignement libre, est un agent du j&#233;suitisme. Qu'il se dise d'ailleurs r&#233;publicain, r&#233;volutionnaire, ath&#233;e, mat&#233;rialiste, socialiste, communiste, proudhoniste, tout ce qu'il voudra, peu importe la couleur de son masque, on peut, sans crainte d'erreur, l'appeler supp&#244;t des j&#233;suites. En effet, le bon sens montre que l'enseignement libre, sans intervention de l'&#201;tat, ni gratuit&#233;, c'est, par la toute-puissance de l'&#233;cu, le monopole de l'&#233;ducation aux mains des pr&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or enseignement du pr&#234;tre signifie t&#233;n&#232;bres et oppression. L'arm&#233;e noire, forte de cent mille soldats m&#226;les et femelles, s'en va pleine de furie, colportant la nuit et posant partout l'&#233;teignoir. Appuy&#233;e sur l'&#201;tat, elle domine, gouverne, menace, comprime. Le bras s&#233;culier est &#224; ses ordres, le Capital lui prodigue toutes ses ressources, la sachant son meilleur auxiliaire, ou plut&#244;t sa derni&#232;re planche de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ne conna&#238;t aujourd'hui ce p&#233;ril ? La d&#233;mocratie enti&#232;re, sans distinction de nuances, le proclame, en invoquant l'unique rem&#232;de, l'instruction. Divis&#233;e pour tout le reste, elle est unanime sur ce point. Le m&#234;me cri s'&#233;chappe de toutes les poitrines &#171; De la lumi&#232;re ! De la lumi&#232;re ! Plus d'abrutissement cl&#233;rical ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaines clameurs. le gouvernement fait la sourde oreille et ne r&#233;pond que par l'acc&#233;l&#233;ration fi&#233;vreuse de l'influence j&#233;suitique. Chaque ann&#233;e se ferment par centaines les &#233;coles la&#239;ques et s'ouvrent plus nombreuses encore les &#233;coles congr&#233;ganistes. Si l'on compare 1848 &#224; 1870, on verra que les filles, il y a vingt-cinq ans, appartenaient par moiti&#233; aux deux enseignements, et qu'il en reste &#224; peine un sixi&#232;me aujourd'hui aux la&#239;ques ; que de dix-sept pour cent, le chiffre des gar&#231;ons empoisonn&#233;s par l'&#233;ducation sacerdotale s'est &#233;lev&#233; &#224; cinquante pour cent, et que cette effrayante progression continue avec redoublement pour les deux sexes. Le plan de cr&#233;tinisation universelle se poursuit sans rel&#226;che. S'accomplirat-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! Mais quel retard dans l'av&#232;nement des jours heureux ! Quelle halte d&#233;solante dans l'antagonisme et la mis&#232;re ! Les ann&#233;es fuient, inutiles et monotones, les g&#233;n&#233;rations passent, d&#233;vor&#233;es l'une apr&#232;s l'autre par le monstre de la superstition et de l'ignorance. Il est l&#224; debout, barrant &#224; l'humanit&#233; le chemin de la terre promise qu'elle entrevoit dans le lointain, sans pouvoir l'atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps encore faudra-t-il lutter contre cet ennemi qui ne fait jamais quartier, lui, et qu'on pardonne toujours, apr&#232;s l'avoir terrass&#233; ? Ah ! Si la r&#233;volution avait fait son devoir en 1830, en 1848, ce demi-si&#232;cle, si tristement perdu, aurait suffi pour toucher le but. La guerre serait finie, et les nations, laissant derri&#232;re elles pass&#233; s'enfoncer rapidement dans la nuit, s'avanceraient &#224; grands pas vers un avenir toujours plus radieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sera-t-elle sage enfin &#224; son prochain triomphe, ou fera-t-elle gr&#226;ce encore une fois au g&#233;nie du mal, qu'elle a laiss&#233; jusqu'ici se relever plus terrible de chacune de ses chutes ? Il y a dans nos rangs des tra&#238;tres qui le prot&#232;gent aux heures de revers, avec des phrases cabalistiques dont le peuple est dupe. Le mot d'ordre de la prochaine trahison sera : &#171; lib&#233;ration du budget des cultes ; s&#233;paration de l'&#201;glise et de &#201;tat. &#187; Traduisez : victoire du catholicisme, &#233;crasement de la r&#233;volution. Que notre devise &#224; nous soit &#8212; &#171; Suppression des cultes, expulsion des pr&#234;tres ! Et qu'elle ne fl&#233;chisse ni devant la pri&#232;re, ni devant la menace, ni devant l'astuce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;der serait la mort. La r&#233;publique victorieuse n'aura pas de temps &#224; gaspiller en luttes inutiles. Trop d'obstacles exigeront des ann&#233;es de tranch&#233;e ouverte, pour s'amuser &#224; l'attaque en r&#232;gle d'une haie qui peut se franchir &#224; la course. L'arm&#233;e, la magistrature, le christianisme, l'organisation politique, simples haies. L'ignorance, bastion formidable. Un jour pour la haie ; pour le bastion, vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haie g&#234;nerait le si&#232;ge ; &#8212; ras&#233;e. Il ne sera encore que trop long, et, comme la communaut&#233; ne peut s'&#233;tablir que sur l'emplacement du bastion d&#233;truit, il n'y faut pas compter pour le lendemain. Un voyage &#224; la lune serait une chim&#232;re moins dangereuse. C'est pourtant le r&#234;ve de bien des impatiences, h&#233;las, trop l&#233;gitimes, r&#234;ve irr&#233;alisable avant la transformation des esprits. La volont&#233; m&#234;me de la France enti&#232;re resterait impuissante &#224; devancer l'heure, et la tentative n'aboutirait qu'&#224; un &#233;chec, signal de furieuses r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des conditions d'existence pour tous les organismes. En dehors de ces conditions, ils ne sont pas viables. La communaut&#233; ne peut s'improviser, parce qu'elle sera une cons&#233;quence de l'instruction qui ne s'improvis&#233; pas davantage. N'oublions pas la race des vampires, qui est aussi celle des cam&#233;l&#233;ons. Elle ne dispara&#238;trait pas plus, le lendemain de la r&#233;volution, que la race des na&#239;fs et des simples, sa p&#226;ture ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habits seraient t&#244;t retourn&#233;s. On verrait surgir de terre, en foule, comme les champignons apr&#232;s l'orage, des charlatans de communisme pour embrigader les hommes, des tartuffes de communaut&#233; pour embobeliner les femmes. A eux, prix infaillible de l'intrigue, la g&#233;rance, c'est-&#224;-dire la disposition discr&#233;tionnaire des biens communs. La masse des ignorants deviendrait leur proie et leur arm&#233;e... absolument comme aujourd'hui, avec des cons&#233;quences bien autrement terribles : une telle m&#234;l&#233;e de tyrannie et d'anarchie que la contre-r&#233;volution arriverait foudroyante, non pour un jour, mais pour de longues ann&#233;es, sous les terreurs vivaces du souvenir. Un bond effroyable en arri&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce point d'ailleurs folie de s'imaginer que, par une simple culbute, la soci&#233;t&#233; va retomber sur ses pieds, reconstruite &#224; neuf ? Non ! les choses ne se passent pas ainsi, ni chez les hommes, ni dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communaut&#233; s'avancera pas &#224; pas, parall&#232;lement &#224; l'instruction sa compagne et son guide, jamais en avant, jamais en arri&#232;re, toujours de front. Elle sera compl&#232;te le jour o&#249;, gr&#226;ce &#224; l'universalit&#233; des lumi&#232;res, pas un seul homme ne pourra &#234;tre la dupe d'un autre. Ce jour-l&#224;, nul ne voudra souffrir l'in&#233;galit&#233; de fortune. Or le communisme seul satisfait &#224; cette condition...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera peut-&#234;tre que l'&#233;galit&#233; de l'&#233;ducation n'entra&#238;ne point du tout celle des intelligences, et qu'il restera toujours l'in&#233;galit&#233; des cerveaux pour constituer une hi&#233;rarchie intellectuelle, depuis le g&#233;nie jusqu'&#224; la nullit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord. Mais, chez le plus pauvre cerveau, l'instruction int&#233;grale sera une armure suffisante, &#224; l'&#233;preuve de la tromperie, quel qu'en soit le masque. L'exp&#233;rience le prouve. L'exploiteur rencontrerait sur chaque visage ce sourire &#233;crasant qui veut dire : &#171; Banquiste, va ! La conviction de son impuissance lui &#233;pargnera ce d&#233;boire. D'ailleurs, l'ordre &#233;tabli n'&#233;tant point une improvisation, la race des vampires aura eu le temps de s'acclimater et de se r&#233;signer au nouveau milieu. Qu'on ne s'y trompe pas, la fraternit&#233;, c'est l'impossibilit&#233; de tuer son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus utile des facult&#233;s humaines, la facult&#233; protectrice par excellence, qui nous d&#233;fend &#224; la fois contre le dedans et le dehors, contre les autres et contre nousm&#234;mes, le jugement, trop rare aujourd'hui, prendra, par l'instruction int&#233;grale, un essor prodigieux qui en fera l'arme de la soci&#233;t&#233; nouvelle. Fruit de l'exp&#233;rience et de la comparaison, il y puisera une force inconnue. C'en sera fait alors de la ruse. Une clairvoyance implacable ira la d&#233;pister sous ses derniers d&#233;guisements. Fripons et dupes cesseront de former les deux grandes divisions de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la cr&#233;dulit&#233; est partout battue en br&#232;che. L'arm&#233;e noire garde encore sous s&#233;questre les enfants et les femmes. Les hommes l'abandonnent. Tenir l'enfant et perdre l'adulte ! Avoir toujours &#224; soi, par privil&#232;ge., la page blanche o&#249; se gravent si ais&#233;ment les impressions ineffa&#231;ables, et les voir ensuite effacer, remplacer... travail si rude ! Quelle sentence irr&#233;vocable ! Puisse-t-elle s'ex&#233;cuter &#224; bref d&#233;lai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie demeurera une exception. Le jugement deviendra l'apanage commun. Il suffit pour d&#233;tr&#244;ner &#224; jamais l'hypocrisie, reine actuelle du monde. Tartuffes de sentiment, tartuffes de franchise, tartuffes de mansu&#233;tude, tartuffes de d&#233;vouement, tartuffes de cordialit&#233;, tartuffes de candeur, tartuffes de chevalerie, tartuffes de vertu, tartuffes de bonhomie, tartuffes de bienveillance, tartuffes, mes amis, abominables peste, vous serez d&#233;masqu&#233;s &#224; la minute, siffl&#233;s, bafou&#233;s, et la tartuferie religieuse,. la plus infernale de toutes, ne sera plus qu'un souvenir historique, souvenir d'&#233;tonnement et d'horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens auront des regards si per&#231;ants que, chez tout individu, d&#233;fauts et qualit&#233;s se compteront un &#224; un, comme dans un bocal de verre. Ah ! Il faudra marcher droit, sous peine des rires et des hu&#233;es. Et cependant l'indulgence sera le fond g&#233;n&#233;ral des esprits, car le libre arbitre, par arr&#234;t d&#233;finitif de la science, aura cess&#233; d'exister. Quant au crime, disparu avec le Capital et la religion, ses p&#232;re et m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles seront, d'apr&#232;s nous, les cons&#233;quences de l'universalit&#233; des lumi&#232;res. Notez que, dans cet horoscope, le communisme figure comme simple effet, non comme cause. Il na&#238;tra fatalement de l'instruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e et ne peut na&#238;tre que de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or on lui reproche d'&#234;tre le sacrifice de l'individu et la n&#233;gation de la libert&#233;. Certes, s'il venait, par forceps, avant terme, ce triste avorton ferait fuir &#224; toutes jambes vers les oignons d'&#201;gypte. Mais, s'il doit &#234;tre fils de la science, qui osera se porter accusateur contre l'enfant d'une telle m&#232;re ? O&#249; sont d'ailleurs les preuves &#224; l'appui de l'imputation qu'on lui lance ? Elle n'est qu'une insulte gratuite, puisque l'accus&#233; n'a jamais v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au nom de qui cette arrogante supposition ? Au nom de l'individualisme qui, depuis des milliers d'ann&#233;es, assassine en permanence la libert&#233; et l'individu. Combien sont-ils, dans notre esp&#232;ce, les individus dont il n'ait pas fait des ilotes et des victimes ? Un sur dix mille peut-&#234;tre. Dix mille martyrs pour un bourreau ! Dix mille esclaves pour un tyran ! et l'on plaide de par la libert&#233; ! Je comprends ! Quelque sinistre escobarderie, embusqu&#233;e derri&#232;re une d&#233;finition. L'oligarchie ne s'intitule-t-elle pas d&#233;mocratie, le parjure honn&#234;tet&#233;, l'&#233;gorgement mod&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; qui plaide contre le communisme, nous la connaissons, c'est la libert&#233; d'asservir, la libert&#233; d'exploiter &#224; merci, la libert&#233; des grandes existences, comme dit Renan, avec les multitudes pour marchepied. Cette libert&#233;-l&#224;, le peuple l'appelle oppression et crime. Il ne veut plus la nourrir de sa chair et de son sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralistes et l&#233;gislateurs posent tous en principe que l'homme est tenu de faire &#224; la soci&#233;t&#233; le sacrifice d'une portion de sa libert&#233;, en d'autres termes que la libert&#233; de chacun a pour limite la libert&#233; d'autrui. Cette d&#233;finition est-elle ob&#233;ie par l'ordre actuel, avec ses deux cat&#233;gories de privil&#233;gi&#233;s et de parias ? Combien faut-il de servitudes pour faire une libert&#233; ? 10, 20, 60, 100, 2 000, 30 000, 100 000 ? Innombrables les tarifs, innombrables leurs applications. La cha&#238;ne seule ne varie pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout empi&#232;tement sur la libert&#233; d'autrui viole la d&#233;finition des moralistes, la seule l&#233;gitime, quoique toujours rest&#233;e un vain mot. Elle implique donc parit&#233; sociale entre les individus, d'o&#249; il suit que la libert&#233; a pour limite l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule, l'association int&#233;grale peut satisfaire cette loi souveraine. Le vieil ordre la trepigne sans pudeur et sans piti&#233;. Le communisme est la sauvegarde de l'individu, l'individualisme en est l'extermination. Pour l'un, tout individu est sacr&#233;. L'autre n'en tient pas plus compte que d'un ver de terre, et l'immole par h&#233;catombe &#224; la sanglante trinit&#233; Loyola, C&#233;sar et Shylock ; apr&#232;s quoi , il dit avec flegme : &#171; La communaut&#233; serait le sacrifice de l'individu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle troublerait le festin des anthropophages, cela est clair. Mais ceux qui en font les frais ne trouveront pas mauvais ce d&#233;rangement. C'est l'essentiel. Sous quel pr&#233;texte d'ailleurs nous chercher querelle ? S'agit-il d'imposer le communisme a priori ? Nullement. On se borne &#224; pr&#233;dire qu'il sera le r&#233;sultat infaillible de l'instruction universalis&#233;e. Qui pourrait condamner le d&#233;veloppement rapide des lumi&#232;res ? S'il doit s'ensuivre l'av&#232;nement r&#233;gulier de la communaut&#233;, personne n'a mot &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun proclame l'instruction la seule r&#233;ponse possible aux &#233;nigmes du sphinx social. Il n'est pas bien sur que cette invocation soit sinc&#232;re dans toutes les bouches. Il en est encore de ce mot comme de tous ceux qui posent un probl&#232;me. Autant de partis, autant de d&#233;finitions. Pour les pr&#234;tres, c'est le cat&#233;chisme et point de science ; pour les socialistes, c'est la science et plus de cat&#233;chisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant d&#232;s lors dans cette unanimit&#233; des voix. Elle n'en cache pas moins une guerre &#224; mort. Le peuple n'a pas &#224; s'en inqui&#233;ter. Il est sans arri&#232;repens&#233;e, lui, et ne prend point de fausses enseignes. Il a toujours &#233;crit sur la sienne : Libert&#233;, Instruction, avec un sens clair et pr&#233;cis. Le cl&#233;ricalisme, au contraire, apr&#232;s avoir longtemps charg&#233; ces deux mots de ses anath&#232;mes, s'est ravis&#233;, voyant son impuissance, et les colle aujourd'hui &#224; sa banni&#232;re, pour b&#233;n&#233;ficier de leur prestige. Double et impudent mensonge. Que lui importe, pourvu qu'il fasse des dupes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le conservatisme pressente o&#249; conduit la diffusion des lumi&#232;res, son alliance avec l'&#233;teignoir le dit assez haut. Plus d'ignorance, plus d'oppression ! Il est sap&#233; par la base et lutte pour prolonger les t&#233;n&#232;bres, son milieu vital. Au socialisme la t&#226;che oppos&#233;e : faire &#233;merger de la nuit pr&#233;sente le ciel lumineux qui &#233;clairera sa victoire, victoire de la justice et du sens commun sur la malfaisance et l'absurdit&#233;. Sa mission alors sera remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tend toutefois exiger de lui davantage. La doctrine capitaliste, qui a combl&#233; et comble encore le genre humain de tant de bienfaits, se tourmente fort de voir son pupille s'acheminer vers d'autres drapeaux. Dans sa sollicitude, elle somme le communisme, son jeune rival, d'exposer par le menu les d&#233;tails de l'organisation future, de r&#233;soudre toutes les difficult&#233;s qu'il lui pla&#238;t de pr&#233;voir, de servir enfin &#224; sa curiosit&#233; un &#233;difice, complet de la cave au grenier, sans omission d'un clou ni d'une cheville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment le citoyen de la nouvelle Salente disposerait-il de sa personne, de son temps, de ses fantaisies de voyage ou de repos ? Qui lavera la vaisselle ? Qui balaiera ? Qui videra les pots de chambre et remplira les tinettes ? Qui tirera la houille des mines, etc...? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces interrogations impertinentes, une seule r&#233;ponse &#171; Cela ne vous regarde pas, ni moi non plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh ! quoi ! Voici quarante &#224; cinquante millions d'hommes, tous ferr&#233;s &#224; glace, mieux que pas un acad&#233;micien, tous arm&#233;s de pied en cap contre la violence et la ruse, tous susceptibles comme des sensitives, ombrageux comme des chevaux sauvages. Rien de ce quelque chose d'ex&#233;crable et d'ex&#233;cr&#233; qui s'appelle un gouvernement ne pourrait montrer son nez au milieu d'eux ; pas une ombre d'autorit&#233;, pas un atome de contrainte, pas un souffle d'influence ! Et ces quarante millions de capacit&#233;s, &#224; qui nul de nous n'irait &#224; la cheville, auraient besoin, pour s'organiser, de nos conseils, de nos r&#232;glements, de notre f&#233;rule ! Ils ne sauraient, sans nous, o&#249; trouver des chemises et des culottes, et ils seraient gens &#224; mettre dans leur oreille, si nous ne les avions pr&#233;venus qu'on mange par la bouche ! C'est fort. Quant &#224; moi, s'ils venaient me relancer dans ma tombe sur la question des pots de chambre, je leur dirais tout net : &#171; Quand on ne sait pas se boucher le nez, on se bouche le derri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos quarante immortels eux-m&#234;mes, si une multiplication soudaine par six z&#233;ros improvisait un million de Thiers, un million d'Ollivier, un million de Dupanloup, etc... avec la France d&#233;serte &#224; leur disposition, croyez-vous bonnement que, mont&#233;s au chiffre de quarante millions, ils passeraient tout leur temps &#224; s'adresser des harangues en vers et en prose ? Pas si fous ! Idem, il faut d&#233;jeuner, et ils n'attendraient pas une heure pour mettre la main &#224; la p&#226;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, le premier vote aurait pour objet la division du travail. Le syst&#232;me des castes, presque install&#233; d'avance par le fait des quarante types, serait-il acclam&#233; d'enthousiasme ? Oh ! Que nenni ! Je me persuade que les M&#233;rim&#233;e, par exemple, ne tiendraient pas obstin&#233;ment au privil&#232;ge de rincer les vases de nuit, f&#251;t-ce des vases &#233;trusques. Tant de fortes t&#234;tes sauraient bien entourer cette besogne indispensable d'une aur&#233;ole de po&#233;sie, qui perm&#238;t de dire de tous et de chacun /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;ac &#233;dent&#233; devint, &#224; son honneur, &lt;br class='autobr' /&gt;
D'assez triste &#233;crivain, merveilleux vidangeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose r&#233;jouissante, quand on discute communisme, comme les terreurs de l'adversaire le portent d'instinct sur ce meuble fatal ! &#171; Qui videra le pot de chambre ? &#187; C'est toujours le premier cri. &#171; Qui videra mon pot de chambre ? &#187; veut-il dire, au fond. Mais il est trop avis&#233; pour user du pronom possessif, et, g&#233;n&#233;reusement, il consacre ses alarmes &#224; la post&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sale chose que l'&#233;go&#239;sme de l'heure vivante ! Un m&#233;lange de cynisme et d'hypocrisie ! Est-il question du pass&#233; ? Feuilles mortes ! On en fait liti&#232;re. L'Histoire s'esquisse &#224; grands traits, du plus beau sang-froid ; avec des monceaux de cadavres et de ruines. Nulle boucherie ne fait sourciller ces fronts impassibles. Le massacre d'un peuple, &#233;volution de l'humanit&#233;. L'invasion des barbares ? Infusion de sang jeune et neuf dans les vieilles veines de l'Empire romain. La trombe des Germains et des Huns n'a pass&#233; sur le monde latin que pour en purifier l'atmosph&#232;re corrompue. Ouragan providentiel ! Quant aux populations et aux villes que le fl&#233;au a couch&#233;es sur son passage... N&#233;cessit&#233;... Marche fatale du progr&#232;s. Tout est bien qui a enfant&#233; le pr&#233;sent, c'est-&#224;-dire nous. Pas d'avances trop dispendieuses pour un si beau produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'agit-il des g&#233;n&#233;rations &#224; venir ? Quel changement ! A l'insensibilit&#233; succ&#232;de une passion d&#233;lirante. On est pris d'une telle furie de tendresse devant ces poupards en perspective, qu'on se h&#226;te de les mettre sous cl&#233;, afin de les pr&#233;server des accidents. Leurs pas, leurs gestes sont compt&#233;s, &#233;quilibr&#233;s, crainte de chute. Tout est r&#233;gl&#233; d'avance, comme un papier de musique, pour les pauvres petits automates, et &#224; perp&#233;tuit&#233;, s'il vous pla&#238;t. Religion perp&#233;tuelle, dynastie perp&#233;tuelle, lois perp&#233;tuelles, et surtout dette perp&#233;tuelle, en payement l&#233;gitime de tant de sollicitude et d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ! Bonnes gens, quand vous aurez rejoint vos anc&#234;tres, on fera de vous le cas, et un peu moins, que vous avez fait d'eux. Apr&#232;s s'&#234;tre mises &#224; l'abri de l'infection de vos carcasses mat&#233;rielles, les poup&#233;es &#224; ressort de votre usine casseront tous leurs ressorts et feront, &#224; peu pr&#232;s en ces termes, l'oraison fun&#232;bre de vos carcasses morales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'histoire de l'Humanit&#233;, vous &#234;tes la page du chol&#233;ra et de la peste. Les barbaries et les sottises de vos a&#239;eux &#233;taient la faute de l'ignorance, le r&#233;sultat de convictions aveugles. Vous avez fait le mal, vous, sciemment, avec pr&#233;m&#233;ditation, par noir &#233;go&#239;sme. Car vous n'avez jamais cru &#224; rien qu'&#224; votre int&#233;ret, ignobles sceptiques, et &#224; cet int&#233;r&#234;t vous avez voulu sacrifier jusqu'&#224; vos plus lointains neveux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui vous avait donn&#233; mandat de stipuler en notre nom, de penser et d'agir pour nous ? Avons-nous consenti la traite tir&#233;e sur notre travail ? Tartuffes ! Sous pr&#233;texte d'assurer notre bien-&#234;tre, vous avez d&#233;vor&#233; d'avance le fruit de nos sueurs, nous crevant de votre mieux les yeux et les oreilles, pour nous emp&#234;cher de voir et d'entendre. Que ne vous borniez-vous &#224; vos affaires, en nous laissant le soin des n&#244;tres ? Vous aviez l'imp&#244;t annuel, pour recette et pour d&#233;pense. Il fallait rester dans cette limite et vous conduire en loyaux usufruitiers, frais et profits compens&#233;s. Nous n'acceptons l'h&#233;ritage que sous b&#233;n&#233;fice d'inventaire. Qui fait les dettes les paye. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On dit que vos emprunts avaient pour but des travaux profitables &#224; la post&#233;rit&#233;, et qu'elle doit prendre sa part des charges comme des b&#233;n&#233;fices. On travaille pour elle, &#224; elle de payer. &#8212; Pour elle ? Hypocrites ! Quelle entreprise a jamais &#233;t&#233; con&#231;ue dans un int&#233;r&#234;t futur ? Non ! le pr&#233;sent ne songe qu'&#224; lui. Il se moque de l'avenir aussi bien que du pass&#233;. Il exploite les d&#233;bris de l'un et veut exploiter l'autre par anticipation. Il dit : &#034;Apr&#232;s moi le d&#233;luge !&#034; ou, s'il ne le dit pas, il le pense et agit en cons&#233;quence. M&#233;nage-t-on les tr&#233;sors amass&#233;s par la nature, tr&#233;sors qui ne sont point in&#233;puisables et ne se reproduiront pas ? On fait de la houille un odieux gaspillage, sous pr&#233;texte de gisements inconnus, r&#233;serve de l'avenir. On extermine la baleine, ressource puissante, qui va dispara&#238;tre, perdue pour nos descendants. Le pr&#233;sent saccage et d&#233;truit au hasard, pour ses besoins ou ses caprices. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, occupons-nous d'aujourd'hui. Demain ne nous appartient pas, ne nous regarde pas. Notre seul devoir est de lui pr&#233;parer de bons mat&#233;riaux pour son travail d'organisation. Le reste n'est plus de notre comp&#233;tence. Un bas Breton n'a point &#224; faire la le&#231;on &#224; l'Institut. Si monsieur Veuillot soutient le contraire, comme c'est probable, disons &#224; son intention personnelle : &#171; Gros-Jean n'en doit pas remontrer &#224; son cur&#233; ! &#187; Ce r&#244;le de bas Breton ou de Gros-Jean n'est-il pas grotesque ? Et ne faut-il pas admirer la fatuit&#233; de ces Lycurgue qui se croient tenus en conscience de minuter article par article le code de l'avenir ? Ils semblent craindre que ces pauvres g&#233;n&#233;rations futures ne sachent pas mettre un pied devant l'autre et s'empressent de leur fabriquer, qui un bourrelet, qui des brassi&#232;res, qui une petite prison roulante pour leur apprendre &#224; marcher libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que ces g&#233;n&#233;rations ne seront pas en reste de charit&#233; et s'attendriront &#224; leur tour sur la folie de ces bons anc&#234;tres, ma&#231;onnant &#224; l'envi des &#233;difices sociaux pour y claquemurer la post&#233;rit&#233;. La vieille prison est encore debout ; mena&#231;ante et noire, avec deux ou trois l&#233;zardes &#224; peine qui ont permis l'&#233;vasion de quelques captifs, et d&#233;j&#224; comme les m&#232;res-poules, &#224; la vue de leurs petits canards descendus &#224; l'eau, les n&#233;o-r&#233;v&#233;lateurs sont dans les transes pour les malheureux &#233;vad&#233;s qui s'&#233;battent joyeusement au soleil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Eh ! Mes enfants ! Quelle imprudence ! Vous allez vous enrhumer au grand air. Vite, rentrez dans le beau palais que j'ai construit en votre faveur. On n'a jamais vu, on ne verra jamais son pareil ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont d&#233;j&#224; trois ou quatre Mo&#239;ses qui assurent avoir b&#226;ti &#224; chaux et &#224; ciment pour l'&#233;ternit&#233;, et les portes de l'enfer ne pr&#233;vaudront certes pas contre ces paradis neufs &#224; l'ench&#232;re. Libre &#224; un croyant de chercher, &#224; travers la brume, quelque fugitive &#233;chapp&#233;e sur le monument de l'avenir. C'est un but honn&#234;te de promenade et un excellent exercice pour les yeux. Mais nous rapporter de cette excursion un dessin complet et minutieux de l'&#233;difice, plan, coupe, hauteur et d&#233;tails, avec &#233;tat de lieux authentique... non, mon ami, non, rempochez votre &#233;pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manie serait innocente, si ces fanatiques amants de claustration ne pr&#234;taient main-forte contre les d&#233;molisseurs de la vieille ge&#244;le, qui refusent de travailler &#224; la confection de la nouvelle et pr&#233;tendent laisser le public en promenade, chose horrible suivant tous les messies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la civilisation ait pour couronnement in&#233;vitable la communaut&#233;, il serait difficile de nier cette &#233;vidence. L'&#233;tude du pass&#233; et du pr&#233;sent atteste que tout progr&#232;s est un pas fait dans cette voie, et l'examen des probl&#232;mes aujourd'hui en litige ne permet pas d'y trouver une autre solution raisonnable. Tout est en pleine marche vers ce d&#233;nouement. Il ne rel&#232;ve que de l'instruction publique, par cons&#233;quent de notre bonne volont&#233;. Le communisme n'est donc pas une utopie. Il est un d&#233;veloppement normal et n a aucune parent&#233; avec les trois ou quatre syst&#232;mes, sortis tout &#233;quip&#233;s de cervelles fantaisistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cabet, par son Icarie et sa tentative de Nauvoo [1], a eu pr&#233;cis&#233;ment le tort d'assimiler l'id&#233;al r&#233;gulier de l'avenir aux hypoth&#232;ses en l'air des r&#233;v&#233;lateurs de pacotille. Il a d&#251; &#233;chouer plus rudement encore que ses &#233;mules, le communisme &#233;tant une r&#233;sultante g&#233;n&#233;rale, et non point un oeuf pondu et couv&#233; dans un coin de l'esp&#232;ce humaine, par un oiseau &#224; deux pieds, sans plume ni ailes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-simoniens, fouri&#233;ristes, positivistes ont tous d&#233;clar&#233; la guerre &#224; la r&#233;volution, accus&#233;e par eux de n&#233;gativisme incorrigible. Pendant une trentaine d'ann&#233;es, leurs pr&#234;ches ont annonc&#233; &#224; l'univers la fin de l'&#232;re de destruction et l'av&#232;nement de la p&#233;riode organique, dans la personne de leurs messies respectifs. Rivales de boutique, les trois sectes ne s'accordaient que dans leurs diatribes contre les r&#233;volutionnaires, p&#233;cheurs endurcis, refusant d'ouvrir les yeux &#224; la lumi&#232;re nouvelle et les oreilles &#224; la parole de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose remarquable qui suffit pour &#233;tablir la distinction, les communistes n'ont cess&#233; de former l'avant-garde la plus audacieuse de la d&#233;mocratie, tandis que les poursuivants d'hypoth&#232;ses ont rivalis&#233; de platitude devant tous les gouvernements r&#233;trogrades et mendi&#233; leurs bonnes gr&#226;ces par l'insulte &#224; la r&#233;publique. C'est que le communisme est l'essence, la moelle de la r&#233;volution, tandis que les nouvelles religions n'en furent jamais que les ennemies, tout comme l'ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'ignore ce que sont aujourd'hui les saint-simoniens : des piliers de l'Empire. On ne peut pas certes les accuser d'apostasie. Leurs doctrines ont triomph&#233; : la souver&#224;inet&#233; du Capital, l'omnipotence de la banque et de la haute industrie. Ils tr&#244;nent avec elles, rien de mieux. Mais dire que ces braves gens ont &#233;t&#233; pris pour de dangereux novateurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fouri&#233;ristes, apr&#232;s avoir fait, dix-huit ans, leur cour &#224; Louis-Philippe sur le dos des r&#233;publicains, ont pass&#233; &#224; la r&#233;publique avec la victoire, fort &#233;tonn&#233;s bient&#244;t et encore plus d&#233;confits de rencontrer la roscription o&#249; ils avaient cru trouver la puissance. Disparus dans la temp&#234;te avec leur burlesque utopie. Les d&#233;bris restent m&#234;l&#233;s aux rangs d&#233;mocratiques. Ils n'ont plus d'espoir ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positivisme, troisi&#232;me chim&#232;re du si&#232;cle, a d&#233;but&#233; par la n&#233;gation de tous les cultes, et fini par le syst&#232;me des castes, ent&#233; sur une caricature de catholicisme. Du reste, il s'est divis&#233;. Les orthodoxes disent gravement la messe comtiste dans la chambre mortuaire du Proph&#232;te. Les protestants passent leur vie &#224; nier la doctrine qu'ils pr&#234;chent, ou pr&#234;cher la doctrine qu'ils nient, comme on voudra. Tous &#233;galement remarquables par leur crainte des coups, leur respect de la force et leur soin de fuir le contact des vaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comte a consacr&#233; ses derni&#232;res ann&#233;es au pan&#233;gyrique de l'empereur Nicolas et au tr&#233;pignement des r&#233;volutionnaires. Il avait imagin&#233; ses castes pour gagner le coeur de la r&#233;action. La r&#233;action et le tsar n'ont pas daign&#233; tourner la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les schismatiques font un certain bruit et poss&#232;dent un simulacre d'influence, gr&#226;ce aux trembleurs de l'ath&#233;isme qui sont venus s'abriter sous une &#233;quivoque. Pass&#233; le p&#233;ril, cette ombre d'existence s'&#233;vanouira, et les positivistes prendront la queue du socialisme ou &#233;migreront dans le camp conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme, qui est la r&#233;volution m&#234;me, doit se garder des allures de l'utopie et ne se s&#233;parer jamais de la politique. Il en &#233;tait dehors nagu&#232;re. Il s'y trouve en plein coeur aujourd'hui. Elle n'est plus que sa servante. Il ne doit pas la surmener, afin de conserver ses services. Il lui est impossible de s'imposer brusquement, pas plus le lendemain que la veille d'une victoire. Autant vaudrait partir pour le soleil. Avant d'&#234;tre bien haut, on se retrouverait par terre, avec membres bris&#233;s et une bonne.halte &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas notre axiome : instruction et communaut&#233; cheminent de front et ne peuvent se devancer d'un pas. C'est beaucoup d&#233;j&#224; d'avoir une soeur siamoise que tout le monde appelle &#224; grands cris. L'une ne viendra pas sans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que ces appels unanimes ont un sous-entendu : la d&#233;finition. Or, nous l'avons vu, la d&#233;finition est double, noire et blanche. Ne soyons pas dupes. Les pi&#232;ces sont l&#224;. Le gouvernement et le conservatisme ne veulent que l'instruction donn&#233;e par les pr&#234;tres, ce qui signifie : t&#233;n&#232;bres. Ils poussent avec fr&#233;n&#233;sie &#224; ce r&#233;sultat. C&#233;sar, Shylock et Loyola marchent, les coudes serr&#233;s, &#224; la conqu&#234;te de la nuit. Ils n'arriveront pas, mais ils nous emp&#234;chent aussi d'arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux forces aux prises se tiennent mutuellement en &#233;chec. Personne n'avance, personne ne recule. Immobilit&#233; sur place. Pour nous, dans la situation, c'est un succ&#232;s. La nuit tient &#224; ses ordres 50.000 pr&#234;tres, 50.000 congr&#233;ganistes et &#224; peu pr&#232;s 40.000 instituteurs. Car presque tous aujourd'hui ob&#233;issent &#224; la sacristie. L'Universit&#233; est en pleine trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut m&#234;me pas compter sur la presse. Celle de l'opposition ne d&#233;passe gu&#232;re les murs des villes. La campagne appartient aux feuilles r&#233;trogrades qui viennent appuver de leur propagande &#233;crite la propagande orale du cur&#233;, des ignorantins et des grands propri&#233;taires. Tout est contre nous, rien pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous reste-t-il donc ? Le souffle du progr&#232;s qui circule dans l'air, les communications d'homme &#224; homme par les routes ferr&#233;es, la conscience publique, le spectacle de nos ennemis surtout, notre meilleur plaidoyer. Ce qui grandit peut-&#234;tre, c'est la col&#232;re, force pr&#233;caire. La col&#232;re d'aujourd'hui devient souvent la peur de demain. Point de base solide que l'instruction, et les efforts adverses la paralysent. Nous marquons le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lendemain d'une r&#233;volution, coup de th&#233;&#226;tre. Non pas qu'il s'op&#232;re une transformation subite. Hommes et choses sont les m&#234;mes que la veille. Seulement l'espoir et la crainte ont chang&#233; de camp. Les cha&#238;nes sont tomb&#233;es, la nation est libre, et un horizon immense s'ouvre devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Atteler un nouveau relais au m&#234;me chariot, comme en 1848, et reprendre tranquillement les m&#234;mes orni&#232;res ? On sait o&#249; elles m&#232;nent. Si, au contraire, le sens commun a pris enfin le dessus, voici, trac&#233;es c&#244;te &#224; c&#244;te, deux routes parall&#232;les. L'une, d'&#233;tape en &#233;tape, aboutit &#224; l'instruction int&#233;grale universelle ; l'autre, par des &#233;tapes correspondantes, &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les deux routes, au d&#233;but, m&#234;me mesure : destruction des obstacles. Ils sont bien connus. Ici, l'arm&#233;e noire ; &#224; c&#244;t&#233;, la conspiration du Capital. L'arm&#233;e noire, on l'&#233;vacue au del&#224; des fronti&#232;res, besogne simple. Le Capital est moins accommodant. On sait son proc&#233;d&#233; invariable : il fuit ou se cache. Apr&#232;s quoi, le capitalisme se met &#224; la fen&#234;tre et regarde tranquillement le peuple barboter dans le ruisseau. C'est l'histoire de 1848. Le peuple a g&#233;mi, pleur&#233;, maugr&#233;&#233;, puis, se f&#226;chant trop tard, a &#233;t&#233; bien battu et a repris ses fers. Ne recommen&#231;ons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emp&#234;cher la disparition du num&#233;raire, impossible ! Il n'y faut pas songer seulement. Mais les meubles, voire les plaines, ne peuvent ni se cacher, ni fuir. Cela suffit. On court au plus press&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Colonie communiste fond&#233;e aux &#201;tats-Unis par Cabet en 1849.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Introduction : Pourquoi ce site ?</title>
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		<dc:date>2009-01-09T12:16:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
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		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>
		<dc:subject>Barta</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi un site marxiste au 21&#232;me si&#232;cle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce site m&#234;le r&#233;volution, sciences, philosophie et politique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi parler de r&#233;volution en sciences ? &lt;br class='autobr' /&gt; Quelle philosophie en sciences ? &lt;br class='autobr' /&gt; La nature en r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
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Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
du mode de formation et de transformation &lt;br class='autobr' /&gt;
de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Blanqui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Barta&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article668&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi un site marxiste au 21&#232;me si&#232;cle ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi parler de r&#233;volution en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelle philosophie en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature en r&#233;volution&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail que nous diffusons ici est incomplet et inachev&#233;, dans sa conception comme dans sa r&#233;daction. Cependant, l'ampleur du sujet, la longueur du travail n&#233;cessaire, justifie de mettre ce texte en circulation sans tarder. Il sera progressivement compl&#233;t&#233; et corrig&#233;. Le sujet, la r&#233;volution, n'est pas un th&#232;me si courant, y compris dans le pays souvent pr&#233;sent&#233; comme celui de la R&#233;volution fran&#231;aise. Depuis le stalinisme, le mao&#239;sme et les diverses &#171; versions &#187; pr&#233;tendues du socialisme et du communisme, la signification de la r&#233;volution sociale s'est perdue ou a &#233;t&#233; fauss&#233;e. Si, pour bien des travailleurs, leur classe se bat pour l'emploi ou le salaire, ils ne se voient pas comme la classe opprim&#233;e la plus puissante de l'Histoire, capable, &#224; l'&#233;chelle internationale, de lib&#233;rer l'humanit&#233; de l'oppression et de l'exploitation. Il ne faut pas concevoir ce mouvement de la conscience de classe comme un recul lin&#233;aire. De m&#234;me qu'il ne faut pas interpr&#233;ter le mouvement qui s'est manifest&#233; de &lt;strong&gt;Marx&lt;/strong&gt; &#224; &lt;strong&gt;L&#233;nine&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Trotsky&lt;/strong&gt;, ou de la Commune de Paris de 1871 &#224; la r&#233;volution en Russie en 1917 et en Europe en 1918-1920, comme une mont&#233;e continue. Le mouvement de l'Histoire, celui des luttes, celui de la conscience de classe, celui de l'organisation de classe, ces trois mouvements qui ne sont d'ailleurs pas similaires, ne suivent pas un cours graduel, mais connaissent des sauts brutaux. Et, parfois aussi, des chutes brutales. Aujourd'hui, suite au recul des illusions dans la social-d&#233;mocratie (au service du grand capital depuis la premi&#232;re guerre mondiale), dans le stalinisme (principale force anti-communiste depuis 1925), et dans les nationalismes du tiers-monde (venus au pouvoir depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale), un nouveau cycle semble se profiler. Les illusions sur le capitalisme sont &#233;galement retomb&#233;es (m&#234;me dans les Pays de l'Est), et un nouvel anticapitalisme semble en train de rena&#238;tre dans une nouvelle g&#233;n&#233;ration de la classe ouvri&#232;re mondiale. Cela ne veut pas dire qu'une nouvelle compr&#233;hension du monde na&#238;tra directement et spontan&#233;ment, car de nouvelles tromperies peuvent tr&#232;s bien remplacer les anciennes. L'anticapitalisme, &#224; la mode aujourd'hui, est un mouvement composite qui ne d&#233;veloppe pas une conscience claire de la n&#233;cessit&#233; de renverser d&#233;finitivement le capitalisme et de le remplacer par le pouvoir des travailleurs. Ce courant ne permet pas non plus une avanc&#233;e dans la compr&#233;hension du r&#244;le de l'Etat bourgeois, &#233;tant donn&#233; qu'il professe une d&#233;fense de la d&#233;mocratie citoyenne qui reste dans le cadre bourgeois. Pas question par exemple pour les anticapitalistes, et encore moins pour les altermondialistes, de destruction de l'Etat bourgeois, et surtout pas d'id&#233;e de mise en place d'un pouvoir aux travailleurs. La question de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production n'est nullement envisag&#233;e. On constate ainsi que, sous de nouvelles couleurs et de nouvelles formes, il est tr&#232;s possible de donner &#224; la critique du capitalisme un caract&#232;re fondamentalement r&#233;formiste, c'est-&#224;-dire visant au sauvetage du capitalisme en le rendant acceptable aux masses opprim&#233;es. Les id&#233;es de &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, d'altermondialisme, de &#171; d&#233;croissance &#187;, de &#171; d&#233;fense de la plan&#232;te &#187; sont de nouveaux moyens de d&#233;tourner de la lutte des classes en pr&#233;tendant que tous les hommes sont responsables des destructions, caus&#233;es par le grand capital. Le capitalisme &#171; &#233;thique &#187;, &#171; durable &#187;, &#171; &#233;cologique &#187;, &#171; solidaire &#187;, &#171; r&#233;gul&#233; &#187;, l'alter-capitalisme en somme, n'est qu'une nouvelle forme de l'illusion r&#233;formiste qui refuse de prendre en compte le fondement de classe du capitalisme et sa cons&#233;quence : la n&#233;cessit&#233; pour les exploit&#233;s de renverser ce syst&#232;me. De nouveaux types de r&#233;formismes, de nationalismes, de stalinismes, d'int&#233;grismes religieux ou d'autres id&#233;ologies r&#233;actionnaires peuvent appara&#238;tre, d&#233;tournant &#224; nouveau les mouvements sociaux. Il n'y aura pas de naissance purement spontan&#233;e d'une nouvelle analyse critique du syst&#232;me. Et cela se d&#233;roule &#224; un moment o&#249; une nouvelle crise du capitalisme se profile &#224; l'horizon, grosse de nouveaux sacrifices pour les opprim&#233;s mais grosse aussi de nouvelles r&#233;volutions, c'est-&#224;-dire de nouvelles potentialit&#233;s d'en finir d&#233;finitivement avec l'exploitation de l'homme par l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'autant plus important de repenser (c'est-&#224;-dire de reconstruire) ce que signifient v&#233;ritablement le socialisme et la r&#233;volution, dans le monde d'aujourd'hui. Pendant de trop longues ann&#233;es, les r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes, en panne de r&#233;volutions, se sont tourn&#233;s vers des luttes arm&#233;es (gu&#233;rillas n'ayant rien &#224; voir avec l'action du prol&#233;tariat), vers des formes non classistes de contestation (altermondialisme, &#233;cologisme), ou vers des formes d'accommodation critique au syst&#232;me (syndicalisme, &#233;lectoralisme). Dans tout cela, la r&#233;volution (et d'abord la destruction de l'Etat bourgeois et de l'ordre &#233;conomique du capital) est bien oubli&#233;e. La question n'est m&#234;me plus &#233;tudi&#233;e, ni discut&#233;e publiquement, que ce soit au nom d'un esp&#232;ce de r&#233;alisme (la r&#233;volution n'est pas &#224; l'ordre du jour), ou d'un renoncement plus ouvert &#224; cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;tude, on appellera r&#233;volution la situation de crise dans laquelle les opprim&#233;s cessent de suivre les id&#233;es et les organisations de la classe dirigeante, commencent eux-m&#234;mes &#224; s'organiser, d'une mani&#232;re totalement nouvelle et &#233;mergente, en vue de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe et, surtout, appliquent leurs propres d&#233;cisions, cr&#233;ant une situation de double pouvoir porteuse de la possibilit&#233; de changement radical du cours de l'Histoire, vers un pouvoir aux travailleurs. Cette d&#233;finition ne consid&#232;re pas la violence (la fameuse lutte arm&#233;e) comme le crit&#232;re fondamental, mais souligne plut&#244;t le caract&#232;re radical du contenu social et politique donn&#233; par les opprim&#233;s eux-m&#234;mes, et la destruction rapide des bases r&#233;elles de l'ancien ordre. Au sens large, scientifique, nous appellerons &#171; r&#233;volution &#187; tout &#233;tat transitoire dans lequel l'ordre &#233;tabli peut basculer qualitativement et brutalement. Mais, surtout, nous appellerons r&#233;volution une situation qui m&#232;ne &#224; l'&#233;mergence brutale d'une structure, qualitativement nouvelle, issue de l'agitation et des contradictions &#224; l'&#233;chelon hi&#233;rarchique inf&#233;rieur, encore appel&#233;e auto-organisation. Du coup, ce processus concerne aussi bien les diff&#233;rents domaines des sciences. La politique est particuli&#232;rement concern&#233;e par la question de l'auto-organisation des prol&#233;taires. Rappelons l'expression qu'en donnait &lt;strong&gt;Karl Marx &lt;/strong&gt; : &#171; Le socialisme sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. &#187; Pour se pr&#233;parer &#224; devenir un nouveau pouvoir, les exploit&#233;s ont besoin de retrouver le sens de l'organisation collective et la confiance dans leurs propres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte tente de tirer des le&#231;ons g&#233;n&#233;rales, philosophiques, des travaux r&#233;cents des sciences, naturelles, historiques, &#233;conomiques, et sociales. Les avanc&#233;es scientifiques, qui font progresser nos connaissances et nos comp&#233;tences techniques, influencent notre philosophie du monde. Du moins, elles devraient le faire. La vulgarisation scientifique touche un large public, mais la philosophie tir&#233;e des sciences est peu diffus&#233;e. La pens&#233;e scientifique a profond&#233;ment chang&#233;, m&#234;me si le grand public, inond&#233; d'informations techniques, l'ignore souvent. La science actuelle n'est plus fond&#233;e sur des objets fixes, ni sur un ordre fig&#233;, mais sur l'organisation spontan&#233;e du d&#233;sordre d'un grand nombre d'&#233;l&#233;ments interagissant. La mati&#232;re n'est plus con&#231;ue comme une masse inerte, mais comme le produit d'une dynamique collective extraordinairement agit&#233;e. Renversement brutal des structures, la r&#233;volution est un processus de construction, par l'organisation spontan&#233;e des agitations sous-jacentes, de structures nouvelles, dites &#233;mergentes. La compr&#233;hension de ce m&#233;canisme r&#233;volutionnaire, qui caract&#233;rise les ph&#233;nom&#232;nes historiques, n'est pas &#233;vidente, ne d&#233;coule pas directement de l'observation, et n&#233;cessite un effort de conceptualisation philosophique. Les anciennes oppositions diam&#233;trales entre mati&#232;re inerte et vivante, entre vie et mort, entre ordre et d&#233;sordre, entre destruction et construction, entre hasard et n&#233;cessit&#233;, sont d&#233;sormais caduques. D&#233;passant ces anciennes dichotomies, la nouvelle philosophie scientifique reconna&#238;t l'interp&#233;n&#233;tration entre d&#233;terminisme et contingence, entre lois et d&#233;sordre, entre singularit&#233;s et universalit&#233;, entre atomisme et vitalisme, et entre mat&#233;rialisme et cr&#233;ation. Concevoir la dynamique, la t&#226;che est rude, mais les &#233;l&#233;ments sont fournis par les sciences elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur le processus actif de la nature, sur les rythmes de son mouvement historique, est porteuse d'un mode de pens&#233;e qui est indispensable, autant en sciences que pour l'&#233;tude de la soci&#233;t&#233; humaine. La capacit&#233; des opprim&#233;s de construire leur pouvoir d&#233;pend avant tout de leur exp&#233;rience politique, de leur participation, active, organis&#233;e et consciente &#224; leurs propres luttes. Une classe n'est pas seulement constitu&#233;e d'hommes ayant des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. C'est d'abord une conscience, faite d'&#233;checs, d'espoirs, de tentatives, de virtualit&#233;s, d'id&#233;es et de potentialit&#233;s. Le m&#233;canisme d'&#233;mergence de la conscience de classe et le fonctionnement dynamique de la mati&#232;re, sans cesse transform&#233;e par l'interaction entre virtuel et r&#233;el, entre destruction et construction, en permanence en r&#233;volution, sont du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension de la r&#233;volution est d'une importance capitale pour la pens&#233;e scientifique comme pour l'action politique et sociale. Elle est particuli&#232;rement n&#233;cessaire au mouvement ouvrier, victime des id&#233;ologies de l'ordre et de la r&#233;forme, d&#233;fenseurs de la continuit&#233; de l'Etat. L'a priori du continu, pr&#233;jug&#233; opposant progr&#232;s et changement brutal, est largement propag&#233;, par les scientifiques comme par les courants politiques et sociaux, sociaux-d&#233;mocrates, associatifs, &#233;cologistes, alter-mondialistes, syndicalistes ou staliniens. L'id&#233;e du r&#244;le central de la classe travailleuse pour changer radicalement le cours de la soci&#233;t&#233; humaine est fortement combattue. La conscience de la classe opprim&#233;e d&#233;pend en premier de sa compr&#233;hension de ses capacit&#233;s &#224; transformer le monde. La signification de la soci&#233;t&#233; &#224; construire est aujourd'hui alt&#233;r&#233;e. La r&#233;volution, incomprise, est souvent rejet&#233;e. La rencontre des id&#233;es communistes vivantes et du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire reste le principal danger mortel pour les exploiteurs et la seule perspective d'avenir pour les exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est soumis &#224; la r&#233;flexion, &#224; la critique de tous. Il peut &#234;tre librement cit&#233;, &#233;dit&#233; et traduit. Aucun copyright pour aucun pays. Envoyez toute observation et critique aux auteurs &lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Paris&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Tiekoura Levi hamed&lt;/strong&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;div class='spip_document_5 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/commune_1871.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;355&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La Commune de Paris (1871) est la premi&#232;re tentative de la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise. Elle est la forme politique enfin trouv&#233;e par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voulez v&#233;rifier que la Commune de Paris n'&#233;tait pas un pouvoir politique comme les autres. Alors, lisez cette affiche :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_597 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Photo_274.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Photo_274.jpg' width=&#034;3648&#034; height=&#034;2736&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_590 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Photo_279.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Photo_279.jpg' width=&#034;3648&#034; height=&#034;2736&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Texte de l'affiche appos&#233;e avant l'&#233;lection de la Commune de Paris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des m&#234;mes maux. D&#233;fiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre int&#233;r&#234;t et finissent toujours par se consid&#233;rer comme indispensables. D&#233;fiez-vous &#233;galement des parleurs, incapables de passer &#224; l'action ; ils sacrifieront tout &#224; un beau discours, &#224; un effet oratoire ou &#224; mot spirituel. Evitez &#233;galement ceux que la fortune a trop favoris&#233;s, car trop rarement celui qui poss&#232;de la fortune est dispos&#233; &#224; regarder le travailleur comme un fr&#232;re. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sinc&#232;res, des hommes du peuple, r&#233;solus, actifs, ayant un sens droit et une honn&#234;tet&#233; reconnue. Portez vos pr&#233;f&#233;rences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le v&#233;ritable m&#233;rite est modeste, et c'est aux &#233;lecteurs &#224; choisir leurs hommes, et non &#224; ceux-ci de se pr&#233;senter. Citoyens, Nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inaugur&#233; la v&#233;ritable repr&#233;sentation populaire, vous aurez trouv&#233; des mandataires qui ne se consid&#232;rent jamais comme vos ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central de la Garde Nationale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central de la Garde nationale, install&#233; &#224; l'H&#244;tel de Ville depuis la soir&#233;e du 18 mars, pr&#233;cise, dans son appel du 22 mars aux &#233;lecteurs, sa conception de la d&#233;mocratie : &lt;i&gt;&#8221; Les membres de l'assembl&#233;e municipale, sans cesse contr&#244;l&#233;s, surveill&#233;s, discut&#233;s par l'opinion, sont r&#233;vocables, comptables et responsables. &#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que confirme la Commune &#233;lue dans son Journal officiel du 21 mars 1871 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8221; Les prol&#233;taires de la capitale, au milieu des d&#233;faillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l'heure &#233;tait arriv&#233;e pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques. &#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Friedrich Engels&lt;/strong&gt; &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le philistin social-d&#233;mocrate a une fois de plus &#233;t&#233; envahi par une terrible frayeur &#224; la prononciation des mots &#168;dictature du prol&#233;tariat&#168;. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir &#224; quoi ressemble cette dictature ? Regardez la Commune de Paris, c'&#233;tait cela la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SITE :
MATI&#200;RE ET R&#201;VOLUTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;PLAN DU SITE&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR LIRE LES TEXTES LES PLUS R&#201;CENTS DE MATIEREVOLUTION ACC&#201;DEZ A LA DEUXI&#200;ME PARTIE SUR &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.org&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ditoriaux&lt;/a&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1940&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIVE LA R&#201;VOLUTION EN LIBYE !!! A BAS LE TYRAN SANGUINAIRE !!! TOUT LE POUVOIR AU PEUPLE TRAVAILLEUR ORGANIS&#201; DANS SES COMIT&#201;S !!! SOLDATS MUTIN&#201;S, FORMEZ VOS COMIT&#201;S !!!&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_77 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L300xH450/937339-93a18.jpg?1776740501' width='300' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prol&#233;taires sauvons nous nous-m&#234;mes&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot126&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POUR LE TRIOMPHE DE LA R&#201;VOLUTION EN &#201;GYPTE&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1888&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s Ben Ali, dehors les Moubarak, Bouteflika, Hussein, Assad, Saleh, Ghannouchi ! Dehors aussi la domination imp&#233;rialiste qui les a mis au pouvoir et fait prosp&#233;rer ! &lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;div class='spip_document_2128 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH331/revolte-tunisie-4b17e.jpg?1776745367' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=alg%C3%A9rie+tunisie+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;VIVE LA R&#201;VOLTE AU MAGHREB ET DANS LE MONDE ARABE !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A BAS LES DICTATURES DES PROFITEURS !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES SOLDATS AVEC LE PEUPLE !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PLUS D'OB&#201;ISSANCE A LA HI&#201;RARCHIE !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUT LE POUVOIR AUX COMIT&#201;S DE TRAVAILLEURS, DE CH&#212;MEURS, DE SOLDATS ET DE JEUNES !!!!!&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve355&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour le peuple ha&#239;tien, j'accuse...&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119&amp;lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici la situation d'Ha&#239;ti&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L266xH400/nng_images-php-c4ce5.jpg?1776745367' width='266' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessus un instrument de lutte contre la mis&#232;re, le manque de logements, de nourriture, de soins et contre le chol&#233;ra !!!&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les troupes internationales qui occupent Ha&#239;ti y sont venues sous le pr&#233;texte du tremblement de terre, mais elles y restent.
&lt;p&gt;Par contre, l'aide n'arrive pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchez l'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des troupes internationales occupent Ha&#239;ti &#224; cause de la situation sociale et politique et non &#224; cause des catastrophes naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles occupent parce que le peuple travailleur est r&#233;volt&#233; et que l'Etat bourgeois est absent avec, du coup, des risques r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L435xH290/217036-manifestant-brandit-pancarte-port-prince-31e97.jpg?1776745367' width='435' height='290' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Minustah et le chol&#233;ra sont jumeaux&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L360xH233/usfrenchsoldiershaiti010304-b4f4f.jpg?1776745367' width='360' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve355&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils sont le chol&#233;ra du monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La nuit est mauve dans mon c&#339;ur&lt;br&gt;
Les troncs noirs sur le soleil couchant&lt;br&gt;
Il pleut dans mon &#226;me&lt;br&gt;
Les branches mortes gouttent&lt;br&gt;
Sur la terre rouge&lt;br&gt;
L'heure est tendre et triste&lt;br&gt;
Mon corps git au sol&lt;br&gt;
Jet&#233; par les soldats&lt;br&gt;
Des forces internationales&lt;br&gt;
Venues de partout&lt;br&gt;
Pour nous sauver de la vie&lt;br&gt;
Pour nous assassiner&lt;br&gt;
Pas de s&#233;pulture&lt;br&gt;
Pas de piti&#233;&lt;br&gt;
Pas de regrets&lt;br&gt;
Ne m'oublie pas mon ami&lt;br&gt;
Mon camarade&lt;br&gt;
Prol&#233;taire du monde&lt;br&gt;
Mais, surtout, n'oublie pas&lt;br&gt;
Que ces soldats sont l&#224; aussi&lt;br&gt;
Pour pr&#233;parer ta mort&lt;br&gt;
Comme ils ont organis&#233; la mienne&lt;br&gt;
Pas de haine, pas de regrets&lt;br&gt;
Mais n'oublie rien&lt;br&gt;
N'aie pas de piti&#233; pour cet ordre inique&lt;br&gt;
Qui opprime et qui tue.... &lt;/i&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Po&#232;te ha&#239;tien anonyme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/a&gt;
&lt;div class='spip_document_1199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH339/lucian-read-forces-de-police-a-haiti-2004-cfc86.jpg?1776745367' width='500' height='339' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il est dans les femmes &lt;br&gt;
Il est dans les hommes de ma terre&lt;br&gt;
Humili&#233;s et meurtris&lt;br&gt;
Jusqu'&#224; plus mal&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne t'y fies pas trop !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le volcan&lt;br&gt;
Un jour&lt;br&gt;
Comme l'&#233;clair du soleil&lt;br&gt;
La vague en furie&lt;br&gt;
La temp&#234;te de pluie&lt;br&gt;
La fougue des cyclones&lt;br&gt;
La parole des arbres&lt;br&gt;
La force essentielle du tambour&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ILS SE D&#201;CHAINERONT !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce jour-l&#224; &#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Etranger !&lt;br&gt;
Si tu pouvais entendre cette terre !&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Phoeb&#233; CAPRICE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L480xH270/AFP_101118maniestation-haiti-cholera_8-8e07c.jpg?1776745367' width='480' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;They are the cholera of the world&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;The night is purple in my heart&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The trunks are black in the sunset&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; It's raining in my soul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dead branches dripping&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On the red earth&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Time is tender and sad&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; My body lies on the ground&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thrown by soldiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of International forces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Coming from everywhere&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pretending to protect our lives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; But to kill us&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; No burial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; No mercy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; No regrets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do not forget me, my friend&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; My Comrade&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Proletarian of all the world&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; More importantly, do not forget&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That these soldiers are there too&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To prepare for your death&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; As they held mine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; No hate, no regrets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; But remember everything&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Do not be sorry for the killing&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of this unjust order&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Which oppresses and kills .... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1769&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mouvement des retraites en France en 2010&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article842&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous voulons&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_338 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH364/GetAttachment-aspx-4684d.jpg?1776745367' width='500' height='364' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous ne sommes rien ! Soyons tout !!!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/317874993_27381e7a19-cbf87.jpg?1776745367' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exploit&#233;s licenci&#233;s, pr&#233;caris&#233;s aujourd'hui, comme ici les ouvriers du textile &#233;gyptiens&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L380xH258/celon-408a9.jpg?1776745367' width='380' height='258' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;nous sommes la force d'avenir si nous savons ne pas lier notre sort ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... au syst&#232;me d'exploitation en pleine d&#233;confiture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L450xH259/effondrement_production_2006-33eb8.jpg?1776745367' width='450' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;............Effondrement de la production et des &#233;changes...........&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L427xH361/Effondrement_du_dollar_2008-f59bc.jpg?1776745367' width='427' height='361' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; ..................Dollar en chute libre..................&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L470xH313/crise-e38ed.jpg?1776745367' width='470' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La classe dirigeante n'est plus capable de faire fonctionner le syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/iran.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH355/iran-8917d.jpg?1776745367' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'acceptons plus aucun syst&#232;me d'exploitation et d'oppression... Vive la r&#233;volution communiste !!!!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH314/vn_1070910_px_501__w_lavoixdunord_-523da.jpg?1776745367' width='500' height='314' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fondons partout nos comit&#233;s ouvriers et nos conseils d'habitants pour nous d&#233;fendre (comme ici &#224; Toyota)....&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L363xH450/h-20-1431269-1235148221-94765.jpg?1776745367' width='363' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;puis ... pour nous gouverner nous-m&#234;mes, nous les travailleurs !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que signifie nous gouverner nous-m&#234;mes ? Faire comme les communards de 1871 !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voulez v&#233;rifier que la Commune de Paris n'&#233;tait pas un pouvoir politique comme les autres. Alors, lisez cette affiche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte de l'affiche appos&#233;e avant l'&#233;lection de la Commune de Paris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Citoyens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des m&#234;mes maux. D&#233;fiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre int&#233;r&#234;t et finissent toujours par se consid&#233;rer comme indispensables. D&#233;fiez-vous &#233;galement des parleurs, incapables de passer &#224; l'action ; ils sacrifieront tout &#224; un beau discours, &#224; un effet oratoire ou &#224; mot spirituel. Evitez &#233;galement ceux que la fortune a trop favoris&#233;s, car trop rarement celui qui poss&#232;de la fortune est dispos&#233; &#224; regarder le travailleur comme un fr&#232;re. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sinc&#232;res, des hommes du peuple, r&#233;solus, actifs, ayant un sens droit et une honn&#234;tet&#233; reconnue. Portez vos pr&#233;f&#233;rences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le v&#233;ritable m&#233;rite est modeste, et c'est aux &#233;lecteurs &#224; choisir leurs hommes, et non &#224; ceux-ci de se pr&#233;senter. Citoyens, Nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inaugur&#233; la v&#233;ritable repr&#233;sentation populaire, vous aurez trouv&#233; des mandataires qui ne se consid&#232;rent jamais comme vos ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central de la Garde Nationale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH355/commune_1871-e91de.jpg?1776743397' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vive la Commune de Paris !!&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie pr&#233;tend que les travailleurs ne peuvent pas diriger la soci&#233;t&#233;, mais elle n'a pas laiss&#233; la Commune Paris suivre son exp&#233;rience. Elle l'a &#233;cras&#233;e dans un bain de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/C28187EB13783B9869FAD890763-e3eba.jpg?1776745367' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dehors d'Ha&#239;ti les troupes US et imp&#233;rialistes !!!&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH342/106203537-268bb.jpg?1776745367' width='500' height='342' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;VOICI UN SAUVETEUR ENVOY&#201; EN HA&#207;TI PAR LES GRANDES PUISSANCES, PORTEUR DE NOURRITURE, DE SOINS, DE LOGEMENTS OU PORTEUR DE R&#201;PRESSION ET DE MORT ?&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;HAITI :&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1554&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE S&#201;ISME SERT DE PR&#201;TEXTE A UNE OCCUPATION MILITAIRE&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C'EST CONTRE LA R&#201;VOLTE DU PEUPLE HA&#207;TIEN QUE CES TROUPES INTERVIENNENT&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;HORS D'HA&#207;TI LES TROUPES &#201;TRANG&#200;RES&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1562&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE PEUPLE HA&#207;TIEN A BESOIN DE TOUT SAUF D'ARM&#201;ES ET DE NOUVEAUX MAITRES !!!&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES OBJECTIFS DES GRANDES PUISSANCES EN HA&#207;TI&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CES MARINES ET B&#201;RETS NOIRS DES FORCES SP&#201;CIALES NE VIENNENT PAS POUR NOUS SAUVER !!!&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1555&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ON NE S'EST PAS BATTUS CONTRE LA DICTATURE POUR SUPPORTER CELLE-CI !!! &lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1574&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA GRANDE ARNAQUE DE L'OPERATION &#034;SAUVER HAITI&#034; &lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AYITI : ABA LOKIPASYON PALE GRAND PWISANS !!!&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DECHOUKE LOKIPASYON !!!!!&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DECHOUKE LESPLWATASYON !!!!!&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;POU KILES LE POUVWA ?
&lt;p&gt;PWOLETARYA DAYITI !!!!!&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH321/haiti-emeutes-44c3a.jpg?1776745367' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;La force Minustah de stabilisation de la dictature est d&#233;sormais &#233;paul&#233;e par les Marines et les b&#233;rets noirs US !!!&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1252 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/haiti003-5813f.jpg?1776745367' width='320' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1577&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nouvelle &#034;guerre juste&#034; d'Obama : pour &#233;craser le peuple travailleur d'Ha&#239;ti !!!!&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1257 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L298xH239/unclesam-haiti-e8cdc.jpg?1776745367' width='298' height='239' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vous aurez reconnu l'&#034;intervention humanitaire&#034;....&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;HA&#207;TI&lt;/a&gt; : LE PEUPLE CR&#200;VE DE FAIM !!
&lt;p&gt;IL NE RE&#199;OIT PAS L'AIDE INTERNATIONALE !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE D&#201;BARQUEMENT MILITAIRE N'EST PAS UNE OP&#201;RATION DE SAUVETAGE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES CLASSES DIRIGEANTES NE VONT PAS SAUVER LE PEUPLE HA&#207;TIEN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUI SEUL PEUT SE SAUVER EN PRENANT SON SORT EN MAINS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SEUL LE PROL&#201;TARIAT A UNE SOLUTION POUR HA&#207;TI&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L399xH266/work-in-clothes-factory-haiti-d8316-b1879-2-b44b0.jpg?1776745367' width='399' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le prol&#233;tariat ha&#239;tien&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AYITI&lt;/a&gt; : KI SOLISYION POU PEYI A ?
&lt;p&gt;PWOLETARYA !!!!!&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A QUI VA PROFITER LA RECONSTRUCTION ?&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; REKONSTRUKSIYON : BENEFIS POU KILES ?&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A BAS L'EXPLOITATION ! A BAS L'OCCUPATION !!
&lt;p&gt;VIVE LA LUTTE DE LA CLASSE OUVRI&#200;RE ! VIVE LA LUTTE DE TOUT LE PEUPLE TRAVAILLEUR !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IL FAUT DE LA NOURRITURE, DES SOINS, DES LOGEMENTS, PAS DES MILITAIRES !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABA LESPLWATASYON ! ABA OKIPASYON !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIV LIT KLAS OUVRIY&#200; A ! VIV LIT TOUT TRAVAY&#200; ! VIV LIT MAS POPIL&#200; YO AN JENERAL !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIV KONSTRIKSYON KAN P&#200;P LA AK TRAVAY&#200; YO K&#210;M POTO MITAN ANBA DIREKSYON KLAS OUVRIY&#200; A !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUT MOUN GEN DWA VIV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DWA METE BYEN, PWOPRIETE AK KAY MOUN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#201;QUISITION DES PROPRI&#201;T&#201;S POUR SATISFAIRE LES BESOINS DE TOUS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pou yo gen dwa pren pwopriyete yon moun, nan espwopriyasyon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ABA OKIPASYON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bas l'occupation militaire !&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1198 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L227xH170/arton1425-5b6d8-847d3.jpg?1776745367' width='227' height='170' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;CE QUE VOUS NE VERREZ PAS A LA T&#201;L&#201; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://servirlepeuple.over-blog.com/article-haiti-les-violences-ce-que-vous-ne-verrez-pas-sur-tf1-fr2-fr3-arte-video--43314848-comments.html#comment54946651&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment les forces internationales pour sauver Ha&#239;ti r&#233;priment les manifestations populaires, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AYITI&lt;/a&gt; : NOU PA VLE RETE ANBA DJOL OKENN PEYI ETRANJE
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas nous placer sous la tutelle des pays &#233;trangers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GRO PEYI-YO KITE AYITI VIV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les grands pays laissent vivre Ha&#239;ti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REVOLISYON SEL SOLISYON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution est la seule solution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVE LES TRAVAILLEURS, SEULE FORCE CAPABLE DE CONSTRUIRE L'AVENIR D'HAITI ! VIVE LA LUTTE DE CLASSE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viv Lit travay&#232; ak travay&#232;z peyi d Ayiti ! Viv lit de klas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIV LIT TRAVAY&#200; YO, VIV LIT KAN P&#200;P LA !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PAS D'ARM&#201;ES &#201;TRANG&#200;RES, PAS D'ESCADRONS DE LA MORT HA&#207;TIENS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aba Lokipasyon ! Ayiti pou nou, pa pou peyi etranje !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NON AU RETOUR DES GALONNES DE L'ARM&#201;E HA&#207;TIENNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aba F&#242;s Ame d Ayiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GOUVERNEMENT DU PEUPLE TRAVAILLEUR PAR SES COMIT&#201;S DE QUARTIERS ET D'USINES !!!!&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;You sel solisyon pou Ayiti, se oganizasyon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sel fos nou, se pep-la !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sel pep-la, se fos nou !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Revolisyon,se sel solisyon pou se pep-la !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_77 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L300xH450/937339-93a18.jpg?1776740501' width='300' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;PROL&#201;TAIRES, SAUVONS NOUS NOUS-MEMES !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;An nou konte sou fos nou !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travay&#232; nou rezoud pwobl&#232;m nou noumenm, san ent&#232;vansyon etranje !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE POUVOIR AUX TRAVAILLEURS EST LA SEULE SOLUTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gouv&#232;nman an tout travay&#232;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L340xH232/4-5-46264.jpg?1776744663' width='340' height='232' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des pancartes de la r&#233;volution de 1986 contre Duvalier en Ha&#239;ti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La r&#233;volution est la seule solution&#034; !!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L340xH477/3-7-34acc.jpg?1776744663' width='340' height='477' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Que les grands pays laissent vivre Ha&#239;ti&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1242 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L340xH459/4-7-712db.jpg?1776744663' width='340' height='459' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Nous ne voulons pas nous placer sous la tutelle des pays &#233;trangers&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PAS D'ETAT POUR NOUS ECRASER !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1248 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/alexquesada2306107441.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH353/alexquesada2306107441-1e3be.jpg?1776745367' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire sur Ha&#239;ti&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1555&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chronologie d'Ha&#239;ti r&#233;volutionnaire en lutte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L435xH290/141362-haitien-observe-soldats-americains-marchent-c9712.jpg?1776745367' width='435' height='290' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment le peuple travailleur d'Ha&#239;ti voit les troupes d'occupation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L460xH253/_100120-soldats-us-haiti-afp-2-08cf9.jpg?1776745367' width='460' height='253' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L450xH262/Haiti-Port-au-Prince-Manif-8avril2008-2-7683c.jpg?1776745367' width='450' height='262' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L350xH253/ALeqM5h-7G74beEl5sG7YLjkkI306PyRyg-113c0.jpg?1776745367' width='350' height='253' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/manifestation005-54519.jpg?1776745367' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1247 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L350xH301/bel_air_interrogatorio-16b82.jpg?1776745367' width='350' height='301' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ABA POLIS NASYONAL KRAZE-ZO A !
&lt;p&gt;ABA MINUSTAH-ZAM-FANN FWA A !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABA BOUJWA AK PWOPRIYET&#200; FONSYE YO !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABA GOUV&#200;NMAN PREVAL/DIVIVYE-PY&#200;LWI A !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABA TOUT PALMANT&#200; REYAKSYON&#200; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABA TOUT REYAKSYON&#200; NAN PEYI A !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABA REPRESYON SOU TOUT F&#210;M ANN AYITI !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIV REVANDIKASYON ETIDYAN YO !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIV REVANDIKASYON OUVRIYE/TRAVAY&#200; YO !&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Message d'un Ha&#239;tien re&#231;u sur le site :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que les US marines ont profit&#233; du tremblement de terre pour prendre (non)officiellement le contr&#244;le de l'&#238;le qui est si ch&#232;re &#224; mon coeur sous le couvert d'une soi-disante aide humanitaire, ceci pour le p&#233;trole - la plus grande r&#233;serve de l'h&#233;misph&#232;re ouest - et de nombreux autres raisons de strat&#233;gie agressive, depuis qu'ils ont hiss&#233; leur drapeau au-dessus de notre pays, depuis que vous &#234;tes d'accord avec moi : nous allons nous battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;pi solda Etazunyen t&#233; pwofit&#233; twanbl&#233;man t&#232; pou pwann kontrol zil-mwen jan yo di s&#233; aid s&#232;lman yo ap vini menemn, tout sa pou petwol -plis gw&#242; r&#233;s&#232;v &#233;misf&#232; west- ak anpil z&#242;t r&#233;zon estrateji agresiv, d&#233;pi w dak&#242; av&#232;'m ; nou al&#233; pou konbat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since the US marines (un)officially took advantage of the earthquake to take over the island which is so dear to my heart on the cover of a so-called aid, this for petroleum -the biggest reserve of the western hemisphere- and many other agressive-strategic reasons ; since they've run up their flag above our country, since you agree with me : we gonna fight.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La Fran&#173;ce pleu&#173;re sur les 40.&#8203;000 ca&#173;dav&#173;res de l'&#238;le mi&#173;nu&#173;s&#173;cu&#173;le, et le monde en&#173;t&#173;ier s'em&#173;pres&#173;se de s&#233;cher les lar&#173;mes de la R&#233;pu&#173;bli&#173;que. Mais com&#173;ment &#233;tait-&#8203;ce quand, il y a quel&#173;ques si&#232;cles, la Fran&#173;ce a vers&#233; le sang &#224; tor&#173;rents pour prend&#173;re les Pe&#173;ti&#173;tes et les Gran&#173;des An&#173;til&#173;les ? En mer, au large des c&#244;tes de l'Afri&#173;que de l'Est exis&#173;te l'&#238;le volca&#173;ni&#173;que de Ma&#173;da&#173;g&#173;a&#173;s&#173;car. Il y a 50 ans, nous v&#238;mes com&#173;ment la R&#233;pu&#173;bli&#173;que au&#173;jourd'hui in&#173;con&#173;solable et qui pleu&#173;re la perte de ses en&#173;fants, a alors so&#173;u&#173;mis les indig&#232;nes ob&#173;s&#173;tin&#233;s &#224; son joug par les cha&#238;nes et l'&#233;p&#233;e. Nul volcan n'y a ou&#173;vert son crat&#232;re, ce sont les bou&#173;ches des ca&#173;nons fran&#231;ais qui ont sem&#233; la mort et de la d&#233;so&#173;la&#173;ti&#173;on. Les tirs de l'ar&#173;til&#173;le&#173;rie fran&#231;aise ont balay&#233; des mil&#173;liers de vies hu&#173;mai&#173;nes de la sur&#173;face de la terre jusqu'&#224; ce que ce peup&#173;le libre se pros&#173;ter&#173;ne face cont&#173;re terre et que la reine des &#171; sau&#173;va&#173;ges &#187; soit tra&#238;n&#233;e, comme troph&#233;e, dans la &#171; Cit&#233; des Lumi&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous vous avons vus, vous aussi, oh R&#233;publique, en larmes ! C'&#233;tait le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d'&#234;tres humains p&#226;les dans des v&#234;tements de travail &#233;taient encha&#238;n&#233;s ensemble dans les rues, dans les cours de prison, corps contre corps et t&#234;te contre t&#234;te ; les mitrailleuses faisaient cr&#233;piter par les meurtri&#232;res leurs museaux sanguinaires. Aucun volcan n'avait &#233;clat&#233;, aucun jet de lave n'avait &#233;t&#233; vers&#233;. Vos canons, R&#233;publique, ont tir&#233; sur la foule compacte, poussant des cris de douleur - plus de 20.000 cadavres ont recouvert les trottoirs de Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous tous - Fran&#231;ais et Anglais, Russes et Allemands, Italiens et Am&#233;ricains - nous vous avons vus tous ensemble pour une premi&#232;re fois dans une entente fraternelle, unie dans une grande ligue des nations, aidant et vous entraidant les uns les autres : c'&#233;tait en Chine. L&#224;, vous aviez oubli&#233; toutes les querelles entre vous, l&#224; aussi vous aviez fait la paix des peuples - pour le meurtre et l'incendie. Ah ! Combien d'individus sont tomb&#233;s sous vos balles, comme un champ de bl&#233; m&#251;r hach&#233; par la gr&#234;le ! Ah ! Combien de femmes jet&#233;es &#224; l'eau, pleurant leurs morts dans leurs bras froids et fuyant les tortures m&#234;l&#233;es &#224; vos embrassades ardentes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, ils se tournent tous vers la Martinique d'un m&#234;me mouvement et le c&#339;ur sur la main, ces meurtriers bienveillants aident, sauvent, s&#232;chent les larmes et maudissent les ravages du volcan. Mont Pel&#233;, g&#233;ant au grand c&#339;ur, tu peux en rire ; tu peux les m&#233;priser, ces carnivores pleurants, ces b&#234;tes en habits de Samaritains. Mais un jour viendra o&#249; un autre volcan fera entendre sa voix de tonnerre, un volcan qui grondera et bouillonnera et, que vous le vouliez ou non, balayera toute ce monde d&#233;goulinant de sang de la surface de la terre. Et c'est seulement sur ses ruines que les nations se r&#233;uniront en une v&#233;ritable humanit&#233; qui n'aura plus qu'un seul ennemi mortel : la nature aveugle.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rosa Luxemburg&lt;/strong&gt; dans &#034;Martinique&#034; (1902)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L410xH273/1821723-2484616-c6c44.jpg?1776745367' width='410' height='273' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L493xH271/43063f44-0601-11df-867b-9cc960affafa-70c06.jpg?1776745367' width='493' height='271' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ha&#239;ti occup&#233;e militairement : pour lutter contre les risques d'un s&#233;isme ? Oui ! Le s&#233;isme social !&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
&lt;div class='spip_document_1211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/minustah_repression_armee-fa1ce-2-49072.jpg?1776745367' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Que veut dire Ha&#239;ti occup&#233;e par des troupes &#233;trang&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re ile o&#249; les esclaves se sont lib&#233;r&#233;s en prenant le pouvoir et en battant les puissances esclavagistes, l'Angleterre et la France, n'a pas besoin de troupes &#233;trang&#232;res d'occupation, m&#234;me si si ces brigands se disent anim&#233;s des meilleures intentions du monde !!!! Les grandes puissances veulent seulement d&#233;manteler les villes, enfermer la population travailleuse dans des camps militairement surveill&#233;s, seulement faire travailler la population &#224; du d&#233;blaiement et faire partir les autres en exode. Ils veulent seulement &#233;craser l'ile r&#233;volutionnaire. Ne soyons pas dupes du matraquage m&#233;diatique et politique. Ces puissances-l&#224; n'ont jamais eu la moindre intention humanitaire et pacifique !!!&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1554&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ha&#239;ti : l'intervention &#034;humanitaire&#034; cache une guerre contre le peuple ha&#239;tien r&#233;volt&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.kewego.fr/video/iLyROoafI_--.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de la Minustah, le film&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve186&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;A bas l'occupation militaire &#233;trang&#232;re d'Ha&#239;ti sous pr&#233;texte de s&#233;isme, de s&#233;curit&#233; des habitants ou de cyclones !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1555&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ha&#239;ti r&#233;volutionnaire qui fait peur aux grandes puissances&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1558&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les interventions arm&#233;es ont apport&#233; &#224; Ha&#239;ti... mis&#232;re et massacres...&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve195&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ha&#239;ti : du s&#233;isme &#224; la r&#233;volte&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L234xH175/La-violence-nouveau-fleau-pour-Haiti_img_234_199-edccc.jpg?1776745367' width='234' height='175' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1203 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L248xH187/20100117-142703-g-0311e.jpg?1776745367' width='248' height='187' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH364/article_policier-9f2ef.jpg?1776745367' width='500' height='364' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://bellaciao.org/fr/spip.php?article97195&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment les forces internationales r&#233;priment la population pauvre, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH366/haiti-4-a-woman-runs-as-a-police-officer-disperses-looters-from-a-commercial-area-in-port-au-prince_30-2-f5e81.jpg?1776745367' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ha&#239;ti : l'intervention &#034;humanitaire&#034; cache une guerre contre le peuple r&#233;volt&#233;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; C'est sans d&#233;lai que des forces arm&#233;es consid&#233;rables (des dizaines de milliers de soldats) venues des USA, de France et du reste du monde ont d&#233;barqu&#233; en Ha&#239;ti, suite au tremblement de terre qui a frapp&#233; durement la capitale, Port-au-Prince. Et, malgr&#233; un discours m&#233;diatique voulant faire croire &#224; une aide humanitaire, la t&#226;che essentielle qui leur est assign&#233;e est le r&#233;tablissement de l'ordre. Elles sont &#233;quip&#233;es pour la r&#233;pression et non pour le sauvetage. Des unit&#233;s US sp&#233;cialistes anti-&#233;meutes ont &#233;t&#233; d&#233;p&#234;ch&#233;es. Les &#233;quipes de sauveteurs sont bloqu&#233;es par la priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'envoi des militaires. Un avion-h&#244;pital et des secouristes avec chiens ont &#233;t&#233; refus&#233;s pour faire passer en priorit&#233; les troupes de Marines, sp&#233;cialistes de la r&#233;pression des r&#233;voltes populaires. Certaines &#233;quipes de sauveteurs li&#233;es &#224; des ONG n'ont toujours pas pu se rendre sur place tandis que les forces arm&#233;es sur place sont des centaines de fois sup&#233;rieures en nombre aux &#233;quipes de sauveteurs. Des navires de guerre US sont &#224; proximit&#233; d'Ha&#239;ti pour intervenir en cas d'insurrection g&#233;n&#233;rale.
&lt;p&gt; Du coup les secours et les secouristes n'arrivent pas. La plupart des gens n'ont re&#231;u ni aide alimentaire, ni sanitaire et certaines villes n'ont encore vu personne. Aucune force gouvernementale, aucune arm&#233;e n'a particip&#233; aux sauvetages de premi&#232;re urgence r&#233;alis&#233;s &#224; mains nues par la population elle-m&#234;me. L'inqui&#233;tude des grandes puissances, ce sont les r&#233;actions populaires et pas les victimes &#224; sauver et les populations survivantes &#224; aider, contrairement ce que l'on cherche &#224; nous faire croire ici. Si les forces arm&#233;es du monde se sont empress&#233;es d'intervenir, c'est pour &#233;viter que le vide du pouvoir, caus&#233; par le tremblement de terre qui a mis &#224; bas les &#233;difices publics, les b&#226;timents de l'Etat et des forces arm&#233;es d'occupation &#233;trang&#232;res, ne se transforme en tremblement de terre... social. Et ces forces cachent leur crainte du peuple d'Ha&#239;ti derri&#232;re de pr&#233;tendus pillages, mais, quand on cr&#232;ve de faim, se servir dans les magasins, c'est simplement vital, ce n'est pas un crime !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour comprendre le r&#244;le des arm&#233;es &#233;trang&#232;res en Ha&#239;ti, il faut se rappeler que l'intervention militaire am&#233;ricaine, onusienne ou fran&#231;aise ne date pas du tremblement de terre. Elle a pour pr&#233;texte la d&#233;fense de la s&#233;curit&#233; de la population civile mais, en fait, elle est le produit de la r&#233;volte sociale qu'a connu Ha&#239;ti lorsque, en 1986, le peuple ha&#239;tien s'est d&#233;barrass&#233; de la dictature des Duvalier que soutenaient les pays occidentaux. Oui, le peuple travailleur d'Ha&#239;ti a v&#233;cu une r&#233;volution, en s'attaquant aux barbares &#171; tontons macoutes &#187; et en renversant la dictature de &#171; B&#233;b&#233; Doc &#187; Duvalier, soutenue par les USA. Le pouvoir a &#233;t&#233; durablement &#233;branl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que r&#233;cemment que les grandes puissances occupant Ha&#239;ti ont pu permettre &#224; l'arm&#233;e ha&#239;tienne de retourner dans ses quartiers g&#233;n&#233;raux. L'&#233;chec de cette r&#233;volution ha&#239;tienne provenait du fait que les partis et organisations sociales, syndicales, religieuses et politiques qui en avaient pris la t&#234;te, loin de souhaiter la prise de pouvoir par les opprim&#233;s, ne visaient qu'&#224; faire rentrer le peuple dans le rang. Jamais ils n'ont averti le peuple contre l'arm&#233;e de Duvalier &#224; peine reconvertie. Jamais ils n'ont appel&#233; le peuple &#224; se lier aux petits soldats et ces derniers &#224; ne plus ob&#233;ir &#224; leur hi&#233;rarchie. Au contraire, tous les efforts des dirigeants syndicalistes, religieux, sociaux-d&#233;mocrates et staliniens ont &#233;t&#233; de r&#233;concilier le peuple avec l'arm&#233;e et les classes dirigeantes, avec l'aide d'Aristide, devenu en 1994 la marionnette des USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et les dizaines de milliers de soldats des arm&#233;es &#233;trang&#232;res occupant le pays depuis 2004 ne visent nullement &#224; remettre en cause la dictature et la mis&#232;re. Ils ont occup&#233; le pays parce que le peuple mena&#231;ait le pouvoir et les classes dirigeantes ha&#239;tiennes. Cette pr&#233;tendue &#171; force de paix &#187; n'a fait qu'attaquer violemment la population des quartiers pauvres et des bidonvilles aux c&#244;t&#233;s des forces arm&#233;es et des milices locales. Lors des derni&#232;res &#233;meutes de la faim en 2008, le petit peuple d'Ha&#239;ti, entre autres revendications, r&#233;clamait le d&#233;part des troupes de l'ONU et des troupes &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces forces arm&#233;es n'ont rien fait contre la classe dirigeante, contre la mis&#232;re et l'exploitation. Rien face aux cyclones. Celui qui a d&#233;truit Gona&#239;ves, la ville la plus r&#233;volutionnaire du pays, a laiss&#233; le peuple d&#233;truit, englu&#233; dans la boue sans que cette fameuse &#171; communaut&#233; internationale &#187; ne bouge le petit doigt. Le tremblement de terre a achev&#233; de d&#233;truire la cr&#233;dibilit&#233; du pouvoir, et les grandes puissances craignent que le peuple ha&#239;tien se saisisse de l'occasion pour se d&#233;barrasser de ses oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux travailleurs d'ici, loin de marcher dans la propagande humanitaire hypocrite des grandes puissances, ils devraient souhaiter au peuple ha&#239;tien ce que ses oppresseurs craignent le plus : que le peuple se lib&#232;re et que l'&#238;le r&#233;volutionnaire renaisse de ses cendres.... !&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque les Etats occidentaux justifient leur intervention militaire, ils pr&#233;tendent &#234;tre bloqu&#233;s par les &#233;meutes de gens se disputant pour recevoir des vivres et par les pillards. C'est faux ! Les vivres bloqu&#233;s sur l'a&#233;roport, ce n'est pas &#224; cause de bandits ou d'&#233;meutes... Les Ha&#238;tiens d&#233;noncent les troupes &#233;trang&#232;res parce qu'ils les connaissent. Depuis 1994 pour les USA, depuis 2004 pour toutes les troupes &#233;trang&#232;res, elles occupent le pays et ce n'est pas pour les sauver d'une catastrophe naturelle !!! Elles interviennent contre la population. Elles pr&#233;tendent que, si les secours n'arrivent pas, c'est d&#251; &#224; l'&#233;tat des routes. C'est faux ! Elles affirment vouloir sauver le peuple ha&#239;tien, c'est faux !&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/haiti1-26f05.jpg?1776745367' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L360xH233/usfrenchsoldiershaiti010304-b4f4f.jpg?1776745367' width='360' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L405xH270/un1martissant-f43c4-b18c8.jpg?1776745367' width='405' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L379xH279/haiti_throws_stones-3919f-4e867.jpg?1776745367' width='379' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L450xH284/haiti2-2-b54dd.jpg?1776745367' width='450' height='284' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les forces arm&#233;es internationales ne surveillent que les quartiers pauvres alors que les riches entretiennent des bandes arm&#233;es qui pillent, terrorisent et assassinent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L430xH298/ONU_Haiti-bd006.jpg?1776745367' width='430' height='298' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les horreurs de l'exploitation en Ha&#239;ti&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L136xH198/restavec-9c583.jpg?1776745367' width='136' height='198' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes de la faim&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L448xH326/emeutes-de-la-faim_m-22e01.jpg?1776745367' width='448' height='326' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH335/h_4_ill_1032523_haiti-manif-96bb5.jpg?1776745367' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L493xH277/emeutes-de-la-faim-01-haiti-1208165791-434e1.jpg?1776745367' width='493' height='277' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH363/photo_1207691254892-1-0-e8129.jpg?1776745367' width='500' height='363' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH339/lucian-read-forces-de-police-a-haiti-2004-cfc86.jpg?1776745367' width='500' height='339' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les bandes arm&#233;es du pouvoir ha&#239;tien intervenant contre la population en 2004&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Pour les prol&#233;taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la libert&#233;, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau b&#233;nite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la mis&#232;re toujours.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article561&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Auguste Blanqui&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;&#171; Participer au processus historique les yeux pleinement ouverts, avec une volont&#233; tendue, telle est la satisfaction par excellence qui puisse &#234;tre donn&#233;e &#224; un &#234;tre pensant... &#187;&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, dans Leur morale et la n&#244;tre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POUR PRENDRE CONTACT, LAISSEZ VOTRE EMAIL DANS LA R&#201;PONSE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;du mode de formation et de transformation&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail que nous diffusons ici est incomplet et inachev&#233;, dans sa conception comme dans sa r&#233;daction. Cependant, l'ampleur du sujet, la longueur du travail n&#233;cessaire, justifie de mettre ce texte en circulation sans tarder. Il sera progressivement compl&#233;t&#233; et corrig&#233;. Le sujet, la r&#233;volution, n'est pas un th&#232;me si courant, y compris dans le pays souvent pr&#233;sent&#233; comme celui de la R&#233;volution fran&#231;aise. Depuis le stalinisme, le mao&#239;sme et les diverses &#171; versions &#187; pr&#233;tendues du socialisme et du communisme, la signification de la r&#233;volution sociale s'est perdue ou a &#233;t&#233; fauss&#233;e. Si, pour bien des travailleurs, leur classe se bat pour l'emploi ou le salaire, ils ne se voient pas comme la classe opprim&#233;e la plus puissante de l'Histoire, capable, &#224; l'&#233;chelle internationale, de lib&#233;rer l'humanit&#233; de l'oppression et de l'exploitation. Il ne faut pas concevoir ce mouvement de la conscience de classe comme un recul lin&#233;aire. De m&#234;me qu'il ne faut pas interpr&#233;ter le mouvement qui s'est manifest&#233; de &lt;strong&gt;Marx&lt;/strong&gt; &#224; &lt;strong&gt;L&#233;nine&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Trotsky&lt;/strong&gt;, ou de la Commune de Paris de 1871 &#224; la r&#233;volution en Russie en 1917 et en Europe en 1918-1920, comme une mont&#233;e continue. Le mouvement de l'Histoire, celui des luttes, celui de la conscience de classe, celui de l'organisation de classe, ces trois mouvements qui ne sont d'ailleurs pas similaires, ne suivent pas un cours graduel, mais connaissent des sauts brutaux. Et, parfois aussi, des chutes brutales. Aujourd'hui, suite au recul des illusions dans la social-d&#233;mocratie (au service du grand capital depuis la premi&#232;re guerre mondiale), dans le stalinisme (principale force anti-communiste depuis 1925), et dans les nationalismes du tiers-monde (venus au pouvoir depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale), un nouveau cycle semble se profiler. Les illusions sur le capitalisme sont &#233;galement retomb&#233;es (m&#234;me dans les Pays de l'Est), et un nouvel anticapitalisme semble en train de rena&#238;tre dans une nouvelle g&#233;n&#233;ration de la classe ouvri&#232;re mondiale. Cela ne veut pas dire qu'une nouvelle compr&#233;hension du monde na&#238;tra directement et spontan&#233;ment, car de nouvelles tromperies peuvent tr&#232;s bien remplacer les anciennes. L'anticapitalisme, &#224; la mode aujourd'hui, est un mouvement composite qui ne d&#233;veloppe pas une conscience claire de la n&#233;cessit&#233; de renverser d&#233;finitivement le capitalisme et de le remplacer par le pouvoir des travailleurs. Ce courant ne permet pas non plus une avanc&#233;e dans la compr&#233;hension du r&#244;le de l'Etat bourgeois, &#233;tant donn&#233; qu'il professe une d&#233;fense de la d&#233;mocratie citoyenne qui reste dans le cadre bourgeois. Pas question par exemple pour les anticapitalistes, et encore moins pour les altermondialistes, de destruction de l'Etat bourgeois, et surtout pas d'id&#233;e de mise en place d'un pouvoir aux travailleurs. La question de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production n'est nullement envisag&#233;e. On constate ainsi que, sous de nouvelles couleurs et de nouvelles formes, il est tr&#232;s possible de donner &#224; la critique du capitalisme un caract&#232;re fondamentalement r&#233;formiste, c'est-&#224;-dire visant au sauvetage du capitalisme en le rendant acceptable aux masses opprim&#233;es. Les id&#233;es de &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, d'altermondialisme, de &#171; d&#233;croissance &#187;, de &#171; d&#233;fense de la plan&#232;te &#187; sont de nouveaux moyens de d&#233;tourner de la lutte des classes en pr&#233;tendant que tous les hommes sont responsables des destructions, caus&#233;es par le grand capital. Le capitalisme &#171; &#233;thique &#187;, &#171; durable &#187;, &#171; &#233;cologique &#187;, &#171; solidaire &#187;, &#171; r&#233;gul&#233; &#187;, l'alter-capitalisme en somme, n'est qu'une nouvelle forme de l'illusion r&#233;formiste qui refuse de prendre en compte le fondement de classe du capitalisme et sa cons&#233;quence : la n&#233;cessit&#233; pour les exploit&#233;s de renverser ce syst&#232;me. De nouveaux types de r&#233;formismes, de nationalismes, de stalinismes, d'int&#233;grismes religieux ou d'autres id&#233;ologies r&#233;actionnaires peuvent appara&#238;tre, d&#233;tournant &#224; nouveau les mouvements sociaux. Il n'y aura pas de naissance purement spontan&#233;e d'une nouvelle analyse critique du syst&#232;me. Et cela se d&#233;roule &#224; un moment o&#249; une nouvelle crise du capitalisme se profile &#224; l'horizon, grosse de nouveaux sacrifices pour les opprim&#233;s mais grosse aussi de nouvelles r&#233;volutions, c'est-&#224;-dire de nouvelles potentialit&#233;s d'en finir d&#233;finitivement avec l'exploitation de l'homme par l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'autant plus important de repenser (c'est-&#224;-dire de reconstruire) ce que signifient v&#233;ritablement le socialisme et la r&#233;volution, dans le monde d'aujourd'hui. Pendant de trop longues ann&#233;es, les r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes, en panne de r&#233;volutions, se sont tourn&#233;s vers des luttes arm&#233;es (gu&#233;rillas n'ayant rien &#224; voir avec l'action du prol&#233;tariat), vers des formes non classistes de contestation (altermondialisme, &#233;cologisme), ou vers des formes d'accommodation critique au syst&#232;me (syndicalisme, &#233;lectoralisme). Dans tout cela, la r&#233;volution (et d'abord la destruction de l'Etat bourgeois et de l'ordre &#233;conomique du capital) est bien oubli&#233;e. La question n'est m&#234;me plus &#233;tudi&#233;e, ni discut&#233;e publiquement, que ce soit au nom d'un esp&#232;ce de r&#233;alisme (la r&#233;volution n'est pas &#224; l'ordre du jour), ou d'un renoncement plus ouvert &#224; cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;tude, on appellera r&#233;volution la situation de crise dans laquelle les opprim&#233;s cessent de suivre les id&#233;es et les organisations de la classe dirigeante, commencent eux-m&#234;mes &#224; s'organiser, d'une mani&#232;re totalement nouvelle et &#233;mergente, en vue de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe et, surtout, appliquent leurs propres d&#233;cisions, cr&#233;ant une situation de double pouvoir porteuse de la possibilit&#233; de changement radical du cours de l'Histoire, vers un pouvoir aux travailleurs. Cette d&#233;finition ne consid&#232;re pas la violence (la fameuse lutte arm&#233;e) comme le crit&#232;re fondamental, mais souligne plut&#244;t le caract&#232;re radical du contenu social et politique donn&#233; par les opprim&#233;s eux-m&#234;mes, et la destruction rapide des bases r&#233;elles de l'ancien ordre. Au sens large, scientifique, nous appellerons &#171; r&#233;volution &#187; tout &#233;tat transitoire dans lequel l'ordre &#233;tabli peut basculer qualitativement et brutalement. Mais, surtout, nous appellerons r&#233;volution une situation qui m&#232;ne &#224; l'&#233;mergence brutale d'une structure, qualitativement nouvelle, issue de l'agitation et des contradictions &#224; l'&#233;chelon hi&#233;rarchique inf&#233;rieur, encore appel&#233;e auto-organisation. Du coup, ce processus concerne aussi bien les diff&#233;rents domaines des sciences. La politique est particuli&#232;rement concern&#233;e par la question de l'auto-organisation des prol&#233;taires. Rappelons l'expression qu'en donnait &lt;strong&gt;Karl Marx &lt;/strong&gt; : &#171; Le socialisme sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. &#187; Pour se pr&#233;parer &#224; devenir un nouveau pouvoir, les exploit&#233;s ont besoin de retrouver le sens de l'organisation collective et la confiance dans leurs propres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte tente de tirer des le&#231;ons g&#233;n&#233;rales, philosophiques, des travaux r&#233;cents des sciences, naturelles, historiques, &#233;conomiques, et sociales. Les avanc&#233;es scientifiques, qui font progresser nos connaissances et nos comp&#233;tences techniques, influencent notre philosophie du monde. Du moins, elles devraient le faire. La vulgarisation scientifique touche un large public, mais la philosophie tir&#233;e des sciences est peu diffus&#233;e. La pens&#233;e scientifique a profond&#233;ment chang&#233;, m&#234;me si le grand public, inond&#233; d'informations techniques, l'ignore souvent. La science actuelle n'est plus fond&#233;e sur des objets fixes, ni sur un ordre fig&#233;, mais sur l'organisation spontan&#233;e du d&#233;sordre d'un grand nombre d'&#233;l&#233;ments interagissant. La mati&#232;re n'est plus con&#231;ue comme une masse inerte, mais comme le produit d'une dynamique collective extraordinairement agit&#233;e. Renversement brutal des structures, la r&#233;volution est un processus de construction, par l'organisation spontan&#233;e des agitations sous-jacentes, de structures nouvelles, dites &#233;mergentes. La compr&#233;hension de ce m&#233;canisme r&#233;volutionnaire, qui caract&#233;rise les ph&#233;nom&#232;nes historiques, n'est pas &#233;vidente, ne d&#233;coule pas directement de l'observation, et n&#233;cessite un effort de conceptualisation philosophique. Les anciennes oppositions diam&#233;trales entre mati&#232;re inerte et vivante, entre vie et mort, entre ordre et d&#233;sordre, entre destruction et construction, entre hasard et n&#233;cessit&#233;, sont d&#233;sormais caduques. D&#233;passant ces anciennes dichotomies, la nouvelle philosophie scientifique reconna&#238;t l'interp&#233;n&#233;tration entre d&#233;terminisme et contingence, entre lois et d&#233;sordre, entre singularit&#233;s et universalit&#233;, entre atomisme et vitalisme, et entre mat&#233;rialisme et cr&#233;ation. Concevoir la dynamique, la t&#226;che est rude, mais les &#233;l&#233;ments sont fournis par les sciences elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur le processus actif de la nature, sur les rythmes de son mouvement historique, est porteuse d'un mode de pens&#233;e qui est indispensable, autant en sciences que pour l'&#233;tude de la soci&#233;t&#233; humaine. La capacit&#233; des opprim&#233;s de construire leur pouvoir d&#233;pend avant tout de leur exp&#233;rience politique, de leur participation, active, organis&#233;e et consciente &#224; leurs propres luttes. Une classe n'est pas seulement constitu&#233;e d'hommes ayant des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. C'est d'abord une conscience, faite d'&#233;checs, d'espoirs, de tentatives, de virtualit&#233;s, d'id&#233;es et de potentialit&#233;s. Le m&#233;canisme d'&#233;mergence de la conscience de classe et le fonctionnement dynamique de la mati&#232;re, sans cesse transform&#233;e par l'interaction entre virtuel et r&#233;el, entre destruction et construction, en permanence en r&#233;volution, sont du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension de la r&#233;volution est d'une importance capitale pour la pens&#233;e scientifique comme pour l'action politique et sociale. Elle est particuli&#232;rement n&#233;cessaire au mouvement ouvrier, victime des id&#233;ologies de l'ordre et de la r&#233;forme, d&#233;fenseurs de la continuit&#233; de l'Etat. L'a priori du continu, pr&#233;jug&#233; opposant progr&#232;s et changement brutal, est largement propag&#233;, par les scientifiques comme par les courants politiques et sociaux, sociaux-d&#233;mocrates, associatifs, &#233;cologistes, alter-mondialistes, syndicalistes ou staliniens. L'id&#233;e du r&#244;le central de la classe travailleuse pour changer radicalement le cours de la soci&#233;t&#233; humaine est fortement combattue. La conscience de la classe opprim&#233;e d&#233;pend en premier de sa compr&#233;hension de ses capacit&#233;s &#224; transformer le monde. La signification de la soci&#233;t&#233; &#224; construire est aujourd'hui alt&#233;r&#233;e. La r&#233;volution, incomprise, est souvent rejet&#233;e. La rencontre des id&#233;es communistes vivantes et du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire reste le principal danger mortel pour les exploiteurs et la seule perspective d'avenir pour les exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est soumis &#224; la r&#233;flexion, &#224; la critique de tous. Il peut &#234;tre librement cit&#233;, &#233;dit&#233; et traduit. Aucun copyright pour aucun pays. Envoyez toute observation et critique aux auteurs &lt;strong&gt;Robert&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Paris&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Tiekoura Levi Hamed&lt;/strong&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;div class='spip_document_5 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH355/commune_1871-e91de.jpg?1776743397' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La Commune de Paris (1871) est la premi&#232;re tentative de la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise. Elle est la forme politique enfin trouv&#233;e par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;nine&lt;/strong&gt; dans &#034;L'Etat et la r&#233;volution&#034;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#034;Quand la Commune de Paris prit la direction de la r&#233;volution entre ses propres mains ; quand de simples ouvriers, pour la premi&#232;re fois, os&#232;rent toucher au privil&#232;ge gouvernemental de leurs &#171; sup&#233;rieurs naturels &#187;, les poss&#233;dants, et, dans des circonstances d'une difficult&#233; sans exemple, accomplirent leur oeuvre modestement, consciencieusement et efficacement (et l'accomplirent pour des salaires dont le plus &#233;lev&#233; atteignait &#224; peine le cinqui&#232;me de ce qui, &#224; en croire une haute autorit&#233; scientifique, le professeur Huxley, est le minimum requis pour un secr&#233;taire du conseil de l'instruction publique de Londres), le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage &#224; la vue du drapeau rouge, symbole de la R&#233;publique du travail, flottant sur l'H&#244;tel de Ville. Et pourtant, c'&#233;tait la premi&#232;re r&#233;volution dans laquelle la classe ouvri&#232;re &#233;tait ouvertement reconnue comme la seule qui f&#251;t encore capable d'initiative sociale, m&#234;me par la grande masse de la classe moyenne de Paris.&#034;&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Karl Marx&lt;/strong&gt; dans &#034;La guerre civile en France&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article883&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Commune de Paris, Karl Marx&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x1oh2e_la-commune-de-paris-23_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Commune de Paris (1971), le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karl Marx&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#034;Les principes de la Commune sont &#233;ternels et ne peuvent &#234;tre d&#233;truits. Ils resurgiront toujours de nouveau jusqu'&#224; ce que la classe ouvri&#232;re soit &#233;mancip&#233;e.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SITE :&lt;br class='autobr' /&gt;
MATIERE ET REVOLUTION&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;EDITORIAUX LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article730&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;TABLE DES MATIERES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;SOMMAIRE PAR PAYS&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L363xH450/h-20-1431269-1235148221-94765.jpg?1776745367' width='363' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re : une classe porteuse d'avenir ....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/classe+ouvri%C3%A8re/video/x7jzhl_la-revolution_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Seule l'explication marxiste de tout ce qui s'est pass&#233; peut rendre &#224; l'avant-garde prol&#233;tarienne sa confiance en elle-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/strong&gt; dans &#171; Le marxisme et notre &#233;poque &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Testament de L&#233;on Trotsky (extraits) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Je n'ai pas besoin de r&#233;futer une fois de plus ici les stupides et viles calomnies de Staline et de ses agents : il n'y a pas une seule tache sur mon honneur r&#233;volutionnaire. Je ne suis jamais entr&#233;, que ce soit directement ou indirectement, dans aucun accord en coulisse, ou m&#234;me n&#233;gociation, avec les ennemis de la classe ouvri&#232;re. (...) Pendant quarante-trois ann&#233;es de ma vie consciente je suis rest&#233; un r&#233;volutionnaire ; pendant quarante-deux de ces ann&#233;es j'ai lutt&#233; sous la banni&#232;re du marxisme. Si j'avais &#224; tout recommencer, j'essaierais certes d'&#233;viter telle ou telle erreur, mais le cours g&#233;n&#233;ral de ma vie resterait inchang&#233;. Je mourrai r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, marxiste, mat&#233;rialiste dialectique, et par cons&#233;quent intraitable ath&#233;iste. Ma foi dans l'avenir communiste de l'humanit&#233; n'est pas moins ardente, bien au contraire elle est plus ferme aujourd'hui qu'elle n'&#233;tait au temps de ma jeunesse. (...) La vie est belle. Que les g&#233;n&#233;rations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence, et en jouissent pleinement.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=wNpOwPTXerU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;on Trotsky, le film1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=DW2QcV6jmzE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;on Trotsky et la r&#233;volution russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA REVOLUTION RUSSE DE 1917&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/p09_oktober_11__800_x_600_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH364/p09_oktober_11__800_x_600_-50cad.jpg?1776745367' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Aux citoyens de Russie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement provisoire est destitu&#233;. Le pouvoir de l'Etat est pass&#233; aux mains de l'organe du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;trograd, le Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire qui est &#224; la t&#234;te du prol&#233;tariat et de la garnison de P&#233;trograd.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cause pour laquelle le peuple a lutt&#233; : proposition imm&#233;diate de paix d&#233;mocratique, abolition du droit de propri&#233;t&#233; sur la terre des propri&#233;taires fonciers, contr&#244;le ouvrier de la production, cr&#233;ation d'un gouvernement des Soviets, cette cause est assur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vive la r&#233;volution des ouvriers, des soldats et des paysans ! &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclamation du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aupr&#232;s du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;trograd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 octobre 1917, 10 heures du matin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#034;Que signifie cette r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne ? Avant tout, le sens de cette r&#233;volution, c'est que nous aurons un gouvernement des Soviets, notre pouvoir &#224; nous, sans la moindre participation de la bourgeoisie. Les masses opprim&#233;es cr&#233;eront elles-m&#234;mes le pouvoir. Le vieil appareil d'Etat sera radicalement d&#233;truit et il sera cr&#233;&#233; un nouvel appareil de direction dans la personne des organisations des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle &#233;tape s'ouvre dans l'histoire de la Russie, et cette troisi&#232;me r&#233;volution russe doit en fin de compte mener &#224; la victoire du socialisme.&#034; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;nine&lt;/strong&gt; au Soviet de P&#233;trograd le 25 octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#034;Nous nous assignons comme but final la suppression de l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire de toute violence organis&#233;e et syst&#233;matique, de toute violence exerc&#233;e sur les hommes, en g&#233;n&#233;ral. Nous n'attendons pas l'av&#232;nement d'un ordre social o&#249; le principe de la soumission de la minorit&#233; &#224; la majorit&#233; ne serait pas observ&#233;. Mais, aspirant au socialisme, nous sommes convaincus que dans son &#233;volution il aboutira au communisme et que, par suite, dispara&#238;tra toute n&#233;cessit&#233; de recourir en g&#233;n&#233;ral &#224; la violence contre les hommes, toute n&#233;cessit&#233; de la soumission d'un homme &#224; un autre, d'une partie de la population &#224; une autre ; car les hommes s'habitueront &#224; observer les conditions &#233;l&#233;mentaires de la vie en soci&#233;t&#233;, sans violence et sans soumission.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#201;tat et la R&#233;volution (1917), L&#233;nine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#034;toast de Londres&#034; de Blanqui</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article113</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article113</guid>
		<dc:date>2007-11-04T14:02:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Blanqui</dc:subject>
		<dc:subject>1848</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le toast de Londres (Blanqui, 1851) &lt;br class='autobr' /&gt; Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;1 - 0 - Le programme r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le toast de Londres (Blanqui, 1851)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action. Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris et les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t des 45 centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es, il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il court sus aux ouvriers de Paris ; le 15 avril, il emprisonne ceux de Limoges, il mitraille ceux de Rouen le 27 ; il d&#233;cha&#238;ne tous leurs bourreaux, il berne et traque tous les sinc&#232;res r&#233;publicains. Trahison ! Trahison !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A lui seul, le fardeau terrible de toutes les calamit&#233;s qui ont presque an&#233;anti la R&#233;volution. Oh ! Ce sont l&#224; de grands coupables et entre tous les plus coupables, ceux en qui le peuple tromp&#233; par des phrases de tribun voyait son &#233;p&#233;e et son bouclier ; ceux qu'il proclamait avec enthousiasme, arbitres de son avenir. Malheur &#224; nous, si, au jour du prochain triomphe populaire, l'indulgence oublieuse des masses laissait monter au pouvoir un de ces hommes qui ont forfait &#224; leur mandat ! Une seconde fois, c'en serait fait de la R&#233;volution. Que les travailleurs aient sans cesse devant les yeux cette liste de noms maudits ! Et si un seul apparaissait jamais dans un gouvernement sorti de l'insurrection, qu'ils crient tous, d'une voix : trahison !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Discours, sermons, programmes ne seraient encore que piperies et mensonges ; les m&#234;mes jongleurs ne reviendraient que pour ex&#233;cuter le m&#234;me tour, avec la m&#234;me gibeci&#232;re ; ils formeraient le premier anneau d'une cha&#238;ne nouvelle de r&#233;action plus furieuse ! Sur eux, anath&#232;me, s'ils osaient jamais repara&#238;tre !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Honte et piti&#233; sur la foule imb&#233;cile qui retomberait encore dans leurs filets !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce n'est pas assez que les escamoteurs de F&#233;vrier soient &#224; jamais repouss&#233;s de l'H&#244;tel de Ville, il faut se pr&#233;munir contre de nouveaux tra&#238;tres.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Tra&#238;tres seraient les gouvernements qui, &#233;lev&#233;s sur les pavois prol&#233;taires, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#176; - Le d&#233;sarmement des gardes bourgeoises.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2&#176; - L'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans doute, il est bien d'autres mesures indispensables, mais elles sortiraient naturellement de ce premier acte qui est la garantie pr&#233;alable, l'unique gage de s&#233;curit&#233; pour le peuple. Il ne doit pas rester un fusil aux mains de la bourgeoisie. Hors de l&#224;, point de salut.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les doctrines diverses qui se disputent aujourd'hui les sympathies des masses, pourront un jour r&#233;aliser leurs promesses d'am&#233;lioration et de bien-&#234;tre, mais &#224; la condition de ne pas abandonner la proie pour l'ombre. Les armes et l'organisation, voil&#224; l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec la mis&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Qui a du fer, a du pain.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On se prosterne devant les ba&#239;onnettes, on balaye les cohues d&#233;sarm&#233;es. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme. En pr&#233;sence des prol&#233;taires arm&#233;s, obstacles, r&#233;sistances, impossibilit&#233;s, tout dispara&#238;tra.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais, pour les prol&#233;taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la libert&#233;, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau b&#233;nite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la mis&#232;re toujours.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que le peuple choisisse !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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