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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185 &lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de 1871 K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Prolongements historiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de 1871&lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongements historiques et th&#233;oriques de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'&#201;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 16-18 mars 1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le projet de programme de Gotha] a transform&#233; le libre &#201;tat populaire en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre &#224; l'&#233;gard de ses citoyens, autrement dit un &#201;tat &#224; gouvernement despotique. Il faudrait laisser tomber un tel bavardage sur l'&#201;tat, surtout apr&#232;s la Commune qui n'&#233;tait plus un &#201;tat au sens propre. L'&#201;tat populaire, les anarchistes nous l'ont assez jet&#233; &#224; la t&#234;te, bien que l'ouvrage de Marx contre Proudhon et ensuite le Manifeste disent express&#233;ment qu'avec l'instauration du r&#233;gime socialiste l'&#201;tat se dissout de lui-m&#234;me et finit par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#201;tat &#187; n'&#233;tant qu'une institution transitoire, dont on se sert dans la lutte durant la r&#233;volution pour r&#233;primer de force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler de &#171; libre &#201;tat populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat, ce n'est point pour instaurer la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires, et sit&#244;t qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat aura cess&#233; d'exister en tant que tel. En cons&#233;quence, nous proposerions de mettre partout &#224; la place du mot &#171; &#201;tat &#187; le mot &#171; communaut&#233; &#187;, (Gemeinwesen), excellent vieux mot allemand r&#233;pondant fort bien au mot fran&#231;ais &#171; Commune &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ph. Van Patten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 avril 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; votre lettre du 2 avril sur la position de Karl Marx vis-&#224;-vis des anarchistes en g&#233;n&#233;ral et de Johann Most en particulier, je serai concis et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir, par la violence arm&#233;e, l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; travailleuse par la stricte minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette stricte minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233; d'oppression, ou &#201;tat. Mais, en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore de la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847, chapitre II, fin. [1] (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions. Mais, le d&#233;truire &#224; ce moment, ce serait d&#233;truire le seul organisme gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir, &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre la r&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il que je vous donne express&#233;ment l'assurance que Marx s'est oppos&#233; &#224; cette stupidit&#233; anarchiste d&#232;s l'instant o&#249; elle lui apparut sous la forme que lui donne actuellement Bakounine ? Toute l'histoire interne de l'Association internationale des travailleurs en t&#233;moigne. Les anarchistes tentent depuis 1867 avec les proc&#233;d&#233;s les plus inf&#226;mes de s'emparer de la direction de l'Internationale, et Marx fut l'obstacle principal &#224; leur projet. Le r&#233;sultat d'une lutte de cinq ans, ce fut, au Congr&#232;s de La Haye en septembre 1872, l'exclusion des anarchistes de l'Internationale, et l'homme qui fit le plus pour obtenir cette exclusion, ce fut Marx. &#192; ce propos, notre vieil ami, F.A. Sorge de Hoboken, qui y assista en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;, peut vous fournir des d&#233;tails, si vous le souhaitez...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastbourne, 17 ao&#251;t 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Dans la lutte de classe entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la monarchie bonapartiste (dont Marx a d&#233;fini les caract&#233;ristiques dans le 18-Brumaire, et moi-m&#234;me dans la Question du logement II, etc) joue un r&#244;le semblable &#224; celui de la monarchie absolue dans la lutte entre forces f&#233;odales et bourgeoisie. Or, ce combat ne peut &#234;tre livr&#233; jusqu'au bout sous l'ancienne monarchie absolue, mais seulement sous la monarchie constitutionnelle (Angleterre, France de 1789-1792 et 1815-1830). De m&#234;me, en ce qui concerne le combat entre bourgeoisie et prol&#233;tariat, c'est sous la R&#233;publique qu'il est men&#233; &#224; son terme. Comme des conditions favorables et les traditions r&#233;volutionnaires ont contribu&#233; &#224; ce que les Fran&#231;ais renversent le bonapartisme et instaurent la r&#233;publique bourgeoise, ils poss&#232;dent d&#233;j&#224; la forme o&#249; le combat doit &#234;tre men&#233; jusqu'&#224; son terme. Ils ont donc un avantage sur nous qui sommes embourb&#233;s dans un m&#233;lange de semi-f&#233;odalisme et de bonapartisme, puisque nous avons &#224; conqu&#233;rir la forme o&#249; se d&#233;roulera la lutte finale. Bref, du point de vue politique, ils nous devancent de toute une &#233;tape. Une restauration monarchiste aurait pour cons&#233;quence de remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour la restauration de la r&#233;publique bourgeoise, tandis que la poursuite de la r&#233;publique signifie une exacerbation croissante de la lutte de classe directe et non dissimul&#233;e. En cons&#233;quence, le premier r&#233;sultat imm&#233;diat de la r&#233;volution, pour ce qui est de la forme, peut et doit &#234;tre chez nous, la r&#233;publique bourgeoise [2]. Mais, ce ne peut &#234;tre alors qu'un bref point de passage, &#233;tant donn&#233; que nous avons la chance de ne pas avoir un parti bourgeois purement r&#233;publicain. La r&#233;publique bourgeoise, ayant &#224; sa t&#234;te le parti du progr&#232;s peut-&#234;tre, nous servira d'abord &#224; conqu&#233;rir la grande masse des ouvriers pour le socialisme r&#233;volutionnaire. C'est ce qui se r&#232;gle en un an ou deux, tous les partis de milieu encore possibles sans nous s'usant et se ruinant eux-m&#234;mes pendant ce laps de temps. C'est alors seulement que ce sera notre tour, et avec succ&#232;s. La grande erreur des Allemands, c'est de se repr&#233;senter la r&#233;volution comme quelque chose qui se r&#232;gle en une nuit [3]. En fait, c'est un processus de d&#233;veloppement des masses dans des conditions acc&#233;l&#233;r&#233;es, processus s'&#233;tendant sur des ann&#233;es. Chacune des r&#233;volutions qui s'est faite en une nuit (1830) s'est born&#233;e &#224; &#233;liminer une r&#233;action d'embl&#233;e sans espoir ou a conduit directement au contraire de ce qu'elle s'effor&#231;ait de r&#233;aliser (cf, 1848, France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er janvier 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... En ce qui concerne votre question sur le passage de la Pr&#233;face du Manifeste se r&#233;f&#233;rant &#224; la Guerre civile en France *, vous serez sans doute d'accord avec la r&#233;ponse que j'en donne dans ma pr&#233;face de Mars 1891. [4] (165) Je vous en envoie un exemplaire pour le cas o&#249; vous n'en auriez pas. Il s'agit tout simplement de prouver que le prol&#233;tariat victorieux doit commencer par donner une forme nouvelle &#224; l'ancien &#201;tat et administration bureaucratiques et centralis&#233;s, avant de pouvoir utiliser l'&#201;tat &#224; ses fins. &#192; l'inverse, depuis 1848 tous les bourgeois r&#233;publicains, si violemment aient-ils attaqu&#233;s cette machine, tant qu'ils &#233;taient dans l'opposition - ont, sit&#244;t qu'ils sont parvenus au gouvernement, repris sans aucun changement cette machine pour l'utiliser, soit contre la r&#233;action, soit le plus souvent contre le prol&#233;tariat. Si, dans la Guerre civile en France 1871 nous avons port&#233; au compte de la Commune des plans plus ou moins conscients, alors que ses tendances lui &#233;taient plus ou moins inconscientes, ce n'est pas seulement parce que les circonstances le justifiaient, mais encore parce que c'est ainsi qu'il faut proc&#233;der. Les Russes ont fait preuve d'un grand bon sens, en mettant ce passage de la Guerre civile en annexe &#224; leur traduction du Manifeste. Si le cours des choses n'avait pas &#233;t&#233; aussi rapide, on aurait pu faire davantage encore &#224; l'&#233;poque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 mars 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de d&#233;mocratie change avec chaque demos (peuple) donn&#233; &#224; chaque fois, et ne nous fait donc pas avancer d'un pas. Ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; mon avis, c'est que le prol&#233;tariat a besoin de formes d&#233;mocratiques pour s'emparer du pouvoir politique, mais comme toutes les formes politiques, elles ne sont que des moyens. Cependant, si l'on veut aujourd'hui, en Allemagne, la d&#233;mocratie comme butil faut s'appuyer sur les paysans et les petits bourgeois, autrement dit des classes en voie de disparition, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires, par rapport au prol&#233;tariat, si l'on veut les maintenir artificiellement. En outre, il ne faut pas oublier que la forme cons&#233;quente de la domination bourgeoise est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;publique d&#233;mocratique, devenue trop risqu&#233;e &#224; la suite du d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par le prol&#233;tariat, mais qui reste une forme encore possible de la domination bourgeoise pure, comme le montrent la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du lib&#233;ralisme comme &#171; un &#233;tat de choses d&#233;j&#224; atteint historiquement &#187; n'est en fait qu'une incons&#233;quence. La monarchie constitutionnelle lib&#233;rale est une forme ad&#233;quate de la domination bourgeoise : 1&#186; au d&#233;but, lorsque la bourgeoisie n'a pas encore r&#233;gl&#233; compl&#232;tement ses comptes avec la monarchie absolue ; 2&#186; &#224; la fin, lorsque le prol&#233;tariat rend d&#233;j&#224; trop risqu&#233;e la r&#233;publique d&#233;mocratique. Quoi qu'il en soit, la r&#233;publique d&#233;mocratique restera toujours la forme ultime de la domination bourgeoise, forme dans laquelle elle cr&#232;vera. Mais, il suffit sur cette salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nim me prie de te saluer. Je n'ai pas vu Tussy hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 juin 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons d&#233;tourner les masses des partis lib&#233;raux, tant que ceux-ci n'ont pas eu l'occasion de se ridiculiser dans la pratique, en arrivant au pouvoir et en d&#233;montrant qu'ils sont des incapables. Nous sommes toujours, comme en 1848, l'opposition de l'avenir et nous devons donc avoir au gouvernement le plus extr&#234;me des partis actuels avant que nous puissions devenir vis-&#224;-vis de lui l'opposition actuelle. La stagnation politique c'est-&#224;-dire la lutte sans effet ni but des partis officiels telle qu'elle se pratique &#224; l'heure actuelle - ne peut pas nous servir &#224; la longue, comme le ferait un combat progressif de ces partis tendant au fur et &#224; mesure &#224; un glissement vers la gauche. C'est ce qui se produit en France, o&#249; la lutte politique se d&#233;roule comme toujours sous forme classique. Les gouvernements qui se succ&#232;dent sont de plus en plus orient&#233;s &#224; gauche ; le minist&#232;re Clemenceau est d&#233;j&#224; en vue, et ce ne sera pas le minist&#232;re de la bourgeoisie extr&#234;me. &#192; chaque glissement &#224; gauche, des concessions tombent en partage aux ouvriers (voir la derni&#232;re gr&#232;ve de Decazeville o&#249;, pour la premi&#232;re fois, la soldatesque n'est pas intervenue). Ce qui importe avant tout, c'est que le champ soit de plus en plus net pour la bataille d&#233;cisive et la position des partis claire et pure. Dans cette &#233;volution lente, mais irr&#233;sistible de la r&#233;publique fran&#231;aise, je tiens pour in&#233;vitable ce r&#233;sultat final : opposition entre les bourgeois radicaux jouant aux socialistes et les ouvriers vraiment r&#233;volutionnaires. Ce sera l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants, et j'esp&#232;re qu'il ne sera pas interrompu. Je me r&#233;jouis de ce que nos gens ne soient pas encore assez forts &#224; Paris (et ils le sont d'autant plus en province) pour se laisser aller &#224; des putschs, par la force du verbe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la confuse Allemagne, l'&#233;volution ne se poursuit pas d'une mani&#232;re aussi classiquement pure qu'en France. Elle a trop de retard pour cela, nous n'arrivons &#224; ce stade que quand les autres l'ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;. Mais, en d&#233;pit de la mesquinerie de nos partis officiels, la vie politique, quelle qu'elle soit, nous est bien plus favorable que l'actuel d&#233;sert politique o&#249; ne joue que le faisceau des intrigues de politique ext&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 11 d&#233;cembre 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pour ce qui est de la d&#233;mocratie pure et de son r&#244;le &#224; l'avenir, je ne partage pas ton opinion. Il est &#233;vident qu'en Allemagne, elle jouera un r&#244;le bien plus insignifiant que dans les pays de d&#233;veloppement industriel plus ancien. Mais, cela n'emp&#234;che pas qu'elle acquerra, au moment de la r&#233;volution, une importance momentan&#233;e en tant que parti bourgeois extr&#234;me : c'est ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233; en 1849 &#224; Francfort, du fait qu'elle repr&#233;sentait la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage de toute l'&#233;conomie bourgeoise et m&#234;me f&#233;odale. &#192; ce moment, toute la masse des r&#233;actionnaires se range derri&#232;re lui et le renforce : tout ce qui est r&#233;actionnaire se donne alors des allures d&#233;mocratiques. De mars &#224; septembre 1848, toute la masse f&#233;odale et bureaucratique renfor&#231;a ainsi les lib&#233;raux, afin de mater les masses r&#233;volutionnaires et, le coup r&#233;ussi, les lib&#233;raux furent &#233;conduits &#224; coups de pied, comme il fallait s'y attendre. C'est ainsi qu'en France, de mai 1848 aux &#233;lections de Bonaparte en d&#233;cembre, ce fut le parti r&#233;publicain pur du National, le parti le plus faible de tous, qui r&#233;gna du simple fait qu'il avait derri&#232;re lui toute la masse organis&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; chaque r&#233;volution : le parti le plus b&#233;nin qui puisse encore r&#233;gner, arrive au pouvoir, simplement parce que le vaincu voit en lui la derni&#232;re chance de salut. Or, on ne peut pas s'attendre &#224; ce qu'au moment de la crise, nous ayions derri&#232;re nous la majorit&#233; des &#233;lecteurs, c'est-&#224;-dire de la nation. Toute la classe bourgeoise et les vestiges des classes f&#233;odales poss&#233;dantes, une grande partie de la petite-bourgeoisie et de la population des campagnes se rangeront alors derri&#232;re le parti bourgeois extr&#234;me qui se donnera des allures r&#233;volutionnaires extr&#233;mistes, et je tiens pour tr&#232;s possible qu'il soit repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement provisoire, voire qu'il en forme un moment la majorit&#233;. La minorit&#233; social-d&#233;mocrate du gouvernement parisien de F&#233;vrier a montr&#233; comment il ne fallait pas agir lorsqu'on est en majorit&#233;. Cependant, pour l'heure, c'est une question encore acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les &#233;v&#233;nements peuvent se d&#233;rouler tout autrement en Allemagne, et ce sont pour des raisons militaires. Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'impulsion, si elle vient de l'ext&#233;rieur, ne peut venir que de Russie ; mais si elle vient de l'Allemagne elle-m&#234;me, la r&#233;volution ne peut alors partir que de l'arm&#233;e. Un peuple sans armes contre une arm&#233;e moderne est, du point de vue militaire, une grandeur purement &#233;vanescente. Dans ce cas, nos r&#233;servistes de 20 &#224; 25 ans, qui ne votent pas mais qui sont exerc&#233;s dans le maniement des armes, entreraient en action, et la d&#233;mocratie pure pourrait &#234;tre sauv&#233;e. Mais, pr&#233;sentement, cette question est &#233;galement acad&#233;mique, bien que je sois oblig&#233; de l'envisager, &#233;tant pour ainsi dire le repr&#233;sentant du Grand Quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l'ensemble de la r&#233;action group&#233;e autour de la d&#233;mocratie pure, et cela, me semble-t-il, ne doit pas &#234;tre perdu de vue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; F. Domela Nieuwenhuis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 22 f&#233;vrier 1881&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du prochain Congr&#232;s de Zurich, la question que vous me posez [sur les mesures l&#233;gislatives &#224; prendre en vue d'assurer la victoire du socialisme en cas d'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes] me semble des plus maladroites. Ce qu'il faut faire imm&#233;diatement &#224; un moment bien d&#233;termin&#233; de l'avenir d&#233;pend naturellement tout &#224; fait des circonstances historiques dans lesquelles il faut agir. Votre question se pose au pays des nuages et repr&#233;sente donc pratiquement un probl&#232;me fantasmagorique, auquel on ne peut r&#233;pondre qu'en faisant la critique de la question elle-m&#234;me. Nous ne pouvons r&#233;soudre une &#233;quation que si elle inclut d&#233;j&#224; dans ses donn&#233;es les &#233;l&#233;ments de sa solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, l'embarras dans lequel se trouve un gouvernement subitement form&#233; &#224; la suite d'une victoire populaire n'a rien de sp&#233;cifiquement &#171; socialiste &#187;. Au contraire. Les politiciens bourgeois victorieux se sentent aussit&#244;t g&#234;n&#233;s par leur &#171; victoire &#187;, quant aux socialistes, ils peuvent au moins intervenir sans se g&#234;ner et, vous pouvez &#234;tre s&#251;r d'une chose : un gouvernement socialiste n'arriverait jamais au pouvoir si les conditions n'&#233;taient pas d&#233;velopp&#233;es au point qu'il puisse avant toute chose prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; intimider la masse des bourgeois de sorte qu'il conquiert ce dont il a le plus besoin : du temps pour une action durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me renverrez peut-&#234;tre &#224; la Commune de Paris. Mais, abstraction faite de ce qu'il s'agissait d'un simple soul&#232;vement d'une ville dans des conditions exceptionnelles, la majorit&#233; de la Commune n'&#233;tait pas socialiste, et ne pouvait pas l'&#234;tre. [5] Avec une faible dose de bon sens, elle aurait pu n&#233;anmoins obtenir avec Versailles un compromis utile &#224; toute la masse du peuple, seule chose qu'il &#233;tait possible d'atteindre &#224; ce moment-l&#224;. En mettant simplement la main sur la Banque de France, elle aurait pu effrayer les Versaillais et mettre fin &#224; leurs fanfaronnades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie fran&#231;aise avant 1789 &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;tablies - mutatis mutandis - comme le sont de nos jours toutes les mesures &#224; prendre uniform&#233;ment par le prol&#233;tariat dans tous les pays &#224; production capitaliste, Mais, la fa&#231;on dont les revendications de la bourgeoisie fran&#231;aise ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, un quelconque Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle en avait-il la moindre id&#233;e a priori ? L'anticipation doctrinaire et n&#233;cessairement fantasmagorique du programme d'action d'une r&#233;volution future ne ferait que d&#233;voyer la lutte pr&#233;sente. Le r&#234;ve de la ruine tout &#224; fait imminente du r&#233;gime enflammait les Chr&#233;tiens primitifs dans leur lutte contre l'Empire romain et leur donnait la certitude de vaincre. La compr&#233;hension scientifique de la dissolution in&#233;luctable et toujours plus grave sous nos yeux de l'ordre social dominant et les masses pouss&#233;es &#224; coups de fouet &#224; la passion r&#233;volutionnaire par les vieux simulacres de gouvernements, en m&#234;me temps que par le prodigieux d&#233;veloppement positif de moyens de production, tout cela suffit &#224; garantir qu'au moment o&#249; &#233;clatera une v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne, nous aurons &#233;galement les conditions de leur modus operandi imm&#233;diat, qui ne s'av&#233;rera certainement pas idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu que la conjoncture de crise n'existe pas encore pour une nouvelle Association internationale des travailleurs. En cons&#233;quence, je consid&#232;re que tous les congr&#232;s ouvriers ou socialistes - pour autant qu'ils ne se pr&#233;occupent pas des conditions donn&#233;es imm&#233;diates de telle ou telle nation - ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Ils se perdront toujours en fum&#233;e, en rab&#226;chant mille fois des g&#233;n&#233;ralit&#233;s banales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre d&#233;vou&#233; Karl Marx&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; J. Mesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Mesa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre, par votre lettre du 2 courant, la publication imminente de votre traduction espagnole de la Mis&#232;re de la Philosophie de Marx. Il va sans dire que nous nous associons avec empressement &#224; cette oeuvre qui ne manquera pas de produire un effet des plus favorables sur le d&#233;veloppement du socialisme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie proudhonienne, d&#233;molie dans ses bases par le livre de Marx, a certainement &#233;t&#233; balay&#233;e de la surface depuis la chute de la Commune de Paris. Mais, elle forme toujours le grand arsenal dans lequel les bourgeois radicaux pseudo-socialistes d'Europe occidentale puisent les formules propres &#224; endormir les ouvriers. Or, comme les ouvriers de ces m&#234;mes pays ont h&#233;rit&#233;, de leurs devanciers, de semblables phrases proudhoniennes, il arrive que, chez beaucoup d'entre eux, la phras&#233;ologie des radicaux trouve encore un &#233;cho. C'est le cas en France, o&#249; les seuls proudhoniens qu'il y ait encore, sont les bourgeois radicaux soi-disant socialistes. Et si je ne m'abuse, vous en avez aussi, dans vos Cort&#232;s et dans votre presse, de ces r&#233;publicains qui se pr&#233;tendent socialistes, parce qu'ils voient dans les id&#233;es proudhoniennes un moyen plausible tout trouv&#233; d'opposer au vrai socialisme, expression rationnelle et concise des aspirations du prol&#233;tariat, un socialisme bourgeois et de faux aloi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; N.F. Danielson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 octobre 1893&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Si l'Europe occidentale avait &#233;t&#233; pour une telle r&#233;volution (socialiste) entre 1860-1870, si un tel bouleversement social avait &#233;t&#233; entrepris &#224; ce moment en Angleterre, France, etc., alors c'e&#251;t &#233;t&#233; aux Russes de montrer ce qu'ils auraient pu faire de leurs communaut&#233;s (agraires), [6] qui &#233;taient encore plus ou moins intactes. Or, l'Occident resta immobile. Aucune r&#233;volution de ce genre n'ayant &#233;t&#233; entreprise, le capitalisme s'y d&#233;veloppa au contraire &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Ainsi donc, comme il &#233;tait manifestement impossible de hausser les communaut&#233;s &#224; une forme de production dont elles &#233;taient s&#233;par&#233;es par une s&#233;rie de stades historiques, il ne leur reste plus qu'&#224; se d&#233;velopper de mani&#232;re capitaliste, ce qui me semble-t-il, est leur seule &#233;volution possible...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Reproduite dans le Socialiste, le 24 novembre 1900]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah, mais nous avons la r&#233;publique en France &#187;, nous diront les ex-radicaux, &#171; chez nous, c'est autre chose. Nous pouvons utiliser le gouvernement pour des mesures socialistes ! &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat. Vous avez sur nous l'avantage de l'avoir l&#224; ; nous autres, nous devrons perdre vingt-quatre heures pour la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;publique, comme toute autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;). C'est donc une illusion toute gratuite que de la prendre pour une forme socialiste par son essence ; que de lui confier, tant qu'elle est domin&#233;e par la bourgeoisie, des missions socialistes. Nous pourrons lui arracher des concessions, mais jamais la charger de l'ex&#233;cution de notre besogne &#224; nous. Encore si nous pouvions la contr&#244;ler par une minorit&#233; assez forte pour qu'elle p&#251;t se changer en majorit&#233; d'un jour &#224; l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 avril 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liebknecht vient de me jouer un vilain tour. * Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique, &#224; tout prix paisible et anti-violente, qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne elle pourra devenir inapplicable demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Richard Fischer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 8 mars 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Fischer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu compte autant qu'il &#233;tait possible de vos pr&#233;occupations, bien que, avec la meilleure volont&#233;, je ne comprenne pas pourquoi vos r&#233;ticences commencent &#224; la moiti&#233;. * Je ne peux tout de m&#234;me pas admettre que vous ayiez l'intention de prescrire, de tout votre corps et de toute votre &#226;me, la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; en toutes circonstances, la l&#233;galit&#233; m&#234;me vis-&#224;-vis de ceux qui frisent la l&#233;galit&#233;, bref la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche &#224; celui qui vous a frapp&#233; la joue droite. Dans le Vorw&#228;rts, toutefois, certains pr&#234;chent parfois la r&#233;volution, avec la m&#234;me &#233;nergie que d'autres la repoussent, comme cela se faisait autrefois et se fera peut-&#234;tre encore &#224; l'avenir. Mais, je ne peux consid&#233;rer cela comme une position comp&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, &#224; l'ill&#233;galit&#233;. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; vos modifications avec les exceptions suivantes- 1&#186; &#201;preuves, chez les masses, il est dit : &#171; elles doivent avoir compris pourquoi elles interviennent &#187; ; 2&#186; Le passage suivant : &#171; barrer toute la phrase de : &#171; le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque &#187;, votre proposition contenant une inexactitude flagrante : le mot d'ordre &#171; d&#233;clenchement de l'attaque &#187; est utilis&#233; par les Fran&#231;ais, Italiens, etc. &#224; tout propos, mais ce n'est pas tellement s&#233;rieux ; 3&#186; &#201;preuve : &#171; Sur la r&#233;volution (Umsturz) sociale-d&#233;mocrate qui vit actuellement en s'en tenant &#224; la loi &#187;, vous voulez enlever &#171; actuellement &#187;, autrement dit transformer une tactique valable momentan&#233;ment et toute relative, en une tactique permanente et absolue. (168) Cela je ne peux pas le faire, sans me discr&#233;diter &#224; tout jamais. J'&#233;vite donc la formule de l'opposition, et je dis : &#171; Sur la r&#233;volution sociale-d&#233;mocrate, &#224; qui il convient si bien en ce moment pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends absolument pas pourquoi vous trouvez dangereuse ma remarque sur l'attitude de Bismarck en 1866, lorsqu'il viola la Constitution. Il s'agit d'un argument lumineux, comme aucun autre ne le serait. Mais, je veux cependant vous faire ce plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je ne peux absolument pas continuer de la sorte. J'ai fait mon possible pour vous &#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments dans le d&#233;bat. Mais vous feriez mieux de pr&#233;server le point de vue selon lequel l'obligation de respecter la l&#233;galit&#233; est de caract&#232;re juridique, et non moral, comme Bogoulavski vous l'a si bien montr&#233; dans le temps, et qu'elle cesse compl&#232;tement lorsque les d&#233;tenteurs du pouvoir violent la l&#233;gislation. Mais vous avez eu la faiblesse - ou du moins certains d'entre vous -de ne pas contrer comme il fallait les pr&#233;tentions de l'adversaire : reconna&#238;tre l'obligation l&#233;gale du point de vue moral, c'est-&#224;-dire obligatoire dans toutes les circonstances, au lieu de dire : vous avez le pouvoir et vous faites les lois, si nous les violons, vous pouvez nous traiter selon ces lois, cela nous devons le supporter, et c'est tout ; nous n'avons pas d'autre devoir, vous n'avez pas d'autre droit, C'est ce qu'ont fait les catholiques sous les lois de Mai, les vieux luth&#233;riens &#224; Meissen, le soldat mennonite qui figure dans tous les journaux, et vous ne devez pas d&#233;savouer cette position. Les projets anti-s&#233;ditieux sont de toute fa&#231;on vou&#233;s &#224; la ruine : ce genre de choses ne peut m&#234;me pas se formuler et, moins encore, se r&#233;aliser, lorsque ces gens sont au pouvoir, ils r&#233;priment et s&#233;vissent de toute fa&#231;on contre vous d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous voulez expliquer aux gens du gouvernement que vous n'attendez que parce que vous n'&#234;tes pas encore assez forts pour vous d&#233;brouiller tout seuls et parce que l'arm&#233;e n'est pas encore compl&#232;tement sap&#233;e, mais alors, mes braves, pourquoi ces vantardises quotidiennes dans la presse sur les progr&#232;s et succ&#232;s gigantesques du Parti ? Tout aussi bien que nous ces gens savent que nous avan&#231;ons puissamment vers la victoire, que nous serons irr&#233;sistibles dans quelques ann&#233;es, et c'est pour cela qu'ils veulent passer &#224; l'attaque maintenant, mais h&#233;las pour eux, ils ne savent pas comment s'y prendre. Nos discours ne peuvent rien changer &#224; cela : ils le savent aussi bien que nous et ils savent tout autant que, si nous avons le pouvoir, nous l'utiliserons comme cela nous servira &#224; nous, et non &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si la question est d&#233;battue au Comit&#233; central, pensez un peu &#224; ceci : pr&#233;servez le droit de r&#233;sistance aussi bien que Bogouslavski nous l'a pr&#233;serv&#233; ; de vieux r&#233;volutionnaires -fran&#231;ais, italiens, espagnols, hongrois, anglais - figurent parmi ceux qui vous entendent, et que -sait-on jamais combien rapidement - le temps peut revenir o&#249; les choses deviennent s&#233;rieuses avec l'&#233;limination de la l&#233;galit&#233;, qui fut r&#233;alis&#233;e autrefois &#224; Wyden. Regardez donc les Autrichiens qui aussi ouvertement que possible menacent de la violence, si le suffrage universel n'est pas bient&#244;t instaur&#233;. Pensez &#224; vos propres ill&#233;galit&#233;s sous le r&#233;gime des lois anti-socialistes auquel on voudrait vous soumettre de nouveau. L&#233;galit&#233; aussi longtemps que cela nous arrange, mais pas de l&#233;galit&#233; &#224; tout prix, m&#234;me en paroles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F. E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La domination &#233;conomique de la bourgeoisie se compl&#232;te par une domination politique, qui &#233;tend le r&#232;gne de la bourgeoisie &#224; toute la nation et &#224; toutes les activit&#233;s. Les superstructures de l'&#201;tat bourgeois ont un caract&#232;re &#224; la fois historique et &#233;conomique : &#171; La violence (c'est-&#224;-dire le pouvoir &#233;tatique) est elle aussi une puissance &#233;conomique &#187;, &#233;crit Engels &#224; Schmidt, le 27 octobre 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; elle ne domine pas seulement la production sociale, mais a &#233;cart&#233; du pouvoir les classes f&#233;odales ou a cess&#233; de partager le pouvoir avec elles, autrement dit lorsqu'elle a instaur&#233; la R&#233;publique. Mais le mot de R&#233;publique pr&#234;te &#224; confusion. De nos jours, la bourgeoisie anglaise domine parfaitement avec la monarchie constitutionnelle et gouverne sans partage. Mais tant que l'&#201;tat bourgeois n'a pas atteint son plein &#233;panouissement, Marx et Engels admettaient que le prol&#233;tariat puisse utiliser l'&#201;tat faiblement d&#233;velopp&#233; de la bourgeoisie, &#171; le mouvement r&#233;publicain ne peut se d&#233;velopper sans transcro&#238;tre en mouvement de la classe ouvri&#232;re &#187; (cf. supra, p. 104). Autrement dit, il &#233;tait possible d'am&#233;nager l'&#201;tat bourgeois peu d&#233;velopp&#233;, en le modifiant dans le sens des int&#233;r&#234;ts ouvriers, en dictature du prol&#233;tariat. C'est dire qu'il &#233;tait possible de prendre pacifiquement le pouvoir. Cette hypoth&#232;se historique ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e, et partout, il faut maintenant commencer &#224; briser par la violence l'appareil d'&#201;tat bourgeois, comme l'a enseign&#233; la Commune. L&#233;nine en explique les raisons : &#171; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, c'est la violence exerc&#233;e contre la bourgeoisie ; et cette violence est n&#233;cessit&#233;e surtout, comme Marx et Engels l'ont expliqu&#233; maintes fois et de la fa&#231;on la plus explicite (notamment dans la Guerre civile en France et dans la pr&#233;face de cet ouvrage), par l'existence du militarisme et de la bureaucratie. Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en Am&#233;rique, qui, justement dans les ann&#233;es 70, &#233;poque &#224; laquelle Marx fit sa remarque, n'existaient pas. Maintenant, elles existent et en Angleterre et en Am&#233;rique. Cf. la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 100. En effet, dans un discours tenu apr&#232;s le Congr&#232;s de La Haye en Septembre 1872, Marx avait fait la remarque qu'il &#233;tait possible de prendre le pouvoir pacifiquement en Hollande, Angleterre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre le fascisme a &#233;t&#233; fauss&#233;e, en Italie et en Allemagne, par l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, en s'alliant avec les sociaux-d&#233;mocrates (qui avaient pourtant assassin&#233; Rosa Luxembourg et Liebknecht) ainsi que les d&#233;mocrates et r&#233;publicains bourgeois ou petits-bourgeois, qui furent en r&#233;alit&#233; les complices - conscients ou inconscients - du fascisme : sur une base aussi erron&#233;e, la lutte des communistes fut impuissante &#224; emp&#234;cher l'av&#232;nement des r&#233;gimes fascistes. Pour la d&#233;finition de la strat&#233;gie de lutte efficace contre le fascisme, cf. Communisme et fascisme, &#201;ditions &#171; Programme communiste &#187;, 1970, p. 35-158. La pr&#233;face &#224; ce choix de textes des ann&#233;es 20 est erron&#233;e, car elle cite p&#234;le-m&#234;le des d&#233;clarations et actes de la droite du centre et de la gauche du parti communiste allemand, dont elle exag&#232;re l'incoh&#233;rence, tandis qu'elle pr&#233;sente l'attitude du parti communiste italien comme infiniment plus coh&#233;rente en ne citant que des textes de la Gauche. Cette introduction d&#233;nigre ainsi syst&#233;matiquement les camarades et les ouvriers allemands, qui lutt&#232;rent les armes &#224; la main et furent soumis a une forte pression id&#233;ologique ext&#233;rieure (Zinoviev, Radek, Staline, etc.) qui changea sans arr&#234;t la direction du parti communiste allemand, en m&#234;me temps que sa politique et sa strat&#233;gie : cf. Trotsky, l'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine, Paris, P.U.F. 1969, 2 vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. la traduction fran&#231;aise in la Guerre civile en France. 1871, op. cit., p. 291-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Cf. plus haut &#224; la &#171; Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste &#187; o&#249; Marx et Engels affirment que l'une des le&#231;ons essentielles de la Commune a &#233;t&#233; qu'on ne peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois : il faut le briser et cr&#233;er un &#201;tat prol&#233;tarien pour faire des transformations socialistes. Cela exclut la participation de communistes marxistes &#224; un gouvernement bourgeois. Engels le dit express&#233;ment, et ce dans deux hypoth&#232;ses : 1&#186; en cas de victoire de la d&#233;mocratie dans la r&#233;volution : &#171; Apr&#232;s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si&#232;ges au gouvernement - mais TOUJOURS en minorit&#233;. Cela est le plus grand danger. Apr&#232;s F&#233;vrier 1848, les d&#233;mocrates socialistes fran&#231;ais (&#171; R&#233;forme &#187;, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si&#232;ges. Minorit&#233; au gouvernement des r&#233;publicains purs (&#171; National &#187;, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag&#233; volontairement la responsabilit&#233; de toutes les infamies vot&#233;es et commises par la majorit&#233;, de toutes les trahisons de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri&#232;re &#233;tait paralys&#233;e par la pr&#233;sence au gouvernement de ces messieurs, qui pr&#233;tendaient l'y repr&#233;senter. &#187; Engels, &#224; F. Turati, le 26 janvier 1894 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#186; En cas de victoire &#233;lectorale des seuls socialistes : &#171; Avant tout, je n'ai pas dit que &#171; le parti socialiste obtiendra la majorit&#233; et prendra ensuite le pouvoir &#187;. J'ai dit express&#233;ment, au contraire, qu'il y a dix probabilit&#233;s contre une que ceux qui sont au pouvoir utiliseront auparavant la force contre nous ; cela nous ram&#232;nerait du terrain de la majorit&#233; sur celui de la r&#233;volution. &#187; Fr. Engels, &#224; G. Bosio, le 6 f&#233;vrier 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx estimait que la Commune &#233;tait fort &#233;loign&#233;e d'introduire le socialisme en France. En fait, elle inaugurait une longue phase de dictature du prol&#233;tariat et de luttes de classes farouches : telle &#233;tait aussi la conception de L&#233;nine pour lequel la r&#233;volution russe &#233;tait le premier acte de la r&#233;volution mondiale, contrairement &#224; Staline qui y vit le moyen de construire, dans un seul pays, le socialisme, au sens &#233;conomique et social. Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; La Commune ne supprime pas les luttes de classes, par lesquelles la classe ouvri&#232;re s'efforce d'abolir toutes les classes et, par suite, toute domination de classe.... mais elle cr&#233;e l'ambiance rationnelle dans laquelle cette lutte de classe peut passer par ses diff&#233;rentes phases de la fa&#231;on la plus rationnelle et la plus humaine. Elle peut &#234;tre le point de d&#233;part de r&#233;actions violentes et, de r&#233;volutions tout aussi violentes &#187; (op. cit., pp. 215-216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives, cf. notes nos 104 et 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans une lettre du 8 mars 1881 &#224; V&#233;ra Zassoulitch, Marx expliquait que le passage par le capitalisme n'&#233;tait une fatalit&#233; que pour les pays d'Europe occidentale. Les autres pays - et notamment la Russie - eussent pu, en th&#233;orie, sauter la phase capitaliste pour arriver directement au socialisme, si la r&#233;volution socialiste s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e en Europe occidentale, de sorte qu'elle aurait apport&#233; son aide technique, fraternelle aux pays non encore d&#233;velopp&#233;s, Cf. l'article Marx et la Russie et Lettres de Marx &#224; V&#233;ra Zassoulitch, in l'Homme et la Soci&#233;t&#233;, n&#186; 5, pp. 149-180.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec de la Commune aura donc eu pour cons&#233;quence de forcer la Russie &#224; passer par l'enfer capitaliste ; les communaut&#233;s rurales, au lieu de pouvoir se transformer en unit&#233;s de production socialistes, &#233;tant condamn&#233;es &#224; prendre des formes plus ou moins capitalistes d'oppression de la masse paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Vers la fin de 1893, les d&#233;put&#233;s marxistes de la Chambre fran&#231;aise se trouv&#232;rent subitement d&#233;bord&#233;s par l'arriv&#233;e du groupe Millerand-Jaur&#232;s, transfuges du groupe radical. Les millerandistes (qui furent pour la participation au gouvernement bourgeois et furent durement fustig&#233;s par Engels et L&#233;nine) eurent la majorit&#233; absolue dans le groupe socialiste et prirent la t&#234;te du seul quotidien &#171; socialiste &#187;. Outre les 12 marxistes, le groupe socialiste comptait aussi 3 ou 4 allemanistes, 2 broussistes et 4 ou 6 blanquistes contre environ 30 millerandistes. Cf. la lettre de Fr. Engels &#224; Sorge, 30 d&#233;cembre 1893, in Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers, publi&#233;e par F.-A. Sorge, &#201;ditions Costes, 2 vol., 1950, tome Il, pp. 307-311. Comme on le voit, l'id&#233;e de la participation de socialistes ou de communistes &#224; un gouvernement bourgeois est &#233;trang&#232;re &#224; Marx aussi bien qu'&#224; Engels et &#224; L&#233;nine ; elle contredit l'enseignement fondamental de la Commune : briser la machine d'&#201;tat bourgeoise comme premi&#232;re mesure de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; propos de la Pr&#233;face d'Engels (1895), &#224; Luttes de classes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engels fait allusion &#224; sa Pr&#233;face du 3 mars 1895, cf. les Luttes de classes en France, le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, &#201;d. Soc., 1948, pp. 21-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M&#234;me au temps o&#249; le prol&#233;tariat pouvait prendre le pouvoir pacifiquement, il devait utiliser la violence pour transformer l'&#233;conomie capitaliste en &#233;conomie socialiste (cf. les mesures despotiques du Manifeste communiste de 1848). Mais il se trouve que les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat sont l&#233;gales et, de ce fait, consid&#233;r&#233;es comme justes. M&#234;me si le grand nombre est de cet avis, le marxisme estime que l'&#201;tat est toujours violence concentr&#233;e, et la justice violence l&#233;galis&#233;e. M&#234;me la d&#233;mocratie n'est pas le but du communisme, puisqu'elle signifie que la minorit&#233; s'incline devant la majorit&#233;, dont le gouvernement s'appuie sur la force : cf. Marx-Engels, &#201;crits militaires, p. 127, Un parti &#233;tant un premier pas vers le gouvernement, forme concentr&#233;e de la violence, ne peut donc se taxer de parti de la paix et de la non-violence sans nier sa raison d'&#234;tre. Fid&#232;le disciple de Marx-Engels, L&#233;nine consid&#233;rait le communisme comme l'abolition des classes et de l'&#201;tat, et donc la fin de la d&#233;mocratie, cf L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. 6 : &#171; Engels et la suppression de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'Etat et la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re pr&#233;face &#224; une nouvelle &#233;dition allemande du Manifeste communiste, sign&#233;e de ses deux auteurs, est dat&#233;e du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y d&#233;clarent que le programme du Manifeste communiste &#034;est aujourd'hui vieilli sur certains points&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, notamment, a d&#233;montr&#233;, poursuivent-ils, que la &#034;classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte.&#034;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mots de cette citation, mis entre guillemets, sont emprunt&#233;s par les auteurs &#224; l'ouvrage de Marx La Guerre civile en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels attribuaient &#224; l'une des le&#231;ons principales, fondamentales, de la Commune de Paris une port&#233;e si grande qu'ils l'ont introduite, comme une correction essentielle, dans le Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose extr&#234;mement caract&#233;ristique : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette correction essentielle qui a &#233;t&#233; d&#233;natur&#233;e par les opportunistes, et les neuf dixi&#232;mes, sinon les quatre-vingt-dix-neuf centi&#232;mes des lecteurs du Manifeste communiste, en ignorent certainement le sens. Nous parlerons en d&#233;tail de cette d&#233;formation un peu plus loin, dans un chapitre sp&#233;cialement consacr&#233; aux d&#233;formations. Qu'il nous suffise, pour l'instant, de marquer que l'&#034;interpr&#233;tation&#034; courante, vulgaire, de la fameuse formule de Marx cit&#233;e par nous est que celui-ci aurait soulign&#233; l'id&#233;e d'une &#233;volution lente, par opposition &#224; la prise du pouvoir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est exactement le contraire. L'id&#233;e de Marx est que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034;, et ne pas se borner &#224; en prendre possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 1871, c'est-&#224;-dire justement pendant la Commune, Marx &#233;crivait &#224; Kugelmann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans le dernier chapitre de mon 18-Brumaire , je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la prochaine tentative de la r&#233;volution en France devra consister non plus &#224; faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la briser. (Soulign&#233; par Marx ; dans l'original, le mot est zerbrechen ). C'est la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris&#034; (Neue Zeit , XX, 1, 1901-1902, p. 709). Les lettres de Marx &#224; Kugelmann comptent au moins deux &#233;ditions russes, dont une r&#233;dig&#233;e et pr&#233;fac&#233;e par moi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Briser la machine bureaucratique et militaire&#034; : en ces quelques mots se trouve bri&#232;vement exprim&#233;e la principale le&#231;on du marxisme sur les t&#226;ches du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat au cours de la r&#233;volution. Et c'est cette le&#231;on qui est non seulement tout &#224; fait oubli&#233;e, mais encore franchement d&#233;natur&#233;e par l'&#034;interpr&#233;tation&#034; dominante du marxisme, due &#224; Kautsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au passage du 18 Brumaire auquel se r&#233;f&#232;re Marx, nous l'avons int&#233;gralement reproduit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points surtout sont &#224; souligner dans ce passage de Marx. En premier lieu, il limite sa conclusion au continent. Cela se concevait en 1871, quand l'Angleterre &#233;tait encore un mod&#232;le du pays purement capitaliste, mais sans militarisme et, dans une large mesure, sans bureaucratie. Aussi Marx faisait-il une exception pour l'Angleterre, o&#249; la r&#233;volution et m&#234;me la r&#233;volution populaire paraissait possible, et l'&#233;tait en effet sans destruction pr&#233;alable de la &#034;machine d'Etat toute pr&#234;te&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en 1917, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re grande guerre imp&#233;rialiste, cette restriction de Marx ne joue plus. L'Angleterre comme l'Am&#233;rique, les plus grands et les derniers repr&#233;sentants de la &#034;libert&#233;&#034; anglo-saxonne dans le monde entier (absence de militarisme et de bureaucratisme), ont gliss&#233; enti&#232;rement dans le marais europ&#233;en, fangeux et sanglant, des institutions militaires et bureaucratiques, qui se subordonnent tout et &#233;crasent tout de leur poids. Maintenant, en Angleterre comme en Am&#233;rique, &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution populaire r&#233;elle&#034;, c'est la d&#233;molition, la destruction de la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034; (port&#233;e en ces pays, de 1914 &#224; 1917, &#224; une perfection &#034;europ&#233;enne&#034;, commune d&#233;sormais &#224; tous les Etats imp&#233;rialistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, ce qui m&#233;rite une attention particuli&#232;re, c'est cette remarque tr&#232;s profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l'Etat est &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire &#034;. Cette notion de r&#233;volution &#034;populaire&#034; para&#238;t surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Pl&#233;khanov ainsi que les mench&#233;viks, ces disciples de Strouv&#233; qui d&#233;sirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de &#034;lapsus&#034;. Ils ont r&#233;duit le marxisme &#224; une doctrine si platement lib&#233;rale que, en dehors de l'antith&#232;se : r&#233;volution bourgeoise et r&#233;volution prol&#233;tarienne, rien n'existe pour eux ; encore con&#231;oivent-ils cette antith&#232;se d'une mani&#232;re on ne peut plus scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend, &#224; titre d'exemple, les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle, force sera de reconna&#238;tre que, de toute &#233;vidence, les r&#233;volutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l'une, ni l'autre ne sont &#034;populaires&#034;, puisque la masse du peuple, son immense majorit&#233;, n'intervient d'une fa&#231;on visible, active, autonome, avec ses revendications &#233;conomiques et politiques propres, ni dans l'une, ni dans l'autre de ces r&#233;volutions. Par contre, la r&#233;volution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remport&#233; des succ&#232;s aussi &#034;&#233;clatants&#034; que ceux qui &#233;churent de temps &#224; autre aux r&#233;volutions portugaise et turque, a &#233;t&#233; sans conteste une r&#233;volution &#034;v&#233;ritablement populaire&#034;. Car la masse du peuple, sa majorit&#233;, ses couches sociales &#034;inf&#233;rieures&#034; les plus profondes, accabl&#233;es par le joug et l'exploitation, se sont soulev&#233;es spontan&#233;ment et ont laiss&#233; sur toute la marche de la r&#233;volution l'empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire &#224; leur mani&#232;re une soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; la place de l'ancienne en cours de destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, le prol&#233;tariat ne formait la majorit&#233; du peuple dans aucun pays du continent europ&#233;en. La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre &#034;populaire&#034; et entra&#238;ner v&#233;ritablement la majorit&#233; dans le mouvement qu'en englobant et le prol&#233;tariat et la paysannerie. Le &#034;peuple&#034; &#233;tait justement form&#233; de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la &#034;machine bureaucratique et militaire de l'Etat&#034; les opprime, les &#233;crase, les exploite. Briser cette machine, la d&#233;molir , tel est v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t du &#034;peuple&#034;, de sa majorit&#233;, des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans ; telle est la &#034;condition premi&#232;re&#034; de la libre alliance des paysans pauvres et des prol&#233;taires ; et sans cette alliance, pas de d&#233;mocratie solide, pas de transformation socialiste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n'atteignit pas son but pour diverses raisons d'ordre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en parlant d'une &#034;r&#233;volution v&#233;ritablement populaire&#034;, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parl&#233;), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des v&#233;ritables rapports de classes dans la plupart des Etats continentaux d'Europe en 1871. D'autre part, il constatait que la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine de l'Etat est dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans, qu'elle les unit et leur assigne une t&#226;che commune : la suppression de ce &#034;parasite&#034; et son remplacement par quelque chose de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quoi pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. PAR QUOI REMPLACER LA MACHINE D'ETAT DEMOLIE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question Marx ne donnait encore, en 1847, dans le Manifeste communiste , qu'une r&#233;ponse tout &#224; fait abstraite, ou plut&#244;t une r&#233;ponse indiquant les probl&#232;mes, mais non les moyens de les r&#233;soudre. La remplacer par l'&#034;organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;, par la &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;, telle &#233;tait la r&#233;ponse du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans verser dans l'utopie, Marx attendait de l'exp&#233;rience du mouvement de masse la r&#233;ponse &#224; la question de savoir quelles formes concr&#232;tes prendrait cette organisation du prol&#233;tariat en tant que classe dominante, de quelle mani&#232;re pr&#233;cise cette organisation se concilierait avec la plus enti&#232;re, la plus cons&#233;quente &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi limit&#233;e qu'ait &#233;t&#233; l'exp&#233;rience de la Commune, Marx la soumet &#224; une analyse des plus attentives dans sa Guerre civile en France. Citons les principaux passages de cet &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle s'est d&#233;velopp&#233;, transmis par le moyen &#226;ge, &#034;le pouvoir centralis&#233; de l'Etat, avec ses organes, partout pr&#233;sents : arm&#233;e permanente, police, bureaucratie, clerg&#233; et magistrature&#034;. En raison du d&#233;veloppement de l'antagonisme de classe entre le Capital et le Travail, &#034;le pouvoir d'Etat prenait de plus en plus le caract&#232;re d'un pouvoir public organis&#233; aux fins de l'asservissement de la classe ouvri&#232;re, d'un appareil de domination de classe. Apr&#232;s chaque r&#233;volution qui marque un progr&#232;s de la lutte des classes, le caract&#232;re purement r&#233;pressif du pouvoir d'Etat appara&#238;t de fa&#231;on de plus en plus ouverte&#034;. Apr&#232;s la R&#233;volution de 1848-1849, le pouvoir d'Etat devient &#034;l'engin de guerre national du Capital contre le Travail&#034;. Le Second Empire ne fait que le consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'antith&#232;se directe de l'Empire fut la Commune&#034;. &#034;La Commune fut la forme positive&#034; &#034;d'une r&#233;publique qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consistait pr&#233;cis&#233;ment cette forme &#034;positive&#034; de r&#233;publique prol&#233;tarienne socialiste ? Quel &#233;tait l'Etat qu'elle avait commenc&#233; de fonder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le premier d&#233;cret de la commune fut... la suppression de l'arm&#233;e permanente, et son remplacement par le peuple en armes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication figure maintenant au programme de tous les partis qui se r&#233;clament du socialisme. Mais ce que valent leurs programmes, c'est ce qu'illustre au mieux l'attitude de nos socialistes-r&#233;volutionnaires et de nos mench&#233;viks qui, justement apr&#232;s la r&#233;volution du 27 f&#233;vrier, ont en fait refus&#233; de donner suite &#224; cette revendication !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune fut compos&#233;e des conseillers municipaux, &#233;lus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils &#233;taient responsables et r&#233;vocables &#224; tout moment. La majorit&#233; de ses membres &#233;taient naturellement des ouvriers ou des repr&#233;sentants reconnus de la classe ouvri&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de continuer d'&#234;tre l'instrument du gouvernement central, la police fut imm&#233;diatement d&#233;pouill&#233;e de ses attributs politiques et transform&#233;e en un instrument de la Commune, responsable et &#224; tout instant r&#233;vocable. Il en fut de m&#234;me pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'&#233;chelle, la fonction publique devait &#234;tre assur&#233;e pour des salaires d'ouvriers. Les b&#233;n&#233;fices d'usage et les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation des hauts dignitaires de l'Etat disparurent avec ces hauts dignitaires eux-m&#234;mes... Une fois abolies l'arm&#233;e permanente et la police, instruments du pouvoir mat&#233;riel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour t&#226;che de briser l'outil spirituel de l'oppression, le &#034;pouvoir des pr&#234;tres&#034;... Les fonctionnaires de la justice furent d&#233;pouill&#233;s de leur feinte ind&#233;pendance... ils devaient &#234;tre &#233;lectifs, responsables et r&#233;vocables.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Commune semblait avoir remplac&#233; la machine d'Etat bris&#233;e en instituant une d&#233;mocratie &#034;simplement&#034; plus compl&#232;te : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;lectivit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en r&#233;alit&#233;, ce &#034;simplement&#034; repr&#233;sente une oeuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres fonci&#232;rement diff&#233;rentes. C'est l&#224; justement un cas de &#034;transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;&#034; : r&#233;alis&#233;e de cette fa&#231;on, aussi pleinement et aussi m&#233;thodiquement qu'il est possible de le concevoir, la d&#233;mocratie, de bourgeoise, devient prol&#233;tarienne ; d'Etat (=pouvoir sp&#233;cial destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, &#224; proprement parler, un Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mater la bourgeoisie et briser sa r&#233;sistance n'en reste pas moins une n&#233;cessit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; s'imposait particuli&#232;rement &#224; la Commune, et l'une des causes de sa d&#233;faite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de r&#233;solution. Mais ici, l'organisme de r&#233;pression est la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, ainsi qu'avait toujours &#233;t&#233; le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salari&#233;. Or, du moment que c'est la majorit&#233; du peuple qui mate elle-m&#234;me ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un &#034;pouvoir sp&#233;cial&#034; de r&#233;pression ! C'est en ce sens que l'Etat commence &#224; s'&#233;teindre. Au lieu d'institutions sp&#233;ciales d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, chefs de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; elle-m&#234;me peut s'acquitter directement de ces t&#226;ches ; et plus les fonctions du pouvoir d'Etat sont exerc&#233;es par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait ressortir, est particuli&#232;rement remarquable : suppression de toutes les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation, de tous les privil&#232;ges p&#233;cuniaires attach&#233;s au corps des fonctionnaires, r&#233;duction des traitements de tous les fonctionnaires au niveau des &#034;salaires d'ouvriers &#034;. C'est l&#224; justement qu'appara&#238;t avec le plus de relief le tournant qui s'op&#232;re de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la d&#233;mocratie des oppresseurs &#224; la d&#233;mocratie des classes opprim&#233;es, de l'Etat en tant que &#034;pouvoir sp&#233;cial &#034; destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e sur les oppresseurs par le pouvoir g&#233;n&#233;ral de la majorit&#233; du peuple, des ouvriers et des paysans. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point, particuli&#232;rement frappant et le plus important peut-&#234;tre en ce qui concerne la question de l'Etat, que les enseignements de Marx sont le plus oubli&#233;s ! Les commentaires de vulgarisation - ils sont innombrables - n'en parlent pas. Il est &#034;d'usage&#034; de taire cela comme une &#034;na&#239;vet&#233;&#034; qui a fait son temps, &#224; la mani&#232;re des chr&#233;tiens qui, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont &#034;oubli&#233;&#034; les &#034;na&#239;vet&#233;s&#034; du christianisme primitif avec son esprit r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du traitement des hauts fonctionnaires de l'Etat appara&#238;t &#034;simplement&#034; comme la revendication d'un d&#233;mocratisme na&#239;f, primitif. Un des &#034;fondateurs&#034; de l'opportunisme moderne, l'ex-social-d&#233;mocrate Ed. Bernstein, s'est maintes fois exerc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les plates railleries bourgeoises contre le d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034;. Comme tous les opportunistes, comme les kautskistes de nos jours, il n'a pas du tout compris, premi&#232;rement, qu'il est impossible de passer du capitalisme au socialisme sans un certain &#034;retour&#034; au d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034; (car enfin, comment s'y prendre autrement pour faire en sorte que les fonctions de l'Etat soient exerc&#233;es par la majorit&#233;, par la totalit&#233; de la population ?) et, deuxi&#232;mement, que le &#034;d&#233;mocratisme primitif&#034; bas&#233; sur le capitalisme et la culture capitaliste n'est pas le d&#233;mocratisme primitif des &#233;poques anciennes ou pr&#233;capitalistes. La culture capitaliste a cr&#233;&#233; la grande production, les fabriques, les chemins de fer, la poste, le t&#233;l&#233;phone, etc. Et, sur cette base l'immense majorit&#233; des fonctions du vieux &#034;pouvoir d'Etat&#034; se sont tellement simplifi&#233;es, et peuvent &#234;tre r&#233;duites &#224; de si simples op&#233;rations d'enregistrement, d'inscription, de contr&#244;le, qu'elles seront parfaitement &#224; la port&#233;e de toute personne pourvue d'une instruction primaire, qu'elles pourront parfaitement &#234;tre exerc&#233;es moyennant un simple &#034;salaire d'ouvrier&#034; ; ainsi l'on peut (et l'on doit) enlever &#224; ces fonctions tout caract&#232;re privil&#233;gi&#233;, &#034;hi&#233;rarchique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electivit&#233; compl&#232;te, r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, r&#233;duction de leurs traitements au niveau d'un normal &#034;salaire d'ouvrier&#034;, ces mesures d&#233;mocratiques simples et &#034;allant de soi&#034;, qui rendent parfaitement solidaires les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans, servent en m&#234;me temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme. Ces mesures concernent la r&#233;organisation de l'Etat, la r&#233;organisation purement politique de la soci&#233;t&#233;, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattach&#233;es &#224; la r&#233;alisation ou &#224; la pr&#233;paration de l'&#034;expropriation des expropriateurs&#034;, c'est-&#224;-dire avec la transformation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste des moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, a r&#233;alis&#233; ce mot d'ordre de toutes les r&#233;volutions bourgeoises, le gouvernement &#224; bon march&#233;, en abolissant ces deux grandes sources de d&#233;penses : l'arm&#233;e permanente et le fonctionnarisme d'Etat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une infime minorit&#233; de la paysannerie ainsi que des autres couches de la petite bourgeoisie s'&#034;&#233;l&#232;ve&#034;, &#034;arrive&#034; au sens bourgeois du mot, c'est-&#224;-dire que seuls quelques individus deviennent ou des gens ais&#233;s, des bourgeois, ou des fonctionnaires nantis et privil&#233;gi&#233;s. L'immense majorit&#233; des paysans, dans tout pays capitaliste o&#249; il existe une paysannerie (et ces pays sont en majorit&#233;), sont opprim&#233;s par le gouvernement et aspirent &#224; le renverser ; ils aspirent &#224; un gouvernement &#034;&#224; bon march&#233;&#034;. Le prol&#233;tariat peut seul, s'acquitter de cette t&#226;che et, en l'ex&#233;cutant, il fait du m&#234;me coup un pas vers la r&#233;organisation socialiste de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. SUPPRESSION DU PARLEMENTARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de d&#233;cider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante &#034;devait repr&#233;senter&#034; et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitu&#233; en communes, comme le suffrage individuel sert &#224; tout autre employeur en qu&#234;te d'ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarquable critique du parlementarisme, formul&#233;e en 1871, est elle aussi aujourd'hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l'opportunisme, au nombre des &#034;paroles oubli&#233;es&#034; du marxisme. Les ministres et les parlementaires de profession, les tra&#238;tres au prol&#233;tariat et les socialistes &#034;pratiques&#034; d'&#224; pr&#233;sent ont enti&#232;rement laiss&#233; aux anarchistes le soin de critiquer le parlementarisme ; et, pour cette raison d'une logique surprenante, ils qualifient d'&#034;anarchiste&#034; toute critique du parlementarisme ! ! On ne saurait s'&#233;tonner que le prol&#233;tariat des pays parlementaires &#034;avanc&#233;s&#034;, &#233;coeur&#233; &#224; la vue de &#034;socialistes&#034; tels que les Scheidemann, David, Legien, Sembat, Renaudel, Henderson, Vandervelde, Stauning, Branting, Bissolati et Cie, ait de plus en plus souvent accord&#233; ses sympathies &#224; l'anarcho-syndicalisme, encore que celui-ci soit le fr&#232;re jumeau de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour Marx, la dialectique r&#233;volutionnaire n'a jamais &#233;t&#233; cette vaine phras&#233;ologie &#224; la mode, ce hochet qu'en ont fait Pl&#233;khanov, Kautsky et les autres. Marx a su rompre impitoyablement avec l'anarchisme pour son impuissance &#224; utiliser m&#234;me l'&#034;&#233;curie&#034; du parlementarisme bourgeois, surtout lorsque la situation n'est manifestement pas r&#233;volutionnaire ; mais il a su, en m&#234;me temps, donner une critique v&#233;ritablement prol&#233;tarienne et r&#233;volutionnaire du parlementarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, &#233;crasera le peuple au Parlement, telle est l'essence v&#233;ritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les r&#233;publiques les plus d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on pose la question de l'Etat, si l'on consid&#232;re le parlementarisme comme une de ses institutions, du point de vue des t&#226;ches du prol&#233;tariat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du parlementarisme ? Comment peut-on s'en passer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force nous est de le dire et redire encore : les enseignements de Marx, fond&#233;s sur l'&#233;tude de la Commune, sont si bien oubli&#233;s que le &#034;social-d&#233;mocrate&#034; actuel (lisez : l'actuel tra&#238;tre au socialisme) est tout simplement incapable de concevoir une autre critique du parlementarisme que la critique anarchiste ou r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas &#224; d&#233;truire les organismes repr&#233;sentatifs et le principe &#233;lectif, mais &#224; transformer ces moulins &#224; paroles que sont les organismes repr&#233;sentatifs en assembl&#233;es &#034;agissantes&#034;. &#034;La Commune devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un organisme &#034;non parlementaire mais agissant&#034;, voil&#224; qui s'adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux &#034;toutous&#034; parlementaires de la social-d&#233;mocratie ! Consid&#233;rez n'importe quel pays parlementaire, depuis l'Am&#233;rique jusqu'&#224; la Suisse, depuis la France jusqu'&#224; l'Angleterre, la Norv&#232;ge, etc., la v&#233;ritable besogne d'&#034;Etat&#034; se fait dans la coulisse ; elle est ex&#233;cut&#233;e par les d&#233;partements, les chancelleries, les &#233;tats-majors. Dans le parlements, on ne fait que bavarder, &#224; seule fin de duper le &#034;bon peuple&#034;. Cela est si vrai que, m&#234;me dans la R&#233;publique russe, r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise, tous ces vices du parlementarisme sont apparus aussit&#244;t, avant m&#234;me qu'elle ait eu le temps de constituer un v&#233;ritable parlement. Les h&#233;ros du philistinisme pourri - les Skob&#233;lev et les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et les Avksentiev - ont r&#233;ussi &#224; gangrener jusqu'aux Soviets, dont ils ont fait de st&#233;riles moulins &#224; paroles sur le mod&#232;le du plus &#233;coeurant parlementarisme bourgeois. Dans les Soviets, messieurs les ministres &#034;socialistes&#034; dupent les moujiks cr&#233;dules par leur phras&#233;ologie et leurs r&#233;solutions. Au sein du gouvernement, c'est un quadrille permanent, d'une part, pour faire asseoir &#224; tour de r&#244;le, autour de l'&#034;assiette au beurre&#034;, des sin&#233;cures lucratives et honorifiques, le plus possible de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mench&#233;viks ; d'autre part, pour &#034;distraire l'attention&#034; du peuple. Pendant ce temps, dans les chancelleries, dans les &#233;tats-majors, on &#034;fait&#034; le travail &#034;d'Etat&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Di&#233;lo Naroda , organe des &#034;socialistes-r&#233;volutionnaires&#034;, parti dirigeant, avouait r&#233;cemment dans un &#233;ditorial, avec cette incomparable franchise des gens de la &#034;bonne soci&#233;t&#233;&#034;, o&#249; &#034;tous&#034; se livrent &#224; la prostitution politique, que m&#234;me dans les minist&#232;res appartenant aux &#034;socialistes&#034; (passez-moi le mot !), que m&#234;me l&#224; tout le vieil appareil bureaucratique reste en gros le m&#234;me, fonctionne comme par le pass&#233; et sabote en toute &#034;libert&#233;&#034; les mesures r&#233;volutionnaires ! Mais m&#234;me sans cet aveu, l'histoire de la participation des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks au gouvernement n'apporte-t-elle pas la preuve concr&#232;te qu'il en est ainsi ? Ce qui est caract&#233;ristique, en l'occurrence, c'est que, si&#233;geant au minist&#232;re en compagnie des cadets, MM. Tchernov, Roussanov, Zenzinov et autres r&#233;dacteurs du Di&#233;lo Naroda poussent l'impudence jusqu'&#224; raconter en public et sans rougir, comme une chose sans cons&#233;quence, que &#034;chez eux&#034;, dans leurs minist&#232;res, tout marche comme par le pass&#233; ! ! Phras&#233;ologie d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire pour duper Jacques Bonhomme, bureaucratisme et paperasserie pour &#034;combler d'aise&#034; les capitalistes : voil&#224; l'essence de l'&#034;honn&#234;te&#034; coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au parlementarisme v&#233;nal, pourri jusqu'&#224; la moelle, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la Commune substitue des organismes o&#249; la libert&#233; d'opinion et de discussion ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-m&#234;mes, appliquer eux-m&#234;mes leurs lois, en v&#233;rifier eux-m&#234;mes les effets, en r&#233;pondre eux-m&#234;mes directement devant leurs &#233;lecteurs. Les organismes repr&#233;sentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme syst&#232;me sp&#233;cial, comme division du travail l&#233;gislatif et ex&#233;cutif, comme situation privil&#233;gi&#233;e pour les d&#233;put&#233;s, n'est plus. Nous ne pouvons concevoir une d&#233;mocratie, m&#234;me une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, sans organismes repr&#233;sentatifs : mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme, si la critique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est pas pour nous un vain mot, si notre volont&#233; de renverser la domination de la bourgeoisie est une volont&#233; s&#233;rieuse et sinc&#232;re et non une phrase &#034;&#233;lectorale&#034; destin&#233;e &#224; capter les voix des ouvriers, comme chez les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, chez les Scheidemann et les Legien, les Sembat et les Vandervelde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement symptomatique que, parlant des fonctions de ce personnel administratif qu'il faut &#224; la Commune comme &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, Marx prenne comme terme de comparaison le personnel &#034;de tout autre employeur&#034;, c'est-&#224;-dire une entreprise capitaliste ordinaire avec ses &#034;ouvriers, surveillants et comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un grain d'utopisme chez Marx ; il n'invente pas, il n'imagine pas de toutes pi&#232;ces une soci&#233;t&#233; &#034;nouvelle&#034;. Non, il &#233;tudie, comme un processus d'histoire naturelle, la naissance de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#224; partir de l'ancienne, les formes de transition de celle-ci &#224; celle-l&#224;. Il prend l'exp&#233;rience concr&#232;te du mouvement prol&#233;tarien de masse et s'efforce d'en tirer des le&#231;ons pratiques. Il &#034;se met &#224; l'&#233;cole&#034; de la Commune, de m&#234;me que tous les grands penseurs r&#233;volutionnaires n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole des grands mouvements de la classe opprim&#233;e, sans jamais les aborder du point de vue d'une &#034;morale&#034; p&#233;dantesque (comme Pl&#233;khanov disant : &#034;Il ne fallait pas prendre les armes&#034;, ou Ts&#233;r&#233;t&#233;li : &#034;Une classe doit savoir borner elle-m&#234;me ses aspirations&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait &#234;tre question de supprimer d'embl&#233;e, partout et compl&#232;tement, le fonctionnarisme. C'est une utopie. Mais briser d'embl&#233;e la vieille machine administrative pour commencer sans d&#233;lai &#224; en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n'est pas une utopie, c'est l'exp&#233;rience de la Commune, c'est la t&#226;che urgente, imm&#233;diate, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme simplifie les fonctions administratives &#034;&#233;tatiques&#034; ; il permet de rejeter les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; et de tout ramener &#224; une organisation des prol&#233;taires (classe dominante) qui embauche, au nom de toute la soci&#233;t&#233;, &#034;des ouvriers, des surveillants, des comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne &#034;r&#234;vons&#034; pas de nous passer d'embl&#233;e de toute administration, de toute subordination ; ces r&#234;ves anarchistes, fond&#233;s sur l'incompr&#233;hension des t&#226;ches qui incombent &#224; la dictature du prol&#233;tariat, sont fonci&#232;rement &#233;trangers au marxisme et ne servent en r&#233;alit&#233; qu'&#224; diff&#233;rer la r&#233;volution socialiste jusqu'au jour o&#249; les hommes auront chang&#233;. Nous, nous voulons la r&#233;volution socialiste avec les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contr&#244;le, &#034;surveillants et de comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est au prol&#233;tariat, avant-garde arm&#233;e de tous les exploit&#233;s et de tous les travailleurs, qu'il faut se subordonner. On peut et on doit d&#232;s &#224; pr&#233;sent, du jour au lendemain, commencer &#224; remplacer les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d'une &#034;surveillance et d'une comptabilit&#233;&#034;, fonctions toutes simples qui, d&#232;s aujourd'hui, sont parfaitement &#224; la port&#233;e de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des citadins, et dont ils peuvent parfaitement s'acquitter pour des &#034;salaires d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nous-m&#234;mes, les ouvriers, qui organiserons la grande production en prenant pour point de d&#233;part ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le capitalisme, en nous appuyant sur notre exp&#233;rience ouvri&#232;re, en instituant une discipline rigoureuse, une discipline de fer maintenue par le pouvoir d'Etat des ouvriers arm&#233;s ; nous r&#233;duirons les fonctionnaires publics au r&#244;le de simples agents d'ex&#233;cution de nos directives, au r&#244;le &#034;de surveillants et de comptables&#034;, responsables, r&#233;vocables et modestement r&#233;tribu&#233;s (tout en conservant, bien entendu, les sp&#233;cialistes de tout genre, de toute esp&#232;ce et de tout rang) : voil&#224; notre t&#226;che prol&#233;tarienne, voil&#224; par quoi l'on peut et l'on doit commencer en accomplissant la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ces premi&#232;res mesures, fond&#233;es sur la grande production, conduisent d'elles-m&#234;mes &#224; l'&#034;extinction&#034; graduelle de tout fonctionnarisme, &#224; l'&#233;tablissement graduel d'un ordre - sans guillemets et ne ressemblant point &#224; l'esclavage salari&#233; - o&#249; les fonctions de plus en plus simplifi&#233;es de surveillance et de comptabilit&#233; seront remplies par tout le monde &#224; tour de r&#244;le, pour ensuite devenir une habitude et dispara&#238;tre enfin en tant que fonctions sp&#233;ciales d'une cat&#233;gorie sp&#233;ciale d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spirituel social-d&#233;mocrate allemand des ann&#233;es 70 a dit de la poste qu'elle &#233;tait un mod&#232;le d'entreprise socialiste. Rien n'est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organis&#233;e sur le mod&#232;le du monopole capitaliste d'Etat. L'imp&#233;rialisme transforme progressivement tous les trusts en organisations de ce type. Les &#034;simples&#034; travailleurs, accabl&#233;s de besogne et affam&#233;s, y restent soumis &#224; la m&#234;me bureaucratie bourgeoise. Mais le m&#233;canisme de gestion sociale y est d&#233;j&#224; tout pr&#234;t. Une fois les capitalistes renvers&#233;s, la r&#233;sistance de ces exploiteurs mat&#233;e par la main de fer des ouvriers en armes, la machine bureaucratique de l'Etat actuel bris&#233;e, nous avons devant nous un m&#233;canisme admirablement outill&#233; au point de vue technique, affranchi de &#034;parasitisme&#034;, et que les ouvriers associ&#233;s peuvent fort bien mettre en marche eux-m&#234;mes en embauchant des techniciens, des surveillants, des comptables, en r&#233;tribuant leur travail &#224; tous, de m&#234;me que celui de tous les fonctionnaires &#034;publics&#034;, par un salaire d'ouvrier. Telle est la t&#226;che concr&#232;te, pratique, imm&#233;diatement r&#233;alisable &#224; l'&#233;gard de tous les trusts, et qui affranchit les travailleurs de l'exploitation en tenant compte de l'exp&#233;rience d&#233;j&#224; commenc&#233;e pratiquement par la Commune (surtout dans le domaine de l'organisation de l'Etat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie nationale organis&#233;e comme la poste, de fa&#231;on que les techniciens, les surveillants, les comptables re&#231;oivent, comme tous les fonctionnaires, un traitement n'exc&#233;dant pas des &#034;salaires d'ouvriers&#034;, sous le contr&#244;le et la direction du prol&#233;tariat arm&#233; : tel est notre but imm&#233;diat. Voil&#224; l'Etat dont nous avons besoin, et sa base &#233;conomique. Voil&#224; ce que donneront la suppression du parlementarisme et le maintien des organismes repr&#233;sentatifs, - voil&#224; ce qui d&#233;barrassera les classes laborieuses de la corruption de ces organismes par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. ORGANISATION DE L'UNITE DE LA NATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans une br&#232;ve esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de d&#233;velopper, il est dit express&#233;ment que la Commune devait &#234;tre la forme politique m&#234;me des plus petits hameaux de campagne...&#034; Ce sont les Communes qui auraient &#233;galement &#233;lu la &#034;d&#233;l&#233;gation nationale&#034; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore &#224; un gouvernement central, ne devaient pas &#234;tre supprim&#233;es, comme on l'a dit faussement, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, mais devaient &#234;tre confi&#233;es &#224; des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fonctionnaires communaux, autrement dit strictement responsables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'unit&#233; de la nation ne devait pas &#234;tre bris&#233;e, mais au contraire organis&#233;e par la Constitution communale ; elle devait devenir une r&#233;alit&#233; gr&#226;ce &#224; la destruction du pouvoir d'Etat qui pr&#233;tendait &#234;tre l'incarnation de cette unit&#233;, mais voulait &#234;tre ind&#233;pendant de la nation m&#234;me, et sup&#233;rieur &#224; elle, alors qu'il n'en &#233;tait qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement r&#233;pressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions l&#233;gitimes devaient &#234;tre arrach&#233;es &#224; une autorit&#233; qui pr&#233;tendait se placer au-dessus de la soci&#233;t&#233;, et rendues aux serviteurs responsables de la soci&#233;t&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel point les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine n'ont pas compris - il serait peut-&#234;tre plus juste de dire : n'ont pas voulu comprendre-ces consid&#233;rations de Marx - c'est ce que montre on ne peut mieux le livre : Les Pr&#233;misses du socialisme et les t&#226;ches de le social-d&#233;mocratie, par lequel le ren&#233;gat Bernstein s'est acquis une c&#233;l&#233;brit&#233; &#224; la mani&#232;re d'Erostrate. Pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du passage de Marx, que nous venons de citer, Bernstein &#233;crivait que ce programme, &#034;par son contenu politique, accuse, dans tous ses traits essentiels, une ressemblance frappante avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon... En d&#233;pit de toutes les divergences existant, par ailleurs, entre Marx et le &#034;petit-bourgeois&#034; Proudhon (Bernstein &#233;crit &#034;petit-bourgeois&#034; entre guillemets, entendant y mettre de l'ironie), leur fa&#231;on de voir est sur ces points, semblable au possible&#034;. Sans doute, continue Bernstein, l'importance des municipalit&#233;s grandit, mais &#034;il me para&#238;t douteux que la premi&#232;re t&#226;che de la d&#233;mocratie soit cette suppression (&#034;Aufl&#246;sung&#034;, litt&#233;ralement : dissolution au sens propre comme au sens figur&#233;) des Etats modernes et ce changement complet (Umwandlung, m&#233;tamorphose) de leur organisation qu'imaginent Marx et Proudhon : formation d'une assembl&#233;e nationale de d&#233;l&#233;gu&#233;s des assembl&#233;es provinciales ou d&#233;partementales, lesquelles se composeraient &#224; leur tour de d&#233;l&#233;gu&#233;s des communes, de sorte que toute la forme ant&#233;rieure des repr&#233;sentations nationales dispara&#238;trait compl&#232;tement.&#034; (Bernstein, ouvr. cit&#233;, pp. 134 et 136, &#233;dit. allemande de 1899).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout simplement monstrueux : confondre les vues de Marx sur la &#034;destruction du pouvoir d'Etat parasite&#034; avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon ! Mais ce n'est pas un effet du hasard, car il ne vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que Marx, loin de traiter ici du f&#233;d&#233;ralisme par opposition au centralisme, parle de la d&#233;molition de la vieille machine d'Etat bourgeoise existant dans tous les pays bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vient &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que ce qu'il voit autour de lui, dans son milieu de philistinisme petit-bourgeois et de stagnation &#034;r&#233;formiste&#034;, &#224; savoir, uniquement les &#034;municipalit&#233;s&#034; ! Quant &#224; la r&#233;volution du prol&#233;tariat, l'opportuniste a d&#233;sappris m&#234;me d'y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est ridicule. Mais il est remarquable que, sur ce point, on n'ait pas discut&#233; avec Bernstein. Beaucoup l'ont r&#233;fut&#233;, en particulier Pl&#233;khanov parmi les auteurs russes, et Kautsky parmi les auteurs d'Europe occidentale ; cependant, ni l'un ni l'autre n'ont rien dit de cette d&#233;formation de Marx par Bernstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste a si bien d&#233;sappris &#224; penser r&#233;volutionnairement et &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la r&#233;volution qu'il voit du &#034;f&#233;d&#233;ralisme&#034; chez Marx, ainsi confondu avec le fondateur de l'anarchisme, Proudhon. Et Kautsky, et Pl&#233;khanov, qui pr&#233;tendent &#234;tre des marxistes orthodoxes et vouloir d&#233;fendre la doctrine du marxisme r&#233;volutionnaire, se taisent l&#224;-dessus. On d&#233;couvre ici l'une des racines de cette extr&#234;me indigence de vues sur la diff&#233;rence entre le marxisme et l'anarchisme, qui caract&#233;rise les kautskistes aussi bien que les opportunistes et dont nous aurons encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les consid&#233;rations d&#233;j&#224; cit&#233;es de Marx sur l'exp&#233;rience de la Commune, il n'y a pas trace de f&#233;d&#233;ralisme. Marx s'accorde avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment sur un point que l'opportuniste Bernstein n'aper&#231;oit pas. Marx est en d&#233;saccord avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; Bernstein les voit s'accorder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx s'accorde avec Proudhon en ce sens que tous deux sont pour la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine d'Etat actuelle. Cette similitude du marxisme avec l'anarchisme (avec Proudhon comme avec Bakounine), ni les opportunistes, ni les kautskistes ne veulent l'apercevoir, car, sur ce point, ils se sont &#233;loign&#233;s du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est en d&#233;saccord et avec Proudhon et avec Bakounine pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du f&#233;d&#233;ralisme (sans parler de la dictature du prol&#233;tariat). Les principes du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;coulent des conceptions petites-bourgeoises de l'anarchisme. Marx est centraliste. Et, dans les passages cit&#233;s de lui, il n'existe pas la moindre d&#233;rogation au centralisme. Seuls des gens imbus d'une &#034;foi superstitieuse&#034; petite-bourgeoise en l'Etat peuvent prendre la destruction de la machine bourgeoise pour la destruction du centralisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le prol&#233;tariat et la paysannerie pauvre prennent en main le pouvoir d'Etat, s'organisent en toute libert&#233; au sein des communes et unissent l'action de toutes les communes pour frapper le Capital, &#233;craser la r&#233;sistance des capitalistes, remettre &#224; toute la nation, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des chemins de fer, des fabriques, de la terre, etc., ne sera-ce pas l&#224; du centralisme ? Ne sera-ce pas l&#224; le centralisme d&#233;mocratique le plus cons&#233;quent et, qui plus est, un centralisme prol&#233;tarien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein est tout simplement incapable de concevoir la possibilit&#233; d'un centralisme librement consenti, d'une libre union des communes en nation, d'une fusion volontaire des communes prol&#233;tariennes en vue de d&#233;truire la domination bourgeoise et la machine d'Etat bourgeoise. Comme tout philistin, Bernstein se repr&#233;sente le centralisme comme une chose qui ne peut &#234;tre impos&#233;e et maintenue que d'en haut, par la bureaucratie et le militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il avait pr&#233;vu la possibilit&#233; d'une d&#233;formation de sa doctrine, Marx souligne &#224; dessein que c'est commettre sciemment un faux que d'accuser la Commune d'avoir voulu d&#233;truire l'unit&#233; de la nation et supprimer le pouvoir central. Marx emploie intentionnellement cette expression : &#034;organiser l'unit&#233; de la nation&#034;, pour opposer le centralisme prol&#233;tarien conscient, d&#233;mocratique, au centralisme bourgeois, militaire, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ne veulent justement pas entendre parler de la destruction du pouvoir d'Etat, de l'amputation de ce parasite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. DESTRUCTION DE L'ETAT PARASITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; les passages correspondants de Marx sur ce point ; nous allons les compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles, &#233;crivait Marx, d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique de formes plus anciennes, et m&#234;me &#233;teintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise [bricht] le pouvoir d'Etat moderne, on a voulu voir un rappel &#224; la vie des communes m&#233;di&#233;vales... une f&#233;d&#233;ration de petits Etats, conforme aux r&#234;ves de Montesquieu et des Girondins... une forme excessive de la vieille lutte contre la surcentralisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Constitution communale aurait restitu&#233; au corps social toutes les forces jusqu'alors absorb&#233;es par l'Etat parasite qui se nourrit sur la soci&#233;t&#233; et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle e&#251;t &#233;t&#233; le point de d&#233;part de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...la Constitution communale aurait mis les producteurs ruraux sous la direction intellectuelle des chefs-lieux de d&#233;partement et leur y e&#251;t assur&#233;, chez les ouvriers des villes, les d&#233;positaires naturels de leurs int&#233;r&#234;ts. L'existence m&#234;me de la Commune impliquait, comme quelque chose d'&#233;vident, l'autonomie municipale ; mais elle n'&#233;tait plus dor&#233;navant un contrepoids au pouvoir d'Etat, d&#233;sormais superflu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Destruction du pouvoir d'Etat&#034;, cette &#034;excroissance parasitaire&#034; ; &#034;amputation&#034;, &#034;d&#233;molition&#034; de ce pouvoir ; &#034;le pouvoir d'Etat d&#233;sormais aboli&#034; - c'est en ces termes que Marx, jugeant et analysant l'exp&#233;rience de la Commune, parle de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci fut &#233;crit il y a moins d'un demi-si&#232;cle, et il faut aujourd'hui se livrer &#224; de v&#233;ritables fouilles pour retrouver et faire p&#233;n&#233;trer dans la conscience des larges masses un marxisme non frelat&#233;. Les conclusions tir&#233;es par Marx de ses observations sur la derni&#232;re grande r&#233;volution qu'il ait v&#233;cue ont &#233;t&#233; oubli&#233;es juste au moment o&#249; s'ouvrait une nouvelle &#233;poque de grandes r&#233;volutions du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La multiplicit&#233; des interpr&#233;tations auxquelles la Commune a &#233;t&#233; soumise, et la multiplicit&#233; des int&#233;r&#234;ts qui se sont r&#233;clam&#233;s d'elle montrent que c'&#233;tait une forme politique tout &#224; fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes ant&#233;rieures de gouvernement avaient &#233;t&#233; essentiellement r&#233;pressives. Son v&#233;ritable secret, le voici : c'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, le r&#233;sultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes se sont efforc&#233;s de &#034;d&#233;couvrir&#034; les formes politiques sous lesquelles devait s'op&#233;rer la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. Les anarchistes ont &#233;lud&#233; en bloc la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ont accept&#233; les formes politiques bourgeoises de l'Etat d&#233;mocratique parlementaire comme une limite que l'on ne saurait franchir et ils se sont fendu le front &#224; se prosterner devant ce &#034;mod&#232;le&#034;, en taxant d'anarchisme toute tentative de briser ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute l'histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a d&#233;duit que l'Etat devra dispara&#238;tre et que la forme transitoire de sa disparition (passage de l'Etat au non-Etat) sera &#034;le prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;. Quant aux formes politiques de cet avenir, Marx n'a pas pris sur lui de les d&#233;couvrir. Il s'est born&#233; &#224; observer exactement l'histoire de la France, &#224; l'analyser et &#224; tirer la conclusion &#224; laquelle l'a conduit l'ann&#233;e 1851 : les choses s'orientent vers la destruction de la machine d'Etat bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand &#233;clata le mouvement r&#233;volutionnaire de masse du prol&#233;tariat, malgr&#233; l'&#233;chec de ce mouvement, malgr&#233; sa courte dur&#233;e et sa faiblesse &#233;vidente, Marx se mit &#224; &#233;tudier les formes qu'il avait r&#233;v&#233;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la forme, &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui permet de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la premi&#232;re tentative faite par la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise ; elle est la forme politique &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin que les r&#233;volutions russes de 1905 et de 1917, dans un cadre diff&#233;rent, dans d'autres conditions, continuent l'oeuvre de la Commune et confirment la g&#233;niale analyse historique de Marx.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mythe Adama Traor&#233; et le slogan &#034;d&#233;sarmer la police&#034; ne sont pas la bonne r&#233;ponse</title>
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		<dc:date>2026-02-14T23:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Certaines organisations choisissent de particulariser le cas d'Adama Traore en le prenant comme symbole des meurtres caus&#233;s par des policiers. Ils auraient pu choisir la mort de Nahel ou celle des deux jeunes de Clichy-sous-bois en 2005, Zyed et Bouna, ou encore celui de Zineb, une femme tu&#233;e &#224; Marseille pendant la r&#233;pression du mouvement des Gilets jaunes. Ils ont choisi Adama Traor&#233; non seulement comme symbole des violences polici&#232;res mais, pire, comme martyr et h&#233;ros ! L&#224;, c'est carr&#233;ment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Certaines organisations choisissent de particulariser le cas d'Adama Traore en le prenant comme symbole des meurtres caus&#233;s par des policiers. Ils auraient pu choisir la mort de Nahel ou celle des deux jeunes de Clichy-sous-bois en 2005, Zyed et Bouna, ou encore celui de Zineb, une femme tu&#233;e &#224; Marseille pendant la r&#233;pression du mouvement des Gilets jaunes. Ils ont choisi Adama Traor&#233; non seulement comme symbole des violences polici&#232;res mais, pire, comme martyr et h&#233;ros ! L&#224;, c'est carr&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de la plaque !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces organisations affirment que le racisme est la raison essentielle de la violence polici&#232;re mais il y a aussi des violences contre les femmes, contre les jeunes, contre les paysans, contre les salari&#233;s en lutte, contre les manifestations. Le r&#244;le de la police est d'abord anti-social et contre-r&#233;volutionnaire. La violence polici&#232;re est un produit de la lutte des classes qui ne se combat pas en se contentant de d&#233;noncer&#8230; la police&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000018437.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000018437.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000018443.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000018443.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000058488.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000058488.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sarmer la police et faire d'Adama Traor&#233; une figure mythique, voil&#224; ce que proclament certains :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/affiche-police.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/affiche-police.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;1400&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/imageshhff.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/images-150.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-37.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/motion-police-twitter-2-1024x576.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/motion-police-twitter-2-1024x576.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;576&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_18932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_fgh.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-23.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titremmm.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreoop.jpg' width=&#034;299&#034; height=&#034;168&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titresssd.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable r&#233;ponse est ailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5-3.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque1-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque1-2.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque6-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque6-3.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe Adama Traor&#233; et le slogan &#034;d&#233;sarmer la police&#034; ne sont pas la bonne r&#233;ponse&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adama Traor&#233; n'est pas un martyr&#8230;
&#8230;et la police fran&#231;aise n'est pas innocente de sa mort&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la mythologie du lumpen et contre l'impunit&#233; de la violence d'&#201;tat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une rupture avec la gauche bourgeoise et ses faux symboles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rompre clairement avec une imposture politique entretenue depuis des ann&#233;es par la gauche bourgeoise, y compris dans sa variante dite &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; : la mythologie Adama Traor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette imposture ne sert ni la lutte contre la police, ni la compr&#233;hension de l'&#201;tat, ni l'&#233;mancipation des exploit&#233;s. Elle sert la stabilisation de l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adama Traor&#233; n'&#233;tait ni un militant, ni un travailleur en lutte, ni une victime politique cibl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un d&#233;linquant, issu du lumpenprol&#233;tariat, avec tout ce que cela implique : pratiques violentes, &#233;conomie parall&#232;le, rapports ambigus &#224; la police, et, dans de nombreux quartiers, cohabitation fonctionnelle entre petits trafics et appareil policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat n'est pas moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les morts ne produisent pas des martyrs. Et choisir un mauvais symbole est toujours une d&#233;faite de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La police : bras arm&#233; de la bourgeoisie, pas institution d&#233;viante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser la sanctification d'Adama Traor&#233; ne signifie en rien d&#233;fendre la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police est, comme l'&#233;crivait Karl Marx, une bande d'hommes en armes au service de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est ni neutre ni r&#233;formable : elle est un organe constitutif de l'&#201;tat bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son r&#244;le r&#233;el est connu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tol&#233;rer certaines ill&#233;galit&#233;s quand elles stabilisent un territoire ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; g&#233;rer les populations pauvres ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; frapper quand l'ordre social est menac&#233; politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la violence polici&#232;re structurelle s'exerce avant tout contre :
&lt;br /&gt;&#8212; les gilets jaunes,&lt;br class='autobr' /&gt;
les paysans en lutte,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les travailleurs en gr&#232;ve,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les territoires coloniaux comme Mayotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police n'&#233;crase pas le lumpen parce qu'il d&#233;range moralement ; elle &#233;crase la classe exploit&#233;e quand elle s'organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volution Permanente : une gauche du capital, pas une alternative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que le probl&#232;me devient politique, et non rh&#233;torique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente n'est pas ext&#233;rieure &#224; la gauche bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y est structurellement li&#233;e par son int&#233;gration aux appareils syndicaux, par sa pratique de l'interpellation institutionnelle, et par son refus constant de rompre avec les m&#233;diations de l'&#201;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Choisir Adama Traor&#233; comme symbole central n'est pas une erreur de communication.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un choix de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que ce symbole permet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter la question du travail et du salariat ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter la critique des syndicats comme rouages de gestion de la force de travail ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'&#233;viter l'affrontement avec l'&#201;tat bourgeois dans ses formes &#8220;sociales&#8221; et &#8220;progressistes&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choisir Adama Traor&#233; permet une critique morale, individualis&#233;e, d&#233;connect&#233;e de la production, parfaitement compatible avec :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les directions syndicales,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les institutions,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la gauche parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une critique sans rupture, donc inoffensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une confusion volontaire : effacer la hi&#233;rarchie politique des violences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche bourgeoise refuse une distinction pourtant d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adama, ce n'est pas Malik Oussekine. Bien entendu, cela ne justifie pas de tuer Adama. Cela signifie seulement qu'il ne faut pas &#233;riger les Adama en h&#233;ros !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oussekine &#233;tait un &#233;tudiant, non violent, tu&#233; dans un contexte de r&#233;pression politique directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adama Traor&#233; meurt dans une s&#233;quence relevant de la gestion polici&#232;re violente d'un territoire et de la d&#233;linquance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confondre les deux, c'est :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; effacer la hi&#233;rarchie des violences d'&#201;tat ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dissoudre la lutte de classes dans l'&#233;motion ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; rendre impossible toute strat&#233;gie r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confusion n'est pas une erreur : elle est fonctionnelle &#224; une gauche int&#233;gr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;sultat : une critique neutralis&#233;e de la police&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de choisir des symboles compatibles avec l'ordre existant, la gauche bourgeoise produit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une polarisation st&#233;rile &#8220;pro-flics / pro-Adama&#8221; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une rupture avec le monde du travail ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une critique de la police inaudible pour les classes populaires organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la police continue son travail r&#233;el : prot&#233;ger la propri&#233;t&#233;, &#233;craser les luttes, garantir l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police anglaise n'est pas arm&#233;e mais l'Etat n'est pas moins un Etat du grand capital et l'Etat, lui, est arm&#233; ! Car, si on parle de d&#233;sarmer, il faut y rajouter de d&#233;sarmer l'Etat-major militaire ce qui suppose que les petits soldats ne lui ob&#233;issent plus et pas qu'ils jettent leurs armes &#224; la poubelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sarmer la police ? Non. Armer le prol&#233;tariat. Et organiser les policiers qui refusent la r&#233;pression des luttes sociales aux c&#244;t&#233;s des exploit&#233;s auto-organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que la faillite politique de R&#233;volution Permanente appara&#238;t dans toute sa clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque prise de parole, le m&#234;me mot d'ordre est martel&#233; : &#171; d&#233;sarmer la police &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot d'ordre n'a rien de r&#233;volutionnaire. Il est bourgeois, &#233;tatique, et historiquement contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce ce slogan part du point de vue de l'&#201;tat existant, et non de sa destruction. Il faudrait plut&#244;t que la police en armes passe aux c&#244;t&#233;s du prol&#233;tariat organis&#233; en soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police s&#233;par&#233;e du peuple travailleur est le vrai probl&#232;me &#8212; pas le fait qu'elle soit arm&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, Engels, Vladimir L&#233;nine, L&#233;on Trotsky n'ont jamais expliqu&#233; que le probl&#232;me central &#233;tait que la police ait des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est qu'elle soit :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s&#233;par&#233;e du peuple,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; professionnalis&#233;e,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soustraite &#224; tout contr&#244;le populaire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ob&#233;issant &#224; une hi&#233;rarchie r&#233;actionnaire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; plac&#233;e au service d'une classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution marxiste n'a jamais &#233;t&#233; de pacifier l'ordre existant, mais :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dissoudre les corps arm&#233;s s&#233;par&#233;s,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; armer le peuple travailleur,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; transformer la s&#233;curit&#233; en fonction collective, exerc&#233;e par tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que disait r&#233;ellement la tradition marxiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti Ouvrier Fran&#231;ais de Jules Guesde et Paul Lafargue d&#233;fendait explicitement :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'armement du prol&#233;tariat,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la suppression de l'arm&#233;e et de la police permanentes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; leur remplacement par une milice populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans L'&#201;tat et la r&#233;volution, L&#233;nine parle :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de dissolution des corps s&#233;par&#233;s,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'armement g&#233;n&#233;ral du peuple,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'agents mandat&#233;s, r&#233;vocables, responsables devant les assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky comme Barta, insiste sur le m&#234;me point :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la s&#233;curit&#233; r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre assur&#233;e que par des organes arm&#233;s sous contr&#244;le direct -des masses, jamais par une police amput&#233;e ou r&#233;form&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que R&#233;volution Permanente refuse d'assumer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand R&#233;volution Permanente appelle &#224; &#171; d&#233;sarmer la police &#187;, elle ne parle jamais de :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; garde nationale populaire,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; milices ouvri&#232;res,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; comit&#233;s arm&#233;s de quartier,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; contr&#244;le direct par les assembl&#233;es de travailleurs,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; r&#233;vocabilit&#233; de ceux qui exercent la fonction polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que cela impliquerait :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une rupture frontale avec l'&#201;tat bourgeois ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une remise en cause des appareils syndicaux int&#233;gr&#233;s ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une perspective de pouvoir r&#233;el, incompatible avec une strat&#233;gie institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre &#171; d&#233;sarmer la police &#187; est donc :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n&#233;gatif (on enl&#232;ve),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sans perspective de pouvoir,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; parfaitement compatible avec la gauche municipale, parlementaire et syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : un mot d'ordre de gauche du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aller jusqu'au bout de la critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas : &#171; police arm&#233;e ou d&#233;sarm&#233;e ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est : qui exerce la fonction de s&#233;curit&#233;, avec quelles armes, sous quel contr&#244;le de classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse mat&#233;rialiste est claire :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; suppression de la police comme corps s&#233;par&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; fonction polici&#232;re exerc&#233;e par le peuple travailleur lui-m&#234;me ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; agents mandat&#233;s, r&#233;vocables, responsables devant des assembl&#233;es ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; armement contr&#244;l&#233; collectivement, pas monopolis&#233; par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette perspective que R&#233;volution Permanente refuse d'ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;nonce les violences polici&#232;res, mais sans jamais poser la question du pouvoir arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle critique la police, mais sans jamais appeler &#224; armer la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi sa critique est inoffensive, et c'est pourquoi elle choisit de mauvais symboles : ils permettent de parler de violence sans parler de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : rompre avec la gauche du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position r&#233;volutionnaire est simple et sans compromis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune mythologie du lumpen et aucune mythologie d'une police capitaliste sans armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune d&#233;fense de la police, bras arm&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune sanctification du lumpen, encore moins comme figure politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune confiance dans les appareils syndicaux comme m&#233;diations &#233;mancipatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune morale pour masquer des rapports de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective claire : dissolution de la police s&#233;par&#233;e et assujettie &#224; la hi&#233;rarchie r&#233;actionnaire et armement du prol&#233;tariat organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, tout le pouvoir aux soviets unis de travailleurs r&#233;volutionnaires et de petits policiers et petits soldats auto-organis&#233;s eux aussi en soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la gauche dite &#8220;r&#233;volutionnaire&#8221; refusera cette rupture, elle restera ce qu'elle est d&#233;j&#224; : une gauche du capital, radicale en mots, int&#233;gr&#233;e en actes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000058547.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000058547.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/briser_l_armee-6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/briser_l_armee-6.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/sans_titre1-4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/sans_titre1-4.png' width=&#034;1414&#034; height=&#034;2000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_2-2.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>G&#233;n&#233;raux fran&#231;ais assassins et imb&#233;ciles, racont&#233;s par eux-m&#234;mes&#8230;</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8605</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8605</guid>
		<dc:date>2026-01-25T23:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;raux fran&#231;ais assassins et imb&#233;ciles, racont&#233;s par eux-m&#234;mes&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Les g&#233;n&#233;raux, encore appel&#233;s &#034;les bouchers&#034; !... &lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Mandon : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas pr&#234;t &#224; sacrifier ses enfants, parce qu'il faut dire les choses... si on n'est pas pr&#234;t &#224; cela, alors on est &#224; &#224; risque. Ce qu'il nous manque, c'est la force d'&#226;me pour accepter de nous faire mal pour prot&#233;ger ce que l'on est. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Burkhard (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous pouvons construire le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesghjk.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/f60d018e61fc85e501a12b1c8072b354.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/f60d018e61fc85e501a12b1c8072b354.jpg' width=&#034;736&#034; height=&#034;1308&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18849 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/onlesaurajkl.png' width=&#034;449&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesffgh.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/signal-2025-12-06-112439_002.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/signal-2025-12-06-112439_002.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;1000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/webp/63215.webp' width=&#034;604&#034; height=&#034;396&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;G&#233;n&#233;raux fran&#231;ais assassins et imb&#233;ciles, racont&#233;s par eux-m&#234;mes&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les g&#233;n&#233;raux, encore appel&#233;s &#034;les bouchers&#034; !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Mandon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas pr&#234;t &#224; sacrifier ses enfants, parce qu'il faut dire les choses... si on n'est pas pr&#234;t &#224; cela, alors on est &#224; &#224; risque. Ce qu'il nous manque, c'est la force d'&#226;me pour accepter de nous faire mal pour prot&#233;ger ce que l'on est. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Burkhard (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons construire le mod&#232;le d'arm&#233;e le plus coh&#233;rent, le mieux &#233;quip&#233; possible, le mieux entra&#238;n&#233;, mais si la nation n'est pas consciente de ses responsabilit&#233;s, de sa force, de ses valeurs, si elle n'est pas soud&#233;e par une coh&#233;sion nationale, je crains que la bataille ne soit pas livr&#233;e, faute de volont&#233;. Cette coh&#233;sion est attaqu&#233;e, notamment dans le champ informationnel, qui est la cible principale de tous nos adversaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Lecointre (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Europe doit recoloniser l'Afrique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rien ne vaut d'aller se battre pour notre destin commun, nous europ&#233;ens c'est la m&#233;diterran&#233;e et l'Afrique, Il y a n&#233;cessit&#233; d'agir collectivement en Afrique et en m&#233;diterran&#233;e. L'Afrique est un continent qui est de plus en plus en train de s'enfoncer dans la destruction des appareils d'&#233;tat. L'Europe devra se d&#233;cider &#224; aller d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts, y compris par les moyens militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral de Villiers (pr&#233;c&#233;dent chef d'&#233;tat-major) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France n'est pas pr&#234;te pour la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut r&#233;armer en acc&#233;l&#233;r&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons savour&#233; les dividendes de la paix quand les &#201;tats-puissances se r&#233;armaient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si rien ne change, nous serons les faibles du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Napol&#233;on 1er :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et que me fiche &#224; moi la mort d'un million d'hommes ?! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne va pas chercher une &#233;paulette sur un champ de bataille quand on peut l'avoir dans une antichambre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#232;glements sont faits pour les soldats et non pour les guerriers ; la bataille se rit du code, elle en exige un nouveau, innov&#233; par elle et pour elle et qui dispara&#238;t d&#232;s qu'elle est termin&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral de Gaulle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parfois, les militaires, s'exag&#233;rant l'impuissance relative de l'intelligence, n&#233;gligent de s'en servir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quels soldats ! Dommage que les emmerdements qu'ils causent soient encore plus grands que leurs succ&#232;s ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les g&#233;n&#233;raux, au fond, me d&#233;testent, je le leur rend bien. Tous des cons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Afrique ? C'est tout simple, je vais vous expliquer, c'est noir et &#231;a grouille ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un pays qui produit 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai entendu vos points de vue. Ils ne rencontrent pas les miens. La d&#233;cision est prise &#224; l'unanimit&#233;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral P&#233;tain en 1916 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Courage ! On les aura ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'artillerie conquiert, l'infanterie occupe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Nivelle en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous romprons le front allemand quand nous voudrons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Foch :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Accepter l'id&#233;e d'une d&#233;faite, c'est &#234;tre vaincu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Nivelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons la m&#233;thode, c'est celle qui nous a permis &#224; moi et Mangin, de repousser les ennemis &#224; Verdun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Fayolle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai compris que ce qui agitait les grands chefs, c'&#233;tait avant tout de faire quelque chose pour se signaler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 avril : &#171; Foch est venu nous exposer son plan. Il n'a aucune id&#233;e de man&#339;uvre. Joffre n'ose pas dire qu'il faut percer. &#192; quoi rime cette bataille ? &#187; Le 3 juillet : &#171; Le front boche est perc&#233; sur huit kilom&#232;tres et l'on ne va pas l'exploiter ! &#187; Le 12 juillet : &#171; Cette bataille a toujours &#233;t&#233; une bataille sans but. &#187; Le 4 novembre : &#171; Foch ? Attaquez, attaquez, c'est toute sa doctrine. Pour lui, les troupes sont toujours pr&#234;tes &#224; attaquer ind&#233;finiment. Il n'entend rien &#224; la pratique de la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Joffre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je tordrai les boches avant deux mois ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une troupe qui ne peut plus avancer devra co&#251;te que co&#251;te garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plut&#244;t que de reculer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon centre c&#232;de, ma droite recule, situation excellente, j'attaque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un d&#233;jeuner au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, Joffre &#224; un convive lui demandant ses intentions, alors que la guerre de mouvement semblait abandonn&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je les grignote. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral de Lavrezac en 1914 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Attaquons ! Attaquons ! Con comme la lune ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral P&#233;tain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le danger de 75 divisions allemandes venant nous attaquer est sensiblement moins grave que la d&#233;moralisation de notre arm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;quilibre des forces adverses en pr&#233;sence sur le front du Nord et du Nord-Est ne permet pas d'envisager, pour le moment, la rupture du front suivie de l'exploitation strat&#233;gique. &#187; P&#233;tain prenait une d&#233;cision essentielle avec cette directive et orientait la guerre vers l'usure de l'ennemi avec le minimum de pertes... Pour cela, &#171; point n'est besoin... de monter de grosses attaques en profondeur, &#224; objectifs &#233;loign&#233;s... Ces attaques sont co&#251;teuses, car l'assaillant s'y use g&#233;n&#233;ralement plus que le d&#233;fenseur. Elles sont al&#233;atoires (et elles exposent) l'attaque &#224; se briser contre la premi&#232;re position imparfaitement d&#233;truite... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Joffre et les fusill&#233;s pour l'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment o&#249; s'engage une bataille dont d&#233;pend le salut du pays, [&#8230;] aucune d&#233;faillance ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain et les fusill&#233;s pour l'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les faits tels qu'ils sont rapport&#233;s sont parfaitement exacts. Le 7 novembre, le g&#233;n&#233;ral commandant la division m'a transmis la plainte &#233;tablie contre le chasseur Bourgund. Il me faisait remarquer, qu'en raison de la situation tr&#232;s difficile dans laquelle se trouvait sa division et des d&#233;faillances qui s'&#233;taient produites peu auparavant, il lui paraissait n&#233;cessaire de faire des exemples et de proc&#233;der sans d&#233;lai &#224; la r&#233;pression des fautes commises. Il concluait en me demandant l'autorisation de faire passer par les armes le chasseur Bourgund sur la culpabilit&#233; duquel il ne pouvait exister aucun doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai donn&#233; l'ordre de proc&#233;der imm&#233;diatement &#224; l'ex&#233;cution de ce chasseur, estimant alors, comme encore maintenant, qu'en des circonstances pareilles, il est du devoir du commandement d'assurer de semblables responsabilit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour maintenir l'esprit d'ob&#233;issance et la discipline parmi les troupes, une premi&#232;re impression de terreur est indispensable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Blanc et les fusill&#233;s pour l'exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tu&#233; de ma main douze fuyards, &#233;crit le g&#233;n&#233;ral Blanc, et ces exemples n'ont pas suffi &#224; faire cesser l'abandon du champ de bataille. Pendant la bataille de l'Yser, le g&#233;n&#233;ral de Bazelaire fit fusiller six tirailleurs tir&#233;s au sort dans une compagnie qui avait refus&#233; de marcher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Ministre de la Guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous voulez la victoire. Prenez-en les moyens rapides, brutaux, &#233;nergiques et d&#233;cisifs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ordres &#233;crits de permission de tuer ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s, comme celui du g&#233;n&#233;ral commandant la 152&#232;me DI : &#171; En cas de r&#233;sistance, il y aura lieu de forcer l'ob&#233;issance de cet homme [&#8230;]. Le mar&#233;chal des logis Dartois ne devra pas h&#233;siter &#224; br&#251;ler la cervelle du soldat Hurtault Raoul s'il refuse de marcher. &#187; Et, effectivement, le 26 mai 1915, le mar&#233;chal en question abbat Raoul Hurtault de six balles dans la t&#234;te, en pr&#233;sence d'une dizaine de t&#233;moins. Sa fiche de d&#233;c&#232;s le dit &#171; tu&#233; &#224; l'ennemi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une lettre &#233;crite par le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain assume aussi pleinement l'ordre d'ex&#233;cution du soldat Henri Bourgund, fusill&#233; sans jugement pr&#233;alable, le 8 novembre 1914, &#224; Sainte-Catherine (Pas de Calais).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une note du g&#233;n&#233;ral Boutegourd justifie aussi l'ex&#233;cution de sept hommes ayant fui &#224; la suite de quelques coups de canon qu'il jugeait avoir &#233;t&#233; &#171; inoffensifs &#187; (!). C'est m&#234;me une d&#233;p&#234;che t&#233;l&#233;graphique du g&#233;n&#233;ral Joffre qui s'adresse ainsi, le 4 septembre 1914, &#224; ses subordonn&#233;s et incite &#224; la rigueur dans l'ex&#233;cution des sentences : &#171; Vous autorise prendre toute mesure que vous jugerez n&#233;cessaires pour maintien ordre et discipline ; je couvre enti&#232;rement ces mesures &#187; et une note du g&#233;n&#233;ral de Castelnau, commandant la 2&#232;me arm&#233;e, qui, le 10 octobre 1914, prescrit la conduite &#224; tenir face aux troupes qui se d&#233;bandent : &#171; &#8230; il est du devoir absolu de tout grad&#233; de ramener &#233;nergiquement au feu tout homme qui tente de s'enfuir et en faisant m&#234;me usage de ses armes, sans aucune h&#233;sitation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Sarrail, commandant de la 3&#232;me arm&#233;e, &#233;crit ainsi au g&#233;n&#233;ral Durand qui parle de l'&#233;puisement de ses hommes : &#171; Pas de si, pas de mais, vous attaquerez. Pas de repli, tenir jusqu'au dernier. Faites des exemples ! &#187;. L'avis d'un commissaire-rapporteur (l'&#233;quivalent du procureur) justifiant le refus de la cl&#233;mence est particuli&#232;rement &#233;clairant : &#171; En temps de guerre, dans l'application de la peine, il faut envisager le point de vue de l'exemplarit&#233; comme infiniment sup&#233;rieur au point de vue du ch&#226;timent. Il s'agit moins de punir un coupable que d'emp&#234;cher par la s&#233;v&#233;rit&#233; de la r&#233;pression la contagion du mal. &#187; C'est ainsi que le Conseil de guerre refuse de surseoir &#224; l'ex&#233;cution du soldat Jean Brunet, du Puy-de-D&#244;me, malgr&#233; le recours en gr&#226;ce qu'il avait obtenu, pour qu'il serve d'exemple aux autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Lyautey :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les talons claquent &#224; mon apparition, l'entends les cerveaux se fermer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la plus monumentale &#226;nerie que le monde ait jamais faite. &#187; (sur la premi&#232;re guerre mondiale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ral Vanuxem :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En mati&#232;re de tactique, il y a toujours deux solutions, la bonne et&#8230; celle de l'&#233;cole de guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233;menceau, chef de guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma formule est la m&#234;me partout. Politique int&#233;rieure ? Je fais la guerre. Politique &#233;trang&#232;re ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La guerre, c'est une chose trop grave pour la confier &#224; des militaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La justice militaire est &#224; la justice ce que la musique militaire est &#224; la musique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Etat a une longue histoire, elle est pleine de sang. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proverbe italien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le sang du soldat qui fait la grandeur du g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Churchill, chef de guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il &#233;tait une fois un officier de cavalerie qui &#233;tait si b&#234;te que ses camarades s'en &#233;taient aper&#231;us. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sternberg :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne, pas m&#234;me un g&#233;n&#233;ral en chef, n'arriverait &#224; persuader de vrais moutons de s'&#233;gorger entre eux. Ils ne comprendraient pas. Ils n'iraient pas. Les humains, eux, comprennent et ils y vont. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Carnets secrets de la Grande Guerre &#187; par le g&#233;n&#233;ral Emile Fayolle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Fayolle y appara&#238;t comme un militaire lucide prenant tr&#232;s vite conscience de l'ent&#234;tement criminel de l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e fran&#231;aise, qui ne conna&#238;t qu'une seule mani&#232;re de faire la guerre : &#171; l'offensive &#224; outrance &#187;, quel qu'en soit le prix. Il faut dire que cette doctrine est celle qui a &#233;t&#233; enseign&#233;e pendant des ann&#233;es &#224; l'&#233;cole de guerre, en particulier quand le g&#233;n&#233;ral Foch en &#233;tait le directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces attaques incessantes provoquent des h&#233;catombes parfaitement inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre, Fayolle &#233;crit dans ses carnets : &#171; Les responsabilit&#233;s du commandement sont terribles. Que d'attaques mal con&#231;ues, mal mont&#233;es, mal appuy&#233;es, qui co&#251;tent des centaines et quelquefois des milliers d'hommes ! C'est une pens&#233;e angoissante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il participe ainsi &#224; la premi&#232;re bataille de l'Artois au printemps 1915, qui se solde, comme les autres, par un &#233;chec. Il se rend compte de l'absurdit&#233; des attaques partielles que le commandement s'obstine &#224; d&#233;clencher :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces petites attaques sur des fronts de&lt;br class='autobr' /&gt;
10 &#224; 200 m&#232;tres sont stupides (...). Cela se paie par des milliers de morts. Si ces morts &#233;taient utiles ! Mais non, il s'agit de quelques tranch&#233;es, de quelques m&#232;tres de terrain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux qui imposent ces attaques sont &#171; des hommes dangereux &#187;. &#171; Je me demande si les grands chefs qui se mettent en avant dans la guerre actuelle ne sont pas ceux qui ne se pr&#233;occupent en aucune fa&#231;on des vies humaines qui leur sont confi&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; grand catholique &#187; ne pratique gu&#232;re la charit&#233; chr&#233;tienne quand il juge ses sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joffre ? &#171; Il n'est pas un grand homme, tant s'en faut. C'est un organisateur, soit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un caract&#232;re, soit encore. Mais pas un g&#233;n&#233;ral... Nous avons une arm&#233;e ac&#233;phale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foch ne sait que r&#233;p&#233;ter &#171; Attaquez !&lt;br class='autobr' /&gt;
Attaquez ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;tain, quant &#224; lui, &#171; se gobe avec une inconscience admirable &#187; et &#171; raconte s&#233;rieusement que la R&#233;publique a peur de lui &#187;. C'est avec un m&#233;lange de fascination et de r&#233;pulsion que le g&#233;n&#233;ral Fayolle, en janvier 1915, rapporte &#224; son propos l'&#233;pisode dramatique qui sera le point de d&#233;part du livre &#171; Un long dimanche de fian&#231;ailles &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des 40 soldats d'une unit&#233; voisine qui se sont mutil&#233;s &#224; une main avec un coup de fusil, P&#233;tain voulait en faire fusiller. Aujourd'hui, il recule. Il donne l'ordre de les lier et de les jeter de l'autre c&#244;t&#233; du parapet aux tranch&#233;es les plus rapproch&#233;es de l'ennemi. Ils y passeront la nuit. Il n'a pas dit si on les y laisserait mourir de faim. Caract&#232;re, &#233;nergie ! O&#249; finit lecaract&#232;re et o&#249; commence la f&#233;rocit&#233;, la sauvagerie ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il d&#233;plore les &#171; petites &#187; attaques,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fayolle veut encore croire &#224; l'efficacit&#233; des offensives g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 septembre 1915, il esp&#232;re que celle que Joffre s'appr&#234;te &#224; lancer en&lt;br class='autobr' /&gt;
Champagne sera d&#233;cisive. Il commande alors la 6e arm&#233;e apr&#232;s avoir &#233;t&#233; promu g&#233;n&#233;ral de division au printemps &#224; la suite d'une nouvelle vague de limogeages de g&#233;n&#233;raux. Mais cette offensive &#233;choue, comme les pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fayolle ne cache pas son d&#233;sarroi : &#171; Je suis d&#233;sorient&#233; depuis le 11. Je n'admets plus que la perc&#233;e soit possible, tout au moins dans l'&#233;tat actuel. Que ferons-nous au printemps ? On a d&#233;pens&#233; 160 000 hommes en Champagne pour ne pas r&#233;ussir. Va-t-on recommencer et perdre encore plus pour un r&#233;sultat aussi limit&#233; et incomplet ? Et si l'on ne recommence pas ces h&#233;catombes ? Que devient la guerre ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une impasse totale, et aucune solution n'est en vue : &#171; On n'improvise pas la guerre. D'ailleurs, il n'est pas s&#251;r que m&#234;me dans les hautes sph&#232;res, on comprenne la situation actuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, il n'y a plus qu'&#224; attendre un miracle. Mais pour Fayolle, ce n'est pas une boutade. Catholique fervent, il est en effet persuad&#233; qu'un &#171; miracle de la bont&#233; de Dieu est toujours possible &#187; et que seule une intervention divine peut donner la victoire &#224; la France. Ses carnets sont remplis de ce genre d'invocations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er janvier 1917, il &#233;crit qu'il &#171; met l'ann&#233;e nouvelle sous la protection de la vierge miraculeuse &#187;, et le 14 juin de la m&#234;me ann&#233;e, il c&#233;l&#232;bre la &#171; f&#234;te du Sacr&#233;-C&#339;ur qui sauvera la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1916, il re&#231;oit une nouvelle promotion et se retrouve g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;es. En juillet, il prend part &#224; la bataille de la Somme, qui se prolonge jusqu'en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la plus grande boucherie que la guerre ait connue avec celle de Verdun : 442 000 morts ou disparus, dont beaucoup de soldats anglais, pour un gain d&#233;risoire de 8 &#224; 12 km. Cet &#233;chec provoque le remplacement de Joffre par Nivelle. Mais Fayolle &#233;chappe &#224; la purge et commande par la suite la 4e, puis la 1ere arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1917, il est envoy&#233; de l'autre c&#244;t&#233; des Alpes avec six divisions pour soutenir l'arm&#233;e italienne apr&#232;s le d&#233;sastre de Caporetto. Cette d&#233;faite ne l'&#233;tonne pas outre mesure, tant les soldats transalpins lui paraissent &#171; lamentables &#187;. Ses divisions doivent faire face &#224; une nouvelle offensive des empires centraux qui n'aboutit pas, et cela &#171; bien plus par la faiblesse de leur &#233;tat-major que par la qualit&#233; des renforts dirig&#233;s par Fayolle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1918, le g&#233;n&#233;ral Fayolle est rappel&#233; en France au lendemain du d&#233;clenchement de la grande offensive allemande. Il est &#224; la t&#234;te d'un corps d'arm&#233;e de r&#233;serve de 55 divisions. Il joue un r&#244;le important dans la contre-offensive des alli&#233;s en juillet. L'effondrement de l'arm&#233;e allemande et la r&#233;volution qui a commenc&#233; &#224; Berlin et dans toute l'Allemagne d&#233;bouche sur l'armistice du 11 novembre. En d&#233;cembre, le g&#233;n&#233;ral Fayolle entre &#224; Mayence, o&#249; il se montre favorable aux ind&#233;pendantistes rh&#233;nans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, il entre au Conseil sup&#233;rieur de la guerre et devient mar&#233;chal en 1921. Il meurt en 1928 et a droit &#224; des obs&#232;ques nationales. Il est inhum&#233; aux Invalides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n69/cmo_069.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n69/cmo_069.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Films sur les g&#233;n&#233;raux assassins et imb&#233;ciles :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=yQIEjelTbx4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=yQIEjelTbx4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Zdk2skqen3A&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Zdk2skqen3A&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=soIlPvd7XZI&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=soIlPvd7XZI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=lONrx_DsCew&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=lONrx_DsCew&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Nj9_EI23_Sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Nj9_EI23_Sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/528014830_1172898211547333_3134945475753188715_n-1024x1024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/528014830_1172898211547333_3134945475753188715_n-1024x1024.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1024&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/4ea1841490cd0f1762d00beee810d7f0.jpg' width=&#034;734&#034; height=&#034;340&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/efce08ee7dce23c50aeb5a86edc646c0.jpg' width=&#034;735&#034; height=&#034;404&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/webp/citation-victor-hugo-50484.webp' width=&#034;398&#034; height=&#034;255&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/webp/30965.webp' width=&#034;604&#034; height=&#034;396&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18856 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/une_citation-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/une_citation-2.jpg' width=&#034;1200&#034; height=&#034;630&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;n&#233;ral Bugeaud :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64792722.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64792722.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8814_1908_num_5_29_1918&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8814_1908_num_5_29_1918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://survie.org/decolonisons/2023/332-novembre-2023/article/boucher-et-croquemitaine-du-peuple-algerien-bugeaud&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://survie.org/decolonisons/2023/332-novembre-2023/article/boucher-et-croquemitaine-du-peuple-algerien-bugeaud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63657721.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63657721.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral Mangin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2017-1-page-59?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2017-1-page-59?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mangin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'attention particuli&#232;re du Commandement et m&#234;me du Gouvernement fran&#231;ais avait &#233;t&#233; attir&#233;e sur Verdun. &#187; &#8230; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de fortifications con&#231;u par le g&#233;n&#233;ral S&#233;r&#233; de Rivi&#232;re en 1875 n'avait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; qu'en partie ; mais les deux barri&#232;res Belfort-&#201;pinal, Toul-Verdun, constituaient sur notre fronti&#232;re de l'Est un obstacle qui paraissait tr&#232;s fort &#224; nos ennemis, malgr&#233; la m&#233;fiance dont il &#233;tait devenu l'objet chez nous ; en outre, c'&#233;tait face &#224; l'Est que se concentrait l'arm&#233;e fran&#231;aise, sur une ligne de plus en plus avanc&#233;e. Une &#233;tude du Feld-Mar&#233;chal von Schlieffen sur la bataille de Cannes avait transport&#233; dans le domaine de la haute strat&#233;gie la tactique d'Hannibal : fixer l'adversaire sur tout son front et l'entourer en l'attaquant par les deux ailes. Le g&#233;n&#233;ral baron de Falkenhausen en avait d&#233;duit un plan d'op&#233;rations qui d&#233;ployait 44 corps d'arm&#233;e allemands entre la Suisse et la mer du Nord avec avance par les deux ailes, mais surtout par la droite en Belgique, avec rabattement &#224; travers le Nord de la France o&#249; les places Lille-Maubeuge, puis La F&#232;re-Laon-Reims, rest&#233;es inachev&#233;es, n'offraient pas d'obstacles s&#233;rieux. Il avait expos&#233; cette conception dans son &#233;tude la Guerre de masses qui avait &#233;t&#233; librement discut&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage la Guerre d'aujourd'hui, le g&#233;n&#233;ral von Bernhardi avait object&#233; que ce plan faisait &#233;tat de formations de r&#233;serve employ&#233;es en premi&#232;re ligne d&#232;s le commencement des op&#233;rations et jugeait cet emploi imprudent et d'ailleurs inutile. Il dit &#224; ce propos : &#171; Entreprendre une attaque d&#233;cisive avec des troupes qui ne satisfont point &#224; toutes les exigences, et qui, peut-&#234;tre, seront en partie nouvellement constitu&#233;es, comme les divisions de r&#233;serve, par exemple, ce serait presque commettre un crime contre l'esprit de la guerre ; car, ainsi que Clausewitz l'enseignait d&#233;j&#224;, on ne doit jamais attendre du seul mot d'arm&#233;e constitu&#233;e ce qui ne peut &#234;tre donn&#233; que par la r&#233;alit&#233;. &#187; Il proposait hardiment de concentrer les forces allemandes entre la Lorraine et le Limbourg hollandais, en laissant le champ libre &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise au Sud de Metz : plus elle s'avancerait vers l'Est, plus sa situation serait critique, car les arm&#233;es allemandes, pivotant autour de sa gauche, marcheraient sur Paris d&#233;couvert et prendraient l'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; revers : la concentration fran&#231;aise se faisant N.-S. face &#224; l'Est, la concentration allemande se ferait N.O.-S.E. ; c'&#233;tait l'ordre oblique du Grand Fr&#233;d&#233;ric ressuscit&#233;, et non pas Cannes, mais Leuthen. Et Bernhardi, apr&#232;s avoir us&#233; d'une pr&#233;caution oratoire en indiquant qu'il s'agit d'un exemple th&#233;orique, d&#233;veloppe sommairement les artistiques man&#339;uvres de ce vaste front, r&#233;solument offensif &#224; droite, en profitant pour ses attaques &#233;chelonn&#233;es du magnifique r&#233;seau ferr&#233; de la Belgique et de la Hollande, d&#233;fensif &#224; gauche avec Metz-Thionville, Tr&#232;ves-Luxembourg, Mayence et la ligne du Mein ; front tr&#232;s articul&#233;, bris&#233; de coupures ; et il revient sur ce principe qu'un front strat&#233;gique ne peut &#234;tre une ligne de d&#233;fense tactique coh&#233;rente et souligne de nouveau l'importance de l'&#233;chelonnement dans la d&#233;fensive encore plus que dans l'offensive. Car la guerre de l'avenir sera toute de mouvement ; l'auteur l'a d&#233;j&#224; &#233;tabli en &#233;tudiant les guerres les plus r&#233;centes : &#171; &#192; l'avenir, il n'y aura de batailles durant des journ&#233;es enti&#232;res que si l'on rencontre sur le th&#233;&#226;tre de la guerre des conditions analogues &#224; celles qu'on trouvait en Mandchourie. Mais une telle hypoth&#232;se n'a aucune vraisemblance. Les adversaires de l'Allemagne sont contraints &#224; l'offensive s'ils veulent obtenir quelque r&#233;sultat. Quant &#224; nous, nous ne nous d&#233;fendrons s&#251;rement pas derri&#232;re des remparts et des foss&#233;s. Le g&#233;nie du peuple allemand nous en pr&#233;servera. Un r&#233;seau de chemins de fer tr&#232;s dense, relativement aux chemins de fer de Mandchourie, et un riche r&#233;seau de routes utilisables assurent une grande libert&#233; de mouvements sur la plupart des th&#233;&#226;tres de guerre en Europe. Toutes ces circonstances me font croire, en d&#233;pit de la tendance tr&#232;s r&#233;pandue &#224; se terrer, plut&#244;t &#224; une guerre de mouvement et d'op&#233;rations qu'&#224; une guerre de positions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d&#233;j&#224; oppos&#233; la conception m&#233;canique de la guerre, qui met en ligne des masses aussi grandes que possible et les juxtapose de front, &#224; la conception g&#233;niale, qui les fait man&#339;uvrer selon les m&#233;thodes expos&#233;es dans son ouvrage : &#171; C'est l'esprit qui d&#233;cide de tout &#224; la guerre, l'esprit des chefs et l'esprit des troupes. Aujourd'hui encore, la r&#233;solution et la hardiesse assurent une sup&#233;riorit&#233; d&#233;cisive. Aujourd'hui encore, les fi&#232;res pr&#233;rogatives de l'initiative ont gard&#233; leur valeur. Aujourd'hui encore, la victoire n'est pas attach&#233;e &#224; un syst&#232;me d&#233;termin&#233;, et on peut la remporter m&#234;me contre des forces sensiblement sup&#233;rieures, avec les formes de combat les plus diverses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, Bernhardi a d&#233;j&#224; &#233;tabli que ces masses formidables des arm&#233;es actuelles fondront rapidement, tant par suite des pertes que parce que la vie moderne les a rendues en grande partie impropres &#224; la vie de campagne, et la guerre sera courte, surtout contre la France : &#171; L'effort qu'on doit fournir d&#232;s le d&#233;but est si grand qu'il est bien difficile de le d&#233;passer, du moins pour des pays comme la France, qui font appel d&#232;s la premi&#232;re mobilisation &#224; toutes leurs ressources en hommes jusqu'&#224; la derni&#232;re limite. Si cette arm&#233;e obtient la victoire, on n'a pas de raison de tenter un effort d&#233;sesp&#233;r&#233;. Si, au contraire, la guerre prend une tournure d&#233;favorable, ce peuple, sentant ses forces &#233;puis&#233;es, n'apercevra aucun espoir dans la continuation de la guerre et, par suite, la tension qui rendait possible une lev&#233;e en masse diminuera rapidement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il examine les conditions dans lesquelles se d&#233;veloppe une guerre d'invasion, o&#249; la puissance envahie voit son moral d&#233;cro&#238;tre &#224; mesure que s'avance le vainqueur : &#171; D&#233;j&#224; la guerre de 1870-71 se d&#233;roula comme nous l'indiquons ici. On peut s'attendre dans l'avenir &#224; ce que les &#233;v&#233;nements prennent un cours encore plus caract&#233;ristique. &#187; &#8212; &#171; Si l'on s'est terr&#233; au Transvaal et en Mandchourie, c'est parce que les Boers faisaient une guerre d'atermoiement ; de m&#234;me les Russes et m&#234;me les Japonais, &#233;taient souvent r&#233;duits &#224; manier la pelle par l'allure tra&#238;nante de la lutte, oblig&#233;s &#224; la d&#233;fensive par la difficult&#233; des communications, qui retardait l'arriv&#233;e des renforts et du ravitaillement. Mais dans les luttes de l'avenir, la fortification de campagne restera d'un usage exceptionnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernhardi exprime les id&#233;es qui avaient cours dans l'arm&#233;e allemande, et non la doctrine du Grand &#201;tat-Major, celle de Schlieffen, qui l'avait dirig&#233; pendant dix-huit ans et qui avait &#233;t&#233; le vrai successeur de Moltke l'ancien ; Falkenhausen est beaucoup plus pr&#232;s de cette doctrine que Bernhardi. Aussi nous voyons au d&#233;but des op&#233;rations les divisions de r&#233;serve form&#233;es en corps d'arm&#233;e, qui figurent &#224; c&#244;t&#233; des corps actifs. 38 corps d'arm&#233;e, &#8212; au lieu de 41, &#8212; s'alignent de la Suisse &#224; la mer du Nord. Le grand &#201;tat-major a exig&#233; le passage &#224; travers la Belgique, au m&#233;pris du trait&#233; de 1831 que le Chancelier dut traiter de &#171; chiffon de papier. &#187; Mais la pr&#233;vision de la guerre, &#171; fra&#238;che et joyeuse, &#187; de l'offensive &#224; outrance, dont la facilit&#233; cro&#238;t avec les progr&#232;s de l'invasion, elle est commune &#224; tous. L'aile gauche en Lorraine ne commencera son mouvement que quand l'aile droite sera en mesure de faire sentir sa pression, et par cons&#233;quent sur ce th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations une d&#233;fensive provisoire est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de concentration est l'ensemble des dispositions qui, apr&#232;s la mobilisation, rassemblent les arm&#233;es en vue des op&#233;rations actives. Il d&#233;pend donc de la situation politique, des forces en pr&#233;sence, de la rapidit&#233; de mobilisation et de transport, des intentions qu'on suppose &#224; l'ennemi ; ce dispositif initial porte en germe le d&#233;veloppement des op&#233;rations ult&#233;rieures. L'Entente cordiale, en nous rendant les forces immobilis&#233;es pour la d&#233;fense des c&#244;tes, et les projets probables d'invasion allemande en Belgique, ont modifi&#233; le plan de concentration fran&#231;ais &#224; plusieurs reprises ; nos lois militaires et les variations de la confiance qu'inspiraient nos r&#233;serves sont &#233;galement intervenues. En dernier lieu, des transports plus rapides avaient permis en 1913 d'avancer notablement notre zone de concentration : le plan 17 disposait les arm&#233;es fran&#231;aises face &#224; l'Est, quatre arm&#233;es entre Belfort et Montm&#233;dy, &#8212; (1re Dubail, 2e Castelnau, 3e Ruffey, 5e Lanrezac), &#8212; et une en r&#233;serve vers Commercy (4e de Langle) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que l'&#201;tat-major fran&#231;ais ait cru en 1913 au respect de la neutralit&#233; belge par les Allemands, ni qu'il ait ignor&#233; le nombre des divisions de r&#233;serve susceptibles de se joindre aux 25 corps actifs du temps de paix. Mais on pensait que l'ennemi respecterait le c&#339;ur m&#234;me de la Belgique, le triangle Li&#232;ge-Anvers-Namur, o&#249; l'arm&#233;e belge devait se concentrer &#224; l'abri des places fortes s&#233;rieuses pour y garder une attitude expectante, apr&#232;s une protestation de son gouvernement ; on ne croyait pas, malgr&#233; l'avis exprim&#233; par le g&#233;n&#233;ral Michel, pr&#233;d&#233;cesseur du g&#233;n&#233;ral Joffre dans les fonctions de g&#233;n&#233;ralissime d&#233;sign&#233;, qu'Anvers serait un des premiers objectifs de l'arm&#233;e allemande, car c'&#233;tait alors forcer l'Angleterre &#224; entrer dans la lutte en m&#234;me temps que la Belgique. En outre, l'emploi de divisions et surtout de corps d'arm&#233;e de r&#233;serve ne paraissait pas probable au d&#233;but des hostilit&#233;s, car ils manqueraient d'entra&#238;nement et de coh&#233;sion. D&#232;s lors, une pareille extension du front allemand am&#232;nerait un affaiblissement g&#233;n&#233;ral et paraissait une imprudence qu'on arrivait m&#234;me &#224; souhaiter : l'attaque violente en Lorraine sur la gauche allemande trouverait moins de r&#233;sistance et son avance mettrait le gros des forces ennemies dans une situation fort difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est une offensive &#224; outrance que pr&#233;conisaient &#224; l'envi les th&#233;oriciens militaires en m&#234;me temps que tous les &#201;tats-majors. L'arm&#233;e fran&#231;aise s'&#233;tait impos&#233; en 1870 une d&#233;fensive tactique fond&#233;e sur la puissance des feux de l'armement nouveau ; sous pr&#233;texte qu'un fusil &#224; tir rapide et de grande port&#233;e est &#233;videmment plus avantageux au d&#233;fenseur post&#233; qu'&#224; l'assaillant qui s'avance &#224; d&#233;couvert, nos troupes s'&#233;taient fig&#233;es, de par leur r&#232;glement, dans des positions choisies &#224; l'avance, et ce m&#233;pris de la man&#339;uvre avait &#233;t&#233; cruellement puni. En outre, nous avions attendu l'ennemi sur notre territoire au lieu d'attaquer hardiment sur le sien. Nous serions impardonnables de retomber dans de telles fautes. L'assaillant, par le seul fait qu'il attaque, soumet le d&#233;fenseur &#224; sa volont&#233; et prend sur lui un ascendant moral qui, avec des troupes fran&#231;aises, multiplie toutes les brillantes qualit&#233;s de la race, l'entrain et l'initiative, qui s'atrophient dans la d&#233;fense. Il est d'ailleurs &#233;vident que, par d&#233;finition, la d&#233;fense passive ne peut obtenir aucun r&#233;sultat positif, puisqu'elle a uniquement pour but d'emp&#234;cher les progr&#232;s de l'attaque : Faire la guerre, c'est attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ces v&#233;rit&#233;s avaient &#233;t&#233; pouss&#233;es &#224; l'extr&#234;me. &#192; toutes les &#233;poques il est arriv&#233; que, sur certaines parties du champ de bataille, l'assaillant lui-m&#234;me soit amen&#233; &#224; prendre une attitude d&#233;fensive, tout au moins provisoirement, et &#224; y attendre le r&#233;sultat de sa man&#339;uvre. Presque toujours d'ailleurs, la d&#233;fense s'accompagne de contre-attaques pr&#233;vues dont peut r&#233;sulter une avance du d&#233;fenseur, soit limit&#233;e dans son but, soit commencement d'une v&#233;ritable attaque qui se terminera par une grande victoire, comme &#224; Austerlitz, par exemple. Renoncer &#224; toute d&#233;fensive, c'est renoncer &#224; toute man&#339;uvre et se condamner &#224; une attaque frontale, toujours la m&#234;me, proie facile pour les man&#339;uvres de l'ennemi pr&#233;venu. Plus le champ de bataille s'&#233;tend, plus il contiendra de zones d&#233;fensives : O&#249; ? Quand ? Comment attaquer ? C'est l&#224; toute la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une surench&#232;re d'offensive s&#233;vissait dans tous les milieux militaires. Au nom de l'&#171; unit&#233; de doctrine, &#187; soigneusement gard&#233;e par la &#171; discipline intellectuelle, &#187; l'offensive s'imposait &#224; l'&#233;tat de dogme intangible, ses fervents rivalisaient d'ardeur, et c'est &#224; qui se montrerait le plus agressif. C'est peut-&#234;tre ici le lieu de remarquer que ces formes de croyances religieuses donn&#233;es aux id&#233;es militaires ont eu une malheureuse cons&#233;quence qui pesa lourdement sur la dur&#233;e de la guerre : apr&#232;s les premiers &#233;checs, dus &#224; l'emploi de proc&#233;d&#233;s vicieux, le dogme s'&#233;croula dans beaucoup d'esprits superficiels et devenus sceptiques ; et un peu plus tard l'offensive fut d&#233;clar&#233;e impossible par d'autres th&#233;oriciens qui arriv&#232;rent au point de ne plus concevoir la guerre que comme une lutte d'usure dont il &#233;tait chim&#233;rique d'attendre la fin par la victoire des armes. Mais en 1913 la victoire se bornait &#224; avoir fait dispara&#238;tre dans le dernier r&#232;glement (Instruction sur la conduite des grandes unit&#233;s) non seulement l'id&#233;e, mais m&#234;me le mot de d&#233;fensive. Erreur plus grave encore, le r&#232;glement du 3 d&#233;cembre 1913 prescrivait &#224; l'attaque une allure pr&#233;cipit&#233;e, qu'elle doit &#234;tre en &#233;tat de prendre pour tenter une surprise ou pour profiter d'un d&#233;sarroi ou d'une faute de l'ennemi, mais qu'on ne peut &#233;riger en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale ; il formulait : &#171; L'artillerie ne pr&#233;pare plus les attaques, elle les appuie. &#187; Dans le dessein excellent de faire p&#233;n&#233;trer l'id&#233;e juste de l'offensive dans tous les rangs de l'arm&#233;e, le dogmatisme avait syst&#233;matis&#233; nos r&#232;glements et s'&#233;tendait &#224; des prescriptions formelles qui, pour &#233;viter tout pr&#233;texte &#224; retard, allaient jusqu'&#224; supprimer toute pr&#233;paration ; les armes nouvelles : fusil &#224; r&#233;p&#233;tition et &#224; trajectoire tr&#232;s tendue, mitrailleuse, canon de campagne &#224; tir rapide, artillerie lourde, dont les effets &#233;taient encore mal connus, auraient vraiment d&#251; inspirer un peu de prudence, &#224; tout le moins dans la prise de contact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter qu'en France comme en Allemagne on croyait &#224; la guerre courte, toute de mouvement, et qu'on voulait emp&#234;cher l'adversaire de se fixer et le bousculer avant qu'il n'e&#251;t le temps d'organiser des positions d&#233;fensives. Les financiers et les &#233;conomistes &#233;taient presque tous d'accord pour penser que le monde civilis&#233; ne pourrait supporter plus de quelques mois le fardeau jusqu'alors inou&#239; d'une guerre qui serait extr&#234;mement co&#251;teuse en argent et en richesses de toute nature, et qui lui enl&#232;verait la grande majorit&#233; de ses producteurs ; l'interd&#233;pendance des nations multiplierait les ruines par r&#233;percussion et interviendrait certainement tr&#232;s vite pour arr&#234;ter les hostilit&#233;s ; de tr&#232;s rares clairvoyants &#233;taient seuls &#224; affirmer qu'une nation trouve toujours de l'argent pour faire la guerre, et que bien heureusement aucun gouvernement issu de la volont&#233; populaire ne serait en &#233;tat de traiter avant que le sort des armes n'e&#251;t d&#233;cid&#233; de la victoire, quelles que fussent les ruines &#233;conomiques et financi&#232;res dont l'effet p&#232;serait sur l'avenir plus que sur le pr&#233;sent. Pour la France en particulier, l'entente avec l'Angleterre lui assurait la ma&#238;trise de la mer et, au point de vue &#233;conomique, une incontestable sup&#233;riorit&#233; de r&#233;sistance. Ses pr&#233;occupations &#233;taient sans doute uniquement tourn&#233;es vers les &#339;uvres de paix, &#8212; et trop uniquement peut-&#234;tre. C'est seulement une guerre d&#233;fensive qu'on pouvait pr&#233;voir. Mais croire que des consid&#233;rations mat&#233;rielles, quelque importantes qu'elles fussent, pourraient peser sur ses r&#233;solutions apr&#232;s l'agression de l'ennemi, c'&#233;tait m&#233;conna&#238;tre le moral de la nation en armes ; sous le choc brusque et inattendu, l'instinct de conservation collectif se r&#233;veille, la figure de la Patrie se dresse, et les morts parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8212; LA BATAILLE DES FRONTI&#200;RES ET LA RETRAITE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de juillet, l'Allemagne avait pris un certain nombre de mesures qui pr&#233;paraient son entr&#233;e en campagne. Le 31 juillet, l'&#233;tat de &#171; menace de guerre &#187; Kriegsgefahrzustand fut proclam&#233; et lui permit la mobilisation de 6 classes de r&#233;serves. En m&#234;me temps, les voies ferr&#233;es et les lignes t&#233;l&#233;graphiques &#233;taient coup&#233;es sur la fronti&#232;re d'Alsace-Lorraine. Le 1er ao&#251;t l'Allemagne d&#233;clarait la guerre &#224; la Russie, le 3 ao&#251;t &#224; la France, le 4 ao&#251;t &#224; l'Angleterre. La guerre avec la Russie, alli&#233;e de la France, ayant &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e d&#232;s le 1er ao&#251;t, il semblait bien qu'une d&#233;claration de guerre &#224; la France &#233;tait inutile ; n&#233;anmoins il importait de lever tous les doutes &#224; cet &#233;gard : l'ambassadeur d'Allemagne avait donc ordre, si, contre toute attente, le gouvernement fran&#231;ais proclamait sa neutralit&#233;, de r&#233;clamer comme gage l'occupation de Toul et de Verdun par les troupes allemandes, injure grossi&#232;re qui, de toute fa&#231;on, rendait in&#233;vitable la guerre d&#233;cid&#233;e par le gouvernement allemand. Avant toute d&#233;claration de guerre, des patrouilles allemandes avaient franchi la fronti&#232;re sur 17 points diff&#233;rents, cherchant vainement un incident qui p&#251;t servir de pr&#233;texte aux hostilit&#233;s : mais les troupes fran&#231;aises s'&#233;taient, par ordre du gouvernement, &#233;loign&#233;es de 10 kilom&#232;tres du territoire d'Alsace-Lorraine et de Belgique. Il fallut donc recourir &#224; l'imagination pure et inventer de toutes pi&#232;ces un bombardement de Nuremberg par des avions fran&#231;ais, d&#233;menti ult&#233;rieurement par les autorit&#233;s locales elles-m&#234;mes, et la pr&#233;sence tout aussi fausse d'officiers fran&#231;ais en Belgique. En for&#231;ant le gouvernement imp&#233;rial allemand &#224; recourir &#224; ces pr&#233;textes d&#233;risoires et mensongers, le gouvernement fran&#231;ais bravait quelques inconv&#233;nients militaires assez s&#233;rieux, mais il d&#233;montrait &#224; l'Europe et au monde civilis&#233; tout entier de quel c&#244;t&#233; &#233;tait la volont&#233; d'agression et agissait fortement sur l'opinion publique en Angleterre, aussi ind&#233;cise que le gouvernement britannique ; le reste fut fait par la violation de la neutralit&#233; belge et la menace sur Anvers, qui ne pouvait tomber sous la coupe de l'Allemagne sans redevenir &#171; un pistolet charg&#233; au c&#339;ur de l'Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre en effet avait demand&#233; &#224; la France et &#224; l'Allemagne si elles avaient l'intention de respecter la neutralit&#233; belge garantie par les trait&#233;s de 1831 et 1837 ; la France s'y &#233;tait engag&#233;e aussit&#244;t, mais l'Allemagne avait envoy&#233; imm&#233;diatement un ultimatum &#224; la Belgique pour l'aviser du passage de ses troupes et r&#233;pondu ensuite &#224; l'Angleterre que l'invasion de la Belgique et du Grand-Duch&#233; de Luxembourg &#233;tait commenc&#233;e et que des &#171; raisons strat&#233;giques &#187; ne permettaient pas d'arr&#234;ter la marche de ses arm&#233;es. Et le 4 ao&#251;t, en remettant ses passeports &#224; l'ambassadeur d'Angleterre, le chancelier Bethmann-Hollweg pronon&#231;ait les paroles m&#233;morables : &#171; Vous allez donc nous faire la guerre pour un chiffon de papier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t en effet, le Grand-Duch&#233; de Luxembourg avait &#233;t&#233; occup&#233; sans r&#233;sistance, malgr&#233; le trait&#233; de 1867, par lequel le roi de Prusse s'&#233;tait port&#233; garant de sa neutralit&#233; perp&#233;tuelle, et la convention de 1902 par laquelle l'empereur d'Allemagne avait de nouveau proclam&#233; la neutralit&#233; du Grand-Duch&#233; et stipul&#233; qu'en aucun cas les chemins de fer dont l'Allemagne assurait l'exploitation ne seraient employ&#233;s au transport de ses troupes. Le 3 ao&#251;t, la Belgique avait repouss&#233; dignement l'ultimatum de l'Allemagne et refus&#233; d'autoriser le passage de l'arm&#233;e allemande sur son territoire ; dans la soir&#233;e, la Belgique fut envahie et les op&#233;rations contre Li&#232;ge commenc&#233;es sous les ordres du g&#233;n&#233;ral von Emmich. Il s'agissait de rassembler rapidement des brigades qui n'avaient pas encore tout leur effectif de guerre au complet et d'attaquer par surprise un camp retranch&#233; avant que sa d&#233;fense e&#251;t &#233;t&#233; organis&#233;e. L'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral von Emmich comptait au total 120&#8239;000 hommes. Les 4 et 5 ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Leman, qui ne disposait que de 40&#8239;000 hommes de garnison, infligea sur la ligne des forts un sanglant &#233;chec aux premi&#232;res attaques, men&#233;es avec une pr&#233;cipitation et un m&#233;pris de l'adversaire qui m&#233;ritaient une punition. Mais la ville n'avait pas d'enceinte continue ; la place &#233;tait menac&#233;e d'investissement par le mouvement des arm&#233;es allemandes qui avaient franchi la Meuse en amont et en aval de Li&#232;ge. Gr&#226;ce &#224; l'esprit de d&#233;cision et &#224; l'initiative de Ludendorff qui suivait l'op&#233;ration comme officier d'&#201;tat-major et prit le commandement d'une brigade dont le chef venait d'&#234;tre tu&#233;, les Allemands arriv&#232;rent &#224; rompre par surprise la ligne belge entre deux forts le 6 et &#224; p&#233;n&#233;trer dans la ville le 7 ao&#251;t. Le g&#233;n&#233;ral Leman fit retraiter la division d'arm&#233;e et une brigade suppl&#233;mentaire mises &#224; sa disposition et qui &#233;chapp&#232;rent ainsi &#224; l'enveloppement. Chaque fort d&#233;tach&#233; se d&#233;fendit isol&#233;ment et n&#233;cessita la mise en batterie des plus gros calibres ; le g&#233;n&#233;ral Leman fut pris le 14, enseveli vivant sous les ruines du fort Loncin, dont un obus de 420 avait atteint le d&#233;p&#244;t de munitions. Les derni&#232;res r&#233;sistances se prolong&#232;rent jusqu'au 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense de Li&#232;ge avait inflig&#233; &#224; l'offensive allemande un retard consid&#233;rable, et l'arm&#233;e fran&#231;aise avait le temps de s'&#233;tirer vers le Nord et de rectifier ses premi&#232;res dispositions. La magnifique attitude de la Belgique, dress&#233;e &#224; la parole de son Roi magnanime et refusant de s'incliner devant la force brutale, se fixait dans un geste h&#233;ro&#239;que, qui faisait r&#233;fl&#233;chir le monde civilis&#233; tout entier. Bien lente &#224; s'&#233;mouvoir, la conscience universelle ne pouvait m&#233;conna&#238;tre qu'un crime contre la foi jur&#233;e venait de se commettre et que le ch&#226;timent pourrait bien venir des victimes elles-m&#234;mes, car elles trouvaient, dans la conscience de leur bon droit, des forces impr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les circonstances dont s'accompagnait cette violation des trait&#233;s les plus solennels la rendaient particuli&#232;rement odieuse. Les incendies, les pillages, les ex&#233;cutions sommaires sans jugement, les massacres de femmes et d'enfants avaient accompagn&#233; les troupes allemandes dans leur marche &#224; travers le pays neutre. Vainement les coupables ont invoqu&#233; l'attitude de la population civile belge, qui aurait pris part &#224; la lutte et tendu des guet-apens ; c'est tout au plus si l'on peut admettre que les soldats allemands ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement mis en garde contre les francs-tireurs belges qui n'ont jamais exist&#233;, et excit&#233;s &#224; l'avance contre les habitants essentiellement paisibles ; la nervosit&#233; des premiers combats aidant, quelques-unes des atrocit&#233;s ont pu &#234;tre commises avec l'id&#233;e de se venger, &#8212; l&#226;chement d'ailleurs, &#8212; sur une population d&#233;sarm&#233;e, en confondant de parti pris les innocents et les coupables suppos&#233;s. Si la population civile s'&#233;tait livr&#233;e &#224; des actes hostiles contre les soldats allemands, les premi&#232;res victimes eussent &#233;t&#233; les hommes du corps de cavalerie von der Marwitz, qui, du 4 au 17 ao&#251;t, escadronna dans tout le pays entre Li&#232;ge et Dinant. Les patrouilles et les cavaliers isol&#233;s qui l'&#233;clairaient, ses nombreuses estafettes, ses convois &#233;chelonn&#233;s sur de longues distances offraient une proie facile &#224; l'hostilit&#233; des habitants. Mais, incit&#233; &#224; une prudente sagesse par sa dispersion forc&#233;e, ce corps de cavalerie se conduisit &#224; peu pr&#232;s honn&#234;tement ; il fut accueilli avec une r&#233;serve assur&#233;ment antipathique, mais qui ne s'exprima par aucun acte de violence, et aucun fait nettement r&#233;pr&#233;hensible n'a &#233;t&#233; reproch&#233; &#224; ce corps. Il est donc faux que la guerre de francs-tireurs ait &#233;t&#233; organis&#233;e par les Belges ; le haut commandement allemand est pleinement responsable de toutes les atrocit&#233;s, et si quelques-uns de ces crimes ont &#233;t&#233; commis par des troupes que leurs chefs avaient suggestionn&#233;es et qui pouvaient all&#233;guer de bonne foi la n&#233;cessit&#233; de leur d&#233;fense, la responsabilit&#233; demeure enti&#232;re sur le commandement. La m&#234;me sauvagerie d&#233;shonora l'invasion allemande en Lorraine ; il s'agissait d'un syst&#232;me de guerre qui visait &#224; terroriser la population civile, &#224; la faire refluer en d&#233;sordre vers sa capitale, afin de briser toute r&#233;sistance par l'&#233;pouvante et d'obtenir plus rapidement la paix &#224; l'Ouest pour pouvoir se retourner vers l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs nous tenons l'aveu complet dans la lettre de Guillaume II &#224; l'Empereur d'Autriche Fran&#231;ois-Joseph : &#171; Mon &#226;me se d&#233;chire, mais il faut tout mettre &#224; feu et &#224; sang, &#233;gorger hommes, femmes, enfants et vieillards, ne laisser debout ni un arbre ni une maison. Avec ces proc&#233;d&#233;s de terreur, les seuls capables de frapper un peuple aussi d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; que le peuple fran&#231;ais, la guerre finira avant deux mois, tandis que, si j'ai des &#233;gards humanitaires, elle peut se prolonger des ann&#233;es. Malgr&#233; toute ma r&#233;pugnance, j'ai donc d&#251; choisir le premier syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien de propos d&#233;lib&#233;r&#233; que l'Allemagne, d&#232;s le d&#233;but d'une guerre d&#233;clar&#233;e par elle, s'enfon&#231;ait dans la barbarie par une r&#233;gression syst&#233;matique : la neutralit&#233; des petits &#201;tats, solennellement garantie, est viol&#233;e sans le moindre scrupule ; les conventions qui exceptent de la lutte la population civile sont supprim&#233;es, en m&#234;me temps que toute notion d'humanit&#233; Quels que soient les engagements pris, ils cessent d'exister d&#232;s qu'ils apportent une g&#234;ne &#224; la rapidit&#233; des op&#233;rations. Il faut constater qu'en changeant de ma&#238;tre, l'Allemagne prussianis&#233;e n'a pas chang&#233; d'&#226;me, et qu'aucun membre de son nouveau gouvernement, aucun chef de parti notable n'a encore trouv&#233; un mot de bl&#226;me pour le m&#233;pris de la foi jur&#233;e, du droit des gens et des principes les plus &#233;l&#233;mentaires de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 ao&#251;t, l'entr&#233;e des troupes allemandes en Belgique motiva une variante, d'ailleurs pr&#233;vue, au plan de concentration fran&#231;ais : au lieu de limiter sa gauche &#224; Longwy, l'arm&#233;e fran&#231;aise l'&#233;tendra jusqu'&#224; M&#233;zi&#232;res, la 5e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Lanrezac) se d&#233;pla&#231;ant vers le Nord, faisant place &#224; la 4e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral de Langle), qui ne prendra pas son emplacement de r&#233;serve vers Commercy et se formera en ligne entre la 3e et la 5e arm&#233;es. Ce changement n'affecte que le plan de transport, dont l'ex&#233;cution n'est pas commenc&#233;e ; c'est une complication pour la Compagnie des chemins de fer de l'Est et pour les &#201;tats-majors, mais les corps de troupe ne s'en douteront m&#234;me pas. &#192; partir du 4, la zone de 10 kilom&#232;tres &#233;vacu&#233;e le long de la fronti&#232;re est r&#233;occup&#233;e par les corps de couverture, tr&#232;s facilement dans la plaine lorraine, avec quelque difficult&#233; dans les Vosges. Il faut insister sur ce fait que cette mesure, d'un haut int&#233;r&#234;t politique, n'a eu qu'une r&#233;percussion &#224; peu pr&#232;s insignifiante sur la situation militaire. La mobilisation de l'arm&#233;e fran&#231;aise l'a fait passer du pied de paix au pied de guerre du 1er au 5 ao&#251;t ; sa concentration s'op&#232;re du 5 au 12 ao&#251;t pour le gros des transports, et le 18 tout est &#224; pied d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultimatum de l'Allemagne &#224; la Belgique, le 3 ao&#251;t, avait &#233;t&#233; imm&#233;diatement suivi d'une offre de secours des troupes fran&#231;aises ; mais le Roi des Belges, par un dernier scrupule, attendit la violation mat&#233;rielle de son territoire pour le r&#233;clamer le 4. C'est le 6 seulement que le corps de cavalerie du g&#233;n&#233;ral Sordet franchit la fronti&#232;re avec ses trois divisions, appuy&#233;es de trois bataillons d'infanterie. Il poussa jusqu'&#224; Li&#232;ge le 8, cherchant le contact avec les forces belges les plus avanc&#233;es. Mais la ville &#233;tait prise et la garnison retir&#233;e sur la Gette. Il se replia sur la Lesse, en contact avec le corps de cavalerie du g&#233;n&#233;ral von der Marwitz. Le corps &#233;tait &#233;tay&#233; &#224; droite par les 4e et 9e divisions de cavalerie, qui &#233;clairaient les 4e et 3e arm&#233;es fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Commandement fran&#231;ais avait constat&#233; l'avance allemande en Belgique ; l'attaque de Li&#232;ge indiquait bien toute l'amplitude du mouvement, qui ne se limitait pas &#224; la rive Sud de la Meuse, comme on l'avait pens&#233;, mais allait &#233;videmment s'&#233;tendre &#224; travers toute la Belgique. Les corps actifs qui l'ex&#233;cutaient &#233;taient bien ceux qu'on attendait de ce c&#244;t&#233;, mais les corps de r&#233;serve, qui doublaient l'importance des forces ennemies, n'&#233;taient pas encore signal&#233;s, et les renseignements recueillis faisaient admettre un peu h&#226;tivement que la concentration allemande s'ex&#233;cutait suivant le plan connu depuis deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi le g&#233;n&#233;ral Joffre admet que le groupement principal des forces ennemies semble vers Metz-Thionville-Luxembourg. Par l'instruction g&#233;n&#233;rale no 1 du 8 ao&#251;t, il indique son intention de livrer la bataille toutes forces r&#233;unies, sa droite appuy&#233;e au Rhin. S'il y avait lieu, sa gauche reculerait au besoin pour &#233;viter de s'engager isol&#233;ment ; elle s'avancerait au contraire si la droite allemande &#233;tait retard&#233;e devant Li&#232;ge ou se rabattait vers le Sud. La 1re arm&#233;e marchera sur Sarrebourg et le Donon, couverte &#224; droite par le 7e corps ; un groupement de divisions de r&#233;serve investira Strasbourg ; la 2e arm&#233;e marchera sur Sarrebruck en se couvrant vers Metz &#224; l'Ouest. Les 3e et 4e arm&#233;es sont provisoirement dans l'expectative, pr&#234;tes &#224; attaquer l'ennemi, s'il d&#233;bouche, ou &#224; se porter en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t opportun d'accrocher la gauche ennemie et de prendre dans la plaine d'Alsace, le plus t&#244;t possible, une position qui assure le d&#233;bouch&#233; des Vosges sur un large front. D&#232;s le 7, les troupes fran&#231;aises franchissent la fronti&#232;re et prennent Altkirch et occupent le 8 Mulhouse, &#233;vacu&#233; par les Allemands. Mais l'ennemi se renforce et menace par Cernay de tourner les positions fran&#231;aises, faiblement occup&#233;es. Le 7e corps doit &#233;vacuer Mulhouse le 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration fut recommenc&#233;e le 14 par le g&#233;n&#233;ral Pau qui, avec une arm&#233;e d'Alsace de 150&#8239;000 hommes, reprend Altkirch et Mulhouse et s'&#233;tend jusqu'au Rhin, apr&#232;s le beau combat de Dornach le 19. En m&#234;me temps, la 1re arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Dubail, 200&#8239;000 hommes) commence &#224; descendre les cols des Vosges, et la 2e (g&#233;n&#233;ral de Castelnau, 200&#8239;000 hommes) p&#233;n&#232;tre en Lorraine annex&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front de l'arm&#233;e Castelnau est resserr&#233; entre les forts de Metz et les &#233;tangs de Dieuze. Elle passe la fronti&#232;re le 14, sa cavalerie atteint Ch&#226;teau-Salins le 17 ; l'arm&#233;e franchit la Seille le 19, apr&#232;s des engagements, et atteint Delme et Morhange, sa gauche appuy&#233;e aux divisions de r&#233;serve, qui tiennent la position du Grand Couronn&#233; de Nancy. L'arm&#233;e Dubail est ralentie dans les Vosges, mais sa gauche progresse avec l'arm&#233;e Castelnau et occupe Sarrebourg le 18 avec la division de Maud'huy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi attendait l'attaque fran&#231;aise sur une position soigneusement &#233;tudi&#233;e d&#232;s le temps de paix et dont les travaux avaient &#233;t&#233; commenc&#233;s le 1er ao&#251;t ; c'&#233;tait, dans l'ensemble, une ligne fortifi&#233;e couvrant les communications entre Metz et Strasbourg et r&#233;unissant les deux camps retranch&#233;s. La VIe arm&#233;e allemande, form&#233;e de tous les contingents bavarois (200&#8239;000 hommes) sous le commandement du prince Ruprecht de Bavi&#232;re, y &#233;tait &#233;tablie sur les collines entre la Sarre et la Seille, ainsi que la droite de la VIIe arm&#233;e (120&#8239;000 hommes, g&#233;n&#233;ral von Heeringen). La r&#233;sistance allemande, faible le 14, s'&#233;tait accrue &#224; mesure que l'attaque se rapprochait de cette ligne et avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement tenace le 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille de Morhange-Sarrebourg s'engagea le 20, sur un terrain pr&#233;par&#233; &#224; loisir ; les batteries allemandes sont abrit&#233;es, l'artillerie lourde sur plates-formes en b&#233;ton ; le tir est assur&#233; par des rep&#232;res et r&#233;gl&#233; par de nombreux avions. Les deux corps de droite de l'arm&#233;e Castelnau sont arr&#234;t&#233;s dans les tranch&#233;es, par un feu violent, puis contre-attaqu&#233;s. Ils battent en retraite. &#192; gauche, les troupes magnifiques de l'ardent 20e corps attaquent avant l'heure, s'engouffrent dans l'entonnoir de Morhange, o&#249; elles se heurtent aux m&#234;mes obstacles, et sont ramen&#233;es de m&#234;me ; un vide s'est produit &#224; sa droite, menac&#233;e d'&#234;tre tourn&#233;e. Il faut rectifier la ligne et se reporter en arri&#232;re de 10 &#224; 15 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e Dubail avait assez p&#233;niblement d&#233;bouch&#233; le 19 en avant de Sarrebourg ; le 20 au matin, sa progression se heurte &#224; une r&#233;sistance accrue et &#224; des tirs d'artillerie de tout calibre qui pr&#233;parent l'attaque allemande ordonn&#233;e pour 11 heures. &#192; l'heure dite, les Bavarois s'&#233;branlent, et le combat devient tr&#232;s violent, avec de lourdes pertes de chaque c&#244;t&#233;. L'ordre est donn&#233; d'&#233;vacuer Sarrebourg. &#192; la droite de l'arm&#233;e, l'attaque allemande n'a avanc&#233; que tr&#232;s peu. C'est, dans l'ensemble de ce front, un combat ind&#233;cis, et le g&#233;n&#233;ral Dubail donne l'ordre de reprendre le lendemain une attaque m&#233;thodique, pied &#224; pied. Mais la retraite de la 2e arm&#233;e entra&#238;nait celle de la 1re arm&#233;e. Apr&#232;s la rude journ&#233;e du 20, cette retraite s'ex&#233;cute en bon ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ordre du g&#233;n&#233;ral Joffre, l'arm&#233;e de Castelnau se maintient sur le Grand Couronn&#233; de Nancy qu'elle ach&#232;ve d'organiser, entre la Meurthe et la Moselle, sur les hauteurs de Saffais-Belchamp. D&#233;fendant successivement les lignes de la Meurthe et de la Mortagne, l'arm&#233;e Dubail occupe le 24 un front sensiblement perpendiculaire. Elle avait d&#232;s le 23 l'ordre de prendre l'offensive si l'arm&#233;e Castelnau &#233;tait attaqu&#233;e. Les Allemands n'avaient pas l'intention d'assaillir de front la position de Nancy, mais de la tourner en for&#231;ant la trou&#233;e de Charmes. Ils l'essaient vainement : l'arm&#233;e Dubail r&#233;siste sur tout son front. C'est alors le g&#233;n&#233;ral de Castelnau qui prend l'offensive en criant &#224; ses troupes : &#171; En avant ! partout ! et &#224; fond ! &#187;, menace les arri&#232;res de l'ennemi le 25 ao&#251;t et le fait reculer. Le g&#233;n&#233;ral Dubail, qui a opportun&#233;ment pr&#234;t&#233; au g&#233;n&#233;ral de Castelnau un corps d'arm&#233;e et une division de cavalerie, repousse les 26 et 27, dans la r&#233;gion de Saint-Di&#233;, des tentatives pour passer le long des Vosges : la trou&#233;e de Charmes est barr&#233;e aux VIe et VIIe arm&#233;es allemandes, qui ont &#233;prouv&#233; un sanglant &#233;chec en s'avan&#231;ant sans pr&#233;cautions suffisantes dans l'angle droit form&#233; par les 1re et 2e arm&#233;es fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas par sa droite que le g&#233;n&#233;ral Joffre a l'intention de faire son effet principal. L'arm&#233;e d'Alsace du g&#233;n&#233;ral Pau devait s'appuyer au Rhin ; les 1re et 2e arm&#233;es devaient avant tout fixer l'ennemi et l'emp&#234;cher de faire glisser ses forces vers le Nord-Ouest. C'est vers le Grand-Duch&#233; de Luxembourg et le Luxembourg belge que le g&#233;n&#233;ral Joffre comptait porter son effort par la 3e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Ruffey) et la 4e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral de Langle de Cary). Remontant vers le Nord, la 5e arm&#233;e (g&#233;n&#233;ral Lanrezac) s'&#233;tend de M&#233;zi&#232;res &#224; Hirson, et obtient le 14 seulement l'autorisation de se porter en Belgique vers Dinant et Charleroi. &#192; sa gauche, l'arm&#233;e anglaise du mar&#233;chal French d&#233;barquait 4 divisions au lieu de 6 annonc&#233;es, &#8212; au total 70&#8239;000 hommes. &#8212; Plus loin, l'arm&#233;e belge rassemblait ses 6 divisions vers la Gette, entre Namur et Anvers. &#8212; En arri&#232;re, le g&#233;n&#233;ral d'Amade formait une petite arm&#233;e compos&#233;e de 3 divisions territoriales &#224; partir du 16, augment&#233;e de 3 divisions de r&#233;serve &#224; partir du 25. Le g&#233;n&#233;ral Fournier disposait de 30&#8239;000 hommes pour d&#233;fendre Maubeuge ; le g&#233;n&#233;ral Percin &#224; Lille s'effor&#231;ait d'organiser la d&#233;fense de la place, que le ministre de la Guerre, c&#233;dant malheureusement &#224; la demande des autorit&#233;s civiles, d&#233;clarait &#171; ville ouverte &#187; le 24 ao&#251;t, malgr&#233; le g&#233;n&#233;ral en chef, et contrairement &#224; la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21, l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral de Langle d&#233;bouche sur le front Sedan-Montm&#233;dy et franchit la Semoy. L'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Ruffey s'&#233;chelonne sur sa droite. Elles ont devant elles l'arm&#233;e du kronprinz allemand et celle du duc de Wurtemberg. Le pays est montueux, tr&#232;s bois&#233; et avec des fonds mar&#233;cageux, d'un parcours difficile ; un brouillard &#233;pais g&#234;ne les vues. L'exploration est &#224; peu pr&#232;s impossible, la reconnaissance par les avant-gardes p&#233;nible, les renseignements sur l'ennemi manquent. On chemine forc&#233;ment par colonnes, mal soud&#233;es entre elles ; l'arm&#233;e fran&#231;aise n'est pas encore rompue aux liaisons lat&#233;rales entre les &#233;tats-majors voisins ; le quartier g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e est trop &#233;loign&#233; et d'ailleurs ne pourrait sans une perte de temps consid&#233;rable centraliser les renseignements pour les r&#233;partir ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces conditions tr&#232;s d&#233;favorables que le 22 s'engage la bataille des Ardennes. Nos t&#234;tes de colonnes sont arr&#234;t&#233;es par des organisations d&#233;fensives tr&#232;s s&#233;rieuses ; elles sont prises de flanc avant leur d&#233;ploiement par les contre-attaques ennemies et tombent sous le feu bien ajust&#233; d'une artillerie post&#233;e et invisible, tandis que l'artillerie fran&#231;aise se met en batterie tr&#232;s difficilement et cherche ses objectifs. Au centre, un corps d'arm&#233;e ayant chang&#233; d'itin&#233;raire sans pr&#233;venir son voisin le d&#233;couvre, ce qui permet &#224; l'ennemi de le prendre de flanc et &#224; revers ; il s'ensuit un recul qui rompt notre ligne. Le corps colonial s'acharne contre des organisations solides et subit sans r&#233;sultat des pertes &#233;normes, qui, pour une seule division, atteignent les trois quarts de l'effectif. Les deux corps de gauche sont compromis par l'&#233;chec du centre. Celui de droite avait pu arr&#234;ter son recul gr&#226;ce &#224; la r&#233;sistance de la 3e arm&#233;e &#224; Virton et &#224; Ethe. Les renseignements arrivent tardivement au g&#233;n&#233;ral de Langle ; il croyait, dans la nuit du 22 au 23, pouvoir reprendre ses attaques, et c'est seulement le 23 &#224; onze heures qu'apr&#232;s h&#233;sitation il donne l'ordre de battre en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e Ruffey n'avait pu progresser, mais elle &#233;tait moins &#233;prouv&#233;e, malgr&#233; les durs combats soutenus par sa gauche, et elle restait en mesure de reprendre l'attaque. Elle a &#224; sa droite l'arm&#233;e de Lorraine r&#233;cemment form&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Maunoury pour masquer la place de Metz et ult&#233;rieurement l'investir. La capture d'ordres allemands le 23 annon&#231;ait le mouvement d'un corps allemand contre la 3e arm&#233;e, combin&#233; avec celui d'une brigade venant de Metz ; apr&#232;s quelques h&#233;sitations, le G.&#8239;Q.&#8239;G. permit au g&#233;n&#233;ral Maunoury d'attaquer de flanc ces colonnes le 23, et de les rejeter en d&#233;sordre vers l'Est. Mais ce succ&#232;s resta tout local ; l'arm&#233;e Ruffey avait re&#231;u l'ordre de se replier derri&#232;re la Meuse et deux divisions de l'arm&#233;e Maunoury s'embarqu&#232;rent pour la Somme, o&#249; leur pr&#233;sence &#233;tait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps de cavalerie du g&#233;n&#233;ral Sordet, tr&#232;s fatigu&#233; par son raid vers Li&#232;ge, s'&#233;tait repli&#233; en arri&#232;re de la Lesse, suivi par le corps de cavalerie von der Marwitz ; les cavaleries s'&#233;taient t&#226;t&#233;es ; &#224; cheval, les Fran&#231;ais s'&#233;taient trouv&#233;s indiscutablement sup&#233;rieurs aux Allemands. Aussi von der Marwitz avait-il prescrit d'employer la tactique de l' &#171; envoilement, &#187; &#233;tudi&#233;e longtemps d'avance. Sur tout son front s'&#233;tendait une ligne de petits postes solidement d&#233;fendus par des cyclistes, des fantassins ou des cavaliers pied &#224; terre. Quelques patrouilles &#224; cheval amenaient devant eux nos escadrons qui &#233;taient d&#233;cim&#233;s &#224; loisir par le tir des hommes post&#233;s. &#192; l'abri de ce r&#233;seau, von der Marwitz fit filer tout son corps de cavalerie vers la Meuse. Le g&#233;n&#233;ral Sordet, pr&#233;venu de ce mouvement, ne jugea pas &#224; propos de profiter du passage que son infanterie d'appui lui ouvrait au nord de la Lesse et alla repasser la Meuse &#224; Hasti&#232;res le 15, tandis que la cavalerie allemande, soutenue par deux bataillons de chasseurs et quelques groupes d'artillerie lourde, attaquait et prenait Dinant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a conclu de ces op&#233;rations que la cavalerie ne peut &#234;tre group&#233;e par grandes unit&#233;s de cette importance, d'un maniement beaucoup trop pesant, et que pareil emploi de la cavalerie ne se retrouvera plus. Il faut penser bien au contraire que les moyens automobiles permettent &#224; la cavalerie de garder aupr&#232;s d'elle l'appui qui lui est n&#233;cessaire pour vaincre les petites r&#233;sistances locales improvis&#233;es et pour prolonger son effort dans l'espace et dans le temps. Si le corps Sordet avait dispos&#233; d'une brigade d'infanterie en camions auto, d'un r&#233;giment de 3 bataillons cyclistes, d'un ou deux r&#233;giments d'artillerie port&#233;e, de quelques groupes d'auto-mitrailleuses et d'auto-canons, de convois automobiles au lieu de ses interminables trains attel&#233;s, de T.&#8239;S.&#8239;F., d'une forte escadrille d'avions, il aurait certainement g&#234;n&#233; beaucoup les op&#233;rations du si&#232;ge de Li&#232;ge et retard&#233; la marche des troupes allemandes en Belgique. Un tel corps comprendrait plus de fantassins et d'artilleurs que de cavaliers, mais qu'importe ? il permettrait d'occuper rapidement une vaste &#233;tendue de pays et de s'assurer les voies de communication et les ressources de toute nature ; un corps ainsi constitu&#233; serait un excellent instrument de poursuite qui, renforc&#233; selon les circonstances, emp&#234;cherait l'ennemi de se ressaisir. &#8212; Malgr&#233; l'absence de mat&#233;riel moderne, la formation du corps de cavalerie Sordet n'est pas &#224; bl&#226;mer du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, pas plus que la formation des corps de cavalerie von der Marwitz et de Richthofen, qui couvrirent utilement le mouvement initial des colonnes allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dinant n'&#233;tait d&#233;fendu que par un bataillon et fut enlev&#233; gr&#226;ce &#224; l'emploi des obusiers lourds dont les projectiles avaient un grand effet moral, surtout dans les lieux habit&#233;s. Mais le 1er corps fran&#231;ais, qui arrivait pr&#233;cis&#233;ment &#224; hauteur de Dinant, reprit rapidement la ville et la citadelle. Il s'&#233;tendit le long de la Meuse pendant que les deux autres corps de l'arm&#233;e Lanrezac se portaient vers la Sambre. Le corps Sordet, passant de la droite &#224; la gauche de l'arm&#233;e Lanrezac, la prolonge vers le Nord-Ouest. Il se heurte le 19 aux t&#234;tes de colonnes allemandes et doit battre en retraite. Le 18, l'arm&#233;e belge se repliait sur Anvers, capitale l&#233;gale du pays en temps de guerre, centre des approvisionnements militaires, et consid&#233;r&#233; &#224; ce double titre comme la base d'op&#233;rations dont elle ne devait pas se laisser couper. Or les communications avec Anvers &#233;taient imm&#233;diatement menac&#233;es par des forces sup&#233;rieures ; l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait hors d'&#233;tat de lui porter secours avant le 23 ou 24 et l'arm&#233;e anglaise commen&#231;ait &#224; peine ses d&#233;barquements vers Maubeuge ; on con&#231;oit donc que l'arm&#233;e belge, ne pouvant conserver ses positions sur la Gette, se soit repli&#233;e sur Anvers, o&#249; elle esp&#233;rait conserver intactes, &#224; l'abri des fortifications de Brialmont, ses forces importantes, tout en retenant hors des op&#233;rations des effectifs ennemis &#224; tout le moins &#233;quivalents aux siens. Tout en comprenant cette r&#233;solution, il faut regretter que les 6 divisions d'arm&#233;e n'aient point retrait&#233; lentement sur la Sambre ou sur la Meuse, o&#249; elles eussent &#233;t&#233; d'un secours pr&#233;cieux et peut-&#234;tre d&#233;cisif. Mais l'unit&#233; de commandement manquait aux arm&#233;es alli&#233;es. Le chef n'est point l&#224;, qu'elles attendront de longues ann&#233;es, qui seul conna&#238;t la situation g&#233;n&#233;rale et peut r&#233;gler pour le but commun les efforts de tous, en ayant su d'abord inspirer &#224; chacun cette conviction profonde que les forces et les int&#233;r&#234;ts sont pes&#233;s dans une juste balance ; c'est seulement apr&#232;s de p&#233;nibles &#233;preuves que les gouvernements ont enfin aper&#231;u le seul moyen de jouer la terrible partie qui leur &#233;tait impos&#233;e : mettre toutes les cartes dans une m&#234;me main, bien choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Namur, dont un r&#233;giment fran&#231;ais est accouru renforcer la garnison, est attaqu&#233; les 21 et 22 par l'artillerie lourde allemande des plus gros calibres et les 305 autrichiens, qui op&#233;raient en Belgique depuis quinze jours, alors que la d&#233;claration de guerre de l'Autriche-Hongrie &#224; la Belgique a eu lieu le 22 ao&#251;t. Namur tomba le 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche des Alli&#233;s &#233;tait attaqu&#233;e par l'arm&#233;e von B&#252;low (200&#8239;000 h.) et l'arm&#233;e von Kluck (230&#8239;000 h.), cependant que l'arm&#233;e saxonne von Hausen (120&#8239;000 h.) arrivait sur la Meuse vers Dinant. L'arm&#233;e Lanrezac est tardivement renforc&#233;e par un corps d'arm&#233;e qui prolonge sa gauche, deux divisions d'Afrique qui renforceront les deux corps d&#233;j&#224; &#233;tablis sur la Sambre, et le groupe de divisions de r&#233;serve Valabr&#232;gue, dont une division va relever sur la Meuse le 1er corps d'Esp&#233;rey et le rendre &#224; la bataille face au Nord. Elle compte alors 280&#8239;000 hommes. L'arm&#233;e anglaise (4 divisions d'infanterie, une division de cavalerie &#8212; 70&#8239;000 h.), concentr&#233;e le 21, se portait en ligne le 22 sur le front Cond&#233;-Mons, en liaison avec l'arm&#233;e Lanrezac. Son chef, le Feld-Mar&#233;chal sir John French, avait re&#231;u du Minist&#232;re de la guerre lord Kitchener des instructions fort limitatives qui attiraient son attention avant tout sur la n&#233;cessit&#233; absolue de m&#233;nager strictement ses effectifs, tout en entrant &#171; le plus possible dans le point de vue de nos alli&#233;s. &#187; Si un mouvement en avant lui &#233;tait demand&#233; sans le concours d'importantes forces fran&#231;aises, il devra en r&#233;f&#233;rer &#224; son ministre avant de l'ex&#233;cuter : &#171; Votre commandement est enti&#232;rement ind&#233;pendant et jamais, en aucun cas et en aucun sens, vous ne serez sous les ordres d'un g&#233;n&#233;ral alli&#233;. &#187; Le particularisme, le &#171; quant &#224; soi &#187; britannique ne peut s'affirmer avec plus de nettet&#233;, et si l'unit&#233; de commandement appara&#238;t &#224; ce moment, c'est pour se voir d&#233;clarer &#224; tout jamais irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20, le g&#233;n&#233;ral Joffre avait donn&#233; l'ordre au g&#233;n&#233;ral Lanrezac de prendre l'offensive au Nord de la Sambre, sa gauche passant par Charleroi ; le 20, Namur tenait encore ; le g&#233;n&#233;ral Joffre comptait que l'arm&#233;e anglaise, qui ne fut pr&#234;te que le 22, serait en mesure de l'appuyer et qu'il arriverait &#224; temps pour secourir l'arm&#233;e belge, qui avait d&#233;j&#224; retrait&#233; sur Anvers. En outre, les renforts de la 5e arm&#233;e commen&#231;aient &#224; peine &#224; arriver et c'est seulement le 23 que le g&#233;n&#233;ral Lanrezac pouvait se porter en avant, pr&#234;t en m&#234;me temps que l'arm&#233;e britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le 21 le mouvement de rabattement allemand en Belgique amenait les arm&#233;es allemandes sur la Sambre ; l'arm&#233;e B&#252;low attaquait Namur par sa gauche et l'arm&#233;e Lanrezac sur la Sambre ; emport&#233;s par la furie d'offensive qui s&#233;vissait alors, les deux corps qui la d&#233;fendaient vinrent combattre imprudemment dans les bas-fonds au lieu de se retrancher sur les collines de la rive droite comme le commandant de l'arm&#233;e l'avait prescrit, et ils &#233;prouv&#232;rent de lourdes pertes. La journ&#233;e du 22 fut encore plus meurtri&#232;re, en particulier pour les troupes d'Afrique, qui attaquaient &#224; fond sans pr&#233;paration et m&#234;me sans reconnaissances, et dont les uniformes &#233;clatants offraient une cible admirable aux mitrailleuses allemandes ouvrant le feu &#224; courte distance. Les deux corps engag&#233;s sont rejet&#233;s &#224; une dizaine de kilom&#232;tres en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 23, le g&#233;n&#233;ral Lanrezac dispose de toutes ses forces et peut attaquer &#224; son tour. Sa gauche, renforc&#233;e d'un corps d'arm&#233;e, contiendra l'ennemi, tandis que son 1er corps d'Esp&#233;rey va prendre l'offensive ; d&#233;j&#224; il s'engage en belle ordonnance quand sa droite est tourn&#233;e et l'oblige &#224; suspendre son mouvement : la division de r&#233;serve qui gardait la Meuse a c&#233;d&#233; devant l'attaque de toute l'arm&#233;e saxonne von Hausen qui a repris Dinant ; l'arm&#233;e Lanrezac est tourn&#233;e par sa droite et coup&#233;e de l'arm&#233;e de Langle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey lance contre ce nouvel assaillant ses seules forces disponibles, deux bataillons actifs, conduits par leur g&#233;n&#233;ral de brigade, qui r&#233;tablissent la situation en reprenant de haute lutte le village de Onhaye. La division de r&#233;serve se reforme et le coup est par&#233;. Cette vive action a arr&#234;t&#233; l'arm&#233;e saxonne pour deux jours. Mais l'un des corps du centre a c&#233;d&#233;. Le mar&#233;chal French &#224; gauche se trouve isol&#233;, en fl&#232;che, attaqu&#233; par l'arm&#233;e von Kluck, et il a d&#251; reculer. Le g&#233;n&#233;ral Lanrezac, revenu &#224; son Q.&#8239;G. de Chimay, envisage l'ensemble de la situation de son arm&#233;e, et il prend la d&#233;cision de battre en retraite. Mais, c'est seulement par le G.&#8239;Q.&#8239;G. de Vitry-le-Fran&#231;ois que le mar&#233;chal French est pr&#233;venu de ce mouvement qui d&#233;couvre sa droite : l'insuffisance, ou plut&#244;t l'absence de liaison entre les deux arm&#233;es &#233;clate &#224; ce moment. La responsabilit&#233; est commune aux deux &#201;tats-majors, mais elle retombe dans sa presque totalit&#233; sur l'&#201;tat-major fran&#231;ais, d'abord et surtout parce que c'est l'arm&#233;e fran&#231;aise qui se repliait et qui devait pr&#233;venir sa voisine, mais aussi parce que, se croyant mieux instruit, l'&#201;tat-major fran&#231;ais avait le devoir de veiller au bien commun ; enfin le concours pr&#234;t&#233; par l'Angleterre &#224; la France avait une port&#233;e morale qu'on ne pouvait mesurer &#224; la quotit&#233; des effectifs d&#233;barqu&#233;s ; il aurait fallu que l'&#201;tat-Major fran&#231;ais pass&#226;t par-dessus les malentendus fatals au d&#233;but et se mit &#224; la temp&#233;rature de la nation qui, naturellement et sans calcul, accueillait l'aide britannique, dont personne ne pouvait soup&#231;onner l'importance future, avec toute la chaleur de son grand c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24, le g&#233;n&#233;ral Joffre coordonne la retraite qu'il n'a pas command&#233;e et prescrit au g&#233;n&#233;ral Lanrezac de prendre son appui de gauche sur Maubeuge, tout en restant li&#233; &#224; la 3e arm&#233;e de Langle ; le 25, la 5e arm&#233;e Lanrezac a pu traverser la difficile for&#234;t d'Ardenne ; une initiative opportune a utilis&#233; des unit&#233;s de r&#233;serve pour couvrir son flanc droit et arr&#234;ter les t&#234;tes de colonnes de l'arm&#233;e saxonne von Hausen qui ont franchi la Meuse vers Givet, et la 5e arm&#233;e se trouve sur la ligne Rocroy-Hirson-Avesnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note adress&#233;e le 24 ao&#251;t aux arm&#233;es fran&#231;aises, le g&#233;n&#233;ral Joffre a condens&#233; les enseignements qui r&#233;sultent des premiers combats et signal&#233; &#224; tous les fautes qui ont amen&#233; de graves m&#233;comptes : il a rappel&#233; la n&#233;cessit&#233; de la liaison entre l'infanterie et l'artillerie, la pr&#233;paration des attaques par le canon, les formations dilu&#233;es que doit prendre la troupe assaillante, l'organisation de la position apr&#232;s sa conqu&#234;te, l'appui d'infanterie &#224; donner &#224; la cavalerie, qui doit savoir m&#233;nager ses chevaux. Il a pris des sanctions malheureusement n&#233;cessaires en changeant le commandement de certaines grandes unit&#233;s et il continuera. Le 25, son instruction g&#233;n&#233;rale no 2 oriente les commandants d'arm&#233;e. En pr&#233;cisant l'axe de retraite assign&#233; &#224; chaque arm&#233;e, il indique nettement son intention de constituer &#224; sa gauche, au moyen des 3e 4e et 5e arm&#233;es et de l'arm&#233;e anglaise, une masse capable de reprendre l'offensive d&#232;s que les circonstances le permettront ; une 6e arm&#233;e Maunoury va se former vers Amiens avec les divisions venant de l'arm&#233;e de Lorraine, de l'arm&#233;e d'Alsace et du camp retranch&#233; de Paris (7 divisions, qui seront ensuite renforc&#233;es de trois autres divisions). Une instruction particuli&#232;re du 27 prescrit &#224; la 6e arm&#233;e une offensive sur la droite ennemie, afin de l'envelopper. Le g&#233;n&#233;ral Joffre pense que cette arm&#233;e pourra prononcer son mouvement vers le 2 septembre, quand le reste des arm&#233;es fran&#231;aises sera vers la ligne Reims-Verdun. Car la droite (1re et 2e arm&#233;es) doit tenir ses positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 3e et la 4e arm&#233;es arrivent sur la Meuse. La 3e arm&#233;e y combat le 28, avec succ&#232;s dans l'ensemble, particuli&#232;rement vers sa gauche. Elle pourrait sans doute rejeter l'ennemi sur la rive droite dans la journ&#233;e du lendemain, mais le moment n'est pas venu d'une offensive g&#233;n&#233;rale et le g&#233;n&#233;ral Joffre maintient l'ordre de retraite pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 5e arm&#233;e, qui a sa gauche vers Avesnes, donne la main &#224; la 4e entre Rocroy et M&#233;zi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e anglaise est le 24 vers Maubeuge ; sa gauche parvient le 25 vers Le Cateau, renforc&#233;e d'une division qui vient de d&#233;barquer. Mais sa droite, qui retraite sur Landrecies, y est attaqu&#233;e violemment dans la soir&#233;e ; la cavalerie anglaise montre sa sup&#233;riorit&#233; sur la division de cavalerie de la garde allemande, et deux divisions de r&#233;serve fran&#231;aises d&#233;gagent la droite britannique. Le 26, la gauche anglaise et le centre (40&#8239;000 hommes) sont menac&#233;s d'&#234;tre coup&#233;s et envelopp&#233;s par le gros de l'arm&#233;e von Kluck (180&#8239;000 hommes) ; deux divisions de r&#233;serve de l'arm&#233;e d'Amade et le corps de cavalerie Sordet les d&#233;gagent, et, le 28, l'arm&#233;e anglaise occupe la ligne La F&#232;re-Noyon. Elle a &#233;chapp&#233; &#224; l'emprise allemande et ne sera plus s&#233;rieusement menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Joffre est venu conf&#233;rer avec sir John French le 26 &#224; Saint-Quentin et le 27 &#224; Noyon. Il l'a remerci&#233; officiellement le 27 &#171; pour les inappr&#233;ciables services rendus par l'arm&#233;e britannique pendant les derniers jours ; &#187; il l'a assur&#233; qu'&#224; sa droite la 5e arm&#233;e recevra des ordres pour le d&#233;livrer de la pression exag&#233;r&#233;e de l'ennemi, en m&#234;me temps qu'une 6e arm&#233;e va se former &#224; sa gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, vers Amiens les divisions de l'arm&#233;e Maunoury commen&#231;aient &#224; arriver ; mais l'avance ennemie les obligeait &#224; reporter plus au Sud leurs gares de d&#233;barquement. Cette arm&#233;e Maunoury se formait cependant et son chef annon&#231;ait qu'il serait pr&#234;t &#224; attaquer d&#232;s le 1er septembre, si la situation le commandait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28, un nouvel entretien r&#233;unit &#224; Compi&#232;gne le g&#233;n&#233;ral Joffre et les chefs de l'arm&#233;e anglaise. Les pertes subies &#224; Landrecies et surtout au Cateau sont enfin connues (environ 15&#8239;000 hommes) et ont vivement frapp&#233; le commandement ; un commandant de corps d'arm&#233;e propose la retraite vers la mer et le rembarquement pour l'Angleterre, Ce &#171; conseil du d&#233;sespoir &#187; est &#233;cart&#233;, mais la base navale sera report&#233;e de la Manche sur l'Oc&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 28 et 29, l'arm&#233;e Lanrezac fait front pour ralentir l'avance allemande. Malgr&#233; quelque flottement vers la gauche, les trois corps de droite remportent &#224; Guise un beau succ&#232;s et regagnent du terrain. Mais cette avance ne pouvait &#234;tre maintenue : la droite de l'arm&#233;e Lanrezac &#233;tait trop &#233;loign&#233;e de l'arm&#233;e de Langle, et &#224; sa gauche l'arm&#233;e anglaise continue &#224; battre en retraite. Sur place les combattants s'entendaient, mais dans les &#201;tats-Majors le particularisme continuait &#224; s&#233;vir : le 28, sir Douglas Haig, commandant le 1er corps, avait promis l'appui de son artillerie pour le 29, de son infanterie pour le 30 au soir, sous r&#233;serve de l'approbation du mar&#233;chal French ; mais la nuit il &#233;tait oblig&#233; de retirer cette promesse : &#171; en raison des instructions g&#233;n&#233;rales de l'arm&#233;e, il ne pouvait, &#224; son grand regret, participer &#224; cette op&#233;ration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul de l'arm&#233;e anglaise entra&#238;nait le reste de la ligne, et il devenait impossible de s'arr&#234;ter &#224; hauteur de Reims. Sur les instances du g&#233;n&#233;ral Joffre, le mar&#233;chal French dirige sa retraite vers l'Est de Paris, au lieu de l'Ouest, renon&#231;ant &#224; se rapprocher de ses bases maritimes ; sir John French a refus&#233; de s'arr&#234;ter le 31, malgr&#233; la demande pressante du Pr&#233;sident de la R&#233;publique, de lord Kitchener et du gouvernement britannique, &#171; parce que, dit-il, aucun signe d'arr&#234;t ne se manifestait sur la ligne des Alli&#233;s. &#187; La droite fran&#231;aise tient ferme en Lorraine avec les arm&#233;es Dubail et Castelnau ; afin de combler le vide qui se creuse entre les 4e et 5e arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral Joffre y forme un d&#233;tachement qui va s'appeler 9e arm&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Foch. Les transports de troupes sont incessants de la droite vers la gauche pour la formation de cette nouvelle arm&#233;e et le renforcement de la 6e arm&#233;e Maunoury. &#192; l'extr&#234;me gauche, les divisions de territoriale du g&#233;n&#233;ral d'Amade couvrent Rouen contre les entreprises de la cavalerie ennemie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er septembre, le g&#233;n&#233;ral Joffre oriente ses commandants d'arm&#233;e sur ses intentions par une instruction g&#233;n&#233;rale. Il constate la n&#233;cessit&#233; de prendre du champ en pivotant autour de sa droite pour &#233;chapper au mouvement d&#233;bordant qui menace sa gauche et pour regrouper et reconstituer ses forces ; &#171; d&#232;s que la 5e arm&#233;e aura &#233;chapp&#233; &#224; la menace d'enveloppement, les arm&#233;es reprendront l'offensive. &#187; Au centre, le mouvement de repli des arm&#233;es pourra se prolonger jusqu'au Sud de la ligne Bray-Nogent-sur-Seine-Arcis-sur-Aube-Vitry-le-Fran&#231;ois-Nord de Bar-le-Duc, &#171; sans que cette indication implique que cette limite doive forc&#233;ment &#234;tre atteinte. &#187; Les 1re et 2e arm&#233;es participeront &#224; l'offensive dans la mesure o&#249; les circonstances le permettront, de m&#234;me que les troupes mobiles du camp retranch&#233; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2, les intentions du g&#233;n&#233;ralissime fran&#231;ais se confirment et se pr&#233;cisent ; le mar&#233;chal French a propos&#233; de s'arr&#234;ter sur la Marne avec les arm&#233;es fran&#231;aises ; et il convient de signaler cette intention de couvrir Paris, cette aide effective et cordiale qui s'offre spontan&#233;ment : elle montre que l'id&#233;e de la man&#339;uvre expos&#233;e dans les instructions du 25 ao&#251;t et du 1er septembre a &#233;t&#233; comprise. Mais le g&#233;n&#233;ral Joffre estime que le moment de l'offensive n'est pas encore venu et demande seulement &#224; l'arm&#233;e anglaise de tenir quelque temps sur la Marne comme elle offre de le faire, tout en se d&#233;clarant tr&#232;s &#233;prouv&#233;e, puis de se replier sur la Seine, o&#249; elle s'&#233;tablira de Melun &#224; Juvisy en participant &#224; la d&#233;fense du camp retranch&#233; de Paris. Il pr&#233;viendra le mar&#233;chal French de la date de l'offensive, &#224; laquelle il lui demandera de prendre part &#171; dans un d&#233;lai assez rapproch&#233; &#187;. Et sir John French r&#233;pond sur le ton le plus amical qu'il a parfaitement compris la man&#339;uvre et il promet &#171; une cordiale coop&#233;ration en toutes choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le 2 septembre, sur l'avis du g&#233;n&#233;ralissime, le Gouvernement a quitt&#233; Paris, apr&#232;s quelques h&#233;sitations ; le Pr&#233;sident de la R&#233;publique, le Pr&#233;sident du Conseil Viviani, le vice-pr&#233;sident Briand auraient voulu se transporter aux arm&#233;es, pendant que le reste du Gouvernement serait parti pour Bordeaux ; mais cette solution fut &#233;cart&#233;e et le Gouvernement tout entier s'installa &#224; Bordeaux. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni avait &#233;t&#233; nomm&#233; le 25 ao&#251;t gouverneur et commandant en chef des arm&#233;es de Paris, mais &#224; cette date Paris est dans la zone des arm&#233;es et sous le commandement du g&#233;n&#233;ral Joffre. En lui demandant ses instructions le 3 au matin, le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni indique son intention de se d&#233;fendre &#224; outrance, mais ne parle pas de prendre l'offensive. Le g&#233;n&#233;ral Joffre lui r&#233;pond dans la nuit du 3 au 4 en lui faisant pr&#233;voir la coop&#233;ration des troupes actives de Paris dans la direction de Meaux, lors de l'offensive pr&#233;vue par son instruction du 1er septembre, sans pr&#233;ciser de date ; dans la journ&#233;e, il lui indique l'utilit&#233; de faire appuyer la gauche anglaise par une partie de l'arm&#233;e Maunoury, mais l'offensive g&#233;n&#233;rale n'appara&#238;t pas comme imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la journ&#233;e du 3 septembre cependant que les avions de reconnaissance ont commenc&#233; &#224; signaler le mouvement des colonnes allemandes, qui s'infl&#233;chit vers le Sud-Est, contournant le camp retranch&#233;. Les renseignements de la cavalerie et des avant-postes confirment ce mouvement. Aussi le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni prescrit le 4 au matin au g&#233;n&#233;ral Maunoury de se pr&#233;parer &#224; attaquer vers l'Est, dans le flanc des colonnes allemandes, en liaison avec les troupes anglaises, et le mande pr&#232;s de lui. Le mar&#233;chal French parait encore ind&#233;cis ; le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni va &#224; son quartier g&#233;n&#233;ral et, &#224; d&#233;faut du mar&#233;chal absent, il convainc son &#233;tat-major, qui croit pouvoir assurer la coop&#233;ration de l'arm&#233;e britannique. De retour &#224; Paris et fort de cette promesse, il conf&#232;re avec le g&#233;n&#233;ral Joffre par t&#233;l&#233;phone et signe aussit&#244;t son ordre d'attaque &#224; l'arm&#233;e Maunoury pour la journ&#233;e du lendemain 5 : la bataille de l'Ourcq va s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est l&#224; qu'un commencement, qui pouvait se limiter &#224; l'effort de l'arm&#233;e Maunoury et de l'arm&#233;e britannique, coup de boutoir &#224; peine plus important et mieux ajust&#233; que celui de Guise le 29 ao&#251;t. Est-ce vraiment le moment de l'offensive g&#233;n&#233;rale ? Faut-il arr&#234;ter les arm&#233;es fran&#231;aises avant la fin du repli primitivement envisag&#233; pour les jeter toutes ensemble en avant ? Faut-il attendre un ou deux jours que la droite allemande avec von Kluck soit encore plus avanc&#233;e dans la poche qu'elle ne soup&#231;onne pas et livrer bataille sur la Seine ? Mais les circonstances seront-elles alors aussi favorables et la gauche de l'arm&#233;e Lanrezac ne sera-t-elle pas compromise, ainsi que la droite de l'arm&#233;e anglaise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son quartier g&#233;n&#233;ral de Ch&#226;tillon-sur-Seine, &#224; la fin de la journ&#233;e du 4, au milieu des officiers qui lui apportent &#224; tout instant les renseignements sur l'immense front de ses arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral Joffre p&#232;se toutes ces raisons. L'occasion passe, que les anciens repr&#233;sentaient sous la figure d'une femme chauve, n'ayant qu'un cheveu&#8230; De sa forte main il saisit le cheveu, et se levant, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Eh bien ! Messieurs, on se battra sur la Marne ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette parole, qui a d&#233;cid&#233; du sort de la guerre, est traduite aussit&#244;t en ordres que le t&#233;l&#233;graphe et le t&#233;l&#233;phone transmettent aux arm&#233;es. Et le lendemain, de l'Ourcq aux Vosges, les soldats vibreront en &#233;coutant la parole immortelle de leur g&#233;n&#233;ral en chef : &#171; Au moment o&#249; s'engage une bataille d'o&#249; d&#233;pend le salut du pays, il importe de rappeler &#224; tous que le moment n'est plus de regarder en arri&#232;re : tous les efforts doivent &#234;tre employ&#233;s &#224; attaquer et &#224; refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, co&#251;te que co&#251;te, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plut&#244;t que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune d&#233;faillance ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BATAILLE DE LA MARNE ET LA COURSE &#192; LA MER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#232;s le 5 que la 6e arm&#233;e Maunoury, sur l'ordre du g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni, approuv&#233; par le g&#233;n&#233;ral Joffre, engage la bataille de l'Ourcq. Elle couvre Paris en faisant face au Nord et au Nord-Est ; elle se redresse dans cette journ&#233;e autour de sa droite pour faire face &#224; l'Est, en bousculant devant elle les arri&#232;re-gardes de von Kluck. Le lendemain 6 est le jour fix&#233; pour l'attaque g&#233;n&#233;rale. Von Kluck rappelle vers le Nord deux corps d'arm&#233;e qui faisaient face &#224; l'arm&#233;e anglaise dans la r&#233;gion de Coulommiers ; il a une forte sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique devant la gauche du g&#233;n&#233;ral Maunoury qui plie l&#233;g&#232;rement, et il a &#233;chapp&#233; au danger de l'enveloppement. Le 7 et le 8, la lutte devient tr&#232;s rude sur cette partie du champ de bataille ; le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni y envoie des renforts en utilisant les auto-taxis r&#233;quisitionn&#233;s dans Paris ; des alternatives de succ&#232;s et de revers, des mouvements inqui&#233;tants de va-et-vient font envisager au g&#233;n&#233;ral Maunoury la n&#233;cessit&#233; d'organiser une position de repli derri&#232;re la gauche, pour ne pas &#234;tre tourn&#233; &#224; son tour. Le 9, trois nouveaux corps d'arm&#233;e allemands l'attaquent avec violence ; une colonne de 15&#8239;000 hommes d&#233;bouche sur ses arri&#232;res et va forcer sa gauche &#224; se replier. Mais le g&#233;n&#233;ral Joffre lui annonce le succ&#232;s des autres arm&#233;es et le g&#233;n&#233;ral Maunoury ordonne de reprendre l'attaque, co&#251;te que co&#251;te. Il progresse, surtout par sa droite, en liaison avec l'arm&#233;e britannique, et il lance dans la nuit un ordre d'offensive g&#233;n&#233;rale pour la journ&#233;e du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Von Kluck n'avait attaqu&#233; que pour masquer sa retraite, car le mar&#233;chal French, marchant du Nord au Sud, mena&#231;ait de tourner sa gauche : l'avance fran&#231;aise ne rencontre plus que les arri&#232;re-gardes allemandes, et la poursuite commence pour ne s'arr&#234;ter qu'au Nord de l'Aisne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile droite de l'arm&#233;e anglaise &#233;tait reli&#233;e &#224; la 5e arm&#233;e d'Esp&#233;rey par le corps de cavalerie Conneau, qui n'avait pas de force offensive suffisante pour entamer l'action. On ne peut s'&#233;tonner que le d&#233;bouch&#233; de sir John French ait &#233;t&#233; un peu lent au d&#233;but. Les Allemands, en jetant devant lui les corps de cavalerie de von der Marwitz et de Richthofen, avaient r&#233;ussi &#224; ralentir sa marche. Pourtant, le 6, il &#233;tait &#224; Coulommiers ; le 7, il bousculait toute cette cavalerie ; le 8, le 1er corps sir Douglas Haig atteignait et accrochait les arri&#232;re-gardes ; le 9, les trois corps britanniques passaient la Marne et prenaient &#224; revers l'arm&#233;e von Kluck, qui devait battre en retraite en pleine nuit. &#8212; La grande poursuite commen&#231;ait le 10 et continua jusqu'au Chemin des Dames, infligeant d&#232;s le d&#233;but &#224; l'ennemi de lourdes pertes, capturant prisonniers, canons et mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bataille de la Marne. &#8212; La fa&#231;on vigoureuse dont entra dans la bataille la 5e arm&#233;e d'Esp&#233;rey fut certainement l'une des causes les plus importantes de la victoire. D&#232;s le 6, cette arm&#233;e avan&#231;ait r&#233;solument en repoussant une violente contre-attaque. Le 7, elle franchissait le Grand Morin et atteignait le Petit Morin. Le 8, elle d&#233;passait la ligne Vauchamps-Montmirail-Marchais. L'ennemi, tr&#232;s &#233;prouv&#233;, cessait de r&#233;sister s&#233;rieusement &#224; partir du 9, o&#249; elle franchit la Marne. Von B&#252;low tenta de faire t&#234;te au Sud et &#224; l'Ouest de Reims, mais il fut bouscul&#233; le 11 &#224; Thillois et ne se ressaisit que le 13 sur les positions au Nord du camp retranch&#233; (Berru-Brimont-Chemin des Dames).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e du 6, les Allemands attaquaient la 9e arm&#233;e Foch en m&#234;me temps qu'elle prenait l'offensive ; vraisemblablement ils cherchaient &#224; percer le front fran&#231;ais dans les plaines champenoises pour r&#233;pondre &#224; l'action de la 6e arm&#233;e fran&#231;aise sur leur droite ; quoi qu'il en soit, leur pointe &#233;tait l&#224;, avec une densit&#233; de troupes plus forte que sur le reste de leur ligne, et tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle que leur opposait la 9e arm&#233;e. &#8212; La droite du g&#233;n&#233;ral Foch r&#233;siste &#233;nergiquement et sa gauche progresse ; la situation reste stationnaire le 7, malgr&#233; des efforts vigoureux des deux c&#244;t&#233;s ; mais le 8, la progression de la gauche ne reprend que faiblement, tandis que la droite c&#232;de. La situation para&#238;t s&#233;rieuse, mais le g&#233;n&#233;ral Foch r&#233;pond de tout, et d'ailleurs l'avance du g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey doit fatalement le soulager, puisqu'il a tenu : car, &#224; la rigueur, il suffisait qu'il t&#238;nt sur ses positions sans se laisser couper d'avec l'arm&#233;e plac&#233;e &#224; sa gauche ; mais le g&#233;n&#233;ral Foch veut davantage : il ose, en pleine bataille, enlever la division Grossetti de sa gauche pour la porter &#224; sa droite qu'il d&#233;gage ainsi. L'arm&#233;e d'Esp&#233;rey est en mesure de lui pr&#234;ter un corps d'arm&#233;e qui d&#233;borde les marais de Saint-Gond par le Nord et il enl&#232;ve le ch&#226;teau de Mondement qui commande le plateau de S&#233;zanne. Ces belles man&#339;uvres am&#232;nent la retraite de l'ennemi. &#8212; Le g&#233;n&#233;ral Foch passe la Marne le 12 et donne la main &#224; l'arm&#233;e d'Esp&#233;rey &#224; l'Est de Reims.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa droite, la 4e arm&#233;e de Langle de Cary avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;prouv&#233;e par ses rudes batailles dans le Luxembourg et sur la Meuse ; son d&#233;bouch&#233; est particuli&#232;rement difficile. &#8212; C'est surtout l'avance de sa gauche qui importe &#224; l'ensemble du mouvement ; le g&#233;n&#233;ral de Langle y dirige donc un corps d'arm&#233;e que lui envoie le g&#233;n&#233;ral Dubail, puis deux divisions prises &#224; sa droite, qui se contentera de r&#233;sister. Cette gauche progresse faiblement les 6, 7, 8 ; la bataille, les 9 et 10, se concentre au milieu de sa ligne, autour de Vitry-le-Fran&#231;ois. Enfin, le g&#233;n&#233;ral de Langle est d&#233;gag&#233; par l'avance du g&#233;n&#233;ral Foch, comme le g&#233;n&#233;ral Foch l'avait &#233;t&#233; par l'avance du g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey. Il occupe Vitry et Sermaize le 11, sa gauche passe la Marne le 12, et suit la retraite de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 12 que le g&#233;n&#233;ral Joffre peut affirmer sa victoire dans un ordre du jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La bataille qui se livre depuis cinq jours s'ach&#232;ve en une victoire incontestable ; la retraite des Ire IIe et IIIe arm&#233;es allemandes s'accentue devant notre gauche et notre centre. &#192; son tour, la IVe arm&#233;e ennemie commence &#224; se replier au Nord de Vitry et de Sermaize. Partout l'ennemi laisse sur place de nombreux bless&#233;s et des quantit&#233;s de munitions. Partout on fait des prisonniers ; en gagnant du terrain, nos troupes constatent des traces de l'intensit&#233; de la lutte et de l'importance des moyens mis en &#339;uvre par les Allemands pour essayer de r&#233;sister &#224; notre &#233;lan. La reprise vigoureuse de l'offensive a d&#233;termin&#233; le succ&#232;s. Tous, officiers, sous-officiers et soldats, avez r&#233;pondu &#224; mon appel&#8230; Vous avez bien m&#233;rit&#233; de la patrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pivot Est de la man&#339;uvre. &#8212; Le 31 ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Sarrail avait remplac&#233; le g&#233;n&#233;ral Ruffey dans le commandement de la 3e arm&#233;e. L'ordre du g&#233;n&#233;ral Joffre avait suspendu l'offensive qu'il comptait prendre le 1er septembre, et qui malheureusement n'&#233;tait plus compatible avec la situation g&#233;n&#233;rale. Le 2, pour &#233;viter un trop grand allongement du front, il fallait se replier pour rester en liaison avec la 4e arm&#233;e qui retraitait, et le g&#233;n&#233;ral Joffre a d&#233;termin&#233; les troupes dont il doit renforcer la garnison de Verdun, envisageant ainsi la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouverait le g&#233;n&#233;ral Sarrail de laisser la d&#233;fense de cette place &#224; ses propres forces. Le g&#233;n&#233;ral Sarrail use r&#233;solument de la latitude qui lui est laiss&#233;e et s'accroche &#224; Verdun, allongeant sa gauche pour rester en liaison avec l'arm&#233;e de Langle et faisant en m&#234;me temps face au Nord pour d&#233;fendre la place, et face &#224; l'Est pour menacer de flanc l'arm&#233;e du kronprinz qui marche vers le Sud. Il re&#231;oit le 4 la directive suivante : &#171; La 3e arm&#233;e, dont la mission est d'op&#233;rer &#224; la droite du groupement principal de nos arm&#233;es, 4e, 9e et 5e se repliera lentement, en se maintenant, si possible, sur le flanc de l'ennemi et dans une formation lui permettant &#224; tout instant de passer facilement &#224; l'offensive, face au Nord-Ouest. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;l&#232;vements forc&#233;s sur la droite fran&#231;aise ont r&#233;duit la 3e arm&#233;e &#224; deux corps actifs et un groupe de divisions de r&#233;serve. Le 6 septembre, l'un de ces corps attaque vers le Nord et l'autre vers l'Ouest, avec une division de cavalerie pour relier les deux attaques. Mais c'est le moment que le kronprinz a choisi pour couper la 3e arm&#233;e de la 4e et encercler Verdun. Il enl&#232;ve Revigny, et d&#233;j&#224; sa cavalerie tente le passage de cette br&#232;che qui doit l'amener sur les arri&#232;res de nos 1re et 2e arm&#233;es, quand elle se heurte &#224; un corps que le g&#233;n&#233;ral Joffre a enlev&#233; au g&#233;n&#233;ral de Castelnau pour combler le vide croissant entre les arm&#233;es Sarrail et de Langle. L'artillerie de ce corps d'arm&#233;e fait merveille et r&#233;tablit la situation. Le 10, le kronprinz &#233;choue dans une violente attaque contre le 6e corps &#224; la ferme de Vaux-Sainte-Marie, tandis qu'un corps allemand, parti de Metz pour prendre notre ligne &#224; revers, &#233;choue dans la Wo&#235;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de la situation d&#233;gage enti&#232;rement la 3e arm&#233;e le 12 et elle suit la retraite de l'arm&#233;e du kronprinz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me droite, la 1re arm&#233;e Dubail et la 2e Castelnau ne cessaient de s'affaiblir par les pr&#233;l&#232;vements incessants qu'exigeait le renforcement du centre et de la gauche fran&#231;ais, tandis qu'au contraire l'arm&#233;e du kronprinz Ruprecht de Bavi&#232;re et l'arm&#233;e von Heeringen se renfor&#231;aient par des formations nouvelles. L'offensive entam&#233;e par les arm&#233;es fran&#231;aises apr&#232;s la victoire de la trou&#233;e de Charmes s'arr&#234;te peu &#224; peu, &#224; cause de cette disproportion de forces, des organisations d&#233;fensives de l'ennemi, qui se perfectionnent, et de son artillerie lourde, qui se met en batterie ; du 24 ao&#251;t au 2 septembre, on s'enterre des deux c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne fran&#231;aise tient le Grand-Couronn&#233; de Nancy avec un groupement de divisions de r&#233;serve, puis la Mortagne, et rejoint les Vosges par le col de la Chipotte au Sud de Saint-Di&#233;, qui a &#233;t&#233; pris le 27 par les Allemands. Les deux partis attachent une &#233;gale importance &#224; la position de Nancy, dont la prise ouvrirait une large br&#232;che dans la ligne fran&#231;aise et ferait sauter un large pan de la d&#233;fense, en produisant un grand effet moral. Le 4, l'attaque se prononce sur un large front, avec quelques succ&#232;s locaux ; le 5, la ligne tient bon au Sud de Nancy ; l'ennemi d&#233;bouche des bois au pied du Grand-Couronn&#233; ; les 6 et 7 la bataille s'acharne autour du mont d'Amance et de la Montagne Sainte-Genevi&#232;ve ; l'ennemi avance au prix de pertes consid&#233;rables ; la question de l'&#233;vacuation de Nancy se pose : ne vaut-il pas mieux se replier derri&#232;re la Meurthe et la Mortagne, o&#249; la position Saffais-Belchamp offre une bonne ligne de r&#233;sistance ? Le g&#233;n&#233;ral Joffre prescrit de garder &#224; tout prix le Grand-Couronn&#233; et, peu &#224; peu, la bataille languit. L'empereur Guillaume II, qui a pr&#233;par&#233; son entr&#233;e triomphale dans la capitale lorraine, doit retourner &#224; Metz avec son escorte triomphale. Vaincu sur la Marne, l'ennemi ne peut continuer son attaque contre la droite fran&#231;aise. Le 12, il bat en retraite et les troupes fran&#231;aises rentrent dans Pont-&#224;-Mousson, Nom&#233;ny, Lun&#233;ville, Saint-Di&#233;, Baccarat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La course &#224; la mer. &#8212; Au milieu de septembre, l'arm&#233;e allemande fait front, les deux arm&#233;es se fixent de plus en plus &#224; l'Est et au centre et cherchent &#224; d&#233;border r&#233;ciproquement l'aile Nord de leur adversaire. La 5e arm&#233;e d'Esp&#233;rey et l'arm&#233;e anglaise disputent le Chemin des Dames. La 6e arm&#233;e Maunoury s'&#233;tend entre l'arm&#233;e anglaise et l'Oise vers Noyon, et &#224; sa gauche quatre divisions territoriales et un corps de cavalerie sont sur la Somme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 18 septembre, la 2e arm&#233;e Castelnau quitte la Lorraine et vient d&#233;barquer ses trois corps d'arm&#233;e entre l'Oise et la Somme, et la lutte devient tr&#232;s rude dans la r&#233;gion Roye-Lassigny, avec des oscillations dont l'amplitude va en diminuant. Mais les arm&#233;es allemandes tirent de leur front convexe une plus grande facilit&#233; de transport vers la gauche fran&#231;aise, et le g&#233;n&#233;ral Joffre, qui la sent de plus en plus menac&#233;e, cr&#233;e vers Arras le 30 septembre une nouvelle arm&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral de Maud'huy. La situation &#233;tait si grave au commencement d'octobre que le commandement local envisageait la retraite sur la Somme, qui e&#251;t livr&#233; &#224; l'ennemi la c&#244;te de la Manche jusqu'&#224; l'embouchure de cette rivi&#232;re. Repoussant cette proposition, qui pourrait avoir sur la suite des op&#233;rations les cons&#233;quences les plus graves, le g&#233;n&#233;ral Joffre envoya sur place le g&#233;n&#233;ral Foch, avec le titre d'adjoint au commandant en chef, et la mission de commander les op&#233;rations dans la r&#233;gion Nord et de coordonner l'action des troupes fran&#231;aises avec celle des Alli&#233;s anglais et belges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'arm&#233;e britannique, sur l'instance tr&#232;s raisonnable du mar&#233;chal French, &#233;tait transport&#233;e dans le Nord vers Hazebrouck du 5 au 20 octobre ; sir John French avait bien voulu admettre que les divisions pourraient &#234;tre engag&#233;es en cas d'urgence d&#232;s leur arriv&#233;e, sans attendre le rassemblement g&#233;n&#233;ral de ses forces. La confraternit&#233; d'armes s'&#233;tablissait de plus en plus. Anvers, o&#249; s'&#233;tait repli&#233;e l'arm&#233;e belge &#224; partir du 13 septembre, &#233;tait bombard&#233; depuis le 28, et tomba le 9 octobre. La retraite de l'arm&#233;e belge sur l'Yser fut prot&#233;g&#233;e par une division anglaise et la brigade de fusiliers marins fran&#231;ais qui avaient pris position en avant de Gand. Le g&#233;n&#233;ral d'Urbal prit le commandement de l'arm&#233;e fran&#231;aise de Belgique que des renforts port&#232;rent bient&#244;t &#224; cinq corps d'arm&#233;e et deux divisions de cavalerie. Le front des Flandres &#233;tait constitu&#233; et la gauche des Alli&#233;s s'&#233;tendait jusqu'&#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'Yser, des combats s'engag&#232;rent &#224; partir du 16 octobre et dur&#232;rent jusqu'au 10 novembre. La division Grossetti r&#233;tablit la situation &#224; Nieuport et soutint l'arm&#233;e belge ext&#233;nu&#233;e et manquant de munitions, jusqu'&#224; ce qu'elle p&#251;t border la rivi&#232;re &#224; Dixmude ; la brigade de fusiliers marins, command&#233;e par l'amiral Ronarc'h, se couvrit de gloire, avec les bataillons s&#233;n&#233;galais, trop oubli&#233;s. Plus au Sud, vers Ypres, la ligne des Alli&#233;s formait un saillant difficile &#224; tenir et violemment attaqu&#233;, parce qu'il barrait la route entre l'Yser et la Lys. La bataille y fit rage du 25 octobre au 13 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arm&#233;es allemandes du duc de Wurtemberg et du prince Ruprecht de Bavi&#232;re, chacune de 5 corps d'arm&#233;e, sont venues soutenir les 4 corps de cavalerie de von der Marwitz et sont &#224; pied d'&#339;uvre le 21 octobre ; 5 corps d'arm&#233;e nouveaux les renforcent en pleine bataille avec des unit&#233;s d'Ersatz. L'empereur Guillaume II est &#224; Courtrai, animant de sa pr&#233;sence les 800&#8239;000 Allemands qui se heurtent au nouveau front d'Arras &#224; Nieuport et, concentrant bient&#244;t leur effort dans la r&#233;gion d'Ypres, veulent percer pour rejeter &#224; la mer les forces alli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Belges se battent pour conserver &#224; leur pavillon le dernier lambeau de territoire qui leur reste, les Anglais pour prot&#233;ger les ports de la Manche contre l'&#233;tablissement des bases sous-marines et a&#233;riennes qui menaceraient directement leur &#238;le, les Fran&#231;ais pour sauver leur patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les inondations se tendent sur l'Yser ; les d&#233;fenses s'organisent, l'ordre se met dans la confusion in&#233;vitable du d&#233;but ; cavaliers pied &#224; terre et fantassins, Fran&#231;ais avec Anglais et Belges cessent de combattre p&#234;le-m&#234;le. Le g&#233;n&#233;ral Foch, sans avoir le commandement effectif, sait inspirer &#224; tous la confiance qui l'anime, la t&#233;nacit&#233; dans la r&#233;sistance, l'ardeur dans La contre-attaque ; un prestige croissant donne &#224; ses conseils l'autorit&#233; qui emporte les &#201;tats-Majors alli&#233;s vers les solutions viriles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux moments les plus graves, o&#249; la volont&#233; du chef pourrait vaciller, le g&#233;n&#233;ral Foch arrive avec son optimisme serein et communicatif, un clair r&#233;sum&#233; de la situation ponctu&#233; de gestes expressifs, une d&#233;cision &#233;nergique qu'il condense parfois en une courte note laiss&#233;e &#224; port&#233;e de la main : le g&#233;n&#233;ral Foch ne commande pas, il persuade, et cet avis n'est nullement un ordre ; mais il reste l&#224;, &#233;crit, suggestionne la volont&#233;, prolonge et mat&#233;rialise la parole du g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais, apr&#232;s que d'autres devoirs ont appel&#233; son action sur d'autres points du champ de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; il est besoin, les troupes fran&#231;aises arrivent en renfort ou agissent par des attaques lat&#233;rales : les Alli&#233;s constatent de leurs yeux que c'est &#224; tous que le g&#233;n&#233;ral Foch demande le maximum d'effort, et ils le donnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point critique de l'action fut d&#233;pass&#233; le 31 octobre. Mais l'arriv&#233;e de la garde allemande fut le signal d'une violente attaque les 10 et 11 novembre. Puis la lutte s'amortit, les d&#233;fenses s'&#233;tablirent des deux c&#244;t&#233;s, et au milieu de novembre, le front se fixa. Dans les deux camps, on s'&#233;tait enterr&#233; de plus en plus dans des organisations qui se perfectionnaient chaque jour. Les lignes de tranch&#233;es se doublaient, se triplaient, r&#233;unies par des boyaux et par des bretelles permettant de cloisonner toute avance de l'adversaire. Des nappes de fil de fer s'&#233;tendaient en avant des fronts, toujours plus denses et plus compliqu&#233;es ; les abris souterrains se perfectionnaient, les deuxi&#232;mes positions se cr&#233;aient, puis les positions de repli, les centres de r&#233;sistance, dot&#233;s d'enceinte continue. L'attaque recherchait en m&#234;me temps les proc&#233;d&#233;s nouveaux contre cette d&#233;bauche impr&#233;vue de moyens d&#233;fensifs et de nouveaux engins s'improvisaient. Les Allemands mettaient en batterie des lance-mines de divers calibres, les Fran&#231;ais exhumaient du fond des arsenaux les mortiers lisses des anciens si&#232;ges. Les mod&#232;les de grenades variaient &#224; l'infini ; les charges allong&#233;es et les brouettes blind&#233;es se pr&#233;paraient a d&#233;truire les r&#233;seaux de fils de fer. De la Suisse &#224; la mer du Nord, la guerre de mouvement &#233;tait termin&#233;e et la guerre de positions commen&#231;ait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapide expos&#233; permet de saisir les conditions qui ont pr&#233;sid&#233; au d&#233;but de la grande guerre et d'expliquer les premiers revers des arm&#233;es fran&#231;aises et les succ&#232;s qui les ont suivis. En 1911, le plan 17 avait avanc&#233; la zone de concentration des arm&#233;es fran&#231;aises parce qu'une &#233;tude plus serr&#233;e des transports avait permis de gagner plusieurs jours sur les premiers calculs ; ce changement couvrait contre l'invasion ennemie une notable partie du territoire fran&#231;ais et donnait satisfaction au principe de l'offensive qui r&#233;gnait alors dans tous les &#233;tats-majors. La violation du territoire belge par les arm&#233;es allemandes &#233;tait pr&#233;vue, par une variante qui portait en ligne l'arm&#233;e gard&#233;e en r&#233;serve. Cette variante joua d&#232;s le 2 ao&#251;t, &#233;tendant jusqu'&#224; M&#233;zi&#232;res le front qui s'arr&#234;tait primitivement &#224; Longwy. Mais le commandement fran&#231;ais ne pensait pas que le mouvement d&#233;bordant &#224; travers la Belgique d&#251;t s'&#233;tendre sur la rive Nord de la Meuse, parce qu'il ne croyait pas que les Allemands emploieraient leurs divisions de r&#233;serve en premi&#232;re ligne d&#232;s le d&#233;but des op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confirm&#233; dans cette id&#233;e par les premiers renseignements sur l'ennemi, malheureusement tr&#232;s incomplets, le g&#233;n&#233;ral Joffre indique le 8 ao&#251;t son intention de livrer la bataille sur tout son front, la droite au Rhin : dans son instruction g&#233;n&#233;rale no 1, le r&#244;le de sa gauche reste encore ind&#233;cis et d&#233;pendra des circonstances. Par suite de l'importance des forces allemandes qui s'engagent en Belgique, il est amen&#233; en effet &#224; l'&#233;tendre un peu tardivement vers le Nord jusqu'&#224; la Sambre et &#224; donner la main &#224; l'arm&#233;e anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille s'engage le 20 en Lorraine avec les arm&#233;es Dubail et Castelnau, le 21 en Luxembourg avec les arm&#233;es Ruffey et de Langle, qui toutes ont l'ordre d'attaquer. L'arm&#233;e Lanrezac, qui a le m&#234;me ordre, n'est en mesure de l'ex&#233;cuter que le 23, parce que ses renforts ne sont pas arriv&#233;s, mais elle est elle-m&#234;me attaqu&#233;e d&#232;s le 21. Dans cette bataille des fronti&#232;res, les troupes fran&#231;aises &#233;prouvent un grave &#233;chec parce que leur instruction a &#233;t&#233; pouss&#233;e uniquement dans le sens d'une offensive brutale, que leur armement est insuffisant en mitrailleuses et en canons lourds, que leur r&#232;glement ne leur permet pas de profiter de la sup&#233;riorit&#233; de leur canon de campagne dans la pr&#233;paration des attaques, et que des fautes de commandement viennent exag&#233;rer encore les insuffisances de mat&#233;riel et les d&#233;fauts de l'instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les raisons techniques qu'il faut chercher avant tout les causes de ces premiers revers. Sans doute, l'organisation des r&#233;serves &#233;tait insuffisante dans l'arm&#233;e fran&#231;aise ; leur encadrement &#233;tait n&#233;glig&#233;, et l'effectif du temps de paix ne permettait pas de donner aux corps de r&#233;serve un certain nombre de r&#233;giments actifs, comme dans l'arm&#233;e allemande. Sans doute, la variante pr&#233;vue pour l'invasion de la Belgique &#233;tait insuffisante, et il e&#251;t fallu une deuxi&#232;me variante admettant le mouvement &#224; large envergure pr&#233;vu par Falkenhausen avec une large utilisation des r&#233;serves, par Bernhardi avec un sacrifice vers l'Est. Mais si le groupe des arm&#233;es Ruffey et de Langle avait remport&#233; un v&#233;ritable succ&#232;s, les arm&#233;es von B&#252;low et von Kluck eussent &#233;t&#233; singuli&#232;rement compromises, toutes leurs communications resserr&#233;es, puis menac&#233;es. Et les arm&#233;es du Luxembourg, m&#234;me en cas d'action ind&#233;cise, auraient vu leurs adversaires reculer, si les arm&#233;es de Lorraine avaient avanc&#233;. Tel &#233;tait l'avantage de l'offensive que le g&#233;n&#233;ral Joffre prenait r&#233;solument, toutes forces r&#233;unies, la droite au Rhin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite s'imposait sur tout le front par suite de nombreux &#233;checs locaux, dont quelques-uns &#233;taient d'importance. Elle s'accompagna de coups de boutoir vigoureusement port&#233;s qui facilit&#232;rent le regroupement des unit&#233;s, leur remise en mains, leur renforcement. L'instruction g&#233;n&#233;rale no 2 du 20 ao&#251;t avait pr&#233;vu une nouvelle offensive vers le 2 septembre, men&#233;e par la gauche alli&#233;e convenablement renforc&#233;e : les circonstances recul&#232;rent l'ex&#233;cution de ce projet, mais il resta dans l'id&#233;e de tous. La n&#233;cessit&#233; de prendre du champ s'&#233;tant impos&#233;e, l'instruction g&#233;n&#233;rale no 4 du 1er septembre indiqua une nouvelle limite beaucoup plus &#233;loign&#233;e &#171; sans que cette limite doive forc&#233;ment &#234;tre atteinte ; &#187; en reculant, le g&#233;n&#233;ral Joffre pivote autour de sa droite, mais il ordonne : &#171; D&#232;s que la 5e arm&#233;e aura &#233;chapp&#233; &#224; la menace d'enveloppement, les arm&#233;es reprendront l'offensive. &#187; Tous ses subordonn&#233;s imm&#233;diats connaissent donc l'intention du commandant en chef de passer &#224; l'offensive d&#232;s que les circonstances le permettront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni constate le 3 le mouvement de glissement des arm&#233;es allemandes vers l'Est de Paris. Le 4 au matin, il prend d'initiative toutes ses dispositions pour porter dans le flanc de l'ennemi la 6e arm&#233;e Maunoury, qui devra &#234;tre pr&#234;te &#224; attaquer le 5 septembre. Par son action personnelle, il l&#232;ve les derni&#232;res h&#233;sitations de l'&#201;tat-Major anglais, qui promet le concours de ses forces. Il pr&#233;sente alors au g&#233;n&#233;ral Joffre un ensemble de renseignements concordants et de dispositions heureuses qui d&#233;termineront la d&#233;cision du g&#233;n&#233;ral en chef d'avancer l'heure de l'offensive. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni a donc une part des plus grandes dans la victoire de la Marne, et sa gloire laisse enti&#232;re celle du mar&#233;chal Joffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute de l'ennemi qui se pr&#233;sentait t&#234;te baiss&#233;e dans une sourici&#232;re s'explique par bien des raisons ; l'&#201;tat-major allemand n'avait pas &#233;chapp&#233; &#224; la d&#233;formation des travaux sur la carte, qui sch&#233;matisent la guerre et en exag&#232;rent le caract&#232;re g&#233;om&#233;trique. L'&#233;tat des troupes, le caract&#232;re des chefs, les mille impond&#233;rables qui d&#233;cident du succ&#232;s ne trouvent point de place dans les &#233;tudes th&#233;oriques, tr&#232;s utiles, mais auxquelles il ne faut pas demander plus qu'elles ne peuvent donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une arm&#233;e qui bat en retraite doit &#234;tre poursuivie &#224; marches forc&#233;es, c'est pour l'adversaire une proie facile, &#224; laquelle il ne faut pas laisser le temps de souffler. Un camp retranch&#233; se pr&#233;sente, il faut le n&#233;gliger, car sa garnison, surtout s'il s'agit de la capitale d'un grand &#201;tat, est fix&#233;e par la d&#233;fense des organisations fortifi&#233;es, et son Gouverneur ne saurait l'aventurer sans engager gravement sa responsabilit&#233;. Telles furent les premi&#232;res r&#233;ponses des &#201;tats-majors allemands aux questions indiscr&#232;tes que, longtemps apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement, leur pos&#232;rent quelques journalistes neutres. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni, en jetant toutes ses forces actives dans la m&#234;l&#233;e, n'avait pas jou&#233; selon les r&#232;gles du jeu et il aurait &#233;t&#233; fort mal not&#233; dans un &#171; Kriegspiel &#187; du Grand &#201;tat-Major. Von Kluck dit &#224; l'un, pensivement : &#171; Nous avons peut-&#234;tre &#233;t&#233; trop savants. &#187; Et &#224; un autre, Su&#233;dois : &#171; Si vous voulez les raisons mat&#233;rielles de l'&#233;chec, reportez-vous aux journaux du temps ; ils vous parleront du manque de munitions, du ravitaillement d&#233;fectueux : tout ceci est exact. Mais il y a une raison qui prime les autres, une raison qui, &#224; mon avis, est enti&#232;rement d&#233;cisive : car elle a permis aux autres de se manifester&#8230; Eh bien ! &#8212; dit von Kluck en appuyant sur chaque syllabe et en me regardant attentivement, &#8212; c'est l'aptitude tout &#224; fait extraordinaire et particuli&#232;re au soldat fran&#231;ais de se ressaisir rapidement. C'est l&#224; un facteur qui se traduit difficilement en chiffres et qui, par cons&#233;quent, d&#233;route le calculateur le plus pr&#233;cis et le plus pr&#233;voyant. Que des hommes se fassent tuer sur place, c'est l&#224; une chose bien connue et escompt&#233;e dans chaque plan de bataille ; on pr&#233;voit que les compagnies X. Y. Z. doivent se faire tuer sans reculer &#224; tel endroit pr&#233;cis pendant tant et tant de temps et on en tire des conclusions utiles. Mais que des hommes ayant recul&#233; pendant dix jours, &#8212; et la voix de von Kluck semble s'alt&#233;rer, &#8212; que des hommes couch&#233;s par terre &#224; demi morts de fatigue puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c'est l&#224; une chose avec laquelle nous n'avons jamais appris &#224; compter ; c'est l&#224; une possibilit&#233; dont il n'a jamais &#233;t&#233; question dans nos &#201;coles de guerre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la victoire de la trou&#233;e de Charmes, ni celle de Guise, ni les actions vigoureuses qui s'&#233;taient produites au cours de cette longue retraite, n'avaient ouvert les yeux des &#201;tats-majors allemands sur l'&#233;tat r&#233;el des arm&#233;es fran&#231;aises : sur cette ligne immense, certains corps avaient d&#251; se replier sans avoir combattu, d'autres n'avaient eu que des actions heureuses, et ceux-l&#224; m&#234;me qui avaient le plus souffert br&#251;laient de se venger. La facult&#233; de rebondissement que poss&#232;de la nation fran&#231;aise et dont elle a donn&#233; tant de preuves au cours de sa longue histoire, para&#238;t inconnue de ses ennemis. On l'a dit tr&#232;s justement, c'est le soldat fran&#231;ais qui a vaincu sur la Marne. Oui, c'est bien la race qui a fait le miracle, et cette v&#233;rit&#233; ne fait qu'accro&#238;tre la gloire du Chef qui a cru en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fatigue g&#233;n&#233;rale et la p&#233;nurie de munitions dans les deux camps provoqua une accalmie ; l'attaque fran&#231;aise &#233;tait en inf&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle par son insuffisance en artillerie lourde et en mitrailleuses ; on s'enterra. La lutte se transporta vers le Nord, en terrain encore libre, mais les m&#234;mes causes y produisirent les m&#234;mes effets. La bataille de la Marne &#233;tait pour les Alli&#233;s une grande victoire, compl&#233;t&#233;e par le coup d'arr&#234;t qui maintenait les Allemands loin des c&#244;tes de la Manche. Cet ensemble fixait le sort de la guerre, mais les conditions de la lutte retardaient la d&#233;cision finale : en 1914, les moyens de d&#233;fense paraissaient sup&#233;rieurs aux moyens d'attaque et, dans ce duel fameux entre la cuirasse et l'obus, la cuirasse &#233;tait momentan&#233;ment la plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'unit&#233; de commandement que les Empires centraux devaient leurs victoires en Russie et en Serbie. M. Aristide Briand, pr&#233;sident du Conseil depuis le 30 octobre 1915, avait lanc&#233; une formule heureuse qui la pr&#233;parait pour l'Entente : L'unit&#233; d'action sur l'unit&#233; de front. &#201;videmment les arm&#233;es alli&#233;es ont d&#233;j&#224; b&#233;n&#233;fici&#233; d'une certaine solidarit&#233; : l'avance russe en Prusse orientale en ao&#251;t 1914 a eu son influence sur la victoire de la Marne, et r&#233;ciproquement les offensives d'Artois et de Champagne ont limit&#233; les progr&#232;s allemands en Pologne et en Livonie. Mais il fallait &#233;tablir une coordination permanente entre des actions tr&#232;s &#233;loign&#233;es, men&#233;es par des Gouvernements bien diff&#233;rents et avec des moyens bien dissemblables. Le 6 d&#233;cembre, les g&#233;n&#233;raux Joffre, Haig, Alexeieff et Cadorna se r&#233;unirent &#224; Chantilly sous la pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ralissime qui venait de recevoir le commandement de toutes les arm&#233;es fran&#231;aises, y compris celle de Salonique. Une offensive g&#233;n&#233;rale fut d&#233;cid&#233;e, qui devait commencer simultan&#233;ment sur tous les fronts, d&#232;s que l'arm&#233;e anglaise serait pourvue des renforts qu'elle attendait, et que l'arm&#233;e russe tr&#232;s &#233;prouv&#233;e aurait pu se reconstituer ; si l'ennemi attaque le premier sur un point du front, l'assailli sera secouru par ses alli&#233;s dans toute la limite du possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;j&#224;, au milieu de novembre 1915, le Haut Commandement germanique avait pris la d&#233;cision d'attaquer &#224; Verdun pendant l'hiver 1916 et en Italie au printemps, avec le Tyrol comme point de d&#233;part. La pr&#233;paration de ces deux offensives soulageait d'autant les fronts de Russie et de Serbie en artillerie lourde d'arm&#233;e et en divisions d'infanterie. Quelques actions locales occupent le d&#233;but de l'hiver et attirent l'attention des Alli&#233;s, vers la Champagne d'abord, &#224; Tahure, du 6 au 12 janvier ; vers les Flandres, &#224; Nieuport et Het-Sas, le 24 janvier ; vers l'Artois, &#224; Th&#233;lus le 23 janvier et &#224; Givenchy le 28 ; vers la Picardie le 29, &#224; Frise ; vers l'Alsace &#224; Seppois le 13 f&#233;vrier. Il s'agit moins d'atteindre des objectifs limit&#233;s que de rechercher par des exp&#233;riences pratiques dans quelles conditions il est possible de raccourcir beaucoup la pr&#233;paration d'artillerie n&#233;cessaire aux attaques en augmentant le nombre des batteries en action : on se contente alors de r&#233;glages sommaires, on tire sur zones &#233;troites, et la destruction est moins compl&#232;te qu'avec le m&#234;me nombre de projectiles tir&#233;s &#224; loisir ; mais l'effet moral et l'&#233;branlement physique produits par les d&#233;tonations r&#233;p&#233;t&#233;es et incessantes, par l'avalanche de fonte et d'acier qui ravage le terrain en quelques heures au point de rendre le paysage m&#233;connaissable, par les pertes qui font tomber brusquement l'effectif des d&#233;fenseurs sans possibilit&#233; de renforcement, voil&#224;, les facteurs nouveaux dont on &#233;tudie l'efficacit&#233;, et qui permettront d'enlever la position avant que l'adversaire ait eu le temps d'amener ses renforts en artillerie et en infanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de Verdun s'explique par sa situation en saillant dans le trac&#233; g&#233;n&#233;ral du front fran&#231;ais : c'est de ce fait un point faible. En outre, ce saillant est coup&#233; par la Meuse, et dans sa pointe le d&#233;fenseur aura &#224; livrer bataille avec une rivi&#232;re &#224; dos. Cette pointe est la t&#234;te de pont d'une attaque fran&#231;aise qui aurait comme objectif le bassin de Briey et Metz ; en la faisant sauter on ferme la porte, on rectifie la ligne et on consolide en m&#234;me temps la position &#224; Saint-Mihiel, o&#249; la ligne allemande est bien aventur&#233;e. C'est l&#224; un minimum de succ&#232;s, mais on peut bien esp&#233;rer la prise de tout le camp retranch&#233;, qui sera d'un consid&#233;rable effet moral et qui ouvrira dans la ligne fran&#231;aise une br&#232;che permettant tous les espoirs. Des deux voies qui permettaient le ravitaillement de Verdun l'une est coup&#233;e, l'autre le sera d&#232;s le d&#233;but de l'attaque, et le camp retranch&#233; ne disposera plus que d'un petit chemin de fer &#224; voie d'un m&#232;tre, le &#171; Meusien, &#187; tandis que sur le front allemand qui lui fait face viennent aboutir quatorze voies normales : les transports de troupes, de vivres et surtout de munitions sont donc tout en faveur de l'attaque, qui en outre aura pu pr&#233;parer ses ravitaillements &#224; l'avance, tandis que la d&#233;fense devra tout improviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industriels allemands ont attir&#233; l'attention du Haut Commandement sur la n&#233;cessit&#233; d'annexer le bassin de Briey, dont les mines de fer compl&#232;tent si bien les houill&#232;res de Sarrebruck et si, par &#233;puisement des deux partis, les n&#233;gociations s'engagent sur les positions de combat, sans qu'une action d&#233;cisive ait culbut&#233; l'un des deux adversaires, on tiendra forc&#233;ment compte de ces positions et il y a grand int&#233;r&#234;t &#224; gagner du terrain autour des mines convoit&#233;es. Enfin Verdun, pris par les Prussiens en 1792 et en 1870, est l'un des trois &#233;v&#234;ch&#233;s (Metz-Toul-Verdun) donn&#233;s &#224; la France par Henri II au XVIe si&#232;cle et o&#249; fut sign&#233; le trait&#233; de 843 qui a partag&#233; l'Empire de Charlemagne entre ses trois petits-fils : cit&#233; gauloise, oppidum romain, citadelle du Roi Tr&#232;s Chr&#233;tien, camp retranch&#233; de la R&#233;publique Fran&#231;aise, Verdun a toujours exerc&#233; une fascination singuli&#232;re sur les imaginations germaniques, et sa prise, qui apparaissait comme relativement facile, pouvait &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233;e en elle-m&#234;me comme une grande victoire en Allemagne et dans tous les pays neutres. Telles sont les raisons qui ont motiv&#233; le choix de l'attaque allemande et ont fait &#233;carter des objectifs plus rapproch&#233;s de Paris et capables de procurer des avantages strat&#233;giques plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attention particuli&#232;re du Commandement et m&#234;me du Gouvernement fran&#231;ais avait &#233;t&#233; attir&#233;e sur Verdun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de la prise de Li&#232;ge, de Namur, d'Anvers et de Maubeuge et de plusieurs forts d'arr&#234;t en France, l'importance de la fortification permanente, &#8212; m&#234;me la plus moderne, &#8212; avait sembl&#233; bien diminu&#233;e. On pensait que les obusiers de gros calibres avaient la puissance de d&#233;truire ou de rendre intenable en quelques heures l'ouvrage le mieux organis&#233;, et que, par cons&#233;quent, les camps retranch&#233;s devaient se transformer compl&#232;tement, si on voulait leur permettre de jouer leur r&#244;le protecteur ; il fallait en reporter la d&#233;fense tr&#232;s en avant des anciens ouvrages et emp&#234;cher l'ennemi d'entreprendre un si&#232;ge qui ne pouvait se prolonger au del&#224; de quelques jours, de quelques heures peut-&#234;tre : le temps de mettre en batterie l'artillerie &#224; grande puissance et de r&#233;gler son tir sur des objectifs connus longtemps &#224; l'avance. En cons&#233;quence, un d&#233;cret du 3 ao&#251;t 1915 avait supprim&#233; les &#171; places fortes &#187; avec leur organisation autonome dans un p&#233;rim&#232;tre &#233;troitement limit&#233;, et elles avaient &#233;t&#233; remplac&#233;es par des &#171; r&#233;gions fortifi&#233;es &#187; beaucoup plus &#233;tendues. L'application de ce d&#233;cret avait donn&#233; lieu &#224; de f&#226;cheuses exag&#233;rations ; il fallait &#233;loigner de la place les ouvrages de d&#233;fense, puisque la port&#233;e des canons avait augment&#233;, mais c'&#233;tait une erreur de croire, comme conclusion d'exp&#233;riences encore mal connues, &#224; l'inefficacit&#233; compl&#232;te de la fortification, et il fallait simplement admettre que la protection des ouvrages devrait cro&#238;tre, comme toujours, avec la puissance des projectiles. &#192; Verdun en particulier, ce fut une faute de n&#233;gliger leur entretien et leur d&#233;fense. Les tourelles cuirass&#233;es n'ont subi que des avaries r&#233;parables, les abris profonds ou suffisamment b&#233;tonn&#233;s sont rest&#233;s constamment utilisables ; les forts et les ouvrages modernes ont &#233;t&#233; tels quels d'un tr&#232;s pr&#233;cieux secours, malgr&#233; leurs avaries ; les forts plus anciens ont n&#233;cessit&#233; des travaux d'approfondissement assez consid&#233;rables, mais ont pu servir utilement. Les troupes ont trouv&#233; par instants un abri sur, des repas chauds, des approvisionnements certains en vivres et en munitions et, gr&#226;ce &#224; cet ensemble, elles ne sont jamais arriv&#233;es au dernier degr&#233; d'&#233;puisement. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut pr&#233;voir que dans l'avenir la cuirasse et le b&#233;ton continueront &#224; jouer leur r&#244;le ; les abris se feront plus profonds, avec des communications enterr&#233;es dont certaines auront des amorces de d&#233;gagement &#224; ouvrir au dernier moment, selon plusieurs variantes &#233;tudi&#233;es &#224; l'avance ; r&#233;seaux t&#233;l&#233;phoniques et aqueducs &#224; l'&#233;preuve s'imposeront ; protection perfectionn&#233;e contre les gaz toxiques, ouvrages permanents &#224; compl&#233;ter en cas d'attaque par des abris de mitrailleuses en quinconces, etc&#8230; les moyens de la d&#233;fense continueront vraisemblablement &#224; se perfectionner en m&#234;me temps que les engins de l'attaque. Gagner du temps, garder un point d'appui important, &#233;conomiser les effectifs, tel a toujours &#233;t&#233; le r&#244;le de la fortification, qui ne donne jamais la d&#233;cision, mais qui peut permettre de la pr&#233;parer. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;gion fortifi&#233;e de Verdun &#233;tait sous le commandement du g&#233;n&#233;ral Herr, qui avait &#224; organiser sa d&#233;fense. Il &#233;tablit le trac&#233; et l'amorce de trois positions successives, de quatre sur certaines parties de son front, et demanda la main-d'&#339;uvre et les mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; leur cr&#233;ation. Mais les moyens &#233;taient limit&#233;s pour l'ensemble du front et le g&#233;n&#233;ral Herr ne put qu'&#233;baucher sa t&#226;che. Le colonel Driant, d&#233;put&#233; de Nancy, commandait un groupe de bataillons de chasseurs dans la r&#233;gion fortifi&#233;e de Verdun. Depuis longtemps inquiet de la situation, il en entretint la Commission de l'arm&#233;e de la Chambre, dont il faisait partie, et le Pr&#233;sident de la Commission signala cette inqui&#233;tude au ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni, qui demanda des &#233;claircissements au g&#233;n&#233;ral Joffre le 16 d&#233;cembre 1915. D&#232;s le surlendemain, le g&#233;n&#233;ral Joffre fit conna&#238;tre les dispositions g&#233;n&#233;rales qu'il avait prises sur tout son front, affirma, &#8212; un peu rapidement, &#8212; qu'elles &#233;taient r&#233;alis&#233;es &#224; Verdun, et se plaignit que le gouvernement e&#251;t accueilli des plaintes ou r&#233;clamations de ses subordonn&#233;s. Le g&#233;n&#233;ral Galli&#233;ni r&#233;pondit, au nom du Conseil des Ministres, que le gouvernement gardait toute sa confiance au g&#233;n&#233;ral en chef et &#233;carta ainsi tout conflit d'autorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin de 1915, la construction de voies &#233;troites, l'installation de d&#233;p&#244;ts de munitions et de nombreuses batteries se r&#233;v&#233;laient en Champagne en m&#234;me temps qu'en Lorraine, puis les indices se multipli&#232;rent dans la r&#233;gion de Verdun. Le 20 janvier, le g&#233;n&#233;ral Joffre y envoya en mission le g&#233;n&#233;ral de Castelnau, qu'il avait nomm&#233; major g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es fran&#231;aises apr&#232;s entente avec le gouvernement. Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau insista pour que des moyens d'action plus consid&#233;rables fussent mis en &#339;uvre dans cette r&#233;gion et l'obtint. &#192; partir du 1er f&#233;vrier, les travaux furent pouss&#233;s tr&#232;s activement gr&#226;ce &#224; deux divisions territoriales de renfort, mais il &#233;tait bien tard. En m&#234;me temps, une arm&#233;e se rassemblait sur les arri&#232;res de la r&#233;gion qui apparaissait comme de plus en plus menac&#233;e : la valeur de quatre corps d'arm&#233;e et une importante artillerie lourde. Mais la menace sur le front de Champagne n'&#233;tait pas &#233;cart&#233;e, et il e&#251;t &#233;t&#233; imprudent de fixer ces r&#233;serves en les introduisant pr&#233;matur&#233;ment sur le front m&#234;me. Comme on pr&#233;voyait que l'unique voie normale de ravitaillement, &#8212; Verdun-Sainte-Menehould, &#8212; serait coup&#233;e en cas d'attaque, la route Verdun-Bar-le-Duc fut charg&#233;e &#224; 7 m&#232;tres de large pour permettre une circulation intense des camions automobiles ; d'autre part, le Meusien, chemin de fer &#224; voie &#233;troite, avait &#233;t&#233; tr&#232;s am&#233;lior&#233;. En fait, toutes les pr&#233;cautions &#233;taient prises par les &#233;tats-majors pour approvisionner largement l'arm&#233;e toute pr&#234;te &#224; secourir Verdun, qui va se porter en ligne et qui ne manquera jamais ni de vivres, ni de munitions. Mais le g&#233;n&#233;ral Herr, qui commande la r&#233;gion fortifi&#233;e, n'a &#224; sa disposition sur les deux rives de la Meuse que neuf divisions d'infanterie et six r&#233;giments d'artillerie lourde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a devant lui en premi&#232;re ligne dix-sept et bient&#244;t dix-neuf divisions, appuy&#233;es d'un d&#233;ploiement d'artillerie jusqu'alors in&#233;gal&#233;. Le front allemand reste inerte depuis de longs mois. &#192; cette p&#233;riode de la guerre et pendant longtemps encore, on consid&#233;rait comme n&#233;cessaire de placer la troupe d'attaque &#224; distance d'assaut, 200 m&#232;tres ou 250 m&#232;tres, abrit&#233;e dans des parall&#232;les de d&#233;part, afin de raccourcir le plus possible l'espace &#224; parcourir en terrain d&#233;couvert, tout en lui &#233;pargnant les coups trop courts de son artillerie pendant la destruction des tranch&#233;es et des d&#233;fenses ennemies ; l'assaillant a pris soin de ne pas r&#233;v&#233;ler ses intentions par l'&#233;tablissement de ces parall&#232;les, et il reste dans sa ligne, &#233;loign&#233;e parfois de 800 m&#232;tres de la ligne fran&#231;aise, car aucun d&#233;fenseur n'y sera en &#233;tat de tirer apr&#232;s le bombardement inou&#239; qui est pr&#233;par&#233;, et les batteries fran&#231;aises, d&#233;truites ou d&#233;sorganis&#233;es, ne seront plus &#224; craindre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 f&#233;vrier &#224; 7&#8239;h.&#8239;15, le bombardement commen&#231;ait contre tout le front Nord de la r&#233;gion fortifi&#233;e, de Malancourt aux &#201;parges, &#8212; 22 kilom&#232;tres, &#8212; sur les deux rives de la Meuse. La destruction des premi&#232;res et deuxi&#232;mes positions et celle des batteries se poursuivent simultan&#233;ment par les calibres moyens (150 et 210) ; celle des ouvrages fortifi&#233;s par les gros calibres (280, 305, 380, 420) ; le tir est particuli&#232;rement intense entre la Meuse et la Wo&#235;vre. &#8212; Les tranch&#233;es et les boyaux sont &#224; peu pr&#232;s nivel&#233;s, les fils de fer ont disparu. Les crat&#232;res creus&#233;s par l'explosion des gros projectiles donnent &#224; tout le paysage un aspect lunaire, nouveau &#224; ce moment, et qui deviendra vite familier. &#192; 16&#8239;h.&#8239;45, entre le bois d'Hautmont et Herbebois, sur un front de 4 kilom&#232;tres, l'attaque d'infanterie sort par trois vagues successives, tr&#232;s denses, et p&#233;n&#232;tre dans la position fran&#231;aise. Elle y rencontre des difficult&#233;s impr&#233;vues ; quelques &#233;l&#233;ments de tranch&#233;es subsistent, avec leurs d&#233;fenseurs ; des groupes sortent de rares abris &#233;pargn&#233;s, qui luttent bravement, &#224; peine abrit&#233;s, en infligeant &#224; l'assaillant group&#233; des pertes sensibles ; sur un front aussi restreint, ces r&#233;sistances locales suffisent &#224; retarder beaucoup l'avance allemande, tr&#232;s faible &#224; sa gauche, un peu plus forte &#224; sa droite. Mais le 22, le village de Hautmont est enlev&#233;, qui prend &#224; revers la ligne fran&#231;aise jusqu'&#224; la Meuse, ainsi que le bois des Caures, o&#249; le colonel Driant et le commandant Renouard sont tu&#233;s apr&#232;s une d&#233;fense h&#233;ro&#239;que. Le 23, la perc&#233;e continue et sa progression fait tomber d'autres positions sur ses deux flancs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant les trois journ&#233;es, deux divisions fran&#231;aises fortement diminu&#233;es par le bombardement ont lutt&#233; contre cinq divisions allemandes. Le 24, la bataille continue, les Fran&#231;ais renforc&#233;s de deux divisions, les Allemands de six r&#233;giments. La d&#233;fense, tout en reculant, contient l'attaque en avant des villages de Samogneux, Beaumont et Ornes. Le recul est lent, mais c'est le recul. Chaque m&#232;tre de terrain est ch&#232;rement pay&#233;, mais l'attaque progresse, et l'arriv&#233;e des renforts n'a pas suffi &#224; l'arr&#234;ter. Le g&#233;n&#233;ral de Langle de Cary, commandant le groupe des arm&#233;es du centre, envisage la n&#233;cessit&#233; du repli sur la rive gauche de la Meuse, qui doit se faire pos&#233;ment, sous peine de devenir un d&#233;sastre ; en tout cas, les troupes rest&#233;es dans la Wo&#235;vre vont se trouver tr&#232;s &#233;loign&#233;es des ponts et sont menac&#233;es d'&#234;tre coup&#233;es : leur repli sur les c&#244;tes de Meuse lui para&#238;t s'imposer. Le g&#233;n&#233;ral de Langle expose ses vues au g&#233;n&#233;ral en chef qui lui donne toute latitude sur ce dernier point, et le laisse seul juge des n&#233;cessit&#233;s du combat, et il ajoute : &#171; Mais vous devez tenir face au Nord entre la Meuse et la Wo&#235;vre par tous les moyens dont vous disposez. &#187; En cons&#233;quence, le g&#233;n&#233;ral de Langle donne l'ordre aux troupes de la Wo&#235;vre de se replier sur le pied des Hauts de Meuse, comme il en a la latitude, et continue le combat sur son front Nord, comme il en a l'ordre formel. Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau, qui a obtenu du g&#233;n&#233;ral Joffre de retourner &#224; Verdun, voit le g&#233;n&#233;ral de Langle &#224; son quartier g&#233;n&#233;ral le 25 &#224; 4 heures du matin ; il confirme les ordres du g&#233;n&#233;ral Joffre, et le g&#233;n&#233;ral de Langle t&#233;l&#233;graphie au g&#233;n&#233;ral Herr : &#171; La d&#233;fense de la Meuse se fait sur la rive droite, il ne peut donc &#234;tre question d'arr&#234;ter l'ennemi que sur cette rive. &#187; Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau arrive &#224; 7 heures du matin &#224; Verdun, o&#249; sa seule pr&#233;sence apporte du calme et du r&#233;confort. Sans intervenir directement dans la bataille, il r&#232;gle l'arriv&#233;e des renforts, qui arrivent maintenant nombreux, et veille &#224; leur utilisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les renseignements qui arrivent de la ligne de feu sont confus et tr&#232;s inqui&#233;tants. Une 7e division de renfort, qui se battait tr&#232;s &#233;nergiquement depuis la veille, sa gauche &#224; la Meuse, se replia dans la journ&#233;e sur l'ordre de son g&#233;n&#233;ral et s'&#233;tablit sur la c&#244;te de Belleville. Une initiative heureuse arr&#234;ta l'ennemi par un infranchissable barrage d'artillerie et permit &#224; une autre division de reprendre une partie du terrain abandonn&#233;. Mais il semble bien que si l'ennemi s'&#233;tait acharn&#233; ce jour-l&#224;, s'il e&#251;t engag&#233; au bon moment des r&#233;serves fra&#238;ches, il serait parvenu &#224; tout le moins sur la c&#244;te de Belleville, et ce progr&#232;s e&#251;t rendu bien difficile notre maintien sur la rive droite. Mais il attaquait sur un trop petit front, se limitant entre la Meuse et la Wo&#235;vre, et dans ces conditions, l'arriv&#233;e de renforts restreints suffisait &#224; fermer la br&#232;che et &#224; limiter le recul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre, on s'est battu toute la journ&#233;e autour du fort de Douaumont, dont la tourelle de 155 a tir&#233; &#224; peu pr&#232;s constamment depuis quatre jours ; le fort n'a aucune garnison, sauf l'&#233;quipe de vingt-trois canonniers qui sert cette pi&#232;ce et qui, &#224; bout de forces, dort au petit jour. Une patrouille du 24e brandebourgeois, trouvant baiss&#233; le pont-levis, p&#233;n&#232;tre dans le fort et s'y installe sans tirer un coup de fusil. Tel est le r&#233;sultat du d&#233;cret mal compris, qui transformait les camps retranch&#233;s en r&#233;gions fortifi&#233;es, et peut-&#234;tre aussi d'une insuffisance de liaison entre deux unit&#233;s de premi&#232;re ligne qui auraient d&#251; se souder &#233;troitement dans le fort de Douaumont, au lieu de s'y appuyer toutes deux, l'une &#224; l'Est, l'autre &#224; l'Ouest du fort. L'important ouvrage d'Hardaumont, qui compl&#233;tait la d&#233;fense des forts de Douaumont et de Vaux, n'avait pas de garnison, et il fut abandonn&#233; &#224; l'ennemi sans un simulacre de r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
La journ&#233;e &#233;tait mauvaise. La prise de Douaumont fut annonc&#233;e au monde entier dans un communiqu&#233; triomphal : &#171; &#192; l'Est de la Meuse, devant Sa Majest&#233; l'Empereur et Roi qui &#233;tait sur le front, nous avons remport&#233; des succ&#232;s importants&#8230; Dans une vigoureuse pouss&#233;e en avant, des r&#233;giments de Brandebourg sont arriv&#233;s jusqu'au village et au fort de Douaumont qu'ils ont enlev&#233; d'assaut. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette transposition de la v&#233;rit&#233; &#233;tait un peu hardie ; dans une guerre de peuples, o&#249; l'opinion jouait un r&#244;le encore pus important que par le pass&#233;, elle servait certainement la cause allemande en donnant &#224; ce nom de Douaumont, jusqu'alors inconnu, la valeur d'un symbole : la possession en apparaissait comme l'enjeu de la bataille engag&#233;e. Mais quand, relevant le d&#233;fi, les Fran&#231;ais reprendront Douaumont, le prix que les Allemands ont donn&#233; &#224; sa possession mesurera leur d&#233;faite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Joffre mande &#224; Chantilly le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain, qui dirigeait &#224; l'arri&#232;re l'instruction des divisions mises successivement au repos : &#171; &#199;a ne va pas mal, &#187; lui dit-il d&#232;s l'abord avec son robuste optimisme, et il l'envoie prendre le commandement de l'arm&#233;e en formation sur la rive gauche de la Meuse, qui devra intervenir au moment utile. Le g&#233;n&#233;ral de Castelnau pensa que cette heure avait sonn&#233; d&#232;s que le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain fut arriv&#233; sur les lieux et lui conf&#233;ra le commandement, car les &#233;v&#233;nements d&#233;passaient le cadre de la &#171; r&#233;gion fortifi&#233;e de Verdun, &#187; dont l'&#233;tat-major, d'ailleurs, n'&#233;tait pas outill&#233; pour diriger des op&#233;rations de l'importance pr&#233;sente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Renseign&#233; sommairement sur les op&#233;rations du 24 et du 25, le g&#233;n&#233;ral Joffre t&#233;l&#233;graphie dans la soir&#233;e du 25 aux g&#233;n&#233;raux de Castelnau, P&#233;tain et Herr : &#171; J'ai donn&#233; hier, 24 f&#233;vrier, l'ordre de r&#233;sister sur la rive droite de la Meuse, au Nord de Verdun. Tout chef qui, dans les circonstances actuelles, donnera un ordre de retraite sera traduit en conseil de guerre. &#187; Il avait paru au g&#233;n&#233;ral en chef que certains replis avaient &#233;t&#233; pr&#233;matur&#233;ment ordonn&#233;s ; sans condamner les auteurs de ces ordres avant de les avoir entendus, il assumait virilement la responsabilit&#233; de la r&#233;sistance, avec le risque des pertes en mat&#233;riel et en prisonniers sur la rive droite de la Meuse, et, par un ordre formel, il abolissait toute vell&#233;it&#233; de retraite. Certes la gloire est grande de ceux qui ont ex&#233;cut&#233; cet ordre, et qui, par leur science militaire, leur esprit d'organisation, leur connaissance de la troupe et leur action personnelle, ont gagn&#233; cette grande bataille. Mais l'acteur principal, dont le r&#244;le est trop peu connu, qui, de la premi&#232;re sc&#232;ne jusqu'au dernier acte de ce grand drame, n'a cess&#233; de les d&#233;charger du lourd fardeau des responsabilit&#233;s en cas de revers, c'est le g&#233;n&#233;ral Joffre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au t&#233;l&#233;gramme du g&#233;n&#233;ral en chef, il faut ajouter une constatation : la conduite des g&#233;n&#233;raux qui l'avaient motiv&#233; a &#233;t&#233; l'objet d'une enqu&#234;te approfondie ; l'opportunit&#233; du repli reste discutable, mais tout soup&#231;on de d&#233;faillance a &#233;t&#233; nettement &#233;cart&#233;. L'heure est venue o&#249; toute v&#233;rit&#233; peut et doit &#234;tre dite ; s'il y avait quelques ombres &#224; ce magnifique tableau, elles ne sauraient lui nuire, mais il n'y en a pas. Certes, tous les traits ne s'y pr&#233;sentent point sur le m&#234;me plan ni avec la m&#234;me valeur, mais tous ont leur place dans l'ensemble. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain prend le commandement le 26 f&#233;vrier. Aussit&#244;t le front s'organise pour la d&#233;fense pied &#224; pied, accompagn&#233;e de vigoureuses contre-attaques ; il est divis&#233; en secteurs, entre lesquels se r&#233;partit l'artillerie lourde qui arrive ; pour l'approvisionnement, les &#233;tudes ant&#233;rieures encore un peu th&#233;oriques sont r&#233;alis&#233;es ; la route entre Bar-le-Duc et Verdun, qui craque sous le poids sans cesse croissant des camions automobiles, est r&#233;par&#233;e par des &#233;quipes de territoriaux et doubl&#233;e par des pistes lat&#233;rales. La situation reste tr&#232;s confuse, &#224; tel point que, le 26, le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain ignore la prise de Douaumont et craint pour les forts de Vaux et de Souville, peu rapproch&#233;s de Verdun, et qui ne sont pas encore menac&#233;s. Il engage ses renforts et la lutte est tr&#232;s vive sur le sommet de Douaumont. Notre ligne d&#233;passe le fort &#224; l'Est et &#224; l'Ouest, et l'enserre ; sur ce point devenu capital, la bataille fait rage. C'est seulement le 4 mars que le front fran&#231;ais se fixe pour quelques semaines &#224; 200 m&#232;tres au Sud du fort. Sans doute les contre-attaques prescrites procurent rarement un gain de terrain appr&#233;ciable, mais elles brisent l'offensive allemande, d&#233;concert&#233;e par cette nouvelle figure de la r&#233;sistance. Le g&#233;n&#233;ral Joffre ne cesse de rappeler leur n&#233;cessit&#233; ; il &#233;crit au g&#233;n&#233;ral P&#233;tain, le 27 f&#233;vrier : &#171; Au point o&#249; en est la bataille, vous sentez comme moi que la meilleure mani&#232;re d'enrayer l'effort que prononcera l'ennemi est de l'attaquer &#224; notre tour. &#187; Et le 1er mars : &#171; Vous disposez maintenant de forces plus nombreuses que celles qui vous sont oppos&#233;es&#8230; Il faut surtout que vous preniez l'initiative d'actions offensives visant des buts d&#233;finis. &#187; Il faut le dire, cette volont&#233; d'agression n'est pas comprise de tous. Le r&#233;flexe ne s'est pas encore cr&#233;&#233; de rendre le coup instinctivement, sit&#244;t re&#231;u, et de reprendre la tranch&#233;e, sit&#244;t perdue, &#8212; quand tranch&#233;e il y a. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les attaques ant&#233;rieures ont donn&#233; naissance &#224; des &#233;tudes fort utiles, qui ont servi de base &#224; de v&#233;ritables r&#232;glements, bien con&#231;us ; mais un certain formalisme en est r&#233;sult&#233;, qui p&#232;se sur la d&#233;cision et surtout sur l'ex&#233;cution ; on croit encore n&#233;cessaire l'&#233;tablissement des divers plans qui r&#232;glent le r&#244;le de chacun dans l'attaque, et surtout la r&#233;union de moyens puissants, comme s'il s'agissait d'enlever une position organis&#233;e &#224; loisir. Le vieux principe a &#233;t&#233; perdu de vue de songer &#224; l'ennemi en se disant toujours : &#171; Il pleut dans mon camp, mais il pleut dans le sien. &#187; Cette comparaison naturelle am&#232;nerait souvent des r&#233;flexions consolantes : &#171; Il vient de me bousculer, mais il ne sait plus o&#249; est sa ligne ; son artillerie tire au hasard et la mienne a ses objectifs pr&#233;cis. Il marche en terrain inconnu, dont je connais chaque motte de terre. Mon tir va couper ses ravitaillements, et mes hommes se sont rapproch&#233;s de tous leurs d&#233;p&#244;ts. &#187; La m&#233;thode s'enseigne, mais seule la pratique d&#233;veloppe le sens de l'improvisation quand il n'est pas inn&#233;, et, toutes choses &#233;tant &#233;gales d'ailleurs, il sera toujours plus facile d'attaquer que de contre-attaquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'attaque allemande ne progressait plus sur la rive droite qu'avec une extr&#234;me lenteur. Le long de la Meuse elle &#233;tait g&#234;n&#233;e par les feux de la d&#233;fense qui la prenaient d'&#233;charpe et m&#234;me de revers. Le Kronprinz se d&#233;cida enfin &#224; &#233;largir son front d'attaque sur la rive gauche de la Meuse, essayant trop tard de r&#233;parer le vice initial de son offensive. Le 4 mars, il demanda &#224; son groupe d'arm&#233;es le supr&#234;me effort pour prendre Verdun, &#171; le c&#339;ur de la France. &#187; Apr&#232;s deux jours de bombardement, il attaque avec deux divisions le 6 mars. Mais les Fran&#231;ais l'attendaient l&#224; depuis quinze jours ; ils c&#233;d&#232;rent avec une m&#233;diocre r&#233;sistance le passage du ruisseau de Forges et la partie de leur ligne qui &#233;tait domin&#233;e par les feux de la rive droite et qu'ils ne tenaient plus que par de gros avant-postes. Le lendemain les Allemands continu&#232;rent &#224; avancer, achetant leurs progr&#232;s de plus en plus cher, mais ils durent s'arr&#234;ter devant le Mort-Homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 8 au 11, la bataille s'&#233;tendit simultan&#233;ment sur les deux rives. Il y eut quelques progr&#232;s insignifiants sur la rive gauche, mais le Mort-Homme tint bon, de m&#234;me que la c&#244;te du Poivre sur la rive droite. Les Allemands s'avanc&#232;rent jusqu'aux abords du fort de Vaux, dont ils annonc&#232;rent la prise dans un nouveau communiqu&#233; retentissant : &#171; Le fort de Vaux, ainsi que les nombreuses fortifications voisines, ont &#233;t&#233; enlev&#233;s dans une brillante attaque de nuit par les r&#233;giments de r&#233;serve de Posen&#8230; &#187; On peut supposer que des prisonniers allemands amen&#233;s dans le fort et traversant sa superstructure ont &#233;t&#233; pris pour une victorieuse troupe d'attaque. Il fallut d&#233;mentir le surlendemain en d&#233;clarant que le fort cuirass&#233; &#233;tait devenu &#171; un monceau de ruines sans valeur &#187; et avait &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;. Le premier communiqu&#233; semble bien le r&#233;sultat d'une erreur, mais le second est un mensonge. &#8212; Tous les t&#233;moignages dans les deux camps, et notamment, la correspondance des soldats, t&#233;moignent de l'acharnement de la lutte dans ces journ&#233;es et de la vaillance d&#233;ploy&#233;e par les deux adversaires. Les Fran&#231;ais ont remarqu&#233; particuli&#232;rement parmi leurs ennemis les troupes bavaroises, dont le sang &#233;tait r&#233;pandu sans compter par le commandement prussien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Joffre avait senti qu'il avait gagn&#233; la premi&#232;re manche de cette terrible partie. Bien que sobre de paroles, il remercia les soldats de Verdun : &#171; L'Allemagne esp&#233;rait, leur dit-il, que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alli&#233;s et convaincrait les pays neutres de sa sup&#233;riorit&#233;. Elle avait compt&#233; sans vous&#8230; La lutte n'est pas termin&#233;e, car les Allemands ont besoin d'une victoire. Vous saurez la leur arracher&#8230; Vous serez de ceux dont on dira : ils ont barr&#233; aux Allemands la route de Verdun. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ralissime ose donc annoncer &#224; ses soldats que la bataille va continuer ; il rel&#232;ve le d&#233;fi de son ennemi, qui attache &#224; la prise de Verdun une importance morale, &#224; d&#233;faut d'une importance strat&#233;gique qu'elle n'a pas : l'Allemand n'a pas obtenu la perc&#233;e rapide qu'il pouvait esp&#233;rer, et son but se limite &#224; la prise des forts sur la rive droite de la Meuse, rectification de front d'une importance toute locale ; il en est r&#233;duit &#224; donner &#224; cet objectif une importance factice : Verdun, &#171; pierre angulaire de la principale forteresse de la France &#187;, etc&#8230; Le g&#233;n&#233;ral Joffre tiendra donc, et sa victoire sera rehauss&#233;e des d&#233;clarations m&#234;me de l'ennemi. Il vient fr&#233;quemment sur place, pour deux ou trois jours, il garde la 2e arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral P&#233;tain sous son commandement imm&#233;diat, s'all&#233;geant ainsi de l'interm&#233;diaire &#171; groupe d'arm&#233;es, &#187; organe souvent inutile, parfois nuisible, toujours pesant et retardataire, quand il n'est pas tenu par une personnalit&#233; puissante ; tant que Verdun sera le seul th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations, le g&#233;n&#233;ral Joffre y exercera une action directe. Il peut ainsi y calculer strictement l'emploi de ses forces, car il doit r&#233;server les moyens d'action n&#233;cessaires &#224; l'offensive franco-anglaise qui se pr&#233;pare dans la Somme, selon le plan d'op&#233;rations arr&#234;t&#233; en d&#233;cembre 1915 dont il poursuit imperturbablement l'ex&#233;cution. Sir Douglas Haig a bien voulu &#233;tendre son front et lib&#233;rer ainsi la 10e arm&#233;e fran&#231;aise, dont les forces pourront &#234;tre employ&#233;es en renforts &#224; Verdun ; le g&#233;n&#233;ral anglais offre de contribuer directement &#224; la bataille qui s'y est engag&#233;e : le g&#233;n&#233;ral Joffre d&#233;cline ses propositions, voulant laisser toutes les forces britanniques &#224; l'offensive projet&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les 12 et 13 mars, le bombardement allemand reprit sur les deux rives de la Meuse avec une extr&#234;me violence ; le 14, une petite avance rapprocha du Mort-Homme la ligne assaillante, arr&#234;t&#233;e par quelques contre-attaques heureuses. Le 16, le village et le fort de Vaux r&#233;sist&#232;rent avec succ&#232;s &#224; de violents assauts r&#233;p&#233;t&#233;s jusqu'&#224; cinq fois. Mais le 20 &#224; la nuit, apr&#232;s une furieuse pr&#233;paration d'artillerie, les Allemands s'emparaient du bois d'Avocourt, m&#233;diocrement d&#233;fendu par une troupe qui parait s'&#234;tre laiss&#233; impressionner par le jet de liquides enflamm&#233;s en tr&#232;s grande quantit&#233;. Toutefois, les jours suivants, l'assaillant essaya vainement de d&#233;boucher du bois : une artillerie bien r&#233;gl&#233;e arr&#234;tait tout mouvement en avant. Mont&#233;e &#224; loisir, une contre-attaque fran&#231;aise reprit le 29 ce bois qui faisait saillant dans les lignes et pouvait servir de base &#224; une progression g&#234;nante pour l'ensemble. Une lutte violente continua pendant quatre jours pour la possession de ce terrain, qui finalement resta aux Fran&#231;ais. Mais, en revanche, tout le saillant de Malancourt tomba aux mains des Allemands, les Fran&#231;ais durent &#233;vacuer B&#233;thincourt et se replier sur la rive Sud du ruisseau de Forges ; ils perdirent m&#234;me le sommet du Mort-Homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la rive droite, la fin de mars avait vu la lente progression des Allemands d&#233;passer l&#233;g&#232;rement le village de Vaux. Le 2 avril, descendant les pentes de Douaumont, ils s'emparaient du bois de la Caillette, et franchissaient le ravin du Bazil ; aucune ligne de d&#233;fense, aucune troupe de r&#233;serve ne les s&#233;paraient plus du fort de Souville. M&#234;me, ils avaient d&#233;pass&#233; les feux de barrage de l'artillerie fran&#231;aise. &#192; ce moment entrait en ligne la 5e division, qui, devan&#231;ant l'heure de la rel&#232;ve, lan&#231;a d'initiative son premier r&#233;giment &#224; la contre-attaque. L'incertitude sur le terrain c&#233;d&#233; enlevait toute pr&#233;cision au tir de l'artillerie, qui ne pouvait soutenir efficacement la ligne de contre-attaque, mais cette incertitude &#233;tait la m&#234;me dans les deux camps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallait avant tout arr&#234;ter l'ennemi, o&#249; il serait, et ensuite le repousser. Les dispositions prises dans la nuit, le combat s'engagea le 3 au matin par un premier succ&#232;s de bon augure. Les jours suivants, l'artillerie put ajuster ses feux, le bois de la Caillette fut repris en entier, tous les abords de Souville et le Nord de Vaux largement d&#233;gag&#233;s, malgr&#233; l'arriv&#233;e de renforts allemands. On remarqua que cette division avait d&#233;pens&#233; moins de monde pour regagner le terrain que la division pr&#233;c&#233;dente pour le perdre. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e prit corps de continuer avec la m&#234;me troupe et de reprendre Douaumont. La 5e division fut mise au repos, et le plan d'attaque &#233;tabli, qui escomptait une progression de la division plac&#233;e &#224; sa gauche. Or cette division perdit du terrain au lieu d'en gagner et l'objectif &#224; atteindre se trouva tout &#224; fait en fl&#232;che ; les divisions voisines jug&#233;es hors d'&#233;tat de participer &#224; l'op&#233;ration, la base de d&#233;part devint trop &#233;troite. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, l'attaque partit le 22 vers midi, apr&#232;s une assez bonne pr&#233;paration d'artillerie et, d'un magnifique &#233;lan, elle atteignit le fort en 11 minutes et en occupait la superstructure, sauf l'angle Nord-Ouest. &#192; droite et &#224; gauche, les objectifs assign&#233;s &#233;taient atteints presque compl&#232;tement. Mais l'ennemi tenait dans l'int&#233;rieur du fort et l'ext&#233;rieur fut bient&#244;t balay&#233; par les tirs de son artillerie ; aux mitrailleuses non d&#233;molies des tourelles s'en joignaient d'autres remises en batterie peu &#224; peu. Les renforts allemands arriv&#232;rent d&#232;s le 23, parce qu'ils &#233;taient pr&#234;ts pour une attaque projet&#233;e ; les renforts fran&#231;ais &#233;taient trop &#233;loign&#233;s, et le commandant de l'attaque ne les avait pas sous ses ordres. La lutte dura deux jours, mais le fort fut reperdu le 25. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis la lutte se ranime autour de Vaux. Le bombardement augmente chaque jour d'intensit&#233; &#224; la fin de mai ; Damloup est pris le 2 juin et le fort entour&#233; de trois c&#244;t&#233;s. Les Allemands occupent enfin la superstructure, et le commandant Raynal continue la d&#233;fense dans les locaux int&#233;rieurs, avec une t&#233;nacit&#233; h&#233;ro&#239;que. Le fort tomba le 7 juin. Sa chute d&#233;couvrait le fort de Souville, d&#233;j&#224;, menac&#233; par la progression allemande qui descendait de Douaumont ; la ferme de Thiaumont tombe, le bois de la Caillette est repris ; il semble que l'h&#233;ro&#239;sme du soldat fran&#231;ais soit impuissant devant cette avance en quelque sorte m&#233;canique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain a pris le commandement du groupe des arm&#233;es fran&#231;aises du Centre et le g&#233;n&#233;ral Nivelle celui de l'arm&#233;e de Verdun. Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain a d&#233;j&#224;, en mai, attir&#233; l'attention du g&#233;n&#233;ral Joffre sur la gravit&#233; de la situation. Il y revient le 11 juin et insiste pour que l'offensive projet&#233;e sur la Somme ait lieu le plus t&#244;t possible. D&#232;s le lendemain, le g&#233;n&#233;ral Joffre r&#233;pond que toutes les dispositions sont prises &#224; cet effet, mais qu'il faut &#224; tout prix continuer la lutte sur la rive droite et risquer m&#234;me la perte des batteries qui se replieraient bien difficilement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant l'avance allemande continue sur la rive droite, malgr&#233; l'&#233;nergie du g&#233;n&#233;ral Nivelle, qui ne cesse de prescrire la contre-attaque instinctive, imm&#233;diate. C'est sur ce terrain que se concentre tout l'effort de l'agresseur, qui monte une grande op&#233;ration ayant pour premiers objectifs l'ouvrage de Froide-Terre, le village de Fleury et le fort de Souville. Cette ligne atteinte, les anciens forts de la c&#244;te Saint-Michel-Belleville seront facilement enlev&#233;s et les Fran&#231;ais seront accul&#233;s &#224; la Meuse, les ponts sous le tir de l'artillerie allemande. Dix-neuf r&#233;giments, appartenant &#224; sept divisions diff&#233;rentes, vont s'engager, les renforts et les r&#233;serves tr&#232;s approch&#233;s de la premi&#232;re ligne pour profiter des premiers succ&#232;s et assurer la puissance et la continuit&#233; de l'effort. C'&#233;tait l'attaque la plus importante et la plus massive que Verdun e&#251;t jamais support&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'artillerie a &#233;t&#233; tr&#232;s renforc&#233;e et commence sa pr&#233;paration d&#232;s le 20 juin avec une intensit&#233; jusqu'alors inou&#239;e. Le 23 au matin, les tranch&#233;es de premi&#232;re ligne sont litt&#233;ralement retourn&#233;es et l'infanterie allemande ne trouve presque aucun d&#233;fenseur dans le commencement de son attaque. Elle atteint le ravin du Bazil, Fleury, l'ouvrage de Thiaumont, et p&#233;n&#232;tre m&#234;me dans les foss&#233;s de l'ouvrage de Froide-Terre, o&#249; les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s sont faits prisonniers. Mais les contre-attaques fran&#231;aises l'arr&#234;tent. Le g&#233;n&#233;ral Mangin, qui commande le secteur &#224; cheval sur la Meuse, les lance sans r&#233;pit. Elles se heurtent aux attaques allemandes, et leur progression est au d&#233;but tr&#232;s lente. Mais celle de l'ennemi est arr&#234;t&#233;e et sa volont&#233; sera bient&#244;t domin&#233;e. L'acharnement des deux adversaires s'&#233;quilibre et le cours de la bataille est &#224; un point mort, mais on sent d&#233;j&#224; que le mouvement est pr&#232;s de changer de sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le soir du 23, la situation &#233;tait grave, car la vague allemande &#233;tait bien pr&#232;s de battre cette c&#244;te de Belleville, derni&#232;re digue qui la s&#233;parait de Verdun. Elle atteignait la t&#234;te des ravins descendant de Froide-Terre vers la Meuse, et la c&#244;te du Poivre &#233;tait menac&#233;e d'&#234;tre submerg&#233;e avec ses d&#233;fenseurs pris &#224; revers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle, commandant l'arm&#233;e, conf&#232;re avec le g&#233;n&#233;ral Mangin. Tous deux sont d'accord pour penser qu'il faut contre-attaquer &#224; outrance ; le front menac&#233; est dans une position d'&#233;quilibre instable et ne peut trouver son salut que dans le mouvement en avant ; le g&#233;n&#233;ral Nivelle approuve les ordres donn&#233;s en cons&#233;quence. En rentrant &#224; son Quartier g&#233;n&#233;ral, il trouve le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain qui s'assure que toutes les mesures sont pr&#234;tes pour l'&#233;vacuation de la rive droite, pr&#233;par&#233;e dans le moindre d&#233;tail quand il commandait l'arm&#233;e de Verdun. Les positions de repli par &#233;chelon sont fix&#233;es &#224; l'avance, de fa&#231;on que cette savante retraite ne laisse aucun troph&#233;e &#224; l'ennemi. Mais &#224; cette disposition d'esprit qui lui fait envisager le pire, le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain joint une admirable fermet&#233; d'&#226;me. Sauf le g&#233;n&#233;ral Nivelle, aucun de ses subordonn&#233;s ne se doute qu'il ne pense pas que l'arm&#233;e puisse conserver ses positions sur la rive droite. Quand il demande qu'on pr&#233;pare l'opinion publique &#224; la nouvelle de cette retraite, c'est &#224; l'arri&#232;re qu'il pense ; &#224; ses soldats et &#224; leurs chefs, il montre un visage impassible et continue &#224; dire : &#171; On les aura ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle ne l'a pas convaincu. Pour la troisi&#232;me fois, le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain expose au commandant en chef le danger de la situation. Le tiers de l'artillerie fran&#231;aise est sur la rive droite et serait perdu en cas de revers, si elle n'est pas repli&#233;e avant que l'artillerie allemande batte les ponts de la Meuse, et trois jours sont n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de ce repli ; il serait prudent de le commencer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le g&#233;n&#233;ral Joffre est imperturbable. Il r&#233;pond le 26 que la pr&#233;paration de l'offensive franco-anglaise est commenc&#233;e et r&#233;p&#232;te que Verdun doit se d&#233;fendre sur la rive droite ; s'il r&#233;sulte de cette r&#233;solution une perte de mat&#233;riel, le g&#233;n&#233;ral en chef en prend toute la responsabilit&#233;. En lui pr&#233;sentant le t&#233;l&#233;gramme qu'il a fait r&#233;diger dans ce sens, l'aide-major g&#233;n&#233;ral attire son attention sur cette d&#233;cision, et sur la responsabilit&#233; qu'il assume ainsi : &#171; J'en ai pris bien d'autres ! &#187; r&#233;pond placidement le g&#233;n&#233;ral Joffre en signant. Au ministre de la guerre qui l'invitait &#224; h&#226;ter l'attaque franco-anglaise, il exposa la situation g&#233;n&#233;rale ; le d&#233;clenchement de l'offensive projet&#233;e avait &#233;t&#233; subordonn&#233; au renforcement des arm&#233;es anglaise et russe en hommes et en mat&#233;riel ; l'heure &#233;tait venue, et le canon de la Somme faisait entendre son grondement. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'offensive admise par tous les alli&#233;s le 6 d&#233;cembre 1915 dans les conf&#233;rences de Chantilly avait &#233;t&#233; concert&#233;e entre le g&#233;n&#233;ral Joffre et sir Douglas Haig au cours de l'hiver. Les Anglais avaient une tendance naturelle &#224; prononcer leur principal effort vers la c&#244;te afin de menacer les bases navales qui servaient aux attaques des sous-marins allemands ; sir Douglas entra n&#233;anmoins dans les vues du g&#233;n&#233;ral en chef fran&#231;ais, et &#224; la fin de f&#233;vrier 1916, &#224; la veille de l'offensive contre Verdun, les deux chefs s'&#233;taient mis en complet accord pour ex&#233;cuter jointivement une attaque d&#233;cisive &#224; cheval sur la Somme. Elle devait commencer vers le 1er juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Foch, commandant le groupe des arm&#233;es du Nord, devait ex&#233;cuter cette attaque avec 39 divisions, r&#233;parties entre 3 arm&#233;es sur un front de 50 kilom&#232;tres, et disposerait d'une importante artillerie lourde. L'arm&#233;e britannique prolongerait le front d'attaque de 20 kilom&#232;tres vers le Nord ; la bataille de Verdun eut comme seule cons&#233;quence de faire relever la 10e arm&#233;e fran&#231;aise par l'arm&#233;e britannique, et le g&#233;n&#233;ral Joffre, voulant la laisser tout enti&#232;re &#224; la pr&#233;paration de son offensive, d&#233;clina l'offre de sir Douglas Haig de la faire coop&#233;rer &#224; la d&#233;fense de Verdun. Ces troupes toutes nouvelles, auxquelles la conscription vot&#233;e en janvier 1916 venait de donner enfin une base de recrutement solide, avaient besoin d'un certain temps pour s'organiser et s'instruire. Les 4 divisions du combat de Mons, &#8212; 70&#8239;000 hommes, &#8212; qui composaient &#171; la m&#233;prisable petite arm&#233;e du mar&#233;chal French &#187; s'&#233;taient successivement augment&#233;es, et les forces britanniques en France comprenaient 54 divisions, &#8212; plus d'un million de combattants. Leur artillerie et leurs munitions, par suite d'une fabrication activement pouss&#233;e sous la direction de M. Lloyd George, donnaient enfin satisfaction &#224; tous leurs besoins dans la bataille moderne, m&#233;connus au d&#233;but de la campagne. Sur tout le front anglo-fran&#231;ais, la pr&#233;paration du champ de bataille fut men&#233;e avec la plus grande activit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la bataille de Verdun usait les r&#233;serves fran&#231;aises et le front d'attaque dut &#234;tre r&#233;duit peu &#224; peu. Pour son offensive, le g&#233;n&#233;ral Foch ne dispose plus le 1er juillet que de 16 divisions, formant la 6e arm&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Fayolle. En revanche, l'artillerie est formidable : 900 pi&#232;ces lourdes, 1&#8239;100 canons de tranch&#233;e, 6 millions et demi de projectiles pour un mois de bataille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sir Douglas Haig attaque sur 25 kilom&#232;tres de front, de Serre &#224; Gom&#233;court, avec 15 divisions en premi&#232;re ligne, 4 en deuxi&#232;me ligne, 2 en r&#233;serve (4e arm&#233;e, g&#233;n&#233;ral Rawlinson, 6e arm&#233;e, g&#233;n&#233;ral Gough). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'entente entre les deux g&#233;n&#233;raux en chef &#233;tait parfaite. &#192; la fin de mai, sir Douglas &#233;crivait au g&#233;n&#233;ral Joffre : &#171; La question doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme s'il n'y avait qu'une seule arm&#233;e sur le front anglo-fran&#231;ais. &#187; D&#233;j&#224; le g&#233;n&#233;ral Alexeieff avait t&#233;l&#233;graphi&#233; : &#171; Je me range sous le commandement du g&#233;n&#233;ral Joffre. &#187; Et il l'avait prouv&#233; par la magnifique offensive de Broussiloff. La confiance de ses pairs cr&#233;ait des devoirs nouveaux au g&#233;n&#233;ral Joffre, avec des responsabilit&#233;s nouvelles. Il &#233;tait en son pouvoir de h&#226;ter l'attaque anglaise ; le gouvernement fran&#231;ais le d&#233;sirait beaucoup, afin de d&#233;gager Verdun le plus t&#244;t possible ; mais la h&#226;ter, c'&#233;tait la compromettre, et le g&#233;n&#233;ral Joffre resta in&#233;branlable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juin, sa directive pour les deux arm&#233;es disait : &#171; Il faut s'attendre &#224; livrer une longue et dure bataille&#8230; Le but essentiel des op&#233;rations est de porter une masse de man&#339;uvre sur le faisceau des lignes de communication de l'ennemi que jalonnent Cambrai-Le Cateau-Maubeuge. La route Bapaume-Cambrai devra donc &#234;tre l'axe de la progression initiale. &#187; Il demande que la situation soit envisag&#233;e d'un regard viril, et n&#233;anmoins il reste plein d'espoir, envisageant des objectifs &#233;loign&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas d'un seul bond que le g&#233;n&#233;ral Joffre comptait les atteindre. Apr&#232;s les exp&#233;riences de 1915, la perc&#233;e &#224; travers les organisations fortifi&#233;es n'&#233;tait plus envisag&#233;e que comme le r&#233;sultat d'une lutte d'usure, m&#233;thodiquement poursuivie ; des attaques successives &#224; objectifs limit&#233;s devaient rejeter peu &#224; peu l'ennemi de la zone o&#249; il s'&#233;tait fortifi&#233;, tout en lui infligeant des pertes sup&#233;rieures &#224; celles de l'assaillant ; enfin, il serait oblig&#233; de livrer bataille en rase campagne, apr&#232;s un nombre de semaines ou de mois qu'on ne pouvait calculer et, apr&#232;s l'avoir ainsi domin&#233;, on en aurait raison. Son front sans cesse press&#233; et reculant sans cesse finirait par s'effondrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#233;thode tr&#232;s sage visait &#224; l'&#233;conomie de l'infanterie : l'artillerie conquiert, l'infanterie occupe. L'ennemi est forc&#233; de tenir constamment la position avec des forces assez denses, puisqu'il ignore le moment de l'attaque ; l'assaillant, au contraire, ne fait entrer en ligne ses troupes d'attaque qu'au moment choisi par lui et jusque-l&#224;, il n'offre que le minimum de troupes aux coups du d&#233;fenseur. Les longues et minutieuses pr&#233;parations que n&#233;cessite l'attaque et surtout les tirs de destruction prolong&#233;s indiquent &#224; peu pr&#232;s &#224; coup s&#251;r le front menac&#233;, mais l'assaillant garde encore le b&#233;n&#233;fice de la surprise tactique et l'instant choisi reste inconnu de l'ennemi. Le calcul s'est v&#233;rifi&#233; et les pertes allemandes ont &#233;t&#233; sur la Somme incomparablement plus fortes que les fran&#231;aises. Mais les pertes fran&#231;aises ont &#233;t&#233; tr&#232;s lourdes ; la progression en terrain boulevers&#233; &#233;tait co&#251;teuse. Puis on ne peut compter que l'attaque r&#233;ussira &#224; tout coup ; quelles que soient les pr&#233;cautions prises, le hasard jouera toujours son r&#244;le &#224; la guerre et on ne peut l'&#233;carter enti&#232;rement en affirmant qu'on emploie une m&#233;thode scientifique. Or, une attaque qui &#233;choue est toujours tr&#232;s co&#251;teuse, m&#234;me si on n'a mis en ligne que le nombre d'hommes strictement n&#233;cessaire. Dans la lutte au milieu des positions fortifi&#233;es, le terrain s'ach&#232;te au prix de beaucoup de vies humaines, d'autant plus que le temps laiss&#233; &#224; l'ennemi pour se r&#233;tablir apr&#232;s chaque affaire et pour reconstituer son syst&#232;me d'artillerie augmente les pertes de l'attaque suivante ; il faut s'avancer m&#233;thodiquement, certes, mais avec toute la rapidit&#233; que permet la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait donc fallu m&#233;diter, &#8212; et appliquer, &#8212; les recommandations du g&#233;n&#233;ral Foch dans l'une de ses instructions : &#171; Il reste entendu d'ailleurs que la poursuite m&#233;thodique d'objectifs d&#233;termin&#233;s n'exclut pas l'exploitation imm&#233;diate aussi &#233;tendue que possible, dans une direction quelconque, d'une d&#233;faite ou m&#234;me d'un d&#233;sarroi de l'ennemi se produisant au cours des op&#233;rations, &#233;ventualit&#233; &#224; laquelle doit &#234;tre pr&#233;par&#233;e l'initiative de tous les commandants de grandes unit&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1915, l'&#233;ventualit&#233; qu'envisageait le g&#233;n&#233;ral Foch s'&#233;tait produite, en Artois le 9 mai devant la division marocaine et le 25 septembre devant la 5e division, en Champagne le 25 septembre devant le 1er corps colonial ; l'&#233;loignement des r&#233;serves avait emp&#234;ch&#233; d'en profiter. Il en fut de m&#234;me par deux fois en 1916 sur la Somme. La formule de l'attaque s'&#233;tait faite trop rigide et c'est en vain que le g&#233;n&#233;ral Foch s'effor&#231;ait de l'assouplir. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;paration d'artillerie avait &#233;t&#233; fix&#233;e &#224; cinq jours et commen&#231;a le 24 juin. Mais les journ&#233;es des 27 et 28 ayant &#233;t&#233; m&#233;diocres par suite du mauvais temps, le tir de destruction fut prolong&#233; de deux jours et l'attaque partit le 1er juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Allemands croyaient que l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait hors de cause, &#233;puis&#233;e par la bataille de Verdun, et incapable d'une attaque s&#233;rieuse. La pr&#233;paration d'artillerie leur avait sembl&#233; une simple diversion, destin&#233;e &#224; d&#233;tourner leur attention du front britannique. Sur la rive gauche, les trois lignes de leur premi&#232;re position furent enlev&#233;es d'un seul &#233;lan par le 1er corps colonial, avec les villages solidement fortifi&#233;s qui la jalonnaient et que l'artillerie lourde avait consciencieusement d&#233;molis. Sur la rive droite, le 20e corps s'&#233;tait avanc&#233; &#224; la m&#234;me allure, parti deux heures avant, et avait obtenu les m&#234;mes r&#233;sultats. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus &#224; gauche, le 13e corps anglais avait d&#233;bouch&#233; aussi brillamment, ainsi que le 15e, qui contournait la position de Fricourt, qu'on comptait faire tomber par d&#233;bordement. Mais au Nord de Fricourt, la progression fut plus difficile, et ce redoutable point d'appui restait intact. La gauche anglaise &#233;tait partie d'un &#233;lan imp&#233;tueux ; elle avait rapidement progress&#233;, mais le magnifique courage de ces jeunes troupes manquait d'exp&#233;rience : de toutes parts, derri&#232;re la ligne d'attaque, des &#238;lots de r&#233;sistance s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;s, dont les mitrailleuses prenaient de flanc et de dos les assaillants ; les d&#233;fenseurs sortaient des abris laiss&#233;s intacts : il fallut reculer, apr&#232;s une lutte acharn&#233;e qui causa de lourdes pertes, et dans la nuit, sur la moiti&#233; du front, l'attaque anglaise avait d&#251; regagner les tranch&#233;es de d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sir Douglas Haig prit la d&#233;cision de recommencer, sur le front confi&#233; au g&#233;n&#233;ral Gough, la pr&#233;paration d'artillerie, et de continuer l'attaque avec sa droite par l'arm&#233;e Rawlinson li&#233;e avec l'arm&#233;e Fayolle, qui poursuivait ses succ&#232;s, particuli&#232;rement rapides sur la rive gauche de la Somme. Le 5, les Allemands ne se d&#233;fendaient plus que sur la ligne Biaches-Barleux-Villers-Carbonnel ; il n'y avait plus rien entre le 1er corps colonial et P&#233;ronne. &#192; sa gauche, le 20e corps rencontrant une plus grande r&#233;sistance mettra de longs jours pour arriver &#224; sa hauteur. Les ex&#233;cutants, et particuli&#232;rement la 2e division coloniale Mazillier, sentaient parfaitement la port&#233;e du succ&#232;s qu'ils venaient d'obtenir et qu'ils demandaient &#224; exploiter. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;sistance allemande se concentrait sur Biaches et la Maisonnette qui, pris les 9 et 10, chang&#232;rent quatre fois de ma&#238;tres du 15 au 17 pour rester finalement aux Fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la rive droite, le 20e corps continuait son attaque m&#233;thodique et, d&#232;s le 2 au soir, enlevait la deuxi&#232;me position allemande, bombard&#233;e pendant toute la journ&#233;e. Le m&#234;me jour, l'arm&#233;e anglaise enlevait Fricourt, et dans la journ&#233;e du 3, ses progr&#232;s tr&#232;s notables lui furent en partie enlev&#233;s par les contre-attaques allemandes. La lutte se poursuivait avec un acharnement terrible de part et d'autre ; chaque point d'appui, village ou lacis de tranch&#233;es, est le th&#233;&#226;tre de bombardements violents, puis d'attaques et de contre-attaques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 juillet, l'arm&#233;e britannique attaqua sur un front de six kilom&#232;tres, enlevant les trois lignes de tranch&#233;es qui constituaient la deuxi&#232;me position allemande, et elle continua le m&#234;me jour de progresser sur Orvillers et Bazentin, faisant 2&#8239;000 prisonniers ; malgr&#233; les violentes contre-attaques allemandes, son avance continua jusqu'au 20, Apr&#232;s une courte accalmie, la lutte reprit pour la possession de Pozi&#232;res, qui resta aux Australiens le 25, et de Longueval, d&#233;finitivement aux Britanniques le 27. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les troupes fran&#231;aises appuyaient solidement ces attaques et en m&#234;me temps s'avan&#231;aient sur la rive gauche vers Soy&#233;court et Estr&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les deux g&#233;n&#233;raux en chef jug&#232;rent ces op&#233;rations un peu trop dispers&#233;es et s'entendirent de nouveau pour une action en commun. Le 30 juillet, la 4e arm&#233;e Rawlinson et la 6e arm&#233;e Fayolle attaqu&#232;rent ensemble avec succ&#232;s pendant les premiers jours d'ao&#251;t. En ao&#251;t, la ligne anglaise s'avan&#231;ait autour de Guillemont et de Thiepval, la fran&#231;aise vers Maurepas, que le 1er corps Guillaumat enleva brillamment le 24. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la fin d'ao&#251;t, l'usure allemande &#233;tait visible ; en deux mois, les Allemands avaient perdu sur la Somme autant d'hommes qu'en six mois &#224; Verdun et fait passer sur les deux terrains &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me nombre de divisions, 40 sur la Somme, 43 &#224; Verdun. Les pertes des Alli&#233;s &#233;taient loin d'&#234;tre aussi grandes. L'arm&#233;e fran&#231;aise en particulier comptait 28&#8239;000 morts et 40&#8239;000 &#233;vacu&#233;s. Il y avait donc un int&#233;r&#234;t de plus en plus &#233;vident &#224; augmenter ce front d'attaque, et &#224; revenir dans la mesure du possible &#224; la conception primitive en l'&#233;tendant vers le Sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
La 10e arm&#233;e a sa gauche li&#233;e &#224; la 6e vers Barleux, et sa droite s'&#233;tend vers le Sud &#224; mesure qu'arrivent les disponibilit&#233;s du front fran&#231;ais. Son front forme un angle obtus orient&#233; &#224; gauche Nord-Est Sud-Ouest puis &#224; droite Nord-Sud. C'est surtout par sa gauche qu'agira son chef, le g&#233;n&#233;ral Micheler, qui doit tout d'abord faire tomber le saillant allemand de Vermandovillers ; il compte atteindre la Somme vers Saint-Christ et doit couvrir ensuite vers le Sud la droite de la 6e arm&#233;e op&#233;rant dans la direction Bapaume-Cambrai. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacune des deux arm&#233;es a 13 divisions ; la 6e qui fait l'effort principal sur la rive droite de la Somme, en a 4 en premi&#232;re ligne sur son front de 8 kilom&#232;tres. La 10e en a 9 en premi&#232;re ligne sur un front de 18 kilom&#232;tres. Le 3 septembre, apr&#232;s une pr&#233;paration d'artillerie qui dura cinq jours, la 6e arm&#233;e enl&#232;ve toute la premi&#232;re ligne allemande, dans un &#233;lan superbe ; vers dix-sept heures, les villages de Fleury et de Forest &#233;taient atteints, ainsi que les tranch&#233;es &#224; l'Est de Combles. L'arm&#233;e anglaise d&#233;passait Guillemont et atteignait la partie Sud de Guinchy. Le 4, l'avance de la 6e arm&#233;e continua sur la rive droite ; les Britanniques, violemment contre-attaqu&#233;s, ripost&#232;rent. L'arm&#233;e Micheler entra vigoureusement en action sur la rive gauche et s'empara de toute la premi&#232;re position allemande, faisant tomber Vermandovillers d&#233;bord&#233;. Les jours suivants, la progression s'y ralentit. Mais elle continue sur la rive droite, malgr&#233; les violentes contre-attaques allemandes. Le 14, Bouchavesnes fut pris par la 6e brigade de chasseurs Messimy, et la rapidit&#233; de ce succ&#232;s surprit l'ennemi, mais ne fut pas exploit&#233;. La br&#232;che fut d'ailleurs bouch&#233;e le lendemain, avant que les Fran&#231;ais eussent eu le temps de l'&#233;largir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 15 au 26, les deux arm&#233;es progress&#232;rent le long du ravin de Combles, qui formait leur limite, et cette position, couverte par des tranch&#233;es &#224; contre-pente que l'artillerie ne pouvait atteindre que difficilement, tomba. Alors sir Douglas Haig lan&#231;a en avant sa 6e arm&#233;e Gough, maintenue dans l'attente depuis son &#233;chec du 1er juillet ; elle emporta Thiepval le 26. Mais apr&#232;s ces deux beaux succ&#232;s le mauvais temps ralentit de nouveau les op&#233;rations ; la pluie est un ennemi tr&#232;s redoutable dans un terrain crev&#233; de trous d'obus qui se transforment en cuvettes et o&#249; toutes les voies de communication ont disparu. Pourtant les deux arm&#233;es progressaient et d&#233;passaient ensemble la route de Bapaume &#224; P&#233;ronne au Nord de Bouchavesnes au milieu d'octobre ; les arm&#233;es fran&#231;aises resserraient le cercle autour de P&#233;ronne, pendant que les arm&#233;es anglaises &#233;largissaient leur terrain d'action vers le Nord dans la vall&#233;e de l'Ancre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Joffre proposait au g&#233;n&#233;ral sir Douglas Haig de continuer l'action et de pr&#233;parer par une pression continue une grande offensive pour le printemps de 1917. Mais le g&#233;n&#233;ral en chef anglais estima que ses troupes avaient besoin d'un repos prolong&#233;, afin de se reformer et de compl&#233;ter l'instruction des renforts ; les troupes britanniques s'arr&#234;taient devant Bapaume et les troupes fran&#231;aises devant P&#233;ronne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette bataille, qu'ils appelaient the big push (la grande pouss&#233;e), les Britanniques avaient fait le v&#233;ritable apprentissage de la guerre. Le rapport officiel de sir Douglas Haig r&#233;capitule les r&#233;sultats obtenus par la bataille de la Somme, qui sont : Verdun d&#233;gag&#233;, l'offensive russe lib&#233;r&#233;e par la fixation des divisions ennemies sur le front occidental, l'usure de 127 divisions allemandes, et il ajoute : &#171; En ce qu'ils sont dus aux forces britanniques, ils furent atteints par des troupes dont la tr&#232;s grande majorit&#233; avait &#233;t&#233; lev&#233;e et instruite pendant la guerre. Beaucoup d'entre elles, et surtout les rel&#232;ves, comptaient par mois leur temps de service et eurent sur la Somme leur premi&#232;re le&#231;on de la guerre. Nous &#233;tions contraints d'employer h&#226;tivement des officiers et des soldats inexp&#233;riment&#233;s, ou de retarder l'offensive jusqu'&#224; leur compl&#232;te instruction. Que de telles troupes aient tant fait, et contre une arm&#233;e et une nation dont le principal souci &#233;tait depuis tant d'ann&#233;es la pr&#233;paration &#224; la guerre, c'est un exploit sans pr&#233;c&#233;dent dans aucune histoire. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le champ de bataille de Verdun, la fin du mois de juin avait vu l'arr&#234;t de la progression allemande par les contre-attaques fran&#231;aises. Le terrain gagn&#233; d'un seul coup le 23 juin &#233;tait repris pied &#224; pied ; aux abords de l'ouvrage de Thiaumont la lutte restait toujours aussi rude ; les oscillations du front diminuaient d'amplitude, mais le sens du mouvement s'&#233;tablissait vers le Nord, au d&#233;triment de l'assaillant. L'ouvrage, &#8212; ou plut&#244;t la petite bosse qui marquait l'emplacement de l'ouvrage, &#8212; &#233;tait pris et repris au point qu'il changea seize fois de ma&#238;tre au cours de l'&#233;t&#233; ; les l&#233;g&#232;res avances que la ligne allemande avait pouss&#233;es au del&#224; des cr&#234;tes &#233;taient r&#233;duites peu &#224; peu et, de ce c&#244;t&#233;, l'initiative de l'attaque appartenait aux Fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers Fleury-Souville au contraire, l'offensive allemande continuait &#224; progresser l&#233;g&#232;rement. Les Fran&#231;ais avaient &#233;t&#233; rejet&#233;s presque compl&#232;tement du village, qu'ils avaient repris en partie le 27 juin. Le kronprinz remonta une forte attaque contre le fort de Souville ; le 11 juillet, apr&#232;s une violente pr&#233;paration d'artillerie et une projection d'obus asphyxiants qui encageait le terrain d'attaque, il lan&#231;a treize r&#233;giments appartenant &#224; cinq divisions diff&#233;rentes depuis les pentes Est de Thiaumont jusqu'au bois de Vaux-Chapitre. L'attaque progressa un peu le 11 ; tr&#232;s peu le 12 ; pourtant un petit d&#233;tachement fut captur&#233; sur la superstructure du fort de Souville. Quelques contre-attaques mont&#233;es &#224; l'improviste avaient limit&#233; le gain de cette puissante offensive, tr&#232;s co&#251;teuse en hommes, &#224; une profondeur de 400 m&#232;tres au Sud de Fleury, sur une largeur de 800&#8239;m. &#192; force de t&#233;nacit&#233;, une contre-attaque bien mont&#233;e reprit tout le terrain perdu en faisant des prisonniers. &#192; partir du 20 juillet, ce sont les Fran&#231;ais qui attaquent, devant Souville comme autour de Thiaumont. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le 11, le commandement du g&#233;n&#233;ral Mangin s'est &#233;tendu sur ce secteur, et cette unit&#233; d'action permet de puissantes concentrations de feux. Les attaques locales peuvent &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233;es de pr&#233;paration sur un grand front, qui laisse l'ennemi ind&#233;cis sur le point pr&#233;cis o&#249; l'action va se d&#233;rouler. Souvent plusieurs attaques se produisent en m&#234;me temps &#224; plusieurs kilom&#232;tres de distance. Ces petites op&#233;rations sont organis&#233;es dans le d&#233;tail, et les nombreux prisonniers faits sur tout le front renseignent sur l'effectif des troupes allemandes, sur leur &#233;tat moral et physique, sur la marche des rel&#232;ves et des ravitaillements, qui fournissent des objectifs aux tirs de harc&#232;lement ex&#233;cut&#233;s pendant la nuit. La tranch&#233;e &#224; attaquer est encag&#233;e par des tirs de 75 qui se fixent derri&#232;re elle et emp&#234;chent les d&#233;fenseurs de fuir ; en m&#234;me temps, elle est pilonn&#233;e par l'artillerie lourde qui tue ou enterre ses d&#233;fenseurs : avant l'attaque, il arrive souvent que des groupes entiers viennent se rendre en d&#233;clarant la position intenable. La progression des attaques est pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; 70 ou 80 m&#232;tres d'un tir d'artillerie de campagne qui se d&#233;place devant elle &#224; son allure : c'est le barrage roulant qui fait son apparition d&#232;s la fin de juin. Les Fran&#231;ais obtiennent ainsi un maximum de r&#233;sultat avec un minimum de pertes. Pendant les mois de juillet et d'ao&#251;t ils font 3&#8239;500 prisonniers et leur avance est continue. Le village de Fleury, repris et reperdu au commencement d'ao&#251;t, reste aux Fran&#231;ais &#224; partir du 17 ao&#251;t, reconquis par le r&#233;giment colonial du Maroc. Toute la cr&#234;te Fleury-Thiaumont est fran&#231;aise et les abords de Souville sont bien d&#233;gag&#233;s vers le Nord-Est. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'ennemi attaque maintenant Souville par l'Est, en partant du fort de Vaux. Il gagne environ 1&#8239;200 m&#232;tres et sa pression est g&#234;nante. Alors l'unit&#233; de commandement se fait entre la Meuse et la Wo&#235;vre, et elle produit tous ses r&#233;sultats : au d&#233;but de septembre, l'ennemi est rejet&#233; des positions qu'il venait de prendre et confin&#233; aux abords du fort de Vaux, de l'autre c&#244;t&#233; d'une cr&#234;te dont la contre-pente donne une bonne position &#224; la d&#233;fense de Souville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant Souville et la ligne des forts, une barri&#232;re solide avait &#233;t&#233; reconstitu&#233;e, comprenant plusieurs positions bien organis&#233;es, la bataille s'&#233;tait assoupie sur la rive droite et les Fran&#231;ais avaient repris l'offensive de la Meuse &#224; la Wo&#235;vre, puis la sup&#233;riorit&#233; sur leurs ennemis. Le 13 septembre, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#233;tait venu apporter &#224; la Ville martyre la croix de la L&#233;gion d'honneur et les d&#233;corations que les souverains des pays alli&#233;s lui avaient conf&#233;r&#233;es ; dans les casemates de la citadelle, pendant une c&#233;r&#233;monie d'une &#233;mouvante simplicit&#233;, il avait prononc&#233; un &#233;loquent discours qui consacrait la Victoire. Mais il fallait garder tout son prestige &#224; ce mot qu'on osait enfin prononcer. Les &#233;v&#233;nements avaient prouv&#233; que toute attaque bien pr&#233;par&#233;e commence toujours par r&#233;ussir et qu'il est bien difficile de limiter une avance victorieuse : les Fran&#231;ais n'avaient pu le faire qu'en attaquant eux-m&#234;mes. Donc il fallait avant tout &#233;loigner l'ennemi de la barri&#232;re enfin reconstitu&#233;e. L'heure &#233;tait pass&#233;e des petites attaques visant &#224; la reprise de quelques centaines de m&#232;tres ; elles avaient permis de faire dispara&#238;tre successivement les petites ou grandes poches que la ligne allemande avait creus&#233;es dans la fran&#231;aise, mais c'&#233;tait seulement en portant d'un seul bond toute la ligne en avant qu'on pouvait gagner utilement du terrain. Une op&#233;ration de grande envergure s'imposait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle en prescrivit l'&#233;tude au g&#233;n&#233;ral Mangin qui envisagea la reprise de Douaumont comme cons&#233;quence possible du succ&#232;s ; ce projet fut adopt&#233; apr&#232;s discussion, et le fort n'entra qu'ensuite parmi les objectifs de l'attaque. De m&#234;me pour le fort de Vaux. Le but devint alors de reconstituer dans son int&#233;grit&#233; la barri&#232;re des forts autour de Verdun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Mangin disposait de tous les moyens n&#233;cessaires pour mener &#224; bien l'op&#233;ration ; d'abord une artillerie tr&#232;s puissante : 289 pi&#232;ces de campagne et de montagne (calibres 65 &#224; 95&#8239;mm), 314 pi&#232;ces lourdes (100 &#224; 400&#8239;mm). Trois divisions attaquaient en premi&#232;re ligne, avec deux bataillons s&#233;n&#233;galais et un bataillon somali ; trois divisions &#233;taient sous ses ordres imm&#233;diats en seconde ligne ; en outre, les divisions voisines du front d'attaque mettaient chacune un r&#233;giment en ligne. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ennemi lui opposait sept divisions en premi&#232;re ligne, mais dispos&#233;es tr&#232;s en profondeur ; seize bataillons en premi&#232;re ligne, six en soutien imm&#233;diat dans la zone &#224; conqu&#233;rir, onze en soutien &#224; proximit&#233; qui seront tous engag&#233;s le soir de l'attaque, 25 en r&#233;serve, qui viendront ensuite boucher les trous. Les Fran&#231;ais ont rep&#233;r&#233; 209 batteries allemandes (environ 800 pi&#232;ces) susceptibles d'entrer en action lors de leur offensive. Apr&#232;s trois jours de tir de destruction, ils simul&#232;rent une attaque g&#233;n&#233;rale : cette ruse eut plein succ&#232;s et 130 batteries se r&#233;v&#233;l&#232;rent (soit environ 530 pi&#232;ces) et furent contre-battues le surlendemain, jour de l'attaque, si bien que 90 batteries allemandes seulement ouvrirent le feu ce jour-l&#224;, et dans des conditions assez d&#233;favorables dont leur tir se ressentit. La sup&#233;riorit&#233; initiale de l'artillerie allemande avait donc disparu par l'action de son ennemie, mieux organis&#233;e et mieux command&#233;e. Cette action &#233;tait escompt&#233;e dans la conception de l'attaque : le commandement fran&#231;ais savait qu'il disposerait de moyens qui au d&#233;but seraient inf&#233;rieurs &#224; ceux de la d&#233;fense et qu'il prendrait la sup&#233;riorit&#233; au cours de l'action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les effectifs d'infanterie &#233;taient sensiblement &#233;gaux dans les deux camps. Le dispositif des divisions allemandes accol&#233;es sur de tr&#232;s petits fronts se pr&#234;tait moins bien &#224; la man&#339;uvre que celui des divisions fran&#231;aises dont le front &#233;tait sensiblement double ; mais surtout l'exp&#233;rience des actions ant&#233;rieures avait montr&#233; l'efficacit&#233; des proc&#233;d&#233;s employ&#233;s sur ce terrain : un barrage de projectiles de campagne tombant derri&#232;re les tranch&#233;es y clouait le d&#233;fenseur, que l'artillerie lourde et les engins de tranch&#233;e mettaient hors d'&#233;tat de combattre. En m&#234;me temps, le tir d'autres pi&#232;ces lourdes bouchait l'orifice des abris profonds du temps de paix qui servaient de places d'armes &#224; la d&#233;fense : quand la vague d'assaut se mettrait en route, pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; 70 ou 80 m&#232;tres de son barrage d'accompagnement, elle ne trouverait plus que de rares r&#233;sistances locales et s'avancerait jusqu'aux abris profonds dont les d&#233;fenseurs seraient faits prisonniers. Le g&#233;n&#233;ral Mangin put affirmer aux g&#233;n&#233;raux Joffre et Nivelle, deux heures avant l'attaque, que 22 bataillons allemands allaient &#234;tre an&#233;antis. Quant aux forts, ils &#233;taient &#233;ventr&#233;s ; on ne pouvait calculer leur prise avec la m&#234;me certitude que la conqu&#234;te du terrain, mais l'occupation de la superstructure &#233;tait certaine et la prise totale paraissait une question d'heures, de deux ou trois jours au plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si un pareil succ&#232;s pouvait &#234;tre escompt&#233; avec une telle certitude, ce n'&#233;tait ni gr&#226;ce &#224; l'accumulation des moyens mat&#233;riels, puisqu'au d&#233;but de la lutte l'artillerie allemande &#233;tait indiscutablement tr&#232;s sup&#233;rieure en nombre, en port&#233;e, en rapidit&#233; de tir, et m&#234;me en calibres (sauf pour quelques pi&#232;ces fran&#231;aises de 400 et 370&#8239;mm dont le tir est localis&#233; contre les forts), ni gr&#226;ce &#224; l'action de masses d'infanterie qui submergeraient l'adversaire sous le nombre, puisque la densit&#233; de l'attaque sera faible afin de n'exposer aux pertes que le nombre d'hommes exactement suffisant pour obtenir le r&#233;sultat ; c'est gr&#226;ce &#224; l'emploi de m&#233;thodes logiques, de proc&#233;d&#233;s de tir bien con&#231;us qui assurent la sup&#233;riorit&#233; sur l'artillerie ennemie et qui permettent de compenser dans une large mesure l'inf&#233;riorit&#233; en nombre et en mat&#233;riel ; c'est gr&#226;ce &#224; l'&#233;lan des troupes, &#224; leur confiance dans leurs chefs ; et ce sont l&#224; des facteurs de succ&#232;s qui se retrouveront dans l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est gr&#226;ce aussi &#224; une parfaite union dans le commandement, le commandant de l'arm&#233;e fournissant &#224; son subordonn&#233; qui attaque tous les moyens en son pouvoir et les demandant &#224; l'arri&#232;re quand ils ne sont pas &#224; sa disposition ; c'est gr&#226;ce aussi &#224; une connaissance parfaite d'un terrain sp&#233;cial, &#224; l'exp&#233;rience d'une tr&#232;s &#226;pre lutte de plusieurs mois sur ce terrain o&#249; les m&#234;mes chefs et les m&#234;mes &#201;tats-majors ont &#233;t&#233; maintenus ; c'est gr&#226;ce encore aux fautes de l'ennemi, qui n'a presque partout qu'une seule ligne de d&#233;fense devant laquelle il n'a pu &#233;tablir que des obstacles rudimentaires. Ces conditions se retrouveront sur le m&#234;me terrain deux mois plus tard ; mais elles &#233;taient exceptionnelles et pesaient d'un poids tr&#232;s lourd en faveur des Fran&#231;ais. C'&#233;tait aller trop loin que de tirer de ces deux exp&#233;riences des d&#233;ductions d'ordre absolument g&#233;n&#233;ral et d'en extraire une formule rigide, la recette de la victoire. Mais la tendance &#224; g&#233;n&#233;raliser est bien dans le caract&#232;re national, et d'ailleurs elle donne souvent d'excellents r&#233;sultats ; le syst&#232;me et la formule satisfont &#224; ce besoin ; ils &#233;pargnent la discussion, et m&#234;me la r&#233;flexion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Commenc&#233;e le 20 et poursuivie jusqu'au 24 avec une intensit&#233; croissante, la pr&#233;paration d'artillerie a produit ses effets habituels. Les Allemands sont venus se rendre isol&#233;ment ou par petits groupes : un pigeon voyageur &#233;gar&#233; a apport&#233; le message de d&#233;tresse d'un commandant de bataillon qui d&#233;clare ses troupes hors d'&#233;tat de combattre. Enfin, &#224; 11 h. 40, l'artillerie allonge son tir et l'infanterie fran&#231;aise sort des parall&#232;les de d&#233;part. Un brouillard intense a cach&#233; son mouvement &#224; l'ennemi, qui n'ouvrira le feu que 12 minutes apr&#232;s l'instant de l'assaut, alors que les deux premi&#232;res vagues ont franchi ses tranch&#233;es. Elle atteint en une heure son premier objectif. Elle s'y organise tr&#232;s rapidement. Dans l'ordre initial, cette pause devait &#234;tre d'une demi-heure ; le commandant du groupe d'arm&#233;es, jugeant prudent de s'asseoir fortement sur la position dont la conqu&#234;te &#233;tait &#224; peu pr&#232;s certaine, avait insist&#233; pour qu'elle f&#251;t beaucoup plus longue et l'avait fait, apr&#232;s discussion, fixer &#224; deux heures. Mais le bombardement du fort avait &#233;t&#233; tr&#232;s efficace ; un projectile de 420 avait d&#233;termin&#233; une explosion suivie d'incendie ; on pouvait penser qu'il y avait grand avantage &#224; se h&#226;ter pour profiter du d&#233;sarroi : aussi le g&#233;n&#233;ral Mangin avait-il fix&#233; &#224; une heure le temps d'arr&#234;t et en rendit compte. &lt;br class='autobr' /&gt;
La 38e division Guyot de Salins forme la gauche. Son r&#233;giment colonial du Maroc p&#233;n&#232;tre dans le fort de Douaumont, &#233;vacu&#233; la veille sous la menace d'explosion, et o&#249; les Allemands commen&#231;aient &#224; revenir et &#224; installer leurs mitrailleuses ; mais la mar&#233;e montante des assaillants les submergea. Au centre, l'&#233;lan de la 133e division Passaga, &#8212; la Gauloise, &#8212; avait enlev&#233; tous les obstacles et elle s'&#233;tait &#233;tablie entre l'angle Nord-Est de Douaumont et l'&#233;tang de Vaux. &#192; droite, devant le front de la 74e division Lardemelle, la pr&#233;paration d'artillerie avait &#233;t&#233; insuffisante sur certains centres de r&#233;sistance et la progression &#233;tait plus difficile. Une artillerie plus puissante, devenue disponible, &#233;crasa la calotte du fort ; des pi&#232;ces longues enfil&#232;rent les casemates, dont la face tourn&#233;e vers Verdun &#233;tait simplement ma&#231;onn&#233;e au lieu d'&#234;tre b&#233;tonn&#233;e ; enfin l'avance dans la direction de Douaumont permit de mettre des pi&#232;ces de campagne en batterie au seul emplacement d'o&#249; elles pouvaient battre les pentes tr&#232;s raides &#224; l'Est du fort, dont elles coupaient ainsi les communications. La pression de l'infanterie continuait apr&#232;s la rel&#232;ve de la division Lardemelle par la 9e division Andlauer ; l'ennemi &#233;vacua le fort o&#249; le g&#233;n&#233;ral Andlauer s'installa le 3. Il occupa les villages de Vaux et de Damloup, donnant de l'air autour de l'ouvrage. &lt;br class='autobr' /&gt;
La reprise des forts de Douaumont et de Vaux &#233;tait un &#233;v&#233;nement consid&#233;rable, qui consacrait aux yeux du monde entier la victoire de Verdun. 6&#8239;000 prisonniers la soulignaient. Mais ce grand succ&#232;s r&#233;clamait un compl&#233;ment. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le 21 octobre, le g&#233;n&#233;ral Mangin avait signal&#233; au g&#233;n&#233;ral Nivelle la n&#233;cessit&#233; qui s'imposerait, apr&#232;s l'enl&#232;vement des objectifs assign&#233;s &#224; l'op&#233;ration du 24, de s'emparer de la cr&#234;te Douaumont-Hardaumont et de la c&#244;te du Poivre, qui toutes deux avaient des vues dans l'int&#233;rieur des positions &#224; conqu&#233;rir, et de donner de l'air autour du fort de Douaumont. Le g&#233;n&#233;ral Nivelle donc envisageait une op&#233;ration d'ensemble, mais il &#233;tait tr&#232;s limit&#233; par les moyens mis &#224; sa disposition : &#171; Le front d'attaque ne devra pas d&#233;passer celui de trois divisions, d&#251;t-il y avoir une solution de continuit&#233; au centre. Les munitions seront celles que nous &#233;conomiserons sur nos allocations journali&#232;res. &#187; Mais le g&#233;n&#233;ral Mangin insista sur les avantages d'une attaque s'&#233;tendant de la Meuse &#224; la Wo&#235;vre, m&#234;me s'il fallait attendre d'avoir des troupes et des munitions disponibles. C'est &#224; cette id&#233;e que s'arr&#234;ta le commandement. Devant le groupement Mangin, le front allemand &#233;tait tenu par cinq divisions en premi&#232;re ligne et quatre en deuxi&#232;me ligne pouvant intervenir en une nuit, et 247 batteries &#233;taient signal&#233;es en action (960 pi&#232;ces environ). L'attaque fran&#231;aise disposa de quatre divisions en premi&#232;re ligne, 4 en seconde ligne, et de 740 canons. Elle &#233;tait donc en inf&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de la d&#233;fense. Mais elle pouvait tabler sur les r&#233;sultats obtenus le 24 octobre. Son artillerie prit en effet rapidement la sup&#233;riorit&#233; sur l'artillerie allemande ; gr&#226;ce &#224; la progression plus profonde, il y eut parmi les prisonniers treize officiers d'artillerie dont le t&#233;moignage confirme en d&#233;tail cette incontestable sup&#233;riorit&#233;. Quant &#224; l'infanterie, l'effondrement des premi&#232;res lignes amenant &#224; coup s&#251;r la destruction compl&#232;te des 13 bataillons qui les d&#233;fendaient et partiellement celle des 13 bataillons en soutien sur le terrain &#224; conqu&#233;rir, l'attaque pourrait donc affronter la l&#233;g&#232;re disproportion num&#233;rique du d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Instruit par l'exp&#233;rience du 24 octobre, l'ennemi avait organis&#233; trois lignes de r&#233;sistance, munies de r&#233;seaux de fil de fer ; en outre, l'&#233;loignement de l'objectif final introduisait une part plus grande de hasard ; il fallait donc mettre plus de souplesse dans le m&#233;canisme du barrage roulant et en varier la nature. L'ordre d'attaque du groupement Mangin sp&#233;cifiait : &#171; Chaque objectif devra &#234;tre atteint d'embl&#233;e et d'un seul &#233;lan &#224; l'allure de 100 m&#232;tres en quatre minutes. L'infanterie sera pr&#233;c&#233;d&#233;e &#224; 70 ou 80 m&#232;tres par des obus percutants et &#224; 150 m&#232;tres par des obus explosifs fusants et percutants. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toutefois, quand les circonstances l'exigeront et que ce sera possible, gr&#226;ce aux observations &#224; vue &#233;tendue, les tirs d'artillerie seront conduits &#224; la demande de la marche de l'infanterie ; les g&#233;n&#233;raux commandant les divisions organiseront &#224; cet effet une liaison aussi intime que possible entre l'infanterie et l'artillerie. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand obstacle dans l'organisation de l'attaque &#233;tait l'&#233;tat du terrain, affreusement boulevers&#233; par dix mois de luttes incessantes ; dans l'argile d&#233;tremp&#233;e o&#249; l'eau sourd &#224; toutes les altitudes, les trous d'obus, presque jointifs, &#233;taient en cette saison pleins d'eau glac&#233;e. Sans un am&#233;nagement complet du terrain, toute attaque faisait naufrage dans la boue. Il fallut construire 25 kilom&#232;tres de route, dont plusieurs en madriers, 10 kilom&#232;tres de voie Decauville et de nombreux r&#233;seaux t&#233;l&#233;phoniques, cr&#233;er partout des d&#233;p&#244;ts de vivres et de munitions, des emplacements de batteries camoufl&#233;s, am&#233;nager des sources et des conduites d'eau, etc.. La rigueur de la saison, particuli&#232;rement &#226;pre sur les Hauts de Meuse, rendait ces travaux tr&#232;s p&#233;nibles. Mais les soldats les sentaient n&#233;cessaires : ils furent ex&#233;cut&#233;s en cinq semaines avec une abn&#233;gation compl&#232;te et un entrain merveilleux par les divisions qui se succ&#233;d&#232;rent sur ce terrain jusqu'&#224; l'entr&#233;e en ligne des divisions d'attaque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15 d&#233;cembre, vers 10 heures, apr&#232;s une pr&#233;paration d'artillerie aussi compl&#232;te que possible, les r&#233;giments fran&#231;ais sortent des tranch&#233;es, attaquant de la Meuse &#224; la Wo&#235;vre. &#192; gauche, la 126e division Muteau enl&#232;ve Vacherauville et la c&#244;te du Poivre, o&#249; elle s'&#233;tablit ; la 38e Guyot de Salins, revenue sur le terrain de ses exploits, s'empare de Louvemont ; la 37e Garnier-Duplessis s'avance jusqu'au bois des Cauri&#232;res o&#249; elle lutte pied &#224; pied ; la 133e Passaga prend l'ouvrage d'Hardaumont et le village de Bezonvaux. La progression, ralentie sur certains points, am&#232;ne l'attaque sur son deuxi&#232;me objectif le 18. En m&#234;me temps, d&#232;s le 15, des reconnaissances offensives sont all&#233;es bien au del&#224; de leurs objectifs et, prot&#233;g&#233;es par leur barrage roulant, ont d&#233;truit des canons et ramen&#233; 11&#8239;387 prisonniers, dont 284 officiers. En y ajoutant le chiffre des tu&#233;s et des bless&#233;s graves, on ne peut &#233;valuer les pertes de l'ennemi &#224; moins de 25&#8239;000 hommes, sur un front de 10 kilom&#232;tres. 115 canons ont &#233;t&#233; pris et d&#233;truits, et la d&#233;fense de Verdun est &#233;tablie sur la partie la plus &#233;troite des c&#244;tes de Meuse, dans une excellente position. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effet moral produit par cette victoire fut consid&#233;rable dans les deux camps. Les Allemands en tir&#232;rent fort prudemment beaucoup d'enseignements utiles, et reconnurent notamment l'impossibilit&#233; de r&#233;duire la d&#233;fense &#224; des lignes de tranch&#233;es r&#233;guli&#232;res, objectifs trop visibles pour l'artillerie ennemie. Les Fran&#231;ais y virent une &#233;clatante confirmation des m&#233;thodes employ&#233;es le 24 octobre : sans diminuer ce succ&#232;s, il e&#251;t fallu remarquer que les objectifs les plus &#233;loign&#233;s (3&#8239;km.) qui, d'apr&#232;s l'horaire fix&#233;, devaient &#234;tre atteints en quelques heures, n'avaient &#233;t&#233; conquis que le quatri&#232;me jour. Assur&#233;ment, ce n'e&#251;t pas &#233;t&#233; la condamnation des proc&#233;d&#233;s employ&#233;s, et en particulier de l'horaire fix&#233; &#224; l'avance : mais c'e&#251;t &#233;t&#233; &#233;tablir la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;voir que cet horaire pourrait ne pas &#234;tre suivi, et qu'il faudrait man&#339;uvrer ; car l'avance ne se produit pas toujours avec une exactitude m&#233;canique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 d&#233;cembre, l'Allemagne avait fait pour la premi&#232;re fois des ouvertures de paix qui paraissaient destin&#233;es &#224; d&#233;tendre les &#233;nergies dans les gouvernements, les arm&#233;es et les peuples de l'Entente. En remerciant ses troupes victorieuses, le g&#233;n&#233;ral Mangin constatait les r&#233;sultats obtenus, les esp&#233;rances qu'ils faisaient concevoir pour l'avenir, et il ajoutait : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mes amis !&lt;br class='autobr' /&gt;
S'avouant incapables de nous vaincre sur les champs de bataille, nos sauvages agresseurs osent nous tendre le pi&#232;ge grossier d'une paix pr&#233;matur&#233;e. Tout en ramassant de nouvelles armes, ils crient &#171; Kamarad. &#187; Vous connaissez ce geste. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nos p&#232;res de la R&#233;volution refusaient de traiter avec l'ennemi tant qu'il souillait le sol sacr&#233; de la Patrie, tant qu'il n'&#233;tait pas repouss&#233; hors des fronti&#232;res naturelles, tant que le triomphe du droit et de la libert&#233; n'&#233;tait pas assur&#233; contre les tyrans. Nous, nous ne traiterons jamais avec les gouvernements parjures pour qui les trait&#233;s ne sont que des chiffons de papier, et avec les assassins et les bourreaux de femmes et d'enfants. Apr&#232;s la victoire finale qui les mettra hors d'&#233;tat de nuire, nous leur dicterons nos volont&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; leurs hypocrites ouvertures, la France a r&#233;pondu par la gueule de vos canons et la pointe de vos ba&#239;onnettes. Vous avez &#233;t&#233; les bons ambassadeurs de la R&#233;publique ; elle vous remercie. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coup d'&#339;il d'ensemble sur l'ann&#233;e 1916 permet de se rendre compte de la r&#233;percussion r&#233;ciproque des &#233;v&#233;nements militaires qui se sont d&#233;roul&#233;s sur les divers th&#233;&#226;tres d'op&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
La sc&#232;ne s'ouvre le 21 f&#233;vrier par l'offensive allemande contre Verdun. &#192; la fois terrible et mesquine, elle se prononce sur un front trop &#233;troit, qui s'&#233;largit un peu, mais pour se r&#233;tr&#233;cir de nouveau ; malgr&#233; la formidable artillerie dont elle dispose et l'emploi sans compter de l'infanterie en formations profondes, elle n'avance que p&#233;niblement et ne sait pas profiter du vide qui se trouve devant elle certains jours. Quand elle se d&#233;cide &#224; s'&#233;tendre sur la rive gauche de la Meuse, il est trop tard : la d&#233;fense s'est ressaisie et organis&#233;e. Sa progression se r&#233;duit donc &#224; une avance tr&#232;s lente, pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une sorte de broiement m&#233;canique des organisations fran&#231;aises avec leurs d&#233;fenseurs sous des tirs d'une intensit&#233; croissante ; mais l'avance est continue et les alli&#233;s peuvent craindre la chute de la citadelle fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'attaque pr&#233;ventive sur le front fran&#231;ais s'accompagne bient&#244;t d'une op&#233;ration analogue sur le front italien. Le 15 mai, l'arm&#233;e austro-hongroise attaque dans le Trentin sous les ordres de l'archiduc Eug&#232;ne avec 38 divisions appuy&#233;es d'une tr&#232;s forte artillerie. Son avance de 12 &#224; 20 kilom&#232;tres rejette les Italiens sur les derni&#232;res pentes des montagnes qui dominent la plaine de l'Adige, mena&#231;ant tous les arri&#232;res de la d&#233;fense sur la rive gauche de l'Adige. Les Italiens se ressaisissent et contre-attaquent sur certains points. En m&#234;me temps, l'offensive russe de Galicie ram&#232;ne vers le Nord toutes les forces autrichiennes disponibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devan&#231;ant l'heure fix&#233;e, afin de secourir l'Italie menac&#233;e, le g&#233;n&#233;ral Broussiloff attaque le 4 juin du Pripet &#224; la fronti&#232;re roumaine sur un front de 350 kilom&#232;tres ; &#224; la fin de juin, il atteint le Stockod en Volhynie et les Carpathes au Sud de la Galicie, et s'est avanc&#233; &#224; plus de 100 kilom&#232;tres de sa base de d&#233;part, ayant captur&#233; plus de 200 000 prisonniers. L'offensive austro-allemande en Italie est arr&#234;t&#233;e, 4 divisions allemandes sont appel&#233;es du front de France au commencement de juin, 4 autres &#224; la fin du mois. Coup&#233;e d'arr&#234;ts forc&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir les voies ferr&#233;es et d'organiser son ravitaillement, l'offensive de Broussiloff ne s'arr&#234;te qu'en septembre, ayant captur&#233; 420 000 prisonniers, 2500 mitrailleuses et lance-bombes et 600 canons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Trentin, le commandement autrichien se voit forc&#233; &#224; battre en retraite &#224; la fin de juin pour raccourcir son front, ne disposant plus des forces n&#233;cessaires &#224; sa d&#233;fense contre l'attitude agressive qu'a prise son ennemi. La pression des Italiens s'exerce sur les nouvelles positions, puis en ao&#251;t et septembre ils attaquent sur l'Isonzo. Gorizia tombe entre leurs mains et ils prennent pied sur le plateau du Carso. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant l'offensive de la Somme se pr&#233;parait &#224; partir &#224; la date pr&#233;vue le 6 d&#233;cembre 1915 ; la sentant venir, le haut commandement allemand d&#233;clenche contre Verdun la plus forte attaque qu'il ait jamais mont&#233;e. Elle obtient des succ&#232;s notables, mais les contre-attaques fran&#231;aises commencent enfin &#224; regagner du terrain. L'offensive anglo-fran&#231;aise se d&#233;clenche le 1er juillet, les Allemands ripostent sur Verdun le 11 par une attaque contre Souville presque aussi importante que celle du 23 juin. Le gain de terrain qu'elle obtient est tr&#232;s faible, et il est perdu les jours suivants, malgr&#233; l'arriv&#233;e de troupes fra&#238;ches le 21 juillet. D&#232;s ce moment, l'attaque a chang&#233; de sens et les Fran&#231;ais en ont pris l'initiative. Ils reprennent la cr&#234;te de Fleury et les abords de Thiaumont au commencement d'ao&#251;t, le village de Fleury le 17 ao&#251;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la bataille de la Somme se fait de plus en plus rude et n&#233;cessite des renforts continuels. L'attaque progresse m&#233;thodiquement, sans que les Allemands puissent l'arr&#234;ter par les contre-attaques o&#249; pourtant ils s'acharnent. &#192; Verdun, ils renoncent &#224; attaquer entre la Meuse et Souville, mais essayent encore, &#224; la fin d'ao&#251;t et dans les premiers jours de septembre, de tourner Souville en partant de Vaux ; ils &#233;chouent de nouveau. C'est alors que Hindenburg et Ludendorff, qui ont pris le commandement le 29 ao&#251;t, constatent l'impossibilit&#233; de mener activement la lutte sur les deux th&#233;&#226;tres d'op&#233;rations et renoncent &#224; celui de Verdun. Comme une premi&#232;re barri&#232;re a &#233;t&#233; reconstitu&#233;e en avant de la citadelle fran&#231;aise et que le commandement fran&#231;ais pr&#233;pare une offensive d'ensemble et cesse les actions de d&#233;tail, une accalmie se produit &#224; Verdun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle co&#239;ncide avec un redoublement d'activit&#233; sur la Somme par l'entr&#233;e en action de la 10e arm&#233;e Micheler, qui &#233;tend le front fran&#231;ais vers la droite et augmente l'usure allemande. La 6e arm&#233;e Gough joue le m&#234;me r&#244;le &#224; la gauche anglaise. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Roumanie est entr&#233;e en ligne le 28 ao&#251;t et envahit la Transylvanie o&#249; l'appellent ses fils soumis au joug de l'Autriche, dont les troupes sont promptement refoul&#233;es. En m&#234;me temps elle avance en Dobroudja, qu'elle lib&#232;re des Bulgares. Mais cette intervention &#233;tait bien tardive, particuli&#232;rement au point de vue militaire ; car l'offensive de Broussiloff touchait &#224; sa fin ; en outre, c'&#233;tait contre la Bulgarie qu'il e&#251;t fallu marcher, afin de donner la main aux arm&#233;es de l'Entente d&#233;barqu&#233;es &#224; Salonique. Mais le Pr&#233;sident du Conseil des Ministres russe St&#252;rmer insistait pour qu'on m&#233;nage&#226;t la Bulgarie, et promettait un important concours militaire, qui ne vint pas. Les Empires centraux virent la n&#233;cessit&#233; de mettre hors de cause ce nouvel adversaire et de s'assurer les ressources roumaines en bl&#233; et en p&#233;trole. Avec le concours effectif des troupes allemandes et de leurs &#233;tats-majors, les arm&#233;es roumaines furent refoul&#233;es de Transylvanie en septembre ; en novembre, Falkenhayn passait les Carpathes, puis Mackensen le Danube. Le 7 d&#233;cembre, Bucarest &#233;tait pris apr&#232;s une grande bataille et l'arm&#233;e roumaine retraitait sur le Sereth, o&#249; elle se reforma. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e alli&#233;e d'Orient, sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Sarrail, avait recueilli l'arm&#233;e serbe ; elle ne put entrer en action qu'au milieu de septembre pour une avance qui l'amena &#224; Monastir. Les troupes turques &#233;taient attir&#233;es en Asie par l'avance du grand-duc Nicolas en Arm&#233;nie et par la marche des Anglais vers Bagdad, et leur action en Europe se trouvait diminu&#233;e de beaucoup. Pour la sc&#232;ne finale, le rideau se rel&#232;ve sur le d&#233;cor de Verdun, o&#249; les victoires du 24 octobre et du 15 d&#233;cembre consacrent la ruine des esp&#233;rances allemandes de l'ann&#233;e 1916, qui s'&#233;tait annonc&#233;e si belle pour les Empires centraux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous cherchons &#224; &#233;tablir le bilan de cette ann&#233;e 1916, nous constatons d'abord que pour pr&#233;venir l'offensive g&#233;n&#233;rale de l'Entente, l'arm&#233;e allemande attaquait Verdun en f&#233;vrier et l'arm&#233;e austro-hongroise le Trentin en mai. Pour pr&#233;venir la m&#234;me offensive en 1917, le commandement allemand ne trouve d'autre pr&#233;caution qu'un vaste repli abandonnant aux arm&#233;es anglo-fran&#231;aises un terrain &#233;tendu pr&#233;alablement d&#233;vast&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec des attaques contre Verdun et l'usure qui r&#233;sulte de l'offensive sur la Somme d&#233;termine &#224; la fin d'ao&#251;t le changement dans le commandement allemand : au g&#233;n&#233;ral de Falkenhayn succ&#232;dent le mar&#233;chal Hindenburg et le g&#233;n&#233;ral Ludendorff. Leur premier soin est d'arr&#234;ter l'offensive contre Verdun au commencement de septembre ; ils d&#233;cident en m&#234;me temps de soutenir l'arm&#233;e austro-hongroise qui c&#232;de devant l'avance des Roumains en Transylvanie. Mais cette r&#233;solution a &#233;t&#233; prise au pied lev&#233;, sous la pression imm&#233;diate des &#233;v&#233;nements. Ludendorff, qui est le cerveau des deux Dioscures, le directeur de la raison sociale Hindenburg-Ludendorff, nous dit qu'il n'e&#251;t jamais os&#233; pareille entreprise, s'il e&#251;t connu la situation r&#233;elle du front occidental. Et pourtant, le fait qu'on l'appelait au commandement effectif aurait pu lui ouvrir les yeux : &#171; La situation sur le front Ouest &#233;tait tendue &#224; un point que je n'aurais pas imagin&#233;, dit-il, mais je ne vis pas du premier coup d'&#339;il toute sa gravit&#233;. La r&#233;solution importante de retirer du front Ouest, engag&#233; dans de si rudes combats, plus de divisions encore et de les envoyer &#224; l'Est, pour y r&#233;tablir la situation par une offensive et porter &#224; la Roumanie un coup d&#233;cisif, e&#251;t &#233;t&#233; trop difficile &#224; prendre. &#187; C'est seulement &#224; Cambrai, pendant une conf&#233;rence qui s'ouvre le 7 septembre, qu'il commence &#224; comprendre la situation et l'ab&#238;me qui s&#233;pare le front fran&#231;ais du front russe o&#249; il vient de diriger les op&#233;rations pendant deux ans : il faut s'arr&#234;ter sur ce passage de ses Souvenirs de guerre et constater une fois de plus la difficult&#233; extr&#234;me pour le commandement de reconstituer, &#224; travers le papier, la r&#233;alit&#233; des faits. &#171; L'image que je m'&#233;tais faite de ce qui se passait &#224; Verdun et sur la Somme prit &#224; mes yeux des couleurs plus sombres apr&#232;s ce que j'eus &#224; entendre. &#187; Et il comprend la puissance mat&#233;rielle de l'attaque. Il ne faut pas lui demander s'il comprend sa puissance morale, qui est hors de port&#233;e de ses facult&#233;s : &#171; La puissance d&#233;fensive de notre infanterie s'usa &#224; tel point que l'attaque en masses de l'ennemi put r&#233;ussir. Nous ne perdions pas seulement notre ressort moral, mais nous perdions aussi sans compter le sang r&#233;pandu en abondance, un nombre important de prisonniers et beaucoup de mat&#233;riel de guerre. &#187; Il enregistre les demandes de renforts de toute sorte en hommes et en mat&#233;riel : &#171; Il nous &#233;tait plus facile de satisfaire aux demandes par suite de l'arr&#234;t de l'attaque sur Verdun ; il fallait cependant que nous continuions d'escompter l&#224;-bas une forte consommation de forces, ne f&#251;t-ce que par suite des conditions locales. Il &#233;tait possible que les Fran&#231;ais attaquassent eux-m&#234;mes en partant de la forteresse. Verdun devenait comme un ulc&#232;re toujours ouvert qui d&#233;vorait nos forces. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus raisonnable de ramener nos positions vers l'arri&#232;re, en de&#231;&#224; du champ d'entonnoirs. Je n'avais pas, &#224; cette &#233;poque, une id&#233;e exacte des difficult&#233;s locales que pr&#233;sentait la lutte devant Verdun. &#187; Il tient sur la Somme, parce qu'aucune position n'a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;e &#224; l'arri&#232;re, et fait fl&#232;che de tout bois : &#233;conomies sur les autres arm&#233;es, formation de divisions nouvelles. Mais il reste tr&#232;s pr&#233;occup&#233; de la question des munitions et de tout le mat&#233;riel de guerre, qui s'affirme tr&#232;s inf&#233;rieur &#224; celui de l'Entente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mois de septembre, calme &#224; Verdun, lui appara&#238;t comme effroyable : &#171; L'ennemi prit Guinchy et Bouchavesnes. Le 17 vit un grand combat sur la rive Sud ; nous perd&#238;mes Berny et Derni&#233;court. Au Sud de la Somme, la bataille diminua d'intensit&#233;, mais le feu roulant d'artillerie continua. Au Nord de la Somme, les combats se poursuivirent ; le 25 commen&#231;a la lutte la plus terrible de cette bataille de la Somme, si fertile en rudes combats. Grandes furent nos pertes, l'ennemi prit Raucourt, Morval, Gueudecourt et Combles qu'on se disputa chaudement. Le 26, le coin de Thiepval tomba. De nouvelles attaques ennemies, le 28, &#233;chou&#232;rent. Les demandes qu'on nous adressait, tant en officiers qu'en troupes, &#233;taient extraordinairement &#233;lev&#233;es. Les rel&#232;ves qu'on avait pr&#233;vues &#224; Cambrai et tout le plan de rel&#232;ves projet&#233; pour le front occidental ne suffiraient bient&#244;t plus. Des divisions et d'autres troupes durent &#234;tre jet&#233;es en toute h&#226;te sur le front de la Somme et y tenir tr&#232;s longtemps. Le temps consacr&#233; au repos ou &#224; l'instruction sur un front calme se r&#233;duisait de plus en plus. Les troupes s'usaient. Nous &#233;tions toujours &#224; la veille d'une catastrophe. &#187; On ne saurait assez insister sur cet aveu, criant de sinc&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les indiscutables succ&#232;s remport&#233;s sur la Roumanie, malgr&#233; la vaillance des soldats roumains, ont d&#233;livr&#233; les Empires centraux d'un grand p&#233;ril et leur ont procur&#233; des ressources importantes ; mais Ludendorff, qui a d&#233;cid&#233; et poursuivi cette offensive, en r&#233;sume les r&#233;sultats : &#171; En d&#233;pit de la victoire sur l'arm&#233;e roumaine, nous &#233;tions plus faibles en ce qui concerne la conduite g&#233;n&#233;rale de la guerre. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tr&#232;s facile aujourd'hui de constater cette situation, et elle appara&#238;tra encore plus clairement quand l'ensemble des t&#233;moignages en aura pr&#233;cis&#233; le contour et les dimensions. Les renseignements du 2e bureau de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral permettaient au g&#233;n&#233;ral Joffre de s'en faire une id&#233;e suffisamment exacte pour qu'il p&#251;t demander &#224; sir Douglas Haig de continuer la pression sur le front anglo-fran&#231;ais jusqu'&#224; la bataille du printemps 1917. Personne n'en peut douter, si l'unit&#233; de commandement avait exist&#233; sur le front anglo-fran&#231;ais, le g&#233;n&#233;ral Joffre aurait poursuivi son dessein. Nous le savons aujourd'hui, l'&#233;tat de l'arm&#233;e allemande ne lui permettait pas de continuer la m&#234;me r&#233;sistance, et la situation au printemps 1917 e&#251;t &#233;t&#233; la m&#234;me qu'en juillet 1918 au moment o&#249; la premi&#232;re offensive men&#233;e &#224; fond, par un commandement unique, commen&#231;ait contre une avance arriv&#233;e &#224; la limite de son effort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute, en 1916, il e&#251;t &#233;t&#233; souhaitable qu'&#224; Verdun la formule entre &#171; camp retranch&#233; &#187; et &#171; r&#233;gion fortifi&#233;e &#187; e&#251;t &#233;t&#233; trouv&#233;e, mais il s'agit l&#224; d'un point de d&#233;tail ; que sur la Somme, entre le commandement supr&#234;me, qui concevait juste, et les ex&#233;cutants qui comprenaient bien, l'interm&#233;diaire e&#251;t compris aussi bien qu'&#224; Verdun, mais c'&#233;tait l&#224; question accessoire de personnes, qui se f&#251;t r&#233;gl&#233;e sur le terrain au cours de l'action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, il est permis de l'affirmer, la victoire finale pouvait &#234;tre obtenue d&#232;s le printemps 1917 par les proc&#233;d&#233;s employ&#233;s en 1916, quelle que f&#251;t par ailleurs la rigidit&#233; dans l'emploi d'une formule nouvelle de l'offensive, que le g&#233;n&#233;ral Foch e&#251;t assouplie, que les ex&#233;cutants eussent &#233;largie, et que les interm&#233;diaires appliquaient aveugl&#233;ment. Les Fran&#231;ais sont frondeurs, en m&#234;me temps que tr&#232;s suffisamment disciplin&#233;s et on se r&#233;p&#233;tait un propos attribu&#233; &#224; une personnalit&#233; militaire : &#171; En 1915 nous avons march&#233; comme des enfants, en 1916 comme des vieillards ; il faut enfin marcher comme des hommes. &#187; Ces propos et d'autres plus l&#233;gers, qui n'&#233;taient point n&#233;gligeables et qui se r&#233;p&#233;taient un peu partout, s'aggravaient du chiffre des pertes, qu'on exag&#233;rait d'ailleurs, et qui paraissait d&#233;montrer que l'action men&#233;e par les proc&#233;d&#233;s qualifi&#233;s de scientifiques &#233;tait encore plus co&#251;teuse que les attaques de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, jug&#233;es inconsid&#233;r&#233;es. En fait, l'offensive de la Somme co&#251;tait en cinq mois sensiblement moins que celle de Champagne en deux semaines, et le commandement fran&#231;ais avait grandement profit&#233; de l'exp&#233;rience. On lui reprochait de ne pas assez tenir compte des le&#231;ons de la guerre nouvelle, et bien au contraire, le d&#233;faut que les &#233;v&#233;nements paraissaient faire constater chez lui, c'est de tomber dans l'empirisme et de varier trop vite ses m&#233;thodes en attribuant trop de valeur aux r&#233;sultats imm&#233;diats. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de Verdun avait fait disgracier le g&#233;n&#233;ral von Falkenhayn qui, le 29 ao&#251;t 1916, avait &#233;t&#233; remplac&#233; par le mar&#233;chal Hindenburg dans son poste de chef d'&#201;tat-Major g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es allemandes avec le g&#233;n&#233;ral Ludendorff comme premier Quartier Ma&#238;tre g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bataille de la Somme avait &#233;t&#233; parfaitement appr&#233;ci&#233;e en Angleterre ; l'arm&#233;e anglaise avait subi de lourdes pertes et sa progression &#233;tait plus lente dans l'ensemble que celle de l'arm&#233;e fran&#231;aise, mais ce n'est pas la topographie qui permet de d&#233;terminer la valeur respective en pareil cas et les comparaisons &#233;taient oiseuses ; sir Douglas Haig avait compris, utilise et d&#233;velopp&#233; les magnifiques qualit&#233;s de t&#233;nacit&#233; que poss&#233;daient ses troupes. Il fut tr&#232;s justement &#233;lev&#233; &#224; la dignit&#233; de Field Marshall, la plus haute du Royaume Uni. &lt;br class='autobr' /&gt;
En France, l'opinion publique, souveraine ma&#238;tresse, se r&#233;duisait, par suite des n&#233;cessit&#233;s de la censure, au milieu parlementaire, dont le Gouvernement d&#233;pendait imm&#233;diatement. Or le Parlement ne disposait que de renseignements fragmentaires, qui ne lui permettaient pas de se rendre compte du r&#244;le du commandement dans les op&#233;rations. On exag&#233;rait les pertes fran&#231;aises sur la Somme et celles de l'ennemi &#233;taient inconnues ; la lutte essentiellement ingrate qui s'y poursuivait n'avait pas amen&#233; les r&#233;sultats imm&#233;diats qu'on avait escompt&#233;s. Il fut donc admis que la responsabilit&#233; du g&#233;n&#233;ral Foch &#233;tait engag&#233;e et qu'il convenait de le sacrifier ; enlev&#233; &#224; son commandement, il fut plac&#233; dans une demi-disgr&#226;ce. Par r&#233;percussion, l'autorit&#233; du g&#233;n&#233;ralissime se trouvait atteinte. R&#233;solument optimiste, ayant foi en une prompte victoire, le g&#233;n&#233;ral Joffre avait tard&#233; &#224; r&#233;clamer du Gouvernement l'effort mat&#233;riel n&#233;cessit&#233; par la forme, impr&#233;vue pour tous, que la guerre avait prise ; notamment une augmentation consid&#233;rable de l'artillerie lourde demandait au pr&#233;alable la construction d'usines et par cons&#233;quent un laps de temps devant lequel il avait recul&#233;. On &#233;tait surpris de son calme imperturbable dans les circonstances extr&#234;mes et cette qualit&#233; ma&#238;tresse se retournait contre lui : il apparaissait comme &#171; install&#233; dans la guerre, &#187; &#233;tat pour lui normal et qui par cons&#233;quent ne devait jamais prendre fin. Il avait poursuivi ses desseins avec une fermet&#233; in&#233;branlable et il s'&#233;tait soustrait r&#233;solument &#224; toute influence ext&#233;rieure, confin&#233; strictement dans sa lourde t&#226;che militaire. On songea donc qu'un autre chef ayant le commandement sur le front occidental trouverait le proc&#233;d&#233; nouveau qui permettrait d'arriver &#224; une solution plus rapide. Le g&#233;n&#233;ral Joffre prendrait le commandement de toutes les arm&#233;es fran&#231;aises et aurait sous ses ordres ce nouvel organe. Une discussion p&#233;nible s'ensuivit. Finalement, le mar&#233;chal Joffre fut &#233;lev&#233; &#224; la dignit&#233; de mar&#233;chal de France, sans r&#244;le bien d&#233;fini. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Nivelle qui avait command&#233; avec &#233;clat l'arm&#233;e de Verdun, lui succ&#233;da. Mais il n'aura pas la m&#234;me ind&#233;pendance que son pr&#233;d&#233;cesseur : il devra tenir compte des influences qui ont provoqu&#233; la crise d'o&#249; est sortie son &#233;l&#233;vation, et apporter dans la guerre une formule nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/03&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/04&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_finit_la_guerre/04&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral Baron de Marbot&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions au printemps de 1799. La R&#233;publique existait encore, et le gouvernement se composait d'un Directoire ex&#233;cutif de cinq membres et de deux Chambres, dont l'une portait le titre de Conseil des Anciens et l'autre de Conseil des Cinq-Cents. Mon p&#232;re recevait chez lui nombreuse soci&#233;t&#233;. J'y fis connaissance de son ami intime, le g&#233;n&#233;ral Bernadotte, et des hommes les plus marquants de l'&#233;poque, tels que Joseph et Lucien Bonaparte, Defermon, Napper-Tandy, chef des Irlandais r&#233;fugi&#233;s en France, le g&#233;n&#233;ral Joubert, Salicetti, Garran, Cambac&#233;r&#232;s. Je voyais aussi souvent chez ma m&#232;re Mme Bonaparte et Mme de Condorcet, et quelquefois Mme de Sta&#235;l, d&#233;j&#224; c&#233;l&#232;bre par ses &#339;uvres litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais que depuis un mois &#224; Paris, lorsque, les pouvoirs de la l&#233;gislature &#233;tant expir&#233;s, il fallut proc&#233;der &#224; de nouvelles &#233;lections. Mon p&#232;re, fatigu&#233; des tiraillements incessants de la vie politique, et regrettant de ne plus prendre part aux beaux faits d'armes de nos arm&#233;es, d&#233;clara qu'il n'accepterait plus la d&#233;putation, et qu'il voulait reprendre du service actif. Les &#233;v&#233;nements le servirent &#224; souhait. &#192; la rentr&#233;e des nouvelles Chambres, il y eut un changement de minist&#232;re. Le g&#233;n&#233;ral Bernadotte eut celui de la guerre ; il avait promis &#224; mon p&#232;re de l'envoyer &#224; l'arm&#233;e du Rhin, et celui-ci allait se rendre &#224; Mayence, lorsque le Directoire, apprenant la d&#233;faite de l'arm&#233;e d'Italie command&#233;e par Sch&#233;rer, lui donna pour successeur le g&#233;n&#233;ral Joubert qui commandait &#224; Paris la 17e division militaire (devenue depuis la 1re). Ce poste devenu vacant, et le Directoire comprenant que sa haute importance politique exigeait qu'il f&#251;t confi&#233; &#224; un homme capable et tr&#232;s ferme, le fit proposer &#224; mon p&#232;re par le ministre de la guerre Bernadotte. Mon p&#232;re, qui n'avait cess&#233; de faire partie de la l&#233;gislature que pour retourner &#224; la guerre, refusa le commandement de Paris ; mais Bernadotte lui montrant la lettre de service d&#233;j&#224; sign&#233;e, en lui disant que comme ami il le priait d'accepter, et que comme ministre il le lui ordonnait, mon p&#232;re se r&#233;signa, et d&#232;s le lendemain il alla s'installer au grand quartier g&#233;n&#233;ral de la division de Paris, alors situ&#233; quai Voltaire, au coin de la rue des Saints-P&#232;res, et qu'on a d&#233;moli depuis pour construire plusieurs maisons. Mon p&#232;re avait pris pour chef d'&#233;tat-major le colonel M&#233;nard, son ancien ami. J'&#233;tais charm&#233; de tout le train militaire dont mon p&#232;re &#233;tait entour&#233;. Son quartier g&#233;n&#233;ral ne d&#233;semplissait pas d'officiers de tous grades. Un escadron, un bataillon et six bouches &#224; feu &#233;taient en permanence devant ses portes, et l'on voyait une foule d'ordonnances aller et venir. Cela me paraissait plus amusant que les th&#232;mes et les versions de Sor&#232;ze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France, et surtout Paris, &#233;taient alors fort agit&#233;s. On &#233;tait &#224; la veille d'une catastrophe. Les Russes, command&#233;s par le c&#233;l&#232;bre Souwaroff, venaient de p&#233;n&#233;trer en Italie, o&#249; notre arm&#233;e avait &#233;prouv&#233; une grande d&#233;faite &#224; Novi. Le g&#233;n&#233;ral en chef Joubert avait &#233;t&#233; tu&#233;. Souwaroff vainqueur se dirigeait sur notre arm&#233;e de Suisse, command&#233;e par Mass&#233;na.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions peu de troupes sur le Rhin. Les conf&#233;rences de paix entam&#233;es &#224; Rastadt avaient &#233;t&#233; rompues et nos ambassadeurs assassin&#233;s ; enfin, toute l'Allemagne s'armait de nouveau contre nous, et le Directoire, tomb&#233; dans le m&#233;pris, n'ayant ni troupes ni argent pour en lever, venait, pour se procurer des fonds, de d&#233;cr&#233;ter un emprunt forc&#233; qui avait achev&#233; de lui ali&#233;ner tous les esprits. On n'avait plus d'espoir qu'en Mass&#233;na pour arr&#234;ter les Russes et les emp&#234;cher de p&#233;n&#233;trer en France. Le Directoire impatient lui exp&#233;diait courrier sur courrier pour lui ordonner de livrer bataille ; mais le moderne Fabius, ne voulant pas compromettre le salut de son pays, attendait que quelque fausse man&#339;uvre de son p&#233;tulant ennemi lui donn&#226;t l'occasion de le battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici doit se placer une anecdote qui prouve &#224; combien peu de chose tient quelquefois la destin&#233;e des &#201;tats, comme aussi la gloire des chefs d'arm&#233;e. Le Directoire, exasp&#233;r&#233; de voir que Mass&#233;na n'ob&#233;issait pas &#224; l'ordre r&#233;it&#233;r&#233; de livrer bataille, r&#233;solut de le destituer ; mais, comme il craignait que ce g&#233;n&#233;ral en chef ne t&#238;nt pas compte de cette destitution et ne la m&#238;t dans sa poche, si on la lui adressait par un simple courrier, le ministre de la guerre re&#231;ut l'ordre d'envoyer en Suisse un officier d'&#233;tat-major charg&#233; de remettre publiquement &#224; Mass&#233;na sa destitution et au chef d'&#233;tat-major Ch&#233;rin des lettres de service qui lui conf&#233;reraient le commandement de l'arm&#233;e. Le ministre Bernadotte, ayant fait conna&#238;tre confidentiellement ces dispositions &#224; mon p&#232;re, celui-ci les d&#233;sapprouva en lui faisant comprendre ce qu'il y avait de dangereux, &#224; la veille d'une affaire d&#233;cisive, de priver l'arm&#233;e de Suisse d'un g&#233;n&#233;ral en qui elle avait confiance, pour remettre le commandement &#224; un g&#233;n&#233;ral plus habitu&#233; au service des bureaux qu'&#224; la direction des troupes sur le terrain. D'ailleurs, la position des arm&#233;es pouvait changer : il fallait donc charger de cette mission un homme assez sage pour appr&#233;cier l'&#233;tat des choses, et qui n'all&#226;t pas remettre &#224; Mass&#233;na sa destitution, &#224; la veille ou au milieu d'une bataille. Mon p&#232;re persuada au ministre de confier cette mission &#224; M. Gault, son aide de camp, qui, sous le pr&#233;texte ostensible d'aller v&#233;rifier si les fournisseurs avaient livr&#233; le nombre de chevaux stipul&#233;s dans leurs march&#233;s, se rendit en Suisse avec l'autorisation de garder ou de remettre la destitution de Mass&#233;na et les lettres de commandement au g&#233;n&#233;ral Ch&#233;rin, selon que les circonstances lui feraient juger la chose utile ou dangereuse. C'&#233;tait un pouvoir immense confi&#233; &#224; la prudence d'un simple capitaine ! M. Gault ne d&#233;mentit pas la bonne opinion qu'on avait eue de lui. Arriv&#233; au quartier g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e suisse cinq jours avant la bataille de Zurich, il vit les troupes si remplies de confiance en Mass&#233;na, et celui-ci si calme et si ferme, qu'il ne douta pas du succ&#232;s, et gardant le plus profond silence sur ses pouvoirs secrets, il assista &#224; la bataille de Zurich, puis revint &#224; Paris, sans que Mass&#233;na se f&#251;t dout&#233; que ce modeste capitaine avait eu entre ses mains le pouvoir de le priver de la gloire de remporter une des plus belles victoires de ce si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution imprudente de Mass&#233;na e&#251;t probablement entra&#238;n&#233; la d&#233;faite du g&#233;n&#233;ral Ch&#233;rin, l'entr&#233;e des Russes en France, celle des Allemands &#224; leur suite, et peut-&#234;tre enfin le bouleversement de l'Europe ! Le g&#233;n&#233;ral Ch&#233;rin fut tu&#233; &#224; la bataille de Zurich sans s'&#234;tre dout&#233; des intentions du gouvernement &#224; son sujet. La victoire de Zurich, tout en emp&#234;chant les ennemis de p&#233;n&#233;trer dans l'int&#233;rieur, n'avait cependant donn&#233; au Directoire qu'un cr&#233;dit momentan&#233; ; le gouvernement croulait de toutes parts : personne n'avait confiance en lui. Les finances &#233;taient ruin&#233;es ; la Vend&#233;e et la Bretagne &#233;taient en compl&#232;te insurrection ; l'int&#233;rieur d&#233;garni de troupes ; le Midi en feu ; les Chambres en d&#233;saccord entre elles et avec le pouvoir ex&#233;cutif ; en un mot, l'&#201;tat touchait &#224; sa ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les hommes politiques comprenaient qu'un grand changement &#233;tait n&#233;cessaire et in&#233;vitable ; mais, d'accord sur ce point, ils diff&#233;raient d'opinion sur l'emploi du rem&#232;de. Les vieux r&#233;publicains, qui tenaient &#224; la Constitution de l'an III, alors en vigueur, crurent que pour sauver le pays il suffisait de changer quelques membres du Directoire. Deux de ces derniers furent renvoy&#233;s et remplac&#233;s par Gohier et Moulins ; mais ce moyen ne fut qu'un tr&#232;s faible palliatif aux calamit&#233;s sous lesquelles le pays allait succomber, et l'anarchie continua de l'agiter. Alors, plusieurs directeurs, au nombre desquels &#233;tait le c&#233;l&#232;bre Siey&#232;s, pens&#232;rent, ainsi qu'une foule de d&#233;put&#233;s et l'immense majorit&#233; du public, que pour sauver la France il fallait remettre les r&#234;nes du gouvernement entre les mains d'un homme ferme et d&#233;j&#224; illustr&#233; par les services rendus &#224; l'&#201;tat. On reconnaissait aussi que ce chef ne pouvait &#234;tre qu'un militaire ayant une grande influence sur l'arm&#233;e, capable, en r&#233;veillant l'enthousiasme national, de ramener la victoire sous nos drapeaux et d'&#233;loigner les &#233;trangers qui s'appr&#234;taient &#224; franchir les fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler ainsi, c'&#233;tait d&#233;signer le g&#233;n&#233;ral Bonaparte ; mais il se trouvait en ce moment en &#201;gypte, et les besoins &#233;taient pressants. Joubert venait d'&#234;tre tu&#233; en Italie. Mass&#233;na, illustr&#233; par plusieurs victoires, &#233;tait un excellent g&#233;n&#233;ral &#224; la t&#234;te d'une arm&#233;e active, mais nullement un homme politique. Bernadotte ne paraissait ni assez capable ni assez sage pour r&#233;parer les maux de la France. Tous les regards des novateurs se port&#232;rent donc sur Moreau, bien que la faiblesse de son caract&#232;re et sa conduite assez peu claire au 18 fructidor inspirassent quelques craintes sur ses aptitudes gouvernementales. Cependant il est certain que, faute de mieux, on lui proposa de se mettre &#224; la t&#234;te du parti qui voulait renverser le Directoire, et qu'on lui offrit de lui confier les r&#234;nes de l'&#201;tat avec le titre de pr&#233;sident ou de consul. Moreau, bon et brave guerrier, manquait de courage politique, et peut-&#234;tre se d&#233;fiait-il de ses propres moyens pour conduire des affaires aussi embrouill&#233;es que l'&#233;taient alors celles de la France. D'ailleurs, &#233;go&#239;ste et paresseux, il s'inqui&#233;tait fort peu de l'avenir de sa patrie et pr&#233;f&#233;rait le repos de la vie priv&#233;e aux agitations de la politique ; il refusa donc, et se retira dans sa terre de Grosbois pour se livrer au plaisir de la chasse qu'il aimait passionn&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonn&#233;s par l'homme de leur choix, Siey&#232;s et ceux qui voulaient avec lui changer la forme du gouvernement, ne se sentant ni assez de force ni assez de popularit&#233; pour atteindre leur but sans l'appui de la puissante &#233;p&#233;e d'un g&#233;n&#233;ral dont le nom rallierait l'arm&#233;e &#224; leurs desseins, se virent contraints de songer au g&#233;n&#233;ral Bonaparte. Le chef de l'entreprise, Siey&#232;s, alors pr&#233;sident du Directoire, se flattait qu'apr&#232;s avoir mis Bonaparte au pouvoir, celui-ci, ne s'occupant que de la r&#233;organisation et de la conduite des arm&#233;es, lui laisserait la conduite du gouvernement dont il serait l'&#226;me, et Bonaparte seulement le chef nominal. La suite prouva combien il s'&#233;tait tromp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imbu de cette pens&#233;e, Siey&#232;s, par l'entremise du d&#233;put&#233; corse Salicetti, envoya en &#201;gypte un agent secret et s&#251;r pour informer le g&#233;n&#233;ral Bonaparte du f&#226;cheux &#233;tat dans lequel se trouvait la France, et lui proposa de venir se mettre &#224; la t&#234;te du gouvernement. Et comme il ne doutait pas que Bonaparte n'accept&#226;t avec r&#233;solution et ne rev&#238;nt promptement en Europe, Siey&#232;s mit tout en &#339;uvre pour assurer l'ex&#233;cution du coup d'&#201;tat qu'il m&#233;ditait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui fut facile de faire comprendre &#224; son coll&#232;gue directeur Roger-Ducos que la puissance leur &#233;chappait journellement, et que, le pays &#233;tant &#224; la veille d'une compl&#232;te d&#233;sorganisation, le bien public et leur int&#233;r&#234;t priv&#233; devaient les engager &#224; prendre part &#224; l'&#233;tablissement d'un gouvernement ferme, dans lequel ils trouveraient &#224; se placer d'une mani&#232;re moins pr&#233;caire et bien plus avantageuse. Roger-Ducos promit son concours aux projets de changement ; mais les trois autres directeurs, Barras, Gohier et Moulins, ne voulant pas consentir &#224; quitter le pouvoir, Siey&#232;s et les meneurs de son parti r&#233;solurent de se passer d'eux et de les sacrifier lors de l'&#233;v&#233;nement qui se pr&#233;parait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il &#233;tait difficile, ou du moins p&#233;rilleux, m&#234;me avec la pr&#233;sence du g&#233;n&#233;ral Bonaparte, de changer les constitutions, de renverser le Directoire et d'&#233;tablir un autre gouvernement sans l'appui de l'arm&#233;e et surtout de la division qui occupait Paris. Afin de pouvoir compter sur elle, il fallait &#234;tre s&#251;r du ministre de la guerre et du g&#233;n&#233;ral commandant la 17e division militaire. Le pr&#233;sident Siey&#232;s chercha donc &#224; gagner Bernadotte et mon p&#232;re, en les faisant sonder par plusieurs d&#233;put&#233;s de leurs amis, d&#233;vou&#233;s aux projets de Siey&#232;s. J'ai su depuis que mon p&#232;re avait r&#233;pondu aux demi-ouvertures que l'astucieux Siey&#232;s lui avait fait faire : &#171; Qu'il convenait que les malheurs du pays demandaient un prompt rem&#232;de ; mais qu'ayant jur&#233; le maintien de la Constitution de l'an VI, il ne se servirait pas de l'autorit&#233; que son commandement lui donnait sur les troupes de sa division pour les porter &#224; renverser cette Constitution. &#187; Puis il se rendit chez Siey&#232;s, lui remit sa d&#233;mission de commandant de la division de Paris et demanda une division active. Siey&#232;s s'empressa de la lui accorder, tant il &#233;tait aise d'&#233;loigner un homme dont la fermet&#233; dans l'accomplissement de ses devoirs pouvait faire avorter le coup d'&#201;tat projet&#233;. Le ministre Bernadotte suivit l'exemple de mon p&#232;re et fut remplac&#233; par Dubois-Cranc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Siey&#232;s fut pendant quelques jours assez embarrass&#233; pour donner un successeur &#224; mon p&#232;re ; enfin, il remit le commandement de Paris au g&#233;n&#233;ral Lefebvre qui, r&#233;cemment bless&#233; &#224; l'arm&#233;e du Rhin, se trouvait en ce moment dans la capitale. Lefebvre &#233;tait un ancien sergent des gardes fran&#231;aises, brave militaire, bon g&#233;n&#233;ral d'ex&#233;cution, quand on le dirigeait de pr&#232;s, mais cr&#233;dule au dernier point, et ne s'&#233;tant jamais rendu compte de la situation politique de la France ; aussi, avec les mots habilement plac&#233;s de gloire, patrie et victoire, on &#233;tait certain de lui faire faire tout ce qu'on voulait. C'&#233;tait un commandant de Paris tel que le voulait Siey&#232;s, qui ne se donna m&#234;me pas la peine de le gagner ni de le pr&#233;venir de ce qu'on attendait de lui, tant il &#233;tait certain qu'au jour de l'&#233;v&#233;nement Lefebvre ne r&#233;sisterait pas &#224; l'ascendant du g&#233;n&#233;ral Bonaparte et aux cajoleries du pr&#233;sident du Directoire. Il avait bien jug&#233; Lefebvre, car, au 18 brumaire, celui-ci se mit avec toutes les troupes de sa division sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Bonaparte, lorsqu'il marcha contre le Directoire et les Conseils pour renverser le gouvernement &#233;tabli et cr&#233;er le Consulat, ce qui valut plus tard au g&#233;n&#233;ral Lefebvre une tr&#232;s haute faveur aupr&#232;s de l'Empereur, qui le nomma mar&#233;chal duc de Danzig, s&#233;nateur, et le combla de richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retrac&#233; rapidement ces &#233;v&#233;nements, parce qu'ils expliquent les causes qui conduisirent mon p&#232;re en Italie et eurent une si grande influence sur sa destin&#233;e et sur la mienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis que mon p&#232;re avait accept&#233; un commandement en Italie, une division &#233;tait devenue vacante &#224; l'arm&#233;e du Rhin, et il l'aurait pr&#233;f&#233;r&#233;e ; mais une fatalit&#233; in&#233;vitable l'entra&#238;nait vers ce pays o&#249; il devait trouver son tombeau ! Un de ses compatriotes et ami, M. Lach&#232;ze, que je pourrais appeler son mauvais g&#233;nie, avait &#233;t&#233; longtemps consul de France &#224; Livourne et &#224; G&#234;nes, o&#249; il avait quelques affaires d'int&#233;r&#234;t personnel &#224; r&#233;gler. Ce maudit homme, pour entra&#238;ner mon p&#232;re vers l'Italie, lui faisait sans cesse le tableau le plus exag&#233;r&#233; des beaut&#233;s de ce pays, de l'avantage qu'il y avait d'ailleurs &#224; ramener la victoire sous les drapeaux d'une arm&#233;e malheureuse, tandis qu'il n'y avait aucune gloire &#224; acqu&#233;rir pour lui &#224; l'arm&#233;e du Rhin, dont la situation &#233;tait bonne. Le c&#339;ur de mon malheureux p&#232;re se laissa prendre &#224; ses beaux raisonnements. Il pensa qu'il y avait plus de m&#233;rite &#224; se rendre l&#224; o&#249; il y avait le plus de dangers, et persista &#224; aller en Italie, malgr&#233; les observations de ma m&#232;re, qu'un pressentiment secret portait &#224; d&#233;sirer que mon p&#232;re f&#251;t plut&#244;t sur le Rhin ; ce pressentiment ne la trompait point&#8230; elle ne revit plus son &#233;poux !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son ancien aide de camp, le capitaine Gault, mon p&#232;re venait d'adjoindre un autre officier, M. R***, que lui avait donn&#233; son ami le g&#233;n&#233;ral Augereau. M. R*** avait le grade de chef d'escadron. Il appartenait &#224; une famille de Maintenon, avait des moyens et de l'&#233;ducation dont il ne se servait que fort rarement, car, par un travers d'esprit alors assez commun, il se complaisait &#224; prendre des airs de sacripant, toujours jurant, sacrant et ne parlant que de pourfendre les gens avec son grand sabre. Ce matamore n'avait qu'une seule qualit&#233;, tr&#232;s rare &#224; cette &#233;poque : il &#233;tait toujours mis avec la plus grande recherche. Mon p&#232;re, qui avait accept&#233; M. R*** pour aide de camp sans le conna&#238;tre, en eut regret bient&#244;t ; mais il ne pouvait le renvoyer sans blesser son ancien ami Augereau. Mon p&#232;re ne l'aimait pas, mais il pensait, peut-&#234;tre avec raison, qu'un g&#233;n&#233;ral doit utiliser les qualit&#233;s militaires d'un officier, sans trop se pr&#233;occuper de ses mani&#232;res personnelles. Comme il ne se souciait pas de faire soci&#233;t&#233; avec M. R*** pendant un long voyage, il l'avait charg&#233; de conduire de Paris &#224; Nice ses &#233;quipages et ses chevaux, ayant sous ses ordres le vieux piqueur Spire, homme d&#233;vou&#233; et habitu&#233; &#224; commander aux gens d'&#233;curie. Celle de mon p&#232;re &#233;tait nombreuse : il avait alors quinze chevaux, qui, avec ceux de ses aides de camp, de son chef d'&#233;tat-major et des adjoints de celui-ci, ceux des fourgons, etc., etc., formaient une assez forte caravane dont R*** &#233;tait le chef. Il partit plus d'un mois avant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re prit dans sa berline le fatal M. Lach&#232;ze, le capitaine Gault et moi. Le colonel M&#233;nard, chef d'&#233;tat-major, suivait avec un de ses adjoints dans une chaise de poste. Un grand dr&#244;le de valet de chambre de mon p&#232;re remplissait en avant les fonctions de courrier. Nous voyagions en uniforme. J'avais un bonnet de police fort joli. Il me plaisait tant, que je voulais l'avoir toujours sur la t&#234;te, et, comme je la passais fr&#233;quemment hors de la porti&#232;re, parce que la voiture me donnait le mal de mer, il advint que pendant la nuit, et lorsque mes compagnons dormaient, ce bonnet tomba sur la route. La voiture attel&#233;e de six vigoureux chevaux allait un train de chasse, je n'osai faire arr&#234;ter et je perdis mon bonnet. Mauvais pr&#233;sage ! Mais je devais &#233;prouver de bien plus grands malheurs dans la terrible campagne que nous allions entreprendre. Celui-ci m'affecta vivement ; cependant, je me gardai bien d'en parler, de crainte d'&#234;tre raill&#233; sur le peu de soin que le nouveau soldat prenait de ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re s'arr&#234;ta &#224; M&#226;con, chez un ancien ami. Nous pass&#226;mes vingt-quatre heures chez lui et continu&#226;mes notre course vers Lyon. Nous n'en &#233;tions plus qu'&#224; quelques lieues et changions de chevaux au relais de Limonest, lorsque nous remarqu&#226;mes que tous les postillons avaient orn&#233; leurs chapeaux de rubans tricolores, et qu'il y avait des drapeaux pareils aux crois&#233;es de toutes les maisons. Nous &#233;tant inform&#233;s du sujet de cette d&#233;monstration, on nous r&#233;pondit que le g&#233;n&#233;ral en chef Bonaparte venait d'arriver &#224; Lyon !&#8230; Mon p&#232;re, croyant avoir la certitude que Bonaparte &#233;tait encore au fond de l'&#201;gypte, traita cette nouvelle de conte absurde ; mais il resta confondu, lorsque, ayant fait appeler le ma&#238;tre de poste qui arrivait &#224; l'instant de Lyon, celui-ci lui dit : &#171; J'ai vu le g&#233;n&#233;ral Bonaparte que je connais parfaitement, car j'ai servi sous ses ordres en Italie. Il loge &#224; Lyon, dans tel h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a avec lui son fr&#232;re Louis, les g&#233;n&#233;raux Berthier, Lannes et Murat, ainsi qu'un grand nombre d'officiers et un mameluk. &#187; Il &#233;tait difficile d'&#234;tre plus positif. Cependant la r&#233;volution avait donn&#233; lieu &#224; tant de supercheries, et les partis s'&#233;taient montr&#233;s si ing&#233;nieux &#224; inventer ce qui pouvait servir leurs projets, que mon p&#232;re doutait encore lorsque nous entr&#226;mes &#224; Lyon par le faubourg de Vaise. Toutes les maisons &#233;taient illumin&#233;es et pavois&#233;es de drapeaux, on tirait des fus&#233;es, la foule remplissait les rues au point d'emp&#234;cher notre voiture d'avancer ; on dansait sur les places publiques, et l'air retentissait des cris de : &#171; Vive Bonaparte qui vient sauver la patrie !&#8230; &#187; Il fallut bien alors se rendre &#224; l'&#233;vidence et convenir que Bonaparte &#233;tait vraiment dans Lyon. Mon p&#232;re s'&#233;cria : &#171; Je pensais bien qu'on le ferait venir, mais je ne me doutais pas que ce serait sit&#244;t : le coup a &#233;t&#233; bien mont&#233; ! Il va se passer de grands &#233;v&#233;nements. Cela me confirme dans la pens&#233;e que j'ai bien fait de m'&#233;loigner de Paris : du moins, &#224; l'arm&#233;e, je servirai mon pays sans prendre part &#224; aucun coup d'&#201;tat qui, tout n&#233;cessaire qu'il paraisse, me r&#233;pugne infiniment. &#187; Cela dit, il tomba dans une profonde r&#234;verie, pendant les longs moments que nous m&#238;mes &#224; fendre la foule, pour gagner l'h&#244;tel o&#249; notre logement &#233;tait pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus nous approchions, plus le flot populaire &#233;tait compact, et en arrivant &#224; la porte, nous la v&#238;mes couverte de lampions et gard&#233;e par un bataillon de grenadiers. C'&#233;tait l&#224; que logeait le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, auquel on avait donn&#233; les appartements retenus depuis huit jours pour mon p&#232;re. Celui-ci, homme fort violent, ne dit mot cependant, et lorsque le ma&#238;tre d'h&#244;tel vint d'un air assez embarrass&#233; s'excuser aupr&#232;s de lui d'avoir &#233;t&#233; contraint d'ob&#233;ir aux ordres de la municipalit&#233;, mon p&#232;re ne r&#233;pondit rien, et l'aubergiste ayant ajout&#233; qu'il avait fait faire notre logement dans un h&#244;tel fort bon, quoique de second ordre, tenu par un de ses parents, mon p&#232;re se contenta de charger M. Gault d'ordonner aux postillons de nous y conduire. Arriv&#233;s l&#224;, nous trouv&#226;mes notre courrier. C'&#233;tait un homme tr&#232;s vif qui, &#233;chauff&#233; par la longue course qu'il venait de faire et par les nombreuses rasades qu'il avalait &#224; chaque relais, avait fait un tapage du diable, lorsque, arriv&#233; bien avant nous dans le premier h&#244;tel, il y avait appris que les appartements retenus pour son ma&#238;tre avaient &#233;t&#233; donn&#233;s au g&#233;n&#233;ral Bonaparte. Les aides de camp de ce dernier, entendant ce vacarme affreux, et en ayant appris la cause, &#233;taient all&#233;s pr&#233;venir leur patron qu'on avait d&#233;log&#233; le g&#233;n&#233;ral Marbot pour lui. Dans le m&#234;me instant, le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, dont les crois&#233;es &#233;taient ouvertes, aper&#231;ut les deux voitures de mon p&#232;re arr&#234;t&#233;es devant la porte. Il avait ignor&#233; jusque-l&#224; le mauvais proc&#233;d&#233; de son h&#244;te envers mon p&#232;re, et comme le g&#233;n&#233;ral Marbot, commandant de Paris peu de temps avant, et actuellement chef d'une division de l'arm&#233;e d'Italie, &#233;tait un homme trop important pour &#234;tre trait&#233; sans fa&#231;on, et que d'ailleurs Bonaparte revenait avec l'intention de se mettre bien avec tout le monde, il ordonna &#224; l'un de ses officiers de descendre promptement pour offrir au g&#233;n&#233;ral Marbot de venir militairement partager son logement avec lui. Mais, voyant les voitures repartir avant que son aide de camp p&#251;t parler &#224; mon p&#232;re, le g&#233;n&#233;ral Bonaparte sortit &#224; l'instant m&#234;me &#224; pied pour venir en personne lui exprimer ses regrets. La foule qui le suivait jetait de grands cris de joie qui, en approchant de notre h&#244;tel, auraient d&#251; nous pr&#233;venir ; mais nous en avions tant entendu depuis que nous &#233;tions en ville, qu'aucun de nous n'eut la pens&#233;e de regarder dans la rue. Nous &#233;tions tous r&#233;unis dans le salon o&#249; mon p&#232;re se promenait &#224; grands pas, plong&#233; dans de profondes r&#233;flexions, lorsque tout &#224; coup le valet de chambre, ouvrant la porte &#224; deux battants, annonce : &#171; Le g&#233;n&#233;ral Bonaparte ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci courut, en entrant, embrasser mon p&#232;re, qui le re&#231;ut tr&#232;s poliment, mais froidement. Ils se connaissaient depuis longtemps. L'explication relative au logement devait &#234;tre, entre de tels personnages, trait&#233;e en peu de mots ; il en fut ainsi. Ils avaient bien d'autres choses &#224; se dire ; aussi pass&#232;rent-ils seuls dans la chambre &#224; coucher, o&#249; ils rest&#232;rent en conf&#233;rence pendant plus d'une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce temps, les g&#233;n&#233;raux et officiers venus d'&#201;gypte avec le g&#233;n&#233;ral Bonaparte causaient avec nous dans le salon. Je ne pouvais me lasser de consid&#233;rer leur air martial, leurs figures bronz&#233;es par le soleil d'Orient, leurs costumes bizarres et leurs sabres turcs suspendus par des cordons. J'&#233;coutais avec attention leurs r&#233;cits sur les campagnes d'&#201;gypte et les combats qui s'y &#233;taient livr&#233;s. Je me complaisais &#224; entendre r&#233;p&#233;ter ces noms c&#233;l&#232;bres : Pyramides, Nil, Grand-Caire, Alexandrie, Saint-Jean d'Acre, le d&#233;sert, etc., etc. Mais ce qui me charmait le plus &#233;tait la vue du jeune mameluk Roustan. Il &#233;tait rest&#233; dans l'antichambre, o&#249; j'allai plusieurs fois pour admirer son costume qu'il me montrait avec complaisance. Il parlait d&#233;j&#224; passablement fran&#231;ais, et je ne me lassai pas de le questionner. Le g&#233;n&#233;ral Lannes se rappela m'avoir fait tirer ses pistolets, lorsqu'en 1793 il servait &#224; Toulouse sous les ordres de mon p&#232;re, au camp du Miral. Il me fit beaucoup d'amiti&#233;s, et nous ne nous doutions pas alors ni l'un ni l'autre que je serais un jour son aide de camp, et qu'il mourrait dans mes bras &#224; Essling !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Murat &#233;tait n&#233; dans la m&#234;me contr&#233;e que nous, et comme il avait &#233;t&#233; gar&#231;on de boutique chez un mercier de Saint-C&#233;r&#233; &#224; l'&#233;poque o&#249; ma famille y passait les hivers, il &#233;tait venu fr&#233;quemment apporter des marchandises chez ma m&#232;re. D'ailleurs, mon p&#232;re lui avait rendu plusieurs services dont il fut toujours reconnaissant. Il m'embrassa donc en me rappelant qu'il m'avait souvent tenu dans ses bras dans mon enfance. Je ferai plus tard la biographie de cet homme c&#233;l&#232;bre, parti de si bas et mont&#233; si haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Bonaparte et mon p&#232;re, &#233;tant rentr&#233;s dans le salon, se pr&#233;sent&#232;rent mutuellement les personnes de leur suite. Les g&#233;n&#233;raux Lannes et Murat &#233;taient d'anciennes connaissances pour mon p&#232;re, qui les re&#231;ut avec beaucoup d'affabilit&#233;. Il fut assez froid avec le g&#233;n&#233;ral Berthier, qu'il avait cependant vu jadis &#224; Versailles, lorsque mon p&#232;re &#233;tait garde du corps et Berthier ing&#233;nieur. Le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, qui connaissait ma m&#232;re, m'en demanda tr&#232;s poliment des nouvelles, me complimenta affectueusement d'avoir, si jeune encore, adopt&#233; la carri&#232;re des armes, et me prenant doucement par l'oreille, ce qui fut toujours la caresse la plus flatteuse qu'il f&#238;t aux personnes dont il &#233;tait satisfait, il dit, en s'adressant &#224; mon p&#232;re : &#171; Ce sera un jour un second g&#233;n&#233;ral Marbot. &#187; Cet horoscope s'est v&#233;rifi&#233; ; je n'en avais point alors l'esp&#233;rance, cependant je fus tout fier de ces paroles : il faut si peu de chose pour enorgueillir un enfant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite termin&#233;e, mon p&#232;re ne laissa rien transpirer de ce qui avait &#233;t&#233; dit entre le g&#233;n&#233;ral Bonaparte et lui ; mais j'ai su plus tard que Bonaparte, sans laisser p&#233;n&#233;trer positivement ses projets, avait cherch&#233;, par les cajoleries les plus adroites, &#224; attirer mon p&#232;re dans son parti, mais que celui-ci avait constamment &#233;lud&#233; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choqu&#233; de voir le peuple de Lyon courir au-devant de Bonaparte comme s'il e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;j&#224; le souverain de la France, mon p&#232;re d&#233;clara qu'il d&#233;sirait partir le lendemain, d&#232;s l'aube du jour. Mais ses voitures ayant besoin de r&#233;parations, force lui fut de passer une journ&#233;e enti&#232;re &#224; Lyon. J'en profitai pour me faire confectionner un nouveau bonnet de police, et, enchant&#233; de cette emplette, je ne m'occupai nullement des conversations politiques que j'entendais autour de moi et auxquelles, &#224; vrai dire, je ne comprenais pas grand'chose. Mon p&#232;re alla rendre au g&#233;n&#233;ral Bonaparte la visite qu'il en avait re&#231;ue. Ils se promen&#232;rent fort longtemps seuls dans le petit jardin de l'h&#244;tel, pendant que leur suite se tenait respectueusement &#224; l'&#233;cart. Nous les voyions tant&#244;t gesticuler avec chaleur, tant&#244;t parler avec plus de calme ; puis Bonaparte, se rapprochant de mon p&#232;re avec un air patelin, passer amicalement son bras sous le sien, probablement pour que les autorit&#233;s qui se trouvaient dans la cour et les nombreux curieux qui encombraient les crois&#233;es du voisinage, pussent dire que le g&#233;n&#233;ral Marbot adh&#233;rait aux projets du g&#233;n&#233;ral Bonaparte, car cet homme habile ne n&#233;gligeait aucun moyen pour parvenir &#224; ses fins ; il s&#233;duisait les uns et voulait faire croire qu'il avait gagn&#233; aussi ceux qui lui r&#233;sistaient par devoir. Cela lui r&#233;ussit &#224; merveille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re sortit de cette seconde conversation encore plus pensif qu'il n'&#233;tait sorti de la premi&#232;re, et en entrant &#224; l'h&#244;tel, il ordonna le d&#233;part pour le lendemain ; mais le g&#233;n&#233;ral Bonaparte devait faire ce jour-l&#224; une excursion autour de la ville pour visiter les hauteurs fortifiables, et tous les chevaux de poste &#233;taient retenus pour lui. Je crus pour le coup que mon p&#232;re allait se f&#226;cher. Il se contenta de dire : &#171; Voil&#224; le commencement de l'omnipotence ! &#187; et ordonna qu'on t&#226;ch&#226;t de se procurer des chevaux de louage, tant il lui tardait de s'&#233;loigner de cette ville et d'un spectacle qui le choquait. On ne trouva point de chevaux disponibles. Alors le colonel M&#233;nard, qui &#233;tait n&#233; dans le Midi et le connaissait parfaitement, fit observer que la route de Lyon &#224; Avignon &#233;tant horriblement d&#233;fonc&#233;e, il &#233;tait &#224; craindre que nos voitures ne s'y brisassent, et qu'il serait pr&#233;f&#233;rable de les embarquer sur le Rh&#244;ne, dont la descente nous offrirait un spectacle enchanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, fort peu amateur de pittoresque, aurait dans tout autre moment rejet&#233; cet avis ; mais comme il lui donnait le moyen de quitter un jour plus t&#244;t la ville de Lyon, dont le s&#233;jour lui d&#233;plaisait dans les circonstances actuelles, il consentit &#224; prendre le Rh&#244;ne. Le colonel M&#233;nard loua donc un grand bateau ; on y conduisit les deux voitures, et le lendemain, de grand matin, nous nous embarqu&#226;mes tous. Cette r&#233;solution faillit nous faire p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en automne, les eaux &#233;taient tr&#232;s basses, le bateau touchait et s'engravait &#224; chaque instant, on craignait qu'il ne se d&#233;chir&#226;t. Nous couch&#226;mes la premi&#232;re nuit &#224; Saint-P&#233;ray, puis &#224; Tain, et m&#238;mes deux jours &#224; descendre jusqu'&#224; la hauteur de l'embouchure de la Dr&#244;me. L&#224; nous trouv&#226;mes beaucoup plus d'eau et march&#226;mes rapidement ; mais un de ces coups de vent affreux, qu'on nomme le mistral, nous ayant assaillis &#224; un quart de lieue au-dessus de Pont-Saint-Esprit, les bateliers ne purent gagner le rivage. Ils perdirent la t&#234;te et se mirent en pri&#232;res au lieu de travailler, pendant que le courant et un vent furieux poussaient le bateau vers le pont ! Nous allions heurter contre la pile du pont et &#234;tre engloutis, lorsque mon p&#232;re et nous tous, prenant des perches &#224; crocs et les portant en avant fort &#224; propos, par&#226;mes le choc contre la pile vers laquelle nous &#233;tions entra&#238;n&#233;s. Le contre-coup fut si terrible qu'il nous fit tomber sur les bancs ; mais la secousse avait chang&#233; la direction du bateau, qui, par un bonheur presque miraculeux, enfila le dessous de l'arche. Les mariniers revinrent alors un peu de leur terreur et reprirent tant bien que mal la direction de leur barque ; mais le mistral continuait, et les deux voitures, offrant une r&#233;sistance au vent, rendaient la man&#339;uvre presque impossible. Enfin, &#224; six lieues au-dessus d'Avignon, nous f&#251;mes jet&#233;s sur une tr&#232;s grande &#238;le, o&#249; la pointe du bateau s'engrava dans le sable, de mani&#232;re &#224; ne plus pouvoir l'en retirer sans l'assistance de beaucoup d'ouvriers, et nous penchions tellement de c&#244;t&#233;, que nous craignions d'&#234;tre submerg&#233;s &#224; chaque instant. On pla&#231;a quelques planches entre le bateau et le rivage ; puis, au moyen d'une corde qui servait d'appui, nous d&#233;barqu&#226;mes tous sans accident, mais non sans danger. Il &#233;tait impossible de penser &#224; se rembarquer par un vent aussi affreux, quoique sans pluie ; nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes donc dans l'int&#233;rieur de l'&#238;le, qui &#233;tait fort grande et que nous cr&#251;mes d'abord inhabit&#233;e ; mais enfin, nous aper&#231;&#251;mes une esp&#232;ce de ferme o&#249; nous trouv&#226;mes des bonnes gens qui nous re&#231;urent tr&#232;s bien. Nous mourions de faim, mais il &#233;tait impossible d'aller chercher des provisions sur le bateau, et nous n'avions que tr&#232;s peu de pain. Ils nous dirent que l'&#238;le &#233;tait remplie de poules qu'ils y laissaient vivre &#224; l'&#233;tat sauvage et qu'ils tuaient &#224; coups de fusil quand ils en avaient besoin. Mon p&#232;re aimait beaucoup la chasse, il avait besoin de faire tr&#234;ve &#224; ses soucis, on prit les fusils des paysans, des fourches, des b&#226;tons, et nous voil&#224; partis en riant pour la chasse aux poules. On en tua plusieurs, quoiqu'il ne f&#251;t pas facile de les joindre, car elles volaient comme des faisans. Nous ramass&#226;mes beaucoup de leurs &#339;ufs dans les bois, et de retour &#224; la ferme, on alluma en plein champ un grand feu autour duquel nous nous &#233;tabl&#238;mes au bivouac, pendant que le valet de chambre, aid&#233; par la fermi&#232;re, accommodait les volailles et les &#339;ufs de diverses fa&#231;ons. Nous soup&#226;mes gaiement et nous couch&#226;mes ensuite sur du foin, personne n'ayant os&#233; accepter les lits que les bons paysans nous offraient, tant ils nous parurent peu propres. Les bateliers et un domestique de mon p&#232;re, qu'on avait laiss&#233;s de garde pr&#232;s du bateau, vinrent nous pr&#233;venir au point du jour que le vent &#233;tait tomb&#233;. Tous les paysans et matelots prirent alors des pelles et des pioches, et apr&#232;s quelques heures d'un travail fort p&#233;nible, ils remirent la barque &#224; flot, et nous p&#251;mes continuer notre voyage vers Avignon, o&#249; nous arriv&#226;mes sans autre accident. Ceux que nous avions &#233;prouv&#233;s furent augment&#233;s par la renomm&#233;e, de sorte que le bruit courut &#224; Paris que mon p&#232;re et toute sa suite avaient p&#233;ri dans les eaux du Rh&#244;ne. L'entr&#233;e d'Avignon, surtout lorsqu'on arrive par le Rh&#244;ne, est tr&#232;s pittoresque ; le vieux ch&#226;teau papal, les remparts dont la ville est entour&#233;e, ses nombreux clochers et le ch&#226;teau de Villeneuve, plac&#233;s en face d'elle, font un effet admirable ! Nous trouv&#226;mes &#224; Avignon Mme M&#233;nard et une de ses ni&#232;ces, et pass&#226;mes trois jours dans cette ville, dont nous visit&#226;mes les charmants environs, sans oublier la fontaine de Vaucluse. Mon p&#232;re ne se pressait pas de partir, parce que M. R*** lui avait &#233;crit que les chaleurs, encore tr&#232;s fortes dans le Midi, l'avaient forc&#233; de ralentir sa marche, et mon p&#232;re ne voulait pas arriver avant ses chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Avignon, nous all&#226;mes &#224; Aix. Mais arriv&#233;s sur les bords de la Durance, qu'on traversait alors en bac, nous trouv&#226;mes cette rivi&#232;re tellement grossie et d&#233;bord&#233;e qu'il &#233;tait impossible de passer avant cinq ou six heures. On d&#233;lib&#233;rait pour savoir si on allait retourner &#224; Avignon, lorsque le fermier du bac, esp&#232;ce de monsieur, propri&#233;taire d'un charmant petit castel situ&#233; sur la hauteur &#224; cinq cents pas du rivage, vint prier mon p&#232;re de venir s'y reposer jusqu'&#224; ce que ses voitures fussent embarqu&#233;es. Il accepta, esp&#233;rant que ce ne serait que pour quelques heures ; mais il para&#238;t que de grands orages avaient eu lieu dans les Alpes, o&#249; la Durance prend sa source, car cette rivi&#232;re continua de cro&#238;tre toute la journ&#233;e. Nous f&#251;mes donc forc&#233;s d'accepter pour la nuit l'hospitalit&#233; qu'offrait tr&#232;s cordialement le ma&#238;tre du ch&#226;teau, et comme il faisait beau, nous nous promen&#226;mes toute la journ&#233;e. Cet &#233;pisode de voyage ne me d&#233;plut nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, les eaux &#233;tant encore plus furieuses que la veille, notre h&#244;te, qui &#233;tait un chaud r&#233;publicain et qui connaissait assez bien la rivi&#232;re pour juger qu'il nous serait impossible de la traverser avant vingt-quatre heures, se rendit en toute h&#226;te, et &#224; notre insu, dans la petite ville de Cavaillon, qui n'est qu'&#224; deux lieues de l&#224; sur la m&#234;me rive que Bompart. Il alla pr&#233;venir tous les patriotes de la localit&#233; et des environs qu'il avait chez lui le g&#233;n&#233;ral de division Marbot. Puis ce monsieur revint triomphant dans son castel, o&#249; nous v&#238;mes arriver une heure apr&#232;s une cavalcade compos&#233;e des plus chauds patriotes de Cavaillon, qui venaient supplier mon p&#232;re de vouloir bien accepter un banquet qu'ils lui offraient au nom des notables de cette ville &#171; toujours si &#233;minemment r&#233;publicaine &#187; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re, auquel ces ovations n'&#233;taient nullement agr&#233;ables, refusa d'abord ; mais ces citoyens firent tant et tant d'instances, disant que tout &#233;tait d&#233;j&#224; ordonn&#233; et que les convives se trouvaient r&#233;unis, qu'il c&#233;da enfin, et nous nous rend&#238;mes &#224; Cavaillon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus bel h&#244;tel &#233;tait orn&#233; de guirlandes et garni de chapeaux noirs de la ville et de la banlieue. Apr&#232;s des compliments infinis, on prit place autour d'une table immense, couverte des mets les plus recherch&#233;s et surtout d'ortolans, oiseaux qui se plaisent beaucoup dans ce pays. On pronon&#231;a des discours virulents contre les ennemis de la libert&#233; ; on porta de nombreuses sant&#233;s, et le d&#238;ner ne finit qu'&#224; dix heures du soir. Il &#233;tait un peu tard pour retourner &#224; Bompart ; d'ailleurs, mon p&#232;re ne pouvait convenablement se s&#233;parer de ses h&#244;tes &#224; la sortie de table ; il se d&#233;termina donc &#224; coucher &#224; Cavaillon, de sorte que le reste de la soir&#233;e se passa en conversations assez bruyantes. Enfin, peu &#224; peu, chaque invit&#233; regagna son logis, et nous rest&#226;mes seuls. Mais, le lendemain, &#224; son r&#233;veil, M. Gault ayant demand&#233; &#224; l'aubergiste quelle &#233;tait la quote-part que devait mon p&#232;re pour l'immense festin de la veille, qu'il croyait &#234;tre un pique-nique, o&#249; chacun paye son couvert, cet homme lui remit un compte de plus de 1, 500 francs, les bons patriotes n'ayant pas pay&#233; un tra&#238;tre sou !&#8230; On nous dit bien que quelques-uns avaient exprim&#233; le d&#233;sir de payer leur part, mais que la tr&#232;s grande majorit&#233; avait r&#233;pondu que ce serait faire injure au g&#233;n&#233;ral Marbot !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitaine Gault &#233;tait furieux de ce proc&#233;d&#233;, mais mon p&#232;re, qui au premier moment n'en revenait pas d'&#233;tonnement, se prit ensuite &#224; rire aux &#233;clats, et dit &#224; l'aubergiste de venir chercher son argent &#224; Bompart, o&#249; nous retourn&#226;mes sur-le-champ, sans faire la moindre observation &#224; notre ch&#226;telain, dont on r&#233;compensa tr&#232;s largement les serviteurs ; puis nous profit&#226;mes de la baisse des eaux pour traverser enfin la Durance et nous rendre &#224; Aix. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique je ne fusse pas encore en &#226;ge de parler politique avec mon p&#232;re, ce que je lui avais entendu dire me portait &#224; croire que ses id&#233;es r&#233;publicaines s'&#233;taient grandement modifi&#233;es depuis deux ans, et que ce qu'il avait entendu au d&#238;ner de Cavaillon avait achev&#233; de les &#233;branler ; mais il ne t&#233;moigna aucune mauvaise humeur au sujet du pr&#233;tendu pique-nique. Il s'amusait m&#234;me de la col&#232;re de M. Gault, qui r&#233;p&#233;tait sans cesse : &#171; Je ne m'&#233;tonne pas que, malgr&#233; la chert&#233; des ortolans, ces dr&#244;les en eussent fait venir une si grande quantit&#233;, et demandassent tant de bouteilles de vins fins !&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir pass&#233; la nuit &#224; Aix, nous part&#238;mes pour nous rendre &#224; Nice. C'&#233;tait notre derni&#232;re journ&#233;e de poste ; nous traversions la montagne et la belle for&#234;t de l'Esterel, lorsque nous rencontr&#226;mes le chef de brigade (ou colonel) du 1er de housards qui, escort&#233; d'un officier et de plusieurs cavaliers conduisant des chevaux &#233;clop&#233;s, revenait de l'arm&#233;e, et se rendait au d&#233;p&#244;t de Puy en Velay. Ce colonel se nommait M. Picart ; on lui laissait son r&#233;giment en raison de ses qualit&#233;s d'administrateur, et on l'envoyait souvent au d&#233;p&#244;t pour y faire &#233;quiper des hommes et des chevaux, qu'il exp&#233;diait ensuite aux escadrons de guerre, o&#249; il paraissait tr&#232;s rarement et restait fort peu. En apercevant M. Picart, mon p&#232;re fit arr&#234;ter sa voiture, mit pied &#224; terre, et apr&#232;s m'avoir pr&#233;sent&#233; &#224; mon colonel, il le tira &#224; part pour le prier de lui indiquer un sous-officier sage et bien &#233;lev&#233; dont il p&#251;t faire mon mentor. Le colonel indiqua le mar&#233;chal des logis Pertelay. Mon p&#232;re fit prendre le nom de ce sous-officier, et nous continu&#226;mes notre route jusqu'&#224; Nice, o&#249; nous trouv&#226;mes le commandant R*** &#233;tabli dans un excellent h&#244;tel avec nos &#233;quipages et nos chevaux en tr&#232;s bon &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Nice &#233;tait remplie de troupes, parmi lesquelles se trouvait un escadron du 1er de housards, auquel j'appartenais. Ce r&#233;giment, en l'absence de son colonel, &#233;tait command&#233; par un tr&#232;s brave chef d'escadron nomm&#233; Muller (c'&#233;tait le p&#232;re de ce pauvre malheureux adjudant du 7e de housards qui fut bless&#233; d'un coup de canon, aupr&#232;s de moi, &#224; Waterloo). En apprenant que le g&#233;n&#233;ral de division venait d'arriver, le commandant Muller se rendit chez mon p&#232;re, et il fut convenu entre eux qu'apr&#232;s quelques jours de repos je ferais le service dans la 7e compagnie, command&#233;e par le capitaine Mathis, homme de m&#233;rite, qui plus tard devint colonel sous l'Empire et mar&#233;chal de camp sous la Restauration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique mon p&#232;re f&#251;t fort bon pour moi, il m'en imposait tellement, que j'&#233;tais aupr&#232;s de lui d'une tr&#232;s grande timidit&#233;, timidit&#233; qu'il supposait encore plus grande qu'elle ne l'&#233;tait r&#233;ellement ; aussi disait-il que j'aurais d&#251; &#234;tre une fille, et il m'appelait souvent mademoiselle Marcellin : cela me chagrinait beaucoup, surtout depuis que j'&#233;tais housard. C'&#233;tait donc pour vaincre cette timidit&#233; que mon p&#232;re voulait que je fisse le service avec mes camarades ; d'ailleurs, ainsi que je l'ai d&#233;j&#224; dit, on ne pouvait entrer dans l'arm&#233;e que comme simple soldat. Mon p&#232;re aurait pu, il est vrai, m'attacher &#224; sa personne, puisque mon r&#233;giment faisait partie de sa division ; mais, outre la pens&#233;e indiqu&#233;e ci-dessus, il d&#233;sirait que j'apprisse &#224; seller et brider mon cheval, soigner mes armes, et ne voulait pas que son fils jou&#238;t du moindre privil&#232;ge, ce qui aurait produit un mauvais effet parmi les troupes. C'&#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup qu'on m'adm&#238;t &#224; l'escadron sans me faire faire un long et ennuyeux apprentissage au d&#233;p&#244;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je passai plusieurs jours &#224; parcourir avec mon p&#232;re et son &#233;tat-major les environs de Nice, qui sont fort beaux ; mais le moment de mon entr&#233;e &#224; l'escadron &#233;tant arriv&#233;, mon p&#232;re demanda au commandant Muller de lui envoyer le mar&#233;chal des logis Pertelay. Or, il faut que vous sachiez qu'il existait au r&#233;giment deux fr&#232;res de ce nom, tous deux mar&#233;chaux des logis, mais n'ayant entre eux aucune ressemblance physique ni morale. On croirait que l'auteur de la pi&#232;ce les Deux Philibert a pris ces deux hommes pour types, l'a&#238;n&#233; des Pertelay &#233;tant Philibert le mauvais sujet, et le jeune Pertelay, Philibert le bon sujet. C'&#233;tait ce dernier que le colonel avait entendu d&#233;signer pour mon mentor ; mais comme, press&#233; par le peu de temps que mon p&#232;re et lui avaient pass&#233; ensemble, M. Picart avait oubli&#233; en nommant Pertelay d'ajouter le jeune, et que, d'ailleurs, celui-ci ne faisait pas partie de l'escadron qui se trouvait &#224; Nice, tandis que l'a&#238;n&#233; servait pr&#233;cis&#233;ment dans la 7e compagnie, dans laquelle j'allais entrer, le commandant Muller crut que c'&#233;tait de l'a&#238;n&#233; que le colonel avait parl&#233; &#224; mon p&#232;re, et qu'on avait choisi cet enrag&#233; pour d&#233;niaiser un jeune homme aussi doux et aussi timide que je l'&#233;tais. Il nous envoya donc Pertelay a&#238;n&#233;. Ce type des anciens housards &#233;tait buveur, tapageur, querelleur, bretteur, mais aussi, brave jusqu'&#224; la t&#233;m&#233;rit&#233; ; du reste, compl&#232;tement ignorant de tout ce qui n'avait pas rapport &#224; son cheval, &#224; ses armes et &#224; son service devant l'ennemi. Pertelay jeune, au contraire, &#233;tait doux, poli, tr&#232;s instruit, et comme il &#233;tait fort bel homme et tout aussi brave que son fr&#232;re, il e&#251;t certainement fait un chemin rapide si, bien jeune encore, il n'e&#251;t trouv&#233; la mort sur un champ de bataille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais revenons &#224; l'a&#238;n&#233;. Il arrive chez mon p&#232;re, et que voyons-nous ? Un luron, tr&#232;s bien tenu, il est vrai, mais le shako sur l'oreille, le sabre tra&#238;nant, la figure enlumin&#233;e et coup&#233;e en deux par une immense balafre, des moustaches d'un demi-pied de long qui, relev&#233;es par la cire, allaient se perdre dans les oreilles, deux grosses nattes de cheveux tress&#233;s aux tempes, qui, sortant de son shako, tombaient sur la poitrine, et avec cela, un air ! !&#8230; un air de chenapan, qu'augmentaient encore des paroles saccad&#233;es ainsi qu'un baragouin franco-alsacien des plus barbares. Ce dernier d&#233;faut ne surprit pas mon p&#232;re, car il savait que le 1er de housards &#233;tait l'ancien r&#233;giment de Bercheny, dans lequel on ne recevait jadis que les Allemands, et o&#249; les commandements s'&#233;taient faits, jusqu'en 1793, dans la langue allemande, qui &#233;tait celle le plus en usage parmi les officiers et les housards, presque tous n&#233;s dans les provinces des bords du Rhin ; mais mon p&#232;re fut on ne peut plus surpris de la tournure, des r&#233;ponses et de l'air ferrailleur qu'avait mon mentor. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai su plus tard qu'il avait h&#233;sit&#233; &#224; me mettre entre les mains de ce gaillard-l&#224;, mais que M. Gault lui ayant fait observer que le colonel Picart l'avait d&#233;sign&#233; comme le meilleur sous-officier de l'escadron, mon p&#232;re s'&#233;tait d&#233;termin&#233; &#224; en essayer. Je suivis donc Pertelay, qui, me prenant sans fa&#231;on sous le bras, vint dans ma chambre, me montra &#224; placer mes effets dans mon portemanteau et me conduisit dans une petite caserne situ&#233;e dans un ancien couvent et occup&#233;e par l'escadron du 1er de housards. Mon mentor me fit seller et desseller un joli petit cheval que mon p&#232;re avait achet&#233; pour moi ; puis il me montra &#224; placer mon manteau et mes armes ; enfin il me fit une d&#233;monstration compl&#232;te, et songea, lorsqu'il m'eut tout expliqu&#233;, qu'il &#233;tait temps d'aller d&#238;ner, car mon p&#232;re, d&#233;sirant que je mangeasse avec mon mentor, nous avait affect&#233; une haute paye pour cette d&#233;pense. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pertelay me conduisit dans une petite auberge dont la salle &#233;tait remplie de housards, de grenadiers et de soldats de toutes armes. On nous sert, et l'on place sur la table une &#233;norme bouteille d'un gros vin rouge des plus violents, dont Pertelay me verse une rasade. Nous trinquons. Mon homme vide son verre, et je pose le mien sans le porter &#224; mes l&#232;vres, car je n'avais jamais bu de vin pur, et l'odeur de ce liquide m'&#233;tait d&#233;sagr&#233;able. J'en fis l'aveu &#224; mon mentor, qui s'&#233;cria alors d'une voix de stentor : &#171; Gar&#231;on !&#8230; apporte une limonade &#224; ce gar&#231;on qui ne boit jamais de vin !&#8230; &#187; Et de grands &#233;clats de rire retentissent dans toute la salle !&#8230; Je fus tr&#232;s mortifi&#233;, mais je ne pus me r&#233;soudre &#224; go&#251;ter de ce vin et n'osai cependant demander de l'eau : je d&#238;nai donc sans boire !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'apprentissage de la vie de soldat est fort dur en tout temps. Il l'&#233;tait surtout &#224; l'&#233;poque dont je parle. J'eus donc quelques p&#233;nibles moments &#224; passer. Mais ce qui me parut intol&#233;rable fut l'obligation de coucher avec un autre housard, car le r&#232;glement n'accordait alors qu'un lit pour deux soldats. Seuls, les sous-officiers couchaient isol&#233;ment. La premi&#232;re huit que je passai &#224; la caserne, je venais de me coucher, lorsqu'un grand escogriffe de housard qui arrivait une heure apr&#232;s les autres s'approche de mon lit, et voyant qu'il y avait d&#233;j&#224; quelqu'un, d&#233;croche la lampe et la met sous mon nez pour m'examiner de plus pr&#232;s, puis il se d&#233;shabille. Tout en le voyant faire, j'&#233;tais loin de penser qu'il avait la pr&#233;tention de se placer aupr&#232;s de moi ; mais bient&#244;t je fus d&#233;tromp&#233;, lorsqu'il me dit durement : &#171; Pousse-toi, conscrit ! &#187; Puis il entre dans le lit, se couche de mani&#232;re &#224; en occuper les trois quarts et se met &#224; ronfler sur le plus haut ton ! Il m'&#233;tait impossible de fermer l'&#339;il, surtout &#224; cause de l'odeur affreuse que r&#233;pandait un gros paquet plac&#233; par mon camarade sous le traversin pour s'exhausser la t&#234;te. Je ne pouvais comprendre ce que ce pouvait &#234;tre. Pour m'en assurer, je coule tout doucement la main vers cet objet et trouve un tablier en cuir, tout impr&#233;gn&#233; de la poix dont se servent les cordonniers pour cirer leur fil !&#8230; Mon aimable camarade de lit &#233;tait l'un des gar&#231;ons du bottier du r&#233;giment ! J'&#233;prouvai un tel d&#233;go&#251;t que je me levai, m'habillai et allai &#224; l'&#233;curie me coucher sur une botte de paille. Le lendemain, je fis part de ma m&#233;saventure &#224; Pertelay, qui en rendit compte au sous-lieutenant du peloton. Celui-ci &#233;tait un homme bien &#233;lev&#233; ; il se nommait Leisteinschneider (en allemand, lapidaire). Il devint, sous l'Empire, colonel, premier aide de camp de Bessi&#232;res, et fut tu&#233;. M. Leisteinschneider, comprenant combien il devait m'&#234;tre p&#233;nible de coucher avec un bottier, prit sur lui de me faire donner un lit dans la chambre des sous-officiers, ce qui me causa un tr&#232;s grand plaisir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la R&#233;volution e&#251;t introduit un grand rel&#226;chement dans la tenue des troupes, le 1er de housards avait toujours conserv&#233; la sienne aussi exacte que lorsqu'il &#233;tait Bercheny ; aussi, sauf les dissemblances physiques impos&#233;es par la nature, tous les cavaliers devaient se ressembler par leur tenue, et comme les r&#233;giments de housards portaient alors non seulement une queue, mais encore de longues tresses en cadenettes sur les tempes, et avaient des moustaches retrouss&#233;es, on exigeait que tout ce qui appartenait au corps e&#251;t moustaches, queue et tresses. Or, comme je n'avais rien de tout cela, mon mentor me conduisit chez le perruquier de l'escadron, o&#249; je fis emplette d'une fausse queue et de cadenettes qu'on attacha &#224; mes cheveux d&#233;j&#224; passablement longs, car je les avais laiss&#233;s pousser depuis mon enr&#244;lement. Cet accoutrement m'embarrassa d'abord ; cependant je m'y habituai en peu de jours, et il me plaisait, parce que je me figurais qu'il me donnait l'air d'un vieux housard ; mais il n'en fut pas de m&#234;me des moustaches : je n'en avais pas plus qu'une jeune fille, et comme une figure imberbe aurait d&#233;par&#233; les rangs de l'escadron, Pertelay, se conformant &#224; l'usage de Bercheny, prit un pot de cire noire et me fit avec le pouce deux &#233;normes crocs qui, couvrant la l&#232;vre sup&#233;rieure, me montaient presque jusqu'aux yeux. Et comme &#224; cette &#233;poque les shakos n'avaient pas de visi&#232;re, il arrivait que pendant les revues, ou lorsque j'&#233;tais en vedette, positions dans lesquelles on doit garder une immobilit&#233; compl&#232;te, le soleil d'Italie, dardant ses rayons br&#251;lants sur ma figure, pompait les parties humides de la cire avec laquelle on m'avait fait des moustaches, et cette cire en se dess&#233;chant tirait mon &#233;piderme d'une fa&#231;on tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able ! cependant je ne sourcillais pas ! J'&#233;tais housard ! Ce mot avait pour moi quelque chose de magique ; d'ailleurs, embrassant la carri&#232;re militaire, j'avais fort bien compris que mon premier devoir &#233;tait de me conformer aux r&#232;glements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re et une partie de sa division &#233;taient encore &#224; Nice lorsqu'on apprit les &#233;v&#233;nements du 18 brumaire, le renversement du Directoire et l'&#233;tablissement du Consulat. Mon p&#232;re avait trop m&#233;pris&#233; le Directoire pour le regretter, mais il craignait qu'enivr&#233; par le pouvoir, le g&#233;n&#233;ral Bonaparte, apr&#232;s avoir r&#233;tabli l'ordre en France, ne se born&#226;t pas au modeste titre de Consul, et il nous pr&#233;dit que dans peu de temps il voudrait se faire roi. Mon p&#232;re ne se trompa que de titre ; Napol&#233;on se fit empereur quatre ans apr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles que fussent ses pr&#233;visions pour l'avenir, mon p&#232;re se f&#233;licitait de ne pas s'&#234;tre trouv&#233; &#224; Paris au 18 brumaire, et je crois que s'il y e&#251;t &#233;t&#233;, il se serait fortement oppos&#233; &#224; l'entreprise du g&#233;n&#233;ral Bonaparte. Mais &#224; l'arm&#233;e, &#224; la t&#234;te d'une division plac&#233;e devant l'ennemi, il voulut se renfermer dans l'ob&#233;issance passive du militaire. Il repoussa donc les propositions que lui firent plusieurs g&#233;n&#233;raux et colonels de marcher sur Paris &#224; la t&#234;te de leurs troupes : &#171; Qui, leur dit-il, d&#233;fendra les fronti&#232;res si nous les abandonnons, et que deviendra la France si &#224; la guerre contre les &#233;trangers nous joignons les calamit&#233;s d'une guerre civile ? &#187; Par ces sages observations, il maintint les esprits exalt&#233;s ; cependant, il n'en fut pas moins tr&#232;s affect&#233; du coup d'&#201;tat qui venait d'avoir lieu. Il idol&#226;trait sa patrie, et e&#251;t voulu qu'on p&#251;t la sauver sans l'asservir au joug d'un ma&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit qu'en me faisant faire le service de simple housard, mon p&#232;re avait eu pour but principal de me faire perdre cet air d'&#233;colier un peu niais, dont le court s&#233;jour que j'avais fait dans le monde parisien ne m'avait pas d&#233;barrass&#233;. Le r&#233;sultat passa ses esp&#233;rances, car vivant au milieu des housards tapageurs, et ayant pour mentor une esp&#232;ce de pandour qui riait des sottises que je faisais, je me mis &#224; hurler avec les loups, et de crainte qu'on se moqu&#226;t de ma timidit&#233;, je devins un vrai diable. Je ne l'&#233;tais cependant pas encore assez pour &#234;tre re&#231;u dans une sorte de confr&#233;rie qui, sous le nom de clique, avait des adeptes dans tous les escadrons du 1er de housards. &lt;br class='autobr' /&gt;
La clique se composait des plus mauvaises t&#234;tes comme des plus braves soldats du r&#233;giment. Les membres de la clique se soutenaient entre eux envers et contre tous, surtout devant l'ennemi. Ils se donnaient entre eux le nom de loustics et se reconnaissaient &#224; une &#233;chancrure pratiqu&#233;e au moyen d'un couteau dans l'&#233;tain du premier bouton de la rang&#233;e de droite de la pelisse et du dolman. Les officiers connaissaient l'existence de la clique ; mais comme ses plus grands m&#233;faits se bornaient &#224; marauder adroitement quelques poules et moutons, ou &#224; faire quelques niches aux habitants, et que d'ailleurs les loustics &#233;taient toujours les premiers au feu, les chefs fermaient les yeux sur la clique. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais si &#233;tourneau, que je d&#233;sirais tr&#232;s vivement faire partie de cette soci&#233;t&#233; de tapageurs ; il me semblait que cela me poserait d'une fa&#231;on convenable parmi mes camarades ; mais j'avais beau fr&#233;quenter la salle d'armes, apprendre &#224; tirer la pointe, la contre-pointe, le sabre, le pistolet et le mousqueton, donner en passant des coups de coude &#224; tout ce qui se trouvait sur mon chemin, laisser tra&#238;ner mon sabre et placer mon shako sur l'oreille, les membres de la clique, me regardant comme un enfant, refusaient de m'admettre parmi eux. Une circonstance impr&#233;vue m'y fit recevoir &#224; l'unanimit&#233;, et voici comment. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e d'Italie occupait alors la Ligurie et se trouvait &#233;tendue sur un long cordon de plus de soixante lieues de long, dont la droite &#233;tait au golfe de la Spezzia, au del&#224; de G&#234;nes, le centre &#224; Finale et la gauche &#224; Nice et au Var, c'est-&#224;-dire &#224; la fronti&#232;re de France. Nous avions ainsi la mer &#224; dos et faisions face au Pi&#233;mont, qu'occupait l'arm&#233;e autrichienne dont nous &#233;tions s&#233;par&#233;s par la branche de l'Apennin qui s'&#233;tend du Var &#224; Gavi. Dans cette fausse position, l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait expos&#233;e &#224; &#234;tre coup&#233;e en deux, ainsi que cela advint quelques mois apr&#232;s ; mais n'anticipons pas sur les &#233;v&#233;nements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re ayant re&#231;u l'ordre de r&#233;unir sa division &#224; Savone, petite ville situ&#233;e au bord de la mer &#224; dix lieues en de&#231;&#224; de G&#234;nes, pla&#231;a son quartier g&#233;n&#233;ral dans l'&#233;v&#234;ch&#233;. L'infanterie fut r&#233;partie dans les bourgs et villages voisins, pour observer les vall&#233;es par o&#249; d&#233;bouchent les routes et chemins qui conduisent au Pi&#233;mont. Le 1er de housards, qui de Nice s'&#233;tait rendu &#224; Savone, fut plac&#233; au bivouac, dans une plaine appel&#233;e la Madona. Les avant-postes ennemis &#233;taient &#224; Dego, &#224; quatre ou cinq lieues de nous, sur le revers oppos&#233; de l'Apennin, dont les cimes &#233;taient couvertes de neige, tandis que Savone et ses environs jouissaient de la temp&#233;rature la plus douce. Notre bivouac e&#251;t &#233;t&#233; charmant, si les vivres y eussent &#233;t&#233; plus abondants ; mais il n'existait point encore de grande route de Nice &#224; G&#234;nes ; la mer &#233;tait couverte de croiseurs anglais, l'arm&#233;e ne vivait donc que de ce que lui portaient par la Corniche quelques d&#233;tachements de mulets, ou de ce qui provenait du chargement de petites embarcations qui se glissaient inaper&#231;ues le long des c&#244;tes. Ces ressources pr&#233;caires suffisaient &#224; peine pour fournir au jour le jour le grain n&#233;cessaire pour soutenir les troupes ; mais, heureusement, le pays produit beaucoup de vin, ce qui soutenait les soldats et leur faisait supporter les privations avec plus de r&#233;signation. Or donc, un jour que par un temps d&#233;licieux ma&#238;tre Pertelay, mon mentor, se promenait avec moi sur les rivages de la mer, il aper&#231;oit un cabaret situ&#233; dans un charmant jardin plant&#233; d'orangers et de citronniers, sous lesquels &#233;taient plac&#233;es des tables entour&#233;es de militaires de toutes armes, et me propose d'y entrer. Bien que je n'eusse pu vaincre ma r&#233;pugnance pour le vin, je le suis par complaisance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est bon de dire qu'&#224; cette &#233;poque, le ceinturon des cavaliers n'&#233;tait muni d'aucun crochet, de sorte que quand nous allions &#224; pied, il fallait tenir le fourreau du sabre dans la main gauche, en laissant le bout tra&#238;ner par terre. Cela faisait du bruit sur le pav&#233; et donnait un air tapageur. Il n'en avait pas fallu davantage pour me faire adopter ce genre. Mais voil&#224; qu'en entrant dans le jardin public dont je viens de parler, le bout du fourreau de mon sabre touche le pied d'un &#233;norme canonnier &#224; cheval, qui se pr&#233;lassait &#233;tendu sur une chaise, les jambes en avant. L'artillerie &#224; cheval, qu'on nommait alors artillerie volante, avait &#233;t&#233; form&#233;e au commencement des guerres de la R&#233;volution, avec des hommes de bonne volont&#233; pris dans les compagnies de grenadiers, qui avaient profit&#233; de cette occasion pour se d&#233;barrasser des plus turbulents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les canonniers volants &#233;taient renomm&#233;s pour leur courage, mais aussi pour leur amour des querelles. Celui dont le bout de mon sabre avait touch&#233; le pied me dit d'une voix de stentor et d'un ton fort brutal : &#171; Housard !&#8230; ton sabre tra&#238;ne beaucoup trop !&#8230; &#187; J'allais continuer de marcher sans rien dire, lorsque ma&#238;tre Pertelay, me poussant le coude, me souffle tout bas : &#171; R&#233;ponds-lui : Viens le relever ! &#187; Et moi de dire au canonnier : &#171; Viens le relever. &#8213; Ce sera facile &#187;, r&#233;plique celui-ci. &#8213; Et Pertelay de me souffler de nouveau : &#171; C'est ce qu'il faudra voir ! &#187; &#192; ces mots, le canonnier, ou plut&#244;t ce Goliath, car il avait pr&#232;s de six pieds de haut, se dresse sur son s&#233;ant d'un air mena&#231;ant&#8230; mais mon mentor s'&#233;lance entre lui et moi. Tous les canonniers qui se trouvent dans le jardin prennent aussit&#244;t parti pour leur camarade, mais une foule de housards viennent se ranger aupr&#232;s de Pertelay et de moi. On s'&#233;chauffe, on crie, on parle tous &#224; la fois, je crus qu'il y allait avoir une m&#234;l&#233;e g&#233;n&#233;rale ; cependant, comme les housards &#233;taient au moins deux contre un, ils furent les plus calmes. Les artilleurs comprirent que s'ils d&#233;gainaient, ils auraient le dessous, et l'on finit par faire comprendre au g&#233;ant qu'en fr&#244;lant son pied du bout de mon sabre, je ne l'avais nullement insult&#233;, et que l'affaire devait en rester l&#224; entre nous deux ; mais comme, dans le tumulte, un trompette d'artillerie d'une vingtaine d'ann&#233;es &#233;tait venu me dire des injures, et que dans mon indignation je lui avais donn&#233; une si rude pouss&#233;e qu'il &#233;tait all&#233; tomber la t&#234;te la premi&#232;re dans un foss&#233; plein de boue, il fut convenu que ce gar&#231;on et moi, nous nous battrions au sabre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sortons donc du jardin, suivis de tous les assistants, et nous voil&#224; aupr&#232;s du rivage de la mer, sur un sable fin et solide, dispos&#233;s &#224; ferrailler. Pertelay savait que je tirais passablement le sabre ; cependant il me donne quelques avis sur la mani&#232;re dont je dois attaquer mon adversaire, et attache la poign&#233;e de mon sabre &#224; ma main avec un gros mouchoir qu'il roule autour de mon bras. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici le moment de vous dire que mon p&#232;re avait le duel en horreur, ce qui, outre ses r&#233;flexions sur ce barbare usage, provenait, je crois, de ce que dans sa jeunesse, lorsqu'il &#233;tait dans les gardes du corps, il avait servi de t&#233;moin &#224; un camarade qu'il aimait beaucoup et qui fut tu&#233; dans un combat singulier dont la cause &#233;tait des plus futiles. Quoi qu'il en soit, lorsque mon p&#232;re prenait un commandement, il prescrivait &#224; la gendarmerie d'arr&#234;ter et de conduire devant lui tous les militaires qu'elle surprendrait croisant le fer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que le trompette d'artillerie et moi connussions cet ordre, nous n'en avions pas moins mis dolman bas et sabre au poing ! Je tournais le dos &#224; la ville de Savone, mon adversaire y faisait face, et nous allions commencer &#224; nous escrimer, lorsque je vois le trompette s'&#233;lancer de c&#244;t&#233;, ramasser son dolman et se sauver en courant !&#8230; &#171; Ah ! l&#226;che ! m'&#233;criai-je, tu fuis !&#8230; &#187; Et je veux le poursuivre, lorsque deux mains de fer me saisissent par derri&#232;re au collet !&#8230; Je tourne la t&#234;te&#8230; et me trouve entre huit ou dix gendarmes !&#8230; Je compris alors pourquoi mon antagoniste s'&#233;tait sauv&#233;, ainsi que tous les assistants que je voyais s'&#233;loigner &#224; toutes jambes, y compris ma&#238;tre Pertelay, car chacun avait peur d'&#234;tre arr&#234;t&#233; et conduit devant le g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
Me voil&#224; donc prisonnier et d&#233;sarm&#233;. Je passe mon dolman et suis d'un air fort penaud mes gardiens, auxquels je ne dis pas mon nom, et qui me conduisent &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233;, o&#249; logeait mon p&#232;re. Celui-ci &#233;tait en ce moment avec le g&#233;n&#233;ral Suchet (depuis mar&#233;chal), qui &#233;tait venu &#224; Savone pour conf&#233;rer avec lui d'affaires de service. Ils se promenaient dans une galerie qui donne sur la cour. Les gendarmes me conduisent au g&#233;n&#233;ral Marbot sans se douter que je suis son fils. Le brigadier explique le motif de mon arrestation. Alors mon p&#232;re, prenant un air des plus s&#233;v&#232;res, me fait une tr&#232;s vive remontrance. Cette admonestation faite, mon p&#232;re dit au brigadier : &#171; Conduisez ce housard &#224; la citadelle. &#187; Je me retirai donc sans mot dire, et sans que le g&#233;n&#233;ral Suchet, qui ne me connaissait pas, se f&#251;t dout&#233; que la sc&#232;ne &#224; laquelle il venait d'assister se f&#251;t pass&#233;e entre le p&#232;re et le fils. Ce ne fut que le lendemain que le g&#233;n&#233;ral Suchet connut la parent&#233; des personnages, et depuis il m'a souvent parl&#233; en riant de cette sc&#232;ne. Arriv&#233; &#224; la citadelle, vieux monument g&#233;nois situ&#233; aupr&#232;s du port, on m'enferma dans une immense salle qui recevait le jour par une lucarne donnant sur la mer. Je me remis peu &#224; peu de mon &#233;motion : la r&#233;primande que je venais de subir me paraissait m&#233;rit&#233;e ; cependant j'&#233;tais moins affect&#233; d'avoir d&#233;sob&#233;i au g&#233;n&#233;ral que d'avoir fait de la peine &#224; mon p&#232;re. Je passai donc le reste de la journ&#233;e assez tristement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, un vieil invalide des troupes g&#233;noises m'apporta une cruche d'eau, un morceau de pain de munition et une botte de paille sur laquelle je m'&#233;tendis sans pouvoir manger. Je ne pus dormir, d'abord parce que j'&#233;tais trop &#233;mu, ensuite &#224; cause des &#233;volutions que faisaient autour de moi de gros rats qui s'empar&#232;rent bient&#244;t de mon pain. J'&#233;tais dans l'obscurit&#233;, livr&#233; &#224; mes tristes r&#233;flexions, lorsque, vers dix heures, j'entends ouvrir les verrous de ma prison. J'aper&#231;ois Spire, l'ancien et fid&#232;le serviteur de mon p&#232;re. J'appris par lui qu'apr&#232;s mon envoi &#224; la citadelle, le colonel M&#233;nard, le capitaine Gault et tous les officiers de mon p&#232;re lui ayant demand&#233; ma gr&#226;ce, le g&#233;n&#233;ral l'avait accord&#233;e et l'avait charg&#233;, lui Spire, de venir me chercher et de porter au gouverneur du fort l'ordre de mon &#233;largissement. On me conduisit devant ce gouverneur, le g&#233;n&#233;ral Buget, excellent homme qui avait perdu un bras &#224; la guerre. Il me connaissait et aimait beaucoup mon p&#232;re. Il crut donc, apr&#232;s m'avoir rendu mon sabre, devoir me faire une longue morale que j'&#233;coutai assez patiemment, mais qui me fit penser que j'allais en subir une autre bien plus s&#233;v&#232;re de la part de mon p&#232;re. Je ne me sentais pas le courage de la supporter et r&#233;solus de m'y soustraire si je le pouvais. Enfin, on nous conduit au del&#224; des portes de la citadelle ; la nuit &#233;tait sombre, Spire marchait devant moi avec une lanterne, et tout en cheminant dans les rues &#233;troites et tortueuses de la ville, le bonhomme, enchant&#233; de me ramener, faisait l'&#233;num&#233;ration de tout le confortable qui m'attendait au quartier g&#233;n&#233;ral ; mais, par exemple, disait-il, tu dois t'attendre &#224; une s&#233;v&#232;re r&#233;primande de ton p&#232;re !&#8230; Cette derni&#232;re phrase fixa mes irr&#233;solutions, et, pour laisser &#224; la col&#232;re de mon p&#232;re le temps de se calmer, je me d&#233;cide &#224; ne pas para&#238;tre devant lui avant quelques jours, et &#224; retourner rejoindre mon bivouac &#224; la Madona. J'aurais bien pu m'esquiver sans faire aucune niche au pauvre Spire ; mais, de crainte qu'il ne me poursuiv&#238;t &#224; la clart&#233; de la lumi&#232;re qu'il portait, je fais d'un coup de pied voler sa lanterne &#224; dix pas de lui et je me sauve en courant, pendant que le bonhomme, cherchant sa lanterne &#224; t&#226;tons, s'&#233;crie : &#171; Ah ! petit coquin&#8230; je vais le dire &#224; ton p&#232;re ; il a, ma foi, bien fait de te mettre avec ces bandits de housards de Bercheny ! belle &#233;cole de garnements !&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir err&#233; quelque temps dans les rues solitaires, je retrouvai enfin le chemin de la Madona et j'arrivai au bivouac du r&#233;giment. Tous les housards me croyaient en prison. D&#232;s qu'on me reconnut &#224; la lueur des feux, on m'environne, on m'interroge et l'on rit aux &#233;clats lorsque je raconte comment je me suis d&#233;barrass&#233; de l'homme de confiance charg&#233; de me conduire chez le g&#233;n&#233;ral. Les membres de la clique, surtout, sont charm&#233;s de ce trait de r&#233;solution et d&#233;cident &#224; l'unanimit&#233; que je suis admis dans leur soci&#233;t&#233;, qui justement se pr&#233;parait &#224; faire cette nuit m&#234;me une exp&#233;dition, pour aller jusqu'aux portes de Dego enlever un troupeau de b&#339;ufs appartenant &#224; l'arm&#233;e autrichienne. Les g&#233;n&#233;raux fran&#231;ais, ainsi que les chefs de corps, &#233;taient oblig&#233;s de para&#238;tre ignorer les courses que les soldats faisaient au del&#224; des avant-postes afin de se procurer des vivres, puisqu'on ne pouvait s'en procurer r&#233;guli&#232;rement. Dans chaque r&#233;giment, les plus braves soldats avaient donc form&#233; des bandes de maraudeurs qui savaient, avec un talent merveilleux, conna&#238;tre les lieux o&#249; l'on pr&#233;parait les vivres pour les ennemis, et employer la ruse et l'audace pour s'en emparer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un fripon de maquignon &#233;tant venu pr&#233;venir la clique du 1er de housards qu'un troupeau de b&#339;ufs qu'il avait vendu aux Autrichiens parquait dans une prairie &#224; un quart de lieue de Dego, soixante housards, arm&#233;s seulement de leurs mousquetons, partirent pour les enlever. Nous f&#238;mes plusieurs lieues dans la montagne, par des chemins d&#233;tourn&#233;s et affreux, afin d'&#233;viter la grande route, et nous surpr&#238;mes cinq Croates commis &#224; la garde du troupeau, endormis sous un hangar. Enfin, pour qu'ils n'allassent pas donner l'&#233;veil &#224; la garnison de Dego, nous les attach&#226;mes, et les laissant l&#224;, nous enlev&#226;mes le troupeau sans coup f&#233;rir. Nous rentr&#226;mes au bivouac harass&#233;s, mais ravis d'avoir fait une bonne niche &#224; nos ennemis, et ensuite de nous &#234;tre procur&#233; des vivres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai cit&#233; ce fait que pour faire conna&#238;tre l'&#233;tat de mis&#232;re dans lequel se trouvait d&#233;j&#224; l'arm&#233;e d'Italie, et pour montrer &#224; quel point de d&#233;sorganisation un tel abandon peut jeter les troupes, dont les chefs sont oblig&#233;s non seulement de tol&#233;rer de semblables exp&#233;ditions, mais de profiter des vivres qu'elles procurent, sans avoir l'air de savoir d'o&#249; ils proviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureux dans ma carri&#232;re militaire, je n'ai point pass&#233; par le grade de brigadier, car de simple housard je devins d'embl&#233;e mar&#233;chal des logis, et voici comment. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la gauche de la division de mon p&#232;re, se trouvait celle que commandait le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, dont le quartier g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; Finale. Cette division, qui occupait la partie de la Ligurie o&#249; les montagnes sont le plus escarp&#233;es, n'&#233;tait compos&#233;e que d'infanterie, la cavalerie ne pouvant se mouvoir que par petits d&#233;tachements dans les rares passages qui sur ce point s&#233;parent le littoral de la M&#233;diterran&#233;e d'avec le Pi&#233;mont. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, ayant re&#231;u du g&#233;n&#233;ral en chef Championnet l'ordre de pousser avec la plus forte partie de sa division une reconnaissance en avant du mont Santo-Giacomo, au del&#224; duquel se trouvent quelques vall&#233;es, &#233;crivit &#224; mon p&#232;re pour le prier de lui pr&#234;ter pour cette exp&#233;dition un d&#233;tachement de cinquante housards. Cela ne pouvait se refuser. Mon p&#232;re acquies&#231;a donc &#224; la demande du g&#233;n&#233;ral S&#233;ras et d&#233;signa le lieutenant Leisteinschneider pour commander ce d&#233;tachement, dont mon peloton faisait partie. Nous part&#238;mes de la Madona pour nous rendre &#224; Finale. Il n'y avait alors au bord de la mer qu'un fort mauvais chemin nomm&#233; la Corniche. Le lieutenant s'&#233;tant d&#233;mis le pied &#224; la suite d'une chute de cheval, le militaire le plus &#233;lev&#233; en grade &#233;tait apr&#232;s lui le mar&#233;chal des logis Canon, beau jeune homme, ayant beaucoup de moyens, d'instruction, et surtout d'assurance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, &#224; la t&#234;te de sa division, se porta le lendemain sur le mont Santo-Giacomo, que nous trouv&#226;mes couvert de neige et sur lequel nous bivouaqu&#226;mes. On devait, le jour suivant, marcher en avant avec la presque certitude de trouver les ennemis ; mais quel en serait le nombre ?&#8230; C'est ce que le g&#233;n&#233;ral ignorait compl&#232;tement, et comme les ordres du g&#233;n&#233;ral en chef lui prescrivaient de reconna&#238;tre la position des Autrichiens sur ce point de la ligne, mais avec d&#233;fense d'engager le combat s'il trouvait les ennemis en force, le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras avait r&#233;fl&#233;chi qu'en portant sa division d'infanterie en avant au milieu des montagnes, o&#249; souvent on n'aper&#231;oit les colonnes que lorsqu'on se trouve en face d'elles au d&#233;tour d'une gorge, il pourrait &#234;tre amen&#233;, malgr&#233; lui, &#224; un combat s&#233;rieux contre des forces sup&#233;rieures et oblig&#233; de faire une retraite dangereuse. Il avait donc r&#233;solu de marcher avec pr&#233;caution et de lancer &#224; deux ou trois lieues en avant de lui un d&#233;tachement qui p&#251;t sonder le pays et surtout faire quelques prisonniers, dont il esp&#233;rait tirer d'utiles renseignements, car les paysans ne savaient ou ne voulaient rien dire. Mais, comme le g&#233;n&#233;ral sentait aussi qu'un d&#233;tachement d'infanterie serait compromis s'il l'envoyait trop loin, et que, d'ailleurs, des hommes &#224; pied lui apporteraient trop tard les nouvelles qu'il d&#233;sirait ardemment savoir, ce fut aux cinquante housards qu'il donna la mission d'aller &#224; la d&#233;couverte et d'explorer le pays. Or, comme la contr&#233;e est fort entrecoup&#233;e, il remit une carte &#224; notre sous-officier, lui donna toutes les instructions &#233;crites et de vive voix, en pr&#233;sence du d&#233;tachement, et nous fit partir deux heures avant le jour, en nous r&#233;p&#233;tant qu'il fallait absolument marcher jusqu'&#224; ce que nous ayons joint les avant-postes ennemis, auxquels il d&#233;sirait vivement qu'on p&#251;t enlever quelques prisonniers. &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Canon disposa parfaitement son d&#233;tachement. Il pla&#231;a une petite avant-garde, mit des &#233;claireurs sur les flancs, et prit enfin toutes les pr&#233;cautions d'usage dans la guerre de partisans. Arriv&#233;s &#224; deux lieues du camp que nous venons de quitter, nous trouvons une grande auberge. Notre sous-officier questionne le ma&#238;tre, et apprend qu'&#224; une forte heure de marche nous rencontrerons un corps autrichien, dont il ne peut d&#233;terminer la force, mais il sait que le r&#233;giment qui est en t&#234;te est compos&#233; de housards tr&#232;s m&#233;chants, qui ont maltrait&#233; plusieurs habitants de la contr&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces renseignements pris, nous continuons notre marche. Mais &#224; peine &#233;tions-nous &#224; quelques centaines de pas, que M. Canon se tord sur son cheval, en disant qu'il souffre horriblement, et qu'il lui est impossible d'aller plus loin, et il remet le commandement du d&#233;tachement au sous-officier Pertelay a&#238;n&#233;, le plus ancien apr&#232;s lui. Mais celui-ci fait observer qu'&#233;tant Alsacien, il ne sait pas lire le fran&#231;ais, et ne pourra par cons&#233;quent rien conna&#238;tre &#224; la carte qu'on lui donne, ni rien comprendre aux instructions &#233;crites donn&#233;es par le g&#233;n&#233;ral : il ne veut donc pas du commandement. Tous les autres sous-officiers, anciens Bercheny aussi peu lettr&#233;s que Pertelay, refusent pour les m&#234;mes motifs ; il en est de m&#234;me des brigadiers. En vain, pour les d&#233;cider, je crus devoir offrir de lire les instructions du g&#233;n&#233;ral et d'expliquer notre marche sur la carte &#224; celui des sous-officiers qui voudrait prendre le commandement ; ils refus&#232;rent de nouveau, et, &#224; ma grande surprise, toutes ces vieilles moustaches me r&#233;pondirent : &#171; Prends-le toi-m&#234;me, nous te suivrons et t'ob&#233;irons parfaitement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le d&#233;tachement exprimant le m&#234;me d&#233;sir, je compris que si je refusais, nous n'irions pas plus loin, et que l'honneur du r&#233;giment serait compromis, car enfin il fallait bien que l'ordre du g&#233;n&#233;ral S&#233;ras f&#251;t ex&#233;cut&#233;, surtout lorsqu'il s'agissait peut-&#234;tre d'&#233;viter une mauvaise affaire &#224; sa division. J'acceptai donc le commandement, mais ce ne fut qu'apr&#232;s avoir demand&#233; &#224; M. Canon s'il se trouvait en &#233;tat de le reprendre. Alors il recommence &#224; se plaindre, nous quitte et retourne &#224; l'auberge. J'avoue que je le croyais r&#233;ellement indispos&#233; ; mais les hommes du d&#233;tachement, qui le connaissaient mieux, se livr&#232;rent sur son compte &#224; des railleries fort blessantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois pouvoir dire sans jactance que la nature m'a accord&#233; une bonne dose de courage. J'ajouterai m&#234;me qu'il fut un temps o&#249; je me complaisais au milieu des dangers. Les treize blessures que j'ai re&#231;ues &#224; la guerre et quelques actions d'&#233;clat en sont, je pense, une preuve suffisante. Aussi, en prenant le commandement des cinquante hommes qu'une circonstance aussi extraordinaire pla&#231;ait sous mes ordres, moi simple housard, &#226;g&#233; de dix-sept ans, je r&#233;solus de prouver &#224; mes camarades que, si je n'avais encore ni exp&#233;rience ni talents militaires, j'avais au moins de la valeur. Je me mis donc r&#233;solument &#224; leur t&#234;te, et marchai dans la direction o&#249; je savais que nous trouverions l'ennemi. Nous cheminions depuis longtemps, lorsque nos &#233;claireurs aper&#231;oivent un paysan qui cherche &#224; se cacher. Ils courent &#224; lui, l'arr&#234;tent et l'am&#232;nent. Je le questionnai ; il venait, para&#238;t-il, de quatre ou cinq lieues de l&#224;, et pr&#233;tendait n'avoir rencontr&#233; aucune troupe autrichienne. J'&#233;tais certain qu'il mentait, par crainte ou par astuce, car nous devions &#234;tre tr&#232;s pr&#232;s des cantonnements ennemis. Je me souvins alors d'avoir lu dans le Parfait partisan, dont mon p&#232;re m'avait donn&#233; un exemplaire, que pour faire parler les habitants du pays qu'on parcourt &#224; la guerre, il faut quelquefois les effrayer. Je grossis donc ma voix, et, t&#226;chant de donner &#224; ma figure juv&#233;nile un air farouche, je m'&#233;criai : &#171; Comment, coquin, tu viens de traverser un pays occup&#233; par un gros corps d'arm&#233;e autrichienne, et tu pr&#233;tends n'avoir rien vu ?&#8230; Tu es un espion !&#8230; Allons, qu'on le fusille &#224; l'instant ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais mettre pied &#224; terre &#224; quatre housards, en leur faisant signe de ne faire aucun mal &#224; cet homme, qui, se voyant saisi par les cavaliers dont les carabines venaient d'&#234;tre arm&#233;es devant lui, fut pris d'une telle frayeur, qu'il me jura de dire tout ce qu'il savait. Il &#233;tait domestique d'un couvent, on l'avait charg&#233; de porter une lettre aux parents du prieur, en lui recommandant, s'il rencontrait les Fran&#231;ais, de ne pas leur dire o&#249; &#233;taient les Autrichiens ; mais puisqu'il &#233;tait forc&#233; de tout avouer, il nous d&#233;clara qu'il y avait &#224; une lieue de nous plusieurs r&#233;giments ennemis cantonn&#233;s dans les villages, et qu'une centaine de housards de Barco se trouvaient dans un hameau que nous apercevions &#224; une tr&#232;s petite distance. Questionn&#233; sur la mani&#232;re dont ces housards se gardaient, le paysan r&#233;pondit qu'ils avaient en avant des maisons une grand'garde compos&#233;e d'une douzaine d'hommes &#224; pied, plac&#233;s dans un jardin entour&#233; de haies, et qu'au moment o&#249; il avait travers&#233; le hameau, le reste des housards se pr&#233;parait &#224; conduire les chevaux &#224; l'abreuvoir, dans un petit &#233;tang situ&#233; de l'autre c&#244;t&#233; des habitations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir entendu ces renseignements, je pris &#224; l'instant ma r&#233;solution, qui fut d'&#233;viter de passer devant la grand'garde qui, se trouvant retranch&#233;e derri&#232;re les haies, ne pouvait &#234;tre attaqu&#233;e par des cavaliers, tandis que le feu de ses carabines me tuerait peut-&#234;tre quelques hommes et avertirait de l'approche des Fran&#231;ais. Il fallait donc tourner le hameau, gagner l'abreuvoir et tomber &#224; l'improviste sur les ennemis. Mais par o&#249; passer pour ne pas &#234;tre aper&#231;u ? J'ordonnai donc au paysan de nous conduire, en faisant un d&#233;tour, et lui promis de le laisser aller d&#232;s que nous serions de l'autre c&#244;t&#233; du hameau que j'apercevais. Cependant, comme il ne voulait pas marcher, je le fis prendre au collet par un housard, tandis qu'un autre lui tenait le bout d'un pistolet sur l'oreille. Force lui fut donc d'ob&#233;ir ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous guida fort bien ; de grandes haies masquaient notre mouvement. Nous tournons compl&#232;tement le village et apercevons, au bord du petit &#233;tang, l'escadron autrichien faisant tranquillement boire ses chevaux. Tous les cavaliers portaient leurs armes, selon l'usage des avant-postes ; mais les chefs des Barco avaient n&#233;glig&#233; une pr&#233;caution tr&#232;s essentielle &#224; la guerre, qui consiste &#224; ne faire boire et d&#233;brider qu'un certain nombre de chevaux &#224; la fois, et &#224; ne laisser entrer les pelotons dans l'eau que les uns apr&#232;s les autres, afin d'en avoir toujours la moiti&#233; sur le rivage, pr&#234;ts &#224; repousser l'ennemi. Se confiant &#224; l'&#233;loignement des Fran&#231;ais et &#224; la surveillance du post&#233; plac&#233; en t&#234;te du village, le commandant ennemi avait jug&#233; inutile de prendre cette pr&#233;caution : ce fut ce qui le perdit. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que je fus &#224; cinq cents pas du petit &#233;tang, je fis l&#226;cher notre guide, qui se sauva &#224; toutes jambes, pendant que, le sabre &#224; la main, et apr&#232;s avoir d&#233;fendu &#224; mes camarades de crier avant le combat, je me lance au triple galop sur les housards ennemis, qui ne nous aper&#231;urent qu'un instant avant que nous fussions sur la rive de l'&#233;tang ! Les berges de l'&#233;tang &#233;taient presque partout trop &#233;lev&#233;es pour que les chevaux pussent les gravir, et il n'existait de passage praticable que celui qui servait d'abreuvoir au village : il est vrai qu'il &#233;tait fort large. Mais plus de cent cavaliers &#233;taient agglom&#233;r&#233;s sur ce point, ayant tous la bride au bras et la carabine au crochet, enfin dans une qui&#233;tude si parfaite que plusieurs chantaient. Qu'on juge de leur surprise ! Je les fais assaillir tout d'abord par un feu de mousquetons qui en tue quelques-uns, en blesse beaucoup et met aussi une grande quantit&#233; de leurs chevaux &#224; bas. Le tumulte est complet ! N&#233;anmoins, le capitaine, ralliant autour de lui les hommes qui se trouvent le plus pr&#232;s du rivage, veut forcer le passage pour sortir de l'eau et faire sur nous un feu qui, bien que mal nourri, blessa cependant deux hommes. Les ennemis fondent ensuite sur nous ; mais Pertelay ayant tu&#233; d'un coup de sabre leur capitaine, les Barco sont refoul&#233;s dans l'&#233;tang. Plusieurs veulent s'&#233;loigner de la mousqueterie et gagnent l'autre rive ; plusieurs perdent pied, un bon nombre d'hommes et de chevaux se noient, et ceux des cavaliers autrichiens qui parviennent de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;tang, ne pouvant faire franchir la berge &#224; leurs chevaux, les abandonnent, et, s'accrochant aux arbres du rivage, se sauvent en d&#233;sordre dans la campagne. Les douze hommes de la grand'garde accourent au bruit ; nous les sabrons, et ils fuient aussi. Cependant une trentaine d'ennemis restaient encore dans l'&#233;tang ; mais craignant de pousser leurs chevaux au large, voyant que la pi&#232;ce d'eau n'avait pas d'autre issue abordable que celle que nous occupions, ils nous cri&#232;rent qu'ils se rendaient, ce que j'acceptai, et &#224; mesure qu'ils parvenaient au rivage, je leur faisais jeter leurs armes &#224; terre. La plupart de ces hommes et de ces chevaux &#233;taient bless&#233;s ; mais comme je voulais cependant avoir un troph&#233;e de notre victoire, je fis choisir dix-sept cavaliers et autant de chevaux en bon &#233;tat, que je pla&#231;ai au milieu de mon d&#233;tachement ; puis, abandonnant tous les autres Barco, je m'&#233;loignai au galop, en contournant de nouveau le village. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien me prit de faire prompte retraite, car, ainsi que je l'avais pr&#233;vu, les fuyards avaient couru pr&#233;venir les cantonnements voisins, auxquels le bruit de la fusillade avait d&#233;j&#224; donn&#233; l'&#233;veil. Tous prirent les armes, et une demi-heure apr&#232;s, il y avait plus de quinze cents cavaliers sur les rives du petit &#233;tang, et plusieurs milliers de fantassins suivaient de pr&#232;s ; mais nous &#233;tions d&#233;j&#224; &#224; deux lieues de l&#224;, nos bless&#233;s ayant pu soutenir le galop. Nous nous arr&#234;t&#226;mes un instant sur le haut d'une colline pour les panser, et nous r&#238;mes beaucoup, en voyant au loin plusieurs colonnes ennemies se mettre sur nos traces, car nous avions la certitude qu'elles ne pouvaient nous joindre, parce que, craignant de tomber dans une embuscade, elles n'avan&#231;aient que fort lentement et en t&#226;tonnant. Nous &#233;tions donc hors de danger. Je donnai &#224; Pertelay deux housards des mieux mont&#233;s et le fis partir au galop pour aller pr&#233;venir le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras du r&#233;sultat de notre mission ; puis, remettant le d&#233;tachement dans l'ordre le plus parfait, nos prisonniers toujours au centre et bien surveill&#233;s, je repris au petit trot le chemin de l'auberge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me serait impossible de d&#233;crire la joie de mes camarades et les f&#233;licitations qu'ils m'adressaient pendant le trajet ; tous se r&#233;sumaient en ces mots qui, selon eux, exprimaient le nec plus ultra des &#233;loges : &#171; Tu es vraiment digne de servir dans les housards de Bercheny, le premier r&#233;giment du monde ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, que s'&#233;tait-il pass&#233; &#224; Santo-Giacomo pendant que je faisais mon exp&#233;dition ? Apr&#232;s plusieurs heures d'attente, le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, impatient d'avoir des nouvelles, aper&#231;oit, du haut de la montagne, de la fum&#233;e &#224; l'horizon ; son aide de camp place l'oreille sur un tambour pos&#233; &#224; terre, et par ce moyen usit&#233; &#224; la guerre, il entend le bruit lointain de la mousqueterie. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, inquiet, et ne doutant plus que le d&#233;tachement de cavalerie ne soit aux prises avec l'ennemi, prend un r&#233;giment d'infanterie pour se porter avec lui jusqu'&#224; l'auberge. Arriv&#233; l&#224;, il voit sous le hangar un cheval de housard attach&#233; au r&#226;telier : c'&#233;tait celui du mar&#233;chal des logis Canon. L'aubergiste para&#238;t, le g&#233;n&#233;ral le questionne et apprend que le sous-officier de housards n'a pas d&#233;pass&#233; l'auberge, et qu'il est depuis plusieurs heures dans la salle &#224; manger. Le g&#233;n&#233;ral y entre, et que trouve-t-il ? M. Canon endormi au coin du feu, et ayant devant lui un &#233;norme jambon, deux bouteilles vides et une tasse de caf&#233; ! On r&#233;veille le pauvre mar&#233;chal des logis ; il veut encore s'excuser en parlant de son indisposition subite ; mais les restes accusateurs du formidable d&#233;jeuner qu'il venait de faire, ne permettaient pas de croire &#224; sa maladie ; aussi le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras le traita-t-il fort rudement. Sa col&#232;re s'augmentait &#224; la pens&#233;e qu'un d&#233;tachement de cinquante cavaliers, confi&#233; &#224; la direction d'un simple soldat, avait probablement &#233;t&#233; d&#233;truit par l'ennemi, lorsque Pertelay et les deux housards qui l'accompagnaient arriv&#232;rent au galop, annon&#231;ant notre triomphe et la prochaine arriv&#233;e de dix-sept prisonniers. Comme le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, malgr&#233; cet heureux r&#233;sultat, accablait encore M. Canon de reproches, Pertelay lui dit avec sa rude franchise : &#171; Ne le grondez pas, mon g&#233;n&#233;ral ; il est si poltron que, s'il nous e&#251;t conduits, jamais l'exp&#233;dition n'e&#251;t r&#233;ussi ! &#187; Cette mani&#232;re d'arranger les choses aggrava naturellement la position d&#233;j&#224; si f&#226;cheuse de M. Canon, que le g&#233;n&#233;ral fit aussit&#244;t arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrivai sur ces entrefaites. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras cassa le pauvre M. Canon, et lui fit &#244;ter ses galons en pr&#233;sence du r&#233;giment d'infanterie et des cinquante housards ; puis, venant &#224; moi, dont-il ignorait le nom, il me dit : &#171; Vous avez parfaitement rempli une mission qu'on ne confie ordinairement qu'&#224; des officiers ; je regrette que les pouvoirs d'un g&#233;n&#233;ral de division n'aillent pas jusqu'&#224; pouvoir faire un sous-lieutenant ; le g&#233;n&#233;ral en chef seul a cette facult&#233;, je lui demanderai ce grade pour vous, mais en attendant je vous nomme mar&#233;chal des logis. &#187; Et il ordonna &#224; son aide de camp de me faire reconna&#238;tre devant le d&#233;tachement. Pour remplir cette formalit&#233;, l'aide de camp dut me demander mon nom, et ce fut seulement alors que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras apprit que j'&#233;tais le fils de son camarade le g&#233;n&#233;ral Marbot. Je fus bien aise de cette aventure, puisqu'elle devait prouver &#224; mon p&#232;re que la faveur n'avait pas d&#233;cid&#233; ma promotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les renseignements que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras tira des prisonniers l'ayant d&#233;termin&#233; &#224; se porter en avant, le lendemain, il envoya l'ordre &#224; sa division de descendre des hauteurs de San-Giacomo et de venir bivouaquer le soir m&#234;me aupr&#232;s de l'auberge. Les prisonniers furent exp&#233;di&#233;s sur Finale ; quant aux chevaux, ils appartenaient de droit aux housards. Ils &#233;taient tous bons, mais, suivant l'usage du temps, qui avait pour but de favoriser les officiers mal mont&#233;s, un cheval de prise n'&#233;tait jamais vendu que cinq louis. C'&#233;tait un prix convenu, et l'on payait au comptant. D&#232;s que le camp fut &#233;tabli, la vente commen&#231;a. Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, les officiers de son &#233;tat-major, les colonels et chefs de bataillon des r&#233;giments de sa division, eurent bient&#244;t enlev&#233; nos dix-sept chevaux, qui produisirent la somme de 85 louis. Elle fut remise &#224; mon d&#233;tachement, qui, n'ayant pas re&#231;u de solde depuis plus de six mois, fut enchant&#233; de cette bonne aubaine, dont les housards m'attribu&#232;rent le m&#233;rite. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais quelques pi&#232;ces d'or sur moi ; aussi, pour payer ma bienvenue comme sous-officier, non seulement je ne voulus pas prendre la part qui me revenait sur la vente des chevaux de prise, mais j'achetai &#224; l'aubergiste trois moutons, un &#233;norme fromage et une pi&#232;ce de vin, avec lesquels mon d&#233;tachement fit bombance. Ce jour, l'un des plus beaux de ma vie, &#233;tait le 10 frimaire an VIII. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain et les jours suivants, la division du g&#233;n&#233;ral S&#233;ras eut avec l'ennemi divers petits engagements pendant lesquels je continuai &#224; commander mes cinquante housards, &#224; la satisfaction du g&#233;n&#233;ral dont j'&#233;clairais la division. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras, dans son rapport au g&#233;n&#233;ral Championnet, fit un &#233;loge pompeux de ma conduite, dont il rendit &#233;galement compte &#224; mon p&#232;re ; aussi lorsque, quelques jours apr&#232;s, je ramenai le d&#233;tachement &#224; Savone, mon p&#232;re me re&#231;ut-il avec les plus grandes d&#233;monstrations de tendresse. J'&#233;tais ravi ! Je rejoignis le bivouac, o&#249; tout le r&#233;giment &#233;tait r&#233;uni ; mon d&#233;tachement m'y avait devanc&#233;. Les cavaliers racont&#232;rent ce que nous avions fait, et toujours en me donnant la plus belle part du succ&#232;s. Je fus donc re&#231;u avec acclamation par les officiers et soldats, ainsi que par mes nouveaux camarades les sous-officiers, qui m'offrirent les galons de mar&#233;chal des logis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut ce jour-l&#224; que je vis pour la premi&#232;re fois Pertelay jeune, qui revenait de G&#234;nes, o&#249; il avait &#233;t&#233; d&#233;tach&#233; plusieurs mois. Je me liai avec cet excellent homme et regrettai de ne l'avoir pas eu pour mentor au d&#233;but de ma carri&#232;re, car il me donna de bons conseils qui me rendirent plus calme et me firent rompre avec les gaillards de la clique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral en chef Championnet, voulant faire quelques op&#233;rations dans l'int&#233;rieur du Pi&#233;mont, vers Coni et Mondovi, et n'ayant que fort peu de cavalerie, prescrivit &#224; mon p&#232;re de lui envoyer le 1er de housards qui, du reste, ne pouvait plus rester &#224; la Madona, faute de fourrages. Je me s&#233;parai avec bien du regret de mon p&#232;re, et partis avec le r&#233;giment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suiv&#238;mes la Corniche jusqu'&#224; Albenga, travers&#226;mes l'Apennin malgr&#233; la neige, et entr&#226;mes dans les fertiles plaines du Pi&#233;mont. Le g&#233;n&#233;ral en chef soutint dans les environs de Fossano, de Novi et de Mondovi, une suite de combats dont les uns furent favorables et les autres contraires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans quelques-uns de ces combats, j'eus l'occasion de voir le g&#233;n&#233;ral de brigade Macard, soldat de fortune, que la tourmente r&#233;volutionnaire avait port&#233; presque sans transition du grade de trompette-major &#224; celui d'officier g&#233;n&#233;ral ! Le g&#233;n&#233;ral Macard, v&#233;ritable type de ces officiers cr&#233;&#233;s par le hasard et par leur courage, et qui, tout en d&#233;ployant une valeur tr&#232;s r&#233;elle devant l'ennemi, n'en &#233;taient pas moins incapables par leur manque d'instruction d'occuper convenablement les postes &#233;lev&#233;s, &#233;tait remarquable par une particularit&#233; tr&#232;s bizarre. Ce singulier personnage, v&#233;ritable colosse d'une bravoure extraordinaire, ne manquait pas de s'&#233;crier lorsqu'il allait charger &#224; la t&#234;te de ses troupes : &#171; Allons, je vais m'habiller en b&#234;te !&#8230; &#187; Il &#244;tait alors son habit, sa veste, sa chemise, et ne gardait que son chapeau empanach&#233;, sa culotte de peau et ses grosses bottes !&#8230; Ainsi nu jusqu'&#224; la ceinture, le g&#233;n&#233;ral Macard offrait aux regards un torse presque aussi velu que celui d'un ours, ce qui donnait &#224; sa personne l'aspect le plus &#233;trange ! Une fois habill&#233; en b&#234;te, comme il le disait lui-m&#234;me avec raison, le g&#233;n&#233;ral Macard se lan&#231;ait &#224; corps perdu, le sabre au poing, sur les cavaliers ennemis, en jurant comme un pa&#239;en ; mais il parvenait rarement &#224; les atteindre, car &#224; la vue si singuli&#232;re et si terrible &#224; la fois de cette esp&#232;ce de g&#233;ant &#224; moiti&#233; nu, couvert de poils et dans un si &#233;trange &#233;quipage, qui se pr&#233;cipitait sur eux en poussant des hurlements affreux, les ennemis se sauvaient de tous c&#244;t&#233;s, ne sachant trop s'ils avaient affaire &#224; un homme ou &#224; quelque animal f&#233;roce extraordinaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Macard &#233;tait n&#233;cessairement d'une compl&#232;te ignorance, ce qui amusait quelquefois beaucoup les officiers plus instruits que lui plac&#233;s sous ses ordres. Un jour, l'un de ceux-ci vint lui demander la permission d'aller &#224; la ville voisine se commander une paire de bottes. &#171; Parbleu, lui dit le g&#233;n&#233;ral Macard, cela arrive bien, et puisque tu vas chez un bottier, mets-toi l&#224;, prends-moi mesure, et commande-m'en aussi une paire. &#187; L'officier, fort surpris, r&#233;pond au g&#233;n&#233;ral qu'il ne peut lui prendre mesure, ignorant absolument comme il fallait s'y prendre pour cela, et n'ayant jamais &#233;t&#233; bottier. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comment, s'&#233;crie le g&#233;n&#233;ral, je te vois quelquefois passer des journ&#233;es enti&#232;res &#224; crayonner et &#224; tirer des lignes vis-&#224;-vis des montagnes, et lorsque je te demande ce que tu fais l&#224;, tu me r&#233;ponds : &#171; Je prends la mesure de ces montagnes. &#187; Donc, puisque tu mesures des objets &#233;loign&#233;s de toi de plus d'une lieue, que viens-tu me conter que tu ne saurais me prendre mesure d'une paire de bottes, &#224; moi qui suis l&#224; sous ta main ?&#8230; Allons, prends-moi vite cette mesure sans faire de fa&#231;on ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'officier assure que cela lui est impossible, le g&#233;n&#233;ral insiste, jure, se f&#226;che, et ce ne fut qu'&#224; grand'peine que d'autres officiers, attir&#233;s par le bruit, parvinrent &#224; faire cesser cette sc&#232;ne ridicule. Le g&#233;n&#233;ral ne voulut jamais comprendre qu'un officier qui mesurait des montagnes ne p&#251;t prendre mesure d'une paire de bottes &#224; un homme !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne croyez pas par cette anecdote que tous les officiers g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e d'Italie fussent du genre du brave g&#233;n&#233;ral Macard. Loin de l&#224;, elle comptait un grand nombre d'hommes distingu&#233;s par leur instruction et leurs mani&#232;res ; mais &#224; cette &#233;poque, elle renfermait encore quelques chefs qui, ainsi que je l'ai dit tout &#224; l'heure, &#233;taient fort d&#233;plac&#233;s dans les rangs sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e. Ils en furent &#233;vinc&#233;s peu &#224; peu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er de housards prit part &#224; tous les combats qui se livr&#232;rent &#224; cette &#233;poque dans le Pi&#233;mont, et fut sur le point d'&#233;prouver de tr&#232;s grandes pertes dans les rencontres avec la grosse cavalerie autrichienne. Apr&#232;s plusieurs marches et contremarches et une suite de petits engagements presque journaliers, le g&#233;n&#233;ral en chef Championnet, ayant r&#233;uni la gauche et le centre de son arm&#233;e entre Coni et Mondovi, attaqua, le 10 niv&#244;se, plusieurs divisions de l'arm&#233;e ennemie. Le combat eut lieu dans une plaine entrecoup&#233;e de monticules et de bouquets de bois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er de housards, attach&#233; &#224; la brigade du g&#233;n&#233;ral Beaumont, fut plac&#233; &#224; l'extr&#233;mit&#233; de l'aile droite fran&#231;aise. Vous savez que la quantit&#233; de cavaliers et d'officiers qui entre dans la composition d'un escadron est d&#233;termin&#233;e par les r&#232;glements. Notre r&#233;giment, ayant souffert dans les affaires pr&#233;c&#233;dentes, au lieu de mettre quatre escadrons en ligne, ne put en mettre ce jour-l&#224; que trois ; mais cela fait, il restait une trentaine d'hommes hors les rangs, dont cinq sous-officiers. J'&#233;tais du nombre, ainsi que les deux Pertelay. On nous forma en deux pelotons, dont le brave et intelligent Pertelay jeune eut le commandement. Le g&#233;n&#233;ral Beaumont, qui connaissait sa capacit&#233;, le chargea d'&#233;clairer le flanc droit de l'arm&#233;e, en lui donnant, sans autre instruction, l'ordre d'agir pour le mieux suivant les circonstances. Nous nous &#233;loignons donc du r&#233;giment et allons explorer la contr&#233;e. Pendant ce temps, le combat s'engage vivement entre les deux corps d'arm&#233;e. Une heure apr&#232;s, nous revenions sur les n&#244;tres sans avoir rien rencontr&#233; sur les flancs, lorsque Pertelay jeune aper&#231;oit en face de nous, et par cons&#233;quent &#224; l'extr&#233;mit&#233; gauche de la ligne ennemie, une batterie de huit pi&#232;ces dont le feu faisait beaucoup de ravages dans les rangs fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par une imprudence impardonnable, cette batterie autrichienne, afin d'avoir un tir plus assur&#233;, s'&#233;tait port&#233;e sur un petit plateau situ&#233; &#224; sept ou huit cents pas en avant de la division d'infanterie &#224; laquelle elle appartenait. Le commandant de cette artillerie se croyait en s&#251;ret&#233;, parce que le point qu'il occupait dominant toute la ligne fran&#231;aise, il pensait que si quelque troupe s'en d&#233;tachait pour venir l'attaquer, il l'apercevrait, et aurait le temps de regagner la ligne autrichienne. Il n'avait pas consid&#233;r&#233; qu'un petit bouquet de bois, plac&#233; fort pr&#232;s du point qu'il occupait, pouvait rec&#233;ler quelque parti fran&#231;ais. Il n'en contenait point encore, mais Pertelay jeune r&#233;solut d'y conduire son peloton et de fondre de l&#224; sur la batterie autrichienne. Pour cacher son mouvement aux artilleurs ennemis, Pertelay jeune, sachant tr&#232;s bien qu'&#224; la guerre on ne fait aucune attention &#224; un cavalier isol&#233;, nous expliqua son dessein, qui &#233;tait de nous faire aller individuellement prendre un d&#233;tour par un chemin creux pour nous rendre les uns apr&#232;s les autres derri&#232;re le bois plac&#233; &#224; gauche de la batterie ennemie, puis de nous &#233;lancer de l&#224; tous &#224; la fois sur elle, sans crainte de ses boulets, puisque nous arriverions par le flanc des pi&#232;ces que nous enl&#232;verions et conduirions &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise. Le mouvement s'ex&#233;cute sans que les artilleurs autrichiens le remarquent. Nous partons un &#224; un, et nous gagnons par une marche circulaire le derri&#232;re du petit bois, o&#249; nous reformons le peloton. Pertelay jeune se met &#224; notre t&#234;te, nous traversons le bois et nous nous &#233;lan&#231;ons le sabre &#224; la main sur la batterie ennemie, au moment o&#249; elle faisait un feu terrible sur nos troupes ! Nous sabrons une partie des artilleurs ; le reste se cache sous les caissons, o&#249; nos sabres ne peuvent les atteindre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les instructions donn&#233;es par Pertelay jeune, nous ne devions ni tuer, ni blesser les soldats du train, mais les forcer, la pointe du sabre au corps, &#224; pousser leurs chevaux en avant et &#224; conduire les pi&#232;ces jusqu'&#224; ce que nous ayons atteint la ligne fran&#231;aise. Cet ordre fut parfaitement ex&#233;cut&#233; pour six pi&#232;ces, dont les conducteurs rest&#233;s &#224; cheval ob&#233;irent &#224; ce qu'on leur prescrivit ; mais ceux des deux autres canons, soit par frayeur, soit par r&#233;solution, se jet&#232;rent &#224; bas de leurs chevaux, et bien que quelques housards prissent ces animaux par la bride, ils ne voulurent pas marcher. Les bataillons ennemis peu &#233;loign&#233;s arrivent au pas de course au secours de leur batterie ; les minutes &#233;taient des heures pour nous ; aussi Pertelay jeune, satisfait d'avoir pris six pi&#232;ces, ordonna-t-il d'abandonner les autres et de nous diriger au galop avec notre capture sur l'arm&#233;e fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mesure &#233;tait prudente, elle devint fatale &#224; notre brave chef, car &#224; peine e&#251;mes-nous commenc&#233; notre retraite, que les artilleurs et leurs chefs, sortant de dessous les caissons o&#249; ils avaient trouv&#233; un asile assur&#233; contre nos sabres, chargent &#224; mitraille les deux pi&#232;ces que nous n'avions pu enlever, et nous envoient une gr&#234;le de bisca&#239;ens dans les reins !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous concevez que trente cavaliers, six pi&#232;ces attel&#233;es chacune de six chevaux conduits par trois soldats du train, tout cela, marchant en d&#233;sordre, pr&#233;sente une grande surface ; aussi les bisca&#239;ens port&#232;rent-ils presque tous. Nous e&#251;mes deux sous-officiers et plusieurs housards tu&#233;s ou bless&#233;s, ainsi qu'un ou deux conducteurs ; quelques chevaux furent aussi mis hors de combat, de sorte que la plupart des attelages, se trouvant d&#233;sorganis&#233;s, ne pouvaient plus marcher. Pertelay jeune, conservant le plus grand sang-froid, ordonne de couper les traits des chevaux tu&#233;s ou hors de service, de remplacer par des housards les conducteurs morts ou bless&#233;s, et de continuer rapidement notre course. Mais les quelques minutes que nous avions perdues &#224; faire cet arrangement avaient &#233;t&#233; utilis&#233;es par le chef de la batterie autrichienne ; il nous lance une seconde bord&#233;e de mitraille, qui nous cause de nouvelles pertes. Cependant nous &#233;tions si acharn&#233;s, si r&#233;solus &#224; ne pas abandonner les six pi&#232;ces que nous venions de prendre, que nous parvenons encore &#224; tout r&#233;parer tant bien que mal et &#224; nous remettre en marche. D&#233;j&#224; nous allions toucher la ligne fran&#231;aise, et nous nous trouvions hors de la port&#233;e de la mitraille, lorsque l'officier d'artillerie ennemie fait changer les projectiles et nous envoie deux boulets, dont l'un fracasse les reins du pauvre Pertelay jeune ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant notre attaque sur la batterie autrichienne et son r&#233;sultat avaient &#233;t&#233; aper&#231;us par l'arm&#233;e fran&#231;aise, dont les g&#233;n&#233;raux port&#232;rent les lignes en avant. Les ennemis recul&#232;rent, ce qui permit aux d&#233;bris du peloton du 1er de housards de revenir sur le terrain o&#249; nos malheureux camarades &#233;taient tomb&#233;s. Pr&#232;s d'un tiers du d&#233;tachement &#233;tait tu&#233; ou bless&#233;. Nous &#233;tions cinq sous-officiers au commencement de l'action, trois avaient p&#233;ri : il ne restait plus que Pertelay a&#238;n&#233; et moi. Le pauvre gar&#231;on &#233;tait bless&#233; et souffrait encore plus moralement que physiquement, car il adorait son fr&#232;re, que nous regrettions tous aussi bien vivement ! Pendant que nous lui rendions les derniers devoirs et relevions les bless&#233;s, le g&#233;n&#233;ral Championnet arriva aupr&#232;s de nous avec le g&#233;n&#233;ral Suchet, son chef d'&#233;tat-major. Le g&#233;n&#233;ral en chef avait vu la belle conduite du peloton. Il nous r&#233;unit aupr&#232;s des six pi&#232;ces que nous venions d'enlever, et apr&#232;s avoir donn&#233; les plus grands &#233;loges au courage avec lequel nous avions d&#233;barrass&#233; l'arm&#233;e fran&#231;aise d'une batterie qui lui faisait &#233;prouver de tr&#232;s grandes pertes, il ajouta que pour nous r&#233;compenser d'avoir ainsi sauv&#233; la vie &#224; un grand nombre de nos camarades, et contribu&#233; au succ&#232;s de la journ&#233;e, il voulait user du pouvoir que lui donnait un d&#233;cret r&#233;cent du premier Consul, qui venait d'instituer des armes d'honneur, et qu'il accordait au peloton trois sabres d'honneur et une sous-lieutenance, nous autorisant &#224; d&#233;signer nous-m&#234;mes ceux qui devraient recevoir ces r&#233;compenses. Nous regrettions encore plus vivement la perte du brave Pertelay jeune, qui aurait fait un si bon officier ! Pertelay a&#238;n&#233;, un brigadier et un housard obtinrent des sabres d'honneur qui, trois ans apr&#232;s, donn&#232;rent droit &#224; la croix de la L&#233;gion d'honneur. Il restait &#224; d&#233;signer celui d'entre nous qui aurait une sous-lieutenance. Tous mes camarades prononc&#232;rent mon nom, et le g&#233;n&#233;ral en chef, se rappelant ce que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras lui avait &#233;crit sur la conduite que j'avais tenue &#224; San-Giacomo, me nomma sous-lieutenant !&#8230; Il n'y avait qu'un mois que j'&#233;tais mar&#233;chal des logis. Je dois avouer cependant que dans l'attaque et l'enl&#232;vement des pi&#232;ces, je n'avais rien fait de plus que mes camarades ; mais, ainsi que je l'ai d&#233;j&#224; dit, aucun de ces bons Alsaciens ne se sentait en &#233;tat de commander et d'&#234;tre officier. Ils me d&#233;sign&#232;rent donc &#224; l'unanimit&#233;, et le g&#233;n&#233;ral en chef voulut bien tenir compte de la proposition que le g&#233;n&#233;ral S&#233;ras avait faite pr&#233;c&#233;demment en ma faveur ; peut-&#234;tre aussi, je dois le dire, fut-il bien aise de faire plaisir &#224; mon p&#232;re. Ce fut du moins ainsi que celui-ci appr&#233;cia mon prompt avancement, car d&#232;s qu'il en fut inform&#233;, il m'&#233;crivit pour me d&#233;fendre d'accepter. J'ob&#233;is ; mais comme mon p&#232;re avait &#233;crit dans le m&#234;me sens au g&#233;n&#233;ral Suchet, chef d'&#233;tat-major, celui-ci lui ayant r&#233;pondu que le g&#233;n&#233;ral en chef se trouverait certainement bless&#233; qu'un de ses g&#233;n&#233;raux de division e&#251;t la pr&#233;tention de d&#233;sapprouver les nominations qu'il avait faites en vertu de pouvoirs &#224; lui conf&#233;r&#233;s par le gouvernement, mon p&#232;re m'autorisa &#224; accepter, et je fus reconnu sous-lieutenant le 10 niv&#244;se an VII (d&#233;cembre 1799). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus un des derniers officiers promus par le g&#233;n&#233;ral Championnet, qui, n'ayant pu se maintenir en Pi&#233;mont devant des forces sup&#233;rieures, se vit contraint de repasser l'Apennin et de ramener l'arm&#233;e dans la Ligurie. Ce g&#233;n&#233;ral &#233;prouva tant de douleur, en voyant une partie de ses troupes se d&#233;bander, parce qu'on ne lui donnait plus le moyen de les nourrir, qu'il mourut le 25 niv&#244;se, quinze jours apr&#232;s m'avoir fait officier. Mon p&#232;re, se trouvant le plus ancien g&#233;n&#233;ral de division, fut provisoirement investi du commandement en chef de l'arm&#233;e d'Italie, dont le quartier g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; Nice. Il s'y rendit et s'empressa de renvoyer en Provence le peu de cavalerie qui restait encore, car il n'existait plus aucune provision de fourrages en Ligurie. Le 1er de housards rentra donc en France, mais mon p&#232;re me retint pour remplir aupr&#232;s de lui les fonctions d'aide de camp. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant notre s&#233;jour &#224; Nice, mon p&#232;re re&#231;ut du ministre de la guerre l'ordre d'aller prendre le commandement de l'avant-garde de l'arm&#233;e du Rhin, o&#249; son chef d'&#233;tat-major, le colonel M&#233;nard, devait le suivre. Nous f&#251;mes tous fort satisfaits de cette nouvelle situation, car la mis&#232;re avait jet&#233; les troupes de l'arm&#233;e d'Italie dans un tel d&#233;sordre qu'il paraissait impossible de se maintenir en Ligurie ; mon p&#232;re n'&#233;tait pas f&#226;ch&#233; de s'&#233;loigner d'une arm&#233;e en d&#233;composition, qui allait ternir ses lauriers par une honteuse retraite, dont le r&#233;sultat serait de se faire rejeter en France derri&#232;re le Var. Mon p&#232;re se pr&#233;para donc &#224; partir d&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, nomm&#233; pour le remplacer, serait arriv&#233;, et il d&#233;p&#234;cha pour Paris M. Gault, son aide de camp, afin d'y acheter des cartes et faire divers pr&#233;paratifs pour notre campagne sur le Rhin. Mais le destin en avait d&#233;cid&#233; autrement, et la tombe de mon malheureux p&#232;re &#233;tait marqu&#233;e sur la terre d'Italie ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233;na, en arrivant, ne trouva plus que l'ombre d'une arm&#233;e : les troupes sans paye, presque sans habits et sans chaussures, ne recevant que le quart de la ration, mouraient d'inanition ou bien d'une &#233;pid&#233;mie affreuse, r&#233;sultat des privations intol&#233;rables dont elles &#233;taient accabl&#233;es ; les h&#244;pitaux &#233;taient remplis et manquaient de m&#233;dicaments. Aussi des bandes de soldats, et m&#234;me des r&#233;giments entiers, abandonnaient journellement leur poste, se dirigeant vers le pont du Var, dont ils for&#231;aient le passage pour se rendre en France et se r&#233;pandre dans la Provence, quoiqu'ils se d&#233;clarassent pr&#234;ts &#224; revenir quand on leur donnerait du pain ! Les g&#233;n&#233;raux ne pouvaient lutter contre tant de mis&#232;re ; leur d&#233;couragement augmentait chaque jour, et tous demandaient des cong&#233;s ou se retiraient sous pr&#233;texte de maladie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233;na avait bien l'espoir d'&#234;tre rejoint en Italie par plusieurs des g&#233;n&#233;raux qui l'avaient aid&#233; &#224; battre les Russes en Helv&#233;tie, entre autres par Soult, Oudinot et Gazan ; mais aucun d'eux n'&#233;tait encore arriv&#233;, et il fallait pourvoir au besoin pressant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mass&#233;na, n&#233; &#224; la Turbie, bourgade de la petite principaut&#233; de Monaco, &#233;tait l'Italien le plus rus&#233; qui ait exist&#233;. Il ne connaissait pas mon p&#232;re, mais &#224; la premi&#232;re vue il jugea que c'&#233;tait un homme au c&#339;ur magnanime, aimant sa patrie par-dessus tout, et pour l'engager &#224; rester, il l'attaqua par son endroit sensible, la g&#233;n&#233;rosit&#233; et le d&#233;vouement au pays, lui exposant combien il serait beau &#224; lui de continuer &#224; servir dans l'arm&#233;e d'Italie malheureuse, plut&#244;t que d'aller sur le Rhin, o&#249; les affaires de la France &#233;taient en bon &#233;tat. Il ajouta que, du reste, il prenait sur lui l'inex&#233;cution des ordres que le gouvernement avait adress&#233;s &#224; mon p&#232;re, si celui-ci consentait &#224; ne pas partir. Mon p&#232;re, s&#233;duit par ces discours, et ne voulant pas laisser le nouveau g&#233;n&#233;ral en chef dans l'embarras, consentit &#224; rester avec lui. Il ne mettait pas en doute que son chef d'&#233;tat-major, le colonel M&#233;nard, son ami, ne renon&#231;&#226;t aussi &#224; aller sur le Rhin, puisque lui restait en Italie ; mais il en fut autrement. M&#233;nard s'en tint &#224; l'ordre qu'il avait re&#231;u, bien qu'on l'assur&#226;t qu'on le ferait annuler s'il y consentait. Mon p&#232;re fut tr&#232;s sensible &#224; cet abandon. M&#233;nard se h&#226;ta de regagner Paris, o&#249; il se fit accepter comme chef d'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ral Lefebvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re se rendit &#224; G&#234;nes, o&#249; il prit le commandement des trois divisions dont se composait l'aile droite de l'arm&#233;e. Malgr&#233; la mis&#232;re, le carnaval fut assez gai dans cette ville ; les Italiens aiment tant le plaisir ! Nous &#233;tions log&#233;s au palais Centurione, o&#249; nous pass&#226;mes la fin de l'hiver 1799 &#224; 1800. Mon p&#232;re avait laiss&#233; Spire &#224; Nice, avec le gros de ses bagages. Il prit le colonel Sacleux pour chef d'&#233;tat-major ; c'&#233;tait un homme fort estimable, bon militaire, d'un caract&#232;re fort doux, mais grave et s&#233;rieux. Celui-ci avait pour secr&#233;taire un charmant jeune homme nomm&#233; Colindo, fils du banquier Trepano, de Parme, qu'il avait recueilli &#224; la suite d'aventures trop longues &#224; raconter. Il fut pour moi un excellent ami. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au commencement du printemps de 1800, mon p&#232;re apprit que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na venait de donner le commandement de l'aile droite au g&#233;n&#233;ral Soult, nouvellement arriv&#233; et bien moins ancien que lui, et il re&#231;ut l'ordre de retourner &#224; Savone se remettre &#224; la t&#234;te de son ancienne division, la troisi&#232;me. Mon p&#232;re ob&#233;it, quoique son amour-propre f&#251;t bless&#233; de cette nouvelle destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, de bien grands &#233;v&#233;nements se pr&#233;paraient autour de nous en Italie. Mass&#233;na avait re&#231;u quelques renforts, r&#233;tabli un peu d'ordre dans son arm&#233;e, et la c&#233;l&#232;bre campagne de 1800, celle qui amena le m&#233;morable si&#232;ge de G&#234;nes et la bataille de Marengo, allait s'ouvrir. Les neiges dont &#233;taient couvertes les montagnes qui s&#233;paraient les deux arm&#233;es &#233;tant fondues, les Autrichiens nous attaqu&#232;rent, et leurs premiers efforts port&#232;rent sur la troisi&#232;me division de l'aile droite, qu'ils voulaient s&#233;parer du centre et de la gauche en la rejetant de Savone sur G&#234;nes. D&#232;s que les hostilit&#233;s recommenc&#232;rent, mon p&#232;re et le colonel Sacleux envoy&#232;rent &#224; G&#234;nes tous les non-combattants ; Colindo &#233;tait de ce nombre. Quant &#224; moi, je nageais dans la joie, anim&#233; que j'&#233;tais par la vue des troupes en marche, les mouvements bruyants de l'artillerie et le d&#233;sir qu'a toujours un jeune militaire d'assister &#224; des op&#233;rations de guerre. J'&#233;tais loin de me douter que cette guerre deviendrait si terrible et me co&#251;terait bien cher ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La division de mon p&#232;re, tr&#232;s vivement attaqu&#233;e par des forces infiniment sup&#233;rieures, d&#233;fendit pendant deux jours les c&#233;l&#232;bres positions de Cadibone et de Montenotte ; mais enfin, se voyant sur le point d'&#234;tre tourn&#233;e, elle dut se retirer sur Voltri et de l&#224; sur G&#234;nes, o&#249; elle s'enferma avec les deux autres divisions de l'aile droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'entendais tous les g&#233;n&#233;raux instruits d&#233;plorer la n&#233;cessit&#233; qui nous for&#231;ait &#224; nous s&#233;parer du centre et de l'aile gauche ; mais j'&#233;tais alors si peu au fait de la guerre, que je n'en &#233;tais nullement affect&#233;. Je comprenais bien que nous avions &#233;t&#233; battus ; mais comme j'avais pris de ma main, en avant de Montenotte, un officier de housards de Barco, et m'&#233;tais empar&#233; de son panache que j'avais fi&#232;rement attach&#233; &#224; la t&#234;ti&#232;re de la bride de mon cheval, il me semblait que ce troph&#233;e me donnait quelque ressemblance avec les chevaliers du moyen &#226;ge, revenant charg&#233;s des d&#233;pouilles des infid&#232;les. Ma vanit&#233; pu&#233;rile fut bient&#244;t rabattue par un &#233;v&#233;nement affreux. Pendant la retraite, et au moment o&#249; mon p&#232;re me donnait un ordre &#224; porter, il re&#231;ut une balle dans la jambe gauche, celle qui d&#233;j&#224; avait &#233;t&#233; bless&#233;e d'une balle &#224; l'arm&#233;e des Pyr&#233;n&#233;es. La commotion fut si forte, que mon p&#232;re serait tomb&#233; de cheval s'il ne se f&#251;t appuy&#233; sur moi. Je l'&#233;loignai du champ de bataille ; on le pansa, je voyais couler son sang et je me mis &#224; pleurer&#8230; Il chercha &#224; me calmer et me dit qu'un guerrier devait avoir plus de fermet&#233;&#8230; On transporta mon p&#232;re &#224; G&#234;nes, au palais Centurione, qu'il avait occup&#233; pendant le dernier hiver. Nos trois divisions &#233;tant entr&#233;es dans G&#234;nes, les Autrichiens en firent le blocus par terre et les Anglais par mer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me sens pas le courage de d&#233;crire ce que la garnison et la population de G&#234;nes eurent &#224; souffrir pendant les deux mois que dura ce si&#232;ge m&#233;morable. La famine, la guerre et un terrible typhus firent des ravages immenses !&#8230; La garnison perdit dix mille hommes sur seize mille, et l'on ramassait tous les jours dans les rues sept &#224; huit cents cadavres d'habitants de tout &#226;ge, de tout sexe et de toute condition, qu'on portait derri&#232;re l'&#233;glise de Carignan dans une &#233;norme fosse remplie de chaux vive. Le nombre de ces victimes s'&#233;leva &#224; plus de trente mille, presque toutes mortes de faim !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre jusqu'&#224; quel point le manque de vivres se fit sentir parmi les habitants, il faut savoir que l'ancien gouvernement g&#233;nois, pour contenir la population de la ville, s'&#233;tait de temps imm&#233;morial empar&#233; du monopole des grains, des farines et du pain, lequel &#233;tait confectionn&#233; dans un immense &#233;tablissement garni de canons et gard&#233; par des troupes, de sorte que lorsque le doge ou le S&#233;nat voulaient pr&#233;venir ou punir une r&#233;volte, ils fermaient les fours de l'&#201;tat et prenaient le peuple par la famine. Bien qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; nous &#233;tions la Constitution g&#233;noise e&#251;t subi de grandes modifications, et que l'aristocratie n'y e&#251;t que fort peu de pr&#233;pond&#233;rance, il n'y avait cependant pas une seule boulangerie particuli&#232;re, et l'ancien usage de faire le pain aux fours publics s'&#233;tait perp&#233;tu&#233;. Or, ces fours publics, qui alimentaient habituellement une population de plus de cent vingt mille &#226;mes, rest&#232;rent ferm&#233;s pendant quarante-cinq jours, sur soixante que dura le si&#232;ge ! les riches n'ayant pas plus que les pauvres le moyen de se procurer du pain !&#8230; Le peu de l&#233;gumes secs et de riz qui se trouvait chez les marchands avait &#233;t&#233; enlev&#233; &#224; des prix &#233;normes d&#232;s le commencement du si&#232;ge. Les troupes seules recevaient une faible ration d'un quart de livre de chair de cheval et d'un quart de livre de ce qu'on appelait du pain, affreux m&#233;lange compos&#233; de farines avari&#233;es, de son, d'amidon, de poudre &#224; friser, d'avoine, de graine de lin, de noix rances et autres substances de mauvaise qualit&#233;, auxquelles on donnait un peu de solidit&#233; en y m&#234;lant quelques parties de cacao, chaque pain &#233;tant d'ailleurs int&#233;rieurement soutenu par de petits morceaux de bois, sans quoi il serait tomb&#233; en poudre. Le g&#233;n&#233;ral Thibauld, dans son journal du si&#232;ge, compare ce pain &#224; de la tourbe m&#233;lang&#233;e d'huile !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant quarante-cinq jours, on ne vendit au public ni pain ni viande. Les habitants les plus riches purent (et seulement vers le commencement du si&#232;ge) se procurer quelque peu de morue, des figues et autres denr&#233;es s&#232;ches, ainsi que du sucre. L'huile, le vin et le sel ne manqu&#232;rent jamais ; mais que sont ces denr&#233;es sans aliments solides ? Tous les chiens et les chats de la ville furent mang&#233;s. Un rat se vendait fort cher. Enfin, la mis&#232;re devint si affreuse, que lorsque les troupes fran&#231;aises faisaient une sortie, les habitants les suivaient en foule hors des portes, et l&#224;, riches et pauvres, femmes, enfants et vieillards, se mettaient &#224; couper de l'herbe, des orties et des feuilles qu'ils faisaient ensuite cuire avec du sel&#8230; Le gouvernement g&#233;nois fit faucher l'herbe qui croissait sur les remparts, puis il la faisait cuire sur les places publiques et la distribuait ensuite aux malheureux malades qui n'avaient pas la force d'aller chercher eux-m&#234;mes et de pr&#233;parer ce grossier aliment. Nos troupes elles-m&#234;mes faisaient cuire des orties et toutes sortes d'herbes avec de la chair de cheval. Les familles les plus riches et les plus distingu&#233;es leur enviaient cette viande, toute d&#233;go&#251;tante qu'elle f&#251;t, car la p&#233;nurie des fourrages avait rendu presque tous les chevaux malades, et l'on distribuait m&#234;me la chair de ceux qui mouraient d'&#233;tisie !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la derni&#232;re partie du si&#232;ge, l'exasp&#233;ration du peuple g&#233;nois &#233;tait &#224; craindre. On l'entendait s'&#233;crier qu'en 1746 leurs p&#232;res avaient massacr&#233; une arm&#233;e autrichienne, qu'il fallait essayer de se d&#233;barrasser de m&#234;me de l'arm&#233;e fran&#231;aise, et qu'en d&#233;finitive, il valait mieux mourir en combattant, que de mourir de faim apr&#232;s avoir vu succomber leurs femmes et leurs enfants. Ces sympt&#244;mes de r&#233;volte &#233;taient d'autant plus effrayants, que s'ils se fussent r&#233;alis&#233;s, les Anglais par mer et les Autrichiens par terre seraient indubitablement accourus joindre leurs efforts &#224; ceux des insurg&#233;s pour nous accabler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de dangers si imminents et de calamit&#233;s de tous genres, le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na restait impassible et calme, et pour &#233;viter toute tentative d'&#233;meute, il fit proclamer que les troupes fran&#231;aises avaient ordre de faire feu sur toute r&#233;union d'habitants qui s'&#233;l&#232;verait &#224; plus de quatre hommes. Nos r&#233;giments bivouaquaient constamment sur les places et dans les rues principales, dont les avenues &#233;taient munies de canons charg&#233;s &#224; mitraille. Ne pouvant se r&#233;unir, les G&#233;nois furent dans l'impossibilit&#233; de se r&#233;volter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous &#233;tonnerez sans doute que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na m&#238;t tant d'obstination &#224; conserver une place dont il ne pouvait nourrir la population et sustenter &#224; peine la garnison. Mais G&#234;nes pesait alors d'un poids immense dans les destin&#233;es de la France. Notre arm&#233;e &#233;tait coup&#233;e ; le centre et l'aile gauche s'&#233;taient retir&#233;s derri&#232;re le Var, tandis que Mass&#233;na s'&#233;tait enferm&#233; dans G&#234;nes pour retenir devant cette place une partie de l'arm&#233;e autrichienne, l'emp&#234;chant ainsi de porter toutes ses forces sur la Provence. Mass&#233;na savait que le premier Consul r&#233;unissait &#224; Dijon, &#224; Lyon et &#224; Gen&#232;ve, une arm&#233;e de r&#233;serve, avec laquelle il se proposait de passer les Alpes par le Saint-Bernard, afin de rentrer en Italie, de surprendre les Autrichiens et de tomber sur leurs derri&#232;res, pendant qu'ils ne s'occupaient que du soin de prendre G&#234;nes. Nous avions donc un immense int&#233;r&#234;t &#224; conserver cette ville le plus longtemps possible, ainsi que le prescrivaient les ordres du premier Consul, dont les pr&#233;visions furent justifi&#233;es par les &#233;v&#233;nements. Mais revenons &#224; ce qui m'advint pendant ce si&#232;ge m&#233;morable. &lt;br class='autobr' /&gt;
En apprenant qu'on avait transport&#233; &#224; G&#234;nes mon p&#232;re bless&#233;, Colindo Trepano accourut aupr&#232;s de son lit de douleur, et c'est l&#224; que nous nous retrouv&#226;mes. Il m'aida de la mani&#232;re la plus affectueuse &#224; soigner mon p&#232;re, et je lui en sus d'autant plus de gr&#233;, qu'au milieu des calamit&#233;s dont nous &#233;tions environn&#233;s, mon p&#232;re n'avait personne aupr&#232;s de lui. Tous les officiers d'&#233;tat-major re&#231;urent l'ordre d'aller faire le service aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral en chef. Bient&#244;t on refusa des vivres &#224; nos domestiques, qui furent contraints de prendre un fusil et de se ranger parmi les combattants pour avoir droit &#224; la ch&#233;tive ration que l'on distribuait aux soldats. On ne fit exception que pour un jeune valet de chambre nomm&#233; Oudin et pour un jeune jockey qui soignait nos chevaux ; mais Oudin nous abandonna d&#232;s qu'il eut appris que mon p&#232;re &#233;tait atteint du typhus. Cette affreuse maladie, ainsi que la peste avec laquelle elle a beaucoup d'analogie, se jette presque toujours sur les bless&#233;s et sur les individus d&#233;j&#224; malades. Mon p&#232;re en fut atteint, et dans le moment o&#249; il avait le plus besoin de soins, il n'avait aupr&#232;s de lui que moi, Colindo et le jockey Bastide. Nous suivions de notre mieux les prescriptions du docteur, nous ne dormions ni jour ni nuit, &#233;tant sans cesse occup&#233;s &#224; frictionner mon p&#232;re avec de l'huile camphr&#233;e et &#224; le changer de lit et de linge. Mon p&#232;re ne pouvait prendre d'autre nourriture que du bouillon, et je n'avais pour en faire que de la mauvaise chair de cheval ; mon c&#339;ur &#233;tait d&#233;chir&#233; !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La Providence nous envoya un secours. Les grands b&#226;timents des fours publics &#233;taient contigus aux murs du palais que nous habitions ; les terrasses se touchaient. Celle des fours publics &#233;tait immense ; on y faisait le m&#233;lange et le broiement des grenailles de toute esp&#232;ce qu'on ajoutait aux farines avari&#233;es pour faire le pain de la garnison. Le jockey Bastide avait remarqu&#233; que lorsque les ouvriers de la manutention avaient quitt&#233; la terrasse, elle &#233;tait envahie par de nombreux pigeons qui, nich&#233;s dans les divers clochers de la ville, avaient l'habitude de venir ramasser le peu de grains que le criblage avait r&#233;pandus sur les dalles. Bastide, qui &#233;tait d'une rare intelligence, franchissant le petit espace qui s&#233;parait les deux terrasses, alla tendre sur celle des fours publics des lacets et autres engins, avec lesquels il prenait des pigeons dont nous faisions du bouillon pour mon p&#232;re, qui le trouvait excellent en comparaison de celui de cheval. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux horreurs de la famine et du typhus, se joignaient celles d'une guerre acharn&#233;e et incessante, car les troupes fran&#231;aises combattaient toute la journ&#233;e du c&#244;t&#233; de terre contre les Autrichiens, et d&#232;s que la nuit mettait un terme &#224; leurs attaques, les flottes anglaise, turque et napolitaine, que l'obscurit&#233; d&#233;robait au tir des canons du port et des batteries de la c&#244;te, s'approchaient de la ville, sur laquelle elles lan&#231;aient une immense quantit&#233; de bombes, qui faisaient des ravages affreux !&#8230; Aussi, pas un instant de repos !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le bruit du canon, les cris des mourants, p&#233;n&#233;traient jusqu'&#224; mon p&#232;re et l'agitaient au dernier point : il regrettait de ne pouvoir se mettre &#224; la t&#234;te des troupes de sa division. Cet &#233;tat moral empirait sa position ; sa maladie s'aggravait de jour en jour ; il s'affaiblissait visiblement. Colindo et moi ne le quittions pas un instant. Enfin, une nuit, pendant que j'&#233;tais &#224; genoux aupr&#232;s de son lit pour imbiber sa blessure, il me parla avec toute la pl&#233;nitude de sa raison, puis, sentant sa fin approcher, il pla&#231;a sa main sur ma t&#234;te, l'y promena d'une fa&#231;on caressante en disant : &#171; Pauvre enfant, que va-t-il devenir, seul et sans appui, au milieu des horreurs de ce terrible si&#232;ge ?&#8230; &#187; Il balbutia encore quelques paroles, parmi lesquelles je d&#233;m&#234;lai le nom de ma m&#232;re, laissa tomber ses bras et ferma les yeux !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique bien jeune, et depuis peu de temps au service, j'avais vu beaucoup de morts sur le terrain de divers combats et surtout dans les rues de G&#234;nes ; mais ils &#233;taient tomb&#233;s en plein air, encore couverts de leurs v&#234;tements, ce qui donne un aspect bien diff&#233;rent de celui d'un homme qui meurt dans son lit, et je n'avais jamais &#233;t&#233; t&#233;moin de ce dernier et triste spectacle. Je crus donc que mon p&#232;re venait de c&#233;der au sommeil. Colindo comprit la v&#233;rit&#233;, mais n'eut pas le courage de me la dire, et je ne fus tir&#233; de mon erreur que plusieurs heures apr&#232;s, lorsque M. Lach&#232;ze &#233;tant arriv&#233;, je lui vis relever le drap du lit sur la figure de mon p&#232;re, en disant : &#171; C'est une perte affreuse pour sa famille et ses amis !&#8230; &#187; Alors seulement je compris l'&#233;tendue de mon malheur&#8230; Ma douleur fut si d&#233;chirante qu'elle toucha m&#234;me le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na, dont le c&#339;ur n'&#233;tait cependant pas facile &#224; &#233;mouvoir, surtout dans les circonstances pr&#233;sentes, o&#249; il avait besoin de tant de fermet&#233;. La position critique dans laquelle il se trouvait lui fit prendre &#224; mon &#233;gard une mesure qui me parut atroce, et que cependant je prendrais aussi moi-m&#234;me si je commandais dans une ville assi&#233;g&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;viter tout ce qui aurait pu affaiblir le moral des troupes, le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na avait d&#233;fendu la pompe des fun&#233;railles, et comme il savait que je n'avais pas voulu quitter la d&#233;pouille mortelle de mon p&#232;re bien-aim&#233;, qu'il pensait que mon projet &#233;tait de l'accompagner jusqu'&#224; sa tombe, et qu'il craignait que les troupes ne s'attendrissent en voyant un jeune officier, &#224; peine au sortir de l'enfance, suivre en sanglotant la bi&#232;re de son p&#232;re, g&#233;n&#233;ral de division, victime de la terrible guerre que nous soutenions, Mass&#233;na vint le lendemain avant le jour dans la chambre o&#249; gisait mon p&#232;re, et, me prenant par la main, il me conduisit sous un pr&#233;texte quelconque dans un salon &#233;loign&#233;, pendant que sur son ordre douze grenadiers, accompagn&#233;s seulement d'un officier et du colonel Sacleux, enlev&#232;rent la bi&#232;re en silence et all&#232;rent la d&#233;poser dans la tombe provisoire, sur les remparts du c&#244;t&#233; de la mer. Ce ne fut qu'apr&#232;s que cette triste c&#233;r&#233;monie fut termin&#233;e, que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na m'en instruisit en m'expliquant les motifs de sa d&#233;cision&#8230; Non, je ne pourrai exprimer le d&#233;sespoir dans lequel cela me jeta !&#8230; Il me semblait que je perdais une seconde fois mon pauvre p&#232;re que l'on venait d'enlever &#224; mes derniers soins !&#8230; Mes plaintes furent vaines, et il ne me restait plus que d'aller prier sur la tombe de mon p&#232;re. J'ignorais o&#249; elle &#233;tait, mais mon ami Colindo avait suivi de loin le convoi, et il me conduisit&#8230; Ce bon jeune homme me donna en cette circonstance les preuves d'une touchante sympathie, quand chaque individu ne pensait qu'&#224; sa position personnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les officiers d'&#233;tat-major de mon p&#232;re avaient &#233;t&#233; tu&#233;s ou emport&#233;s par le typhus. Sur onze que nous &#233;tions avant la campagne, il n'en restait plus que deux : Le commandant R*** et moi ! Mais R*** ne s'occupait que de lui et, au lieu de servir d'appui au fils de son g&#233;n&#233;ral, il continua d'habiter seul en ville. M. Lach&#232;ze m'abandonna aussi !&#8230; Il n'y eut que le bon colonel Sacleux qui me donna quelques marques d'int&#233;r&#234;t ; mais le g&#233;n&#233;ral en chef lui ayant donn&#233; le commandement d'une brigade, il &#233;tait constamment hors des murs, occup&#233; &#224; repousser les ennemis. Je restai donc seul dans l'immense palais Centurione, avec Colindo, Bastide et le vieux concierge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une semaine s'&#233;tait &#224; peine &#233;coul&#233;e depuis que j'avais eu le malheur de perdre mon p&#232;re, lorsque le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na, qui avait besoin d'un grand nombre d'officiers autour de lui (car il en faisait tuer ou blesser quelques-uns presque tous les jours), me fit ordonner d'aller faire aupr&#232;s de lui le service d'aide de camp, ainsi que le faisaient R*** et tous les officiers des g&#233;n&#233;raux morts ou hors d'&#233;tat de monter &#224; cheval. J'ob&#233;is&#8230; Je suivais toute la journ&#233;e le g&#233;n&#233;ral en chef dans les combats, et, lorsque je n'&#233;tais pas retenu au quartier g&#233;n&#233;ral, je rentrais, et la nuit venue, Colindo et moi, passant au milieu des mourants et des cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants qui encombraient les rues, nous allions prier au tombeau de mon p&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
La famine augmentait d'une fa&#231;on effrayante dans la place. Un ordre du g&#233;n&#233;ral en chef prescrivait de ne laisser &#224; chaque officier qu'un seul cheval, tous les autres devaient &#234;tre envoy&#233;s &#224; la boucherie. Mon p&#232;re en avait laiss&#233; plusieurs ; il m'aurait &#233;t&#233; tr&#232;s p&#233;nible de savoir qu'on allait tuer ces pauvres b&#234;tes. Je leur sauvai la vie en proposant &#224; des officiers d'&#233;tat-major de les leur donner en &#233;change de leurs montures us&#233;es que je livrai &#224; la boucherie. Ces chevaux furent plus tard pay&#233;s par l'&#201;tat sur la pr&#233;sentation de l'ordre de livraison ; je conservai un de ces ordres comme monument curieux ; il porte la signature du g&#233;n&#233;ral Oudinot, chef d'&#233;tat-major de Mass&#233;na. &lt;br class='autobr' /&gt;
La perte cruelle que je venais d'&#233;prouver, la position dans laquelle je me trouvais et la vue des sc&#232;nes vraiment horribles auxquelles j'assistais tous les jours, avaient en peu de temps m&#251;ri ma raison plus que ne l'auraient fait plusieurs ann&#233;es de bonheur. Je compris que la mis&#232;re et les calamit&#233;s du si&#232;ge rendant &#233;go&#239;stes tous ceux qui, quelques mois auparavant, comblaient mon p&#232;re de pr&#233;venances, je devais trouver en moi-m&#234;me assez de courage et de ressources, non seulement pour me suffire, mais pour servir d'appui &#224; Colindo et &#224; Bastide. Le plus important &#233;tait de trouver le moyen de les nourrir, puisqu'ils ne recevaient pas de vivres des magasins de l'arm&#233;e. J'avais bien, comme officier, deux rations de chair de cheval et deux rations de pain, mais tout cela r&#233;uni ne faisait qu'une livre pesant d'une tr&#232;s mauvaise nourriture, et nous &#233;tions trois !&#8230; Nous ne prenions plus que tr&#232;s rarement des pigeons, dont le nombre avait infiniment diminu&#233;. En ma qualit&#233; d'aide de camp du g&#233;n&#233;ral en chef, j'avais bien mon couvert &#224; sa table, sur laquelle on servait une fois par jour du pain, du cheval r&#244;ti et des pois chiches ; mais j'&#233;tais tellement courrouc&#233; de ce que le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na m'avait priv&#233; de la triste consolation d'accompagner le cercueil de mon p&#232;re, que je ne pouvais me r&#233;soudre &#224; aller prendre place &#224; sa table, quoique tous mes camarades y fussent et qu'il m'y e&#251;t engag&#233; une fois pour toutes. Mais enfin, le d&#233;sir de secourir mes deux malheureux commensaux me d&#233;cida &#224; aller manger chez le g&#233;n&#233;ral en chef. D&#232;s lors, Colindo et Bastide eurent chacun un quart de livre de pain et autant de chair de cheval. Moi-m&#234;me, je ne mangeais pas suffisamment, car &#224; la table du g&#233;n&#233;ral en chef les portions &#233;taient extr&#234;mement exigu&#235;s, et je faisais un service tr&#232;s p&#233;nible ; aussi sentais-je mes forces s'affaiblir, et il m'arrivait souvent d'&#234;tre oblig&#233; de m'&#233;tendre &#224; terre pour ne pas tomber en d&#233;faillance. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Providence vint encore &#224; notre secours. Bastide &#233;tait n&#233; dans le Cantal, et avait rencontr&#233; l'hiver d'avant un autre Auvergnat de sa connaissance &#233;tabli &#224; G&#234;nes, o&#249; il faisait un petit commerce. Il alla le voir et fut frapp&#233;, en entrant chez lui, de sentir l'odeur que r&#233;pand la boutique d'un &#233;picier. Il en fit l'observation &#224; son ami, en lui disant : &#171; Tu as des provisions ?&#8230; &#187; Celui-ci en convint en lui demandant le secret, car les provisions de tout genre qu'on d&#233;couvrait chez les particuliers &#233;taient enlev&#233;es et transport&#233;es dans les magasins de l'arm&#233;e. L'intelligent Bastide offrit alors de lui faire acheter la portion de denr&#233;es qu'il aurait de trop par quelqu'un qui le solderait sur-le-champ et garderait un secret inviolable, et il vint m'informer de sa d&#233;couverte. Mon p&#232;re avait laiss&#233; quelques milliers de francs. J'achetai donc et fis porter de nuit chez moi beaucoup de morue, de fromage, de figues, de sucre, de chocolat, etc., etc. Tout cela fut horriblement cher ; l'Auvergnat eut presque tout mon argent, mais je m'estimai trop heureux d'en passer par o&#249; il voulut, car, d'apr&#232;s ce que j'entendais dire journellement au quartier g&#233;n&#233;ral, le si&#232;ge devait &#234;tre encore fort long, et la famine aller toujours en augmentant, ce qui, malheureusement, se r&#233;alisa. Ce qui doublait le bonheur que j'avais eu de me procurer des subsistances, c'&#233;tait la pens&#233;e que je sauvais la vie de mon ami Colindo qui, sans cela, serait litt&#233;ralement mort de faim, car il ne connaissait dans l'arm&#233;e que moi et le colonel Sacleux, qui ne tarda pas &#224; &#234;tre frapp&#233; d'un affreux malheur ; voici en quelles circonstances : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, attaqu&#233; de toutes parts, voyant ses troupes moissonn&#233;es par des combats continuels et par la famine, oblig&#233; de contenir une population immense que la faim poussait au d&#233;sespoir, se trouvait dans une position des plus critiques, et sentait que pour maintenir le bon ordre dans l'arm&#233;e, il fallait y &#233;tablir une discipline de fer. Aussi tout officier qui n'ex&#233;cutait pas ponctuellement ses ordres &#233;tait-il impitoyablement destitu&#233;, en vertu des pouvoirs que les lois d'alors conf&#233;raient aux g&#233;n&#233;raux en chef. Plusieurs exemples de ce genre avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faits, lorsque, dans une sortie que nous pouss&#226;mes &#224; six lieues de la place, la brigade command&#233;e par le colonel Sacleux ne s'&#233;tant pas trouv&#233;e, &#224; l'heure indiqu&#233;e, dans une vall&#233;e dont elle devait fermer le passage aux Autrichiens, ceux-ci s'&#233;chapp&#232;rent, et le g&#233;n&#233;ral en chef, furieux de voir manquer le r&#233;sultat de ses combinaisons, destitua le pauvre colonel Sacleux, en le signalant dans un ordre du jour. Sacleux avait bien pu ne pas comprendre ce qu'on attendait de lui, mais il &#233;tait fort brave. Certainement, il se serait, dans son d&#233;sespoir, fait sauter la cervelle, s'il n'avait eu &#224; c&#339;ur de r&#233;tablir son honneur. Il prit un fusil, et se pla&#231;a dans les rangs comme soldat&#8230; Il vint un jour nous voir ; Colindo et moi e&#251;mes le c&#339;ur navr&#233;, en voyant cet excellent homme habill&#233; en simple fantassin. Nous f&#238;mes nos adieux &#224; Sacleux, qui, apr&#232;s la reddition de la place, fut r&#233;int&#233;gr&#233; dans son grade de colonel par le premier Consul, &#224; la demande de Mass&#233;na lui-m&#234;me, que Sacleux avait forc&#233;, par son courage, &#224; revenir sur son compte. Mais l'ann&#233;e suivante, Sacleux, voyant la paix faite en Europe, et voulant se laver compl&#232;tement du reproche qui lui avait &#233;t&#233; adress&#233; si injustement, demanda &#224; aller faire la guerre &#224; Saint-Domingue, o&#249; il fut tu&#233; au moment o&#249; il allait &#234;tre nomm&#233; g&#233;n&#233;ral de brigade !&#8230; Il est des hommes qui, malgr&#233; leur m&#233;rite, ont une destin&#233;e bien cruelle : celui-ci en est un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis parler que tr&#232;s succinctement des op&#233;rations du si&#232;ge ou blocus que nous soutenions. Les fortifications de G&#234;nes ne consistaient, &#224; cette &#233;poque, du c&#244;t&#233; de la terre, qu'en une simple muraille flanqu&#233;e de tours ; mais ce qui rendait la place tr&#232;s susceptible d'une bonne d&#233;fense, c'est qu'elle est entour&#233;e, &#224; peu de distance, par des montagnes dont les sommets et les flancs sont garnis de forts et de redoutes. Les Autrichiens attaquaient constamment ces positions ; d&#232;s qu'ils en enlevaient une, nous marchions pour la reprendre, et le lendemain ils cherchaient encore &#224; s'en emparer ; s'ils y parvenaient, nous allions les en chasser derechef. Enfin, c'&#233;tait une navette continuelle, avec des chances diff&#233;rentes, mais, en r&#233;sultat, nous finissions par rester ma&#238;tres du terrain. Ces combats &#233;taient souvent tr&#232;s vifs. Dans l'un d'eux, le g&#233;n&#233;ral Soult, qui &#233;tait le bras droit de Mass&#233;na, gravissait &#224; la t&#234;te de ses colonnes le Monte-Corona, pour reprendre le fort de ce nom que nous avions perdu la veille, lorsqu'une balle lui brisa le genou au moment o&#249; les ennemis, infiniment plus nombreux que nous, descendaient en courant du haut de la montagne. Il &#233;tait impossible que le peu de troupes que nous avions sur ce point p&#251;t r&#233;sister &#224; une telle avalanche. Il fallut donc battre en retraite. Les soldats port&#232;rent quelque temps le g&#233;n&#233;ral Soult sur leurs fusils, mais les douleurs intol&#233;rables qu'il &#233;prouvait le d&#233;cid&#232;rent &#224; ordonner qu'on le d&#233;pos&#226;t au pied d'un arbre, o&#249; son fr&#232;re et un de ses aides de camp rest&#232;rent seuls aupr&#232;s de lui, pour le pr&#233;server de la fureur des premiers ennemis qui arriveraient sur lui. Heureusement, il se trouva parmi ceux-ci des officiers qui eurent beaucoup d'&#233;gards pour leur illustre prisonnier. La capture du g&#233;n&#233;ral Soult ayant exalt&#233; le courage des Autrichiens, ils nous pouss&#232;rent tr&#232;s vivement jusqu'au mur d'enceinte qu'ils se pr&#233;paraient &#224; attaquer, lorsqu'un orage affreux vint assombrir le ciel d'azur que nous avions eu depuis le commencement du si&#232;ge. La pluie tombait &#224; torrents. Les Autrichiens s'arr&#234;t&#232;rent, et la plupart d'entre eux cherch&#232;rent &#224; s'abriter dans les cassines ou sous des arbres. Alors le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, dont le principal m&#233;rite consistait &#224; mettre &#224; profit toutes les circonstances impr&#233;vues de la guerre, parle &#224; ses soldats, ranime leur ardeur, et les faisant soutenir par quelques troupes venues de la ville, il leur fait croiser la ba&#239;onnette et les ram&#232;ne au plus fort de l'orage contre les Autrichiens vainqueurs jusque-l&#224;, mais qui, surpris de tant d'audace, se retirent en d&#233;sordre. Mass&#233;na les poursuivit si vigoureusement qu'il parvint &#224; couper un corps de trois mille grenadiers, qui mirent bas les armes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois que nous faisions de nombreux prisonniers, car le total de ceux que nous avions enlev&#233;s depuis le commencement du si&#232;ge se montait &#224; plus de huit mille ; mais n'ayant pas de quoi les nourrir, le g&#233;n&#233;ral en chef les avait toujours renvoy&#233;s, &#224; condition qu'ils ne serviraient pas contre nous avant six mois. Les officiers avaient tenu religieusement leur promesse ; quant aux malheureux soldats qui, rentr&#233;s dans le camp autrichien, ignoraient l'engagement que leurs chefs avaient pris pour eux, on les incorporait dans d'autres r&#233;giments et on les for&#231;ait &#224; combattre encore contre les Fran&#231;ais. S'ils retombaient entre nos mains, ce qui arrivait souvent, nous les rendions de nouveau ; on les incorporait derechef dans d'autres bataillons, et il y eut ainsi une grande quantit&#233; de ces hommes qui, de leur propre aveu, furent pris quatre ou cinq fois pendant le si&#232;ge. Le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na, indign&#233; d'un tel manque de loyaut&#233; de la part des g&#233;n&#233;raux autrichiens, d&#233;cida cette fois que les trois mille grenadiers qu'il venait de prendre seraient retenus, officiers et soldats, et pour que le soin de les garder n'augment&#226;t pas le service des troupes, il fit placer ces malheureux prisonniers sur des vaisseaux ras&#233;s, au milieu du port, et fit braquer sur eux une partie des canons du m&#244;le ; puis il envoya un parlementaire au g&#233;n&#233;ral Ott, qui commandait le corps autrichien devant G&#234;nes, pour lui reprocher son manque de bonne foi et le pr&#233;venir qu'il ne se croyait tenu de donner aux prisonniers que la moiti&#233; de la ration que recevait un soldat fran&#231;ais, mais qu'il consentait &#224; ce que les Autrichiens s'entendissent avec les Anglais, pour que des barques apportassent tous les jours des vivres aux prisonniers et ne les quittassent qu'apr&#232;s les leur avoir vu manger, afin qu'on ne cr&#251;t pas que lui, Mass&#233;na, se serv&#238;t de ce pr&#233;texte pour faire entrer des vivres pour ses propres troupes. Le g&#233;n&#233;ral autrichien, esp&#233;rant qu'un refus am&#232;nerait Mass&#233;na &#224; lui rendre ses trois mille hommes qu'il comptait probablement faire combattre encore contre nous, refusa la proposition philanthropique qui lui &#233;tait faite ; alors Mass&#233;na ex&#233;cuta ce qu'il avait annonc&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La ration des Fran&#231;ais se composait d'un quart de livre d'un pain affreux et d'une &#233;gale quantit&#233; de chair de cheval : les prisonniers ne re&#231;urent donc que la moiti&#233; de chacune de ces denr&#233;es ; ils n'avaient par cons&#233;quent par jour qu'un quart de livre pesant pour toute nourriture !&#8230; Ceci avait lieu quinze jours avant la fin du si&#232;ge. Ces pauvres diables rest&#232;rent tout ce temps-l&#224; au m&#234;me r&#233;gime. En vain, tous les deux ou trois jours, le g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na renouvelait-il son offre au g&#233;n&#233;ral ennemi, celui-ci n'accepta jamais, soit par obstination, soit que l'amiral anglais (lord Keith) ne voul&#251;t pas consentir &#224; fournir ses chaloupes, de crainte, disait-on, qu'elles ne rapportassent le typhus &#224; bord de la flotte. Quoi qu'il en soit, les malheureux Autrichiens hurlaient de rage et de faim sur les pontons. C'&#233;tait vraiment affreux !&#8230; Enfin, apr&#232;s avoir mang&#233; leurs brodequins, havresacs, gibernes et m&#234;me peut-&#234;tre quelques cadavres, ils moururent presque tous d'inanition !&#8230; Il n'en restait gu&#232;re que sept &#224; huit cents, lorsque, la place ayant &#233;t&#233; remise &#224; nos ennemis, les soldats autrichiens, en entrant dans G&#234;nes, coururent vers le port et donn&#232;rent &#224; manger &#224; leurs compatriotes avec si peu de pr&#233;caution, que tous ceux qui avaient surv&#233;cu jusque-l&#224; p&#233;rirent&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu rapporter cet horrible &#233;pisode, d'abord comme un nouvel exemple des calamit&#233;s que la guerre entra&#238;ne apr&#232;s elle, et surtout pour fl&#233;trir la conduite et le manque de bonne foi du g&#233;n&#233;ral autrichien, qui contraignit ses malheureux soldats faits prisonniers et rendus sur parole &#224; reprendre les armes contre nous, bien qu'il se f&#251;t engag&#233; &#224; les renvoyer en Allemagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les divers combats qui signal&#232;rent le si&#232;ge de G&#234;nes, je courus de bien grands dangers. Je me bornerai &#224; citer les deux principaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;j&#224; dit que les Autrichiens et les Anglais se relayaient pour nous tenir constamment sous les armes. En effet, les premiers nous attaquaient d&#232;s l'aurore du c&#244;t&#233; de terre, nous combattaient toute la journ&#233;e et allaient se reposer la nuit, pendant que la flotte de lord Keith venait nous bombarder, et t&#226;chait de s'emparer du port &#224; la faveur de l'obscurit&#233;, ce qui for&#231;ait la garnison &#224; une grande surveillance de ce c&#244;t&#233; et l'emp&#234;chait de prendre le moindre repos. Or, une nuit que le bombardement &#233;tait encore plus violent que de coutume, le g&#233;n&#233;ral en chef Mass&#233;na, pr&#233;venu qu'&#224; la lueur des feux de Bengale allum&#233;s sur la plage, on apercevait de nombreuses embarcations anglaises charg&#233;es de troupes s'avan&#231;ant vers les m&#244;les du port, monta sur-le-champ &#224; cheval avec tout son &#233;tat-major et l'escadron de ses guides qui l'accompagnait partout. Nous &#233;tions au moins cent cinquante &#224; deux cents cavaliers, lorsque, passant sur une petite place nomm&#233;e Campetto, le g&#233;n&#233;ral en chef s'arr&#234;ta pour parler &#224; un officier qui revenait du port, et comme chacun se pressait autour de lui, un cri se fait entendre : &#171; Gare la bombe ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les yeux se portent en l'air, et l'on voit un &#233;norme bloc de fer rouge pr&#234;t &#224; tomber sur ce groupe d'hommes et de chevaux resserr&#233;s dans un tr&#232;s petit espace. Je me trouvais plac&#233; le long du mur du grand h&#244;tel dont la porte &#233;tait surmont&#233;e d'un balcon de marbre. Je pousse mon cheval dessous, et plusieurs de mes voisins firent de m&#234;me ; mais ce fut pr&#233;cis&#233;ment sur le balcon que tomba la bombe. Elle le r&#233;duisit en morceaux, puis rebondissant sur le pav&#233;, elle &#233;clata avec un bruit affreux au milieu de la place qu'elle &#233;claira momentan&#233;ment de ses lugubres flammes, auxquelles succ&#233;da la plus compl&#232;te obscurit&#233;&#8230; On s'attendait &#224; de grandes pertes ; le plus profond silence r&#233;gnait. Il fut interrompu par la voix du g&#233;n&#233;ral Mass&#233;na qui demandait si quelqu'un &#233;tait bless&#233;&#8230; Personne ne r&#233;pondit, car, par un hasard vraiment miraculeux, pas un des nombreux &#233;clats de la bombe n'avait frapp&#233; les hommes ni les chevaux agglom&#233;r&#233;s sur la petite place ! Quant aux personnes qui, comme moi, &#233;taient sous le balcon, elles furent couvertes de poussi&#232;re, de fragments de dalles et de colonnes, mais sans avoir &#233;t&#233; bless&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit qu'habituellement les Anglais ne nous bombardaient que la nuit ; mais cependant, un jour qu'ils c&#233;l&#233;braient je ne sais quelle f&#234;te, leur flotte pavois&#233;e s'approcha de la ville en plein midi et s'amusa &#224; nous envoyer une grande quantit&#233; de projectiles. Celle de nos batteries qui avait le plus d'avantage pour r&#233;pondre &#224; ce feu &#233;tait plac&#233;e pr&#232;s du m&#244;le, sur un gros bastion en forme de tour nomm&#233; la Lanterne. Le g&#233;n&#233;ral en chef me chargea de porter au commandant de cette batterie l'ordre de ne tirer qu'apr&#232;s avoir bien fait pointer, et de r&#233;unir tous ses feux sur un brick anglais, qui &#233;tait venu insolemment jeter l'ancre &#224; peu de distance de la Lanterne. Nos artilleurs tir&#232;rent avec tant de justesse qu'une de nos bombes de cinq cents, tombant sur le brick anglais, le per&#231;a depuis le pont jusqu'&#224; la quille, et il s'enfon&#231;a en un clin d'&#339;il dans la mer. Cela irrita tellement l'amiral anglais qu'il fit avancer imm&#233;diatement toutes ses bombardes contre la Lanterne, sur laquelle elles ouvrirent un feu tr&#232;s violent. Ma mission remplie, j'aurais d&#251; retourner aupr&#232;s de Mass&#233;na ; mais on dit avec raison que les jeunes militaires, ne connaissant pas le danger, l'affrontent avec plus de sang-froid que ne le font les guerriers exp&#233;riment&#233;s. Le spectacle dont j'&#233;tais t&#233;moin m'int&#233;ressait vivement. La plate-forme de la Lanterne, garnie de dalles en pierres, &#233;tait tout au plus grande comme une cour de moyenne &#233;tendue et &#233;tait arm&#233;e de douze bouches &#224; feu, dont les aff&#251;ts &#233;taient &#233;normes. Bien qu'il soit tr&#232;s difficile &#224; un navire en mer de lancer des bombes avec justesse sur un point qui pr&#233;sente aussi peu de surface que la plate-forme d'une tour, les Anglais en firent cependant tomber plusieurs sur la Lanterne. Au moment o&#249; elles arrivaient, les artilleurs s'abritaient derri&#232;re et dessous les grosses pi&#232;ces de bois des aff&#251;ts. Je faisais comme eux, mais cet asile n'&#233;tait pas s&#251;r, parce que la plate-forme pr&#233;sentant une grande r&#233;sistance aux bombes qui ne pouvaient s'enfoncer, elles roulaient rapidement sur les dalles, sans qu'on p&#251;t pr&#233;voir la direction qu'elles prendraient, et leurs &#233;clats passaient dessous et derri&#232;re les aff&#251;ts en serpentant sur tous les points de la plate-forme. Il &#233;tait donc absurde de rester l&#224;, lorsque, ainsi que moi, on n'y &#233;tait pas oblig&#233; ; mais j'&#233;prouvais un plaisir affreux, si on peut s'exprimer ainsi, &#224; courir &#231;&#224; et l&#224; avec les artilleurs d&#232;s qu'une bombe tombait, et &#224; revenir ensuite avec eux aussit&#244;t qu'elle avait &#233;clat&#233; et que ses d&#233;bris &#233;taient immobiles. C'&#233;tait un jeu qui pouvait me co&#251;ter cher. Un canonnier eut les jambes bris&#233;es, d'autres soldats furent bless&#233;s tr&#232;s gri&#232;vement, car les &#233;clats de bombe, &#233;normes morceaux de fer, font d'affreux ravages sur tout ce qu'ils touchent. L'un d'eux coupa en deux une grosse poutre d'aff&#251;t contre laquelle j'allais m'abriter. Cependant je restais toujours sur la plate-forme, lorsque le colonel Mouton, qui devint plus tard mar&#233;chal comte de Lobau, et qui, ayant servi sous les ordres de mon p&#232;re, me portait int&#233;r&#234;t, m'ayant aper&#231;u en passant aupr&#232;s de la Lanterne, vint m'ordonner imp&#233;rativement d'en sortir et d'aller aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral en chef o&#249; &#233;tait mon poste. Il ajouta : &#171; Vous &#234;tes bien jeune encore, mais apprenez qu'&#224; la guerre c'est une folie de s'exposer &#224; des dangers inutiles : seriez-vous plus avanc&#233; lorsque vous vous seriez fait broyer une jambe, sans qu'il en r&#233;sult&#226;t aucun avantage pour votre pays ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai jamais oubli&#233; cette le&#231;on, dont j'ai remerci&#233; depuis le mar&#233;chal Lobau, et j'ai souvent pens&#233; &#224; la diff&#233;rence qu'il y aurait eu dans ma destin&#233;e si j'eusse eu une jambe emport&#233;e &#224; l'&#226;ge de dix-sept ans !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_du_G%C3%A9n%C3%A9ral_Baron_de_Marbot/Tome_1/Chapitre_XIII&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_du_G%C3%A9n%C3%A9ral_Baron_de_Marbot/Tome_1/Chapitre_XIII&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;n&#233;ral Dupont :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Dupont, qui est surtout connu par la capitulation de Baylen, obtient en ce moment un regain de c&#233;l&#233;brit&#233;. Deux officiers sup&#233;rieurs en retraite, le lieutenant-colonel Clerc et le lieutenant-colonel Titeux, renouvellent sa biographie, l'un en plaidant pour lui les circonstances att&#233;nuantes, l'autre avec une intention marqu&#233;e d'apologie ; l'un dans un ouvrage de taille ordinaire, l'autre dans trois &#233;normes volumes de dimensions formidables. Qu'y a-t-il au fond de cette r&#233;surrection ? Quelle part de v&#233;rit&#233; s'en d&#233;gage-t-il ? Que savons-nous de plus sur le caract&#232;re du personnage ? Sa conduite pendant la campagne d'Espagne, l'acte auquel il a attach&#233; son nom, sont-ils mieux expliqu&#233;s, en deviennent-ils plus clairs aux yeux de la post&#233;rit&#233; ? C'est ce que nous nous proposons de rechercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de porter un jugement sur la capitulation de Baylen, il est n&#233;cessaire de bien conna&#238;tre le pass&#233; du g&#233;n&#233;ral Dupont, ses &#233;tats de services, l'opinion qu'avaient de lui ses chefs, ses compagnons d'armes, ses subordonn&#233;s. Qu'avait-il fait jusque-l&#224;, quelle confiance pouvait-on mettre en lui, que le croyait-on capable de faire ? Le lieutenant-colonel Titeux r&#233;pond &#224; ces questions avec une rare abondance de renseignemens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral &#233;tait n&#233; en 1765 dans la Charente. A l'&#226;ge de dix-neuf ans, il entrait dans un corps fran&#231;ais lev&#233; par le comte de Maillebois pour le service de la Hollande, il servit dans l'artillerie hollandaise et en 1791 rentra en France comme sous-lieutenant d'infanterie. L'ann&#233;e suivante, il &#233;tait &#224; la journ&#233;e de Valmy et au combat des Islettes. En 1793, sa belle conduite partout o&#249; il avait pass&#233; lui valait le grade de g&#233;n&#233;ral de brigade. Carnot, qui l'avait distingu&#233; &#224; l'arm&#233;e du Nord, lui confia alors la direction du cabinet topographique, grand bureau militaire qu'il venait de cr&#233;er en dehors du minist&#232;re de la Guerre pour centraliser la direction des arm&#233;es. C'est l&#224; que s'&#233;laboraient les plans de campagne ; c'est l&#224; qu'arrivaient jour et nuit les courriers extraordinaires qui apportaient les rapports des g&#233;n&#233;raux en chef ; c'est de l&#224; que partaient les instructions et les ordres qui leur &#233;taient adress&#233;s. Avant de prendre le commandement de l'arm&#233;e d'Italie, Bonaparte passa au cabinet topographique et examina longuement sur la carte, avec le g&#233;n&#233;ral Dupont, le terrain sur lequel il allait combattre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nomm&#233; en 1797 g&#233;n&#233;ral de division et maintenu au poste de confiance qu'il occupe, Dupont entretient une correspondance active avec les g&#233;n&#233;raux ou avec les chefs d'&#233;tat-major des diff&#233;rentes arm&#233;es. Ses archives, que sa famille a soigneusement conserv&#233;es, contiennent des lettres de Berthier, de Hoche, de Kellermann, de Mass&#233;na. Apr&#232;s les trait&#233;s de B&#226;le et de Campo-Formio, on lui confie la direction du d&#233;p&#244;t de la Guerre, avec la mission de r&#233;unir tous les documens, tous les mat&#233;riaux n&#233;cessaires pour &#233;crire l'histoire des glorieux &#233;v&#233;nemens militaires qui viennent de s'accomplir. Ministre de la Guerre par int&#233;rim, le 18 et le 19 brumaire, il est tout &#224; fait dans la confiance et dans les confidences de Bonaparte auquel il t&#233;moigne un d&#233;vouement absolu. Il rentre alors dans le service actif comme chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral de l'ann&#233;e qui va gagner la bataille de Marengo. Dans cette journ&#233;e qui commence si mal et qui finit si bien, gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e de Desaix, gr&#226;ce surtout &#224; l'&#233;nergique intervention de Kellermann, Dupont remplit honorablement ses fonctions sans d&#233;ployer cependant aucune qualit&#233; sup&#233;rieure. Parmi les nombreux historiens qui ont racont&#233; la bataille, il n'est venu &#224; l'esprit de personne de mettre son r&#244;le en relief. Il y fait son devoir, tout son devoir, il n'y a pas attach&#233; son nom. Charg&#233; du commandement de l'aile droite de l'arm&#233;e d'Italie, sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Brune, il joua un r&#244;le plus important &#224; la journ&#233;e de Pozzolo. L&#224; il fit preuve, en effet, d'une d&#233;cision et d'une &#233;nergie peu communes. Pouss&#233; en avant par son chef et ensuite abandonn&#233; par lui, il eut avec moins de 9 000 hommes &#224; soutenir le choc de 45 000 Autrichiens. Il leur r&#233;sista pendant dix-huit heures, et, renforc&#233; &#224; la fin par les troupes du g&#233;n&#233;ral Suchet, il resta ma&#238;tre du champ de bataille en faisant &#224; l'ennemi 4 000 prisonniers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi la journ&#233;e de Pozzolo, si honorable pour nos armes, ne tient-elle presque aucune place et ne laisse-t-elle presque aucune trace dans notre histoire militaire ? Son nom qui ne d&#233;core aucune de nos rues, aucun de nos quais ou de nos ponts, n'est gu&#232;re connu que des sp&#233;cialistes. C'est cependant un fait d'armes beaucoup plus important que d'autres combats de la premi&#232;re campagne d'Italie. Mais Bonaparte &#233;tait &#224; ces combats, pas &#224; Pozzolo. Son nom rayonne d'un tel &#233;clat qu'il &#233;clipse tout ce qui n'est pas lui. Les belles actions de ses lieutenans disparaissent dans la l&#233;gende qui se fait autour de sa gloire. Lui-m&#234;me y contribue par le soin continuel qu'il prend de se montrer seul en sc&#232;ne. En acteur consomm&#233;, il laisse volontiers dans l'ombre les &#233;v&#233;nemens auxquels il n'a pris aucune part pour concentrer l'attention du public sur ceux o&#249; il paye de sa personne et qu'il dirige lui-m&#234;me. Dans la distribution de la renomm&#233;e comme dans le gouvernement de la France, il rapporte tout &#224; lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il exerce n&#233;anmoins un tel ascendant que ses subordonn&#233;s se r&#233;signent &#224; la maigre part qu'il leur laisse. Dupont, qui aurait pu se plaindre, se contente de souligner l'incapacit&#233; et l'injustice du g&#233;n&#233;ral Brune, sans vouloir s'en prendre au Premier Consul. Rentr&#233; &#224; Paris, il continue &#224; entretenir avec lui les relations les plus cordiales. Il figure m&#234;me au premier rang des g&#233;n&#233;raux qui insistent pour que le Premier Consul se fasse Empereur. En revanche l'Empereur le nomme grand-officier de la L&#233;gion d'honneur. Il serait donc tout &#224; fait contraire &#224; la v&#233;rit&#233; historique de pr&#233;senter Dupont &#224; cette &#233;poque de sa vie comme une victime des rancunes imp&#233;riales. Il est vrai qu'il ne fut pas compris en 1804 dans la premi&#232;re promotion des mar&#233;chaux de France. Mais le m&#233;ritait-il r&#233;ellement ? Etait-ce en tous cas un choix qui s'imposait ? Aucun des contemporains, aucun des &#233;crivains militaires ne la pens&#233;. M. le lieutenant-colonel Titeux est le premier qui fasse grief &#224; Napol&#233;on de cette omission comme d'une injustice voulue, pr&#233;m&#233;dit&#233;e. Bien des motifs d'ordre divers ont pu dicter les premiers choix faits par le ma&#238;tre. Nous serions mal venus au bout d'un si&#232;cle &#224; en contester le m&#233;rite et &#224; vouloir juger mieux que lui de la valeur respective de ses g&#233;n&#233;raux. Qui donc les connaissait plus &#224; fond que lui, qui avait plus d'int&#233;r&#234;t &#224; les bien choisir, non seulement pour sa gloire, mais pour le succ&#232;s de ses armes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En tous cas il offrait au nouveau grand-officier de la L&#233;gion d'honneur l'occasion de se distinguer encore en le pla&#231;ant comme divisionnaire au 6e corps dans la campagne de 1805. Sous les ordres de Ney, Dupont se trouva pr&#232;s d'Ulm, &#224; Haslach, dans une situation peu diff&#233;rente de celle o&#249; il s'&#233;tait trouv&#233; &#224; Pozzolo sous les ordres de Brune. Avec 5 000 hommes il eut &#224; soutenir l'effort de 25 000 Autrichiens ; l&#224; aussi, il les mit en d&#233;route et leur fit 4 000 prisonniers. L&#224; aussi, comme au passage du Mincio, il se trouvait seul sur la m&#234;me rive que l'ennemi pendant que le gros de l'arm&#233;e fran&#231;aise restait sur la rive oppos&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette journ&#233;e qui lui fait tant d'honneur et que M. Thiers appelle extraordinaire, il eut le tort grave de corriger une faute de l'Empereur. Celui-ci n'aimait pas qu'on p&#251;t m&#234;me entrevoir qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Aussi ni la bataille de Haslach, ni le nom de Dupont ne figurent-ils dans les bulletins de la Grande Arm&#233;e. D&#233;tails tout &#224; fait secondaires aux yeux du ma&#238;tre, dans l'ensemble glorieux d'une campagne qui avait commenc&#233; par la capitulation de l'arm&#233;e autrichienne &#224; Ulm et fini par Austerlitz. C'est toujours au fond la m&#234;me pens&#233;e qui n'a rien de d&#233;sobligeant pour Dupont personnellement, qui ne le vise pas en particulier, qui s'applique &#224; ses camarades aussi bien qu'&#224; lui : tout rapporter, tout subordonner &#224; la gloire de Napol&#233;on. La preuve que la personne de Dupont n'est pas syst&#233;matiquement mise &#224; l'&#233;cart, c'est que son nom est tr&#232;s honorablement cit&#233; &#224; propos d'une autre affaire, du combat d'Albeck dont l'Empereur peut recueillir plus directement le b&#233;n&#233;fice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui se sont occup&#233;s des campagnes de Napol&#233;on savent depuis longtemps qu'il ne faut pas prendre &#224; la lettre les bulletins militaires dict&#233;s par lui. Si le fond en demeure vrai, les d&#233;tails subissent des modifications et des retouches calcul&#233;es avec intention pour frapper l'opinion avec plus de force, pour faire valoir davantage les conceptions strat&#233;giques et le g&#233;nie militaire de l'homme. Sous le conqu&#233;rant il y a le com&#233;dien toujours pr&#233;occup&#233; de l'effet. On risquerait de grossir outre mesure l'importance de Dupont en supposant l'Empereur acharn&#233; contre lui, occup&#233; &#224; chaque instant de le diminuer. Il s'agit de tout autre chose, d'un proc&#233;d&#233; habituel, d'une alt&#233;ration fr&#233;quente de la v&#233;rit&#233;, d&#232;s qu'on trouve int&#233;r&#234;t &#224; l'alt&#233;rer. Les M&#233;moires de Dupont lui-m&#234;me nous offrent un exemple de la libert&#233; avec laquelle l'Empereur proc&#233;dait en pareil cas. Apr&#232;s la bataille de Montebello Dupont &#233;crivait pour le ministre de la Guerre les d&#233;tails de l'action dans la maison o&#249; se trouvait le Premier Consul ; celui-ci s'approche et, lisant le rapport &#224; mesure qu'on l'&#233;crivait, il dit tout &#224; coup : &#171; Vous mettez 1 500 prisonniers, ce n'est pas assez ; portez-les &#224; 3 000 ; &#187; et se reprenant aussit&#244;t : &#171; Non, mettez 6 000. Casteggio sonne mal, le nom de combat est trop faible ; il faut frapper l'opinion, mettez bataille de Montebello, cela fera plus d'effet &#224; Paris. &#187; Ici il exag&#233;rait pour faire valoir un succ&#232;s. Ailleurs il diminue les chiffres pour pallier un &#233;chec ou pour qu'un lieutenant n'obtienne pas une part de gloire qu'il veut se r&#233;server pour lui seul. Il n'y a rien l&#224; qui ressemble &#224; un parti pris contre quelqu'un, &#224; des rancunes ou &#224; des ressentimens personnels. &lt;br class='autobr' /&gt;
M. le lieutenant-colonel Titeux a beau grouper une s&#233;rie de petits faits : il ne r&#233;ussit pas &#224; d&#233;montrer que, soit dans la campagne d'Italie, soit dans la campagne d'Autriche ou dans celle de Prusse, l'Empereur ait t&#233;moign&#233; &#224; Dupont des sentimens hostiles. Ne pas le r&#233;compenser, ne pas le nommer dans certaines circonstances, ne veut pas dire qu'on a contre lui des griefs. Cela peut simplement vouloir dire aussi qu'on n'a pas pour lui un go&#251;t tr&#232;s vif et qu'on ne le traite pas en favori. Napol&#233;on, comme beaucoup de souverains, plus m&#234;me que beaucoup de souverains, &#224; cause du d&#233;veloppement formidable de sa personnalit&#233;, avait des amis du premier et du second degr&#233;. Dupont n'&#233;tait probablement que du second degr&#233;, ce qui n'implique aucune pr&#233;vention contre lui, ce qui n'emp&#234;chait pas l'Empereur de causer famili&#232;rement avec lui la veille de la bataille de Friedland, de le f&#233;liciter le lendemain et de le nommer grand-aigle de la L&#233;gion d'honneur. Il serait difficile d'appeler cela une disgr&#226;ce, de transformer un t&#233;moignage si &#233;clatant de satisfaction en une marque secr&#232;te d'hostilit&#233;. La v&#233;rit&#233; est qu'avant la capitulation de Baylen, Dupont ne fut ni jalous&#233;, ni maltrait&#233; par l'Empereur. Le commandement m&#234;me qui lui fut confi&#233; en Espagne indiquait que, sans avoir pour lui une amiti&#233; ou une pr&#233;f&#233;rence particuli&#232;res, Napol&#233;on comptait sur lui comme sur un de ses meilleurs soldats. Il ne le traita durement qu'apr&#232;s Baylen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est temps d'&#233;tudier de pr&#232;s ce douloureux &#233;pisode de l'&#233;pop&#233;e imp&#233;riale, premier &#233;chec inflig&#233; &#224; nos armes apr&#232;s tant d'ann&#233;es de gloire. MM. Clerc et Titeux mettent entre nos mains tous les &#233;l&#233;mens d'information : documens recueillis aux Archives de la Guerre, aux Archives nationales, m&#233;moires in&#233;dits et correspondance du g&#233;n&#233;ral Dupont, lettres et rapports des g&#233;n&#233;raux espagnols, ouvrages militaires et g&#233;ographiques. Aucun d&#233;tail n'&#233;chappe &#224; leur &#233;rudition. Tous deux sont d'accord pour ne rien laisser subsister des accusations v&#233;h&#233;mentes port&#233;es par Napol&#233;on dans un premier mouvement de col&#232;re contre un lieutenant malheureux. Les gros mots de trahison et d'infamie seraient ici d&#233;plac&#233;s. Il y a bien des ann&#233;es qu'on ne les prononce plus. Depuis pr&#232;s de cinquante ans, M. Thiers en a fait justice dans un r&#233;cit plein de mesure. Dupont avait fait ses preuves sur vingt champs de bataille, il &#233;tait brave, d'une bravoure incontest&#233;e. Quoi qu'ait pu dire l'Empereur dans une explosion de fureur sinc&#232;re ou feinte, personne n'avait le droit de supposer qu'il e&#251;t capitul&#233; par l&#226;chet&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les reproches qu'on lui adresse sont d'un ordre tout diff&#233;rent. Avant d'en aborder l'examen, &#233;tablissons bien les responsabilit&#233;s, comme la fait le premier avec beaucoup de force M. le lieutenant-colonel Clerc. La capitulation de Baylen ne peut pas &#234;tre isol&#233;e des &#233;v&#233;nemens qui la pr&#233;c&#232;dent ; elle n'est que la cons&#233;quence lointaine d'une politique et d'une strat&#233;gie d&#233;plorables. L'Empereur reconnaissait &#224; Sainte-H&#233;l&#232;ne le mal que lui avait fait la guerre d'Espagne. Si cette &#226;me orgueilleuse avait &#233;t&#233; capable de remords, elle aurait avou&#233; qu'il ne s'agissait pas seulement d'une de ces fautes qui perdent un empire, mais d'un de ces crimes qui d&#233;shonorent un r&#232;gne. La d&#233;loyaut&#233; avec laquelle fut trait&#233;e la famille royale d'Espagne est la cause initiale de tous les malheurs qui suivirent. Par le guet-apens de Bayonne, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; rendre populaire une dynastie sans cr&#233;dit et sans prestige. Il lui donne une aur&#233;ole, celle du malheur. Le prince des Asturies allait &#234;tre envelopp&#233; dans le m&#233;pris universel qui s'attachait &#224; son p&#232;re et &#224; sa m&#232;re. En mettant la main sur son h&#233;ritage, en lui substituant un &#233;tranger, l'Empereur fait de lui l'&#233;lu de la nation, le repr&#233;sentant de la religion et de la patrie. Une nation, une religion, une patrie, grandes forces morales dont Napol&#233;on m&#233;connut constamment la port&#233;e dans ses combinaisons de famille, dans les remaniemens qu'il fit subir &#224; la carte de l'Europe. Il ne se demandait pas ce qui convenait aux peuples, ce qui r&#233;pondait &#224; leurs besoins, &#224; leurs traditions ou &#224; leurs croyances. Il imposait d'en haut ses candidats et, dans sa confiance en lui-m&#234;me, il ne lui venait m&#234;me pas &#224; l'esprit que les &#233;lus de son choix ne seraient pas accueillis avec gratitude par les populations. Ne suffisait-il pas qu'il les e&#251;t choisis ? Quelqu'un pouvait-il contester sa toute-puissance et sa clairvoyance ? Ailleurs, il rencontra des races molles et des sujets dociles. En Espagne, il se heurta sans le pr&#233;voir, sans m&#234;me l'avoir soup&#231;onn&#233;, avec une inconscience extraordinaire, &#224; la r&#233;sistance d'une race fi&#232;re et violente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut comme une tra&#238;n&#233;e de poudre. Quoique l'arm&#233;e fran&#231;aise se pr&#233;sent&#226;t encore en alli&#233;e, la mauvaise foi de son chef l'avait discr&#233;dit&#233;e d'avance. En quelques jours, une partie de la population des villages, des bourgs, des villes se leva pour repousser l'&#233;tranger, l'envahisseur, l'ennemi de la foi et de la patrie. Dans ce pays peu centralis&#233; o&#249; chaque province conserve une sorte d'autonomie, on commence par l'insurrection locale. On surveille les routes, on garde les d&#233;fil&#233;s des montagnes, on se jette par bandes sur les convois isol&#233;s, sur les tra&#238;nards, sur les bless&#233;s. Chaque groupe agit pour son compte en attendant une organisation centrale. Plus tard on s'organisera, on cr&#233;era un gouvernement, des chefs et des arm&#233;es. Pour le moment, il s'agit de ne laisser aux Fran&#231;ais aucune illusion sur le sort qui leur est r&#233;serv&#233;, de leur pr&#233;senter partout, sur toutes les routes o&#249; ils passeront, la pointe des poignards ou le canon des carabin&#233;s. C'est la guerre nationale, mais c'est aussi la guerre sainte. Les pr&#234;tres et les moines sont autoris&#233;s &#224; prendre les armes pourvu que ce soit pour tuer des Fran&#231;ais. On compose des batteries d'artillerie et des compagnies d'infanterie avec des s&#233;minaristes. Des corps de combattans portent des croix sur la poitrine et invoquent l'exemple des Croisades. On s'embusque la nuit pour guetter, pour frapper l'adversaire, et on croit gagner le ciel par l'assassinat. Explosion effrayante de patriotisme et de fanatisme dont l'Empereur ne sait ni pr&#233;voir, ni comprendre la violence ! Pendant que l'Espagne se soul&#232;ve presque tout enti&#232;re, il continue &#224; vivre dans une atmosph&#232;re de confiance et de s&#233;curit&#233;. Ces bandes de paysans arm&#233;s ne lui inspirent aucune inqui&#233;tude. Quelques exp&#233;ditions bien conduites en viendront facilement &#224; bout. Ce serait peut-&#234;tre vrai s'il avait envoy&#233; en Espagne la fleur de son arm&#233;e, ses meilleurs soldats et ses meilleurs g&#233;n&#233;raux, surtout s'il avait fait tout de suite l'effort n&#233;cessaire. Cent cinquante mille hommes vigoureusement command&#233;s auraient pu &#233;touffer l'insurrection dans l'&#339;uf et momentan&#233;ment au moins intimider le pays. Mais aucune pr&#233;caution n'avait &#233;t&#233; prise. L'Empereur ne sachant m&#234;me pas qu'il y avait une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re espagnole, comptant n'avoir affaire qu'&#224; des paysans sans coh&#233;sion, sans discipline et sans chefs, croyait pouvoir les r&#233;duire en quelques semaines par de simples promenades militaires. Au moment le plus critique, sa correspondance t&#233;moigne d'un optimisme tr&#232;s inattendu de la part d'un esprit si avis&#233; et en g&#233;n&#233;ral si averti. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre un ennemi qu'il d&#233;daigne il ne croit pas n&#233;cessaire de se livrer &#224; un grand effort. Pour des op&#233;rations de gendarmerie, les seules qu'il pr&#233;voie, les soldats seront toujours assez bons et les chefs suffisans. Il entend d'ailleurs ne pas se d&#233;pouiller, il tient &#224; conserver sous sa main les effectifs de la Grande Arm&#233;e, ses r&#233;gimens les plus solides et l'&#233;lite de ses g&#233;n&#233;raux. C'est de ce c&#244;t&#233; seulement que doivent se porter les grands coups, c'est l&#224; o&#249; il se trouve de sa personne que doivent &#234;tre concentr&#233;s les moyens d'action les plus puissans. Ses lieutenans qui se battent au loin se tireront d'affaire comme ils pourront. Quant &#224; lui, il a besoin de rester ma&#238;tre de toutes ses forces. Aussi n'enverra-t-il en Espagne que des g&#233;n&#233;raux et des soldats de second ordre : Murat, le plus hardi de ses cavaliers, Savary, le plus fid&#232;le et le plus ob&#233;issant de ses s&#233;ides, tous deux d'un d&#233;vouement presque aveugle, mais tous deux &#233;trangers aux grandes conceptions militaires, sans initiative personnelle hors de la vue du chef, infiniment plus en &#233;tat d'ex&#233;cuter un ordre donn&#233; que de le donner eux-m&#234;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re eux un ramassis de soldats venus de tous les coins de la France, les uns trop vieux, d&#233;j&#224; us&#233;s, m&#233;contens, arrach&#233;s malgr&#233; eux aux d&#233;p&#244;ts de l'int&#233;rieur o&#249; ils n'aspiraient qu'&#224; se reposer ; les autres au contraire trop jeunes, sans aucune instruction militaire, pris par anticipation dans la classe de 1808. Entre eux nulle coh&#233;sion, nulle solidit&#233;, nulle habitude de servir et de se battre ensemble. Ils ne se sentaient pas les coudes et leur chef ne les sentait pas dans sa main, pour emprunter au langage des troupiers deux expressions un peu vulgaires, mais singuli&#232;rement pittoresques. &#171; Un corps sans &#226;me, une vraie p&#233;taudi&#232;re, &#187; disait le g&#233;n&#233;ral Belliard. Ce fut le malheur de Dupont. Dans ses campagnes ant&#233;rieures, il avait command&#233; des soldats admirables, habitu&#233;s &#224; vaincre, pleins de confiance en eux-m&#234;mes et capables de toutes les audaces. A leur t&#234;te, en deux occasions m&#233;morables, il avait attaqu&#233; et battu un ennemi cinq fois sup&#233;rieur en nombre dans les conditions les plus dangereuses, ayant une rivi&#232;re &#224; dos, au risque d'y &#234;tre jet&#233;. Sa t&#233;nacit&#233; personnelle avait contribu&#233; au succ&#232;s, mais il n'h&#233;sitait pas &#224; reconna&#238;tre tout ce qu'il devait &#224; la valeur de ses r&#233;gimens. Voici comment il en parlait dans une lettre adress&#233;e &#224; sa femme : &#171; Il n'y a jamais eu de bataille gagn&#233;e plus gaiement ; la bravoure de nos troupes &#233;tait si grande que l'action la plus violente semblait &#234;tre un jeu. C'&#233;tait avec des cris de joie et au pas de course que nous faisions des colonnes enti&#232;res prisonni&#232;res de guerre. &#187; Apr&#232;s la bataille d'Haslach, il &#233;crivait encore modestement : &#171; Au reste, je ne m'en fais pas accroire, et je rapporte tout &#224; la fortune et &#224; la bravoure de nos troupes. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1808, en Andalousie, il n'aurait pu tenir le m&#234;me langage ; il l'aurait pu d'autant moins que, si la qualit&#233; de ses troupes avait sensiblement diminu&#233;, aucune de ses anciennes campagnes ne pr&#233;sentait les difficult&#233;s qu'il avait &#224; vaincre cette fois, si loin de sa base d'op&#233;rations, engag&#233; malgr&#233; lui dans la plus p&#233;rilleuse des aventures, au milieu d'un pays soulev&#233; tout entier, sans point d'appui, presque sans ressources, en face d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re trois fois plus nombreuse que la sienne, d&#233;bordant d'enthousiasme et d'ardeur patriotique. Lorsqu'on suit de pr&#232;s les &#233;v&#233;nemens, tout s'encha&#238;ne et tout s'explique, tout pr&#233;pare la catastrophe finale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme point de d&#233;part une id&#233;e fausse : l'ignorance absolue des moyens de d&#233;fense des Espagnols. L'Empereur qui, de Bayonne, pr&#233;tend diriger les op&#233;rations, ne sait rien du pays qu'il veut conqu&#233;rir. Il n'a pas la plus l&#233;g&#232;re id&#233;e de la r&#233;sistance que lui opposeront les m&#339;urs, les sentimens religieux, le patriotisme des habitans. Il croit n'avoir devant lui que des bandes indisciplin&#233;es dont on viendra facilement &#224; bout. Quand il ordonne &#224; Dupont de marcher sur Cadix, il croit lui prescrire une op&#233;ration facile, presque une simple op&#233;ration de police. Mais la situation est tout autre qu'il ne la suppose. Non seulement l'Andalousie est d&#233;fendue par son sol montagneux, par ses rochers, par ses gorges &#233;troites si favorables &#224; la guerre de surprises et d'embuscades. Mais, sans compter les gu&#233;rillas, elle ne manque ni de soldats disciplin&#233;s, ni de cadres inf&#233;rieurs, ni d'officiers. Ce ne sont pas des bandes de partisans qui vont fermer la route &#224; Dupont. C'est une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re de 34 000 hommes, puissamment organis&#233;e par la junte supr&#234;me de S&#233;ville, pourvue d'une artillerie excellente, command&#233;e par un officier vigoureux, plein de patriotisme, Casta&#241;os. Contre de tels adversaires, de quelles ressources dispose Dupont ? Quels &#233;l&#233;mens de combat Napol&#233;on lui met-il entre les mains ? N'en croyons presque jamais les chiffres officiels donn&#233;s par l'Empereur. C'est un calcul chez lui de grossir les forces qu'il attribue &#224; ses lieutenans pour augmenter leur responsabilit&#233;. De loin, sans tenir compte des d&#233;chets, il estime l'arm&#233;e de Dupont &#224; 21 000 hommes. En r&#233;alit&#233; pour traverser l'Andalousie, en d&#233;falquant les malades, les tra&#238;nards &#233;gorg&#233;s sur les routes, les d&#233;serteurs, il ne reste au malheureux g&#233;n&#233;ral que 12 000 combattans valides. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dupont fait la guerre depuis trop longtemps pour ne pas comprendre la gravit&#233; de la situation. En attendant qu'il puisse prendre l'adversaire corps &#224; corps, il se sent entour&#233; d'ennemis invisibles, coup&#233; de ses communications avec le quartier g&#233;n&#233;ral, menac&#233; sur ses derri&#232;res et sur ses flancs. Il envoie &#224; Madrid courrier sur courrier pour demander du secours. Malheureusement on intercepte ses lettres, on assassine ses envoy&#233;s. Savary, esprit court et de peu d'envergure, ne suppl&#233;e pas par son initiative &#224; l'absence de relations avec le corps d'arm&#233;e d'Andalousie. Ne recevant de loin en loin que de rares messages, il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'existence d'un p&#233;ril. Lorsque enfin, &#224; la suite d'une d&#233;p&#234;che plus pressante arriv&#233;e par hasard, il se d&#233;cide &#224; faire partir le g&#233;n&#233;ral Vedel pour servir d'&#233;chelon et d'appui &#224; Dupont, il conserve contre toute &#233;vidence un imperturbable optimisme. Vedel n'a pas pour instructions, comme il aurait d&#251; l'avoir, de se porter avec rapidit&#233; au secours de Dupont, d'op&#233;rer co&#251;te que co&#251;te sa jonction avec un corps d'arm&#233;e en danger. Dans la pens&#233;e du quartier g&#233;n&#233;ral, le danger n'existe pas. Vedel ne doit se pr&#233;occuper de la situation de Dupont que si celle-ci devenait chanceuse. &#171; Ce que l'on n'a aucune raison de pr&#233;sumer, ajoute Savary, puisque jusqu'&#224; cette heure les plus grandes insurrections ont &#233;t&#233; dissip&#233;es par moins de vingt coups de canon et deux bataillons. &#187; &#8212; &#171; Je n'ai plus d'inqui&#233;tude pour Dupont, &#187; &#233;crivait-il un peu plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel est l'&#233;tat d'esprit du quartier g&#233;n&#233;ral, quelques jours avant Baylen ; voil&#224; les illusions dont on se berce &#224; la veille de la catastrophe. Savary d'ailleurs n'a que la direction nominale des op&#233;rations. Au-dessus de lui plane l'Empereur qui tranche souverainement toutes les questions, qui parle et ordonne en ma&#238;tre. Le corps de Dupont, la conqu&#234;te de l'Andalousie : choses secondaires pour lui, affaires de d&#233;tails que le temps arrangera. Il &#233;crit m&#234;me qu'un &#233;chec que recevrait Dupont n'aurait pas d'importance. Ce qui importe avant tout, c'est de ne pas d&#233;couvrir Madrid, si&#232;ge du gouvernement, centre du quartier g&#233;n&#233;ral. Habitu&#233; &#224; la centralisation fran&#231;aise, il s'imagine que tenir la capitale, c'est tenir le pays. Raison de plus pour que Savary, lui aussi, se d&#233;sint&#233;resse de ce qui se passe au-del&#224; de Madrid et n'envoie qu'en rechignant des renforts &#224; Dupont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se pose la question capitale, celle qui domine tout le d&#233;bat. Dans les pr&#233;paratifs de la campagne, dans l'ordre de marche, dans les &#233;l&#233;mens de combat qu'on met &#224; sa disposition, aucune responsabilit&#233; ne p&#232;se sur Dupont. Ce n'est pas de sa faute si, au lieu de concentrer les troupes fran&#231;aises autour de Madrid et de n'envahir l'Espagne que progressivement, avec m&#233;thode et en forces, on le dirige vers Cadix en le laissant en l'air sur la route, avec des soldats de qualit&#233; m&#233;diocre, en nombre insuffisant. Ce n'est pas de sa faute si personne, ni &#224; Bayonne, ni au quartier g&#233;n&#233;ral, n'a paru soup&#231;onner l'existence de l'arm&#233;e nombreuse et forte qui allait lui &#234;tre oppos&#233;e. Sa responsabilit&#233; ne commence qu'au moment de l'action ; en face de l'ennemi, sur le champ de bataille, a-t-il fait tout ce qu'il &#233;tait humainement possible de faire pour &#233;viter la catastrophe ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, r&#233;pond le lieutenant-colonel Titeux, qui n'admet pas que le g&#233;n&#233;ral Dupont ait pu commettre une faute, qui le consid&#232;re comme un homme de guerre sup&#233;rieur et le proclame impeccable. &#8212; Non, r&#233;pond le lieutenant-colonel Clerc. Il a choisi librement, volontairement un mauvais terrain de combat. Lorsqu'il r&#233;partissait ses troupes d'Andujar &#224; Mengibar, il entreprenait contrairement aux r&#232;gles de la guerre une op&#233;ration d'une extr&#234;me difficult&#233;, en essayant de d&#233;fendre le passage d'un fleuve presque partout gu&#233;able au mois de juillet, que des colonnes ennemies pouvaient traverser sur plusieurs points &#224; sa droite et &#224; sa gauche, de fa&#231;on &#224; l'envelopper. Qu'on n'invoque pas surtout pour le justifier les ordres formels qui lui prescrivaient de rester &#224; Andujar et de s'y d&#233;fendre jusqu'&#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233;. Si formels qu'ils fussent, ces ordres donn&#233;s de loin lui laissaient toujours la latitude de se mouvoir dans un certain rayon. Au passage du Mincio, &#224; Pozzolo, Dupont avait autrefois r&#233;clam&#233; cette libert&#233; de mouvemens aupr&#232;s de Brune, son chef direct et imm&#233;diat, pr&#233;sent comme lui sur les lieux. Comment ne lui aurait-elle pas appartenu dans des conditions si diff&#233;rentes, lorsque ses chefs &#233;taient &#224; des centaines de lieues et que lui seul pouvait juger des difficult&#233;s du terrain ? C'&#233;tait &#224; lui d'interpr&#233;ter la pens&#233;e du quartier g&#233;n&#233;ral, qui ne connaissait qu'imparfaitement la topographie du pays. Rester &#224; Andujar, cela pouvait vouloir dire se maintenir dans la r&#233;gion, garder l'entr&#233;e de l'Andalousie, surtout ne pas reculer d'une mani&#232;re apparente. L'id&#233;e d'un recul exasp&#233;rait Napol&#233;on, comme une sorte d'humiliation pour ses armes, en face d'ennemis aussi m&#233;prisables que lui apparaissaient les Espagnols. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'&#233;tait donc pas question de reculer sensiblement, mais il &#233;tait possible de se concentrer un peu en arri&#232;re sur les hauteurs de Baylen pour dominer le cours du Guadalquivir. En choisissant cette position, Dupont &#233;vitait jusqu'&#224; l'apparence de se rapprocher de la Sierra Morena, car il en restait encore &#224; deux journ&#233;es d'&#233;tape. En revanche, il diminuait de vingt-quatre heures la distance qui le s&#233;parait des renforts attendus. Il lui suffisait d'expliquer en quelques lignes la situation &#224; ses chefs pour &#234;tre assur&#233; d'avance de leur approbation. Le lieutenant-colonel Titeux convient lui-m&#234;me qu'on ne pouvait se maintenir &#224; Andujar qu'&#224; la condition d'occuper solidement Baylen. La meilleure mani&#232;re d'ex&#233;cuter les ordres re&#231;us &#233;tait donc d'occuper tout de suite ce dernier point. L'injonction de tenir &#224; Andujar comportait comme cons&#233;quence essentielle l'occupation ant&#233;rieure de Baylen. Dupont aurait pu r&#233;pondre qu'il laissait ce soin &#224; Vedel. Mais pourquoi &#224; Vedel ? Quelle confiance m&#233;ritait de sa part un subordonn&#233; qu'il connaissait &#224; peine, auquel il &#233;tait bien imprudent de confier une t&#226;che si importante avant d'&#234;tre &#233;difi&#233; sur son m&#233;rite ! Faute d'avoir ex&#233;cut&#233; lui-m&#234;me &#224; temps cette op&#233;ration capitale, au lieu d'en laisser le soin &#224; un lieutenant qui ne sut pas l'ex&#233;cuter, le g&#233;n&#233;ral Dupont, pour n'&#234;tre pas coup&#233; de sa ligne de retraite, se vit forc&#233; de l'entreprendre dans des conditions d&#233;sastreuses et succomba &#224; la peine. Lorsque, le 18 juillet 1808, il se d&#233;cidait enfin &#224; marcher sur Baylen, il infirmait d'avance l'argument de ses apologistes, il reconnaissait lui-m&#234;me que l'ordre de rester &#224; Andujar n'avait rien d'imp&#233;rieusement &#233;troit, puisqu'il y d&#233;sob&#233;issait sous la pression des circonstances. Ce qu'il faisait ce jour-l&#224;, il aurait eu le droit de le faire quelques jours plus t&#244;t et il aurait sauv&#233; son arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, il &#233;tait trop tard. Il se d&#233;battait d&#233;j&#224; dans une situation presque d&#233;sesp&#233;r&#233;e. L'arm&#233;e espagnole, trois fois sup&#233;rieure &#224; la sienne, le tenait entre deux feux : devant lui, de l'autre c&#244;t&#233; du Guadalquivir, deux divisions command&#233;es par Casta&#241;os ; derri&#232;re lui, l'attendant &#224; Baylen m&#234;me, deux autres divisions command&#233;es par Reding. Il en &#233;tait r&#233;duit &#224; r&#233;gler son ordre de marche comme s'il devait &#234;tre attaqu&#233; &#224; la fois en t&#234;te et en queue. Pr&#233;caution trop justifi&#233;e par les &#233;v&#233;nemens ! Pour comprendre l'horreur de la situation, il faut se repr&#233;senter le champ de bataille du 19 juillet. M. le lieutenant-colonel Titeux en trace un tableau saisissant. &lt;br class='autobr' /&gt;
La plus grande partie des soldats de Dupont &#233;taient des conscrits, presque des enfans. Beaucoup n'avaient pas vingt ans. Transport&#233;s sans transition d'un pays temp&#233;r&#233; dans un climat br&#251;lant o&#249; la temp&#233;rature ne s'abaissait gu&#232;re au-dessous de 40 degr&#233;s, ils souffraient cruellement sous ce ciel de feu. Depuis leur d&#233;part de Cordoue o&#249; ils avaient s&#233;journ&#233;, ils ne recevaient qu'un huiti&#232;me de ration par jour : ni vin, ni eau-de-vie, ni linge, ni m&#233;dicamens pour arr&#234;ter les progr&#232;s de la dysenterie, qui faisaient dans leurs rangs d'affreux ravages. Ils se raidissaient n&#233;anmoins et s'effor&#231;aient de ne pas rester en arri&#232;re, sachant que tout homme isol&#233; &#233;tait un homme perdu, que les paysans ne feraient pas gr&#226;ce aux retardataires. Ils march&#232;rent ainsi toute la nuit du 18 au 19 juillet par une chaleur suffocante, sous des flots de poussi&#232;re. Leur chef les conduisait &#224; l'assaut de la position de Baylen qu'il aurait pu occuper plusieurs jours auparavant, que Vedel avait commis la faute d'abandonner, et o&#249; l'ennemi s'&#233;tait install&#233; sans r&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
De trois heures du matin &#224; midi, ils attaqu&#232;rent intr&#233;pidement les deux divisions de l'arm&#233;e espagnole command&#233;es par Reding, solidement retranch&#233;es en avant de Baylen, couvertes par une puissante artillerie, dont les pi&#232;ces de 12 &#233;crasaient nos batteries de 4. Ces attaques meurtri&#232;res demeur&#232;rent sans r&#233;sultat. Dans les fortes positions qu'il occupait, l'ennemi ne recula sur aucun point, malgr&#233; l'&#233;nergie des assaillans. C'&#233;tait une troupe d'&#233;lite, recrut&#233;e avec le plus grand soin, brave et fanatis&#233;e. Elle ne c&#233;da pas un pouce de terrain. &lt;br class='autobr' /&gt;
A midi, &#224; l'heure la plus chaude de la journ&#233;e, il devint &#233;vident qu'on ne r&#233;ussirait pas &#224; s'ouvrir un passage &#224; travers les lignes espagnoles, que la route de Madrid &#233;tait ainsi ferm&#233;e et qu'il ne restait que peu de chances de salut. Retourner en arri&#232;re vers Andujar ne paraissait pas moins impossible. On se heurterait in&#233;vitablement &#224; Casta&#241;os et aux deux autres divisions espagnoles. De quelque c&#244;t&#233; que l'on jette les yeux, sur son front, sur ses flancs, sur ses derri&#232;res, partout l'ennemi, un ennemi f&#233;roce et implacable. Il y a bien Vedel qui pourrait prendre les Espagnols &#224; revers et appara&#238;tre comme un sauveur : Mais Vedel ne para&#238;t pas, il n'est qu'&#224; trois lieues de Baylen, il entend le canon depuis le matin, et, pendant que ses camarades agonisent, il s'arr&#234;te paisiblement, sans le moindre souci du drame qui s'accomplit, pour laisser reposer et manger ses soldats. Lorsque tout espoir de succ&#232;s et tout espoir de secours s'&#233;vanouissent ainsi, un immense d&#233;couragement s'empare des conscrits de Dupont. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes accabl&#233;s par la fatigue et par la soif se couchent haletans sur la terre br&#251;lante. Il y en a qui jettent leurs armes pour aller chercher quelques gouttes d'eau dans le lit dess&#233;ch&#233; des torrens. Pour comble de malheur, &#224; ce moment-l&#224; m&#234;me, la brigade suisse abandonne nos rangs et passe &#224; l'ennemi ; il reste &#224; peine 2 000 hommes au drapeau. C'est alors, mais alors seulement, qu'apr&#232;s avoir pay&#233; de sa personne, apr&#232;s avoir conduit plusieurs fois avec la plus grande bravoure ses r&#233;gimens au feu, Dupont crut n'avoir d'autre ressource pour sauver les d&#233;bris de son arm&#233;e que d'entrer en pourparlers avec l'ennemi. Le mot de capitulation n'est pas encore prononc&#233;. Le g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais se borne &#224; demander au g&#233;n&#233;ral Reding une suspension d'armes et la facult&#233; de se retirer sur Madrid. Mais pendant ce temps la situation de Dupont s'aggrave encore. Un courrier de Savary intercept&#233; par les Espagnols leur apprend que les choses vont mal pour les Fran&#231;ais du c&#244;t&#233; de Madrid. D'autre part, l'arm&#233;e de Casta&#241;os, qui suit Dupont de pr&#232;s, arrive sur ses derri&#232;res. Les exigences des Espagnols s'accroissent naturellement avec les avantages qui se succ&#232;dent pour eux. Ils veulent bien accorder la suspension d'armes, mais ils refusent la route du quartier g&#233;n&#233;ral. Ils exigent que toutes les troupes d&#233;posent leurs armes et soient consid&#233;r&#233;es comme prisonni&#232;res de guerre. La duret&#233; de la capitulation est adoucie par des paroles &#233;logieuses pour la bravoure admirable des soldats fran&#231;ais, adoucie &#233;galement par la promesse qui leur est faite de les ramener imm&#233;diatement en France. Mais ce n'en est pas moins une capitulation, sans qu'il soit permis d'&#233;quivoquer sur un terme si clair, si uniform&#233;ment admis dans les usages de la guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aurait-il &#233;t&#233; possible &#224; Dupont de ne pas comprendre Vedel dans son d&#233;sastre : Vedel rest&#233; en dehors des lignes espagnoles sur la route de Madrid, en mesure peut-&#234;tre de regagner avec ses r&#233;gimens le quartier g&#233;n&#233;ral ? Question d&#233;licate &#224; r&#233;soudre, sur laquelle il est difficile de conna&#238;tre aujourd'hui l'exacte v&#233;rit&#233;. Vedel essaya bien de s'&#233;chapper ; il se porta sur Sainte-H&#233;l&#232;ne avec l'intention d'effectuer sa retraite. Mais, d&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Reding eut connaissance de ce mouvement, il mena&#231;a de rompre les n&#233;gociations et de rouvrir le feu. Dupont n'aurait sans doute pas mieux demand&#233; que de sauver son lieutenant, mais les Espagnols auraient-ils consenti &#224; signer une capitulation si Vedel n'avait pas d&#251; y &#234;tre compris ? Lui-m&#234;me ne paraissait pas tr&#232;s en mesure de se tirer d'affaire. Comme Dupont, dans la m&#234;me proportion que lui, il &#233;tait victime d'un accident de guerre que l'Empereur n'avait pas su pr&#233;voir : l'impossibilit&#233; d'assurer le ravitaillement de l'arm&#233;e, &#224; une telle distance du quartier g&#233;n&#233;ral, dans un pays de montagnes arides, o&#249; chaque homme &#233;tait un ennemi, o&#249; chaque mouvement de terrain pouvait receler une embuscade. Aucune s&#233;curit&#233; n'existait plus pour les convois qui n'&#233;taient pas escort&#233;s par des forces imposantes. De l&#224; pour les soldats une effroyable mis&#232;re, la privation de tout, les horreurs de la faim et de la soif. &#171; Depuis huit jours, &#233;crivait le 19 juillet Vedel au g&#233;n&#233;ral Belliard, je n'ai pas eu un morceau de pain &#224; donner &#224; ma troupe ; j'ai fait distribuer il y a cinq jours le reste de mon biscuit, il y en avait &#224; peine pour deux jours. Le soldat a v&#233;cu de citrouilles, de concombres et de quelques ch&#232;vres qu'on a ramass&#233;es dans les montagnes. &#187; Il tra&#238;nait avec lui plus de 2 000 malades ; dans une marche de nuit, il laissa en arri&#232;re 800 hommes qui furent &#233;gorg&#233;s par les Espagnols. Dans un tel &#233;tat d'affaiblissement, avec des soldats si &#233;puis&#233;s, il aurait r&#233;ussi difficilement &#224; atteindre les d&#233;fil&#233;s de la Sierra Morena o&#249; une cinqui&#232;me division espagnole l'attendait pour l'&#233;craser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et cependant c'&#233;tait l'unique chance de salut. Beaucoup d'hommes seraient certainement rest&#233;s en route, mais beaucoup aussi auraient pass&#233; &#224; travers tout pour rejoindre le quartier g&#233;n&#233;ral, comme le firent des groupes isol&#233;s. Ce que quelques centaines d'hommes ont pu faire, des milliers d'hommes l'auraient tent&#233; avec plus de chances de succ&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La question du corps de Vedel &#233;cart&#233;e, aurait-il &#233;t&#233; possible &#224; Dupont de ne pas capituler ? Le lieutenant-colonel Clerc rappelle &#224; ce propos l'exemple que donna le mar&#233;chal Soult dans la campagne de Portugal, un an apr&#232;s Baylen. Une s&#233;rie de malheurs, une pointe audacieuse de l'arm&#233;e anglaise, l'abandon d'un poste qu'il croyait occup&#233; par un de ses lieutenans, l'avaient accul&#233; &#224; une situation en apparence d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Sur sa droite et sur sa gauche, des masses ennemies convergeaient pour l'envelopper par derri&#232;re. Il ne lui restait d'autre issue qu'un &#233;troit sentier de montagne. D&#233;j&#224; il entendait dire autour de lui qu'il n'avait plus qu'un parti &#224; prendre : capituler. &#171; J'en connais un autre, r&#233;pliqua-t-il &#233;nergiquement. Que chacun fasse son devoir comme j'en donnerai l'exemple, et je garantis que je ram&#232;nerai l'arm&#233;e en Espagne. &#187; Il la ramena, en effet, apr&#232;s avoir fait sauter son artillerie et br&#251;l&#233; ses bagages. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend tr&#232;s bien le sentiment d'humanit&#233; et de piti&#233; qui peut troubler jusqu'au fond du c&#339;ur le commandant d'une troupe, m&#234;me le plus brave, lorsque, apr&#232;s avoir fait des efforts d&#233;sesp&#233;r&#233;s, il s'aper&#231;oit que ses moyens de r&#233;sistance sont &#233;puis&#233;s, qu'il ne lui reste plus qu'&#224; laisser massacrer ses soldats ou &#224; se rendre. S'il se rend alors, ce n'est point par l&#226;chet&#233;, c'est pour sauver la vie de ses hommes. Encore faut-il qu'il soit assur&#233; de les sauver. S'il n'y r&#233;ussit pas, si la capitulation n'est pas observ&#233;e ou si elle entra&#238;ne des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour ceux qui y sont compris, comment le justifier d'avoir d&#233;pos&#233; les armes au lieu de s'en servir jusqu'&#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233; ? Ce fut le cas de Dupont. C'&#233;tait un soldat d'un incontestable courage ; il s'&#233;tait tr&#232;s bien battu partout o&#249; il s'&#233;tait trouv&#233; ; le jour m&#234;me de Baylen il avait conduit ses troupes au feu avec une admirable &#233;nergie. Lorsqu'il vit la partie d&#233;sesp&#233;r&#233;e, il crut de tr&#232;s bonne foi, en capitulant, sauver ses malheureux soldats &#233;puis&#233;s, mourant de fatigue, de faim et de soif. Le malheur voulut qu'au lieu de les sauver, il les condamn&#226;t &#224; la plus lente et &#224; la plus douloureuse des agonies. Tout aurait mieux valu pour eux que le sort qu'il leur fit. La mort imm&#233;diate, sous la ba&#239;onnette ou sous le couteau des Espagnols, aurait &#233;t&#233; cent fois moins cruelle que la longue torture des pontons de Cadix ou de l'&#238;le de Cabrera. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la faute des Espagnols, dira-t-on. D'accord. Mais, c'est aussi la faute de celui qui a eu confiance en eux. Sur cette terre d'Andalousie, violente et cruelle, au milieu de ces passions nationales et religieuses exasp&#233;r&#233;es, quel fond pouvait-on faire sur un morceau de papier sign&#233; par quelques hommes ? En admettant qu'ils fussent sinc&#232;res, qui pouvait r&#233;pondre que les clauses de la capitulation seraient accept&#233;es par le gouvernement r&#233;volutionnaire dont ils d&#233;pendaient ? Ce fut, en effet, la junte de S&#233;ville qui refusa cyniquement de se consid&#233;rer comme engag&#233;e et qui infligea aux 17 000 soldats de Vedel et de Dupont un traitement bien diff&#233;rent de celui qui avait &#233;t&#233; convenu. Avant de mettre sa signature au bas du texte, dans les heures qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent, Dupont e&#251;t pu recueillir quelques indices sur l'&#233;tat d'esprit de ses adversaires. Il aurait pu se souvenir que ses propres malades venaient d'&#234;tre &#233;gorg&#233;s &#224; l'h&#244;pital de Manzanar&#232;s. La menace faite par Reding de massacrer la division fran&#231;aise la plus rapproch&#233;e de lui, si Vedel bougeait, &#233;tait significative. Ce qui ne l'&#233;tait pas moins, c'est la d&#233;sinvolture avec laquelle les Espagnols au cours d'une suspension d'armes, dont une des conditions est l'immobilit&#233; des deux parties, s'attribuaient la libert&#233; de se mouvoir qu'ils nous interdisaient. Dans les journ&#233;es qui suivirent le 19 juillet, ils ne cess&#232;rent de man&#339;uvrer pour nous serrer de plus pr&#232;s et m&#234;me pour envelopper Vedel, rest&#233; en dehors de leurs lignes. Ils se r&#233;servaient le droit de s'approvisionner, mais ils ne permettaient pas le passage des vivres destin&#233;s &#224; nos troupes. En tout, on sentait, de leur part, avec une haine implacable une mauvaise foi inqui&#233;tante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin arriva le jour du d&#233;part, le jour o&#249; devait commencer la stricte ex&#233;cution des clauses de la capitulation. Aucun doute ne fut plus alors possible sur les intentions des vainqueurs. Les stipulations du 19 juillet &#233;taient formelles et ne pouvaient donner prise &#224; aucune &#233;quivoque. Il avait &#233;t&#233; stipul&#233; que les prisonniers qui avaient d&#233;pos&#233; leurs armes &#224; Baylen se rendraient par journ&#233;es d'&#233;tape &#224; San Lucar et &#224; Rota pour &#234;tre embarqu&#233;s sur des vaisseaux avec &#233;quipages espagnols et transport&#233;s en France au port de Rochefort. L'arm&#233;e espagnole se chargeait de les escorter et assurait leur s&#233;curit&#233; jusqu'au port d'embarquement. Il en fut, h&#233;las ! tout autrement. Les soldats d'escorte, responsables de la vie de chaque prisonnier aux termes m&#234;mes de la capitulation, se bornaient &#224; faire rentrer dans le rang, &#224; coups de crosse de fusil, tous ceux que leur faiblesse ou un besoin pressant obligeaient &#224; s'arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout retardataire &#233;tait perdu. &#171; Les habitans arrivaient pour le massacrer, dit un chirurgien militaire qui faisait partie d'une des colonnes. Nous n'avions qu'&#224; nous retourner pour &#234;tre t&#233;moins de ces assassinats et, ne l'eussions-nous pas fait, des cris lamentables et les chants barbares des &#233;gorgeurs ne nous r&#233;v&#233;laient que trop ce qui se passait. Femmes, enfans, vieillards, tous s'en m&#234;laient. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les malheureux arriv&#232;rent &#224; Cadix, apr&#232;s des marches forc&#233;es sous un ciel de feu, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; insult&#233;s et menac&#233;s cent fois sur la route, sans jamais rencontrer une marque de sympathie, au fond d'une province o&#249; il n'y avait pas un habitant qui ne f&#251;t un ennemi, trouv&#232;rent-ils au moins les b&#226;timens de transport qu'on leur avait promis, qui devaient les ramener en France ? Ceux qui pour faire accepter la capitulation y avaient ins&#233;r&#233; cette promesse n'&#233;taient pas en mesure de la tenir. Il ne d&#233;pendait pas d'eux d'introduire des b&#226;timens &#233;trangers dans le port de Rochefort alors bloqu&#233; par les Anglais. D'ailleurs, comme le savaient d'avance les signataires de la capitulation, et comme l'avouait un des membres de la junte de S&#233;ville, il n'y avait, &#224; Cadix, ni b&#226;timens de transport, ni ressources pour s'en procurer. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse aux r&#233;clamations du g&#233;n&#233;ral Dupont, on lui r&#233;pondait avec ironie : &#171; Je suis persuad&#233; que ni le g&#233;n&#233;ral Casta&#241;os, ni vous, n'avez cru la capitulation ex&#233;cutable. Casta&#241;os a voulu sortir d'embarras, et vous, obtenir des conditions qui, bien qu'irr&#233;alisables, honorassent votre reddition. Chacun de vous a obtenu ce qu'il d&#233;sirait, et maintenant la n&#233;cessit&#233; impose ses lois. &#187; Rien de plus dur n'a &#233;t&#233; dit au g&#233;n&#233;ral Dupont. C'&#233;tait lui donner &#224; choisir entre le r&#244;le de dupe et celui de complice. Le malheureux avait beau multiplier les protestations, rappeler la parole donn&#233;e et les signatures &#233;chang&#233;es. On lui r&#233;pondait invariablement : &#171; Pourquoi voulez-vous que nous observions les termes d'une capitulation, vous qui n'avez rien respect&#233;, vous qui avez envahi l'Espagne sous le voile de l'alliance et de l'amiti&#233;, vous qui avez emprisonn&#233; notre roi, vous qui occupez, malgr&#233; lui, ses palais et son royaume, vous qui venez troubler notre tranquillit&#233;, vous qui apportez dans ce pays pacifique la guerre et l'esprit de conqu&#234;te. &#187; L'odieuse conduite de l'Empereur envers Charles IV fournissait &#224; nos ennemis un argument terrible, comme un exemple qui leur avait &#233;t&#233; donn&#233;, comme une justification anticip&#233;e de leur mauvaise foi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des 17 000 hommes qui capitul&#232;rent &#224; Baylen, bien peu devaient revoir la France. Leur sort fut &#233;pouvantable. Leurs souffrances nous ont &#233;t&#233; racont&#233;es par plusieurs d'entre eux, officiers, m&#233;decins, sous-officiers, soldats. C'est un martyrologe de six ann&#233;es. D'abord l'entassement sur les pontons de Cadix, vieux b&#226;timens hors d'usage, beaucoup trop petits pour une telle foule. Dans un seul de ces pontons, on empila jusqu'&#224; 1 800 hommes &#224; la fois, couch&#233;s comme des porcs les uns sur les autres, sur des planches goudronn&#233;es. Pas d'air, des odeurs m&#233;phitiques montant du fond de la cale, partout la vermine, &#224; peine quelques gouttes d'eau potable. Pour surcro&#238;t de souffrance, une nourriture insuffisante apport&#233;e irr&#233;guli&#232;rement. Le journal des privations, tenu par une des victimes pendant le premier trimestre de l'ann&#233;e 1809, renferme des d&#233;tails qui font fr&#233;mir. Au commencement d'un hiver qui fut tr&#232;s pluvieux, on ne fournit aux prisonniers, ni hamacs, ni couvertures. Lorsqu'il pleut, l'eau filtre dans l'entrepont. Un jour, ils ne re&#231;oivent pas de pain, le lendemain, pas de l&#233;gumes, le surlendemain, pas de vivres du tout. Il n'y a de r&#233;gularit&#233; que dans leur mis&#232;re. Aussi d'horribles maladies se d&#233;clarent-elles parmi eux. Sans alimens pour r&#233;parer leurs forces, sans m&#233;dicamens, sans soins, ils meurent par milliers, les cadavres s'accumulent. On a commenc&#233; par les jeter &#224; la mer, mais, les habitans de la ville se plaignant que tant de morts empoisonnent l'eau du port, on oblige chaque ponton &#224; conserver ses cadavres jusqu'&#224; ce que des corv&#233;es viennent les chercher pour les ensevelir sur la c&#244;te. Quatre, cinq, six jours se passent sans que la douloureuse besogne soit accomplie. Un jour, dit un t&#233;moin occulaire, j'ai compt&#233; jusqu'&#224; 98 morts sur notre gaillard d'avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#238;lot de Cabrera, o&#249; on les transporte ensuite, r&#233;serve aux survivans toutes les vari&#233;t&#233;s de la souffrance humaine. Un d&#233;sert, presque enti&#232;rement d&#233;pourvu de terre v&#233;g&#233;tale, pas une habitation ; ni habitans, ni animaux domestiques ; des rochers, des grottes, des pr&#233;cipices, des arbustes &#233;pineux et rabougris, un petit bois de pins, une seule source pour toute l'&#238;le. C'est l&#224; que le gouvernement espagnol abandonne 6 000 Fran&#231;ais qu'il condamne &#224; se tirer d'affaire tout seuls comme Robinson. Encore n'ont-ils pas comme lui un b&#226;timent naufrag&#233; pour aller y chercher des instrumens, de la poudre et des armes. On ne leur fournit rien, pas une pioche, pas une b&#234;che, pas un outil de ma&#231;on ou de menuisier. On les laisse tout nus sur la terre toute nue. C'est &#224; eux de s'ing&#233;nier pour se construire des huttes, pour entretenir et pour raccommoder leurs v&#234;temens. On ne leur doit que quelques onces de pain et de l&#233;gumes, apport&#233;s tous les quatre jours par une barque qui vient de Palma. Tant pis si la nourriture est insuffisante, si le gros temps retarde la barque, si l'on reste quelquefois jusqu'&#224; neuf jours sans vivres, si les uniformes us&#233;s tombent en lambeaux, si la source unique tarit presque en &#233;t&#233;, s'il faut attendre pendant vingt-quatre heures son tour de boire une gorg&#233;e d'eau ! Le gouvernement espagnol n'en a cure, il ne r&#233;pond m&#234;me pas aux g&#233;missemens des int&#233;ress&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sur les pontons de Cadix, des milliers de ces malheureux succombent en quelques mois. Beaucoup sont morts de faim, beaucoup de maladies caus&#233;es par les variations de la temp&#233;rature, par des nuits tr&#232;s froides apr&#232;s des journ&#233;es tr&#232;s chaudes, beaucoup de nostalgie et de d&#233;sespoir. Ils ont mang&#233; des rats, des souris, des l&#233;zards. Ils ont fait cuire des plantes v&#233;n&#233;neuses, des peaux de mouton, quelquefois m&#234;me des d&#233;bris de corps humains. Il y en a qui sont rest&#233;s tout nus des mois entiers, la peau tann&#233;e par le soleil et par l'air de la mer. Il y en a que la mis&#232;re et les privations ont rendus fous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'en 1814, la paix &#233;tant conclue avec l'Espagne, une flottille fran&#231;aise alla recueillir les survivans, il en restait environ 2 000. Voici l'&#233;tat dans lequel les trouv&#232;rent nos marins, suivant le t&#233;moignage d'un officier de la flottille : &#171; A la vue de notre pavillon qui leur annon&#231;ait le jour de la d&#233;livrance, les prisonniers, semblables &#224; des spectres, se tra&#238;n&#232;rent le long des rochers ; ils en descendirent avec peine les escarpemens pour se pr&#233;cipiter vers le rivage en poussant des cris de joie&#8230; Deux cents de ces malheureux, frapp&#233;s d'ali&#233;nation mentale, erraient au milieu de rochers inaccessibles, n'ayant d'abri que des cavernes. &#187; Il est difficile de juger avec indulgence une capitulation qui a entra&#238;n&#233; des cons&#233;quences aussi d&#233;sastreuses. On le peut d'autant moins que les signataires de la capitulation n'ont point partag&#233; le sort de leurs soldats, qu'ils ont &#233;t&#233; ramen&#233;s en France pendant que ceux-ci agonisaient sur les pontons de Cadix ou dans le d&#233;sert de Cabrera. Notre piti&#233; va si naturellement &#224; ceux qui sont morts de faim, de privations et de mis&#232;re, qu'il ne nous en reste plus pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il apprit la capitulation de Baylen, l'Empereur &#233;prouva un des plus violens acc&#232;s de col&#232;re auxquels il se soit livr&#233; dans le cours de sa vie. Ce mot, qu'il avait &#233;t&#233; si satisfait d'appliquer &#224; l'arm&#233;e autrichienne et &#224; l'arm&#233;e prussienne en l'accompagnant de toutes les formes de la courtoisie militaire pour rendre hommage au courage malheureux, lui devenait odieux d&#232;s qu'il &#233;tait appliqu&#233; &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise. Les expressions les plus grossi&#232;res et les plus insultantes se pressent sur ses l&#232;vres, Il parle de trahison, de l&#226;chet&#233;, de d&#233;shonneur. Dupont et les g&#233;n&#233;raux qui ont sign&#233; la capitulation sont des mis&#233;rables qui ont perdu leur arm&#233;e. Il les fera fusiller, l'outrage inflig&#233; &#224; l'uniforme fran&#231;ais sera lav&#233; dans leur sang. Il apprend qu'on les a s&#233;par&#233;s de leurs soldats, retenus prisonniers de guerre contre la foi jur&#233;e et qu'on les ram&#232;ne &#224; Toulon. Aussit&#244;t ses ordres sont donn&#233;s. D&#232;s son d&#233;barquement Dupont est arr&#234;t&#233;, on saisit tous ses papiers, on le conduit &#224; Paris, o&#249; il est &#233;crou&#233; &#224; la prison militaire de l'Abbaye avec les g&#233;n&#233;raux Marescot, Vedel, Chabert et le capitaine de Villoutreys, coupables d'avoir pris part aux n&#233;gociations du 19 juillet. Les autres officiers du corps de la Gironde qui d&#233;barquent successivement &#224; Toulon et &#224; Marseille ne sont pas arr&#234;t&#233;s, mais on refuse de les entendre et de les interroger. Chacun d'eux en arrivant re&#231;oit personnellement du ministre de la Guerre l'ordre de se rendre &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e d'Espagne ou &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e d'Italie, d&#232;s qu'il aura purg&#233; sa quarantaine. Le ma&#238;tre ne veut pas que tous ces t&#233;moins puissent se voir et se concerter pour &#233;garer sa justice. Ce n'est pas une enqu&#234;te qu'il demande, c'est un jugement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne fut pas aussi facile qu'il le croyait d'abord. Sa premi&#232;re pens&#233;e avait &#233;t&#233; de faire juger le g&#233;n&#233;ral Dupont et ses coaccus&#233;s par la haute cour imp&#233;riale. D&#233;j&#224; les pr&#233;paratifs &#233;taient faits au Luxembourg, le g&#233;n&#233;ral avait m&#234;me choisi ses d&#233;fenseurs. Puis l'Empereur se ravisa : les renseignemens qu'il recueillit lui firent craindre un acquittement et il renon&#231;a, pour le moment du moins, &#224; faire instruire un proc&#232;s r&#233;gulier. Les accus&#233;s n'y gagn&#232;rent rien. On les maintint dans la prison de l'Abbaye, o&#249; ils occupaient des chambres malsaines, empoisonn&#233;es d'odeurs f&#233;tides. Plusieurs d'entre eux tomb&#232;rent malades, les m&#233;decins conclurent &#224; la n&#233;cessit&#233; de les d&#233;placer et on les envoya s&#233;par&#233;ment dans des maisons de sant&#233; voisines de Paris, sous la surveillance de gendarmes qu'ils &#233;taient tenus de loger et d'entretenir. Aucune consid&#233;ration d'humanit&#233; ne put fl&#233;chir en leur faveur le ressentiment de l'Empereur. Le g&#233;n&#233;ral Chabert, r&#233;duit au tiers de sa solde d'activit&#233; et sans fortune, faisait valoir l'impossibilit&#233; o&#249; il se trouvait de faire vivre sa famille et de subvenir aux frais de la maladie qu'il avait contract&#233;e &#224; l'Abbaye, Le ministre de la Guerre transmit cette touchante supplique au ma&#238;tre, qui de sa main &#233;crivit en marge : &#171; Refus&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ann&#233;es passaient sans que les accus&#233;s eussent pu faire valoir leurs moyens de d&#233;fense et obtenir des juges. L'Empereur ne d&#233;sarmait pas pour cela. Il attendait son heure. Un d&#233;cret imp&#233;rial du 12 f&#233;vrier 1812 ordonna la r&#233;union au Palais des Tuileries d'un conseil d'enqu&#234;te, compos&#233; de quinze grands dignitaires choisis par le souverain, et charg&#233; d'&#233;mettre un avis sur la conduite du g&#233;n&#233;ral Dupont et de ses coaccus&#233;s &#224; Baylen. Ce conseil tint six s&#233;ances, du 17 au 26 f&#233;vrier, sous la pr&#233;sidence de l'archichancelier Cambac&#233;r&#232;s. Les accus&#233;s comparurent devant lui sans d&#233;fenseurs. On leur lut le r&#233;quisitoire du procureur g&#233;n&#233;ral et chacun d'eux eut deux jours pour r&#233;diger sa d&#233;fense de m&#233;moire, car on leur avait pris tous leurs papiers. Dupont particuli&#232;rement ne put obtenir aucune des pi&#232;ces qui att&#233;nuaient sa responsabilit&#233;, aucune des lettres, aucun des ordres qu'il avait re&#231;us du quartier g&#233;n&#233;ral. Le jugement leur enleva &#224; tous leurs grades et leurs d&#233;corations. De plus le g&#233;n&#233;ral Dupont &#233;tait tenu de ne jamais r&#233;sider &#224; moins de vingt lieues de la r&#233;sidence imp&#233;riale. L'Empereur, aggravant la peine, le fit incarc&#233;rer au fort de Joux, puis de l&#224; &#224; la citadelle de Doullens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tels &#233;taient les proc&#233;d&#233;s de la justice imp&#233;riale. Comme pour le duc d'Enghien, ce n'est pas un jugement ; c'est une condamnation voulue et prononc&#233;e d'avance. M. le lieutenant-colonel Titeux s'en &#233;tonne et y trouve une preuve de l'hostilit&#233; personnelle que l'Empereur nourrissait contre le g&#233;n&#233;ral Dupont. La preuve de cette hostilit&#233; n'existe nulle part. Ne rapetissons pas la question. Il s'agit de tout autre chose, de la fortune m&#234;me de l'Empire. Au moment o&#249;, Napol&#233;on, &#224; l'apog&#233;e de sa puissance, remanie la carte de l'Europe, o&#249;, apr&#232;s de prodigieux succ&#232;s, il installe les membres de sa famille sur les tr&#244;nes qu'il a rendus vacans, lorsque les rois et les peuples s'inclinent devant sa volont&#233; souveraine et le proclament invincible, voici que tout &#224; coup la nouvelle se r&#233;pand que l'arm&#233;e fran&#231;aise, une de ces arm&#233;es qui ont vaincu l'Autriche, la Prusse et la Russie, qui sont le symbole m&#234;me de l'honneur et de la gloire militaire, vient de capituler, et devant qui ? Devant une nation qui ne compte pas aux yeux de l'Empereur, qu'il consid&#232;re comme la proie naturelle de son ambition : la nation espagnole. Entrons un instant dans la pens&#233;e du ma&#238;tre, repr&#233;sentons-nous l'effet que dut produire, sur un esprit si plein de sa grandeur pr&#233;sente et future, l'annonce que les soldats d'Austerlitz et d'I&#233;na avaient mis bas les armes devant des paysans et des bandits espagnols. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne r&#233;fl&#233;chit pas, il ne s'informe pas, il ne cherche pas &#224; faire &#233;quitablement la part des responsabilit&#233;s. Il voit rouge, il se sent &#224; la fois humili&#233; et menac&#233;. Quel parti ses ennemis ne vont-ils pas tirer contre lui de cette aventure ? N'est-il pas d&#233;montr&#233; d&#233;sormais qu'il y a une limite &#224; sa toute-puissance, qu'il n'a pas pour toujours encha&#238;n&#233; la fortune ? N'est-ce pas aussi la r&#233;v&#233;lation de ce qu'il y a de dangereux pour lui dans la guerre d'Espagne ? Pour nous qui connaissons l'avenir, c'est le glas fun&#232;bre qui commence &#224; sonner. Les 17000 victimes de Baylen ne sont que l'avant-garde des centaines de milliers de soldats qu'engloutira la P&#233;ninsule, soldats qui manqueront sur d'autres champs de bataille, qui eussent pu sauver la fortune de la France &#224; Leipzig et &#224; Waterloo. Le conqu&#233;rant ne voit pas comme nous la cons&#233;quence de ses actes, il ne devine pas encore ce que lui co&#251;tera la folie criminelle de la guerre d'Espagne. Peut-&#234;tre cependant a-t-il eu un frisson d'inqui&#233;tude et un pressentiment sinistre. En tous cas, il a &#233;prouv&#233; une humiliation profonde, et cela suffit pour expliquer sa fureur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soldat aussi, l'homme qui a cr&#233;&#233; la premi&#232;re arm&#233;e du monde, qui fait reposer toute sa grandeur sur l'accomplissement des vertus militaires, se r&#233;volte contre l'id&#233;e de capitulation. Bon pour les Autrichiens de capituler &#224; Ulm, pour les Prussiens de capituler &#224; Ratkau ! Est-ce que la Grande Arm&#233;e conna&#238;t de telles faiblesses ? Verrait-on d&#233;sormais les soldats fran&#231;ais accepter la possibilit&#233; de d&#233;poser leurs armes aux pieds de l'ennemi ? Une telle honte doit rester un fait isol&#233;, unique dans nos annales militaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
On n'examinera pas si les signataires de la capitulation de Baylen ont des circonstances att&#233;nuantes &#224; faire valoir, s'ils n'ont fait que subir par la faute des autres une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable. On les traitera avec ignominie, comme des criminels, afin d'&#233;viter le retour de semblables faiblesses. Leur condamnation servira d'avertissement et d'exemple. Tout le monde conna&#238;tra le sort qui attend ceux qui, dans l'avenir, oseraient capituler. Ni gr&#226;ce, ni piti&#233;, ni justice pour eux. La d&#233;gradation et le d&#233;shonneur. Puisque, contre toutes les pr&#233;visions, une telle d&#233;faillance a pu se produire dans une telle arm&#233;e, la loi en emp&#234;chera le retour. Berthier traduisait certainement la pens&#233;e imp&#233;riale lorsque, dans les d&#233;lib&#233;rations du Conseil d'enqu&#234;te, il pronon&#231;ait la parole d&#233;cisive : &#171; Un corps d'arm&#233;e ne doit jamais capituler en rase campagne, son devoir est de br&#251;ler tous ses &#233;quipages, de se serrer en masse et de se faire jour &#224; la ba&#239;onnette, ou de mourir honorablement. &#187; Deux mois apr&#232;s, en vertu d'un d&#233;cret, toute capitulation en rase campagne &#233;tait d&#233;clar&#233;e criminelle et punissable de mort. C'&#233;tait l'&#233;pilogue de la journ&#233;e de Baylen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_G%C3%A9n%C3%A9ral_Dupont&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_G%C3%A9n%C3%A9ral_Dupont&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le g&#233;n&#233;ral Foch&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M. le mar&#233;chal Foch nous adresse la lettre suivante, que nous nous empressons d'ins&#233;rer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trofeunteuniou, le 5 ao&#251;t 1921. &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur le directeur et cher confr&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
La Revue des Deux Mondes, dans son num&#233;ro du 1er ao&#251;t et sous la signature de M. Victor Giraud, pr&#233;sente le 20e corps d'arm&#233;e et son chef, &#224; la bataille de Morhange de 1914, sous un jour contraire en certains points &#224; la r&#233;alit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le 20 (ao&#251;t) &#224; l'aube, emport&#233; par sa fougue, est-il &#233;crit, le commandant du 20e corps lance la 39e division &#224; l'attaque des hauteurs de Marthil-Baronville, d&#233;couvrant son flanc gauche. A 4 heures du matin, un formidable orage d'artillerie lourde s'abat sur les troupes fran&#231;aises, et peu apr&#232;s, tout le IIIe corps bavarois, d&#233;valant des bois, se rue &#224; l'assaut. En une demi-heure, la 39e division, en d&#233;pit de tout son h&#233;ro&#239;sme, est bouscul&#233;e, et &#224; 8 heures, elle est en pleine retraite, entra&#238;nant dans son mouvement la 11e division ; presque tous ses chefs de corps sont hors de combat, et elle a d&#251; laisser aux mains des Bavarois les deux tiers de son artillerie divisionnaire. D&#233;couverte par la retraite du 20e corps, vivement press&#233;e par les Allemands, la 68e division de r&#233;serve se replie &#224; son tour. Quant aux 15e et 16e corps, leur offensive a &#233;t&#233; retard&#233;e par le brouillard. Attaqu&#233;s par des forces tr&#232;s importantes, fort &#233;prouv&#233;s par l'artillerie lourde allemande, ils r&#233;trogradent eux aussi d&#233;fendant pied &#224; pied le terrain et se d&#233;gageant, surtout le 16&#176; corps, par de vives contre-attaques. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est un grave &#233;chec dont les causes strat&#233;giques et tactiques sont multiples et complexes, mais dont il s'agit de limiter les effets, en attendant de le r&#233;parer. A 10 heures 30, le g&#233;n&#233;ral de Castelnau donne &#224; toutes ses troupes l'ordre de se retirer par &#233;chelons&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
A lire ces lignes, l'insucc&#232;s et la retraite du 20e corps auraient d&#233;cid&#233; du sort des autres corps d'arm&#233;e, auxquels la fortune se montre moins s&#233;v&#232;re dans le r&#233;cit. Son &#233;chec aurait entra&#238;n&#233; celui de l'arm&#233;e, fix&#233; d&#233;finitivement l'issue de la rencontre et motiv&#233; l'ordre de retraite lanc&#233; &#224; 10 heures 30 par le commandant de l'arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire document&#233;e fera conna&#238;tre un jour les causes strat&#233;giques et tactiques comme aussi les erreurs morales qui ont pr&#233;sid&#233; &#224; la conduite des &#233;v&#233;nements. D&#232;s aujourd'hui, certaines erreurs mat&#233;rielles du r&#233;cit sont &#224; rectifier : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La 39e division lanc&#233;e &#224; l'aube &#224; l'attaque des hauteurs de Marthil-Baronville. &#187; Erreur, disons-nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque &#224; 4 heures, dans la matin&#233;e du 20, l'attaque allemande part avec la violence expos&#233;e, la 39e division n'a encore engag&#233; aucune entreprise offensive. Elle continue de tenir les positions conquises la veille et qui &#233;taient les objectifs assign&#233;s &#224; sa marche de ce jour, notamment le signal de Marthil. Elle commence ses pr&#233;paratifs pour agir, mais pas avant 6 heures. Franchement devanc&#233;e, elle se trouve de suite engag&#233;e dans une puissante action dont l'ennemi a pris l'initiative. A la guerre, on est toujours deux. C'est l'attaque qu'elle a &#224; recevoir, au lieu de la lancer comme il est &#233;crit. Sa situation est l'inverse de celle que lui fait l'&#233;crivain. Comment s'en retire-t-elle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A 8 heures, elle est en pleine retraite, entra&#238;nant dans son mouvement la 11e division, &#187; est-il &#233;crit encore. Erreur, disons-nous de nouveau : &lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures, en r&#233;alit&#233;, la division a &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e, oui, mais elle est &#233;tablie &#224; la lisi&#232;re Nord de la for&#234;t de Ch&#226;teau-Salins ; elle y restera jusqu'apr&#232;s midi ; elle tient la ligne de Ch&#226;teau-Brehain, Brehain, Achain ; elle est en liaison &#233;troite avec la 11e division toujours &#224; P&#233;vange, un de ses objectifs de la veille. &#171; En pleine retraite ? &#187; Non. Au 20e corps on ne bat en retraite que sur des ordres formels. Pour qui a vu les troupes, ce jour-l&#224; notamment, cet esprit y r&#232;gne de haut en bas. En fait, la 39e division ne quittera la corne Nord de la for&#234;t de Ch&#226;teau-Salins qu'&#224; midi 45 ; et de m&#234;me, la r&#233;gion avoisinante des localit&#233;s ci-dessus indiqu&#233;es. Mais &#224; ce moment, les ordres de retraite sont depuis longtemps partis d'en haut, et l'ont touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la 11e division qui aurait &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans ce mouvement de retraite, toujours d&#232;s 8 heures, l'erreur est aussi compl&#232;te. Elle tient dans la matin&#233;e les positions gagn&#233;es la veille et se maintient toute la journ&#233;e sur les hauteurs qui les dominent : hauteurs Sud d'Habondange et de Conthil-Riche, Lidrequin et Haut de Koking. Bien plus, de ces derniers points elle aspire et se pr&#233;pare &#224; r&#233;pondre aux appels de l'arm&#233;e formul&#233;s d&#232;s 7 heures, r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; 8 heures 15, d'attaquer vers Lidrezing pour d&#233;gager le 15e corps. Car ce corps d'arm&#233;e contre-attaqu&#233; sur tout son front depuis la r&#233;gion de Bideffstroff jusqu'&#224; la lisi&#232;re Sud-Est de la for&#234;t de Bride et Koking est dans une situation critique. Il est demand&#233; par l'arm&#233;e au 20e corps, &#224; 8 heures 15, &#171; d'attaquer imm&#233;diatement vers Lidrezing pour enrayer l'offensive ennemie et d&#233;gager le 15e corps. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La 11e division ne quittera cette r&#233;gion que dans la soir&#233;e, et avec ses arri&#232;re-gardes dans la nuit, apr&#232;s l'ex&#233;cution du repli ordonn&#233; &#224; la 39e division. C'est toujours sur un ordre qu'elle se repliera et dans une tenue parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;couverte par la retraite du 20e corps, vivement press&#233;e par les Allemands, la 68e division de r&#233;serve se replie &#224; son tour, &#187; est-il encore &#233;crit dans le r&#233;cit de la matin&#233;e du 20 ao&#251;t. Nous avons vu ce qu'&#233;tait la retraite du 20e corps. Il n'y en avait pas. Jusqu'&#224; midi 45, il tient la for&#234;t de Ch&#226;teau-Salins, y compris sa corne Nord ; par-l&#224;, il couvre toujours le flanc droit de la 68e division de r&#233;serve. Quand il se replie dans l'apr&#232;s-midi, par ordre sup&#233;rieur, la 68e s'est d&#233;j&#224; repli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le 20 ao&#251;t 1914, &#224; midi, le 20e corps est en &#233;tat physique et moral de r&#233;sister &#224; l'ennemi et de l'arr&#234;ter, si on le lui demande. De plus rudes &#233;preuves devaient, au cours de la guerre, montrer tout son pouvoir de r&#233;sistance. Sa retraite, ce jour-l&#224;, est donc l'effet et non la cause de l'ordre de l'arm&#233;e de 10 heures 30. Il ne m'appartient pas de dire de quelles consid&#233;rations cette d&#233;cision r&#233;sultait. Elle ne pouvait, en aucun cas, sortir de la situation ou de l'attitude du 20e corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au chef du 20e corps &#171; emport&#233; par sa fougue &#187; et lan&#231;ant &#224; l'aube la 39e division &#224; la pr&#233;tendue attaque des hauteurs et devenant ainsi une des causes de tout le d&#233;sastre, on a vu qu'il n'avait rien lanc&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas davantage, on ne trouverait trace de cette fougue inconsid&#233;r&#233;e dans ses ordres au 20e corps, malgr&#233; les invitations formelles du commandement sup&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci prescrivait en effet, le 18 ao&#251;t, dans une instruction g&#233;n&#233;rale : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'ennemi c&#232;de devant nous : en particulier, il a abandonn&#233; Sarrebourg et Ch&#226;teau-Salins. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, il faut le poursuivre avec toute la vigueur et toute la rapidit&#233; possibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le g&#233;n&#233;ral commandant la 2e arm&#233;e compte sur l'&#233;nergie, sur l'&#233;lan de tous pour atteindre ce r&#233;sultat. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il invite les commandants de corps d'arm&#233;e &#224; inspirer &#224; leurs troupes cet &#233;tat d'&#226;me diff&#233;rent de l'esprit de m&#233;thode qui s'impose vis-&#224;-vis d'organisations d&#233;fensives pr&#233;par&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans ce m&#234;me ordre d'id&#233;es, les &#233;l&#233;ments lourds, qui retardent la marche, seront rejet&#233;s en queue des colonnes, jusqu'au moment o&#249; leur entr&#233;e en action deviendra n&#233;cessaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commandant du 20e corps &#224; cette date, je dois aujourd'hui &#224; son honneur, &#224; son splendide pass&#233;, &#224; ses glorieux drapeaux, de ne pas en laisser approcher l'ombre d'une tache, sous la forme d'un r&#233;cit inexact, ni de lui laisser attribuer un renversement dans la direction des op&#233;rations que rien ne justifie de sa part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Recevez, Monsieur le directeur et cher confr&#232;re, l'assurance de mon enti&#232;re consid&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
MARECHAL FOCH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_20e_corps_%C3%A0_Morhange_(20_ao%C3%BBt_1914&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_20e_corps_%C3%A0_Morhange_(20_ao%C3%BBt_1914&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Foch :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la derni&#232;re guerre, mes fonctions m'ont successivement appel&#233; &#224; diff&#233;rents postes, d'abord &#224; la t&#234;te du 20e corps, et ce sont alors les op&#233;rations de Lorraine jusqu'&#224; la fin d'ao&#251;t 1914. Puis je commande la 9e arm&#233;e, et la fin d'ao&#251;t 1914. Puis je commande la 9e arm&#233;e, et c'est la bataille de la Marne. Apr&#232;s cela, comme adjoint au g&#233;n&#233;ral commandant en chef, je suis charg&#233; de coordonner dans le Nord les actions des troupes fran&#231;aises avec les troupes alli&#233;es, britanniques et belges ; ce sont alors les batailles de l'Yser, d'Ypres, les attaques d'Artois et la bataille de la Somme, qui nous m&#232;nent &#224; la fin de 1916. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e en 1917, je fonctionne &#224; titre de conseiller militaire du gouvernement fran&#231;ais. Il a en effet d&#233;cid&#233; de prendre part &#224; la conduite de la guerre. J'assure, entre autres entreprises, notre coop&#233;ration en Italie d&#232;s le mois d'avril. Je la dirige personnellement &#224; la fin d'octobre et pendant le mois de novembre de la m&#234;me ann&#233;e. Enfin je participe &#224; l'installation de l'arm&#233;e am&#233;ricaine en France. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1918, comme pr&#233;sident du Comit&#233; militaire ex&#233;cutif de Versailles, puis comme commandant en chef des arm&#233;es alli&#233;es, je pr&#233;pare et conduis l'ensemble des forces alli&#233;es du front d'Occident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, en toute sinc&#233;rit&#233;, j'&#233;cris mes souvenirs. Ils ne forment pas une histoire de la guerre, mais seulement le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements auxquels j'ai pris part. Comme on vient de le voir, c'est seulement dans la derni&#232;re ann&#233;e que ce r&#233;cit peut porter sur l'ensemble du front d'Occident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a &#233;t&#233; &#233;crit d'apr&#232;s les impressions que nous &#233;prouvions au moment de l'action, comme aussi d'apr&#232;s les renseignements que nous avions ou les hypoth&#232;ses que nous faisions sur l'ennemi, &#224; ce moment toujours plein d'incertitudes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour saisir comment j'ai vu et interpr&#233;t&#233; les &#233;v&#233;nements, peut-&#234;tre n'est-il pas inutile au lecteur de remonter plus haut, de conna&#238;tre sommairement le pass&#233; de celui qui a &#233;crit. Les mani&#232;res de voir et de faire d'un homme d'un certain &#226;ge proviennent en effet d'une formation qui les explique naturellement quand on la conna&#238;t, comme aussi de certaines circonstances particuli&#232;res qui ont marqu&#233; dans sa vie, au point d'en orienter et d'en fixer constamment la conduite. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; &#224; Tarbes, au pied des Pyr&#233;n&#233;es, en octobre 1851, d'une famille enti&#232;rement pyr&#233;n&#233;enne, j'avais fait mes &#233;tudes successivement au lyc&#233;e de Tarbes, au lyc&#233;e de Rodez, au petit s&#233;minaire de Polignan, dans la Haute-Garonne, puis au coll&#232;ge des J&#233;suites de Saint-Michel &#224; Saint-&#201;tienne, partout o&#249; la carri&#232;re de fonctionnaire de mon p&#232;re avait entra&#238;n&#233; ma famille. A Saint-&#201;tienne s'&#233;taient termin&#233;es mes &#233;tudes pr&#233;paratoires au baccalaur&#233;at &#232;s lettres, &#224; c&#244;t&#233; du futur mar&#233;chal Fayolle. Bien que j'aie pu songer de bonne heure &#224; l'&#201;cole polytechnique comme l'illustre camarade que je viens de citer, nos familles et nos ma&#238;tres n'avaient pas cru avantageux de nous &#233;pargner le circuit litt&#233;raire qui allait &#233;videmment retarder, le commencement de notre pr&#233;paration &#224; l'&#201;cole. C'est ainsi qu'apr&#232;s la classe de philosophie nous passions notre baccalaur&#233;at &#232;s lettres avant d'aborder les &#233;tudes scientifiques. Si le propre de ces derni&#232;res, de la formation math&#233;matique notamment, est d'habituer l'esprit &#224; consid&#233;rer des grandeurs et des formes mat&#233;riellement d&#233;finies, comme aussi &#224; pr&#233;ciser des id&#233;es sur ces sujets, &#224; les encha&#238;ner par un raisonnement implacable et &#224; fa&#231;onner ainsi cet esprit &#224; une m&#233;thode de raisonnement des plus rigoureuses, le propre des &#233;tudes de lettres, de philosophie et d'histoire, est avant tout, en quittant le monde de l'observation, de faire na&#238;tre et de cr&#233;er des id&#233;es sur le monde vivant, par l&#224; d'assouplir et d'&#233;largir l'intelligence, au total de la maintenir en &#233;veil, active et f&#233;conde, en pr&#233;sence du domaine de l'ind&#233;fini qu'ouvre la vie. Devant ce vaste horizon qui est pourtant une r&#233;alit&#233;, il faut bien, pour avancer, tout d'abord voir large, percevoir clairement, puis, un but &#233;tant choisi, y marcher r&#233;solument par des moyens d'approche et de conqu&#234;te d'une efficacit&#233; bien assur&#233;e. C'est ainsi que la double pr&#233;paration de connaissances g&#233;n&#233;rales et d'&#233;tudes sp&#233;ciales se montre avantageuse, semble-t-il, pour qui veut, non seulement conna&#238;tre un m&#233;tier, mais aussi le faire au besoin &#233;voluer et l'appliquer successivement &#224; de nouveaux buts, d'une nature souvent diff&#233;rente. L'avenir ne fera sans doute qu'accentuer, pour l'officier notamment, cette n&#233;cessit&#233; de la culture g&#233;n&#233;rale &#224; c&#244;t&#233; du savoir professionnel. A mesure que s'&#233;tend le domaine de la guerre, l'esprit de ceux qui la font doit s'&#233;largir. L'officier de r&#233;elle valeur ne peut plus se contenter d'un savoir professionnel, de la connaissance de la conduite des troupes et de la satisfaction de leurs besoins, ni se borner &#224; vivre dans un monde &#224; part. Les troupes sont en temps de paix la partie jeune et virile de la nation, en temps de guerre la nation arm&#233;e. Comment, sans une constante communication avec l'esprit qui anime le pays, pourrait-il exploiter de pareilles ressources ? Comment pourrait-il pr&#233;sider aux ph&#233;nom&#232;nes sociaux, caract&#233;ristiques des guerres nationales, sans un certain savoir moral et politique, sans des connaissances historiques lui expliquant la vie des nations dans le pass&#233; et dans le pr&#233;sent ? Une fois de plus, la technicit&#233; ne lui suffira-plus. Il la faut doubl&#233;e d'une grande somme d'autres facult&#233;s. Facilement il comprendra d'ailleurs que son esprit et son caract&#232;re se pr&#233;parent mieux pour la guerre &#224; venir, et que la carri&#232;re se fait plus docilement dans la paix, si, dans un entier sentiment de discipline, il se maintient constamment par une intelligence largement en &#233;veil &#224; la hauteur des circonstances et des probl&#232;mes qui se pr&#233;senteront sur sa route, plut&#244;t qu'en vivant uniquement de la vie de garnison et en se laissant obs&#233;der par l'id&#233;e de gravir les &#233;chelons de la hi&#233;rarchie, sans justifier de capacit&#233;s grandissantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
A d&#233;faut de cette conception, l'officier de carri&#232;re risque de se voir pr&#233;f&#233;rer, au jour de la guerre, l'officier de compl&#233;ment muni certainement du savoir indispensable, mais que le train d'une vie plus productive a maintenu dans une plus f&#233;conde activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, apr&#232;s avoir termin&#233; mes &#233;tudes litt&#233;raires au coll&#232;ge Saint-Michel, j'allais &#224; Metz, en 1869, poursuivre au coll&#232;ge Saint-Cl&#233;ment ma pr&#233;paration &#224; l'&#201;cole polytechnique. C'&#233;tait un &#233;tablissement tr&#232;s bien dirig&#233;, en plein d&#233;veloppement, principalement recrut&#233; en Alsace et en Lorraine, pr&#233;parant de. nombreux candidats aux &#233;coles de l'&#201;tat : Polytechnique, Saint-Cyr et Foresti&#232;re, dans des cours remarquablement faits. Deux hommes notamment, le P&#232;re Saussi&#233; et le P&#232;re Causson, y tenaient une grande place par leur savoir et par leur d&#233;vouement absolu &#224; la formation de leurs &#233;l&#232;ves. Un patriotisme ardent les animait sur cette fronti&#232;re toujours menac&#233;e. Ils le communiquaient &#224; leurs disciples, ils en poursuivaient un premier couronnement dans le succ&#232;s de leurs &#233;l&#232;ves aux concours d'admission aux &#201;coles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements de 1870 nous trouvaient dans cette excitation laborieuse. Ils allaient nous laisser des souvenirs profonds. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est, d&#232;s la fin de juillet 1870, une importante partie de l'arm&#233;e fran&#231;aise se r&#233;unissant autour de Metz dans un excellent esprit mais avec un manque d'organisation impressionnant. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est, par un soir d&#233;clinant, l'empereur Napol&#233;on III arrivant pour prendre le commandement en chef et remontant la rue Serpenoise, affal&#233; dans sa voiture d&#233;couverte, accompagn&#233; du prince imp&#233;rial au regard inquiet et interrogateur, escort&#233; des magnifiques cent-gardes, au milieu d'une population anxieuse et troubl&#233;e &#224; la vue de ce tableau de lassitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'installation &#224; la pr&#233;fecture du quartier g&#233;n&#233;ral de l'empereur et de sa suite, aux grands noms et aux splendides uniformes. Puis, dans les journ&#233;es des 4, 5, 6 ao&#251;t, pendant que s'effondrent les destin&#233;es de la France en des rencontres significatives, ce sont nos compositions d'admission &#224; l'&#201;cole polytechnique faites au lyc&#233;e de Metz, toutes fen&#234;tres ouvertes, au bruit lointain du canon, et dont la derni&#232;re, la composition fran&#231;aise, pouvait donner &#224; r&#234;ver aux candidats par son fond proph&#233;tique : d&#233;velopper cette pens&#233;e de Kl&#233;ber : &#171; Il faut que la jeunesse pr&#233;pare ses facult&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le 7 ao&#251;t, un dimanche, l'empereur, commandant en chef, allant &#224; la gare de Metz prendre le train pour Forbach, apprenant par le chef de gare que les trains n'allaient plus jusqu'&#224; Forbach &#233;vacu&#233; la veille, &#224; la suite d'une bataille perdue, et rentrant &#224; la pr&#233;fecture imm&#233;diatement ferm&#233;e pour prendre l'aspect d'un quartier g&#233;n&#233;ral en d&#233;sastre. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la population messine agit&#233;e, voyant partout des espions qu'elle veut jeter &#224; la Moselle. C'est ensuite la premi&#232;re proclamation de l'Empereur annon&#231;ant &#224; la France ses d&#233;faites, trois batailles perdues, et d&#233;naturant la v&#233;rit&#233; par sa ponctuation : &#171; Le mar&#233;chal de Mac-Mahon me t&#233;l&#233;graphie qu'il a perdu une grande bataille sur la Sarre. Frossard attaqu&#233; par des forces sup&#233;rieures&#8230; &#187; au lieu de : &#171; Le mar&#233;chal de Mac-Mahon me t&#233;l&#233;graphie qu'il a perdu une grande bataille. Sur la Sarre, Frossard attaqu&#233; par des forces sup&#233;rieures&#8230; &#187; C'est la consternation partout. L'apr&#232;s-midi, ce sont les populations des campagnes envahies ou menac&#233;es refluant vers la ville et l'arri&#232;re, la premi&#232;re vision des cons&#233;quences de la d&#233;faite, l'exode lamentable des familles chass&#233;es de leur foyer, emportant, dans le d&#233;sarroi d'un d&#233;part impr&#233;vu et les fatigues d'une marche sans abri et &#224; l'aventure, les vieillards, les femmes, les enfants, une faible partie de leur avoir, b&#233;tail ou mobilier, avec le d&#233;sespoir dans l'&#226;me et la mis&#232;re en perspective. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous-m&#234;mes, les &#233;l&#232;ves de Saint-Cl&#233;ment, nous quittions Metz quelques jours apr&#232;s pour rentrer dans nos familles. Sur la ligne de Metz &#224; Paris, ce sont des mouvements en tous sens de trains de troupes du 6e corps envoy&#233;s de Ch&#226;lons &#224; Metz et refoul&#233;s en cours de route sur Ch&#226;lons par crainte d'interruption de la voie ferr&#233;e aux approches de Metz. Aux abords de Paris passent ensuite les troupes du 7e corps, rappel&#233;es de Belfort, puis celles du ter corps ramen&#233;es de Charmes, apr&#232;s Fr&#339;schwiller, vers le camp de Ch&#226;lons. Et quelque temps apr&#232;s, ce sont les trains des pompiers des communes de France arrivant avec leurs casques l&#233;gendaires et leurs fusils &#224; pierre &#224; l'appel du gouvernement, pour assurer la d&#233;fense de la capitale. A la vue de leur organisation disparate et archa&#239;que, le gouvernement se rendait bient&#244;t compte de leur inaptitude &#224; la t&#226;che envisag&#233;e et rendait &#224; leurs communes ces d&#233;vou&#233;s citoyens nullement pr&#233;par&#233;s &#224; la guerre. Partout, on le voit, r&#233;gnait cet esprit de d&#233;sordre et d'erreur u de la chute des rois funeste avant-coureur &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat s'effondrait, dont le gouvernement, endormant le pays dans une paix de prosp&#233;rit&#233;, de bien-&#234;tre et de luxe, avait d&#233;tourn&#233; les regards de la nation de l'approche du danger, sans pourvoir lui-m&#234;me aux pr&#233;cautions indispensables ni assurer l'entretien moral et mat&#233;riel de l'arm&#233;e qu'il avait, et qui e&#251;t pu, soigneusement et intelligemment administr&#233;e, retarder pour le moins et r&#233;duire le d&#233;sastre. Comme on peut le penser, cette travers&#233;e au milieu des sympt&#244;mes d'un effondrement, comme pr&#233;c&#233;demment cette vue des premiers effets de la d&#233;faite, ne pouvait &#234;tre, qu'une s&#233;rieuse le&#231;on pour de jeunes esprits. &lt;br class='autobr' /&gt;
De mon c&#244;t&#233;, par la suite, je m'engageais pour la dur&#233;e de la guerre au 4e r&#233;giment d'infanterie ; la lutte se terminait sans que j'y eusse pris une part active. Lib&#233;r&#233; au mois de mars 1871, je reprenais la route de Metz pour aller y retrouver, en une ann&#233;e scolaire fortement &#233;court&#233;e, un cours de math&#233;matiques sp&#233;ciales d&#233;j&#224; vu, avec le m&#234;me professeur, le P&#232;re Saussi&#233;, et t&#226;cher d'aboutir, cette m&#234;me ann&#233;e, &#224; l'&#201;cole polytechnique. Au coll&#232;ge Saint-Cl&#233;ment, nous partagions l'habitation avec des troupes allemandes de passage, et en permanence avec un bataillon du 37e r&#233;giment pom&#233;ranien. Ce voisinage ne manquait pas de cr&#233;er de nombreux incidents, car ceux qui le constituaient tenaient &#224; nous faire sentir le poids de leur victoire, et, dans des assauts pleins de violence et de brutalit&#233;, &#224; affirmer &#224; tout propos et sans plus de pr&#233;texte le droit de tout faire qu'elle cr&#233;ait &#224; leurs yeux. De l&#224;, nous allions &#224; Nancy subir &#224; trois &#233;poques de l'&#233;t&#233; 1871 les &#233;preuves &#233;crites, puis les examens oraux d'admissibilit&#233; et d'admission &#224; l'&#201;cole polytechnique. Le g&#233;n&#233;ral de Manteuffel gouvernait la Lorraine occup&#233;e et commandait l'arm&#233;e d'occupation. Il r&#233;sidait sur la place Carri&#232;re, dans le Palais du Gouvernement o&#249; la d&#233;claration de guerre de 1914 devait me trouver commandant le 20e corps d'arm&#233;e. Il y recevait &#224; leur passage de nombreux h&#244;tes allemands de marque, princes, g&#233;n&#233;raux, ou grands &#233;tats-majors, et c'&#233;tait chaque fois de bruyantes manifestations d'enthousiasme, des parades et des retraites militaires importantes en l'honneur des personnalit&#233;s qui avaient men&#233; les arm&#233;es &#224; la victoire ou qui par le trait&#233; de paix avaient, malgr&#233; les unanimes protestations des populations, violemment arrach&#233; &#224; la France l'Alsace et la Lorraine. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; plusieurs fois le t&#233;moin de ces sc&#232;nes, c'est de l&#224; que je partais pour entrer, en octobre 1871, &#224; l'&#201;cole polytechnique, dans un Paris tout fumant encore des incendies et des ravages de la Commune. Ici le pays &#233;tait &#224; refaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il avait &#233;t&#233; question de mon entr&#233;e &#224; l'&#201;cole polytechnique, c'est surtout les carri&#232;res civiles, dont elle ouvre les portes, que ma famille avait envisag&#233;es. Mais, apr&#232;s la fin de la guerre malheureuse dont nous sortions, une premi&#232;re t&#226;che s'imposait &#224; tous, &#224; la jeunesse notamment, de travailler au rel&#232;vement de la patrie d&#232;s &#224; pr&#233;sent d&#233;membr&#233;e et constamment menac&#233;e d'une destruction totale. Aussi je n'h&#233;sitais pas &#224; me ranger parmi les volontaires pour l'artillerie, d&#233;sign&#233;s sous le nom de &#171; petits chapeaux &#187;, appel&#233;s &#224; entrer &#224; l'&#201;cole d'application de Fontainebleau apr&#232;s quinze mois d'&#201;cole polytechnique, et &#224; en sortir au mois de septembre 1874 pour arriver comme officiers dans les r&#233;giments. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au lendemain de nos d&#233;sastres et malgr&#233; une indemnit&#233; consid&#233;rable pay&#233;e au vainqueur, la France, enti&#232;rement d&#233;sarm&#233;e par l'effet des capitulations qui avaient livr&#233; son mat&#233;riel &#224; l'ennemi, refaisait rapidement ses institutions militaires, comme aussi son armement. Elle se mettait &#224; la h&#226;te en &#233;tat de tenir t&#234;te en cas de besoin &#224; un adversaire toujours mena&#231;ant, &#233;trangement surpris de la voir se relever rapidement, et sur le point, pour achever sa destruction, de recommencer la guerre, en 1875 notamment. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cette p&#233;riode de r&#233;organisation h&#226;tive et de moyens encore insuffisants que je d&#233;butais dans l'artillerie, au 24e r&#233;giment, &#224; Tarbes. Il y r&#233;gnait heureusement un noble &#233;lan de tous et une fi&#233;vreuse activit&#233;. Et ce train des d&#233;buts de la paix devait longtemps se maintenir. On ne saura jamais assez c&#233;l&#233;brer le noble effort dont furent capables, dans l'arm&#233;e, les vaincus de 1870 et les g&#233;n&#233;rations qui les suivirent, pour refaire nos troupes et les pr&#233;parer &#224; la bataille, comme aussi pour &#233;tudier et comprendre la grande guerre, dont l'arm&#233;e du Second Empire avait perdu la notion, &#224; la suite d'exp&#233;ditions heureuses hors d'Europe et apr&#232;s une facile campagne d'Italie &#224; buts et &#224; moyens restreints. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacune des &#233;coles militaires par lesquelles je passais : &#201;cole polytechnique, &#201;coles d'application d'artillerie, puis de cavalerie, nous fournissait un puissant enseignements un d&#233;veloppement progressif de nos facult&#233;s, comme aussi de r&#233;els sujets de r&#233;flexion ; mais l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre,' o&#249; j'entrais en 1885, me fut une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation. Dans des enseignements plus ou moins th&#233;oriques, &#233;tablis sur les le&#231;ons de l'histoire, elle formait un esprit moyen, usant des dons naturels et des connaissances acquises, &#224; pouvoir rationnellement aborder les probl&#232;mes de la grande guerre, les raisonner, les discuter, en avancer la solution sur des bases solides. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle comprenait, il est vrai, une r&#233;union d'hommes sup&#233;rieurs : les Cardot, les Maillard, les Millet, les Langlois, les Cherfils notamment, remarquables par leur conscience passionn&#233;e, leur exp&#233;rience, leur jugement. En partant d'&#233;tudes historiques minutieusement fouill&#233;es, ils parvenaient &#224; d&#233;finir et &#224; embrasser &#224; la fois le domaine moral illimit&#233; de la guerre, et &#224; fixer, en les raisonnant, les moyens mat&#233;riels par lesquels on devait le traiter. Par l&#224;, ils nous fournissaient, en m&#234;me temps qu'un enseignement &#233;tabli, une m&#233;thode de travail applicable aux probl&#232;mes de l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
De ces professeurs de l'&#201;cole de guerre, l'un, le commandant Millet, appel&#233; &#224; tenir par la suite les plus hauts grades dans notre arm&#233;e, voulut bien me suivre et s'int&#233;resser &#224; moi tout le long de ma carri&#232;re. C'est ainsi que plus tard je remplis aupr&#232;s de lui les fonctions de chef d'&#233;tat-major de corps d'arm&#233;e, puis d'arm&#233;e. Il avait exerc&#233; une grande influence sur ma mani&#232;re de voir la lutte prochaine, en me communiquant constamment les r&#233;flexions que lui dictaient son exp&#233;rience de la guerre de 1870 et sa recherche constante de la conduite &#224; donner dans l'avenir &#224; une action de guerre. Pour lui, et depuis 1870, la puissance des feux dominait et ma&#238;trisait le champ de bataille, au point d'y briser l'&#233;lan de toute troupe qui n'avait pas une indiscutable sup&#233;riorit&#233; de feux. Avec le perfectionnement de l'armement, cette puissance devait se r&#233;v&#233;ler encore plus absolue dans la prochaine guerre. Il fallait &#224; tout prix se pr&#233;occuper du. traitement &#224; lui assurer, en cherchant &#224; la prendre &#224; son actif par un mat&#233;riel plus puissant et &#224; se soustraire &#224; ses effets par des moyens &#224; trouver, car ceux que nous pratiquions, tels que nos formations d'infanterie, &#233;taient notoirement insuffisants. Ils ne pouvaient que mener &#224; la ruine de la troupe. A cette action d'un feu sup&#233;rieur devait succ&#233;der bien entendu l'assaut pour enlever la position ennemie, mais l&#224; n'&#233;tait qu'une partie de la bataille. Le renversement de l'ennemi, obtenu de la sorte sur un point, allait quand m&#234;me &#234;tre co&#251;teux et limit&#233;. Il devait, sous peine de rester st&#233;rile, &#234;tre imm&#233;diatement agrandi et exploit&#233; par une action mont&#233;e en vitesse et avec une certaine puissance, capable ainsi d'utiliser dans le temps et par les moyens pr&#233;par&#233;s &#224; l'avance le d&#233;sarroi caus&#233; dans les organisations de l'ennemi, d'y semer la destruction et d'y r&#233;pandre le d&#233;sordre, d'y r&#233;aliser au total les b&#233;n&#233;fices d'un effort victorieux, mais co&#251;teux. C'&#233;tait dire que, tout en pr&#233;parant avec le plus de soins possible le commencement d'une action, le chef d'une troupe importante devait, bien loin de s'arr&#234;ter aux premiers r&#233;sultats tactiques, avoir &#233;tudi&#233; le d&#233;veloppement de l'action, comme aussi avoir pr&#233;par&#233; les moyens et avanc&#233; les &#233;l&#233;ments qui y seront n&#233;cessaires ; &#224; un puissant effort de d&#233;part, garantir une continuit&#233; certaine sinon par le nombre et la violence des coups, du moins par la rapidit&#233; et la pr&#233;cision des nouveaux coups. Seule, l'extension imm&#233;diate d'un succ&#232;s partiel demand&#233;e &#224; la continuation de l'attaque et &#224; la r&#233;p&#233;tition pr&#233;cipit&#233;e de nouveaux coups, au total une seconde man&#339;uvre tenue en r&#233;serve, mais pr&#233;par&#233;e fortement, pouvait emp&#234;cher le r&#233;tablissement de l'adversaire que facilitait l'armement actuel. Seule elle rendrait le succ&#232;s obtenu non seulement d&#233;finitif, mais assez &#233;tendu pour amener une d&#233;sorganisation profonde de l'ennemi et par l&#224; faire la victoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon passage, pendant trois ans, au 3e bureau de l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e (alors dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral de Miribel) m'avait amen&#233; &#224; conna&#238;tre les dispositions prises par notre &#233;tat-major pour mobiliser, concentrer, approvisionner les arm&#233;es fran&#231;aises dans la guerre, comme aussi les id&#233;es qui constituaient alors notre doctrine de guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant une arm&#233;e allemande sup&#233;rieure par le nombre, par l'entra&#238;nement et par l'armement, le g&#233;n&#233;ral de Miribel avait cherch&#233;, dans une &#233;tude approfondie de nos terrains de l'Est, &#224; trouver de longues positions d&#233;fensives sur lesquelles on briserait tout d'abord le flot tr&#232;s &#233;tendu, pr&#233;voyait-il, de l'invasion. Il avait donn&#233; &#224; ses &#233;tudes une ampleur et une port&#233;e d'une valeur indiscutable. Mais, comme toute strat&#233;gie uniquement d&#233;fensive, cet art de parer ou de retarder les coups par l'utilisation du terrain ne comportait pas d'indication de riposte. II &#233;tait alors r&#233;serv&#233; au g&#233;n&#233;ralissime des arm&#233;es fran&#231;aises de fixer, pensait-on, le lieu et le moment o&#249; s'ex&#233;cuterait cette contre-offensive, comme si un pareil renversement de l'attitude tenue devant l'ennemi ne comportait pas la d&#233;cision la plus difficile &#224; prendre judicieusement, la plus difficile &#224; faire ex&#233;cuter par les masses qui forment les arm&#233;es modernes, au total n'exigeait pas les plus s&#233;rieux pr&#233;paratifs avant de pouvoir &#234;tre r&#233;alis&#233;e et d'aboutir &#224; la reprise du mouvement en avant sans laquelle il n'y a pas de victoire. Le chef d'&#233;tat-major mourait avant d'avoir pu aborder le probl&#232;me de la contre-offensive et l'emploi des troupes qui devaient y correspondre. C'&#233;tait d'ailleurs l'&#233;poque o&#249; l'&#233;tat-major allemand renfor&#231;ait ses arm&#233;es de campagne d'une artillerie lourde jusqu'alors r&#233;serv&#233;e &#224; la guerre de si&#232;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est simplement pourvu des notions fondamentales du g&#233;n&#233;ral Millet que j'abordais ainsi, &#224; la fin de 1895, l'enseignement de la tactique g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre, pour lequel j'avais &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;. Pendant six ans d'un travail opini&#226;tre, je devais les approfondir et chercher &#224; les compl&#233;ter. Quand on s'est consacr&#233; &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; guerri&#232;re, peut-on trouver un excitant plus fort que d'avoir &#224; l'enseigner &#224; ceux qui la pratiqueront sur les champs de bataille, o&#249; se jouent, avec la vie de leurs soldats, les destin&#233;es de leur pays ? Et pour en impr&#233;gner des esprits ouverts, mais que la pratique de la vie militaire a' parfois rendus sceptiques sur les &#233;tudes d'&#233;cole, ne faut-il pas la poursuivre ardemment jusqu'&#224; la tenir solidement ? En r&#233;alit&#233;, l'obligation de fournir un haut enseignement militaire am&#232;ne &#224; se poser bien des questions concernant la guerre, dans ses origines comme dans ses fins, et &#224; envisager les &#233;v&#233;nements qui accompagnent les grands conflits. C'est ainsi qu'un esprit, qui ne se borne pas &#224; la simple p&#233;dagogie du m&#233;tier des armes, est naturellement entra&#238;n&#233; &#224; embrasser la philosophie de la guerre et &#224; chercher &#224; quels besoins ou &#224; quelles aspirations elle.r&#233;pond dans la vie des peuples ; de quel prix et de quels sacrifices ces peuples l'accompagnent ; comment le d&#233;veloppement de la civilisation dans la paix, de l'instruction et de l'industrie notamment, met chaque jour &#224; la disposition de la guerre des moyens nouveaux susceptibles d'entra&#238;ner, au jour de la lutte, de profondes transformations dans l'art de la pratiquer. Napol&#233;on disait qu'une arm&#233;e devait changer de tactique tous les dix ans. Trente' ou quarante ans apr&#232;s 1870, quels changements ne devions-nous pas attendre de la part d'un adversaire &#224; l'esprit toujours tendu, depuis Fr&#233;d&#233;ric II, vers le perfectionnement de la guerre, dont l'essor industriel se montrait prodigieux et qui avait exalt&#233; au plus haut point le sentiment national d'un peuple en plein d&#233;veloppement ? Ses &#233;crivains militaires, les Falkenhausen, les Bernhardi, pour n'en citer que deux, ne laissaient pas ignorer d'ailleurs les proportions qu'allaient atteindre des organisations d'un nouveau mod&#232;le, ni l'extension que devait recevoir l'application aux peuples ennemis des lois de la guerre, c'est-&#224;-dire de la loi du plus fort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi n'est-il pas &#233;tonnant que l'&#201;cole de guerre, foyer d'&#233;tudes, ait, devant cet avenir inqui&#233;tant, fourni, avec son personnel d'instructeurs choisis dans toutes les armes et d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;s, un grand nombre des chefs appel&#233;s &#224; se distinguer dans la grande guerre, sans parler d'un remarquable &#233;tat-major. Tels les P&#233;tain, les Fayolle, les Maistre, les Debeney, les de Maud'huy. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, poursuivi par une politique qui coupait la France en deux partis pour assurer d'abord les carri&#232;res des officiers soi-disant d&#233;vou&#233;s &#224; cette politique, je rentrais dans un r&#233;giment, les ann&#233;es d'&#201;cole de guerre avaient fortement marqu&#233; leur empreinte dans mon esprit. J'avais appris &#224; envisager les probl&#232;mes de la lutte de demain, &#224; les discuter froidedement dans leur ensemble, &#224; leur donner une solution. La vie r&#233;gimentaire, en sous-ordre d'abord comme lieutenant-colonel du 29e d'artillerie sous un colonel particuli&#232;rement soigneux, comme chef de corps ensuite au 35e d'artillerie, me mettait aux prises pendant plus de quatre ans avec les difficult&#233;s d'assurer la r&#233;alisation d'un plan, d'une id&#233;e plus ou moins th&#233;orique. L'exercice du commandement est certainement la plus grande jouissance de la vie militaire, mais surtout dans le grade de capitaine par l'influence qu'on exerce de toute fa&#231;on sur l'homme de troupe intelligent, d&#233;vou&#233;, actif, qu'est le soldat fran&#231;ais, et dans le grade de colonel, chef de corps, par celle qu'on exerce sur un corps d'officiers plein des plus nobles sentiments, d'un grand savoir et d'un d&#233;vouement &#224; toutes &#233;preuves, et, par ce corps d'officiers, sur tout un r&#233;giment qui est bient&#244;t l'image de son chef. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore, ce corps d'officiers, faut-il l'instruire de sa t&#226;che devant l'ennemi, &#224; l'&#233;gard de ses subordonn&#233;s, de ses &#233;gaux et de ses sup&#233;rieurs, en ce jour de la bataille o&#249; s'obscurcit l'horizon contre lequel il faut &#233;nergiquement travailler cependant, et o&#249; les communications deviennent de plus en plus difficiles entre tous les grades. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque grad&#233; a actuellement son r&#244;le indispensable dans l'action ; il ne suffit plus qu'il soit tenu par un vaillant soldat parfaitement disciplin&#233;, il faut qu'il le soit par un chef sachant son m&#233;tier, et capable d'initiative. &lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, de mon commandement de r&#233;giment j'emportais l'impression que notre jeune arm&#233;e &#233;tait capable des plus grands efforts, et qu'elle devait aboutir &#224; la victoire si on l'engageait dans des voies praticables avec un mat&#233;riel de combat suffisant ; affaire. du haut-commandement, affaire d'organisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car, depuis 1890 notamment, nos voisins d'outre-Rhin donnaient &#224; leur armement un d&#233;veloppement inusit&#233; par le nombre et la vari&#233;t&#233; des calibres d'artillerie qu'ils destinaient &#224; la guerre de campagne. Ils perfectionnaient avec le plus grand soin leurs moyens d'observation et de communications. Nous pouvions &#234;tre en retard. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cet &#233;tat d'esprit, et sans y apporter de modifications profondes, que, continuant ma carri&#232;re, j'exer&#231;ais ensuite les fonctions de chef d'&#233;tat-major d'un corps d'arm&#233;e, puis de commandant de'l'artillerie de ce corps d'arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1908, j'&#233;tais appel&#233; &#224; commander l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre. Mon passage dans ce foyer de science m'amenait &#224; proposer une troisi&#232;me ann&#233;e d'&#233;tude pour certains officiers, en pr&#233;sence des lacunes que l'ampleur prise dans tous les sens par l'art de la guerre laissait encore dans leur savoir apr&#232;s les deux seules ann&#233;es d'&#233;cole. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1911, je prenais le commandement de la 14e division, troupe des plus solides, pr&#233;par&#233;e pour la couverture de la concentration ; en 1912, celui du 8e corps d'arm&#233;e, et, au mois d'ao&#251;t 1913, celui du 20e corps &#224; Nancy. Nos corps d'arm&#233;e &#224; cette &#233;poque, avec l'administration des r&#233;gions correspondantes, repr&#233;sentaient par le personnel de &#034;leurs troupes et services, comme aussi par leurs nombreux &#233;tablissements, de vastes domaines, dont la direction et la connaissance exigeaient une tr&#232;s grande activit&#233;. A peine en possession du 8e corps, il me fallait passer au 20e. Il comprenait deux divisions d'infanterie et une division de cavalerie, toutes, trois &#224; effectifs renforc&#233;s en vue d'une prompte mise sur pied de guerre. Au moment o&#249; j'y arrivais, il allait comprendre dans ses diff&#233;rentes unit&#233;s trois classes au lieu de deux, par suite du vote de la loi qui portait &#224; trois ans la dur&#233;e du service. Il y avait &#224; construire les casernements correspondant &#224; cette augmentation d'effectifs, &#224; &#233;tendre en proportion les h&#244;pitaux et autres services militaires. Nous entreprenions en m&#234;me temps la construction des ouvrages fortifi&#233;s autour de Nancy, et il fallait la h&#226;ter de toute fa&#231;on. C'est dire que dans les derni&#232;res ann&#233;es avant la guerre et par suite de mes changements de position successifs, j'avais d&#251; me soumettre &#224; un train de plus en plus fort pour remplir enti&#232;rement ma t&#226;che, entra&#238;nement des troupes, organisations de toutes natures, et cela sans perdre de temps, car l'adversaire devenait chaque jour plus mena&#231;ant et plus puissant. Apr&#232;s avoir largement d&#233;pass&#233; l'&#226;ge de soixante ans, au lieu de pouvoir songer au repos, il fallait se pr&#233;parer &#224; fournir toute l'&#233;nergie et toute l'activit&#233; possibles. La guerre s'avan&#231;ait. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, au cours de mon commandement de l'&#201;cole de guerre, j'&#233;tais entr&#233; en relations avec des notabilit&#233;s importantes de plusieurs arm&#233;es &#233;trang&#232;res. Dans l'arm&#233;e britannique, je m'&#233;tais li&#233; particuli&#232;rement avec le commandant de l'&#201;cole d'&#233;tat-major de Camberley, alors brigadier g&#233;n&#233;ral. Il allait devenir par la suite un des esprits les plus actifs de l'&#233;tat-major imp&#233;rial, puis le chef de cet &#233;tat-major, c'&#233;tait le Field-Marshal Wilson. Nous allions, pendant de longues ann&#233;es, notamment durant la guerre, travailler ensemble. Par sa grande intelligence, son inlassable activit&#233;, sa droiture &#224; toute &#233;preuve, il devait &#234;tre un des grands animateurs des organisations anglaises et un des serviteurs les plus heureux de la cause commune. J'avais &#233;galement re&#231;u &#224; plusieurs reprises une mission russe de l'Acad&#233;mie Nicolas, conduite par le commandant de cette Acad&#233;mie, le g&#233;n&#233;ral Tcherbatcheff ; ceci m'avait valu d'&#234;tre invit&#233; par l'empereur Nicolas &#224; ses man&#339;uvres de 1910. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans parler des relations de cordialit&#233; nou&#233;es de la sorte dans les deux arm&#233;es, mes visites m'avaient largement &#233;clair&#233; sur les moyens que nos futurs alli&#233;s pourraient apporter dans une guerre contre l'Allemagne, si les gouvernements marchaient d'accord. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de mon voyage en 1910, la Russie m'&#233;tait apparue comme un empire aux dimensions gigantesques, aux assises sociales encore informes, avec son gouvernement concentr&#233;, m&#234;me dans le domaine spirituel, entre les mains d'un seul homme, le tsar. Facilement l'inqui&#233;tude naissait, quand on mesurait la t&#226;che du souverain et les capacit&#233;s extraordinaires qu'il lui e&#251;t fallu pour tenir son peuple dans la voie du progr&#232;s. A remplir un pareil r&#244;le, un Pierre-le-Grand n'&#233;tait-il pas n&#233;cessaire ? Et si, &#224; ces difficult&#233;s naturelles r&#233;sultant de l'organisation du pouvoir, venaient s'ajouter les secousses d'une grande guerre, toujours susceptibles de mettre la solidit&#233; de l'&#201;tat en cause, de quelles r&#233;sistances seraient capables un semblable pouvoir comme aussi une nation tenue syst&#233;matiquement &#224; l'&#233;cart de la gestion de ses affaires, et si peu pr&#233;par&#233;e &#224; l'assurer ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La Russie, encore d&#233;pourvue des principes sociaux et des forces morales que repr&#233;sentaient les organisations nationales de l'occident et du centre de l'Europe, ne devait-elle pas dans une grande lutte accuser quelques faiblesses, tel un colosse aux pieds d'argile ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, et heureusement pour l'alliance fran&#231;aise, le tsar Nicolas II &#233;tait un souverain d'une droiture &#224; toute &#233;preuve ; nous n'avions pas &#224; douter du sens dans lequel il pousserait et maintiendrait les arm&#233;es dont il disposerait, et elles &#233;taient consid&#233;rables. C'&#233;tait l&#224; l'impression tr&#232;s nette que j'avais emport&#233;e de mes nombreux entretiens avec l'Empereur. Pendant toute la dur&#233;e des man&#339;uvres, il m'avait personnellement attach&#233; &#224; sa personne et les journ&#233;es de man&#339;uvres, toujours longues pour ceux qui n'y sont que spectateurs, comme c'&#233;tait mon cas, avaient permis ces nombreux entretiens. Mais, en m&#234;me temps, je n'avais pas pu ne pas &#234;tre frapp&#233; de la sombre inqui&#233;tude avec laquelle l'Empereur envisageait l'avenir et la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements r&#233;serv&#233;s sans doute &#224; son vaste Empire. Par l&#224; fallait-il sans doute placer les r&#233;sultats &#224; attendre au-dessous des intentions affirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_(Foch&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_(Foch&lt;/a&gt;)/Partie_1/Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral Niox&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6468270n/f9.image.mini&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6468270n/f9.image.mini&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Foch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209914h/f1.item&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209914h/f1.item&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5777919k.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5777919k.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Baron Roch Godart&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63655990.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63655990.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit du g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article387&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Mandon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8542&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8542&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8529&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8529&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1136&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1136&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les soldats, policiers et autres forces de r&#233;pression ont refus&#233; d'ob&#233;ir aux ordres de leur hi&#233;rarchie</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8558</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8558</guid>
		<dc:date>2025-12-26T23:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les soldats, policiers et autres forces de r&#233;pression ont refus&#233; d'ob&#233;ir aux ordres de leur hi&#233;rarchie&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mutineries, d&#233;sob&#233;issances, soul&#232;vements de soldats, comit&#233;s de soldats et de policiers du rang, r&#233;voltes de policiers et d'autres forces de r&#233;pression&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
ILS REFUSENT DE FAIRE LA GUERRE OU DE REPRIMER LA POPULATION REVOLTEE ! ILS ONT DROIT A NOTRE SOUTIEN ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les appareils r&#233;formistes et opportunistes, politiques, syndicaux et associatifs refusent d'intervenir, baillonnent les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/600405379_1183449850640187_6641716353632449374_n.jpg' width=&#034;526&#034; height=&#034;789&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18637 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-10-75979-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-10-75979-2.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titressd-7723d-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titressd-7723d-2.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5-2.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les soldats, policiers et autres forces de r&#233;pression ont refus&#233; d'ob&#233;ir aux ordres de leur hi&#233;rarchie&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mutineries, d&#233;sob&#233;issances, soul&#232;vements de soldats, comit&#233;s de soldats et de policiers du rang, r&#233;voltes de policiers et d'autres forces de r&#233;pression&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ILS REFUSENT DE FAIRE LA GUERRE OU DE REPRIMER LA POPULATION REVOLTEE ! ILS ONT DROIT A NOTRE SOUTIEN !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appareils r&#233;formistes et opportunistes, politiques, syndicaux et associatifs refusent d'intervenir, baillonnent les travailleurs, alors qu'ils doivent prendre ouvertement parti pour ceux qui refusent&#8230; M&#234;me l'extr&#234;me gauche se refuse de prendre parti pour eux et en reste &#224; son slogan bas de gamme &#171; tout le monde d&#233;teste la police &#187; &#224; part Lutte ouvri&#232;re qui aime&#8230; la police de proximit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler les forces de l'ordre &#224; d&#233;sob&#233;ir, &#224; se mutiner, &#224; s'auto-organiser et les d&#233;fendre quand ils le font, voil&#224; la politique &#224; mener pour les travailleurs, les jeunes, les femmes, les paysans, tous ceux qui luttent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte des policiers et soldats est vitale pour les r&#233;voltes et r&#233;volutions, mais elle ne peut &#234;tre efficace que si la base des forces de l'ordre s'auto-organise aux c&#244;t&#233;s du peuple travailleur lui-m&#234;me auto-organis&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui a manqu&#233; dans les r&#233;volutions &#034;des printemps&#034; depuis 2010 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVE LA DESOBEISSANCE ! VIVENT LES COMITES DE SOLDATS ET DE POLICIERS DU RANG QUI REFUSENT LA REPRESSION ! VIVE LES COMITES DE TRAVAILLEURS, DE PAYSANS, DE GILETS JAUNES, DE POLICIERS ET DE SOLDATS CONTRE L'ETAT DES MILLIARDAIRES !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s maintenant, nous devons revendiquer les droits d&#233;mocratiques des soldats et des policiers, leur d&#233;fense quand ils se mutinent contre la r&#233;pression violente et exiger de nos syndicats qu'ils les d&#233;fendent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutien aux forces de l'ordre qui refusent de r&#233;primer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8552&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8552&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que Trotsky &#233;tait le d&#233;fenseur des soldats russes en 1917 qui refusaient d'aller sur le front de la premi&#232;re guerre mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5295&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5295&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en octobre 1917 en Russie, ce sont les comit&#233;s d'ouvriers et de soldats, dirig&#233;s par Trotsky, qui ont pris le pouvoir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6925&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6925&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel de quelques mutineries du pass&#233;&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mutinerie dans la bataille de Mutina (actuelle Mod&#232;ne) en 43 av. J.-C., entre Marc Antoine et Octave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_de_Mod%C3%A8ne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_de_Mod%C3%A8ne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille d'Andrinople, mutinerie des f&#233;d&#233;r&#233;s Goths &#233;tablis dans l'Empire romain en 378.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Andrinople_(378&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Andrinople_(378&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutinerie du Bounty eut lieu &#224; bord du HMS Bounty, une fr&#233;gate de la Royal Navy, le 28 avril 1789 dans le Pacifique Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutinerie_du_Bounty&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutinerie_du_Bounty&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutinerie de Spithead, dans la Royal Navy, en 1797 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutineries_de_Spithead_et_de_Nore&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutineries_de_Spithead_et_de_Nore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1830, Nicolas Ier, tsar de Russie, donna ordre aux troupes polonaises du royaume de Pologne de marcher sur Bruxelles afin d'&#233;touffer l'insurrection belge triomphante. Ils refus&#232;rent d'ob&#233;ir aux ordres et se soulev&#232;rent en disant : &#171; Nous ne marcherons pas contre un peuple qui lutte pour sa libert&#233;. &#187; La r&#233;volution fut noy&#233;e dans le sang, elle n'en avait pas moins retenu sur la Vistule les troupes russes qui se pr&#233;paraient &#224; envahir la Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_belge&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_belge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inde - Fin mai 1857 - La mutinerie des Cipayes s'&#233;tend en Inde centrale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3097&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3097&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris 1871 - La mutinerie de la Garde Nationale face &#224; la Commune de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soul%C3%A8vement_du_18_mars_1871&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soul%C3%A8vement_du_18_mars_1871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries des marins russes pendant la r&#233;volution de 1905&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7807&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7807&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1907/06/lt19070600a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1907/06/lt19070600a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutinerie de Suomenlinna en 1906&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Sveaborg_rebellion?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Sveaborg_rebellion?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1907 : mutinerie de l'arm&#233;e fran&#231;aises face aux vignerons r&#233;volt&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
En pleine r&#233;volte des vignerons du Languedoc en 1907, le 17e r&#233;giment d'infanterie compos&#233; de r&#233;servistes et de conscrits du pays, est mut&#233; de B&#233;ziers &#224; Agde le 18 juin 1907. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la soir&#233;e du 20 juin, les soldats apprennent le drame de Narbonne o&#249; la troupe sur ordre de Georges Clemenceau a tir&#233; sur des manifestants. Environ 500 soldats de la 6e compagnie du 17e r&#233;giment d'infanterie se mutinent. Ils emportent armes et munitions, quittent la caserne o&#249; ils &#233;taient cantonn&#233;s et prennent la direction de B&#233;ziers, &#224; pied. Ils parcourent une vingtaine de kilom&#232;tres, par une marche de nuit. Le 21 juin, en d&#233;but de matin&#233;e, ils arrivent &#224; B&#233;ziers. Ils sont accueillis chaleureusement par les Biterrois. Les soldats s'installent alors sur les all&#233;es Paul-Riquet, longue esplanade au centre de B&#233;ziers, mettent crosse en l'air et fraternisent avec la population qui n'h&#233;site pas &#224; leur offrir de la nourriture et du vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gloire_au_17e&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gloire_au_17e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Semaine tragique &#224; Barcelone et dans d'autres villes de la province entre le 26 juillet et le 2 ao&#251;t 1909 contre l'envoi de troupes au Maroc espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_tragique_(Espagne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_tragique_(Espagne&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte de 1913 en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 mars 1913, un projet de loi pr&#233;voit d'allonger la dur&#233;e du service militaire de deux &#224; trois ans. Pour s'y opposer, la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re (SFIO), la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (CGT) et la F&#233;d&#233;ration communiste anarchiste (FCA) organisent des meetings et des manifestations importantes dont celle du 25 mai 1913, au Pr&#233;-Saint-Gervais, qui r&#233;unit de 40 000 &#224; 150 000 personnes. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mai, les conscrits dont la lib&#233;ration pr&#233;vue quelques mois plus tard est retard&#233;e d'un an s'agitent dans des casernes de tout le pays. &#192; Toul, l'ordre est r&#233;tabli par la gendarmerie. &#192; Rodez, deux bataillons du 122e r&#233;giment d'infanterie pr&#233;m&#233;ditent une sortie collective de la caserne pour aller d&#233;baucher une autre garnison. Le d&#233;but de mutinerie est &#233;touff&#233; par un officier qui braque un fusil sur les manifestants. Des soldats passent en Conseil de guerre, sont punis de prison ou envoy&#233;s en compagnies de discipline. Des perquisitions, des arrestations et des emprisonnements frappent les militants syndicaux et anarchistes. L'Assembl&#233;e nationale renonce &#224; prolonger les services militaires en cours. Le projet de loi des Trois ans est vot&#233; le 19 juillet par l'Assembl&#233;e nationale et le 7 ao&#251;t par le S&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_du_7_ao%C3%BBt_1913_modifiant_les_lois_des_cadres_de_l%27infanterie,_de_la_cavalerie,_de_l%27artillerie_et_du_g%C3%A9nie,_en_ce_qui_concerne_l%27effectif_des_unit%C3%A9s_et_fixant_les_conditions_du_recrutement_de_l%27arm%C3%A9e_active_et_la_dur%C3%A9e_du_service&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_du_7_ao%C3%BBt_1913_modifiant_les_lois_des_cadres_de_l%27infanterie,_de_la_cavalerie,_de_l%27artillerie_et_du_g%C3%A9nie,_en_ce_qui_concerne_l%27effectif_des_unit%C3%A9s_et_fixant_les_conditions_du_recrutement_de_l%27arm%C3%A9e_active_et_la_dur%C3%A9e_du_service&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re division d'infanterie coloniale avait la r&#233;putation d'&#234;tre solide et ob&#233;issante. Elle avait souvent &#233;t&#233; &#224; la pointe des assauts. Revenant du front, dans la nuit du 21 au 22 avril 1917, ce sont pourtant ces troupes qui s'&#233;crient : &#171; A bas la guerre ! On nous a fait assassiner ! &#187; Averti des &#171; sympt&#244;mes d'effervescence &#187; de ce genre, Nivelles ne veut rien entendre. Soucieux de sauver ce qui lui reste de sa cr&#233;dibilit&#233;, il ordonne de nouveaux assauts futiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une mutinerie &#233;clate finalement le 29 avril, dans le 2e bataillon du 18e r&#233;giment d'infanterie. Lors de l'offensive ordonn&#233;e par Nivelles, &#224; peine 200 des 600 membres du bataillon ont surv&#233;cu. Cantonn&#233;s pr&#232;s de Soissons, ils ne parviennent pas &#224; se remettre de cette exp&#233;rience. Ils esp&#232;rent un transfert sur le front d'Alsace, un secteur relativement calme. Mais le 29, moins de deux semaines apr&#232;s le massacre, de nouveaux officiers qu'ils ne connaissaient et ne respectaient pas les informent qu'ils vont remonter en ligne. Ils se r&#233;voltent, scandent des mots d'ordre contre la guerre. On appelle alors une section de gendarmes, qui r&#233;ussit &#224; les mettre en ligne, et, &#224; deux heures du matin, ils sont en route pour le front. En chemin, les gendarmes arr&#234;tent plus ou moins arbitrairement une vingtaine de soldats, qu'ils consid&#232;rent comme des meneurs de la r&#233;volte. Une douzaine d'entre eux sont incarc&#233;r&#233;s. Un &#171; conseil de guerre &#187; compos&#233; d'officiers est mis en place. Il leur faut des condamnations &#171; pour l'exemple &#187;. Les prisonniers sont d&#233;port&#233;s en Guin&#233;e fran&#231;aise, &#224; l'exception du caporal Moulia et des soldats Cordonnier, Didier, Garrel et La Placette, qui sont condamn&#233;s &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Dormans, des soldats se soul&#232;vent en scandant : &#171; A bas la guerre et vive la r&#233;volution russe ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des mutineries les plus importantes a lieu &#224; proximit&#233; de C&#339;uvres, &#224; quelques kilom&#232;tres de Soissons, le 2 juin, dans le 310e r&#233;giment d'infanterie. Le 30 mai, un autre r&#233;giment est pass&#233; par C&#339;uvres &#8211; en route, semblait-il, pour le front. Mais il &#233;tait &#233;vident que les soldats n'avaient pas l'intention de s'y rendre. Ils sont pass&#233;s devant les hommes du 310e, en criant : &#171; A bas la guerre ! Faites comme nous et la guerre s'arr&#234;tera ! La libert&#233; ou la mort ! &#187; Finalement, le r&#233;giment en r&#233;bellion est chass&#233; de C&#339;uvres par une troupe de cavalerie et de mitrailleurs. Mais l'incident laisse sa marque sur les hommes du 310e, d&#233;sormais en &#233;bullition. Ici et l&#224;, ils entonnent L'Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, ils re&#231;oivent l'ordre de quitter C&#339;uvres. Mais ils refusent. Ils &#233;lisent des d&#233;l&#233;gu&#233;s charg&#233;s de maintenir une &#171; discipline r&#233;volutionnaire &#187; dans le r&#233;giment &#8211; suivant en cela, comme bien d'autres r&#233;giments fran&#231;ais, l'exemple des &#171; soviets de d&#233;put&#233;s des soldats &#187; &#233;lus dans les r&#233;giments russes. Ils tiennent ainsi pendant quatre jours, avant de se rendre. Les deux-tiers des hommes sont incarc&#233;r&#233;s pr&#232;s de Soissons. Une quinzaine d'entre eux est condamn&#233;e aux travaux forc&#233;s. Seize hommes sont condamn&#233;s &#224; mort. Mais cela n'a pas mis fin &#224; la r&#233;volte dans l'arm&#233;e fran&#231;aise. Dans la deuxi&#232;me semaine de juin, le 298e r&#233;giment d'infanterie lance une insurrection, prend le contr&#244;le du village de Missy-aux-Bois et y &#233;tablit son propre &#171; gouvernement r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Louis Guilloux &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les temps &#233;taient encore tout proches des grandes mutineries, et j'avais vu, de mes yeux vu, des sc&#232;nes d'&#233;meutes. Je savais, et tout le monde savait, comment les permissionnaires d&#233;telaient les locomotives, quels chants, quels cris ils poussaient : &#171; N'allez pas l&#224;-bas ! &#187; et j'avais encore dans l'oreille ce grand cri de r&#233;volte que les hommes descendant des lignes lan&#231;aient &#224; ceux qui y remontaient, et que les mutins avaient partout r&#233;pandu. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, c'est bel et bien le d&#233;but d'une r&#233;volution qui a gagn&#233; l'arm&#233;e fran&#231;aise en 1917&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier de ces actes d'indiscipline collectifs &#233;clata dans un r&#233;giment engag&#233; devant les monts de Champagne, le 17 Avril 1917. Puis, douze jours plus tard, sur le m&#234;me front, un nouvel incident toucha une autre unit&#233;. Cependant, l'incident le plus grave se d&#233;roula dans la 41eme division, o&#249;, les 1er et 2 juin 1917, 2000 hommes insult&#232;rent le g&#233;n&#233;ral qui tenait de les calmer et lui arrach&#232;rent ses &#233;toiles aux cris de &#171; Assassin ! Buveur de sang ! A mort ! Vive la r&#233;volution &#187; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Probablement, les soldats fran&#231;ais ont-ils &#233;t&#233; influenc&#233;s par l'exemple des soldats russes qui combattaient &#224; leurs c&#244;t&#233;s. En effet, les survivants des 20 000 soldats de deux brigades russes, venues sur le front fran&#231;ais en mars 1916, refusent de continuer le combat apr&#232;s l'offensive Nivelle et de nombreuses pertes. Mais c'est avant tout l'annonce tardive de la R&#233;volution de f&#233;vrier en Russie qui va motiver ces troupes pour r&#233;clamer leur rapatriement. Prudemment, l'&#233;tat-major fran&#231;ais les confine dans un camp &#224; l'arri&#232;re o&#249; ils vont f&#234;ter le 1er mai. Puis, exp&#233;di&#233;s dans le camp de La Courtine dans la Creuse, les mutins russes d&#233;cident de renvoyer leurs officiers et de s'autog&#233;rer notamment en &#233;lisant leurs repr&#233;sentants. Ceux-ci vont mener pendant trois mois les n&#233;gociations avec les autorit&#233;s russes du gouvernement provisoire qui refusent leur retour vers leur pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, l'assaut est donn&#233; le 16 septembre par des troupes fran&#231;aises et le concours d'artilleurs russes. Les combats font pr&#232;s de 200 morts chez les insurg&#233;s. Les brigades seront dissoutes et leurs dirigeants arr&#234;t&#233;s. Apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre et la Paix de Brest-Litovsk, il est encore moins question de les rapatrier. On leur ordonne d'int&#233;grer des compagnies de travail. Ceux qui refusent seront envoy&#233;s dans des camps disciplinaires en Alg&#233;rie. Les premiers soldats ne rentrent en Russie que fin 1919.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mutineries qui ne cess&#232;rent de se d&#233;velopper durant tout l'&#233;t&#233; 1917 touch&#232;rent, dans une contestation plus ou moins vive, pr&#232;s des 2/3 des r&#233;giments fran&#231;ais. Des mouvements similaires se d&#233;veloppaient dans le m&#234;me temps parmi les autres arm&#233;es europ&#233;ennes impliqu&#233;es dans le conflit, y compris &#224; l'int&#233;rieur de l'arm&#233;e allemande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'arm&#233;e britannique, une mutinerie comptant jusqu'&#224; 1000 soldats a dur&#233; quelques jours dans le camp d'&#201;taples sur le littoral fran&#231;ais du Pas-de-Calais, et a &#233;t&#233; vite r&#233;prim&#233;e en 1917. Ce camp a accueilli jusqu'&#224; 80 000 soldats anglais et du Commonwealth pour les pr&#233;parer aux rigueurs du front. Un sous-officier a &#233;t&#233; fusill&#233; pour son r&#244;le dans la mutinerie, un des trois soldats britanniques fusill&#233;s pour cette infraction dans le front de l'Ouest pendant la guerre5. L'arm&#233;e britannique et fran&#231;aise conviendront de garder le secret sur cette affaire jusqu'en 2017, date &#224; laquelle les archives britanniques devraient &#234;tre ouvertes&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e russe n'&#233;chappe pas non plus aux cas d'insubordination et conna&#238;t un mouvement de r&#233;volte sans pr&#233;c&#233;dent avec la mutinerie de ses soldats cantonn&#233;s pr&#232;s de la commune de La Courtine, situ&#233;e dans le d&#233;partement de la Creuse. Cette mutinerie co&#239;ncide avec les mouvements de r&#233;volte qui ont lieu aux mois de mai et juin 1917 au sein de l'Arm&#233;e fran&#231;aise. Ainsi, dans le camp militaire de La Courtine, pr&#232;s de 10 000 soldats russes refusent d'ob&#233;ir aux officiers et exigent d'&#234;tre rapatri&#233;s en Russie. Les autorit&#233;s fran&#231;aises, en concertation avec le commandement russe, se sont charg&#233;es elles-m&#234;mes de r&#233;primer cette mutinerie collective et le 19 septembre 1917 les derniers mutins russes se rendent. Par ailleurs, en Russie au printemps 1917 et en Allemagne fin 1918, l'indiscipline militaire trouve le relais des mouvements sociaux de l'int&#233;rieur et remettent en cause le pouvoir &#233;tabli.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e Austro-hongroise est &#233;galement affect&#233;e par des cas de d&#233;sob&#233;issance et des centaines d'hommes pr&#233;f&#232;rent d&#233;serter ses rangs ou se rendre. On constate &#233;galement, au sein de l'arm&#233;e ottomane, un taux important de d&#233;sertion et d'insubordination. Selon les t&#233;moignages, on estime entre 300 000 et 500 000 le nombre de soldats turcs qui auraient d&#233;sert&#233; l'arm&#233;e imp&#233;riale au cours de toute la Grande Guerre. L'arm&#233;e italienne est aussi touch&#233;e par de nombreux cas d'insubordination. Ainsi la d&#233;faite de l'arm&#233;e italienne &#224; la bataille de Caporetto, &#224; la fin du mois d'octobre 1917, s'accompagne d'une vague d'insubordination et de d&#233;sertion massive puisqu'on estime qu'environ 100 000 soldats italiens fuirent le th&#233;&#226;tre d'op&#233;ration8. L'arm&#233;e britannique a quant &#224; elle d&#251; faire face &#224; un faible nombre de mutineries par rapport aux autres arm&#233;es europ&#233;ennes. Le mouvement de r&#233;volte le plus significatif a dur&#233; quelques jours dans le camp d'Etaples, sur le littoral fran&#231;ais du Pas-de-Calais, mais a rapidement &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1915, des dizaines de soldats fran&#231;ais participent &#224; des mutineries. Par exemple, le 14 mai 1916, &#224; Verdun, la moiti&#233; d'un bataillon refuse de monter au front. Quinze hommes sont arr&#234;t&#233;s, tous les officiers et sous-officiers sont punis de huit jours d'arr&#234;t. Un soldat condamn&#233; &#224; mort est ex&#233;cut&#233;. On d&#233;nombre 509 condamnations pour refus d'ob&#233;issance en 1914, 2 433 en 1915 et 8 924 en 1916. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de l'ann&#233;e 1917, l'arm&#233;e fran&#231;aise lance des offensives qui sont des &#233;checs, comme au Chemin des Dames (dans l'Aisne) o&#249; elle ne parvient pas &#224; percer les lignes allemandes. Des mutineries &#233;clatent alors et touchent environ 40 000 hommes : les soldats r&#233;clament une am&#233;lioration de leurs conditions de vie et la fin des offensives sanglantes et inutiles. Le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain r&#233;tablit la situation au prix d'une s&#233;v&#232;re r&#233;pression mais il am&#233;liore aussi la vie quotidienne du &#034;poilu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quatre ans, 2 400 &#171; poilus &#187; sont condamn&#233;s &#224; mort et 600 ex&#233;cut&#233;s, fusill&#233;s pour l'exemple. Les autres voient leur peine commu&#233;e en travaux forc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4022&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4022&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2574&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2574&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/1917_French_Army_mutinies?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/1917_French_Army_mutinies?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutineries_de_1917&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutineries_de_1917&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/epoque-contemporaine/mutineries-de-1917-quand-les-soldats-francais-ont-dit-non-a-la-guerre-60280.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/epoque-contemporaine/mutineries-de-1917-quand-les-soldats-francais-ont-dit-non-a-la-guerre-60280.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://buclermont.hypotheses.org/2743&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://buclermont.hypotheses.org/2743&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les soldats coloniaux se r&#233;voltaient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gisti.org/doc/plein-droit/69/soldats.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gisti.org/doc/plein-droit/69/soldats.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1917, des soldats italiens de la brigade Catanzaro se mutinent &#224; Santa Maria la Longa contre la d&#233;cision de les renvoyer au front malgr&#233; la promesse de leur accorder du repos. De officiers et des soldats sont tu&#233;s. Seize fantassins tir&#233;s au sort et jug&#233;s sommairement sont fusill&#233;s. Douze autres sont morts pendant la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://observatoireducentenaire.pantheonsorbonne.fr/sites/default/files/inline-files/ITALIE%2004%20-%20Novembre%202014%20-%20Renaissance%20pol%C3%A9mique%202014%20-%20Marco%20Pluviano.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://observatoireducentenaire.pantheonsorbonne.fr/sites/default/files/inline-files/ITALIE%2004%20-%20Novembre%202014%20-%20Renaissance%20pol%C3%A9mique%202014%20-%20Marco%20Pluviano.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries des troupes tsaristes face &#224; la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr07.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr07.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prikaz n&#176;1 : ordre aux soldats de ne plus ob&#233;ir aux officiers, de s'organiser en soviets et de se joindre aux soviets de travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Prikaz n&#176;1 &#187; du Soviet de Petrograd du 2 mars 1917 a cass&#233; l'ob&#233;issance du soldat &#224; la hi&#233;rarchie militaire russe :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A la garnison de la r&#233;gion de Petrograd. A tous les soldats de la garde, de l'arm&#233;e, de l'artillerie et de la flotte, aux fins d'ex&#233;cution imm&#233;diate et rigoureuse, et aux ouvriers de Petrograd, &#224; titre d'information.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Soviet de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats d&#233;cide :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) Dans toutes les compagnies, dans les bataillons, r&#233;giments, batteries, escadrons et administrations militaires de toute sorte, et &#224; bord des b&#226;timents de la flotte de guerre, on choisira imm&#233;diatement, par voie d'&#233;lection, un comit&#233; de repr&#233;sentants parmi les simples soldats des unit&#233;s militaires ci-dessus indiqu&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans toutes les unit&#233;s militaires qui n'ont pas encore choisi leurs repr&#233;sentants au Soviet de d&#233;put&#233;s ouvriers, on &#233;lira un repr&#233;sentant par compagnie qui, porteur de certificats &#233;crits, se pr&#233;sentera &#224; la Douma d'&#201;tat le 2 mars courant, &#224; 10 heures du matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Dans tous ses actes politiques, l'unit&#233; militaire ob&#233;it au Soviet de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, et &#224; ses comit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
4) Les ordres de la Commission militaire de la Douma d'&#201;tat ne doivent &#234;tre ex&#233;cut&#233;s que dans les cas o&#249; ils ne seront pas en contradiction avec les ordres et les d&#233;cisions du Soviet de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats.&lt;br class='autobr' /&gt;
5) Les armes de tout genre telles que : fusils, mitrailleuses, automobiles blind&#233;es, etc. doivent se trouver &#224; la disposition et sous le contr&#244;le des comit&#233;s de compagnie et de bataillon, et ne seront en aucun cas d&#233;livr&#233;es aux officiers, m&#234;me s'ils en faisaient sommation.&lt;br class='autobr' /&gt;
6) Dans le rang et pendant le service, les soldats doivent observer la plus stricte discipline militaire ; mais en dehors du service et du rang, dans leur vie politique, civique et priv&#233;e, les soldats ne sauraient &#234;tre l&#233;s&#233;s dans les droits dont jouissent tous les citoyens. Notamment le garde-&#224;-vous au passage d'un sup&#233;rieur et le salut militaire obligatoire sont abolis, hors service.&lt;br class='autobr' /&gt;
7) De m&#234;me sont supprim&#233;es les formules d&#233;cern&#233;es aux officiers : Votre Excellence, Votre Noblesse, etc. ; elles sont remplac&#233;es par : monsieur le g&#233;n&#233;ral, monsieur le colonel, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mauvais traitements de grad&#233;s de toute sorte &#224; l'&#233;gard des soldats, et notamment le tutoiement, sont interdits ; toutes les infractions au pr&#233;sent ordre, ainsi que tous les malentendus dus entre officiers et soldats, ces derniers sont tenus de les porter &#224; la connaissance des comit&#233;s de compagnie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donner lecture de cet ordre dans toutes les compagnies, bataillons, r&#233;giments, &#233;quipages, batteries et autres services arm&#233;s et auxiliaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
LE SOVIET DES D&#201;PUT&#201;S OUVRIERS ET SOLDATS DE PETROGRAD. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_n%C2%B01_du_Soviet_de_Petrograd&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_n%C2%B01_du_Soviet_de_Petrograd&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries dans les troupes allemandes en 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mutineries qui &#233;clat&#232;rent parmi les matelots de la flotte allemande en ao&#251;t 1917. Une organisation r&#233;volutionnaire des matelots, comptant &#224; la fin de juillet 1917 quelque quatre mille membres, dirigea le mouvement. Les marins Maxe Reicbspietsch et Albin K&#246;bis du &#171; Friedrich der Grosse &#187; furent &#224; la t&#234;te de l'organisation. Celle-ci adopta la r&#233;solution de lutter pour une paix d&#233;mocratique et de pr&#233;parer une insurrection. D&#233;but ao&#251;t commenc&#232;rent des actions ouvertes dans la flotte. Les matelots du b&#226;timent de ligne &#171; Prinze-r&#233;gent Luitpold &#187;, qui mouillait &#224; Wilhelmshaven, quitt&#232;rent le navire pour lib&#233;rer leurs camarades arr&#234;t&#233;s pour avoir particip&#233; &#224; la gr&#232;ve qui avait eu lieu pr&#233;c&#233;demment. Le 16 ao&#251;t, les chauffeurs du b&#226;timent &#171; La Westphalie &#187; refus&#232;rent le travail. Presque simultan&#233;ment l'&#233;quipage du &#171; Nuremberg &#187; se r&#233;volta en pleine mer. Les troubles gagn&#232;rent d'autres navires &#224; Wilhelmshaven. Les mutineries furent f&#233;rocement r&#233;prim&#233;es. Les chefs du mouvement, Reichspietsch et K&#246;bis furent fusill&#233;s, d'autres participants actifs condamn&#233;s &#224; de lourds peines de travaux forc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171029.htm#n2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171029.htm#n2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries de 1918 dans les troupes de la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effervescence des troupes se manifesta par une s&#233;rie de mutineries qui suivit la gr&#232;ve de janvier. Des troupes slovaques &#224; Judenburg, serbes &#224; F&#252;nfkirchen, tch&#232;ques &#224; Rumburg, magyares &#224; Budapest, se mutin&#232;rent. A Cataro, dans les premiers jours de f&#233;vrier [donc tout juste une semaine et demie apr&#232;s l'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !], une gr&#232;ve des travailleurs des arse&#172;naux s'&#233;tendit &#224; la marine de guerre. L'&#233;quipage des navires de guerre hissa des drapeaux rouges, s&#233;questra les officiers et exigea la conclusion de la paix sur la base des &#171; 14 points &#187; de Wilson &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1967/10/rosdolsky.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1967/10/rosdolsky.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries de l'arm&#233;e fran&#231;aise de la Mer noire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/pcf/works/1934/marty_mer_noire.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/pcf/works/1934/marty_mer_noire.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mutineries de la flotte de la mer Noire, en avril 1919, contraignirent le gouvernement de la IIIe R&#233;publique &#224; renoncer &#224; l'extension des op&#233;rations dans le sud du pays sovi&#233;tique. C'est sous la pression directe des ouvriers britanniques que le gouvernement anglais &#233;vacua le nord en septembre 1919. Apr&#232;s la retraite des arm&#233;es rouges sous Varsovie, en 1920, seule une puissante vague de protestations r&#233;volutionnaires emp&#234;cha l'Entente de venir en aide &#224; la Pologne pour infliger aux Soviets une d&#233;faite d&#233;cisive. Lord Curzon, quand il adressa en 1923 son ultimatum &#224; Moscou, eut les mains li&#233;es par la r&#233;sistance des organisations ouvri&#232;res d'Angleterre. Ces &#233;pisodes saisissants ne sont pas isol&#233;s ; ils caract&#233;risent la premi&#232;re p&#233;riode, la plus difficile, de l'existence des Soviets. Bien que la r&#233;volution n'ait vaincu nulle part ailleurs qu'en Russie, les esp&#233;rances fond&#233;es sur elle n'ont pas &#233;t&#233; vaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, fin 1918, la mutinerie de Kiel a mis le feu aux poudres de la r&#233;volution prol&#233;tarienne allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1471&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1471&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e fran&#231;aise &#224; Odessa en 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6720&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6720&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indochine 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 10 au 11 f&#233;vrier 1930, deux compagnies du 4e r&#233;giment de tirailleurs tonkinois, aid&#233;s par des agitateurs civils, se mutinent &#224; Y&#234;n B&#225;i, tuant plusieurs officiers fran&#231;ais. Simultan&#233;ment, des bombes sont lanc&#233;es &#224; Hano&#239; sur des commissariats, des casernes et le b&#226;timent de la S&#251;ret&#233;, tandis que plusieurs autres tentatives d'insurrection ont lieu. Mais la r&#233;volte du 4e tonkinois, qui devait lancer un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral, ne s'&#233;tend pas. La mutinerie est rapidement &#233;cras&#233;e, et le VNQDD d&#233;cim&#233; par la r&#233;pression. Nguy&#7877;n Th&#225;i H&#7885;c, captur&#233; fin f&#233;vrier, est ex&#233;cut&#233; avec douze de ses camarades, et de nombreux militants sont envoy&#233;s au bagne de Poulo Condor. L'affaire de Y&#234;n B&#225;i marque beaucoup l'opinion dans la colonie, prise au d&#233;pourvu par cette insurrection alors que l'Indochine semblait stabilis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, la mutinerie de Y&#234;n B&#225;i donne &#233;galement aux communistes l'occasion de passer &#224; l'action. Alors que l'&#233;chec de l'insurrection a d&#233;capit&#233; la mouvance ind&#233;pendantiste non communiste, Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c juge le moment propice pour rassembler autour de lui les nationalistes annamites. En f&#233;vrier 1930, il fonde &#224; Hong Kong le Parti communiste vietnamien. Il re&#231;oit cette fois l'aval du Komintern qui, souhaitant que le mouvement puisse s&#233;duire l'ensemble des peuples de l'Indochine, lui impose &#224; la fin de l'ann&#233;e de rebaptiser son mouvement Parti communiste indochinois (PCI). Les membres de cette nouvelle organisation sont cependant presque tous des Vietnamiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de f&#233;vrier, quelques jours avant Y&#234;n B&#225;i, des militants communistes commencent &#224; pousser &#224; la gr&#232;ve les coolies d'une plantation. Ce n'est que le d&#233;but d'une s&#233;rie de vastes mouvements sociaux, notamment dans le Nord de l'Annam et en Cochinchine, alors que l'&#233;conomie indochinoise commence &#224; d&#233;cliner dangereusement. C'est dans la r&#233;gion de Ngh&#7879; An, province d&#233;sh&#233;rit&#233;e &#8212; dont est par ailleurs originaire Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c &#8212; qui conna&#238;t alors une situation difficile du fait de mauvaises r&#233;coltes, que les communistes trouvent le terreau le plus propice. Le PCI mobilise les masses d&#233;sh&#233;rit&#233;es pour r&#233;clamer du riz aux autorit&#233;s. Le 1er mai, le mouvement compte ses premiers morts quand plusieurs gr&#233;vistes sont tu&#233;s &#224; Vinh par la Garde indig&#232;ne ; agitations, manifestations et marches de paysans se succ&#232;dent pendant tout l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6292&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6292&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1943 - Mutinerie de la 13e division SS Handschar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/13e_division_SS_Handschar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/13e_division_SS_Handschar&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont refus&#233; de participer &#224; la guerre coloniale de la France en Alg&#233;rie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soldats_du_refus&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soldats_du_refus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2001_num_88_332_3902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2001_num_88_332_3902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/temoigner/11459&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/temoigner/11459&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1970 : mutinerie dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine en guerre au Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1970, le soldat de la Marine Alvin Glatkowski, d&#233;tourne avec son camarade Clyde McKay, un navire militaire qui transporte des bombes au napalm vers le Vietnam dans l'oc&#233;an Indien. &#201;quip&#233;s de simples armes de poing, les pirates prennent le contr&#244;le du bateau, font descendre une partie de l'&#233;quipage et am&#232;nent la cargaison au large du Cambodge, o&#249; ils demandent l'asile politique. Arr&#234;t&#233; apr&#232;s le coup d'&#201;tat au Cambodge, Glatkowski est extrad&#233; et condamn&#233; &#224; dix ans de prison aux USA. Son complice dispara&#238;t dans la jungle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rence : Pierre Douillard-Lef&#232;vre, Maudite soit la guerre, manuel de r&#233;sistance antimilitariste, Quimperl&#233;, &#201;ditions Divergences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jargon de l'arm&#233;e am&#233;ricaine, le fragging &#8212; qui se traduit litt&#233;ralement par &#171; fragmentation &#187; &#8212; d&#233;signe un attentat contre un officier de la cha&#238;ne de commandement d'une unit&#233; dans l'intention de le tuer. Le terme trouve son origine dans des faits survenus pendant la guerre du Vi&#234;t Nam et perp&#233;tr&#233;s &#224; l'encontre d'officiers impopulaires au sein d'unit&#233;s de combat, la tentative d'assassinat &#233;tant ex&#233;cut&#233;e au moyen d'une grenade &#224; fragmentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fragging&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fragging&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.village-justice.com/articles/fragging-pendant-guerre-vietnam-par-vincent-ricouleau-professeur-droit,52913.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.village-justice.com/articles/fragging-pendant-guerre-vietnam-par-vincent-ricouleau-professeur-droit,52913.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://marxiste.be/index.php/histoire/1330-l-histoire-cachee-des-etats-unis-la-revolte-des-soldats-au-vietnam&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://marxiste.be/index.php/histoire/1330-l-histoire-cachee-des-etats-unis-la-revolte-des-soldats-au-vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte des soldats portugais en 1974-1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article117&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article117&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mali en 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le peuple malien se soul&#232;ve contre la dictature de Moussa Traore qui a fait tirer sur des enfants et des femmes, le 21 mars 2012, &#224; l'occasion d'une visite du ministre de la D&#233;fense visant &#224; apaiser des militaires qui annoncent une marche le lendemain, alors que le soul&#232;vement arm&#233; de la r&#233;bellion touar&#232;gue du mnla et de groupes islamistes se d&#233;ploie depuis deux mois au nord du Mali, et &#224; cinq semaines du premier tour d'une &#233;lection pr&#233;sidentielle dont les conditions d'organisation et de d&#233;roulement suscitent des inqui&#233;tudes, une mutinerie &#233;clate au camp militaire de Kati, ville-garnison situ&#233;e &#224; quinze kilom&#232;tres de Bamako. Le 22 mars au matin, la mutinerie se transforme en coup d'&#201;tat : le capitaine Amadou Haya Sanogo annonce la fin du r&#233;gime du pr&#233;sident att et la cr&#233;ation du Comit&#233; national de redressement de la d&#233;mocratie et de restauration de l'&#201;tat (cnrdre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5007&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;te d'Ivoire en 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup final au r&#233;gime de B&#233;di&#233; a &#233;t&#233; donn&#233; fin d&#233;cembre 1999 par une mutinerie : celle des petits soldats de la poudri&#232;re d'Akou&#233;do. Ces anciens militaires d'une force d'interposition internationale envoy&#233;e &#224; Bangui, en R&#233;publique Centrafricaine, r&#233;clamaient &#224; leur retour qu'on leur paie les primes promises, d&#233;tourn&#233;es selon eux par les chefs militaires. En C&#244;te d'Ivoire, les petits soldats sont tr&#232;s mis&#233;rables et se prom&#232;nent en guenilles. Du coup l'exemple d'Akou&#233;do a &#233;t&#233; suivi par des soldats de nombreuses casernes. C'est &#224; la faveur de cette mutinerie que l'ex-g&#233;n&#233;ral Gue&#239; est apparu comme l'homme providentiel et a pu prendre le pouvoir sans heurt en 48 heures en mettant en place une junte militaire, le CNSP (comit&#233; national de salut public), qui a appel&#233; au gouvernement les principaux partis politiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s vite, son chef, le g&#233;n&#233;ral Gue&#239;, a montr&#233; qu'il comptait s'adjuger un r&#244;le de Bonaparte, jouant sur l'opposition entre les diverses factions comme entre les diverses forces sociales pour se donner une stature d'homme au dessus de la m&#234;l&#233;e. Il a cherch&#233; &#224; appara&#238;tre capable d'attaquer les puissants et les corrompus, en fait agissant seulement contre les barons de l'ancien chef d'Etat B&#233;di&#233;. Le pouvoir militaire a remplac&#233; les anciens dirigeants des soci&#233;t&#233;s d'Etat accus&#233;s de vol. Des militaires ont m&#234;me pris d'importantes responsabilit&#233;s dans les entreprises que d&#233;tenait le clan B&#233;di&#233; et commandit&#233; des audits pour d&#233;voiler les d&#233;tournements financiers de l'ancien r&#233;gime accus&#233; d'avoir vid&#233; les caisses du pays vers des comptes en banque suisses. Par cette op&#233;ration dite &#034;mains propres&#034;, Gue&#239; a pu se constituer un tr&#233;sor de guerre et prendre position dans l'appareil &#233;conomique du pays. Mais ce n'est certainement pas le remplacement des caciques de B&#233;di&#233; par des militaires ou par l'&#233;quipe de Ouattara qui permettra d'en finir avec le client&#233;lisme ! Pour laisser entendre qu'il ne s'agit pas seulement d'un remplacement d'&#233;quipe mais d'une lutte contre la corruption, le pouvoir a lanc&#233; l'op&#233;ration &#171; balayer la maison&#034;. Il a fait tout un battage m&#233;diatique autour de l'arrestation de policiers pris la main dans le sac en train d'arr&#234;ter les taxis populaires pour racketter la population. Ces policiers ripoux ont &#233;t&#233; montr&#233;s &#224; la t&#233;l&#233;vision et renvoy&#233;s de leur poste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gue&#239; a, d&#232;s son premier jour au pouvoir, eu toute une d&#233;magogie sociale totalement nouvelle en C&#244;te d'Ivoire. Sa premi&#232;re d&#233;claration a consist&#233; &#224; affirmer que, devant la faillite des comptes de l'Etat, il interrompait le paiement des dettes aupr&#232;s des organismes financiers internationaux pour payer les arri&#233;r&#233;es de salaires des fonctionnaires, rest&#233;s impay&#233;es depuis des mois. Il a annonc&#233; une augmentation de 30 % de la paie des militaires et donn&#233; de nombreux gages aux petits soldats. Le r&#233;giment de para-commandos, dont la mutinerie a permis le coup d'Etat, a &#233;t&#233; choisi comme garde pr&#233;sidentielle et son sergent-chef &#233;t&#233; nomm&#233; adjudant et membre de la junte militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tunisie 2011 : une partie de l'arm&#233;e refuse la r&#233;pression&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/100111/tunisie-une-partie-de-larmee-refuse-la-repression&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/100111/tunisie-une-partie-de-larmee-refuse-la-repression&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Egypte 2011 La r&#233;volte sociale doit lib&#233;rer les soldats pour gagner... L'arm&#233;e du c&#244;t&#233; du peuple, c'est l'organisation des soldats ind&#233;opendante des officiers !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1891&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1891&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1929&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1929&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1926&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1926&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maghreb 2011&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls les travailleurs et les jeunes peuvent, en s'unissant aux soldats, offrir une issue ... le pouvoir aux travailleurs !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1903&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1903&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afrique 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Mali au Centrafrique et &#224; la C&#244;te d'Ivoire, comment r&#233;agir devant l'Etat qui s'effondre en Afrique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3464&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de r&#233;pression en France face aux Gilets jaunes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir a r&#233;prim&#233; violemment contraignant les forces de l'ordre &#224; faire le sale boulot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6255&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6255&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fraction non n&#233;gligeable des policiers &#233;taient favorables aux Gilets jaunes et une autre fraction a m&#234;me refus&#233; de participer &#224; la r&#233;pression des Gilets jaunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/societe/2388375-20181205-forces-ordre-elles-retire-casque-soutenir-gilets-jaunes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.20minutes.fr/societe/2388375-20181205-forces-ordre-elles-retire-casque-soutenir-gilets-jaunes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des policiers ont refus&#233; de r&#233;primer de la mani&#232;re exag&#233;r&#233;e qui leur &#233;tait impos&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2019/06/24/affaire-legay-les-gendarmes-ont-refuse-d-obeir-a-des-ordres-disproportionnes_1735883/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/france/2019/06/24/affaire-legay-les-gendarmes-ont-refuse-d-obeir-a-des-ordres-disproportionnes_1735883/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un capitaine de police a pris parti pour les Gilets jaunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/policier-gilet-jaune-accuse-d-outrage-envers-ses-collegues-le-parquet-demande-2-mois-de-prison-avec-sursis-5512640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/policier-gilet-jaune-accuse-d-outrage-envers-ses-collegues-le-parquet-demande-2-mois-de-prison-avec-sursis-5512640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des policiers se sont associ&#233;s aux manifestants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aefinfo.fr/depeche/595630-gilets-jaunes-les-policiers-ne-peuvent-s-associer-a-une-manifestation-en-service-rappelle-eric-morvan&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.aefinfo.fr/depeche/595630-gilets-jaunes-les-policiers-ne-peuvent-s-associer-a-une-manifestation-en-service-rappelle-eric-morvan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de l'arm&#233;e isra&#233;lienne refuse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/temoignage-je-ne-pouvais-plus-etre-associe-a-cela-un-reserviste-de-l-armee-israelienne-explique-son-refus-de-combattre-a-gaza_7433188.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/temoignage-je-ne-pouvais-plus-etre-associe-a-cela-un-reserviste-de-l-armee-israelienne-explique-son-refus-de-combattre-a-gaza_7433188.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tdg.ch/gaza-des-soldats-israeliens-refusent-de-continuer-a-servir-907626221940&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tdg.ch/gaza-des-soldats-israeliens-refusent-de-continuer-a-servir-907626221940&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/culture-de-l-info/des-reservistes-de-l-armee-israelienne-s-opposent-a-une-nouvelle-offensive-sur-gaza-2236629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/culture-de-l-info/des-reservistes-de-l-armee-israelienne-s-opposent-a-une-nouvelle-offensive-sur-gaza-2236629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20250416-fronde-des-r%C3%A9servistes-en-isra%C3%ABl-je-ne-porterai-plus-l-uniforme-sous-le-gouvernement-actuel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20250416-fronde-des-r%C3%A9servistes-en-isra%C3%ABl-je-ne-porterai-plus-l-uniforme-sous-le-gouvernement-actuel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternisation des forces de l'ordre avec les manifestants marque le passage d'une r&#233;volte &#224; une r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://basta.media/Entretien-Mathilde-Larrere-la-fraternisation-des-forces-de-l-ordre-avec-les-manifestants-marque-le-passage-d-une-revolte-a-une-revolution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://basta.media/Entretien-Mathilde-Larrere-la-fraternisation-des-forces-de-l-ordre-avec-les-manifestants-marque-le-passage-d-une-revolte-a-une-revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une unit&#233; de l'arm&#233;e appelle &#224; &#171; refuser les ordres de tirer &#187; sur les manifestants &#224; Madagascar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/monde/afrique/924540/unite-armee-appelle-refuser-ordres-tirer-manifestants-madagascar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/monde/afrique/924540/unite-armee-appelle-refuser-ordres-tirer-manifestants-madagascar&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lapresse.ca/international/afrique/2025-10-11/madagascar/des-soldats-appellent-a-refuser-les-ordres-de-tirer-sur-les-manifestants.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lapresse.ca/international/afrique/2025-10-11/madagascar/des-soldats-appellent-a-refuser-les-ordres-de-tirer-sur-les-manifestants.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mutineries dans la guerre d'Ukraine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7062&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7062&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7063&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux paysans de l'Ari&#232;ge, 9 CRS ont retir&#233; le casque en soutien aux manifestants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/lereporterindependant/videos/9-crs-ont-tomb%C3%A9-le-casque-pour-soutenir-les-manifestants/904383005488317/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.facebook.com/lereporterindependant/videos/9-crs-ont-tomb%C3%A9-le-casque-pour-soutenir-les-manifestants/904383005488317/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8552#forum64779&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8552#forum64779&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8535&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8535&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre politique r&#233;volutionnaire face &#224; la r&#233;pression et &#224; la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article9231&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article9231&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9394&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9394&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9366&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9366&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9344&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9344&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Soutien aux forces de l'ordre qui refusent de r&#233;primer !</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8552</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8552</guid>
		<dc:date>2025-12-18T23:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Paysans</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Soutien aux forces de l'ordre qui refusent de r&#233;primer le peuple travailleur des campagnes et des usines ! &lt;br class='autobr' /&gt;
ARI&#200;GE : QUAND LE CASQUE TOMBE, LA QUESTION DU POUVOIR COMMENCE** &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Ari&#232;ge : pas un symbole, un fait politique &lt;br class='autobr' /&gt;
En Ari&#232;ge, &#224; Bordes-sur-Arize, l'&#201;tat a d&#233;ploy&#233; des centaines de gendarmes et de CRS pour imposer l'abattage d'un troupeau au nom de la &#171; politique sanitaire &#187;. Face aux paysans, des gendarmes ont retir&#233; leur casque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le geste a frapp&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a &#233;t&#233; imm&#233;diatement (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18634 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/600319432_1181857167466122_5528785486621735278_n.jpg' width=&#034;526&#034; height=&#034;789&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18612 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-19.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_18611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titressd-7723d.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titressd-7723d.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000052691-537d5.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque2.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18607 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque3.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18608 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque6.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque1.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Soutien aux forces de l'ordre qui refusent de r&#233;primer le peuple travailleur des campagnes et des usines !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ARI&#200;GE :&lt;br class='autobr' /&gt;
QUAND LE CASQUE TOMBE, LA QUESTION DU POUVOIR COMMENCE**&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1. Ari&#232;ge : pas un symbole, un fait politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Ari&#232;ge, &#224; Bordes-sur-Arize, l'&#201;tat a d&#233;ploy&#233; des centaines de gendarmes et de CRS pour imposer l'abattage d'un troupeau au nom de la &#171; politique sanitaire &#187;. Face aux paysans, des gendarmes ont retir&#233; leur casque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste a frapp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; imm&#233;diatement comment&#233;, psychologis&#233;, moralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partons de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas pour produire un r&#233;cit sentimental, mais pour poser une question politique centrale :&lt;br class='autobr' /&gt;
que signifie ce geste dans un rapport de forces r&#233;el ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait du casque ne tombe pas du ciel. Il appara&#238;t quand des agents du rang, issus du peuple travailleur, sont somm&#233;s d'ex&#233;cuter des d&#233;cisions &#233;conomiques contre ce m&#234;me peuple. Il r&#233;v&#232;le une contradiction objective : l'appareil d'&#201;tat n'est jamais parfaitement homog&#232;ne, l'ob&#233;issance n'est jamais totalement automatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une fissure n'est pas une rupture.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;2. Le pi&#232;ge dominant : transformer un fait politique en sc&#232;ne morale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, le r&#233;cit dominant s'impose : moment d'humanit&#233;, malaise, geste fort, &#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit a une fonction pr&#233;cise : d&#233;samorcer la port&#233;e politique du geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car un geste isol&#233;, pr&#233;sent&#233; comme une parenth&#232;se humaine, peut &#234;tre tol&#233;r&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une organisation collective, jamais.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;3. Le Rassemblement National : soutien de fa&#231;ade, fid&#233;lit&#233; &#224; l'ordre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rassemblement National a salu&#233; le geste. Marine Le Pen parlait en 2018 de sc&#232;nes &#171; &#233;mouvantes &#187;, montrant que &#171; les forces de l'ordre ne veulent pas &#234;tre les adversaires du peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le RN s'arr&#234;te l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le RN ne d&#233;fend :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	ni l'&#233;lection des grad&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	ni la r&#233;vocabilit&#233; de la hi&#233;rarchie,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	ni l'auto-organisation du rang,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	ni le droit collectif de refuser un ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le RN est un parti d'ordre. Son projet repose sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	le renforcement de l'&#201;tat,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	la sacralisation de la cha&#238;ne de commandement,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	l'ob&#233;issance comme vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le RN soutient l'image de l'agent proche du peuple, mais soutient l'institution qui le sanctionnera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gendarme qui retire son casque isol&#233;ment peut &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gendarmes organis&#233;s deviennent un danger absolu pour le RN.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;4. La France Insoumise : soutien moral, refus du pouvoir arm&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France Insoumise a elle aussi salu&#233; le geste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Luc M&#233;lenchon d&#233;clarait lors des Gilets jaunes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les policiers retirent leur casque, ils redeviennent des citoyens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI soutient l'intention, l'humanit&#233;, le symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; encore, tout s'arr&#234;te avant le point d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI parle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	de &#171; d&#233;sescalade &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	de &#171; doctrine du maintien de l'ordre &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	de &#171; police r&#233;publicaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI ne parle jamais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	de comit&#233;s de policiers, gendarmes ou soldats du rang,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	d'&#233;lection des grad&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	de r&#233;vocabilit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	de fusion du civil et du militaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	d'armement du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, LFI veut une meilleure police, pas une police arrach&#233;e &#224; l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale remplace l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique remplace le pouvoir r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;5. Le point commun RN / LFI : refuser la d&#233;mocratisation arm&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leurs discours oppos&#233;s, RN et LFI convergent sur un point fondamental :&lt;br class='autobr' /&gt;
ils refusent tous deux d'ouvrir la question du pouvoir arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils soutiennent le geste tant qu'il reste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	individuel,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&#233;motionnel,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	sans cons&#233;quence organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils refusent ce que l'histoire a pourtant d&#233;montr&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
sans d&#233;mocratisation de la force, le peuple reste d&#233;sarm&#233; politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;6. Notre position : partir du geste, ne pas s'y arr&#234;ter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soutenons les gestes isol&#233;s des gendarmes, policiers ou soldats du rang qui refusent de frapper le peuple. Nous reconnaissons leur courage individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire est formelle :&lt;br class='autobr' /&gt;
la morale ne prot&#232;ge personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un geste isol&#233; est tol&#233;r&#233;, puis &#233;cras&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une h&#233;sitation individuelle est accept&#233;e, puis sanctionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans organisation collective, l'ob&#233;issance est toujours restaur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous refusons de nous arr&#234;ter l&#224; o&#249; RN et LFI s'arr&#234;tent.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;7. Ce que l'histoire enseigne r&#233;ellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	R&#233;volution fran&#231;aise :&lt;br class='autobr' /&gt;
Garde nationale, grad&#233;s &#233;lus, r&#233;vocables par les sections populaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Commune de Paris :&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin de l'arm&#233;e comme corps s&#233;par&#233;, fusion du civil et du militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	R&#233;volution russe :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comit&#233;s de soldats, contr&#244;le du rang, destruction de l'ob&#233;issance de classe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans tous les cas, la le&#231;on est la m&#234;me :&lt;br class='autobr' /&gt;
ce n'est pas la fraternit&#233; qui a fait basculer l'histoire,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est l'organisation d&#233;mocratique du pouvoir arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;8. Ce que nous d&#233;fendons concr&#232;tement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;fendons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	des comit&#233;s de soldats, gendarmes et policiers du rang,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lus, r&#233;vocables, ind&#233;pendants de la hi&#233;rarchie, discutant collectivement les ordres ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	des comit&#233;s de paysans, d'ouvriers agricoles, de travailleurs et d'habitants,&lt;br class='autobr' /&gt;
f&#233;d&#233;r&#233;s et coordonn&#233;s avec les comit&#233;s du rang.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute d&#233;cision de r&#233;pression&lt;br class='autobr' /&gt;
(abattage, &#233;vacuation, intervention arm&#233;e)&lt;br class='autobr' /&gt;
doit &#234;tre d&#233;battue et vot&#233;e par les comit&#233;s concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans comit&#233;s populaires, le rang reste prisonnier de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans comit&#233;s du rang, le peuple reste expos&#233; &#224; la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;9. Ce que l'Ari&#232;ge annonce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ari&#232;ge n'est pas un accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres s&#233;quences viendront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans organisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;motion &#8594; soutien moral &#8594; sanction &#8594; ordre restaur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est d&#233;sormais pos&#233;e clairement :&lt;br class='autobr' /&gt;
organiser le peuple et le rang,&lt;br class='autobr' /&gt;
ou subir ind&#233;finiment l'ob&#233;issance de classe &#224; l'&#201;tat du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste n'est que commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fraction non n&#233;gligeable des policiers &#233;taient favorables aux Gilets jaunes et une autre fraction a m&#234;me refus&#233; de participer &#224; la r&#233;pression des Gilets jaunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/societe/2388375-20181205-forces-ordre-elles-retire-casque-soutenir-gilets-jaunes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.20minutes.fr/societe/2388375-20181205-forces-ordre-elles-retire-casque-soutenir-gilets-jaunes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des policiers ont refus&#233; de r&#233;primer de la mani&#232;re exag&#233;r&#233;e qui leur &#233;tait impos&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/france/2019/06/24/affaire-legay-les-gendarmes-ont-refuse-d-obeir-a-des-ordres-disproportionnes_1735883/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/france/2019/06/24/affaire-legay-les-gendarmes-ont-refuse-d-obeir-a-des-ordres-disproportionnes_1735883/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un capitaine de police a pris parti pour les Gilets jaunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/policier-gilet-jaune-accuse-d-outrage-envers-ses-collegues-le-parquet-demande-2-mois-de-prison-avec-sursis-5512640&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/policier-gilet-jaune-accuse-d-outrage-envers-ses-collegues-le-parquet-demande-2-mois-de-prison-avec-sursis-5512640&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des policiers se sont associ&#233;s aux manifestants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aefinfo.fr/depeche/595630-gilets-jaunes-les-policiers-ne-peuvent-s-associer-a-une-manifestation-en-service-rappelle-eric-morvan&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.aefinfo.fr/depeche/595630-gilets-jaunes-les-policiers-ne-peuvent-s-associer-a-une-manifestation-en-service-rappelle-eric-morvan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi face aux paysans de l'Ari&#232;ge, 9 CRS ont retir&#233; le casque en soutien aux manifestants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/lereporterindependant/videos/9-crs-ont-tomb%C3%A9-le-casque-pour-soutenir-les-manifestants/904383005488317/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.facebook.com/lereporterindependant/videos/9-crs-ont-tomb%C3%A9-le-casque-pour-soutenir-les-manifestants/904383005488317/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-10-75979.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-10-75979.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/600199850_1178978207754018_7905199137016077112_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/600199850_1178978207754018_7905199137016077112_n.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand le casque tombe : formez vos comit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Ari&#232;ge, des gendarmes ont retir&#233; leur casque face aux paysans. Le geste a frapp&#233;, &#224; juste titre. Il dit une chose simple : l'ob&#233;issance n'est jamais totalement m&#233;canique. Mais il faut &#234;tre clair : ce geste n'a de port&#233;e politique que s'il est organis&#233;, g&#233;n&#233;ralis&#233;, assum&#233; collectivement. Sans cela, il reste une parenth&#232;se que l'&#201;tat referme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire l'enseigne sans ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on oubli&#233;e de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1789-1793, la rupture ne s'est pas faite par la compassion des soldats, mais par la politisation du rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Garde nationale ne fut pas une simple force d'ordre populaire : elle reposait sur un principe explosif pour l'Ancien R&#233;gime &#8212; l'&#233;lection des grad&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les armes n'&#233;taient plus aux mains d'un corps s&#233;par&#233; ob&#233;issant &#224; la Cour, mais d'hommes arm&#233;s ins&#233;r&#233;s dans le peuple, contr&#244;lant leurs chefs, discutant les ordres, refusant de tirer sur ceux dont ils partageaient la condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qui a fait basculer le rapport de forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas la morale. L'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retirer le casque n'est pas d&#233;sob&#233;ir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, policiers, gendarmes, militaires du rang peuvent h&#233;siter. Ils peuvent reconna&#238;tre en face d'eux des travailleurs, des paysans, des familles. Mais tant qu'ils restent isol&#233;s, tant qu'ils n'ont aucun organe collectif, ils n'ont aucune alternative mat&#233;rielle &#224; l'ob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat le sait. C'est pourquoi il tol&#232;re parfois l'h&#233;sitation individuelle, mais &#233;crase toute tentative d'organisation autonome du rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est donc pas :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#234;tes-vous d'accord avec l'ordre ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La question est : &#224; qui ob&#233;issez-vous collectivement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Former des comit&#233;s du rang : une n&#233;cessit&#233; politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un &#201;tat qui frappe pour le capital, il n'existe qu'une issue historique :&lt;br class='autobr' /&gt;
la formation de comit&#233;s de soldats du rang, de policiers du rang, de gendarmes du rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;lus par la base,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;vocables,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ind&#233;pendants de la hi&#233;rarchie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;discutant collectivement des ordres,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;refusant la r&#233;pression contre la population laborieuse,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se coordonnant entre unit&#233;s et territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme hier, il ne s'agit pas de d&#233;sarmer le peuple, mais de d&#233;sarmer l'&#201;tat bourgeois de son monopole sur la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formez vos bataillons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Formez vos comit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une m&#233;taphore. C'est une consigne politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'a de sens que si le peuple s'organise lui-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun comit&#233; du rang ne tiendra s'il n'existe pas en face des comit&#233;s de producteurs et de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paysans, ouvriers agricoles, salari&#233;s, habitants :&lt;br class='autobr' /&gt;
formez vos propres comit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour diriger les luttes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour d&#233;cider collectivement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour contr&#244;ler la production,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour bloquer ce qui doit l'&#234;tre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour imposer d'autres priorit&#233;s que celles du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans organisation du peuple, les forces du rang restent prisonni&#232;res de l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans organisation du rang, les comit&#233;s populaires restent expos&#233;s &#224; la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est pos&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ari&#232;ge a montr&#233; une chose : l'ordre bourgeois n'est pas accept&#233; sans tension, m&#234;me dans ses propres rangs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'histoire tranche toujours de la m&#234;me mani&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans comit&#233;s, le casque se remet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des comit&#233;s, l'ordre vacille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise l'a prouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolchevisme l'a syst&#233;matis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che est devant nous :&lt;br class='autobr' /&gt;
organiser le peuple, organiser le rang, briser l'ob&#233;issance de classe &#224; l'&#201;tat du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste n'est que commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18608 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/casque6.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH750/casque6-1db87.jpg?1781314797' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour la d&#233;fense des gendarmes du rang vis&#233;s &#8212; et pour les droits politiques, syndicaux et le droit de gr&#232;ve du rang&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;tition s'adresse aux travailleurs (villes et campagnes) et aux gendarmes, policiers, soldats du rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2025, lors d'une op&#233;ration li&#233;e &#224; l'abattage d'un troupeau aux Bordes-sur-Arize (Ari&#232;ge) dans le cadre de la crise sanitaire bovine, des images et r&#233;cits ont circul&#233; autour d'un geste interpr&#233;t&#233; comme un soutien moral au &#8220;rang&#8221; paysan (gendarmes &#8220;d&#233;casqu&#233;s&#8221;, boucliers pos&#233;s).&lt;br class='autobr' /&gt;
La version officielle conteste cette interpr&#233;tation : les autorit&#233;s parlent de d&#233;sescalade et qualifient la lecture &#8220;d&#233;sob&#233;issance / soutien&#8221; de fausse information ; Laurent Nu&#241;ez a publiquement d&#233;clar&#233; &#8220;c'est un fake&#8221; et affirme que la s&#233;quence correspond &#224; une phase tactique de d&#233;sescalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un fait politique demeure : m&#234;me les sources qui nient toute d&#233;sob&#233;issance reconnaissent l'existence d'une s&#233;quence de d&#233;sescalade qui a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme un signe de soutien &#8212; et, en parall&#232;le, des t&#233;moignages m&#233;diatis&#233;s d&#233;crivent un malaise dans les forces de l'ordre face &#224; des missions v&#233;cues comme socialement explosives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une force militaire, la hi&#233;rarchie a un int&#233;r&#234;t &#233;vident &#224; emp&#234;cher l'effet &#8220;t&#226;che d'huile&#8221; : reconna&#238;tre publiquement une d&#233;sob&#233;issance collective (ou un soutien explicite) reviendrait &#224; l&#233;gitimer l'id&#233;e que le rang peut refuser d'&#234;tre utilis&#233; contre le peuple travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la question centrale n'est pas un d&#233;bat s&#233;mantique (&#8220;fake&#8221; ou &#8220;soutien&#8221;) : c'est la condition politique du rang. Quand le rang est r&#233;duit &#224; l'ob&#233;issance sans droits, il devient l'instrument automatique de la r&#233;pression des luttes paysannes et ouvri&#232;res. Et quand le rang subit des repr&#233;sailles, elles peuvent &#234;tre internes, discr&#232;tes, administratives &#8212; discipline, avancement, affectations &#8212; sans sc&#232;ne publique. Le droit militaire pr&#233;voit un r&#233;gime disciplinaire propre (avertissement, bl&#226;me, arr&#234;ts, etc.), prononc&#233; dans la cha&#238;ne d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rep&#232;res historiques (ce que l'histoire dit, sans fioritures)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que la soci&#233;t&#233; entre en crise ouverte, une question revient : qui contr&#244;le la force arm&#233;e &#8212; le sommet ou la base ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	R&#233;volution fran&#231;aise (Garde nationale) : quand la &#8220;force publique&#8221; se pr&#233;sente comme citoyenne, la question du contr&#244;le, de la l&#233;gitimit&#233;, et du lien au peuple devient politique. D&#232;s que la base arm&#233;e prend conscience de son r&#244;le, le pouvoir cherche &#224; recentraliser et &#224; reverrouiller.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Commune de Paris : l'enjeu n'&#233;tait pas &#8220;l'ordre&#8221; mais le peuple en armes, la capacit&#233; des Parisiens &#224; ne pas &#234;tre r&#233;prim&#233;s par une force s&#233;par&#233;e d'eux, et &#224; faire primer la d&#233;cision collective sur la discipline de caste. La r&#233;pression versaillaise a montr&#233; ce que vaut l'&#201;tat quand le peuple veut reprendre la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	R&#233;volution russe (1917) : les comit&#233;s de soldats et la politisation du rang ont &#233;t&#233; un m&#233;canisme concret de rupture : le rang cesse d'&#234;tre une pi&#232;ce m&#233;canique, et devient un acteur collectif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit : la discipline verticale ne tient plus quand la base s'organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion op&#233;rationnelle : l'histoire ne raconte pas une &#8220;d&#233;mocratie id&#233;ale&#8221;. Elle montre un m&#233;canisme mat&#233;riel. Sans droits collectifs, le rang est une courroie de transmission. Avec des droits et des comit&#233;s, la machine peut se gripper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons donc que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Le rang (gendarmes, policiers, soldats) doit pouvoir refuser d'&#234;tre r&#233;duit &#224; l'ob&#233;issance aveugle, surtout lorsque l'ordre vise &#224; briser des mobilisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Le rang doit disposer de droits politiques et collectifs effectifs : expression, d&#233;fense, repr&#233;sentation, organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Le rang doit disposer de droits syndicaux pleins : droit de se syndiquer et de se d&#233;fendre collectivement, sans &#234;tre renvoy&#233; &#224; des formes purement tol&#233;r&#233;es ou contr&#244;l&#233;es par le commandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	La d&#233;fense collective du rang est une condition minimale de responsabilit&#233; r&#233;elle : un individu isol&#233; se fait briser ; un collectif se d&#233;fend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Sans levier collectif, il n'y a pas de droit r&#233;el : nous revendiquons la reconnaissance d'un droit de gr&#232;ve (et, a minima, de formes effectives de retrait collectif sur les missions de r&#233;pression int&#233;rieure visant des mobilisations populaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	L'&#233;lection de repr&#233;sentants du rang, r&#233;vocables par la base, sous des formes compatibles avec le service, est une n&#233;cessit&#233; d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	La mise en place de comit&#233;s du rang (gendarmes/policiers/soldats) est indispensable pour rompre l'isolement, documenter les abus et organiser la protection collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revendiquons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	z&#233;ro sanction disciplinaire et z&#233;ro mesure de repr&#233;sailles (y compris d&#233;guis&#233;es) contre les personnels du rang vis&#233;s pour des gestes, paroles ou refus li&#233;s &#224; ces op&#233;rations ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	la transparence sur d'&#233;ventuelles proc&#233;dures internes et la protection des personnels contre les &#8220;sanctions silencieuses&#8221; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	la reconnaissance et l'&#233;largissement du droit d'organisation collective du rang (au-del&#224; du strict minimum), avec garanties d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du commandement ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	la reconnaissance du droit de se syndiquer pour le rang ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	la reconnaissance du droit de gr&#232;ve (et, a minima, de formes effectives de retrait collectif) sur les missions de r&#233;pression int&#233;rieure visant des mouvements sociaux ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	la protection des libert&#233;s politiques dans les forces arm&#233;es et de police.&lt;br class='autobr' /&gt;
Signer cette p&#233;tition, ce n'est pas &#8220;soutenir la r&#233;pression&#8221;. C'est refuser que le rang soit transform&#233; en machine &#224; ob&#233;ir contre les travailleurs &#8212; et refuser que toute fissure morale soit &#233;touff&#233;e par la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signer, c'est refuser le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'organiser, c'est refuser l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Preuves et sources publiques (&#224; laisser en bas de p&#233;tition)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Version officielle (Gendarmerie / Vrai-Faux) : r&#233;futation de la th&#232;se d'un refus d'intervention ; explication &#8220;d&#233;sescalade&#8221; et citation attribu&#233;e &#224; Laurent Nu&#241;ez. Gendarmerie Nationale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; D&#233;claration publique relay&#233;e en vid&#233;o : &#8220;c'est un fake&#8221; / d&#233;sescalade. Dailymotion+1&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Contexte factuel Bordes-sur-Arize / op&#233;ration (presse, constat AFP relay&#233;) : pr&#233;sence des forces, intervention autour de l'&#233;levage. France 24+1&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; &#201;l&#233;ments de malaise rapport&#233;s (t&#233;moignages et climat d&#233;crit dans la presse) : sentiment de tension et de contradiction v&#233;cu par des personnels. Le JDD&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Base juridique &#8220;sanctions internes&#8221; : r&#233;gime disciplinaire des militaires (groupes de sanctions, &#8220;arr&#234;ts&#8221;, etc.). Conseil Constitutionnel+2L&#233;gifrance+2&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Sanctions d&#233;guis&#233;es / mutations d'office : cadre contentieux et notion de &#8220;sanction d&#233;guis&#233;e&#8221; discut&#233;e en doctrine/jurisprudence. Village de la Justice+1&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Organisation collective existante (mais limit&#233;e) : APNM (associations professionnelles nationales de militaires) cr&#233;&#233;es par la loi de 2015, distinctes d'un syndicat classique ; exemple : APNM &#8220;Gendarmes et Citoyens&#8221;. L&#233;gifrance+2APNM G&amp;C+2&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violence d'Etat capitaliste et abolition de l'arm&#233;e permanente</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8503</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8503</guid>
		<dc:date>2025-11-23T23:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le chef d'Etat-Major des arm&#233;es de la France d&#233;clare que ce qui manque au peuple de France c'est &#034;d'accepter de perdre nos enfants&#034; ! Il veut, pour mener la guerre de la France dans les 3 &#224; 4 ans que toute la population, men&#233;e par les maires et le gouvernement, accepte la mort en masse des jeunes fran&#231;ais !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Policiers blanchis apr&#232;s violences contre des Gilets jaunes &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.franceinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/un-crs-poursuivi-pour-la-main-arrachee-d-un-gilet-jaune-en-2018-a&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le chef d'Etat-Major des arm&#233;es de la France d&#233;clare que ce qui manque au peuple de France c'est &#034;d'accepter de perdre nos enfants&#034; ! Il veut, pour mener la guerre de la France dans les 3 &#224; 4 ans que toute la population, men&#233;e par les maires et le gouvernement, accepte la mort en masse des jeunes fran&#231;ais !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Policiers blanchis apr&#232;s violences contre des Gilets jaunes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/un-crs-poursuivi-pour-la-main-arrachee-d-un-gilet-jaune-en-2018-a-ete-relaxe_7558840.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/un-crs-poursuivi-pour-la-main-arrachee-d-un-gilet-jaune-en-2018-a-ete-relaxe_7558840.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/02/15/violences-policieres-un-policier-a-ete-relaxe-en-appel-apres-avoir-porte-un-coup-de-matraque-a-un-gilet-jaune-a-besancon_6216727_3224.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/02/15/violences-policieres-un-policier-a-ete-relaxe-en-appel-apres-avoir-porte-un-coup-de-matraque-a-un-gilet-jaune-a-besancon_6216727_3224.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/societe/police-justice/gilets-jaunes-un-major-de-crs-relaxe-apres-avoir-lance-une-grenade-qui-a-arrache-la-main-dun-manifestant-20251017_CEGQW2JKCNCR7GLJXRXK3SEAZE/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/societe/police-justice/gilets-jaunes-un-major-de-crs-relaxe-apres-avoir-lance-une-grenade-qui-a-arrache-la-main-dun-manifestant-20251017_CEGQW2JKCNCR7GLJXRXK3SEAZE/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/le-crs-1639659340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/le-crs-1639659340&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sudouest.fr/societe/gilets-jaunes/gilets-jaunes-23-personnes-ont-ete-eborgnees-aucune-condamnation-n-a-ete-prononcee-cinq-ans-apres-17395168.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudouest.fr/societe/gilets-jaunes/gilets-jaunes-23-personnes-ont-ete-eborgnees-aucune-condamnation-n-a-ete-prononcee-cinq-ans-apres-17395168.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Police et arm&#233;e contre le peuple travailleur...&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_18393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1200x680.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1200x680.jpg' width=&#034;1200&#034; height=&#034;680&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/beymedias_brightspotcdn.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/beymedias_brightspotcdn.jpg' width=&#034;1486&#034; height=&#034;991&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18382 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_2.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18384 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_3.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18386 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_5.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18390 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000017174-cafd9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000017174-cafd9.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18387 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnail_violence_d_etat_et_abolition_armee_permanente_6.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18388 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000017168-fc086.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000017168-fc086.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000045549-2-29af1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1000045549-2-29af1.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/chatgpt_image_17_oct__2025_14_20_59-135bd.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/chatgpt_image_17_oct__2025_14_20_59-135bd.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/chatgpt_image_28_oct__2025_13_48_32-ddb3e.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/chatgpt_image_28_oct__2025_13_48_32-ddb3e.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;1008&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Travailleurs, organis&#233;s en comit&#233;s r&#233;volutionnaires li&#233;s aux comit&#233;s de petits soldats et policiers contre leur hi&#233;rarchie, abolissons l'Etat capitaliste avant qu'il ne nous tue !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7317&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7317&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5338&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Soci&#233;t&#233; sans Etat : celle du pass&#233; et&#8230; celle de l'avenir&#8230;</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7514</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article7514</guid>
		<dc:date>2024-10-27T23:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Soci&#233;t&#233; sans Etat : celle du pass&#233; et&#8230; celle de l'avenir&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Saviez-vous que, lorsque Socrate &#233;tait assassin&#233; par Ath&#232;nes, il n'y avait pas enccore vraiment d'Etat, pas d'arm&#233;e ni de police permanentes&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Saviez-vous que la civilisation de l'Indus n'avait pas d'Etat, que les civilisations &#233;gyptienne, chinoise ou m&#233;sopotamienne sont n&#233;es bien avant, tr&#232;s tr&#232;s longtemps avant l'Etat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Saviez-vous que les anciennes civilisations de m&#233;so-am&#233;rique comme Caral sont n&#233;es avant l'Etat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Saviez-vous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Soci&#233;t&#233; sans Etat : celle du pass&#233; et&#8230; celle de l'avenir&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Saviez-vous que, lorsque Socrate &#233;tait assassin&#233; par Ath&#232;nes, il n'y avait pas enccore vraiment d'Etat, pas d'arm&#233;e ni de police permanentes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saviez-vous que la civilisation de l'Indus n'avait pas d'Etat, que les civilisations &#233;gyptienne, chinoise ou m&#233;sopotamienne sont n&#233;es bien avant, tr&#232;s tr&#232;s longtemps avant l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saviez-vous que les anciennes civilisations de m&#233;so-am&#233;rique comme Caral sont n&#233;es avant l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saviez-vous que les civilisations indiennes d'Am&#233;rique du nord n'avaient pas l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on veut &#233;tudier l'apparition de la civilisation d'un point de vue marxiste, il convient de rappeler d'abord que Marx et Engels ont d&#233;velopp&#233; de nombreuses id&#233;es sur l'&#233;volution historique des soci&#233;t&#233;s &#224; partir d'une connaissance historique tr&#232;s rudimentaire, celle de leur &#233;poque. Maurice Godelier signalait &#224; ce propos dans &#171; Sur les soci&#233;t&#233;s pr&#233;-capitalistes &#187; : &#171; Nous avons d&#233;j&#224; signal&#233; que l'arch&#233;ologie de la Gr&#232;ce et de la Rome archa&#239;ques n'existaient pas &#224; l'&#233;poque o&#249; Marx et d'Engels &#233;crivaient, que l'arch&#233;ologie des pays du Proche-Orient sauf l'Egypte &#233;tait en train de na&#239;tre, que l'arch&#233;ologie et la conaissance de l'histoire antique de la Chine, de l'Indon&#233;sie, du Japon et des grandes civilisations pr&#233;colombiennes n'avaient pas vu le jour. Il fallut attendre la d&#233;couverte du site de Jarno en Irak central et les fouilles de Braidwood (1948-1951) pour que soit exhum&#233; un t&#233;moin des premi&#232;res communaut&#233;s villageoises &#171; (5000 ans avant J.-C) contemporaines du d&#233;but de l'agriculture s&#233;dentaris&#233;e et de la domestication des animaux. Depuis, les d&#233;couvertes se sont multipli&#233;es et confirment que villes et Etats sont apparus bien apr&#232;s le d&#233;veloppement des communaut&#233;s villageoises. En M&#233;sopotamie du sud, par exemple, la communaut&#233; villageaoise est attest&#233;e en 9250 avant J.-C et les premi&#232;res cit&#233;s-Etats sum&#233;riennes commencent &#224; appara&#238;tre en 3500 avant J.-C. &#187; Il faut rajouter d'autres d&#233;couvertes r&#233;centes dues aux recherches arch&#233;ologiques et aux r&#233;flexions des auteurs sur la pr&#233;histoire et l'histoire. En particulier, on d&#233;couvre que la ville est apparue des ann&#233;es avant l'Etat, que la civilisation a connu un &#233;norme d&#233;veloppement bien avant l'organisation politique, polici&#232;re, militaire, centralis&#233;e des classes dirigeantes. La premi&#232;re forme centralis&#233;e de l'Etat, dont le mod&#232;le est le r&#232;gne des pharaons a souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;, comme un &#171; despotisme asiatique &#187; fond&#233; sur l'organisation centralis&#233;e d'un progr&#232;s important : l'irrigation. Maurice Godelier rappelle que cette th&#232;se s'est r&#233;v&#233;l&#233;e fausse : &#171; Ce n'est donc pas l'existence des grands travaux dirig&#233;s par un pouvoir central qui fera appartenir une soci&#233;t&#233; au mode de production asiatique, mais l'existence de communaut&#233;s qui poss&#232;dent collectivement les moyens de production essentiels dont le contr&#244;le ultime est dans les mains de l'Etat. &#187; Un ouvrage r&#233;cent intitul&#233; &#034;Arch&#233;ologie historique de la Gr&#232;ce antique&#034; et &#233;crit par Etienne, M&#252;ller&#168;et Prost rappelle que les cit&#233;s de l'&#233;poque minoenne (n&#233;es aux environs de 2000 avant J.-C) n'&#233;taient pas des cit&#233;s-Etats et qu'elles ont disparu bien avant qu'une nouvelle civilsation, en rupture avec la premi&#232;re, donne naissance &#224; des cit&#233;s-Etat, beaucoup plsu tard : vers 750 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me l'apparition de l'Etat, avant m&#234;me la naissance des villes, le n&#233;olithique est une v&#233;ritable r&#233;volution sociale, le renversement de la soci&#233;t&#233; nomade des chasseurs-cueilleurs, la remise en cause de leurs croyances autant que de leur mode de vie. Les derni&#232;res &#233;tudes sur la n&#233;olithisation vont dans le sens d'une transformation par bonds et non d'une &#233;volution continue et graduelle, qu'il s'agisse d'une population exportant ses coutumes et modes sociales en se d&#233;pla&#231;ant, ou d'une transplantation d'id&#233;es, de culture, d'id&#233;es, de progr&#232;s technologiques et conceptuels et d'un mode de vie et de travail. Ces hypoth&#232;ses ont longtemps &#233;t&#233; agit&#233;es par les sp&#233;cialistes mais diverses &#233;tudes commencent &#224; trancher le d&#233;bat, montrant que de tels changements sont des r&#233;volutions sociales. Au N&#233;olithique, agriculture et &#233;levage ont remplac&#233; cueillette et chasse. L&#224; o&#249; le nomadisme avait laiss&#233; place &#224; des villages, des villes se sont d&#233;velopp&#233;es &#224; une vitesse &#233;tonnante, des in&#233;galit&#233;s sociales sont apparus. Cela s'est d&#233;roul&#233; il y a 12.000 ans en Anatolie, dans le Sud-Est de la Turquie et au sein de la Turquie, atteignant la c&#244;te ouest (de la Turquie &#224; la Palestine) 9300 ans avant J.-C, mais ensuite il s'agit v&#233;ritablement de bonds : 7000 ans avant J.-C en Gr&#232;ce, 5500 ans avant J.-C en Europe centrale puis 4500 avant J.-C en France du sud et en Espagne. Des &#233;tudes du mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique portant sur des squelettes anciens, notamment les travaux de l'&#233;quipe de l'anthropologue Wolfgang Haak en 2005, ne d&#233;c&#232;lent &#171; aucune trace de m&#233;lange g&#233;n&#233;tique &#187;, comme le rappelle un article d'Agn&#232;s Trimoreau dans &#171; Sciences et vie &#187; d'ao&#251;t 2006. D'o&#249; la conclusion provisoire contre la th&#232;se de la colonisation par une population. Les dates reconnues de n&#233;olithisation notamment dues aux recherches sur les d&#233;p&#244;ts de graines contraignent &#233;galement &#224; renoncer &#224; la th&#232;se d'une progression &#171; culturelle &#187; lente. Il s'agit bien d'une r&#233;volution sociale avec tout ce que cela suppose de changement brutal, radical, renversant un ordre ancien. Cela am&#232;ne l'auteur de l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; &#224; conclure que &#171; En trois mill&#233;naires, l'agriculture a progress&#233; par bonds. &#187; L'id&#233;e d'une progression culturelle se propageant contin&#251;ment et pourtant m&#234;me leurs adeptes reconnaissent des constatations qui ne vont nullement dans ce sens. C'est le cas de l'historien Paul Radin dans &#171; la civilisation indienne &#187; qui y d&#233;fend la progression continue de l'influence Maya. Pourtant il &#233;crit que &#171; L'influence Maya s'&#233;tendit vers le nord. Au del&#224; du Rio Grande ou du Golfe du Mexique, elle formait le centre de toute vie sociale, &#233;conomique et religieuse. L&#224; o&#249; la culture du ma&#239;s s'arr&#234;tait, finissait &#233;galement la civilisation. Parvenue &#224; l'isthme de Panama, nous nous trouvons devant une solution de continuit&#233;. (...) Nous nous attendions &#224; voir la civilisation d&#233;cro&#238;tre graduellement au sud de l'isthme au fur et &#224; mesure que nous p&#233;n&#233;trions en Am&#233;rique du sud. Pourtant en Colombie, en Equateur, au P&#233;rou et en Bolivie, le niveau atteint par les Maya se maintient presque partout. &#187; On retiendra non seulement la &#171; solution de continuit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire la discontinuit&#233; mais aussi le fait que la civilisation s'arr&#234;te l&#224; o&#249; se termine la culture du ma&#239;s. Cela signifie que ce n'est pas seulement un concept culturel qui s'impose mais un syst&#232;me d'exploitation fond&#233; sur une forme de travail de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat, un produit positif de la civilisation, ou un sous-produit n&#233;gatif de la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage &#171; De la pr&#233;histoire &#224; l'histoire &#187;, Gordon Childe d&#233;crit &#233;galement les grandes civilisations comme des produits du progr&#232;s continu, sur le plan politique, &#233;conomique, scientifique et technique. Les Etats &#233;gyptien, m&#233;sopotamien ou grec y sont consid&#233;r&#233;s comme des produits de cette &#233;volution positive. Ainsi, pour Gordon Childe, les destructions de r&#233;gimes ou de soci&#233;t&#233;s sont le fait des &#171; invasions barbares &#187; et n'engendrent que des reculs. Les grandes &#233;volutions sont le fait de grands hommes comme Hammourabi. Quant aux changements brutaux, eux-m&#234;mes, ils ne seraient que le fait des f&#233;odaux ou des puissants. Gordon Childe &#233;crit ainsi : &#171; En Egypte, les gouverneurs de province, devenus h&#233;r&#233;ditaires, furent &#224; l'origine de la destruction de l'ancien empire, chacun voulant devenir un petit pharaon. L'anarchie enfanta le chaos &#233;conomique. &#187; Le d&#233;sordre au sommet aurait entra&#238;n&#233; le d&#233;sordre en bas. Cette image est tr&#232;s insuffisante : la r&#233;volution d'en bas n'est pas une r&#233;volte de palais. Le scribe Iouper nous transmet ainsi, dans un papyrus d&#233;couvert &#224; Memphis, ses le&#231;ons de la r&#233;volution (document conserv&#233; au mus&#233;e de Leyde Pays-Bas) : &#171; Les villes de Haute et Basse Egypte sont d&#233;truites et se consument. Le palais des rois est d&#233;pouill&#233;, m&#234;me les morts sont devenus des &#233;trangers. Contemplez ce qui arrive lorsque les hommes se hasardent &#224; se rebeller contre l'ur&#230;us divin, gr&#226;ce auquel le dieu R&#234; pacifie les deux terres. &#187; Ce sont les pauvres qui furent &#224; l'origine du renversement du r&#233;gime des pharaons pendant 200 ans et, quand le r&#233;gime fut remis sur ses pieds, il ne reposait plus sur les m&#234;mes bases. Les pharaons furent contraints de modifier le mode de gestion, &#233;conomique, sociale et politique pour &#233;viter une nouvelle r&#233;volution. Ils donn&#232;rent des droits aux pauvres, dont celui de pour un paysan de faire passer son seigneur en justice, ou encore le droit &#224; l'&#233;ternit&#233;, jusque l&#224; un privil&#232;ge du pharaon, de la famille royale et des proches du pharaon. D&#233;sormais, ils pouvaient m&#234;me prot&#233;ger leur vie dans les temples ou encore s'y r&#233;fugier en cas de gr&#232;ve, interruption du travail qui est devenue un droit. La classe dirigeante avait eu la d&#233;monstration de la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir central face aux classes exploit&#233;es et avait appris &#224; se m&#233;fier de sa propre rapacit&#233;. Le r&#233;gime pharaonique avait appris que les conditions de son maintient &#233;taient sa propre transformation. Le Moyen Empire, tout en id&#233;alisant en paroles l'Ancien Empire, n'en &#233;tait pas la copie. Le jeune futur pharaon venant au pouvoir devait apprendre [11] d&#233;sormais &#224; se m&#233;fier des gouverneurs corrompus capables de vendre les stocks de bl&#233; d'Etat et ainsi de provoquer la r&#233;volution. Cette transformation profonde du r&#233;gime pharaonique n'a pas &#233;t&#233; lente, continue ou graduelle, mais elle a &#233;t&#233; le produit de la destruction, de l'agitation et de la r&#233;volution de - 2.060 avant J.-C en Egypte. &#171; Elle va permettre aux membres du peuple, non-nobles, d'&#234;tre eux aussi initi&#233;s, d'acc&#233;der &#224; l'&#226;me, l'&#233;criture et l'immortalit&#233;. Cette r&#233;volution va entra&#238;ner la &#171; participation &#187; du peuple au syst&#232;me, et transformer les relations de domination simples de l'Ancien Empire en relations &#171; religieuses &#187; et &#171; morales &#187;. Ce processus est aussi vrai en Chine qu'en Egypte ; on peut dire qu'il appara&#238;t avec Confucius (fin 6&#232;me &#8211; d&#233;but 5&#232;me si&#232;cle avant J.-C ) pour se g&#233;n&#233;raliser avec le bouddhisme. &#187; &#233;crit Jean-Marc Lepers. Gordon Childe cite &#233;galement la chute de l'empire sum&#233;rien mais il ne voit pas en quoi cette r&#233;volution a produit une prise de conscience chez ses successeurs de Babylone : &#171; Les rois sum&#233;riens d'Ur fond&#232;rent un empire vers &#8211; 2100 avant J.-C (...) Vers &#8211; 1800 avant J.-C, une dynastie qui r&#233;gnait &#224; Babylone fit de Sumer et d'Akkad un royaume unifi&#233; : le royaume de Babylone. Le roi Hammourabi se proclama dieu d'empire ; il organisa une administration compos&#233;e de gouverneurs, imposa un code l&#233;gal unifi&#233; (...) Hammourabi publia ses lois ''pour &#233;tablir la justice dans le pays, d&#233;truire les m&#233;chants et les criminels et emp&#234;cher les forts d'opprimer les faibles. &#187;. Voil&#224; encore un grand homme qui aurait pu imposer aux classes dirigeantes des limites &#224; leur rapacit&#233; par des lois, sans que les classes opprim&#233;es ne l'y ait pouss&#233; ! En r&#233;alit&#233;, il vient peu apr&#232;s le renversement de l'empire qui r&#233;gnait sur Sumer et en tire les le&#231;ons. Ses r&#233;formes sont aussi marqu&#233;es par la m&#234;me menace r&#233;volutionnaire que celle qui a renvers&#233; les pharaons d'Egypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il ne se refuse pas parfois &#224; parler de lutte de classes, ayant quelques liens avec les staliniens, Gordon Childe pr&#233;f&#232;re faire appel &#224; la force de l'&#233;volution technique, le progressisme (philosophie commune &#224; la bourgeoisie et aux staliniens, selon laquelle le progr&#232;s entra&#238;ne le progr&#232;s et la destruction entra&#238;ne la r&#233;gression). Il s'agit non seulement d'une conception gradualiste mais d'une philosophie antidialectique selon laquelle le positif produit du positif et le n&#233;gatif du n&#233;gatif. Citons ainsi la conclusion de son ouvrage intitul&#233; &#171; De la pr&#233;histoire &#224; l'histoire &#187; : &#171; Le progr&#232;s est un fait. Il n'est pas continu, bien s&#251;r, mais sa courbe, si sa courbe comporte des dents de scie, n'en est pas moins ascendante (...). &#187; Nous allons, au contraire, d&#233;velopper une conception tout &#224; fait diff&#233;rente dans laquelle le positif cause du n&#233;gatif et inversement, une conception dans laquelle il n'y a pas de courbe ascendante du progr&#232;s, ni de continuit&#233;. Ce n'est pas le progr&#232;s &#233;conomique et social qui produit lin&#233;airement et in&#233;vitablement l'Etat. C'est, au contraire, la menace caus&#233;e par des troubles sociaux qui a entra&#238;n&#233;, pour la classe dirigeante, la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er l'Etat ou de le renforcer et de le rende ind&#233;pendant de la soci&#233;t&#233; civile. Il faut un pouvoir consid&#233;r&#233; comme sup&#233;rieur, reli&#233; &#224; dieu, poss&#233;dant une force brutale indiscutable face aux citoyens, parce que ces citoyens deviennent de dangereux adversaires de l'ordre social. Et le r&#244;le conservateur de l'Etat cause lui-m&#234;me la mont&#233;e et la concentration des m&#233;contentements contre lui, la r&#233;volution. L'Etat et la r&#233;volution sont certes deux p&#244;les de la contradiction mais ils s'unissent autant qu'ils se contredisent. La r&#233;volution brise l'Etat mais elle a d'abord contribu&#233; &#224; le fonder, elle a d&#233;termin&#233; sa forme et sa politique. La n&#233;cessit&#233; de l'Etat n'est devenue imp&#233;rieuse qu'&#224; cause de la menace des pauvres sur les soci&#233;t&#233;s pass&#233;es de l'&#233;conomie naturelle &#224; l'abondance. La raison en est le d&#233;veloppement explosif des in&#233;galit&#233;s et, avec le d&#233;veloppement de l'agriculture, celui des concentrations de populations, les villes. Avec ces agglom&#233;rations consid&#233;rables de populations pauvres, avec l'accroissement consid&#233;rable des risques d'explosion sociale, la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir central craint et capable de r&#233;primer s'est faite sentir pour les classes riches. La partie la plus ais&#233;e de la soci&#233;t&#233; civile a accept&#233; d'ali&#233;ner une partie de son pouvoir pour garder sa domination sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etienne Balazs, un historien, qui n'est pas suspect de sympathie vis-&#224;-vis du marxisme, expose dans &#171; La bureaucratie c&#233;leste &#187; la mise en place de l'Etat chinois, un sacrifice des grands propri&#233;taires f&#233;odaux individuels en vue de la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts collectifs menac&#233;s par la r&#233;volution et un syst&#232;me d'oppression violente de la population la plus pauvre : &#171; L'unification de la Chine sous le sceptre du &#171; Premier Empereur &#187; Quin Shi Huangdi, (...) (221-206 av J.-C) a donn&#233; &#224; la Chine imp&#233;riale ses assises d&#233;finitives : abolition du f&#233;odalisme et son remplacement par une monarchie bureaucratique fortement centralis&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e. &#187; Quelle est, selon Etienne Balazs, l'origine de cet Etat et de ce bureaucratisme &#233;crasant ? &#171; L'arri&#232;re-plan (...) est la d&#233;sint&#233;gration d'une soci&#233;t&#233; f&#233;odale et la d&#233;sagr&#233;gation de la souverainet&#233; des Zhou dont les vassaux deviennent des principaut&#233;s ind&#233;pendantes, en continuelle guerre l'un contre l'autre, et la d&#233;sagr&#233;gation des anciennes classes f&#233;odales. Un long parcours douloureux dont le r&#233;sultat le plus remarquable sera la naissance d'une nouvelle couche sociale interm&#233;diaire entre les seigneurs et le peuple commun des serfs. Cette nouvelle couche de lettr&#233;s inqui&#232;te, ambitieuse et &#224; peine consciente de son r&#244;le et de sa future autonomie, voudrait sauver de l'ins&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;rale toute la soci&#233;t&#233;. &#187; Loin d'&#234;tre synonyme de progr&#232;s, l'Etat d&#233;fend la stagnation sociale, politique et m&#234;me intellectuelle : &#171; Si l'on comprend par totalitarisme l'emprise totale de l'Etat et de ses organes ex&#233;cutifs, les fonctionnaires, sur toutes les activit&#233;s de la vie sociale sans exception, la soci&#233;t&#233; chinoise &#233;tait &#224; un haut degr&#233; totalitaire. (...) Aucune initiative priv&#233;e, nulle expression de la vie publique qui pourrait &#233;chapper &#224; la r&#233;glementation officielle. (...) L'Etat-providence surveille minutieusement chaque pas de ses sujets. &#187; Il est cependant courant de pr&#233;senter la richesse de la soci&#233;t&#233; par la grandeur de son Etat. L'auteur rompt avec ce mythe : &#171; C'est un r&#233;gime de paperasseries et de tracasseries (...) C'est l'Etat qu tue l'invention technique en Chine. (...) L'ambiance de routine, de traditionalisme et d'immobilisme jette la suspicion sur toute novation (...). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Histoire, les r&#233;volutions de l'Antiquit&#233; sont quasiment pass&#233;es sous silence. Dans les &#233;tudes scolaires, l'Antiquit&#233; est largement d&#233;velopp&#233;e et, pourtant, les &#233;l&#232;ves n'ont certainement pas retenu que les r&#233;volutions l'aient marqu&#233;e. Egypte, M&#233;sopotamie, Gr&#232;ce, Rome rappellent certainement un pouvoir central fort pour les &#233;tudiants en histoire mais pas des r&#233;volutions. Les &#233;poques de crise et d'insurrections populaires sont intitul&#233;es &#171; &#226;ges sombres &#187; pour la chute de la civilisation de l'Indus, &#171; troubles int&#233;rieurs &#187; (en M&#233;sopotamie en &#8211;1750) ou &#171; interr&#232;gne &#187; (&#224; propos du renversement du r&#233;gime des pharaons d'Egypte, en &#8211; 2260), ou encore &#171; p&#233;riode sombre &#187; (pour les r&#233;volutions de la Gr&#232;ce antique en &#8211;1200). Il ne s'agit pas d'&#233;v&#233;nements sans grande importance puisqu'&#224; chaque fois la destruction est de grande ampleur, la civilisation est balay&#233;e, le r&#233;gime d&#233;truit et l'est souvent pour des dur&#233;es consid&#233;rables, sinon &#224; jamais. Curieusement, l'Histoire ne nous a pas g&#226;t&#233;s en d&#233;tails sur des p&#233;riodes charni&#232;res aussi fondamentales de chacun de ces pays. Autant les actes &#171; glorieux &#187; des monarques, leurs constructions pr&#233;tentieuses, leurs guerres et leurs conqu&#234;tes sont d&#233;crits avec un grand luxe de d&#233;tail, autant les luttes sociales et politiques des peuples contre les dictateurs sont parcimonieusement relat&#233;es et m&#234;me rarement reconnues. Quel amateur de la civilisation &#233;gyptienne se souvient qu'on lui ait relat&#233; la r&#233;volution sociale mettant fin au r&#233;gime des pharaons et faisant chuter la classe dirigeante et le pharaon P&#233;pi II, en &#8211; 2260 avant J.-C [12] ? Cette insurrection des exploit&#233;s a pourtant marqu&#233; le pays pendant deux si&#232;cles d'interr&#232;gne, de &#8211; 2260 jusqu'en &#8211; 2050. Deux cent ans sans qu'un pharaon ne parvienne &#224; coiffer les &#171; Deux Pays &#187;, de haute et de basse Egypte, deux cent ans sans pouvoir central et sans que les plus pauvres respectent &#224; nouveau les riches. On a retrouv&#233; de multiples &#233;crits des anciens membres des classes dirigeantes et, surtout, d'anciens membres de la classe moyenne qui se plaignent que les riches ne font plus la loi et sont eux-m&#234;mes tomb&#233;s dans la mis&#232;re. Un ensemble de papyrus d&#233;couverts &#224; Memphis est &#233;crit par le scribe Ipouer qui tente d'expliquer la r&#233;volution : &#171; Les villes de haute et de basse Egypte sont d&#233;truites et se consument. Le palais des rois est d&#233;pouill&#233; (...) Contemplez ce qu'il advient lorsque les hommes se hasardent &#224; se rebeller contre l'ur&#230;us divin, gr&#226;ce auquel le dieu R&#226; pacifie les deux terres. Le serpent de la science est saisi et les pillards sont partout. (...) Sache qu'il est bien que les hommes construisent des pyramides, creusent des &#233;tangs et plantes des arbres pour le plaisir des dieux et le bonheur des hommes. &#187; Dans &#171; Dictionnaire de la civilisation &#233;gyptienne &#187;, Guy Rachet, qui le cite, raconte ainsi : &#171; Le pays fut le th&#233;&#226;tre d'une v&#233;ritable r&#233;volution sociale qui mit un terme &#224; l'Ancien Empire. (...) Une r&#233;volution d'une violence inou&#239;e &#233;clata alors contre la noblesse et le roi. &#187; Et de citer certains textes d'&#233;poque : &#171; Il n'y a plus de droit et le Mal si&#232;ge dans la chambre du conseil. (&#8230;) Il advint ce qui ne s'&#233;tait jamais vu. On forge des lances en cuivre pour gagner son pain dans le sang. &#187; Rachet commente ainsi les &#233;v&#233;nements : &#171; Cette haine fanatique contre le pharaon s'est report&#233;e sur toute la lign&#233;e des rois de l'Ancien Empire et c'est ce qui explique les sarcophages des pyramides bris&#233;s et vid&#233;s de leurs restes humains et surtout les statues des rois jet&#233;es au fond des puits ou cass&#233;es jusqu'&#224; &#234;tre r&#233;duites en minuscules morceaux. Si cette r&#233;volution ouvre l'&#233;poque d'anarchie de la premi&#232;re p&#233;riode interm&#233;diaire, si elle brise toutes les structures sociales de l'Ancien Empire, ses cons&#233;quences pour la vie morale du peuple &#233;gyptien sont sans doute incommensurables : le privil&#232;ge de l'immortalit&#233; solaire, qui n'appartenait qu'au pharaon et &#224; ceux que sa volont&#233; royale avait &#233;lu, est donn&#233; d&#233;sormais &#224; tout Egyptien &#224; quelque classe qu'il appartienne. Le renversement des institutions politiques fut un acte transitoire, mais la d&#233;mocratisation des croyances fun&#233;raires fit sentir son effet dans toute la suite de l'histoire de l'Egypte. &#187; Les pharaons, connaissant les capacit&#233;s r&#233;volutionnaires du peuple et apprendront d&#233;sormais &#224; s'en m&#233;fier et &#224; les combattre, comme le montrent &#171; Les enseignements pour M&#233;rikar&#233; &#187; cit&#233;s par Guy Rachet : &#171; Le roi enseigne &#224; son fils le m&#233;tier de roi &#171; qui reste une bonne fonction &#187;. Apr&#232;s avoir d&#233;crit la crise sociale qui suivit la r&#233;volution de la fin de l'Ancien Empire, le souverain expose comment le roi doit agir pour r&#233;tablir l'ordre et rendre son lustre &#224; la monarchie. &#171; L'homme violent jette le d&#233;sordre dans la cit&#233; et cr&#233;e des partis chez les jeunes gens. (...) Si tu rencontres un fauteur de d&#233;sordre, supprime-le. &#187; Beaucoup plus tard, le Nouvel Empire succ&#233;da au Moyen Empire apr&#232;s de nouveaux troubles ayant fait chuter le r&#233;gime, un interr&#232;gne attribu&#233; &#224; tort aux envahisseurs asiatiques (qui avaient, au contraire, su r&#233;tablir un pharaon), et les m&#234;mes enseignements &#233;taient donn&#233;s alors par le pharaon Amn&#233;n&#233;m&#232;s &#224; son jeune fils, cit&#233;s par Rachet : &#171; Ecoute ce que je te dis maintenant que tu es roi de la terre, maintenant que tu r&#232;gnes sur les trois r&#233;gions, afin que tu puisse &#234;tre meilleur que tes pr&#233;d&#233;cesseurs. Arme toi contre tous tes subordonn&#233;s. Le peuple donne son attention &#224; celui qui le terrorise. Ne t'approche pas seul de lui. &#187; Renverser Pharaon, ce n'est pas seulement balayer un chef de gouvernement mais casser un Etat. A l'&#233;poque, Pharaon n'est pas le nom d'un roi, mais le nom de la &#171; maison &#187; royale, c'est-&#224;-dire des fonctionnaires. Ils sont l'&#339;il du pouvoir dans la population et contre elle. Ils s'assurent que les exploit&#233;s produisent suffisamment. Ils v&#233;rifient qu'ils ne complotent pas. Ils d&#233;montrent au peuple qu'il est sans cesse surveill&#233;. C'est ce que l'on appellerait aujourd'hui l'appareil d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partout dans le monde, sur tous les continents, &#224; toutes les &#233;poques, l'Etat a &#233;t&#233; en butte aux r&#233;volutions qui l'ont menac&#233; ou renvers&#233;. Elles ne sont pas plus connues que celles qui ont concern&#233; l'Etat pharaonique. Peu se souviennent de Sumer &#224; propos de la r&#233;volution sociale (contre les riches et les religieux) qui renversa la dynastie d'Ur-Nansh&#233; vers &#8211; 2400 (avant J.-C), ni de celle contre l'Etat de M&#233;sopotamie (en &#8211; 1750 avant J.-C) [13], ni encore de celle contre l'Etat et la classe dirigeante de l'&#238;le de Cr&#234;te (qui d&#233;truisit tous les b&#226;timents officiels et tous les &#233;difices religieux du r&#233;gime de Cnossos en 1425 avant J.-C). Les analyses historiques de la chute de la Cr&#234;te de Cnossos &#233;voquent souvent un tremblement de terre ou une &#233;ruption volcanique [14]. L'historien Moses Finley, peu suspect de voir partout des r&#233;volutions comme on va le voir &#224; propos de Troie, explique, dans &#171; Les premiers temps de la Gr&#232;ce &#187;, &#171; Il faut donc qu'il y ait eu une cause sociale ou politique &#187;. En ce qui concerne la chute de Troie, Moses Finley &#233;crit ainsi dans &#171; Les premiers temps de la Gr&#232;ce &#187; : &#171; Troie VI fut d&#233;truite et l'ampleur de la catastrophe fut telle qu'on pense &#224; un tremblement de terre plut&#244;t qu'&#224; l'action des hommes. (...) Destruction signifie d'abord d&#233;molition des palais et des forteresses. Il est l&#233;gitime d'admettre que dispara&#238;t avec eux cette structure sociale sp&#233;cifique, de forme pyramidale, dont ils &#233;taient l'expression. (...) La disparition du palais fut si compl&#232;te que jamais plus on ne le revit dans l'histoire ult&#233;rieure de la Gr&#232;ce. &#187; Il s'agit d'abord d'une transformation sociale mais Moses Finley n'envisage que l'action destructrice de peuples envahisseurs et ne discute pas, m&#234;me pour la r&#233;futer, l'hypoth&#232;se d'une r&#233;volution sociale. &#171; L'empire hittite tomba en 1200 ou 1190. Bien que n'ayant aucun texte permettant d'identifier avec certitude les agents de cette destruction, il est de plus en plus probable qu'il existe un lien entre cet &#233;v&#233;nement et les grandes invasions men&#233;es dans la partie orientale du monde &#233;g&#233;en par une coalition assez l&#226;che de peuples connus sous le nom des ''peuples de la mer.'' &#187; En ce qui concerne la chute du monde myc&#233;nien, Moses Finley est moins oppos&#233; &#224; une hypoth&#232;se r&#233;volutionnaire, tout en pr&#233;tendant qu'elle est ind&#233;montrable : parlant des &#171; si&#232;cles obscurs &#187; qui ont connu le renversement des r&#233;gimes royaux grecs, &#171; De la Thessalie, au nord, jusqu'&#224; Mess&#233;nie et la Laconie, au sud, une douzaine de forteresses et de complexes palatiaux au moins furent compl&#232;tement d&#233;truits, notamment &#224; Iolkos, Krisa, Gria, Pylos, Myc&#232;nes et pr&#232;s de Sparte. L'arch&#233;ologie oblige &#224; consid&#233;rer que toutes ces destructions comme contemporaines et &#224; la date de l'ann&#233;e 1200 ; il est d'autre part difficile d'imaginer qu'elles n'ont aucun rapport avec des mouvements des ''peuples de la mer'' et des destructions de l'empire hittite. La co&#239;ncidence serait trop remarquable et le serait d'autant plus &#224; partir du moment o&#249; l'on prend en consid&#233;ration que l'agitation s'&#233;tendit vers l'est jusqu'en M&#233;sopotamie et toucha &#224; l'ouest l'Italie, les &#238;les Lipari, la Sicile et peut-&#234;tre la France ainsi que la mer Baltique au nord. Voil&#224; qui indique un mouvement de peuples de grande ampleur. &#187; Cela indique surtout que Moses Finley n'envisage pas un mouvement social s'&#233;tendant de part en part comme une vague, un tsunami social. Pourtant le monde conna&#238;tra ce type de vague dans les ann&#233;es 1780 ou 1848. Cependant, m&#234;me Moses Finley que l'on a vu peu enclin &#224; pr&#233;senter l'effondrement du monde grec en &#8211; 1200 comme une r&#233;volution, le d&#233;crit ainsi : &#171; apr&#232;s l'&#233;limination des rois du monde myc&#233;nien et, avec eux, de toute l'organisation du pouvoir dont ils &#233;taient comme la t&#234;te, la soci&#233;t&#233; eut &#224; se r&#233;organiser en trouvant de nouveaux modes de fonctionnement, de nouvelles valeurs conformes aux nouvelles conditions mat&#233;rielles et &#224; la situation sociale nouvelle. (...) Si, comme c'est probable mais non d&#233;montrable, le monde myc&#233;nien, au moment de sa disparition, n'a pas &#233;t&#233; sans conna&#238;tre des soul&#232;vements sociaux internes, il serait logique de penser qu'on s'en est souvenu lorsqu'il s'est agi de mettre en place de nouvelles structures. &#187; Comme on le voit, c'est sur un mode tr&#232;s d&#233;fensif et prudent que Moses Finley reconna&#238;t par ci par l&#224; la place de la r&#233;volution, tout en s'excusant par avance de le faire. Il en va de m&#234;me quand Moses Finley analyse la chute de Cnossos en Cr&#234;te : &#171; Le minoen r&#233;cent II vit Cnossos au sommet de sa puissance. Depuis Evans, on a toujours plac&#233; la fin de cette p&#233;riode vers - 1400 avant J.-C. Ce fut donc une &#232;re assez br&#232;ve ; elle se termina par une catastrophe qui toucha l'ensemble de l'&#238;le. Un tremblement de terre a pu &#234;tre un des facteurs, mais il n'est pas &#224; lui seul une explication suffisante, car cette fois-ci, contrairement aux pr&#233;c&#233;dentes, il n'y a pas eu de r&#233;tablissement (...) Peut-&#234;tre une catastrophe naturelle (si c'est r&#233;ellement ce qui s'est produit) s'est-elle suivie par l'expulsion des ma&#238;tres grecs, sous le coup de quelque insurrection populaire qui balaya du m&#234;me coup les vestiges d'une puissance insulaire d&#233;j&#224; s&#233;rieusement affaiblie par les envahisseurs grecs au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Mais ce ne sont l&#224; que des sp&#233;culations ne reposant sur rien de solide. &#187; Quand il n'a aucune preuve d'une invasion de peuples ou d'un tremblement de terre, il ne met pas autan de pr&#233;cautions oratoires que lorsqu'il a &#233;videmment affaire &#224; une r&#233;volution sociale ! Ainsi, apr&#232;s avoir expliqu&#233; la destruction du palais Kato Zakro de Cr&#234;te par un soul&#232;vement volcanique &#224; Santorin, il rajoute : &#171; il faut donc qu'il y ait eu une cause sociale ou politique &#224; l'abandon de Kato Zakro. &#187; C'est toujours tr&#232;s discr&#232;tement et avec beaucoup de pr&#233;cautions qu'est envisag&#233;e l'hypoth&#232;se d'une r&#233;volution sociale qui est pr&#233;sent&#233;e, au mieux, comme une cause seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article51&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article51&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout dans le monde, des anciennes soci&#233;t&#233;s sans Etat : chasseurs, cueilleurs et m&#234;me agriculteurs, peuples des villes &#224; leurs d&#233;buts n'ont pas connu l'Etat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout il y a eu un &#171; avant l'Etat &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s primitives avant l'Etat &#233;taient parfois tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es et civilis&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/165002?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/165002?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5265&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5265&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article243&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article229&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1618&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1618&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2088&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2088&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article222&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4218&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4218&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5247&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5238&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5235&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'illustre mieux la jeunesse des formes &#233;tatiques que cette donn&#233;e statistique : la vie de l'Etat ne couvre que 0.2 % de toute l'aventure de l'humanit&#233;. De quoi &#233;prouver le vertige... En effet, pour le reste des 99,8 % de cette dur&#233;e, les hommes n'ont gu&#232;re eu de milieu social plus large que celui des bandes et des villages autonomes, tout en n'ayant vraisemblablement pas la conception de plus larges collectivit&#233;s. Si donc l'on additionnait la dur&#233;e de l'Etat moderne et contemporain avec celle des trois formes d'&#171; Etats &#187; antiques (infra-Etats. extra-Etats. cit&#233;s-Etat), le r&#233;sultat se lirait selon cette proportion d&#233;risoire d'un cinqui&#232;me de 1 %depuis les d&#233;buts de l'humanit&#233; pr&#233;historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/petit-traite-de-l-etat--9782130427001-page-21.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/petit-traite-de-l-etat--9782130427001-page-21.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#201;tat a en v&#233;rit&#233; moins de 6 000 ans, donc pour la plupart de la pr&#233;histoire humaine l'&#201;tat n'existait pas. Comme l'Homo sapiens existe depuis environ 200 000 ans, cela implique que les soci&#233;t&#233;s organis&#233;es en &#201;tats ont exist&#233; pendant au plus 3 % de toute l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_sans_%C3%89tat&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_sans_%C3%89tat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; primitive sans classes et sans Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Robert Frossart, dans &#171; La soci&#233;t&#233; &#187; (tome quatre : les classes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est tr&#232;s probable que beaucoup de soci&#233;t&#233;s primitives ont mal support&#233; les tensions multiples que l'agglom&#233;ration d'hommes plus nombreux faisait subir &#224; leurs liens et &#224; leurs id&#233;es traditionnelles et que la fragile pyramide en formation s'est maintes fois effondr&#233;e. Mais il suffit que la pyramide ait tenu quelques fois, pour que la novation finisse par s'op&#233;rer, c'est-&#224;-dire pour que le processus d'affirmation de l'&#201;tat et d'accentuation des diff&#233;renciations sociales jusqu'&#224; la cristallisation de classes sociales distinctes soit irr&#233;versiblement enclench&#233;. Ce processus a vraisemblablement pris tournure plusieurs fois, en des aires et en des p&#233;riodes tr&#232;s diff&#233;rentes. Aujourd'hui encore, on ne sait &#233;tablir aucun lien de filiation ou de pr&#233;s&#233;ance entre les processus qui ont abouti, par exemple, &#224; la formation de l'&#201;gypte ancienne et &#224; celle de la Chine ancienne et, de fa&#231;on plus &#233;vidente encore, on ne peut &#233;tablir aucune liaison entre ces deux processus et celui dont le Mexique azt&#232;que a &#233;t&#233; le r&#233;sultat. Une telle pluralit&#233; a valeur de preuve : elle rend hautement plausible l'hypoth&#232;se suivant laquelle la conjonction al&#233;atoire et accidentelle des facteurs ayant permis la cristallisation des classes et de l'&#201;tat est elle-m&#234;me le r&#233;sultat hasardeux d'une d&#233;rive spontan&#233;e o&#249; les soci&#233;t&#233;s primitives ont tout essay&#233;, &#224; t&#226;tons, et o&#249; ont surv&#233;cu celles dont, par hasard ou par chance, les essais r&#233;pondaient aux contraintes du milieu naturel et de l'environnement social. (...) La liaison originelle entre les classes et l'&#201;tat appara&#238;t ainsi comme tout &#224; fait fondamentale et indissociable. Il ne faut pas confondre cette liaison originelle avec la relation structurelle qui existe entre les classes et l'&#201;tat, dans toute soci&#233;t&#233; o&#249; la division en classes est bien &#233;tablie : l'&#201;tat appara&#238;t alors comme l'instrument de domination d'une ou plusieurs classes sur une ou plusieurs autres (t. 1, n&#176; 39). Mais les classes et l'&#201;tat entre lesquels cette relation structurelle existe ne sont pas des choses fixes, donn&#233;es une fois pour toutes, sous l'une quelconque de leurs formes. Les soci&#233;t&#233;s sont le si&#232;ge d'un processus d'&#233;tatisation par lequel l'&#201;tat, qui &#233;merge finalement des brumes primitives, s'affermit, se sp&#233;cifie et se densifie peu &#224; peu. (...) il faut prendre &#224; sa juste valeur l'expression traditionnelle : les soci&#233;t&#233;s sans classes. L'absence des classes n'est l'indice d'aucune perfection, d'aucune sup&#233;riorit&#233;, mais au contraire la marque de leur primitivisme, le signe de leur fragilit&#233; et de leur mis&#232;re. Ce sont de faibles et mis&#233;rables soci&#233;t&#233;s, presque totalement immerg&#233;es dans leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard d'un donn&#233; naturel, dont un travail mill&#233;naire leur apprend &#224; tirer quelque parti. Ce sont des soci&#233;t&#233;s o&#249; la faiblesse et la d&#233;pendance toutes relatives des femelles de l'esp&#232;ce animale-humaine se convertissent en une d&#233;pendance g&#233;n&#233;rale des femmes &#224; l'&#233;gard des hommes, en une inf&#233;riorit&#233; sociale permanente des femmes. Ce sont des soci&#233;t&#233;s sans doute souvent cruelles aux vieux, nonobstant les rites fun&#233;raires destin&#233;s &#224; pacifier leurs esprits ; et probablement tout aussi cruelles pour les jeunes, qui ne peuvent &#233;chapper &#224; l'absolue contrainte du travail que le temps d'apprendre &#224; se tenir sur leurs pieds et &#224; coordonner leurs mouvements. Ce sont des soci&#233;t&#233;s tout aussi cruelles pour les hommes, adultes et m&#226;les, expos&#233;s comme tous leurs cong&#233;n&#232;res &#224; une vie laborieuse, harassante et sans doute br&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour tout dire, ce sont des soci&#233;t&#233;s sans classes et sans &#201;tat, parce qu'elles n'ont pas les moyens de faire tenir ensemble une population de quelque importance et de faire bourgeonner ce repli de la soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me, ce groupe d'hommes distraits de la production, dont l'&#201;tat, les classes et la civilisation seront les produits. Quand ces moyens sont enfin r&#233;unis accidentellement, les soci&#233;t&#233;s accomplissent un immense progr&#232;s : elles se divisent en classes et se dotent d'un &#201;tat. Je ne suis pas loin de penser que le sort r&#233;serv&#233; aux plus mis&#233;rables de ces classes (les esclaves, les plus maltrait&#233;es des communaut&#233;s soumises &#224; un pouvoir tributaire, etc.) demeure, sauf exceptions, &#233;gal ou sup&#233;rieur &#224; ce qu'&#233;tait le sort commun des populations, jadis assembl&#233;es en communaut&#233;s primitives.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1429&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1429&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la soci&#233;t&#233; sans classe, sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e et sans Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Testart&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comment classer les soci&#233;t&#233;s&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On a longtemps identifi&#233; les soci&#233;t&#233;s primitives - sans Etat et sans richesses - &#224; des soci&#233;t&#233;s simples. Elles seraient suivies de soci&#233;t&#233;s complexes o&#249; r&#232;gnent les in&#233;galit&#233;s et le pouvoir s&#233;par&#233;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le plus grand choc fut, lors de la colonisation de l'Am&#233;rique, lorsque les Occidentaux prirent conscience de l'existence de soci&#233;t&#233;s plus &#233;tranges encore et pour lesquelles ils frapp&#232;rent ce mot rest&#233; longtemps en vigueur : celles habit&#233;es par des peuples sauvages &#034;sans foi, ni roi, ni loi&#034;. C'&#233;tait sur beaucoup de points une &#233;norme m&#233;prise, car pour n'&#234;tre ni mahom&#233;tans ni chr&#233;tiens, ces peuples avaient des croyances religieuses auxquelles ils tenaient fort, et ils avaient des coutumes tout aussi contraignantes que nos lois. Mais ils n'avaient pas de roi. Ni de pr&#233;sident de la r&#233;publique ni aucune instance de cette nature. Leurs &#034;chefs&#034; n'&#233;taient pas ob&#233;is aveugl&#233;ment et, en cas de d&#233;saccord, le groupe se scindait pour que chacun puisse suivre la voie qui lui paraissait bonne. Comme ils n'avaient pas non plus de police, chacun s'entendait &#224; faire la justice lui-m&#234;me. (...) C'&#233;tait des soci&#233;t&#233;s sans Etat, c'est-&#224;-dire sans ce pouvoir que l'on dit &#034;central&#034; (...) Ces soci&#233;t&#233;s &#034;sauvages&#034; d'Am&#233;rique &#233;taient donc sans roi, sans police, sans service militaire obligatoire (...) et sans imp&#244;ts. (...) Pour les gens de ce type de soci&#233;t&#233;, notre r&#232;gle de majorit&#233; doit appara&#238;tre comme une tyrannie insupportable, celle de la majorit&#233; sur la minorit&#233;. On ne la tol&#232;re pas plus qu'on ne tol&#232;rerait un ordre &#233;manant d'un chef. Le chef se doit au contraire se concilier, de tenter de maintenir le groupe intact, en pr&#233;venant les conflits et en essayant, forc&#233;ment avec des compromis, de mettre tout le monde d'accord. Nous avons des exemples historiques de chefs qui ont voulu, ou paru, &#234;tre trop autoritaires : ils se spnt &#233;veill&#233;s seuls un matin, dans le camp, car tous s'&#233;taient donn&#233; le mot pour le fuir. (...) Ce n'est pas une sp&#233;cificit&#233; am&#233;ricaine, car cette m&#234;me forme d'organisation politique se retrouve massivement en Oc&#233;anie, et localement dans d'autres continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre soci&#233;t&#233;s sans Etat et soci&#233;t&#233;s avec est parfaitement rep&#233;r&#233;e vers les ann&#233;es 1860 ou 1870. On la tient - &#224; juste titre - pour une opposition majeure. (....) Tandis que dans les soci&#233;t&#233;s &#233;tatiques, c'est le lien politique qui repr&#233;sente la forme majeure de la sociabilit&#233;, c'est, dans les soci&#233;t&#233;s non &#233;tatiques, la parent&#233;.(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes ces soci&#233;t&#233;s, la richesse est forc&#233;ment utile, n&#233;cessaire autant que pour nous, mais pour d'autres raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des riches et des pauvres et l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; primitive &#034;&#233;galitaire&#034; est une absurdit&#233;. Chez les Trobriandais (habitants d'&#238;les au large de la Nouvelle Guin&#233;e), certains poss&#232;dent plusieurs objets &#034;kula&#034; (biens qui servent aux &#233;changes traditionnels) tandis que d'autres n'en ont aucun. Mais tous ont leurs champs. Ce qui n'existe pas dans ces soci&#233;t&#233;s, c'est la figure du grand propri&#233;taire foncier. Pas plus que n'existe un paysan sans terre. Cela vaut autant pour la M&#233;lan&#233;sie que pour l'Am&#233;rique du nord ou l'Afrique. Le monde qui nous est familier, celui de l'histoire occidentale depuis l'Antiquit&#233;, est celui de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, laquelle se ram&#232;ne pour l'essentiel, avant l'&#232;re industrielle, &#224; la propri&#233;t&#233; de la terre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3030&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3030&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3029&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3029&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'origine de l'Etat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5156&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5156&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gen&#232;se de l'Etat ath&#233;nien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1363&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1363&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation de l'&#201;tat chez les Germains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6781&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6781&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'Etat qui a cr&#233;&#233; la civilisation d'Egypte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2102&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2102&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'Etat qui a cr&#233;&#233; la civilisation chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2694&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2694&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance de la civilisation en M&#233;sopotamie, ce n'est pas un produit de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El Argar, le premier Etat d'Europe occidentale, a &#233;t&#233; renvers&#233; par la r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5497&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; sans Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; l'Etat n'existait pas, o&#249; les rapports sociaux, la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, la discipline, l'organisation du travail tenaient par la force de l'habitude et des traditions, par l'autorit&#233; ou le respect dont jouissaient les anciens du clan ou les femmes, dont la situation &#233;tait alors non seulement &#233;gale &#224; celle des hommes, mais souvent m&#234;me sup&#233;rieure, et o&#249; il n'existait pas une cat&#233;gorie particuli&#232;re d'hommes, de sp&#233;cialistes, pour gouverner. L'histoire montre que l'Etat, appareil coercitif distinct, n'a surgi que l&#224; et au moment o&#249; est apparue la division de la soci&#233;t&#233; en classes, donc la division en groupes d'hommes dont les uns peuvent constamment s'approprier le travail d'autrui, l&#224; o&#249; les uns exploitent les autres. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous consid&#233;rez l'Etat en partant de cette division primordiale, vous constaterez, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, qu'avant la division de la soci&#233;t&#233; en classes, l'Etat n'existait pas. Mais &#224; mesure que se dessine et s'affirme la division de la soci&#233;t&#233; en classes, avec la naissance de la soci&#233;t&#233; de classes, on voit l'Etat appara&#238;tre et se consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;seul le communisme rend l'Etat absolument superflu, car il n'y a alors personne &#224; mater, &#034;personne&#034; dans le sens d'aucune classe ; il n'y a plus lutte syst&#233;matique contre une partie d&#233;termin&#233;e de la population. Nous ne sommes pas des utopistes et nous ne nions pas du tout que des exc&#232;s individuels soient possibles et in&#233;vitables ; nous ne nions pas davantage qu'il soit n&#233;cessaire de r&#233;primer ces exc&#232;s. Mais, tout d'abord, point n'est besoin pour cela d'une machine sp&#233;ciale, d'un appareil sp&#233;cial de r&#233;pression ; le peuple arm&#233; se chargera lui-m&#234;me de cette besogne aussi simplement, aussi facilement qu'une foule quelconque d'hommes civilis&#233;s m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; actuelle s&#233;pare des gens qui se battent ou ne permet pas qu'on rudoie une femme. Ensuite, nous savons que la cause sociale profonde des exc&#232;s qui constituent une violation des r&#232;gles de la vie en soci&#233;t&#233;, c'est l'exploitation des masses, vou&#233;es au besoin, &#224; la mis&#232;re. Cette principale cause une fois &#233;cart&#233;e, les exc&#232;s commenceront infailliblement &#224; &#034;s'&#233;teindre&#034;. Avec quelle rapidit&#233; et quelle gradation, nous l'ignorons ; mais nous savons qu'ils s'&#233;teindront. Et, avec eux, l'Etat s'&#233;teindra &#224; son tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans se lancer dans l'utopie, Marx a d&#233;fini plus en d&#233;tail ce qu'on peut d&#233;finir maintenant de cet avenir, &#224; savoir : la diff&#233;rence entre la phase (le degr&#233;, l'&#233;tape) inf&#233;rieure et la phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE SUPERIEURE DE LA SOCIETE COMMUNISTE&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx poursuit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Dans une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-m&#234;me le premier besoin vital ; quand, avec le d&#233;veloppement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon born&#233; du droit bourgeois pourra &#234;tre d&#233;finitivement d&#233;pass&#233; et la soci&#233;t&#233; pourra &#233;crire sur ses drapeaux : &#034;De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins&#034;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant seulement nous pouvons appr&#233;cier toute la justesse des remarques d'Engels, accablant de ses sarcasmes impitoyables cet absurde accouplement des mots &#034;libert&#233;&#034; et &#034;Etat&#034;. Tant que l'Etat existe, il n'y a pas de libert&#233;. Quand il y aura la libert&#233;, il n'y aura plus d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
La base &#233;conomique de l'extinction totale de l'Etat, c'est le communisme arriv&#233; &#224; un si haut degr&#233; de d&#233;veloppement que toute opposition dispara&#238;t entre le travail intellectuel et le travail manuel et que, par cons&#233;quent, dispara&#238;t l'une des principales sources de l'in&#233;galit&#233; sociale contemporaine, source que la seule socialisation des moyens de production, la seule socialisation des moyens de production, la seule expropriation des capitaliste ne peut en aucune fa&#231;on tarir d'embl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette expropriation rendra possible un essor gigantesque des forces productives. Et voyant comment le capitalisme, d&#232;s maintenant, entrave incroyablement cet essor, et combien de progr&#232;s l'on pourrait r&#233;aliser gr&#226;ce &#224; la technique moderne d&#233;j&#224; acquise, nous sommes en droit d'affirmer, avec une certitude absolue, que l'expropriation des capitalistes entra&#238;nera n&#233;cessairement un d&#233;veloppement prodigieux des forces productives de la soci&#233;t&#233; humaine. Mais quelle sera la rapidit&#233; de ce d&#233;veloppement, quand aboutira-t-il &#224; une rupture avec la division du travail, &#224; la suppression de l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel, &#224; la transformation du travail en &#034;premier besoin vital&#034;, c'est ce que nous ne savons ni ne pouvons savoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi n'avons-nous le droit de parler que de l'extinction in&#233;vitable de l'Etat, en soulignant la dur&#233;e de ce processus sa d&#233;pendance de la rapidit&#233; avec laquelle se d&#233;veloppera la phase sup&#233;rieure du communisme, et en laissant compl&#232;tement en suspens la question des d&#233;lais ou des formes concr&#232;tes de cette extinction. Car les donn&#233;es qui nous permettraient de trancher de tels probl&#232;mes n'existent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat pourra s'&#233;teindre compl&#232;tement quand la soci&#233;t&#233; aura r&#233;alis&#233; le principe : &#034;De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins&#034;, c'est-&#224;-dire quand les hommes se seront si bien habitu&#233;s &#224; respecter les r&#232;gles fondamentales de la vie en soci&#233;t&#233; et que leur travail sera devenu si productif qu'ils travailleront volontairement selon leurs capacit&#233;s. chacun puisera librement &#034;selon ses besoins&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du point de vue bourgeois, il est ais&#233; de traiter un semblable r&#233;gime social de &#034;pure utopie&#034;, et de railler les socialistes qui promettent &#224; chaque citoyen le droit de recevoir de la soci&#233;t&#233;, sans aucun contr&#244;le de son travail, autant qu'il voudra de truffes, d'automobiles, de pianos, etc. C'est &#224; des railleries de cette nature que se bornent aujourd'hui encore la plupart des &#034;savants&#034; bourgeois, qui r&#233;v&#232;lent ainsi leur ignorance et leur mentalit&#233; de d&#233;fenseurs int&#233;ress&#233;s du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur ignorance, car il n'est venu &#224; l'esprit d'aucun socialiste de &#034;promettre&#034; l'av&#232;nement de la phase sup&#233;rieure du communisme ; quant &#224; la pr&#233;vision de son av&#232;nement par les grands socialistes, elle suppose une productivit&#233; du travail diff&#233;rente de celle d'aujourd'hui, et la disparition de l'homme moyen d'aujourd'hui capable, comme les s&#233;minaristes de Pomialovski, de gaspiller &#034;&#224; plaisir&#034; les richesses publiques et d'exiger l'impossible.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant l'av&#232;nement de la phase &#034;sup&#233;rieure&#034;&#034; du communisme, les socialistes r&#233;clament de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat qu'ils exercent le contr&#244;le le plus rigoureux , sur la mesure de travail et la mesure de consommation ; mais ce contr&#244;le doit commencer par l'expropriation des capitalistes, par le contr&#244;le des ouvriers sur les capitalistes, et il doit &#234;tre exerc&#233; non par l'Etat des fonctionnaires, mais par l'Etat des ouvriers arm&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;fense int&#233;ress&#233;e du capitalisme par les id&#233;ologues bourgeois (et leurs caudataires tels que les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et cie) consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; escamoter, par des discussions et des phrases sur un avenir lointain, la question d'actualit&#233; br&#251;lante de la politique d'aujourd'hui : l'expropriation des capitalistes, la transformation de tous les citoyens en travailleurs et employ&#233;s d'un grand &#034;syndicat&#034; unique , &#224; savoir : l'Etat tout entier, et la subordination absolue de tout le travail de tout ce syndicat &#224; un Etat vraiment d&#233;mocratique, &#224; l'Etat des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond, lorsqu'un savant professeur, et apr&#232;s lui le philistin, et apr&#232;s lui les Ts&#233;r&#233;t&#233;li et les Tchernov parlent des utopies insens&#233;es, des promesses d&#233;magogiques des bolch&#233;viks, de l'impossibilit&#233; d'&#034;instaurer&#034; le socialisme, ils songent pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce stade ou &#224; cette phase sup&#233;rieure du communisme, que personne n'a jamais promis ni m&#234;me eu le dessein d'&#034;instaurer&#034;, car, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il est impossible de l'&#034;instaurer&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous abordons ici la question de la distinction scientifique entre socialisme et communisme, effleur&#233;e par Engels dans le passage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; sur l'impropri&#233;t&#233; de l'appellation de &#034;social-d&#233;mocrate&#034;. Au point de vue politique la diff&#233;rence entre la premi&#232;re phase ou phase inf&#233;rieure et la phase sup&#233;rieure du communisme sera certainement consid&#233;rable avec le temps ; mais aujourd'hui, en r&#233;gime capitaliste, il serait ridicule d'en faire cas, et seuls peut-&#234;tre quelques anarchistes pourraient la mettre au premier plan (si tant est qu'il subsiste encore parmi les anarchistes des gens qui n'aient rien appris &#224; la suite de la m&#233;tamorphose &#034;pl&#233;khanovienne&#034; des Kropotkine, des Grave, des Corn&#233;lissen et autres &#034;&#233;toiles&#034; de l'anarchisme en social-chauvins ou en anarchistes-des-tranch&#233;es, suivant l'expression de Gay, un des rares anarchistes qui aient gard&#233; honneur et conscience).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la diff&#233;rence scientifique entre socialisme et communisme est claire. Ce qu'on appelle commun&#233;ment socialisme, Marx l'a appel&#233; la &#034;premi&#232;re&#034; phase ou phase inf&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste. Dans la mesure o&#249; les moyens de production deviennent propri&#233;t&#233; commune , le mot &#034;communiste&#034; peut s'appliquer &#233;galement ici, &#224; condition de ne pas oublier que ce n'est pas le communisme int&#233;gral. Le grand m&#233;rite des explications de Marx est d'appliquer, l&#224; encore, de fa&#231;on cons&#233;quente, la dialectique mat&#233;rialiste, la th&#233;orie de l'&#233;volution, et de consid&#233;rer le communisme comme quelque chose qui se d&#233;veloppe &#224; partir du capitalisme. Au lieu de s'en tenir &#224; des d&#233;finitions &#034;imagin&#233;es&#034;, scolastiques et artificielles, &#224; de st&#233;riles querelles de mots (qu'est-ce que le socialisme ? qu'est-ce que le communisme ?), Marx analyse ce qu'on pourrait appeler les degr&#233;s de la maturit&#233; &#233;conomique du communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa premi&#232;re phase, &#224; son premier degr&#233;, le communisme ne peut pas encore, au point de vue &#233;conomique, &#234;tre compl&#232;tement m&#251;r, compl&#232;tement affranchi des traditions ou des vestiges du capitalisme. De l&#224;, ce ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant qu'est le maintien de l'&#034;horizon born&#233; du droit bourgeois &#034;, en r&#233;gime communiste, dans la premi&#232;re phase de celui-ci. Certes, le droit bourgeois, en ce qui concerne la r&#233;partition des objets de consommation, suppose n&#233;cessairement un Etat bourgeois, car le droit n'est rien sans un appareil capable de contraindre &#224; l'observation de ses normes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'ensuit qu'en r&#233;gime communiste subsistent pendant un certain temps non seulement le droit bourgeois, mais aussi l'Etat bourgeois - sans bourgeoisie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela peut sembler un paradoxe ou simplement un jeu dialectique de l'esprit, ce que reprochent souvent au marxisme ceux qui n'ont jamais pris la peine d'en &#233;tudier, si peu que ce soit, la substance &#233;minemment profonde.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, la vie nous montre &#224; chaque pas, dans la nature et dans la soci&#233;t&#233;, des vestiges du pass&#233; subsistant dans le pr&#233;sent. Et ce n'est point d'une fa&#231;on arbitraire que Marx a ins&#233;r&#233; dans le communisme une parcelle du droit &#034;bourgeois&#034; ; il n'a fait que constater ce qui, &#233;conomiquement et politiquement, est in&#233;vitable dans une soci&#233;t&#233; issue des flancs du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie a une importance &#233;norme dans la lutte que la classe ouvri&#232;re m&#232;ne contre les capitalistes pour son affranchissement. Mais la d&#233;mocratie n'est nullement une limite que l'on ne saurait franchir ; elle n'est qu'une &#233;tape sur la route de la f&#233;odalit&#233; au capitalisme et du capitalisme au communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;mocratie veut dire &#233;galit&#233;. On con&#231;oit la port&#233;e immense qui s'attache &#224; la lutte du prol&#233;tariat pour l'&#233;galit&#233; et au mot d'ordre d'&#233;galit&#233;, &#224; condition de comprendre ce dernier exactement, dans le sens de la suppression des classes. Mais d&#233;mocratie signifie seulement &#233;galit&#233; formelle . Et, d&#232;s que sera r&#233;alis&#233;e l'&#233;galit&#233; de tous les membres de la soci&#233;t&#233; par rapport &#224; la possession des moyens de production, c'est-&#224;-dire l'&#233;galit&#233; du travail, l'&#233;galit&#233; du salaire, on verra se dresser in&#233;vitablement devant l'humanit&#233; la question d'un nouveau progr&#232;s &#224; accomplir pour passer de l'&#233;galit&#233; formelle &#224; l'&#233;galit&#233; r&#233;elle, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;alisation du principe : &#034;De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins.&#034; Par quelles &#233;tapes, par quelles mesures pratiques l'humanit&#233; s'acheminera-t-elle vers ce but supr&#234;me, nous ne le savons ni ne pouvons le savoir. Mais ce qui importe, c'est de voir l'immense mensonge contenu dans l'id&#233;e bourgeoise courante suivant laquelle le socialisme est quelque chose de mort, de fig&#233;, de donn&#233; une fois pour toutes, alors qu'en r&#233;alit&#233; c'est seulement avec le socialisme que commencera dans tous les domaines de la vie sociale et priv&#233;e un mouvement de progression rapide, effectif, ayant v&#233;ritablement un caract&#232;re de masse et auquel participera d'abord la majorit&#233;, puis la totalit&#233; de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie est une forme de l'Etat, une de ses vari&#233;t&#233;s. Elle est donc, comme tout Etat, l'application organis&#233;e, syst&#233;matique, de la contrainte aux hommes. Ceci, d'une part. Mais, d'autre part, elle signifie la reconnaissance officielle de l'&#233;galit&#233; entre les citoyens, du droit &#233;gal pour tous de d&#233;terminer la forme de l'Etat et de l'administrer. Il s'ensuit donc qu'&#224; un certain degr&#233; de son d&#233;veloppement, la d&#233;mocratie, tout d'abord, unit le prol&#233;tariat, la classe r&#233;volutionnaire anticapitaliste, et lui permet de briser, de r&#233;duire en miettes, de faire dispara&#238;tre de la surface de la terre la machine d'Etat bourgeoise, f&#251;t-elle bourgeoise r&#233;publicaine, l'arm&#233;e permanente, la police, la bureaucratie, et de les remplacer par une machine d'Etat plus d&#233;mocratique, mais qui n'en reste pas moins une machine d'Etat, sous la forme des masses ouvri&#232;res arm&#233;es, puis, progressivement, du peuple entier participant &#224; la milice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, &#034;la quantit&#233; se change en qualit&#233;&#034; : parvenu &#224; ce degr&#233;, le d&#233;mocratisme sort du cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et commence &#224; &#233;voluer vers le socialisme. Si tous participent r&#233;ellement &#224; la gestion de l'Etat, le capitalisme ne peut plus se maintenir. Et le d&#233;veloppement du capitalisme cr&#233;e, &#224; son tour, les pr&#233;misses n&#233;cessaires pour que &#034;tous&#034; puissent r&#233;ellement participer &#224; la gestion de l'Etat. Ces pr&#233;misses sont, entre autres, l'instruction g&#233;n&#233;rale d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e par plusieurs des pays capitalistes les plus avanc&#233;s, puis &#034;l'&#233;ducation et la formation &#224; la discipline&#034; de millions d'ouvriers par l'appareil socialis&#233;, &#233;norme et complexe, de la poste, des chemins de fer, des grandes usines, du gros commerce, des banques, etc., etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec de telles pr&#233;misses &#233;conomiques, on peut fort bien, apr&#232;s avoir renvers&#233; les capitalistes et les fonctionnaires, les remplacer aussit&#244;t, du jour au lendemain, pour le contr&#244;le de la production et de la r&#233;partition, pour l'enregistrement du travail et des produits, par les ouvriers arm&#233;s, par le peuple arm&#233; tout entier. (Il ne faut pas confondre la question du contr&#244;le et de l'enregistrement avec celle du personnel poss&#233;dant une formation scientifique, qui comprend les ing&#233;nieurs, les agronomes, etc. : ces messieurs, qui travaillent aujourd'hui sous les ordres des capitalistes, travailleront mieux encore demain sous les ordres des ouvriers arm&#233;s.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Enregistrement et contr&#244;le, tel est l'essentiel, et pour la &#034;mise en route&#034; et pour le fonctionnement r&#233;gulier de la soci&#233;t&#233; communiste dans sa premi&#232;re phase. Ici, tous les citoyens se transforment en employ&#233;s salari&#233;s de l'Etat constitu&#233; par les ouvriers arm&#233;s. Tous les citoyens deviennent les employ&#233;s et les ouvriers d'un seul &#034;cartel&#034; du peuple entier, de l'Etat. Le tout est d'obtenir qu'ils fournissent un effort &#233;gal, observent exactement la mesure de travail et re&#231;oivent un salaire &#233;gal. L'enregistrement et le contr&#244;le dans ce domaine ont &#233;t&#233; simplifi&#233;s &#224; l'extr&#234;me par le capitalisme, qui les a r&#233;duits aux op&#233;rations les plus simples de surveillance et d'inscription et &#224; la d&#233;livrance de re&#231;us correspondants, toutes choses &#224; la port&#233;e de quiconque sait lire et &#233;crire et conna&#238;t les quatre r&#232;gles d'arithm&#233;tique [Quand l'Etat r&#233;duit ses fonctions essentielles &#224; un semblable enregistrement et &#224; un contr&#244;le de ce genre effectu&#233;s par les ouvriers eux-m&#234;mes, il cesse d'&#234;tre un &#034;Etat politique&#034; ; les &#034;fonctions publiques perdent leur caract&#232;re politique et se transforment en de simples fonctions administratives&#034; (voir plus haut, chapitre IV.2 : &#034;La pol&#233;mique d'Engels avec les anarchistes&#034;).].&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la majorit&#233; du peuple proc&#233;dera par elle-m&#234;me et partout &#224; cet enregistrement, &#224; ce contr&#244;le des capitalistes (transform&#233;s d&#233;sormais en employ&#233;s) et de messieurs les intellectuels qui auront conserv&#233; leurs pratiques capitalistes, alors ce contr&#244;le sera vraiment universel, g&#233;n&#233;ral, national et nul ne pourra s'y soustraire, de quelque mani&#232;re que ce soit, &#034;il n'y aura plus rien &#224; faire&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ne sera plus qu'un seul bureau et un seul atelier, avec &#233;galit&#233; de travail et &#233;galit&#233; de salaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette discipline &#034;d'atelier&#034; que le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir vaincu les capitalistes et renvers&#233; les exploiteurs, &#233;tendra &#224; toute la soci&#233;t&#233; n'est nullement notre id&#233;al ni notre but final ; c'est seulement un &#233;chelon n&#233;cessaire pour d&#233;barrasser radicalement la soci&#233;t&#233; des vilenies et des ignominies de l'exploitation capitaliste, et assurer la marche continue en avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'instant o&#249; tous les membres de la soci&#233;t&#233;, ou du moins leur immense majorit&#233;, ont appris &#224; g&#233;rer eux-m&#234;mes l'Etat, ont pris eux-m&#234;mes l'affaire en main, &#034;organis&#233;&#034; le contr&#244;le sur l'infime minorit&#233; de capitalistes, sur les petits messieurs d&#233;sireux de conserver leurs pratiques capitalistes et sur les ouvriers profond&#233;ment corrompus par le capitalisme - d&#232;s cet instant, la n&#233;cessit&#233; de toute administration en g&#233;n&#233;ral commence &#224; dispara&#238;tre. Plus la d&#233;mocratie est compl&#232;te, et plus proche est le moment o&#249; elle deviendra superflue. Plus d&#233;mocratique est l'&#034;Etat&#034; constitu&#233; par les ouvriers arm&#233;s et qui &#034;n'est plus un Etat au sens propre&#034;, et plus vite commence &#224; s'&#233;teindre tout Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, quand tous auront appris &#224; administrer et administreront effectivement eux-m&#234;mes la production sociale, quand tous proc&#233;deront eux-m&#234;mes &#224; l'enregistrement et au contr&#244;le des parasites, des fils &#224; papa, des filous et autres &#034;gardiens des traditions du capitalisme&#034;, - se soustraire &#224; cet enregistrement et &#224; ce contr&#244;le exerc&#233; par le peuple entier sera &#224; coup s&#251;r d'une difficult&#233; si incroyable et d'une si exceptionnelle raret&#233;, cela entra&#238;nera vraisemblablement un ch&#226;timent si prompt et si rude (les ouvriers arm&#233;s ont un sens pratique de la vie ; ils ne sont pas de petits intellectuels sentimentaux et ne permettront s&#251;rement pas qu'on plaisante avec eux) que la n&#233;cessit&#233; d'observer les r&#232;gles, simples mais essentielles, de toute soci&#233;t&#233; humaine deviendra tr&#232;s vite une habitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors s'ouvrira toute grande la porte qui permettra de passer de la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste &#224; sa phase sup&#233;rieure et, par suite, &#224; l'extinction compl&#232;te de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE SUPERIEURE DE LA SOCIETE COMMUNISTE&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Marx poursuit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Dans une phase sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus &#224; la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-m&#234;me le premier besoin vital ; quand, avec le d&#233;veloppement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon born&#233; du droit bourgeois pourra &#234;tre d&#233;finitivement d&#233;pass&#233; et la soci&#233;t&#233; pourra &#233;crire sur ses drapeaux : &#034;De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins&#034;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant seulement nous pouvons appr&#233;cier toute la justesse des remarques d'Engels, accablant de ses sarcasmes impitoyables cet absurde accouplement des mots &#034;libert&#233;&#034; et &#034;Etat&#034;. Tant que l'Etat existe, il n'y a pas de libert&#233;. Quand il y aura la libert&#233;, il n'y aura plus d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
La base &#233;conomique de l'extinction totale de l'Etat, c'est le communisme arriv&#233; &#224; un si haut degr&#233; de d&#233;veloppement que toute opposition dispara&#238;t entre le travail intellectuel et le travail manuel et que, par cons&#233;quent, dispara&#238;t l'une des principales sources de l'in&#233;galit&#233; sociale contemporaine, source que la seule socialisation des moyens de production, la seule socialisation des moyens de production, la seule expropriation des capitaliste ne peut en aucune fa&#231;on tarir d'embl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette expropriation rendra possible un essor gigantesque des forces productives. Et voyant comment le capitalisme, d&#232;s maintenant, entrave incroyablement cet essor, et combien de progr&#232;s l'on pourrait r&#233;aliser gr&#226;ce &#224; la technique moderne d&#233;j&#224; acquise, nous sommes en droit d'affirmer, avec une certitude absolue, que l'expropriation des capitalistes entra&#238;nera n&#233;cessairement un d&#233;veloppement prodigieux des forces productives de la soci&#233;t&#233; humaine. Mais quelle sera la rapidit&#233; de ce d&#233;veloppement, quand aboutira-t-il &#224; une rupture avec la division du travail, &#224; la suppression de l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel, &#224; la transformation du travail en &#034;premier besoin vital&#034;, c'est ce que nous ne savons ni ne pouvons savoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi n'avons-nous le droit de parler que de l'extinction in&#233;vitable de l'Etat, en soulignant la dur&#233;e de ce processus sa d&#233;pendance de la rapidit&#233; avec laquelle se d&#233;veloppera la phase sup&#233;rieure du communisme, et en laissant compl&#232;tement en suspens la question des d&#233;lais ou des formes concr&#232;tes de cette extinction. Car les donn&#233;es qui nous permettraient de trancher de tels probl&#232;mes n'existent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat pourra s'&#233;teindre compl&#232;tement quand la soci&#233;t&#233; aura r&#233;alis&#233; le principe : &#034;De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins&#034;, c'est-&#224;-dire quand les hommes se seront si bien habitu&#233;s &#224; respecter les r&#232;gles fondamentales de la vie en soci&#233;t&#233; et que leur travail sera devenu si productif qu'ils travailleront volontairement selon leurs capacit&#233;s. chacun puisera librement &#034;selon ses besoins&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du point de vue bourgeois, il est ais&#233; de traiter un semblable r&#233;gime social de &#034;pure utopie&#034;, et de railler les socialistes qui promettent &#224; chaque citoyen le droit de recevoir de la soci&#233;t&#233;, sans aucun contr&#244;le de son travail, autant qu'il voudra de truffes, d'automobiles, de pianos, etc. C'est &#224; des railleries de cette nature que se bornent aujourd'hui encore la plupart des &#034;savants&#034; bourgeois, qui r&#233;v&#232;lent ainsi leur ignorance et leur mentalit&#233; de d&#233;fenseurs int&#233;ress&#233;s du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur ignorance, car il n'est venu &#224; l'esprit d'aucun socialiste de &#034;promettre&#034; l'av&#232;nement de la phase sup&#233;rieure du communisme ; quant &#224; la pr&#233;vision de son av&#232;nement par les grands socialistes, elle suppose une productivit&#233; du travail diff&#233;rente de celle d'aujourd'hui, et la disparition de l'homme moyen d'aujourd'hui capable, comme les s&#233;minaristes de Pomialovski, de gaspiller &#034;&#224; plaisir&#034; les richesses publiques et d'exiger l'impossible.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant l'av&#232;nement de la phase &#034;sup&#233;rieure&#034;&#034; du communisme, les socialistes r&#233;clament de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat qu'ils exercent le contr&#244;le le plus rigoureux , sur la mesure de travail et la mesure de consommation ; mais ce contr&#244;le doit commencer par l'expropriation des capitalistes, par le contr&#244;le des ouvriers sur les capitalistes, et il doit &#234;tre exerc&#233; non par l'Etat des fonctionnaires, mais par l'Etat des ouvriers arm&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;fense int&#233;ress&#233;e du capitalisme par les id&#233;ologues bourgeois (et leurs caudataires tels que les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et cie) consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; escamoter, par des discussions et des phrases sur un avenir lointain, la question d'actualit&#233; br&#251;lante de la politique d'aujourd'hui : l'expropriation des capitalistes, la transformation de tous les citoyens en travailleurs et employ&#233;s d'un grand &#034;syndicat&#034; unique , &#224; savoir : l'Etat tout entier, et la subordination absolue de tout le travail de tout ce syndicat &#224; un Etat vraiment d&#233;mocratique, &#224; l'Etat des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond, lorsqu'un savant professeur, et apr&#232;s lui le philistin, et apr&#232;s lui les Ts&#233;r&#233;t&#233;li et les Tchernov parlent des utopies insens&#233;es, des promesses d&#233;magogiques des bolch&#233;viks, de l'impossibilit&#233; d'&#034;instaurer&#034; le socialisme, ils songent pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce stade ou &#224; cette phase sup&#233;rieure du communisme, que personne n'a jamais promis ni m&#234;me eu le dessein d'&#034;instaurer&#034;, car, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il est impossible de l'&#034;instaurer&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous abordons ici la question de la distinction scientifique entre socialisme et communisme, effleur&#233;e par Engels dans le passage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; sur l'impropri&#233;t&#233; de l'appellation de &#034;social-d&#233;mocrate&#034;. Au point de vue politique la diff&#233;rence entre la premi&#232;re phase ou phase inf&#233;rieure et la phase sup&#233;rieure du communisme sera certainement consid&#233;rable avec le temps ; mais aujourd'hui, en r&#233;gime capitaliste, il serait ridicule d'en faire cas, et seuls peut-&#234;tre quelques anarchistes pourraient la mettre au premier plan (si tant est qu'il subsiste encore parmi les anarchistes des gens qui n'aient rien appris &#224; la suite de la m&#233;tamorphose &#034;pl&#233;khanovienne&#034; des Kropotkine, des Grave, des Corn&#233;lissen et autres &#034;&#233;toiles&#034; de l'anarchisme en social-chauvins ou en anarchistes-des-tranch&#233;es, suivant l'expression de Gay, un des rares anarchistes qui aient gard&#233; honneur et conscience).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la diff&#233;rence scientifique entre socialisme et communisme est claire. Ce qu'on appelle commun&#233;ment socialisme, Marx l'a appel&#233; la &#034;premi&#232;re&#034; phase ou phase inf&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; communiste. Dans la mesure o&#249; les moyens de production deviennent propri&#233;t&#233; commune , le mot &#034;communiste&#034; peut s'appliquer &#233;galement ici, &#224; condition de ne pas oublier que ce n'est pas le communisme int&#233;gral. Le grand m&#233;rite des explications de Marx est d'appliquer, l&#224; encore, de fa&#231;on cons&#233;quente, la dialectique mat&#233;rialiste, la th&#233;orie de l'&#233;volution, et de consid&#233;rer le communisme comme quelque chose qui se d&#233;veloppe &#224; partir du capitalisme. Au lieu de s'en tenir &#224; des d&#233;finitions &#034;imagin&#233;es&#034;, scolastiques et artificielles, &#224; de st&#233;riles querelles de mots (qu'est-ce que le socialisme ? qu'est-ce que le communisme ?), Marx analyse ce qu'on pourrait appeler les degr&#233;s de la maturit&#233; &#233;conomique du communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa premi&#232;re phase, &#224; son premier degr&#233;, le communisme ne peut pas encore, au point de vue &#233;conomique, &#234;tre compl&#232;tement m&#251;r, compl&#232;tement affranchi des traditions ou des vestiges du capitalisme. De l&#224;, ce ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant qu'est le maintien de l'&#034;horizon born&#233; du droit bourgeois &#034;, en r&#233;gime communiste, dans la premi&#232;re phase de celui-ci. Certes, le droit bourgeois, en ce qui concerne la r&#233;partition des objets de consommation, suppose n&#233;cessairement un Etat bourgeois, car le droit n'est rien sans un appareil capable de contraindre &#224; l'observation de ses normes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'ensuit qu'en r&#233;gime communiste subsistent pendant un certain temps non seulement le droit bourgeois, mais aussi l'Etat bourgeois - sans bourgeoisie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela peut sembler un paradoxe ou simplement un jeu dialectique de l'esprit, ce que reprochent souvent au marxisme ceux qui n'ont jamais pris la peine d'en &#233;tudier, si peu que ce soit, la substance &#233;minemment profonde.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, la vie nous montre &#224; chaque pas, dans la nature et dans la soci&#233;t&#233;, des vestiges du pass&#233; subsistant dans le pr&#233;sent. Et ce n'est point d'une fa&#231;on arbitraire que Marx a ins&#233;r&#233; dans le communisme une parcelle du droit &#034;bourgeois&#034; ; il n'a fait que constater ce qui, &#233;conomiquement et politiquement, est in&#233;vitable dans une soci&#233;t&#233; issue des flancs du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie a une importance &#233;norme dans la lutte que la classe ouvri&#232;re m&#232;ne contre les capitalistes pour son affranchissement. Mais la d&#233;mocratie n'est nullement une limite que l'on ne saurait franchir ; elle n'est qu'une &#233;tape sur la route de la f&#233;odalit&#233; au capitalisme et du capitalisme au communisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;mocratie veut dire &#233;galit&#233;. On con&#231;oit la port&#233;e immense qui s'attache &#224; la lutte du prol&#233;tariat pour l'&#233;galit&#233; et au mot d'ordre d'&#233;galit&#233;, &#224; condition de comprendre ce dernier exactement, dans le sens de la suppression des classes. Mais d&#233;mocratie signifie seulement &#233;galit&#233; formelle . Et, d&#232;s que sera r&#233;alis&#233;e l'&#233;galit&#233; de tous les membres de la soci&#233;t&#233; par rapport &#224; la possession des moyens de production, c'est-&#224;-dire l'&#233;galit&#233; du travail, l'&#233;galit&#233; du salaire, on verra se dresser in&#233;vitablement devant l'humanit&#233; la question d'un nouveau progr&#232;s &#224; accomplir pour passer de l'&#233;galit&#233; formelle &#224; l'&#233;galit&#233; r&#233;elle, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;alisation du principe : &#034;De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins.&#034; Par quelles &#233;tapes, par quelles mesures pratiques l'humanit&#233; s'acheminera-t-elle vers ce but supr&#234;me, nous ne le savons ni ne pouvons le savoir. Mais ce qui importe, c'est de voir l'immense mensonge contenu dans l'id&#233;e bourgeoise courante suivant laquelle le socialisme est quelque chose de mort, de fig&#233;, de donn&#233; une fois pour toutes, alors qu'en r&#233;alit&#233; c'est seulement avec le socialisme que commencera dans tous les domaines de la vie sociale et priv&#233;e un mouvement de progression rapide, effectif, ayant v&#233;ritablement un caract&#232;re de masse et auquel participera d'abord la majorit&#233;, puis la totalit&#233; de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie est une forme de l'Etat, une de ses vari&#233;t&#233;s. Elle est donc, comme tout Etat, l'application organis&#233;e, syst&#233;matique, de la contrainte aux hommes. Ceci, d'une part. Mais, d'autre part, elle signifie la reconnaissance officielle de l'&#233;galit&#233; entre les citoyens, du droit &#233;gal pour tous de d&#233;terminer la forme de l'Etat et de l'administrer. Il s'ensuit donc qu'&#224; un certain degr&#233; de son d&#233;veloppement, la d&#233;mocratie, tout d'abord, unit le prol&#233;tariat, la classe r&#233;volutionnaire anticapitaliste, et lui permet de briser, de r&#233;duire en miettes, de faire dispara&#238;tre de la surface de la terre la machine d'Etat bourgeoise, f&#251;t-elle bourgeoise r&#233;publicaine, l'arm&#233;e permanente, la police, la bureaucratie, et de les remplacer par une machine d'Etat plus d&#233;mocratique, mais qui n'en reste pas moins une machine d'Etat, sous la forme des masses ouvri&#232;res arm&#233;es, puis, progressivement, du peuple entier participant &#224; la milice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, &#034;la quantit&#233; se change en qualit&#233;&#034; : parvenu &#224; ce degr&#233;, le d&#233;mocratisme sort du cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et commence &#224; &#233;voluer vers le socialisme. Si tous participent r&#233;ellement &#224; la gestion de l'Etat, le capitalisme ne peut plus se maintenir. Et le d&#233;veloppement du capitalisme cr&#233;e, &#224; son tour, les pr&#233;misses n&#233;cessaires pour que &#034;tous&#034; puissent r&#233;ellement participer &#224; la gestion de l'Etat. Ces pr&#233;misses sont, entre autres, l'instruction g&#233;n&#233;rale d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e par plusieurs des pays capitalistes les plus avanc&#233;s, puis &#034;l'&#233;ducation et la formation &#224; la discipline&#034; de millions d'ouvriers par l'appareil socialis&#233;, &#233;norme et complexe, de la poste, des chemins de fer, des grandes usines, du gros commerce, des banques, etc., etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec de telles pr&#233;misses &#233;conomiques, on peut fort bien, apr&#232;s avoir renvers&#233; les capitalistes et les fonctionnaires, les remplacer aussit&#244;t, du jour au lendemain, pour le contr&#244;le de la production et de la r&#233;partition, pour l'enregistrement du travail et des produits, par les ouvriers arm&#233;s, par le peuple arm&#233; tout entier. (Il ne faut pas confondre la question du contr&#244;le et de l'enregistrement avec celle du personnel poss&#233;dant une formation scientifique, qui comprend les ing&#233;nieurs, les agronomes, etc. : ces messieurs, qui travaillent aujourd'hui sous les ordres des capitalistes, travailleront mieux encore demain sous les ordres des ouvriers arm&#233;s.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Enregistrement et contr&#244;le, tel est l'essentiel, et pour la &#034;mise en route&#034; et pour le fonctionnement r&#233;gulier de la soci&#233;t&#233; communiste dans sa premi&#232;re phase. Ici, tous les citoyens se transforment en employ&#233;s salari&#233;s de l'Etat constitu&#233; par les ouvriers arm&#233;s. Tous les citoyens deviennent les employ&#233;s et les ouvriers d'un seul &#034;cartel&#034; du peuple entier, de l'Etat. Le tout est d'obtenir qu'ils fournissent un effort &#233;gal, observent exactement la mesure de travail et re&#231;oivent un salaire &#233;gal. L'enregistrement et le contr&#244;le dans ce domaine ont &#233;t&#233; simplifi&#233;s &#224; l'extr&#234;me par le capitalisme, qui les a r&#233;duits aux op&#233;rations les plus simples de surveillance et d'inscription et &#224; la d&#233;livrance de re&#231;us correspondants, toutes choses &#224; la port&#233;e de quiconque sait lire et &#233;crire et conna&#238;t les quatre r&#232;gles d'arithm&#233;tique [Quand l'Etat r&#233;duit ses fonctions essentielles &#224; un semblable enregistrement et &#224; un contr&#244;le de ce genre effectu&#233;s par les ouvriers eux-m&#234;mes, il cesse d'&#234;tre un &#034;Etat politique&#034; ; les &#034;fonctions publiques perdent leur caract&#232;re politique et se transforment en de simples fonctions administratives&#034; (voir plus haut, chapitre IV.2 : &#034;La pol&#233;mique d'Engels avec les anarchistes&#034;).].&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la majorit&#233; du peuple proc&#233;dera par elle-m&#234;me et partout &#224; cet enregistrement, &#224; ce contr&#244;le des capitalistes (transform&#233;s d&#233;sormais en employ&#233;s) et de messieurs les intellectuels qui auront conserv&#233; leurs pratiques capitalistes, alors ce contr&#244;le sera vraiment universel, g&#233;n&#233;ral, national et nul ne pourra s'y soustraire, de quelque mani&#232;re que ce soit, &#034;il n'y aura plus rien &#224; faire&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ne sera plus qu'un seul bureau et un seul atelier, avec &#233;galit&#233; de travail et &#233;galit&#233; de salaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette discipline &#034;d'atelier&#034; que le prol&#233;tariat, apr&#232;s avoir vaincu les capitalistes et renvers&#233; les exploiteurs, &#233;tendra &#224; toute la soci&#233;t&#233; n'est nullement notre id&#233;al ni notre but final ; c'est seulement un &#233;chelon n&#233;cessaire pour d&#233;barrasser radicalement la soci&#233;t&#233; des vilenies et des ignominies de l'exploitation capitaliste, et assurer la marche continue en avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'instant o&#249; tous les membres de la soci&#233;t&#233;, ou du moins leur immense majorit&#233;, ont appris &#224; g&#233;rer eux-m&#234;mes l'Etat, ont pris eux-m&#234;mes l'affaire en main, &#034;organis&#233;&#034; le contr&#244;le sur l'infime minorit&#233; de capitalistes, sur les petits messieurs d&#233;sireux de conserver leurs pratiques capitalistes et sur les ouvriers profond&#233;ment corrompus par le capitalisme - d&#232;s cet instant, la n&#233;cessit&#233; de toute administration en g&#233;n&#233;ral commence &#224; dispara&#238;tre. Plus la d&#233;mocratie est compl&#232;te, et plus proche est le moment o&#249; elle deviendra superflue. Plus d&#233;mocratique est l'&#034;Etat&#034; constitu&#233; par les ouvriers arm&#233;s et qui &#034;n'est plus un Etat au sens propre&#034;, et plus vite commence &#224; s'&#233;teindre tout Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, quand tous auront appris &#224; administrer et administreront effectivement eux-m&#234;mes la production sociale, quand tous proc&#233;deront eux-m&#234;mes &#224; l'enregistrement et au contr&#244;le des parasites, des fils &#224; papa, des filous et autres &#034;gardiens des traditions du capitalisme&#034;, - se soustraire &#224; cet enregistrement et &#224; ce contr&#244;le exerc&#233; par le peuple entier sera &#224; coup s&#251;r d'une difficult&#233; si incroyable et d'une si exceptionnelle raret&#233;, cela entra&#238;nera vraisemblablement un ch&#226;timent si prompt et si rude (les ouvriers arm&#233;s ont un sens pratique de la vie ; ils ne sont pas de petits intellectuels sentimentaux et ne permettront s&#251;rement pas qu'on plaisante avec eux) que la n&#233;cessit&#233; d'observer les r&#232;gles, simples mais essentielles, de toute soci&#233;t&#233; humaine deviendra tr&#232;s vite une habitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors s'ouvrira toute grande la porte qui permettra de passer de la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste &#224; sa phase sup&#233;rieure et, par suite, &#224; l'extinction compl&#232;te de l'Etat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2274&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2274&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peuples premiers : on a juste oubli&#233; qu'ils savent vivre sans Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://louvrier.org/sites/default/files/2020-12/H00-%20Peuples%20premiers%2C%20on%20a%20juste%20oublie%CC%81%20qu%27ils%20savent%20vivre%20sans%20Etat.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://louvrier.org/sites/default/files/2020-12/H00-%20Peuples%20premiers%2C%20on%20a%20juste%20oublie%CC%81%20qu%27ils%20savent%20vivre%20sans%20Etat.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://louvrier.org/sites/default/files/2020-12/R11-TABLEAU%20SYNOPTIQUE%20DE%20L%27HISTOIRE%20DE%20L%27ETAT%20ET%20DES%20RELIGIONS.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://louvrier.org/sites/default/files/2020-12/R11-TABLEAU%20SYNOPTIQUE%20DE%20L%27HISTOIRE%20DE%20L%27ETAT%20ET%20DES%20RELIGIONS.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://louvrier.org/sites/default/files/2020-12/L%27apparition%20des%20Etats.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://louvrier.org/sites/default/files/2020-12/L%27apparition%20des%20Etats.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples voudraient compter sur un Etat pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts et ils trouvent, au contraire, leur pire adversaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4547&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4547&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#119824;&#119854;'&#119838;&#119852;&#119853; &#119836;&#119838; &#119850;&#119854;&#119838; &#119845;'&#119812;&#119853;&#119834;&#119853; &#119838;&#119853; &#119847;&#119848;&#119853;&#119834;&#119846;&#119846;&#119838;&#119847;&#119853; &#119845;'&#119812;&#119853;&#119834;&#119853; &#119836;&#119834;&#119849;&#119842;&#119853;&#119834;&#119845;&#119842;&#119852;&#119853;&#119838; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de Nah&#235;l remet sur le devant de la sc&#232;ne une question des plus politiques, celle de la Police et de l'Etat ! Bien des gens n'imaginent pas la soci&#233;t&#233; sans Etat et sans police ! Et pourtant les communistes ont apport&#233;es une compr&#233;hension et une politique &#224; mener ! Les communistes sont notamment pour l'abolition de l'Etat bourgeois et l'abolition de la Police et le remplacer par l'Etat-Commune, les soviets ou l'armement du prol&#233;tariat pour remplacer la police ou l'arm&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matierevolution.fr/spip.php?article1362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://matierevolution.fr/spip.php?article1362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'Etat, une bande d'hommes en armes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plus &#034;d&#233;mocratique&#034; des r&#233;publiques n'est rien d'autre que la dictature du grand capital d&#233;fendue jusqu'&#224; la mort par ses forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat est la principale tromperie politique qui induit en erreur les masses laborieuses dans le monde entier. Il est pr&#233;sent&#233; partout comme le principal outil de progr&#232;s social et de d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; alors qu'il est le principal outil des classes dirigeantes en vue de la conservation d'un ordre social fond&#233; sur l'exploitation et l'oppression. Les peuples et les classes ouvri&#232;res d&#233;noncent souvent les hommes politiques, les chefs militaires &#233;ventuellement, parfois m&#234;me les chefs religieux mais ils ne cessent jamais de croire que l'Etat &#034;devrait&#034; &#234;tre au service du peuple. C'est l&#224; l'illusion supr&#234;me et la plus grave des tromperies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Certes, il est beaucoup plus facile de s'exclamer, d'injurier, de pousser les hauts cris, que d'essayer de raconter, d'expliquer, de rappeler la fa&#231;on dont Marx et Engels ont analys&#233; en 1871, 1872, 1875 l'exp&#233;rience de la Commune de Paris et ce qu'ils ont dit de la nature de l'Etat qui est n&#233;cessaire au prol&#233;tariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans les th&#232;ses d'avril 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Etant donn&#233; que l'Etat est la forme par laquelle les individus d'une classe dominante font valoir leurs int&#233;r&#234;ts communs, la forme dans laquelle l'ensemble de la soci&#233;t&#233; civile d'une &#233;poque se r&#233;sume, il s'ensuit que toues les institutions communes sont m&#233;diatis&#233;es par l'Etat, re&#231;oivent une forme politique. D'o&#249; l'illusion que la loi repose sur la volont&#233; libre, d&#233;tach&#233;e de sa base r&#233;elle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Feuerbach &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;On se rend compte imm&#233;diatement que, dans un pays comme la France, o&#249; le pouvoir ex&#233;cutif dispose d'une arm&#233;e de fonctionnaires de plus d'un demi-million de personnes et tient, par cons&#233;quent, constamment sous sa d&#233;pendance la plus absolue une quantit&#233; &#233;norme d'int&#233;r&#234;ts et d'existences, o&#249; l'Etat enserre, contr&#244;le, r&#233;glemente, surveille et tient en tutelle la soci&#233;t&#233; civile, depuis ses manifestations d'existence les plus vastes jusqu'&#224; ses mouvements les plus infimes, de ses modes d'existence les plus g&#233;n&#233;raux jusqu'&#224; la vie priv&#233;e des individus, o&#249; ce corps parasite, gr&#226;ce &#224; la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omnipr&#233;sence, une omniscience, une capacit&#233; de mouvement et un ressort accru, qui n'a d'analogue que l'&#233;tat de d&#233;pendance absolue, la difformit&#233; incoh&#233;rente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, l'Assembl&#233;e nationale, en perdant le droit de disposer des postes minist&#233;riels, perdait &#233;galement toute influence r&#233;elle, si elle ne simplifiait pas en m&#234;me temps l'administration de l'Etat, ne r&#233;duisait pas le plus possible l'arm&#233;e de fonctionnaires et ne permettait pas, enfin, &#224; la soci&#233;t&#233; civile et &#224; l'opinion publique de cr&#233;er leurs propres organes, ind&#233;pendants du pouvoir gouvernemental. Mais l'int&#233;r&#234;t mat&#233;riel de la bourgeoisie fran&#231;aise est pr&#233;cis&#233;ment li&#233; de fa&#231;on tr&#232;s intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliqu&#233;e. C'est l&#224; qu'elle case sa population superflue et compl&#232;te sous forme d'appointements ce qu'elle ne peut encaisser sous forme de profits, d'int&#233;r&#234;ts, de rentes et d'honoraires. D'autre part, son int&#233;r&#234;t politique l'obligeait &#224; aggraver de jour en jour la r&#233;pression, et, par cons&#233;quent, &#224; augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu'en m&#234;me temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l'opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs ind&#233;pendants de la soci&#233;t&#233;, l&#224; o&#249; elle ne r&#233;ussissait pas &#224; les amputer compl&#232;tement. C'est ainsi que la bourgeoisie fran&#231;aise &#233;tait oblig&#233;e, par sa situation de classe, d'une part, d'an&#233;antir les conditions d'existence de tout pouvoir parlementaire et, par cons&#233;quent aussi, du sien m&#234;me, et, d'autre part, de donner une force irr&#233;sistible au pouvoir ex&#233;cutif qui lui &#233;tait hostile.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#034;Le 18 brumaire de Louis Bonaparte&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre principale critique de l'extr&#234;me gauche opportuniste : ils ne sont pas clairs sur la nature capitaliste de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5467&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5467&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bases de l'extinction de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi rejeter dos &#224; dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient &#224;&#8230; soutenir ce dernier</title>
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		<dc:date>2024-10-02T22:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Serge</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi rejeter dos &#224; dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient &#224;&#8230; soutenir ce dernier &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple le plus frappant est celui d'un authentique r&#233;volutionnaire marxiste, Victor Serge, que le rejet du stalinisme a conduit &#224; retomber dans l'anarchisme, &#224; condamner l'Etat ouvrier russe et l'Etat ouvrier tout court au point de le rejeter dans la r&#233;volution espagnole soutenant le POUM, refusant ainsi de s'opposer &#224; la politique de la CNT qui menait cette organisation &#224; soutenir l'Etat bourgeois, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi rejeter dos &#224; dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient &#224;&#8230; soutenir ce dernier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus frappant est celui d'un authentique r&#233;volutionnaire marxiste, Victor Serge, que le rejet du stalinisme a conduit &#224; retomber dans l'anarchisme, &#224; condamner l'Etat ouvrier russe et l'Etat ouvrier tout court au point de le rejeter dans la r&#233;volution espagnole soutenant le POUM, refusant ainsi de s'opposer &#224; la politique de la CNT qui menait cette organisation &#224; soutenir l'Etat bourgeois, socialiste et stalinien et &#224; laisser ce dernier &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne et &#224; la d&#233;sarmer face au franquisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les r&#233;volutionnaires authentiques, la question de l'Etat tient en deux points simples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;truire de fond en comble l'Etat capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; construire sur la base des soviets l'Etat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute politique r&#233;volutionnaire doit faire avancer la conscience et l'organisation de ces deux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raisonnant autrement, Victor Serge a abandonn&#233; la perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisonnements de Victor Serge sur l'Espagne lors de la d&#233;faite de la r&#233;volution, abandonn&#233;e par les cntistes et les poumistes et trahie par les socialistes et les staliniens, en disent assez long sur l'&#233;norme chemin accompli en marche arri&#232;re par cet ancien r&#233;volutionnaire bolchevique. Il y justifie la participation au pouvoir capitalo-stalinien qui a &#233;cras&#233; la r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais///serge/works/1936/00/chroniques_1939.htm#tocto1n7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais///serge/works/1936/00/chroniques_1939.htm#tocto1n7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Victor Serge &#224; L&#233;on Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;10 ao&#251;t 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher L&#233;on Davidovitch !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excusez-moi de ne pas avoir encore r&#233;pondu &#224; votre lettre du 30 juillet. Par deux fois j'ai commenc&#233; &#224; le faire et me suis interrompu. Je suis d&#233;bord&#233; de travail et ne sais plus o&#249; donner de la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#233;tant donn&#233; que malgr&#233; tout il n'y a pas entre nous de d&#233;saccords vraiment essentiels (car les appr&#233;ciations sur les qualit&#233;s personnelles et les capacit&#233;s de travail des camarades de la R.P. [1] ne sont malgr&#233; tout pas essentielles), il est possible de remettre ces sujets &#224; plus tard. Ce n'est pas vous que je suis port&#233; &#224; accuser de sectarisme, mais tout notre mouvement. Je pense pouvoir le prouver h&#233;las ! de fa&#231;on tr&#232;s convaincante. Mais maintenant le travail permet d'&#233;chapper au sectarisme ! Quel d&#233;pit et m&#234;me quel &#233;c&#339;urement de voir combien de papiers on a noirci &#224; propos de chicaneries personnelles autour de Molinier, alors que l'on n'a pas trouv&#233; le moyen de publier une seule brochure sur nos camarades jet&#233;s dans les prisons staliniennes ! Comment ! Des centaines de camarades prol&#233;taires fran&#231;ais connaissent les chamailleries &#224; propos de Molinier, mais ils ignorent le nom de Iakovine et celui de Pankratov ! C'est vraiment monstrueux. Mais la vague montante du mouvement r&#233;volutionnaire doit emporter ces monstruosit&#233;s. En ce moment se produit quelque chose d'extr&#234;mement r&#233;confortant. Tout le monde se pr&#233;cipite en Espagne. Je viens de recevoir une lettre d&#233;sesp&#233;r&#233;e de Ver[eeken], tous ses jeunes s'en vont, tous sont en route ! Il me demande d'intervenir afin que quelques-uns restent ici. J'essaierai. A Paris c'est la m&#234;me chose. Deux camarades italiens de Marseille ont &#233;t&#233; tu&#233;s pr&#232;s de Saragosse. (Et &#224; nouveau il est impossible de travailler : quel sale petit article leur a consacr&#233; La Lutte [ouvri&#232;re].) Rosmer est parti. Et parmi les socialistes proches de nous, Collinet. Louzon aussi. Les anarchistes s'y rendent en masse de partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au prix de longues conversations que j'ai r&#233;ussi &#224; retenir mon fils (seize ans, il est bien jeune). Au sujet des anarchistes et des syndicalistes, j'ai adress&#233; une proposition au Secr&#233;tariat international. Il faut absolument pr&#233;venir le tr&#232;s grave conflit dans lequel trempent ces canailles de staliniens espagnols. Voici la d&#233;claration qu'a faite Hernandez [2] &#224; la presse : &#8220; Cette r&#233;volution sera une r&#233;volution bourgeoise, en aucune fa&#231;on une r&#233;volution sociale (sic) ; nous viendrons &#224; bout des anarchistes. &#8221; (sic, journal du 8 ao&#251;t !) Les anarchistes ont tu&#233; &#224; Barcelone le bureaucrate socialiste Trillas. Parmi eux les voix qui disent &#8220; nous ne laisserons pas faire les staliniens, nous les tuerons les premiers &#8221; sont tr&#232;s fortes. Une guerre civile peut se d&#233;clencher dans les rangs prol&#233;tariens ! Les anarchistes espagnols sont incontestablement une majorit&#233; &#233;crasante en Catalogne, r&#233;gion industrielle d'une importance d&#233;cisive. Voici la ligne que je propose de choisir et l'appel que je propose de leur lancer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous, r&#233;volutionnaires marxistes, consid&#233;rant comme indispensable de renforcer fortement les arri&#232;res de la r&#233;volution, proclamons que la dictature du prol&#233;tariat doit &#234;tre et sera une libert&#233; v&#233;ritable pour les travailleurs. Nous lutterons avec vous pour assurer la libert&#233; de pens&#233;e et de tendances &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volution et faisons le serment solennel de tout faire pour ne laisser aucun bureaucrate de quelque couleur que ce soit transformer la r&#233;volution en prison pour les travailleurs &#224; la fa&#231;on stalinienne.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes partisans d'une d&#233;mocratie totale, et en m&#234;me temps d'une discipline totale dans le combat et dans la production.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous vous consid&#233;rons, vous, anarchistes et syndicalistes, comme des fr&#232;res de classe, comme des r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et vous proposons le maximum de collaboration, en m&#234;me temps qu'une critique implacable et une lutte id&#233;ologique dans une atmosph&#232;re fraternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes les seuls, au nom de la IV&#176; Internationale, &#224; pouvoir parler ainsi aux anarchistes et aux syndicalistes. Ni les socialistes du genre de Caballero ni les staliniens ne peuvent agir ainsi. Nous avons l&#224; une immense sup&#233;riorit&#233; qui peut avoir un r&#244;le salutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que toute notre presse adopte cette ligne. (L'anarchiste Ascaso a eu une mort exemplaire ; pourquoi notre presse l'a-t-elle tu ? J'ai essay&#233; comme j'ai pu de r&#233;parer cette faute.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre derni&#232;re lettre me donne &#224; penser que vous n'avez pas re&#231;u l'une de mes lettres, &#233;crite &#224; la main, en russe, dans laquelle je vous annon&#231;ais que l'on m'avait retir&#233; (ainsi qu'&#224; ma famille !) la citoyennet&#233; sovi&#233;tique, ce qui pour le moment m'emp&#234;che d'aller &#224; Paris. Ce serait tout &#224; fait &#034;&#233;trange&#034; si cette lettre ne vous parvenait pas. Tenez-moi au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irai &#224; Paris quand j'aurai re&#231;u les papiers me permettant de me d&#233;placer. Puis je me rendrai aupr&#232;s de vous sans tarder. Je vous &#233;crirai sp&#233;cialement &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; aux camarades de lancer &#233;nergiquement en liaison avec les &#233;v&#233;nements d'Espagne le mot d'ordre du contr&#244;le ouvrier de l'arm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; en tant que mot d'ordre de propagande instituant la dualit&#233; des pouvoirs dans le feu des &#233;v&#233;nements ;&lt;br class='autobr' /&gt; et tout d'abord en tant que mot d'ordre de propagande qui permettrait de d&#233;masquer l'adversaire et aurait l'application pratique suivante : chaque ouvrier doit se consid&#233;rer &#224; l'arm&#233;e comme un repr&#233;sentant du contr&#244;le ouvrier et faire preuve du maximum de vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;diteur voudrait que je lui envoie la traduction [3] au fur et &#224; mesure. (Je me r&#233;jouis de la fa&#231;on tout &#224; fait nouvelle dont vous posez le probl&#232;me de l'Etat. C'est un grand apport sur le plan th&#233;orique.) J'attendrai vos remarques avant de faire un premier envoi &#224; l'&#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous serre la main fort et cordialement, &#224; vous &#224; N.I [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La R&#233;volution prol&#233;tarienne, revue fond&#233;e par Pierre Monatte et dirig&#233;e par Robert Louzon .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Jesus Hernandez, dirigeant du Parti communiste espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Victor Serge est en train de traduire en fran&#231;ais La R&#233;volution trahie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Natalia Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Trotsky &#224; Serge&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des Divergences importantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Victor Lvovitch,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N[atalia] I[vanovna] et moi vous remercions de la lettre que vous nous avez envoy&#233;e sur la mort de notre fils et nous vous sommes reconnaissants du chaleureux article que vous lui avez consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous faites allusion dans votre lettre &#224; nos divergences et vous les qualifiez de &#171; secondaires &#187;. Malheureusement je ne suis absolument pas d'accord. Si les divergences entre bolchevisme et menchevisme sont secondaires, qu'est-ce alors qui est fondamental ? La R&#233;volution prol&#233;tarienne est l'organe du syndicalisme proudhonien petit-bourgeois. Si on met de c&#244;t&#233; les protestations humanitaires et lib&#233;rales contre les massacres, les impostures, etc., la R.P. est une revue tout &#224; fait r&#233;actionnaire qui d&#233;tourne un groupe important d'individus du mouvement ouvrier. Si nos divergences sont secondaires, pourquoi travaillez-vous, non pour nos journaux, mais pour ceux qui sont nos ennemis mortels par l'essence m&#234;me de leur programme ? Dans des dizaines d'articles et de lettres, j'ai d&#233;montr&#233; que la politique du P.O.U.M. n'&#233;tait, dans le meilleur des cas, que celle de Martov. Vous n'avez jamais r&#233;pondu &#224; mes arguments. En revanche, vous vous &#234;tes solidaris&#233; publiquement avec le P.O.U.M. dans un moment critique, et vous avez endoss&#233; la responsabilit&#233; de sa politique. On ne peut agir ainsi que lorsqu'on recherche consciemment une rupture totale et une lutte acharn&#233;e. Dans ces conditions, comment est-il possible de parler de divergences &#171; secondaires &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faillis de l'anarchisme, qui se sont alli&#233;s aux bourgeois et aux staliniens contre les ouvriers, n'ont rien trouv&#233; de mieux, pour couvrir leur faillite, que d'entamer une campagne sur... Cronstadt. Au lieu de condamner ces tra&#238;tres de la r&#233;volution, ces falsificateurs de l'histoire, vous avez pris imm&#233;diatement leur d&#233;fense. Les restrictions et les att&#233;nuations que vous apportez &#224; votre position ne font que l'aggraver. Elles donnent &#224; nos ennemis occasion de dire : &#171; Victor Serge lui-m&#234;me, qui n'a que des divergences secondaires avec Trotsky, reconna&#238;t... &#187; En d'autres termes, vous vous &#234;tes plac&#233;s non plus sur le flanc droit de la IVe Internationale, mais sur le flanc gauche de ses ennemis irr&#233;conciliables. Mais tous ces P.O.U.M. ne sont que des bulles &#224; la surface du flot de l'histoire. Le seul facteur r&#233;volutionnaire de la p&#233;riode &#224; venir sera la IVe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette beaucoup que vous n'ayez pas plac&#233; votre talent exceptionnel au service de ce mouvement progressiste. Pour ma part, je suis pr&#234;t &#224; faire tout pour cr&#233;er les conditions d'une collaboration. Les divergences r&#233;ellement secondaires sont in&#233;vitables et ne sauraient emp&#234;cher de travailler ensemble. Mais &#224; une condition : que vous d&#233;cidiez vous-m&#234;me d'appartenir au camp de la IVe Internationale et pas &#224; celui de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky contre Victor Serge et Souvarine&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moralistes et sycophantes contre le Marxisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 juin 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trafiquants d'indulgences et leurs alli&#233;s socialistes ou le coucou dans le nid d'un autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pamphlet Leur Morale et la N&#244;tre a du moins le m&#233;rite d'avoir contraint certains philistins et sycophantes &#224; se d&#233;masquer enti&#232;rement. Les premi&#232;res coupures de la presse fran&#231;aise et belge qui me sont parvenues en t&#233;moignent. Le plus clair dans le genre est le compte rendu paru dans le journal parisien catholique La Croix. Ces Messieurs ont leur propre syst&#232;me et n'ont aucune honte &#224; le d&#233;fendre. Ils soutiennent la morale absolue et, avant tout, le boucher Franco. C'est la volont&#233; de Dieu. Derri&#232;re eux se trouve un Hygi&#233;niste C&#233;leste qui ramasse et nettoie toutes les ordures laiss&#233;es dans leur sillage. Il n'est pas &#233;tonnant qu'ils condamnent comme m&#233;prisable la morale de r&#233;volutionnaires qui assument eux-m&#234;mes leur propre responsabilit&#233;. Ce qui nous int&#233;resse en ce moment, ce ne sont pas les professionnels du trafic d'indulgences, mais les moralistes qui se passent de Dieu tout en cherchant &#224; se substituer &#224; Lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal &#034; socialiste &#034; bruxellois Le Peuple &#8211; o&#249; va se cacher la vertu ! &#8211; n'a rien trouv&#233; dans notre petit livre sinon une recette criminelle pour former des cellules secr&#232;tes &#224; la recherche du plus immoral de tous les buts &#8211; celui de saper le prestige et les revenus de la bureaucratie ouvri&#232;re belge. Naturellement, on peut r&#233;pondre que cette bureaucratie est macul&#233;e d'innombrables trahisons et de pures escroqueries (il suffit de rappeler l'histoire de la Banque Ouvri&#232;re !), qu'elle &#233;touffe toute lueur de pens&#233;e critique dans la classe ouvri&#232;re, que dans sa morale pratique elle n'est en rien sup&#233;rieure &#224; son alli&#233;e politique, la hi&#233;rarchie catholique. Mais, tout d'abord, seuls des gens tr&#232;s mal &#233;lev&#233;s mentionneraient de telles choses d&#233;sagr&#233;ables ; en second lieu, tous ces Messieurs, quels que soient leurs p&#233;ch&#233;s v&#233;niels, font provision des plus hauts principes de la morale. Henri de Man y veille personnellement, et, devant sa haute autorit&#233;, nous ne pouvons naturellement, nous, bolcheviks, esp&#233;rer aucune indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de passer &#224; d'autres moralistes, arr&#234;tons-nous un moment &#224; un pri&#232;re d'ins&#233;rer publi&#233; par les &#233;diteurs fran&#231;ais de notre petit livre. Par sa nature m&#234;me, un pri&#232;re d'ins&#233;rer recommande un livre ou, du moins, d&#233;crit objectivement son contenu. Celui que nous avons devant nous est un prospectus d'un type enti&#232;rement diff&#233;rent. Il suffit d'en fournir un seul exemple : &#034; Trotsky pense que son parti, jadis au pouvoir, aujourd'hui dans l'opposition, a toujours repr&#233;sent&#233; le vrai prol&#233;tariat et lui-m&#234;me, v&#233;ritable morale. Il en conclut par exemple ceci : fusiller des otages prend une signification toute diff&#233;rente selon que l'ordre est donn&#233; par Staline ou par Trotsky... &#034; La citation est tout &#224; fait suffisante pour appr&#233;cier le commentateur qui se trouve dans les coulisses. C'est le droit incontestable d'un auteur que de contr&#244;ler un pri&#232;re d'ins&#233;rer. Mais, comme dans le cas qui nous occupe, l'auteur se trouvait alors au-del&#224; des mers, un &#034; ami &#034;, profitant apparemment du manque d'information de l'&#233;diteur, parvint &#224; se glisser dans le nid d'un autre et &#224; y d&#233;poser son petit &#339;uf &#8211; oh ! un tout petit &#339;uf, presque virginal. Qui est l'auteur de ce pri&#232;re d'ins&#233;rer ? Victor Serge, qui a traduit le livre et qui en est aussi le critique le plus s&#233;v&#232;re, pourra facilement donner le renseignement. Je ne serais pas &#233;tonn&#233; s'il s'av&#233;rait que le prospectus f&#251;t &#233;crit... non pas, naturellement, par Victor Serge, mais par l'un de ses disciples qui imite aussi bien les id&#233;es que le style du ma&#238;tre. Mais peut-&#234;tre, apr&#232;s tout, est-ce le ma&#238;tre lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire Victor Serge en qualit&#233; d' &#034; ami &#034; de l'auteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Morale de Hottentot ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine et d'autres sycophantes se sont naturellement saisis aussit&#244;t de cette d&#233;claration du pri&#232;re d'ins&#233;rer, ce qui leur a &#233;pargn&#233; le souci de rechercher des sophismes empoisonn&#233;s. Si Trotsky prend des otages, c'est bien ; si c'est Staline c'est mal. Face &#224; une telle &#034; morale de Hottentot &#034;, il n'est pas difficile de manifester une noble indignation. Pourtant rien n'est plus facile que de d&#233;montrer, sur la base de ce tr&#232;s r&#233;cent exemple, le vide et la fausset&#233; de cette indignation. Victor Serge est devenu publiquement membre du P.O.U.M., parti catalan qui avait ses propres milices sur le front durant la guerre civile. Au front, c'est bien connu, on fusille et on tue. On peut donc dire : &#034; Pour Victor Serge, les massacres ont un sens totalement diff&#233;rent selon que l'ordre vient du g&#233;n&#233;ral Franco ou des dirigeants du propre parti de Victor Serge. &#034; Si notre moraliste avait essay&#233; de r&#233;fl&#233;chir sur la signification de ses propres actes, avant d'essayer d'instruire les autres, il aurait probablement dit ceci : mais les travailleurs espagnols luttaient pour l'&#233;mancipation du peuple, tandis que les bandes de Franco luttaient pour le r&#233;duire &#224; l'esclavage ! Serge ne pourra inventer d'autre r&#233;ponse. En d'autres termes, il devra r&#233;p&#233;ter l'argument &#034; Hottentot &#034; [*] de Trotsky sur les otages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore &#224; propos d'otages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est possible et m&#234;me probable que nos moralistes refuseront de dire franchement ce qui est, et tenteront de tergiverser : &#034; tuer au front est une chose, fusiller des otages en est une autre ! &#034; Cet argument, comme nous allons le d&#233;montrer, est tout simplement stupide. Mais arr&#234;tons-nous un instant sur le terrain choisi par notre adversaire. Le syst&#232;me des otages, dites-vous, est immoral &#034;en soi&#034; ? Bien, c'est ce que nous voulons savoir. Mais ce syst&#232;me a &#233;t&#233; pratiqu&#233; au cours de toutes les guerres civiles de l'histoire ancienne et moderne. Il est &#233;vident qu'il d&#233;coule de la nature m&#234;me de la guerre civile. On ne peut en tirer qu'une seule conclusion, &#224; savoir que la nature m&#234;me de la guerre civile est immorale. C'est le point de vue du journal La Croix qui estime qu'il est n&#233;cessaire d'ob&#233;ir aux pouvoirs en place, car le pouvoir &#233;mane de Dieu. Et Victor Serge ? Il n'a aucun point de vue r&#233;fl&#233;chi. D&#233;poser un petit &#339;uf dans le nid d'un autre est une chose, d&#233;finir sa propre position sur des probl&#232;mes historiques complexes est autre chose. J'admets volontiers que des gens d'une moralit&#233; aussi transcendante qu'Azana, Caballero, Negrin et Compagnie, s'opposent &#224; toute prise d'otages dans le camp fasciste : des deux c&#244;t&#233;s il y a des bourgeois, li&#233;s par des liens mat&#233;riels et familiaux et convaincus que, m&#234;me en cas de d&#233;faite, non seulement ils seront saufs, mais conserveront leurs moyens d'existence. A leur mani&#232;re, ils ont raison. Mais les fascistes, eux, ont pris des otages parmi les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens et, de leur c&#244;t&#233;, les prol&#233;taires ont pris des otages dans la bourgeoisie fasciste, car ils savaient quelle menace une d&#233;faite, m&#234;me partielle et temporaire, impliquait pour eux et leurs fr&#232;res de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge lui-m&#234;me ne peut dire exactement ce qu'il veut : purger la guerre civile du syst&#232;me des otages, ou purger l'histoire humaine de la guerre civile ? &#201;tant incapable d'aborder les ph&#233;nom&#232;nes dans leurs relations internes, le moraliste petit-bourgeois pense de fa&#231;on &#233;pisodique, fragmentaire, morcel&#233;e. Artificiellement mise &#224; part, la question des otages est pour lui un probl&#232;me particulier, ind&#233;pendant des conditions g&#233;n&#233;rales qui engendrent les luttes arm&#233;es entre les classes. La guerre civile est l'expression supr&#234;me de la lutte des classes. Tenter de la subordonner &#224; des &#034; normes &#034; abstraites signifie, en fait, d&#233;sarmer les travailleurs face &#224; un ennemi arm&#233; jusqu'aux dents. Le moraliste petit-bourgeois est le fr&#232;re cadet du pacifiste bourgeois qui veut &#034; humaniser &#034; la guerre en interdisant l'utilisation de gaz toxiques, le bombardement des villes ouvertes, etc. Politiquement, de tels programmes ne servent qu'&#224; d&#233;tourner les masses de penser &#224; la r&#233;volution comme au seul moyen de mettre fin &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur de l'opinion publique bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emp&#234;tr&#233; dans ses contradictions, le moraliste pourrait peut-&#234;tre arguer qu'une lutte &#034; ouverte &#034; et &#034; consciente &#034; entre les deux camps est une chose, mais que la capture de non-participants &#224; cette lutte en est une autre. Pourtant cet argument n'est qu'un mis&#233;rable et stupide faux-fuyant. Dans le camp de Franco se battaient des dizaines de milliers d'hommes qui &#233;taient dup&#233;s et enr&#244;l&#233;s de force. Les arm&#233;es r&#233;publicaines ont tir&#233; sur ces malheureux captifs d'un g&#233;n&#233;ral r&#233;actionnaire et tu&#233; nombre d'entre eux. &#201;tait- ce moral ou immoral ? Bien plus, la guerre moderne, avec son artillerie &#224; longue port&#233;e, son aviation, ses gaz toxiques, avec son cort&#232;ge de destruction, de famine, d'incendies et d'&#233;pid&#233;mies, implique in&#233;vitablement la perte de centaines de milliers et de millions d'individus, vieillards et enfants compris, qui ne participent pas directement &#224; la lutte. Les gens pris comme otages sont au moins li&#233;s par des liens de classe et de solidarit&#233; familiale &#224; l'un des camps, ou aux dirigeants de ce camp. En prenant des otages, on peut proc&#233;der &#224; une s&#233;lection consciente. Un projectile tir&#233; par un canon ou l&#226;ch&#233; par un avion est envoy&#233; au hasard et peut facilement d&#233;truire non seulement des ennemis mais aussi des amis, ou leurs parents et leurs enfants. Pourquoi alors nos moralistes mettent-ils &#224; part la question des otages et ferment-ils les yeux sur le contenu de la guerre civile dans son ensemble ? Parce qu'ils ne sont pas particuli&#232;rement courageux. En tant qu'hommes de &#034; gauche &#034;, ils ont peur de rompre ouvertement avec la r&#233;volution. Comme petits-bourgeois, ils ont peur de couper les ponts avec l'opinion publique officielle. En condamnant le syst&#232;me des otages ils se sentent en bonne compagnie &#8211; contre les bolcheviks. Ils gardent l&#226;chement le silence sur l'Espagne. Contre le fait que les travailleurs espagnols, les anarchistes et les poumistes aient pris des otages, V. Serge protestera... dans vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code moral de la guerre civile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore &#224; la m&#234;me cat&#233;gorie qu'appartient une autre d&#233;couverte de V. Serge, &#224; savoir que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des bolcheviks remonte au moment o&#249; la Tch&#233;ka re&#231;ut le droit de d&#233;cider du sort des gens derri&#232;re des portes closes. Serge joue avec le concept de r&#233;volution, &#233;crit des po&#232;mes &#224; son sujet, mais est incapable de comprendre ce qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s publics ne sont possibles que dans des r&#233;gimes stables. La guerre civile, elle, est une situation d'extr&#234;me instabilit&#233; pour la soci&#233;t&#233; et l'Etat. De m&#234;me qu'il est impossible de publier dans les journaux, les plans de l'&#233;tat-major, de m&#234;me il est impossible de r&#233;v&#233;ler dans des proc&#232;s publics les d&#233;tails de complots, car ces derniers sont intimement li&#233;s au d&#233;roulement de la guerre civile. Sans aucun doute, des proc&#232;s &#224; huis clos augmentent consid&#233;rablement les chances d'erreur. Cela signifie simplement, et nous le conc&#233;dons volontiers, que les conditions de la guerre civile sont peu favorables &#224; l'exercice d'une justice impartiale. Et que faut-il dire de plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons que V. Serge soit nomm&#233; pr&#233;sident d'une commission compos&#233;e, par exemple, de Marceau Pivert, Souvarine, Waldo Franck, Max Eastman, Magdeleine Paz et d'autres pour r&#233;diger un code moral de la guerre civile. D'avance, son caract&#232;re g&#233;n&#233;ral en serait clair. Les deux c&#244;t&#233;s s'engagent &#224; ne pas prendre d'otages. Les proc&#232;s publics restent en vigueur. Pour qu'ils aient lieu correctement, libert&#233; totale est laiss&#233;e &#224; la presse durant toute la guerre civile. Le bombardement des villes, &#233;tant pr&#233;judiciable &#224; la justice publique, &#224; la libert&#233; de la presse et &#224; l'inviolabilit&#233; de l'individu, est formellement interdit. Pour d'autres raisons diff&#233;rentes ou semblables, l'usage de l'artillerie est proscrit. Et, vu que les fusils, les grenades &#224; main et m&#234;me les ba&#239;onnettes exercent incontestablement une influence n&#233;faste sur les &#234;tres humains ainsi que sur la d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral, l'utilisation des armes, des armes &#224; feu ou des armes blanches, est formellement interdite dans la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Code merveilleux ! Magnifique monument &#224; l'honneur de la rh&#233;torique de Victor Serge et de Magdeleine Paz ! Cependant, tant que ce code restera inaccept&#233; comme r&#232;gle de conduite par tous les oppresseurs et tous les opprim&#233;s, les classes en lutte chercheront &#224; remporter la victoire par tous les moyens, tandis que les moralistes petits-bourgeois continueront, comme ils l'ont fait jusque-l&#224;, &#224; errer dans la confusion entre les deux camps. Subjectivement ils sympathisent avec l'opprim&#233; &#8211; personne n'en doute. Objectivement, ils restent prisonniers de la morale de la classe dirigeante et cherchent &#224; l'imposer aux opprim&#233;s au lieu de les aider &#224; &#233;laborer la morale de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses n'ont rien &#224; y voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge a d&#233;voil&#233; en passant ce qui a provoqu&#233; l'effondrement du parti bolchevik : un centralisme excessif, une m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la lutte id&#233;ologique, un manque d'esprit libertaire. Plus de confiance dans les masses, plus de libert&#233; ! Tout cela est hors de l'espace et du temps. Mais les masses ne sont nullement identiques : il y a des masses r&#233;volutionnaires : il y a des masses passives, il y a des masses r&#233;actionnaires. Les m&#234;mes masses sont &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes inspir&#233;es par des dispositions et des objectifs diff&#233;rents. C'est justement pour cette raison qu'une organisation centralis&#233;e de l'avant-garde est indispensable. Seul un parti, exer&#231;ant l'autorit&#233; qu'il a acquise, est capable de surmonter les flottements des masses elles-m&#234;mes. Rev&#234;tir les masses des traits de la saintet&#233; et r&#233;duire son propre programme &#224; une d&#233;mocratie amorphe, c'est se dissoudre dans la classe telle qu'elle est, se transformer d'avant-garde en arri&#232;re-garde et, par l&#224; m&#234;me, renoncer aux t&#226;ches r&#233;volutionnaires. D'autre part, si la dictature du prol&#233;tariat signifie quelque chose, elle signifie que l'avant-garde de la classe est arm&#233;e des ressources de l'&#233;tat pour repousser les dangers, y compris ceux qui &#233;manent des couches arri&#233;r&#233;es du prol&#233;tariat lui-m&#234;me. Tout ceci est &#233;l&#233;mentaire ; tout ceci a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par l'exp&#233;rience de la Russie et confirm&#233; par l'exp&#233;rience de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le secret est qu'en demandant la libert&#233; &#034; pour les masses &#034;, Victor Serge en r&#233;alit&#233; demande la libert&#233; pour lui et ses pairs, il demande &#224; &#234;tre lib&#233;r&#233; de tout contr&#244;le, de toute discipline et m&#234;me, si possible, de toute critique &#224; son &#233;gard. Les &#034; masses &#034; n'ont rien &#224; voir l&#224;-dedans. Quand notre &#034; d&#233;mocrate &#034; court de droite &#224; gauche et de gauche &#224; droite, semant la confusion et le doute, il se croit l'incarnation d'une salutaire libert&#233; de pens&#233;e. Mais quand nous jugeons d'un point de vue marxiste les vacillations d'un intellectuel petit-bourgeois d&#233;sillusionn&#233;, il lui semble que c'est un outrage &#224; son individualit&#233;. Il s'allie alors &#224; tous les confusionnistes pour partir en croisade contre notre despotisme et notre sectarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur d'un parti n'est pas un but en soi. Elle doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e et li&#233;e par le centralisme. Pour un marxiste la question a toujours &#233;t&#233; la suivante ; la d&#233;mocratie pour quoi ? pour quel programme ? Le cadre du programme est en m&#234;me temps le cadre de la d&#233;mocratie. Victor Serge demandait que la Quatri&#232;me Internationale accord&#226;t la libert&#233; d'action &#224; tous les confusionnistes, les sectaires et les centristes du P.O.U.M., du type Vereecken, Marceau Pivert, aux bureaucrates conservateurs du type Sneevliet ou &#224; de simples aventuriers du type R. Molinier. D'autre part, Victor Serge a syst&#233;matiquement aid&#233; les organisations centristes &#224; chasser de leurs rangs les partisans de la Quatri&#232;me Internationale. Nous connaissons parfaitement ce genre de d&#233;mocratie : elle est complaisante, accommodante, conciliatrice... envers la droite ; en m&#234;me temps, elle est exigeante, malveillante et fourbe... envers la gauche. Elle repr&#233;sente simplement le r&#233;gime d'auto-d&#233;fense du centrisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'attitude de Victor Serge &#224; l'&#233;gard des probl&#232;mes th&#233;oriques &#233;tait s&#233;rieuse, il aurait &#233;t&#233; g&#234;n&#233; de se mettre en avant comme &#034; novateur &#034; pour nous renvoyer &#224; Bernstein, Struve et tous les r&#233;visionnistes du si&#232;cle dernier qui ont tent&#233; de greffer le kantisme sur le marxisme ou, en d'autres termes, de subordonner la lutte de classes du prol&#233;tariat &#224; des principes qui lui sont soi-disant sup&#233;rieurs. Comme l'a fait Kant, ils d&#233;crivaient l'&#034; imp&#233;ratif cat&#233;gorique &#034; (l'id&#233;e de devoir) comme une norme absolue de morale valable pour tout le monde. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait une question de &#034; devoir &#034; envers la soci&#233;t&#233; bourgeoise. A leur mani&#232;re, Bernstein, Struve, Vorlander avaient une attitude s&#233;rieuse &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie. Ils demandaient ouvertement un retour &#224; Kant. Victor Serge et ses pairs ne ressentent pas la moindre responsabilit&#233; envers la pens&#233;e scientifique. Ils s'en tiennent &#224; des allusions, des insinuations, au mieux &#224; des g&#233;n&#233;ralisations litt&#233;raires. Cependant, si leurs id&#233;es sont tout &#224; fait fausses, il semble qu'elles aient rejoint une vieille cause depuis longtemps discr&#233;dit&#233;e : asservir le marxisme au kantisme, paralyser la r&#233;volution socialiste au moyen de normes &#034; absolues &#034; qui en fait repr&#233;sentent les g&#233;n&#233;ralisations philosophiques des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie &#8211; pas de la bourgeoisie actuelle, il est vrai, mais de la bourgeoisie d&#233;funte de l'&#232;re du libre-&#233;change et de la d&#233;mocratie. La bourgeoisie imp&#233;rialiste observe encore moins ces normes que ne le fit sa grand-m&#232;re lib&#233;rale. Mais elle consid&#232;re d'un &#339;il bienveillant les tentatives des pr&#234;cheurs petits-bourgeois pour introduire la confusion, le trouble et l'h&#233;sitation dans les rangs du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Le but essentiel, non seulement d'Hitler mais aussi des lib&#233;raux et des d&#233;mocrates, c'est de discr&#233;diter le bolchevisme &#224; un moment o&#249; sa l&#233;gitimit&#233; menace de devenir parfaitement claire pour les masses. Le bolchevisme, le marxisme &#8211; voil&#224; l'ennemi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le &#034; fr&#232;re &#034; Victor Basch, grand-pr&#234;tre de la morale d&#233;mocratique, avec l'aide de son &#034; fr&#232;re &#034; Rosenmark fabriqua un faux pour d&#233;fendre les proc&#232;s de Moscou, il se d&#233;masqua publiquement. Convaincu de faux, il se frappa la poitrine et cria : &#034; Suis-je donc partial ? J'ai toujours d&#233;nonc&#233; la terreur de L&#233;nine et de Trotsky. &#034; Basch d&#233;voilait avec relief le mobile profond des moralistes de la d&#233;mocratie : certains peuvent se taire au sujet des proc&#232;s de Moscou, certains peuvent attaquer les proc&#232;s, d'autres encore peuvent d&#233;fendre les proc&#232;s ; mais leur souci commun c'est d'utiliser les proc&#232;s pour condamner la &#034; morale &#034; de L&#233;nine et de Trotsky, c'est-&#224;-dire les m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Dans ce domaine ils sont tous fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le prospectus scandaleux qui a &#233;t&#233; cit&#233; plus haut, il est d&#233;clar&#233; que je d&#233;veloppe mon point de vue sur la morale &#034;en [m']appuyant sur L&#233;nine &#034;. On peut penser que cette phrase mal d&#233;finie, que d'autres publications ont reproduites, signifie que je d&#233;veloppe les principes th&#233;oriques de L&#233;nine. Mais, &#224; ma connaissance, L&#233;nine n'a pas &#233;crit sur la morale. En fait, Victor Serge voulait dire quelque chose de totalement diff&#233;rent, &#224; savoir que mes id&#233;es immorales sont une g&#233;n&#233;ralisation de la pratique de L&#233;nine, l'&#034; amoraliste &#034;. Il cherche &#224; discr&#233;diter la personnalit&#233; de L&#233;nine par mes jugements, et mes jugements par la personnalit&#233; de L&#233;nine. Il ne fait que flatter la tendance g&#233;n&#233;rale r&#233;actionnaire qui est dirig&#233;e contre le bolchevisme et le marxisme dans leur ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine le sycophante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ex-pacificiste, ex-communiste, ex-trotskyste, ex-communiste-d&#233;mocrate, ex-marxiste... ex-Souvarine, pourrait-on presque dire, Souvarine attaque la r&#233;volution prol&#233;tarienne et les r&#233;volutionnaires d'autant plus effront&#233;ment qu'il ne sait pas ce qu'il veut. Cet homme aime collectionner les citations, les documents, les virgules et les guillemets, entasser des dossiers et, de plus, il sait manier la plume. A l'origine il avait esp&#233;r&#233; que ce bagage lui durerait toute la vie. Mais il fut bient&#244;t forc&#233; de se persuader qu'il fallait, en outre, savoir penser. Son livre sur Staline, en d&#233;pit de l'abondance des citations et des faits int&#233;ressants, est un t&#233;moignage de sa propre indigence. Souvarine ne comprend pas ce qu'est la r&#233;volution ni ce qu'est la contre-r&#233;volution. Il applique au processus historique les crit&#232;res d'un petit raisonneur &#224; tout jamais bless&#233; par l'humanit&#233; p&#233;cheresse. La disproportion entre son esprit critique et son impotence cr&#233;atrice le ronge comme un acide. De l&#224; sa constante exasp&#233;ration, et son manque d'honn&#234;tet&#233; &#233;l&#233;mentaire dans l'appr&#233;ciation des id&#233;es, des hommes et des &#233;v&#233;nements, le tout recouvert d'un moralisme dess&#233;ch&#233;. Comme tous les cyniques et les misanthropes, Souvarine est organiquement attir&#233; par la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine a-t-il ouvertement rompu avec le marxisme ? Nous n'en avons jamais entendu parler. Il pr&#233;f&#232;re l'&#233;quivoque ; c'est son &#233;l&#233;ment naturel. Dans sa critique de mon pamphlet il &#233;crit : &#034; Trotsky, une fois de plus, enfourche son dada de la lutte de classes. &#034; Pour le marxiste d'hier la lutte de classes est... &#034;le dada de Trotsky &#034;. Il n'est pas &#233;tonnant que Souvarine, lui, ait pr&#233;f&#233;r&#233; monter &#224; califourchon sur le chien mort de la morale &#233;ternelle. A la conception marxiste, il oppose &#034; le sens de la justice... sans consid&#233;ration des diff&#233;rences de classes &#034;. Il est en tout cas rassurant d'apprendre que notre soci&#233;t&#233; est fond&#233;e sur un &#034; sens de la justice &#034;. Dans la guerre qui vient, Souvarine ira sans doute exposer sa d&#233;couverte aux soldats des tranch&#233;es ; entre-temps, il peut en faire autant pour les invalides de la derni&#232;re guerre, les ch&#244;meurs, les enfants abandonn&#233;s et les prostitu&#233;es. Serait-il &#233;charp&#233; dans cette affaire, nous avouons &#224; l'avance que notre &#034;sens de la justice&#034; ne serait pas de son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques faites par cet apologiste &#233;hont&#233; de la justice bourgeoise &#034; sans consid&#233;ration des diff&#233;rences de classes &#034; se fondent enti&#232;rement sur le pri&#232;re d'ins&#233;rer inspir&#233; par Victor Serge. A son tour, ce dernier, dans toutes ses tentatives de &#034; th&#233;orisation &#034; ne va pas au-del&#224; d'emprunts h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#224; Souvarine qui n&#233;anmoins poss&#232;de cet avantage d'exprimer ce que Victor Serge n'ose dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une feinte indignation &#8211; il n'y a rien de sinc&#232;re chez lui &#8211; Souvarine &#233;crit qu'&#233;tant donn&#233; que Trotsky condamne la morale des d&#233;mocrates, des r&#233;formistes, des staliniens et des anarchistes, il s'ensuit que le seul repr&#233;sentant de la morale est le &#034; parti de Trotsky &#034;, et comme ce parti &#034; n'existe pas &#034;, en derni&#232;re analyse l'incarnation de la morale est donc Trotsky lui-m&#234;me. Comment s'emp&#234;cher de rire &#224; de tels propos ? Souvarine imagine apparemment qu'il est capable de distinguer entre ce qui existe et ce qui n'existe pas. C'est une affaire tr&#232;s simple tant qu'il ne s'agit que d'&#339;ufs brouill&#233;s ou d'une paire de bretelles. Mais, &#224; l'&#233;chelle du processus historique, une telle distinction passe &#233;videmment au-dessus de la t&#234;te de Souvarine. &#034; Ce qui existe &#034; na&#238;t ou meurt, se d&#233;veloppe ou se d&#233;sint&#232;gre. Ce qui existe ne peut &#234;tre compris que de celui qui en comprend les tendances internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait compter sur les doigts le nombre de gens qui ont gard&#233; une position r&#233;volutionnaire quand &#233;clata la derni&#232;re guerre. Toute la sc&#232;ne de la politique officielle &#233;tait presque enti&#232;rement recouverte par les diverses nuances du chauvinisme. Liebknecht, Luxembourg, L&#233;nine semblaient des individus isol&#233;s impuissants. Mais y a-t-il le moindre doute que leur morale &#233;tait sup&#233;rieure &#224; la morale bestiale de l'&#034; union sacr&#233;e &#034; ? La politique r&#233;volutionnaire de Liebknecht n'&#233;tait pas du tout &#034; individualiste &#034;, comme il paraissait alors au Philistin patriote moyen. Au contraire, Liebknecht, et Liebknecht seul, refl&#233;tait et pr&#233;figurait les tendances profondes souterraines des masses. Le cours ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements l'a enti&#232;rement confirm&#233;. Ne pas craindre aujourd'hui une compl&#232;te rupture avec l'opinion publique officielle, de fa&#231;on &#224; obtenir le droit d'exprimer demain les id&#233;es et les sentiments des masses insurg&#233;es, voil&#224; un mode particulier d'existence qui diff&#232;re de l'existence empirique des formalistes petits-bourgeois. Tous les partis de la soci&#233;t&#233; capitaliste, tous ses moralistes et ses sycophantes p&#233;riront sous les d&#233;combres de la catastrophe imminente. Le seul parti qui survivra sera le parti de la r&#233;volution socialiste mondiale, m&#234;me s'il semble aujourd'hui inexistant aux rationalistes aveugles, exactement comme leur avait paru inexistant le parti de L&#233;nine et de Liebknecht durant la derni&#232;re guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires et les porteurs d'infection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels a &#233;crit un jour que Marx et lui-m&#234;me &#233;taient rest&#233;s toute leur vie en minorit&#233; et qu'ils s'en &#233;taient toujours &#034; bien trouv&#233;s &#034;. Les p&#233;riodes o&#249; le mouvement des classes opprim&#233;es s'&#233;l&#232;ve au niveau des t&#226;ches g&#233;n&#233;rales de la r&#233;volution repr&#233;sentent les tr&#232;s rares exceptions de l'histoire. Bien plus fr&#233;quentes que les victoires sont les d&#233;faites des opprim&#233;s. Apr&#232;s chaque d&#233;faite vient une longue p&#233;riode de r&#233;action qui rejette les r&#233;volutionnaires dans un &#233;tat de cruel isolement. Les pseudo-r&#233;volutionnaires, les &#034; chevaliers d'une heure &#034;, comme le dit un po&#232;te russe, ou bien trahissent ouvertement la cause de l'opprim&#233; dans de telles p&#233;riodes ou bien courent partout &#224; la recherche d'une formule de salut qui leur permettrait d'&#233;viter la rupture avec l'un ou l'autre des camps en pr&#233;sence. Il est inconcevable &#224; notre &#233;poque de trouver une formule conciliatrice dans le domaine de l'&#233;conomie politique ou de la sociologie ; les contradictions de classes ont pour toujours renvers&#233; la formule de &#034; l'harmonie &#034; des lib&#233;raux et des r&#233;formistes d&#233;mocrates. Il reste le domaine de la religion et de la morale transcendantale. Les &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires &#034; russes ont essay&#233; de sauver la d&#233;mocratie par l'alliance avec l'&#201;glise. Marceau Pivert remplace l'&#201;glise par la Franc-ma&#231;onnerie. Apparemment, Victor Serge n'a pas encore adh&#233;r&#233; &#224; une loge, mais il n'a aucune difficult&#233; &#224; trouver le m&#234;me langage que Pivert contre le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux classes d&#233;cident du sort de l'humanit&#233; : la bourgeoisie imp&#233;rialiste et le prol&#233;tariat. La derni&#232;re ressource de la bourgeoisie est le fascisme, qui remplace les crit&#232;res historiques et sociaux par des normes biologiques et zoologiques de fa&#231;on &#224; se lib&#233;rer de toute restriction dans la lutte pour la propri&#233;t&#233; capitaliste. La civilisation ne peut &#234;tre sauv&#233;e que par la r&#233;volution socialiste. Pour accomplir ce bouleversement, le prol&#233;tariat a besoin de toutes ses forces, de toute sa d&#233;termination, de toute son audace, de toute sa passion impitoyable. Par-dessus tout, il doit &#234;tre enti&#232;rement lib&#233;r&#233; des fictions de la religion, de la &#034; d&#233;mocratie &#034; et de la morale transcendantale &#8211; autant de cha&#238;nes forg&#233;es par l'ennemi pour le mater et le r&#233;duire &#224; l'esclavage. Seul est moral ce qui pr&#233;pare le renversement total et d&#233;finitif de la bestialit&#233; capitaliste, et rien d'autre. Le salut de la r&#233;volution &#8211; voil&#224; la loi supr&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une compr&#233;hension claire de la corr&#233;lation entre les deux classes fondamentales &#8211; la bourgeoisie et le prol&#233;tariat &#224; l'&#233;poque de leur lutte &#224; mort &#8211; nous r&#233;v&#232;le la signification objective du r&#244;le des moralistes petits-bourgeois. Leur trait essentiel est l'impuissance : impuissance sociale en raison de la d&#233;gradation &#233;conomique de la petite-bourgeoisie ; impuissance id&#233;ologique en raison de la peur de la petite-bourgeoisie face au d&#233;cha&#238;nement monstrueux de la lutte de classes. De l&#224; na&#238;t la tendance du petit-bourgeois, &#233;duqu&#233; ou ignorant, &#224; freiner la lutte de classes. S'il ne peut y parvenir au moyen de la morale &#233;ternelle &#8211; et cela ne peut r&#233;ussir &#8211; le petit-bourgeois se jette dans les bras du fascisme qui freine la lutte de classes au moyen de mythes et de la hache du bourreau. Le moralisme de Victor Serge et de ses pairs est un pont menant de la r&#233;volution &#224; la r&#233;action. Souvarine est d&#233;j&#224; de l'autre c&#244;t&#233; du pont. La moindre concession &#224; ces tendances signifie le d&#233;but de la capitulation devant la r&#233;action. Que ces porteurs d'infection aillent inoculer les normes de la morale &#224; Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier. Quant &#224; nous, le programme de la r&#233;volution prol&#233;tarienne nous suffit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coyoacan, 9 juin 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*] Nous ne nous attarderons pas, ici, sur l'habitude mis&#233;rable qui consiste &#224; se r&#233;f&#233;rer avec m&#233;pris aux Hottentots afin de donner par l&#224; plus d'&#233;clat encore &#224; la morale des esclavagistes blancs. Le pamphlet en a suffisamment trait&#233;. (Note de L.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/morale/morale17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/morale/morale17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky : Victor Serge et la IVe Internationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;2 d&#233;cembre 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques amis nous ont demand&#233; quel est l'&#233;tat des relations de Victor Serge avec la IVe Internationale. Nous sommes oblig&#233;s de r&#233;pondre que ce sont celles d'un adversaire. Depuis sa sortie d'Union sovi&#233;tique, Victor Serge n'a pas cess&#233; de changer de position. On ne peut d&#233;finir son attitude politique autrement que par &#171; le changement permanent &#187;. Sur aucune question il n'a pr&#233;sent&#233; de positions claires ou distinctes, de r&#233;pliques ou d'arguments. En revanche, il a invariablement soutenu ceux qui quittaient la IVe Internationale, que ce soit &#224; droite ou &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la surprise g&#233;n&#233;rale, Victor Serge a d&#233;clar&#233; dans une lettre officielle qu'il rejoignait le P.O.U.M. sans avoir jamais essay&#233; de r&#233;pondre &#224; notre critique du P.O.U.M. comme une organisation centriste qui avait jou&#233; un r&#244;le mis&#233;rable dans la r&#233;volution espagnole. Dans les coulisses, il soutenait le malheureux h&#233;ros du syndicalisme &#171; de gauche &#187;, Sneevliet, sans jamais se d&#233;cider &#224; d&#233;fendre ouvertement la politique sans principes de l'opportuniste hollandais. En m&#234;me temps, il a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; diverses occasions que ses divergences avec nous n'avaient qu'un caract&#232;re &#171; secondaire &#187;. A la question directe, pourquoi alors ne collaborait-il pas avec la IVe Internationale plut&#244;t qu'avec ses opposants enrag&#233;s, Victor Serge n'a jamais donn&#233; de r&#233;ponse. Tout cela, ensemble, a priv&#233; de toute consistance sa propre &#171; politique &#187; et l'a transform&#233;e en une s&#233;rie de combinaisons personnelles sinon d'intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Victor Serge parle, aujourd'hui encore, de ses &#171; sympathies &#187; pour la IVe Internationale, ce n'est pas autrement que les Vereeken, Molinier, Sneevliet, Maslow, etc., en ayant en t&#234;te non l'Internationale r&#233;elle, mais une Internationale mythique, n&#233;e de leur imagination et &#224; leur image, qui leur est n&#233;cessaire seulement comme couverture pour leur politique opportuniste ou aventuriste. Notre Internationale, qui fonctionne r&#233;ellement, n'a rien &#224; voir avec cette Internationale qui n'existe pas : la section russe et l'Internationale dans son ensemble ne prennent aucune responsabilit&#233; pour la politique de Victor Serge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/12/serge.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/12/serge.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (P.O.U.M.)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait, parait-il, en Espagne, un parti &#171; trotskiste &#187;, le POUM ? Selon les calomnies staliniennes, un parti trotskiste devait obligatoirement travailler avec la Gestapo. Ne sont-ils pas de la Ges&#173;tapo, tous ceux qui d&#233;noncent les crimes staliniens et n'ex&#233;cutent pas aveuglement les ordres de la bu&#173;reaucratie moscovite d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM, donc trotskiste et agent de la Gestapo, a fait le putsch de mai 1937, mais heureusement, gr&#226;ce aux interventions heureuses du Front populaire, du Parti communiste, du PSUC, le Parti Socialiste Unifi&#233; de Catalogne, &#171; socialiste &#187; mais adh&#233;rant &#224; l'Internationale communiste, le diable trotskiste-poumiste put &#234;tre ma&#238;tris&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a commenc&#233; &#224; respirer au mois de mai-juin 1937 : on a &#171; liquid&#233; &#187; le trotskisme en Espagne et surtout en Catalogne. Le gouvernement de Largo Caballero qu'on croyait jusqu'en mai dans la bonne voie, mais qui en r&#233;alit&#233; &#233;tait mou et semi-trotskiste, fut remplac&#233; par le gouvernement de la victoire, pr&#233;sid&#233; par le docteur N&#233;grin, celui-ci un vrai gouvernement de Front populaire, un vrai parce que d&#233;barrass&#233; de tous ces trotskisants et suspects, un vrai comme il en faudrait dans tous les pays, et en premier lieu en France, capable par cons&#233;quent de lutter et de vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette intervention heureuse de Staline en mai 1937 &#224; Barcelone, en Catalogne et en Espagne, l'optimisme pouvait, enfin, s'emparer de nous en ce qui concerne la r&#233;volution espagnole, ou si vous pr&#233;f&#233;rez, en ce qui concerne le sort de la guerre con&#173;tre Franco. Le grand Staline n'a-t-il pas bien arrang&#233; la r&#233;volution chinoise en 1927, ou n'a t-il pas remport&#233; une grande victoire pour le prol&#233;tariat allemand et international en 1933 avec l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler, pour ne citer que ces deux exploits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui ! Le capital et son chien Franco pouvait &#234;tre rassur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'allons pas dans ce chapitre d'analyse du POUM rectifier et r&#233;futer toutes les calomnies et tous les mensonges des staliniens. Ces gens-l&#224;, ou ces canailles plut&#244;t, mentent comme ils respirent. Et ils disposent d'un appareil formidable et surtout de beaucoup d'argent. Ces usurpateurs qui ont vol&#233; le glorieux drapeau de la R&#233;volution d'Octobre qu'ils tra&#238;nent dans la boue ont la facult&#233; d'imprimer &#224; des millions d'exemplaires et dans le monde entier leurs falsifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que fut le POUM en r&#233;alit&#233; ? Trotskiste ? Trotskiste, cela voudrait dire selon l'&#233;tymologie du mot, une organisation poursuivant la politique de L&#233;on Trotski. Or, le lecteur n'ignore pas probablement que Trotski est partisan de la IV&#176; Internationale. Le POUM n'&#233;tait pas trotskiste pour un sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade L&#233;on Trotski qui, avec une nettet&#233; qui lui est propre, stigmatisa les fautes du POUM, a plusieurs fois insist&#233; sur les divergences s&#233;rieuses qui s&#233;parent le POUM de la IV&#176; Internationale. Nous nions la l&#233;gende stalinienne du &#171; POUM trotskiste &#187; dans l'int&#233;r&#234;t de la v&#233;rit&#233; qui est en m&#234;me temps celui de l'&#233;ducation de la classe ouvri&#232;re, qui doit conna&#238;tre les positions r&#233;elles et non imaginaires des diff&#233;rents courants politiques, afin de pouvoir libre&#173;ment et en connaissance de cause confronter, choisir et enfin trouver sa voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUM (le Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) a &#233;t&#233; fond&#233; en d&#233;cembre 1935 comme produit de l'unification du Bloc Ouvrier et Paysan de Maurin et de la Gauche communiste. Cette derni&#232;re appartenait dans le pass&#233; &#224; l'organisation internationale de l'opposition de gauche &#171; trotskiste &#187;. Il faut rappeler seulement qu'elle eut toujours des relations tr&#232;s vagues avec l'organisation internationale. La rentr&#233;e de la gauche communiste dans le POUM d&#233;termine la rupture de Nin et Andrade, qui la dirigeaient, avec le &#171; trotskisme &#187; et avec l'organisation trotskiste internationale. Je ne ferai pas l'historique des discussions et des divergences qui ont s&#233;par&#233; la IV&#176; Internatio&#173;nale et la gauche communiste. Je rappellerai seule&#173;ment les principales divergences qui les ont s&#233;par&#233; au cours de la R&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire espagnol s'est form&#233; &#224; la veille des &#233;lections l&#233;gislatives de f&#233;vrier 1936. Son pro&#173;gramme &#233;lectoral ressemblait aux programmes &#233;lectoraux des Fronts populaires d'autres pays ; y figuraient les promesses g&#233;n&#233;rales quant &#224; l'am&#233;lioration des conditions de travail de la classe ouvri&#232;re, l'adh&#233;&#173;sion &#224; la politique de s&#233;curit&#233; collective de la Soci&#233;t&#233; des Nations, etc... Il est vrai que dans ce programme figurait aussi l'amnistie de toutes les victimes de la r&#233;pression r&#233;actionnaire de Gil-Robles Lerroux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM adh&#233;ra au Front populaire et signa son programme &#233;lectoral r&#233;formiste et petit bourgeois. Il justifia par la suite son attitude par la n&#233;cessit&#233; d'obtenir &#224; tout prix l'amnistie. Mais en r&#233;alit&#233;, l'amnistie fut obtenue non &#224; la suite de la victoire &#233;lectorale, mais &#224; la suite d'un puissant mouvement de masse extra-parlementaire qui for&#231;a les portes des prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;lections, le POUM critiqua la politique du Front populaire, mais fut en r&#233;alit&#233; &#224; sa remorque jusqu'au moment o&#249; la bureaucratie staliniste coalis&#233;e avec la bourgeoisie de gauche, l'emp&#234;cha m&#234;me de parler sur la r&#233;volution socialiste et le mit dans l'ill&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part la droite et la gauche, en politique existe le centre. Il en est de m&#234;me dans le mouvement ouvrier. Ce fut le cas pendant la grande guerre, quand le mouvement ouvrier, selon la juste appr&#233;ciation de L&#233;nine, se divisait entre la droite, les social-patriotes d&#233;clar&#233;s genre Vandervelde, Scheidemann, Marcel Cachin, etc..., les gauches internationalistes cons&#233;quents : les bolcheviks, les spartakistes allemands, et aussi les centristes comme Ledebour, Longuet, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous analysons la derni&#232;re p&#233;riode de l'&#233;volution du mouvement ouvrier qui a commenc&#233; &#224; peu pr&#232;s en 1934-35, nous observons le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. Il y a les partisans d&#233;clar&#233;s de la politique du Front popu&#173;laire, politique qui accroche le prol&#233;tariat &#226; la queue de la bourgeoisie dite d&#233;mocratique, politique qui, &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience espagnole est analys&#233;e dans le pr&#233;sent travail : ce sont les staliniens, promoteurs de cette panac&#233;e universelle de Dimitrov, et aussi les r&#233;formistes appartenant &#224; la Seconde Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des adversaires d&#233;clar&#233;s de cette politique de crime et de suicide du Front populaire, ce sont les b&#226;tisseurs de la IV&#176; Internationale. Ils opposent &#224; la politique de platitude et de collaboration de classe, les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires du marxisme et du bol&#173;chevisme, les m&#233;thodes &#224; l'application desquelles le prol&#233;tariat doit toutes ses conqu&#234;tes, ses victoires et ses mont&#233;es historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, entre les deux courants fondamentaux de la p&#233;riode pr&#233;sente, &#224; savoir le courant stalino-r&#233;formiste et le courant de la IV&#176; Internationale, il y a les centristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centristes ne sont pas une &#233;tiquette invent&#233;e m&#233;chamment pour les besoins de la pol&#233;mique par les &#171; sectaires &#187; et intraitables trotskistes. Ils sont une r&#233;alit&#233; dans tous les pays du monde. Les centristes se d&#233;clarent contre la politique du Front populaire, font de critiques parfois tr&#232;s justes des crimes des stali&#173;niens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cause de leur ind&#233;pendance de la Gu&#233;p&#233;ou que les staliniens les traitent de &#171; trotskistes &#187;. Mais les centristes s'arr&#234;tent &#224; mi-chemin dans leur critique de la politique stalino-r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont contre le Front populaire, mais en m&#234;me temps ont peur de se couper des masses en exposant franchement le programme d'action r&#233;volutionnaire. En principe, ils sont pour une nouvelle Internationale R&#233;volutionnaire, mais pratiquement combattent la nouvelle internationale naissante, la IV&#176;. Dans plu&#173;sieurs questions centrales de la p&#233;riode actuelle, ils sont en principe d'accord avec nous, mais quand il s'agit de passer des principes &#224; l'application et &#224; la r&#233;alisation, ils s'alarment et nous d&#233;noncent comme des &#171; sectaires &#187;. Ils sont tr&#232;s susceptibles et chatouil&#173;leux. Ils se f&#226;chent surtout quand on les appelle &#171; centristes &#187;. Que cela soit sous le ciel gris de Paris ou sous le ciel bleu et limpide de Catalogne et d'Espagne, que cela soit &#224; New-York ou &#224; Varsovie, ils sont partout les m&#234;mes. Au lieu de se f&#226;cher pourtant, ils feraient mieux de discuter honn&#234;tement avec nous, de r&#233;pondre &#224; nos critiques, et d'accepter notre col&#173;laboration. Nous ne sommes pas des professeurs du mouvement ouvrier. Nous sommes toujours pr&#234;ts &#224; apprendre des autres, &#224; r&#233;examiner encore et encore une fois les m&#234;mes probl&#232;mes &#224; la lumi&#232;re des nou&#173;velles exp&#233;riences tragiques. Les mesquineries et l'amour-propre bless&#233; ne comptent pas pour nous. Nous sommes au-dessus de cela. &#171; Nos querelles ne sont pas celles de rabbins et de capucins, mais sont la lutte des chevaliers pour le coeur de la Dame &#187;. Et la Dame, c'est la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, la politique du Front populaire fut poursuivie d'une mani&#232;re cons&#233;quente par les staliniens et les r&#233;formistes. Quant &#224; la CNT, elle s'y est oppos&#233; au d&#233;but, mais sa nullit&#233; id&#233;ologique l'emp&#234;cha d'opposer &#224; la politique de Negrin-Comorera une autre conception. Sa critique resta donc seulement n&#233;gative, et apr&#232;s une s&#233;rie de zigzags et g&#233;missements plaintifs, la CNT s'int&#233;gra dans le Front populaire et &#233;volua vers le r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au POUM, il proclamait cent fois la n&#233;cessit&#233; de la &#171; r&#233;volution socialiste &#187;, mais sa politique r&#233;elle &#233;tait &#224; l'oppos&#233; de cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait, comme nous l'avons d&#233;j&#224; rappel&#233;, une dualit&#233; de pouvoir apr&#232;s le 19 juillet. Le second pou&#173;voir, le pouvoir ouvrier naissant, qui d'ailleurs pr&#233;do&#173;minait au cours des premiers mois de r&#233;volution, s'ex&#173;primait dans les comit&#233;s ouvriers qui ont bel et bien exist&#233; m&#234;me dans les plus petits villages et aussi dans le Comit&#233; Central des Milices Antifascistes. Ces orga&#173;nismes du second pouvoir, ce grand acquis de la r&#233;vo&#173;lution, a &#233;t&#233; d&#233;moli par toutes les organisations ouvri&#232;res espagnoles, et force nous est de constater que le POUM a particip&#233; et a couvert la dissolution des comit&#233;s des villages, remplac&#233;s par les conseils muni&#173;cipaux (ayuntamientos), et aussi la dissolution du Comit&#233; Central de Milices Antifascistes. Le POUM participa au gouvernement de coalition de Taradellas, qui se constitua pr&#233;cis&#233;ment sur la base de la destruction de ces authentiques organismes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nin, conseiller &#224; la Justice de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne, fut par la suite assassin&#233; par les staliniens. Nous avons d&#233;nonc&#233; dans le monde les crimes de la Gu&#233;p&#233;ou, dirig&#233;s du reste en premier lieu contre notre tendance. Nin paya de sa vie son d&#233;vouement &#224; la classe ouvri&#232;re et son honn&#234;tet&#233; personnelle, qui n'est pas en cause. Mais si Nin nous est cher, la v&#233;rit&#233; nous est encore plus ch&#232;re. La cause pour laquelle Nin a donn&#233; sa vie exige la nettet&#233; de l'analyse. Nous ne sommes pas des sentimentaux, mais des passion&#173;n&#233;s, et si les sentiments nous d&#233;vorent, ils ne sont pas faibles. La politique qu'a poursuivi Nin au cours de la r&#233;volution espagnole a favoris&#233; ceux qui devaient par la suite l'assassiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale de la r&#233;volution est la question du pouvoir, et Nin aimait aussi le r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lettre &#224; Kugelmann, pendant l'exp&#233;rience de la Commune, Marx disait : &#171; J'affirme que la r&#233;volution en France doit avant tout tenter, non de faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'au&#173;tres mains - c'est ce qui s'est toujours produit jus&#173;qu'&#224; maintenant - mais de la briser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le POUM oublia ce grand enseignement de Marx, d&#233;velopp&#233; par L&#233;nine dans L'Etat et la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels arguments donnait le POUM pour justifier son entr&#233;e dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, ainsi que d'avoir couvert la dissolution du Comit&#233; Central des Milices An&#173;tifascistes ? C'&#233;tait la peur de se couper des masses et d'aller contre le courant. &#171; Si nous n'&#233;tions pas rentr&#233;s dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, nous cesserions d'&#234;tre un courant politique, et nous serions balay&#233;s de la vie politique du pays. &#187; Ces mots, je les ai entendus de Nin personnellement, mais il ne s'agit pas &#233;videmment de Nin, mais de toute la direction du POUM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet argument on ajoutait un autre : la n&#233;cessit&#233; de collaborer avec la petite bourgeoise et de l'alliance avec les classes moyennes. La forme de cette alliance c'&#233;tait, selon les dirigeants du POUM, la collaboration &#224; la G&#233;n&#233;ralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysons ces arguments. Le premier veut dire que si le POUM n'&#233;tait pas entr&#233; dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, il cesserait d'&#234;tre un facteur politique dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous affirmons et prouvons le contraire. Si le POUM s'&#233;tait prononc&#233; contre la collaboration dans la G&#233;n&#233;ralit&#233; et s'&#233;tait appuy&#233; sur les &#233;l&#233;ments du se&#173;cond pouvoir, les comit&#233;s, il se serait ouvert la seule voie pour devenir un facteur politique d&#233;cisif du pays. Il ne s'agit pas pour nous, &#233;videmment, du seul fait d'entrer dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, mais de l'ensemble de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM devait &#233;videmment se battre avec d'au&#173;tres forces antifascistes contre Franco. C'est hors de discussion. Mais il ne devait pas prendre m&#234;me l'ombre de la responsabilit&#233; pour la politique des dirigeants du Front populaire. En ce pronon&#231;ant avec une nettet&#233; contre la dissolution du Comit&#233; Central des Milices Antifascistes et des Comit&#233;s en g&#233;n&#233;ral, il au&#173;rait pu, sinon l'emp&#234;cher, en tous cas gagner de grandes sympathies au sein des autres organisations ouvri&#232;res, en premier lieu au sein de la CNT. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la voie de croissance du POUM comme parti de masse. Aurait-il pu emp&#234;cher la destruction du second pouvoir ? Comme cela est expliqu&#233; d&#233;j&#224; dans ce travail, les &#233;l&#233;ments de second pouvoir existaient encore jusqu'en mai 1937. 9 mois s&#233;parent le 19 juillet du 3-6 mai, c'est-&#224;-dire neuf mois s&#233;par&#232;rent la naissance du second pouvoir de son &#233;crasement par le pouvoir bourgeois reconstitu&#233;. Evidemment, avec une audacieuse politique du POUM, le calendrier pouvait changer. Encore une fois, nous ne sommes pas des proph&#232;tes. Et il est difficile de pr&#233;voir quels fac&#173;teurs nouveaux auraient pu intervenir si la situation avait &#233;volu&#233; dans le sens r&#233;volutionnaire. Mais, en tous cas, la voie de la r&#233;volution paissait par la lutte opini&#226;tre pour le maintien et l'&#233;largissement des &#233;l&#233;&#173;ments du pouvoir ouvrier, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment par la voie du maintien des organismes dissous par le gouvernement de Taredellas. Le POUM disait cent fois par jour qu'il s'agit d'une &#171; r&#233;volution socialiste &#187;. Mais les G&#233;n&#233;ralit&#233;s ni en minuscule ni en majuscule, ne suffisent pas en politique, surtout pendant la p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Il s'agit de concr&#233;tiser la t&#226;che historique g&#233;n&#233;rale par une politique r&#233;elle. Or, le POUM, tout en parlant de la &#171; r&#233;volution socialiste &#187; ... en r&#233;alit&#233; faisait la m&#234;me chose que les autres cou&#173;rants, c'est-&#224;-dire participait et couvrait la dissolution des &#233;l&#233;ments du second pouvoir dont le maintien et l'&#233;largissement seul pouvait nous amener &#224; la r&#233;volu&#173;tion socialiste, non seulement sur les colonnes du jour&#173;nal, mais dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers n'auraient pas compris, surtout dans la premi&#232;re p&#233;riode de confusion et d'embrassade g&#233;n&#233;rale et du courant unitaire &#224; tout prix, la position &#171; sectaire &#187; du POUM ? C'est possible. Mais, ce qui est, s&#251;r, c'est qu'apr&#232;s une courte exp&#233;rience, ils se seraient tourn&#233;s in&#233;vitablement vers le POUM. Cette n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &#171; sectaire &#187;, c'est-&#224;-dire d'exposer ouvertement le programme r&#233;volutionnaire au moment o&#249; les masses ne sont pas encore pr&#233;par&#233;es &#224; l'accep&#173;ter existe toujours pour le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'existait il pas au cours de la r&#233;volution russe ? Les bolcheviks n'ont-ils pas suivi pr&#233;cis&#233;ment cette voie ? Ont-ils eu peur qu'on les traite de &#171; trotskistes &#187;, de l'&#233;poque, d'aventuriers, d'utopistes, de r&#234;&#173;veurs ? N'ont-ils pas aussi &#233;t&#233; trait&#233;s d'agents de l'Allemagne ? Et ils ont gagn&#233; les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM aurait &#233;t&#233;, s'il avait suivi la voie indiqu&#233;e par la IV&#176; Internationale, pers&#233;cut&#233; et mis dans l'ill&#233;galit&#233; tout de suite ? On nous disait cela aussi lors de nos discussions en Espagne dans le POUM. Il serait pers&#233;cut&#233; ? Peut-&#234;tre. Quoique il n'&#233;tait pas fa&#173;cile de pers&#233;cuter un courant ouvrier en Catalogne en juillet, ao&#251;t 1936. Il n'aurait pas b&#233;n&#233;fici&#233; des facilit&#233;s que lui offrait sa participation au gouvernement ? Les milices du POUM, ou peut-&#234;tre m&#234;me l'h&#244;tel Falcon n'auraient pas &#233;t&#233; appuy&#233;s financi&#232;rement par la G&#233;n&#233;ralit&#233; ? Mais, il aurait joui d'un appui d'un autre poids dans une r&#233;volution, de l'appui venant d'en bas de la classe ouvri&#232;re qui se serait retourn&#233; vers lui quand elle aurait compris qu'il s'agissait ici d'un parti qui r&#233;ellement luttait pour le pouvoir prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste le POUM a-t-il &#233;vit&#233; la r&#233;pression ? Pas du tout. Bien qu'il jurait, et il disait la v&#233;rit&#233;, qu'il n'&#233;tait pas trotskiste, il &#233;tait toujours consid&#233;r&#233; comme tel par la bureaucratie staliniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il s'agisse de ph&#233;nom&#232;nes diff&#233;rents, nous pouvons observer ici une certaine sym&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;grin jurait cent fois par jour &#224; Chamberlain qu'il n'est pas rouge, mais tout simplement r&#233;publicain, mais, pour ce gentleman l' &#171; Espagne gouvernementale &#187; &#233;tait toujours mal gouvern&#233;e et il s'obsti&#173;nait &#224; pr&#233;f&#233;rer Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorkin r&#233;p&#233;tait aussi plusieurs fois par jour qu'il n'est pas trotskiste, et il disait la v&#233;rit&#233;, mais la bureaucratie staliniste le consid&#233;rera malgr&#233; tout comme tel et a lanc&#233; contre le POUM les m&#234;mes calomnies qu'elle lance contre la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses explications et aussi par sa politique, N&#233;grin n'a pas pu emp&#234;cher que Chamberlain aide Franco. Quant &#224; Gorkin, ses explications et aussi sa politique n'ont pas emp&#234;ch&#233; la r&#233;pression contre le POUM &#171; trotskiste &#187;. Ne vaut-il pas mieux alors &#234;tre un vrai &#171; rouge &#187; et un vrai &#171; trotskiste &#187; ? Cela n'enl&#232;verait pas &#233;videmment les inconv&#233;nients &#224; savoir la haine de la bourgeoisie internationale et de la bureaucratie staliniste, mais on pourrait en m&#234;me temps jouir des avantages de la politique r&#233;volutionnaire cons&#233;quente, avantages qu'ont pu recueillir les bolche&#173;viks en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM voulait &#233;viter la r&#233;pression par sa politique conciliatrice. Il se disait : &#171; Si un jour nous sommes r&#233;duits &#224; l'ill&#233;galit&#233;, il faudra que nous ne soyons pas seuls, mais que nous soyons avec la CNT. &#187; Dans ce domaine, les dirigeants du POUM vivaient aussi de fantaisies, et se confiaient au bon coeur des dirigeants de la CNT. Ces derniers ont par la suite assist&#233; passivement &#224; la pers&#233;cution contre le POUM. Seule une politique de critique impitoyable du r&#233;formisme de la direction de la CNT ouvrait les possibilit&#233;s d'un front unique avec la base r&#233;volutionnaire de la CNT, qui, &#233;videmment, par suite de sa pression, pouvait obliger aussi le sommet anarchiste &#224; quelques pas progressifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au second argument, c'est-&#224;-dire la n&#233;cessit&#233; de l'alliance avec les classes moyennes, c'est au fond le m&#234;me argument dont se sert le Front populaire dans son ensemble. La fausset&#233; de cet argument est d&#233;montr&#233; au cours de ce travail. Les dirigeants communistes pr&#233;tendent que quand ils soutiennent Daladier en France, ou Aza&#241;a en Espagne, les radicaux&#173;-socialistes et l'Esquerra, ils font une alliance avec la petite-bourgeoisie. En r&#233;alit&#233; ils sont &#224; la remorque des agents petits-bourgeois du grand capital. L'allian&#173;ce du prol&#233;tariat avec la petite bourgeoisie est &#233;videm&#173;ment n&#233;cessaire au cours d'une r&#233;volution, surtout dans un pays arri&#233;r&#233;. Mais il y a deux m&#233;thodes d'op&#233;&#173;rer cette alliance : la m&#233;thode mencheviste du Front Populaire et la m&#233;thode bolcheviste de la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la premi&#232;re m&#233;thode &#171; d'alliance avec les classes moyennes &#187;, qui est actuellement en vogue, et qu'on appliqua en France en 1936, en Espagne, au Chili et ailleurs, selon cette m&#233;thode ch&#232;re &#224; Blum, Dimitrov, Thorez et Comorera, l'alliance s'op&#232;re sur la base du maintien de la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est &#224;-dire sur la base du maintien du r&#233;gime capitaliste. Selon cette m&#233;thode du Front populaire, les agents petits-bourgeois du grand capital ont la direc&#173;tion de cette alliance petite-bourgeoisie-prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat suit les dirigeants petits bourgeois, et par leur interm&#233;diaire la bourgeoisie tout court. Que cette voie soit n&#233;faste, et surtout utopique, nous avons es&#173;say&#233; de le d&#233;montrer dans chaque chapitre de ce tra&#173;vail. Donner comme perspective dans la p&#233;riode ac&#173;tuelle le maintien de la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est tout &#224; fait comme si on donnait comme perspective dans la technique le retour de l'aviation vers les chars des Romains. Le fascisme est un produit in&#233;vi&#173;table du r&#233;gime capitaliste. Pour supprimer l'effet, il faut supprimer la cause. La m&#233;thode bolcheviste de l'alliance avec les classes moyennes veut dire que le prol&#233;tariat doit avoir l'h&#233;g&#233;monie du bloc. Seul cette h&#233;g&#233;monie, et seule la dictature du prol&#233;tariat peu&#173;vent du reste apporter une am&#233;lioration au sort de la petite-bourgeoisie et la d&#233;tacher du grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;n&#233;ralit&#233; et le gouvernement de Taradellas, auquel adh&#233;ra le POUM, ont &#233;t&#233; une alliance avec la petite-bourgeoisie aussi &#224; la mode du Front populaire. Le &#171; programme socialiste &#187; du gouvernement de Taradellas n'&#233;tait que de la phras&#233;ologie. Le d&#233;cret sur les collectivisations n'&#233;tait que la cons&#233;cration tardive de l'&#233;tat de fait ; mais la dissolution des or&#173;ganismes du second pouvoir a ouvert la vole &#224; la contre-r&#233;volution. Evidemment, pour les bourgeois d&#233;mocrates et pour les staliniens qui, &#224; l'&#233;poque, n'avaient derri&#232;re eux qu'une intime partie du prol&#233;tariat, le gouvernement de Taredellas avec la participation de Nin n'&#233;tait qu'une solution interm&#233;diaire, provisoire, en attendant que le rapport des forces changeant permette de se d&#233;barrasser du POUM et aussi de la CNT. Il reste n&#233;anmoins vrai que, par sa politique &#224; la remorque du Front populaire, le POUM a aid&#233; &#224; changer le rapport de forces en sa d&#233;faveur. Malgr&#233; le service que Nin a rendu &#224; ses ennemis, il a &#233;t&#233; au mois de d&#233;cembre 1936, d&#233;barqu&#233; de la G&#233;n&#233;ralit&#233; et le POUM repouss&#233; dans l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM a-t-il redress&#233; sa politique apr&#232;s cette exp&#233;rience minist&#233;rielle ? A-t-il fait une autocritique s&#233;rieuse et a-t-il pris une orientation r&#233;volutionnaire ? Aucun parti r&#233;volutionnaire n'est pr&#233;muni contre des fautes, m&#234;me graves, mais toute la question est de savoir s'il trouve ensuite en lui-m&#234;me les forces pour corriger ses erreurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le POUM, apr&#232;s d&#233;cembre 1936, n'a rien appris. Il a &#233;videmment accentu&#233; un peu son langage d'opposition, mais sa perspective restait dans le fond le re&#173;tour &#224; la m&#234;me exp&#233;rience minist&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre du gouvernement ouvrier et paysan qu'il se proposait de r&#233;aliser n'&#233;tait pas autre chose qu'un nouveau gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; avec une nouvelle invitation &#224; Nin de r&#233;int&#233;grer son poste. Les appr&#233;ciations th&#233;oriques de POUM ont chang&#233; un peu : ainsi, dans les colonnes de la Batalla et dans les discours des membres du Comit&#233; Ex&#233;cutif, Companys et Taradellas, qui &#233;taient avant d&#233;cembre de pauvres petits-bourgeois, se sont brusquement, apr&#232;s l'expulsion du POUM de la G&#233;n&#233;ralit&#233;, enrichie et devenus des grands bourgeois. Cela cependant ne changeait rien &#224; la perspective g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le POUM parlait de &#171; gouvernement ouvrier et paysan &#187;, il avait deux fa&#231;ons d'expliquer son mot d'ordre. La variante droite voulait dire : &#171; Le gou&#173;vernement de toutes les forces antifascistes &#187;, en somme la solution des plusieurs et difficiles crises de la G&#233;n&#233;ralit&#233; par le retour au gouvernement de Taradellas avec la participation du POUM. La variante gauche, qui alternait dans les r&#233;solutions et les discours avec la variante droite ne valait pas mieux et voulait dire &#171; Govern Obrer y Camperol &#187; comme le r&#233;sultat d'un Congr&#232;s des Comit&#233;s ou apr&#232;s pour se rapprocher de la CNT, d'un Congr&#232;s des Comit&#233;s et des Syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute la question &#233;tait comment un Congr&#232;s pareil pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233;. Le POUM s'illusionnait qu'il pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233; d'en haut, c'est-&#224;-dire par un ac&#173;cord avec les dirigeants du Front populaire et ce qui plus est par la voie pacifique. Cette voie pacifique fut expos&#233;e par Nin encore quelques jours avant les &#233;v&#233;nements de mai. Nin [1] qui connaissait &#224; fond l'exp&#233;rience de la r&#233;volution russe afin d'appuyer sa perspective de voie pacifique invoquait la position analogue de L&#233;nine dans la p&#233;riode avril-juin. Malheureusement, ii lui arriva ce qui arrive souvent aux grands &#233;rudits du marxisme : ils connaissent les textes, mais se servent des analogies l&#224; pr&#233;cis&#233;ment o&#249; elles ne peuvent pas &#234;tre appliqu&#233;es. &#171; Le passage pacifique &#187; fut possible pendant une p&#233;riode de la r&#233;volution russe parce que le second pouvoir, c'est-&#224;-dire le pouvoir des soviets existait et pr&#233;dominait sur le premier pouvoir, c'est-&#224;-dire le pouvoir du Gouvernement Pro&#173;visoire. Dans une certaine mesure la situation analo&#173;gue existait en Espagne de juillet &#224; septembre. Mais seulement jusqu'en septembre, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la formation des gouvernements de coalition de celui de Madrid et de celui de Barcelone. Or, le POUM pr&#233;voyait encore la voie pacifique au mois d'avril 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du POUM &#224; l'&#233;gard de la CNT refl&#233;tait aussi sa &#171; peur de se couper des masses &#187;, et surtout sa mollesse id&#233;ologique. C'&#233;tait une cour malheureuse. Evidemment, on ne pouvait rien faire en Catalogne sans le concours de la grande centrale syndicale anarcho-syndicaliste qui avait derri&#232;re elle la majorit&#233; du prol&#233;tariat catalan et surtout l'&#233;crasante majorit&#233; des &#233;l&#233;ments combattifs. Mais la voie qu'a choisi le Comit&#233; Ex&#233;cutif du POUM pour se rapprocher de la masse de la CNT &#233;tait fausse. La voie de la conqu&#234;te et de la p&#233;n&#233;tration dans la masse r&#233;volutionnaire de la CNT et de la FAI passait par la critique impitoyable de la politique platement r&#233;formiste du sommet anar&#173;chiste. Il fallait carr&#233;ment d&#233;noncer l'hypocrisie ridi&#173;cule de ces &#171; &#034;anti-politiciens et anti-&#233;tatistes&#034; qui exer&#231;aient les fonctions des ministres et des pr&#233;fets. C'&#233;tait la voie de conqu&#234;te des &#233;l&#233;ments sains de la base de la CNT. Mais l'Ex&#233;cutif du POUM pr&#233;f&#233;rait une cour empress&#233;e au Comit&#233; R&#233;gional. Il disait toujours : &#171; Nous et la CNT, deux forces de la r&#233;volution ! &#187; A quoi la belle, la direction de la CNT, r&#233;pondait, quand elle daignait de r&#233;pondre, au POUM : Nous et la CNT, vous &#234;tes collants, et vous nous emb&#234;tez, fiches-nous la paix, vous &#234;tes des sales politi&#173;ciens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie du rapprochement avec la base de la CNT passait pour le POUM par la rentr&#233;e de ses syndicats FOUS dans la centrale r&#233;volutionnaire anarcho-syndicaliste. Cette voie fut signal&#233;e et &#224; plusieurs reprises par les repr&#233;sentants de la IV&#176; Internationale. Malheureusement et c'&#233;tait une de ses plus graves fautes, le POUM est rentr&#233; avec les syndicats qu'il influen&#231;ait dans la UGT r&#233;formiste, squelettique, qui ne groupait au d&#233;but que des &#233;l&#233;ments petit-bourgeois. Par l&#224; le POUM aux yeux des ouvriers de la CNT se confondait avec les staliniens. Esquerra en somme avec les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois. Certes, la voie d'un travail &#224; l'int&#233;rieur de la CNT n'&#233;tait pas facile : la bureaucratie &#171; anti-politicienne et anti&#233;tatiste &#187; sait aussi employer des m&#233;thodes de coercition &#224; l'&#233;gard des r&#233;&#173;volutionnaires. Mais dans quel livre a-t-on enseign&#233; que la r&#233;volution est une chose facile. La rentr&#233;e dans la CNT c'&#233;tait la seule voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir encore &#224; la question centrale de la r&#233;volution qui est la question de l'Etat, force nous est de rappeler que dans toute la p&#233;riode d&#233;cisive jusqu'au mois de mai, le POUM avait dans cette question&#173;-cl&#233; une position semi-r&#233;formiste. Quand le POUM &#233;tait au gouvernement, il pensait que l'appareil &#233;tatique bourgeois est d&#233;truit parce qu'il avait des personnes de confiance dans la police. La dictature du prol&#233;ta&#173;riat &#171; sous sa forme originale et espagnole &#187; &#233;tait r&#233;alis&#233;e sous la forme du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Taradellas. Apr&#232;s le POUM abandonne cette appr&#233;ciation th&#233;orique. De la dictature du prol&#233;tariat par le simple changement minist&#233;riel, nous avons pass&#233; &#171; pacifiquement &#187; au r&#233;gime bourgeois. Mais le POUM continuait par exemple &#224; parler d'&#233;puration de l'appareil &#233;tatique, comme s'il s'agissait de la question de la quantit&#233; et non de qualit&#233;. Le Front Unique de la Jeunesse R&#233;volutionnaire entre les Jeunesses du POUM et les Jeunesses Libertaires conclu au mois de janvier 1937 posait comme un des points de son programme l'&#233;puration de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choc de mai 1937 fut le r&#233;sultat d'un c&#244;t&#233; du complot de la coalition stalino-bourgeoise, de l'autre de la r&#233;ponse spontan&#233;e d&#233; la base r&#233;volutionnaire de la CNT qui est mont&#233;e sur les barricades pour la d&#233;fense des conqu&#234;tes du 19 juillet, mais fut trahie par la direction anarchiste. Le POUM ne pouvait &#233;videmment, m&#234;me si tel &#233;tait son bon d&#233;sir, organiser le soul&#232;vement de mai, comme le dit la l&#233;gende stali&#173;nienne, &#233;tant un parti minoritaire surtout &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en r&#233;alit&#233;, le POUM non seulement n'a pas organis&#233; un soul&#232;vement de mai selon les ridicules inventions de la GPU, il n'a m&#234;me pas au cours de ce tragique moment, formul&#233; un programme de sauvetage de la R&#233;volution. Pendant ces journ&#233;es grandioses, le POUM est rest&#233; aussi &#224; la remorque de la belle : de la direction de la CNT et plus exactement du Comit&#233; R&#233;gional [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers six heures de l'apr&#232;s midi, le 3 mal, les repr&#233;sentants du Comit&#233; Ex&#233;cutif ont eu une entrevue avec les repr&#233;sentants du Comit&#233; R&#233;gional. Au cours de cette entrevue, ils se sont mis avec toutes ses forces &#224; la disposition du Comit&#233; r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; r&#233;gional, a pris bonne note de l'offre du Comit&#233; Ex&#233;cutif et lui a r&#233;pondu qu'elle le convoquera si le besoin s'en fait sentir. La direction de la CNT collaborait avec I'oeuvre de pacification du gouvernement de Valence contre la base de sa propre organisation, qu'elle a livr&#233; &#224; la pers&#233;cution. Mais les comit&#233;s de barriadas (des quartiers) les cadres moyens de la CNT et de la FAI &#233;taient sur les barricades. Le POUM aurait pu chez ces &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires trouver un vrai &#233;cho, lui fournir un programme d'action c'est-&#224;-dire un programme d'insurrection. La direction du POUM a eu peur. Il ne s'agit pas pour nous de peur physique mais de manque d'audace politique et motiv&#233; par cette angoisse de res&#173;ter seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les ouvriers ont quitt&#233; les barricades et la ville fut livr&#233;e aux forces de r&#233;pression venues de Valence, les poumistes devaient &#233;videmment aussi quitter les barricades, mais le devoir d'un parti dans les p&#233;riodes de mont&#233;e, comme dans les p&#233;riodes de recul ou de d&#233;faites est de dire la v&#233;rit&#233; aux ouvriers et en expliquant la situation r&#233;elle, &#233;duquer le prol&#233;&#173;tariat et ainsi le pr&#233;parer aux combats &#224; venir. Malheureusement, Batalla disait qu'il fait jour quand il faisait nuit. Elle disait comme &#171; Soli &#187; que les ou&#173;vriers de Barcelone ont victorieusement ripost&#233; &#224; l'at&#173;taque de la contre-r&#233;volution. C'est ce qui fut une d&#233;faite et &#233;tait le point de d&#233;part d'une vague de r&#233;pression, fut pr&#233;sent&#233; comme une victoire soi-disant pour ne pas d&#233;courager les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de mai la direction du POUM n'a pas compris le changement des rapports d&#233; forces qui s'est produit &#224; la suite de cette sanglante lutte. La r&#233;pression a surpris compl&#232;tement la direction du POUM. Un des enseignements du bolchevisme, et dont la m&#233;connaissance les r&#233;volutionnaires payeront cher dans les combats &#224; venir est la n&#233;cessit&#233; pour le parti prol&#233;tarien d'avoir m&#234;me dans la p&#233;riode de l&#233;galit&#233; un autre appareil ill&#233;gal, afin de pouvoir en cas de d&#233;&#173;faites sauver ses cadres et son &#233;tat-major. Cet enseignement fut m&#233;connu par le POUM. Et il ne fallait pas &#234;tre un grand clerc pour s'attendre apr&#232;s mai, &#224; une r&#233;pression stalino-bourgeoise contre le POUM. Les dirigeants du POUM disaient textuellement : &#171; L'Espagne n'est pas la Russie, Barcelone n'est pas Moscou &#187;, comme Paul Faure en France proclame, pour justifier la passivit&#233; envers le fascisme : &#171; France n'est pas Allemagne &#187;, comme si la lutte sociale n'avait pas un caract&#232;re international et si les m&#234;&#173;mes causes et dans les m&#234;mes circonstances, sous tous les m&#233;ridiens et sous toutes les latitudes ne produi&#173;saient pas les m&#234;mes effets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du POUM logeaient chez eux et tenaient leur permanence dans leurs locaux jusqu'au jour o&#249; la police stalinienne l&#233;s a arr&#234;t&#233;s. Il ne s'agit pas seulement ici de l'imprudence et de l'insouciance qu'on attribu&#233; peut &#234;tre exag&#233;r&#233;ment aux Espagnols, mais de la m&#233;connaissance de la situation r&#233;elle. &#171; Prieto n'est pas un bolchevik &#187; se consolaient les dirigeants du Comit&#233; Ex&#233;cutif et ils continuaient &#224; r&#233;sider sur les Ramblas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de six semaines qui s&#233;paraient le 3-6 mai de l'ignoble provocation stalinienne du 20 juin pouvait &#234;tre exploit&#233;e par un parti pour organiser son travail ill&#233;gal et pour mettre ses chefs &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce tableau tr&#232;s sommaire et incomplet de la politique du POUM dans les moments les plus critiques il faut ajouter aussi tr&#232;s sommairement la fa&#231;on avec laquelle la direction du POUM a trait&#233; les vrais trotskistes, les partisans de la IV&#176; Internationale, les bol&#173;cheviks-l&#233;ninistes espagnols. Les gens &#224; l'&#233;tranger vi&#173;vent de la l&#233;gende du POUM &#171; trotskiste &#187;. En r&#233;alit&#233; la direction du POUM &#233;tait compos&#233;e des anti-trotskistes enrag&#233;s, anciens blokistes Gorkin-Arquer et anti-trotskistes timides et honteux comme Andrade. Dans Batalla, organe central du parti POUM, on condamnait le trotskisme comme une tendance trop sectaire. Dans plusieurs articles les chefs du POUM se d&#233;claraient anti-trotskistes et anti-stalinistes et ils mettaient tr&#232;s souvent les deux courants sur le pied d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne sommes ni stalinistes ni trotskistes, mais des poumistes &#187;, d&#233;claraient les dirigeants du POUM et ils pr&#233;tendaient m&#234;me que tout le mouvement ou&#173;vrier mondial s'est divis&#233; autour de l'attitude &#224; adop&#173;ter &#224; l'&#233;gard du POUM en poumistes et anti-poumistes, comme pendant la r&#233;volution russe en bolcheviks et antibolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;tait le poumisme, surtout ce qu'&#233;tait sa politique au cours de la r&#233;volution espagnole, nous avons essay&#233; d'analyser sommairement dans ce cha&#173;pitre. La &#171; l&#233;g&#232;re &#187; diff&#233;rence avec le bolchevisme ap&#173;para&#238;t clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Anti-trotskisme des dirigeants du POUM prenait des formes tr&#232;s aigu&#235;s. Si tout-&#224;-fait au d&#233;but, c'est&#173;-&#224;-dire au cours des premiers mois qui ont suivi le 19 juillet, le POUM a accept&#233; la collaboration technique des quelques militants de la IV&#176; Internationale, c'&#233;tait plut&#244;t &#224; cause du fait que quelques camarades de notre organisation se sont trouv&#233;s dans la lutte et ont conquis cette place en combattant, la collabora&#173;tion technique d'autres camarades &#233;trangers fut accept&#233;e par les dirigeants du POUM faute de mieux. Les dirigeants du POUM, &#224; la premi&#232;re occasion, les ont remplac&#233; par leurs vrais amis internationaux : les maximalistes italiens, les sapistes allemands, les pivertistes fran&#231;ais, etc... Gorkin ne se justifiait-il pas que &#171; l'envahissement par les trotskistes des services de propagande du POUM &#187; r&#233;sultait du fait qu'il fallait mettre quelqu'un dans ce service et on s'est servi des premiers venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe espagnol a demand&#233; au mois de novembre 1936 d'adh&#233;rer au POUM. Il s'est engag&#233; &#224; respecter la discipline du parti et a demand&#233; pour lui seulement le droit de d&#233;fendre dans les cadres du parti ses conceptions politiques. Nin, au nom de l'Ex&#233;cutif (pour ce genre de besogne, Gorkin chargeait toujours Nin) a r&#233;pondu exigeant de nos cama&#173;rades entre autres &#171; la condamnation des campagnes de la soit-disant IV&#176; Internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les camarades qui ne faisaient aucun travail fractionnel dans le POUM, mais d&#233;fendaient les id&#233;es de la IV&#176; Internationale, &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme suspects et pestif&#233;r&#233;s, non seulement eux, mais m&#234;me ceux qui entretenaient avec eux des rapports amicaux ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme des gens qu'il vaut mieux ne pas fr&#233;quenter. Le POUM a exclu certains camarades de son organisation &#224; la mani&#232;re parfaitement staliniste pour le d&#233;lit de s'&#233;carter de la ligne politi&#173;que du parti (formule textuelle) sans discussion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM qui toujours dans la discussion contre nous insistait sur les m&#233;thodes bureaucratiques im&#173;possibles du Secr&#233;tariat International de la IV&#176; In&#173;ternationale, n'a pas eu le temps de convoquer un seul congr&#232;s du parti entre juillet et mai, neuf mois et quels mois ! Du reste, m&#234;me son entr&#233;e &#224; la G&#233;n&#233;ra&#173;lit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; sans consulter la base ! Et ce parti voulait parfois s'identifier avec le parti bolchevik qui, en 1917, et apr&#232;s en pleine guerre civile, discutait librement et &#233;laborait dans la fi&#232;vre passionn&#233;e et salutaire des luttes, des tendances et des opinions dans son sein, la politique &#224; suivre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du POUM est all&#233;, pour faciliter la pr&#233;paration de son Congr&#232;s, jusqu'&#224; exclure de ses milices les bolcheviks-l&#233;ninistes qui, pendant huit mois, tenaient les tranch&#233;es et exposaient leur poi&#173;trine &#224; la mitraille fasciste ! Mais tous ceux qui man&#173;geaient du trotskisme, ceux-l&#224; jouissaient de l'appui inconditionnel de l'Ex&#233;cutif. Comme exemple, on pourrait citer entre autres les deux fr&#232;res roumains M. dont l'un &#233;tait commissaire politique de la division L&#233;nine, et qui se vantait qu'il &#233;tait en possession d'un fichier tr&#232;s document&#233; avec les noms de tous les trotskistes, leurs adresses, occupations, etc. Le commissaire politique roumain en question est pass&#233; apr&#232;s le mois de mai chez les staliniens et a transmis probablement ce fichier anti-trotskiste &#224; la G.P.U. avec d'autres fichiers des poumistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chose, les bolcheviks-l&#233;ninistes, malgr&#233; la r&#233;pression anti-trotskiste de l'Ex&#233;cutif, &#233;taient dans chaque moment difficile &#224; c&#244;t&#233; du POUM, ils offraient toujours leur exp&#233;rience politique et aussi leurs pro&#173;pres poitrines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre bien re&#231;u par l'Ex&#233;cutif du POUM, il fal&#173;lait obligatoirement d&#233;noncer le sectarisme du S. I. de la IV&#176; Internationale, il fallait surtout raconter qu'on a &#233;t&#233; &#171; victime personnelle &#187;, il y 5 ou 8 ans, des proc&#233;d&#233;s impossibles de L&#233;on Trotsky. Se taire l&#224;-dessus &#233;tait d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; de mauvais go&#251;t au Falcon et &#224; l'Ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM &#233;tait donc bien loin de la IV&#176; Internationale et Gorkin avait peur du trotskisme comme le diable de l'eau b&#233;nite. Pourtant, seule le &#171; trotskisme &#187; c'est-&#224; dire la politique bolcheviste de la IV&#176; Inter&#173;nationale pouvait sauver le POUM et ouvrir pour lui les larges voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'avenir du POUM ? Peut-il servir de base pour le futur parti de la R&#233;volution Espagnole ? Seule l'exp&#233;rience et la voie dans laquelle il s'engagera, les le&#231;ons qu'il saura tirer de la tragique exp&#233;rience pour&#173;ront r&#233;pondre &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons critiqu&#233; ses positions politiques, mais nous devons mettre aussi en avant ses points forts, le courage et le d&#233;vouement de ses militants. N'a-t-il pas eu dans son sein des milliers de militants comme Mena ne l'a-t-il pas encore ? N'a-t-il pas pris une part et comme il faut le 19 juillet ? Ses militants de mar&#173;que comme Germinal Vidal [3] n'ont-ils pas &#233;t&#233; parmi les premiers assaillants de cette cent fois glorieuse journ&#233;e ? Ses Miguel Pedrola et d'autres n'ont-ils pas m&#234;l&#233; tout de suite leur sang avec l'ensemble du prol&#233;tariat ? Et cette colonne de Rovira partie avec d'autres &#171; tribus &#187; en direction de Huesca ? Nous connaissons aussi les qualit&#233;s d'organisation des militants et des dirigeants du POUM qui ressortent surtout si nous les comparons avec les anarchistes espagnols, aussi h&#233;ro&#239;ques, mais d&#233;sordonn&#233;s dans leurs m&#233;thodes et d&#233;pourvus d'une boussole id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces qualit&#233;s du POUM doivent &#234;tre compl&#233;&#173;t&#233;es dans l'avenir par une juste orientation r&#233;volu&#173;tionnaire. La IV&#176; Internationale lui propose son pro&#173;gramme. Certaines de nos critiques sont exag&#233;r&#233;es ou m&#234;me erron&#233;es ? Avons-nous fait des fautes d'organisation ? Avons-nous manqu&#233; de souplesse ? Peut-&#173;&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pr&#234;ts &#224; tout revoir, &#224; tout rediscuter. Nous rions de la conception de l'infaillibilit&#233; dans le mouvement ouvrier. Nous sommes pr&#234;ts &#224; aider &#224; la reconstruction du parti ouvrier d'Espagne : nous ne posons qu'une condition : libert&#233; de discussion, discipline dans l'action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il nous est tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able de discuter avec le d&#233;funt qui malheureusement ne peut pas r&#233;pondre. Mais nous n'avons pas le choix. Il nous est difficile par exemple, de discuter les conceptions th&#233;oriques de Gorkin... Ce vrai ma&#238;tre de l'appareil du POUM et talentueux organisateur se contentait de faire de la politique courante et ne se pr&#233;occupait pas des g&#233;n&#233;ralisations th&#233;oriques. Nin &#233;tait le vrai id&#233;ologue du POUM, du reste, les &#171; ninistes &#187; heureusement sont en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les militants du POUM &#233;taient sur les barricades, mais cela ne change rien quant au manque d'orientation de sa direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Germinal Vidal, dirigeant de la Jeunesse du POUM, tomb&#233; le 19 juillet, Place de l'Universit&#233; &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un rapprochement est-il possible avec Nin ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits de lettres &#224; Victor Serge)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 juillet 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 juin 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Victor Lvovitch,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Si j'ai bien compris votre lettre de Paris, vous &#234;tes m&#233;content de notre comportement &#224; l'&#233;gard d'Andr&#233;s Nin, comportement que vous trouvez &#171; sectaire &#187;. Vous ne connaissez pas et ne pouvez conna&#238;tre l'histoire politique et personnelle de ces relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez imaginer sans peine combien je me suis r&#233;joui &#224; l'&#233;poque de la venue de Nin &#224; l'&#233;tranger. Pendant plusieurs ann&#233;es, j'ai correspondu avec lui tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement. Certaines de mes lettres &#233;taient de v&#233;ritables &#171; trait&#233;s &#187; : c'est qu'il s'agissait de la r&#233;volution vivante dans laquelle Nin pouvait et devait jouer un r&#244;le actif. Je pense que mes lettres &#224; Nin pendant deux ou trois ans pourraient constituer un volume de plusieurs centaines de pages : cela suffit &#224; vous montrer quelle importance j'accordais &#224; Nin et &#224; des relations amicales avec lui. Dans ses r&#233;ponses, Nin affirmait tant et plus son accord th&#233;orique, mais &#233;vitait absolument les probl&#232;mes pratiques. Il me posait des questions abstraites sur les soviets, la d&#233;mocratie, etc., mais ne disait pas un mot des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales qui secouaient la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, personne n'est oblig&#233; d'&#234;tre un r&#233;volutionnaire. Mais Nin &#233;tait &#224; la t&#234;te de l'organisation bolchevique-l&#233;niniste en Espagne, et par l&#224; m&#234;me, il avait pris des engagement s&#233;rieux auxquels il se d&#233;robait en pratique tout en me jetant par lettre de la poudre aux yeux. Croyez, cher ami, que, dans ce domaine, j'ai un certain flair. Si l'on peut m'accuser de quelque chose par rapport &#224; Nin, c'est d'avoir trop longtemps nourri des illusions sur son compte et de lui avoir donn&#233; par l&#224; m&#234;me la possibilit&#233; d'entretenir sous le drapeau du bolchevisme-l&#233;ninisme la passivit&#233; et la confusion qui sont d&#233;j&#224; bien suffisantes comme cela dans le mouvement ouvrier espagnol, je veux dire, dans ses sommets. S'il y avait eu en Espagne, &#224; la place de Nin, un r&#233;volutionnaire ouvrier s&#233;rieux, comme Lesoil ou Vereecken [1], il aurait &#233;t&#233; possible pendant ces ann&#233;es de r&#233;volution d'y accomplir une &#339;uvre grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233; par l'ambigu&#239;t&#233; de sa position, Nin soutenait syst&#233;matiquement, dans chaque pays, tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, entreprenaient la lutte contre nous et finissaient g&#233;n&#233;ralement en purs et simples ren&#233;gats. Comment la rupture se produisit-elle ? Nin proclama qu'il &#233;tait absolument oppos&#233; &#224; l'entr&#233;e tactique de nos camarades dans le parti socialiste fran&#231;ais, puis, apr&#232;s de longues h&#233;sitations, il d&#233;clara que les Fran&#231;ais avaient raison et qu'il fallait agir de la m&#234;me fa&#231;on en Espagne. Mais, au lieu de cela, il s'allia &#224; l'organisation provinciale de Maurin, qui n'a aucune perspective mais lui permet de mener une existence tranquille. Notre Secr&#233;tariat international lui &#233;crivit une lettre de &#183;critiques. Nin r&#233;pondit en rompant les relations et publia quelque chose &#224; ce sujet dans un bulletin sp&#233;cial [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je ne craignais pas d'abuser de votre temps, je vous enverrais le paquet de ma correspondance avec Nin : j'ai gard&#233; des doubles de toutes mes lettres. Je suis s&#251;r que, comme l'ont fait d'autres camarades qui ont pris connaissance de cette correspondance, vous m'accuseriez d'avoir fait preuve d'une patience excessive, d'un &#171; esprit de conciliation &#187;, et non de sectarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) 5 juin 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Dans ma derni&#232;re lettre, il y a des oublis. Commen&#231;ons par Nin. Si vous pensez qu'il est susceptible de revenir &#224; nous, pourquoi n'essayeriez-vous pas de le faire revenir ? Je ne nourris personnellement aucun espoir de voir Nin redevenir un r&#233;volutionnaire, mais je peux me tromper. V&#233;rifiez par vous-m&#234;me si vous le jugez n&#233;cessaire. Je ne pourrai qu'approuver cette d&#233;marche [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, on ne saurait attendre de Nin des assurances verbales (dont il est tr&#232;s prodigue), mais des actes bien pr&#233;cis. En ce moment, Nin est l'alli&#233; des ennemis acharn&#233;s de la IV&#232;me Internationale qui cachent leur haine petite-bourgeoise du marxisme r&#233;volutionnaire derri&#232;re des phrases creuses au sujet de divergences &#171; organisationnelles &#187;, comme si des gens s&#233;rieux pouvaient rompre avec les r&#233;volutionnaires et s'allier aux opportunistes &#224; cause de divergences secondaires [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Nin veut revenir &#224; nous, il lui faut d&#233;ployer ouvertement en Espagne le drapeau de la IV&#232;me Internationale. Les pr&#233;textes qu'il invoque pour le refuser sont du m&#234;me ordre que ceux que Blum invoque &#224; propos de la lutte des classes, qui, selon lui, tout en &#233;tant une bonne chose de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, n'est pas adapt&#233;e &#224; notre &#233;poque. La politique de Blum consiste en une collaboration de classes, alors que, sur le plan &#171; th&#233;orique &#187;, il reconna&#238;t la lutte de classes. Nin reconna&#238;t en paroles la IV&#232;me Internationale, mais, en fait, il aide Maurin, Walcher, Maxton et ses autres alli&#233;s &#224; mener contre la IV&#232;me Internationale une lutte acharn&#233;e, tout &#224; fait du m&#234;me type que celle que les pacifistes &#224; la Longuet et &#224; la Ledebour [5] ont men&#233;e durant la derni&#232;re guerre contre les internationalistes r&#233;volutionnaires partisans de la III&#232;me Internationale (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 juillet 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons encore la question de Nin. Certains - dont Rosmer - consid&#232;rent ma vigoureuse critique de sa politique comme du sectarisme. S'il en est ainsi, le marxisme tout entier n'est que sectarisme, puisqu'il est la doctrine de la lutte des classes, et non de la collaboration de classes. Les &#233;v&#233;nements actuels en Espagne montrent en particulier &#224; quel point &#233;tait criminel le rapprochement de Nin avec Azana [6] : les travailleurs espagnols vont maintenant payer de milliers de vies la l&#226;chet&#233; r&#233;actionnaire du Front populaire qui a continu&#233; &#224; entretenir avec l'argent du peuple une arm&#233;e command&#233;e par les bourreaux du prol&#233;tariat [7]. Il n'est pas question ici, mon cher Victor Lvovitch, de l&#233;g&#232;res nuances, mais de l'essence m&#234;me du socialisme r&#233;volutionnaire. Si Nin aujourd'hui se ressaisit et comprend combien il s'est discr&#233;dit&#233; devant les travailleurs, nous l'accueillerons comme un camarade, mais nous ne pouvons pas admettre l' &#034; esprit de copinage &#034; en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retenu, des amendements que vous avez faits &#224; mes th&#232;ses sur la mont&#233;e r&#233;volutionnaire [8], l'id&#233;e que des groupes importants se d&#233;tacheront sur la gauche des partis socialiste et communiste (j'y faisais allusion, mais de fa&#231;on trop succincte). Je n'ai malheureusement pas pu retenir les autres, car je les crois erron&#233;s. Remarquable historien de la r&#233;volution russe, vous vous refusez, je ne sais pourquoi, &#224; en appliquer les le&#231;ons essentielles aux autres pays. Tout ce que vous dites du Front populaire est vrai de l'union des mencheviks et des S.R. avec les cadets (les radicaux russes). Or, nous avons men&#233; contre ce Front populaire-l&#224; une lutte implacable et c'est seulement gr&#226;ce &#224; cette lutte que nous avons vaincu [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vos propositions pratiques sur l'Espagne sont excellentes et r&#233;pondent tout &#224; fait &#224; notre ligne [10]. Mais essayez de trouver, en dehors de notre organisation &#171; sectaire &#187;, une dizaine d'hommes susceptibles d'accepter vos propositions, non en paroles, mais en actes ! Le fait que vous fassiez ces excellentes propositions pratiques prouve &#224; mes yeux que nous avons bien un terrain commun, et j'attendrai patiemment que vous ayez confront&#233; vos id&#233;es a priori &#224; l'exp&#233;rience politique vivante et que vous en ayez tir&#233; les conclusions n&#233;cessaires. Je ne doute pas un instant que ces conclusions seront les m&#234;mes que les n&#244;tres, formul&#233;es collectivement, dans diff&#233;rents pays, selon l'exp&#233;rience de grands &#233;v&#233;nements (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous serre la main fort et cordialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de P. Brou&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L&#233;on Lesoil &#233;tait n&#233; en Belgique en 1902. Engag&#233; volontaire, soldat en Russie en 1916, il &#233;tait devenu communiste pendant la r&#233;volution. Un des fondateurs du P.C. belge, membre de son comit&#233; central en 1921, dirigeant de la F&#233;d&#233;ration de Charleroi, il avait &#233;t&#233; exclu en 1927 et &#233;tait devenu l'un des dirigeants de l'opposition de gauche belge. Dirigeant - &#233;lu - de la gr&#232;ve des mineurs de Charleroi en 1932, cet homme au caract&#232;re ind&#233;pendant - il avait conserv&#233; des relations amicales avec Rosmer pendant ces ann&#233;es - s'&#233;tait en 1934 prononc&#233; pour l'entrisme dans le parti ouvrier belge o&#249; il &#233;tait devenu, avec Walter Dauge, issu, lui, des rangs socialistes, l'un des principaux animateurs de la tendance &#171; Action socialiste r&#233;volutionnaire &#187;, qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque sur le point d'&#234;tre exclue. Georges Vereecken, n&#233; en 1896, chauffeur de taxi, &#233;tait &#233;galement un v&#233;t&#233;ran du communisme belge, membre du P.C. depuis 1922, de son comit&#233; central en 1925. Il avait &#233;t&#233; exclu en 1927 et &#233;tait depuis lors l'un des dirigeants de l'opposition de gauche, membre du Secr&#233;tariat international. Trotsky l'appr&#233;ciait beaucoup personnellement depuis que sa travers&#233;e de la France, au cours du voyage vers Copenhague, leur avait permis de faire connaissance. Mais il s'&#233;tait d&#233;clar&#233; adversaire r&#233;solu de l' &#171; entrisme &#187; d&#232;s l'&#233;t&#233; 1934, et, .refusant en 1935 l'entr&#233;e de ses camarades, avait fond&#233; le groupe &#171; Spartacus . Les deux ailes &#233;taient en train de se rapprocher et allaient fusionner 1936 dans le nouveau &#171; parti socialiste r&#233;volutionnaire &#171; . Trotsky, tout en jugeant Vereecken &#171; sectaire &#187; , et parce qu'il avait pour lui estime et amiti&#233;, comptait bien le convaincre et le regagner &#224; ses vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ces documents, notamment la r&#233;solution du C.E. de la I.C.E. d'avril 1935 pr&#233;conisant l'entrisme dans le P.S. et les J.S. &#224; l'exception de la Catalogne, la lettre du S.I., sign&#233;e de Martin, et la r&#233;ponse de Nin, ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans les bulletins int&#233;rieurs de l' I.C.E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Au cours d'un d&#233;bat dans le C. C. du P.S.R. en novembre 1936, Vereecken devait affirmer : &#171; L. D. a mis le couteau dans le plaie et a &#233;crit que le P.O.U.M. avait trahi la classe ouvri&#232;re. Evidemment, on n'a rien &#224; redire &#224; cela. Serge &#233;tait en rapport avec L. D., Nin et les anarchos. Il correspondait avec le &#034;Vieux&#034;. Dans une lettre du &#034;Vieux&#034; &#224; Victor Serge, le &#034;Vieux&#034; dit en somme qu'il s'&#233;tait exprim&#233; trop violemment '&#034; (Bulletin int&#233;rieur, du P.S.R. n&#176; 1). Nous avons vainement cherch&#233; dans les lettres de Trotsky &#224; Serge le passage qui permettrait une telle interpr&#233;tation. C'est celui-ci qui s'y pr&#234;tait le mieux : Serge peut penser que, du moment que Trotsky approuve son id&#233;e de tenter aupr&#232;s de Nin une nouvelle d&#233;marche, c'est qu'il admet &#171; en somme &#187; avoir &#233;t&#233; trop violent.. Mais Georges Vereecken interrog&#233; par nous, maintient qu'une autre lettre existe, bien qu'elle ne figure pas dans le dossier des archives. A l'appui de son affirmation, le fait que. lors de ce d&#233;bat, Erwin Wolf, porte-parole du S. I, laisse passer sans la discuter son affirmation. D'autre part, lors de la session du Bureau &#233;largi du mouvement pour la IV&#232;me Internationale, &#224; Amsterdam, en janvier 1937, Sneevliet, retour de Barcelone, d&#233;clare que Nin voulait conna&#238;tre &#171; la lettre de L. D. &#224; Victor Serge corrigeant ses fautes &#187;. L&#224; non plus, il n'est pas d&#233;menti, alors que les membres du S.I. sont pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Allusion au fait que le P.O.U.M. &#233;tait membre du Bureau de Londres, mais aussi au fait que Nin trouvait juste que les partisans de la IV&#176;, en tant que tels, fassent partie de ce bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Jean Longuet au sein du parti socialiste en France, Georg Ledebour, dans le parti social-d&#233;mocrate puis le parti ind&#233;pendant U. S. P. D., avaient fait partie de l'aile &#171; centriste &#187;, dite aussi &#171; pacifiste &#187;, &#171; longuettiste &#187; ou encore &#171; reconstructeurs &#187;. L'un et l'autre, adversaires de la droite pendant la guerre, avaient combattu la scission et refus&#233; de rejoindre l'Internationale communiste, s'opposant &#224; l'adh&#233;sion de leurs partis respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Allusion &#224; la signature par le P.O.U.M. du programme &#233;lectoral des gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le g&#233;n&#233;ral Franco, qui avait en 1934 conduit la r&#233;pression contre l'insurrection ouvri&#232;res des Asturiens avait &#233;t&#233; simplement d&#233;plac&#233; par le gouvernement du Front populaire, pourtant inform&#233; de son r&#244;le dans le complot, et exer&#231;ait un commandement aux Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ces th&#232;ses, adopt&#233;es en juillet lors de la conf&#233;rence dite de Gen&#232;ve, devaient para&#238;tre dans le n&#176; I de Quatri&#232;me Internationale sous le titre &#171; La mont&#233;e r&#233;volutionnaire &#187;. il faut donc admettre qu'au moment o&#249; elles &#233;taient discut&#233;es dans le mouvement international Trotsky en avait adress&#233; un exemplaire &#224; Victor Serge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Nous ne poss&#233;dons pas la ou les lettres de Serge, qui ne conservait pas de double. On peut supposer, par le contexte, qu'il avait sur le Front populaire une position plus nuanc&#233;e que Trotsky et qu'il y voyait des &#171; aspects positifs &#187;, comme ceux des B.&#183;L. qui r&#233;clamaient un &#171; Front populaire de combat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Nous ne savons pas avec certitude de quelles propositions pratiques il s'agit. Cependant, le 8 ao&#251;t 1936, Victor Serge avait adress&#233; &#224; L&#233;on S&#233;dov, pour le S. I. une lettre dans laquelle il proposait des initiatives pour une &#171; r&#233;conciliation &#171; et une &#171; alliance &#187; avec les anarchistes, par une d&#233;claration tr&#232;s nette sur la signification de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans le cadre de la dictature du prol&#233;tariat. Victor Serge y fait allusion dans ses Carnets : &#171; J'eus avec Trotsky une correspondance au sujet des anarchistes espagnols que L&#233;on S&#233;dov disait &#171; destin&#233;s &#224; poignarder la r&#233;volution &#187;. Je pensais qu'ils joueraient un r&#244;le capital dans la guerre civile et je conseillai &#224; Trotsky et &#224; la IV&#232;me Internationale de publier une d&#233;claration de sympathie envers eux dans laquelle les marxistes r&#233;volutionnaires se seraient engag&#233;s &#224; combattre pour la libert&#233;. L. D. me donna raison, me promit que cela se ferait, mais rien ne fut fait en ce sens. En &#233;crivant ces lignes, Victor Serge ignorait la lettre &#233;crite par Trotsky le 16 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le&#231;ons d'Espagne : dernier avertissement.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;17 d&#233;cembre 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mench&#233;visme et bolch&#233;visme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations militaires d'Abyssinie et d'Extr&#234;me-Orient sont soigneusement &#233;tudi&#233;es par tous les &#233;tats-&#173;majors militaires qui pr&#233;parent la future grande guerre. Les combats du prol&#233;tariat espagnol, ces &#233;clairs avant-coureurs de la future r&#233;volution internationale, doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;s avec non moins d'attention par les &#233;tats-majors r&#233;volutionnaires ; c'est &#224; cette seule condition que les &#233;v&#232;nements qui approchent ne nous prendront pas au d&#233;pourvu [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois conceptions se sont affront&#233;es, avec des forces in&#233;gales, dans le camp dit r&#233;publicain : le mench&#233;visme, le bolch&#233;visme, l'anarchisme. En ce qui concerne des partis r&#233;publicains bourgeois, ils n'ont ni id&#233;es ni importance politique ind&#233;pendantes, et n'ont fait que se maintenir sur le dos des r&#233;formistes et des anarchistes [2]. En outre, ce ne serait nullement une exag&#233;ration de dire que les chefs de l'anarcho-syndicalisme espagnol ont tout fait pour d&#233;savouer leur doctrine et r&#233;duire pratiquement leur importance &#224; z&#233;ro [3]. En fait dans le camp r&#233;publicain, deux doctrines se sont affront&#233;es : le bolch&#233;visme et le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la conception des socialistes et des staliniens, c'est-&#224;-dire les mench&#233;viks de la premi&#232;re et de la seconde lev&#233;e, la r&#233;volution espagnole ne devait r&#233;soudre que des t&#226;ches d&#233;mocratiques ; c'est pourquoi il &#233;tait n&#233;cessaire de constituer un front unique avec la bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187;. Toute tentative du prol&#233;tariat de sortir des cadres de la d&#233;mocratie bourgeoise &#233;tait, de ce point de vue, non seulement pr&#233;matur&#233;e, mais encore funeste. D'ailleurs, ce qui &#233;tait &#224; l'ordre du jour n'&#233;tait pas la r&#233;volution, mais la lutte contre Franco [4]. Le fascisme, c'est la r&#233;action, non f&#233;odale, mais bourgeoise : que, contre cette r&#233;action bourgeoise, on ne puisse lutter avec succ&#232;s que par les forces et les m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, c'est l&#224; une motion que le mench&#233;visme, lui-m&#234;me rameau de la pens&#233;e bourgeoise, ne veut ni ne peut faire sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue bolch&#233;vique, exprim&#233; seulement aujourd'hui par la jeune section de la IV&#176; Internationale, proc&#232;de de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, &#224; savoir que m&#234;me des t&#226;ches purement d&#233;mocratiques, telles que la liquidation de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re semi-f&#233;odale, ne peuvent &#234;tre r&#233;solues sans la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat ; cela, &#224; son tour, met &#224; l'ordre du jour la r&#233;volution socialiste. D'ailleurs, les ouvriers espagnols eux-m&#234;mes, d&#232;s les premiers pas de la r&#233;volution, s'assign&#232;rent dans la pratique non seulement des t&#226;ches d&#233;mocratiques, mais encore purement socialistes [5]. Exiger de ne pas sortir des limites de la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est, en fait, non pas jouer &#224; la r&#233;volution d&#233;mocratique, mais y renoncer [6]. C'est seulement par le renversement des rapports sociaux &#224; la campagne qu'on peut faire du paysan, masse principale de la population, un rempart puissant contre le fascisme. Mais les propri&#233;taires fonciers sont attach&#233;s par des liens indissolubles &#224; la bourgeoisie bancaire, industrielle, et commerciale et &#224; l'intelligentsia bourgeoise qui d&#233;pend d'elle. Le parti du prol&#233;tariat se trouvait ainsi devant la n&#233;cessit&#233; de choisir - ou bien avec les masses paysannes ou bien avec la bourgeoisie lib&#233;rale. Inclure dans une m&#234;me coalition &#224; la fois les paysans et la bourgeoisie lib&#233;rale, cela ne pouvait avoir qu'un seul but : aider la bourgeoisie &#224; tromper les paysans et &#224; isoler les ouvriers. La r&#233;volution agraire ne pouvait se r&#233;aliser que contre la bourgeoisie, par cons&#233;quent seulement par les mesures de la dictature du prol&#233;tariat. Il n'existe aucun r&#233;gime moyen interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la th&#233;orie, ce qui frappe avant tout dans la politique espagnole de Staline, c'est un oubli complet de l'ABC du l&#233;ninisme. Avec un retard de quelques dizaines d'ann&#233;es - et quelles ann&#233;es ! - l'Internationale communiste a compl&#232;tement r&#233;tabli dans ses droits la doctrine du mench&#233;visme. Plus encore, elle s'est efforc&#233;e de donner &#224; cette doctrine une expression plus &#171; cons&#233;quente &#187; et par l&#224; m&#234;me plus absurde. Dans la Russie tsariste, au d&#233;but de 1905, la formule de la &#171; r&#233;volution purement d&#233;mocratique &#187; avait pour elle, en tout cas, infiniment plus d'arguments qu'en 1937 en Espagne. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, dans l'Espagne contemporaine, la politique &#171; ouvri&#232;re lib&#233;rale &#187; du mench&#233;visme soit devenue la politique anti-ouvri&#232;re, r&#233;actionnaire, du stalinisme. Du coup, la doctrine du mench&#233;visme, cette caricature du marxisme, a &#233;t&#233; &#224; son tour caricatur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait pourtant na&#239;f de penser qu'&#224; la base de la politique du Comintern en Espagne se trouvaient quelques &#171; erreurs &#187; th&#233;oriques. Le stalinisme ne se guide pas sur la th&#233;orie marxiste, ni sur quelque th&#233;orie que ce soit, mais, empiriquement, sur les int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie sovi&#233;tique. Entre eux, les cyniques de Moscou se moquent bien de la &#171; philosophie &#187; du Front populaire &#224; la Dimitrov. Mais ils ont &#224; leur disposition, pour tromper les masses, des cadres nombreux de propagandistes de cette formule sacr&#233;e, sinc&#232;res ou filous, na&#239;fs ou charlatans. Louis Fischer [7], avec son ignorance et sa suffisance, son &#233;tat d'esprit de raisonneur provincial organiquement sourd &#224; la r&#233;volution, est Ie repr&#233;sentant le plus r&#233;pugnant de cette confr&#233;rie peu attrayante. L'&#171; union des forces progressistes &#187;, le &#171; triomphe des id&#233;es du Front populaire &#187;, l'&#171; atteinte port&#233;e par les trotskistes &#224; l'unit&#233; des rangs antifascistes &#187;... Qui croirait qu'il v a quatre-vingt-dix ans que le Manifeste communiste a &#233;t&#233; &#233;crit ? [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;oriciens du Front populaire ne vont au fond pas plus loin que la premi&#232;re r&#232;gle d'arithm&#233;tique, celle de l'addition : la somme des communistes, des socialistes, des anarchistes et des lib&#233;raux est sup&#233;rieure &#224; chacun de ses termes. Pourtant, l'arithm&#233;tique ne suffit pas dans l'affaire. Il faut au moins la m&#233;canique : la loi du parall&#233;logramme des forces se v&#233;rifie, m&#234;me en politique. La r&#233;sultante, est, comme on sait, d'autant plus courte que les forces divergent davantage entre elles. Quand des alli&#233;s politiques tirent dans des directions oppos&#233;es, la r&#233;sultante &#233;gale &#224; z&#233;ro. Le bloc des diff&#233;rents groupements politiques de la classe ouvri&#232;re est absolument n&#233;cessaire pour r&#233;soudre les t&#226;ches communes. Dans certaines circonstances historiques o&#249; un tel bloc est capable d'attirer &#224; lui les masses petites-bour&#173;geoises opprim&#233;es dont les int&#233;r&#234;ts sont proches de ceux du prol&#233;tariat, la force commune d'un tel bloc peut se trouver beau&#173;coup plus grande que la r&#233;sultante des forces constituantes. Au contraire, l'alliance du prol&#233;tariat avec la bourgeoisie, dont les int&#233;r&#234;ts, &#224; l'heure actuelle, dans les questions fondamentales, font un angle de 180 degr&#233;s, ne peut, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, que paralyser la force r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre civile, o&#249; la force de la seule violence a peu d'action exige de ses participants un d&#233;vouement supr&#234;me. Les ouvriers et les paysans ne sont capables d'assurer la victoire que quand ils m&#232;nent la lutte pour leur propre &#233;mancipation. Les soumettre dans ces conditions &#224; la direction de la bourgeoisie, c'est assurer d'avance leur d&#233;faite dans la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces v&#233;rit&#233;s ne sont d'aucune mani&#232;re le fruit d'une analyse purement th&#233;orique. Au contraire, elles repr&#233;sentent la conclusion irr&#233;futable de toute l'exp&#233;rience historique, au moins &#224; partir de 1848 [9]. L'histoire moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises est pleine de Fronts populaires de toutes sortes, c'est&#173;-&#224;-dire de combinaisons politiques les plus diverses pour tromper les travailleurs. L'exp&#233;rience espagnole n'est qu'un nouvel anneau tragique de cette cha&#238;ne de crimes et de trahisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'alliance avec l'ombre de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait le plus &#233;tonnant politiquement est que, dans le Front populaire espagnol, il n'y avait pas au fond de parall&#233;logramme des forces : la place de la bourgeoisie &#233;tait prise par son ombre [10]. Par l'interm&#233;diaire des staliniens, des socialistes et des anarchistes, la bourgeoisie espagnole s'est subordonn&#233; le prol&#233;tariat sans m&#234;me se donner la peine de participer au Front Populaire : la majorit&#233; &#233;crasante des exploiteurs de toutes nuances politiques &#233;tait pass&#233;e dans le camp de Franco [11]. Sans aucune th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, la bourgeoisie espagnole a compris, d&#232;s le d&#233;but du mouvement r&#233;volutionnaire des masses, que, quel que soit son point de d&#233;part, ce mouvement &#233;tait dirig&#233; contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et des moyens de production, et qu'il &#233;tait absolument impossible d'en venir &#224; bout par les moyens de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il n'est rest&#233; dans le camp r&#233;publicain que des d&#233;bris insignifiants de la classe poss&#233;dante, MM. Azana [12], Companys [13] et leurs semblables, avocats politiques de la bourgeoisie, mais nullement la bourgeoisie elle-m&#234;me. Ayant tout mis&#233; sur la dictature militaire, les classes poss&#233;dantes surent en m&#234;me temps utiliser leurs repr&#233;sentants politiques de la veille pour paralyser, d&#233;sagr&#233;ger, puis &#233;touffer le mouvement socialiste des masses sur le territoire &#171; r&#233;publicain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne repr&#233;sentant plus &#224; aucun titre la bourgeoisie espagnole, les r&#233;publicains de gauche repr&#233;sentaient bien moins encore les ouvriers et les paysans : ils ne repr&#233;sentaient rien en dehors d'eux-m&#234;mes. Pourtant, gr&#226;ce &#224; leurs alli&#233;s socialistes, staliniens et anarchistes, ces fant&#244;mes politiques ont jou&#233; dans la r&#233;volution un r&#244;le d&#233;cisif. Comment ? Tr&#232;s simplement en tant qu'incarnation du principe de la r&#233;volution d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire de l'inviolabilit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les staliniens dans le Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de l'apparition du Front populaire espagnol et sa m&#233;canique interne sont parfaitement claires. La t&#226;che des chefs en retraite de l'aile gauche de la bourgeoisie consistait &#224; stopper la r&#233;volution des masses et &#224; regagner la confiance perdue des exploiteurs : pourquoi Franco si nous, les r&#233;publicains, pouvons faire la m&#234;me chose ? Sur ce plan essentiel, les int&#233;r&#234;ts d'Aza&#242;a et de Companys co&#239;ncidaient pleinement avec ceux de Staline, pour lequel il &#233;tait n&#233;cessaire de gagner la confiance des bourgeoisies anglaise et fran&#231;aise en montrant qu'il &#233;tait capable de prot&#233;ger l'ordre contre l'anarchie. Azana et Companys servaient n&#233;cessairement de couverture &#224; Staline face aux ouvriers : lui-m&#234;me, Staline, est &#233;videmment pour le socialisme, mais il ne peut pas repousser la bourgeoisie r&#233;publicaine. Staline est n&#233;cessaire &#224; Aza&#242;a et Companys en tant que bourreau exp&#233;riment&#233; jouissant d'une autorit&#233; de r&#233;volutionnaire [14]. Sans lui, r&#233;duits &#224; &#234;tre un ramassis de z&#233;ros, ils n'auraient pu ni os&#233; attaquer les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes traditionnels de la II&#176; Internationale, depuis longtemps affol&#233;s par le cours de la lutte de classe, re&#231;urent un regain d'assurance du fait du soutien de Moscou. Ce soutien fut d'ailleurs accord&#233; non &#224; tous les r&#233;formistes, mais seulement aux plus r&#233;actionnaires : Caballero repr&#233;sentait la face du parti socialiste tourn&#233;e vers l'aristocratie ouvri&#232;re, tandis que Negrin [15] et Prieto [16] tournaient toujours leur regard vers la bourgeoisie [17]. Negrin a vaincu Caballero gr&#226;ce &#224; l'aide de Moscou [18]. Les socialistes de gauche et les anarchistes, prisonniers du Front populaire, se sont efforc&#233;s, il est vrai, de sauver de la d&#233;mocratie ce qui pouvait en &#234;tre sauv&#233;. Mais comme ils n'ont pas su mobiliser les masses contre les gendarmes du Front populaire, leurs efforts se sont enfin de compte r&#233;duits &#224; de pitoyables lamentations [19]. Les staliniens se sont ainsi trouv&#233;s alli&#233;s &#224; l'aile la plus droiti&#232;re, la plus ouvertement bourgeoise du parti socialiste. Ils ont dirig&#233; leurs coups &#224; gauche, contre le P.O.U.M., les anarchistes et les socialistes de gauche, c'est-&#224;-dire contre les groupements centristes qui, quoique imparfaitement, refl&#233;taient la pression des masses r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait politique, significatif en lui-m&#234;me, donne aussi la mesure de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du Comintern au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Nous avions autrefois d&#233;fini le stalinisme comme un centrisme bureaucratique ; les &#233;v&#233;nements ont donn&#233; un certain nombre de preuves de la justesse de cette affirmation, mais elle est actuellement d&#233;pass&#233;e. Les int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie bonapartiste ne correspondent plus au caract&#232;re hybride du centrisme. Dans sa recherche d'accommodements avec la bourgeoisie, la clique stalinienne est capable de s'allier seulement aux &#233;l&#233;ments les plus conservateurs de l'aristocratie ouvri&#232;re dans le monde : par l&#224;, le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme dans l'ar&#232;ne mondiale est d&#233;finitivement &#233;tabli [20].&lt;br class='autobr' /&gt;
Les avantages contre-r&#233;volutionnaires du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons l&#224; au c&#339;ur de la solution de l'&#233;nigme : comment et pourquoi le parti communiste espagnol, insignifiant tant par son nombre que par ses dirigeants, a-t-il &#233;t&#233; capable de concentrer entre ses mains tous les leviers du pouvoir, en d&#233;pit de la pr&#233;sence d'organisations socialistes et anarchistes incomparablement plus puissantes ? L'explication courante suivant laquelle les staliniens ont tout simplement troqu&#233; le pouvoir en &#233;change des armes sovi&#233;tiques reste superficielle. Pour prix de ses armes, Moscou a re&#231;u de l'or espagnol. Cela suffisait, selon les lois du march&#233; capitaliste. Comment Staline a-t-il r&#233;ussi &#224; obtenir &#233;galement le pouvoir dans ce march&#233; ? A cela, on r&#233;pond d'ordinaire : en accroissant son autorit&#233; aux yeux des masses par des fournitures militaires, le gouvernement sovi&#233;tique a pu exiger, comme condition de son aide, des mesures d&#233;cisives contre les r&#233;volutionnaires et &#233;carter ainsi de sa route de dangereux adversaires. C'est indiscutable, mais c'est seulement un aspect de la question, et le moins important. En d&#233;pit de l'&#171; autorit&#233; &#187; acquise gr&#226;ce aux fournitures sovi&#233;tiques, le parti communiste espagnol est demeur&#233; une petite minorit&#233;, et il a rencontr&#233;, de la part des ouvriers, une haine toujours plus grande [21]. Il ne suffisait pas d'autre part que Moscou pos&#226;t des conditions encore fallait-il que Valence les accept&#226;t. C'est l&#224; le fond du probl&#232;me. Car non seulement Companys et Negrin, mais aussi Caballero, quand il &#233;tait pr&#233;sident du Conseil, tous sont all&#233;s, de plus ou moins bon gr&#233;, au-devant des exigences de Moscou. Pourquoi ? Parce que ces messieurs eux-m&#234;mes voulaient maintenir la r&#233;volution dans le cadre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les socialistes, ni m&#234;me les anarchistes ne se sont s&#233;rieusement oppos&#233;s au programme stalinien. Ils avaient eux-m&#234;mes peur de la rupture avec la bourgeoisie. Ils &#233;taient mortellement effray&#233;s devant chaque offensive r&#233;volutionnaire des ouvriers. Gr&#226;ce &#224; ses armes et &#224; son ultimatum contre-r&#233;volutionnaire, Staline a &#233;t&#233; pour tous ces groupes le sauveur. Il leur assurait en effet ce qu'ils esp&#233;raient, la victoire militaire sur Franco, et, en m&#234;me temps, les affranchissait de toute responsabilit&#233; pour le cours de la r&#233;volution. Ils se sont donc empress&#233;s de mettre au rencart leurs masques socialistes et anarchistes, avec l'espoir de les utiliser de nouveau quand Moscou aurait r&#233;tabli pour eux la d&#233;mocratie bourgeoise. Pour comble de commodit&#233;, ces messieurs pouvaient justifier leur trahison envers le prol&#233;tariat par la n&#233;cessit&#233; de l'entente militaire avec Staline ; de son c&#244;t&#233;, ce dernier justifiait sa politique contre-r&#233;volutionnaire par la n&#233;cessit&#233; de l'entente avec la bourgeoisie r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement de ce point de vue plus large que devient claire pour nous l'ang&#233;lique patience dont ont fait preuve, vis-&#224;-vis des repr&#233;sentants du G.P.U., ces champions du droit et de la libert&#233; que sont Azana, Companys, Negrin, Caballero, Garcia Oliver [22] et autres. S'ils n'ont pas eu le choix, comme ils l'ont affirm&#233;, ce n'est nullement parce qu'ils n'avaient pas les moyens de payer avions et tanks autrement que par des &#171; t&#234;tes &#187; r&#233;volutionnaires et les droits des ouvriers, c'est parce qu'il leur &#233;tait impossible de r&#233;aliser leur propre programme &#171; purement d&#233;mocratique &#187;, c'est-&#224;-dire antisocialiste, autrement que par la terreur. Quand les ouvriers et les paysans s'engagent dans la voie de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire s'emparent des usines, des grandes propri&#233;t&#233;s, et chassent les anciens propri&#233;taires, prennent localement le pouvoir, alors, la contre-r&#233;volution, bourgeoise-d&#233;mocratique, stalinienne ou fasciste - tout se tient - n'a plus d'autre moyen d'arr&#234;ter le mouvement que par la violence sanglante, le mensonge et la tromperie. L'avantage de la clique stalinienne dans cette voie consistait en ce qu'elle a imm&#233;diatement entrepris d'appliquer des m&#233;thodes qui d&#233;passaient Azana, Companys, Negrin et leurs autres alli&#233;s de &#171; gauche &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline confirme &#224; sa mani&#232;re la th&#233;orie de la r&#233;volution perma&#173;nente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sur le territoire de l'Espagne, se sont affront&#233;s deux programmes. D'une part, celui de la sauvegarde &#224; tout prix de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e contre le prol&#233;tariat, et, si possible, de la sauvegarde de la d&#233;mocratie contre Franco. De l'autre, le programme d'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e gr&#226;ce &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat. Le premier exprimait le programme du Capital par l'interm&#233;diaire de l'aristocratie ouvri&#232;re, des sommets de la petite bourgeoisie et surtout de la bureaucratie sovi&#233;tique. Le second traduisait, en langage marxiste, les tendances, pas pleinement conscientes, mais puissantes, du mouvement r&#233;volutionnaire des masses. Pour le malheur de la r&#233;volution, il y avait, entre la poign&#233;e de bolcheviks et le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, la cloison contre-r&#233;volutionnaire du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Front populaire, &#224; son tour, ne fut nullement d&#233;termin&#233;e par le chantage de Staline en tant que fournisseur d'armes. Assur&#233;ment, le chantage est compris dans les conditions internes de la r&#233;volution elle-&#173;m&#234;me. Le fond social de celle-ci avait &#233;t&#233;, au cours des six derni&#232;res ann&#233;es, l'offensive croissante des masses contre la propri&#233;t&#233; semi-f&#233;odale et bourgeoise. C'est pr&#233;cis&#233;ment la n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre cette propri&#233;t&#233; qui a jet&#233; la bourgeoisie dans les bras de Franco. Le gouvernement r&#233;publicain avait promis &#224; la bourgeoisie de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; par des mesures &#171; d&#233;mocratiques &#187;, mais il enregistra, surtout en juillet 1936, une faillite compl&#232;te. Quand la situation sur le front de la propri&#233;t&#233; devint encore plus mena&#231;ante que sur le front militaire, les d&#233;mocrates de tout poil, y compris les anarchistes, s'inclin&#232;rent devant Staline, et ce dernier n'a trouv&#233; dans son arsenal d'autres m&#233;thodes que celles de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans les pers&#233;cutions contre les trotskistes, les poumistes, les anarchistes r&#233;volutionnaires et les socialistes de gauche, les calomnies fangeuses, les documents forg&#233;s, les tortures dans les prisons staliniennes, les assassinats dans le dos, sans tout cela, le drapeau bourgeois, sous le drapeau r&#233;publicain, ne se serait pas maintenu deux mois. Le G.P.U. ne s'est trouv&#233; ma&#238;tre de la situation que parce qu'il a d&#233;fendu de fa&#231;on plus cons&#233;quente que d'autres, c'est-&#224;-dire avec plus de fourberie et de cruaut&#233;, les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa lutte contre la r&#233;volution socialiste, le d&#233;mocrate K&#233;rensky avait d'abord cherch&#233; un appui dans la dictature militaire de Kornilov, puis il avait tent&#233; de rentrer &#224; Petrograd dans les fourgons du g&#233;n&#233;ral monarchiste Krasnov ; d'autre part, les bolcheviks, pour mener la r&#233;volution d&#233;mocratique jusqu'au bout, ont &#233;t&#233; contraints de renverser le gouvernement des charlatans et des bavards d&#233;mocratiques. Ce faisant, ils ont mis fin en passant &#224; toutes les tentatives de dictature militaire ou fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole montre une nouvelle fois qu'il est impossible de d&#233;fendre la d&#233;mocratie contre les masses r&#233;volutionnaires autrement que par des m&#233;thodes de la r&#233;action fasciste. Et, inversement, il est impossible de mener une v&#233;ritable lutte contre le fascisme autrement que par les m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Staline a lutt&#233; contre le trotskisme (la r&#233;volution prol&#233;tarienne) en d&#233;truisant la d&#233;mocratie par les mesures bonapartistes et le G.P.U. Cela r&#233;fute une nouvelle fois, et d&#233;finitivement, la vieille th&#233;orie mench&#233;vique que s'est appropri&#233;e le Comintern, th&#233;orie qui fait de la r&#233;volution socialiste deux chapitres historiques ind&#233;pendants, s&#233;par&#233;s l'un de l'autre dans le temps. L'&#339;uvre des bourreaux de Moscou confirme &#224; sa mani&#232;re la justesse de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le des anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes n'ont eu, dans la r&#233;volution espagnole, aucune position ind&#233;pendante. Ils n'ont fait qu'osciller entre mench&#233;visme et bolch&#233;visme. Plus exactement, les ouvriers anarchistes tendaient instinctivement &#224; trouver une issue dans la voie bolch&#233;vique (19 juillet 1936, journ&#233;es de mai 1937), alors que les chefs, au contraire, repoussaient de toute leur force les masses dans le camp du Front populaire c'est-&#224;-dire du r&#233;gime bourgeois [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes ont fait preuve d'une incompr&#233;hension fatale des lois de la r&#233;volution et de ses t&#226;ches lorsqu'ils ont tent&#233; de se limiter aux syndicats, c'est-&#224;-dire &#224; des organisations de temps de paix, impr&#233;gn&#233;es de routine et ignorant ce qui se passait en dehors d'eux, dans la masse, dans les partis politiques et dans l'appareil d'Etat. Si les anarchistes avaient &#233;t&#233; des r&#233;volutionnaires, ils auraient avant tout appel&#233; &#224; la cr&#233;ation de soviets r&#233;unissant tous les repr&#233;sentants de la ville et du village, y compris ceux des millions d'hommes les plus exploit&#233;s qui n'&#233;taient jamais entr&#233;s dans les syndicats. Dans les soviets, les ouvriers r&#233;volutionnaires auraient naturellement occup&#233; une position dominante. Les staliniens se seraient trouv&#233;s en minorit&#233; insignifiante. Le prol&#233;tariat se serait convaincu de sa force invincible. L'appareil de l'Etat bourgeois n'aurait plus &#233;t&#233; en prise sur rien. Il n'aurait pas fallu un coup bien fort pour que cet appareil tomb&#226;t en poussi&#232;re. La r&#233;volution socialiste aurait re&#231;u une impulsion puissante. Le prol&#233;tariat fran&#231;ais n'aurait pas permis longtemps &#224; L&#233;on Blum de bloquer la r&#233;volution prol&#233;tarienne au-del&#224; des Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie de Moscou n'aurait pu se permettre un tel Iuxe. Les questions les plus difficiles se seraient r&#233;solues d'elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, les anarcho-syndicalistes qui tentaient de se r&#233;fugier dans la politique des syndicats se sont retrouv&#233;s, au grand &#233;tonnement de tout le monde et d'eux-m&#234;mes, la cinqui&#232;me roue du carrosse de la d&#233;mocratie bourgeoise [24]. Pas pour longtemps, car la cinqui&#232;me roue ne sert &#224; personne. Apr&#232;s que Garcia Oliver et Cie eurent bien aid&#233; Staline et ses acolytes &#224; enlever le pouvoir aux ouvriers, les anarchistes furent eux-m&#234;mes chass&#233;s du gouvernement de Front populaire. Ils dissimul&#232;rent la frayeur du petit bourgeois devant le grand bourgeois, du petit bureaucrate devant le grand bureaucrate, sous des discours pleurnichards sur la saintet&#233; du front unique (des victimes avec les bourreaux) et sur l'impossibilit&#233; d'admettre toute dictature, y compris la leur propre. &#171; Nous aurions pu prendre le pouvoir en juillet 1936... Nous aurions pu prendre le pouvoir en mai 1937... &#187; C'est ainsi que les anarchistes imploraient Negrin et Staline de reconna&#238;tre et de r&#233;compenser leur trahison de la r&#233;volution. Tableau repoussant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette seule autojustification : &#171; Nous n'avons pas pris le pouvoir, non parce que nous n'avons pas pu, mais parce que nous n'avons pas voulu, parce que nous sommes contre toute dictature &#187; [25], etc., renferme une condamnation de l'anarchisme en tant que doctrine compl&#232;tement contre-r&#233;volutionnaire. Renoncer &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, c'est le laisser volontairement &#224; ceux qui l'ont, aux exploiteurs. Le fond de toute r&#233;volution a consist&#233; et consiste &#224; porter une nouvelle classe au pouvoir et &#224; lui donner ainsi toutes possibilit&#233;s de r&#233;aliser son programme. Impossible de faire la guerre sans d&#233;sirer la victoire. Personne n'aurait pu emp&#234;cher les anarchistes d'&#233;tablir, apr&#232;s la prise du pouvoir, le r&#233;gime qui leur aurait sembl&#233; bon, en admettant &#233;videmment qu'il f&#251;t r&#233;alisable. Mais les chefs anarchistes eux-m&#234;mes avaient perdu foi en lui. Ils se sont &#233;loign&#233;s du pouvoir, non pas parce qu'ils sont contre toute dictature - en fait, bon gr&#233;, mal gr&#233;... - mais parce qu'ils avaient compl&#232;tement abandonn&#233; leurs principes et perdu leur courage, s'ils eurent jamais l'un et l'autre. Ils avaient peur. Ils avaient peur de tout, de l'isolement, de l'intervention, du fascisme, ils avaient peur de Staline, ils avaient peur de Negrin. Mais, ce dont ces phraseurs avaient peur avant tout, c'&#233;tait des masses r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de conqu&#233;rir le pouvoir rejette in&#233;vitablement toute organisation ouvri&#232;re dans le marais du r&#233;formisme et en fait le jouet de la bourgeoisie ; il ne peut en &#234;tre autrement, vu la structure de classe de la soci&#233;t&#233; [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dressant contre le but, la prise du pouvoir, les anarchistes ne pouvaient pas, en fin de compte, ne pas se dresser contre les moyens, la r&#233;volution. Les chefs de la C.N.T. et de la F.A.I. ont aid&#233; la bourgeoisie, non seulement &#224; se maintenir &#224; l'ombre du pouvoir en juillet 1936, Mais encore &#224; r&#233;tablir morceau par morceau ce qu'elle avait perdu d'un seul coup. En mai 1937, ils ont sabot&#233; l'insurrection des ouvriers et ont sauv&#233; par l&#224; la dictature de la bourgeoisie. Ainsi l'anarchiste, qui ne voulait &#234;tre qu'antipolitique, s'est trouv&#233; en fait antir&#233;volutionnaire et, dans les moments les plus critiques, contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;oriciens anarchistes qui, apr&#232;s le grand examen des ann&#233;es 1931 &#224; 1937, r&#233;p&#232;tent les vieilles sornettes r&#233;actionnaires sur Cronstadt et affirment : le stalinisme est le produit in&#233;vitable du marxisme et du bolch&#233;visme, ne font que d&#233;montrer par l&#224; qu'ils sont &#224; jamais morts pour la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous dites que le marxisme est violence en soi et que le stalinisme est sa descendance l&#233;gitime. Alors pourquoi donc nous, marxistes r&#233;volutionnaires, nous trouvons-nous en lutte mortelle contre le stalinisme dans le monde entier ? Pourquoi donc la clique stalinienne voit-elle dans le trotskisme son ennemi principal ? Pourquoi toute proximit&#233; avec nos conceptions ou notre d'action (Durruti [27], Andr&#233;s Nin, Landau et autres [28]) force-t-elle les gangsters du stalinisme &#224; recourir &#224; une r&#233;pression sanglante ? Pourquoi, d'autre part, les chefs de l'anarchisme espagnol, au moment des crimes du G.P.U. &#224; Moscou et &#224; Madrid, &#233;taient-ils des ministres de Caballero-Negrin [29] &#187;, c'est-&#224;-dire les serviteurs de la bourgeoisie et de Staline ? Pourquoi, m&#234;me maintenant, sous le pr&#233;texte de lutter contre le fascisme, les anarchistes restent-ils prisonniers volontaires de Staline-Negrin, c'est-&#224;-dire des bourreaux de la r&#233;volution, par leur incapacit&#233; &#224; lutter contre le fascisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avocats de l'anarchisme qui pr&#234;chent pour Cronstadt et pour Makhno ne trompent personne [30]. Dans l'&#233;pisode de Cronstadt et dans la lutte contre Makhno, nous avions d&#233;fendu la r&#233;volution prol&#233;tarienne contre la contre-r&#233;volution paysanne. Les anarchistes espagnols ont d&#233;fendu et d&#233;fendent encore la contre-r&#233;volution bourgeoise contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Aucun sophisme ne fera dispara&#238;tre de l'histoire le fait que l'anarchisme et le stalinisme se sont trouv&#233;s du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barricade, les masses r&#233;volutionnaires et les marxistes de l'autre. Telle est la v&#233;rit&#233; qui entrera pour toujours dans la conscience du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le du P.O.U.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en va gu&#232;re mieux avec le P.O.U.M. Certes, il a th&#233;ori&#173;quement tent&#233; de s'appuyer sur la formule de la r&#233;volution per&#173;manente (c'est pour cela que les staliniens ont trait&#233; les poumistes de trotskistes), mais la r&#233;volution ne se contente pas de simples reconnaissances th&#233;oriques. Au lieu de mobiliser les masses contre les chefs r&#233;formistes, y compris les anarchistes, le P.O.U.M. cherchait &#224; convaincre ces messieurs de l'avantage du socialisme sur le capitalisme [31]. C'est sur ce diapason qu'&#233;taient accord&#233;s tous les articles et discours des leaders du P.O.U.M. Pour ne pas se d&#233;tacher des chefs anarchistes, ils n'organis&#232;rent pas leurs propres cellules dans la C.N.T., et en g&#233;n&#233;ral n'y firent aucun travail [32]. Eludant les conflits aigus, ils ne men&#232;rent aucun travail dans l'arm&#233;e r&#233;publicaine [33]. Au lieu de cela, ils &#233;difi&#232;rent leurs &#171; propres syndicats &#187; [34] et leurs &#171; propres milices &#187; [35] qui d&#233;fendaient leurs propres &#233;difices ou s'occupaient de leurs propres secteurs du front. En isolant l'avant-garde r&#233;volutionnaire de la classe, le P.O.U.M. affaiblissait l'avant-garde et laissait les masses sans direction. Politiquement, le P.O.U.M. est rest&#233; incomparablement plus pr&#232;s du Front populaire, dont il couvrait l'aile gauche, que du bolch&#233;visme. Si le P.O.U.M. est tomb&#233; victime d'une r&#233;pression sanglante et fourbe, c'est que le Front populaire ne pouvait remplir sa mission d'&#233;touffer la r&#233;volution socialiste autrement qu'en abattant morceau par morceau son propre flanc gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de ses intentions, le P.O.U.M. s'est trouv&#233; &#234;tre, en fin de compte, le principal obstacle sur la voie de la construction d'un parti r&#233;volutionnaire. C'est une tr&#232;s grande responsabilit&#233; qu'ont pris sur eux les partisans platoniques ou diplomatiques de la IV&#176; Internationale, tel que le chef du parti socialiste r&#233;volutionnaire hollandais Sneevliet, qui ont d&#233;monstrativement soutenu le P.O.U.M. dans son caract&#232;re hybride, son ind&#233;cision, sa tendance &#224; &#233;carter les questions br&#251;lantes, en un mot, son centrisme. La r&#233;volution ne s'accorde pas avec le centrisme. Elle le d&#233;masque, et l'an&#233;antit. En passant, elle compromet les avocats et les amis du centrisme [36]. Telle est une des plus importantes le&#231;ons de la r&#233;volution espagnole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de l'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes et les anarchistes qui tentent de justifier leur capitulation devant Staline par la n&#233;cessit&#233; de payer de l'abandon de toute conscience et de tout principe les armes de Moscou, mentent tout simplement, et mentent b&#234;tement. Assur&#233;ment, beaucoup d'entre eux auraient pr&#233;f&#233;r&#233; s'en tirer sans assassinats ni falsifications. Mais chaque fin impose ses moyens. D&#232;s avril 1931, c'est-&#224;-dire longtemps avant l'intervention militaire de Moscou, les socialistes et les anarchistes ont fait ce qu'ils ont pu pour freiner la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Staline leur a appris comment mener ce travail jusqu'au bout. Ils ne sont devenus les complices de Staline que parce qu'ils poursuivaient les m&#234;mes objectifs politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les chefs anarchistes avaient &#233;t&#233; tant soit peu des r&#233;volutionnaires, ils auraient pu r&#233;pondre, d&#232;s le premier chantage de Moscou, non seulement par la continuation de l'offensive socialiste, mais encore par la divulgation, devant la classe ouvri&#232;re mondiale, des conditions contre-&#173;r&#233;volutionnaires pos&#233;es par Staline [37]. Ce faisant, ils auraient plac&#233; la dictature de Moscou entre la r&#233;volution socialiste et la dictature de Franco. La bureaucratie the&#173;rmidorienne craint la d&#233;mocratie et la hait. Mais elle craint aussi d'&#234;tre &#233;touff&#233;e dans l'anneau fasciste. Elle d&#233;pend en outre des ouvriers. Tout permet de croire que Moscou se serait trouv&#233; oblig&#233;e de fournir les armes, et peut-&#234;tre bien &#224; un prix plus mod&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le monde entier ne se ram&#232;ne pas au Moscou de Staline. En un an et demi de guerre civile, on pouvait d&#233;velopper l'industrie de guerre espagnole, en adaptant aux besoins de la guerre une s&#233;rie d'usines civiles. Si ce travail n'a pas &#233;t&#233; accompli, c'est uniquement parce que les initiatives des organisations ouvri&#232;res ont &#233;t&#233; combattues par Staline comme par ses alli&#233;s espagnols. Une forte industrie de guerre serait devenue un puissant instrument dans les mains des ouvriers. Les chefs du Front populaire pr&#233;f&#232;rent d&#233;pendre de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette question qu'appara&#238;t d'une fa&#231;on particuli&#232;rement claire le r&#244;le perfide du Front populaire, qui imposait aux organisations ouvri&#232;res prol&#233;tariennes la responsabilit&#233; des transactions tra&#238;tres de la bourgeoisie avec Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; les anarchistes &#233;taient en minorit&#233;, ils ne pouvaient &#233;videmment pas emp&#234;cher le bloc dirigeant de prendre les engagements qui lui semblaient bons devant Moscou et les ma&#238;tres de Moscou, Londres et Paris, mais ils pouvaient et devaient, sans cesser d'&#234;tre les meilleurs combattants du front, se distinguer nettement des trahisons et des tra&#238;tres, expliquer la v&#233;ritable situation aux masses, les mobiliser contre le gouvernement bourgeois, accro&#238;tre de jour en jour leurs forces pour, en fin de compte, s'emparer du pouvoir et, avec lui, des armes de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que se serait-il pass&#233; si Moscou, en raison de l'absence du Front populaire, s'&#233;tait refus&#233; &#224; donner des armes ? Et que se serait-il pass&#233;, r&#233;pondons-nous, si l'Union sovi&#233;tique n'avait pas exist&#233; du tout ? Les r&#233;volutions n'ont pas vaincu jusqu'&#224; pr&#233;sent gr&#226;ce &#224; des protections &#233;trang&#232;res qui leur fournissaient des armes. Les protecteurs &#233;trangers se sont ordinairement trouv&#233;s du c&#244;t&#233; de la contre-r&#233;volution. Est-il n&#233;cessaire de rappeler les interventions fran&#231;aise, anglaise et am&#233;ricaine contre les soviets ? Le prol&#233;tariat de Russie a vaincu la r&#233;action int&#233;rieure et les interventionnistes &#233;trangers sans soutien militaire de l'ext&#233;rieur. Les r&#233;volutions sont avant tout victorieuses gr&#226;ce &#224; un programme social qui donne aux masses la possibilit&#233; de s'emparer des armes se trouvant sur leur territoire et de d&#233;sagr&#233;ger l'arm&#233;e ennemie. L'arm&#233;e rouge s'est empar&#233;e des r&#233;serves militaires fran&#231;aises, anglaises, am&#233;ricaines, et a jet&#233; &#224; la mer les corps exp&#233;ditionnaires &#233;trangers. Cela serait-il d&#233;j&#224; oubli&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; la t&#234;te des ouvriers et des paysans arm&#233;s, c'est-&#224;-dire &#224; la t&#234;te de l'Espagne r&#233;publicaine, il y avait eu des r&#233;volutionnaires et non des agents poltrons de la bourgeoisie, le probl&#232;me de l'armement n'aurait jamais jou&#233; un r&#244;le de premier plan. L'arm&#233;e de Franco, y compris les Riffains coloniaux et les soldats de Mussolini, n'&#233;tait nullement assur&#233;e contre la contagion r&#233;volutionnaire [38]. Entour&#233;s de toutes parts des flammes de la r&#233;volution socialiste, les soldats fascistes se seraient r&#233;duits &#224; une quantit&#233; insignifiante. Ce ne sont pas les armes qui manquaient &#224; Madrid et &#224; Barcelone, ni les &#171; g&#233;nies &#187; militaires. Ce qui manquait, c'&#233;tait le parti r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions de la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la victoire des masses dans la guerre civile contre les oppresseurs sont au fond tr&#232;s simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les combattants de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire doivent avoir pleine conscience qu'ils se battent pour leur compl&#232;te &#233;mancipation sociale et non pour le r&#233;tablissement de l'ancienne forme (d&#233;mocratique) d'exploitation.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#234;me chose doit &#234;tre comprise par les ouvriers et les paysans aussi bien &#224; l'arri&#232;re de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire qu'&#224; l'arri&#232;re de l'arm&#233;e ennemie.&lt;br class='autobr' /&gt; La propagande sur son propre front, sur le front de l'adversaire et &#224; l'arri&#232;re des deux arm&#233;es, doit &#234;tre compl&#232;tement impr&#233;gn&#233;e de l'esprit de la r&#233;volution sociale. Le mot d'ordre &#171; D'abord la victoire, ensuite les r&#233;formes &#187;, c'est la formule de tous les oppresseurs et exploiteurs, &#224; commencer par les rois bibliques et &#224; finir par Staline.&lt;br class='autobr' /&gt; La victoire est d&#233;termin&#233;e par les classes et couches qui participent &#224; la lutte. Les masses doivent avoir un appareil &#233;tatique qui exprime directement et imm&#233;diatement leur volont&#233;. Un tel appareil ne peut &#234;tre construit que par les soviets des d&#233;put&#233;s des ouvriers, des paysans et des soldats.&lt;br class='autobr' /&gt; L'arm&#233;e r&#233;volutionnaire doit non seulement proclamer, mais r&#233;aliser imm&#233;diatement, dans les provinces conquises, les mesures Ies plus urgentes de la r&#233;volution sociale : expropriation et remise aux besogneux des r&#233;serves existantes des produits alimentaires, manufactur&#233;s et autres, redistribution des logements au profit des travailleurs, et surtout des familles des combattants, expropriation de la terre et des instruments agricoles au profit des paysans, &#233;tablissement du contr&#244;le ouvrier sur la production et du pouvoir sovi&#233;tique &#224; la place de l'ancienne bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt; De l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire doivent &#234;tre impitoyablement chass&#233;s les ennemis de la r&#233;volution socialiste, c'est-&#224;-dire les &#233;l&#233;ments exploiteurs et leurs agents, m&#234;me s'ils se couvrent du masque de &#171; d&#233;mocrate &#187;, de &#171; r&#233;publicain &#187;, de &#171; socialiste &#187; ou d' &#171; anarchiste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; A la t&#234;te de chaque division doit se trouver un commissaire d'une autorit&#233; irr&#233;prochable, comme r&#233;volutionnaire et comme combattant.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans chaque division militaire, il doit y avoir un noyau bien soud&#233; des combattants les plus d&#233;vou&#233;s, recommand&#233;s par des organisations ouvri&#232;res. Les membres de ce noyau ont un privil&#232;ge, celui d'&#234;tre les premiers au feu.&lt;br class='autobr' /&gt; Le corps de commandement comprend n&#233;cessairement dans les premiers temps beaucoup d'&#233;l&#233;ments. &#233;trangers et peu s&#251;rs. Leur v&#233;rification et leur s&#233;lection doivent se faire sur la base de l'exp&#233;rience militaire, des attestations fournies par les commissaires et des avis &#233;manant des combattants du rang. En m&#234;me temps, des efforts doivent &#234;tre entrepris en vue de la pr&#233;paration de commandants venant des rangs des ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt; La strat&#233;gie de la guerre civile doit combiner les r&#232;gles de l'art militaire avec les t&#226;ches de la r&#233;volution sociale. Non seulement dans la propagande, mais aussi dans les op&#233;rations militaires, il est n&#233;cessaire de compter avec la composition sociale des diff&#233;rentes parties de l'arm&#233;e adverse (volontaires bourgeois, paysans mobilis&#233;s ou, comme chez Franco, esclaves coloniaux) et, lors du choix des lignes d'op&#233;ration, de tenir compte strictement de la culture sociale des r&#233;gions correspondantes du pays (r&#233;gions industrielles, paysannes, r&#233;volutionnaires ou r&#233;actionnaires, r&#233;gions de nationalit&#233;s opprim&#233;es, etc.). En bref, la politique r&#233;volutionnaire domine la strat&#233;gie.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gouvernement r&#233;volutionnaire, en tant que comit&#233; ex&#233;cutif des ouvriers et paysans, doit savoir conqu&#233;rir la confiance de l'arm&#233;e et de la population laborieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; La politique ext&#233;rieure doit avoir pour principal d'&#233;veiller la conscience r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des nationalit&#233;s opprim&#233;es du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a assur&#233; les conditions de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la victoire sont, nous le voyons, tout &#224; fait simples. Leur ensemble s'appelle la r&#233;volution socialiste. Aucune de ces conditions n'a exist&#233; en Espagne. La principale raison en est qu'il n'y avait pas de parti r&#233;volutionnaire. Staline, certes, a tent&#233; de transporter sur le terrain de l'Espagne les proc&#233;d&#233;s ext&#233;rieurs du bolch&#233;visme : bureau politique, commissaires, cellules, G.P.U., etc. Mais il avait vid&#233; ces formes de leur contenu socialiste. Il avait rejet&#233; le programme bolch&#233;vique et, avec lui, les soviets en tant que forme n&#233;cessaire de l'initiative des masses. Il a mis la technique du bolch&#233;visme au service de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Dans son &#233;troitesse bureaucratique, il s'imaginait que des commissaires &#233;taient capables par eux-m&#234;mes d'assurer la victoire. Mais les commissaires de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne se sont trouv&#233;s capables que d'assurer la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat a manifest&#233; des qualit&#233;s combatives de premier ordre. Par son poids sp&#233;cifique dans l'&#233;conomie du pays, par son niveau politique et culturel, il se trouvait, d&#232;s le premier jour du la r&#233;volution, non au-dessous, mais au-dessus du prol&#233;tariat ruisse du commencement de 1917 [39]. Ce sont ses propres organisations qui furent les principaux obstacles sur la voie de la victoire. La clique qui commandait, en accord avec la contre-r&#233;volution, &#233;tait compos&#233;e d'agents pay&#233;s, de carri&#233;ristes, d'&#233;l&#233;ments d&#233;class&#233;s et de rebuts sociaux de toutes sortes. Les repr&#233;sentants des autres organisations ouvri&#232;res, r&#233;formistes inv&#233;t&#233;r&#233;s, phraseurs anarchistes, centristes incurables du P.O.U.M., grognaient, h&#233;sitaient, soupiraient, man&#339;uvraient, mais en fin de compte s'adaptaient aux staliniens. Le r&#233;sultat de tout leur travail fut que le camp de la r&#233;volution sociale (ouvriers et paysans), se trouva soumis &#224; la bourgeoisie, plus exactement &#224; son ombre, perdit son caract&#232;re, perdit son sang. Ni l'h&#233;ro&#239;sme des masses, ni le courage des r&#233;volutionnaires isol&#233;s ne manqu&#232;rent. Mais les masses furent abandonn&#233;es &#224; elles-m&#234;mes et les r&#233;volutionnaires laiss&#233;s &#224; l'&#233;cart, sans programme, sans plan d'action. Les chefs militaires se souci&#232;rent plus de l'&#233;crasement de la r&#233;volution sociale que des victoires militaires. Les soldats perdirent confiance en leurs commandants, les masses dans le gouvernement ; les paysans se tinrent &#224; l'&#233;cart, les ouvriers se lass&#232;rent, les d&#233;faites se succ&#233;daient, la d&#233;moralisation croissait. Il n'&#233;tait pas difficile de pr&#233;voir tout cela d&#232;s le d&#233;but de la guerre civile. Se fixant comme t&#226;che le salut du r&#233;gime capitaliste, le front populaire &#233;tait vou&#233; &#224; la d&#233;faite militaire. Mettant le bolch&#233;visme la t&#234;te en bas, Staline a rempli avec succ&#232;s le r&#244;le principal de fossoyeur de la r&#233;volution [40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience espagnole, soit dit en passant, d&#233;montre de nouveau que Staline n'a rien compris &#224; la r&#233;volution d'Octobre ni &#224; la guerre civile. Son lent esprit provincial est rest&#233; en retard sur la marche imp&#233;tueuse des &#233;v&#233;nements de 1917 &#224; 1921. Tous les discours et articles de 1917 o&#249; il exprimait une pens&#233;e propre contiennent d&#233;j&#224; sa toute derni&#232;re doctrine thermidorienne. Dans ce sens, le Staline de l'Espagne de 1937 est le continuateur du Staline de la conf&#233;rence de mars 1917 [41]. Mais, en 1917, il &#233;tait seulement effray&#233; par les ouvriers r&#233;volutionnaires et, en 1937, il les a &#233;trangl&#233;s ; l'opportuniste s'est fait bourreau.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais, pour obtenir la victoire sur les gouvernements Caballero-&#173;Negrin, il aurait fallu la guerre civile &#224; l'arri&#232;re des arm&#233;es r&#233;publicaines ! &#187; s'&#233;crie avec effroi le philosophe d&#233;mocrate. Comme si, sans cela, il n'y aurait pas eu au sein de l'Espagne r&#233;publicaine une guerre civile, la plus fourbe et la plus malhonn&#234;te, la guerre des propri&#233;taires et des exploiteurs contre les ouvriers et les paysans ! Cette guerre incessante se traduisit par des arrestations et des assassinats de r&#233;volutionnaires, le d&#233;sarmement des ouvriers, l'armement de la police bourgeoise, l'abandon au front, sans armes ni secours, des d&#233;tachements ouvriers enfin, dans l'int&#233;r&#234;t pr&#233;tendu du d&#233;veloppement de l'industrie de guerre. Chacun de ces actes constitue un coup cruel pour le front, une trahison militaire av&#233;r&#233;e, dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie. Cependant, le philistin &#171; d&#233;mocrate &#187;, et il peut &#234;tre stalinien, socialiste ou anarchiste, juge la guerre civile de la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat, m&#234;me &#224; l'arri&#232;re imm&#233;diat du front, comme une guerre naturelle et in&#233;vitable qui a pour but &#171; d'assurer l'unit&#233; du Front populaire &#187;. Par contre, la guerre civile du prol&#233;tariat contre la contre-r&#233;volution r&#233;publicaine est, aux yeux du m&#234;me philistin, une guerre criminelle, &#171; fasciste &#187;, &#171; trotskiste &#187;, qui d&#233;truit l'unit&#233; des forces antifascistes. Des dizaines de Norman Thomas, de major Attlee, de Otto Bauer, de Zyromski, de Malraux, et de petits trafiquants de mensonge dans le genre de Duranty et de Louis Fischer r&#233;pandent cette sagesse &#224; travers le monde entier. Entre-temps, le gouvernement de Front populaire se d&#233;place de Madrid &#224; Valence et de Valence &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme l'attestent les faits, la r&#233;volution socialiste est seule capable d'&#233;craser le fascisme, d'un autre c&#244;t&#233; l'insurrection du prol&#233;tariat n'est concevable que si la classe dominante tombe dans l'&#233;tau de grandes difficult&#233;s. Pourtant, les philistins d&#233;mocrates invoquent pr&#233;cis&#233;ment ces difficult&#233;s pour d&#233;montrer que l'insurrection prol&#233;tarienne est inadmissible. Si le prol&#233;tariat attend que les philistins d&#233;mocrates lui annoncent l'heure de son &#233;mancipation, il restera &#233;ternellement esclave. Apprendre aux ouvriers &#224; reconna&#238;tre les philistins r&#233;actionnaires sous tous leurs masques et &#224; les m&#233;priser, quels que soient ces masques, telle est la t&#226;che premi&#232;re et la principale obligation r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;nouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du stalinisme dans le camp r&#233;publicain, par sa nature, ne sera pas de longue dur&#233;e. Si les d&#233;faites provoqu&#233;es par la politique du Front populaire jetaient encore une fois le prol&#233;tariat espagnol dans une offensive r&#233;volutionnaire, cette fois victorieuse, la clique stalinienne serait marqu&#233;e au fer rouge. Mais si, ce qui est plus vraisemblable, Staline r&#233;ussit &#224; mener son travail de fossoyeur de la r&#233;volution jusqu'au bout, m&#234;me dans ce cas, il n'en tirera pas de reconnaissance. La bourgeoisie espagnole a eu besoin de lui comme bourreau, mais il ne lui est nullement utile comme protecteur et pr&#233;cepteur. Londres et Paris d'une part, Berlin et Rome de l'autre, sont &#224; ses yeux beaucoup plus s&#233;rieux que Moscou. Il est possible que Staline veuille se retirer lui-m&#234;me de l'Espagne avant la catastrophe d&#233;finitive. Il esp&#233;rerait faire retomber ainsi la responsabilit&#233; de la d&#233;faite sur ses propres alli&#233;s. Apr&#232;s quoi Litvinov solliciterait de Franco le r&#233;tablissement des relations diplomatiques. C'est une chose que nous avons vue d&#233;j&#224; plusieurs fois [42].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la victoire compl&#232;te de l'arm&#233;e r&#233;publicaine sur Franco ne signifierait pas le triomphe de la d&#233;mocratie. Les ouvriers et les paysans ont port&#233; deux fois les r&#233;publicains au pouvoir, ainsi que leurs agents : en avril 1931, et en f&#233;vrier 1936. Les deux fois, les h&#233;ros du Front populaire ont c&#233;d&#233; la victoire du peuple aux repr&#233;sentants les plus r&#233;actionnaires de la bourgeoisie. La troisi&#232;me victoire remport&#233;e par les g&#233;n&#233;raux du Front populaire signifierait leur accord in&#233;vitable avec la bourgeoisie fasciste sur le dos des ouvriers et des paysans. Un tel r&#233;gime ne serait qu'une autre forme de la dictature militaire, peut-&#234;tre sans monarchie ni domination ouverte de l'Eglise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est possible que les victoires partielles des r&#233;publicains soient utilis&#233;es par des interm&#233;diaires anglo-fran&#231;ais &#171; d&#233;sint&#233;ress&#233;s &#187; pour r&#233;concilier les bellig&#233;rants. Il n'est pas difficile de comprendre qu'au cours d'une semblable variante les derniers restes de la d&#233;mocratie seraient &#233;touff&#233;s dans les embrassades fraternelles des g&#233;n&#233;raux, Miaja (communiste) et Franco (fasciste) [43]. Encore une fois, seul peut vaincre, soit la r&#233;volution socialiste, soit le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas encore exclu d'ailleurs que la trag&#233;die donne lieu, au dernier moment, &#224; une farce. Quand les h&#233;ros du Front populaire devront abandonner leur derni&#232;re capitale, avant de monter sur le bateau ou dans l'avion, ils proclameront bien une s&#233;rie de r&#233;formes socialistes pour laisser d'eux un bon souvenir au peuple. Cela ne leur servira pourtant &#224; rien. Les ouvriers du monde entier se souviendront avec haine et avec m&#233;pris des partis qui ont conduit &#224; sa perte une population h&#233;ro&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience tragique de l'Espagne est un avertissement mena&#231;ant, peut-&#173;&#234;tre le dernier avertissement avant des &#233;v&#233;nements encore plus grandioses, adress&#233; &#224; tous les ouvriers du monde entier. Les r&#233;volutions, selon les paroles de Marx, sont les locomotives de l'histoire, elles avancent plus vite que la pens&#233;e des partis &#224; moiti&#233; ou au quart r&#233;volutionnaires. Celui qui s'arr&#234;te sous les roues de la locomotive. D'un autre c&#244;t&#233;, et c'est le principal danger, la locomotive elle-m&#234;me d&#233;raille souvent. Le probl&#232;me de la r&#233;volution doit &#234;tre p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'au fond, jusqu'&#224; ses derni&#232;res cons&#233;quences concr&#232;tes. Il faut conformer la politique aux lois fondamentales de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire au mouvement des classes en lutte, et non aux craintes et aux pr&#233;jug&#233;s superficiels des groupes petits-bourgeois qui s'intitulent Front populaire et un tas d'autres choses. La ligne de moindre r&#233;sistance s'av&#232;re, dans la r&#233;volution, la ligne de la pire faillite. La peur de s'isoler de la bourgeoisie conduit &#224; s'isoler des masses L'adaptation aux pr&#233;jug&#233;s conservateurs de l'aristocratie ouvri&#232;re signifie la trahison des ouvriers et de la r&#233;volution. L'exc&#232;s de prudence est l'imprudence la plus funeste. Telle est la principale le&#231;on de l'effondrement de l'organisation politique la plus honn&#234;te de l'Espagne, le P.O.U.M., parti centriste. Les troupes du Bureau de Londres ne veulent ou ne savent manifestement pas tirer les conclusions n&#233;cessaires du dernier avertissement de l'Histoire. Par l&#224; m&#234;me ils se vouent eux-m&#234;mes &#224; leur perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il existe maintenant une nouvelle g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires qui s'&#233;duquent aux le&#231;ons des d&#233;faites. Elle a v&#233;rifi&#233; dans les faits la r&#233;putation d'ignominie de la II&#176; Internationale. Elle a mesur&#233; la profondeur de la chute de la III&#176; Internationale. Elle a appris &#224; juger les anarchistes, non pas sur leurs paroles, mais sur leurs actes. Grande &#233;cole, inappr&#233;ciable, pay&#233;e du sang d'innombrables combattants. Les cadres r&#233;volutionnaires rassemblent maintenant sous le seul drapeau de la IV&#176; Internationale. Elle est n&#233;e sous le grondement des d&#233;faites pour mener les travailleurs &#224; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coyoac&#224;n, 17 d&#233;cembre 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il est incontestable que l'un des aspects de l'&#171; aide &#187; apport&#233;e au gouvernement r&#233;publicain espagnol par l'Union Sovi&#233;tique, l'envoi de &#171; conseillers militaires &#187;, r&#233;pondait au souci de former des cadres et d'assimiler les &#171; le&#231;ons &#187; de la guerre en vue du conflit mondial qui approchait. Un myst&#232;re a longtemps plan&#233; autour de l'identit&#233; r&#233;elle des officiers g&#233;n&#233;raux russes servant en Espagne - qu'on y appelait &#171; mexicanos &#187; ou encore &#171; gallegos &#187; et qui furent en Russie les &#171; espagnols &#187;... D'abord parce que leur pr&#233;sence fut longtemps tenue secr&#232;te en raison de la politique de &#171; non-intervention &#187;, ensuite parce que, du c&#244;t&#233; russe, apr&#232;s la fin de la guerre civile, on n'avait aucun int&#233;r&#234;t &#224; faire savoir - &#233;tant donn&#233; l'utilisation faite du mythe espagnol - que, comme l'a soulign&#233; Roy Medvedev, &#171; Staline a tu&#233; plus de combattants [russes] de la guerre d'Espagne que ne l'ont fait en Espagne les balles fascistes &#187; (R. Medvedev, Let History judge, p. 248) Les &#171; conseillers militaires &#187; principaux furent successivement les g&#233;n&#233;raux Berzine, Stern et &#171; Maximov &#187;. lan Berzine, vieux-bolch&#233;vik letton, &#233;tait l'ancien chef des services de renseignements sovi&#233;tiques ; connu en Espagne sous le nom de g&#233;n&#233;ral Grichine, il a &#233;t&#233; rappel&#233; et fusill&#233; en 1937, pour &#234;tre r&#233;habilit&#233; sous Khrouchtchev en m&#234;me temps que son collaborateur Richard Sorge. Le g&#233;n&#233;ral Grigori Stern - en Espagne, g&#233;n&#233;ral Grigorevitch - a &#233;t&#233; souvent confondu avec Manfred Stern, plus connu encore en Espagne sous le nom de g&#233;n&#233;ral Kl&#233;ber, des brigades internationales, officier de l'arm&#233;e rouge comme lui. Il ne devait &#234;tre fusill&#233; qu'en 1941, en m&#234;me temps que le g&#233;n&#233;ral Jakov Smoutchki&#233;vitch, dit g&#233;n&#233;ral Douglas, qui avait command&#233; l'aviation russe en Espagne, et le g&#233;n&#233;ral Dimitri Pavlov, dit g&#233;n&#233;ral de Pablo, chef des tankistes. L'attach&#233; militaire officiel de l'ambassade, le g&#233;n&#233;ral de brigade Vladimir Goriev, a jou&#233; un r&#244;le capital dans la d&#233;fense de Madrid et laiss&#233; le souvenir d'un homme courageux, comp&#233;tent et d'une r&#233;elle droiture : lui aussi, rappel&#233; en 1937, a &#233;t&#233; fusill&#233; en m&#234;me temps que deux de ses principaux collaborateurs, les colonels Rainer et Lvovitch, dit Loti, cependant que son ancien secr&#233;taire, le professeur hispano-arn&#233;ricain Jos&#233; Robles, ami de John Dos Passos, accus&#233; d'&#234;tre &#171; poumiste &#187;, disparaissait, vraisemblablement &#233;limin&#233; en Espagne m&#234;me par le G.P.U. Le g&#233;n&#233;ral Grigori Kulik, dit Kupper, peut-&#234;tre un haut responsable de la N.K.V.D., a laiss&#233;, lui, le souvenir d'un chef aussi incapable que brutal : il &#233;tait conseiller du g&#233;n&#233;ral Pozas. Lui aussi devait &#234;tre fusill&#233; en 1941, apr&#232;s les premiers revers de l'arm&#233;e rouge. Le futur g&#233;n&#233;ral Kiril Meretzkov &#233;tait, en Espagne, le colonel P&#233;trovitch ; arr&#234;t&#233; lors de son retour en U.R.S.S., il devait finalement &#234;tre lib&#233;r&#233;, physiquement et moralement bris&#233; par sa d&#233;tention, ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'acc&#233;der au mar&#233;chalat. Ses M&#233;moires r&#233;cemment publi&#233;s ne mentionnent l'Espagne qu'en quelques mots et ne font pas allusion &#224; son emprisonnement ult&#233;rieur. Parmi les &#171; rescap&#233;s &#187; de la guerre d'Espagne - c'est-&#224;-dire les combattants d'Espagne ayant &#233;chapp&#233; au massacre &#224; leur retour en Union sovi&#233;tique -, citons les futurs mar&#233;chaux Votonov - le colonel Volter - et Malinovski - colonel Malino ou Manolito -, le futur g&#233;n&#233;ral Pavel Batov - Fritz Pablo, conseiller des Brigades internationales, notamment aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral hongrois Luk&#224;cs, le futur g&#233;n&#233;ral Hadji Mainsourov - conseiller de Durruti sous le nom de Xanti ? - le futur amiral Kournetzov - connu sous le nom de Nicolas ou Kolia - le futur mar&#233;chal Rodimtsev - capitaine Pablito. Nous n'avons aucune information sur le destin de certains d'entre eux, dont le r&#244;le fut important, comme le colonel Valois, de son vrai nom Boris Simonov, et nous ignorons tout d'autres, souvent cit&#233;s, comme le g&#233;n&#233;ral Maximov. Rien n'atteste la pr&#233;sence en Espagne, affirm&#233;e par certains auteurs, des futurs mar&#233;chaux Rokossovski, Joukov et Koniev. Aujourd'hui encore, il est impossible de savoir si les militaires &#171; espagnols &#187; ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s en U.R.S.S. dans le cadre de la purge de l'arm&#233;e (affaire Toukhatchevski) ou s'ils l'ont &#233;t&#233; en tant qu'&#171; espagnols &#187;, t&#233;moins g&#234;nants de la politique stalinienne en Espagne, comme l'ont &#233;t&#233; les &#171; politiques &#187;, journalistes ou diplomates comme Michel Koltsov, Marcel Rosenberg, Antonov-Ovseenko, Arthur Stachevski, ou les &#171; policiers &#187; Sloutski, Spiegelglass, etc. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'organe de la J. C. I. de Madrid, La Antorcha, avait d&#233;j&#224; exprim&#233; la m&#234;me id&#233;e : &#171; La petite bourgeoisie &#233;tait incapable &#224; elle seule de militariser le prol&#233;tariat. Il lui fallait, pour y parvenir, le prestige de quelques partis prol&#233;tariens. Telle fut la signification de la crise du gouvernement Giral et de l'exercice du pouvoir au nom de la d&#233;mocratie bourgeoise par des organisations prol&#233;tariennes &#187; (&#171; Militarizacion ? No, disciplina ! &#187;, La Antorcha, 17 octobre 1936). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ce ph&#233;nom&#232;ne est d&#233;crit dans l'ouvrage de C&#233;sar M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir. La sympathie de l'auteur, qui appartient &#224; une famille de militants libertaires, ne dissimule aucunement la faillite des dirigeants anarchistes, reniant leur doctrine et balayant leurs propres enseignements au nom de &#171; circonstances exceptionnelles &#187;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L'ancien dirigeant des J.S., devenu dirigeant des J.S.U. et membre du P.C., Federico Melchor, affirmait par exemple en janvier 1937 : &#171; Nous ne faisons pas une r&#233;volution sociale aujourd'hui : nous sommes en train de d&#233;velopper une r&#233;volution d&#233;mocratique &#187; (Organicemos la produccion, pp. 6-8). Et Antonio Mije, membre du bureau politique du P.C.E., &#233;crivait : &#171; Quand certains avaient peur m&#234;me de mentionner la r&#233;publique d&#233;mocratique, nous, communistes, n'&#233;tions pas oppos&#233;s &#224; expliquer &#224; des &#233;l&#233;ments impatients, qui ne comprenaient pas la situation, qu'il &#233;tait politiquement juste de la d&#233;fendre contre le fascisme &#187; (Mundo obrero, 18 mai 1938). Cette politique, anticipation de la lutte contre le &#171; gauchisme &#187; ou tout ce qui est pr&#233;tendu tel, trouvait son expression la plus simplifi&#233;e dans la c&#233;l&#232;bre formule : &#171; Vaincre Franco d'abord ! &#187;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] La plus claire illustration de cette affirmation se trouve dans l'&#339;uvre r&#233;alis&#233;e au lendemain du 19 juillet, notamment dans les vastes mesures d'expropriation et de collectivisation prises dans toute l'Espagne &#224; une grande &#233;chelle. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Un exemple en est le d&#233;cret du gouvernement Largo Caballero, pris &#224; l'initiative du ministre communiste de l'agriculture Vicente Uribe, concernant &#171; l'expropriation sans indemnit&#233; et en faveur de l'Etat &#187; des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res appartenant &#224; des propri&#233;taires li&#233;s &#224; la r&#233;bellion militaire. Le crit&#232;re de la saisie des terres n'&#233;tait plus social, mais politique, et par cons&#233;quent sujet &#224; contestation de la part de tous les propri&#233;taires qui avaient surv&#233;cu ou ne se trouvaient pas dans le camp franquiste. Parce qu'il se situait dans le cadre de la l&#233;galit&#233; bourgeoise de respect de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le d&#233;cret Uribe permettait ainsi la restitution des terres saisies par les paysans pauvres &#224; des propri&#233;taires prudents, chanceux, voire simplement acquitt&#233;s par les tribunaux. Il eut comme principale cons&#233;quence politique de saper la confiance des paysans dans la solidit&#233; de leurs acquis. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Journaliste am&#233;ricain correspondant de presse &#224; Moscou pendant de nombreuses ann&#233;es, &#171; ami de l'Union sovi&#233;tique &#187;, Louis Fischer &#233;tait l'une des cibles favorites de Trotsky, qui le traitait de type repr&#233;sentatif des lib&#233;raux bourgeois pro-staliniens. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans sa &#171; Note quotidienne &#187;, de La Batalla du 6 f&#233;vrier 1937, Juan Andrade signale que les censeurs staliniens de Madrid &#233;taient all&#233;s jusqu'&#224; censurer des passages du... Manifeste communiste reproduits dans l'organe des milices du P.O.U.M. de Madrid, El Combatiente rojo. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Trotsky s'appuie ici solidement sur la tradition marxiste. En ce qui concerne 1848, Karl Marx, dans La Lutte de classes en France, s'&#233;tait r&#233;joui de fa&#231;on presque provocante de l'&#233;clatement du &#171; Front populaire &#187; avant la lettre que constituait le regroupement des ouvriers derri&#232;re des chefs d&#233;mocrates comme Ledru-Rollin, et de l'apparition, contre lui, du &#171; parti ouvrier &#187;, avec la candidature de Raspail aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre. &#171; Ledru-Rollin et Raspail &#233;taient les noms propres, celui-l&#224; de la d&#233;mocratie bourgeoise, celui-ci du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Les voix pour Raspail - les prol&#233;taires et les porte-parole socialistes le d&#233;clar&#232;rent bien haut - devaient &#234;tre (...) une d&#233;monstration, (&#8230;) autant de voix contre Ledru&#173;-Rollin, le premier acte par lequel le prol&#233;tariat se d&#233;tachait en tant que parti politique ind&#233;pendant du Parti d&#233;mocratique. &#187; Notons que Marx &#233;tait parfaitement indiff&#233;rent, aussi bien aux r&#233;sultats de cette &#233;lection, en d&#233;finitive secondaires, qu'aux r&#233;actions d'&#171; hostilit&#233; &#187; de l'&#171; opinion publique &#187; d&#233;mocratique face &#224; cette candidature de &#171; division &#187; : l'important &#233;tait selon lui qu'elle contribu&#226;t au rassemblement des ouvriers, de leur classe, sur une base de classe. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Une partie de cette &#171; ombre &#187; &#233;tait &#233;videmment constitu&#233;e par la bourgeoisie internationale dont les exigences en mati&#232;re de paiements, &#233;changes, etc., pesaient dans le sens d'une mise en sommeil des revendications r&#233;volutionnaires. La n&#233;cessit&#233; de ne pas s'ali&#233;ner les &#171; gouvernements d&#233;mocratiques &#187; constituait un des arguments les plus utilis&#233;s par les d&#233;fenseurs de la politique du Front populaire. C'est ainsi que Comorera, le leader du P.S.U.C. en Catalogne, d&#233;clarait au cours d'un meeting : &#171; Dans le bloc des puissances d&#233;mocratiques, le facteur d&#233;cisif n'est pas la France, mais l'Angleterre. Il est essentiel que nos camarades de parti le r&#233;alisent afin de mod&#233;rer les mots d'ordre. (...) Nous devons comprendre que les grands capitalistes d'Angleterre sont capables d'en venir &#224; un accord, &#224; n'importe quel moment, avec les capitalistes italiens et allemands, s'ils arrivent &#224; la conclusion qu'ils n'ont pas d'autre choix en ce qui concerne l'Espagne. Nous devons &#224; tout prix gagner la neutralit&#233; bienveillante de ce pays, sinon son aide directe &#187; (Treball, 2 f&#233;vrier 1937) (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Le c&#233;l&#232;bre financier Juan Match avait &#233;t&#233; l'un des principaux instigateurs et bailleurs de fond du soul&#232;vement militaire. La totalit&#233; des hommes d'affaires espagnols &#233;taient dans le camp franquiste : le directeur d'Hispano-Suiza, sauv&#233; en 1936 par l'intervention de L&#233;on Blum, devait &#234;tre nomm&#233; par Franco maire de Barcelone en 1939. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Manuel Aza&#241;a (1880-1940) : Avocat et journaliste, fonde en 1925, l'Action R&#233;publicaine (&#171; gauche lib&#233;rale &#187;). Ministre de la guerre dans le premier gouvernement de la II&#176; R&#233;publique. En janvier 1936, il est l'un des principaux dirigeants du Frente Popular et devient pr&#233;sident de la R&#233;publique en mai. Il &#233;migre en France apr&#232;s la d&#233;faite o&#249; il d&#233;c&#232;de rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Llu&#237;s Companys i Jover (1882 &#8211; 1940) : avocat, journaliste et homme politique catalan. Gouverneur de Barcelone &#224; la proclamation de la R&#233;publique, il devint en 1934 pr&#233;sident de la g&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. Il proclama la souverainet&#233; de la Catalogne au sein de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale espagnole (octobre 1934). Vaincu par les forces gouvernementales et condamn&#233; &#224; trente ann&#233;es de d&#233;tention, il fut amnisti&#233; &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir du Front populaire (1936) et retrouva ses fonctions, qu'il conserva pendant toute la guerre civile. Apr&#232;s la chute de la Catalogne aux mains des arm&#233;es franquistes (f&#233;vrier 1939), il se r&#233;fugia en France avec son gouvernement ; il y fut arr&#234;t&#233; par la Gestapo en septembre 1940 et livr&#233; aux franquistes, qui le fusill&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] On peut faire remarquer cependant qu'au cours de l'&#233;t&#233; 1937 un ministre catholique basque, le petit industriel Manuel de Irujo, prenait ses distances vis-&#224;-vis des crimes staliniens commis sous sa juridiction et dans le cadre de son minist&#232;re, et contribuait, quoique de fa&#231;on limit&#233;e, &#224; les faire conna&#238;tre. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Juan Negrin (1892-1956). Socialiste de droite, proche de Prieto. Remplace Largo Caballero comme premier ministre en 1937. Emigre en France puis en Grande-Bretagne apr&#232;s la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Indalecio Prieto (1883-1962) : dirigeant de la droite du P.S.O.E., ministre du gouvernement Cabalero et Negrin. Emigre au Mlexique apr&#232;s la d&#233;faite d'o&#249; il dirige le P.S.O.E. en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Largo Caballero avait derri&#232;re lui, une longue carri&#232;re de responsable syndical, comme dirigeant de l'U.G.T., au sein de laquelle il avait toujours dispos&#233; d'une base solide - notamment parmi les travailleurs les plus qualifi&#233;s et les mieux pay&#233;s. Prieto, homme d'affaires et propri&#233;taire de journal, et le Dr Negrin, m&#233;decin et professeur, &#233;taient surtout li&#233;s &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale et jouissaient d'une grande estime dans les milieux politiques r&#233;publicains. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ce fut du parti communiste espagnol, et notamment des repr&#233;sentants de l'I.C. en Espagne, comme Togliatti, que vinrent les premi&#232;res initiatives contre Largo Caballero, ainsi que les pr&#233;paratifs de son renversement. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Apr&#232;s la scission de l'U.G.T., dont les militants du P.C.E. furent le moteur, sous la couverture protectrice de socialistes de droite comme Ramon Gonz&#224;lez Pe&#241;a, Largo Caballero tenta de monter une campagne publique qui devait en d&#233;finitive se r&#233;duire &#224; une seule r&#233;union, d'ailleurs retentissante, tenue &#224; Madrid le 17 octobre 1937. C'est apr&#232;s ce succ&#232;s initial que le gouvernement le fait garder &#224; vue. Largo Caballero, d&#233;sormais, se tait et r&#233;duit son activit&#233; &#224; la lutte - limit&#233;e - contre la r&#233;pression, intervenant par exemple comme t&#233;moin de la d&#233;fense dans le proc&#232;s des dirigeants du P.O.U.M. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Dans le Programme de transition, adopt&#233; en 1938 &#224; la conf&#233;rence de fondation de la IV&#176; Internationale, Trotsky fait remonter &#224; la d&#233;faite allemande et &#224; la prise du pouvoir par Hitler le &#171; passage d&#233;finitif &#187; de l'Internationale communiste &#171; du c&#244;t&#233; de l'ordre bourgeois &#187;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Dans un ouvrage paru en 1971, G. Hermet, sur la base des sources du P.C.E. &#233;crit que &#171; le parti compte en mars 1937, 55 % de paysans, dont une majorit&#233; de petits exploitants, et pr&#232;s de 10 % de membres des classes moyennes et des professions lib&#233;rales, contre seulement 35 % d'ouvriers d'industrie &#187;. Il ajoute que &#171; 53 % des membres se trouvent dans l'arm&#233;e &#187; et parle de &#171; ruralisation &#187; et d' &#171; embourgeoisement des effectifs communistes &#187; pendant la guerre civile (Les Communistes en Espagne, pp. 46-49). Il semble incontestable que le P.C.E., devenu &#171; parti de l'ordre &#187;, servit de refuge aux partisans de l'&#171; ordre &#187; qui ne se recrutaient pas particuli&#232;rement en milieu ouvrier. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Juan Garcia Oliver (1901- ??) : Membre de la C.N.T. anarcho-syndicaliste. D'abord chef de file des &#171; anarcho-bolch&#233;viks &#187;, il devient ministre de la Justice du gouvernement de J. Giral &#224; partir de septembre 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] En juillet 1936 comme en mai 1937, non seulement la masse des ouvriers influenc&#233;s par l'anarchisme et l'anarcho-syndicalisme, mais la majorit&#233; de leurs cadres organisateurs au sein de la classe ouvri&#232;re se lanc&#232;rent dans la lutte sur une ligne r&#233;volutionnaire qui tendait plus ou moins consciemment chez eux &#224; la prise du pouvoir par les travailleurs. Ce sont les combats de Barcelone en juillet qui ont achev&#233; de dessiner la l&#233;gende de Durruti, intr&#233;pide lutteur. En revanche, pendant toute cette p&#233;riode, le r&#244;le d'Horacio Prieto secr&#233;taire du comit&#233; national de la C.N.T., fur d&#233;cisif chaque fois qu'il s'est agi de la collaboration entre la C.N.T. et le gouvernement. juan Garcia Oliver, l'ancien chef de file de ceux que l'on appelait les &#171; anarcho-bolcheviks &#187;, joua un r&#244;le d&#233;ter&#173;minant aussi bien en juillet 1936, en utilisant son autorit&#233; pour pr&#233;server les institutions de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne, le pr&#233;sident Companys en t&#234;te, qu'en arr&#234;tant les combats au mois de mai 1937 &#224; Barcelone. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Le ministre anarchiste Juan Peiro, membre du gouvernement de Largo Caballero, &#233;crivait dans Politica du 23 f&#233;vrier 1937 : &#171; Notre victoire d&#233;pendait et d&#233;pend encore de l'Angleterre et de la France, mais &#224; condition de faire la guerre et non la r&#233;volution. (...) La voie &#224; suivre est celle-ci : faire la guerre et, tout en faisant la guerre, nous limiter &#224; la pr&#233;paration de la r&#233;volution. &#187; (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Dressant un bilan de cette &#233;poque, l'anarchiste Santill&#224;n &#233;crit apr&#232;s la d&#233;faite : &#171; Nous pouvions &#234;tre seuls, imposer notre volont&#233; absolue, d&#233;clarer caduque la G&#233;n&#233;ralit&#233; et imposer &#224; sa place un v&#233;ritable pouvoir du peuple ; mais nous ne croyions pas &#224; la dictature quand elle s'exer&#231;ait contre nous et nous ne la d&#233;sirions pas quand nous pouvions nous-m&#234;mes l'exercer aux d&#233;pens des autres &#187; (Santill&#224;n, Por qu&#233; perdimos la guerra, p. 169). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; dans La Velada de Benicarlo le &#171; soul&#232;vement prol&#233;tarien &#187; ripostant au coup des g&#233;n&#233;raux, Aza&#242;a &#233;crit : &#171; Une r&#233;volution a besoin de s'emparer du commandement, de s'installer au gouvernement, de diriger le pays selon ses vues. Elle ne l'a pas fait. (...) L'ancien ordre pouvait &#234;tre remplac&#233; par un autre, r&#233;volutionnaire. Il n'en a rien &#233;t&#233;, il n'en est sorti qu'impuissance et d&#233;sordre &#187; (op. cit. p. 96). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] La mention de Durruti dans cette parenth&#232;se semble sugg&#233;rer que Durruti se rapprochait des conceptions marxistes, et qu'il fut assassin&#233; par les staliniens, La version de son assassinat par le G.P.U. circula longtemps parmi les r&#233;volutionnaires, mais elle n'a jamais &#233;t&#233; prouv&#233;e. Ce point d'histoire est discut&#233; avec soin dans la derni&#232;re partie de Durruti, Le peuple en armes par Abel Paz, qui conteste nos conclusions. La propagande stalinienne s'effor&#231;a de r&#233;cup&#233;rer &#224; son profit la popularit&#233; de Durruti, lui attribuant notamment la phrase suivant laquelle il fallait &#234;tre pr&#234;t &#224; renoncer &#171; &#224; tout, sauf &#224; la victoire &#187;. Les Izvetija du 23 novembre 1936 affirmaient qu'il s'&#233;tait rapproch&#233; du P.C. et faisaient &#233;cho &#224; une rumeur selon laquelle il y aurait adh&#233;r&#233; en secret... Les nombreux t&#233;moignages recueillis par Abel Paz, l'interview donn&#233;e par Durruti &#224; Pierre Van Paasen (Toronto Star, 18 ao&#251;t 1936), le texte de sa lettre aux travailleurs sovi&#233;tiques (C.N.T., 2 novembre 1936 in extenso dans Paz, op. cit., pp. 403-404) tendraient &#224; prouver le contraire : Durruti &#233;tait tr&#232;s conscient de la n&#233;cessit&#233; de mener de front la guerre et la r&#233;volution : il avait refus&#233; la &#171; militarisation &#187;, tout en faisant r&#233;gner dans sa colonne une r&#233;elle discipline. Ce furent certains de ses compagnons les plus proches comme l'instituteur Francisco Car&#173; qui devaient au printemps 1937 former le groupe des &#171; Amis de Durruti &#187;, hostiles tant &#224; l'anti-&#233;tatisme traditionnel et simpliste des anarchistes qu'au minist&#233;rialisme des dirigeants anarchistes espagnols. En mai 1937, les Amis de Durruti travaill&#232;rent avec Moulin et le groupe bolch&#233;vique-l&#233;niniste. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] La premi&#232;re traduction fran&#231;aise porte : &#171; Tout rapprochement vers nos conceptions &#187; - au lieu de &#171; proximit&#233; &#187; - ce qui est insou&#173;tenable, car Trotsky ne pouvait supposer qu'&#224; cette date Nin et moins encore Landau se &#171; rapprochaient &#187; de ses conceptions. En revanche, la remarque est int&#233;ressante au regard de la vive pol&#233;mique entre lui et ces militants qu'il consid&#233;rait bel et bien comme politiquement &#171; proches &#187; de ses conceptions. On sait que Nin fut assassin&#233; par le G.P.U. Il ne fait aucun doute que Kurt Landau, arr&#234;t&#233; deux mois plus tard, connut le m&#234;me sort (voir Katia Landau, Le Stalinisme en Espagne). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ou la formule &#171; Caballero-Negrin &#187; est volontairement ambigu&#235;, ou Trotsky se trompe. Il y avait en effet dans le gouvernement Largo Caballero - o&#249; Negrin &#233;tait ministre des finances - quatre ministres anarchistes au moment des deux premiers proc&#232;s de Moscou, de la r&#233;pression contre le P.O.U.M. de Madrid et lors des journ&#233;es de mai de Barcelone : Juan Peiro, Juan Lopez, Federica Montseny, et Juan Garci&#224; Oliver. En revanche, apr&#232;s la d&#233;mission de Largo Caballero, &#224; la fin de mai 1937, la C.N.T. refusa d'entrer dans le gouvernement form&#233; par Negrin ; elle n'&#233;tait donc pas repr&#233;sent&#233;e au gouvernement au moment o&#249; furent assassin&#233;s Andr&#233;s Nin, Kurt Landau, Erwin Wolf et les autres. C'est au mois de juin suivant qu'elle quitte &#233;galement le gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. Toutefois, ce d&#233;part ne correspond pas &#224; un changement d'attitude de la part des dirigeants de la C.N.T. C&#233;sar M. Lorenzo - que l'on peut soup&#231;onner d'hostilit&#233; &#224; leur &#233;gard - r&#233;sume leur politique &#224; l'&#233;gard du gouvernement Negrin et Companys de cette p&#233;riode par une formule cruelle : &#171; Les anarchistes supplient Negrin et Companys &#187; (p. 302). Quinze jours apr&#232;s leur &#233;viction du gouvernement, un pl&#233;num p&#233;ninsulaire semble revendiquer leur retour. Au d&#233;but de l'ann&#233;e suivante, la C.N.T. puis la F.A.I. adh&#232;rent au Front populaire, et, le 2 avril 1938, la C.N.T. entre dans un gouvernement Negrin remani&#233;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Le r&#244;le jou&#233; par Trotsky au cours de la guerre civile en Russie dans la r&#233;pression de l'insurrection paysanne de Makhno, puis, en mars 1921, de celle de Cronstadt, deux mouvements revendiqu&#233;s par les anarchistes, servait et sert toujours de base aux attaques des anarchistes contre Trotsky et le trotskisme, assimil&#233; &#224; une variante du stalinisme. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, il est &#233;vident que la presse du P.O.U.M. s'est adress&#233;e aux dirigeants anarchistes avec beaucoup d'humilit&#233;. Juan Andrade avait, par exemple, consacr&#233; ses &#171; notes quotidiennes &#187; des 22 et 23 janvier &#224; l'attitude de la C.N.T., &#233;crivant notamment le 22 : &#171; Contrairement &#224; ce qui s'est produit pour l'anarchisme dans les r&#233;volutions d'autres pays, en Espagne, du fait de sa force exceptionnelle, il constitue la cl&#233; de vo&#251;te de l'orientation de la r&#233;volution. Nous ne savons si les camarades anarcho-syndicalistes eux-m&#234;mes se sont bien rendu compte de leur responsabilit&#233; sur ce terrain : ils sont la force d&#233;cisive du mouvement ouvrier espagnol, et c'est d'eux que d&#233;pend en tr&#232;s grande partie le sort de la r&#233;volution. (...) La C.N.T. a un poids suffisant pour changer en un sens ou un autre le cours des &#233;v&#233;nements. (...) Depuis le premier moment, convaincus de ne pas disposer de la force suffisante pour changer compl&#232;tement le rythme des choses, nous avons tent&#233; de faire ressortir pour nos camarades anarchistes la fonction qui leur incombe. (...) Il s'agit des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat avant tout, et c'est pour cela qu'il vaut la peine d'insister sur ce th&#232;me. &#187; Apr&#232;s ces pr&#233;cautions oratoires, Andrade concluait que la C.N.T. faisait, &#171; dans les faits, le jeu du r&#233;formisme &#187;. Or Solidaridad obrera allait se f&#226;cher tout rouge, ce qui contraignait Andrade &#224; la contrition dans une &#171; contre-r&#233;plique &#187; du 26 janvier : &#171; je me suis born&#233; &#224; souligner le comportement contradictoire de la Conf&#233;d&#233;ration et la n&#233;cessit&#233; que cette fa&#231;on abstraite de se situer devant la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements acqui&#232;re une expression plus coh&#233;rente dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de la r&#233;volution. (...) Nous sentons que notre intention a &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233;e par le quotidien conf&#233;d&#233;ral. Nous en sommes pein&#233;s, non parce que nous chercherions &#224; tirer partie d'un changement d'attitude, mais parce que, ce qui est en jeu, ce sont les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution. La preuve de l'innocence (bondad) de notre proposition est que nous avons commenc&#233; par d&#233;clarer que notre influence dans le cadre du mouvement ouvrier n'&#233;tait pas assez forte pour orienter le cours des &#233;v&#233;nements sur la voie qui nous paraissait la meilleure pour les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution. Nous avons &#233;galement reconnu le poids sp&#233;cifique &#233;norme dont jouit la C.N.T. dans les masses ouvri&#232;res d'un grand instinct r&#233;volutionnaire. &#187; Le m&#234;me Andrade, un mois plus tard, commentant l'article de Peiro mentionn&#233; plus haut, &#233;crit : &#171; Le ministre de la C.N.T. - nous ne disons pas la C.N.T. - s'identifie pleinement avec la position r&#233;formiste &#187;, pr&#233;cisant qu'il ne veut qu'&#171; attirer l'attention sur le divorce, la divergence dans les crit&#232;res qui semble se produire entre la C.N.T. et les membres qui la repr&#233;sentent dans le gouvernement central &#187;, &#171; un avertissement plein de cordialit&#233; (...) &#224; tous les camarades de la C.N.T. &#187; (La Batalla, 26 f&#233;vrier 1937). Il ne s'agit bien entendu pas l&#224; d'une attitude personnelle. Un &#233;ditorial du 3 mars dans La Batalla affirme : &#171; La responsabilit&#233; des dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. est &#233;norme. Ils d&#233;tiennent la cl&#233; de la situation. Plus, ils sont ceux qui peuvent d&#233;cider du cours de la r&#233;volution. &#187; La remise aux dirigeants de la C.N.T. de la cl&#233; de l'avenir - m&#234;me verbale &#233;tait &#233;videmment dans la logique d'une politique dont l'axe demeurait, comme le d&#233;clarait Nin au C.C. de d&#233;cembre 1936, son &#171; pacte secret &#187; avec la direction de la C.N.T. Sur ce point, la critique de l'opposition de gauche du P.O.U.M. rejoint celle de Trotsky, la cellule 72 &#233;crivant dans ses &#171; contre-th&#232;ses &#187; : &#171; L'absence d'une critique fraternelle, mais s&#233;v&#232;re, de la C.N.T. par le P.O.U.M., a emp&#234;ch&#233; les masses de la C.N.T. et la classe ouvri&#232;re en g&#233;n&#233;ral d'&#233;tablir une diff&#233;rence, pourtant essentielle, entre l'une et l'autre et a permis de confondre, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, leurs positions et mots d'ordre respectifs. &#187; (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Dans La Batalla du 26 janvier 1937, Andrade rappelle l'existence pass&#233;e de la F.O.U.S. et les conditions de son autodissolution et de l'adh&#233;sion de ses militants &#224; l'U.G.T., &#171; pour entrer dans une des centrales existantes, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment dans celle &#224; l'int&#233;rieur de laquelle les organisations qui constituaient la F.O.U.S. esp&#233;raient pouvoir le mieux travailler en faveur de l'unit&#233; syndicale, puisqu'elle &#233;tait dirig&#233;e par le r&#233;formisme qui est toujours l'ennemi principal &#187;. Ainsi le P.O.U.M. manifestait-il une fois de plus par ces propos son d&#233;sir d'&#233;viter tout incident avec la C.N.T. L&#224; encore, bien des militants du P.O.U.M. exprimaient des critiques. Au C.C. &#233;largi de d&#233;cembre 1936, le repr&#233;sentant de Madrid d&#233;clare, &#224; propos de ce qu'il appelle &#171; le rapprochement avec la C.N.T. &#187;, que l'un des dangers de cette orientation appara&#238;t dans la d&#233;cision d'entrer &#224; l'U.G.T. : il souligne que, du coup, les rapports avec la C.N.T. sont seulement des rapports au sommet, et non, comme ce serait souhaitable, des rapports nou&#233;s &#034;au sein des masses conf&#233;d&#233;rales&#034;. &#187; De son c&#244;t&#233;, Jos&#233; Rebull &#233;crit, dans la r&#233;solution qu'il pr&#233;sente au C.C. d'octobre 1937, qu'on doit reprocher &#224; la direction du P.O.U.M. d'avoir &#171; dissous la F.O.U.S. sous le mot d'ordre syndical erron&#233; de &#171; C.N.T.-U.G.T. &#187; au lieu d'avoir (...) mis en avant le mot d'ordre &#171; Ni C.N.T., ni U. G. T., centre syndical unique &#187;. Il ajoute : &#171; Avec un tel mot d'ordre, non seulement il aurait subsist&#233; de bonnes raisons de maintenir la F.O.U.S. - quoiqu'elle ait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; pratiquement dissoute dans de nombreuses localit&#233;s mais encore nous, serions apparus comme les champions de l'unit&#233; syndicale. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jos&#233; Rebull (1906- ??) : Responsable du P.O.U.M. d&#232;s sa fondation, administrateur de sa presse. Animateur d'une tendance de gauche au sein du parti en 1936-1937. Emigre en France en 1939, participe &#224; la r&#233;sistance socialiste, arr&#234;t&#233; par la Gestapo. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] C'est sur la base des informations envoy&#233;es directement du front d'Aragon que le trotskiste am&#233;ricain Felix Morrow &#233;crit qu'il n'y eut pas d'&#233;lection de conseils de soldats sur le front d'Aragon, dans les milices du P.O.U.M., et que la direction de ce dernier les interdisait en fait (Revolution and Counter-revolution in Spain, p. 71). Orwell ne mentionne pas l'existence de tels conseils. Dans sa r&#233;solution au C.C. d'octobre 1937, Jos&#233; Rebull reproche &#224; la direction du P.O.U.M. d'avoir permis &#224; &#171; des membres du parti, chefs de la division L&#233;nine, de saboter toute action politique aupr&#232;s des miliciens de ses rangs &#187;. Il semble en effet que le P.O.U.M. n'ait cherch&#233; ni &#224; recruter dans ses milices pour ses propres rangs, ni m&#234;me &#224; donner &#224; ses miliciens une formation politique (Orwell. op. cit., p. 263). Sans doute faut-il faire ici exception pour l'organisation madril&#232;ne du P.O.U.M. : le quotidien des milices du P.O.U.M. de ce front, El Combatiente rojo, est en effet un organe politique tr&#232;s combatif. En outre, il milite inlassablement en faveur de l'&#233;lection, dans les rangs des milices, de &#171; comit&#233;s de combattants &#187; - expression d'ailleurs syst&#233;matiquement supprim&#233;e par la censure, mais clairement sugg&#233;r&#233;e par le contexte. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] A moins que Trotsky ne fasse ici allusion &#224; la politique g&#233;n&#233;rale du P.O.U.M. depuis sa fondation, la formule utilis&#233;e par lui est fausse, ou tout au moins anachronique : depuis le d&#233;but de la guerre civile, le P.O.U.M., nous le savons, n'avait plus &#171; ses propres syndicats &#187;, organis&#233;s dans la F.O.U.S. en mai 1936, avec d'ailleurs l'objectif proclam&#233; de promouvoir la r&#233;alisation de l'unit&#233; syndicale. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Il ne semble pas possible d'affirmer que le P.O.U.M. ait eu la volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de constituer &#171; ses propres milices &#187;. D'ailleurs, la question &#233;tait discut&#233;e dans les rangs m&#234;mes des partisans de la IV&#176; Internationale : en France, en 1934, les B.-L. avaient lanc&#233; le mot d'ordre de &#171; milices du peuple &#187; auquel, pr&#233;cis&#233;ment, Trotsky lui-m&#234;me aurait pr&#233;f&#233;r&#233; celui de &#171; milices des syndicats et partis &#187; - formule qui devait pr&#233;valoir en Espagne en 1936 (Le Mouvement communiste en France, n. 318, p. 482). En r&#233;alit&#233;, le P.O.U.M. s'est trouv&#233; pris dans l'engrenage, car chaque organisation ouvri&#232;re constitua, d&#232;s les premi&#232;res heures du soul&#232;vement, ses propres unit&#233;s miliciennes. Cette situation avait pour le P.O.U.M. plus d'inconv&#233;nients que d'avantages, car il ne pouvait s'attendre &#224; aucune faveur dans la r&#233;partition des armes et des munitions, et le fait d'avoir au front ses &#171; propres secteurs &#187; le rendait particuli&#232;rement vuln&#233;rable et tragiquement d&#233;pendant. A Madrid, les milices du P.O.U.M. n'obtinrent des armes que parce que le parti syndicaliste leur c&#233;da celles qu'il avait re&#231;ues en trop, pour des effectifs tr&#232;s r&#233;duits. Ce n'est pas non plus par hasard que les pertes du P.O.U.M. sur le front de Madrid furent consid&#233;rables, neuf miliciens sur dix &#233;tant tomb&#233;s en l'espace de six mois. Parmi d'autres, George Orwell a t&#233;moign&#233; de la fa&#231;on dont le manque d'armes et de munitions, les ordres d'attaques-suicides sans protection d'artillerie ou d'aviation, permirent, sur le front d'Aragon l'extermination syst&#233;matique des militants du P.O.U.M. combattant dans ses &#171; propres milices &#187; (Orwell, op. cit., pp. 19, 21, 29). Toutefois, La Batalla du 21 janvier publie une r&#233;solution du comit&#233; ex&#233;cutif qui constitue un effort pour sortir de cette situation, puisqu'elle affirme : &#171; Sauf dans le cas o&#249; il est possible de constituer sous notre contr&#244;le direct et avec nos propres cadres une division enti&#232;re de la nouvelle arm&#233;e, nos militants et sympathisants doivent &#234;tre r&#233;partis dans diff&#233;rentes unit&#233;s. &#187; Enfin, les conditions de la guerre civile - agressions r&#233;p&#233;t&#233;es des militants et des locaux - rendaient n&#233;cessaire la garde des immeubles par des miliciens s&#251;rs, et il peut para&#238;tre abusif de la part de Trotsky de reprocher au P.O.U.M. d'avoir fait garder ses locaux par ses propres miliciens ; le contraire e&#251;t constitu&#233; une grave preuve d'irresponsabilit&#233;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Le d&#233;veloppement de &#171; partis centristes &#187; dans une p&#233;riode de crise des organisations traditionnelles, et comme &#233;tape de &#171; transition &#187; pour leurs anciens militants, constituait, selon Trotsky, une voie pratiquement in&#233;vitable en m&#234;me temps que tr&#232;s dangereuse pour la formation rapide des partis authentiquement r&#233;volutionnaires qu'il voulait constituer. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] On peut remarquer que Trotsky fait dans une certaine mesure ici ce qu'il reproche au P.O.U.M. de faire en montrant ce que les anarchis&#173;tes &#171; auraient pu faire &#187;. Mais il est &#233;vident que le P.O.U.M. - r&#233;sultat, sans doute de sa propre division interne - fit preuve sur ce plan d'une grande timidit&#233;. Ainsi La Batalla du 28 janvier 1937 souligne-t-elle la mod&#233;ration qu'elle avait manifest&#233;e, le 24 novembre 1936, quand elle avait &#233;lev&#233; une protestation contre le refus dict&#233; par les conseillers russes de l'ambassade et les dirigeants du P.C. d'inclure un repr&#233;sentant du P.O.U.M. dans la junte de d&#233;fense de la capitale. L&#224; aussi, le contraste est vif avec El Combatiente rojo, qui &#233;crivait le 2 septembre 1937 : &#171; Ce n'est pas par hasard (...) qu'aujourd'hui, dans le proc&#232;s de Zinoviev-Kamenev, on tente d'impliquer Trotsky. L'antagonisme entre la bourgeoisie lib&#233;rale et le marxisme r&#233;volutionnaire se v&#233;rifie une fois de plus. L&#233;on Trotsky, fondateur avec L&#233;nine de la III&#176; Internationale, organisateur g&#233;nial de l'arm&#233;e rouge, continue d'&#234;tre fid&#232;le au drapeau de l'internationalisme prol&#233;tarien. Ce n'est pas de la faute des bolcheviks-l&#233;ninistes si le stalinisme a remplac&#233; le drapeau rouge du prol&#233;tariat par les drapeaux tricolores des r&#233;publicains d&#233;mocratiques. (...) La bureaucratie stalinienne, qui a effac&#233; de son programme le devoir de lutter pour la victoire de la r&#233;volution mondiale et qui se d&#233;voue &#224; la t&#226;che plus modeste de d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, a de nouveau d&#233;cha&#238;n&#233; sa fureur antitrotskiste, c'est-&#224;-dire toute la haine de son impuissance face aux vrais r&#233;volutionnaires, les bolcheviks-l&#233;ninistes du monde entier. C'est pour tenter de couvrir sa capitulation qu'elle b&#226;tit de semblables &#171; affaires &#187;, qu'elle organise des proc&#232;s et ordonne de fusiller les vieux-bolcheviks &#187;. Le lien entre les proc&#232;s de Moscou et la lutte contre&#173;-r&#233;volutionnaire du stalinisme ne sera fait explicitement par Nin qu'au d&#233;but de 1937, apr&#232;s le d&#233;but de l'offensive terroriste et, en particulier, les premi&#232;res mesures contre la section de Madrid. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] De la d&#233;b&#226;cle des &#171; volontaires &#187; italiens, sous les coups d'une propagande r&#233;volutionnaire intense, au moins autant que sur le plan purement militaire, l'observateur am&#233;ricain Herbert Matthews a &#233;crit qu'elle avait &#233;t&#233; pour le fascisme italien ce que Bailen avait &#233;t&#233; pour l'arm&#233;e napol&#233;onienne, l'&#233;v&#233;nement le plus consid&#233;rable en tout cas depuis 1918 (Matthews, Two Wars and More to Come, p. 264). Quant aux pourparlers avec les nationalistes marocains en vue d'une telle propagande en direction des soldats marocains de Franco, ils &#233;chou&#232;rent par suite du refus des gouvernements de Front populaire de proclamer l'ind&#233;pendance du Maroc, refus qu'ils justifiaient ici encore par la n&#233;cessit&#233; de ne pas m&#233;contenter les gouvernements de Paris, au premier chef, et de Londres. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] T&#233;moignage pr&#233;cieux de la part de l'auteur de l'Histoire de la r&#233;volution russe, dont il avait &#233;t&#233; l'un des principaux acteurs, c'est l&#224; une opinion partag&#233;e par Andr&#233;s Nin qui connut la r&#233;volution russe dans ses premi&#232;res ann&#233;es. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Natalia Trotsky raconte, &#224; propos de l'ann&#233;e 1927, les circonstances dramatiques dans lesquelles Trotsky qualifia pour la premi&#232;re fois Staline de &#171; fossoyeur de la r&#233;volution &#187; : &#171; Mouralov, Ivan Smirnov et les autres se r&#233;unirent un apr&#232;s-midi chez nous, au Kremlin, attendant que L&#233;on Davidovitch rentr&#226;t d'une r&#233;union du Bureau politique. Piatakov revint le premeir, tr&#232;s p&#226;le, boulevers&#233;. Il se versa un verre d'eau, but avidement, et dit : &#171; J'ai vu le feu, vous le savez, mais &#231;a, &#231;a ! C'&#233;tait pire que tout ! Et pourquoi L&#233;on Davidovitch a-t-il dit &#231;a ? Staline ne le pardonnera pas &#224; ses arri&#232;re-neveux ! &#187; Piatakov, accabl&#233;, ne put m&#234;me pas nous expliquer clairement ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Quand L&#233;on Davidovitch entra enfin dans la salle &#224; manger, Piatakov se pr&#233;cipita vers lui : &#171; Mais pourquoi avez-vous dit &#231;a ? &#187; L&#233;on Davidovitch &#233;carta de la main les questions. Il &#233;tait &#233;puis&#233; et calme. Il avait cri&#233; &#224; Staline : &#171; Fossoyeur de la r&#233;volution ! &#187; Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral s'&#233;tait lev&#233;, se dominant avec peine, et s'&#233;tait jet&#233; hors de la salle en faisant claquer la porte. Nous compr&#238;mes tous que cette rupture &#233;tait irr&#233;parable &#187; (Victor Serge, Vie et mort de Trotsky, pp. 180-181.) Bien qu'il n'ait pas toujours &#224; l'&#233;poque exactement mesur&#233; la capacit&#233; contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, Trotsky avait depuis des ann&#233;es compris son r&#244;le, alors que bien des r&#233;volutionnaires authentiques sous-estimaient cette capacit&#233;, quand ils ne nourrissaient pas encore des illusions &#224; son sujet. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Le 28 mars 1917, avant le retour de L&#233;nine, s'&#233;tait tenue &#224; Petrograd une conf&#233;rence panrusse des bolcheviks. Staline, r&#233;cemment revenu de Sib&#233;rie, et Kamenev orientaient le parti vers une politique de conciliation. Dans le rapport, Staline d&#233;clarait : &#171; Le pouvoir s'est divis&#233; entre deux organes dont aucun n'exerce la pl&#233;nitude du pouvoir. Entre eux existent et doivent exister des frictions, une lutte. Les r&#244;les se sont partag&#233;s entre eux. Le Soviet a pris en fait l'initiative des transformations r&#233;volutionnaires, le Soviet est le chef r&#233;volutionnaire du peuple insurg&#233;, l'organe qui contr&#244;le le gouvernement provisoire. Le gouvernement provisoire a pris en fait le r&#244;le de consolidateur des conqu&#234;tes du peuple r&#233;volutionnaire. Le Soviet mobilise les forces, contr&#244;le. Le gouvernement provisoire, en tr&#233;buchant, en s'embrouillant, prend le r&#244;le de consolidateur des conqu&#234;tes du peuple d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es. &#187; Il appelait &#224; &#171; gagner du temps en freinant le processus de rupture avec la moyenne bourgeoisie &#187; et contestait qu'il soit opportun de poser le probl&#232;me du pouvoir, pr&#233;cisant : &#171; Le gouvernement provisoire n'est pas si faible que &#231;a. Sa force repose sur le soutien que lui apporte le capital anglo-fran&#231;ais, sur l'inertie de la province, sur les sympathies qu'il &#233;veille. &#187; Cette ligne, la m&#234;me qui &#233;tait d&#233;fendue en Espagne par le P.C.E. et les autres partisans du Front populaire, devait &#234;tre mise en pi&#232;ces par les Th&#232;ses d'avril de L&#233;nine. (&#171; Proc&#232;s-verbaux de la conf&#233;rence... &#187; Voprosy Istorii K.P.S.S., n&#176;5, 1962, p. 112.) (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, les livraisons de charbon polonais &#224; l'Espagne ont bien aid&#233; Franco &#224; briser les gr&#232;ves des mineurs asturiens... (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Le g&#233;n&#233;ral Miaja abandonna le P.C. avant la fin de la guerre civile, acceptant de pr&#233;sider la junte cr&#233;&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Casado, vraisemblablement avec l'appui britannique, afin d'&#233;liminer les dirigeants du P.C. et Negrin et de n&#233;gocier la fin de la guerre civile. L'un de ses principaux collaborateurs, le g&#233;n&#233;ral Rojo, devait retourner apr&#232;s la guerre dans l'Espagne franquiste. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Etat vu par les anarchistes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'Etat vu par les anarchistes &lt;br class='autobr' /&gt;
POLEMIQUE AVEC LES ANARCHISTES &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pol&#233;mique remonte &#224; 1873. Marx et Engels avaient publi&#233; des articles contre les proudhoniens &#034;antiautoritaires&#034; dans un recueil socialiste italien ; et ce n'est qu'en 1913 que ces articles parurent en traduction allemande dans la Neue Zeit. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Si la lutte politique de la classe ouvri&#232;re, &#233;crivait Marx, raillant les anarchistes et leur n&#233;gation de la politique, rev&#234;t des formes r&#233;volutionnaires ; si, &#224; la place de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Etat vu par les anarchistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;POLEMIQUE AVEC LES ANARCHISTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pol&#233;mique remonte &#224; 1873. Marx et Engels avaient publi&#233; des articles contre les proudhoniens &#034;antiautoritaires&#034; dans un recueil socialiste italien ; et ce n'est qu'en 1913 que ces articles parurent en traduction allemande dans la Neue Zeit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si la lutte politique de la classe ouvri&#232;re, &#233;crivait Marx, raillant les anarchistes et leur n&#233;gation de la politique, rev&#234;t des formes r&#233;volutionnaires ; si, &#224; la place de la dictature de la bourgeoisie, les ouvriers &#233;tablissent leur dictature r&#233;volutionnaire, ils commettent un crime effroyable de l&#232;se-principes, car, pour satisfaire leurs mis&#233;rables et grossiers besoins du jour, pour briser la r&#233;sistance de la bourgeoisie, ils donnent &#224; l'Etat une forme r&#233;volutionnaire et passag&#232;re, au lieu de d&#233;poser les armes et d'abolir l'Etat&#034; (Neue Zeit, 1913-1914, 32e ann&#233;e, tome I, p. 40).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est uniquement contre cette &#034;abolition-l&#224;&#034; de l'Etat que s'&#233;levait Marx quand il r&#233;futait les anarchistes ! Il ne s'&#233;levait pas du tout contre l'id&#233;e que l'Etat dispara&#238;tra avec les classes, ou sera aboli avec leur abolition, mais contre le refus &#233;ventuel, de la part des ouvriers, d'employer les armes, d'user de la violence organis&#233;e, c'est-&#224;-dire de l'Etat, qui doit servir &#224; &#034;briser la r&#233;sistance de la bourgeoisie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx souligne express&#233;ment - pour qu'on ne vienne pas d&#233;naturer le sens v&#233;ritable de sa lutte contre l'anarchisme - la &#034;forme r&#233;volutionnaire et passag&#232;re &#034; de l'Etat n&#233;cessaire au prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat n'a besoin de l'Etat que pour un temps. Nous ne sommes pas le moins du monde en d&#233;saccord avec les anarchistes quant &#224; l'abolition de l'Etat en tant que but . Nous affirmons que, pour atteindre ce but, il est n&#233;cessaire d'utiliser provisoirement les instruments, les moyens et les proc&#233;d&#233;s du pouvoir d'Etat contre les exploiteurs, de m&#234;me que, pour supprimer les classe, il est indispensable d'&#233;tablir la dictature provisoire de la classe opprim&#233;e. Marx choisit la fa&#231;on la plus incisive et la plus nette de poser la question contre les anarchistes : les ouvriers doivent-ils, en renversant le joug des capitalistes, &#034;d&#233;poser les armes&#034; ou les utiliser contre les capitalistes afin de briser leur r&#233;sistance ? Or, si une classe fait syst&#233;matiquement usage de ses armes contre une autre classe, qu'est-ce donc sinon une &#034;forme passag&#232;re&#034; de l'Etat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que chaque social-d&#233;mocrate s'interroge : est-ce bien ainsi qu'il posait lui-m&#234;me la question de l'Etat dans la pol&#233;mique avec les anarchistes ? Est-ce bien ainsi que posait cette question l'immense majorit&#233; des partis socialistes officiels de la IIe Internationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels expose les m&#234;mes id&#233;es d'une mani&#232;re beaucoup plus d&#233;taill&#233;e et plus populaire encore. Tout d'abord, il raille la confusion d'id&#233;es chez les proudhoniens, qui s'intitulaient &#034;antiautoritaires&#034;, c'est-&#224;-dire qui niaient toute autorit&#233;, toute subordination, tout pouvoir. Prenez une usine, un chemin de fer, un navire en haute mer, dit Engels ; n'est-il pas &#233;vident que, sans une certaine subordination, donc sans une certaine autorit&#233; ou un certain pouvoir, il est impossible de faire fonctionner aucun de ces &#233;tablissements techniques compliqu&#233;s, fond&#233;s sur l'emploi des machines et la collaboration m&#233;thodique de nombreuses personnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Lorsque j'avance de semblables arguments contre les plus furieux antiautoritaires, &#233;crit Engels, ceux-ci ne savent que me r&#233;pondre : &#034;Ah ! cela est vrai, mais il ne s'agit pas ici d'une autorit&#233; que nous donnons &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s, mais d'une mission !&#034; Ces messieurs croient avoir chang&#233; les choses quand ils en ont chang&#233; les noms.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi d&#233;montr&#233; qu'autorit&#233; et autonomie sont des notions relatives ; que le domaine de leur application varie suivant les diff&#233;rentes phases de l'&#233;volution sociale ; qu'il est absurde de les prendre pour des absolus ; apr&#232;s avoir ajout&#233; que le domaine de l'emploi des machines et de la grande industrie s'&#233;tend de plus en plus, Engels passe, des consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales sur l'autorit&#233;, &#224; la question de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si les autonomistes, &#233;crit-il, se bornaient &#224; dire que l'organisation sociale de l'avenir restreindra l'autorit&#233; aux seules limites &#224; l'int&#233;rieur desquelles les conditions de la production la rendent in&#233;vitable, on pourrait s'entendre ; au lieu de cela, ils restent aveugles devant tous les faits qui rendent n&#233;cessaire la chose, et ils se dressent contre le mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les antiautoritaires ne se bornent-ils pas &#224; s'&#233;lever contre l'autorit&#233; politique, contre l'Etat ? Tous les socialistes sont d'accord que l'Etat politique et, avec lui, l'autorit&#233; politique dispara&#238;tront en cons&#233;quence de la prochaine r&#233;volution sociale, &#224; savoir que les fonctions publiques perdront leur caract&#232;re politique et se transformeront en simples fonctions administratives prot&#233;geant les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts sociaux. Mais les antiautoritaires demandent que l'Etat politique autoritaire soit aboli d'un coup, avant m&#234;me qu'on ait d&#233;truit les conditions sociales qui l'ont fait na&#238;tre. Ils demandent que le premier acte de la r&#233;volution sociale soit l'abolition de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont-ils jamais vu une r&#233;volution, ces messieurs ? Une r&#233;volution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit ; c'est l'acte par lequel une partie de la population impose sa volont&#233; &#224; l'autre au moyen de fusils, de ba&#239;onnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est ; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit maintenir son pouvoir par la peur que ses armes inspirent aux r&#233;actionnaires. La Commune de Paris aurait-elle dur&#233; un seul jour, si elle ne s'&#233;tait pas servie de cette autorit&#233; du peuple arm&#233; face aux bourgeois ? Ne peut-on, au contraire, lui reprocher de ne pas s'en &#234;tre servi assez largement ? Donc, de deux choses l'une : ou les antiautoritaires ne savent pas ce qu'ils disent, et, dans ce cas, ils ne s&#232;ment que la confusion ; ou bien, ils le savent et, dans ce cas, ils trahissent le mouvement du prol&#233;tariat. Dans un cas comme dans l'autre, ils servent la r&#233;action.&#034; (p.39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce passage sont abord&#233;es des questions qu'il convient d'examiner en connexion avec le probl&#232;me des rapports entre la politique et l'&#233;conomie lors de l'extinction de l'Etat (ce th&#232;me sera trait&#233; dans le chapitre suivant). Telle la question de la transformation des fonctions publiques, de politiques qu'elles &#233;taient, en simples fonctions administratives ; telle la question de l'&#034;Etat politique&#034;. Cette derni&#232;re expression, particuli&#232;rement susceptible de soulever des malentendus, est une allusion au processus d'extinction de l'Etat : il arrive un moment o&#249; l'Etat en voie d'extinction peut &#234;tre appel&#233; un Etat non politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce passage d'Engels, c'est encore la fa&#231;on dont il pose la question contre les anarchistes. Les social-d&#233;mocrates qui veulent &#234;tre les disciples d'Engels ont pol&#233;miqu&#233; des millions de fois avec les anarchistes depuis 1873, mais le fait est qu'ils n'ont pas discut&#233; comme les marxistes peuvent et doivent le faire. L'id&#233;e de l'abolition de l'Etat est, chez les anarchistes, confuse et non r&#233;volutionnaire : voil&#224; comment Engels posait la question. C'est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;volution que les anarchistes se refusent &#224; voir, sa naissance et son d&#233;veloppement, ses t&#226;ches sp&#233;cifiques en ce qui concerne la violence, l'autorit&#233;, le pouvoir et l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'anarchisme se r&#233;duit habituellement, pour les social-d&#233;mocrates actuels, &#224; cette pure banalit&#233; petite-bourgeoise : &#034;Nous admettons l'Etat, les anarchistes non !&#034; Naturellement, une telle banalit&#233; ne peut manquer de r&#233;pugner &#224; des ouvriers tant soit peu r&#233;fl&#233;chis et r&#233;volutionnaires. Engels dit autre chose : il souligne que tous les socialistes reconnaissent la disparition de l'Etat comme une cons&#233;quence de la r&#233;volution socialiste. Il pose ensuite la question concr&#232;te de la r&#233;volution, question que les social-d&#233;mocrates laissent habituellement de c&#244;t&#233; par opportunisme, abandonnant pour ainsi dire aux seuls anarchistes le soin de l'&#034;&#233;tudier&#034;. Et, en posant cette question, Engels prend le taureau par les cornes : la Commune n'aurait-elle pas d&#251; se servir davantage du pouvoir r&#233;volutionnaire de l'Etat , c'est-&#224;-dire du prol&#233;tariat arm&#233;, organis&#233; en classe dominante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie officielle, qui donnait le ton, &#233;ludait g&#233;n&#233;ralement la question des t&#226;ches concr&#232;tes du prol&#233;tariat dans la r&#233;volution, soit tout simplement par un sarcasme de philistin, soit, dans le meilleur des cas, par ce sophisme &#233;vasif : &#034;On verra plus tard&#034;. Et les anarchistes &#233;taient en droit de dire de cette social-d&#233;mocratie qu'elle manquait &#224; son devoir, qui est de faire l'&#233;ducation r&#233;volutionnaire des ouvriers. Engels met &#224; profit l'exp&#233;rience de la derni&#232;re r&#233;volution prol&#233;tarienne justement pour &#233;tudier de la fa&#231;on la plus concr&#232;te ce que le prol&#233;tariat doit faire en ce qui concerne &#224; la fois les banques et l'Etat, et comment il doit s'y prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187; : &#171; L'anarchisme a &#233;t&#233; souvent une sorte de ch&#226;timent pour les d&#233;viations opportunistes du mouvement ouvrier. Ces deux aberrations se compl&#233;taient mutuellement. &#187; L'opportunisme ne veut plus d&#233;truire l'Etat bourgeois et l'anarchisme veut d&#233;truire imm&#233;diatement tout Etat et donc ne veut pas construire l'Etat ouvrier, pourtant l'arme indispensable tant qu'existent des Etats capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des anarchistes ont capitul&#233; devant l'Etat capitaliste en guerre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5070&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5070&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des anarchistes ont fait partie de l'appareil d'Etat contre une des plus grandes r&#233;volutions sociales de l'Histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7096&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7096&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie de la trahison de la r&#233;volution espagnole par les dirigeants anarchistes de la CNT-FAI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4795&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4795&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durruti et les &#171; amis de Durruti &#187;, des r&#233;volutionnaires anarchistes qui n'ont pas d&#233;m&#233;rit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4800&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4800&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique des anarchistes dans la r&#233;volution espagnole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article280&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article280&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article753&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article753&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon et la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article196&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article196&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon est-il le p&#232;re de l'anarchisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3823&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3823&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et l'anarchisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article918&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; de Proudhon est de 1840 ; la &#171; Philosophie de la Mis&#232;re &#187; de 1846. (Marx y r&#233;pondra par sa Mis&#232;re de la philosophie...) Esprit juridique, esprit pratique aussi, de petit artisan fran&#231;ais, Proudhon d&#233;finit la propri&#233;t&#233; par le vol, constate en termes d'une clart&#233; parfaite l'antagonisme des poss&#233;dants et des salari&#233;s exploit&#233;s, en d&#233;duit la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution sociale, mais se r&#233;fugie aussit&#244;t dans le mutuellisme. Marx dira de lui que &#034;le petit bourgeois est la contradiction vivante&#034; &#8211; et Blanqui que &#034;Proudhon n'est socialiste que par l'ill&#233;gitimit&#233; de l'int&#233;r&#234;t&#034; [2]. Kropotkine le justifiera en ces termes : &#034;Dans son syst&#232;me mutuelliste, que cherchait-il, sinon de rendre le capital moins offensif, malgr&#233; le maintien de la propri&#233;t&#233; individuelle, qu'il d&#233;testait au fond de son c&#339;ur , mais qu'il croyait n&#233;cessaire comme garantie pour l'individu contre l'&#201;tat ?&#034;[3] &#034;La r&#233;volution qui reste &#224; faire, &#233;crit Proudhon, consiste &#224; substituer le r&#233;gime &#233;conomique ou industriel au r&#233;gime gouvernemental, f&#233;odal et militaire... Alors le drapeau rouge sera proclam&#233; &#233;tendard f&#233;d&#233;ral du genre humain.&#034; La plupart des arguments qui aliment&#232;rent la pol&#233;mique entre Marx et Proudhon se retrouvent encore dans l'arsenal actuel des marxistes et des anarchistes. L'aversion des anarchistes pour l'action politique, con&#231;ue comme superflue par rapport &#224; l'action &#233;conomique, seule valable, date de Proudhon. Comme beaucoup de syndicalistes d'aujourd'hui, qui ont commenc&#233; par &#234;tre libertaires et r&#233;volutionnaires, avant de s'assagir dans le r&#233;formisme, Proudhon, dans le syst&#232;me qu'il pr&#233;conise, aboutit &#224; un ensemble de r&#233;formes destin&#233;es &#224; garantir les droits de l'individu-producteur et d&#233;duites, non de l'&#233;tude du devenir social, mais de principes abstraits, &#224; base de sentiments et de moralit&#233;. Le grand moraliste r&#233;volutionnaire se mue ainsi, malgr&#233; lui, en conservateur. &#034;Apr&#232;s avoir &#233;branl&#233; le syst&#232;me social et proclam&#233; l'imminence de la r&#233;volution, il finissait par sauvegarder le m&#233;canisme actuel sous une forme plus on moins att&#233;nu&#233;e. S'il se classe au rang des socialistes par sa critique, il demeure un conservateur petit-bourgeois dans le domaine de la pratique.&#034;[4] Le p&#232;re de l'anarchisme est aussi celui du r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bakounine donne sa d&#233;finition de l'anarchie, la voici, telle qu'il la donne dans Dieu et l'&#201;tat : &#034;Nous repoussons toute l&#233;gislation, toute autorit&#233; et toute influence privil&#233;gi&#233;e, patent&#233;e, officielle et l&#233;gale, m&#234;me issue du suffrage universel, convaincu qu'elle ne pourrait tourner jamais qu'au profit de la minorit&#233; dominante et exploitante, contre les int&#233;r&#234;ts de l'immense majorit&#233; asservie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Malatesta &#233;crit dans &#171; L'Anarchie &#187; : &#034;Pour r&#233;soudre le probl&#232;me social en faveur de tous il n y a qu'un moyen : expulser r&#233;volutionnairement le gouvernement ; exproprier r&#233;volutionnairement les d&#233;tenteurs de la richesse sociale ; mettre tout &#224; la disposition de tous et faire en sorte que toutes les forces, toutes les capacit&#233;s, toutes les bonnes volont&#233;s existant parmi les hommes agissent pour pourvoir aux besoins de tous.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Faure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;... En fait comme en th&#233;orie, l'anarchiste est antireligieux, anticapitaliste (le capitalisme est la phase pr&#233;sentement historique de la propri&#233;t&#233;) et anti&#233;tatiste. Il m&#232;ne de front le triple combat contre l'Autorit&#233;. Il n'&#233;pargne ses coups ni &#224; l'&#201;tat, ni &#224; la Propri&#233;t&#233;, ni &#224; la Religion. Il veut les supprimer tous les trois... Nous ne voulons pas seulement abolir toutes les formes de l'Autorit&#233;, nous voulons encore les d&#233;truire toutes simultan&#233;ment et nous proclamons que cette destruction totale et simultan&#233;e est indispensable.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve des r&#233;volutions : Bakounine, &#034;r&#233;volutionnaire professionnel&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne sied-il pas de juger une doctrine de r&#233;volution totale &#224; l'&#233;preuve des r&#233;volutions ? Bakounine, pour qui &#034;l'esprit destructeur &#233;tait aussi l'esprit cr&#233;ateur&#034;, avait sur la pratique r&#233;volutionnaire des id&#233;es d'une rude clart&#233;. Le terroir russe lui insufflait une &#233;nergie que rien n'affadissait. On est loin, avec lui, de la vague rh&#233;torique humanitaire et subversive de l'Encyclop&#233;die anarchiste d'&#233;dition r&#233;cente. (On retrouve, en revanche, quelque chose de lui dans la biographie d'un Durutti.) Bakounine est m&#251; par le besoin inextinguible de transformer le monde. Aucune arme efficace ne lui para&#238;t inadmissible. Antiautoritaire, il a la passion de l'organisation. Bien avant L&#233;nine, il s'acharne &#224; b&#226;tir &#8211; contre Marx, malgr&#233; Marx - une vaste organisation de &#034;r&#233;volutionnaires professionnels&#034; au sens strict du mot, d&#233;vou&#233;s, disciplin&#233;s, ob&#233;issant, pour d&#233;cha&#238;ner la temp&#234;te, au &#034;dictateur invisible&#034; &#8211; c'est-&#224;-dire &#224; lui-m&#234;me. Il invente le noyautage, dans la I&#176; Internationale : et c'est l&#224; le drame de son Alliance Internationale de la D&#233;mocratie sociale, doubl&#233;e d'une soci&#233;t&#233; secr&#232;te, qui devait jouer un r&#244;le d&#233;cisif dans la dislocation de l'Internationale des travailleurs (1872). &lt;br class='autobr' /&gt;
On est frapp&#233;, &#224; l'&#233;tudier, par la continuit&#233; de sa pens&#233;e et de son action. De quelle r&#233;volution pr&#233;parait-il, &#224; la fin de sa vie, l'instrument ? De celle qu'il avait con&#231;ue des 1848. Brupbacher r&#233;sume ainsi sa conception &#224; ce moment : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il projetait, pour la Boh&#234;me, une r&#233;volte radicale et d&#233;cisive qui, m&#234;me vaincue, e&#251;t tout boulevers&#233;. Tous les nobles devaient &#234;tre chass&#233;s, tous les eccl&#233;siastiques, tous les f&#233;odaux ; tous les domaines eussent &#233;t&#233; confisqu&#233;s, et on les e&#251;t, d'une part, r&#233;partis entre les paysans pauvres et, d'autre part, employ&#233;s &#224; couvrir les frais de la r&#233;volution. Tous les ch&#226;teaux devaient &#234;tre d&#233;truits, tous les tribunaux supprim&#233;s, tous les proc&#232;s suspendus, toutes les hynoth&#232;ques et toutes les dettes au-dessous de 1.000 gouldens annul&#233;e. Une telle r&#233;volution e&#251;t rendu impossible tout essai de restauration, d&#251;t-il &#234;tre tent&#233; par une r&#233;action victorieuse, et e&#251;t &#233;galement servi d'exemple aux r&#233;volutionnaires allemands. La Boh&#234;me devait &#234;tre transform&#233;e en un camp r&#233;volutionnaire d'o&#249; serait partie l'offensive d&#233;clench&#233;e par la r&#233;volution dans tous les pays... On e&#251;t cr&#233;&#233; &#224; Prague un gouvernement r&#233;volutionnaire disposant de pouvoirs dictatoriaux illimit&#233;s et assist&#233; par un petit nombre de sp&#233;cialistes. Les clubs, les journaux, les manifestations eussent &#233;t&#233; interdits, la jeunesse r&#233;volutionnaire envoy&#233;e dans le pays pour y faire de l'agitation et cr&#233;er une organisation militaire et r&#233;volutionnaire. Tous les ch&#244;meurs devaient &#234;tre arm&#233;s et enr&#244;l&#233;s dans une arm&#233;e 'rouge' command&#233;e par d'anciens offlciers et sous-officiers polonais et autrichiens ...&#034;[13] &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la Confession qu'il adresse, de la forteresse de Schl&#252;sselbourg, au tsar Nicolas I&#176;, sign&#233;e &#034;un criminel suppliant&#034; (&#034;Il fallait bien, dira-t-il dans quelques ann&#233;es, &#224; ses amis de Londres, me tirer des pattes de l'Ours...&#034;[14]), il trace de la future r&#233;volution russe un tableau o&#249; ne manquent vraiment que les seuls mots : dictature du prol&#233;tariat. Le voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je crois qu'en Russie, plus qu'ailleurs, un fort pouvoir dictatorial sera de rigueur, un pouvoir qui sera exclusivement pr&#233;occup&#233; de l'&#233;l&#233;vation et de l'instruction de la masse ; un pouvoir libre dans sa tendance et dans son esprit, mais sans formes parlementaires : imprimant des livres de contenu libres, mais sans libert&#233; de la presse ; un pouvoir entour&#233; de partisans, &#233;clair&#233; de leurs conseils, raffermi par leur libre collaboration, mais qui ne soit limit&#233; par rien ni par personne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons m&#234;me ici une nette pr&#233;figuration de la th&#233;orie du d&#233;p&#233;rissement de l'&#201;tat lui sera formul&#233;e par L&#233;nine en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je me disais que toute la diff&#233;rence entre cette dictature et le pouvoir monarchique consisterait uniquement en ce que la premi&#232;re, selon l'esprit de ses principes, doit tendre &#224; rendre superflue sa propre existence, car elle n'aurait d'autre but que la libert&#233;, l'ind&#233;pendance et la progressive maturit&#233; du peuple... &#034; [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bakounistes dans la r&#233;volution espagnole de 1873-74&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bakounistes subissent, en 1873, en Espagne l'&#233;preuve du feu. Seulement, comme il est de r&#232;gle, les disciples ne valent pas le ma&#238;tre, paralys&#233;s par leurs propres formules. Le roi Am&#233;d&#233;e s'en va, l'insurrection carliste &#233;clate au pays basque. Des soul&#232;vements spontan&#233;s assurent dans la plupart des villes une facile victoire aux r&#233;publicains intransigeants et aux bakounistes. S&#233;ville, Cordoue, Grenade, Malaga, Cadix, Alcoy, Valence, Murcie, Carthag&#232;ne, se veulent communes libres. La commune de Carthag&#232;ne ou &#034;canton souverain&#034;, allait r&#233;sister plus de cinq mois, de fin juillet 1873 au 11 janvier 1874. Les cantons r&#233;volutionnaires furent soumis l'un apr&#232;s l'autre. Engels a donn&#233; une analyse, peut-&#234;tre partiale, probante en tout cas des causes de cette d&#233;faite qui allait amener une restauration monarchique. Les Alliancistes &#8211; membres de l'Alliance d&#233;mocratique de Bakounine &#8211; repoussaient l'action politique ; [16] ils s'abstinrent de participer aux &#233;lections &#224; la Constituante, &#034;contribuant par l&#224; &#224; ce que fussent &#233;lus presque exclusivement des bourgeois r&#233;publicains&#034;. &#034;D&#232;s que les &#233;v&#233;nements mettent le prol&#233;tariat au premier plan, constate Engels, l'abstention devient une ineptie tangible et l'intervention active de la classe ouvri&#232;re une n&#233;cessit&#233; incontestable.&#034; Cette ineptie ne fut pas la seule. Au plus fort de la lutte, les bakounistes barcelonais, toujours pleins d'aversion pour la lutte politique, n'appel&#232;rent les ouvriers qu'&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ; ils ne voulurent pas prendre le pouvoir. (La victoire e&#251;t &#233;t&#233; pour ainsi dire d&#233;cid&#233;e par l'adh&#233;sion de Barcelone, mais Barcelone ne bougea pas)&#034;. Et la Solidarit&#233; r&#233;volutionnaire &#233;crivit : &#034;La r&#233;volution est en permanence sur la place publique... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;chauffour&#233;e obligea les bakounistes &#224; prendre le pouvoir &#224; Alcoy, cit&#233; manufacturi&#232;re. Ils cr&#233;&#232;rent un Comit&#233; du salut public &#8211; bien que leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s au Congr&#232;s de Saint-Imier eussent d&#233;cid&#233;, fort peu de temps auparavant, que &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;toute organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire ou r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre qu'une nouvelle duperie et serait aussi dangereuse pour le prol&#233;tariat que les gouvernements existants... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi lourdement handicap&#233;s par leur doctrine, que pouvaient-ils faire ? Ils ne firent rien. Bakounine venait de se d&#233;clarer pour la guerre des partisans, contre la centralisation militaire (Lettres &#224; un Fran&#231;ais, 1870). Chaque commune se battit pour son propre compte. La gendarmerie &#8211; la guardia civil &#8211; put les vaincre l'une apr&#232;s l'autre. L'Andalousie fut soumise en quinze jours. Valence r&#233;sista deux semaines. Dans tout ceci la division entre internationalistes (marxistes) et alliancistes (bakounistes, les plus nombreux) avait jou&#233; un r&#244;le aussi funeste que &#034;l'intransigeance&#034; verbale des r&#233;publicains. Engels conclut : &#034;Les bakounistes d'Espagne nous ont incomparablement montr&#233; comment il ne faut pas faire la r&#233;volution.&#034;[17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence anarchiste est souvent grande en Russie, au d&#233;but de la r&#233;volution ; mais il se trouve que les &#233;v&#233;nements posent &#224; chaque heure, inexorablement, la seule question capitale &#224; laquelle les anarchistes n'aient point de r&#233;ponse : celle du pouvoir. Le tsar abdique devant la classe ouvri&#232;re et la garnison insurg&#233;e de Petrograd. A qui le pouvoir ? Un Gouvernement Provisoire (bourgeois) se cr&#233;e, &#224; c&#244;t&#233; du Soviet ouvrier. Il y a deux pouvoirs. Apr&#232;s les &#233;meutes de juillet, L&#233;nine, cach&#233; dans une hutte de berger, en Finlande, aborde le probl&#232;me des probl&#232;mes en se mettant &#224; &#233;crire L'&#201;tat et la r&#233;volution. L'objection anarchiste le pr&#233;occupe tout autant que l'autoritarisme routinier du socialisme. Ce sont deux &#233;cueils mortels. L&#233;nine entend rendre justice aux anarchistes, trait&#233;s nagu&#232;re de bandits par Plekhanov &#8211; et par nombre d'autres mandarins du r&#233;formisme international. &#034;Le marxisme avili par les opportunistes&#034;, ne comprend rien au probl&#232;me de l'&#201;tat. L'anarchisme non plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sur ces deux questions de politique concr&#232;te : faut-il d&#233;molir la vieille machine d'&#201;tat et par quoi la remplacer ? L'anarchisme n'a rien apport&#233; m&#234;me d'&#224; peu pr&#232;s satisfaisant... Nous ne nous s&#233;parons nullement des anarchistes sur la suppression de l'&#201;tat comme but. Nous affirmons que pour atteindre ce but, il est indispensable d'utiliser provisoirement contre les exploitants les instruments, les moyens et les proc&#233;d&#233;s du pouvoir politique, de m&#234;me que pour supprimer les classes, il est indispensable d'&#233;tablir la dictature provisoire de la classe opprim&#233;e. Marx choisit la fa&#231;on la plus tranch&#233;e et la plus nette de poser la question contre les anarchistes : les ouvriers doivent-ils, en secouant 'le joug des capitalistes', 'd&#233;poser les armes', ou au contraire les tourner contre les capitalistes afin de briser leur r&#233;sistance ? Or, si une classe fait syst&#233;matiquement usage de ses armes contre une autre classe, qu'est-ce l&#224;, sinon une 'forme passag&#232;re' d'&#201;tat ?&#034;[18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#034;la r&#233;volution est bien la chose la plus autoritaire qui soit&#034; (Engels). On sait la solution de L&#233;nine : d&#233;molir de fond en comble la vieille machine de l'&#201;tat ; &#233;difier tout de suite sur ses d&#233;combres un pouvoir &#8211; un &#201;tat &#8211; radicalement diff&#233;rent, nouveau, comme il n'y en eut encore jamais, comme la Commune de Paris, en 1871, para&#238;t le pr&#233;figurer ; un &#201;tat-Commune, sans caste de fonctionnaires, sans police ni arm&#233;e distinctes de la nation, o&#249; les travailleurs exerceraient un pouvoir direct par leurs conseils locaux, f&#233;der&#233;s ; un &#201;tat, &#224; la fois, tout &#224; fait d&#233;centralis&#233;, par cons&#233;quent, et pourvu d'un m&#233;canisme central bien agissant ; un &#201;tat d&#233;mocratique et libertaire, travaillant &#224; pr&#233;parer sa propre r&#233;sorption dans la collectivit&#233; du travail, mais exer&#231;ant, contre les classes d&#233;poss&#233;d&#233;es, une v&#233;ritable dictature, dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat... L&#233;nine n'est pas un utopiste forgeant des th&#233;ories ; il s'inspire de ce qui est pour en tirer le plus grand parti vers ce qui doit &#234;tre. Ce nouvel &#201;tat existe d&#233;j&#224; &#224; c&#244;t&#233;, au-dessous de l'ancien, form&#233; en tous lieux par les Soviets. Il n'y a plus qu'a le consacrer, par le coup de boutoir de l'insurrection finale. Tout le pouvoir aux Soviets ! Si les libertaires s'incorporaient au mouvement, n'y seraient-ils pas infiniment utiles, demain, quand il s'agira de le pr&#233;munir contre la scl&#233;rose bureaucratique ? Mais &#224; la veille de l'insurrection du 7 novembre 1917, les anarchistes, dont le Goloss Trouda (La Voix du Travail, organe antisyndicaliste) est la feuille la plus r&#233;pandue, demeurent fid&#232;les &#224; leur credo n&#233;gatif. Ils &#233;crivent cinq jours avant la bataille des rues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous ne croyons pas &#224; la possibilit&#233; d'accomplir la r&#233;volution sociale par le proc&#233;d&#233; politique... par la prise du pouvoir... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que faire ? Que faire ? Ils disent bien, dans le m&#234;me article, qu'il faut &#034;ouvrir de nouveaux horizons cr&#233;ateurs &#224; la r&#233;volution, aux masses, &#224; l'humanit&#233;... &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, mais comment ? Et d'abord que vont-ils faire eux-m&#234;mes, l'insurrection bolchevik &#233;tant pr&#234;te ? Le groupe anarchiste syndicaliste d&#233;clare adopter une &#034;attitude n&#233;gative&#034; envers l'action politique qui se pr&#233;pare, mais &#234;tre d&#233;cid&#233; &#034;si l'action des masses se d&#233;clenche &#224; y participer avec la plus grande &#233;nergie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solutions anarchistes, par le &#034;travail cr&#233;ateur des masses&#034; &#224; cette heure, ne sont plus bonnes &#224; rien ; mais leur esprit r&#233;volutionnaire ne leur permet pas une d&#233;mission compl&#232;te. Ils suivent le mouvement, avec humeur. L'un des plus s&#233;rieux d'entre eux relate en ces termes ses impressions du soir de la r&#233;volution prol&#233;tarienne : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Vers 11 heures du soir ... je me trouvai dans une des rues de Petrograd. Elle &#233;tait obscure et calme. Au loin, on entendait quelques coups de fusil espac&#233;s. Subitement, une auto blind&#233;e me d&#233;passa &#224; toute allure. De l'int&#233;rieur de la voiture, une main lan&#231;a un gros paquet de feuilles de papier, lesquelles vol&#232;rent en tous sens. Je me baissai et j'en ramassai une. C'&#233;tait un appel du nouveau gouvernement aux ouvriers et paysans, leur annon&#231;ant la chute de Kerensky et, en bas, la liste du nouveau gouvernement des 'commissaires du peuple', L&#233;nine en t&#234;te. Un sentiment compliqu&#233; de tristesse, de col&#232;re, de d&#233;go&#251;t et, en m&#234;me temps, une sorte de satisfaction ironique s'empar&#232;rent de moi. 'Ces imb&#233;ciles &#8211; s'ils ne sont pas tout simplement des d&#233;magogues imposteurs &#8211; pensai-je &#8211; doivent s'imaginer qu'ils accomplissent ainsi la R&#233;volution Sociale ! Eh bien, ils vont voir... Et les masses font prendre une bonne le&#231;on....'&#034;[19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;D'apr&#232;s la th&#232;se libertaire &#8211; &#233;crit encore Voline &#8211; c'&#233;taient les masses laborieuses elles-m&#234;mes qui devaient par leur action vaste et puissante, s'appliquer &#224; la solution des probl&#232;mes reconstructifs de la r&#233;volution sociale.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les socialistes sont d'accord sur cette th&#232;se qui n'est que la paraphrase de leur commune devise : l'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. Mais quand, dans un pays boulevers&#233; de fond en comble, on ne peut formuler que cette affirmation g&#233;n&#233;rale, on se r&#233;duit soi-m&#234;me &#224; l'impuissance. Il ne suffit pas d'avoir des besoins et des aspirations pour transformer la soci&#233;t&#233; ; encore y faut-il des connaissances, des id&#233;es claires, des capacit&#233;s d'organisation et de sacrifice. Les masses russes avaient-elles dans leur ensemble un degr&#233; suffisant de conscience et de capacit&#233;s r&#233;volutionnaires ? La th&#233;orie anarchiste, s'en remettant &#224; la seule spontan&#233;it&#233; des masses, e&#251;t &#233;t&#233; juste dans un pays si avanc&#233; qu'avant m&#234;me d'abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, les travailleurs y eussent &#233;t&#233; p&#233;n&#233;tr&#233;s d'une mentalit&#233; socialiste et pourvus d'une instruction les rendant capables d'administrer la production. On &#233;tait loin de compte en Russie. Les masses savaient ce dont elles ne voulaient plus : du despotisme et de l'exploitation. Elles savaient en gros ce qu'elles voulaient : la paix, la terre, du pain, la libert&#233;. Mais tous les partis r&#233;volutionnaires r&#233;unis (et il n'y avait pas eu d'organisations syndicales tant soit peu influentes sous l'ancien r&#233;gime), rassemblant les &#233;l&#233;ments les plus conscients, les plus d&#233;vou&#233;s, les plus instruits de la population, n'y formaient qu'un pourcentage d&#233;risoire. En leur accordant un demi-million de membres ou sympathisants &#8211; de valeur bien in&#233;gale, car ces partis venaient de grossir d&#233;mesur&#233;ment en quelques mois &#8211; ils ne repr&#233;sentaient qu'une minorit&#233; d'initiative de 0,3% environ. Sans l'organisation bolchevik, il est infiniment probable que la faible spontan&#233;it&#233; r&#233;volutionnaire des masses e&#251;t &#233;t&#233; promptement r&#233;prim&#233;e par une autre minorit&#233; sociale, celle de la contre-r&#233;volution men&#233;e par des g&#233;n&#233;raux. La dictature du prol&#233;tariat sauvait la Russie d'une dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On chercherait en vain dans l'abondante litt&#233;rature anarchiste de l'&#233;poque une seule proposition pratique : ce n'est qu'affirmations lyriques, hautes revendications d'id&#233;al. Comment assurer les transports, faire marcher les boulangeries, r&#233;primer les complots des officiers ? II faut agir sur l'heure. Peu d'anarchistes, bient&#244;t bl&#226;m&#233;s par la plupart de leurs camarades, entrent dans les Soviets o&#249; leur esprit de libert&#233; pourrait &#234;tre si utile. La plupart boudent. Quand il faut signer la paix de Brest-Litovsk, parce que le front s'est d&#233;sagr&#233;g&#233;, parce que l'arm&#233;e paysanne du tsar ne veut plus se battre (ici la spontan&#233;it&#233; des masses se manifeste avec &#233;clat), parce qu'on a tent&#233; l'exp&#233;rience, pr&#233;conis&#233;e par Trotsky, &#034;ni paix ni guerre&#034;, et vu les Austro-Allemands s'avancer partout o&#249; il leur &#224; plu sans rencontrer de r&#233;sistance, les anarchistes syndicalistes de P&#233;trograd &#8211; le Goloss Trouda, avec Voline &#8211; refusent de reconna&#238;tre l'odieux trait&#233; et pr&#234;chent la guerre des partisans. Ils partent m&#234;me pour la faire, dans les marais de l'Ouest, laissent tomber leur journal et leur influence dans la capitale... Tout leur espoir, ils le fondent sur &#034;l'esprit r&#233;volutionnaire, lumi&#232;re du monde&#034;. La phrase est belle... Seulement, l'esprit r&#233;volutionnaire, n'&#233;tant point d&#233;sincarn&#233;, se nourrit de pain et ne saurait faire la guerre sans artillerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes de Moscou, dirig&#233;s par les fr&#232;res Gordine, professaient, dans leur quotidien L'Anarchie, une foi exclusivement humanitaire ; ils avaient des centaines, sinon des milliers de gardes noirs arm&#233;s, disposant de clubs qui &#233;taient de v&#233;ritables citadelles. Organis&#233;s en plusieurs groupements sans discipline commune, ils d&#233;non&#231;aient eux-m&#234;mes, dans leur presse, les agissements de leurs irresponsables, sans parvenir &#224; les faire cesser. Ils se d&#233;claraient &#034;contre les Soviets en principe, &#233;tant contre tout &#201;tat&#034;, mais formaient, en r&#233;alit&#233;, un petit &#201;tat dans l'&#201;tat, turbulent et trop arm&#233;. Ils furent d&#233;sarm&#233;s par la force, presque sans combat, dans la nuit du 11-12 ao&#251;t 1918, par ordre de Trotsky et Dzerjinski. Les gardes noires disparurent ; la presse et les groupes v&#233;g&#233;t&#232;rent [20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nestor Makhno&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchisme russe devait cependant faire preuve d'une &#233;tonnante vitalit&#233;, mais loin des grands centres industriels, dans les r&#233;gions agricoles de l'Ukraine. C'est l&#224;, entre le Don et le Dniepr, dans la petite ville rurale de Goula&#239;-Poli&#233;, qu'un ancien for&#231;at anarchiste, Nestor Makhno, forma au cours de l'&#233;t&#233; 1918 une de ces innombrables bandes de paysans insurg&#233;s qui se mirent &#224; faire aux Austro-Allemands la guerre de partisans. L'Ukraine enti&#232;re s'&#233;tait lev&#233;e ; la d&#233;mobilisation lui fournissait des armes en abondance ; elle avait son bl&#233; &#224; d&#233;fendre, sa libert&#233; &#224; conqu&#233;rir. Mahkno se battit aussi contre le Directoire nationaliste de Sim&#233;on Petlioura. D&#233;fendant l'ind&#233;pendance des paysans, il allait bient&#244;t se battre contre les Rouges, c'est-&#224;-dire contre le pouvoir centralis&#233; des Soviets. Defendant la r&#233;volution, il allait harceler sans cesse les Blancs tour &#224; tour command&#233;s par Denikine et Wrangel. Son arm&#233;e noire a rendu, il faut le dire, &#224; la r&#233;volution russe, d'inoubliables services. En 1919, pendant que le g&#233;n&#233;ral Denikine, entr&#233; &#224; Orel, mena&#231;ait Toula, arsenal de la R&#233;publique des Soviets et derni&#232;re &#233;tape avant Moscou, Nestor Makhno coupait ses communications, lui d&#233;sorganisait l'arri&#232;re, provoquait son effondrement. En 1920, pendant que Frounz&#233;, Toukhatchevski et Bl&#252;cher forcent P&#233;rekop, clef de la Crim&#233;e, pour y vaincre le baron Wrangel, Semen Karetnik et Martchenko, lieutenants de Makhno (demeur&#233; &#224; Goula&#239;-Poli&#233;, car il se m&#233;fiait avec raison), for&#231;aient le d&#233;troit de Sivach sur la glace, se ruaient en Crim&#233;e blanche, entraient &#224; Simf&#233;ropol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;pop&#233;e des paysans anarchistes d'Ukraine fut longue, chaotique, sem&#233;e d'exploits, d'exc&#232;s, de crimes, d'&#233;lans enthousiastes &#8211; magnifique et tragique. Nestor Makhno s'y r&#233;v&#233;la une des plus remarquables figures populaires de la r&#233;volution russe : chef des gens de la terre, organisateur d'une arm&#233;e unique en son genre, libertaire, quoique rudement disciplin&#233;e, dictateur &#224; sa fa&#231;on et d&#233;non&#231;ant sans cesse l'autorit&#233; comme le pire mal ; cr&#233;ateur d'une strat&#233;gie audacieuse qui lui permit de battre tour &#224; tour les vieux g&#233;n&#233;raux chevronn&#233;s, &#233;l&#232;ves des anciennes &#233;coles de guerre, et les jeunes g&#233;n&#233;raux rouges ; cr&#233;ateur d'une technique nouvelle de la guerre des partisans, dont l'attelage, cabriolet ou charrette &#8211; la tatchanka des campagnes petites-russiennes &#8211; portant une mitrailleuse, &#233;tait un des instruments. La conf&#233;d&#233;ration anarchiste du Tocsin (Nabat) avec Voline, Archinov, Aaron Baron, Rybine (Zonov) donnait au mouvement l'impulsion id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e noire de Makhno a souvent &#233;t&#233; accus&#233;e d'antis&#233;mitisme. Des exc&#232;s antis&#233;mites, il y en eut en Ukraine sous tous les drapeaux : il n'y en eut pas o&#249; les Noirs furent r&#233;ellement ma&#238;tres de leur mouvement, les auteurs sovi&#233;tiques ont d&#251; le reconna&#238;tre. On s'est plu, dans des publications communistes, &#224; d&#233;noncer ce mouvement comme l'ayant &#233;t&#233; celui des paysans cossus. C'est faux. Un travail assez consciencieux fait sous l'&#233;gide de la commission d'histoire du parti communiste de l'U.R.S.S. &#233;tablit que les paysans pauvres et moyens formaient le gros des troupes de Makhno [21]. On a reproch&#233; &#224; ce mouvement son caract&#232;re d&#233;sordonn&#233; et ses exc&#232;s ; on l'a qualifi&#233; &#034;banditisme&#034;. Les m&#234;mes reproches doivent &#224; tout aussi bon droit &#234;tre adress&#233;s &#224; tous les mouvements qui se disput&#232;rent l'Ukraine : pas un ne fut pur d'exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un mouvement, parfaitement viable, d'autonomie paysanne. Le gouvernement bolchevik commit la lourde faute de le r&#233;duire par trahison. Il est juste de constater que, de part et d'autres, l'hostilit&#233; psychologique &#233;tait irreductible. Les Noirs consid&#233;raient la &#034;dictature des commissaires&#034; comme une forme nouvelle de l'autocratie et r&#234;vaient de d&#233;cha&#238;ner contre elle la III&#176; Revolution, celle du peuple libertaire. Les Rouges consid&#233;raient les partisans anarchistes et anarchisants comme un ferment de d&#233;sorganisation destin&#233; &#224; faire, au sein du nouvel &#201;tat socialiste, le jeu de la contre-r&#233;volution petite-bourgeoise, rurale au premier chef. Il y eut d'innombrables torts r&#233;ciproques. Makhno se rallia aux Rouges contre les Blancs, fut mis ensuite hors la loi, puis reconnu de nouveau par le pouvoir des Soviets. Les plus grands torts, en tout cas, doivent &#234;tre reconnus aux plus forts. Et ceux-ci suivaient d&#233;j&#224; la pente glissante de l'&#201;tat autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky relate, dans un document r&#233;cent, qu'il envisagea avec L&#233;nine de reconna&#238;tre aux anarchistes un territoire autonome. A cette solution &#233;quitable, les paysans libertaires de Goula&#239;-Poli&#233; avaient bien droit. On la leur promit. Les choses prirent une tout autre tournure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e blanche du g&#233;n&#233;ral baron Wrangel prononce au cours de l'&#233;t&#233; 1920 une offensive victorieuse dans le Midi de l'Ukraine. Une d&#233;l&#233;gation du Comit&#233; central du parti bolchevik vient alors offrir &#224; Makhno de s'unir contre l'ennemi commun. L'accord est sign&#233; le 15 octobre 1920. Tous les anarchistes emprisonn&#233;s sur le territoire sovi&#233;tique &#034;except&#233; ceux qui ont combattu le pouvoir des Soviets les armes &#224; la main&#034; doivent &#234;tre lib&#233;r&#233;s. Pleine libert&#233; de propagande leur est assur&#233;e. L'arm&#233;e des partisans s'incorpore aux forces rouges en gardant sa formation propre. C'est sign&#233; pour les Rouges : le commandant du front sud, Frounz&#233;, les membres du Conseil r&#233;volutionnaires du front : Bela-Kun, Goussev. Pour les Noirs : Kourilenko, Popov. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les op&#233;rations communes am&#232;nent une prompte victoire sur Wrangel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les gens de Makhno comprirent alors que l'accord ne durerait plus longtemps. D&#232;s que l'on apprit &#224; Goula&#239;-Poli&#233; que Karetnik et ses partisans, entr&#233;s en Crim&#233;e, marchaient sur Simf&#233;ropol, Grigori Vassilevski, collaborateur de Makhno, s'&#233;cria : 'C'est la fin du trait&#233; ! Je vous certifie que les bolcheviks vont nous attaquer dans une semaine !'&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les anarchistes, r&#233;cemment sortis des prisons, et qui pr&#233;paraient, sur la foi de l'accord pass&#233; avec Frounz&#233;, un congr&#232;s, sont brusquement arr&#234;t&#233;s en novembre dans la Russie enti&#232;re. Les Noirs, assaillis en Crim&#233;e par les Rouges, se d&#233;fendent ; quelques centaines d'entre eux, conduits par Martchenko, r&#233;ussissent &#224; forcer le cercle de feu et &#224; rejoindre Makhno ; &#034;Le chef de l'arm&#233;e des partisans, Karetnik, fut invit&#233; par le commandement sovi&#233;tique &#224; se rendre &#224; Goula&#239;-Poli&#233; et arr&#234;t&#233;, par trahison, en chemin. Le chef d'&#233;tat-major en campagne Gavrilenko, plusieurs membres de l'&#233;tat-major et commandants d'unit&#233;s furent invit&#233;s &#224; une conf&#233;rence et arr&#234;t&#233;s. Tous furent pass&#233;s par les armes.&#034; [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 novembre, Nestor Makhno, disposant &#224; Goula&#239;-Poli&#233; de 2.500 hommes environ, cavaliers et fantassins, fut cern&#233; par des troupes rouges de beaucoup sup&#233;rieures en nombre. Les journaux sovi&#233;tiques publiaient un ordre de Frounz&#233; lui enjoignant de s'incorporer &#224; l'armee rouge, l'accusaient de r&#233;bellion, de banditisme, de connivence avec Wrangel et annon&#231;aient sa mise hors la loi, Makhno r&#233;ussit &#224; s'ouvrir un chemin et se retira en combattant vers le Dniepr. Une division de la cavalerie de Boudienny se rallia &#224; lui. La jambe cass&#233;e, il commandait &#233;tendu dans une charrette. Ses paysans se battirent au cri : &#034;Vivre libres ou mourir en combattant.&#034; Ils r&#233;pandaient dans les villages, des tracts sur &#034;les Soviets libre&#034;. Traqu&#233;s par les Rouges, se battant chaque jour, les Noirs s'&#233;puisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Makhno d&#233;crit lui-m&#234;me, dans une lettre, les derniers moments de sa lutte : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Que faire ? Je ne pouvais pas tenir en selle ni m&#234;me m'asseoir dans la venture et je voyais, &#224; cent m&#232;tres derri&#232;re moi, d'indescriptibles m&#234;l&#233;es de cavaliers. Les gens ne se faisaient tuer que pour me sauter. L'ennemi &#233;tait cinq ou six fois plus nombreux que nous... Je vois venir les cinq mitrailleurs de la Luys, command&#233;s par Micha, du village de Tchernigovka, pr&#232;s Berdiansk. Ils me disent : 'Batko, la cause de notre organisation paysanne a besoin de vous... Nous allons nous faire tuer, mais nous vous sauverons et ceux qui vous gardent avec vous ; n'oubliez pas de le faire savoir &#224; nos families.' Plusieurs m'embrass&#232;rent et je ne les revis plus. Leva Zinkovski me transporta dans ses bras et me coucha dans une charrette de paysan. J'entendais cr&#233;piter la mitrailleuse Luys et &#233;clater les bombes. Les mitrailleurs couvraient la retraite. Nous f&#238;mes environ quatre kilom&#232;tres et pass&#226;mes une rivi&#232;re. Les mitrailleurs sont morts.&#034;[23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harcel&#233; par la cavalerie de Boudienny, Makhno franchit le Dniestr en ao&#251;t 1921 et se r&#233;fugia en Roumanie. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; intern&#233; en Roumanie et en Pologne, il obtint l'asile en France ; il est mort, ouvrier d'usine, &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A qui incombe la responsabilit&#233; de cet &#233;tranglement d'un mouvement paysan, fonci&#232;rement r&#233;volutionnaire, que le pouvoir central venait de reconna&#238;tre Au bureau politique de L&#233;nine et de Trotsky ? Au gouvernement des Soviets d'Ukraine, alors pr&#233;sid&#233; par Racovski ? A l'arm&#233;e de Frounz&#233; o&#249; se trouvait &#224; ce moment Bela-Kun, connu pour sa fourberie ? A tous sans doute, dans des mesures qu'il importerait de conna&#238;tre. Principalement &#224; l'esprit d'intol&#233;rance dont le bolchevisme se montre de plus en plus anim&#233; &#224; partir de 1919 : monopole du pouvoir, monopole id&#233;ologique, la dictature des dirigeants du parti tendant d&#233;j&#224; nettement &#224; se substituer &#224; celle des Soviets et du parti m&#234;me. Cette perfidie fut en tout cas une grande faute. D&#233;sormais un foss&#233; s'est creus&#233; entre anarchistes et bolcheviks, qu'il ne sera pas facile de combler. La synth&#232;se du marxisme et du socialisme libertaire, si n&#233;cessaire et qui pourrait &#234;tre si f&#233;conde, est pour longtemps devenue impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'altruisme libertaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur rationnelle d'une doctrine n'est pas, en r&#233;alit&#233;, essentielle &#224; son efficacit&#233;. Jusqu'ici, des doctrines irrationnelles, ne r&#233;sistant gu&#232;re &#224; la critique, ont jou&#233; dans l'histoire le r&#244;le le plus d&#233;cisif. L'anarchisme, en d&#233;pit des travaux consciencieux de Kropotkine et de Reclus qui, d'ailleurs, se rapproch&#232;rent du socialisme marxiste, se pr&#233;sente &#224; nous avec un ensemble d'id&#233;es utopiques et id&#233;alistes que l'on n'a sans doute pas tort de rattacher &#224; l'esprit de la petite production ant&#233;rieure &#224; la grande industrie moderne. Sous ces id&#233;es vivent profond&#233;ment des complexes affectifs et instinctifs r&#233;sultant de tout notre pass&#233; historique. L'esprit de libert&#233;, avec ce qu'il implique de dignit&#233;, de g&#233;n&#233;rosit&#233;, de grandeur morale, de stimulant &#224; l'action, fait la valeur r&#233;elle de l'anarchisme. R&#233;alit&#233; d&#233;passant de beaucoup en importance la d&#233;marche h&#233;sitante et na&#239;vement suffisante d'une pens&#233;e peu scientifique. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la diff&#233;rence des tenants de toutes les autres id&#233;ologies &#8211; quelques formes de la pens&#233;e religieuse et les formes ardentes du communisme except&#233;es &#8211; les anarchistes cherchent &#224; vivre en accord avec leurs id&#233;es. L'anarchisme demeure, m&#234;me dans ses n&#233;gations les plus absolues, une morale v&#233;cue. J'ai connu de jeunes ill&#233;gaux individualistes &#8211; &#034;sans scrupules conscients&#034;, disaient-ils eux-m&#234;mes &#8211; qui se firent tuer par solidarit&#233;, pour ne pas l&#226;cher les copains. A l'autre p&#244;le de l'anarchisme, le vieux Kropotkine finit sa longue vie, pr&#232;s de Moscou, en &#233;crivant L'&#201;thique. Tout au d&#233;but de sa carri&#232;re r&#233;volutionnaire, il demandait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La lutte pour la v&#233;rit&#233;, pour la justice, pour l'&#233;galit&#233;, au sein du peuple &#8211; que voulez-vous de plus beau dans la vie.&#034;[24]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources morales de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire marxiste sont peu diff&#233;rentes. Rapprochons de ces mots de Kropotkine ces lignes de Trotsky : &#034;... Sous les coups implacables du sort, je me sentirais heureux comme aux aux meilleurs jours de ma jeunesse, si je contribuais au triomphe de la v&#233;rit&#233;. Car le plus haut bonheur humain n'est point dans l'exploitation du pr&#233;sent, mais dans la pr&#233;paration de l'avenir.&#034; (L. Trotsky : Les crimes de Staline. Grasset.) L'&#233;thique anarchiste met l'accent sur la r&#233;volte de la personne ; l'&#233;thique marxiste se subordonne &#224; l'accomplissement de la n&#233;cessit&#233; historique. La premi&#232;re aboutit &#224; une sorte de personnalisme ; la seconde &#224; une technique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foi int&#233;rieure des r&#233;volt&#233;s anarchistes les ram&#232;ne aux formes classiques de l'altruisme, mais c'est &#224; la pointe du combat ; et comme elle proc&#232;de de complexes moraux et psychologiques qui tendent tous les ressorts de l'&#234;tre, elle va facilement jusqu'au bout d'elle-m&#234;me, sup&#233;rieure &#224; la d&#233;faite comme l'infortune personnelle. D&#233;tachons une page d'&#201;lis&#233;e Reclus[25], quelques lignes de Vanzetti : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je me souviens, comme si je la vivais encore, d'une heure poignante ma vie o&#249; la joie profonde d'avoir agi suivant mon c&#339;ur et ma pens&#233;e se m&#234;lait &#224; l'amertume de la d&#233;faite. Il y a vingt ans de cela. La Commune de Paris &#233;tait en guerre contre les troupes de Versailles, et le bataillon dans lequel j'&#233;tais entre avait &#233;t&#233; fait prisonnier sur le plateau de Ch&#226;tillon. C'&#233;tait le matin, un cordon de soldats nous entourait et des officiers moqueurs venaient faire les beaux devant nous. Plusieurs nous insultaient ; un d'eux qui, plus tard, devint sans doute un des plus &#233;l&#233;gants pasteurs de l'Assembl&#233;e p&#233;rorait sur la folie des Parisiens : mais nous avions d'autres soucis que de l'&#233;couter. Celui des officiers qui me frappa le plus &#233;tait un homme sobre de paroles, au regard dur, &#224; la figure d'asc&#232;te, probablement un hobereau de campagne &#233;lev&#233; par les J&#233;suites. Il passait lentement sur le rebord abrupt du plateau et se d&#233;tachait en noir comme un vilaine ombre sur le fond lumineux de Paris. Les rayons de soleil, naissant s'&#233;pandaient en nappe d'or sur les maisons et sur les d&#244;mes : jamais la belle cit&#233;, la ville des r&#233;solutions, ne m'avait paru plus belle ! 'Vous voyez votre Paris !', disait l'homme sombre, en nous montrant de son arme l'&#233;blouissant tableau : 'Eh bien, il n'en restera pas pierre sur pierre.'&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vanzetti, condamn&#233; avec Sacco &#224; l'&#233;lectrocution, r&#233;pond le 9 avril 1927 au juge Thayer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si cette chose n'&#233;tait pas arriv&#233;e, j'aurais pass&#233; toute ma vie &#224; parler au coin des rues &#224; des hommes m&#233;prisants. J'aurais pu mourir inconnu, ignor&#233; : un rat&#233;. Ceci est notre carri&#232;re et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n'aurions pu esp&#233;rer faire pour la tol&#233;rance, pour la justice, pour la compr&#233;hension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd'hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu'on nous prenne nos vies, vies d'un bon cordonnier et d'un pauvre c&#339;ur de poisson, c'est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le n&#244;tre. Cette agonie est notre triomphe.&#034;[26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette force morale, dont les sources sociales sont profondes, la faiblesse intrins&#232;que de l'id&#233;ologie anarchiste ne l'amoindrit pas. Elle offre peu de prise &#224; la critique doctrinale. Elle est. Si le socialisme libertaire qu'elle anime &#233;tait suffisamment fort, &#224; la faveur des exp&#233;riences que nous vivons, pour s'assimiler largement l'acquis du socialisme scientifique, cette synth&#232;se assurerait aux r&#233;volutionnaires d'une efficacit&#233; incomparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Proudhon : Lettres (Grasset, 1929).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]Paul Louis : Hist. du socialisme en France (Rivi&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Kropotkine : Le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Paul Louis : Hist. du socialisme en France (Rivi&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Franz Mehring : Karl Marx, p. 327, d'apr&#232;s l'&#233;dition russe de 1920, mise au pilon en U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir le ch. XVIII (Michel Bakounine) du Karl Marx de B. Nikolaievsky et O. Menchen-Helfen (Gallimard).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Note sur l'&#201;tat et l'anarchie dans Contre l'anarchisme (K. Marx et F. Engels) (Bureau d'&#233;ditions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Encyclop&#233;die anarchiste, t. I, p. 59, Anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] S&#233;bastien Faure : Ouvr. cit&#233;, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Aaron Baron est emprisonn&#233; en U.R.S.S. depuis dix-neuf ans. Les d&#233;l&#233;gations de la C.N.T.-F.A.I. envoy&#233;es &#224; Moscou ont-elles song&#233; a s'enqu&#233;rir du sort de ces hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Esprit, n&#176; 55, 1&#176; avril 1937, M&#233;ditation sur l'anarchle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] E. Armand : L'Initiation anarchiste individualiste (&#233;d. de L'En-dehors, Orl&#233;ans), p.21. L'auteur &#233;tablit ainsi la filiation de l'anarchisme : &#034;Prom&#233;th&#233;e, Satan, &#201;pict&#232;te, Diog&#232;ne, J&#233;sus m&#234;me peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s, &#224; diff&#233;rents points de vue, comme des types d'anarchistes antiques... &#034; (p. 19). Pourquoi pas le Cr&#233;ateur (hypoth&#233;tique) du d&#233;sordre universel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] F. Brupbacher : Introduction &#224; la Confession de Bakounine, p. 28 (Rieder).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Je cite de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Bakounine : Confession, p. 169-170 (Rieder.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Je demandai, au d&#233;but de la guerre civile en Espagne, &#224; un camarade de la F.A.I., si l'on avait song&#233; &#224; donner aux miliciens une &#233;ducation politique, &#224; nommer &#224; cette fin des commissaires au front, a cr&#233;er des &#233;coles de combattants... &#034;Nous ne voulons pas faire de politique, me r&#233;pondit-il. &#8211; Une &#339;uvre d'&#233;ducation philosophique, peut-&#234;tre... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] F. Engels : Les Bakounistes au travail, m&#233;moire sur l'insurrection d'Espagne de l'&#233;t&#233; 1873.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] N. L&#233;nine : L'&#201;tat et la R&#233;volution, ch. VI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Voline : La r&#233;volution russe, dans L'Encyclopedie anarchiste, t. IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Voir Victor Serge : L'An I de la R&#233;volution russe, ch. VIII, le d&#233;sarmement des anarchistes ; et aussi, Anarchie et d&#233;mocratie sovi&#233;tiques (Librairie du Travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Koubanine : Le mouvement Makhno (en russe, Librairie de l'&#201;tat &#8211; En Fran&#231;ais : Archinov : Histoire du mouvement makhnoviste (Libertaire). L'auteur de ce livre, ancien compagnon de Makhno, s'est ralli&#233; &#224; Staline en 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] On raconte que Vorochilov, au cours de ces combats, fit fusiller l'anarchiste Radomysslski &#8211; le fr&#232;re de Zinoviev...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23]Cit&#233; par Archinov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] P. Kropotkine : Aux jeunes gens (Libertaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] &#201;lis&#233;e Reclus, &#201;volution et R&#233;volution (Libertaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Lettres de Sacco et Vanzetti (Grasset).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1938/01/serge_19380100.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1938/01/serge_19380100.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Kropotkine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Principe_anarchiste&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Principe_anarchiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Faure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Anarchistes_ce_qu%E2%80%99ils_sont,_ce_qu%E2%80%99ils_ne_sont_pas&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Anarchistes_ce_qu%E2%80%99ils_sont,_ce_qu%E2%80%99ils_ne_sont_pas&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Errico Malatesta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Intervention_au_congr%C3%A8s_anarchiste_d%E2%80%99Amsterdam&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Intervention_au_congr%C3%A8s_anarchiste_d%E2%80%99Amsterdam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Programme_anarchiste&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Programme_anarchiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bonapartisme et crise de la domination bourgeoise de la soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7855</link>
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		<dc:date>2024-07-19T22:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Bonapartisme et crise de la domination bourgeoise de la soci&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) C'est en France pr&#233;cis&#233;ment que le passage du parlementarisme au bonapartisme &#8209; ou plus exactement la premi&#232;re &#233;tape de ce passage &#8209; a pris un caract&#232;re particuli&#232;rement frappant et d&#233;monstratif. Il suffit de rappeler que le gouvernent Doumergue est apparu sur la sc&#232;ne entre l'avant&#8209;premi&#232;re de la guerre civile, le 6 f&#233;vrier, et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du prol&#233;tariat, le 12 f&#233;vrier [5]. D&#232;s que les camps irr&#233;conciliables ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bonapartisme et crise de la domination bourgeoise de la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...) C'est en France pr&#233;cis&#233;ment que le passage du parlementarisme au bonapartisme &#8209; ou plus exactement la premi&#232;re &#233;tape de ce passage &#8209; a pris un caract&#232;re particuli&#232;rement frappant et d&#233;monstratif. Il suffit de rappeler que le gouvernent Doumergue est apparu sur la sc&#232;ne entre l'avant&#8209;premi&#232;re de la guerre civile, le 6 f&#233;vrier, et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du prol&#233;tariat, le 12 f&#233;vrier [5]. D&#232;s que les camps irr&#233;conciliables ont occup&#233; leurs positions de combat aux deux p&#244;les de la soci&#233;t&#233; capitaliste, il est apparu rapidement que la machine &#224; calculer du parlementarisme avait perdu toute importance. Il est vrai que le gouvernement Doumergue, comme en leur temps les gouvernements Br&#252;ning et Schleicher, semble au premier abord gouverner avec l'accord du parlement. Mais c'est un parlement qui s'est reni&#233;, un parlement qui sait que, s'il r&#233;sistait, le gouvernement se passerait de lui. Du fait du relatif &#233;quilibre entre le camp de la contre&#8209;r&#233;volution qui attaque et celui de la r&#233;volution qui se d&#233;fend, l'axe du pouvoir s'est &#233;lev&#233; au&#8209;dessus des masses et de leur repr&#233;sentation parlementaire. Il a fallu chercher le chef du gouvernement en dehors du parlement et &#171; en dehors des partis &#187; [6]. Le chef du gouvernement a appel&#233; &#224; la rescousse deux g&#233;n&#233;raux [7]. Cette trinit&#233; a pris appui &#224; la fois sur sa droite et sur sa gauche en s'assurant des otages parlementaires sym&#233;triques. Le gouvernement n'appara&#238;t pas comme l'organe ex&#233;cutif d'une majorit&#233; parlementaire, mais comme l'arbitre entre deux camps en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement qui s'&#233;l&#232;ve au&#8209;dessus de la nation n'est pourtant pas suspendu dans le vide. L'axe v&#233;ritable du gouvernement actuel passe par la police, la bureaucratie, la clique militaire. Nous avons affaire &#224; une dictature militaro&#173;polici&#232;re &#224; peine voil&#233;e sous le d&#233;cor du parlementarisme. Mais un gouvernement du sabre en tant qu'arbitre de la nation &#8209; c'est pr&#233;cis&#233;ment le bonapartisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sabre, en lui-m&#234;me, n'a pas de programme ind&#233;pendant. Il est l'instrument de &#171; l'ordre &#187;. On fait appel &#224; lui pour conserver ce qui existe. S'&#233;levant politiquement au&#8209;dessus des classes, le bonapartisme, comme son pr&#233;d&#233;cesseur le c&#233;sarisme, a toujours &#233;t&#233; et reste, du point de vue social, le gouvernement de la partie la plus forte et la plus solide des exploiteurs. Par cons&#233;quent, le bonapartisme actuel ne peut &#234;tre rien d'autre que le gouvernement du capital financier qui dirige, inspire et ach&#232;te les sommets de la bureaucratie, de la police, de l'arm&#233;e et de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;forme constitutionnelle &#187;, dont on a tant parl&#233; au cours des derniers mois, a pour seule t&#226;che d'adapter les institutions de l'Etat aux exigences et aux convenances du gouvernement bonapartiste. Le capital financier cherche des voies l&#233;gales qui lui permettraient d'imposer chaque fois &#224; la nation le meilleur arbitre avec l'assentiment forc&#233; du quasi&#8209;parlement. Il est &#233;vident que le minist&#232;re Doumergue n'est pas l'id&#233;al du &#171; gouvernement fort &#187;. De meilleurs candidats au r&#244;le de Bonaparte sont en r&#233;serve. En ce domaine, de nouvelles exp&#233;riences et de nouvelles combinaisons sont possibles si le cours &#224; venir de la lutte des classes en laisse le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En formulant ce pronostic, il nous faut r&#233;p&#233;ter ce que les bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes ont dit autrefois &#224; propos de l'Allemagne : les chances politiques du bonapartisme fran&#231;ais actuel ne sont pas grandes. Sa stabilit&#233; est d&#233;termin&#233;e par l'&#233;quilibre temporaire et, par sa nature m&#234;me, instable, entre les deux camps du prol&#233;tariat et du fascisme. Le rapport des forces entre ces deux camps peut changer brutalement, en partie sous l'influence de la conjoncture &#233;conomique, mais surtout en fonction de la qualit&#233; de la politique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. La collision entre ces deux camps est in&#233;vitable. Le processus se mesurera, non en ann&#233;es, mais en mois. Un r&#233;gime stable ne pourra &#234;tre &#233;tabli qu'au lendemain de cette collision et en fonction de ses r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme au pouvoir, comme le bonapartisme, ne peut &#234;tre que le gouvernement du capital financier. Dans ce sens social, ils ne se distinguent pas, non seulement l'un de l'autre, mais l'un et l'autre de la d&#233;mocratie parlementaire. Chaque fois, les staliniens font &#224; nouveau cette d&#233;couverte, oubliant que les questions sociales se r&#233;solvent dans le domaine de la politique. La puissance du capital financier ne r&#233;side pas dans sa capacit&#233; &#224; &#233;tablir, &#224; son gr&#233;, n'importe quel gouvernement, n'importe quand : il ne poss&#232;de pas cette force. Sa puissance r&#233;side dans le fait que tout gouvernement non prol&#233;tarien est oblig&#233; de servir le capital financier, ou plut&#244;t que le capital financier a la possibilit&#233; de remplacer un syst&#232;me de domination en d&#233;clin par un autre qui corresponde mieux aux nouvelles conditions. Cependant, le passage d'un syst&#232;me &#224; un autre signifie la crise politique, laquelle, avec le concours de l'activit&#233; du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, peut se transformer en un danger social pour la bourgeoisie. Le passage du r&#233;gime de d&#233;mocratie parlementaire au bonapartisme a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accompagn&#233; en France de flamb&#233;es de guerre civile. La perspective du passage du bonapartisme au fascisme est grosse de troubles infiniment plus graves et, par cons&#233;quent &#233;galement, de possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; hier les staliniens consid&#233;raient que notre &#171; faute principale &#187; consistait &#224; voir dans le fascisme la petite bourgeoisie et pas le capital financier. Mais l&#224; aussi ils substituaient des cat&#233;gories abstraites &#224; la dialectique des classes. Le fascisme constitue un moyen sp&#233;cifique de mobiliser et d'organiser la petite bourgeoisie dans les sens des int&#233;r&#234;ts sociaux du capital financier. En r&#233;gime d&#233;mocratique, le capital financier &#8211; c'&#233;tait in&#233;vitable &#8211; s'est efforc&#233; d'inoculer aux ouvriers la confiance dans la petite bourgeoisie pacifiste et r&#233;formiste. Le passage au fascisme, au contraire, est inconcevable sans que la petite bourgeoisie ait &#233;t&#233; pr&#233;alablement p&#233;n&#233;tr&#233;e de haine contre le prol&#233;tariat. La domination de la seule et m&#234;me super&#173;classe, le capital financier, repose, dans ces deux syst&#232;mes, sur des rapports directement inverses entre les classes opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation politique de la petite bourgeoisie contre le prol&#233;tariat est cependant inconcevable sans cette d&#233;magogie sociale qui, pour la grande bourgeoisie, signifie jouer avec le feu. Le danger que constitue pour l'&#171; ordre &#187; cette r&#233;action petite-bourgeoise d&#233;cha&#238;n&#233;e vient pr&#233;cis&#233;ment d'&#234;tre confirm&#233; par les r&#233;cents &#233;v&#233;nements d'Allemagne [8]. C'est pourquoi, tout en soutenant activement et en finan&#231;ant les bandits r&#233;actionnaires en tant qu'un de ses d&#233;tachements, la bourgeoisie fran&#231;aise essaie de ne pas pousser les choses jusqu'&#224; la victoire politique du fascisme, mais plut&#244;t jusqu'&#224; l'&#233;tablissement d'un &#171; pouvoir fort &#187; qui, en derni&#232;re analyse, devra discipliner les deux camps extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vient d'&#234;tre dit d&#233;montre suffisamment l'importance qu'il y a &#224; distinguer la forme bonapartiste du pouvoir de la forme fasciste. Il serait pourtant impardonnable de tomber dans l'exc&#232;s inverse, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire de faire du bonapartisme et du fascisme deux cat&#233;gories logiquement incompatibles. Tout comme le bonapartisme commence par une combinaison du r&#233;gime parlementaire et du fascisme, de m&#234;me, le fascisme triomphant se voit contraint non seulement de faire alliance avec les bonapartistes, mais plus encore de se rapprocher dans sa structure interne du syst&#232;me bonapartiste. La domination prolong&#233;e du capital financier au moyen de la d&#233;magogie sociale r&#233;actionnaire et de la terreur petite&#8209;bourgeoise est impossible. Arriv&#233;s au pouvoir, les chefs fascistes sont forc&#233;s de r&#233;fr&#233;ner, au moyen de l'appareil d'Etat, les masses qui les ont suivis. Ils perdent du coup le soutien de larges couches de la petite bourgeoisie. Une petite partie d'entre elles est assimil&#233;e par l'appareil bureaucratique. Une autre tombe dans l'indiff&#233;rence. Une troisi&#232;me, sous des banni&#232;res diff&#233;rentes, passe dans l'opposition. Mais, dans le m&#234;me temps qu'il perd sa base sociale de masse, le fascisme, en prenant appui sur l'appareil bureaucratique et en louvoyant entre les classes, d&#233;g&#233;n&#232;re en bonapartisme. L&#224; aussi, l'&#233;volution graduelle est bris&#233;e par des &#233;pisodes sanglants et violents. A la diff&#233;rence du bonapartisme pr&#233;ventif ou pr&#233;fasciste (Giolitti [9], Br&#252;ning&#8209;Schleicher, Doumergue et autres), qui refl&#232;te l'&#233;quilibre extr&#234;mement instable et &#233;ph&#233;m&#232;re entre les camps bellig&#233;rants, le bonapartisme d'origine fasciste (Mussolini, Hitler, etc. ), qui s'est nourri de la destruction, de la d&#233;sillusion et de la d&#233;moralisation des deux camps des masses, se distingue par sa bien plus grande stabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question &#171; fascisme ou bonapartisme ? &#187; a fait appara&#238;tre dans les rangs de nos camarades polonais certaines divergences quant au r&#233;gime de Pilsudski [10]. La possibilit&#233; m&#234;me de l'existence de telles divergences atteste que nous ne sommes pas en pr&#233;sence de cat&#233;gories logiques irr&#233;ductibles, mais de formations sociales vivantes qui repr&#233;sentent des particularit&#233;s extr&#234;mement prononc&#233;es dans divers pays &#224; diverses &#233;tapes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pilsudski est arriv&#233; au pouvoir au terme d'une insurrection bas&#233;e sur un mouvement de masse de la petite bourgeoisie et dirig&#233;e directement, au nom de l'&#171; Etat fort &#187;, contre la domination des partis bourgeois traditionnels : c'est l&#224; un trait fasciste caract&#233;ristique de ce mouvement comme de ce r&#233;gime. Mais le r&#244;le jou&#233; par le poids politique, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire le r&#244;le jou&#233; par les masses dans le fascisme polonais, &#233;tait infiniment plus faible que celui du fascisme italien en son temps et bien plus encore que celui du fascisme allemand. Pilsudski a &#233;t&#233; contraint d'utiliser beaucoup plus les m&#233;thodes du complot militaire, et il a abord&#233; de mani&#232;re beaucoup plus circonspecte la question des organisations ouvri&#232;res. Il suffit de rappeler que le coup d'Etat de Pilsudski s'est d&#233;roul&#233; avec la sympathie et le soutien du parti stalinien polonais [11]. L'hostilit&#233; grandissante de la petite bourgeoisie juive et ukrainienne au r&#233;gime de Pilsudski lui a, &#224; son tour, rendu plus difficile le d&#233;clenchement d'une attaque g&#233;n&#233;rale contre la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de cette situation est que l'oscillation entre les classes et les fractions nationales des classes a occup&#233; et occupe encore sous Pilsudski une place plus importante, et la terreur de masse une place moins importante que sous Mussolini et Hitler pour les p&#233;riodes correspondantes : c'est l&#224; l'&#233;l&#233;ment bonapartiste dans le r&#233;gime de Pilsudski. Il serait n&#233;anmoins manifestement faux de comparer Pilsudski &#224; Giolitti ou &#224; Schleicher, et de s'attendre &#224; ce que la rel&#232;ve soit prise par un nouveau Mussolini ou Hitler polonais. Du point de vue m&#233;thodologique, il est faux de se former une image d'un fascisme &#171; id&#233;al &#187;, et de l'opposer &#224; ce fascisme r&#233;el qui s'est d&#233;velopp&#233; avec ses particularit&#233;s et ses contradictions, sur le terrain des rapports entre les classes et les nationalit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat polonais. Pilsudski sera&#8209;t&#8209;il capable de mener &#224; son terme la destruction des organisations prol&#233;tariennes ? La logique de la situation l'y conduit de fa&#231;on in&#233;luctable, cependant, cela ne d&#233;pend pas d'une d&#233;finition formelle du &#171; fascisme en tant que tel &#187;, mais du rapport r&#233;el des forces, de la dynamique des processus politiques dans les masses, de la strat&#233;gie de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne et, finalement, du cours des &#233;v&#233;nements en Europe occidentale, et particuli&#232;rement en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est parfaitement possible que l'Histoire enregistre le fait que le fascisme polonais ait &#233;t&#233; renvers&#233; et r&#233;duit en poussi&#232;re avant d'avoir r&#233;ussi &#224; se trouver une forme &#171; totalitaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de fascisation de l'Autriche ne pr&#233;sente pas moins d'originalit&#233;. Jusqu'&#224; l'&#233;crasement de Vienne sous les obus, le r&#233;gime de Dollfuss conservait un caract&#232;re bonapartiste &#233;vident : mandataire de la grande bourgeoisie, sans appui dans les masses, il jouait le r&#244;le d'arbitre arm&#233; entre les camps de la social-d&#233;mocratie, du national&#8209;socialisme et de l'austro&#8209;fascisme de type provincialo&#8209;paysan. Cet antagonisme triangulaire, plus le soutien de l'Italie et de la France, garantissait &#224; Dollfuss une stabilit&#233; beaucoup plus grande qu'aux &#233;quilibristes de m&#234;me acabit d'autres pays. L'&#233;crasement des nazis autrichiens ne f&#251;t possible que gr&#226;ce &#224; la neutralit&#233; bienveillante de la social-d&#233;mocratie. L'&#233;crasement de celle-ci, ayant &#233;lev&#233; le poids sp&#233;cifique des Heimwehren [12], a conduit de fait &#224; l'&#233;tablissement d'un r&#233;gime fasciste dans lequel Dollfuss incarne les restes de l'h&#233;ritage bonapartiste. Il ne faut pas oublier que dans le fascisme allemand, dont personne ne niera l'authenticit&#233;, Hindenburg et ses supp&#244;ts repr&#233;sentent aujourd'hui encore les traditions de la p&#233;riode o&#249; le pr&#233;sident a rempli son r&#244;le bonapartiste en extirpant l'axe de la constitution de Weimar et en ouvrant les portes au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit plus haut que le bonapartisme d'origine fasciste &#233;tait infiniment plus stable que les exp&#233;riences bonapartistes pr&#233;ventives auxquelles la grande bourgeoisie a recours dans l'espoir d'&#233;viter le bain de sang du fascisme. Il est pourtant infiniment plus important de souligner &#8209; du point de vue th&#233;orique comme du point de vue pratique &#8209; que le fait m&#234;me de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du fascisme en bonapartisme signifie le commencement de sa fin. Combien de temps durera le d&#233;p&#233;rissement du fascisme, &#224; quel moment sa maladie se transformera&#8209;t&#8209;elle en agonie, tout cela d&#233;pend de nombreux facteurs externes et internes. Mais le d&#233;p&#233;rissement de l'activit&#233; contre&#8209;r&#233;volutionnaire de la petite bourgeoisie, sa d&#233;ception et sa d&#233;sagr&#233;gation, l'affaiblissement de sa pression sur le prol&#233;tariat ouvrent de nouvelles possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires. Toute l'Histoire d&#233;montre qu'il n'est pas possible de maintenir le prol&#233;tariat encha&#238;n&#233; par le seul moyen l'appareil policier. Il est vrai que l'exp&#233;rience italienne t&#233;moigne que l'h&#233;ritage psychologique d'une gigantesque catastrophe subie ant&#233;rieurement se maintient dans les masses ouvri&#232;res beaucoup plus longtemps que le rapport des forces politiques qui avait engendr&#233; cette m&#234;me catastrophe. Mais l'inertie psychologique cr&#233;&#233;e par la d&#233;faite est une base fragile. Elle peut s'&#233;crouler d'un coup sous l'effet d'un choc puissant. Un tel choc &#8209; pour l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche et d'autres pays &#8209; pourrait &#234;tre le succ&#232;s de la lutte du prol&#233;tariat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; r&#233;volutionnaire de la situation en Europe et dans le monde entier se trouve maintenant avant tout en France !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Trotsky estimait que les r&#233;gimes de Mussolini et de Pilsudski &#233;taient des r&#233;gimes fascistes. Mais il &#233;num&#232;re ici des hommes incarnant des r&#233;gimes que les staliniens qualifiaient &#233;galement de fascistes, ce qui &#233;tait &#224; ses yeux compl&#232;tement faux. Le g&#233;n&#233;ral Miguel Primo de RIVERA y ORBANEJA (1870&#8209;1930) exer&#231;ait la dictature en Espagne avec l'appui du roi et le soutien de l'arm&#233;e. Le g&#233;n&#233;ral CHANG KA&#207; CHEK (1887&#8209;1975), chef du parti nationaliste Kuomintang, avait unifi&#233; la Chine et pers&#233;cut&#233; le mouvement ouvrier. Tomas MASARYK (1850&#8209;1937) &#233;tait un lib&#233;ral, pr&#233;sident de la r&#233;publique tch&#233;coslovaque. Le conservateur catholique BR&#220;NING avait &#233;t&#233; chancelier du Reich de 1930 &#224; 1932. Le chr&#233;tien social Engelbert DOLLFUSS (1892&#8209;1934), chancelier et admirateur de Mussolini, enfant ch&#233;ri de l'Eglise catholique, venait de noyer dans le sang la r&#233;sistance des travailleurs de Vienne. Le roi ALEXANDRE II de Yougoslavie &#8209; de la dynastie des Karageorgevitch &#8209; (1884&#8209;1934) avait suspendu la constitution et pris un pouvoir sans contr&#244;le avec l'appui de l'arm&#233;e en 1929. En tant que ministre de l'int&#233;rieur de gouvernements de coalition, le social&#8209;d&#233;mocrate Carl SEVERING (1875-1952) avait dirig&#233; la r&#233;pression contre les ouvriers r&#233;volutionnaires. Enfin, le britannique James Ramsay MAC DONALD &#233;tait ce premier ministre du Labour Party qui avait choisi en 1931 d'appliquer le programme des banques plut&#244;t que celui de son parti et en avait &#233;t&#233; exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Br&#252;ning avait gouvern&#233; avec des &#171; pleins pouvoirs &#187; que lui avait accord&#233;s le Reichshstag entre mars 1930 et mai 1932. Ses successeurs avaient eu recours &#224; ce proc&#233;d&#233; : le hobereau Franz von PAPEN (1879&#8209;1969) avait &#233;t&#233; chancelier de juin &#224; d&#233;cembre 1932, et le g&#233;n&#233;ral Kurt von Schleicher, qui avait vainement tent&#233; de s'appuyer sur les syndicats et de diviser le parti nazi, avait &#233;t&#233; le pr&#233;d&#233;cesseur imm&#233;diat de Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Claude JUST (1888-1956), tailleur, &#233;tait le dirigeant du Comit&#233; d'Action Socialiste-R&#233;volutionnaire qui avait une certaine audience dans la f&#233;d&#233;ration de la Seine. Il deviendra trotskyste apr&#232;s 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Gaston Doumergue, ancien pr&#233;sident de la R&#233;publique avait remplac&#233; Daladier, d&#233;missionnaire le 7 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] C'&#233;tait dans la nuit du 6 au 7 f&#233;vrier que s'&#233;taient produits, devant le Palais-&#173;Bourbon, de s&#233;rieux accrochages entre les manifestants d'extr&#234;me droite r&#233;unis par les Ligues contre le gouvernement Daladier qui venait de d&#233;cider de remplacer leur protecteur, le pr&#233;fet de Paris Jean Chiappe, et les forces de l'ordre qui prot&#233;geaient la Chambre des d&#233;put&#233;s devant laquelle se pr&#233;sentait le nouveau gouvernement. Le 12 f&#233;vrier, journ&#233;e de gr&#232;ve d&#233;cid&#233;e par la C.G.T., avait vu &#224; Paris la jonction des deux cort&#232;ges, celui de la S.F.I.O. et de la C.G.T., celui du P.C. et de la C.G.T.U., une jonction qui exprimait le profond sentiment d'aspiration &#224; l'unit&#233; de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Rappelons que Gaston Doumergue s'&#233;tait retir&#233; de la vie politique quand il fut fait appel &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le gouvernement Doumergue comprenait deux chefs militaires. Le g&#233;n&#233;ral Louis MAURIN (1869&#8209;1956) &#233;tait ministre de la guerre. L'un des principaux &#171; sabres &#187; de r&#233;serve de la bourgeoisie fran&#231;aise, le mar&#233;chal Philippe P&#201;TAIN, &#233;tait, ainsi qu'Andr&#233; Tardieu et Edouard Herriot, ministre d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Au cours de ce qu'on a appel&#233; la &#171; Nuit des Longs Couteaux &#187;, le 30 juin 1934, Hitler venait de se d&#233;barrasser par l'assassinat en masse, au nom d'un pr&#233;tendu complot, de l'aile pl&#233;b&#233;ienne de son parti incarn&#233;e par les cadres de sa troupe de choc, les S.A., et leur chef Ernst R&#214;HM (1887&#8209;1934). Il avait d'ailleurs utilis&#233; la circonstance pour se d&#233;barrasser du m&#234;me coup d'autres &#171; g&#234;neurs &#187;, comme le g&#233;n&#233;ral von Schleicher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Giovanni GIOLITTI (1842&#8209;1928) &#233;tait premier ministre en Italie &#224; l'&#233;poque de la gr&#232;ve des m&#233;tallurgistes de septembre 1920. Il avait tent&#233; de gouverner avec l'appui des socialistes et la tol&#233;rance des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Trotsky venait d'avoir une longue discussion, sur la question de savoir si le r&#233;gime de Pilsudski en Pologne &#233;tait &#171; bonapartiste &#187; ou &#171; fasciste &#187;, avec son camarade polonais Herschl Stockfisch que lui avait amen&#233; G&#233;rard Rosenthal. La section polonaise &#233;tait divis&#233;e sur cette question : Stockfisch lui-m&#234;me ne pensait pas qu'on pouvait qualifier le r&#233;gime Pilsudski de fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Dans un premier temps, le parti communiste polonais s'&#233;tait montr&#233; favorable au r&#233;gime de Pilsudski, ce qui lui avait valu de la part de l'I.C. &#8209; et de Trotsky &#233;galement &#8209; une critique en r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En allemand dans le texte. La Heimwehr &#233;tait la milice bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/07/lt19340715.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est pas la rh&#233;torique parlementaire, mais la r&#233;volte des ouvriers, la tentative de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale-&#233;touff&#233;e d&#232;s le d&#233;but par la bureaucratie de Jouhaux-et ensuite les &#233;meutes locales (Toulon, Brest). Les fascistes ayant &#233;t&#233; remis quelque peu en place, les radicaux respir&#232;rent plus librement. Le Temps, qui, dans une s&#233;rie d'articles, avait d&#233;j&#224; trouve le moyen d'offrir sa main et son coeur &#224; la &#034;jeune g&#233;n&#233;ration&#034;, d&#233;couvrit de nouveau les avantages du r&#233;gime lib&#233;ral, conforme d'apr&#232;s lui au g&#233;nie fran&#231;ais. Ainsi s'est &#233;tabli un r&#233;gime instable, transitoire, b&#226;tard, conforme non pas au g&#233;nie de la France, mais au d&#233;clin de la III&#176; R&#233;publique. Dans ce r&#233;gime, ce sont les traits bonapartistes qui apparaissent avec le plus de nettet&#233; : ind&#233;pendance du gouvernement &#224; l'&#233;gard des partis et des programmes, liquidation du pouvoir l&#233;gislatif au moyen des pleins pouvoirs, le gouvernement se situant au-dessus des fractions en lutte, c'est-&#224;-dire en fait au-dessus de la nation, pour jouer le r&#244;le d'&#034;arbitre&#034;. Les trois minist&#232;res Doumergue, Flandin, Laval, avec l'immanquable participation des radicaux humili&#233;s et compromis, ont chacun pr&#233;sent&#233; de l&#233;g&#232;res variantes sur un th&#232;me commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le minist&#232;re Sarraut fut constitu&#233;, L&#233;on Blum, dont la perspicacit&#233; comporte deux dimensions au lieu de trois, annon&#231;a : &#034;Les derniers effets du 6 f&#233;vrier sont d&#233;truits sur le plan parlementaire&#034; (le Populaire du 2 f&#233;vrier 1936). Voil&#224; ce qui s'appelle brosser l'ombre du carrosse avec l'ombre d'une brosse ! Comme si l'on pouvait ,supprimer &#034;sur le plan parlementaire&#034; la pression des bandes arm&#233;es du capital financier ! Comme si Sarraut pouvait ne pas sentir cette pression et ne pas trembler devant elle ! En r&#233;alit&#233;, le gouvernement Sarraut-Flandin est une vari&#233;t&#233; de ce m&#234;me &#034;bonapartisme&#034; semi-parlementaire &#224; peine inclin&#233; &#224; &#034;gauche&#034;. Sarraut lui-m&#234;me, r&#233;futant l'accusation d'avoir pris des mesures arbitraires, r&#233;pondit on ne peut mieux au Parlement : &#034;Si mes mesures sont arbitraires, c'est parce que je veux &#234;tre un arbitre.&#034; Cet aphorisme n'aurait pas &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; dans la bouche de Napol&#233;on III. Sarraut se sent non pas le mandataire d'un parti d&#233;termin&#233; ou d'un bloc de partis au pouvoir, comme le veulent les r&#232;gles du parlementarisme mais un arbitre au-dessus des classes et des partis, comme le veulent les lois du bonapartisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la lutte de classes et surtout l'entr&#233;e en sc&#232;ne des bandes arm&#233;es de la r&#233;action n'ont pas moins profond&#233;ment r&#233;volutionn&#233; les organisations ouvri&#232;res. Le parti socialiste, qui jouait paisiblement le r&#244;le de la cinqui&#232;me roue du carrosse dans la III&#176; R&#233;publique, s'est vu contraint de r&#233;pudier &#224; moiti&#233; ses traditions cartellistes et m&#234;me de rompre avec son aile droite (n&#233;os). Dans le m&#234;me temps, les communistes accomplissaient l'&#233;volution inverse, mais sur une &#233;chelle infiniment plus vaste. Pendant des ann&#233;es ces messieurs avaient r&#234;v&#233; de barricades, de conqu&#234;te de la rue, etc. (ce r&#234;ve, il est vrai ; avait surtout un caract&#232;re litt&#233;raire). Apr&#232;s le 6 f&#233;vrier, comprenant que l'affaire &#233;tait s&#233;rieuse, les partisans des barricades se jet&#232;rent &#224; droite. Le r&#233;flexe spontan&#233; de ces phraseurs apeur&#233;s co&#239;ncidait d'une fa&#231;on frappante avec la nouvelle orientation de la diplomatie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le danger que repr&#233;sente l'Allemagne hitl&#233;rienne, le Kremlin se tourna vers la France. Statu quo dans les rapports internationaux ! Statu quo dans le r&#233;gime int&#233;rieur de la France ! Espoirs de r&#233;volution socialiste ? Chim&#232;res ! Les milieux dirigeants du Kremlin ne parlent qu'avec m&#233;pris du communisme fran&#231;ais. Il faut donc garder ce qui existe pour ne pas risquer d'avoir pire. La d&#233;mocratie parlementaire en France ne se concevant pas sans les radicaux, faisons en sorte que les socialistes les soutiennent ; ordonnons aux communistes de ne pas g&#234;ner le bloc Blum-Herriot ; s'il est possible, faisons-les entrer eux-m&#234;mes dans ce bloc. Ni secousses, ni menaces ! Telle est l'orientation du Kremlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Staline r&#233;pudie la r&#233;volution mondiale, les partis bourgeois fran&#231;ais ne veulent pas le croire. Ils ont bien tort ! En politique, une confiance aveugle n'est &#233;videmment pas une vertu sup&#233;rieure. Mais une m&#233;fiance aveugle ne vaut gu&#232;re mieux. Il faut savoir confronter les paroles avec les actes et discerner la tendance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution pour plusieurs ann&#233;es. La politique de Staline, qui est d&#233;termin&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie sovi&#233;tique privil&#233;gi&#233;e, est devenue fonci&#232;rement conservatrice. La bourgeoisie fran&#231;aise a tout lieu de faire confiance &#224; Staline. Le prol&#233;tariat fran&#231;ais a les m&#234;mes raisons de se m&#233;fier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s d'unit&#233; de Toulouse [2] , le &#034;communiste&#034; Racamond a donn&#233; de la politique du Front populaire une formule digne de passer &#224; la post&#233;rit&#233; : &#034;Comment vaincre la timidit&#233; du parti radical ?&#034; Comment vaincre la peur qu'a la bourgeoisie du prol&#233;tariat ? Tr&#232;s simplement : les farouches r&#233;volutionnaires doivent jeter le couteau qu'ils serraient entre leurs dents, se pommader les cheveux et arborer le sourire de la plus charmante des odalisques ; Vaillant-Couturier derni&#232;re mani&#232;re en sera le prototype. Sous la pression des &#034;communistes&#034; pommad&#233;s, que de toutes leurs forces poussaient &#224; droite les socialistes en train d'&#233;voluer vers la gauche, Blum a d&#251; changer une fois de plus de cap. Il le fit, heureusement, dans le sens habituel. Ainsi se constitua le Front populaire : compagnie d'assurance de banqueroutiers radicaux aux frais du capital des organisations ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme est ins&#233;parable de la franc-ma&#231;onnerie. C'est tout dire. Lors des d&#233;bats qui eurent lieu &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s sur les Ligues, M. Xavier-Vallat rappela que Trotsky avait, &#224; une &#233;poque, &#034;interdit&#034; aux communistes d'adh&#233;rer aux loges ma&#231;onniques. M. Jammy Schmidt, qui est, para&#238;t-il, une autorit&#233; en la mati&#232;re, s'empressa d'expliquer cette interdiction par l'incompatibilit&#233; du bolchevisme despotique avec l'&#034;esprit de libert&#233;&#034;. Nous ne voyons pas la n&#233;cessit&#233; de pol&#233;miquer sur ce th&#232;me avec le d&#233;put&#233; radical. Mais aujourd'hui encore nous estimons que le repr&#233;sentant ouvrier qui va chercher son inspiration ou sa consolation dans la fade religion ma&#231;onnique de la collaboration des classes ne m&#233;rite pas la moindre confiance. Ce n'est pas par hasard si le Cartel s'est accompagn&#233; d'une large participation des socialistes aux loges ma&#231;onniques. Mais le temps est venu pour les communistes repentis d'en faire autant. Au demeurant, ces nouveaux initi&#233;s n'en seront que plus &#224; l'aise, en tablier, pour servir les vieux patrons du Cartel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire, nous dit-on non sans indignation, n'est nullement un cartel, mais un mouvement de masse. Les d&#233;finitions pompeuses ne manquent pas, certes, mais elles ne changent rien aux choses. Le but du Cartel a toujours &#233;t&#233; de freiner le mouvement de masse en l'orientant vers la collaboration de classe. Le Front populaire a exactement le m&#234;me but. La diff&#233;rence entre eux-et elle est de taille-, c'est que le Cartel traditionnel a vu le jour au cours des &#233;poques de stabilit&#233; et de calme du r&#233;gime parlementaire. Aujourd'hui que les masses sont impatientes et pr&#234;tes &#224; exploser, il est n&#233;cessaire de disposer d'un frein plus solide, avec la participation des &#034;communistes&#034;. Les meetings communs, les cort&#232;ges &#224; grand spectacle, les serments, le mariage du drapeau de la Commune avec le drapeau de Versailles, le tintamarre, la d&#233;magogie, tout cela n'a qu'un but : contenir et d&#233;moraliser le mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se justifier devant les droites, Sarraut a d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre que ses inoffensives concessions au Front populaire ne constituent rien de plus que la soupape de s&#251;ret&#233; du r&#233;gime. Cette franchise aurait pu para&#238;tre imprudente. Mais l'extr&#234;me-gauche la couvrit d'applaudissements. Sarraut n'avait donc aucune raison de se g&#234;ner. De toute fa&#231;on, il a r&#233;ussi &#224; donner, peut-&#234;tre sans le vouloir, une d&#233;finition du Front populaire : une soupape de s&#251;ret&#233; contre le mouvement de masse. En g&#233;n&#233;ral, M. Sarraut a la main heureuse pour les aphorismes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique ext&#233;rieure est la continuation de la politique int&#233;rieure. Ayant compl&#232;tement abandonn&#233; le point de vue du prol&#233;tariat, Blum, Cachin et Cie adoptent-sous le masque de la &#034;s&#233;curit&#233; collective&#034; et du &#034;droit international&#034;-le point de vue de l'imp&#233;rialisme national. Ils nous pr&#233;parent la m&#234;me politique d'abdication qu'ils ont suivie de 1914 &#224; 1918 en y ajoutant seulement : &#034;pour la d&#233;fense de l'U.R.S.S.&#034;. Quand, de 1918 &#224; 1923, la diplomatie sovi&#233;tique s'est fr&#233;quemment vue oblig&#233;e de louvoyer et de passer des accords, il ne vint jamais &#224; l'esprit d'une seule section de l'Internationale communiste qu'elle pourrait faire bloc avec sa bourgeoisie ! A elle seule, cette chose n'est-elle pas une preuve suffisante de la sinc&#233;rit&#233; de Staline quand il r&#233;pudie la r&#233;volution mondiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes motifs qui poussent les chefs actuels de l'Internationale communiste &#224; se coller aux mamelles de la &#034;d&#233;mocratie&#034; dans la p&#233;riode de son agonie, ils d&#233;couvrent le radieux visage de la Soci&#233;t&#233; des Nations alors que la parcourt d&#233;j&#224; le hoquet de la mort. Ainsi s'est cr&#233;e une plate-forme de politique ext&#233;rieure commune entre les radicaux et l'Union sovi&#233;tique. Le programme int&#233;rieur du Front populaire est un assemblage de lieux communs qui permettent une interpr&#233;tation aussi libre que le Covenant de Gen&#232;ve. Le sens g&#233;n&#233;ral du programme est celui-ci : pas de changement. Or, les masses veulent du changement et c'est en cela que r&#233;side le fond de la crise politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;sarmant politiquement le prol&#233;tariat, les Blum, Paul Faure, Cachin, Thorez tiennent surtout &#224; ce qu'il ne s arme pas physiquement. La propagande de ces messieurs ne se diff&#233;rencie pas des sermons religieux sur la sup&#233;riorit&#233; des principes moraux. Engels qui enseignait que la possession du pouvoir d'Etat est une question de bandes arm&#233;es, Marx qui regardait l'insurrection comme un art, apparaissent aux d&#233;put&#233;s, aux s&#233;nateurs et maires actuels du Front populaire comme des sauvages du Moyen-Age. Le Populaire passe pour la centi&#232;me fois un dessin repr&#233;sentant un ouvrier d&#233;sarm&#233; avec cette l&#233;gende : &#034;Vous comprendrez que nos poings nus sont plus solides que toutes vos matraques.&#034; Quel splendide m&#233;pris pour la technique militaire ! A cet &#233;gard, le N&#233;gus lui-m&#234;me a des vues plus avanc&#233;es. Pour ces gens, les coups d'Etat en Italie, en Allemagne, en Autriche n'existent pas. Cesseront-ils de vanter les &#034;poings nus&#034;, quand La Rocque leur passera les menottes ? Par moment, on en arrive presque &#224; regretter de ne pouvoir faire subir cette exp&#233;rience &#224; messieurs les chefs, sans que les masses aient &#224; en souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu sous l'angle du r&#233;gime bourgeois, le Front populaire est un &#233;pisode de la rivalit&#233; entre le radicalisme et le fascisme pour gagner l'attention et les faveurs du grand capital. En fraternisant d'une fa&#231;on th&#233;&#226;trale avec les socialistes et les communistes, les radicaux veulent montrer au patron que le r&#233;gime n'est pas aussi malade que les droites le pr&#233;tendent ; que le danger de r&#233;volution est exag&#233;r&#233; ; que Vaillant-Couturier lui-m&#234;me a troqu&#233; son couteau contre un collier ; que par les &#034;r&#233;volutionnaires&#034; apprivois&#233;s on peut dissiper les masses ouvri&#232;res et, par cons&#233;quent, sauver le syst&#232;me parlementaire de la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les radicaux ne croient pas &#224; cette manoeuvre ; les plus s&#233;rieux et les plus influents, Herriot en t&#234;te, pr&#233;f&#232;rent adopter une attitude d'attente. Mais en fin de compte eux-m&#234;mes ne peuvent pas proposer autre chose. La crise du parlementarisme est avant tout une crise de confiance de l'&#233;lecteur &#224; l'&#233;gard du radicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'on n'aura pas d&#233;couvert le moyen de rajeunir le capitalisme il n'existera pas de recette pour sauver le parti radical. Celui-ci n'a le choix qu'entre diff&#233;rents genres de mort politique. Un succ&#232;s relatif aux prochaines &#233;lections n'emp&#234;cherait pas et m&#234;me ne retarderait pas bien longtemps son effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du parti socialiste, les politiciens les plus insouciants de France, ne s'embarrassent pas de la sociologie du front populaire : personne ne peut rien tirer d'int&#233;ressant des interminables monologues de L&#233;on Blum. Quant aux communistes, qui sont extr&#234;mement fiers d'avoir pris l'initiative de la collaboration avec la bourgeoisie, ils pr&#233;sentent le Front populaire comme l'alliance du prol&#233;tariat avec les classes moyennes. Quelle parodie du marxisme ! Non, le parti radical n'est pas le parti de la petite bourgeoisie Il n'est pas davantage un &#034;bloc de la moyenne et de la petite bourgeoisie&#034;, selon la d&#233;finition absurde de la Pravda. Non seulement la moyenne bourgeoisie exploite la petite bourgeoisie sur le plan &#233;conomique comme sur le plan politique, mais elle est elle-m&#234;me une agence du capital financier. D&#233;signer, sous le terme neutre de &#034;bloc&#034;, des rapports politiques hi&#233;rarchiques fond&#233;s sur l'exploitation, c'est se moquer de la r&#233;alit&#233;. Un cavalier n'est pas un bloc homme-cheval. Si le parti Herriot-Daladier a des racines dans les masses petites-bourgeoises et, dans une certaine mesure, jusque dans les milieux ouvriers, c'est uniquement pour les duper dans l'int&#233;r&#234;t du r&#233;gime capitaliste. Les radicaux sont le parti d&#233;mocratique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Toute autre d&#233;finition est un leurre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du syst&#232;me capitaliste d&#233;sarme les radicaux en leur enlevant les moyens traditionnels qui leur permettaient d'endormir la petite bourgeoisie. Les classes moyennes commencent &#224; sentir, sinon &#224; comprendre, qu'on ne sauvera pas la situation par de mis&#233;rables r&#233;formes et qu'une refonte hardie du r&#233;gime actuel est devenue n&#233;cessaire. Mais radicalisme et hardiesse vont ensemble comme l'eau et le feu. Le fascisme se nourrit avant tout de la m&#233;fiance croissante de la petite bourgeoisie &#224; l'&#233;gard du radicalisme. On peut dire sans exag&#233;rer que le sort de la politique de la France ne tardera pas &#224; se d&#233;cider dans une large mesure selon la mani&#232;re dont sera liquid&#233; le radicalisme et selon que ce sera le fascisme ou le parti du prol&#233;tariat qui prendra sa succession, c'est-&#224;-dire qui h&#233;ritera de son influence sur les masses petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un principe &#233;l&#233;mentaire de la strat&#233;gie marxiste est que l'alliance du prol&#233;tariat avec les petites gens des villes et des campagnes doit se r&#233;aliser uniquement dans la lutte irr&#233;ductible contre la repr&#233;sentation parlementaire traditionnelle de la petite-bourgeoisie. Pour gagner le paysan &#224; l'ouvrier, il faut le d&#233;tacher du politicien radical qui l'asservit au capital financier. Contrairement &#224; cela, le Front populaire, complot de la bureaucratie ouvri&#232;re avec les pires exploiteurs politiques des classes moyennes, est tout simplement capable de tuer la foi des masses dans les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires et de les jeter dans les bras de la contre-r&#233;volution fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi invraisemblable que cela paraisse, quelques cyniques essayent de justifier la politique du Front populaire en se r&#233;f&#233;rant &#224; L&#233;nine, qui, para&#238;t-il, a d&#233;montr&#233; qu'on ne pouvait pas se passer de &#034;compromis&#034; et notamment d'accords avec d'autres partis. Pour les chefs de l'Internationale communiste d'aujourd'hui, outrager L&#233;nine est devenu une r&#232;gle ; ils pi&#233;tinent la doctrine du fondateur du parti bolchevique et vont ensuite s'incliner a Moscou devant son mausol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a commenc&#233; sa t&#226;che dans la Russie tsariste, o&#249; non seulement les ouvriers, les paysans, les intellectuels, mais de larges milieux bourgeois combattaient l'ancien r&#233;gime. Si, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la politique du Front populaire avait pu avoir sa justification, il semblerait que ce f&#251;t avant tout dans un pays qui n'avait pas encore fait sa r&#233;volution bourgeoise. Messieurs les falsificateurs feraient bien d'indiquer dans quelle phase, &#224; quel moment et dans quelles circonstances le parti bolchevique a r&#233;alis&#233; en Russie un semblant de Front populaire ? Qu'ils fassent travailler leurs m&#233;ninges et fouillent dans les documents historiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ont pass&#233; des accords d'ordre pratique avec les organisations r&#233;volutionnaires petites-bourgeoises pour le transport clandestin en commun des &#233;crits r&#233;volutionnaires, parfois pour l'organisation en commun d'une manifestation dans la rue ou pour riposter aux bandes de pogromistes. Lors des &#233;lections &#224; la Douma, ils ont eu recours, dans certaines circonstances et au deuxi&#232;me degr&#233; [3] , &#224; des blocs &#233;lectoraux avec les mench&#233;viks ou avec les socialistes r&#233;volutionnaires. C'est tout. Ni &#034;programmes&#034; communs ni organismes permanents, ni renoncement &#224; critiquer les alli&#233;s du moment. Ce genre d'accords et de compromis &#233;pisodiques, strictement limit&#233;s &#224; des buts pr&#233;cis-L&#233;nine n'avait en vue que ceux-l&#224;-n'avait rien de commun avec le Front populaire, qui repr&#233;sente un conglom&#233;rat d'organisations h&#233;t&#233;rog&#232;nes, une alliance durable de classes diff&#233;rentes li&#233;es pour toute une p&#233;riode-et quelle p&#233;riode !-par une politique et un programme communs-une politique de parade, de d&#233;clamation et de poudre aux yeux. A la premi&#232;re &#233;preuve s&#233;rieuse, le Front populaire se brisera et toutes ses parties constitutives en sortiront avec de profondes l&#233;zardes. La politique du Front populaire est une politique de trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle du bolchevisme en ce qui concerne les blocs &#233;tait la suivante : Marcher s&#233;par&#233;ment, vaincre ensemble ! La r&#232;gle des chefs de l'Internationale communiste aujourd'hui est devenue : Marcher ensemble pour &#234;tre battus s&#233;par&#233;ment. Que ces messieurs se cramponnent &#224; Staline et &#224; Dimitrov, mais qu'ils s'arrangent pour laisser L&#233;nine en paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de ne pas s'indigner quand un lit les d&#233;clarations de chefs vantards qui pr&#233;tendent que le Front populaire a &#034;sauv&#233;&#034; la France du fascisme ; en r&#233;alit&#233;, cela veut tout simplement dire que nos h&#233;ros affol&#233;s se sont &#233;pargn&#233;s par leurs encouragements mutuels une frayeur plus grande encore. Pour combien de temps ? Entre le premier soul&#232;vement de Hitler et son arriv&#233;e au pouvoir, il s'est &#233;coul&#233; dix ann&#233;es, marqu&#233;es par des alternances de flux et de reflux. A l'&#233;poque, les Blum et les Cachin allemands ont maintes fois proclame leur &#034;victoire&#034; sur le national-socialisme. Nous ne les avons pas crus et nous n'avons pas eu tort. N&#233;anmoins, cette exp&#233;rience n'a rien appris aux cousins fran&#231;ais de Wels et de Thaelmann. Certes, en Allemagne, les communistes n'ont pas particip&#233; au Front populaire qui groupait la social-d&#233;mocratie, la bourgeoisie de gauche et le Centre catholique (&#034;alliance du prol&#233;tariat avec les classes moyennes&#034; !). En ce temps-l&#224;, l'Internationale communiste repoussait m&#234;me les accords de combat entre organisations ouvri&#232;res contre le fascisme. Les r&#233;sultats, on les conna&#238;t. Notre sympathie la plus chaleureuse pour Thaelmann, en tant que prisonnier des bourreaux, ne peut pas nous emp&#234;cher de dire que sa politique, c'est-&#224;-dire la politique de Staline, a plus fait pour la victoire de Hitler que la politique de Hitler lui m&#234;me. Ayant tourn&#233; casaque, l'Internationale communiste applique aujourd'hui en France la politique suffisamment connue de la social-d&#233;mocratie allemande. Est-il vraiment si difficile d'en pr&#233;voir les r&#233;sultats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple historique en France : le 18 brumaire de Louis Bonaparte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple historique en Russie : K&#233;rensky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/elements.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/elements.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonapartisme bourgeois et bonapartisme stalinien (pseudo-sovi&#233;tique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/00/bonapartisme.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/00/bonapartisme.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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