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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>&#171; L'&#233;volution comme fait et th&#233;orie &#187;, par Stephen Jay Gould - Gould, Evolution as Fact and Theory</title>
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		<dc:date>2020-03-08T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; L'&#233;volution comme fait et comme th&#233;orie &#187;, par Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Kirtley Mather, d&#233;c&#233;d&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re &#224; l'&#226;ge de quatre-vingt-dix ans, &#233;tait un pilier de la science et de la religion chr&#233;tienne en Am&#233;rique et l'un de mes amis les plus chers. La diff&#233;rence d'&#226;ge entre nous d'un demi-si&#232;cle s'est &#233;vapor&#233;e aujourd'hui devant nos centres d'int&#233;r&#234;t communs. La chose la plus curieuse que nous ayons partag&#233;e est une bataille que nous avons men&#233;e en ayant le m&#234;me &#226;ge. Car Kirtley &#233;tait all&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#233;volution comme fait et comme th&#233;orie &#187;, par Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirtley Mather, d&#233;c&#233;d&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re &#224; l'&#226;ge de quatre-vingt-dix ans, &#233;tait un pilier de la science et de la religion chr&#233;tienne en Am&#233;rique et l'un de mes amis les plus chers. La diff&#233;rence d'&#226;ge entre nous d'un demi-si&#232;cle s'est &#233;vapor&#233;e aujourd'hui devant nos centres d'int&#233;r&#234;t communs. La chose la plus curieuse que nous ayons partag&#233;e est une bataille que nous avons men&#233;e en ayant le m&#234;me &#226;ge. Car Kirtley &#233;tait all&#233; au Tennessee avec Clarence Darrow pour t&#233;moigner en faveur de l'&#233;volution lors du proc&#232;s Scopes de 1925. Quand je pense que nous sommes de nouveau plong&#233;s dans le m&#234;me combat pour l'un des concepts les mieux document&#233;s, les plus convaincants et les plus excitants de toute la science, je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les principes id&#233;alis&#233;s du discours scientifique, la r&#233;activation de questions en suspens devrait refl&#233;ter l'apparition de nouvelles donn&#233;es qui redonnent vie &#224; des notions abandonn&#233;es. Ceux qui sont en dehors du d&#233;bat actuel peuvent donc &#234;tre excus&#233;s de soup&#231;onner que les cr&#233;ationnistes ont propos&#233; quelque chose de nouveau ou que les &#233;volutionnistes ont g&#233;n&#233;r&#233; de graves probl&#232;mes internes. Mais rien n'a chang&#233;. Les cr&#233;ationnistes n'ont pr&#233;sent&#233; aucun nouveau fait ou argument neuf. Darrow et Bryan &#233;taient au moins plus divertissants que nos antagonistes moins importants d'aujourd'hui. La mont&#233;e du cr&#233;ationnisme n'est que politique, purement et simplement ; elle repr&#233;sente un probl&#232;me (et nullement la pr&#233;occupation majeure), celui de la r&#233;surrection du droit &#233;vang&#233;lique. Les arguments, qui semblaient d&#233;j&#224; bizarres il y a &#224; peine une d&#233;cennie, sont revenus sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque fondamentale des cr&#233;ationnistes modernes s'effondre sous deux chefs g&#233;n&#233;raux d'accusation, avant m&#234;me que nous n'atteignions les d&#233;tails factuels suppos&#233;s de leur assaut contre l'&#233;volution. Premi&#232;rement, ils jouent sur une incompr&#233;hension vernaculaire du mot &#034;th&#233;orie&#034; pour donner la fausse impression que nous, les &#233;volutionnistes, dissimulons le c&#339;ur pourri de notre &#233;difice. Deuxi&#232;mement, ils utilisent &#224; mauvais escient une philosophie scientifique populaire pour affirmer qu'ils se comportent de mani&#232;re scientifique lorsqu'ils attaquent l'&#233;volution. Pourtant, la m&#234;me philosophie d&#233;montre que leur propre conviction n'est pas la science et que le &#034;cr&#233;ationnisme scientifique&#034; est une expression d&#233;nu&#233;e de sens et contradictoire, &#224; l'exemple de ce que M. Orwell a appel&#233; la &#034;fausse nouvelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le langage am&#233;ricain, &#171; th&#233;orie &#187; signifie souvent &#171; fait imparfait &#187; - une partie d'une hi&#233;rarchie de confiance allant de la th&#233;orie &#224; l'hypoth&#232;se &#224; deviner. Ainsi, les cr&#233;ationnistes peuvent (et font) argumenter : l'&#233;volution n'est &#034;qu'une&#034; th&#233;orie et un d&#233;bat intense fait actuellement rage sur de nombreux aspects de la th&#233;orie. Si l'&#233;volution est moins qu'un fait et que les scientifiques ne peuvent m&#234;me pas se d&#233;cider sur la th&#233;orie, quelle confiance pouvons-nous avoir &#224; son &#233;gard ? En effet, le pr&#233;sident Reagan a repris cet argument devant un groupe &#233;vang&#233;lique de Dallas lorsqu'il a d&#233;clar&#233; (ce que j'esp&#232;re sinc&#232;rement n'&#234;tre qu'un discours de campagne) : &#034;C'est une th&#233;orie. C'est une th&#233;orie scientifique et ces derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; contest&#233;es dans le monde de la science, c'est-&#224;-dire que la communaut&#233; scientifique n'est pas aussi infaillible qu'elle &#233;tait autrefois. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, l'&#233;volution est une th&#233;orie. C'est aussi un fait. Et les faits et les th&#233;ories sont des choses diff&#233;rentes, pas des &#233;chelons dans une hi&#233;rarchie de certitude croissante. Les faits sont les donn&#233;es du monde. Les th&#233;ories sont des structures d'id&#233;es qui expliquent et interpr&#232;tent des faits. Les faits ne disparaissent pas lorsque les scientifiques d&#233;battent de th&#233;ories rivales pour les expliquer. La th&#233;orie de la gravitation d'Einstein a remplac&#233; celle de Newton, mais les pommes ne se sont pas suspendues dans les airs, en attendant le r&#233;sultat. Et les humains ont &#233;volu&#233; &#224; partir d'anc&#234;tres semblables, qu'ils l'aient fait par le m&#233;canisme propos&#233; par Darwin ou par un autre, qui reste &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, &#171; fait &#187; ne signifie pas &#171; certitude absolue &#187;. Les preuves finales de la logique et des math&#233;matiques d&#233;coulent d&#233;ductivement des pr&#233;misses d&#233;clar&#233;es et n'atteignent la certitude que parce qu'elles ne concernent pas le monde empirique. Les &#233;volutionnistes ne revendiquent pas la v&#233;rit&#233; perp&#233;tuelle, bien que les cr&#233;ationnistes le fassent souvent (et nous attaquent ensuite pour un style d'argument qu'ils pr&#233;f&#232;rent eux-m&#234;mes). En science, &#034;fait&#034; ne peut signifier que &#034;confirm&#233; &#224; un degr&#233; tel qu'il serait pervers de refuser l'assentiment provisoire&#034;. Je suppose que les pommes vont commencer &#224; pousser demain, mais cette possibilit&#233; ne m&#233;rite pas autant de temps que les cours de physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutionnistes ont &#233;t&#233; clairs au sujet de cette distinction entre fait et th&#233;orie d&#232;s le d&#233;but, ne serait-ce que parce que nous avons toujours reconnu &#224; quel point nous sommes loin de comprendre compl&#232;tement les m&#233;canismes (th&#233;orie) par lesquels l'&#233;volution (fait) s'est produite. Darwin a continuellement soulign&#233; la diff&#233;rence entre ses deux grandes r&#233;alisations distinctes : &#233;tablir le fait de l'&#233;volution et proposer une th&#233;orie - la s&#233;lection naturelle - pour expliquer le m&#233;canisme de l'&#233;volution. Il a &#233;crit dans La descendance de l'homme : &#171; J'avais deux objets distincts en vue ; premi&#232;rement, pour montrer que les esp&#232;ces n'avaient pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es s&#233;par&#233;ment, et deuxi&#232;mement, que la s&#233;lection naturelle avait &#233;t&#233; le principal agent de changement. . . . Par cons&#233;quent, si j'ai err&#233; en. . . ayant exag&#233;r&#233; le pouvoir de sa [s&#233;lection naturelle]. . . Comme je l'esp&#232;re, j'ai au moins rendu de bons services en aidant &#224; renverser le dogme des cr&#233;ations s&#233;par&#233;es. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Darwin a reconnu le caract&#232;re provisoire de la s&#233;lection naturelle tout en affirmant le fait de l'&#233;volution. Le d&#233;bat th&#233;orique fructueux initi&#233; par Darwin n'a jamais cess&#233;. &#192; partir des ann&#233;es 1940 jusqu'aux ann&#233;es 1960, la propre th&#233;orie de Darwin sur la s&#233;lection naturelle r&#233;alisa une h&#233;g&#233;monie temporaire qu'elle ne connut jamais de son vivant. Mais un d&#233;bat renouvel&#233; caract&#233;rise notre d&#233;cennie et, m&#234;me si aucun biologiste ne met en doute l'importance de la s&#233;lection naturelle, beaucoup doutent de son omnipr&#233;sence. En particulier, de nombreux &#233;volutionnistes affirment que des quantit&#233;s substantielles de changement g&#233;n&#233;tique peuvent ne pas &#234;tre soumises &#224; la s&#233;lection naturelle et se propager au hasard dans les populations. D'autres contestent le lien de Darwin entre la s&#233;lection naturelle et un changement graduel et imperceptible &#224; travers tous les degr&#233;s interm&#233;diaires ; ils soutiennent que la plupart des &#233;v&#233;nements &#233;volutifs peuvent survenir beaucoup plus rapidement que ne le pr&#233;voyait Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scientifiques consid&#232;rent les d&#233;bats sur des questions th&#233;oriques fondamentales comme un signe de sant&#233; intellectuelle et une source d'enthousiasme. La science est - et comment puis-je le dire autrement - le plus amusant des jeux d'id&#233;es int&#233;ressantes, l'examen de leurs implications et la reconnaissance du fait que des informations anciennes peuvent &#234;tre expliqu&#233;es de mani&#232;re &#233;tonnamment nouvelle. La th&#233;orie de l'&#233;volution profite maintenant de cette vigueur peu commune. Pourtant, au milieu de toute cette tourmente, aucun biologiste n'a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; douter du fait que l'&#233;volution ait eu lieu ; nous discutons comment cela s'est pass&#233;. Nous essayons tous d'expliquer la m&#234;me chose : l'arbre de descendance &#233;volutive reliant tous les organismes par des liens de g&#233;n&#233;alogie. Les cr&#233;ationnistes pervertissent et caricaturent ce d&#233;bat en n&#233;gligeant de mani&#232;re commode la conviction commune qui le sous-tend et en sugg&#233;rant &#224; tort que les &#233;volutionnistes doutent maintenant du ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me que nous avons du mal &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les cr&#233;ationnistes affirment que &#034;le dogme des cr&#233;ations s&#233;par&#233;es&#034;, comme l'avait d&#233;crit Darwin il y a un si&#232;cle, est une th&#233;orie scientifique m&#233;ritant l'&#233;galit&#233; avec l'&#233;volution des programmes de biologie au lyc&#233;e. Mais un point de vue populaire parmi les philosophes de la science contredit cet argument cr&#233;ationniste. Le philosophe Karl Popper a soutenu pendant des d&#233;cennies que le crit&#232;re principal de la science &#233;tait de prouver ou pas la fausset&#233; de ses th&#233;ories. Nous ne pouvons jamais prouver absolument, mais nous pouvons falsifier. Un ensemble d'id&#233;es qui ne peuvent pas, en principe, &#234;tre falsifi&#233;es n'est pas de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble du programme cr&#233;ationniste ne comporte gu&#232;re plus qu'une tentative rh&#233;torique de falsifier l'&#233;volution en pr&#233;sentant des contradictions suppos&#233;es parmi ses partisans. Leur type de cr&#233;ationnisme, pr&#233;tendent-ils, est &#034;scientifique&#034; car il suit le mod&#232;le popp&#233;rien en essayant de d&#233;molir l'&#233;volution. Pourtant, l'argumentation de Popper doit s'appliquer dans les deux sens. On ne devient pas scientifique du simple fait d'essayer de falsifier un syst&#232;me concurrent et v&#233;ritablement scientifique ; il faut pr&#233;senter un syst&#232;me alternatif qui r&#233;ponde &#233;galement au crit&#232;re de Popper - il doit &#233;galement &#234;tre falsifiable en principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;cr&#233;ationnisme scientifique&#034; est une expression contradictoire et absurde, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne peut &#234;tre falsifi&#233;e. Je peux envisager des observations et des exp&#233;riences qui r&#233;futeraient toute th&#233;orie de l'&#233;volution que je connaisse, mais je ne peux pas imaginer quelles donn&#233;es potentielles pourraient amener les cr&#233;ationnistes &#224; abandonner leurs croyances. Les syst&#232;mes imbattables sont un dogme et non une science. De peur que je paraisse dur ou rh&#233;torique, je cite le principal intellectuel du cr&#233;ationnisme, Duane Gish, Ph.D. de son livre r&#233;cent (1978), Evolution ? Les fossiles disent non ! &#034;Par cr&#233;ation, nous entendons la cr&#233;ation par un Cr&#233;ateur surnaturel des esp&#232;ces de base de plantes et d'animaux par le processus de cr&#233;ation soudaine ou fiat. Nous ne savons pas comment le Cr&#233;ateur a cr&#233;&#233;, quel processus il a utilis&#233;, car il a utilis&#233; des processus C'est pourquoi nous nous r&#233;f&#233;rons &#224; la cr&#233;ation en tant que cr&#233;ation sp&#233;ciale. Nous ne pouvons rien d&#233;couvrir des recherches scientifiques sur les processus de cr&#233;ation employ&#233;s par le Cr&#233;ateur. &#034; Docteur Gish, je vous en prie, &#224; la lumi&#232;re de votre derni&#232;re phrase, qu'est donc le cr&#233;ationnisme scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre confiance que l'&#233;volution a eu lieu repose sur trois arguments g&#233;n&#233;raux. Premi&#232;rement, nous disposons de nombreuses preuves d'observation, observ&#233;es par l'observation, de l'&#233;volution en action, &#224; la fois sur le terrain et en laboratoire. Ces preuves vont d'innombrables exp&#233;riences sur le changement dans presque tout ce qui concerne les mouches des fruits soumises &#224; une s&#233;lection artificielle en laboratoire aux fameuses populations de papillons de nuit britanniques qui sont devenues noires lorsque la suie industrielle a assombri les arbres sur lesquels reposent les papillons de nuit. (Les papillons acqui&#232;rent une protection contre les pr&#233;dateurs d'oiseaux perspicaces en se fondant dans le d&#233;cor.) Les cr&#233;ationnistes ne nient pas ces observations. comment pourraient-ils ? Les cr&#233;ationnistes ont resserr&#233; leur loi. Ils soutiennent maintenant que Dieu n'a cr&#233;&#233; que &#034;des types de base&#034; et a permis des m&#233;andres d'&#233;volution limit&#233;s en eux. Ainsi, les caniches jouets et les grands Danois appartiennent au genre de chien et les papillons de nuit peuvent changer de couleur, mais la nature ne peut pas convertir un chien en chat ou un singe en homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deuxi&#232;me et troisi&#232;me arguments en faveur de l'&#233;volution - l'argument en faveur de changements majeurs - n'impliquent pas l'observation directe de l'&#233;volution en action. Ils reposent sur des inf&#233;rences, mais ne sont pas moins s&#251;rs pour cette raison. Un changement &#233;volutif majeur n&#233;cessite trop de temps pour l'observation directe &#224; l'&#233;chelle de l'histoire humaine enregistr&#233;e. Toutes les sciences historiques reposent sur l'inf&#233;rence et l'&#233;volution n'est pas diff&#233;rente de la g&#233;ologie, de la cosmologie ou de l'histoire humaine &#224; cet &#233;gard. En principe, nous ne pouvons pas observer les processus qui ont fonctionn&#233; dans le pass&#233;. Nous devons les d&#233;duire des r&#233;sultats qui nous entourent encore : organismes vivants et fossiles pour l'&#233;volution, documents et artefacts pour l'histoire humaine, strates et topographie pour la g&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me argument - que l'imperfection de la nature r&#233;v&#232;le l'&#233;volution - frappe beaucoup d'individus avec ironie, car ils estiment que l'&#233;volution devrait &#234;tre pr&#233;sent&#233;e avec le plus grand &#233;l&#233;gance dans l'adaptation presque parfaite exprim&#233;e par certains organismes - le cambrage de l'aile d'un go&#233;land ou des papillons qui ne peuvent &#234;tre vu dans la liti&#232;re au sol parce qu'ils imitent les feuilles si pr&#233;cis&#233;ment. Mais la perfection peut &#234;tre impos&#233;e par un cr&#233;ateur avis&#233; ou &#233;volu&#233;e par s&#233;lection naturelle. La perfection recouvre les traces de l'histoire pass&#233;e. Et l'histoire pass&#233;e - l'&#233;vidence de la descendance - est la marque de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution r&#233;side dans les imperfections qui enregistrent une histoire de descendance. Pourquoi un rat qui court, une mouche ou une chauve-souris qui vole, un marsouin qui nage, et moi qui tape cet essai avons nous des structures construites avec les m&#234;mes os, sinon que nous ne les avons tous h&#233;rit&#233;s d'un anc&#234;tre commun ? Un ing&#233;nieur, partant de z&#233;ro, pourrait concevoir de meilleurs membres dans chaque cas. Pourquoi tous les grands mammif&#232;res indig&#232;nes d'Australie devraient-ils &#234;tre des marsupiaux, &#224; moins qu'ils ne descendent d'un anc&#234;tre commun isol&#233; sur ce continent insulaire ? Les marsupiaux ne sont pas &#034;meilleurs&#034; ni id&#233;aux pour l'Australie ; beaucoup ont &#233;t&#233; extermin&#233;s par des mammif&#232;res placentaires import&#233;s par l'homme d'autres continents. Ce principe d'imperfection s'&#233;tend &#224; toutes les sciences historiques. Lorsque nous reconnaissons l'&#233;tymologie de septembre, octobre, novembre et d&#233;cembre (septi&#232;me, huiti&#232;me, neuvi&#232;me et dixi&#232;me mois), nous savons que l'ann&#233;e a commenc&#233; en mars ou que deux mois suppl&#233;mentaires doivent avoir &#233;t&#233; ajout&#233;s &#224; un calendrier original de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me argument est plus direct : les transitions se trouvent souvent dans les archives fossiles. Les transitions conserv&#233;es ne sont pas courantes - et ne devraient pas l'&#234;tre, selon notre compr&#233;hension de l'&#233;volution (voir section suivante), mais elles ne manquent pas totalement, comme le pr&#233;tendent souvent les cr&#233;ationnistes. La m&#226;choire inf&#233;rieure des reptiles contient plusieurs os, celle des mammif&#232;res un seul. Les m&#226;choires de non-mammif&#232;res sont r&#233;duites, &#233;tape par &#233;tape, chez les anc&#234;tres mammif&#232;res jusqu'&#224; ce qu'elles deviennent de minuscules fragments situ&#233;es &#224; l'arri&#232;re de la m&#226;choire. Les os &#034;marteau&#034; et &#034;enclume&#034; de l'oreille de mammif&#232;re sont les descendants de ces fragments. Comment une telle transition pourrait-elle &#234;tre accomplie ? se demandent les cr&#233;ationnistes. S&#251;rement un os est soit enti&#232;rement dans la m&#226;choire soit enti&#232;rement dans l'oreille. Pourtant, les pal&#233;ontologues ont d&#233;couvert deux lign&#233;es de transition de th&#233;rapsides (les soi-disant reptiles ressemblant &#224; des mammif&#232;res) avec une double articulation de la m&#226;choire - l'une compos&#233;e de vieux os quadratiques et articulaires (qui deviendront bient&#244;t le marteau et l'enclume), l'autre des os &#171; squamosal &#187; et &#171; dentaire &#187; (comme chez les mammif&#232;res modernes). &#192; ce propos, quelle meilleure forme de transition pourrions-nous esp&#233;rer trouver que le plus vieil homme, Australopithecus afarensis, avec son palais ressemblant &#224; celui de l'autre, sa position humaine dress&#233;e et une capacit&#233; cr&#226;nienne plus grande que celle de tout singe de m&#234;me taille, mais de 1 000 centim&#232;tres cubes en dessous de la n&#244;tre ? Si Dieu a cr&#233;&#233; chacune des demi-douzaines d'esp&#232;ces humaines d&#233;couvertes dans d'anciennes roches, pourquoi a-t-il cr&#233;&#233; une s&#233;quence temporelle ininterrompue de caract&#233;ristiques de plus en plus modernes - capacit&#233; cr&#226;nienne croissante, visage et dents r&#233;duits, corps plus grand ? L'a-t-il cr&#233;&#233; pour imiter l'&#233;volution et tester ainsi notre foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces faits d'&#233;volution et &#224; la faillite philosophique de leur propre position, les cr&#233;ationnistes s'appuient sur la distorsion et les insinuations pour &#233;tayer leurs pr&#233;tentions rh&#233;toriques. Si je parais tranchant ou amer, je le suis, car je suis devenu une cible majeure de ces pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me compte parmi les &#233;volutionnistes qui plaident pour un rythme de changement saccad&#233; ou &#233;pisodique plut&#244;t que progressif. En 1972, mon coll&#232;gue Niles Eldredge et moi avons d&#233;velopp&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233;. Nous avons fait valoir que deux faits saillants des archives fossiles - l'origine g&#233;ologique &#034;soudaine&#034; de nouvelles esp&#232;ces et l'incapacit&#233; &#224; changer par la suite (stase) - refl&#232;tent les pr&#233;dictions de la th&#233;orie de l'&#233;volution, et non les imperfections des archives fossiles. Dans la plupart des th&#233;ories, les petites populations isol&#233;es sont la source de nouvelles esp&#232;ces et le processus de sp&#233;ciation prend des milliers ou des dizaines de milliers de ann&#233;es. Ce temps, aussi long par rapport &#224; nos vies, est une microseconde g&#233;ologique. Cela repr&#233;sente beaucoup moins de 1% de la dur&#233;e de vie moyenne d'une esp&#232;ce d'invert&#233;br&#233;s fossiles, soit plus de dix millions d'ann&#233;es. En revanche, les esp&#232;ces de grande taille, r&#233;pandues et bien &#233;tablies ne devraient pas beaucoup changer. Nous pensons que l'inertie des grandes populations explique la stase de la plupart des esp&#232;ces fossiles au cours de millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons propos&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; en grande partie pour fournir une explication diff&#233;rente des tendances omnipr&#233;sentes dans les archives fossiles. Nous avons fait valoir que les tendances ne peuvent &#234;tre attribu&#233;es &#224; une transformation progressive au sein de lignages, mais doivent d&#233;couler du succ&#232;s diff&#233;rent de certains types d'esp&#232;ces. Nous avons fait valoir qu'une tendance s'apparentait davantage &#224; monter un escalier (ponctu&#233; et stase) qu'&#224; enrouler un plan inclin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que nous avons propos&#233; des &#233;quilibres ponctu&#233;s pour expliquer les tendances, il est exasp&#233;rant d'&#234;tre cit&#233; &#224; maintes reprises par les cr&#233;ationnistes - que ce soit par ma conception ou par leur stupidit&#233; - car je reconnais que les fossiles ne comprennent aucune forme transitoire. Les formes de transition font g&#233;n&#233;ralement d&#233;faut au niveau des esp&#232;ces, mais elles sont abondantes entre les grands groupes. Pourtant, un pamphlet intitul&#233; &#034;Les scientifiques de Harvard sont d'avis que l'&#233;volution est un canular&#034; d&#233;clare : &#034;Les faits d'&#233;quilibre ponctu&#233; que Gould et Eldredge&#8230; forcent les darwinistes &#224; avaler le tableau sur lequel Bryan a insist&#233; et que Dieu nous a r&#233;v&#233;l&#233; dans la Bible. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant la distorsion, plusieurs cr&#233;ationnistes ont assimil&#233; la th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; &#224; une caricature des croyances de Richard Goldschmidt, un grand g&#233;n&#233;ticien. Goldschmidt a expliqu&#233;, dans un livre c&#233;l&#232;bre publi&#233; en 1940, que de nouveaux groupes peuvent na&#238;tre en m&#234;me temps par le biais de mutations majeures. Il a qualifi&#233; ces cr&#233;atures subitement transform&#233;es de &#034;monstres pleins d'espoir&#034;. (Je suis attir&#233; par certains aspects de la version non caricatur&#233;e, mais la th&#233;orie de Goldschmidt n'a toujours rien &#224; voir avec l'&#233;quilibre ponctu&#233; - voir les essais de la section 3 et mon essai explicite sur Goldschmidt dans The Pandas Thumb.) la th&#233;orie des monstres &#224; l'&#233;quilibre &#233;quilibr&#233;e &#034;et dit &#224; ses lecteurs optimistes que&#034; cela &#233;quivaut &#224; un aveu tacite selon lequel les anti-&#233;volutionnistes ont raison d'affirmer qu'il n'y a aucune preuve fossile &#224; l'appui de la th&#233;orie selon laquelle toute vie est li&#233;e &#224; un anc&#234;tre commun &#034;. Duane Gish &#233;crit : &#034;Selon Goldschmidt, et maintenant apparemment selon Gould, un reptile a pondu un oeuf &#224; partir duquel le premier oiseau, les plumes et tout le reste, ont &#233;t&#233; produits&#034;. Tous les &#233;volutionnistes qui croyaient que de telles absurdit&#233;s seraient &#224; juste titre ridiculis&#233;s du stade intellectuel ; Pourtant, la seule th&#233;orie qui puisse jamais envisager un tel sc&#233;nario pour l'origine des oiseaux est le cr&#233;ationnisme - Dieu agissant dans l'&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#224; la fois f&#226;ch&#233; et amus&#233; par les cr&#233;ationnistes ; mais surtout je suis profond&#233;ment triste. Triste pour plusieurs raisons. Triste parce que beaucoup de gens qui r&#233;pondent aux appels cr&#233;ationnistes sont troubl&#233;s pour la bonne raison, mais ils expriment leur col&#232;re contre la mauvaise cible. Il est vrai que les scientifiques ont souvent &#233;t&#233; dogmatiques et &#233;litistes. Il est vrai que nous avons souvent laiss&#233; l'image publicitaire &#224; rev&#234;tement blanc nous repr&#233;senter : &#034;Les scientifiques disent que la marque X gu&#233;rit les oignons dix fois plus vite que ...&#034; Nous ne l'avons pas combattue de mani&#232;re ad&#233;quate car nous tirons des b&#233;n&#233;fices de notre apparition en tant que nouveau sacerdoce. Il est &#233;galement vrai que le pouvoir d'&#201;tat sans visage et bureaucratique s'impose de plus en plus dans nos vies et supprime les choix qui devraient appartenir aux individus et aux communaut&#233;s. Je peux comprendre que les programmes scolaires, impos&#233;s d'en haut et sans intervention locale, puissent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une insulte de plus pour tous ces motifs. Mais le coupable n'est ni ne peut &#234;tre l'&#233;volution ou tout autre fait du monde naturel. Identifiez et combattez nos ennemis l&#233;gitimes par tous les moyens, mais nous ne sommes pas parmi eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis triste parce que le r&#233;sultat concret de ce brouhaha ne sera pas &#233;tendu &#224; la cr&#233;ation (ce qui me rendrait triste &#233;galement), mais &#224; la r&#233;duction ou &#224; l'excision de l'&#233;volution des programmes d'&#233;tudes secondaires. L'&#233;volution est l'une des douze &#171; grandes id&#233;es &#187; d&#233;velopp&#233;es par la science. Il aborde les questions profondes de la g&#233;n&#233;alogie qui nous fascinent tous - le ph&#233;nom&#232;ne des &#034;racines&#034; au sens large. D'o&#249; sommes-nous venus ? O&#249; est n&#233;e la vie ? Comment s'est-il d&#233;velopp&#233; ? Quel est le lien entre les organismes ? Cela nous oblige &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; nous &#233;merveiller. Devons-nous priver des millions de ces connaissances et enseigner une fois de plus la biologie comme un ensemble de faits sombres et sans lien entre eux, sans le fil qui relie une mati&#232;re diverse &#224; une unit&#233; souple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, je suis attrist&#233; par une tendance que je commence &#224; peine &#224; discerner parmi mes coll&#232;gues. Je sens que certains souhaitent maintenant mettre un terme au d&#233;bat sain sur la th&#233;orie qui a donn&#233; une nouvelle vie &#224; la biologie de l'&#233;volution. Il fournit de l'eau aux moulins cr&#233;ationnistes, disent-ils, m&#234;me si ce n'est que par distorsion. Peut-&#234;tre devrions-nous nous coucher bas et nous rassembler autour du drapeau du darwinisme strict, du moins pour le moment - une sorte de religion d'antan de notre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous devrions emprunter une autre m&#233;taphore et reconna&#238;tre que nous aussi devons suivre un chemin rectiligne et &#233;troit, entour&#233; de routes menant &#224; la perdition. Car si nous commen&#231;ons &#224; r&#233;primer notre qu&#234;te de comprendre la nature, d'&#233;touffer notre propre enthousiasme intellectuel dans un effort malavis&#233; de pr&#233;senter un front uni l&#224; o&#249; il n'existe pas et ne devrait pas exister, alors nous sommes vraiment perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould, &#171; L'&#233;volution comme fait et th&#233;orie &#187;, Discover 2 (mai 1981) : 34-37 ; Reproduit ici avec la permission de Hen's Teeth et de Horse's Toes, New York : W.W. Norton &amp; Company, 1994, p. 253-262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould, Evolution as Fact and Theory&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Evolution as Fact and Theory&#8221;, by Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirtley Mather, who died last year at age ninety, was a pillar of both science and Christian religion in America and one of my dearest friends. The difference of a half-century in our ages evaporated before our common interests. The most curious thing we shared was a battle we each fought at the same age. For Kirtley had gone to Tennessee with Clarence Darrow to testify for evolution at the Scopes trial of 1925. When I think that we are enmeshed again in the same struggle for one of the best documented, most compelling and exciting concepts in all of science, I don't know whether to laugh or cry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;According to idealized principles of scientific discourse, the arousal of dormant issues should reflect fresh data that give renewed life to abandoned notions. Those outside the current debate may therefore be excused for suspecting that creationists have come up with something new, or that evolutionists have generated some serious internal trouble. But nothing has changed ; the creationists have presented not a single new fact or argument. Darrow and Bryan were at least more entertaining than we lesser antagonists today. The rise of creationism is politics, pure and simple ; it represents one issue (and by no means the major concern) of the resurgent evangelical right. Arguments that seemed kooky just a decade ago have reentered the mainstream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The basic attack of modern creationists falls apart on two general counts before we even reach the supposed factual details of their assault against evolution. First, they play upon a vernacular misunderstanding of the word &#034;theory&#034; to convey the false impression that we evolutionists are covering up the rotten core of our edifice. Second, they misuse a popular philosophy of science to argue that they are behaving scientifically in attacking evolution. Yet the same philosophy demonstrates that their own belief is not science, and that &#034;scientific creationism&#034; is a meaningless and self-contradictory phrase, an example of what Orwell called &#034;newspeak.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the American vernacular, &#034;theory&#034; often means &#034;imperfect fact&#034;&#8212;part of a hierarchy of confidence running downhill from fact to theory to hypothesis to guess. Thus creationists can (and do) argue : evolution is &#034;only&#034; a theory, and intense debate now rages about many aspects of the theory. If evolution is less than a fact, and scientists can't even make up their minds about the theory, then what confidence can we have in it ? Indeed, President Reagan echoed this argument before an evangelical group in Dallas when he said (in what I devoutly hope was campaign rhetoric) : &#034;Well, it is a theory. It is a scientific theory only, and it has in recent years been challenged in the world of science&#8212;that is, not believed in the scientific community to be as infallible as it once was.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Well, evolution is a theory. It is also a fact. And facts and theories are different things, not rungs in a hierarchy of increasing certainty. Facts are the world's data. Theories are structures of ideas that explain and interpret facts. Facts do not go away when scientists debate rival theories to explain them. Einstein's theory of gravitation replaced Newton's, but apples did not suspend themselves in mid-air, pending the outcome. And humans evolved from apelike ancestors whether they did so by Darwin's proposed mechanism or by some other, yet to be discovered.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, &#8220;fact&#8221; does not mean &#034;absolute certainty.&#034; The final proofs of logic and mathematics flow deductively from stated premises and achieve certainty only because they are not about the empirical world. Evolutionists make no claim for perpetual truth, though creationists often do (and then attack us for a style of argument that they themselves favor). In science, &#034;fact&#034; can only mean &#034;confirmed to such a degree that it would be perverse to withhold provisional assent.&#034; I suppose that apples might start to rise tomorrow, but the possibility does not merit equal time in physics classrooms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evolutionists have been clear about this distinction between fact and theory from the very beginning, if only because we have always acknowledged how far we are from completely understanding the mechanisms (theory) by which evolution (fact) occurred. Darwin continually emphasized the difference between his two great and separate accomplishments : establishing the fact of evolution, and proposing a theory&#8212;natural selection&#8212;to explain the mechanism of evolution. He wrote in The Descent of Man : &#8220;I had two distinct objects in view ; firstly, to show that species had not been separately created, and secondly, that natural selection had been the chief agent of change. . . . Hence if I have erred in . . . having exaggerated its [natural selection's] power . . . I have at least, as I hope, done good service in aiding to overthrow the dogma of separate creations.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus Darwin acknowledged the provisional nature of natural selection while affirming the fact of evolution. The fruitful theoretical debate that Darwin initiated has never ceased. From the 1940s through the 1960s, Darwin's own theory of natural selection did achieve a temporary hegemony that it never enjoyed in his lifetime. But renewed debate characterizes our decade, and, while no biologist questions the importance of natural selection, many doubt its ubiquity. In particular, many evolutionists argue that substantial amounts of genetic change may not be subject to natural selection and may spread through the populations at random. Others are challenging Darwin's linking of natural selection with gradual, imperceptible change through all intermediary degrees ; they are arguing that most evolutionary events may occur far more rapidly than Darwin envisioned.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scientists regard debates on fundamental issues of theory as a sign of intellectual health and a source of excitement. Science is&#8212;and how else can I say it ?&#8212;most fun when it plays with interesting ideas, examines their implications, and recognizes that old information might be explained in surprisingly new ways. Evolutionary theory is now enjoying this uncommon vigor. Yet amidst all this turmoil no biologist has been lead to doubt the fact that evolution occurred ; we are debating how it happened. We are all trying to explain the same thing : the tree of evolutionary descent linking all organisms by ties of genealogy. Creationists pervert and caricature this debate by conveniently neglecting the common conviction that underlies it, and by falsely suggesting that evolutionists now doubt the very phenomenon we are struggling to understand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secondly, creationists claim that &#034;the dogma of separate creations,&#034; as Darwin characterized it a century ago, is a scientific theory meriting equal time with evolution in high school biology curricula. But a popular viewpoint among philosophers of science belies this creationist argument. Philosopher Karl Popper has argued for decades that the primary criterion of science is the falsifiability of its theories. We can never prove absolutely, but we can falsify. A set of ideas that cannot, in principle, be falsified is not science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The entire creationist program includes little more than a rhetorical attempt to falsify evolution by presenting supposed contradictions among its supporters. Their brand of creationism, they claim, is &#034;scientific&#034; because it follows the Popperian model in trying to demolish evolution. Yet Popper's argument must apply in both directions. One does not become a scientist by the simple act of trying to falsify a rival and truly scientific system ; one has to present an alternative system that also meets Popper's criterion &#8212; it too must be falsifiable in principle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Scientific creationism&#034; is a self-contradictory, nonsense phrase precisely because it cannot be falsified. I can envision observations and experiments that would disprove any evolutionary theory I know, but I cannot imagine what potential data could lead creationists to abandon their beliefs. Unbeatable systems are dogma, not science. Lest I seem harsh or rhetorical, I quote creationism's leading intellectual, Duane Gish, Ph.D. from his recent (1978) book, Evolution ? The Fossils Say No ! &#034;By creation we mean the bringing into being by a supernatural Creator of the basic kinds of plants and animals by the process of sudden, or fiat, creation. We do not know how the Creator created, what process He used, for He used processes which are not now operating anywhere in the natural universe [Gish's italics]. This is why we refer to creation as special creation. We cannot discover by scientific investigations anything about the creative processes used by the Creator.&#034; Pray tell, Dr. Gish, in the light of your last sentence, what then is scientific creationism ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Our confidence that evolution occurred centers upon three general arguments. First, we have abundant, direct, observational evidence of evolution in action, from both the field and laboratory. This evidence ranges from countless experiments on change in nearly everything about fruit flies subjected to artificial selection in the laboratory to the famous populations of British moths that became black when industrial soot darkened the trees upon which the moths rest. (Moths gain protection from sharp-sighted bird predators by blending into the background.) Creationists do not deny these observations ; how could they ? Creationists have tightened their act. They now argue that God only created &#034;basic kinds,&#034; and allowed for limited evolutionary meandering within them. Thus toy poodles and Great Danes come from the dog kind and moths can change color, but nature cannot convert a dog to a cat or a monkey to a man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second and third arguments for evolution&#8212;the case for major changes&#8212;do not involve direct observation of evolution in action. They rest upon inference, but are no less secure for that reason. Major evolutionary change requires too much time for direct observation on the scale of recorded human history. All historical sciences rest upon inference, and evolution is no different from geology, cosmology, or human history in this respect. In principle, we cannot observe processes that operated in the past. We must infer them from results that still surround us : living and fossil organisms for evolution, documents and artifacts for human history, strata and topography for geology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second argument&#8212;that the imperfection of nature reveals evolution&#8212;strikes many people as ironic, for they feel that evolution should be most elegantly displayed in the nearly perfect adaptation expressed by some organisms&#8212;the camber of a gull's wing, or butterflies that cannot be seen in ground litter because they mimic leaves so precisely. But perfection could be imposed by a wise creator or evolved by natural selection. Perfection covers the tracks of past history. And past history&#8212;the evidence of descent&#8212;is the mark of evolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evolution lies exposed in the imperfections that record a history of descent. Why should a rat run, a bat fly, a porpoise swim, and I type this essay with structures built of the same bones unless we all inherited them from a common ancestor ? An engineer, starting from scratch, could design better limbs in each case. Why should all the large native mammals of Australia be marsupials, unless they descended from a common ancestor isolated on this island continent ? Marsupials are not &#034;better,&#034; or ideally suited for Australia ; many have been wiped out by placental mammals imported by man from other continents. This principle of imperfection extends to all historical sciences. When we recognize the etymology of September, October, November, and December (seventh, eighth, ninth, and tenth), we know that the year once started in March, or that two additional months must have been added to an original calendar of ten months.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The third argument is more direct : transitions are often found in the fossil record. Preserved transitions are not common&#8212;and should not be, according to our understanding of evolution (see next section) but they are not entirely wanting, as creationists often claim. The lower jaw of reptiles contains several bones, that of mammals only one. The non-mammalian jawbones are reduced, step by step, in mammalian ancestors until they become tiny nubbins located at the back of the jaw. The &#034;hammer&#034; and &#034;anvil&#034; bones of the mammalian ear are descendants of these nubbins. How could such a transition be accomplished ? the creationists ask. Surely a bone is either entirely in the jaw or in the ear. Yet paleontologists have discovered two transitional lineages of therapsids (the so-called mammal-like reptiles) with a double jaw joint&#8212;one composed of the old quadrate and articular bones (soon to become the hammer and anvil), the other of the squamosal and dentary bones (as in modern mammals). For that matter, what better transitional form could we expect to find than the oldest human, Australopithecus afarensis, with its apelike palate, its human upright stance, and a cranial capacity larger than any ape's of the same body size but a full 1,000 cubic centimeters below ours ? If God made each of the half-dozen human species discovered in ancient rocks, why did he create in an unbroken temporal sequence of progressively more modern features&#8212;increasing cranial capacity, reduced face and teeth, larger body size ? Did he create to mimic evolution and test our faith thereby ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faced with these facts of evolution and the philosophical bankruptcy of their own position, creationists rely upon distortion and innuendo to buttress their rhetorical claim. If I sound sharp or bitter, indeed I am&#8212;for I have become a major target of these practices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I count myself among the evolutionists who argue for a jerky, or episodic, rather than a smoothly gradual, pace of change. In 1972 my colleague Niles Eldredge and I developed the theory of punctuated equilibrium. We argued that two outstanding facts of the fossil record&#8212;geologically &#034;sudden&#034; origin of new species and failure to change thereafter (stasis)&#8212;reflect the predictions of evolutionary theory, not the imperfections of the fossil record. In most theories, small isolated populations are the source of new species, and the process of speciation takes thousands or tens of thousands of years. This amount of time, so long when measured against our lives, is a geological microsecond. It represents much less than 1 per cent of the average life-span for a fossil invertebrate species&#8212;more than ten million years. Large, widespread, and well established species, on the other hand, are not expected to change very much. We believe that the inertia of large populations explains the stasis of most fossil species over millions of years.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We proposed the theory of punctuated equilibrium largely to provide a different explanation for pervasive trends in the fossil record. Trends, we argued, cannot be attributed to gradual transformation within lineages, but must arise from the different success of certain kinds of species. A trend, we argued, is more like climbing a flight of stairs (punctuated and stasis) than rolling up an inclined plane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since we proposed punctuated equilibria to explain trends, it is infuriating to be quoted again and again by creationists&#8212;whether through design or stupidity, I do not know&#8212;as admitting that the fossil record includes no transitional forms. Transitional forms are generally lacking at the species level, but they are abundant between larger groups. Yet a pamphlet entitled &#034;Harvard Scientists Agree Evolution Is a Hoax&#034; states : &#034;The facts of punctuated equilibrium which Gould and Eldredge&#8230;are forcing Darwinists to swallow fit the picture that Bryan insisted on, and which God has revealed to us in the Bible.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuing the distortion, several creationists have equated the theory of punctuated equilibrium with a caricature of the beliefs of Richard Goldschmidt, a great early geneticist. Goldschmidt argued, in a famous book published in 1940, that new groups can arise all at once through major mutations. He referred to these suddenly transformed creatures as &#034;hopeful monsters.&#034; (I am attracted to some aspects of the non-caricatured version, but Goldschmidt's theory still has nothing to do with punctuated equilibrium&#8212;see essays in section 3 and my explicit essay on Goldschmidt in The Pandas Thumb.) Creationist Luther Sunderland talks of the &#034;punctuated equilibrium hopeful monster theory&#034; and tells his hopeful readers that &#034;it amounts to tacit admission that anti-evolutionists are correct in asserting there is no fossil evidence supporting the theory that all life is connected to a common ancestor.&#034; Duane Gish writes, &#034;According to Goldschmidt, and now apparently according to Gould, a reptile laid an egg from which the first bird, feathers and all, was produced.&#034; Any evolutionists who believed such nonsense would rightly be laughed off the intellectual stage ; yet the only theory that could ever envision such a scenario for the origin of birds is creationism&#8212;with God acting in the egg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I am both angry at and amused by the creationists ; but mostly I am deeply sad. Sad for many reasons. Sad because so many people who respond to creationist appeals are troubled for the right reason, but venting their anger at the wrong target. It is true that scientists have often been dogmatic and elitist. It is true that we have often allowed the white-coated, advertising image to represent us&#8212;&#034;Scientists say that Brand X cures bunions ten times faster than&#8230;&#034; We have not fought it adequately because we derive benefits from appearing as a new priesthood. It is also true that faceless and bureaucratic state power intrudes more and more into our lives and removes choices that should belong to individuals and communities. I can understand that school curricula, imposed from above and without local input, might be seen as one more insult on all these grounds. But the culprit is not, and cannot be, evolution or any other fact of the natural world. Identify and fight our legitimate enemies by all means, but we are not among them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I am sad because the practical result of this brouhaha will not be expanded coverage to include creationism (that would also make me sad), but the reduction or excision of evolution from high school curricula. Evolution is one of the half dozen &#034;great ideas&#034; developed by science. It speaks to the profound issues of genealogy that fascinate all of us&#8212;the &#034;roots&#034; phenomenon writ large. Where did we come from ? Where did life arise ? How did it develop ? How are organisms related ? It forces us to think, ponder, and wonder. Shall we deprive millions of this knowledge and once again teach biology as a set of dull and unconnected facts, without the thread that weaves diverse material into a supple unity ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But most of all I am saddened by a trend I am just beginning to discern among my colleagues. I sense that some now wish to mute the healthy debate about theory that has brought new life to evolutionary biology. It provides grist for creationist mills, they say, even if only by distortion. Perhaps we should lie low and rally around the flag of strict Darwinism, at least for the moment&#8212;a kind of old-time religion on our part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But we should borrow another metaphor and recognize that we too have to tread a straight and narrow path, surrounded by roads to perdition. For if we ever begin to suppress our search to understand nature, to quench our own intellectual excitement in a misguided effort to present a united front where it does not and should not exist, then we are truly lost.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould, &#034;Evolution as Fact and Theory,&#034; Discover 2 (May 1981) : 34-37 ; Reprinted here with permission from Hen's Teeth and Horse's Toes, New York : W. W. Norton &amp; Company, 1994, pp. 253-262.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Expliquez-nous l'&#233;volution et le darwinisme, monsieur Stephen Jay Gould</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article3989</link>
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		<dc:date>2016-04-17T23:14:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretiens avec Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui est Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Claude Oliva - 1er octobre 1997 &lt;br class='autobr' /&gt;
Source &lt;br class='autobr' /&gt; Dans votre dernier ouvrage paru en France l'Eventail du vivant (&#233;ditions du Seuil, 1997), vous parlez du &#034; triomphe &#034; des bact&#233;ries. Pourquoi souligner le succ&#232;s d'un organisme aussi simple et inchang&#233; depuis la nuit des temps ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Stephen Jay Gould : Les bact&#233;ries n'ont pas beaucoup chang&#233; car elles ont tr&#232;s bien r&#233;ussi. Elles marchent tr&#232;s bien comme elles sont, pourquoi changer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entretiens avec Stephen Jay Gould&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.hominides.com/html/biographies/stephen_jay_gould.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui est Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude Oliva - 1er octobre 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://revolution-lente.coerrance.org/Stephen-Jay-Gould-l-eventail-du-vivant-et-le-mythe-du-progres.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre dernier ouvrage paru en France l'Eventail du vivant (&#233;ditions du Seuil, 1997), vous parlez du &#034; triomphe &#034; des bact&#233;ries. Pourquoi souligner le succ&#232;s d'un organisme aussi simple et inchang&#233; depuis la nuit des temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould : Les bact&#233;ries n'ont pas beaucoup chang&#233; car elles ont tr&#232;s bien r&#233;ussi. Elles marchent tr&#232;s bien comme elles sont, pourquoi changer ? C'est la mesure de leur succ&#232;s. Pour les pal&#233;ontologues, la r&#233;ussite dans l'histoire de la vie se mesure &#224; la dur&#233;e pendant les temps g&#233;ologiques, au nombre d'esp&#232;ces, aux milieux diff&#233;rents dans lequels un organisme peut vivre. Par tous ces crit&#232;res, les bact&#233;ries sont les reines de la vie ! Elles ont v&#233;cu pendant trois milliards et demi d'ann&#233;es, elles sont plus diversifi&#233;es biochimiquement que toutes les autres formes de vie. Sur un arbre phylog&#233;n&#233;tique de la vie, tous les animaux constituent une branche, les champignons une autre branche, les plantes une autre encore, mais tout le reste c'est les bact&#233;ries ! L'histoire de la vie, c'est l'histoire des bact&#233;ries. Il existe beaucoup d'animaux, de champignons et de plantes mais il s'agit de petits rameaux dans l'arbre de la vie. Les bact&#233;ries sont partout. Elles sont impossibles &#224; &#233;liminer. Avec un holocauste nucl&#233;aire, nous pourrions nous d&#233;truire ainsi que la plupart des esp&#232;ces de mammif&#232;res (au nombre de 4 000 seulement), de vert&#233;br&#233;s (40 000), d'insectes (de l'ordre du million, il s'agit des animaux les plus r&#233;ussis), mais les bact&#233;ries seront dominantes jusqu'&#224; la fin du soleil et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas paradoxal pour un &#233;volutionniste de mettre l'accent sur la conservation plut&#244;t que sur le changement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Non, c'est votre pr&#233;jug&#233; sur le sens de l'&#233;volution&#8230; Si vous d&#233;finissez l'&#233;volution comme la croissance de la complexit&#233;, bien s&#251;r. Mais cette d&#233;finition ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soutenez qu'il n'y a pas de tendance g&#233;n&#233;rale dans l'histoire de la vie vers plus de complexit&#233;. Mais vous ne donnez pas de d&#233;finition de la complexit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Une &#233;tude scientifique n&#233;cessite une d&#233;finition pr&#233;cise qui peut donner lieu &#224; des mesures. Pour la complexit&#233;, il y a plusieurs d&#233;finitions : le nombre de parties diff&#233;rentes, l'int&#233;gration des parties, la complexit&#233; de forme de chaque partie. Au travers de ces d&#233;finitions un peu diff&#233;rentes, nous avons en t&#234;te la m&#234;me id&#233;e : il y a des choses simples qui n'ont pas beaucoup de parties et on va vers des choses plus complexes&#8230; Notre objectif, pour &#233;tudier ce sujet de fa&#231;on scientifique, c'est de pr&#233;ciser ce que l'on veut dire par complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous semblez consid&#233;rer qu'on ne peut pas r&#233;soudre ce probl&#232;me de plus ou moins de complexit&#233; d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, et vous prenez appui sur des exemples locaux mais peut-on en tirer des conclusions g&#233;n&#233;rales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : J'utilise les concepts qui existent dans la litt&#233;rature scientifique et des &#233;tudes quantitatives, encore peu nombreuses, &#224; ce sujet. J'ai discut&#233;, par exemple, les travaux de Dan McShea sur la complexit&#233; &#224; travers les temps g&#233;ologiques des mammif&#232;res et aussi de Boyajian sur les ammonites et, dans les deux cas, il n'y a pas de tendance g&#233;n&#233;rale vers la complexit&#233;. Chacune de ces &#233;tudes fait appel &#224; une d&#233;finition de la complexit&#233;. Mais le probl&#232;me est r&#233;el : il n'y a pas une d&#233;finition que tout le monde accepte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle du vivant dans son ensemble et des temps g&#233;ologiques, vous expliquez que l'&#233;volution est un ph&#233;nom&#232;ne marginal. Nous serions toujours &#224; &#034; l'&#232;re des bact&#233;ries &#034;. Nous ne sommes pas le nombril du monde, vous en rajoutez certes, mais ce n'est pas vraiment une d&#233;couverte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Ce n'est pas une d&#233;couverte mais c'est un fait que la plupart des gens ne veulent pas accepter car il va &#224; l'encontre de nos espoirs et de nos traditions culturelles. C'est une implication du darwinisme : la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle n'est pas une th&#233;orie du progr&#232;s mais de l'adaptation au milieu local qui peut faire un organisme plus simple ou plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne croyez pas que cette vision que vous proposez de la place de l'Homme dans la nature est profond&#233;ment d&#233;moralisante ? D'accord, l'apparition de l'Homme est un ph&#233;nom&#232;ne improbable, sans doute unique, et non reproductible. Mais nous sommes l&#224;, nous voyons, nous appr&#233;hendons le r&#233;el &#224; notre mesure, &#224; partir de nous. Autrement dit, la vie est peut-&#234;tre quantitativement insignifiante &#224; l'&#233;chelle de l'univers, mais, pour nous, c'est hautement signifiant, c'est m&#234;me la seule chose qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Non, ma vision n'est pas d&#233;sesp&#233;rante. C'est l'inverse. On peut dire que nous sommes ici en partie par hasard. Si l'on red&#233;roulait le fil de l'histoire de la vie, la probabilit&#233; d'apparition de l'Homme serait vraiment tr&#232;s, tr&#232;s faible. Mais nous sommes ici, c'est magnifique, nous avons vaincu les probabilit&#233;s ! C'est un accident, mais nous sommes ici. Il faut faire le meilleur. Pour moi, c'est l'espoir, c'est une grande gloire cosmique (rires). C'est mon temp&#233;rament optimiste sans doute. Mais, m&#234;me en supposant que la vie aille vers plus de complexit&#233;, les pessimistes resteraient pessimistes et diraient sans doute : nous sommes ici, c'&#233;tait n&#233;cessaire et regardez, nous faisons des guerres, nous d&#233;truisons l'environnement&#8230; Je pr&#233;f&#232;re l'optimisme. C'est un accident si nous sommes ici et c'est magnifique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous critiquez une conception du monde dont vous attribuez l'origine &#224; Platon qui privil&#233;gie l'essence, la tendance g&#233;n&#233;rale, la valeur moyenne sens&#233;e repr&#233;senter un certain id&#233;al. Le r&#233;el, la vie en particulier, ne s'appr&#233;hende que dans la diversit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Pour un pal&#233;ontologue, la diversit&#233;, c'est &#224; la fois le nombre d'esp&#232;ces diff&#233;rentes et la diversit&#233; de leurs anatomies. S'il y avait seulement un million d'esp&#232;ces d'insectes et rien de plus, il y aurait moins de diversit&#233; qu'avec deux millions d'esp&#232;ces et des insectes, des plantes, des champignons, des bact&#233;ries, etc. C'est le nombre d'esp&#232;ces car chaque esp&#232;ce est une population s&#233;par&#233;e, une entit&#233; biologique. La moyenne ne veut rien dire. Qu'est-ce que la complexit&#233; moyenne de la vie quand nous avons des bact&#233;ries, des insectes et des hommes ? Il n'y a que la diversit&#233; de la vie. L'histoire de la vie, c'est &#034; l'&#233;ventail du vivant &#034; (en anglais &#034; the full house &#034;, la maison pleine, un terme du jeu de poker). Il vaut mieux traiter l'histoire de la vie comme l'histoire de sa diversit&#233; qui cro&#238;t - pas toujours car il y a aussi de grandes extinctions - qui cro&#238;t donc et qui baisse. Le sens de la vie, c'est la diversit&#233;, pas la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re les m&#233;canismes de l'&#233;volution, il y a la s&#233;lection naturelle dont vous avez contribu&#233; &#224; relativiser l'importance et puis il y a beaucoup d'autres m&#233;canismes, voire autant de m&#233;canismes que d'esp&#232;ces. L&#224; aussi, on pourrait dire, il n'y a pas de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale si ce n'est la diversit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : La s&#233;lection naturelle est le m&#233;canisme principal. Mais je ne pense pas qu'elle op&#232;re uniquement au niveau de l'organisme et du g&#232;ne. Darwin a voulu faire passer la s&#233;lection naturelle uniquement au niveau de l'organisme et &#224; l'heure actuelle les &#034; hyper-darwinistes &#034; comme Charles Dawkins postulent pour que la s&#233;lection s'exerce seulement au niveau du g&#232;ne. Je pense, pour ma part, qu'il y a s&#233;lection entre les esp&#232;ces, les groupes : tous les niveaux sont importants. Et il y a aussi d'autres m&#233;canismes. Comme la r&#233;ponse au hasard lors des &#233;pisodes d'extinctions massives : les adaptations caus&#233;es par la s&#233;lection naturelle en p&#233;riode &#034; normale &#034; ne servent &#224; rien quand un ast&#233;ro&#239;de plonge sur la Terre. On vit ou on meurt par hasard car les adaptations ont eu lieu pour d'autres raisons. Il y a beaucoup de m&#233;canismes mais le plus important est la s&#233;lection naturelle : &#224; cet &#233;gard, je me situe tout &#224; fait dans la tradition darwinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on sommaire, on peut distinguer chez Darwin deux volets. L'affirmation de l'&#233;volution, de changements des esp&#232;ces, une position que Darwin n'&#233;tait pas le seul &#224; d&#233;fendre, qui n'allait pas de soi au XIXe si&#232;cle et qui, aujourd'hui, est g&#233;n&#233;ralement admise. L'autre volet, votre champ de recherche, c'est les m&#233;canismes par lesquels s'op&#232;re cette &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Cette distinction est absolument n&#233;cessaire. Darwin a &#233;crit dans la Descendance de l'homme et dans d'autres ouvrages, qu'il tentait de faire deux choses tr&#232;s diff&#233;rentes. La premi&#232;re consistait &#224; d&#233;montrer le fait de l'&#233;volution et la deuxi&#232;me &#224; en trouver une explication. Tout le monde accepte l'&#233;volution des esp&#232;ces - sauf les cr&#233;ationnistes am&#233;ricains ! - mais il y a des d&#233;bats tr&#232;s int&#233;ressants au sujet des m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, comment expliquer la disparition des dinosaures, et la survie des mammif&#232;res lors de la derni&#232;re grande extinction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Il est maintenant pratiquement prouv&#233; qu'une grande m&#233;t&#233;orite ou ast&#233;ro&#239;de a frapp&#233; la Terre. Car non seulement les dinosaures sont morts mais &#224; peu pr&#232;s 50% des esp&#232;ces d'invert&#233;br&#233;s marins ont disparu aussi il y a 65 millions d'ann&#233;es ; c'&#233;tait une extinction g&#233;n&#233;rale, une des cinq grandes extinctions qui se sont d&#233;roul&#233;es pendant les 500 millions d'ann&#233;es qu'ont v&#233;cues les animaux multicellulaires. Pour autant, cette frappe d'ast&#233;ro&#239;de n'explique pas le m&#233;canisme en d&#233;tails. Quels en ont &#233;t&#233; les effets ? Un nuage de poussi&#232;res qui a plong&#233; la Terre dans l'obscurit&#233;, des mouvements oc&#233;aniques, des feux de for&#234;ts mondiaux ? Ces possibilit&#233;s offrent des sujets pour de grandes discussions, en tout cas la frappe d'ast&#233;ro&#239;de a d&#251; entamer le processus. C'est seulement pour cette extinction qu'a &#233;t&#233; mis en &#233;vidence ce m&#233;canisme, il n'y a pas eu de m&#233;t&#233;orites pour les quatre autres grandes extinctions, ce n'est pas un m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral des extinctions de masse. Cette grande extinction a donn&#233; aux mammif&#232;res la possibilit&#233; d'&#233;voluer. Les dinosaures ont domin&#233; la Terre pendant cent trente millions d'ann&#233;es o&#249; les mammif&#232;res existaient sous la forme de petits animaux. Pendant cent trente millions d'ann&#233;es, ils n'ont pas battu les dinosaures, ils &#233;taient subsidiaires. Mais quand les dinosaures ont disparu, les mammif&#232;res ont eu leur chance. Sans cela les dinosauriens seraient encore dominants et nous ne serions pas l&#224; pour en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous relativisez aussi le poids de la s&#233;lection naturelle en p&#233;riode &#034; normale &#034; dans l'&#233;volution des organismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Les anatomies complexes sont des adaptations tr&#232;s perfectionn&#233;es, l'oeil pour la vision, les pieds pour la marche, etc. Mais il se passe bien d'autres choses dans l'&#233;volution : le changement de fr&#233;quence des g&#232;nes par exemple ; un certain nombre de changements g&#233;n&#233;tiques sont neutres et ne passent donc pas par la s&#233;lection naturelle. Pourtant ces changements sont importants dans l'histoire de la vie. Le darwinien strict peut dire que ces changements n'affectent pas l'anatomie. C'est vrai, mais l'anatomie n'est pas le seul sujet d'&#233;volution. Les g&#232;nes sont importants, les esp&#232;ces sont importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous critiquez la notion d'adaptation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Les cr&#233;ationnistes avant Darwin disaient que Dieu a cr&#233;&#233; tous les &#234;tres : Dieu &#233;tant parfait, les organismes doivent l'&#234;tre aussi. Le mot adaptation &#233;tait utilis&#233; par les cr&#233;ationnistes et les darwiniens stricts sont presque comme &#231;a&#8230; Pas tout &#224; fait, chacun sait bien qu'il n'est pas vrai que absolument chaque d&#233;tail soit adapt&#233;&#8230; Beaucoup de structures anatomiques sont des legs de l'histoire et nos douleurs dorsales ne proviennent pas de l'adaptation mais plut&#244;t du fait que nous marchons sur deux pieds alors que nous sommes &#034; dessin&#233;s &#034; pour marcher sur quatre pattes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034; moteur &#034; de l'innovation serait plut&#244;t &#224; chercher du c&#244;t&#233; de la redondance, de l'ambivalence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Si chaque organisme &#233;tait absolument parfait, il ne serait pas possible de changer : l'organisme aurait besoin de chaque partie pour des fonctions sp&#233;cifiques et il n'y aurait pas de flexibilit&#233;. Avec la redondance de structures pas tr&#232;s bien dessin&#233;es, l'organisme garde en r&#233;serve la capacit&#233; de changer. J'aime bien cette id&#233;e de bricolage qu'a introduit Fran&#231;ois Jacob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est votre rapport &#224; Darwin aujourd'hui ? Vous semblez continuer &#224; dialoguer avec lui, &#224; vous inspirer profond&#233;ment de ses id&#233;es et, en m&#234;me temps, par bien des c&#244;t&#233;s vouloir le d&#233;passer. L'oeuvre de Darwin est-elle aujourd'hui encore source d'innovation ou s'agit-il d'histoire des id&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : L'oeuvre de Darwin est remarquable. Je ne peux pas imaginer d'autres livres qui, 150 ans apr&#232;s leur publication, soient aussi essentiels. Notre discussion le montre, comme tous les &#233;volutionnistes, je continue &#224; dialoguer avec Darwin. On ne dialogue pas de la m&#234;me fa&#231;on avec Rutherford, Lavoisier, Newton, etc. Mais la science doit changer par d&#233;finition. Si rien n'avait chang&#233; depuis la publication de l'Origine des esp&#232;ces en 1859 et si Darwin revenait aujourd'hui, il serait terriblement d&#233;&#231;u ! Si l'on lui disait : votre livre &#233;tait parfait, pas une ligne ne doit &#234;tre modifi&#233;e, il serait tr&#232;s d&#233;&#231;u ! A l'inverse, Darwin serait heureux de trouver que son principe de s&#233;lection naturelle est toujours important. Dans un article r&#233;cent du New York Review of Books, je discute le &#034; fondamentalisme darwinien &#034; de Dawkins et d'autres, que je consid&#232;re trop stricts dans leurs arguments pour l'adaptation. Je plaide pour le pluralisme des m&#233;canismes. Et j'ai re&#231;u beaucoup de lettres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous r&#233;futez une certaine id&#233;e du progr&#232;s qui en fait une tendance g&#233;n&#233;rale dans l'histoire de la vie. Cette conception longtemps dominante a &#233;t&#233; import&#233;e dans le champ scientifique par la soci&#233;t&#233; du XIXe si&#232;cle. A l'inverse, tirez-vous des le&#231;ons pour l'histoire humaine de l'histoire de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : L'histoire humaine suit des r&#232;gles diff&#233;rentes. L'&#233;volution biologique est un processus darwinien de s&#233;lection naturelle, ce n'est pas le cas de l'histoire des changements culturels. Pour la technologie, en particulier, il y a possibilit&#233; de progr&#232;s et de complexification. Mais cette possibilit&#233; existe justement &#224; cause des diff&#233;rences entre &#233;volution culturelle et &#233;volution biologique&#8230; L'&#233;volution des technologies est un processus lamarckien. C'est-&#224;-dire que nous pouvons inventer et enseigner nos inventions &#224; nos enfants et &#224; la g&#233;n&#233;ration prochaine. On peut accumuler les inventions. Une culture, un pays, un groupe peut faire une invention et tous les autres peuvent l'utiliser. Dans l'&#233;volution biologique, tous les lignages, toutes les esp&#232;ces sont absolument s&#233;par&#233;s. Si une esp&#232;ce &#233;volue de fa&#231;on favorable, les autres esp&#232;ces n'en b&#233;n&#233;ficieront pas. Dans l'&#233;volution, on ne peut dire &#224; l'avance ce qui va se passer. Quand une esp&#232;ce appara&#238;t, partiellement par hasard, elle peut avoir un grand effet sur l'histoire. On ne pouvait pas pr&#233;voir l'&#233;volution vers le cerveau humain mais, maintenant, nous sommes ici et l'effet sur la Terre est consid&#233;rable. Les premi&#232;res bact&#233;ries avec la photosynth&#232;se ont chang&#233; l'atmosph&#232;re de fa&#231;on tr&#232;s importante. M&#234;me s'il y a du hasard dans l'&#233;volution de chaque esp&#232;ce, une esp&#232;ce peut avoir une grande influence sur le milieu dans une certaine direction. Mais cette direction n'est ni progressive ni pr&#233;visible. En employant le terme &#034; hasard &#034;, je ne veux pas dire jeter des d&#233;s. Dans l'histoire de la vie, il s'agit plut&#244;t de contingence, de l'impossibilit&#233; de pr&#233;dire ce qui va se passer. Une fois l'histoire d&#233;roul&#233;e, nous pouvons l'expliquer : dans ce sens, il n'y a pas de hasard. Mais nous ne pouvons pas la pr&#233;dire car les possibilit&#233;s sont presque illimit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais maintenant m'adresser &#224; l'auteur de la Mal Mesure de l'homme. Apr&#232;s Jensen au d&#233;but des ann&#233;es 80, Herrnstein et Murray ont remis au go&#251;t du jour de vieilles lunes sur l'h&#233;r&#233;dit&#233; de l'intelligence justifiant les in&#233;galit&#233;s sociales. Quelles sont les raisons de ce perp&#233;tuel retour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : C'est une question politique : les ann&#233;es 80 et 90 sont, en Am&#233;rique, conservatrices. Au Congr&#232;s, nous avons M. Gringrich&#8230; Bill Clinton, suppos&#233; lib&#233;ral, n'est pas le lib&#233;ral que nous avons esp&#233;r&#233;&#8230; Cette p&#233;riode conservatrice a besoin de l'argument du d&#233;terminisme biologique selon lequel les diff&#233;rences, les in&#233;galit&#233;s sociales entre les races, les sexes, les classes sont n&#233;cessaires &#224; cause de la constitution m&#234;me des peuples. Malheureusement peut-&#234;tre, mais c'est ainsi et on ne peut rien y changer : voici l'argument conservateur. Donc les programmes sociaux, les d&#233;penses pour am&#233;liorer la condition des pauvres sont inutiles car les pauvres sont in&#233;vitables. C'est faux mais bien utile pour les positions conservatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre id&#233;e, l'opinion publique europ&#233;enne d&#233;couvre avec horreur que plusieurs pays, par ailleurs r&#233;put&#233;s pour leur mod&#232;le social comme la Su&#232;de, la Finlande, ont eu recours, des ann&#233;es trente jusqu'aux ann&#233;es soixante-dix, &#224; des pratiques eug&#233;nistes de st&#233;rilisation massive et forc&#233;e. Comment expliquer la coexistence d'une volont&#233; de progr&#232;s social, d'am&#233;lioration des conditions de vie avec la tentative d'&#233;liminer une partie de la population ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : C'est tr&#232;s int&#233;ressant. L'eug&#233;nisme n'est pas seulement un mouvement conservateur. Il y a toujours eu un eug&#233;nisme &#034; de droite &#034; et un eug&#233;nisme &#034; de gauche &#034;. A la fin du XIXe si&#232;cle, certains socialistes anglais &#233;taient eug&#233;nistes. Par exemple, Wallace, l'ami de Darwin, qui a aussi d&#233;couvert la s&#233;lection naturelle et &#233;tait un grand penseur de gauche. Avec l'eug&#233;nisme de droite, comme celui d'Hitler, il faut tuer les hommes de races, de religions que nous n'aimons pas. Avec l'eug&#233;nisme de gauche, il s'agit plut&#244;t de donner des avantages aux hommes jug&#233;s plus intelligents. Mais st&#233;riliser des personnes retard&#233;es mentales, c'est vraiment triste et j'ai &#233;t&#233; surpris d'apprendre que cela s'est pass&#233; si r&#233;cemment en Su&#232;de&#8230; Aux Etats-Unis, avant la Seconde Guerre mondiale, deux tiers des Etats avaient des lois de st&#233;rilisation forc&#233;e. La plupart de ces lois n'&#233;taient pas vraiment appliqu&#233;es. Mais 40 000 &#224; 60 000 st&#233;rilisations ont eu lieu, la plupart en Virginie et en Californie, jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 60, ce qui n'est pas si lointain non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre utile, toute observation doit &#234;tre faite pour ou contre une opinion &#034; a dit Charles Darwin. Vous ne faites pas myst&#232;re de vos engagements personnels, vos opinions, vos pr&#233;f&#233;rences. Vous ne croyez pas &#224; la neutralit&#233; du chercheur. Comment d&#233;finir alors l'objectivit&#233; scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : La neutralit&#233; est impossible pour l'esprit humain. L'objectivit&#233;, c'est plut&#244;t la capacit&#233; de changer d'avis quand les faits vous d&#233;montrent le contraire de ce que vous croyiez vrai. Il ne s'agit pas d'entrer dans un sujet sans opinion ni espoir. C'est une illusion de penser entrer dans une &#233;tude avec un esprit absolument ouvert : simplement vous ne vous rendez pas compte de vos pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous dites r&#233;volt&#233; par l'injustice qui consiste &#224; prendre sur soi, pour soi, des limites impos&#233;es en fait de l'ext&#233;rieur, par la soci&#233;t&#233;. C'est cet humanisme qui fait &#034; marcher &#034; Gould ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Il y a des limites injustes, qui ne sont pas n&#233;cessaires, qui sont impos&#233;es par les syst&#232;mes sociaux et on dit que ces limites sont impos&#233;es par la nature biologique. Nous ne vivons qu'une fois et si nous n'avons pas l'opportunit&#233; de faire ce que nous voulons, de suivre nos espoirs &#224; cause de limites impos&#233;es de l'ext&#233;rieur par le syst&#232;me social parce que nous sommes noir ou femme, c'est si injuste. Et si, en plus, on dit : c'est votre faute parce que vous &#234;tes inf&#233;rieur, c'est la plus grande des injustices. Malheureusement beaucoup de personnes acceptent ces jugements des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'on prenait les choses au positif, quelle est votre conception de l'individu, de sa place dans la soci&#233;t&#233;, de ses possibilit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. J. G. : Nous pouvons utiliser notre cerveau pour r&#233;aliser de bonnes choses. C'est une possibilit&#233;. M&#234;me avec mon temp&#233;rament optimiste, je ne peux pr&#233;voir ce que nous allons en faire et si nous vivrons tr&#232;s longtemps. Mais nous en avons la possibilit&#233; et c'est bien suffisant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des m&#233;canismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Langaney, professeur au Mus&#233;e de l'Homme, dans le num&#233;ro sp&#233;cial qu'a consacr&#233; la Recherche &#224; l'histoire de la vie (mars 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet initial de Huxley, Wallace et Darwin de d&#233;crire un m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral de l'origine des esp&#232;ces est bien plus hors de port&#233;e de la science qu'il ne le semblait au XIXe si&#232;cle. Il n'y a aucune g&#233;n&#233;ralit&#233; dans les m&#233;canismes d'isolement des esp&#232;ces (&#8230;) Presque toutes les combinaisons des m&#233;canismes connus ou suppos&#233;s d'isolement sont possibles, ainsi sans doute que de nombreuses autres, auxquelles on ne pensera jamais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il n'y a pas de sens de l'&#233;volution
&lt;p&gt;Propos recueillis par Olivier Postel-Vinay (1997)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/savoirs/autre/stephen-jay-gould-il-n-y-a-pas-sens-evolution-01-09-1997-89192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#233;l&#232;bre pal&#233;ontologue de Harvard a publi&#233; en 1996 un ouvrage qui aborde de front la question du progr&#232;s dans l'&#233;volution. Sa traduction en fran&#231;ais para&#238;t ce mois-ci (&#034;L'&#201;ventail du vivant&#034;, &#233;d. Le Seuil). Il nous a re&#231;us dans son appartement de New York. Stephen Jay Gould a publi&#233; r&#233;cemment un long article dans The New York Review of Books dans lequel il s'en prend &#224; ce qu'il appelle le &#171; fondamentalisme darwinien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Recherche : Vous abordez dans ce livre un paradoxe passablement stimulant : contrairement &#224; ce que nous pourrions croire, nous vivons encore &#224; l'&#232;re des bact&#233;ries...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould : Nous n'en sommes jamais sortis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Et en m&#234;me temps vous semblez pr&#234;t &#224; admettre que le cerveau de l'homme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : C'est une invention int&#233;ressante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Admettez-vous l'id&#233;e que c'est l'objet le plus complexe du monde biologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : L'un des plus complexes, mais pas davantage. Cela d&#233;pend de ce que l'on entend par &#171; complexe &#187;. D'un point de vue neurologique le cerveau humain est plus complexe qu'aucun autre, mais par exemple du point de vue de l'architecture des os du cr&#226;ne, on trouve plus compliqu&#233; chez d'autres mammif&#232;res, et plus compliqu&#233; encore chez les t&#233;l&#233;ostes*. Le mot &#171; complexit&#233; &#187; a plusieurs sens dans le langage courant, qui se contredisent les uns les autres. Si l'on veut mesurer empiriquement la complexit&#233;, la quantifier, il nous faut une d&#233;finition op&#233;rationnelle de la complexit&#233;. Il faut chaque fois d&#233;cider de ce dont on parle. Certains chercheurs l'ont fait, par exemple pour les ammonites. On a pu d&#233;montrer que pour un caract&#232;re essentiel, les ammonites ne sont pas devenues de plus en plus complexes avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Dans le m&#234;me esprit, vous refusez de souscrire &#224; l'id&#233;e que l'homme est l'&#234;tre le plus complexe de l'histoire du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Le fait que le cerveau humain soit l'objet neurologique le plus complexe de la plan&#232;te ne signifie pas que l'homme soit l'&#234;tre le plus complexe. Le cerveau n'est pas tout, il y a bien d'autres structures complexes. Il n'est pas juste d'adopter une vue de l'&#233;volution centr&#233;e sur le cerveau. Il n'existe pas de tendance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution vers des cerveaux plus grands. Il y a beaucoup plus d'esp&#232;ces de bact&#233;ries que d'animaux multicellulaires et plus de 80 % des esp&#232;ces de multicellulaires sont des insectes. Sur les quelque 4 000 esp&#232;ces de mammif&#232;res il n'y en a qu'une qui soit consciente d'elle-m&#234;me. On ne peut pas dire que l'accroissement de la complexit&#233; mentale caract&#233;rise l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous n'accepteriez pas l'id&#233;e que la complexit&#233; mentale est d'un autre ordre de grandeur que les autres formes de complexit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Vous confondez l'effet et la structure. L'effet de l'&#233;mergence de la conscience a &#233;t&#233; consid&#233;rable ; mais ce n'est pas une d&#233;finition de la complexit&#233;. La bombe atomique a eu un &#233;norme effet, ce n'est pas plus complexe que certains explosifs chimiques. L'invention de la conscience a eu plus d'impact peut-&#234;tre qu'aucune autre invention. Mais cela ne d&#233;finit aucunement la complexit&#233; de la structure de l'objet en question. Et par ailleurs, si l'on se place cette fois du point de vue de l'&#233;volution &#224; venir, on ne voit pas clairement vers quoi nous allons. Il est possible que nous n'existions plus dans deux cents ans, parce que nous nous serons ray&#233;s de la carte. L'humanit&#233; n'appara&#238;tra plus alors que comme une exp&#233;rience momentan&#233;e de l'histoire de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous prenez votre cas personnel pour d&#233;noncer une erreur commune consistant, pour analyser un syst&#232;me complexe, &#224; privil&#233;gier une valeur de r&#233;f&#233;rence qui n'a en r&#233;alit&#233; pas de raison de l'&#234;tre. Vous &#233;tiez atteint d'un cancer que la Facult&#233; jugeait incurable et qui &#233;tait affect&#233; d'une &#171; mortalit&#233; m&#233;diane de huit mois apr&#232;s le diagnostic &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : C'&#233;tait une nouvelle effroyable, mais moins si l'on r&#233;fl&#233;chissait un peu au sens du mot &#171; m&#233;dian &#187;. Cela signifiait certes que la moiti&#233; des patients mouraient dans les huit mois suivant le diagnostic, mais ne pr&#233;jugeait en rien de la forme de la courbe de distribution apr&#232;s les huit mois. De fait, je suis encore l&#224; seize ans plus tard... (fig. 1 page 112). L'exemple sert &#224; illustrer une profonde erreur philosophique. Les syst&#232;mes naturels manifestent une grande variation. M&#234;me au sein d'une esp&#232;ce unique, comme on le voit chez l'homme, on constate de grandes diff&#233;rences de poids, de taille, de couleur, etc. Or nous avons une tr&#232;s vieille habitude, quelque peu platonicienne, consistant &#224; abstraire des essences, des id&#233;alit&#233;s. Et nous avons la tentation, quand nous analysons des syst&#232;mes variables, de calculer des valeurs moyennes et de raisonner &#224; partir de ces valeurs moyennes. C'est une fa&#231;on d'&#233;tablir une mesure unique de l'id&#233;alit&#233; ainsi abstraite. C'est dangereux. Dans le cas de mon cancer, il &#233;tait clair qu'en se focalisant sur la moyenne on n&#233;gligeait les variations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commettons aussi souvent une erreur sym&#233;trique, consistant &#224; nous focaliser sur les extr&#234;mes, parce qu'ils nous fascinent : le plus gros ceci, le plus grand cela, etc. Par exemple le cerveau neurologiquement le plus complexe. Et l&#224; encore nous commettons l'erreur de retracer l'histoire du syst&#232;me en suivant l'&#233;volution dans le temps de la seule valeur retenue. Ce qui conduit &#224; des contre sens graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : D'o&#249; le titre de votre livre : Full House : il faut toujours consid&#233;rer ce que vous appelez la &#171; maison pleine &#187;, avec tous ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : L'exercice consistant &#224; prendre en compte tout l'&#233;ventail des variations nous oblige &#224; repenser la nature des tendances de l'&#233;volution et l'histoire des syst&#232;mes naturels. C'est parce que nous n'avons pas appliqu&#233; ce principe que nous en sommes venus &#224; ignorer le fait pourtant incontestable que nous sommes encore et sans doute pour toujours &#224; l'&#232;re des bact&#233;ries. Nous aimerions croire que l'histoire de la vie est celle d'une marche vers la complexit&#233;. C'est bien s&#251;r vrai en ce sens que les &#234;tres les plus complexes ont eu tendance &#224; se complexifier davantage : mais ce n'est pas l'histoire de la vie, c'est l'histoire des &#234;tres les plus complexes... Nous voudrions croire que l'aspect le plus fondamental de l'arbre de la vie est cette tendance &#224; la complexification, mais ce n'est pas le cas. Pour moi le trait le plus fondamental de l'arbre de la vie est la constance du mode bact&#233;rien. Mon livre n'est qu'un plaidoyer pour consid&#233;rer tout l'&#233;ventail de la variation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous pr&#233;sentez un autre exemple de courbe de distribution en trompe l'oeil, tir&#233; cette fois de l'histoire du base-ball. Vous essayez d'expliquer pourquoi dans les meilleures &#233;quipes la performance des meilleurs batteurs est moins bonne aujourd'hui qu'au d&#233;but du si&#232;cle, alors m&#234;me que la moyenne des performances du total des batteurs est rest&#233;e constante et que la performance moyenne des batteurs a progress&#233;. Pour des Fran&#231;ais, le sens de l'exemple est un peu difficile &#224; saisir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Dans la plupart des performances sportives qui sont mesurables, la mesure d&#233;signe une valeur absolue : on court le 100 m&#232;tres en un temps donn&#233;, etc. Tandis que la mesure de la performance d'un batteur au base-ball est en relation &#233;troite avec les performances des autres joueurs. Ce qui est int&#233;ressant c'est de comprendre qu'une moyenne peut conserver une valeur constante bien que le profil de la courbe de distribution change compl&#232;tement. Les gens qui se contentent de calculer la moyenne constatent qu'elle n'a pas chang&#233; et concluent &#224; tort que les performances n'ont pas progress&#233;, parce qu'ils ne regardent pas la forme de la courbe. Ils ne regardent pas comment la population totale des performances a &#233;volu&#233;, et ne voient pas qu'en fait la constance de la moyenne peut cacher le progr&#232;s des performances de chacun (fig. 3, page 112). En m&#234;me temps ce progr&#232;s collectif fait que la performance moyenne se rapproche des limites du possible. Dans les d&#233;buts du base-ball, quand la qualit&#233; moyenne du jeu &#233;tait m&#233;diocre, les tr&#232;s bons batteurs, ceux qui approchaient des limites du possible, pouvaient atteindre une moyenne de succ&#232;s impressionnante. Tandis qu'aujourd'hui o&#249; tout le monde est bon, la moyenne de succ&#232;s des meilleurs batteurs a baiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Dans le cas du base-ball, l'&#233;volution de la forme de la courbe de distribution r&#233;v&#232;le, contrairement aux apparences, l'existence d'une tendance g&#233;n&#233;rale au progr&#232;s, bord&#233;e &#224; droite de la courbe par un mur repr&#233;sentant les limites du possible. Dans le cas de l'histoire du vivant, la courbe est au contraire adoss&#233;e &#224; un mur &#224; gauche, repr&#233;sentant les cellules les plus primitives, mais l'&#233;volution de la courbe r&#233;v&#232;le bient&#244;t, selon vous, et contrairement aux apparences, l'absence d'une tendance g&#233;n&#233;rale au progr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : On ne peut parler du progr&#232;s comme d'une tendance forte de l'&#233;volution. Je ne nie pas que les cr&#233;atures les plus complexes soient devenues plus complexes au cours du temps. Mais ce n'est pas une indication que le syst&#232;me s'est &#233;loign&#233; d'une marche au hasard. Cela se serait produit de toute mani&#232;re dans n'importe quel syst&#232;me dirig&#233; par le hasard et d&#233;butant &#224; proximit&#233; d'une limite infranchissable &#224; gauche de la courbe de distribution. Je propose une analogie avec la marche de l'ivrogne qui sort d'un bar. Il se retrouve avec un mur &#224; gauche et le trottoir &#224; droite. A gauche il va heurter le mur, &#224; droite il va finir par tomber dans le caniveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : L'analogie de l'ivrogne ne nous dit rien sur l'&#233;mergence de la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Non, mais c'est une bonne analogie. L'ivrogne marche au hasard, et en raison du mur &#224; gauche le hasard le conduit immanquablement dans le caniveau. La seule raison de l'existence d'une directionnalit&#233; est ce mur &#224; gauche et la marche au hasard. L'histoire de la vie montre exactement la m&#234;me chose. Elle avance au hasard, avec ce mur &#224; gauche qui interdit &#224; un organisme vivant d'&#234;tre plus simple qu'un certain degr&#233; minimal de complexit&#233;, plus simple que des cellules sans noyau. Je ne dis pas qu'il ne se produit pas des &#233;v&#233;nements de complexification, je dis que si l'on regarde l'ensemble de l'histoire, l'ensemble des variations effectives, la maison au complet avec tous ses habitants, on ne d&#233;c&#232;le pas de pr&#233;f&#233;rence pour la complexit&#233;. Le fait que l'homme soit plus complexe que les trilobites, qui sont plus complexes que les algues, qui sont plus complexes que les bact&#233;ries, ce fait-l&#224;, que je ne nie pas, est mineur au regard de l'histoire du vivant prise dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous montrez d'ailleurs que l'&#233;volution se dirige souvent dans le sens d'une simplification des organismes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Sans doute m&#234;me aussi souvent que dans l'autre sens. Et peut-&#234;tre m&#234;me plus souvent... Si l'on consid&#232;re l'histoire d'organismes n&#233;s plus ou moins r&#233;cemment dans l'histoire de la vie, donc qui n'&#233;taient pas limit&#233;s par un mur &#224; gauche, on observe aussi bien des &#233;volutions vers moins de complexit&#233; que le contraire. C'est manifestement le cas de nombreux parasites, ceux qui vivent profond&#233;ment install&#233;s dans le corps de leur h&#244;te : ils n'ont besoin ni d'organes de locomotion ni d'organes de digestion. &lt;br class='autobr' /&gt;
L.R. : Votre d&#233;monstration de l'absence d'une tendance g&#233;n&#233;rale vers plus de complexit&#233; laisse compl&#232;tement ouverte la question de savoir pourquoi certains &#234;tres vivants ont &#233;volu&#233; vers plus de complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : C'est une question diff&#233;rente, que je ne traite pas. Je ne me sens pas expert en la mati&#232;re. Ce n'est pas un sujet que je comprends tr&#232;s bien. Mais bien s&#251;r il doit exister un m&#233;canisme par lequel a &#233;merg&#233; par exemple la multicellularit&#233;, et ainsi de suite. Mon propos est de d&#233;terminer si de tels m&#233;canismes s'inscrivent ou non dans une directionnalit&#233;, s'ils r&#233;pondent &#224; une n&#233;cessit&#233; - et la r&#233;ponse est non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Pour illustrer votre charge contre le mythe du progr&#232;s, vous donnez l'exemple du cheval. Contrairement &#224; ce que tout le monde croit, le cheval n'est pas le produit le plus r&#233;ussi d'une longue &#233;volution, c'est le dernier rejeton d'une r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : L'homme a pr&#233;serv&#233; pour son usage quelques esp&#232;ces de chevaux. Mais il faut l&#224; encore voir la maison pleine. Il y a deux grands groupes de mammif&#232;res ongul&#233;s, l'un s'est &#233;tiol&#233; apr&#232;s avoir domin&#233; et le cheval est un &#233;chec au sein de cet &#233;chec. Il se retrouve aux c&#244;t&#233;s de deux groupes seulement, tous deux menac&#233;s, les rhinoc&#233;ros et les tapirs. En Am&#233;rique du Nord il y a eu jusqu'&#224; vingt &#224; trente genres de chevaux vivant en m&#234;me temps (chaque genre comprenant plusieurs esp&#232;ces). Il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul genre : Equus , comprenant huit esp&#232;ces. Au contraire l'autre groupe d'ongul&#233;s, les artiodactyles, avec les antilopes, les vaches, les ch&#232;vres, etc., est l'un des grands succ&#232;s de l'histoire des mammif&#232;res. Le cheval appara&#238;t comme un vestige, une brindille vestigale de ce qui &#233;tait nagu&#232;re un gros buisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : La situation de l'homme est comparable &#224; celle du cheval ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Nous ne repr&#233;sentons plus qu'une esp&#232;ce. Voici quelques centaines de milliers d'ann&#233;es il existait une demi-douzaine d'esp&#232;ces d'&#234;tres humains. Voici seulement 30 000 ou 40 000 ans il en existait peut-&#234;tre encore trois, avec Neandertal en Europe et Homo erectus en Asie. Aujourd'hui nous nous d&#233;brouillons bien, nous sommes nombreux, mais nous sommes tout seuls...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Voulez-vous dire que le cheval et l'homme ont peut-&#234;tre, du point de vue de l'histoire du vivant, atteint une sorte de limite, de mur &#224; droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Je ne sais pas, mais quand toute une lign&#233;e r&#233;tr&#233;cit au point de ne laisser qu'une poign&#233;e d'esp&#232;ces, voire une seule, le danger d'extinction se rapproche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Nous avons la chance d'&#234;tre omnivores...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Mais je ne suis pas s&#251;r que ce soit une chance d'&#234;tre intelligents ! Notre intelligence pourrait nous tuer... Nous verrons bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : John Maynard Smith et d'autres voient dans l'apparition des soci&#233;t&#233;s la derni&#232;re transition majeure de l'&#233;volution dans le sens d'une complexit&#233; croissante. Vous ne partagez pas ce point de vue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Il faut rappeler que bien peu d'esp&#232;ces connaissent des soci&#233;t&#233;s organis&#233;es. Et la plupart d'entre elles, celles qui r&#233;ussissent le mieux en termes de nombre et de vari&#233;t&#233;, sont des arthropodes. L'esp&#232;ce humaine est certes tr&#232;s puissante actuellement, mais je ne parierais pas lourd sur le long terme. Et n'oublions pas que les bact&#233;ries, qui ne sont pas des &#234;tres sociaux, se d&#233;brouillent encore mieux que les arthropodes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Vous affirmez &#224; la fin de votre livre que le changement culturel lui aussi se heurte &#224; des limites &#224; droite de la courbe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Le changement culturel fonctionne tr&#232;s diff&#233;remment de l'&#233;volution biologique, puisqu'il est fond&#233; sur une h&#233;r&#233;dit&#233; lamarckienne. Un acquis peut &#234;tre enseign&#233; aux g&#233;n&#233;rations suivantes, ce qui n'est &#233;videmment pas le cas en g&#233;n&#233;tique. Le changement culturel suit des lois qui ne sont pas darwiniennes, et l'on a tort de parler d'&#233;volution culturelle, car cela introduit une confusion dans les concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.R. : Mais vous contestez aussi que l'id&#233;e d'une marche au progr&#232;s soit applicable au changement culturel. Vous n'en acceptez l'augure que pour les sciences et les techniques, pas pour le reste des activit&#233;s culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.J.G. : Cela me para&#238;t clair. Rien n'indique que Picasso repr&#233;sente un progr&#232;s par rapport aux artistes de la grotte Chauvet. Je ne pense pas que les capacit&#233;s de l'homme aient chang&#233; depuis 30 000 ans. Les techniques ont chang&#233;, mais nous sommes fondamentalement les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://jfduvalblog.blogspot.fr/2013/04/entretien-avec-stephen-jay-gould.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre entretien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ApSzUbeOqJY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Premier interview&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=m1l-Nawx1sU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deuxi&#232;me interview&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=stephen+jay+gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'autres interviews&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=stephen+jay+gould&amp;ie=utf-8&amp;oe=utf-8&amp;gws_rd=cr&amp;ei=kUzMVpAvgrNrvIeyiAQ#q=stephen+jay+gould&amp;tbm=vid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=stephen+jay+gould+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les id&#233;es de Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?tbm=bks&amp;q=stephen+jay+gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lectures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/evolution-stephen-j-gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://monthlyreview.org/2002/11/01/stephen-jay-gould/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stephen Jay Gould&#8212;What Does It Mean To Be a Radical ? by Richard C. Lewontin and Richard Levins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://courses.washington.edu/anth599/Evolution%20as%20Fact%20and%20Theory%20Gould%201981.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution as Facts and Theory by Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La th&#233;orie hi&#233;rarchique de l'&#233;volution de Stephen Jay Gould</title>
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		<dc:date>2016-04-02T00:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;La th&#233;orie hi&#233;rarchique de l'&#233;volution de Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
Stephen Jay Gould dans &#171; Les quatre antilopes de l'Apocalypse &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La th&#232;se centrale de Darwin stipule que la s&#233;lection naturelle porte sur des &#171; individus &#187; engag&#233;s dans une lutte (m&#233;taphorique et sans intention consciente, bien s&#251;r) en vue du succ&#232;s reproductif. Les &#171; individus &#187; qui laissent le plus de descendants survivants obtiennent un avantage darwinien, et les populations changent en fonction de ce r&#233;sultat. Tr&#232;s bien, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie hi&#233;rarchique de l'&#233;volution de Stephen Jay Gould&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Les quatre antilopes de l'Apocalypse &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La th&#232;se centrale de Darwin stipule que la s&#233;lection naturelle porte sur des &#171; individus &#187; engag&#233;s dans une lutte (m&#233;taphorique et sans intention consciente, bien s&#251;r) en vue du succ&#232;s reproductif. Les &#171; individus &#187; qui laissent le plus de descendants survivants obtiennent un avantage darwinien, et les populations changent en fonction de ce r&#233;sultat. Tr&#232;s bien, mais comment allons-nous d&#233;finir l' &#171; individu &#187; engag&#233; dans ce type de lutte ? Darwin a donn&#233; une r&#233;ponse claire : les individus sont des organismes, c'est-&#224;-dire des &#234;tres vivants consid&#233;r&#233;s au niveau de leurs corps, comme dans le sens courant (m&#234;me s'il faut nuancer un peu cette conception pour tenir compte de cas ambigus comme les champignons ou les pucerons). La s&#233;lection naturelle joue sur ces organismes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accent ainsi mis par Darwin sur les organismes individuels au sens courant a jou&#233; un r&#244;le central dans sa reformulation radicale de la vision de la nature, car il a consciemment cherch&#233; &#224; renverser la conception classique et r&#233;confortante d'une nature fondamentalement bienveillante, o&#249; le Cr&#233;ateur interviendrait directement pour doter les organismes de bonnes adaptations et faire des &#233;cosyst&#232;mes harmonieux&#8230; Pour Darwin, seuls les organismes &#233;taient des individus, autrement dit des &#171; cibles de la s&#233;lection &#187;. Or quelles propri&#233;t&#233;s doit poss&#233;der une netit&#233; pour fonctionner comme un individu darwinien et les organismes sont-ils les seules entit&#233;s de ce type dans la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;num&#233;rer cinq de ces propri&#233;t&#233;s : un &#171; individu &#187; doit avoir un d&#233;but dans le temps tr&#232;s net (sa naissance), une fin tr&#232;s nette (sa mort) et suffisamment de stabilit&#233; entre ces deux moments pour &#234;tre reconnu comme une entit&#233;. Ces trois premi&#232;res propri&#233;ts suffisent &#224; d&#233;finir un &#171; individu &#187; en un sens tout &#224; fait abstrait. Mais une unit&#233; doit poss&#233;der deux propri&#233;t&#233;s suppl&#233;mentaires pour entrer dans le processus darwinien de la comp&#233;tition reproductive : premi&#232;rement, un individu darwinien doit engendrer des rejetons et deuxi&#232;mement, ces derniers doivent r&#233;sulter d'un principe d'h&#233;r&#233;dit&#233;, par lequel ils ressemblent &#224; leurs g&#233;niteurs, avec la possibilit&#233; de certaines diff&#233;rences. Darwin avait surement raison de penser que les organismes ordinaires poss&#232;dent ces cinq propri&#233;t&#233;s&#8230; mais qu'en est-il des entit&#233;s plus globales que des organismes ? Qu'en est-il des g&#232;nes, &#171; au-dessous &#187; des organismes, ou des esp&#232;ces, &#171; au-dessus &#187; ? Tout compte fait, une esp&#232;ce na&#238;t lorsqu'une population s'isole et se d&#233;tache de la lign&#233;e souche parentale. Et elle meurt, sans ambigu&#239;t&#233;, lorsqu'elle s'&#233;teint. La plupart des esp&#232;ces sont assez stables pendant toute leur dur&#233;e g&#233;ologique. Les g&#232;nes poss&#232;dent &#233;galement les cinq propri&#233;t&#233;s cl&#233;s que sont la naissance, la mort, la stabilit&#233;, la reproduction et la transmission h&#233;r&#233;ditaire avec possibilit&#233; de diff&#233;rences&#8230; Les g&#232;nes et les esp&#232;ces sont aussi des individus darwiniens, et la s&#233;lection peut &#233;galement s'appliquer &#224; ces entit&#233;s plus petites ou plus grandes que des organismes. La s&#233;lection peut &#339;uvrer simultan&#233;ment &#224; plusieurs niveaux de la hi&#233;rarchie g&#233;n&#233;alogique : sur des g&#232;nes et des lign&#233;es cellulaires, &#171; au-dessous &#187; des organismes, ainsi que sur des populations et des esp&#233;ces, &#171; au-dessus &#187; des organismes. A tous ces niveaux existent de l&#233;gitimes individus darwiniens et cette conception hi&#233;rarchique nous fournit donc une d&#233;finition biologique correcte, vaste et globale, du terme &#171; individu &#187;. Lorsque la s&#233;lection agit simultan&#233;ment sur plusieurs sortes d' &#171; individus &#187; &#224; diff&#233;rents niveaux, l'&#233;volution ne fonctionne pas comme Darwin l'avait envisag&#233;. Les stabilit&#233;s dans le temps ne d&#233;coulent pas de la perfection adaptative, mais d'&#233;quilibres et de r&#233;trocontr&#244;les&#8230; La nature ne se caract&#233;rise pas automatiquement par une harmonie entre unit&#233;s clairement d&#233;finies. Elle comporte de multiples niveaux, interagissant avec un certain flou &#224; leurs fronti&#232;res. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould d&#233;montre d'abord que Darwin d&#233;fend un v&#233;ritable a priori : celui d'une s&#233;lection op&#233;rant &#224; un seul niveau, celui des organismes individuels. Ce r&#233;ductionnisme (tout ramener au niveau inf&#233;rieur) de Darwin est la racine profonde, indispensable, de sa conception de l'&#233;volution. Gould souligne ce point pour d&#233;fendre, au contraire, une conception de l'&#233;volution qu'il appelle &#171; une th&#232;se hi&#233;rarchique &#187;, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que le vivant est constitu&#233; de nombreux niveaux d'organisation interactifs et que la s&#233;lection op&#232;re simultan&#233;ment &#224; tous les niveaux. Selon lui, seule la micro-&#233;volution peut s'expliquer par une s&#233;lection au seul niveau des organismes. La macro-&#233;volution a besoin &#233;galement de la s&#233;lection au niveau des groupes, de l'esp&#232;ce, des groupes d'esp&#232;ces en co-&#233;volution et de l'ensemble de l'environnement. Ce caract&#232;re hi&#233;rarchique entra&#238;ne in&#233;vitablement des discontinuit&#233;s et des changements brutaux et qualitatifs, c'est-&#224;-dire la &#171; saltation &#187; ou sauts de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould propose une th&#233;orie hi&#233;rarchique de la s&#233;lection, parce que, pour lui, les esp&#232;ces sont les premi&#232;res vis&#233;es par la s&#233;lection naturelle, puis les populations et les organismes et en fin, au plus bas niveau dans la hi&#233;rarchie, les g&#232;nes, qui &#171; poss&#232;dent la propri&#233;t&#233; unique en son genre d'enregistrer les changements &#187;. Gould r&#233;fute les arguments contre la s&#233;lection entre esp&#232;ces, il fait remarquer que ces arguments sont g&#233;n&#233;ralement pertinents pour des d&#232;mes (les d&#232;mes des souris vivant dans des meules de foin, par exemple), mais qu'ils le sont beaucoup moins du point de vue de la s&#233;lection entre esp&#232;ces. Par contre, dans certaines conditions, il existe un risque, &#171; la s&#233;lection organismique surpasse n&#233;cessairement la s&#233;lection entre esp&#232;ces et annule ses effets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://du-cote-de-chez-elysia-chlorotica.blogspot.fr/2013/07/vers-une-expansion-hierarchique-de-la.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une introduction br&#232;ve et claire de la th&#233;orie hi&#233;rarchique de l'&#233;volution selon Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Les fondements empiriques et logiques de la th&#233;orie de la s&#233;lection hi&#233;rarchique, par Stephen Jay Gould&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Extrait de &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La signification de l'individualit&#233; et l'&#233;largissement du programme de recherche darwinien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Acceptons donc la formulation la plus stricte du m&#233;canisme pr&#233;vu par la th&#233;orie darwinienne : la s&#233;lection naturelle fonctionne au moyen d'une lutte (r&#233;elle ou m&#233;taphorique) entre les individus, en vue de leur succ&#232;s reproductif individuel ; En d'autres termes, une s&#233;lection se r&#233;alise lorsque les caract&#233;ristiques d'un individu donn&#233; interagissent avec l'environnement d'une fa&#231;on telle qu'elle a pour cons&#233;quence d'influencer, dans la constitution h&#233;r&#233;ditaire des g&#233;n&#233;rations suivantes, la proportion des &#233;l&#233;ments (quels qu'ils soient) apport&#233;s par cet individu. Si on attribue ainsi, de fa&#231;on absolue, la responsabilit&#233; du m&#233;canisme darwinien &#224; l'action des individus, alors il semble bien qu'en d&#233;coule assez automatiquement la vision d'ensemble de Darwin que tous les ph&#233;nom&#232;nes, &#224; toutes les &#233;chelles de l'&#233;volution, doivent r&#233;sulter de proche en proche du m&#233;canisme de s&#233;lection entre les individus, ces derniers &#233;tant d&#233;finis, &#224; la mani&#232;re ordinaire, comme des organismes caract&#233;ris&#233;s par un corps organis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un individu ? Les organismes dot&#233;s d'un corps organis&#233; dans le sens ordinaire sont-ils les seules entit&#233;s dans la nature qui m&#233;ritent d'&#234;tre d&#233;sign&#233;es de ce nom, surtout quand on s'aper&#231;oit que le fait de poss&#233;der un corps bien distinct ne d&#233;finit pas toujours sans ambigu&#239;t&#233; l'individu en tant que si&#232;ge du m&#233;canisme envisag&#233; par Darwin (sans parler des difficult&#233;s rencontr&#233;es lorsqu'on essaye de caract&#233;riser les entit&#233;s situ&#233;es aux niveaux en dessus et en dessous des organismes dot&#233;s d'un corps organis&#233; dans la hi&#233;rarchie g&#233;n&#233;alogique de la nature) ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que penser des organismes vivant en &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, dont le corps organis&#233; bien distinct pr&#233;sente une certaine variation g&#233;n&#233;tique de l'un &#224; l'autre et qui, consid&#233;r&#233;s tous ensemble, ne peuvent &#234;tre envisag&#233;s comme une collection de ramets identiques, mais qui coop&#232;rent, &#224; l'instar des organes au sein d'un organisme, comme s'ils &#233;taient les &#233;l&#233;ments diff&#233;renci&#233;s d'un &#171; tout &#187; plus vaste, ainsi qu'on le voit dans le cas d'une ruche ou d'une fourmili&#232;re dot&#233;es d'une seule reine ? Wilson et Sober (1989) ont, dans de tels cas, instamment appel&#233; &#224; retourner au concept ancien de &#171; superorganisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque tant d'incertitudes entourent la d&#233;finition de l' &#171; individu &#187; au niveau suppos&#233; indiscutable envisag&#233; par Darwin lui-m&#234;me, il ne faut pas s'&#233;tonner que les tentatives de restreindre ce concept aux corps organis&#233;s aient engendr&#233; plus de probl&#232;mes qu'elles n'ont fourni de r&#233;ponses claires. Peut-&#234;tre faut-il adopter une approche diff&#233;rente et plus g&#233;n&#233;rale. Peut-&#234;tre faut-il essayer de sp&#233;cifier une s&#233;rie de caract&#233;ristiques minimales dont l'ensemble est requis pour pouvoir d&#233;signer une entit&#233; organique du nom d'unit&#233; individuelle ou, en bref, d' &#171; individu &#187; ; puis se demander si des objets quelconques figurant &#224; des niveaux en dessus ou en dessous de celui des organismes au sens traditionnel poss&#232;dent ces caract&#233;ristiques et, par cons&#233;quent, ont les qualit&#233;s requises pour &#234;tre inclus dans une conception plus large de l'individu. De cette fa&#231;on on pourrait peut-&#234;tre arriver &#224; une d&#233;finition utile, ind&#233;pendante des particularit&#233;s propres aux diff&#233;rents niveaux et donc suffisamment g&#233;n&#233;rale pour fournir une compr&#233;hension plus profonde et plus claire de ce concept fondamental du darwinisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma question est la suivante : les esp&#232;ces sont-elles des individus ou des classes ? (&#8230;) Un individu peut subir un certain degr&#233; de changement, ou m&#234;me changer dans une mesure importante, au cours de sa vie, mais pas au point qu'il soit impossible de le reconna&#238;tre ou qu'il soit n&#233;cessaire de le red&#233;finir en tant que chose diff&#233;rente ; et, en particulier, si l'on consid&#232;re une succession d'individus dans le temps, il ne doit pas subir d'alt&#233;ration au point que ses derniers stades en arrivent, davantage que ses premiers stades, &#224; ressembler &#224; l'individu suivant dans la s&#233;quence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous essayons de d&#233;finir des individus &#224; d'autres niveaux de la hi&#233;rarchie organique, et particuli&#232;rement aux niveaux &#233;lev&#233;s, nous rencontrons des probl&#232;mes, dont plusieurs font classiquement l'objet de discussions interminables dans la litt&#233;rature. Par exemple, l'objection traditionnelle adress&#233;e &#224; la s&#233;lection interd&#233;mique consiste &#224; soutenir que de trop nombreux d&#232;mes ne r&#233;pondent pas au crit&#232;re de &#171; stabilit&#233; suffisante &#187;, car ils le persistent peut-&#234;tre pas assez longtemps pour jouer un r&#244;le dans l'&#233;volution et leurs fronti&#232;res peuvent &#233;ventuellement &#234;tre trop &#171; poreuses &#187; - les organismes p&#233;n&#233;trant ou sortant des d&#232;mes &#8211; &#233;tant donn&#233; l'absence d'isolement reproductif entre les parties composantes, c'est-&#224;-dire entre les organismes membres des diff&#233;rents d&#232;mes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la &#171; s&#233;lection entre groupes &#187; classiques (c'est-&#224;-dire interd&#233;mique) admettent l'existence de ces probl&#232;mes, bien s&#251;r, et tous les mod&#232;les recevables dans ce domaine ont express&#233;ment &#233;t&#233; construits pour faire droit &#224; de telles objections en sp&#233;cifiant des conditions permettant aux d&#232;mes de satisfaire aux crit&#232;res &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque niveau de la hi&#233;rarchie biologique, les individus diff&#233;rant les uns des autres au sein d'une population en cours d'&#233;volution (organismes d'un d&#232;me, d&#232;mes au sein d'une esp&#232;ce, esp&#232;ces au sein d'un clade) doivent interagir avec l'environnement d'une fa&#231;on telle que certains d'entre eux obtiennent un plus grand succ&#232;s reproductif que les autres en raison de la possession et de l'expression de certains traits h&#233;ritables, tandis que les individus les moins aptes ne les poss&#232;dent pas ou ne les expriment que sous une forme moins efficace. Cette explication du m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle met en &#233;vidence une caract&#233;ristique fondamentale : c'est que celle-ci est un processus actif. D&#232;s lors, cela signifie que nous sommes tenus de v&#233;rifier un sc&#233;nario causal, expliquant comment le fait de poss&#233;der tels traits h&#233;ritables plut&#244;t que tels autres conduit &#224; un plus grand succ&#232;s reproductif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations nous conduisent in&#233;vitablement &#224; la question cruciale de savoir s'il faut d&#233;finir la s&#233;lection d'apr&#232;s cette interaction causale entre les individus et l'environnement ou bien d'apr&#232;s le r&#233;sultat de la transmission h&#233;r&#233;ditaire aux g&#233;n&#233;rations suivantes... C'est l'interaction avec l'environnement qui d&#233;finit ce mode d'op&#233;ration et ses agents sont n&#233;cessairement des individus (d&#233;finis d'apr&#232;s les crit&#232;res de l'individualit&#233; &#224; la fois au sens commun et au sens &#233;volutionniste)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; objectif &#187; de la s&#233;lection naturelle ne peut pas &#234;tre d&#233;fini par la r&#233;plication fid&#232;le ; il faut, en r&#233;alit&#233;, le d&#233;finir par la &#171; plurification &#187; relativement plus grande de certains individus par rapport aux autres (ce qui signifie que certains individus &#171; font plus &#187; que les autres en mati&#232;re de repr&#233;sentation relative au sein de la g&#233;n&#233;ration suivante, c'est-&#224;-dire qu'ils augmentent la leur). L'individu qui se plurifie en accroissant le pourcentage de sa contribution &#224; la constitution h&#233;r&#233;ditaire de la g&#233;n&#233;ration suivante (quelle que soit la forme des unit&#233;s et des entit&#233;s transmises) est gagnant au jeu de l'&#233;volution. Et l'on peut qualifier ce jeu de darwinien, si la plurification r&#233;sulte d'une interaction causale entre les caract&#233;ristiques de l'individu gagnant et son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux crit&#232;res de l'individualit&#233; au sens commun discut&#233;s plus haut, les crit&#232;res de l'individualit&#233; au sens sp&#233;cifiquement &#233;volutionniste nous apprennent que les organismes ne sont pas les seuls individus capables de se comporter en tant qu'unit&#233;s de s&#233;lection darwinienne. En particulier, et en continuant de prendre l'esp&#232;ce comme exemple type des individus de plus haut niveau, tous les crit&#232;res de l'individualit&#233; au sens &#233;volutionniste s'appliquent aux esp&#232;ces en tant qu'unit&#233;s de base de la macro&#233;volution. Les esp&#232;ces engendrent des rejetons lorsqu'elles se scindent en donnant de nouvelles branches (dans le jargon des &#233;volutionnistes, ces rejetons sont m&#234;me appel&#233;s des &#171; esp&#232;ces filles &#187;)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parfois dit des communaut&#233;s biotiques ou des &#233;cosyst&#232;mes qu'ils pouvaient probablement &#234;tre regard&#233;s comme des unit&#233;s de s&#233;lection. Dans ce cas, on pourrait s&#233;rieusement envisager le probl&#232;me, car les communaut&#233;s pr&#233;sentent effectivement une certaine coh&#233;sion fonctionnelle durable, sont plus ou moins bien d&#233;limit&#233;es, et peuvent &#233;ventuellement se scinder pour donner des communaut&#233;s &#171; filles &#187; ayant suffisamment de ressemblance avec leur parent. Mais je peux difficilement imaginer la s&#233;rie des conditions qui permettraient &#224; de telles unit&#233;s &#233;cologiques de satisfaire &#224; un nombre suffisant de crit&#232;res de l'individualit&#233; pour les consid&#233;rer comme les agents d'une s&#233;lection darwinienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il est vrai que l'on peut r&#233;futer rationnellement l'emploi incorrect des notions d'individus et d'unit&#233;s de s&#233;lection dans de tels cas particulier, il n'en reste pas moins que la gamme des individus biologiques l&#233;gitimement envisageables reste riche. En fait, tous ces divers individus forment une hi&#233;rarchie, car ils sont tous reli&#233;s les uns aux autres par cette fascinante caract&#233;ristique, l'embo&#238;tement en s&#233;rie au sein du syst&#232;me g&#233;n&#233;alogique de l'&#233;volution. Il s'agit des g&#232;nes, des lign&#233;es cellulaires, des organismes, des d&#232;mes, des esp&#232;ces et des clades : tous ces individus de diff&#233;rents niveaux peuvent se comporter comme des unit&#233;s de s&#233;lection darwinienne ; et dans une gamme suffisamment vaste de conditions appropri&#233;es, tous peuvent effectivement intervenir de fa&#231;on cruciale dans l'&#233;volution de l'ensemble des &#234;tres vivants sur la Terre. Je doute que l'on puisse encore d&#233;fendre tr&#232;s longtemps (ou alors seulement au nom du nombrilisme et du confort de l'habitude, ancr&#233;s sur ces circonstances fortuites que repr&#233;sentent la taille et la dur&#233;e du corps humain) la conviction darwinienne capitale selon laquelle les organismes repr&#233;sentent le niveau fondamental de l'individualit&#233;, tandis que tous les autres niveaux n'existent pas, ou bien n'ont aucun r&#244;le &#233;volutif, ou bien sont enti&#232;rement subordonn&#233;s au niveau organismique, ou bien encore n'interviennent que dans des circonstances rares et tr&#232;s particuli&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments classiques contestant la s&#233;lection de haut niveau consistent &#224; admettre que ce ph&#233;nom&#232;ne est certainement possible en th&#233;orie, mais &#224; nier que qu'il ait une quelconque efficacit&#233; dans la pratique, en raison de sa raret&#233; et de son faible impact par comparaison &#224; la s&#233;lection naturelle ordinaire sur les organismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument classique de R. A. Fisher consiste &#224; dire : comment la s&#233;lection entre esp&#232;ces pourrait-elle avoir la moindre influence notable sur l'&#233;volution ? La vitesse et l'ampleur avec lequelles se r&#233;alise un processus de s&#233;lection d&#233;pendent du nombre des naissances et des morts et de la dur&#233;e s'&#233;tendant entre le moment des premi&#232;res et celui des secondes, ceci afin qu'existe une population suffisante d'items pouvant subir un processus de tri diff&#233;rentiel. Mais les esp&#232;ces durent des milliers ou des millions d'ann&#233;es, et les esp&#232;ces au sein des clades forment des &#171; populations &#187; aux effectifs de quelques dizaines ou, au plus, de quelques centaines de membres, alors que de nombreuses populations form&#233;es par les organismes comprennent des millions, voire des milliards d'individus. Comment la s&#233;lection entre esp&#232;ces pourrait-elle avoir la moindre influence (par comparaison avec la s&#233;lection organismique ordinaire), lorsqu'en moyenne, des milliards de naissances et de morts d'organismes se produisent pour chaque apparition ou extinction d'esp&#232;ce, et, lorsque les effectifs de populations d'organismes sont de plusieurs ordres de grandeur sup&#233;rieurs &#224; ceux des populations form&#233;es par les esp&#232;ces apparent&#233;es au sein d'un clade ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la plus grande partie des d&#233;bats &#224; notre &#233;poque au sujet de la s&#233;lection aux plus hauts niveaux a vis&#233; la s&#233;lection interd&#233;mique (aussi appel&#233;e &#171; s&#233;lection entre groupes &#187;), les quatre arguments classiques ont &#233;t&#233; formul&#233;s principalement &#224; l'usage du niveau situ&#233; juste au-dessus de celui auquel on s'adresse habituellement, c'est-&#224;-dire le niveau des organismes (mais je pr&#233;dis que l'on mettra bient&#244;t l'accent sur des niveaux plus &#233;lev&#233;s, particuli&#232;rement sur celui de la s&#233;lection entre esp&#232;ces, &#224; mesure que la th&#233;orie de la macro&#233;volution va se d&#233;velopper)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument sur la faiblesse de l'impact de la s&#233;lection entre esp&#232;ces en raison de la longueur du cycle de remplacement et de la faible dimension des populations demeure donc la seule objection classique ayant la capacit&#233; de mettre en doute la s&#233;lection entre esp&#232;ces. Et, &#224; premi&#232;re vue, l'argument de Fisher para&#238;t &#234;tre &#224; la fois puissant et d&#233;cisif. L'observation de base est indiscutable : il se produit g&#233;n&#233;ralement des milliards de naissances d'organismes, lorsqu'il ne se r&#233;alise l'apparition que d'une seule esp&#232;ce nouvelle ; et les populations d'organismes au sein des esp&#232;ces d&#233;passent presque toujours &#233;norm&#233;ment les populations d'esp&#232;ces au sein des clades. En d&#233;pit de sa logique irr&#233;prochable, comment la s&#233;lection entre esp&#232;ces pourrait-elle exercer la moindre influence notable si la s&#233;lection classique entre les organismes est toujours capable d'agir avec une bien plus grande force ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection organismique l'emporte n&#233;cessairement sur la s&#233;lection entre esp&#232;ces lorsque les deux processus sont en jeu de concert en visant la m&#234;me &#171; cible &#187; adaptative : en effet, dans ce cas, si les deux niveaux de s&#233;lection op&#232;rent dans la m&#234;me direction, alors la s&#233;lection entre esp&#232;ces ne peut ajouter que le plus petit des suppl&#233;ments aux effets consid&#233;rablement plus importants de la s&#233;lection organismique ; et si les deux niveaux op&#232;rent dans des directions oppos&#233;es, la s&#233;lection organismique surpasse n&#233;cessairement la s&#233;lection entre esp&#232;ces et annule ses effets&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection organismique peut surpasser la s&#233;lection entre esp&#232;ces, en th&#233;orie, lorsque les deux processus op&#232;rent &#224; leur maximum d'efficacit&#233;, mais si le changement associ&#233; &#224; la sp&#233;ciation constitue le &#171; seul jeu ayant cours &#187;, il est clair que le processus faible peut l'emporter sur le processus qui est potentiellement plus fort mais qui reste, dans le cas consid&#233;r&#233;, &#224; l'&#233;tat dormant. Les bombes atomiques font certainement para&#238;tre d&#233;risoires les armes &#224; feu classiques lors d'un conflit guerrier, mais si l'on d&#233;cide de ne pas employer les armes nucl&#233;aires, alors les balles peuvent &#234;tre redoutablement efficaces. La fa&#231;on dont se pr&#233;sente dans la r&#233;alit&#233; l'&#233;quilibre ponctu&#233; constitue donc l' &#171; arme &#187; appuy&#233;e sur les faits, qui permet de renverser la puissante objection th&#233;orique de Fisher &#224; l'encontre de l'efficacit&#233; de la s&#233;lection entre esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument fournit le second exemple illustrant l'importance de l'&#233;quilibre ponctu&#233; pour l&#233;gitimer l'ind&#233;pendance de la th&#233;orie de la macro&#233;volution, d&#232;s lors que la pure extrapolation &#224; partir de la dynamique micro&#233;volutive ne peut pas rendre compte de cette derni&#232;re. Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment que l'&#233;quilibre ponctu&#233; soutient fortement la notion d'esp&#232;ce en tant qu'individus &#233;volutionnistes capable d'agir comme unit&#233; de s&#233;lection. Nous voyons donc &#224; pr&#233;sent que l'&#233;quilibre ponctu&#233; permet aussi de reconna&#238;tre &#224; la s&#233;lection entre esp&#232;ces une efficacit&#233; possible, alors m&#234;me que de solides raisons th&#233;oriques poussaient &#224; conclure &#224; son impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, trois quart des arguments classiques niant la possibilit&#233; de la s&#233;lection aux niveaux plus &#233;lev&#233;s que celui des organismes ne s'appliquent pas au cas des esp&#232;ces ; et le quatri&#232;me perd de sa pertinence d&#232;s lors que l'&#233;quilibre ponctu&#233; domine dans la r&#233;alit&#233; observable. Je ne vois rien qui emp&#234;che la s&#233;lection entre esp&#232;ces de rev&#234;tir une importance capitale dans l'histoire de la vie. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des virus, vivants ou non-vivants ? Des virus d'une esp&#232;ce seulement ? A la fois les deux et ni l'un, ni l'autre !!!</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article3940</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article3940</guid>
		<dc:date>2016-03-13T00:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Physique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire ici sur le coronavirus &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
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Des virus, vivants ou non-vivants ? Des virus d'une esp&#232;ce seulement ? A la fois les deux et ni l'un, ni l'autre !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Vivant ou non-vivant, cela semble bien une dichotomie tr&#232;s claire et pourtant&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re des erreurs de la dichotomie consiste &#224; &#233;tablir des barri&#232;res &#233;tanches entre les cat&#233;gories ainsi distingu&#233;es. Par exemple, vous &#234;tes un homme ou une femme mais ce n'est pas toujours aussi simple. Autre exemple, ou une mol&#233;cule (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;Biologie : R&#233;troaction de la vie et de la mort&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot309&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici sur le coronavirus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4316&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des virus, vivants ou non-vivants ? Des virus d'une esp&#232;ce seulement ? A la fois les deux et ni l'un, ni l'autre !!!&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vivant ou non-vivant, cela semble bien une dichotomie tr&#232;s claire et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des erreurs de la dichotomie consiste &#224; &#233;tablir des barri&#232;res &#233;tanches entre les cat&#233;gories ainsi distingu&#233;es. Par exemple, vous &#234;tes un homme ou une femme mais ce n'est pas toujours aussi simple. Autre exemple, ou une mol&#233;cule fait partie du vivant ou elle n'en fait pas partie. Mais le virus n'est vivant qu'au sein du vivant&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La s&#233;paration des deux parties peut nuire &#224; la compr&#233;hension du mode d'existence dynamique. Par exemple, la vie et la mort. La plupart des gens opposent diam&#233;tralement les deux, rendant le passage de l'inerte au vivant compl&#232;tement magique et incompr&#233;hensible. La dynamique de la cellule vivante est un m&#233;canisme fond&#233; autant sur les g&#232;nes et prot&#233;ines de la mort que sur les g&#232;nes et prot&#233;ines de la vie et sur leur combat permanent, combat d&#233;termin&#233; &#233;galement par les messages des cellules voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dichotomie entre l'inerte et le vivant a soi-disant &#233;t&#233; fond&#233;e sur la capacit&#233; autonome de se r&#233;pliquer mais on a constat&#233;, avec les virus, que cela n'&#233;tait pas valable et on a chang&#233; pour une dichotomie pr&#233;sence ou absence de l'ADN (ou d'un autre acide nucl&#233;ique) et on a constat&#233;, avec les prions, que la s&#233;paration en deux entit&#233;s diam&#233;tralement oppos&#233;e n'&#233;tait non seulement pas justifi&#233;e par l'ADN mais ne pouvait pas fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement du vivant est, semble-t-il bien connu, mais nous &#233;tudions les virus et nul n'est capable de dire s'ils sont ou non du domaine du vivant. Qu'est-ce qui est le fondement du vivant : l'ADN, l'ARN, les prot&#233;ines ou d'autres encore ? On ne le sait pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit savoir &#233;tablir des fronti&#232;res &#233;tanches entre concepts comme vivant et mort, comme entre une esp&#232;ce et une autre, mais les virus franchissent all&#232;grement toutes ces fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, ils pourraient bien avoir pr&#233;c&#233;d&#233; les macromol&#233;cules du vivant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part non-n&#233;gligeable de nos g&#232;nes et de notre mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique ont pour origine historiquement notre interaction avec de multiples virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont notamment les virus qui permettent aux g&#232;nes de passer d'une esp&#232;ce &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a constat&#233; que notre mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique contient en permanence, et pas en cas de maladie seulement, des virus inactifs. Et de nombreux scientifiques supposent maintenant que doment ainsi en nous les moyens d'un &#233;ventuel changement &#233;volutif qui pourrait s'activer en cas de stress environnemental. Ces virus inactifs seraient les moteurs internes de l'&#233;volution des esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez toutes les esp&#232;ces &#233;tudi&#233;es, depuis la levure jusqu'&#224; l'homme, en passant par les insectes et les v&#233;g&#233;taux, on trouve des g&#233;nomes r&#233;troviraux int&#233;gr&#233;s dans toutes les cellules, y compris dans les cellules germinales. Ils ressemblent tout &#224; fait aux g&#233;nomes de leurs &#171; fr&#232;res &#187; infectieux, sauf qu'ils sont inactifs. Ils ne peuvent donc plus se multiplier et ne sont absolument pas pathog&#232;nes. Ces r&#233;troviraux repr&#233;sentent 8% du mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique chez l'homme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces r&#233;troviraux internes au mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique ne sont pas seulement inactifs et dormants. Ils ont parfois un r&#244;le et m&#234;me un r&#244;le important !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle, la communaut&#233; scientifique n'a cess&#233; de changer sa fa&#231;on de voir les virus. D'abord consid&#233;r&#233;s comme des poisons, ils ont ensuite &#233;t&#233; assimil&#233;s &#224; des formes de vie, puis &#224; des substances biochimiques ; aujourd'hui, les virologues les placent &#224; la limite entre le vivant et l'inerte. Les virus ne se r&#233;pliquent pas sans l'aide des cellules vivantes qu'ils infectent, et dont ils perturbent notablement le fonctionnement. Parce qu'ils les assimilaient &#224; des objets inertes, la plupart des biologistes ont n&#233;glig&#233; les virus quand ils &#233;tudiaient l'&#233;volution, mais, aujourd'hui, il s'av&#232;re que les virus ont &#233;t&#233; des acteurs essentiels de l'histoire de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les virus ont-ils &#233;t&#233; si difficiles &#224; classer ? Parce qu'ils semblent changer en fonction du point de vue sous lequel on les examine. Les virus ont &#233;t&#233; associ&#233;s de longue date aux maladies &#8211; la racine du mot virus est le mot latin qui signifie poison. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, des m&#233;decins avaient constat&#233; que certaines maladies, telles la rage et la fi&#232;vre aphteuse, &#233;taient dues &#224; des particules qui semblaient se comporter comme des bact&#233;ries, quoique bien plus petites (la majorit&#233; des virus ont une taille environ 1 000 fois inf&#233;rieure &#224; celle des bact&#233;ries). Ces particules &#233;tant &#224; l'&#233;vidence de nature biologique et se transmettant d'une victime &#224; l'autre, les biologistes admirent qu'elles repr&#233;sentaient la plus simple de toutes les formes de vie pourvues de g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1935, les virus furent r&#233;trograd&#233;s au rang de substances chimiques. &#192; cette &#233;poque, Wendell Stanley et ses coll&#232;gues, de la future Universit&#233; Rockefeller, &#224; New York, cristallis&#232;rent pour la premi&#232;re fois un virus, celui de la mosa&#239;que du tabac. L'observation montra qu'il s'agissait d'un assemblage de substances biochimiques complexes, auquel il manquait toutefois des syst&#232;mes essentiels n&#233;cessaires aux fonctions m&#233;taboliques, l'activit&#233; biochimique de la vie. En 1946, Stanley re&#231;ut, pour ce travail, le prix Nobel de chimie... mais pas celui de physiologie et de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2009, les recherches d'une &#233;quipe de l'Institut Gustave Roussy &#224; Villejuif ont confirm&#233; le g&#233;nome des r&#233;troviraux humains contient 3 g&#232;nes n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation d'un cycle viral complet. L'un d'eux est le g&#232;ne env qui permet la synth&#232;se d'une prot&#233;ine de l'enveloppe virale. Cette prot&#233;ine a 2 fonctions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) elle permet de fusionner la membrane virale avec la membrane des cellules h&#244;tes, fonction essentielle pour le virus car c'est ce qui lui permet de p&#233;n&#233;trer dans les cellules, mais la m&#234;me fonction peut permettre aussi la fusion de deux cellules entre elles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) elle diminue des d&#233;fenses immunitaires de l'h&#244;te, facilitant ainsi l'infection par le virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que 2 g&#232;nes du g&#233;nome humain sp&#233;cifiquement exprim&#233;s au niveau du placenta permettent la synth&#232;se de prot&#233;ines appel&#233;es syncytines ayant aussi ces 2 fonctions. D'une part, elles sont capables de provoquer la fusion de cellules entre elles ; d'autre part, elles sont immunosuppressives. La premi&#232;re fonction permet la formation du placenta, zone d'interface &#233;troite entre l'embryon et l'ut&#233;rus maternel, la seconde fonction emp&#234;che que l'embryon ne soit rejet&#233; par les d&#233;fenses immunitaires de la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, d'apr&#232;s toutes les donn&#233;es exp&#233;rimentales, il appara&#238;t que ces g&#232;nes humains sont des g&#232;nes env de r&#233;trovirus endog&#232;nes. Ils sont install&#233;s depuis tr&#232;s longtemps dans les g&#233;nomes car ils se retrouvent chez tous les primates (dont nous sommes). Ils sont donc l&#224; depuis l'origine de cette lign&#233;e, il y a quelques 20 millions d'ann&#233;es. D'autres g&#232;nes analogues se retrouvent chez les rongeurs, et d'autres encore chez les carnivores, toujours d'origine r&#233;trovirale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer l'ensemble des donn&#233;es connues, les auteurs proposent le sc&#233;nario suivant. Il y a environ 150 millions d'ann&#233;es, chez des mammif&#232;res encore ovipares, l'utilisation par l'esp&#232;ce h&#244;te de g&#232;nes env de r&#233;trovirus endog&#232;nes, aurait rendu possible l'acquisition des fonctions indispensables &#224; la formation d'une interface m&#232;re-foetus m&#234;me si celle-ci &#233;tait au d&#233;part tr&#232;s rudimentaire. Au cours des &#226;ges, ce syst&#232;me aurait &#233;volu&#233; par le remplacement de ces premiers g&#232;nes par d'autres env issus d'autres r&#233;trovirus nouvellement int&#233;gr&#233;s dans les chromosomes. Ceci, ajout&#233; &#224; des innovations propres &#224; l'h&#244;te, aurait permis des perfectionnements favoris&#233;s par la s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi r&#233;sumer les choses, de fa&#231;on plus lapidaire et humoristique en disant que tous les mammif&#232;res placentaires ont pris naissance &#224; partir d'une transgen&#232;se entre un r&#233;trovirus et un anc&#234;tre de l'ornithorynque, ce petit mammif&#232;re canularesque qui est couvert de poils, allaite ses petits, mais a un bec de canard et pond des &#339;ufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syst&#232;me immunitaire combat les virus actifs consid&#233;r&#233;s par notre corps comme invasifs. Les cellules sentinelles d&#233;clenchent la production de lymphocytes T, eux-m&#234;mes produisant des lymphocytes B qui produisent des anticorps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le processus classique en cas d'agression ext&#233;rieure par des virus &#233;trangers. Mais les virus peuvent aussi &#234;tre accept&#233;s et assimil&#233;s par l'h&#244;te&#8230; Ces virus, s'ils ne sont pas mortels, peuvent modifier le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#234;tre vivant est un syst&#232;me en mesure de r&#233;g&#233;n&#233;rer ses propres composantes internes en utilisant les mat&#233;riaux de son environnement. C'est un syst&#232;me dont les interactions des sous-syst&#232;mes qui le composent ont pour effet de le maintenir en tant que syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette d&#233;finition, un virus n'est pas vivant car m&#234;me s'il produit une copie de lui-m&#234;me dans certaines conditions, chaque virus ne reproduit pas ses propres composantes internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, comme les &#234;tres vivants, les virus poss&#232;dent un g&#233;nome, des prot&#233;ines et une enveloppe qui prot&#232;ge tout ce mat&#233;riel. Alors, qu'est ce qui les distingue du vivant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le virus ne poss&#232;de aucune des enzymes n&#233;cessaires pour produire de l'&#233;nergie, ni pour se multiplier seul. Bref, il est un parasite intracellulaire obligatoire. Pour se reproduire, il doit donc p&#233;n&#233;trer dans une cellule, d&#233;tourner sa machinerie enzymatique afin qu'elle produise les prot&#233;ines du virus, puis quitter cette cellule et en infecter une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition para&#238;t simple, mais en r&#233;alit&#233;, les limites du vivant sont plus floues que cela. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, il existe des virus qui poss&#232;dent de l'ARN et de l'ADN. Ensuite, des petites bact&#233;ries appel&#233;es rickettsies s&#232;ment le doute car leur mode de vie se rapproche &#233;norm&#233;ment de celui des virus : elles ne peuvent vivre qu'&#224; l'int&#233;rieur d'une cellule h&#244;te. Elles ont d'ailleurs perdu une partie de leur mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique et de leurs fonctions, utilisant ceux de leur h&#244;te. Ces tr&#232;s petites bact&#233;ries font des ravages : le typhus en est un exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, des chercheurs du CNRS ont d&#233;couvert, en 2005, un virus g&#233;ant, nomm&#233; mimivirus, qui poss&#232;de, dans son g&#233;nome, des g&#232;nes codant pour des enzymes associ&#233;es &#224; la fabrication des prot&#233;ines. Autrement dit, mimivirus a les outils pour se multiplier seul, m&#234;me s'il ne s'en sert pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, quand on &#233;tudie de plus pr&#234;t, la diff&#233;rence entre virus et mat&#233;riel vivant ne saute plus du tout aux yeux. La seule diff&#233;rence objective entre une bact&#233;rie et un gros virus, double brin ADN, c'est l'absence d'appareil de traduction propre. Ribosome en particulier (bien que beaucoup code pour tout ou partie des tRNA). Pour le reste : transcription, r&#233;plication, et souvent divers m&#233;tabolismes, ils sont aussi &#034;autonomes&#034; que plein de bact&#233;ries parasites. L'argument de la nembrane ne tient pas, puisque certains d'entre eux sont envelopp&#233;s d'une structure membranaire. La taille pareil, la complexit&#233; pareil : aucune ne permet de distinguer clairement d'un c&#244;t&#233; le vivant et de l'autre le non-vivant, d'un c&#244;t&#233; clairement une bact&#233;rie et de l'autre un virus. Bref prenez un mycoplasme (bact&#233;rie tr&#232;s simplement organis&#233;e), enlevez lui tout ce qui code pour les ARNr et les prot&#233;ines ribosomales, et vous obtenez a peu de chose de pr&#234;t un virus. Le vivant pourrait donc se composer de deux entit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'une part les &#234;tres cellulaires divis&#233;s en 3 domaines monophyl&#233;tiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'autre part les &#234;tres viraux, compos&#233;s d'une constelation de petits groupes monophyl&#233;tiques incluant divers &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;tique mobile tels que transposons ou plasmides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout formant le vivant : des &#233;l&#233;ments g&#233;n&#233;tiques autor&#233;plicatifs et dou&#233;s de capacit&#233; &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les virus existent sous une forme extra-cellulaire (unit&#233; mat&#233;rielle ind&#233;pendante appel&#233;e alors virion) ou intra-cellulaire (virus int&#233;gr&#233; sous forme dormante ou d&#233;tournant activement la machinerie cellulaire au profit de sa r&#233;plication). Sous la forme intracellulaire (&#224; l'int&#233;rieur de la cellule h&#244;te), les virus sont des &#233;l&#233;ments g&#233;n&#233;tiques qui peuvent se r&#233;pliquer de fa&#231;on ind&#233;pendante par rapport au chromosome, mais non ind&#233;pendamment de la cellule h&#244;te. Sous la forme extracellulaire, les virus sont des objets particulaires, infectieux, constitu&#233;s au minimum d'un acide nucl&#233;ique englob&#233; dans une capside de prot&#233;ines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, les virus &#233;taient seulement consid&#233;r&#233;s comme vecteurs de maladie. Aujourd'hui, ils sont des moyens d'intervention et d'&#233;tude du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les virus pr&#233;sentant en g&#233;n&#233;ral un mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique simpliste, ce sont d'excellents outils dans l'&#233;tude de la biologie mol&#233;culaire et la biologie cellulaire. Ils permettent la manipulation de fonctions cellulaires, ce qui permet d'en approfondir notre compr&#233;hension et d'&#233;luder certains m&#233;canismes mol&#233;culaires de la g&#233;n&#233;tique comme la r&#233;plication de l'ADN, la transcription, les modifications post-transcriptionnelles de l'ARN, la traduction, le transport des prot&#233;ines et l'immunologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les virus peuvent &#234;tre utilis&#233;s (viroth&#233;rapie) comme vecteur de g&#232;ne au sein de cellules cibles. Outil utilis&#233; par exemple pour faire acqu&#233;rir &#224; une cellule la capacit&#233; de produire une prot&#233;ine d'int&#233;r&#234;t ou pour &#233;tudier l'effet de l'introduction du nouveau g&#232;ne dans le g&#233;nome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains virus sont utilis&#233;s en th&#233;rapie g&#233;nique pour soigner diverses maladies g&#233;n&#233;tiques, par exemple pour remplacer un g&#232;ne d&#233;fectueux provoquant des troubles fonctionnels ou m&#233;caniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les virus sont &#233;galement utilis&#233;s dans la lutte contre le cancer. Certains virus peuvent &#234;tre en quelque sorte programm&#233;s pour d&#233;truire sp&#233;cifiquement des cellules canc&#233;reuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4316&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/recherche/?q=virus&amp;submitProgramSearch=Ok&amp;simpleform_submitted=searchbar-form&amp;fromSimpleForm=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Conf&#233;rences de l'Universit&#233; de tous les savoirs sur les virus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4638&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le virus franchit la &#171; barri&#232;re des esp&#232;ces &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=virus+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl#hl=fr&amp;q=ebola+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le virus Ebola&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1801&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le virus du Sida&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2832&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le virus de la Rage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=virus+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl#hl=fr&amp;q=+grippe+A+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site:http:%2F%2Fwww.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le virus de la grippe A&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article2952</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article2952</guid>
		<dc:date>2013-11-09T01:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Video-film</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la vie &lt;br class='autobr' /&gt;
La pens&#233;e de Darwin &lt;br class='autobr' /&gt;
Les g&#232;nes hom&#233;otiques et l'&#233;volution des animaux &lt;br class='autobr' /&gt;
La co&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Des mutations &#224; l'&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire de la th&#233;orie de l'&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Evolution des esp&#232;ces et &#233;volution de la Terre &lt;br class='autobr' /&gt;
Etre un animal &lt;br class='autobr' /&gt;
Evolution et g&#233;n&#233;tique &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;volution, fossiles transitoires et &#233;quilibres ponctu&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution, premi&#232;re partie, en anglais &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution, deuxi&#232;me partie, en anglais &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution, troisi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot100" rel="tag"&gt;Video-film&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/qu_est_ce_que_la_vie.880&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la vie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_nice_sophia_antipolis/la_pensee_de_darwin_aujourd_hui_permanence_et_metamorphoses_d_un_heritage_jean_claude_ameisen.5839&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pens&#233;e de Darwin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/les_genes_homeotiques_et_l_evolution_des_animaux.1291&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les g&#232;nes hom&#233;otiques et l'&#233;volution des animaux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/la_coevolution.886&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La co&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/mutation_evolution_et_selection.1286&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des mutations &#224; l'&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/college_de_france/college_de_france_du_darwinisme_de_darwin_a_l_evolutionisme_d_aujourd_hui_thierry_hoquet.5277&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la th&#233;orie de l'&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/la_dynamique_du_globe_controle_t_elle_l_evolution_des_especes.891&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution des esp&#232;ces et &#233;volution de la Terre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/etre_et_ne_pas_etre_un_animal.1301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Etre un animal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/evolution_developpement_la_systematique_genetique.1290&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution et g&#233;n&#233;tique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x5trpf_evolution-fossiles-transitoires-et_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;volution, fossiles transitoires et &#233;quilibres ponctu&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=F8Nfw_LmdNU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution, premi&#232;re partie, en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Yt9YO07Jy6E&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution, deuxi&#232;me partie, en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=KOH0rmSNZlU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution, troisi&#232;me partie, en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=kcHUrh6WSI4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Interview de Stephen Jay Gould en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Wnt8UVItyrY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Expos&#233; de Stephen Jay Gould en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot297&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=%C3%A9volution+des+esp%C3%A8ces+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment des changements brutaux de l'environnement produisent des &#233;volutions des esp&#232;ces</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article626</link>
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		<dc:date>2010-09-22T05:52:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#244;le du volcanisme dans l'&#233;volution des esp&#232;ces &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les cons&#233;quences de l'activit&#233; volcanique ne se limitent pas &#224; ces effets directs. Son r&#244;le dans les modifications climatiques est, aujourd'hui, largement prouv&#233;. On sait &#233;galement que certaines disparitions massives d'esp&#232;ces (il y a 250 et 65 millions d'ann&#233;es) sont associ&#233;es &#224; des p&#233;riodes d'activit&#233; volcanique exceptionnelle. C'est &#224; l'aune des projections massives dans l'atmosph&#232;re de poussi&#232;res et d'a&#233;rosols, de la destruction de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canal-u.tv/canalu/content/view/full/104338&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#244;le du volcanisme dans l'&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Les cons&#233;quences de l'activit&#233; volcanique ne se limitent pas &#224; ces effets directs. Son r&#244;le dans les modifications climatiques est, aujourd'hui, largement prouv&#233;. On sait &#233;galement que certaines disparitions massives d'esp&#232;ces (il y a 250 et 65 millions d'ann&#233;es) sont associ&#233;es &#224; des p&#233;riodes d'activit&#233; volcanique exceptionnelle. C'est &#224; l'aune des projections massives dans l'atmosph&#232;re de poussi&#232;res et d'a&#233;rosols, de la destruction de l'ozone stratosph&#233;rique qui en d&#233;coule et de l'effet de serre associ&#233; aux &#233;missions de dioxyde de carbone magmatique, qu'il faut jauger l'impact de ces cycles volcaniques. S'ils ne sont pas les seuls responsables des crises biologiques majeures, le r&#233;chauffement climatique et l'augmentation du rayonnement ultraviolet qu'ils ont entra&#238;n&#233;s ont largement contribu&#233; &#224; fragiliser ces esp&#232;ces.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Dautria&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canalu.tv/canalu/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2000/diversite_de_la_vie_evolution_et_prehistoire/la_dynamique_du_globe_controle_t_elle_l_evolution_des_especes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dynamique du globe et l'&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il nous faut comprendre au sein d'un tout les propri&#233;t&#233;s naissantes qui r&#233;sultent de l'interp&#233;n&#233;tration inextricable des g&#232;nes et de l'environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes am&#233;ricaines r&#233;cusent, en y d&#233;non&#231;ant une rh&#233;torique &#224; usage politique. La pens&#233;e dialectique devrait &#234;tre prise plus au s&#233;rieux par les savants occidentaux, et non &#234;tre &#233;cart&#233;e sous pr&#233;texte que certaines nations de l'autre partie du monde en ont adopt&#233; une version fig&#233;e pour asseoir leur dogme. (&#8230;) Lorsqu'elles se pr&#233;sentent comme les lignes directrices d'une philosophie du changement, et non comme des pr&#233;ceptes dogmatiques que l'on d&#233;cr&#232;te vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de syst&#232;mes complets, et o&#249; les composantes elles-m&#234;mes n'existent pas a priori, mais sont &#224; la fois les produits du syst&#232;me et des donn&#233;es que l'on fait entrer dans le syst&#232;me. Ainsi, la loi des &#171; contraires qui s'interp&#233;n&#232;trent &#187; t&#233;moigne de l'interd&#233;pendance absolue des composantes ; la &#171; transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; &#187; d&#233;fend une vision syst&#233;mique du changement, qui traduit les entr&#233;es de donn&#233;es incr&#233;mentielles en changements d'&#233;tat ; et la &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187; d&#233;crit la direction donn&#233;e &#224; l'histoire, car les syst&#232;mes complexes ne peuvent retourner exactement &#224; leurs &#233;tats ant&#233;rieurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;ologue et pal&#233;ontologue &lt;strong&gt;Stephen Jay Gould&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; Un h&#233;risson dans la temp&#234;te &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE ROLE DES MODIFICATIONS DE L'ENVIRONNEMENT DANS L'EVOLUTION BRUTALE DES ESPECES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a tous admis que l'&#233;volution pouvait &#234;tre le produit de modifications des g&#232;nes. Bien entendu, ce la n'a pas &#233;t&#233; sans nombre de difficult&#233;s de compr&#233;hension car changer un g&#232;ne, c'est modifier tout un r&#233;seau d'interactions dans lequel ce g&#232;ne s'int&#232;gre. Comment se fait-il que des changements al&#233;atoires de la composition biochimique d'un g&#232;ne du fait d'erreurs de r&#233;plication puisse, par hasard, donner des modifications efficaces, et, qui plus est, capables de produire de la nouveaut&#233;, comme un nouvel organe, un nouveau type de fonctionnement du corps, une nouvelle esp&#232;ce ou m&#234;me un nouvel embranchement ? La question reste en suspens&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, de nombreuses r&#233;volutions ont &#233;t&#233; n&#233;cessaires pour comprendre cela. Et d'abord, il a fallu cesser de croire que chaque g&#232;ne correspond &#224; la production d'une seule prot&#233;ine et aussi que chaque esp&#232;ce ne contient au sein de son mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique que cette seule esp&#232;ce avec ses prot&#233;ines et ses fonctionnements, comme seule possibilit&#233;. Il a fallu cesser de penser que le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique n'&#233;tait pas contradictoire. Cesser d'en faire un facteur de fixit&#233;, de r&#233;plication par copie exacte, de l'esp&#232;ce. La diversit&#233;, la contradiction, existe au sein du syst&#232;me de conservation g&#233;n&#233;tique. L'al&#233;atoire est &#224; la base des m&#233;canismes g&#233;n&#233;tiques comme de tous les m&#233;canismes du vivant. Il est contradictoire comme tout le reste de la nature. Il est le si&#232;ge d'interactions de l'ordre et du d&#233;sordre comme l'expose Richard Lewontin dans &#171; G&#232;nes, environnement et organismes &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'environnement d'un organisme vivant n'est pas seulement un ensemble de probl&#232;mes ind&#233;pendants et pr&#233;existants auxquels les &#234;tres vivants doivent trouver des solutions, parce que les &#234;tres vivants ne font pas que r&#233;soudre les probl&#232;mes, ils commencent d'abord par les cr&#233;er. (&#8230;) L'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur s'interp&#233;n&#232;trent, et un &#234;tre vivant est &#224; la fois le produit et le lieu de cette interaction. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;troaction existe &#224; tous les niveaux : r&#233;troaction entre ordre et d&#233;sordre, r&#233;troaction entre entropie et n&#233;guentropie, r&#233;troaction entre variation et conservation, r&#233;troaction entre g&#233;n&#233;tique et physiologie, r&#233;troaction entre g&#233;n&#233;tique et &#233;volution. Cette derni&#232;re r&#233;troaction signifie que des modifications g&#233;n&#233;tiques peuvent produire des &#233;volutions mais aussi que des &#233;volutions peuvent produire des &#233;volutions g&#233;n&#233;tiques. Il y a &#233;galement r&#233;troaction entre la vie et l'environnement. De telles conceptions permettent de concevoir que des modifications du fonctionnement g&#233;n&#233;tique puissent provenir de modifications brutales de l'environnement et produire ensuite des modifications h&#233;r&#233;ditaires comme l'expose l'immunologue Jean Claude Ameisen dans &#171; La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort cr&#233;atrice &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'environnement ext&#233;rieur est plus qu'un simple filtre &#8211; un simple goulet d'&#233;tranglement &#8211; &#224; travers lequel sont s&#233;lectionn&#233;s ou &#233;limin&#233;s les individus et les esp&#232;ces. L'environnement ext&#233;rieur peut exercer une influence directe sur la mani&#232;re m&#234;me dont les cellules et les corps utilisent leurs potentialit&#233;s g&#233;n&#233;tiques et donc sur les modalit&#233;s de construction des embryons. A la fin de l'ann&#233;e 1998, deux biologistes de l'universit&#233; de Chicago, Suzanne Rutherford et Susan Lindquist, r&#233;v&#233;laient que les modifications de l'environnement pouvaient avoir d'autres cons&#233;quences qui &#233;taient jusque-l&#224; demeur&#233;es insoup&#231;onn&#233;es. (&#8230;) Certaines variations de l'environnement &#8211; en particulier des variations brutales de temp&#233;rature &#8211; entra&#238;nent une modification accidentelle de la forme originelle que les prot&#233;ines ont adopt&#233;e. Lorsque tel est le cas, une forme particuli&#232;re de chaperons &#8211; les prot&#233;ines de choc thermique &#8211; se fixe &#224; ces prot&#233;ines soudain alt&#233;r&#233;es, leur permettant de retrouver leur forme initiale. Ce sont des chaperons de r&#233;ponse au stress &#8211; aux changements brusques des conditions environnantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est des chaperons qui exercent les deux types d'activit&#233;. Ils sont, normalement, fix&#233;s en permanence &#224; certaines prot&#233;ines cellulaires, leur permettant de maintenir la forme qu'ils leur ont permis initialement d'adopter. Mais lorsqu'une modification de temp&#233;rature entra&#238;ne la d&#233;naturation d'autres familles de prot&#233;ines, les chaperons abandonnent leurs partenaires habituels, pour se fixer aux prot&#233;ines alt&#233;r&#233;es et r&#233;tablir leur forme. Ainsi se comporte HSP90 (HSP pour Heat Shock Protein, &#171; prot&#233;ine de choc thermique &#187;). Et c'est sur ce chaperon qu'ont port&#233; les travaux de Lindquist et de Rutherford.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ont montr&#233; que lorsque des embryons de drosophiles sont soumis &#224; un choc thermique, les nouveaux-n&#233;s pr&#233;sentent des modifications profondes de toute une s&#233;rie d'organes antennes, ailes, yeux, pattes. (&#8230;) L'apparition de cette nouveaut&#233; n'est pas li&#233;e &#224; la survenue soudaine de modifications g&#233;n&#233;tiques : elle est due &#224; la r&#233;v&#233;lation d'une diversit&#233; g&#233;n&#233;tique pr&#233;existante, dont la manifestation &#233;tait jusque-l&#224; r&#233;prim&#233;e en permanence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans chaque sous-esp&#232;ce de drosophile et, &#224; un degr&#233; plus restreint, dans chaque individu d'une sous-esp&#232;ce donn&#233;e, un m&#234;me g&#232;ne peut &#234;tre pr&#233;sent sous la forme d'une copie l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. Et les prot&#233;ines que fabrique chaque embryon &#224; partir des informations contenues dans ces g&#232;nes sont donc de nature l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. Mais les chaperons HSP90, qui se fixent &#224; ces prot&#233;ines en permanence, ont pour effet de masquer cette diversit&#233;. Lorsque la temp&#233;rature se modifie, les chaperons HSP90 quittent brusquement leurs partenaires, qui adoptent alors des conformations diff&#233;rentes, r&#233;v&#233;lant soudain la r&#233;alit&#233; de leur diversit&#233; et entra&#238;nant des modifications dans les modalit&#233;s de construction du corps des embryons. Devenus adultes, et la plupart f&#233;conds, ils donneront naissance, si la temp&#233;rature continue &#224; varier &#224; d'autres embryons &#171; nouveaux &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de quelques g&#233;n&#233;rations &#8211; pour des raisons encore partiellement inconnues &#8211; les diff&#233;rences g&#233;n&#233;tiques se seront, &#224; leur tout, accentu&#233;es. (&#8230;) Ainsi, la survenue pendant quelques mois de modifications brutales de la temp&#233;rature environnante a permis la naissance &#8211; et la p&#233;rennisation &#8211; de la nouveaut&#233;. (&#8230;) Et durant l'ann&#233;e 2002, Susan Lindquist et son &#233;quipe sugg&#233;rait le caract&#232;re universel de ces notions, en montrant que les chaperons HSP90 jouaient un r&#244;le semblable dans le royaume des plantes. (&#8230;) Il est probable que l'apparition de la nouveaut&#233; a &#233;t&#233; souvent rapide et brutale. Parce que des modifications brutales de l'environnement ont le pouvoir de r&#233;v&#233;ler dans un corps en train de se construire une source &#8211; une potentialit&#233; &#8211; pr&#233;existante de nouveaut&#233; qui s'est progressivement accumul&#233;e au cours du temps et qui, jusque l&#224; continuellement r&#233;prim&#233;e, peut soudain, pour la premi&#232;re fois, se manifester. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le changement brutal d'esp&#232;ces</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article348</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article348</guid>
		<dc:date>2010-06-08T05:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Progressisme ou catastrophes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lien entre &#233;volution et volcanisme, le film &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La crise Cr&#233;tac&#233;-Tertiaire, due &#224; un volcanisme intense ?&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une &#233;ruption volcanique exceptionnelle a eu lieu il y a 65 millions d'ann&#233;es en Inde dans le Deccan. Caus&#233;e par un point chaud aujourd'hui situ&#233; &#224; la R&#233;union, elle est responsable de la formation des trapps du Deccan et pourrait &#234;tre &#224; l'origine de la crise biologique. La plupart des crises biologiques connues sont li&#233;es au volcanisme formant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://site.voila.fr/levolution/contingence.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Progressisme ou catastrophes ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canalu.tv/canalu/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2000/diversite_de_la_vie_evolution_et_prehistoire/la_dynamique_du_globe_controle_t_elle_l_evolution_des_especes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le lien entre &#233;volution et volcanisme, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La crise Cr&#233;tac&#233;-Tertiaire, due &#224; un volcanisme intense ?&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une &#233;ruption volcanique exceptionnelle a eu lieu il y a 65 millions d'ann&#233;es en Inde dans le Deccan. Caus&#233;e par un point chaud aujourd'hui situ&#233; &#224; la R&#233;union, elle est responsable de la formation des trapps du Deccan et pourrait &#234;tre &#224; l'origine de la crise biologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des crises biologiques connues sont li&#233;es au volcanisme formant de vastes &#233;panchements basaltiques de type trapps. Il s'agit d'un volcanisme intense de point chaud qui se d&#233;clare en zone continentale. Ses &#233;ruptions sont explosives et tr&#232;s productives. Elles projettent d'&#233;normes quantit&#233;s de gaz (CO2 et SO2) ainsi que des poussi&#232;res volcaniques dans l'atmosph&#232;re pendant des centaines de milliers d'ann&#233;es. Cette dur&#233;e longue s'accorde avec les disparitions plus lentes de certaines esp&#232;ces. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CNRS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Site : Mati&#232;re et r&#233;volution&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Entretien avec Jean Chaline&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est Chaline ?&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; en 1937, Jean Chaline a fait ses &#233;tudes sup&#233;rieures &#224; l'Universit&#233; de Dijon et sa carri&#232;re au CNRS, comme Directeur de recherche. Sp&#233;cialiste de l'&#233;volution des rongeurs au Quaternaire, ses travaux se sont orient&#233;s sur la biomorphologie quantitative et les h&#233;t&#233;rochronies du d&#233;veloppement, sur la base des comparaisons entre phylog&#233;nies mol&#233;culaires et ph&#233;n&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline a notamment &#233;t&#233; Pr&#233;sident de l'Association Fran&#231;aise pour l'Etude du Quaternaire- AFEQ, Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du groupe de Recherche International sur les Rongeurs actuels et fossiles de l'Union Pal&#233;ontologique Internationale, membre &#233;lu du Comit&#233; National du CNRS, membre fondateur du Network de l'ESF on &#034; European Quaternary Mammals &#034;, membre du Conseil scientifique de l'Universit&#233; de Bourgogne et vice-Pr&#233;sident &#233;lu charg&#233; de la recherche &#224; l'Universit&#233; de Bourgogne. Il a organis&#233; 12 colloques internationaux sur les th&#232;mes les plus vari&#233;s : &#233;volution des rongeurs, stratigraphie du Quaternaire europ&#233;en, modalit&#233;s et rythmes de l'&#233;volution, ontogen&#232;se et phylogen&#232;se&#8230; Jean Chaline a re&#231;u le Prix Verdaguer de l'Institut de France (1985) et les Palmes acad&#233;miques (1991).&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi ses publications (205 titres et 17 manuels), on retiendra : Le Quaternaire, l'histoire humaine dans son environnement (Doin, 1968), Les rongeurs et l'&#233;volution (Doin, 1979), L'&#233;volution humaine (P.U.F. 1982, 1996), L'histoire de l'homme et les climats au Quaternaire (Doin, 1985), Pal&#233;ontologie des Vert&#233;br&#233;s (Dunod, 1987), (avec C. Devillers), La th&#233;orie de l'&#233;volution ( Dunod, 1989), Une famille peu ordinaire. Du singe &#224; l'homme (Seuil, 1994), Les horloges du vivant (Hachette, 1999), (avec L. Nottale et P. Grou) Les arbres de l'&#233;volution (Hachette, 2000), Un million de g&#233;n&#233;rations. Aux sources de l'humanit&#233; (Seuil, 2001).&lt;br class='autobr' /&gt; Comment proc&#232;de l'&#233;volution des formes vivantes ? Par s&#233;lection des variations les mieux adapt&#233;es, r&#233;pond la th&#233;orie synth&#233;tique de l'&#233;volution. Pour le pal&#233;ontologue Jean Chaline, cette vision est devenue insatisfaisante, car trop restrictive. Elle doit inclure les d&#233;couvertes r&#233;centes de la biologie du d&#233;veloppement, notamment l'existence des hom&#233;og&#232;nes (ou g&#232;ne Hox) r&#233;gulant la chronologie d'expression des autre g&#232;nes et la forme du d&#233;veloppement embryonnaire. En compagnie de physiciens et d'&#233;conomistes, Jean Chaline tente par ailleurs de formaliser des lois plus g&#233;n&#233;rales d'&#233;volution p&#233;riodique des ph&#233;nom&#232;nes complexes, applicables &#224; l'univers, &#224; la vie et aux soci&#233;t&#233;s. Entretien avec un visionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt; Depuis bient&#244;t quarante ans, vous &#233;tudiez la population des rongeurs quaternaires, notamment des campagnols. De tr&#232;s nombreuses donn&#233;es quantitatives ont &#233;t&#233; accumul&#233;es. Avez-vous pu en extraire un mod&#232;le &#233;volutif ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline : j'ai pu montr&#233; en &#233;tudiant les campagnols que l'&#233;volution graduelle existait bien &#224; l'int&#233;rieur d'une lign&#233;e comme celle des rats-taupiers d'Europe (Mimomys) ou d'Am&#233;rique (Ondatra). Mais les changements majeurs entre esp&#232;ces se font par de sauts, par des discontinuit&#233;s g&#233;n&#233;tiques qui se mat&#233;rialisent parfois de fa&#231;on coupl&#233;e, mais qui sont plus g&#233;n&#233;ralement d&#233;coupl&#233;es (diff&#233;rence homme-singe en particulier) au niveau du d&#233;veloppement et de la morphologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai propos&#233; - sans aucun succ&#232;s &#224; cause de la pens&#233;e gouldienne unique en cours - de modifier le mod&#232;le des &#034;&#233;quilibres ponctu&#233;s&#034; de Gould et Eldredge en un mod&#232;le des &#233;quilibres et d&#233;s&#233;quilibres (&#233;volution graduelle li&#233;e &#224; l'environnement) ponctu&#233;s par les ph&#233;nom&#232;nes de sp&#233;ciation. Mais on m'a refus&#233; une note &#224; Nature (une simple r&#233;ponse) sur le sujet, apr&#232;s une note de Gould vantant son mod&#232;le g&#233;n&#233;ralisant abusivement les ponctuations&#8230; sans prendre en compte les vrais exemples de gradualismes d&#251;ment d&#233;montr&#233;s (campagnols et ammonites). &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait les syst&#232;mes en g&#233;n&#233;ral &#233;voluent par des &#034;sauts discrets&#034; et graduellement, mais &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes&#8230; Cela a tout de m&#234;me &#233;t&#233; publi&#233; dans les Compte-rendus de l'Acad&#233;mie des Sciences et Quaternary International&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; On annonce r&#233;guli&#232;rement la &#034;crise&#034; ou le &#034;d&#233;passement&#034; de la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution. Mais les alternatives propos&#233;es (neutralisme de Kimura, ponctuationnisme de Gould-Eldredge dont vous venez de parler, crypto-cr&#233;ationnisme de Denton) n'offrent pas de mod&#232;les solides. Vous-m&#234;me, comment vous situez par rapport &#224; la synth&#232;se &#233;volutionnaire d'inspiration n&#233;o-darwinienne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline : &#224; mon avis, le stade de la th&#233;orie synth&#233;tique (1930-47) est compl&#232;tement d&#233;pass&#233; &#224; cause de la d&#233;couverte de l'ADN, de la biologie du d&#233;veloppement et des h&#233;t&#233;rochronies qui lui sont li&#233;es. Ces nouvelles approches montrent que pour passer d'un plan d'organisation mouche &#224; celui d'un vert&#233;br&#233;, il ne faut faire intervenir que 4 g&#232;nes &#034;Hox&#034; antagonistes, et non des milliers, voire des millions de mutations toujours tri&#233;es dans le m&#234;me sens par la s&#233;lection naturelle, comme le postulait la th&#233;orie synth&#233;tique des ann&#233;es quarante. &lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;Hox connection&#034; remet en cause la plupart des concepts de la th&#233;orie synth&#233;tique, dont il ne reste plus grand chose d'original. La s&#233;lection naturelle joue un grand r&#244;le de tri des innovations. Cela n'emp&#234;che pas la contingence et le hasard de jouer eux aussi, au contraire, mais pas comme le pensait J. Monod de fa&#231;on absolu ! Le hasard est contraint. La th&#233;orie neutraliste intervient, le ponctualisme doit &#234;tre aussi int&#233;gr&#233;, mais &#224; leur place, &#224; leur &#233;chelle repective. Ici intervient un nouveau concept majeur, celui de l'organisation hi&#233;rarchique du vivant, avec toutes ses &#233;chelles o&#249; apparaissent des propri&#233;t&#233;s diff&#233;rentes, impr&#233;visibles par l'analyse du niveau sou-jacent ! Quant &#224; l'adaptation consid&#233;r&#233;e comme le moteur de l'&#233;volution, la biologie du d&#233;veloppement montre par exemple que la main &#224; 5 doigts n'est pas une adaptation graduelle (graduaptation), mais un effet secondaire du g&#232;ne &#034;shh&#034; qui conditionne aussi le syst&#232;me nerveux et le tube digestif (voir &#224; ce sujet les travaux de l'&#233;quipe de Dubloule) ! J'ai d&#233;velopp&#233; ces id&#233;es dans un livre intitul&#233; Les horloges du vivant. Mais la &#034;pens&#233;e unique&#034; n&#233;o-darwinienne refuse de voir les nouvelles r&#233;alit&#233;s et ne se pose surtout pas de question. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas la fonction qui cr&#233;e l'organe, comme le pensait Lamarck. Ce n'est pas l'adaptation (s&#233;lection naturelle) qui fa&#231;onne l'organe, comme l'estimait la th&#233;orie synth&#233;tique (sauf dans le cas des &#034;graduaptations&#034;, c'est-&#224;-dire des adaptations graduelles d'un caract&#232;re). C'est le nouvel organe, apparu par mutation (saltaptation), qui permet une nouvelle fonction - &#224; condition que la s&#233;lection naturelle lui donne son label de survie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, je rejette totalement les approches de Denton qui est un cr&#233;ationniste incomp&#233;tent en pal&#233;ontologie&#8230; J'ai &#233;crit un roman scientifique anticr&#233;ationniste, Op&#233;ration Adam, sous le pseudonyme de Ivan Petrovitch C. o&#249; je pr&#233;sente les arguments des deux camps&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; Depuis D'Arcy Thompson jusqu'&#224; Ren&#233; Thom, beaucoup de chercheurs se sont pench&#233;s sur les constantes ou ruptures morphologiques de l'&#233;volution et, plus g&#233;n&#233;ralement, sur la g&#233;om&#233;trie du vivant. Avez-vous une dette vis &#224; vis de cette lign&#233;e scientifique ? Quels sont selon vous ses principaux apports ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline : en ce qui concerne les ruptures morphologiques, la premi&#232;re &#233;tape a &#233;t&#233; de tenter de quantifier les diff&#233;rences morphologiques, ce qui se fait maintenant tr&#232;s bien avec la morphologie g&#233;om&#233;trique. D'Arcy Thomson et R. Thom ont &#233;t&#233; des pr&#233;curseurs dans ce domaine&#8230; o&#249; ils ont pr&#233;sent&#233; des donn&#233;es empiriques descriptives. Mais ils ont &#233;t&#233; peu suivis en raison du manque de formation des jeunes chercheurs. Comme disait justement Thom, pr&#233;dire n'est pas expliquer ! &lt;br class='autobr' /&gt; Vous avez tent&#233; de dresser un mod&#232;le probabiliste d'&#233;volution, capable notamment de pr&#233;dire certains sauts macro-&#233;volutifs. Quelles en sont les principales conclusions (notamment pour l'esp&#232;ce humaine) ? Poss&#232;de-t-on suffisamment d'archives pal&#233;ontologiques pour alimenter ce mod&#232;le et r&#233;duire au minimum le &#034;bruit&#034; de ses incertitudes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline : j'ai travaill&#233; &#224; ce sujet avec Laurent Nottale, astrophysicien &#224; Meudon. Il a propos&#233; la th&#233;orie de la relativit&#233; d'&#233;chelle, qui relie la th&#233;orie de la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale &#224; celle des quanta en introduisant les &#233;chelles dans les &#233;quations (toujours cette question d'&#233;chelle !). Pierre Grou (&#233;conomiste) s'est associ&#233; &#224; notre r&#233;flexion. Nous avons recherch&#233; les points communs aux syst&#232;mes univers, vie et soci&#233;t&#233;s&#8230; Or, en 1991, avec Jacques Dubois (Institut de Physique du Globe), j'avais montr&#233; que les apparitions et extinctions d'esp&#232;ces chez les campagnols se faisaient en suivant des lois de puissance (m&#233;thode de la poussi&#232;re de Cantor), ce qui impliquait l'existence de structures fractales.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi j'ai propos&#233; en 1996 &#224; Nottale de rechercher si les dates d'apparition des grands plans d'organisation des primates (simiens, cercopith&#232;ques, grands singes, australopith&#232;ques et hommes) ne suivaient pas de telles lois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nottale venait de recevoir un travail de D. Sornette (physicien &#224; Nice) sur l' &#034;invariance d'&#233;chelle discr&#232;te&#034; s'exprimant lors des ph&#233;nom&#232;nes critiques (passage de la glace &#224; l'eau par exemple) selon des lois log-p&#233;riodiques. Il a essay&#233; cette loi que D. Sornette avait appliqu&#233; au tremblement de terre de Kob&#233; et aux krachs boursiers et, curieusement, de fa&#231;on totalement insoup&#231;onn&#233;e, les dates donn&#233;es s'alignaient selon une loi log-p&#233;riodique d'acc&#233;l&#233;ration&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons test&#233; cette loi sur les rongeurs en g&#233;n&#233;ral (la moiti&#233; des mammif&#232;res) o&#249; appara&#238;t d'abord une d&#233;c&#233;l&#233;ration, puis une acc&#233;l&#233;ration ; sur les &#233;chinodermes, o&#249; se r&#233;alise une d&#233;c&#233;l&#233;ration ; sur les grands &#233;v&#233;nements de la vie, avec toujours une acc&#233;l&#233;ration. Un essai sur les dinosaures d'apr&#232;s les donn&#233;es am&#233;ricaines les plus pr&#233;cises montre &#233;galement une acc&#233;l&#233;ration chez les sauropodes et les th&#233;ropodes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons montr&#233; que dans cette loi, le temps critique o&#249; le ph&#233;nom&#232;ne atteint son paroxysme ne correspond pas &#224; la p&#233;riode d'extinction, mais &#224; celle probable de la perte des capacit&#233;s d'&#233;volution qui le fragilise &#224; l'occasion d'un futur changement d'environnement. Nous venons de le tester sur le d&#233;veloppement embryologique humain avec une d&#233;c&#233;l&#233;ration depuis la f&#233;condation&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me qui se pose est celui de trouver des &#034;cladogrammes&#034; les plus cr&#233;dibles, ce qui est difficile en raison du manque de rigueur de certains coll&#232;gues pour identifier les apomorphies. De plus, il faut des &#233;v&#233;nements dat&#233;s avec la meilleure pr&#233;cision possible. C'est pourquoi les exemples sont si rares et que nous sommes preneurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons test&#233; honn&#234;tement les biais possibles et tous ont &#233;t&#233; rejet&#233;s avec une forte probabilit&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; On accuse parfois le darwinisme d'&#234;tre d&#233;terministe. Il semble que vous ajoutiez une dimension suppl&#233;mentaire en faisant l'hypoth&#232;se d'un &#034;d&#233;terminisme chaotique&#034;, de nature fractale. Aboutirons-nous &#224; un &#034;hyperd&#233;terminisme&#034; bio-physique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline : ce qui a beaucoup frapp&#233; certains coll&#232;gues pal&#233;ontologues (pas les physiciens, matheux et chimistes enthousiastes), notamment ceux qui ont mal accueilli cette approche, c'est le fait d'introduire du d&#233;terminisme dans ce qui leur paraissait se faire au hasard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or cette critique rel&#232;ve uniquement de leur culture limit&#233;e dans ce domaine. Il y a deux formes de hasard selon Mandelbrot, le &#034;hasard b&#233;nin&#034; du mouvement brownien, qui s'exprime selon une courbe de Gauss, et le &#034;hasard sauvage&#034; de L&#233;vy, qui s'exprime par des lois de puissance comme celle utilis&#233;e par Sornette. Notre loi est une loi du hasard ! Donc leur critique passe &#224; la trappe ubuesque&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La pens&#233;e unique existe &#224; un &#233;tat que je ne soup&#231;onnais pas dans toutes les disciplines et il est tr&#232;s difficile d'introduire des id&#233;es nouvelles qui remettent en cause des id&#233;es re&#231;us, si rassurantes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La mauvaise qualit&#233; des archives pal&#233;ontologiques est bien connue, mais ce que ne savent pas nos coll&#232;gues, c'est qu'il suffit de trois points de la courbe pour l'&#233;tablir et d&#233;finir le point critique Tc qui caract&#233;rise la lign&#233;e consid&#233;r&#233;e. C'est extraordinaire. C'est-&#224;-dire que la loi est si &#034;structurante&#034; (il s'agit d'une loi de structuration) qu'elle s'impose m&#234;me avec des donn&#233;es moyennes ! Le bruit de fond des incertitudes est pris en compte et ne trouble pas le r&#233;sultat. Un coll&#232;gue a propos&#233; d'autres caract&#232;res et dates pour les primates. Or, la loi log-p&#233;riodique obtenue avec ses donn&#233;es est la m&#234;me que le n&#244;tre, car ses autres choix entrent dans la variabilit&#233; des donn&#233;es des plans d'organisation retenus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons appliqu&#233; la m&#234;me loi &#224; l'&#233;volution &#233;conomique, puisqu'elle s'applique aux krachs, et nous avons conclu (selon des &#034;pr&#233;dictions probabilistes&#034;) que le syst&#232;me &#233;conomique actuel s'effondrerait vers 2080 (plus ou moins 30 ans). Voil&#224; qui devrait rassurer Jos&#233; Bov&#233;, mais a fait r&#233;agir bien des coll&#232;gues !&lt;br class='autobr' /&gt;
Un physicien, Diogo Queiros Cond&#233;, qui faisait un post-doc &#224; Cambridge sur la turbulence, a retrouv&#233; notre loi dans ces ph&#233;nom&#232;nes. Etonnant, non ? C'est-&#224;-dire qu'il s'agit vraisemblablement d'une loi universelle s'appliquant aux &#034;syst&#232;mes &#233;volutifs temporels de type critique&#034;. Et l'&#233;volution des esp&#232;ces s'y int&#232;gre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons publi&#233; le livre les &#034;arbres de l'&#233;volution&#034; pour montrer la premi&#232;re &#233;tape de notre approche. Actuellement, nous poursuivons notre effort et nous avons trouv&#233; une explication de ces lois log-p&#233;riodiques, ce sera l'objet d'un prochain livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le darwinisme est d&#233;terministe &#224; certaines &#233;chelles, et pas &#224; d'autres&#8230; Raison de plus pour accepter l'id&#233;e que nous sommes dans un nouveau stade de la th&#233;orie synth&#233;tique, quelque soit le nom qu'on lui donne.En fait, on passe d'un stade &#224; l'autre tous les 50 ans environ (Lamarck:1809 ; Darwin:1859 ; mutationnisme : 1900-1910 : th&#233;orie synth&#233;tique : 1930-40). Mais l'orthodoxie se d&#233;fend bec et ongles&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut donc pas dire que nous introduisons un hyperd&#233;terminisme. En fait, il s'agit de l'extension de l'application des lois physiques non-lin&#233;aires au domaine de l'&#233;volution du vivant, qui suit les m&#234;mes lois physiques que l'inorganique, selon les &#233;chelles.&lt;br class='autobr' /&gt; Comment d&#233;cririez-vous l'&#233;mergence r&#233;cente de l'esp&#232;ce humaine (ou des esp&#232;ces humaines, si l'on prend en compte la floraison des phylum depuis 3 millions d'ann&#233;es) ? Y a-t-il eu selon vous un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans cette apparition ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Chaline : en ce qui concerne l'&#233;volution humaine j'ai propos&#233; un mod&#232;le alternatif &#224; celui de l' &#034;East-side story&#034; de Coppens : l'Inside Story (&#224; cause du r&#244;le majeur de la g&#233;n&#233;tique, de la biologie du d&#233;veloppement et de ses alt&#233;rations ou h&#233;t&#233;rochronies). Le mod&#232;le de Coppens est d&#233;menti par toutes les donn&#233;es scientifiques, aussi bien g&#233;n&#233;tiques, que d&#233;velopementales, et m&#234;me climatiques, puisque ce n'est pas la Vall&#233;e du Rift qui d&#233;termine le climat de l'Afrique, mais la convergence intertropicale ou &#233;quateur m&#233;t&#233;orologique, comme l'a montr&#233; Hadley en 1735. Si la th&#233;orie de Coppens &#233;tait vraie, selon laquelle la bip&#233;die humaine r&#233;sulterait de l'apparition des savanes en Afrique, toutes les esp&#232;ces qui vivent dans les savanes devraient alors &#234;tre bip&#232;des ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien paru dans Dossier BioSciences, 11, mai juillet 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gerald Schroeder&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#034;L'&#233;volution, rationalit&#233; ou hasard ?&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la base de la th&#233;orie n&#233;o-darwinienne de l'&#233;volution s'inscrivent deux conjectures fondamentales : que les changements dans les morphologies sont induits par des mutations al&#233;atoires sur le g&#233;nome, et que ces changements dans la morphologie des plantes ou des animaux contribuent &#224; ce que la vie d&#233;tienne plus ou moins de chances de succ&#232;s dans la comp&#233;tition pour survivre. Avec la s&#233;lection naturelle, les &#233;volutionnistes pr&#233;tendent tenir la th&#233;orie de l'&#233;volution &#224; l'&#233;cart de tout processus al&#233;atoire. La s&#233;lection n'est en aucune mani&#232;re al&#233;atoire. Elle est fonction de l'environnement. Le hasard reste cependant la force motrice fondamentale qui produit les diverses morphologies derri&#232;re la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la question : Est-ce que des mutations al&#233;atoires peuvent produire l'&#233;volution de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que l'&#233;volution est principalement une &#233;tude de l'histoire de la vie, les analyses statistiques de l'&#233;volution s'&#233;vertuent &#224; prendre en consid&#233;ration les multiples conditions qui existaient pendant ces longues &#232;res pass&#233;es. Les taux de mutations, les contenus de &#034; l'ADN originel &#034;, et les conditions &#233;cologiques affectent tous les taux et la direction des changements dans la morphologie. Et ce sont tous des inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit jamais se demander quelle est la vraisemblance pour qu'un ensemble sp&#233;cifique de mutations parvienne &#224; produire un animal sp&#233;cifique. Cela impliquerait une direction dans l'&#233;volution, et toutes les th&#233;ories darwiniennes de l'&#233;volution postulent que l'&#233;volution n'a aucune direction. Les changements induits, et donc les nouvelles morphologies, sont totalement al&#233;atoires, quels que soient les d&#233;fis pr&#233;sent&#233;s par l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combinaisons de prot&#233;ines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cet arri&#232;re-plan, jetons un regard sur le d&#233;veloppement de l'&#233;volution. La vie est, dans son essence, une combinaison symbiotique de prot&#233;ines - ainsi que d'autres structures, mais nous ne parlerons ici que des prot&#233;ines. L'histoire de la vie nous enseigne que les combinaisons de prot&#233;ines ne sont pas toutes viables. A l'explosion cambrienne de la vie animale, il y a 530 millions d'ann&#233;es, quelque 50 phyla (s&#233;ries fondamentales d'esp&#232;ces animales ou v&#233;g&#233;tales descendant les unes des autres) sont apparus soudain dans les donn&#233;es fournies par les fossiles. Il n'en a surv&#233;cu que 30 &#224; 34. Le reste a p&#233;ri. Depuis lors, aucun nouveau phylum n'a &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que la revue mensuelle Scientific American se soit demand&#233; si le m&#233;canisme de l'&#233;volution a chang&#233; d'une mani&#232;re qui interdise l'apparition de tout autre phylum. Ce n'est pas que le m&#233;canisme de l'&#233;volution a chang&#233; ; c'est notre compr&#233;hension de la mani&#232;re dont fonctionne l'&#233;volution qui doit changer pour tenir compte des enseignements venant des donn&#233;es fournies par les fossiles. Pour reprendre l'expression employ&#233;e par le pal&#233;ontologiste am&#233;ricain Stephen Jay Gould, de l'Universit&#233; de Harvard, il appara&#238;t que le flux de la vie est &#034; canalis&#233; &#034; le long de ces 34 directions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cette &#034; canalisation &#034; et voyons si cela peut &#234;tre le r&#233;sultat de d&#233;veloppements al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les humains et tous les mammif&#232;res poss&#232;dent environ 50 000 g&#232;nes. Cela implique, comme estimation de magnitude, environ 50 000 prot&#233;ines. Or, on estime &#224; environ 30 millions le nombre des esp&#232;ces animales sur terre. Si les g&#233;nomes de tous les animaux produisaient 50 000 prot&#233;ines, et qu'aucune prot&#233;ine ne soit commune parmi toutes ces esp&#232;ces - ce que nous savons &#234;tre faux, mais nous avan&#231;ons ici une supposition qui favorise dans nos calculs la th&#232;se d'une &#233;volution al&#233;atoire - il y aurait (30 millions x 50 000) = 1,5 trillion (1,5 x un milliard de milliards) de prot&#233;ines dans toute vie. (Le nombre r&#233;el est consid&#233;rablement inf&#233;rieur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons maintenant la vraisemblance de ces combinaisons viables de prot&#233;ines r&#233;sultant du hasard, tout en rappelant que, comme nous l'ont enseign&#233; les &#233;v&#233;nements qui ont suivi l'explosion cambrienne, les combinaisons de prot&#233;ines n'ont pas toutes &#233;t&#233; viables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec des chances comme celles-l&#224;, il est &#233;tonnant que nos corps aient jamais tenu debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prot&#233;ines sont des enroulements &#034; peptidiques &#034; de plusieurs centaines d'acides amin&#233;s. Si nous consid&#233;rons une prot&#233;ine typique, elle est une cha&#238;ne de 300 acides amin&#233;s. Il existe dans la vie 20 acides amin&#233;s intervenant ordinairement. Cela signifie que le nombre de combinaisons possibles des acides amin&#233;s dans la prot&#233;ine qui nous sert de mod&#232;le est de 20300 (20 &#224; la puissance 300, c'est-&#224;-dire 20 multipli&#233; 300 fois par lui-m&#234;me), ou dans le syst&#232;me, qui nous est plus familier, de num&#233;ration d&#233;cimale, 10390 (10 &#224; la puissance 390, c'est-&#224;-dire le chiffre 1 suivi de 390 z&#233;ros !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature a la possibilit&#233; de choisir parmi les possibles 10390 prot&#233;ines, les 1,5 fois un milliard de milliards de prot&#233;ines dont se compose toute vie viable. Autrement dit, pour chaque choix correct, il y a 10378 mauvais choix ! Avec des chances comme celles-l&#224;, il est &#233;tonnant que nos corps aient jamais tenu debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela aurait-il pu arriver &#224; la suite de mutations al&#233;atoires du g&#233;nome ? Pas si notre mani&#232;re de poser les statistiques est correcte. Ce serait comme si la nature puisait au fond d'un sac contenant un milliard de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de prot&#233;ines - et qu'elle en ait tir&#233; celle qui fonctionnait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... puis elle aurait r&#233;p&#233;t&#233; ce geste un million de millions de fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impossibilit&#233; d'un ordre de production al&#233;atoire n'est pas diff&#233;rente d'une tentative qui viserait &#224; produire les &#339;uvres de Shakespeare, ou toute s&#233;quence significative de lettres contenant plus que quelques mots, au moyen d'un g&#233;n&#233;rateur al&#233;atoire de lettres. Le seul r&#233;sultat en serait du charabia, tout simplement parce que le nombre de combinaisons absurdes de lettres d&#233;passerait consid&#233;rablement celui des combinaisons significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la vie, c'&#233;tait et c'est encore un charabia mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des changements morphologiques brutaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature, la biologie mol&#233;culaire et l'explosion cambrienne de la vie animale nous ont donn&#233; la possibilit&#233; d'&#233;tudier de pr&#232;s les possibilit&#233;s pour le hasard d'avoir &#233;t&#233; une source de d&#233;veloppement dans l'&#233;volution. Si les donn&#233;es fournies par les fossiles constituent une description exacte du d&#233;veloppement de la vie, cela veut dire que les 34 s&#233;ries fondamentales de corps qui ont surgi &#224; l'&#232;re cambrienne comprennent tout ce qui constitue la vie animale jusqu'&#224; aujourd'hui. L'arbre de vie qui imaginait une progression graduelle des phyla &#224; partir de formes simples (comme les &#233;ponges) vers une vie plus complexe (comme les vers), puis vers les cr&#233;atures &#224; coquilles (comme les mollusques), a &#233;t&#233; remplac&#233; par le &#034; buisson &#034; de vie dans lequel les &#233;ponges, les vers, les mollusques et tous les autres 34 phyla sont apparus simultan&#233;ment. Chacune de ces lignes issues du buisson ont ensuite d&#233;velopp&#233; une myriade de variations, mais les variations sont toujours rest&#233;es &#224; l'int&#233;rieur du plan fondamental des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les structures qui sont apparues &#224; l'&#232;re cambrienne il y a eu les membres, les griffes, les intestins et les yeux avec des lentilles optiquement parfaites. Ils ont fait irruption dans l'existence sans aucune allusion sous-jacente dans les donn&#233;es fournies par les fossiles en annon&#231;ant la venue. En dessous d'eux dans les stratifications rocheuses, et donc plus anciens, sont les fossiles de bact&#233;ries unicellulaires, les algues, les protozoaires et des masses connues comme les fossiles &#233;diacariens non structur&#233;s &#224; l'identit&#233; incertaine. Comment de telles complexit&#233;s ont pu se former soudain par des d&#233;veloppements al&#233;atoires, c'est l&#224; une question sans r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son ouvrage : L'origine des esp&#232;ces, Darwin exhorte ceux qui veulent croire en sa th&#233;orie &#224; ignorer les donn&#233;es fournies par les fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que Darwin lui-m&#234;me, &#224; sept reprises dans l'Origine des esp&#232;ces, ait exhort&#233; le lecteur, s'il voulait croire en sa th&#233;orie, &#224; ignorer les donn&#233;es fournies par les fossiles. Les changements morphologiques brutaux sont contraires &#224; l'affirmation souvent r&#233;p&#233;t&#233;e de Darwin selon laquelle la nature ne fait pas de bonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin a bas&#233; sa th&#233;orie sur l'&#233;levage des animaux plut&#244;t que sur les fossiles. Si en quelques g&#233;n&#233;rations d'&#233;levage s&#233;lectif un &#233;leveur peut produire un mouton robuste &#224; partir d'un anc&#234;tre ch&#233;tif, alors, a raisonn&#233; Darwin, en quelques millions ou milliards de g&#233;n&#233;rations une &#233;ponge aurait pu &#233;voluer jusqu'&#224; devenir un singe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les donn&#233;es fournies par les fossiles n'apportaient alors, ni n'apportent aujourd'hui aucun soutien &#224; cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition brutale de nouvelles esp&#232;ces dans les donn&#233;es fossiles est si fr&#233;quente que l'hebdomadaire Science, bastion am&#233;ricain de la pens&#233;e scientifique pure, a pos&#233; la question sous le titre : Did Darwin get it all right ? (&#034; Darwin a-t-il vu juste ? &#034;), et a r&#233;pondu : &#034; Non ! &#034; L'apparition des ailes est un exemple classique. Les donn&#233;es fournies par les fossiles ne contiennent aucune indication selon laquelle des ailes sont sur le point de faire leur apparition. Or, elles sont apparues, pleinement form&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons devoir changer notre concept de l'&#233;volution pour int&#233;grer une r&#233;alit&#233; qui fait que le d&#233;veloppement de la vie contient en lui-m&#234;me quelque chose d'exotique &#224; l'&#339;uvre, quelque d&#233;veloppement totalement inattendu qui produirait ces soudains d&#233;veloppements. Le changement dans le paradigme serait similaire &#224; celui qu'ont connu les sciences physiques quand les th&#233;ories classiques et logiques inspir&#233;es par Newton ont &#233;t&#233; balay&#233;es par les ph&#233;nom&#232;nes totalement illogiques (au sens des normes humaines de la logique) observ&#233;s dans la physique des quanta, y compris les changements quantiques dans l'&#233;mission du rayonnement d'un corps, m&#234;me quand la temp&#233;rature de ce corps augmente graduellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des formes inf&#233;rieures pr&#233;programm&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'av&#232;nement de l'aptitude, par la biologie mol&#233;culaire, &#224; discerner la structure des prot&#233;ines et des g&#232;nes, la comparaison statistique de la similarit&#233; de ces structures parmi les animaux est devenue possible. Le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de l'&#339;il est le m&#234;me chez tous les mammif&#232;res. Cela n'est pas surprenant. Les donn&#233;es fournies par les fossiles impliquent une branche commune pour tous les mammif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est surprenant, pour ne pas dire stup&#233;fiant, c'est la similarit&#233; du g&#232;ne de mammif&#232;re qui contr&#244;le le d&#233;veloppement des yeux chez les mollusques et dans les syst&#232;mes visuels chez les vers. On peut dire la m&#234;me chose pour le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de membres chez les insectes et chez les humains. En fait, ce g&#232;ne est si similaire que des morceaux du g&#232;ne des mammif&#232;res, si on les introduit dans une mouche de fruit, feront appara&#238;tre une aile sur la mouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela aurait un sens si le d&#233;veloppement de la vie &#233;tait d&#233;crit comme un arbre. Mais le buisson de vie signifie que juste au-dessus du niveau de la vie unicellulaire, les insectes, les mammif&#232;res, les vers et les mollusques se sont s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#232;ne de l'&#339;il a 130 sites. Cela veut dire qu'il y a 20130 (20 &#224; la puissance 130, c'est-&#224;-dire 20 multipli&#233; 130 fois par lui-m&#234;me) combinaisons possibles d'acides amin&#233;s le long de ces sites. Pour les raisons qui lui sont propres, la nature a s&#233;lectionn&#233; la m&#234;me combinaison d'acides amin&#233;s pour tous les syst&#232;mes visuels de tous les animaux. Cette fid&#233;lit&#233; ne peut pas avoir &#233;t&#233; caus&#233;e par hasard. Elle doit avoir &#233;t&#233; pr&#233;programm&#233;e dans des formes inf&#233;rieures de vie. Mais ces formes inf&#233;rieures de vie, constitu&#233;es par une seule cellule, n'avaient pas d'yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces donn&#233;es ont d&#233;concert&#233; la th&#233;orie classique de &#034; l'&#233;volution al&#233;atoire et ind&#233;pendante &#034; qui aurait produit ces structures convergentes. Cette similarit&#233; est si totalement insoup&#231;onn&#233;e par les th&#233;ories classiques de l'&#233;volution, que la plus prestigieuse des revues scientifiques des Etats-Unis, Science, a rapport&#233; : &#034; L'hypoth&#232;se selon laquelle l'&#339;il du c&#233;phalopode [mollusque] a &#233;volu&#233; en convergence avec celui des vert&#233;br&#233;s [humains] est remise en question par nos d&#233;couvertes r&#233;centes du [g&#232;ne] Pax-6... Le concept selon lequel les yeux des invert&#233;br&#233;s ont &#233;volu&#233; de mani&#232;re compl&#232;tement ind&#233;pendante de l'&#339;il des vert&#233;br&#233;s devra &#234;tre r&#233;examin&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas perdre de vue la port&#233;e de cette affirmation. On nous demande de r&#233;examiner l'id&#233;e que l'&#233;volution est un agent libre. La convergence, la similarit&#233; de ces g&#232;nes, est si grande qu'elle n'a pas pu arriver, qu'elle n'est pas arriv&#233;e par des r&#233;actions purement al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fossiles dans les Rocheuses canadiennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mus&#233;e britannique d'histoire naturelle &#224; Londres a une subdivision enti&#232;re consacr&#233;e &#224; l'&#233;volution des esp&#232;ces. Et quelle &#233;volution y d&#233;montre-t-on ? Des marguerites roses devenant des marguerites bleues ; des petits chiens devenant de grands chiens ; quelques esp&#232;ces de scalaires - poissons de la famille des cichlid&#233;s - devenant en quelques milliers d'ann&#233;es seulement une douzaine d'esp&#232;ces de scalaires. Tr&#232;s impressionnant ! Jusqu'au moment o&#249; vous vous rendez compte que les marguerites sont rest&#233;es des marguerites, que les chiens sont rest&#233;s des chiens et que les scalaires sont rest&#233;s des scalaires. Cela s'appelle la micro&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mus&#233;e magnifique, avec toutes ses ressources, ne pourrait pas produire un seul exemple d'un phylum qui aurait &#233;volu&#233; jusqu'&#224; en devenir un autre. Ce sont les m&#233;canismes de la macro&#233;volution, le changement d'un phylum ou d'une classe d'animal en une autre, qui ont &#233;t&#233; remis en question par ces donn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Walcott r&#233;inhuma tous les 60 000 fossiles dans les tiroirs de son laboratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; de cette explosion de vie a &#233;t&#233; d&#233;couverte longtemps avant d'avoir &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e. En 1909, Charles D. Walcott, qui cherchait des fossiles dans les Montagnes Rocheuses canadiennes, d&#233;couvrit une strate de schiste pr&#232;s du col Burgess, riche en fossiles de l'&#232;re cambrienne. Pendant quatre ans, Walcott a extrait de ce schiste entre 60 000 et 80 000 fossiles. Ces fossiles contenaient des repr&#233;sentants de tous les phyla qui existent aujourd'hui (sauf un). Walcott enregistra m&#233;ticuleusement ses r&#233;sultats dans des cahiers. Aucun nouveau phylum n'a jamais &#233;volu&#233; apr&#232;s l'explosion cambrienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fossiles auraient pu changer le concept entier de l'&#233;volution d'un arbre de vie &#224; un buisson de vie. Ils l'ont fait, mais pas en 1909. Walcott savait qu'il avait d&#233;couvert quelque chose de tr&#232;s important. Mais il ne pouvait pas croire que l'&#233;volution aurait pu survenir dans une telle explosion de formes de vie (&#034; simultan&#233;ment &#034;, pour reprendre les termes du Scientific American). Cela aurait totalement contredit la th&#233;orie de Darwin dont lui-m&#234;me et ses coll&#232;gues &#233;taient impr&#233;gn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi Walcott r&#233;inhuma-t-il les fossiles, tous les 60 000, cette fois dans les tiroirs de son laboratoire. Il &#233;tait le directeur du Smithsonian Institute &#224; Washington. Ce n'est qu'en 1985 qu'ils ont &#233;t&#233; red&#233;couverts (dans les tiroirs du Smithsonian). Si Walcott l'avait voulu, il aurait pu embaucher une cohorte d'&#233;tudiants pour travailler sur les fossiles. Mais il choisit de ne pas faire chavirer le bateau de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des repr&#233;sentants fossiles de l'&#232;re cambrienne ont &#233;t&#233; d&#233;couverts en Chine, en Afrique, aux Iles Britanniques, en Su&#232;de, au Groenland. L'explosion a &#233;t&#233; mondiale. Mais avant qu'il devienne de bon ton de discuter la nature extraordinaire de l'explosion, on s'est tout simplement abstenu d'en rapporter les donn&#233;es. C'est l&#224; un exemple classique de dissonance cognitive, mais un exemple pour lequel nous avons tous pay&#233; un prix &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Docteur Gerald Schroeder est un physicien atomiste qui a fait partie du personnel enseignant du MIT ainsi que de la Commission &#224; l'&#233;nergie atomique des Etats-Unis. Il est l'auteur du livre : Genesis and the Big Bang (Bantam Books 1990) et a r&#233;cemment publi&#233; l'ouvrage : The Science of G-d. Il vit aujourd'hui &#224; J&#233;rusalem avec sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COMMENT FONCTIONNE L'EVOLUTION DES ESP&#200;CES, QUELS EN SONT LES RYTHMES ET A-T-ELLE POUR BUT LE PROGR&#200;S ET L'ADAPTATION ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stephen Jay Gould&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#171; Le pouce du panda &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
ou &#171; Les grandes &#233;nigmes de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &#171; synth&#232;se moderne &#187;, version contemporaine du darwinisme qui r&#232;gne depuis trente ans, a consid&#233;r&#233; que le mod&#232;le de substitution des g&#232;nes par adaptation dans les populations locales rendait valablement compte, par accumulation et extension, de toute l'histoire de la vie. Le mod&#232;le peut fort bien fonctionner dans le domaine empirique des adaptations mineures et locales. Les populations du papillon de nuit, ou phal&#232;ne du bouleau, sont devenues effectivement noires par la substitution d'un seul g&#232;ne ; il s'agit l&#224; d'une r&#233;ponse s&#233;lective &#224; une demande de diminution de visibilit&#233; sur des arbres noircis par la suie industrielle. Mais l'apparition d'une nouvelle esp&#232;ce est-elle simplement due &#224; ce processus &#233;largi &#224; un plus vaste nombre de g&#232;nes et &#224; un effet plus important ? Les tendances ma&#238;tresses de l'&#233;volution dans les principales lign&#233;es ne sont-elles qu'une accumulation plus pouss&#233;e d'une suite de transformations adaptatives ? &lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreux &#233;volutionnistes (dont je fais partie) commencent &#224; mettre en doute cette synth&#232;se et &#224; soutenir la th&#232;se hi&#233;rarchique selon laquelle les diff&#233;rences de niveau dans le changement &#233;volutif refl&#232;tent souvent des cat&#233;gories de causes diff&#233;rentes. Une rectification mineure au sein d'une population peut &#234;tre le r&#233;sultat d'un processus adaptatif. Mais la sp&#233;ciation peut se produire &#224; la suite de changements chromosomiques majeurs entra&#238;nant la st&#233;rilit&#233; chez d'autres esp&#232;ces pour des raisons n'ayant aucun rapport avec l'adaptation. Les tendances de l'&#233;volution peuvent repr&#233;senter un type de s&#233;lection &#224; un niveau sup&#233;rieur sur des esp&#232;ces elles-m&#234;mes essentiellement statiques, et non pas de lente et r&#233;guli&#232;re alt&#233;ration d'une seule et large population sur des dur&#233;es ind&#233;termin&#233;es. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la &#171; synth&#232;se moderne &#187;, se r&#233;pandit la notion (&#233;quivalent presque &#224; un dogme chez ses tenants les moins prudents) selon laquelle toute &#233;volution pouvait se r&#233;duire au darwinisme de base, c'est-&#224;-dire au changement adaptatif graduel dans les populations locales. (&#8230;) Par exemple, dans le cheminement complexe du d&#233;veloppement embryonnaire bien des causes simples, des changements mineurs des taux de croissance notamment, peuvent se traduire par des changements nets et surprenants dans l'organisme adulte. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s les premi&#232;res lignes de son trait&#233; sur les orchid&#233;es, Darwin affirme un postulat &#233;volutionniste des plus importants : l'autof&#233;condation continue est une strat&#233;gie qui ne permet pas, &#224; long terme, d'assurer la survie, car la descendance ne transporte que les g&#232;nes d'un seul parent et, de ce fait, des populations ne b&#233;n&#233;ficient pas de la variation suffisante pour obtenir la n&#233;cessaire flexibilit&#233; &#233;volutive face aux changements du milieu. Les plantes qui portent des fleurs dot&#233;es d'organes m&#226;les et femelles &#233;laborent donc g&#233;n&#233;ralement des m&#233;canismes assurant une pollinisation crois&#233;e. Les orchid&#233;es se sont alli&#233;es aux insectes. Elles ont mis au point une vari&#233;t&#233; &#233;tonnante d'artifices pour attirer les insectes et faire en sorte que le pollen visqueux adh&#232;re bien &#224; leurs visiteurs, et que, ainsi transport&#233;, il entre en contact avec les organes femelles de la prochaine orchid&#233;e visit&#233;e par l'insecte. (&#8230;) Equivalent botanique d'un bestiaire, le livre de Darwin donne la liste de tous ces artifices. (&#8230;) Les orchid&#233;es &#233;laborent leurs syst&#232;mes complexes &#224; partir des composants communs aux fleurs ordinaires, organes g&#233;n&#233;ralement con&#231;us pour des fonctions tr&#232;s diff&#233;rentes. (&#8230;) Les orchid&#233;es n'ont pas &#233;t&#233; fabriqu&#233;es par un ing&#233;nieur id&#233;al ; elles ont &#233;t&#233; con&#231;ues &#224; &#8216;aide d'un nombre limit&#233; d'&#233;l&#233;ments disponibles. Elles doivent donc &#234;tre les descendants de fleurs ordinaires. (&#8230;) Nos manuels aiment illustrer l'&#233;volution en citant comme exemples les adaptations les mieux r&#233;ussies : le mim&#233;tisme du papillon prenant l'apparence presque parfaite d'une feuille morte, ou celui d'une esp&#232;ce comestible prenant l'apparence d'un parent v&#233;n&#233;neux. Mais cette adaptation id&#233;ale est un mauvais argument pour l'&#233;volution (&#8230;) Les arrangements bizarres et les solutions cocasses sont la preuve de l'&#233;volution (&#8230;) Ernst Mayr a montr&#233; comment Darwin, en d&#233;fendant l'&#233;volution, a fait appel, avec logique, aux organes et aux distributions g&#233;ographiques les plus d&#233;nu&#233;es de sens. Ce qui m'am&#232;ne au panda g&#233;ant et &#224; son &#171; pouce &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pandas g&#233;ants sont des ours d'un type bien d&#233;fini, membres de l'ordre des carnivores. Les ours ordinaires sont les repr&#233;sentants les plus omnivores de leur ordre, mais les pandas ont restreint l'universalit&#233; de leurs go&#251;ts : ils d&#233;mentent l'appellation de leur ordre en tirant leur subsistance presque exclusivement du bambou. Ils vivent en haute altitude dans les hautes for&#234;ts des montagnes de la Chine occidentale. Gu&#232;re menac&#233;s par les pr&#233;dateurs, ils se tiennent l&#224;, assis, m&#226;chant du bambou de dix &#224; onze heures par jour. (&#8230;) Ils passent le plus clair de leur temps &#224; d&#233;vorer leur cher bambou. Assis bien droit sur leur derri&#232;re, ils manipulent leurs tiges avec leurs pattes avant, se d&#233;barrassant des feuilles pour ne consommer que les pousses. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment le descendant d'une lign&#233;e adapt&#233;e &#224; la course peut utiliser ses mains de fa&#231;on si habile ? Ils tiennent les tiges de bambou dans leurs pattes et les d&#233;pouillent de leurs feuilles en faisant passer les tiges entre un pouce apparemment flexible et les autres doigts. (&#8230;) L'adroite utilisation d'un pouce opposable compte parmi les marques du g&#233;nie humain. Nous avons maintenu, exag&#233;r&#233; m&#234;me, cette importante flexibilit&#233; de nos anc&#234;tres primates, alors que la plupart des mammif&#232;res l'ont sacrifi&#233;e en sp&#233;cialisant leurs doigts. Les carnivores courent, griffent et grattent. Mon chat peut me manipuler psychologiquement, mais jamais il ne tapera &#224; la machine ni ne jouera du piano.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi ai-je compt&#233; les autres doigts du panda pour m'apercevoir &#8211; O surprise plus grande encore ! - qu'ils &#233;taient au nombre de cinq et non de quatre. Ce pouce &#233;tait-il un sixi&#232;me doigt qui aurait &#233;volu&#233; s&#233;par&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Anatomiquement, le &#171; pouce &#187; du panda n'est pas un doigt. Il est construit &#224; partir d'un os appel&#233; le s&#233;samo&#239;de radial (du radius), normalement un des petits os formant le poignet. Chez le panda, le s&#233;samo&#239;de radial est tr&#232;s d&#233;velopp&#233; et si allong&#233; que sa taille atteint presque celle des os des phalanges des vrais doigts. Le s&#233;samo&#239;de radial soutient un renflement de la patte avant du panda (&#8230;) Le pouce du panda est dot&#233; non seulement d'un os pour lui assurer sa force, mais &#233;galement de muscles pour assurer son agilit&#233;. Ces muscles, comme le s&#233;samo&#239;de radial lui-m&#234;me, n'ont pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s de toutes pi&#232;ces. Comme les organes des orchid&#233;es de Darwin, ce sont des &#233;l&#233;ments anatomiques communs, remodel&#233;s pour une fonction nouvelle. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'anatomie des autres carnivores nous fournit-elle une indication sur l'origine de cette curieuse disposition chez les pandas ? (&#8230;) Chez la plupart des carnivores, ces m&#234;mes muscles qui, chez le panda, agissent sur le s&#233;samo&#239;de radial, sont attach&#233;s uniquement &#224; la base du pollex, ou vrai pouce. Mais, chez les ours communs, le long abducteur se termine par deux tendons : l'un s'ins&#232;re &#224; la base du pouce, comme chez la plupart des carnivores, mais l'autre est fix&#233; au s&#233;samo&#239;de radial. (&#8230;) Il semble que toute la succession des transformations de la musculature ait d&#233;coul&#233; automatiquement d'une simple hypertrophie de l'os s&#233;samo&#239;de. Le pouce s&#233;samo&#239;de du panda est une structure complexe form&#233;e par le d&#233;veloppement prononc&#233; d'un os et par une profonde redisposition de la musculature. (&#8230;) L'allongement du s&#233;samo&#239;de radial a pu &#234;tre provoqu&#233; par une transformation g&#233;n&#233;tique, peut-&#234;tre une seule mutation affectant le rythme et la vitesse de la croissance. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vrai pouce du panda, trop sp&#233;cialis&#233; pour &#234;tre utilis&#233; &#224; une autre fonction et devenir un doigt opposable, apte &#224; la manipulation, est rel&#233;gu&#233; &#224; un autre r&#244;le. Le panda est donc contraint de se servir des organes disponibles et de choisir cet os du poignet hypertrophi&#233;, solution quelque peu b&#226;tarde mais tr&#232;s fonctionnelle. Le pouce du panda ne remportera pas de prix au concours L&#233;pine de la nature. Selon l'expression de Michael Ghiselin, ce n'est qu'un truc et non un m&#233;canisme &#233;l&#233;gant. Mais il atteint le but recherch&#233; et nous passionne d'autant plus que ses &#233;l&#233;ments de d&#233;part ne sont pas ceux que l'on aurait pu imaginer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le trait&#233; de Darwin sur les orchid&#233;es est rempli d'illustrations similaires. Le souci Epipactis, par exemple, se sert de son labelle &#8211; un p&#233;tale agrandi &#8211; comme d'un pi&#232;ge. (&#8230;) L'insecte doit sortir par une seule issue qui lui est offerte, ce qui le force &#224; se frotter contre les masses de pollen. (&#8230;) Darwin montre comment, chez des orchid&#233;es, le m&#234;me labelle &#233;volue pour entrer dans la composition d'une s&#233;rie de syst&#232;mes ing&#233;nieux dont le but est d'assurer la f&#233;condation crois&#233;e.(&#8230;) Toutes ces adaptations ont eu comme point de d&#233;part un organe qui n'&#233;tait autre, chez quelque lointaine forme ancestrale, qu'un p&#233;tale conventionnel. (&#8230;) Darwin &#233;crit : &#171; Bien qu'un organe ait pu, &#224; l'origine, ne pas &#234;tre form&#233; dans un but bien pr&#233;cis, s'il remplit &#224; pr&#233;sent cette fonction, nous pouvons dire, &#224; juste titre, qu'il a &#233;t&#233; sp&#233;cialement con&#231;u pour cela. Selon le m&#234;me principe, si un homme a fabriqu&#233; une machine dans un but bien pr&#233;cis, mais a utilis&#233; pour sa construction de vieilles roues et poulies, des ressorts usagers, en ne leur faisant subir que de l&#233;g&#232;res modifications, on doit dire de cette machine dans son ensemble, avec toutes ses pi&#232;ces constitutives, qu'elle a &#233;t&#233; sp&#233;cialement con&#231;ue dans le but vis&#233;. Ainsi, dans la nature tout enti&#232;re, presque tous les organes de chaque &#234;tre vivant ont probablement servi, dans des conditions l&#233;g&#232;rement modifi&#233;es, &#224; des buts divers, et ont jou&#233; un r&#244;le dans la machinerie vivante de nombreuses formes sp&#233;cifiques anciennes, distinctes des formes actuelles. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute la m&#233;taphore des roues et des poulies rafistol&#233;es n'est-elle gu&#232;re flatteuse mais nous devons surtout porter attention au r&#233;sultat obtenu. La nature, selon le mot de Fran&#231;ois Jacob, est un excellent bricoleur et non un artisan divin. Et qui peut se permettre de mettre en doute le bon fonctionnement de ces quelques cas exemplaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;pisodique du changement &#233;volutif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 novembre 1859, le jour pr&#233;c&#233;dent la sortie de son livre r&#233;volutionnaire, Charles Darwin re&#231;ut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat &#224; venir, allant m&#234;me jusqu'au sacrifice supr&#234;me : &#171; Je suis pr&#234;t &#224; mourir sur le b&#251;cher s'il le faut. (&#8230;) Je me pr&#233;pare en aiguisant mes griffes et mon bec. &#187; Mais il ajoutait aussi un avertissement : &#171; Vous vous &#234;tes encombr&#233; d'une difficult&#233; inutile en adoptant le &#171; Natura non facit saltum &#187; sans la moindre r&#233;serve. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expression latine, g&#233;n&#233;ralement attribu&#233;e &#224; Linn&#233; signifie que &#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;. Darwin approuvait totalement cette devise ancienne. Disciple de Charles Lyell, ap&#244;tre du &#171; gradualisme &#187; en g&#233;ologie, Darwin d&#233;crivait l'&#233;volution comme un processus majestueux et r&#233;gulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait esp&#233;rer l'observer pensant la dur&#233;e d'une vie. Les anc&#234;tres et leurs descendants, selon Darwin, doivent &#234;tre reli&#233;s par &#171; une infinit&#233; de liens transitoires &#187; qui forment &#171; une belle succession d'&#233;tapes progressives &#187;. Seule une longue p&#233;riode de temps a permis &#224; un processus si lent de r&#233;aliser une telle ouvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le foss&#233; de sa propre th&#233;orie. La s&#233;lection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'&#233;volution se d&#233;roulait sur un rythme rapide. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;volutionnistes consid&#232;rent qu'une stricte continuit&#233; entre micro et macro-&#233;volution constitue un ingr&#233;dient essentiel du darwinisme et corollaire n&#233;cessaire de la s&#233;lection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait s&#233;par&#233; la s&#233;lection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adh&#233;sion franche et sans fondement s&#251;r au gradualisme pouvait saper son syst&#232;me tout entier. Les fossiles pr&#233;sentent trop de transitions brutales pour t&#233;moigner d'un changement progressif et le principe de la s&#233;lection naturelle ne l'exige pas, car la s&#233;lection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a invent&#233; devint le dogme central de la th&#233;orie synth&#233;tique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Goldschmidt n'&#233;leva aucune objection contre les th&#232;ses classiques de la micro&#233;volution. Il consacra la premi&#232;re moiti&#233; de son ouvrage principal &#171; Les fondements mat&#233;riels de l'&#233;volution &#187; au changement progressif et continu au sein des esp&#232;ces. Cependant, il se d&#233;marqua nettement de la th&#233;orie synth&#233;tique en affirmant que les esp&#232;ces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorit&#233; des macro-mutations ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme d&#233;sastreuses et il les appela &#171; monstres &#187;. Mais, poursuivit Goldschmidt, une macro-mutation pouvait, par le simple effet de la chance, adapter un organisme &#224; un nouveau mode d'existence. On avait alors affaire, selon sa terminologie, &#224; un &#171; monstre prometteur &#187;. La macro-&#233;volution r&#233;sulte du succ&#232;s, peu fr&#233;quent, de ces monstres prometteurs, et non de l'accumulation de menus changements au sein des populations. (...) &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les pal&#233;ontologistes savent que, parmi les fossiles, on ne compte que peu de formes interm&#233;diaires ; les transitions entre les grands groupes sont particuli&#232;rement brutales. Les gradualistes se sortent habituellement de cette difficult&#233; en invoquant le caract&#232;re extr&#234;mement lacunaire des fossiles que nous poss&#233;dons ; m&#234;me si une &#233;tape sur mille survivait sous forme de fossile, la g&#233;ologie n'enregistrerait pas le changement continu. (...) M&#234;me en l'absence de t&#233;moignages directs en faveur de ces transitions sans &#224;-coup peut-on inventer une succession raisonnable de formes interm&#233;diaires, c'est-&#224;-dire des organismes viables, entre les ascendants et les descendants, dans les principales transitions structurelles ? (&#8230;) A quoi sert une moiti&#233; de m&#226;choire et une moiti&#233; d'aile ? (...) &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on doit accepter de nombreux cas de transition discontinue dans la macro&#233;volution, le darwinisme ne s'effondre-t-il pas en ne survivant que comme une th&#233;orie concernant les changements adaptatifs mineurs au sein des esp&#232;ces ? L'essence m&#234;me du darwinisme tient en une seule phrase : la s&#233;lection naturelle est la principale force cr&#233;atrice du changement &#233;volutif. Personne ne nie que la s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le n&#233;gatif en &#233;liminant les inadapt&#233;s. Les th&#233;ories darwiniennes sous-entendent qu'elle cr&#233;e en m&#234;me temps les adapt&#233;s. La s&#233;lection doit accomplir cette t&#226;che en mettant en place des adaptations en une s&#233;rie d'&#233;tapes, tout en pr&#233;servant &#224; chaque phase le r&#244;le avantageux dans une gamme de variations g&#233;n&#233;tiques dues au hasard. La s&#233;lection doit gouverner le processus de cr&#233;ation et non pas se contenter d'&#233;carter les inadapt&#233;s apr&#232;s qu'une quelque autre force a soudainement produit une nouvelle esp&#232;ce compl&#232;tement achev&#233;e dans une perfection primitive.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut tr&#232;s bien imaginer une th&#233;orie non darwinienne du changement discontinu , c'est-&#224;-dire d'une modification g&#233;n&#233;tique profonde et brutale cr&#233;ant par hasard (de temps &#224; autre) et d'un seul coup une nouvelle esp&#232;ce. Hugo de Vries, le c&#233;l&#232;bre botaniste hollandais, fut le d&#233;fenseur de cette th&#233;orie. Mais ces notions semblent se heurter &#224; des difficult&#233;s insurmontables. (&#8230;) Les perturbations apport&#233;es aux syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiques dans leur totalit&#233; ne produisent pas de cr&#233;atures jouissant d'avantages inconnus de leurs descendants &#8211; et elles ne sont m&#234;me pas viables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais toutes les th&#233;ories du changement discontinu ne sont pas antidarwiniennes, comme l'avait soulign&#233; Huxley il y a pr&#232;s de cent vingt ans. Imaginons qu'un changement discontinu dans une forme adulte naisse d'une petite modification g&#233;n&#233;tique. Les probl&#232;mes d'incompatibilit&#233; avec les autres membres de l'esp&#232;ce ne se posant pas, cette mutation importante et favorable peut alors se r&#233;pandre dans la population &#224; la mani&#232;re darwinienne. Imaginons que ce changement de grande ampleur ne produise pas de suite une forme parfaite, mais serve plut&#244;t d'adaptation clef permettant &#224; son possesseur d'adopter un nouveau mod&#232;le d'existence. La poursuite de cette nouvelle vie r&#233;ussie demande un large ensemble de modifications annexes, tant dans la morphologie que dans le comportement ; ces derni&#232;res peuvent survenir en suivant un itin&#233;raire progressif, plus traditionnel, une fois que l'adaptation clef a entra&#238;n&#233; une profonde mutation des pressions s&#233;lectives. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les partisans de la synth&#232;se actuelle ont donn&#233; &#224; Goldschmidt le r&#244;le de Goldstein en associant son expression imag&#233;e &#8211; le monstre prometteur &#8211; aux notions non darwiniennes de perfection imm&#233;diate r&#233;sultant d'un profond changement g&#233;n&#233;tique. Mais ce n'est pas tout &#224; fait ce que Goldschmidt soutenait En fait, l'un de ses m&#233;canismes entra&#238;nant la discontinuit&#233; des formes adultes reposait sur la notion de petit changement g&#233;n&#233;tique sous-jacent. Goldschmidt &#233;tait un sp&#233;cialiste du d&#233;veloppement de l'embryon. Il passa la plus grande partie du d&#233;but de sa carri&#232;re &#224; &#233;tudier les variations g&#233;ographiques de la noctuelle &#171; Lymantria dyspar &#187;. Il d&#233;couvrit que de grandes diff&#233;rences dans la r&#233;partition des couleurs des chenilles provenaient de petits changements dans le rythme du d&#233;veloppement : les effets d'un l&#233;ger retard ou d'un renforcement de la pigmentation au d&#233;but de la croissance augmentaient &#224; travers l'ontogen&#232;se et entra&#238;naient de profondes diff&#233;rences chez les chenilles ayant atteint leur plein d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Goldschmidt parvint &#224; identifier les g&#232;nes responsables de ces petits changements de rythme et d&#233;montra que les grandes diff&#233;rences que l'on observe &#224; la fin du d&#233;veloppement proviennent de l'action d'un ou de plusieurs g&#232;nes commandant les taux de changement agissant au d&#233;but de la croissance. Il codifia la notion de &#171; g&#232;ne de taux de changement &#187; (rate genes) en 1918 et &#233;crivit vingt ans plus tard :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le g&#232;ne mutant produit son effet (&#8230;) en changeant les taux des processus partiels de d&#233;veloppement. Il peut s'agir des taux de croissance ou de diff&#233;renciation, des taux de production des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la diff&#233;renciation, des taux de r&#233;actions entra&#238;nant des situations physiques ou chimiques pr&#233;cises &#224; des moments pr&#233;cis du d&#233;veloppement, des taux de ces processus responsables de la s&#233;gr&#233;gation des forces embryonnaires &#224; des moments donn&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Selon ma propre opinion, tr&#232;s partiale, le probl&#232;me de la r&#233;conciliation entre l'&#233;vidente discontinuit&#233; de la macro-&#233;volution et le darwinisme est en grande partie r&#233;solu si l'on observe que les changements de faible ampleur survenant t&#244;t dans le d&#233;veloppement de l'embryon s'accumulent pendant la croissance pour produire de profondes diff&#233;rences chez l'adulte. En prolongeant dans la petite enfance le rythme &#233;lev&#233; de la croissance pr&#233;natale du cerveau du singe, on voit sa taille se rapprocher de celle du cerveau humain. (...) En r&#233;alit&#233;, si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. &#187; Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? Cependant les transitions entre les groupes principaux se sont bien produites au cours de l'histoire de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Arcy Wentworth Thomson (&#8230;) &#233;crit dans &#171; Croissance et forme &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (...) Nous ne pouvons pas transformer un invert&#233;br&#233; en vert&#233;br&#233;, ni un c&#339;lent&#233;r&#233; en vert, par n'importe d&#233;formation simple et l&#233;gitime (&#8230;) La nature passe d'un type &#224; un autre. (&#8230;) Chercher des marchepieds pour franchir les &#233;carts s&#233;parant ces types, c'est chercher en vain &#224; jamais. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La solution de D'Arcy Wentworth Thomson &#233;tait la m&#234;me que celle de Goldschmidt : la transition peut se produire dans les embryons qui sont plus simples et plus semblables entre eux que les adultes fortement divergents qu'ils forment. Personne ne songerait &#224; transformer une &#233;toile de mer en souris, mais les embryons de certains &#233;chinodermes et de certains protovert&#233;br&#233;s sont presque identiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revolutionary Evolutionism R&#233;volutionnaire &#201;volutionnismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;by Henry Morris, Ph.D. Par Henry Morris, Ph.D.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte original en Anglais :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, he has shown that all geologic features must be explained in terms of catastrophism, rather than uniformitarianism, and he maintains that this ties in with the fossil gaps stressed by Gould and Eldredge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An intriguing development in recent evolutionary thought has been the growing repudiation of neo-Darwinian orthodoxy (that is, the idea of slow and gradual evolution, accomplished by the mechanism of small random genetic mutations preserved by natural selection) in favor of the idea of rapid evolution caused by rapid environmental changes. Une &#233;tonnante &#233;volution r&#233;cente dans la pens&#233;e &#233;volutionniste a &#233;t&#233; l'accroissement de la r&#233;pudiation de l'orthodoxie n&#233;o-darwinienne (c'est l'id&#233;e d'&#233;volution lente et progressive, r&#233;alis&#233;e par le m&#233;canisme des petites hasard des mutations g&#233;n&#233;tiques conserv&#233;es par la s&#233;lection naturelle) en faveur de l'id&#233;e de rapidit&#233; Caus&#233;e par la rapide &#233;volution des changements environnementaux. Instead of arguing solely against evolutionary uniformitarianism, the creationist is now having to argue also against catastrophic evolutionism ! Au lieu d'argumenter uniquement contre uniformitarianism &#233;volutif, le cr&#233;ationniste est maintenant avoir &#224; argumenter aussi catastrophique contre l'&#233;volutionnisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In recent years, creationists have delivered telling blows against Darwinian paleontology by repeatedly citing the ubiquitous absence of transitional forms in the fossil record. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les cr&#233;ationnistes ont livr&#233; racontant des coups contre darwinienne de la pal&#233;ontologie &#224; maintes reprises en citant l'absence de omnipr&#233;sents dans la transition des formes fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Since 1859 one of the most vexing properties of the fossil record has been its obvious imperfection.&#8230; The inability of the fossil record to produce the 'missing links' has been taken as solid evidence for disbelieving the theory. 1 Depuis 1859 l'un des plus frustrants propri&#233;t&#233;s des fossiles a &#233;t&#233; son imperfection &#233;vidente.&#8230; L'incapacit&#233; des fossiles pour produire les &#034;cha&#238;nons manquants&#034; a &#233;t&#233; pris comme preuves solides pour les incr&#233;dules de la th&#233;orie 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Similarly, creationists have argued effectively against uniformitarianism by pointing out the widespread evidence of catastrophism in the ad&#034; rocks and fossil beds of the geological column. De m&#234;me, les cr&#233;ationnistes ont fait valoir efficacement contre uniformitarianism en soulignant les tr&#232;s nombreuses preuves de catastrophisme dans l'annonce &#034;lits de roches et de fossiles de la colonne g&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In fact, the catastrophists were much more empirically minded than Lyell. En fait, le catastrophists &#233;taient beaucoup plus empirique que Lyell esprit. The geologic record does seem to require catastrophism : rocks are fractured and contorted ; whole faunas are wiped out. Le record g&#233;ologique semble exiger le catastrophisme : les roches sont fractur&#233;es et contorsionn&#233;e ; ensemble de faunes sont an&#233;anties. To circumvent this literal appearance, Lyell imposed his imagination upon the evidence. Pour contourner cet aspect litt&#233;ral, Lyell impos&#233; son imagination sur les preuves. The geologic record, he argued, is extremely imperfect and we must interpolate into it what we can reasonably infer but cannot see. Le record g&#233;ologiques, at-il affirm&#233;, est tr&#232;s imparfaite et nous devons interpoler en elle ce que l'on peut raisonnablement d&#233;duire, mais ne peuvent pas voir. The catastrophists were the hard-nosed empiricists of their day, not the blinded theological apologists. 2 Le catastrophists &#233;taient les inexorables empiricists partie de la journ&#233;e, non pas aveugl&#233; th&#233;ologique apologistes 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;So, all of a sudden, many&#8212;perhaps most&#8212;evolutionary biologists are no longer claiming that natural selection was a major factor in the development of basic categories of plants and animals. Donc, tout &#224; coup, un grand nombre-peut-&#234;tre la plus &#233;volutive biologistes ne sont plus en affirmant que la s&#233;lection naturelle a &#233;t&#233; un facteur majeur dans le d&#233;veloppement de cat&#233;gories de base de plantes et d'animaux. Many leading evolutionary paleontologists are aggressively proclaiming the absence of transitional forms in the fossil record, and many evolutionary geologists are advocating a return to catastrophism in the study of the rocks ! De nombreux pal&#233;ontologues &#233;volutif menant de mani&#232;re agressive proclamant l'absence de formes de transition dans les fossiles, et de nombreux g&#233;ologues &#233;volutive plaidez en faveur d'un retour au catastrophisme dans l'&#233;tude de la bascule ! What creationists have been vigorously contending against heated denials, evolutionists now cheerfully admit to have been true all along ! Quelles ont &#233;t&#233; les cr&#233;ationnistes soutenant vigoureusement contre chauff&#233;e d&#233;mentis, les &#233;volutionnistes maintenant all&#232;grement avouer avoir &#233;t&#233; tout au long de vrai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Does this mean they are all becoming creationists ? Est-ce &#224; dire qu'ils sont tous de devenir les cr&#233;ationnistes ? No, of course not. Non, bien s&#251;r que non. Some, such as Pierre Grass&#233;, 3 have simply stated that they have no idea how evolution could have occurred, even though they still believe in it. Certains, comme Pierre Grass&#233;, 3 ont simplement d&#233;clar&#233; qu'ils n'ont aucune id&#233;e de l'&#233;volution a pu se produire, m&#234;me s'ils croient encore en lui. In the hands of others, however, evolutionism is a remarkably plastic philosophy. Dans les mains d'autres, en revanche, l'&#233;volutionnisme est un ensemble remarquablement plastique philosophie. The model merely has to be changed to accommodate rapid evolution, instead of slow and gradual evolution. Le mod&#232;le doit simplement &#234;tre modifi&#233; pour tenir compte de l'&#233;volution rapide, au lieu d'&#233;volution lente et progressive. The reign of Huxley, Simpson, Mayr, Stebbins, and Dobzhansky has passed and we enter the age of Lewontin, Gould, Ager, and others of the newer school. Le r&#232;gne de Huxley, Simpson, Mayr, Stebbins, et Dobzhansky a pass&#233; et nous entrons dans l'&#226;ge de Lewontin, Gould, Ager, et d'autres de la nouvelle &#233;cole. Long live evolution ! Vive l'&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probably the leading proponent of the new model is the young Harvard paleontologist and philosopher of science, Stephen Jay Gould. Probablement les principaux promoteurs du nouveau mod&#232;le est le jeune Harvard pal&#233;ontologue et philosophe de la science, de Stephen Jay Gould. A brilliant writer, he has produced a stream of books and articles on many subjects in recent years and has all but demolished both traditional geological uniformitarianism and orthodox neo-Darwinism. Brillant &#233;crivain, il a produit un flot d'ouvrages et d'articles sur de nombreux sujets au cours des derni&#232;res ann&#233;es et a pratiquement d&#233;truit la fois traditionnels et g&#233;ologiques uniformitarianism orthodoxe n&#233;o-darwinisme. The following statements are typical Gouldisms : Les d&#233;clarations suivantes sont typiques Gouldisms :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrary to popular myths, Darwin and Lyell were not the heroes of true science.&#8230; Paleontologists have paid an exorbitant price for Darwin's argument. Contrairement aux mythes, Darwin et Lyell n'&#233;taient pas les vrais h&#233;ros de la science.&#8230; Les pal&#233;ontologues ont pay&#233; un prix exorbitant pour Darwin's argument. We fancy ourselves as the only true students of life's history, yet to preserve our favored account of evolution by natural selection we view our data as so bad that we never see the very process we profess to study. 4 All paleontologists know that the fossil record contains precious little in the way of intermediate forms ; transitions between major groups are characteristically abrupt. 5 Nous avons envie de nous comme le seul vrai de la vie des &#233;tudiants de l'histoire, mais pour pr&#233;server notre favoris&#233; compte de l'&#233;volution par la s&#233;lection naturelle nous consid&#233;rons que nos donn&#233;es si mauvaise que nous ne voyons jamais le processus m&#234;me de l'&#233;tude que nous professons. 4 Tous les pal&#233;ontologues savent que les gisements de fossiles Contient de pr&#233;cieux peu de formes interm&#233;diaires, les transitions entre les grands groupes sont typiquement brutal 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould and his former Harvard colleague, Niles Eldredge (now at the American Museum of Natural History), have developed what they call their theory of &#034;punctuated equilibrium,&#034; according to which large populations of organisms are normally genetically stable for a long time, except for occasional &#034;punctuations.&#034; Gould et son ancien coll&#232;gue de Harvard, Niles Eldredge (maintenant &#224; l'American Museum of Natural History), ont d&#233;velopp&#233; ce qu'ils appellent leur th&#233;orie de &#034;l'&#233;quilibre ponctu&#233;&#034;, selon lequel d'importantes populations d'organismes g&#233;n&#233;tiquement sont en g&#233;n&#233;ral stables pendant une longue p&#233;riode, &#224; l'exception de Occasionnelle &#034;ponctuations.&#034; These are relatively short periods of time during which inbreeding within small &#034;founder&#034; populations, with rapid environmental changes, stimulates rapid evolutionary change. Ceux-ci sont relativement courtes p&#233;riodes de temps durant lequel la consanguinit&#233; au sein de petits &#034;fondateur&#034; des populations, avec des modifications rapides de l'environnement, stimule l'&#233;volution rapide changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There can obviously be little experimental evidence for such a theory, but its critics grudgingly acknowledge its popularity. Il ne saurait &#233;videmment &#234;tre peu de preuves exp&#233;rimentales d'une telle th&#233;orie, mais ses d&#233;tracteurs reconnaissent &#224; contrec&#339;ur sa popularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The Eldredge-Gould concept of punctuated equilibria has gained wide acceptance among paleontologists.&#8230; The model is more ad hoc explanation than theory, and it rests on shaky ground. Gould-Eldredge Le concept d'&#233;quilibres ponctu&#233;s est largement reconnue parmi les pal&#233;ontologues.&#8230; Le mod&#232;le est plus ponctuelles explication que la th&#233;orie, et elle repose sur de fragiles terrain. Paleontologists seem to be enthralled by small populations.&#8230; I hasten to point out that ecologists and geneticists have not elucidated macroevolutionary patterns : the gap has not been bridged from either side. 6 Pal&#233;ontologues semblent &#234;tre s&#233;duits par de petites populations.&#8230; Je m'empresse de souligner que les &#233;cologistes et les g&#233;n&#233;ticiens ne sont pas &#233;lucid&#233;es macroevolutionary patterns : le d&#233;ficit n'a pas &#233;t&#233; combl&#233; des deux c&#244;t&#233;s. 6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another prolific young geologist in Gould's camp has shown that the paleontological data, traditionally interpreted in terms of increasing adaptation and natural selection over the ages, can be organized just as well in terms of pure chance assemblages of fossils : Un autre jeune g&#233;ologue prolifique dans le camp de Gould a montr&#233; que les donn&#233;es pal&#233;ontologiques, traditionnellement interpr&#233;t&#233; en termes d'augmentation de l'adaptation et de s&#233;lection naturelle, au fil des &#226;ges, peuvent &#234;tre organis&#233;es aussi bien en termes de pur hasard assemblages de fossiles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; If we allow that natural selection works, as we almost have to do, the fossil record doesn't tell us whether it was responsible for 90 percent of the change we see, or 9 percent, or 0.9 percent. 7 The fossil record of evolution is amenable to a wide variety of models ranging from completely deterministic to completely stochastic. 8 Si nous permettons que la s&#233;lection naturelle fonctionne, presque comme nous avons &#224; faire, les gisements de fossiles ne nous dit pas si elle a &#233;t&#233; responsable de 90 pour cent de ce changement, nous voyons, soit 9 pour cent, soit 0,9 pour cent. 7 Les fossiles de l'&#233;volution Se pr&#234;te &#224; une grande vari&#233;t&#233; de mod&#232;les allant de enti&#232;rement d&#233;terministe compl&#232;tement stochastiques 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The term &#034;stochastic&#034; means essentially &#034;random&#034; and Raup and his colleagues have shown by computer simulations that the fossil patterns throughout the so-called geologic ages can be attributed to random variations and extinctions, without the need of natural selection, at least not in terms of a gradual step-by-step improvement. Le terme &#171; stochastique &#187; signifie essentiellement &#171; al&#233;atoire &#187; et Raup et ses coll&#232;gues ont d&#233;montr&#233; par des simulations sur ordinateur que le fossile sch&#233;mas tout au long de la soi-disant &#226;ges g&#233;ologiques peuvent &#234;tre attribu&#233;s &#224; des variations al&#233;atoires et de l'extinction, sans la n&#233;cessit&#233; de la s&#233;lection naturelle, du moins pas En termes d'une reprise progressive, &#233;tape par &#233;tape am&#233;lioration. Ricklefs emphasizes this aspect of the record : Ricklefs met l'accent sur cet aspect du dossier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Indeed, the success of Monte Carlo simulations of evolutionary patterns and RH MacArthur's &#034;broken-stick&#034; model of the relative abundances of species point out the similarities between natural patterns and randomly generated systems. En effet, le succ&#232;s des simulations de Monte Carlo et de l'&#233;volution des motifs RH MacArthur's &#034;broken-stick&#034; mod&#232;le de l'abondance relative des esp&#232;ces de souligner les similitudes entre les modes naturel et g&#233;n&#233;r&#233; al&#233;atoirement. It is not clear that an understanding of deterministic processes and both internally and externally imposed constraints will necessarily elucidate macroevolution. 9 Il n'est pas clair que la compr&#233;hension des processus d&#233;terministes et les plans interne et externe impos&#233;es n&#233;cessairement &#233;lucider macroevolution 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The explosive evolutionary &#034;punctuations&#034; which do occur from time to time in the postulated small populations are believed by Ager and others to be associated somehow with geological catastrophism. L'explosion &#233;volutive &#034;ponctuations&#034; qui se produisent de temps &#224; autre dans le postulat de petites populations sont consid&#233;r&#233;es par la Ager et les autres &#224; &#234;tre associ&#233; avec quelque catastrophisme g&#233;ologique. Derek Ager is past president of the British Geological Association and believes neither in the Bible nor in creationism. Derek Ager est ancien pr&#233;sident de la British Association g&#233;ologique et croit ni dans la Bible ni dans le cr&#233;ationnisme. However, he has shown that all geologic features must be explained in terms of catastrophism, rather than uniformitarianism, and he maintains that this ties in with the fossil gaps stressed by Gould and Eldredge. Cependant, il a montr&#233; que toutes les caract&#233;ristiques g&#233;ologiques doit &#234;tre expliqu&#233; en termes de catastrophisme, plut&#244;t que uniformitarianism, et il soutient que ce qui s'inscrit dans le fossile a soulign&#233; les lacunes de Gould et Eldredge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The point emerges that, if we examine the fossil record in detail, whether at the level of orders or of species, we find&#8212;over and over again&#8212;not gradual evolution, but the sudden explosion of one group at the expense of another. 10 Le point en ressort que, si nous examinons les fossiles en d&#233;tail, que ce soit au niveau des ordres ou des esp&#232;ces, nous trouvons-encore et encore-ne &#233;volution progressive, mais l'explosion soudaine d'un groupe au d&#233;triment d'un autre 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; In other words, the history of any one part of the earth, like the life of a soldier, consists of long periods of boredom and short periods of terror. 11 En d'autres mots, l'histoire de toute une partie de la terre, comme la vie d'un soldat, est constitu&#233; de longues p&#233;riodes d'ennui et de courtes p&#233;riodes de terreur. 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ager and other modern geologic catastrophists do not, of course, believe in the worldwide Flood of the Bible, but rather that intermittent regional catastrophes throughout the geological ages account for all the actual formations and structures in the geologic column. Ager et autres modernes g&#233;ologiques catastrophists ne le faisons pas, bien s&#251;r, dans le monde entier pense d&#233;luge de la Bible, mais plut&#244;t que par intermittence dans l'ensemble de la r&#233;gion aux catastrophes g&#233;ologiques pour tous les &#226;ges en compte la r&#233;alit&#233; des formations et structures g&#233;ologiques dans la colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the idea that the marvelous array of intricately complex and highly adapted organisms in the world could have developed rapidly from simpler organisms in catastrophically changing environments is contrary to all experience and reason. Mais l'id&#233;e que le merveilleux tableau de intrins&#232;quement complexe et tr&#232;s adapt&#233; organismes dans le monde pourrait se sont rapidement d&#233;velopp&#233;es &#224; partir de simples organismes dans les environnements en mutation catastrophique est contraire &#224; toutes les exp&#233;riences et de la raison. Simple systems never evolve naturally into complex systems. Syst&#232;mes simples jamais &#233;voluer naturellement dans les syst&#232;mes complexes. By the Second Law of Thermodynamics, changes go in exactly the opposite direction ; complex systems always tend to degenerate into simple systems. Par la deuxi&#232;me loi de la thermodynamique, les changements vont exactement dans la direction oppos&#233;e ; syst&#232;mes complexes ont toujours tendance &#224; d&#233;g&#233;n&#233;rer en des syst&#232;mes simples. Furthermore, catastrophic environments merely accelerate the decay of such systems. En outre, les environnements simplement catastrophique acc&#233;l&#233;rer la d&#233;composition de ces syst&#232;mes. By the standard thermodynamics of heat flow, for example, an influx of heat energy into an open system will increase the entropy of that system more rapidly than if it were an isolated system. Par la norme thermodynamique de flux de chaleur, par exemple, un afflux de l'&#233;nergie thermique dans un syst&#232;me ouvert augmentera l'entropie d'un tel syst&#232;me plus rapidement que s'il s'agissait d'un syst&#232;me isol&#233;. How, then, is it even conceivable that evolution could proceed by any such mechanism as this ? Comment, alors, est-il encore concevable que l'&#233;volution pourrait proc&#233;der par un tel m&#233;canisme comme cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As a matter of fact, however, Ilya Prigogine, who received a Nobel Prize in 1977 for his work in non-equilibrium thermodynamics, has made just such a proposal, based on his analyses. En fait, cependant, Ilya Prigogine, qui a re&#231;u un prix Nobel en 1977 pour ses travaux dans le non-&#233;quilibre thermodynamique, a fait une telle proposition, en se fondant sur ses analyses. That is, he has developed a mathematical theory for what he calls &#034;dissipative structures&#034; in fluids, in which a high flow of energy through an open system (with consequent high energy dissipation) somehow generates a higher degree of order in that system, even in the midst of an over-all increase of entropy. C'est, il a d&#233;velopp&#233; une th&#233;orie math&#233;matique pour ce qu'il appelle &#171; structures dissipatives&#034; dans les fluides, dans lequel un haut d&#233;bit de l'&#233;nergie gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me ouvert (avec pour cons&#233;quence la dissipation des hautes &#233;nergies) g&#233;n&#232;re quelque sorte un degr&#233; plus &#233;lev&#233; de l'ordre dans ce syst&#232;me, m&#234;me Au milieu d'un ensemble de la progression de l'entropie. This suggestion has been eagerly appropriated by evolutionists, since it seems to give them a slight ray of hope that the Second Law of Thermodynamics may not preclude evolution after all. Cette suggestion a &#233;t&#233; ouvert par les &#233;volutionnistes avec impatience, car il semble leur donner une l&#233;g&#232;re lueur d'espoir que la deuxi&#232;me loi de la thermodynamique ne peut pas emp&#234;cher l'&#233;volution apr&#232;s tout. However, Prigogine himself has acknowledged that his actual data had no direct confirmation from living systems at all, so that his ideas on the origin of life and on evolution in general, are mere speculations at this time. Toutefois, Prigogine lui-m&#234;me a reconnu que son effectif n'avait pas de donn&#233;es directement &#224; partir de la confirmation, &#224; tous les syst&#232;mes vivants, de sorte que ses id&#233;es sur l'origine de la vie et sur l'&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, ne sont que des sp&#233;culations pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prigogine's theory is couched in highly mathematical terminology and is difficult to follow in detail. Prigogine, la th&#233;orie est formul&#233;e en termes tr&#232;s math&#233;matique, et est difficile &#224; suivre dans le d&#233;tail. Qualitatively, however, he speaks of &#034;order through fluctuations&#034; in systems &#034;far from equilibrium,&#034; systems in which unusually chaotic conditions somehow may result in structures of higher order in small portions of those systems. Qualitativement, cependant, il parle de &#034;l'ordre par le biais de fluctuations&#034; dans les syst&#232;mes de &#034;loin de l'&#233;quilibre&#034;, les syst&#232;mes dans lesquels les conditions exceptionnellement chaotique peut entra&#238;ner une certaine fa&#231;on dans les structures d'ordre sup&#233;rieur en petites portions de ces syst&#232;mes. (For a brief rebuttal of Prigogine's theories as a basis for evolution, see &#034;Impact&#034; articles 57 and 58, in Acts and Facts for March and April, 1978). (Pour un bref r&#233;futer les th&#233;ories d'Ilya Prigogine comme base de l'&#233;volution, voir &#034;Impact&#034; des articles 57 et 58, dans les actes et les faits de mars et avril, 1978).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This theme occurs with increasing frequency in many diverse fields today. Ce th&#232;me appara&#238;t de plus en plus fr&#233;quente dans de nombreux domaines vari&#233;s aujourd'hui. Richard Lewontin%2&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qui &#233;tait Stephen Jay Gould ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A gauche la vision classique de l'&#233;volution et &#224; droite la conception dite des &#233;quilibre ponctu&#233;s, stases suivies de sauts, de Stephen Jay Gould d&#233;velopp&#233;e en dessous pour le genre de Bryozoaires Metrarabdotos &lt;br class='autobr' /&gt;
Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il nous faut comprendre au sein d'un tout les propri&#233;t&#233;s naissantes qui r&#233;sultent de l'interp&#233;n&#233;tration inextricable des g&#232;nes et de l'environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_1125 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Equil_Ponct.jpg' width=&#034;365&#034; height=&#034;330&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A gauche la vision classique de l'&#233;volution et &#224; droite la conception dite des &#233;quilibre ponctu&#233;s, stases suivies de sauts, de Stephen Jay Gould d&#233;velopp&#233;e en dessous pour le genre de Bryozoaires Metrarabdotos&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/bryozoanszf7.jpg' width=&#034;548&#034; height=&#034;523&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould&lt;/h2&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/gif/9782253038191FS.gif' width=&#034;314&#034; height=&#034;475&#034; alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/gould2.jpg' width=&#034;285&#034; height=&#034;475&#034; alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/gif/9782020128865FS.gif' width=&#034;281&#034; height=&#034;475&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il nous faut comprendre au sein d'un tout les propri&#233;t&#233;s naissantes qui r&#233;sultent de l'interp&#233;n&#233;tration inextricable des g&#232;nes et de l'environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes am&#233;ricaines r&#233;cusent, en y d&#233;non&#231;ant une rh&#233;torique &#224; usage politique. La pens&#233;e dialectique devrait &#234;tre prise plus au s&#233;rieux par les savants occidentaux, et non &#234;tre &#233;cart&#233;e sous pr&#233;texte que certaines nations de l'autre partie du monde en ont adopt&#233; une version fig&#233;e pour asseoir leur dogme. (&#8230;) Lorsqu'elles se pr&#233;sentent comme les lignes directrices d'une philosophie du changement, et non comme des pr&#233;ceptes dogmatiques que l'on d&#233;cr&#232;te vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de syst&#232;mes complets, et o&#249; les composantes elles-m&#234;mes n'existent pas a priori, mais sont &#224; la fois les produits du syst&#232;me et des donn&#233;es que l'on fait entrer dans le syst&#232;me. Ainsi, la loi des &#171; contraires qui s'interp&#233;n&#232;trent &#187; t&#233;moigne de l'interd&#233;pendance absolue des composantes ; la &#171; transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; &#187; d&#233;fend une vision syst&#233;mique du changement, qui traduit les entr&#233;es de donn&#233;es incr&#233;mentielles en changements d'&#233;tat ; et la &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187; d&#233;crit la direction donn&#233;e &#224; l'histoire, car les syst&#232;mes complexes ne peuvent retourner exactement &#224; leurs &#233;tats ant&#233;rieurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;ologue et pal&#233;ontologue &lt;strong&gt;Stephen Jay Gould&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#171; Un h&#233;risson dans la temp&#234;te &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si les extinctions de masse sont, comme le soutiennent maintenant de nombreux pal&#233;ontologistes, plus fr&#233;quents, plus profonds, plus rapides et plus particuli&#232;res par leurs cons&#233;quences que nous ne l'avions initialement pens&#233;, alors le jeu de la s&#233;lection naturelle, sur le mode cumulatif de Darwin &#8211; la comp&#233;tition biotique &#233;tant le principe majeur orientant la marche du processus &#233;volutif &#8211; risque de voir sa fr&#233;quence s&#233;rieusement abaiss&#233;e relativement aux autres facteurs responsables du modelage des figures d'ensemble de la macro&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article684&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In english&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_Jay_Gould&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Stephen Jay Gould, th&#233;oricien de la r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article720&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extraits de l'ouvrage &#034;Le pouce du panda&#034; ou &#034;Les grandes &#233;nigmes de l'&#233;volution&#034; de Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution des esp&#232;ces selon Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature en r&#233;volution&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie de l'&#339;uvre de Stephen Jay Gould en langue fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie Pygmalion 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un h&#233;risson dans la temp&#234;te Grasset 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouce du panda Grasset 1980&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les poules auront des dents Fayard 1984&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux racines du temps Grasset1987&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie est belle Seuil1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foire aux dinosaures Point Sciences 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mal-mesure de l'homme Ramsay 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ventail du vivant Seuil 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution Gallimard 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sourire du flamant rose &#201;ditions du Seuil 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision de la vie Seuil 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renard et le h&#233;risson Seuil 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En dehors du site :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.hominides.com/html/biographies/stephen_jay_gould.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une biographie de Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.astrosurf.com/luxorion/Bio/evolution-gradualisme.gif&amp;imgrefurl=http://www.astrosurf.com/luxorion/bioastro-evolsysvivants5.htm&amp;h=270&amp;w=360&amp;sz=26&amp;hl=fr&amp;start=37&amp;usg=___aGSg1CUTIkD93Q_rqi-eyv3aDw=&amp;tbnid=-U5ZKvIam7LIzM:&amp;tbnh=91&amp;tbnw=121&amp;prev=/images%3Fq%3Ddiscontinuit%25C3%25A9%2B%25C3%25A9volution%26start%3D20%26gbv%3D2%26ndsp%3D20%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie des &#233;quilibres ponctu&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pal&#233;ontologiste am&#233;ricain Stephen Jay Gould est mort en mai 2002 &#224; l'&#226;ge de 60 ans, au terme d'un long combat contre un cancer. Au m&#234;me moment, paraissait une somme imposante, l'oeuvre d'une vie, La Structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution, aujourd'hui traduite en fran&#231;ais. Dans notre langue, le texte comprend pr&#232;s de deux mille pages bien serr&#233;es ! Saluons le courage de la maison d'&#233;dition, confort&#233;e par le Centre national du livre, ainsi que le d&#233;vouement d'un traducteur aguerri. Les lecteurs fran&#231;ais y d&#233;couvriront non une synth&#232;se des connaissances actuelles sur l'&#233;volution, mais la pr&#233;sentation longuement argument&#233;e de ce que Gould consid&#233;rait pour finir avoir &#233;t&#233; la coh&#233;rence de sa pens&#233;e scientifique ainsi que la justification de ses engagements intellectuels et politiques. Mais il ne s'agit pas pour autant d'une simple autobiographie intellectuelle : ce sont la plupart des grands d&#233;bats autour de l'&#233;volution depuis Darwin qui sont mis en perspective par l'un de ceux qui les ont anim&#233;s pendant trente ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gould s'est fait conna&#238;tre du monde savant en 1972 par un article retentissant sign&#233; avec Niles Eldredge. Les deux jeunes pal&#233;ontologistes demandaient qu'on pr&#238;t enfin au s&#233;rieux le d&#233;saccord manifeste qui existait entre la vision darwinienne &#034;gradualiste&#034;, lente mais continue, de la gen&#232;se des esp&#232;ces nouvelles et les donn&#233;es des archives fossiles qui font au contraire appara&#238;tre de longues phases de stabilit&#233; (stases) pr&#233;c&#233;d&#233;es et suivies de brusques &#233;pisodes de sp&#233;ciation. Tel fut le premier mot de la fameuse th&#233;orie dite de &#034;l'&#233;quilibre ponctu&#233;&#034; &#224; laquelle l'auteur consacre ici un chapitre &#233;tincelant de quatre cents pages (Ch. 9. T. II). Darwin le premier, suivi par tant d'autres, explique-t-il, avait commis l'erreur d'esquiver la difficult&#233; pr&#233;sent&#233;e par les archives fossiles en l'imputant &#224; leur &#034;imperfection&#034;. Gould attribue cette erreur &#224; un pr&#233;jug&#233; philosophique - une vision continuiste du progr&#232;s - et au conformisme intellectuel d'une profession qui a paradoxalement accept&#233; de tenir pour nulles et non avenues les plus constantes de ses donn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de l'&#233;quilibre ponctu&#233; a d'embl&#233;e suscit&#233; de furieuses pol&#233;miques, parce qu'elle paraissait atteindre les fondements m&#234;mes de ce que la majorit&#233; des biologistes consid&#233;raient comme l'un des triomphes majeurs de la biologie contemporaine : avoir enfin adoss&#233; &#224; une th&#233;orie scientifique de l'h&#233;r&#233;dit&#233; la conception darwinienne de la s&#233;lection naturelle op&#233;rant par tri sur les variations affectant les organismes individuels. Du darwinisme classique, Gould n'admettait ni que la s&#233;lection op&#232;re presque exclusivement au niveau des organismes ; ni que la s&#233;lection soit seule &#224; fa&#231;onner le changement &#233;volutif, ni que des changements infimes accumul&#233;s puissent expliquer l'histoire tout enti&#232;re de la vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;cr&#233;tait d&#232;s 1980 &#034;la mort du darwinisme moderne&#034; et proph&#233;tisait l'&#233;mergence d'&#034;une nouvelle th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution&#034;. Il donnait ainsi une impulsion &#224; des recherches audacieuses qui ont trouv&#233; des appuis jusque dans la &#034;biologie du d&#233;veloppement&#034;, laquelle s'interroge elle aussi sur la stabilit&#233; des formes vivantes. Mais de son propre aveu, il p&#233;chait par arrogance. Au terme de son parcours, Gould tient plut&#244;t &#224; souligner que son travail ne porte nulle atteinte &#224; la charpente, la &#034;structure&#034;, de la th&#233;orie darwinienne, du moins affranchie de sa philosophie initiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, il prend appui sur l'histoire. D'o&#249; la premi&#232;re partie du pr&#233;sent ouvrage : &#034;L'histoire du darwinisme : sa logique et sa critique&#034; qui va d'une ex&#233;g&#232;se de L'Origine des esp&#232;ces (1859) &#224; un examen d&#233;taill&#233; de la dite &#034;th&#233;orie synth&#233;tique de l'&#233;volution&#034;, base d'une orthodoxie marqu&#233;e par un d&#233;terminisme g&#233;n&#233;tique exclusif avec lequel il propose de prendre ses distances. Cette histoire n'est pas d&#233;corative ; fond&#233;e sur un examen direct des textes originaux, elle vise &#224; &#233;clairer les embarras du pr&#233;sent pour dessiner un avenir qui ne serait pas le simple prolongement du pass&#233;. Comment ne pas souhaiter que sur ce point Gould fasse &#233;cole chez ses coll&#232;gues scientifiques ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur &#224; Harvard depuis 1977, on a pu le consid&#233;rer &#224; la fin des ann&#233;es 1980 comme le plus populaire des scientifiques am&#233;ricains. On a vu son visage en couverture de Newsweek, il a m&#234;me figur&#233; comme personnage de la c&#233;l&#232;bre s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e des &#034;Simpson&#034;. Il ne doit &#233;videmment pas cette renomm&#233;e &#224; son seul travail th&#233;orique dont l'ouvrage de 1977 Ontogeny and Phylogeny a marqu&#233; le premier point d'orgue, ni &#224; son exceptionnelle comp&#233;tence en histoire des sciences, mais &#224; son talent d'&#233;crivain scientifique tenant sans interruption dans la revue Natural History une rubrique (&#034;This View of Life&#034;) chaque mois pendant vingt-cinq ans. Autant de brefs et brillants essais qui furent rassembl&#233;s au fil des ann&#233;es en dix ouvrages, dont certains, comme Le Pouce du panda ou La vie est belle, sont des best-sellers internationaux. En 2002, parut le dernier recueil qu'on a traduit en 2004 sous le titre Cette vision de la vie : derni&#232;res r&#233;flexions sur l'histoire naturelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre de ces petits essais t&#233;moignent de l'engagement de Gould dans quelques-uns des plus vifs d&#233;bats intellectuels de son temps. Il a ainsi combattu avec une rare pugnacit&#233;, et non parfois sans injustice, la sociobiologie de son coll&#232;gue Edward O. Wilson qu'il consid&#233;rait comme le rejeton id&#233;ologique pernicieux d'un &#034;g&#233;n&#233;ticisme&#034; obtus, gardien d'un ordre social injuste. Il s'en prit aussi avec &#233;clat aux sp&#233;culations visant &#224; fonder sur la mesure du &#034;quotient intellectuel&#034; de suppos&#233;es diff&#233;rences d'aptitudes entre les races. En 1981, son livre traduit en fran&#231;ais sous le titre La Mal-Mesure de l'homme : l'intelligence sous la toise des savants rencontra un succ&#232;s international. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bataille Juridique&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est peut-&#234;tre son inlassable combat sur le terrain du cr&#233;ationnisme qui le mobilisa le plus durant les vingt derni&#232;res ann&#233;es de sa vie. En d&#233;cembre 1981, il avait t&#233;moign&#233;, au nom de l'American Civil Liberties Union, l'organisation de d&#233;fense des droits civiques, au proc&#232;s de Little Rock organis&#233; pour juger des pr&#233;tentions &#233;pist&#233;mologiques du &#034;cr&#233;ationnisme scientifique&#034;, une doctrine fantaisiste &#233;labor&#233;e sur la base d'une lecture litt&#233;rale de la Bible par des fondamentalistes protestants de toutes ob&#233;diences. L'enjeu du d&#233;bat &#233;tait politique : il s'agissait de savoir si, conform&#233;ment &#224; une loi pass&#233;e en Arkansas et dans une douzaine d'Etats, on pourrait dans l'enseignement public du second degr&#233; enseigner le r&#233;cit biblique de la cr&#233;ation comme une hypoth&#232;se de m&#234;me valeur scientifique que la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution. Gould d&#233;non&#231;ait une infraction au premier amendement de la Constitution am&#233;ricaine qui veut qu'aucune religion ne b&#233;n&#233;ficie d'une reconnaissance officielle dans les institutions. Et il s'&#233;tait montr&#233; d'autant plus cinglant que lesdits cr&#233;ationnistes avaient cru pouvoir s'autoriser de ses propres d&#233;clarations contre l'orthodoxie darwinienne pour enr&#244;ler son oeuvre &#224; leur cause. La bataille juridique dura jusqu'en 1987. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un ouvrage traduit en fran&#231;ais en 2000, Et Dieu dit : que Darwin soit !, Gould pr&#233;sentait une r&#233;flexion de fond sur les rapports de la science et de la religion, o&#249; il n'&#233;pargnait pas plus le scientisme de ses coll&#232;gues biologistes que les pr&#233;tentions scientifiques exorbitantes de certains th&#233;ologiens am&#233;ricains. Il proposait un principe, le NOMA (Non Overlapping Magisteria), invitant chacun &#224; exercer ses comp&#233;tences dans son domaine propre sans empi&#233;ter sur les autres. Ce faisant il ne se contentait pas de proposer un cessez-le-feu, il d&#233;signait une t&#226;che philosophique dont nul ne saurait aujourd'hui nier l'importance pour notre avenir &#224; tous. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution vient couronner son oeuvre, elle porte l'&#233;cho de toutes les querelles et de tous les combats auxquels son auteur a pris part. De l&#224; sans doute qu'il irrite autant qu'il fascine aussi nombre de ses lecteurs. Il se montre, &#224; l'occasion, partial ; il pratique outre mesure l'autoc&#233;l&#233;bration. Mais c'est aussi pourquoi, malgr&#233; sa masse, ce livre est si intens&#233;ment vivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dominique Lecourt, in Le Monde, 15 septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur les conceptions de Gould au sein du darwinisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui &#233;tait Darwin et quelles &#233;taient ses id&#233;es ?</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article1405</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article1405</guid>
		<dc:date>2009-11-06T21:54:06Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;Je ne crois &#224; aucune loi fixe du d&#233;veloppement, obligeant tous les habitants d'une r&#233;gion &#224; se modifier brusquement, ou simultan&#233;ment, ou &#224; un &#233;gal degr&#233;. (....) La variabilit&#233; de chaque esp&#232;ce est tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle des autres. L'accumulation par la s&#233;lection naturelle, &#224; un degr&#233; plus ou moins prononc&#233;, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez diff&#233;rentes esp&#232;ces, d&#233;pend d'&#233;ventualit&#233;s nombreuses et complexes, telles que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Je ne crois &#224; aucune loi fixe du d&#233;veloppement, obligeant tous les habitants d'une r&#233;gion &#224; se modifier brusquement, ou simultan&#233;ment, ou &#224; un &#233;gal degr&#233;. (....) La variabilit&#233; de chaque esp&#232;ce est tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle des autres. L'accumulation par la s&#233;lection naturelle, &#224; un degr&#233; plus ou moins prononc&#233;, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez diff&#233;rentes esp&#232;ces, d&#233;pend d'&#233;ventualit&#233;s nombreuses et complexes, telles que la nature avantageuse des variations, la libert&#233; des croisements, le taux de reproduction, les changements lents dans les conditions physiques de la contr&#233;e, et plus particuli&#232;rement de la nature des autres habitants avec lesquels l'esp&#232;ce qui varie se trouve en concurrence. (...) Comme tous les &#234;tres organis&#233;s, &#233;teints et r&#233;cents, qui ont v&#233;cu sur la Terre peuvent &#234;tre tous class&#233;s ensemble, et ont tous &#233;t&#233; reli&#233;s les uns aux autres par une s&#233;rie de fines gradations, la meilleure classification, la seule possible d'ailleurs, si nos collections &#233;taient compl&#232;tes, serait la classification g&#233;n&#233;alogique ; le lien cach&#233; que les naturalistes ont cherch&#233; sous le nom de syst&#232;me naturel n'est autre chose que la descendance.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Darwin&lt;/strong&gt; dans &#034;L'origine des esp&#232;ces&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Que penser de l'&#233;volution des esp&#232;ces, des th&#232;ses de Darwin et du darwinisme ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/darwin.jpg' width=&#034;635&#034; height=&#034;575&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reconstitutions du bureau et du voyage de Darwin&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Voyage_of_the_Beagle.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Voyage_of_the_Beagle.jpg' width=&#034;2712&#034; height=&#034;1399&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Darwin est certainement un des scientifiques les plus connus au monde. Cependant, les images sur Darwin et sur sa th&#233;orie sont entach&#233;es d'erreurs et de mensonges qui ne sont pas de simples produits de l'ignorance. Darwin, lui-m&#234;me, n'a pas souhait&#233; que l'on connaisse dans le grand public ses v&#233;ritables motivations ni parfois les profondeur de ses id&#233;es. Beaucoup voient en Darwin un simple observateur attentif de la r&#233;alit&#233; qui n'aurait eu aucune th&#233;orie pr&#233;&#233;tablie. C'est tout le contraire. Ce sont des motivations id&#233;ologiques qui l'ont pouss&#233; &#224; se pencher sur l'&#233;tude des &#234;tres vivants. Charles Darwin fut certainement tr&#232;s influenc&#233; par son grand-p&#232;re, Erasmus Darwin, qui publia au d&#233;but du 19&#232;me si&#232;cle un ouvrage sur le monde du vivant et son &#233;volution. Erasmus, dans sa Zo&#246;nomia, se demandait si l'on n'avait pas le droit d'imaginer que tous les animaux &#224; sang-chaud n'&#233;taient pas sortis d'un simple filament, que la grande Cause premi&#232;re avait rang&#233; dans le r&#232;gne animal&#8230; mais avec la facult&#233; de s'am&#233;liorer sans cesse par une activit&#233; propre inh&#233;rente en lui-m&#234;me et de transmettre ces am&#233;liorations &#224; sa post&#233;rit&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne de g&#233;n&#233;ration. Darwin avait donc des id&#233;es sur l'&#233;volution avant m&#234;me de commencer ses observations. Par la suite, il a &#233;t&#233; influenc&#233; par les id&#233;es de Mallthus sur la d&#233;mographie et &#034;la lutte pour la vie&#034;. Darwin n'a pas eu une formation de scientifique mais de pasteur et il n'a pas support&#233; celle-ci. Il est devenu mat&#233;rialiste et m&#234;me violemment anti-religieux. Bien qu'il utilisait le terme &#171; agnostique &#187; &#224; la fin de sa vie, ce choix de vocabulaire visait &#224; ne pas heurter les scrupules de la soci&#233;t&#233; victorienne et les convictions religieuses de son &#233;pouse. &#171; L'incr&#233;dulit&#233; gagna sur moi tr&#232;s lentement, mais elle fut &#224; la fin, compl&#232;te, &#233;crit-il dans son Autobiographie. [...] Je n'ai jamais dout&#233; depuis, m&#234;me une seule seconde, que ma conclusion ne fut correcte. &#187; Vivant &#224; son aise de la fortune de son p&#232;re, appartenant &#224; la bonne soci&#233;t&#233; des gentleman, il ne voulait &#234;tre mis au ban de cette soci&#233;t&#233; et craignait que la publicit&#233; donn&#233;e &#224; ses id&#233;es irr&#233;ligieuses ne m&#232;nent &#224; son excommunication. Il a d&#233;cid&#233; de cacher ses id&#233;es tout en commen&#231;ant progressivement &#224; les &#233;tayer et &#224; entrer en contact avec des scientifiques. C'est l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; bourgeoise anglaise, devenue apte &#224; consid&#233;rer l'&#233;volution comme une justification du progr&#232;s technique et social du capitalisme, qui lui a permis de faire conna&#238;tre son point de vue sur l'&#233;volution. Mais il n'est par contre pas devenu ouvertement le militant ath&#233;e qu'il &#233;tait r&#233;ellement. Et c'est cet ath&#233;isme qui explique dans quel sens il avait men&#233; sa recherche. La continuit&#233; des esp&#232;ces au cours de l'&#233;volution a surtout pour but de montrer qu'il n'y a pas eu de cr&#233;ation divine puisqu'il n'y a pas eu de cr&#233;ation du tout. Tous les ouvrages de Darwin sont tourn&#233;s contre les th&#232;ses religieuses de son &#233;poque sur la nature et sa pr&#233;tendue manifestation de dessein de Dieu qui aurait produit la nature dans un but pr&#233;&#233;tabli. Son ouvrage principal &#034;De l'origine des esp&#232;ces&#034; r&#233;pond directement &#224; l'ouvrage pro-religieux de Paley, argument par argument, mot &#224; mot. &lt;i&gt;&#034;Le vieil argument du dessein dans la nature, tel que le donnait Paley, me paraissait autrefois des plus concluants, il tombe aujourd'hui apr&#232;s qu'a &#233;t&#233; d&#233;couverte la loi de s&#233;lection naturelle. Nous ne pouvons plus soutenir que, par exemple, l'admirable charni&#232;re d'une coquille bivalve a d&#251; &#234;tre faite par un &#234;tre intelligent, comme la charni&#232;re d'une porte par l'homme. Il semble qu'il n'y a pas plus de dessein dans la variabilit&#233; des &#234;tres organiques et dans l'action de la s&#233;lection naturelle, que dans la fa&#231;on dont le vent souffle. Tout dans la nature est le r&#233;sultat de lois fix&#233;es &#224; l'avance.&#034;&lt;/i&gt; Son &#233;tude sur les orchid&#233;es vise &#224; montrer que leur structures destin&#233;es &#224; la f&#233;condation, par l'interm&#233;diaire des insectes, ont &#233;t&#233; bricol&#233;es &#224; partir d'&#233;l&#233;ments dont les anc&#234;tres se servaient dans un tout autre dessein, comme l'explique Stephen Jay Gould dans &#034;Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie&#034;. L'&#233;nigme de la vie de Darwin semble bien se r&#233;sumer &#224; un &#233;norme effort pour lib&#233;rer les hommes de son &#233;poque de l'emprise de la religion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La science et le Christ n'ont rien &#224; voir l'un avec l'autre, sinon dans la mesure o&#249; l'habitude de la recherche scientifique enseigne la prudence au moment d'accepter une preuve quelle qu'elle soit. En ce qui me concerne, je ne crois pas qu'une r&#233;v&#233;lation ait &#233;t&#233; faite. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Charles Darwin / 1809-1882 / juin 1879)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Le vrai mat&#233;rialisme fait de Dieu une impossibilit&#233;, de la r&#233;v&#233;lation une vue de l'esprit, et de la vie future une absurdit&#233;.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Charles Darwin / 1809-1882 / juin 1879)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;J'en &#233;tais progressivement venu, &#224; cette &#233;poque, &#224; voir que l'Ancien Testament, de par son histoire du monde manifestement fausse, avec la tour de Babel, l'arc-en-ciel comme signe, etc., et son attribution &#224; Dieu des sentiments d'un tyran assoiff&#233; de vengeance, n'&#233;tait pas plus digne de foi que les livres sacr&#233;s des hindous, ou les croyances de n'importe quel barbare. Une question s'imposait alors continuellement &#224; mon esprit, et refusait d'en &#234;tre bannie : est-il croyable que si Dieu avait dans l'instant, &#224; r&#233;v&#233;ler aux hindous, il permettrait que cela soit li&#233; &#224; la croyance de Vishnou, Shiva, etc., comme le christianisme est li&#233; &#224; l'Ancien Testament ? Cela me paraissait tout &#224; fait incroyable.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Charles Darwin / 1809-1882)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Darwin n'est absolument pas un simple observateur attentif de la nature qui aurait consign&#233; sur des cahiers le d&#233;tails d'&#233;tudes pr&#233;cises sur des quantit&#233;s d'&#234;tres vivants et qui aurait invent&#233; une notion nouvelle : l'&#233;volution. Cette notion existait bien avant lui. C'est un philosophe qui avait un projet bien pr&#233;cis : d&#233;truire id&#233;ologiquement l'&#233;difice intellectuel dans lequel lui-m&#234;me avait &#233;t&#233; enferm&#233;, l'id&#233;ologie religieuse. Chacune de ses &#233;tudes est, petit &#224; petit, non pas une description de ce qu'il voit mais un raisonnement, une argumentation qui r&#233;pond point par point &#224; celle du christianisme pr&#233;tendant faire de la nature une preuve du dessein divin et de la construction d'un monde pour y mettre la cr&#233;ature sup&#233;rieure : l'homme. Darwin r&#233;pond point par point : pas de cr&#233;ature sup&#233;rieure, pas de dessein, pas de loi sup&#233;rieure, pas de construction pilot&#233;e, pas de but &#224; chaque naissance d'un organe et d'une fonction, d'une esp&#232;ce et d'un attribut. Pas de conscience sup&#233;rieure pour b&#226;tir la conscience humaine. l'homme n'est qu'un animal parmi d'autres, un &#234;tre vivant entre bien d'autres. L'univers n'est pas fait pour l'homme. La nature n'est pas la preuve d'un b&#226;tisseur qui a tout con&#231;u par avance. Au contraire, tout se construit au fur et &#224; mesure, en fonction des contingences. La destruction id&#233;ologique de la religion chez Darwin explique qu'aujourd'hui encore les religieux soient aussi violents contre lui. Il n'y a que des pays comme la France o&#249; l'hypocrisie sociale d&#233;mocratique est profond&#233;ment ancr&#233;e pour y penser que l'&#233;volution vue par Darwin n'est pas oppos&#233;e &#224; la croyance religieuse. La religion dominante en France &#233;tant l'&#233;clectisme et le scepticisme g&#233;n&#233;ral vis-&#224;-vis de toute pens&#233;e engag&#233;e, cela n'a rien d'&#233;tonnant qu'une telle pens&#233;e ne puisse comprendre le &#034;dessein&#034; engag&#233; d'un Darwin, un combattant violent contre la prison id&#233;ologique de la religion chr&#233;tienne !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. Tort&lt;/strong&gt; sur &#034;L'origine des esp&#232;ces&#034; : &lt;i&gt;&#034;Avec ce livre, la science s'affranchit de la th&#233;ologie.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; J'ai peine &#224; croire comment quelqu'un pourrait souhaiter que le Christianisme f&#251;t vrai ; car en pareil cas la langue simple de ce texte semble montrer que les hommes qui ne croient pas &#8211; et parmi eux mon p&#232;re, mon fr&#232;re et presque tous mes meilleurs amis &#8211; seront punis &#233;ternellement. Et c'est une doctrine abominable. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DARWIN dans son Autobiographie posthume&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Darwin s'est gard&#233; de manifester ouvertement son hostilit&#233; &#224; la religion. Comme Richard Millner l'a &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Dans ses cauchemars Darwin se voyait d&#233;capit&#233; ou pendu ; il se disait qu'une conviction qui allait ainsi contre l'autorit&#233; biblique &#233;quivalait &#224; l'aveu d'un meurtre. &#187;&lt;/i&gt; (Encyclop&#233;die de l'&#201;volution)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Lorsque, en 1837, Darwin rompt avec le fixisme dogmatique et ouvre son premier carnet de notes sur le &#171; transmutation des esp&#232;ces &#187;, ni l'&#201;glise anglicane ni l'Angleterre &#8211; qui voit au m&#234;me moment Victoria acc&#233;der au tr&#244;ne &#8211; ne sont pr&#234;tes &#224; de telles concessions. Le prix de cette raideur est que tout divorce de la raison avec le dogme est v&#233;cu comme sortie simultan&#233;e de l'&#201;glise et de la foi. Pour Darwin qui, d&#233;sormais transformiste et assur&#233; de son &#233;tude de la g&#233;ologie, de la pal&#233;ontologie et de la distribution g&#233;ographique des organismes, ne peut plus croire que le monde et les &#234;tres qui le peuplent ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s en six jours par un Dieu personnel &#8211; dont les traits de comportement lui rappellent sensiblement par ailleurs ceux des divinit&#233;s barbares du paganisme &#8211;, la religion, fig&#233;e dans ses textes fondateurs, appara&#238;t comme un mensonge indigne de justifier le maintien d'une croyance. On sait pourtant que quelques ann&#233;es auparavant, &#224; Cambridge, il avait &#233;tudi&#233; avec un r&#233;el plaisir les ouvrages, inscrits au programme des humanit&#233;s, de William Paley &#8211; le m&#234;me dont l'actuel &#171; Intelligent Design &#187; fait aujourd'hui encore une r&#233;f&#233;rence permanente &#8211;, en d&#233;pit du fait que le pr&#233;lat avait ordonn&#233; la mise &#224; l'index des ouvrages non orthodoxes de son grand-p&#232;re Erasmus. Au terme d'un processus d'&#233;loignement progressif qu'il &#233;voque dans son Autobiographie de 1876 en des termes non &#233;quivoques, Darwin abandonnera ainsi ses convictions juv&#233;niles jusqu'&#224; devenir &#171; totalement incr&#233;dule &#187;.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Institut Charles Darwin International&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait de &#171; Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie &#187; de Stephen Jay Gould :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En l'espace de dix ans, Darwin convainquit le monde intellectuel de l'existence de l'&#233;volution, mais sa th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle ne fut jamais tr&#232;s populaire de son vivant. Elle ne s'est impos&#233;e que dans les ann&#233;es quarante et, aujourd'hui encore, bien qu'elle soit au c&#339;ur de notre th&#233;orie de l'&#233;volution, elle est g&#233;n&#233;ralement mal comprise, mal cit&#233;e et mal appliqu&#233;e. La difficult&#233; ne r&#233;side pourtant pas dans la complexit&#233; de sa structure logique, car les fondements de la s&#233;lection naturelle sont la simplicit&#233; m&#234;me. Ils se r&#233;sument &#224; deux constatations indubitables entra&#238;nant une conclusion in&#233;vitable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-	Les organismes varient et leurs variations se transmettent (en partie du moins) &#224; leurs descendants&lt;br class='autobr' /&gt;
2-	Les organismes produisent plus de descendants qu'il ne peut en survivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
3-	En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le descendant qui varie dans la direction favoris&#233;e par l'environnement survivra et se reproduisera. La variation favorable se r&#233;pandra donc dans les populations par s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) L'id&#233;e suivant laquelle la s&#233;lection naturelle est la force cr&#233;atrice de l'&#233;volution et pas seulement le bourreau qui ex&#233;cute les inadapt&#233;s est l'essence de l'adapt&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;laborer progressivement l'adaptation en conservant, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, les &#233;l&#233;ments favorables dans un ensemble de variations dues au hasard. Si la s&#233;lection naturelle est cr&#233;atrice, il faut compl&#233;ter la premi&#232;re proposition, relative &#224; la variation, par deux observations suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la variation doit &#234;tre le fruit du hasard ou, tout au moins, ne pas tendre de pr&#233;f&#233;rence vers l'adaptation. Car si la variation est pr&#233;programm&#233;e dans la bonne direction, la s&#233;lection naturelle ne joue aucun r&#244;le cr&#233;ateur et se contente d'&#233;liminer les individus non conformes. (&#8230;) Ce que nous savons des variations g&#233;n&#233;tiques laisse penser que Darwin avait raison de soutenir que la variation n'est pas pr&#233;programm&#233;e. L'&#233;volution est un m&#233;lange de hasard et de n&#233;cessit&#233;. Hasard dans la variation, n&#233;cessit&#233; dans le fonctionnement de la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la variation doit &#234;tre petite relativement &#224; l'ampleur de l'&#233;volution manifest&#233;e dans la formation d'esp&#232;ces nouvelles. En effet, si les esp&#232;ces nouvelles apparaissent d'un seul coup, le seul r&#244;le de la s&#233;lection consiste simplement &#224; faire dispara&#238;tre les populations en place afin de laisser le champ libre aux formes am&#233;lior&#233;es qu'elle n'a pas &#233;labor&#233;es. De nouveau, nos connaissances en g&#233;n&#233;tique vont dans le sens de Darwin, qui croyait que les petites mutations constituent l'essentiel de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#233;orie de Darwin, simple en apparence, ne va pas, dans les faits, sans complexit&#233;. Il semble n&#233;anmoins que les r&#233;ticences qu'elle suscite tiennent moins aux &#233;ventuelles difficult&#233;s scientifiques qu'au contenu philosophiques des conceptions de Darwin qui constituent en effet un d&#233;fi &#224; un ensemble d'id&#233;es particuli&#232;res &#224; l'Occident et que nous ne sommes pas encore pr&#232;s de l'abandonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Darwin pr&#233;tend que l'&#233;volution n'a pas de but. (&#8230;) Darwin soutient que l'&#233;volution n'est pas dirig&#233;e, qu'elle ne conduit pas in&#233;vitablement &#224; l'apparition de caract&#233;ristiques sup&#233;rieures. Les organismes ne font que s'adapter &#224; leur environnement. La &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du parasite est aussi parfaite que l'&#233;l&#233;gance de la gazelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Darwin fait reposer son interpr&#233;tation de la nature sur une philosophie mat&#233;rialiste. La mati&#232;re est le fondement de toute existence (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Darwin met au point la th&#233;orie fondamentale de l'&#233;volution en 1838 et ne la publie, vingt et ans plus tard, que parce que A. R. Wallace s'appr&#234;te &#224; le coiffer sur le poteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cinq ann&#233;es pass&#233;es &#224; bord du Beagle, Darwin ne croyait plus &#224; la fixit&#233; des esp&#232;ces. En juillet 1837, peu apr&#232;s son voyage, il entreprit la r&#233;daction du premier carnet sur la &#171; transmutation &#187;. D&#233;j&#224; convaincu de l'existence de l'&#233;volution, Darwin cherchait une th&#233;orie susceptible d'expliquer son m&#233;canisme. Apr&#232;s de nombreux t&#226;tonnements, c'est une lecture en apparence sans rapport avec son sujet qui lui permit d'avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin &#233;crivit plus tard, dans son autobiographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'eus l'occasion, en octobre 1838, de lire pour le plaisir, &#171; Sur la population &#187;, de Malthus. Etant d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; &#224; tenir compte de la lutte pour la vie, qui existe partout, par une observation longue pour la vie, qui existe partout, par une observation longue et assidue des habitudes des animaux et des plantes, je fus aussit&#244;t convaincu que dans de telles circonstances, les variations d&#233;favorables &#224; dispara&#238;tre. Il en r&#233;sulterait la formation d'esp&#232;ces nouvelles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin avait compris depuis longtemps l'importance de la s&#233;lection artificielle pratiqu&#233;e par les &#233;leveurs. Mais avant que les th&#233;ories de Malthus sur la surpopulation et la lutte pour la vie ne fussent venues catalyser ses pens&#233;es, il n'avait pu d&#233;couvrir l'agent de la s&#233;lection naturelle. Si toutes la cr&#233;atures produisaient beaucoup plus de descendants qu'il ne pourrait raisonnablement en survivre, alors la s&#233;lection naturelle pr&#233;siderait &#224; l'&#233;volution &#224; l'aide d'un seul principe : les survivants seraient les repr&#233;sentants de l'esp&#232;ce les mieux adapt&#233;s aux conditions de vie dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin savait parfaitement l'importance de ce qu'il venait de mettre au jour. Il est donc impossible d'attribuer son silence &#224; une sous-estimation de sa propre d&#233;couverte. En 1842, puis de nouveau en 1844, il r&#233;digea les premi&#232;res esquisses de sa th&#233;orie et de ses implications. Il donna &#233;galement &#224; sa femme des instructions strictes pour qu'elle ne publi&#226;t que ces seuls manuscrits, s'il venait &#224; mourir avant de pouvoir &#233;crire son ouvrage principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, dans ces conditions, attendit-il vingt ans avant de publier sa th&#233;orie ? (&#8230;) Selon l'argumentation habituelle, Darwin a donc attendu vingt ans uniquement parce qu'il n'avait pas termin&#233; son travail. Sa th&#233;orie le satisfaisait, mais la th&#233;orie seule est sans valeur. Il &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; ne rien publier avant d'avoir amass&#233; une documentation suffisante, et cela prit du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les activit&#233;s de Darwin pendant les vingt ann&#233;es en question montrent les insuffisances d'un tel point de vue. En particulier, il a pass&#233; huit ann&#233;es &#224; r&#233;diger quatre gros volumes consacr&#233;s &#224; la taxonomie et &#224; la description des bernacles. (&#8230;) Au reste, le jugement que Darwin lui-m&#234;me porte sur les quatre volumes en question se trouve dans son autobiographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En plus de la d&#233;couverte de plusieurs formes nouvelles remarquables, j'ai mis en ordre les homologies des diff&#233;rentes parties (&#8230;) et mis en &#233;vidence l'existence, dans certaines esp&#232;ces, de m&#226;les de taille r&#233;duite qui sont &#224; la fois des compl&#233;ments et des parasites des hermaphrodites. N&#233;anmoins, je ne suis pas certain que ce travail m&#233;ritait que je m'y consacre aussi longtemps. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux des anciens carnets de Darwin permettent d'y voir plus clair : les carnets M et N furent &#233;crits en 1838 et 1839, pendant que Darwin travaillait &#224; la compilation des carnets sur la transmutation, qui servent de base &#224; ses esquisses de 1842 et 1844. On y trouve des r&#233;flexions sur la philosophie, l'esth&#233;tique, la psychologie et l'anthropologie. (&#8230;) De nombreux passages montrent qu'il &#233;tait convaincu de quelque chose qu'il ressentait comme beaucoup plus &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; que l'&#233;volution elle-m&#234;me, notion beaucoup plus pass&#233;e dans l'opinion de l'&#233;poque qu'on ne le croit, et qu'il avait peur d'exposer : le mat&#233;rialisme philosophique, postulat selon lequel la mati&#232;re est la substance de toute existence, les ph&#233;nom&#232;nes psychologiques et spirituels n'&#233;tant que ses sous-produits. (&#8230;) Ces carnets prouvent en outre que Darwin s'int&#233;ressait &#224; la philosophie et qu'il &#233;tait conscient de ses implications. Il savait que ce qui distinguait radicalement sa th&#233;orie des autres doctrines &#233;volutionnistes &#233;tait un mat&#233;rialisme philosophique sans compromis. Les &#233;volutionnistes parlaient de forces vitales, de sens de l'Histoire, de lutte organique et d'irr&#233;ductibilit&#233; fondamentale de l'esprit &#8230;, autant de notions que la chr&#233;tient&#233; traditionnelle pouvait parfaitement accepter (&#8230;) Darwin, lui, ne parlait que de variations dues au hasard et de s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses carnets, Darwin applique r&#233;solument sa th&#233;orie mat&#233;rialiste &#224; toutes les manifestations de la vie, y compris ce qu'il nommait &#171; la citadelle elle-m&#234;me &#187;, l'esprit humain. (&#8230;) Dans l'un des carnets concernant la transmutation, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que je voie l'amour de la divinit&#233; comme fruit de l'organisation, quel mat&#233;rialiste (je suis) ! Pourquoi le fait que la pens&#233;e soit une s&#233;cr&#233;tion du cerveau est-il plus extraordinaire que le fait que la pesanteur soit une propri&#233;t&#233; de la mati&#232;re ? La source de cela, c'est notre orgueil, l'admiration que nous &#233;prouvons pour nous-m&#234;mes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception &#233;tait &#224; ce point h&#233;r&#233;tique que Darwin, dans &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187; (1859) ne s'est permis que ce commentaire obscur : &lt;i&gt;&#171; La lumi&#232;re sera faite sur l'origine de l'homme et son histoire &#187;. Il n'exposa ses convictions (sur l'&#233;volution de l'homme et m&#234;me pas sur le mat&#233;rialisme) que lorsqu'il ne lui fut plus possible de les cacher dans la &#171; Descendance de l'homme &#187; (1871) et &#171; L'expression des &#233;motions chez l'homme et les animaux &#187; (1872). A. R. Wallace, cod&#233;couvreur de la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle, ne put jamais se r&#233;soudre &#224; l'appliquer &#224; l'esprit humain, qu'il consid&#233;rait comme la seule contribution divine &#224; l'histoire de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darxin, lui, fit voler en &#233;clats deux mille ans de philosophie et de religion dans l'&#233;pigramme le plus remarquable du carnet M :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Platon dit dans le &#171; Ph&#233;don &#187; que les &#171; id&#233;es imaginaires &#187; viennent de la pr&#233;&#233;xistence de l'&#226;me, qu'elles ne sont pas tir&#233;es de l'exp&#233;rience&#8230; Il faut lire &#171; singes &#187; au lieu de &#171; pr&#233;&#233;xistence &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin &#233;crit dans le carnet M :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour &#233;viter de dire jusqu'&#224; quel point je crois au mat&#233;rialisme, je dois me contenter de dire que les &#233;motions, les instincts, les degr&#233;s de talent, qui sont h&#233;r&#233;ditaires, le sont parce que le cerveau de l'enfant ressemble &#224; celui des parents. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin &#233;tait en fait un r&#233;volutionnaire bien tranquille. Il ne se contenta pas de retarder tr&#232;s longtemps la publication de son &#339;uvre, il &#233;vita aussi d'exposer publiquement les implications philosophiques de sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1880, il &#233;crivit &#224; Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il me semble (&#224; tort ou &#224; raison) que les attaques directes contre le christianisme et le th&#233;isme n'ont pratiquement aucun effet sur le public et que l'enrichissement de l'esprit humain qui suit le progr&#232;s de la science fera davantage pour la libert&#233; de penser. C'est pourquoi j'ai toujours &#233;vit&#233; de parler de religion et me suis cantonn&#233; &#224; la science. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; viennent les id&#233;es de Darwin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux biologistes r&#233;pondent Charles Darwin si on leur demande qui exer&#231;ait les fonctions de naturaliste &#224; bord du Beagle. Et ils se trompent. (&#8230;) Darwin se trouvait bien &#224; bord du Beagle et il s'y est bien consacr&#233; aux sciences naturelles. Mais ce n'est pas la vraie raison de sa pr&#233;sence &#224; bord, et c'est le m&#233;decin du bord, Robert Mac Cormick, qui occupait officiellement les fonctions de naturaliste. (&#8230;) A vrai dire, le r&#244;le de Darwin &#224; bord du Beagle consistait essentiellement &#224; tenir compagnie au capitaine Fitzroy. Mais pourquoi un capitaine britannique s'embarque-t-il pour cinq ans en compagnie d'un homme qu'il ne conna&#238;t que depuis deux mois ? (&#8230;) La tradition navale britannique de l'&#233;poque obligeait le capitaine &#224; n'avoir pratiquement aucun contact avec le reste de la hi&#233;rarchie. (&#8230;) Le pr&#233;d&#233;cesseur de Fitzroy comme capitaine du Beagle s'&#233;tait suicid&#233; dans l'h&#233;misph&#232;re sud en 1828, apr&#232;s trois ann&#233;es pass&#233;es loin de chez lui. De plus, comme Darwin l'a signal&#233; lui-m&#234;me dans une lettre &#224; sa s&#339;ur, Fitzroy croyait avoir des &#171; pr&#233;dispositions h&#233;r&#233;ditaires &#187; aux troubles mentaux. (...) En fait, Fitzroy s'est effectivement effondr&#233; pendant le voyage et a d&#251; c&#233;der temporairement son commandement... pendant que Darwin &#233;tait alit&#233; &#224; Valparaiso. S'il voulait &#233;chapper &#224; la solitude, la seule ressource de Titzroy &#233;tait donc d'emmener un passager &#034;en surnombre&#034;. (...) Fitzroy &#233;tait un aristocrate et descendait directement du roi Charles II. Seul un gentelman pouvait paratger ses repas, et, &#224; n'en pas douter, Darwin en &#233;tait un. (...) Le parrain de Darwin, J. S. Henslow, comprit parfaitement. Il &#233;crivit &#224; Darwin : &#034;Le capitaine F a besoin de quelqu'un, d'apr&#232;s moi, il cherhce un compagnon plus qu'un v&#233;ritable homme de science.&#034; Darwin et Fitzroy se rencontr&#232;rent et se mirent d'accord. Darwin choisit de tenir compagnie &#224; Fitzroy, son r&#244;le consistant surtout &#224; s'asseoir &#224; la table du capitaine &#224; chaque repas, pendant cinq longues ann&#233;es. (...) Darwin &#233;tait tr&#232;s avantag&#233;. Le capitaine l'&#233;coutait. Il avait un valet. Aux escales, il pouvait se permettre d'aller &#224; terre, et de payer des indig&#232;nes pour avoir des specimens (...) Fitzroy soutenait ardemment les conservateurs. Les positions lib&#233;rales de Darwin &#233;taient tout aussi d&#233;finies. Darwin &#233;vita soigneusement de discuter avec Fitzroy du projet de r&#233;forme qu'examinait alors le Parlement, mais ils s'oppos&#232;rent au sujet de l'esclavage. Un soir, Fitzroy dit &#224; Darwin qu'il avait &#233;t&#233; t&#233;moin de la n&#233;cessit&#233; de l'esclavage. L'un des plus gros trafiquants d'esclaves br&#233;siliens avait rassembl&#233; ses captifs et leur avait demand&#233; s'ils d&#233;siraient &#234;tre affranchis. Ils avaient r&#233;pondu : &#034;Non &#034;. Darwin s'&#233;tant risqu&#233; &#224; demander ce que valait une r&#233;ponse faite en pr&#233;sence du propri&#233;taire, Fitzroy s'emporta et lui d&#233;clara qu'il ne prendrait plus ses repas en sa compagnie s'il mettait sa parole en doute. Darwin sortit et se joignit aux officiers. Fitzroy c&#233;da et lui fit des excuses en bonne et due forme, quelques jours plus tard. (...) &lt;i&gt;&#034;Il est extr&#234;mement difficile de rester en bons termes avec le capitaine d'un vaisseau de guerre, car c'est presque faire acte de mutinerie que de lui r&#233;pondre comme on r&#233;pondrait &#224; quelqu'un d'autre (...)&#034;&lt;/i&gt; nota plus tard Darwin dans son autobiographie. La politique conservatrice n'&#233;tait cependant pas la seule passion de Fitzroy. Il s'int&#233;ressait &#233;galement &#224; la religion. Il ne prenait pas toujours la Bible au pied de la lettre, mais il consid&#233;rait Mo&#239;se come un historien et un g&#233;ologue comp&#233;tents. (...) L'id&#233;e fixe de Fitzroy &#233;tait &#034;l'argument du dessein&#034;, selon lequel la perfection des structures organiques prouve la bont&#233; de Dieu et son existence. Darwin, pour sa part, acceptait l'id&#233;e de perfection, mais proposait une explication naturelle tout &#224; fait antagoniste des convictions de Fitzroy. Il lui opposait, en effet, une th&#233;roie &#233;volutionniste fond&#233;e sur des variations dues au hasard et sur la s&#233;lection naturelle impos&#233;e par l'environnement, conception strictement mat&#233;rialiste et fondamentalement ath&#233;e. (....)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, Lamarck et Haeckel, les plus grands &#233;volutionnistes du 19&#232;me si&#232;cle en Angleterre, en France et en Allemagne respectivement, n'ont pas utilis&#233; ce mot dans l'&#233;dition originale de leurs &#339;uvres. Darwin parlait de &#034;descendance par modification&#034;, Lamarck de &#034;transformisme&#034;, Haeckel leur pr&#233;f&#233;rait &#034;th&#233;orie des transmutations&#034;. (...) Deux raisons principales ont pouss&#233; Darwin &#224; &#233;viter d'employer le mot &#034;&#233;volution&#034; dans l'expos&#233; de sa th&#233;orie. En premier lieu, le terme avait d&#233;j&#224; un sens technique en biologie &#224; son &#233;poque. Il s'appliquait alors &#224; une th&#233;orie embryologique, parfaitement inconciliable avec le point de vue de Darwin (...) celle du biologiste allemand Albrecht von Haller (...) Le mot &#233;volution appliqu&#233; &#224; la th&#233;orie de Darwin allait avoir un sens tr&#232;s diff&#233;rent (....) il d&#233;signait &#034;l'apparition, dans un ordre donn&#233;, de longues cha&#238;nes d'&#233;v&#233;nements&#034; et, surtout, il contenait une id&#233;e de perfectionnement progressif, de passage r&#233;gulier du simple au complexe. (...) Mais en r&#233;alit&#233;, c'est un terme qu'il employait tr&#232;s rarement, car il voulait bannir toute notion de progr&#232;s de ce que nous appelons aujourd'hui &#233;volution. Dans une &#233;pigramme c&#233;l&#232;bre, Darwin &#233;crit qu'il doit s'interdire d'employer les qualificatifs &#034;sup&#233;rieurs&#034; et &#034;inf&#233;rieurs&#034; lorsqu'il d&#233;crit la structure des organismes. Pouvons-nous pr&#233;tendre, en effet, que nous sommes des cr&#233;atures sup&#233;rieures &#224; l'amibe, qui est aussi bien adapt&#233;e &#224; son environnement que nous le sommes au n&#244;tre. (...) la notion de progr&#232;s, ins&#233;parable de son sens courant, lui d&#233;plaisait. (...) On peut toutefois se demander pourquoi les savants ont provoqu&#233; ce terrible malentendu en choisissant un mot courant, qui signifie progr&#232;s, pour d&#233;signer ce que Darwin nommait, moins spectaculairement mais plus correctement, &#034;descendance avec modification&#034;. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suite des extraits &#224; venir ...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur les id&#233;es de Darwin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Examinons maintenant si les lois et les faits relatifs &#224; la succession g&#233;ologique des &#234;tres organis&#233;s s'accordent mieux avec la th&#233;orie ordinaire de l'immutabilit&#233; des esp&#232;ces qu'avec celle de leur modification lente et graduelle, par voie de descendance et de s&#233;lection naturelle.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charles Darwin&lt;/strong&gt; dans &#034;De l'origine des esp&#232;ces&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; S'il pouvait &#234;tre d&#233;montr&#233; qu'il existe un organe complexe qui n'aurait pas du &#234;tre form&#233; par une succession de nombreuses petites modifications, alors ma th&#233;orie s'effondrerait totalement. &#187;&lt;/i&gt; affirmait &lt;strong&gt;Charles Darwin&lt;/strong&gt; dans &#171; De l'origine des esp&#232;ces &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vous vous &#234;tes encombr&#233; d'une difficult&#233; inutile en adoptant le pr&#233;cepte selon lequel ''la nature ne fait pas de sauts'' sans la moindre r&#233;serve. &#187;&lt;/i&gt; &#233;crivait &lt;strong&gt;Thomas Henry Huxley&lt;/strong&gt; &#224; son ami &lt;strong&gt;Charles Darwin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DARWIN ECRIT :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les restes fossiles de chaque formation pr&#233;sentent, dans une certaine mesure, des caract&#232;res interm&#233;diaires, comparativement aux fossiles enfouis dans les formations inf&#233;rieures et sup&#233;rieures, s'explique tout simplement par la situation interm&#233;diaire qu'ils occupent dans la cha&#238;ne g&#233;n&#233;alogique. Ce grand fait, que tous les &#234;tres &#233;teints peuvent &#234;tre group&#233;s dans les m&#234;mes classes que les &#234;tres vivants, est la cons&#233;quence naturelle de ce que les uns et les autres descendent de parents communs. Comme les esp&#232;ces ont g&#233;n&#233;ralement diverg&#233; en caract&#232;res dans le long cours de leur descendance et de leurs modifications, nous pouvons comprendre pourquoi les formes les plus anciennes, c'est-&#224;-dire les anc&#234;tres de chaque groupe, occupent si souvent une position interm&#233;diaire, dans une certaine mesure, entre les groupes actuels. On consid&#232;re les formes nouvelles comme &#233;tant, dans leur ensemble, g&#233;n&#233;ralement plus &#233;lev&#233;es dans l'&#233;chelle de l'organisation que les formes anciennes ; elles doivent l'&#234;tre d'ailleurs, car ce sont les formes les plus r&#233;centes et les plus perfectionn&#233;es qui, dans la lutte pour l'existence, ont d&#251; l'emporter sur les formes plus anciennes et moins parfaites ; leurs organes ont d&#251; aussi se sp&#233;cialiser davantage pour remplir leurs diverses fonctions. Ce fait est tout &#224; fait compatible avec celui de la persistance d'&#234;tres nombreux, conservant encore une conformation &#233;l&#233;mentaire et peu parfaite, adapt&#233;e &#224; des conditions d'existence &#233;galement simples ; il est aussi compatible avec le fait que l'organisation de quelques formes a r&#233;trograd&#233; parce que ces formes se sont successivement adapt&#233;es, &#224; chaque phase de leur descendance, &#224; des conditions modifi&#233;es d'ordre inf&#233;rieur. Enfin, la loi remarquable de la longue persistance de formes alli&#233;es sur un m&#234;me continent &#8212; des marsupiaux en Australie, des &#233;dent&#233;s dans l'Am&#233;rique m&#233;ridionale, et autres cas analogues &#8212; se comprend facilement, parce que, dans une m&#234;me r&#233;gion, les formes existantes doivent &#234;tre &#233;troitement alli&#233;es aux formes &#233;teintes par un lien g&#233;n&#233;alogique. En ce qui concerne la distribution g&#233;ographique, si l'on admet que, dans le cours immense des temps &#233;coul&#233;s, il y a eu de grandes migrations dans les diverses parties du globe, dues &#224; de nombreux changements climat&#233;riques et g&#233;ographiques, ainsi qu'&#224; des moyens nombreux, occasionnels et pour la plupart inconnus de dispersion, la plupart des faits importants de la distri bution g&#233;ographique deviennent intelligibles d'apr&#232;s la th&#233;orie de la descendance avec modifications. Nous pouvons comprendre le parall&#233;lisme si frappant qui existe entre la distribution des &#234;tres organis&#233;s dans l'espace, et leur succession g&#233;ologique dans le temps. ; car, dans les deux cas, les &#234;tres se rattachent les uns aux autres par le lien de la g&#233;n&#233;ration ordinaire, et les moyens de modification ont &#233;t&#233; les m&#234;mes. Nous comprenons toute la signification de ce fait remarquable, qui a frapp&#233; tous les voyageurs, c'est-&#224;-dire que, sur un m&#234;me continent, dans les conditions les plus diverses, malgr&#233; la chaleur ou le froid, sur les montagnes ou dans les plaines, dans les d&#233;serts ou dans les marais, la plus grande partie des habitants de chaque grande classe ont entre eux des rapports &#233;vidents de parent&#233; ; ils descendent, en effet, des m&#234;mes premiers colons, leurs communs anc&#234;tres. En vertu de ce m&#234;me principe de migration ant&#233;rieure, combin&#233; dans la plupart des cas avec celui de la modification, et gr&#226;ce &#224; l'influence de la p&#233;riode glaciaire, on peut expliquer pourquoi l'on rencontre, sur les montagnes les plus &#233;loign&#233;es les unes des autres et dans les zones temp&#233;r&#233;es de l'h&#233;misph&#232;re bor&#233;al et de l'h&#233;misph&#232;re austral, quelques plantes identiques et beaucoup d'autres &#233;troitement alli&#233;es ; nous comprenons de m&#234;me l'alliance &#233;troite de quelques habitants des mers temp&#233;r&#233;es des deux h&#233;misph&#232;res ; qui sont cependant s&#233;par&#233;es par l'oc&#233;an tropical tout entier. Bien que deux r&#233;gions pr&#233;sentent des conditions physiques aussi semblables qu'une m&#234;me esp&#232;ce puisse les d&#233;sirer, nous ne devons pas nous &#233;tonner de ce que leurs habitants soient totalement diff&#233;rents, s'ils ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s compl&#232;tement les uns des autres depuis une tr&#232;s longue p&#233;riode ; le rapport d'organisme &#224; organisme est, en effet, le plus important de tous les rapports, et comme les deux r&#233;gions ont d&#251; recevoir des colons venant du dehors, ou provenant de l'une ou de l'autre, &#224; diff&#233;rentes &#233;poques et en proportions diff&#233;rentes, la marche des modifications dans les deux r&#233;gions a d&#251; in&#233;vitablement &#234;tre diff&#233;rente. Dans l'hypoth&#232;se de migrations suivies de modifications subs&#233;quentes, il devient facile de comprendre pourquoi les &#238;les oc&#233;aniques ne sont peupl&#233;es que par un nombre restreint d'esp&#232;ces, et pourquoi la plupart de ces esp&#232;ces sont sp&#233;ciales ou end&#233;miques ; pourquoi on ne trouve pas dans ces &#238;les des esp&#232;ces appartenant aux groupes d'animaux qui ne peuvent pas traverser de larges bras de mer, tels que les grenouilles et les mammif&#232;res terrestres ; pourquoi, d'autre part, on rencontre dans des &#238;les tr&#232;s &#233;loign&#233;es de tout continent des esp&#232;ces particuli&#232;res et nouvelles de chauves-souris, animaux qui peuvent traverser l'oc&#233;an. Des faits tels que ceux de l'existence de chauves-souris toutes sp&#233;ciales dans les &#238;les oc&#233;aniques, &#224; l'exclusion de tous autres animaux terrestres, sont absolument inexplicables d'apr&#232;s la th&#233;orie des cr&#233;ations ind&#233;pendantes. L'existence d'esp&#232;ces alli&#233;es ou repr&#233;sentatives dans deux r&#233;gions quelconques implique, d'apr&#232;s la th&#233;orie de la descendance avec modifications, que les m&#234;mes formes parentes ont autrefois habit&#233; les deux r&#233;gions ; nous trouvons presque invariablement en effet que, lorsque deux r&#233;gions s&#233;par&#233;es sont habit&#233;es par beaucoup d'esp&#232;ces &#233;troitement alli&#233;es, quelques esp&#232;ces identiques sont encore communes aux deux. Partout o&#249; l'on rencontre beaucoup d'esp&#232;ces &#233;troitement alli&#233;es, mais distinctes, on trouve aussi des formes douteuses et des vari&#233;t&#233;s appartenant aux m&#234;mes groupes. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les habitants de chaque r&#233;gion ont des liens &#233;troits de parent&#233; avec ceux occupant la r&#233;gion qui para&#238;t avoir &#233;t&#233; la source la plus rapproch&#233;e d'o&#249; les colons ont pu partir. Nous en trouvons la preuve dans les rapports frappants qu'on remarque entre presque tous les animaux et presque toutes les plantes de l'archipel des Galapagos, de Juan-Fernandez et des autres &#238;les am&#233;ricaines et les formes peuplant le continent am&#233;ricain voisin. Les m&#234;mes relations existent entre les habitants de l'archipel du Cap-Vert et des &#238;les voisines et ceux du continent africain ; or, il faut reconna&#238;tre que, d'apr&#232;s la th&#233;orie de la cr&#233;ation, ces rapports demeurent inexplicables. Nous avons vu que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle avec modification, entra&#238;nant les extinctions et la divergence des caract&#232;res, explique pourquoi tous les &#234;tres organis&#233;s pass&#233;s et pr&#233;sents peuvent se ranger, dans un petit nombre de grandes classes, en groupes subordonn&#233;s &#224; d'autres groupes, dans lesquels les groupes &#233;teints s'intercalent souvent entre les groupes r&#233;cents. Ces m&#234;mes principes nous montrent aussi pourquoi les affinit&#233;s mutuelles des formes sont, dans chaque classe, si complexes et si indirectes ; pourquoi certains caract&#232;res sont plus utiles que d'autres pour la classification ; pourquoi les caract&#232;res d'adaptation n'ont presque aucune importance dans ce but, bien qu'indispensable &#224; l'individu ; pourquoi les caract&#232;res d&#233;riv&#233;s de parties rudimentaires, sans utilit&#233; pour l'organisme, peuvent souvent avoir une tr&#232;s grande valeur au point de vue de la classification ; pourquoi, enfin, les caract&#232;res embryologiques sont ceux qui, sous ce rapport, ont fr&#233;quemment, le plus de valeur. Les v&#233;ritables affinit&#233;s des &#234;tres organis&#233;s, au contraire de leurs ressemblances d'adaptation, sont le r&#233;sultat h&#233;r&#233;ditaire de la communaut&#233; de descendance. Le syst&#232;me naturel est un arrangement g&#233;n&#233;alogique, o&#249; les degr&#233;s de diff&#233;rence sont d&#233;sign&#233;s par les termes vari&#233;t&#233;s, esp&#232;ces, genres, familles, etc., dont il nous faut d&#233;couvrir les lign&#233;es &#224; l'aide des caract&#232;res permanents, quels qu'ils puissent &#234;tre, et si insignifiante que soit leur importance vitale. La disposition semblable des os dans la main humaine, dans l'aile de la chauve-souris, dans la nageoire du marsouin et dans la jambe du cheval ; le m&#234;me nombre de vert&#232;bres dans le cou de la girafe et dans celui de l'&#233;l&#233;phant ; tous ces faits et un nombre infini d'autres semblables s'expliquent facilement par la th&#233;orie de la descendance avec modifications successives, lentes et l&#233;g&#232;res. La similitude de type entre l'aile et la jambe de la chauve-souris, quoique destin&#233;es &#224; des usages si diff&#233;rents ; entre les m&#226;choires et les pattes du crabe ; entre les p&#233;tales, les &#233;tamines et les pistils d'une fleur, s'explique &#233;galement dans une grande mesure par la th&#233;orie de la modification graduelle de parties ou d'organes qui, chez l'anc&#234;tre recul&#233; de chacune de ces classes, &#233;taient primitivement semblables. Nous voyons clairement, d'apr&#232;s le principe que les variations successives ne surviennent pas toujours &#224; un &#226;ge pr&#233;coce et ne sont h&#233;r&#233;ditaires qu'&#224; l'&#226;ge correspondant, pourquoi les embryons de mammif&#232;res, d'oiseaux, de reptiles et de poissons, sont si semblables entre eux et si diff&#233;rents des formes adultes. Nous pouvons cesser de nous &#233;merveiller de ce que les embryons d'un mammif&#232;re &#224; respiration a&#233;rienne, ou d'un oiseau, aient des fentes branchiales et des art&#232;res en lacet, comme chez le poisson, qui doit, &#224; l'aide de branchies bien d&#233;velopp&#233;es, respirer l'air dissous dans l'eau. Le d&#233;faut d'usage, aid&#233; quelquefois par la s&#233;lection naturelle, a d&#251; souvent contribuer &#224; r&#233;duire des organes devenus inutiles &#224; la suite de changements dans les conditions d'existence ou dans les habitudes ; d'apr&#232;s cela, il est ais&#233; de comprendre la signification des organes rudimentaires. Mais le d&#233;faut d'usage et la s&#233;lection n'agissent ordinairement sur l'individu que lorsqu'il est adulte et appel&#233; &#224; prendre une part directe et compl&#232;te &#224; la lutte pour l'existence, et n'ont, au contraire, que peu d'action sur un organe dans les premiers temps de la vie ; en cons&#233;quence, un organe inutile ne para&#238;tra que peu r&#233;duit et &#224; peine rudimentaire pendant le premier &#226;ge. Le veau a, par exemple, h&#233;rit&#233; d'un anc&#234;tre primitif ayant des dents bien d&#233;velopp&#233;es, des dents qui ne percent jamais la gencive de la m&#226;choire sup&#233;rieure. Or, nous pouvons admettre que les dents ont disparu chez l'animal adulte par suite du d&#233;faut d'usage, la s&#233;lection naturelle ayant admirablement adapt&#233; la langue, le palais et les l&#232;vres &#224; brouter sans leur aide, tandis que, chez le jeune veau, les dents n'ont pas &#233;t&#233; affect&#233;es, et, en vertu du principe de l'h&#233;r&#233;dit&#233; &#224; l'&#226;ge correspondant, se sont transmises depuis une &#233;poque &#233;loign&#233;e jusqu'&#224; nos jours. Au point de vue de la cr&#233;ation ind&#233;pendante de chaque &#234;tre organis&#233; et de chaque organe sp&#233;cial, comment expliquer l'existence de tous ces organes portant l'empreinte la plus &#233;vidente de la plus compl&#232;te inutilit&#233;, tels, par exemple, les dents chez le veau &#224; l'&#233;tat embryonnaire, ou les ailes pliss&#233;es que recouvrent, chez un grand nombre de col&#233;opt&#232;res, des &#233;lytres soud&#233;es ? On peut dire que la nature s'est efforc&#233;e de nous r&#233;v&#233;ler, par les organes rudimentaires, ainsi que par les conformations embryologiques et homologues, son plan de modifications, que nous nous refusons obstin&#233;ment &#224; comprendre. Je viens de r&#233;capituler les faits et les consid&#233;rations qui m'ont profond&#233;ment convaincu que, pendant une longue suite de g&#233;n&#233;rations, les esp&#232;ces se sont modifi&#233;es. Ces modifications ont &#233;t&#233; effectu&#233;es principalement par la s&#233;lection naturelle de nombreuses variations l&#233;g&#232;res et avantageuses ; puis les effets h&#233;r&#233;ditaires de l'usage et du d&#233;faut d'usage des parties ont apport&#233; un puissant concours &#224; cette s&#233;lection ; enfin, l'action directe des conditions de milieux et les variations qui dans notre ignorance, nous semblent surgir spontan&#233;ment, ont aussi jou&#233; un r&#244;le, moins important, il est vrai, par leur influence sur les conformations d'adaptation dans le pass&#233; et dans le pr&#233;sent. Il para&#238;t que je n'ai pas, dans les pr&#233;c&#233;dentes &#233;ditions de cet ouvrage, attribu&#233; un r&#244;le assez important &#224; la fr&#233;quence et &#224; la valeur de ces derni&#232;res formes de variation, en ne leur attribuant pas des modifications permanentes de conformation, ind&#233;pendamment de l'action de la s&#233;lection naturelle. Mais, puisque mes conclusions ont &#233;t&#233; r&#233;cemment fortement d&#233;natur&#233;es et puisque l'on a affirm&#233; que j'attribue les modifications des esp&#232;ces exclusivement &#224; la s&#233;lection naturelle, on me permettra, sans doute, de faire remarquer que, dans la premi&#232;re &#233;dition de cet ouvrage, ainsi que dans les &#233;ditions subs&#233;quentes, j'ai reproduit dans une position tr&#232;s &#233;vidente, c'est-&#224;-dire &#224; la fin de l'introduction, la phrase suivante : &#171; Je suis convaincu que la s&#233;lection naturelle a &#233;t&#233; l'agent principal des modifications, mais qu'elle n'a pas &#233;t&#233; exclusivement le seul. &#187; Cela a &#233;t&#233; en vain, tant est grande la puissance d'une constante et fausse d&#233;monstration ; toutefois, l'histoire de la science prouve heureusement qu'elle ne dure pas longtemps. Il n'est gu&#232;re possible de supposer qu'une th&#233;orie fausse pourrait expliquer de fa&#231;on aussi satisfaisante que le fait la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle les diverses grandes s&#233;ries de faits dont nous nous sommes occup&#233;s. On a r&#233;cemment object&#233; que c'est l&#224; une fausse m&#233;thode de raisonnement ; mais c'est celle que l'on emploie g&#233;n&#233;ralement pour appr&#233;cier les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie, et les plus grands savants n'ont pas d&#233;daign&#233; non plus de s'en servir. C'est ainsi qu'on en est arriv&#233; &#224; la th&#233;orie ondulatoire de la lumi&#232;re ; et la croyance &#224; la rotation de la terre sur son axe n'a que tout r&#233;cemment trouv&#233; l'appui de preuves directes. Ce n'est pas une objection valable que de dire que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, la science ne jette aucune lumi&#232;re sur le probl&#232;me bien plus &#233;lev&#233; de l'essence ou de l'origine de la vie. Qui peut expliquer ce qu'est l'essence de l'attraction ou de la pesanteur ? Nul ne se refuse cependant aujourd'hui &#224; admettre toutes les cons&#233;quences qui d&#233;coulent d'un &#233;l&#233;ment inconnu, l'attraction, bien que Leibnitz ait autrefois reproch&#233; &#224; Newton d'avoir introduit dans la science &#171; des propri&#233;t&#233;s occultes et des miracles &#187;. Je ne vois aucune raison pour que les opinions d&#233;velopp&#233;es dans ce volume blessent les sentiments religieux de qui que ce soit. Il suffit, d'ailleurs, jour montrer combien ces sortes d'impressions sont passag&#232;res, de se rappeler que la plus grande d&#233;couverte que l'homme ait jamais faite ; la loi de l'attraction universelle, a &#233;t&#233; aussi attaqu&#233;e par Leibnitz &#171; comme subversive de la religion naturelle, et, dans ses cons&#233;quences, de la religion r&#233;v&#233;l&#233;e &#187;. Un eccl&#233;siastique c&#233;l&#232;bre m'&#233;crivant un jour ; &#171; qu'il avait fini par comprendre que croire &#224; la cr&#233;ation de quelques formes capables de se d&#233;velopper par elles-m&#234;mes en d'autres formes n&#233;cessaires, c'est avoir une conception tout aussi &#233;lev&#233;e de Dieu, que de croire qu'il ait eu besoin de nouveaux actes de cr&#233;ation pour combler les lacunes caus&#233;es par l'action des lois qu'il a &#233;tablies. &#187; On peut se demander pourquoi, jusque tout r&#233;cemment, les naturalistes et les g&#233;ologues les plus &#233;minents ont toujours repouss&#233; l'id&#233;e de la mutabilit&#233; des esp&#232;ces. On ne peut pas affirmer que les &#234;tres organis&#233;s &#224; l'&#233;tat de nature ne sont soumis &#224; aucune variation ; on ne peut pas prouver que la somme des variations r&#233;alis&#233;es dans le cours des temps soit une quantit&#233; limit&#233;e ; on n'a pas pu et l'on ne peut &#233;tablir de distinction bien nette entre les esp&#232;ces et les vari&#233;t&#233;s bien tranch&#233;es. On ne peut pas affirmer que les esp&#232;ces entre-crois&#233;es soient invariablement st&#233;riles, et les vari&#233;t&#233;s invariablement f&#233;condes ; ni que la st&#233;rilit&#233; soit une qualit&#233; sp&#233;ciale et un signe de cr&#233;ation. La croyance &#224; l'immutabilit&#233; des esp&#232;ces &#233;tait presque in&#233;vitable tant qu'on n'attribuait &#224; l'histoire du globe qu'une dur&#233;e fort courte, et maintenant que nous avons acquis quelques notions du laps de temps &#233;coul&#233;, nous sommes trop prompts &#224; admettre, sans aucunes preuves, que les documents g&#233;ologiques sont assez complets pour nous fournir la d&#233;monstration &#233;vidente de la mutation des esp&#232;ces si cette mutation a r&#233;ellement eu lieu. Mais la cause principale de notre r&#233;pugnance naturelle &#224; admettre qu'une esp&#232;ce ait donn&#233; naissance &#224; une autre esp&#232;ce distincte tient &#224; ce que nous sommes toujours peu dispos&#233;s &#224; admettre tout grand changement dont nous ne voyons pas les degr&#233;s interm&#233;diaires. La difficult&#233; est la m&#234;me que celle que tant de g&#233;ologues ont &#233;prouv&#233;e lorsque Lyell a d&#233;montr&#233; le premier que les longues lignes d'escarpements int&#233;rieurs, ainsi que l'excavation des grandes vall&#233;es ; sont le r&#233;sultat d'influences que nous voyons encore agir autour de nous. L'esprit ne peut concevoir toute la signification de ce terme : un million d'ann&#233;es, il ne saurait davantage ni additionner ni percevoir les effets complets de beaucoup de variations l&#233;g&#232;res ; accumul&#233;es pendant un nombre presque infini de g&#233;n&#233;rations. Bien que je sois profond&#233;ment convaincu de la v&#233;rit&#233; des opinions que j'ai bri&#232;vement expos&#233;es dans le pr&#233;sent volume ; je ne m'attends point &#224; convaincre certains naturalistes ; fort exp&#233;riment&#233;s sans doute ; mais qui ; depuis longtemps ; se sont habitu&#233;s &#224; envisager une multitude de faits sous un point de vue directement oppos&#233; au mien. Il est si facile de cacher notre ignorance sous des expressions telles que plan de cr&#233;ation, unit&#233; de type ; etc. ; et de penser que nous expliquons quand nous ne faisons que r&#233;p&#233;ter un m&#234;me fait. Celui qui a quelque disposition naturelle &#224; attacher plus d'importance &#224; quelques difficult&#233;s non r&#233;solues qu'&#224; l'explication d'un certain nombre de faits rejettera certainement ma th&#233;orie. Quelques naturalistes dou&#233;s d'une intelligence ouverte et d&#233;j&#224; dispos&#233;e &#224; mettre en doute l'immutabilit&#233; des esp&#232;ces peuvent &#234;tre influenc&#233;s par le contenu de ce volume, mais j'en appelle surtout avec confiance &#224; l'avenir, aux jeunes naturalistes, qui pourront &#233;tudier impartialement les deux c&#244;t&#233;s de la question. Quiconque est amen&#233; &#224; admettre la mutabilit&#233; des esp&#232;ces rendra de v&#233;ritables services en exprimant consciencieusement sa conviction, car c'est seulement ainsi que l'on pourra d&#233;barrasser la question de tous les pr&#233;jug&#233;s qui l'&#233;touffent. Plusieurs naturalistes &#233;minents ont r&#233;cemment exprim&#233; l'opinion qu'il y a, dans chaque genre, une multitude d'esp&#232;ces ; consid&#233;r&#233;es comme telles, qui ne sont cependant pas de vraies esp&#232;ces ; tandis qu'il en est d'autres qui sont r&#233;elles, c'est-&#224;-dire qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es d'une mani&#232;re ind&#233;pendante. C'est l&#224;, il me semble ; une singuli&#232;re conclusion. Apr&#232;s avoir reconnu une foule de formes, qu'ils consid&#233;raient tout r&#233;cemment encore comme des cr&#233;ations sp&#233;ciales, qui sont encore consid&#233;r&#233;es comme telles par la grande majorit&#233; des naturalistes ; et qui cons&#233;quemment ont tous les caract&#232;res ext&#233;rieurs de v&#233;ritables esp&#232;ces, ils admettent que ces formes sont le produit d'une s&#233;rie de variations et ils refusent d'&#233;tendre cette mani&#232;re de voir &#224; d'autres formes un peu diff&#233;rentes. Ils ne pr&#233;tendent cependant pas pouvoir d&#233;finir, ou m&#234;me conjecturer, quelles sont les formes qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es et quelles sont celles qui sont le produit de lois secondaires. Ils admettent la variabilit&#233; comme verra causa dans un cas, et ils la rejettent arbitrairement dans un autre, sans &#233;tablir aucune distinction fixe entre les deux. Le jour viendra o&#249; l'on pourra signaler ces faits comme un curieux exemple de l'aveuglement r&#233;sultant d'une opinion pr&#233;con&#231;ue. Ces savants ne semblent pas plus s'&#233;tonner d'un acte miraculeux de cr&#233;ation que d'une naissance ordinaire. Mais croient-ils r&#233;ellement qu'&#224; d'innombrables &#233;poques de l'histoire de la terre certains atomes &#233;l&#233;mentaires ont re&#231;u l'ordre de se constituer soudain en tissus vivants ? Admettent-ils qu'&#224; chaque acte suppos&#233; de cr&#233;ation il se soit produit un individu ou plusieurs ? Les esp&#232;ces infiniment nombreuses de plantes et d'animaux ont-elles &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es &#224; l'&#233;tat de graines, d'ovules ou de parfait d&#233;veloppement ? Et, dans le cas des mammif&#232;res, ont-elles, lors de leur cr&#233;ation, port&#233; les marques mensong&#232;res de la nutrition intra-ut&#233;rine ? &#192; ces questions, les partisans de la cr&#233;ation de quelques formes vivantes ou d'une seule forme ne sauraient, sans doute, que r&#233;pondre. Divers savants ont soutenu qu'il est aussi facile de croire &#224; la cr&#233;ation de cent millions d'&#234;tres qu'&#224; la cr&#233;ation d'un seul ; mais en vertu de l'axiome philosophique de la moindre action formul&#233; par Maupertuis, l'esprit est plus volontiers port&#233; &#224; admettre le nombre moindre, et nous ne pouvons certainement pas croire qu'une quantit&#233; innombrable de formes d'une m&#234;me classe aient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es avec les marques &#233;videntes, mais trompeuses, de leur descendance d'un m&#234;me anc&#234;tre. Comme souvenir d'un &#233;tat de choses ant&#233;rieur, j'ai conserv&#233;, dans les paragraphes pr&#233;c&#233;dents et ailleurs, plusieurs expressions qui impliquent chez les naturalistes la croyance &#224; la cr&#233;ation s&#233;par&#233;e de chaque esp&#232;ce. J'ai &#233;t&#233; fort bl&#226;m&#233; de m'&#234;tre exprim&#233; ainsi ; mais c'&#233;tait, sans aucun doute, l'opinion g&#233;n&#233;rale lors de l'apparition de la premi&#232;re &#233;dition de l'ouvrage actuel. J'ai caus&#233; autrefois avec beaucoup de naturalistes sur l'&#233;volution, sans rencontrer jamais le moindre t&#233;moignage sympathique. Il est pro bable pourtant que quelques-uns croyaient alors &#224; l'&#233;volution, mais ils restaient silencieux, ou ils s'exprimaient d'une mani&#232;re tellement ambigu&#235;, qu'il n'&#233;tait pas facile de comprendre leur opinion. Aujourd'hui, tout a chang&#233; et presque tous les naturalistes admettent le grand principe de l'&#233;volution. Il en est cependant qui croient encore que des esp&#232;ces ont subitement engendr&#233;, par des moyens encore inexpliqu&#233;s, des formes nouvelles totalement diff&#233;rentes ; mais, comme j'ai cherch&#233; &#224; le d&#233;montrer, il y a des preuves puissantes qui s'opposent &#224; toute admission de ces modifications brusques et consid&#233;rables. Au point de vue scientifique, et comme conduisant &#224; des recherches ult&#233;rieures, il n'y a que peu de diff&#233;rence entre la croyance que de nouvelles formes ont &#233;t&#233; produites subitement d'une mani&#232;re inexplicable par d'anciennes formes tr&#232;s diff&#233;rentes, et la vieille croyance &#224; la cr&#233;ation des esp&#232;ces au moyen de la poussi&#232;re terrestre. Jusqu'o&#249;, pourra-t-on me demander, poussez-vous votre doctrine de la modification des esp&#232;ces ? C'est l&#224; une question &#224; laquelle il est difficile de r&#233;pondre, parce que plus les formes que nous consid&#233;rons sont distinctes, plus les arguments en faveur de la communaut&#233; de descendance diminuent et perdent de leur force. Quelques arguments toutefois ont un tr&#232;s grand poids et une haute port&#233;e. Tous les membres de classes enti&#232;res sont reli&#233;s les uns aux autres par une cha&#238;ne d'affinit&#233;s, et peuvent tous, d'apr&#232;s un m&#234;me principe, &#234;tre class&#233;s en groupes subordonn&#233;s &#224; d'autres groupes. Les restes fossiles tendent parfois &#224; remplir d'immenses lacunes entre les ordres existants. Les organes &#224; l'&#233;tat rudimentaire t&#233;moignent clairement qu'ils ont exist&#233; &#224; un &#233;tat d&#233;velopp&#233; chez un anc&#234;tre primitif ; fait qui, dans quelques cas, implique des modifications consid&#233;rables chez ses descendants. Dans des classes enti&#232;res, des conformations tr&#232;s vari&#233;es sont construites sur un m&#234;me plan, et les embryons tr&#232;s jeunes se ressemblent de tr&#232;s pr&#232;s. Je ne puis donc douter que la th&#233;orie de la descendance avec modifications ne doive comprendre tous les membres d'une m&#234;me grande classe ou d'un m&#234;me r&#232;gne. Je crois que tous les animaux descendent de quatre ou cinq formes primitives tout au plus, et toutes les plantes d'un nombre &#233;gal ou m&#234;me moindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1084&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le darwinisme comme th&#233;orie scientifique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Aujourd'hui, faut-il croire dans les id&#233;es de Darwin ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le physicien quantique Erwin Schr&#246;dinger dans &#171; Qu'est-ce que la vie ? &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Darwin se trompe en consid&#233;rant les petites variations, continues et accidentelles, qui ne peuvent manquer de se produire, m&#234;me parmi les populations les plus homog&#232;nes, comme la mati&#232;re sur laquelle op&#232;re la s&#233;lection. Car il a &#233;t&#233; prouv&#233; qu'elles ne sont pas h&#233;r&#233;ditaires. (..) Le Hollandais de Vries d&#233;couvrit que (l'&#233;volution provenait) d'un tr&#232;s petit nombre d'individus (..) apparaissant avec des changements peu accentu&#233;s mais brusques, le terme ''brusque'' signifie, non pas que le changement soit tr&#232;s consid&#233;rable, mais qu'il repr&#233;sente une discontinuit&#233;, en ce sens qu'il n'y a pas de formes interm&#233;diaires entre les individus inchang&#233;s et les quelques uns qui ont chang&#233;. De Vries appelle ce ph&#233;nom&#232;ne une mutation. Cela rappelle &#224; un physicien la th&#233;orie des quanta &#8211; pas d'&#233;nergies interm&#233;diaires entre deux niveaux voisins d'&#233;nergie. Il serait tent&#233; d'appeler, d'une fa&#231;on figur&#233;e, la th&#233;orie des mutations de De Vries, la th&#233;orie quantique de la biologie. (..) Les mutations sont dues en fait &#224; des sauts quantiques de la mol&#233;cule du g&#232;ne. (..) La grande r&#233;volution de la th&#233;orie des quanta fut que des caract&#232;res de discontinuit&#233;s furent d&#233;couverts dans le Livre de la Nature, dans un contexte o&#249; tout autre chose que la continuit&#233; apparaissait comme absurde d'apr&#232;s les vues admises jusqu'&#224; ce moment. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gerald Schroeder&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#034;L'&#233;volution, rationalit&#233; ou hasard ?&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;A la base de la th&#233;orie n&#233;o-darwinienne de l'&#233;volution s'inscrivent deux conjectures fondamentales : que les changements dans les morphologies sont induits par des mutations al&#233;atoires sur le g&#233;nome, et que ces changements dans la morphologie des plantes ou des animaux contribuent &#224; ce que la vie d&#233;tienne plus ou moins de chances de succ&#232;s dans la comp&#233;tition pour survivre. Avec la s&#233;lection naturelle, les &#233;volutionnistes pr&#233;tendent tenir la th&#233;orie de l'&#233;volution &#224; l'&#233;cart de tout processus al&#233;atoire. La s&#233;lection n'est en aucune mani&#232;re al&#233;atoire. Elle est fonction de l'environnement. Le hasard reste cependant la force motrice fondamentale qui produit les diverses morphologies derri&#232;re la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la question : Est-ce que des mutations al&#233;atoires peuvent produire l'&#233;volution de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que l'&#233;volution est principalement une &#233;tude de l'histoire de la vie, les analyses statistiques de l'&#233;volution s'&#233;vertuent &#224; prendre en consid&#233;ration les multiples conditions qui existaient pendant ces longues &#232;res pass&#233;es. Les taux de mutations, les contenus de &#034; l'ADN originel &#034;, et les conditions &#233;cologiques affectent tous les taux et la direction des changements dans la morphologie. Et ce sont tous des inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit jamais se demander quelle est la vraisemblance pour qu'un ensemble sp&#233;cifique de mutations parvienne &#224; produire un animal sp&#233;cifique. Cela impliquerait une direction dans l'&#233;volution, et toutes les th&#233;ories darwiniennes de l'&#233;volution postulent que l'&#233;volution n'a aucune direction. Les changements induits, et donc les nouvelles morphologies, sont totalement al&#233;atoires, quels que soient les d&#233;fis pr&#233;sent&#233;s par l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combinaisons de prot&#233;ines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cet arri&#232;re-plan, jetons un regard sur le d&#233;veloppement de l'&#233;volution. La vie est, dans son essence, une combinaison symbiotique de prot&#233;ines - ainsi que d'autres structures, mais nous ne parlerons ici que des prot&#233;ines. L'histoire de la vie nous enseigne que les combinaisons de prot&#233;ines ne sont pas toutes viables. A l'explosion cambrienne de la vie animale, il y a 530 millions d'ann&#233;es, quelque 50 phyla (s&#233;ries fondamentales d'esp&#232;ces animales ou v&#233;g&#233;tales descendant les unes des autres) sont apparus soudain dans les donn&#233;es fournies par les fossiles. Il n'en a surv&#233;cu que 30 &#224; 34. Le reste a p&#233;ri. Depuis lors, aucun nouveau phylum n'a &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que la revue mensuelle Scientific American se soit demand&#233; si le m&#233;canisme de l'&#233;volution a chang&#233; d'une mani&#232;re qui interdise l'apparition de tout autre phylum. Ce n'est pas que le m&#233;canisme de l'&#233;volution a chang&#233; ; c'est notre compr&#233;hension de la mani&#232;re dont fonctionne l'&#233;volution qui doit changer pour tenir compte des enseignements venant des donn&#233;es fournies par les fossiles. Pour reprendre l'expression employ&#233;e par le pal&#233;ontologiste am&#233;ricain Stephen Jay Gould, de l'Universit&#233; de Harvard, il appara&#238;t que le flux de la vie est &#034; canalis&#233; &#034; le long de ces 34 directions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cette &#034; canalisation &#034; et voyons si cela peut &#234;tre le r&#233;sultat de d&#233;veloppements al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les humains et tous les mammif&#232;res poss&#232;dent environ 50 000 g&#232;nes. Cela implique, comme estimation de magnitude, environ 50 000 prot&#233;ines. Or, on estime &#224; environ 30 millions le nombre des esp&#232;ces animales sur terre. Si les g&#233;nomes de tous les animaux produisaient 50 000 prot&#233;ines, et qu'aucune prot&#233;ine ne soit commune parmi toutes ces esp&#232;ces - ce que nous savons &#234;tre faux, mais nous avan&#231;ons ici une supposition qui favorise dans nos calculs la th&#232;se d'une &#233;volution al&#233;atoire - il y aurait (30 millions x 50 000) = 1,5 trillion (1,5 x un milliard de milliards) de prot&#233;ines dans toute vie. (Le nombre r&#233;el est consid&#233;rablement inf&#233;rieur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons maintenant la vraisemblance de ces combinaisons viables de prot&#233;ines r&#233;sultant du hasard, tout en rappelant que, comme nous l'ont enseign&#233; les &#233;v&#233;nements qui ont suivi l'explosion cambrienne, les combinaisons de prot&#233;ines n'ont pas toutes &#233;t&#233; viables. Avec des chances comme celles-l&#224;, il est &#233;tonnant que nos corps aient jamais tenu debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prot&#233;ines sont des enroulements &#034; peptidiques &#034; de plusieurs centaines d'acides amin&#233;s. Si nous consid&#233;rons une prot&#233;ine typique, elle est une cha&#238;ne de 300 acides amin&#233;s. Il existe dans la vie 20 acides amin&#233;s intervenant ordinairement. Cela signifie que le nombre de combinaisons possibles des acides amin&#233;s dans la prot&#233;ine qui nous sert de mod&#232;le est de 20300 (20 &#224; la puissance 300, c'est-&#224;-dire 20 multipli&#233; 300 fois par lui-m&#234;me), ou dans le syst&#232;me, qui nous est plus familier, de num&#233;ration d&#233;cimale, 10390 (10 &#224; la puissance 390, c'est-&#224;-dire le chiffre 1 suivi de 390 z&#233;ros !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature a la possibilit&#233; de choisir parmi les possibles 10390 prot&#233;ines, les 1,5 fois un milliard de milliards de prot&#233;ines dont se compose toute vie viable. Autrement dit, pour chaque choix correct, il y a 10378 mauvais choix ! Avec des chances comme celles-l&#224;, il est &#233;tonnant que nos corps aient jamais tenu debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela aurait-il pu arriver &#224; la suite de mutations al&#233;atoires du g&#233;nome ? Pas si notre mani&#232;re de poser les statistiques est correcte. Ce serait comme si la nature puisait au fond d'un sac contenant un milliard de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de prot&#233;ines - et qu'elle en ait tir&#233; celle qui fonctionnait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... puis elle aurait r&#233;p&#233;t&#233; ce geste un million de millions de fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impossibilit&#233; d'un ordre de production al&#233;atoire n'est pas diff&#233;rente d'une tentative qui viserait &#224; produire les &#339;uvres de Shakespeare, ou toute s&#233;quence significative de lettres contenant plus que quelques mots, au moyen d'un g&#233;n&#233;rateur al&#233;atoire de lettres. Le seul r&#233;sultat en serait du charabia, tout simplement parce que le nombre de combinaisons absurdes de lettres d&#233;passerait consid&#233;rablement celui des combinaisons significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la vie, c'&#233;tait et c'est encore un charabia mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des changements morphologiques brutaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature, la biologie mol&#233;culaire et l'explosion cambrienne de la vie animale nous ont donn&#233; la possibilit&#233; d'&#233;tudier de pr&#232;s les possibilit&#233;s pour le hasard d'avoir &#233;t&#233; une source de d&#233;veloppement dans l'&#233;volution. Si les donn&#233;es fournies par les fossiles constituent une description exacte du d&#233;veloppement de la vie, cela veut dire que les 34 s&#233;ries fondamentales de corps qui ont surgi &#224; l'&#232;re cambrienne comprennent tout ce qui constitue la vie animale jusqu'&#224; aujourd'hui. L'arbre de vie qui imaginait une progression graduelle des phyla &#224; partir de formes simples (comme les &#233;ponges) vers une vie plus complexe (comme les vers), puis vers les cr&#233;atures &#224; coquilles (comme les mollusques), a &#233;t&#233; remplac&#233; par le &#034; buisson &#034; de vie dans lequel les &#233;ponges, les vers, les mollusques et tous les autres 34 phyla sont apparus simultan&#233;ment. Chacune de ces lignes issues du buisson ont ensuite d&#233;velopp&#233; une myriade de variations, mais les variations sont toujours rest&#233;es &#224; l'int&#233;rieur du plan fondamental des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les structures qui sont apparues &#224; l'&#232;re cambrienne il y a eu les membres, les griffes, les intestins et les yeux avec des lentilles optiquement parfaites. Ils ont fait irruption dans l'existence sans aucune allusion sous-jacente dans les donn&#233;es fournies par les fossiles en annon&#231;ant la venue. En dessous d'eux dans les stratifications rocheuses, et donc plus anciens, sont les fossiles de bact&#233;ries unicellulaires, les algues, les protozoaires et des masses connues comme les fossiles &#233;diacariens non structur&#233;s &#224; l'identit&#233; incertaine. Comment de telles complexit&#233;s ont pu se former soudain par des d&#233;veloppements al&#233;atoires, c'est l&#224; une question sans r&#233;ponse. Dans son ouvrage : L'origine des esp&#232;ces, Darwin exhorte ceux qui veulent croire en sa th&#233;orie &#224; ignorer les donn&#233;es fournies par les fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que Darwin lui-m&#234;me, &#224; sept reprises dans l'Origine des esp&#232;ces, ait exhort&#233; le lecteur, s'il voulait croire en sa th&#233;orie, &#224; ignorer les donn&#233;es fournies par les fossiles. Les changements morphologiques brutaux sont contraires &#224; l'affirmation souvent r&#233;p&#233;t&#233;e de Darwin selon laquelle la nature ne fait pas de bonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin a bas&#233; sa th&#233;orie sur l'&#233;levage des animaux plut&#244;t que sur les fossiles. Si en quelques g&#233;n&#233;rations d'&#233;levage s&#233;lectif un &#233;leveur peut produire un mouton robuste &#224; partir d'un anc&#234;tre ch&#233;tif, alors, a raisonn&#233; Darwin, en quelques millions ou milliards de g&#233;n&#233;rations une &#233;ponge aurait pu &#233;voluer jusqu'&#224; devenir un singe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les donn&#233;es fournies par les fossiles n'apportaient alors, ni n'apportent aujourd'hui aucun soutien &#224; cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition brutale de nouvelles esp&#232;ces dans les donn&#233;es fossiles est si fr&#233;quente que l'hebdomadaire Science, bastion am&#233;ricain de la pens&#233;e scientifique pure, a pos&#233; la question sous le titre : Did Darwin get it all right ? (&#034; Darwin a-t-il vu juste ? &#034;), et a r&#233;pondu : &#034; Non ! &#034; L'apparition des ailes est un exemple classique. Les donn&#233;es fournies par les fossiles ne contiennent aucune indication selon laquelle des ailes sont sur le point de faire leur apparition. Or, elles sont apparues, pleinement form&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons devoir changer notre concept de l'&#233;volution pour int&#233;grer une r&#233;alit&#233; qui fait que le d&#233;veloppement de la vie contient en lui-m&#234;me quelque chose d'exotique &#224; l'&#339;uvre, quelque d&#233;veloppement totalement inattendu qui produirait ces soudains d&#233;veloppements. Le changement dans le paradigme serait similaire &#224; celui qu'ont connu les sciences physiques quand les th&#233;ories classiques et logiques inspir&#233;es par Newton ont &#233;t&#233; balay&#233;es par les ph&#233;nom&#232;nes totalement illogiques (au sens des normes humaines de la logique) observ&#233;s dans la physique des quanta, y compris les changements quantiques dans l'&#233;mission du rayonnement d'un corps, m&#234;me quand la temp&#233;rature de ce corps augmente graduellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des formes inf&#233;rieures pr&#233;programm&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'av&#232;nement de l'aptitude, par la biologie mol&#233;culaire, &#224; discerner la structure des prot&#233;ines et des g&#232;nes, la comparaison statistique de la similarit&#233; de ces structures parmi les animaux est devenue possible. Le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de l'&#339;il est le m&#234;me chez tous les mammif&#232;res. Cela n'est pas surprenant. Les donn&#233;es fournies par les fossiles impliquent une branche commune pour tous les mammif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est surprenant, pour ne pas dire stup&#233;fiant, c'est la similarit&#233; du g&#232;ne de mammif&#232;re qui contr&#244;le le d&#233;veloppement des yeux chez les mollusques et dans les syst&#232;mes visuels chez les vers. On peut dire la m&#234;me chose pour le g&#232;ne qui contr&#244;le le d&#233;veloppement de membres chez les insectes et chez les humains. En fait, ce g&#232;ne est si similaire que des morceaux du g&#232;ne des mammif&#232;res, si on les introduit dans une mouche de fruit, feront appara&#238;tre une aile sur la mouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela aurait un sens si le d&#233;veloppement de la vie &#233;tait d&#233;crit comme un arbre. Mais le buisson de vie signifie que juste au-dessus du niveau de la vie unicellulaire, les insectes, les mammif&#232;res, les vers et les mollusques se sont s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#232;ne de l'&#339;il a 130 sites. Cela veut dire qu'il y a 20130 (20 &#224; la puissance 130, c'est-&#224;-dire 20 multipli&#233; 130 fois par lui-m&#234;me) combinaisons possibles d'acides amin&#233;s le long de ces sites. Pour les raisons qui lui sont propres, la nature a s&#233;lectionn&#233; la m&#234;me combinaison d'acides amin&#233;s pour tous les syst&#232;mes visuels de tous les animaux. Cette fid&#233;lit&#233; ne peut pas avoir &#233;t&#233; caus&#233;e par hasard. Elle doit avoir &#233;t&#233; pr&#233;programm&#233;e dans des formes inf&#233;rieures de vie. Mais ces formes inf&#233;rieures de vie, constitu&#233;es par une seule cellule, n'avaient pas d'yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces donn&#233;es ont d&#233;concert&#233; la th&#233;orie classique de &#034; l'&#233;volution al&#233;atoire et ind&#233;pendante &#034; qui aurait produit ces structures convergentes. Cette similarit&#233; est si totalement insoup&#231;onn&#233;e par les th&#233;ories classiques de l'&#233;volution, que la plus prestigieuse des revues scientifiques des Etats-Unis, Science, a rapport&#233; : &#034; L'hypoth&#232;se selon laquelle l'&#339;il du c&#233;phalopode [mollusque] a &#233;volu&#233; en convergence avec celui des vert&#233;br&#233;s [humains] est remise en question par nos d&#233;couvertes r&#233;centes du [g&#232;ne] Pax-6... Le concept selon lequel les yeux des invert&#233;br&#233;s ont &#233;volu&#233; de mani&#232;re compl&#232;tement ind&#233;pendante de l'&#339;il des vert&#233;br&#233;s devra &#234;tre r&#233;examin&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas perdre de vue la port&#233;e de cette affirmation. On nous demande de r&#233;examiner l'id&#233;e que l'&#233;volution est un agent libre. La convergence, la similarit&#233; de ces g&#232;nes, est si grande qu'elle n'a pas pu arriver, qu'elle n'est pas arriv&#233;e par des r&#233;actions purement al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fossiles dans les Rocheuses canadiennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mus&#233;e britannique d'histoire naturelle &#224; Londres a une subdivision enti&#232;re consacr&#233;e &#224; l'&#233;volution des esp&#232;ces. Et quelle &#233;volution y d&#233;montre-t-on ? Des marguerites roses devenant des marguerites bleues ; des petits chiens devenant de grands chiens ; quelques esp&#232;ces de scalaires - poissons de la famille des cichlid&#233;s - devenant en quelques milliers d'ann&#233;es seulement une douzaine d'esp&#232;ces de scalaires. Tr&#232;s impressionnant ! Jusqu'au moment o&#249; vous vous rendez compte que les marguerites sont rest&#233;es des marguerites, que les chiens sont rest&#233;s des chiens et que les scalaires sont rest&#233;s des scalaires. Cela s'appelle la micro&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mus&#233;e magnifique, avec toutes ses ressources, ne pourrait pas produire un seul exemple d'un phylum qui aurait &#233;volu&#233; jusqu'&#224; en devenir un autre. Ce sont les m&#233;canismes de la macro&#233;volution, le changement d'un phylum ou d'une classe d'animal en une autre, qui ont &#233;t&#233; remis en question par ces donn&#233;es. Walcott r&#233;inhuma tous les 60 000 fossiles dans les tiroirs de son laboratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; de cette explosion de vie a &#233;t&#233; d&#233;couverte longtemps avant d'avoir &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e. En 1909, Charles D. Walcott, qui cherchait des fossiles dans les Montagnes Rocheuses canadiennes, d&#233;couvrit une strate de schiste pr&#232;s du col Burgess, riche en fossiles de l'&#232;re cambrienne. Pendant quatre ans, Walcott a extrait de ce schiste entre 60 000 et 80 000 fossiles. Ces fossiles contenaient des repr&#233;sentants de tous les phyla qui existent aujourd'hui (sauf un). Walcott enregistra m&#233;ticuleusement ses r&#233;sultats dans des cahiers. Aucun nouveau phylum n'a jamais &#233;volu&#233; apr&#232;s l'explosion cambrienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fossiles auraient pu changer le concept entier de l'&#233;volution d'un arbre de vie &#224; un buisson de vie. Ils l'ont fait, mais pas en 1909. Walcott savait qu'il avait d&#233;couvert quelque chose de tr&#232;s important. Mais il ne pouvait pas croire que l'&#233;volution aurait pu survenir dans une telle explosion de formes de vie (&#034; simultan&#233;ment &#034;, pour reprendre les termes du Scientific American). Cela aurait totalement contredit la th&#233;orie de Darwin dont lui-m&#234;me et ses coll&#232;gues &#233;taient impr&#233;gn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi Walcott r&#233;inhuma-t-il les fossiles, tous les 60 000, cette fois dans les tiroirs de son laboratoire. Il &#233;tait le directeur du Smithsonian Institute &#224; Washington. Ce n'est qu'en 1985 qu'ils ont &#233;t&#233; red&#233;couverts (dans les tiroirs du Smithsonian). Si Walcott l'avait voulu, il aurait pu embaucher une cohorte d'&#233;tudiants pour travailler sur les fossiles. Mais il choisit de ne pas faire chavirer le bateau de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des repr&#233;sentants fossiles de l'&#232;re cambrienne ont &#233;t&#233; d&#233;couverts en Chine, en Afrique, aux Iles Britanniques, en Su&#232;de, au Groenland. L'explosion a &#233;t&#233; mondiale. Mais avant qu'il devienne de bon ton de discuter la nature extraordinaire de l'explosion, on s'est tout simplement abstenu d'en rapporter les donn&#233;es. C'est l&#224; un exemple classique de dissonance cognitive, mais un exemple pour lequel nous avons tous pay&#233; un prix &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Docteur Gerald Schroeder est un physicien atomiste qui a fait partie du personnel enseignant du MIT ainsi que de la Commission &#224; l'&#233;nergie atomique des Etats-Unis. Il est l'auteur du livre : Genesis and the Big Bang (Bantam Books 1990) et a r&#233;cemment publi&#233; l'ouvrage : The Science of G-d. Il vit aujourd'hui &#224; J&#233;rusalem avec sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;COMMENT FONCTIONNE L'EVOLUTION DES ESP&#200;CES, QUELS EN SONT LES RYTHMES ET A-T-ELLE POUR BUT LE PROGR&#200;S ET L'ADAPTATION ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#171; Le pouce du panda &#187; ou &#171; Les grandes &#233;nigmes de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &#171; synth&#232;se moderne &#187;, version contemporaine du darwinisme qui r&#232;gne depuis trente ans, a consid&#233;r&#233; que le mod&#232;le de substitution des g&#232;nes par adaptation dans les populations locales rendait valablement compte, par accumulation et extension, de toute l'histoire de la vie. Le mod&#232;le peut fort bien fonctionner dans le domaine empirique des adaptations mineures et locales. Les populations du papillon de nuit, ou phal&#232;ne du bouleau, sont devenues effectivement noires par la substitution d'un seul g&#232;ne ; il s'agit l&#224; d'une r&#233;ponse s&#233;lective &#224; une demande de diminution de visibilit&#233; sur des arbres noircis par la suie industrielle. Mais l'apparition d'une nouvelle esp&#232;ce est-elle simplement due &#224; ce processus &#233;largi &#224; un plus vaste nombre de g&#232;nes et &#224; un effet plus important ? Les tendances ma&#238;tresses de l'&#233;volution dans les principales lign&#233;es ne sont-elles qu'une accumulation plus pouss&#233;e d'une suite de transformations adaptatives ? De nombreux &#233;volutionnistes (dont je fais partie) commencent &#224; mettre en doute cette synth&#232;se et &#224; soutenir la th&#232;se hi&#233;rarchique selon laquelle les diff&#233;rences de niveau dans le changement &#233;volutif refl&#232;tent souvent des cat&#233;gories de causes diff&#233;rentes. Une rectification mineure au sein d'une population peut &#234;tre le r&#233;sultat d'un processus adaptatif. Mais la sp&#233;ciation peut se produire &#224; la suite de changements chromosomiques majeurs entra&#238;nant la st&#233;rilit&#233; chez d'autres esp&#232;ces pour des raisons n'ayant aucun rapport avec l'adaptation. Les tendances de l'&#233;volution peuvent repr&#233;senter un type de s&#233;lection &#224; un niveau sup&#233;rieur sur des esp&#232;ces elles-m&#234;mes essentiellement statiques, et non pas de lente et r&#233;guli&#232;re alt&#233;ration d'une seule et large population sur des dur&#233;es ind&#233;termin&#233;es. (&#8230;) Avec la &#171; synth&#232;se moderne &#187;, se r&#233;pandit la notion (&#233;quivalent presque &#224; un dogme chez ses tenants les moins prudents) selon laquelle toute &#233;volution pouvait se r&#233;duire au darwinisme de base, c'est-&#224;-dire au changement adaptatif graduel dans les populations locales. (&#8230;) Par exemple, dans le cheminement complexe du d&#233;veloppement embryonnaire bien des causes simples, des changements mineurs des taux de croissance notamment, peuvent se traduire par des changements nets et surprenants dans l'organisme adulte. (&#8230;) D&#232;s les premi&#232;res lignes de son trait&#233; sur les orchid&#233;es, Darwin affirme un postulat &#233;volutionniste des plus importants : l'autof&#233;condation continue est une strat&#233;gie qui ne permet pas, &#224; long terme, d'assurer la survie, car la descendance ne transporte que les g&#232;nes d'un seul parent et, de ce fait, des populations ne b&#233;n&#233;ficient pas de la variation suffisante pour obtenir la n&#233;cessaire flexibilit&#233; &#233;volutive face aux changements du milieu. Les plantes qui portent des fleurs dot&#233;es d'organes m&#226;les et femelles &#233;laborent donc g&#233;n&#233;ralement des m&#233;canismes assurant une pollinisation crois&#233;e. Les orchid&#233;es se sont alli&#233;es aux insectes. Elles ont mis au point une vari&#233;t&#233; &#233;tonnante d'artifices pour attirer les insectes et faire en sorte que le pollen visqueux adh&#232;re bien &#224; leurs visiteurs, et que, ainsi transport&#233;, il entre en contact avec les organes femelles de la prochaine orchid&#233;e visit&#233;e par l'insecte. (&#8230;) Equivalent botanique d'un bestiaire, le livre de Darwin donne la liste de tous ces artifices. (&#8230;) Les orchid&#233;es &#233;laborent leurs syst&#232;mes complexes &#224; partir des composants communs aux fleurs ordinaires, organes g&#233;n&#233;ralement con&#231;us pour des fonctions tr&#232;s diff&#233;rentes. (&#8230;) Les orchid&#233;es n'ont pas &#233;t&#233; fabriqu&#233;es par un ing&#233;nieur id&#233;al ; elles ont &#233;t&#233; con&#231;ues &#224; &#8216;aide d'un nombre limit&#233; d'&#233;l&#233;ments disponibles. Elles doivent donc &#234;tre les descendants de fleurs ordinaires. (&#8230;) Nos manuels aiment illustrer l'&#233;volution en citant comme exemples les adaptations les mieux r&#233;ussies : le mim&#233;tisme du papillon prenant l'apparence presque parfaite d'une feuille morte, ou celui d'une esp&#232;ce comestible prenant l'apparence d'un parent v&#233;n&#233;neux. Mais cette adaptation id&#233;ale est un mauvais argument pour l'&#233;volution (&#8230;) Les arrangements bizarres et les solutions cocasses sont la preuve de l'&#233;volution (&#8230;) Ernst Mayr a montr&#233; comment Darwin, en d&#233;fendant l'&#233;volution, a fait appel, avec logique, aux organes et aux distributions g&#233;ographiques les plus d&#233;nu&#233;es de sens. Ce qui m'am&#232;ne au panda g&#233;ant et &#224; son &#171; pouce &#187;. Les pandas g&#233;ants sont des ours d'un type bien d&#233;fini, membres de l'ordre des carnivores. Les ours ordinaires sont les repr&#233;sentants les plus omnivores de leur ordre, mais les pandas ont restreint l'universalit&#233; de leurs go&#251;ts : ils d&#233;mentent l'appellation de leur ordre en tirant leur subsistance presque exclusivement du bambou. Ils vivent en haute altitude dans les hautes for&#234;ts des montagnes de la Chine occidentale. Gu&#232;re menac&#233;s par les pr&#233;dateurs, ils se tiennent l&#224;, assis, m&#226;chant du bambou de dix &#224; onze heures par jour. (&#8230;) Ils passent le plus clair de leur temps &#224; d&#233;vorer leur cher bambou. Assis bien droit sur leur derri&#232;re, ils manipulent leurs tiges avec leurs pattes avant, se d&#233;barrassant des feuilles pour ne consommer que les pousses. (&#8230;) Comment le descendant d'une lign&#233;e adapt&#233;e &#224; la course peut utiliser ses mains de fa&#231;on si habile ? Ils tiennent les tiges de bambou dans leurs pattes et les d&#233;pouillent de leurs feuilles en faisant passer les tiges entre un pouce apparemment flexible et les autres doigts. (&#8230;) L'adroite utilisation d'un pouce opposable compte parmi les marques du g&#233;nie humain. Nous avons maintenu, exag&#233;r&#233; m&#234;me, cette importante flexibilit&#233; de nos anc&#234;tres primates, alors que la plupart des mammif&#232;res l'ont sacrifi&#233;e en sp&#233;cialisant leurs doigts. Les carnivores courent, griffent et grattent. Mon chat peut me manipuler psychologiquement, mais jamais il ne tapera &#224; la machine ni ne jouera du piano. Aussi ai-je compt&#233; les autres doigts du panda pour m'apercevoir &#8211; O surprise plus grande encore ! - qu'ils &#233;taient au nombre de cinq et non de quatre. Ce pouce &#233;tait-il un sixi&#232;me doigt qui aurait &#233;volu&#233; s&#233;par&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Anatomiquement, le &#171; pouce &#187; du panda n'est pas un doigt. Il est construit &#224; partir d'un os appel&#233; le s&#233;samo&#239;de radial (du radius), normalement un des petits os formant le poignet. Chez le panda, le s&#233;samo&#239;de radial est tr&#232;s d&#233;velopp&#233; et si allong&#233; que sa taille atteint presque celle des os des phalanges des vrais doigts. Le s&#233;samo&#239;de radial soutient un renflement de la patte avant du panda (&#8230;) Le pouce du panda est dot&#233; non seulement d'un os pour lui assurer sa force, mais &#233;galement de muscles pour assurer son agilit&#233;. Ces muscles, comme le s&#233;samo&#239;de radial lui-m&#234;me, n'ont pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s de toutes pi&#232;ces. Comme les organes des orchid&#233;es de Darwin, ce sont des &#233;l&#233;ments anatomiques communs, remodel&#233;s pour une fonction nouvelle. (&#8230;) L'anatomie des autres carnivores nous fournit-elle une indication sur l'origine de cette curieuse disposition chez les pandas ? (&#8230;) Chez la plupart des carnivores, ces m&#234;mes muscles qui, chez le panda, agissent sur le s&#233;samo&#239;de radial, sont attach&#233;s uniquement &#224; la base du pollex, ou vrai pouce. Mais, chez les ours communs, le long abducteur se termine par deux tendons : l'un s'ins&#232;re &#224; la base du pouce, comme chez la plupart des carnivores, mais l'autre est fix&#233; au s&#233;samo&#239;de radial. (&#8230;) Il semble que toute la succession des transformations de la musculature ait d&#233;coul&#233; automatiquement d'une simple hypertrophie de l'os s&#233;samo&#239;de. Le pouce s&#233;samo&#239;de du panda est une structure complexe form&#233;e par le d&#233;veloppement prononc&#233; d'un os et par une profonde redisposition de la musculature. (&#8230;) L'allongement du s&#233;samo&#239;de radial a pu &#234;tre provoqu&#233; par une transformation g&#233;n&#233;tique, peut-&#234;tre une seule mutation affectant le rythme et la vitesse de la croissance. (&#8230;) Le vrai pouce du panda, trop sp&#233;cialis&#233; pour &#234;tre utilis&#233; &#224; une autre fonction et devenir un doigt opposable, apte &#224; la manipulation, est rel&#233;gu&#233; &#224; un autre r&#244;le. Le panda est donc contraint de se servir des organes disponibles et de choisir cet os du poignet hypertrophi&#233;, solution quelque peu b&#226;tarde mais tr&#232;s fonctionnelle. Le pouce du panda ne remportera pas de prix au concours L&#233;pine de la nature. Selon l'expression de Michael Ghiselin, ce n'est qu'un truc et non un m&#233;canisme &#233;l&#233;gant. Mais il atteint le but recherch&#233; et nous passionne d'autant plus que ses &#233;l&#233;ments de d&#233;part ne sont pas ceux que l'on aurait pu imaginer. Le trait&#233; de Darwin sur les orchid&#233;es est rempli d'illustrations similaires. Le souci Epipactis, par exemple, se sert de son labelle &#8211; un p&#233;tale agrandi &#8211; comme d'un pi&#232;ge. (&#8230;) L'insecte doit sortir par une seule issue qui lui est offerte, ce qui le force &#224; se frotter contre les masses de pollen. (&#8230;) Darwin montre comment, chez des orchid&#233;es, le m&#234;me labelle &#233;volue pour entrer dans la composition d'une s&#233;rie de syst&#232;mes ing&#233;nieux dont le but est d'assurer la f&#233;condation crois&#233;e.(&#8230;) Toutes ces adaptations ont eu comme point de d&#233;part un organe qui n'&#233;tait autre, chez quelque lointaine forme ancestrale, qu'un p&#233;tale conventionnel. (&#8230;) Darwin &#233;crit : &#171; Bien qu'un organe ait pu, &#224; l'origine, ne pas &#234;tre form&#233; dans un but bien pr&#233;cis, s'il remplit &#224; pr&#233;sent cette fonction, nous pouvons dire, &#224; juste titre, qu'il a &#233;t&#233; sp&#233;cialement con&#231;u pour cela. Selon le m&#234;me principe, si un homme a fabriqu&#233; une machine dans un but bien pr&#233;cis, mais a utilis&#233; pour sa construction de vieilles roues et poulies, des ressorts usagers, en ne leur faisant subir que de l&#233;g&#232;res modifications, on doit dire de cette machine dans son ensemble, avec toutes ses pi&#232;ces constitutives, qu'elle a &#233;t&#233; sp&#233;cialement con&#231;ue dans le but vis&#233;. Ainsi, dans la nature tout enti&#232;re, presque tous les organes de chaque &#234;tre vivant ont probablement servi, dans des conditions l&#233;g&#232;rement modifi&#233;es, &#224; des buts divers, et ont jou&#233; un r&#244;le dans la machinerie vivante de nombreuses formes sp&#233;cifiques anciennes, distinctes des formes actuelles. &#187; Sans doute la m&#233;taphore des roues et des poulies rafistol&#233;es n'est-elle gu&#232;re flatteuse mais nous devons surtout porter attention au r&#233;sultat obtenu. La nature, selon le mot de Fran&#231;ois Jacob, est un excellent bricoleur et non un artisan divin. Et qui peut se permettre de mettre en doute le bon fonctionnement de ces quelques cas exemplaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;pisodique du changement &#233;volutif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 novembre 1859, le jour pr&#233;c&#233;dent la sortie de son livre r&#233;volutionnaire, Charles Darwin re&#231;ut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat &#224; venir, allant m&#234;me jusqu'au sacrifice supr&#234;me : &#171; Je suis pr&#234;t &#224; mourir sur le b&#251;cher s'il le faut. (&#8230;) Je me pr&#233;pare en aiguisant mes griffes et mon bec. &#187; Mais il ajoutait aussi un avertissement : &#171; Vous vous &#234;tes encombr&#233; d'une difficult&#233; inutile en adoptant le &#171; Natura non facit saltum &#187; sans la moindre r&#233;serve. &#187; L'expression latine, g&#233;n&#233;ralement attribu&#233;e &#224; Linn&#233; signifie que &#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;. Darwin approuvait totalement cette devise ancienne. Disciple de Charles Lyell, ap&#244;tre du &#171; gradualisme &#187; en g&#233;ologie, Darwin d&#233;crivait l'&#233;volution comme un processus majestueux et r&#233;gulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait esp&#233;rer l'observer pensant la dur&#233;e d'une vie. Les anc&#234;tres et leurs descendants, selon Darwin, doivent &#234;tre reli&#233;s par &#171; une infinit&#233; de liens transitoires &#187; qui forment &#171; une belle succession d'&#233;tapes progressives &#187;. Seule une longue p&#233;riode de temps a permis &#224; un processus si lent de r&#233;aliser une telle ouvre. Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le foss&#233; de sa propre th&#233;orie. La s&#233;lection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'&#233;volution se d&#233;roulait sur un rythme rapide. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;volutionnistes consid&#232;rent qu'une stricte continuit&#233; entre micro et macro-&#233;volution constitue un ingr&#233;dient essentiel du darwinisme et corollaire n&#233;cessaire de la s&#233;lection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait s&#233;par&#233; la s&#233;lection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adh&#233;sion franche et sans fondement s&#251;r au gradualisme pouvait saper son syst&#232;me tout entier. Les fossiles pr&#233;sentent trop de transitions brutales pour t&#233;moigner d'un changement progressif et le principe de la s&#233;lection naturelle ne l'exige pas, car la s&#233;lection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a invent&#233; devint le dogme central de la th&#233;orie synth&#233;tique. Goldschmidt n'&#233;leva aucune objection contre les th&#232;ses classiques de la micro&#233;volution. Il consacra la premi&#232;re moiti&#233; de son ouvrage principal &#171; Les fondements mat&#233;riels de l'&#233;volution &#187; au changement progressif et continu au sein des esp&#232;ces. Cependant, il se d&#233;marqua nettement de la th&#233;orie synth&#233;tique en affirmant que les esp&#232;ces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorit&#233; des macro-mutations ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme d&#233;sastreuses et il les appela &#171; monstres &#187;. Mais, poursuivit Goldschmidt, une macro-mutation pouvait, par le simple effet de la chance, adapter un organisme &#224; un nouveau mode d'existence. On avait alors affaire, selon sa terminologie, &#224; un &#171; monstre prometteur &#187;. La macro-&#233;volution r&#233;sulte du succ&#232;s, peu fr&#233;quent, de ces monstres prometteurs, et non de l'accumulation de menus changements au sein des populations. (...) Tous les pal&#233;ontologistes savent que, parmi les fossiles, on ne compte que peu de formes interm&#233;diaires ; les transitions entre les grands groupes sont particuli&#232;rement brutales. Les gradualistes se sortent habituellement de cette difficult&#233; en invoquant le caract&#232;re extr&#234;mement lacunaire des fossiles que nous poss&#233;dons ; m&#234;me si une &#233;tape sur mille survivait sous forme de fossile, la g&#233;ologie n'enregistrerait pas le changement continu. (...) M&#234;me en l'absence de t&#233;moignages directs en faveur de ces transitions sans &#224;-coup peut-on inventer une succession raisonnable de formes interm&#233;diaires, c'est-&#224;-dire des organismes viables, entre les ascendants et les descendants, dans les principales transitions structurelles ? (&#8230;) A quoi sert une moiti&#233; de m&#226;choire et une moiti&#233; d'aile ? (...) Si l'on doit accepter de nombreux cas de transition discontinue dans la macro&#233;volution, le darwinisme ne s'effondre-t-il pas en ne survivant que comme une th&#233;orie concernant les changements adaptatifs mineurs au sein des esp&#232;ces ? L'essence m&#234;me du darwinisme tient en une seule phrase : la s&#233;lection naturelle est la principale force cr&#233;atrice du changement &#233;volutif. Personne ne nie que la s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le n&#233;gatif en &#233;liminant les inadapt&#233;s. Les th&#233;ories darwiniennes sous-entendent qu'elle cr&#233;e en m&#234;me temps les adapt&#233;s. La s&#233;lection doit accomplir cette t&#226;che en mettant en place des adaptations en une s&#233;rie d'&#233;tapes, tout en pr&#233;servant &#224; chaque phase le r&#244;le avantageux dans une gamme de variations g&#233;n&#233;tiques dues au hasard. La s&#233;lection doit gouverner le processus de cr&#233;ation et non pas se contenter d'&#233;carter les inadapt&#233;s apr&#232;s qu'une quelque autre force a soudainement produit une nouvelle esp&#232;ce compl&#232;tement achev&#233;e dans une perfection primitive. On peut tr&#232;s bien imaginer une th&#233;orie non darwinienne du changement discontinu , c'est-&#224;-dire d'une modification g&#233;n&#233;tique profonde et brutale cr&#233;ant par hasard (de temps &#224; autre) et d'un seul coup une nouvelle esp&#232;ce. Hugo de Vries, le c&#233;l&#232;bre botaniste hollandais, fut le d&#233;fenseur de cette th&#233;orie. Mais ces notions semblent se heurter &#224; des difficult&#233;s insurmontables. (&#8230;) Les perturbations apport&#233;es aux syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiques dans leur totalit&#233; ne produisent pas de cr&#233;atures jouissant d'avantages inconnus de leurs descendants &#8211; et elles ne sont m&#234;me pas viables. Mais toutes les th&#233;ories du changement discontinu ne sont pas antidarwiniennes, comme l'avait soulign&#233; Huxley il y a pr&#232;s de cent vingt ans. Imaginons qu'un changement discontinu dans une forme adulte naisse d'une petite modification g&#233;n&#233;tique. Les probl&#232;mes d'incompatibilit&#233; avec les autres membres de l'esp&#232;ce ne se posant pas, cette mutation importante et favorable peut alors se r&#233;pandre dans la population &#224; la mani&#232;re darwinienne. Imaginons que ce changement de grande ampleur ne produise pas de suite une forme parfaite, mais serve plut&#244;t d'adaptation clef permettant &#224; son possesseur d'adopter un nouveau mod&#232;le d'existence. La poursuite de cette nouvelle vie r&#233;ussie demande un large ensemble de modifications annexes, tant dans la morphologie que dans le comportement ; ces derni&#232;res peuvent survenir en suivant un itin&#233;raire progressif, plus traditionnel, une fois que l'adaptation clef a entra&#238;n&#233; une profonde mutation des pressions s&#233;lectives. Les partisans de la synth&#232;se actuelle ont donn&#233; &#224; Goldschmidt le r&#244;le de Goldstein en associant son expression imag&#233;e &#8211; le monstre prometteur &#8211; aux notions non darwiniennes de perfection imm&#233;diate r&#233;sultant d'un profond changement g&#233;n&#233;tique. Mais ce n'est pas tout &#224; fait ce que Goldschmidt soutenait En fait, l'un de ses m&#233;canismes entra&#238;nant la discontinuit&#233; des formes adultes reposait sur la notion de petit changement g&#233;n&#233;tique sous-jacent. Goldschmidt &#233;tait un sp&#233;cialiste du d&#233;veloppement de l'embryon. Il passa la plus grande partie du d&#233;but de sa carri&#232;re &#224; &#233;tudier les variations g&#233;ographiques de la noctuelle &#171; Lymantria dyspar &#187;. Il d&#233;couvrit que de grandes diff&#233;rences dans la r&#233;partition des couleurs des chenilles provenaient de petits changements dans le rythme du d&#233;veloppement : les effets d'un l&#233;ger retard ou d'un renforcement de la pigmentation au d&#233;but de la croissance augmentaient &#224; travers l'ontogen&#232;se et entra&#238;naient de profondes diff&#233;rences chez les chenilles ayant atteint leur plein d&#233;veloppement. Goldschmidt parvint &#224; identifier les g&#232;nes responsables de ces petits changements de rythme et d&#233;montra que les grandes diff&#233;rences que l'on observe &#224; la fin du d&#233;veloppement proviennent de l'action d'un ou de plusieurs g&#232;nes commandant les taux de changement agissant au d&#233;but de la croissance. Il codifia la notion de &#171; g&#232;ne de taux de changement &#187; (rate genes) en 1918 et &#233;crivit vingt ans plus tard : &#171; Le g&#232;ne mutant produit son effet (&#8230;) en changeant les taux des processus partiels de d&#233;veloppement. Il peut s'agir des taux de croissance ou de diff&#233;renciation, des taux de production des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la diff&#233;renciation, des taux de r&#233;actions entra&#238;nant des situations physiques ou chimiques pr&#233;cises &#224; des moments pr&#233;cis du d&#233;veloppement, des taux de ces processus responsables de la s&#233;gr&#233;gation des forces embryonnaires &#224; des moments donn&#233;s. &#187; (&#8230;) Selon ma propre opinion, tr&#232;s partiale, le probl&#232;me de la r&#233;conciliation entre l'&#233;vidente discontinuit&#233; de la macro-&#233;volution et le darwinisme est en grande partie r&#233;solu si l'on observe que les changements de faible ampleur survenant t&#244;t dans le d&#233;veloppement de l'embryon s'accumulent pendant la croissance pour produire de profondes diff&#233;rences chez l'adulte. En prolongeant dans la petite enfance le rythme &#233;lev&#233; de la croissance pr&#233;natale du cerveau du singe, on voit sa taille se rapprocher de celle du cerveau humain. (...) En r&#233;alit&#233;, si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. &#187; Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? Cependant les transitions entre les groupes principaux se sont bien produites au cours de l'histoire de la vie. D'Arcy Wentworth Thomson (&#8230;) &#233;crit dans &#171; Croissance et forme &#187; : &#171; (...) Nous ne pouvons pas transformer un invert&#233;br&#233; en vert&#233;br&#233;, ni un c&#339;lent&#233;r&#233; en vert, par n'importe d&#233;formation simple et l&#233;gitime (&#8230;) La nature passe d'un type &#224; un autre. (&#8230;) Chercher des marchepieds pour franchir les &#233;carts s&#233;parant ces types, c'est chercher en vain &#224; jamais. &#187; La solution de D'Arcy Wentworth Thomson &#233;tait la m&#234;me que celle de Goldschmidt : la transition peut se produire dans les embryons qui sont plus simples et plus semblables entre eux que les adultes fortement divergents qu'ils forment. Personne ne songerait &#224; transformer une &#233;toile de mer en souris, mais les embryons de certains &#233;chinodermes et de certains protovert&#233;br&#233;s sont presque identiques. &#187;&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Quand Darwin publia &#034;L'origine des esp&#232;ces&#034;, en 1859, il introduisit le terme &#034;s&#233;lection naturelle&#034;. Mais il n'a nulle part utilis&#233; le mot &#034;&#233;volution&#034;, bien que le public suppose que Darwin seul est responsable de ce concept. (...) De nombreux penseurs &#233;volutionnistes, Darwin y compris, n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la confusion entre l'id&#233;e d'&#233;volution et celle de progr&#232;s. Mais la force de Darwin venait de ce que l'id&#233;e simple, selon laquelle la survie du plus adapt&#233; devait produire des changements &#233;volutionnistes, s'appuyait sur une avalanche de faits (...) Darwin envisagea aussi les cons&#233;quences de la s&#233;lection naturelle dans des domaines auxquels aucun de ses contemporains n'avait song&#233; : la s&#233;lection pour la r&#233;ussite de l'accouplement et m&#234;me la s&#233;lection pour l'expression des &#233;motions. Darwin comprit brillamment les cons&#233;quences de la s&#233;lection naturelle. mais il ignorait - et il ne savait pas qu'il ignorait - ce qui &#233;tait s&#233;lectionn&#233;. Il ne connaissait pas les g&#232;nes. (...) Les id&#233;es de Darwin ne furent &#233;tendues et transform&#233;es en une th&#233;orie vraiment satisfaisante que lorsqu'elles furent combin&#233;es aux intuitions d'un certain moine morave du nom de Gregor Mendel. Cela se produisit apr&#232;s longtemps apr&#232;s la mort de Darwin. (...) L'accumulation des modifications dans le pool g&#233;n&#233;tique, introduite par la mutation et tri&#233;e gr&#226;ce &#224; la s&#233;lection naturelle, la recombinaison et le hasard, constitue l'essence du processus &#233;volutionniste. (...) Georges Cuvier avait avait une vision os&#233;e et r&#233;volutionnaire de l'histoire de la plan&#232;te : celle-ci aurait r&#233;sult&#233; d'une s&#233;rie de catastrophes et d'extinctions. Cette vision &#233;tait fond&#233;e sur l'existence d'un squelette (un paresseux g&#233;ant d'Argentine, cr&#233;ature disparue) et d'autres d&#233;couvertes g&#233;ologiques et fossiles. (...) Le corpus des fossiles indique qu'il est bien rare qu'une esp&#232;ce &#233;volue sans heurts et de mani&#232;re continue en une autre. La plupart du temps, de nouvelles esp&#232;ces apparaissent pendant des p&#233;riodes de changement environnemental local ou g&#233;n&#233;ral, quand l'ancienne esp&#232;ce a &#233;t&#233; grandement r&#233;duite en nombre ou fragment&#233;e en petits groupes. En cons&#233;quence, le processus de sp&#233;ciation se produit habituellement si vite que lorsque nous observons le corpus des fossiles, c'est comme si la nouvelle esp&#232;ce &#233;tait apparue instantan&#233;ment. C'est le sch&#233;ma habituel observ&#233;, m&#234;me si le corpus de fossiles peut &#234;tre retrac&#233; dans ses plus grands d&#233;tails. Peter G. Williamson, un candidat au doctorat en g&#233;ologie &#224; l'Universit&#233; de Bristol &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix, fut intrigu&#233; par ces discontinuit&#233;s apparentes dans le corpus des fossiles. La vielle explication qui remonte &#224; Darwin, est que ces lacunes dans le corpus de fossiles sont dues &#224; l'incompl&#233;tude du corpus lui-m&#234;me. (...) Puisque le corpus de fossiles tend &#224; comprimer l'histoire de toutes mani&#232;res, des p&#233;riodes d'&#233;volution rapide apparaitraient comme des sauts soudains m&#234;me si le corpus de fossiles &#233;tait assez bon. Cela pourrait &#234;tre vrai ? Pour le v&#233;rifier, Williamson examina l'une des meilleures lign&#233;e de fossiles jamais d&#233;couverte, celle des mollusques d'eau douce du bassin du lac Turkana en Afrique de l'Est. (...) Le premier fait &#233;tonnant que son travail r&#233;v&#233;la &#233;tait que ces mollusques avaient remarquablement peu &#233;volu&#233; au cours des derniers quatre millions et demi d'ann&#233;es. (...) Bien qu'elles disparussent parfois bri&#232;vement du corpus des fossiles, elles r&#233;apparaissaient toujours apparemment inchang&#233;es. Mais la p&#233;riode au cours desquelles ces esp&#232;ces de &#034;base&#034; disparaissaient temporairement furent remarquables pour deux raisons. Premi&#232;rement, le niveau des lacs de la r&#233;gion changeait rapidement, montant ou descendant, ce qui refl&#232;te une modification importante du climat. Deuxi&#232;mement, des esp&#232;ces de mollusques totalement nouvelles sont apparues. Elles se distinguaient morphologiquement des esp&#232;ces originelles de base, mais elles en &#233;taient suffisamment proches en apparence pour que leur lien soit &#233;vident. Ces nouvelles esp&#232;ces persistaient pendant la p&#233;riode de perturbation de l'environnement, puis sans exception elles disparaissaient quand le climat se stabilisait &#224; nouveau. Elles &#233;taient remplac&#233;es encore une fois par les esp&#232;ces anciennes qui, tel le ph&#233;nix, r&#233;apparaissaient. Cela signifie que les esp&#232;ces persistantes n'avaient pas compl&#232;tement disparu. Elles &#233;taient toujours pr&#233;sentes, mais leur nombre s'&#233;tait terriblement r&#233;duit et elles &#233;taient peut-&#234;tre chass&#233;es d'un grand nombre de leurs anciens refuges au moment des perturbations environnementales. (...) On pourrait argumenter que ces esp&#232;ces &#034;temporaires&#034; &#233;taient en fait aussi vivaces que les esp&#232;ces de base mais qu'elles vivaient ailleurs et qu'elles n'&#233;taient capables d'envahir la r&#233;gion que lorsque l'environnement se perturbait. Mais on n'en trouve aucune trace aujourd'hui. Et chaque fois que l'environnement se perturbait, une nouvelle s&#233;rie d'esp&#232;ces temporaires et distinctes sur le plan morphologique apparaissait. Toutes les donn&#233;es que nous poss&#233;dons font penser que des transformations de l'environnement d&#233;clenchaient une r&#233;ponse &#233;volutionniste &#224; court terme sous la forme d'une pouss&#233;e de sp&#233;ciation. Ces nouvelles esp&#232;ces r&#233;ussissaient &#224; court terme mais &#233;chouaient &#224; long terme. Ce travail de Williamson et celui de beaucoup d'autres sugg&#232;rent que la vitesse de l'&#233;volution est tout sauf constante. Elle peut varier de plusieurs ordres de grandeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Williamson estima que la structure du corpus de fossiles de mollusques est suffisamment d&#233;taill&#233;e pour permettre de distinguer des &#233;v&#233;nements s&#233;par&#233;s de cinquante mille ans. C'est une pr&#233;cision excellente pour un corpus de fossiles. Mais bien s&#251;r une &#233;volution consid&#233;rable peut se produire en cinquante mille ans. (&#8230;) C'est un temps suffisamment long pour permettre aux m&#233;canismes &#233;volutionnistes fondamentaux de provoquer de grands changements dans les pools g&#233;n&#233;tiques de ces h&#233;lices. Et, du fait de la compression du corpus de fossiles, ces modifications pourraient para&#238;tre instantan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma que Williamson a d&#233;couvert est inhabituel, non pas &#224; cause des pouss&#233;es &#233;volutionnistes, mais parce que la m&#234;me s&#233;rie d'esp&#232;ces r&#233;apparaissait constamment quand les conditions premi&#232;res &#233;taient r&#233;tablies. Notre propre corpus de fossiles pr&#233;sente aussi des discontinuit&#233;s, mais celles-ci sont encore plus difficiles &#224; interpr&#233;ter parce que notre corpus est tellement plus fragmentaire que celui des mollusques. Notre corpus diff&#232;re de celui des mollusques dans la mesure o&#249; il n'existe pas de s&#233;rie d'esp&#232;ces fondamentales qui r&#233;&#233;merge constamment. Dans notre propre histoire, une esp&#232;ce ou un groupe d'esp&#232;ces &#233;tait remplac&#233; par un autre, et l'&#233;v&#233;nement &#233;tait irr&#233;versible. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que nous ayons beaucoup de preuves en faveur de l'existence de discontinuit&#233;s, nous continuons &#224; envisager l'&#233;volution humaine sous la forme d'une transition en douceur d'un type d'anc&#234;tre humain &#224; un autre. (&#8230;) En fait, il n'en a probablement pas &#233;t&#233; ainsi. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rez l'Afrique de l'Est d'il y a deux millions d'ann&#233;es. La diversit&#233; des types et des civilisations d'hominid&#233;s devait &#234;tre encore plus frappante. A cette &#233;poque, au moins trois et peut-&#234;tre quatre hominid&#233;s primitifs se tenant compl&#232;tement debout coexistaient, occupant peut-&#234;tre les m&#234;mes habitats. Il s'agissait d'Homo habilis, d'Australopithecus africanus, d'A. bosei, et peut-&#234;tre d'A. robustus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi eux, on consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement que l'Homo habilis est le plus proche de nos propres anc&#234;tres. Mais on s'aper&#231;oit maintenant qu'il s'agissait d'une cr&#233;ature minuscule, haute peut-&#234;tre d'un m&#232;tre &#224; peine, avec de longs bras comme ceux d'un singe. S'agissait-il simplement d'une ramification &#233;volutionniste, ou bien a-t-il conduit &#224; l'Homo erectus et ensuite &#224; nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Homo erectus, bien plus grand, avec un plus grand cerveau et des bras essentiellement humains, a vu le jour en Afrique il y a plus d'un million d'ann&#233;es. Ce sont sans doute des populations africaines d'Homo erectus qui ont donn&#233; naissance &#224; leur tour &#224; l'Homo sapiens il y a un ou deux cent mille ans. Nous avons l'habitude de penser que l'Homo habilis &#233;tait l'anc&#234;tre de l'Homo erectus et, par cons&#233;quent, le grand parent de l'humanit&#233;, mais maintenant nous n'en sommes plus si s&#251;rs. (&#8230;) Nous connaissons notre ascendance mieux que celle de la plupart des autres organismes. Mais malgr&#233; tous les efforts d&#233;pens&#233;s pour les combler, des lacunes &#233;normes persistent dans les corpus. (&#8230;) Des discontinuit&#233;s dans les corpus de fossiles semblent tr&#232;s courantes. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de noter que tous les cas d'&#233;volution graduelle que nous connaissons dans le corpus que tous les cas d'&#233;volution graduelle que nous connaissons dans le corpus de fossiles semblent impliquer des transformations en douceur sans l'apparition de structures ni de fonctions nouvelles. Il se peut, comme un grand nombre de chercheurs l'ont sugg&#233;r&#233;, que des changements vraiment importants ne peuvent survenir qu'au cours de modifications violentes dans le pool g&#233;n&#233;tique survenant dans de petites populations &#233;ph&#233;m&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;crire correctement la sp&#233;ciation, il est n&#233;cessaire d'envisager &#224; la fois le corpus de fossiles et les m&#233;canismes g&#233;n&#233;tiques impliqu&#233;s dans la formation d'esp&#232;ces. Les deux pr&#233;sentent habituellement des discontinuit&#233;s. Les discontinuit&#233;s dans le corpus de fossiles sont physiques. Les discontinuit&#233;s dans le processus g&#233;n&#233;tique de la formation des esp&#232;ces r&#233;sultent d'une forte s&#233;lection agissant sur un petit &#233;chantillon du pool g&#233;n&#233;tique originel d'une esp&#232;ce. On ne peut envisager l'un sans l'autre, et, pris ensemble, ils d&#233;montrent qu'il existe de nombreuses voies possibles pour la sp&#233;ciation. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement rare de trouver une s&#233;rie magnifiquement gradu&#233;e de fossiles montrant exactement comment une esp&#232;ce &#233;volue en une autre. Ce serait probablement encore le cas m&#234;me si le corpus de fossiles &#233;tait bien meilleur qu'il ne l'est. Malgr&#233; cette d&#233;faillance, le corpus de fossiles d&#233;labr&#233; arrive n&#233;anmoins &#224; nous en dire beaucoup sur l'&#233;volution. Comme on l'a vu, me^me le fait qu'il est discontinu nous apprend quelque chose sur la mani&#232;re dont les esp&#232;ces &#233;voluent. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la g&#233;n&#233;tique &#171; beanbag &#187;, les changements macro&#233;volutionnistes ne seraient que la somme d'un grand nombre de modifications micro&#233;volutionnistes. La plupart des &#233;volutionnistes pensent que cela est vrai. Mais nous savons que les substitutions d'acides amin&#233;s (au sein de l'ADN) ne sont pas la seule sorte possible de changement micro&#233;volutionniste. Si des changements macro&#233;volutionnistes importants doivent se produire, il doit y avoir autre chose dans la micro&#233;volution que de simples substitutions d'acides amin&#233;s. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se des grandes mutations, comme la plupart des hypoth&#232;ses concernant l'&#233;volution, a un long pass&#233;. Celui-ci remonte &#224; la fin du si&#232;cle pass&#233;. N&#233; en Hollande dans les ann&#233;es 1860, Hugo de Vries (&#8230;) avait tir&#233; de l'&#233;tude des plantes des observations fort int&#233;ressantes. (&#8230;) Lorsqu'il planta les graines de volubilis, il se produisit des ph&#233;nom&#232;nes inattendus. Certaines croissaient identiques &#224; leur parent mais de nombreuses autres produisirent un m&#233;lange de types allant de la vari&#233;t&#233; commune de volubilis &#224; d'autres qui ne ressemblaient ni &#224; leur parent, ni au type commun. C'&#233;tait comme si ces plantes, selon des lois qu'il ne comprenait pas, avaient soudainement compl&#232;tement modifi&#233; leurs g&#232;nes pour produire des types enti&#232;rement diff&#233;rents. Il d&#233;signa ces modifications par mutations. (&#8230;) Et ces mutations se produisaient &#224; une vitesse remarquable : une vitesse de plusieurs ordres de grandeur sup&#233;rieure &#224; la vitesse &#224; laquelle des vari&#233;t&#233;s anormales apparaissaient parmi les animaux domestiques ou les plantes de culture. Parfois (&#224;&#249; DE LA prog&#233;niture des deux parents diff&#233;rents &#233;tait constitu&#233;e d'un ou plusieurs types incroyablement diff&#233;rents. De Vries eut conscience qu'il avait d&#233;couvert quelque chose de tr&#232;s inhabituel. Il utilisa les r&#233;sultats de ces exp&#233;riences de croisements pour &#233;laborer une nouvelle th&#233;orie de l'&#233;volution. Il sugg&#233;ra que les changement micro&#233;volutionnistes &#233;taient dus effectivement au processus darwinien de s&#233;lection naturelle. Mais les changements plus importants devaient leur apparition &#224; des mutations massives, qui survenaient dans un paroxysme d'&#233;v&#233;nements violents. (...) Il fut finalement possible d'epliquer toutes les macromutations de De Vries sur la base de ph&#233;nom&#232;nes g&#233;n&#233;tiques connus. (...) Le g&#233;n&#233;ticien d&#233;veloppemental allemand Richard Goldscmidt a propos&#233; de telles mutations et on peut citer une de ses phrases provocatrices (datant de 1940) dans &#034;La base mat&#233;rielle de l'&#233;volution&#034; : &lt;i&gt;&#034;Les esp&#232;ces et les &#233;tapes macro&#233;volutionnistes &#233;volu&#233;es sont de syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiques compl&#232;tement neuf. le processus g&#233;n&#233;tique en cause consiste en un r&#233;arrangement des chromosomes qui aboutit &#224; un syst&#232;me g&#233;n&#233;tique nouveau. La th&#233;orie g&#233;n&#233;tique et celle de l'accumulation de micro-mutants par s&#233;lection doivent &#234;tre &#233;limin&#233;es de ce tableau. &#187; Le travail de Goldschmidt sur la mouche du vinaigre drosophile l'amena &#224; interroger la th&#233;orie du g&#232;ne en tant que petite unit&#233; discr&#232;te d'information. (...) De tels g&#232;nes pourraient facilement &#234;tre chang&#233;s de mani&#232;re massive et inattendue. Il nomma les pauvres cr&#233;atures qui subissaient de telles mutations des &#034;monstres prometteurs&#034; et sugg&#233;ra qu'occasionnellement de tels monstres pourraient survivre et pousser l'&#233;volution dans une direction nouvelle et diff&#233;rente. (...) Par exemple, &#224; une &#233;poque o&#249; nos anc&#234;tres lointains &#233;taient des poissons, une mutation tr&#232;s importante survint dans la lign&#233;e et donna finalement naissance aux amphibiens, aux reptiles et aux mammif&#232;res. Cette mutation a consist&#233; en un d&#233;doublement soudain du nombre des chromosomes, si bien que nos anc&#234;tres eurent soudain deux fois plus de chromosomes que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs imm&#233;diats. (...) On a ainsi suppos&#233; que les changements mutationnels caus&#233;s par la radiation (radioactive) aurait des effets violents et imm&#233;diats. (...) Deux exp&#233;riences importantes furent men&#233;es pour tester les effets des rayonnements sur des populations de drosophiles, l'une par Bruce Wallace aux Etats-Unis et l'autre par Gerd Bonnier en Su&#232;de. (...) Les rayons X et les particules &#224; haute &#233;nergie &#233;mises par les &#233;l&#233;ments radioactifs se sont av&#233;r&#233;s des agents mutag&#232;nes (g&#233;n&#233;rant des mutations) extr&#234;ment utiles et ont intensivement exploit&#233;s par les g&#233;n&#233;ticiens. Ces agents sont pratiques pour casser les chromosomes. Et comme ils produisent de multiples collisions, les chromosomes se rejoignent souvent de mani&#232;re nouvelle et int&#233;ressante. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Christopher Wills&lt;/strong&gt; dans &#034;La sagesse des g&#232;nes, nouvelles perspectives sur l'&#233;volution&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
LE PLUS IMPORTANT PROGR&#200;S DU A DARWIN EST PHILOSOPHIQUE :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Engels dans &#034;Socialisme scientifique et socialisme utopique&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; : &lt;i&gt;&#034;Darwin a port&#233; le coup le plus puissant &#224; la conception m&#233;taphysique de la nature en d&#233;montrant que toute la nature organique actuelle, les plantes, les animaux et, par cons&#233;quent, l'homme aussi, est le produit d'un processus d'&#233;volution qui s'est poursuivi pendant des millions d'ann&#233;es.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : &lt;i&gt;&#034;La d&#233;couverte de Darwin est le plus grand triomphe de la dialectique dans l'ensemble du domaine de la mati&#232;re organique&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P-P Grass&#233; : &lt;i&gt;&#034; Par tous ses tenants et aboutissants, le darwinisme est la doctrine la plus antireligieuse et mat&#233;rialiste qui soit. Pourtant des hommes de science , chr&#233;tiens pratiquants, ne paraissent pas le savoir... Karl Marx, plus perspicace &#224; la lecture de l'Origine des esp&#232;ces, per&#231;ut l'inspiration mat&#233;rialiste et ath&#233;e du livre, d'o&#249; la vive admiration qu'il lui porta et l'utilisation qu'il en fit.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould : &lt;i&gt;&#034;Darwin a mis en pratique une philosophie coh&#233;rente du mat&#233;rialisme &#224; son interpr&#233;tation de la nature&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Darwin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Darwin, par wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY By Stephen Jay Gould. </title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article726</link>
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		<dc:date>2008-11-02T19:35:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>English</dc:subject>
		<dc:subject>Gould</dc:subject>
		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY By Stephen Jay Gould. &lt;br class='autobr' /&gt;
Wednesday 30 December 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
The Evolution Revolution &lt;br class='autobr' /&gt;
By MARK RIDLEY &lt;br class='autobr' /&gt;
Published: March 17, 2002 &lt;br class='autobr' /&gt;
THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY &lt;br class='autobr' /&gt;
By Stephen Jay Gould. &lt;br class='autobr' /&gt;
Illustrated. 1,433 pp. Cambridge, Mass.: &lt;br class='autobr' /&gt;
The Belknap Press/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Harvard University Press. . DARWINISTS have divided opinions about the fossil record. Darwin himself, and many of his followers, were skeptical. For them, it is so fragmentary and corrupt that we cannot rely (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot92" rel="tag"&gt;Gould&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=6LMrAwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=THE+STRUCTURE+OF+EVOLUTIONARY+THEORY+By+Stephen+Jay+Gould.&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjH-tvKmufmAhX8A2MBHZ4gDXQQ6AEIKzAA#v=onepage&amp;q=THE%20STRUCTURE%20OF%20EVOLUTIONARY%20THEORY%20By%20Stephen%20Jay%20Gould.&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY By Stephen Jay Gould.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wednesday 30 December 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Evolution Revolution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By MARK RIDLEY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Published: March 17, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By Stephen Jay Gould.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustrated. 1,433 pp. Cambridge, Mass.:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Belknap Press/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harvard University Press. . DARWINISTS have divided opinions about the fossil record. Darwin himself, and many of his followers, were skeptical. For them, it is so fragmentary and corrupt that we cannot rely on what it seems to tell us. That view is most likely to be expressed today by a molecular biologist. For others, it is mainly trustworthy, and we should face up to what it tells us about evolution. Fossil evidence may even damage some of the deep foundations of Darwinism. The best-known champion of this view, for at least 30 years, is Stephen Jay Gould. Gould's trust in the fossil record has been unambiguously good for science. He has inspired research and raised the status of paleontology. But his campaign to challenge the Darwinian theory of evolution has a more ambiguous status. He has certainly stimulated people to think about some big questions, and that is a plus. However, he has failed to persuade many of his colleagues, and I am among those who think that his attempts to revise Darwinism are flawed. The centerpiece of Gould's system is the theory of punctuated equilibrium, published in 1972 by him and Niles Eldredge. In the history of life, new species often appear suddenly and then persist with little change until they go extinct. The sudden origin of species may reflect the incompleteness of the fossil record, but Gould suggests the pattern is real &#8212; evolution is fast while new species originate, and then slows down. He may be right, and his vast new book, ''The Structure of Evolutionary Theory,'' includes a chapter on this matter that is as long as most books, and it has an extensive, if selective, review of the evidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The real controversy begins at the next stage, when we come to the wider implications of the theory. Gould argues that the alternating fast-slow pattern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of evolution implies that species are, in a philosophical sense, ''individuals'' rather than classes. This matters to Gould because, he argues, it means that natural selection can operate on whole species, in a process called species selection. He contrasts this with the orthodox Darwinian view, that natural selection works only on organisms. He wants to expand the theory of evolution to include the higher-level process of species selection, which drives large-scale evolutionary processes and is irreducible to natural selection on organisms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What does it mean, to call a species an individual? In ordinary language, ''individual'' refers to an organism or a person, but Gould is using it in the sense of a particular entity rather than a class of entities. Classes can be defined by a set of defining conditions: gold is the class of atoms with atomic number 79; chairs are the class of objects shaped for one person to sit on. If an entity meets the defining conditions, it is a member of that class. Contrast this with an individual. John Smith may be recognizable by a set of attributes at one time. He may be the person at Gate 8, wearing gray trousers and carrying a blue bag. But if he changes his clothes, he'll still be John Smith. He is not defined by any observable attributes. The individual John Smith is a unique stream of cells, from conception to death. Biological species are a test case for the distinction between individual and class. They look like classes. We can define human beings as apes with relatively big brains and relatively few hairs. However, a species can change gradually during evolution and still be the same species. Humans will be humans in the future even if they have become hairy or small-brained. In evolutionary theory, species do not have defining attributes and are not classes. They are particular individuals, forming a series of ancestor-descendant populations over time. A species exists between its origin and its extinction, in much the way a person exists between birth and death.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;According to Gould, the theory of punctuated equilibrium implies that species are individuals, not classes. But I do not see the logical connection. Evolution in general, not punctuated evolution in particular, is the reason species do not form classes. If anything, the relative constancy of species after their sudden origin would make them more like a class. Individual people lack defining attributes because they change as they develop and decay. If people were born fully formed and remained identical until death, it would be easier to define them by attributes in much the way we do for chemical elements. Then we have the theory of species selection. Some species have properties that enable them to last longer, making them less likely to go extinct. For example, species with sexual reproduction have lower extinction rates than species with asexual (or clonal) reproduction. So, over time they proliferate more than clonal species because they don't die off as fast. This species selection is analogous to natural selection between organisms. In normal natural selection, some organisms have attributes &#8212; camouflage, for example &#8212; that enable them to proliferate relative to other (uncamouflaged) organisms. In species selection, whole species proliferate if they have attributes that lower the extinction rate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But again, I do not see that species selection follows from either punctuated equilibrium or the individuality of species. Sexual species will take over from clonal species, whether they originate suddenly or gradually, and whether each species is a class or an individual. Gould argues that punctuated equilibrium means that species are individuals and that the individuality of species enables species selection to operate. I have no problem with the three factual claims &#8212; of punctuated equilibrium, of the individuality of species, and of species selection. But I do not agree that the three are linked causally or conceptually. If they are not, Gould's system does not work. Orthodox Darwinism may have problems, but punctuated equilibrium is not one of them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;''The Structure of Evolutionary Theory'' contains copious accounts of historical figures &#8212; well known, like Darwin, and less well known, like Hugo De Vries. Of Gould's previous books, it most closely resembles ''Ontogeny and Phylogeny.'' It is mainly written for professionals or graduate students. However, Gould is a readable writer, and I can imagine that some nonspecialists who have enjoyed his popular books will enjoy reading this one too.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The main hazard for general readers will be Gould's almost lawyerly treatment of the scientific literature. He introduced most of the themes of the book in scientific publications during the 1970's and early 80's. Since then, many other writers have discussed his ideas. Some of them support him, some criticize him, some do both. In this book, Gould tends to trumpet his supporters while ignoring, distorting or psychoanalytically shrinking his critics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For example, Frank Rhodes wrote a paper documenting how Darwin often said that evolution may be relatively rapid at speciation. The theory of punctuated equilibrium may not contradict Darwin after all. Gould bypasses this part of Rhodes's paper with an ambiguous summary phrase (''He did find many genuine Darwinian resonances''). He then quotes extensively from some positive things that Rhodes said about punctuated equilibrium. Critics like Philip Gingerich, Richard Dawkins and Daniel Dennett are disposed of in a section titled ''The Wages of Jealousy.''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Later on, there is half a chapter on ''exaptation'' &#8212; the idea that currently adaptive features of organisms may have originated as nonadaptive ancestral features. The most effective critique I know was in a 1993 paper by two biologists at Cornell, Hudson Kern Reeve and Paul Sherman. Gould doesn't discuss their criticisms or cite their paper. Each example by itself is minor, but the cumulative effect would mislead readers who do not know something of the literature. Gould is more interested in tracing his intellectual ancestors than in positioning himself in relation to modern evolutionary thought.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The book contains many autobiographical asides (''Reading Darwin has been a persisting and central joy in my intellectual life'') and some good obiter dicta (''Virtually any nifty evolutionary saying eventually migrates to T. H. Huxley, just as vernacular commentary about modern America moves towards Mr. Berra''). But there is no disguising that it is a heavyweight work. The style ranges from verbosity to almost pathological logorrhea. However, if the book contains too many words and some questionable philosophy, and does not take Gould's critics seriously enough, it is still a magnificent summary of a quarter-century of influential thinking and a major publishing event in evolutionary biology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mark Ridley is a lecturer in zoology at the University of Oxford. His books include ''Evolution'' and ''The Cooperative Gene.''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Read THE STRUCTURE OF EVOLUTIONARY THEORY By Stephen Jay Gould. &lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=6L..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=6L..&lt;/a&gt;.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=gould+la+structure+de+la+th%C3%A9orie+de+l%27%C3%A9volution+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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