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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Au pays de Canaan, les pouvoirs ont &#233;t&#233; renvers&#233;s par plusieurs r&#233;volutions</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Au pays de Canaan, les pouvoirs ont &#233;t&#233; renvers&#233;s par plusieurs r&#233;volutions &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; pays de Canaan &#187; est surtout connu du fait des citations de l'Ancien Testament qui attribue aux H&#233;breux et notamment &#224; Josu&#233; qui pr&#233;tendait avoir vaincu militairement et &#233;cras&#233; un Etat de Canaan et un &#171; peuple canan&#233;en &#187;. Mais il n'y a ni Etat de Canaan ni un seul peuple canan&#233;en et les ruines de ce pays datent d'avant la s&#233;dentarisation des H&#233;breux et bien avant leur formation en Etat. Isra&#235;l n'est pas n&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au pays de Canaan, les pouvoirs ont &#233;t&#233; renvers&#233;s par plusieurs r&#233;volutions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pays de Canaan &#187; est surtout connu du fait des citations de l'Ancien Testament qui attribue aux H&#233;breux et notamment &#224; Josu&#233; qui pr&#233;tendait avoir vaincu militairement et &#233;cras&#233; un Etat de Canaan et un &#171; peuple canan&#233;en &#187;. Mais il n'y a ni Etat de Canaan ni un seul peuple canan&#233;en et les ruines de ce pays datent d'avant la s&#233;dentarisation des H&#233;breux et bien avant leur formation en Etat. Isra&#235;l n'est pas n&#233; quand les Canan&#233;ens se r&#233;voltent et sont &#233;cras&#233;s notamment par les Pharaons d'Egypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'interpr&#233;tation de cette p&#233;riode comme &#233;tant celle des patriarches bibliques (Abraham, Isaac, Jacob), propos&#233;e par William Foxwell Albright, elle n'est d&#233;sormais plus admise par la majorit&#233; des arch&#233;ologues et historiens. Ils renvoient les textes bibliques qui les mentionnent au contexte de leur r&#233;daction, plus d'un mill&#233;naire plus tard, comme le prouvent divers anachronismes : par exemple, le fait que certains sites mentionn&#233;s dans ces versets n'&#233;taient pas occup&#233;s au Bronze moyen (comme Tel Beer Sheva) alors que bien d'autres sites plus importants ne sont pas mentionn&#233;s, ou encore la mention de peuples qui n'existaient pas &#224; cette &#233;poque (Aram&#233;ens, Arabes, Chald&#233;ens). Ils n'utilisent donc pas cette source pour expliquer la situation politique ou ethnique de l'&#226;ge du Bronze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Bronze moyen II et III, les sites urbains, qui concentrent une plus grande population et s'&#233;tendent : Hazor est la plus vaste cit&#233;, avec ses 80 hectares ; Gezer, Megiddo et J&#233;richo sont d'autres villes importantes. Au Bronze moyen III, l'urbanisation s'&#233;tend aux terres hautes de l'int&#233;rieur : Sichem et Silo se dotent de fortifications, H&#233;bron et J&#233;rusalem sans doute &#233;galement, signes que le pouvoir des &#233;lites locales se consolide &#224; son tour. Au Liban, la tendance est &#224; l'urbanisation &#224; partir du Bronze moyen I et surtout II : dans la plaine de l'Akkar, le nombre de sites augmente, mais les plus &#233;tendus ne mesurent que 5 hectares environ, ce qui reste tr&#232;s limit&#233; par rapport &#224; la situation de la Syrie voisine, et sont sans doute les centres de petites entit&#233;s politiques (Arqa, Kazel, Jamous). Une situation similaire s'observe dans la Beqaa, autour de Kamid el-Loz et Hizzin qui sont situ&#233;s sur des axes commerciaux majeurs. Le port de Byblos reste la ville majeure de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude g&#233;n&#233;tique a port&#233; sur les ossements cr&#226;niens de cinq &#171; Canan&#233;ens &#187; qui ont v&#233;cu &#224; Sidon durant l'&#226;ge du bronze moyen, vers 1700 av. J.-C. Elle montre que ces habitants sont issus d'un m&#233;lange g&#233;n&#233;tique entre les populations locales n&#233;olithiques du Levant et les anciennes populations iraniennes du Chalcolithique. Les chercheurs ont estim&#233; l'&#233;poque de l'arriv&#233;e de la branche iranienne entre 6 600 ans et 3 500 ans, ce qui pourrait correspondre &#224; l'empire d'Akkad. Cette ascendance chalcolithique iranienne et du Caucase de l'&#226;ge du Bronze semble augmenter dans le temps dans la population canan&#233;enne. Ainsi, concluent-ils, &#171; les Canan&#233;ens, d&#233;finis selon les crit&#232;res arch&#233;ologiques et historiques, constituent un groupe coh&#233;rent sur le plan d&#233;mographique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes bibliques, &#233;crits plusieurs si&#232;cles plus tard, insistent sur le fait que Yahweh avait promis la terre de Canaan aux Isra&#233;lites apr&#232;s leur fuite d'Egypte. Les &#233;critures juives stipulent que les nouveaux arrivants ont finalement triomph&#233;, mais les preuves arch&#233;ologiques ne montrent pas une destruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e des populations canan&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Canan&#233;ens sont tout autant les anc&#234;tres des Palestiniens que des Isra&#233;liens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-generale-prix-nobel-entre-secrets-et-geopolitique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-generale-prix-nobel-entre-secrets-et-geopolitique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit biblique de la conqu&#234;te de Canaan dans le livre de Josu&#233; ne correspond pas aux donn&#233;es de l'arch&#233;ologie, que nous allons explorer &#224; travers cette carte. &lt;br class='autobr' /&gt;
La conqu&#234;te est suppos&#233;e avoir eu lieu au cours de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 13&#232;me si&#232;cle avant notre &#232;re. Une st&#232;le c&#233;l&#233;brant une victoire du pharaon M&#233;renptah en 1207 avant notre &#232;re t&#233;moigne de l'existence d'un groupe humain nomm&#233; Isra&#235;l en Canaan &#224; cette &#233;poque, mais elle t&#233;moigne aussi de la permanence de villes canan&#233;ennes comme Gu&#233;zer qui d'apr&#232;s le livre de Josu&#233; auraient pourtant &#233;t&#233; conquises par les Isra&#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le texte de la st&#232;le d&#233;clare qu'Isra&#235;l a &#233;t&#233; an&#233;anti. Il s'agit bien s&#251;r d'une exag&#233;ration rh&#233;torique, mais cela renforce l'id&#233;e qu'Isra&#235;l est un petit groupe humain parmi d'autres en Canaan, et non le peuple dominant que d&#233;crit le livre de Josu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fouilles effectu&#233;es sur les sites de J&#233;richo et de &#8216;A&#239; infirment &#233;galement la validit&#233; historique du r&#233;cit biblique. Dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 13&#232;me si&#232;cle avant notre &#232;re, J&#233;richo &#233;tait d&#233;j&#224; largement &#224; l'abandon et n'avait pas de murailles &#8211; la sc&#232;ne biblique de la chute des murailles de la ville est donc sans fondement. Quant &#224; A&#239;, ville importante &#224; l'&#226;ge du Bronze ancien vers 2400 avant notre &#232;re, elle connut ensuite une p&#233;riode de d&#233;clin total, et &#233;tait d&#233;peupl&#233;e &#224; la fin du 13&#232;me si&#232;cle &#233;poque suppos&#233;e de sa prise par les Isra&#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.histoirealacarte.com/bible-et-histoire/l-emergence-d-israel-en-canaan-d-apres-les-donnees-de-l-archeologie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.histoirealacarte.com/bible-et-histoire/l-emergence-d-israel-en-canaan-d-apres-les-donnees-de-l-archeologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit non d'un Etat compl&#232;tement unifi&#233; mais d'un peuple qui a v&#233;cu dans la r&#233;gion Isra&#235;l-Palestine-Liban-Syrie de 3000 avant J.-C. &#224; 1200 avant J.-C. et qui a connu plusieurs r&#233;voltes et r&#233;volutions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article395&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article395&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1165&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1165&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5334&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5334&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article395&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article395&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du Bronze moyen, la campagne canan&#233;enne &#233;tait divis&#233;e en une s&#233;rie d'unit&#233;s territoriales, probablement des cit&#233;s-&#201;tats ou des royaumes distincts, semblables aux &#171; modules &#233;tatiques primitifs &#187; d&#233;crits par Colin Renfrew (1971 ; voir aussi Finkelstein 1992a). Les fouilles arch&#233;ologiques r&#233;v&#232;lent un syst&#232;me hi&#233;rarchique d'&#233;tablissements &#224; huit niveaux &#224; la fin du Bronze moyen II (BM2b-BM2c). Seules Hazor et Avaris (Tel el-Dab'a) peuvent &#234;tre class&#233;es comme villes-portes de premier ordre, et chacune constitue un cas unique. Hazor, qui s'&#233;tendait sur environ 80 hectares, &#233;tait plus proche des villes syriennes du nord de Canaan, tandis qu'Avaris &#233;tait une ville canan&#233;enne &#233;tablie dans le nord de l'&#201;gypte. Ashqelon (60 ha), Yavne-Yam (65 ha) et Kabri (35-40 ha), toutes situ&#233;es sur le littoral ou le long des axes principaux, sont consid&#233;r&#233;es comme des villes-portes de second ordre. Les agglom&#233;rations de troisi&#232;me ordre, telles que Tel Dan (16 ha) et Tel Dor (10 ha), &#233;galement situ&#233;es le long des routes terrestres et maritimes, &#233;taient plus petites, mais sans doute tout aussi prosp&#232;res. Les vall&#233;es int&#233;rieures &#233;taient domin&#233;es par des centres r&#233;gionaux comme Megiddo (plus de 20 ha, comprenant les villes haute et basse), Acco, Beth Shean, Kabri, Shimron et Shechem. Parmi les principaux centres de la plaine c&#244;ti&#232;re et de la Sh&#233;ph&#233;lah figuraient &#233;galement Tel el-Ajjul, Aphek, Gezer, Lakish et Tel es-Safi. Les donn&#233;es d'enqu&#234;tes de cette p&#233;riode indiquent &#233;galement une augmentation du nombre d'&#233;tablissements ruraux, sugg&#233;rant l'existence de quelques centres relativement importants entour&#233;s de nombreux petits villages et fermes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de l'&#226;ge du bronze moyen, Canaan &#233;tait divis&#233; en unit&#233;s politiques distinctes englobant des populations urbaines, rurales et nomades. Ces entit&#233;s politiques allaient de vastes chefferies &#224; certaines des premi&#232;res v&#233;ritables cit&#233;s-&#201;tats de la r&#233;gion. J&#233;richo, par exemple, &#233;tait une petite communaut&#233; autonome organis&#233;e selon des structures familiales et de parent&#233;, dirig&#233;e probablement par un conseil de chefs de clan. Sichem exer&#231;ait une large influence dans les montagnes, qui abritaient &#233;galement plusieurs entit&#233;s politiques autonomes de taille moyenne. Plusieurs vastes cit&#233;s-&#201;tats dot&#233;es d'importants centres urbains &#233;merg&#232;rent. Hazor, presque enti&#232;rement abandonn&#233;e durant l'&#226;ge du bronze interm&#233;diaire, connut une croissance rapide, se d&#233;veloppant en un centre urbain florissant, c&#339;ur de la cit&#233;-&#201;tat canan&#233;enne par excellence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les textes syriens de cette &#233;poque, Hazor est souvent mentionn&#233;e comme contemporaine d'autres royaumes tels que Karkemish, Ougarit, Babylone, Eshnuna, Qatna, Yamhad et Kaptara (Chypre ou Cr&#232;te). Il est &#233;galement fait mention d'&#233;missaires babyloniens ayant s&#233;journ&#233; durablement &#224; Hazor, ce qui laisse supposer l'existence de liens politiques formels et permanents entre les diff&#233;rentes cit&#233;s-&#201;tats. De par son statut et sa situation g&#233;ographique, Hazor occupait une position unique de m&#233;diateur entre les royaumes canan&#233;ens et ceux de Syro-Cilicie. &#192; bien des &#233;gards, Hazor ressemblait davantage aux cit&#233;s-&#201;tats du syst&#232;me syro-m&#233;sopotamien qu'au reste du Levant m&#233;ridional, et son organisation politique &#233;tait exceptionnelle. Avaris (Tel el-Dab'a) a probablement jou&#233; un r&#244;le similaire &#224; celui de son homologue m&#233;ridional, en servant de m&#233;diateur entre les cit&#233;s-&#201;tats canan&#233;ennes et l'&#201;gypte. Dans les deux cas, le d&#233;veloppement politique du Canaan au Moyen &#194;ge du Bronze doit &#234;tre compris dans le contexte d'une r&#233;gion situ&#233;e entre deux &#201;tats d&#233;velopp&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cit&#233;s-&#201;tats canan&#233;ennes avaient sans aucun doute des rois, mais ce n'est qu'&#224; la fin du Bronze moyen, avec l'apparition des premiers textes canan&#233;ens/amorites locaux, que les historiens et les arch&#233;ologues peuvent &#233;voquer des souverains sp&#233;cifiques. Les sources textuelles montrent qu'en Syrie, la royaut&#233; se transmettait par filiation, et les vestiges fun&#233;raires du Levant m&#233;ridional sugg&#232;rent la reconnaissance de groupes de descendance et le caract&#232;re h&#233;r&#233;ditaire du statut ; on ignore cependant comment cela s'int&#233;grait &#224; la structure du pouvoir politique. Plusieurs sceaux-cylindres et au moins un scarab&#233;e portant le nom de souverains hyksos (par exemple, Aa user-re) d&#233;couverts &#224; Tel el-Ajjul t&#233;moignent de liens politiques entre l'&#201;gypte et le sud du Canaan. Les &#171; s&#233;pultures de guerriers &#187; pourraient correspondre aux tombes d'individus ayant servi dans une cour royale ou une garde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://warhistory-org.translate.goog/de/article/canaanite-warfare-and-conflict-during-the-middle-bronze-age?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://warhistory-org.translate.goog/de/article/canaanite-warfare-and-conflict-during-the-middle-bronze-age?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les travaux de l'arch&#233;ologue Isra&#235;l Finkelstein, notamment vulgaris&#233;s dans son livre majeur &#171; La Bible d&#233;voil&#233;e &#187;, les troubles survenus dans la r&#233;gion de Canaan &#224; la fin de l'&#226;ge du Bronze r&#233;cent (XIIIe&#8211;XIIe si&#232;cles av. J.-C.) ne correspondent pas du tout au r&#233;cit biblique d'une conqu&#234;te militaire &#233;clair men&#233;e par Josu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;troubles&#034; en Canaan s'inscrivent dans l'effondrement global des civilisations de la M&#233;diterran&#233;e orientale (vers 1200 av. J.-C.). Cet effondrement est marqu&#233; par des crises climatiques (s&#233;cheresses), la chute du commerce international et le d&#233;clin progressif de la domination de l'&#201;gypte sur les cit&#233;s-&#233;tats canan&#233;ennes. L'arch&#233;ologie montre que la destruction des villes de Canaan s'est &#233;tal&#233;e sur plus d'un si&#232;cle, sans logique de campagne coordonn&#233;e. De plus, de nombreuses cit&#233;s suppos&#233;es conquises par Josu&#233; (comme J&#233;richo ou 'A&#239;) n'avaient m&#234;me pas de murailles ou &#233;taient d&#233;peupl&#233;es &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troubles en Canaan d&#233;coulent ainsi d'une mutation interne et structurelle de la soci&#233;t&#233; canan&#233;enne plut&#244;t que d'une guerre de religion ou d'une invasion &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes et r&#233;volutions en pays de Canaan s'inscrivent dans l'effondrement global des civilisations de la M&#233;diterran&#233;e orientale (vers 1200 av. J.-C.). Cet effondrement est marqu&#233; par des crises climatiques (s&#233;cheresses), la chute du commerce international et le d&#233;clin progressif de la domination de l'&#201;gypte sur les cit&#233;s-&#233;tats canan&#233;ennes. L'arch&#233;ologie montre que la destruction des villes de Canaan s'est &#233;tal&#233;e sur plus d'un si&#232;cle, sans logique de campagne coordonn&#233;e. De plus, de nombreuses cit&#233;s suppos&#233;es conquises par Josu&#233; (comme J&#233;richo ou 'A&#239;) n'avaient m&#234;me pas de murailles ou &#233;taient d&#233;peupl&#233;es &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VRoxx8ldh7E&amp;t=186s&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VRoxx8ldh7E&amp;t=186s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chronologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &#171; p&#233;riode canan&#233;enne &#187; commence durant l'&#226;ge du bronze moyen (premi&#232;re moiti&#233; du IIe mill&#233;naire av. J.-C.), qui voit la reprise de l'urbanisation apr&#232;s une p&#233;riode de crise. S'&#233;panouit alors une civilisation urbaine, fond&#233;e sur de petits royaumes et situ&#233;e &#224; la crois&#233;e des influences syro-m&#233;sopotamiennes et &#233;gyptienne. L'&#226;ge du bronze r&#233;cent (vers 1500 &#224; 1200 av. J.-C.) prolonge la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, et les cit&#233;s canan&#233;ennes sont alors plac&#233;es sous la coupe du Nouvel Empire &#233;gyptien. L'essor des &#233;changes &#224; longue distance profite aux cit&#233;s c&#244;ti&#232;res qui connaissent une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233;. L'&#226;ge du bronze se termine au d&#233;but du XIIe si&#232;cle av. J.-C. par une crise qui affecte &#224; des degr&#233;s divers toutes les r&#233;gions c&#244;ti&#232;res de la M&#233;diterran&#233;e orientale, et une partie des r&#233;gions int&#233;rieures voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreuses fouilles arch&#233;ologiques conduites sur des sites du Levant m&#233;ridional dat&#233;s du IIe mill&#233;naire av. J.-C. permettent de mieux conna&#238;tre les &#233;volutions sociales et culturelles de la r&#233;gion de Canaan, telle que d&#233;finie dans le milieu de la recherche. On divise ce mill&#233;naire en deux grandes p&#233;riodes : un &#226;ge du bronze moyen, qui couvre en gros sa premi&#232;re moiti&#233; (v. 2000-1500 av. J.-C.), et un &#226;ge du bronze r&#233;cent qui dure environ trois si&#232;cles (v. 1500-1200 av. J.-C.). Les sources textuelles compl&#232;tent ces informations, en particulier pour la seconde moiti&#233; du IIe mill&#233;naire av. J.-C. qui voit les premi&#232;res attestations assur&#233;es du terme &#171; Canaan &#187; dans la documentation cun&#233;iforme et hi&#233;roglyphique. Le XIIe si&#232;cle av. J.-C. est une p&#233;riode de grands bouleversements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1300 av J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 1300 avant notre &#232;re (au cours du Nouvel Empire &#233;gyptien), le pays de Canaan est une province sous forte domination de l'&#201;gypte, marqu&#233;e par des tensions sociales et des rivalit&#233;s entre cit&#233;s-&#233;tats. Canaan est divis&#233; en petites principaut&#233;s et cit&#233;s autonomes (comme Gaza et Jaffa) administr&#233;es ou sous tutelle directe des pharaons, imposant des corv&#233;es, des tributs et un syst&#232;me f&#233;odal oppressif. Les populations locales et les classes rurales subissent les pillages et les rivalit&#233;s constantes entre les &#233;lites locales et les forces d'occupation. Les pharaons du Nouvel Empire (notamment la XIXe dynastie) m&#232;nent de fr&#233;quentes exp&#233;ditions militaires pour r&#233;primer les insurrections et maintenir l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1230 av. J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vague r&#233;volutionnaire qui renverse les r&#233;gimes du Levant de l'&#226;ge du Bronze, dont ceux du pays de Canaan et de Syrie, mais aussi de Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecroulement des grandes villes canan&#233;ennes d'Ha&#231;or, Aphek, Lakish et Meggiddo se produit sous les coups des crises &#233;conomiques, sociales et politiques. Dans le pays de Canaan, les r&#233;gimes sont renvers&#233;s par les paysans pauvres et les Apirou (s&#233;dentaires hors syst&#232;me). Les villes sont d&#233;truites et abandonn&#233;es. le syst&#232;me &#233;conomique et social s'&#233;croule sans suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La st&#232;le de M&#233;renptah (1207 av. J.-C.) : Un peu plus tard &#224; la fin du si&#232;cle, le pharaon M&#233;renptah laisse une st&#232;le c&#233;l&#232;bre qui comm&#233;more la r&#233;pression d'une r&#233;volte au pays de Canaan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;poque co&#239;ncide avec les pr&#233;mices de la fin de l'&#226;ge du Bronze r&#233;cent, juste avant les grands bouleversements li&#233;s aux invasions des &#171; Peuples de la Mer &#187; (dont les Philistins).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1210 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'effondrement de l'&#226;ge du Bronze final au Levant, les cit&#233;s-&#201;tats canan&#233;ennes (telles qu'Ha&#231;or, Aphek, Lakish ou Megiddo) ont &#233;t&#233; secou&#233;es par une vague de crises &#233;conomiques, de famines et de r&#233;voltes internes men&#233;es notamment par les paysans pauvres et les Apirou (groupes de marginaux ou s&#233;dentaires hors du syst&#232;me f&#233;odal &#233;gyptien), entra&#238;nant l'abandon et la destruction de nombreuses cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1200 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de l'&#226;ge du bronze r&#233;cent (aux alentours de 1200 av. J.-C.), le syst&#232;me des cit&#233;s-&#201;tats canan&#233;ennes s'est effondr&#233; sous le coup de crises syst&#233;miques, de r&#233;voltes sociales et de bouleversements &#233;conomiques. Les arch&#233;ologues (tels qu'Isra&#235;l Finkelstein) privil&#233;gient l'id&#233;e d'une r&#233;volte paysanne interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Anatolie, les r&#233;voltes gagnent l'ancien territoire d'Arzawa, ainsi qu'Hattusa, la capitale de l'empire Hittite. Les villes d'Ishuwa, Kizzuwatna, and Tarhuntassa tombent &#233;galement. En Syrie et au pays de Canaan, toute une s&#233;rie de villes connaissent des troubles sociaux et politiques menant &#224; la destruction d'Alalakh, Amurru, Hazor et Arvad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garnison &#233;gyptienne d'Aphek (situ&#233;e &#224; Tel Aphek, en Isra&#235;l actuel) a effectivement &#233;t&#233; d&#233;truite &#224; la fin du XIIIe si&#232;cle avant J.-C., plus pr&#233;cis&#233;ment aux alentours de 1200 av. J.-C. Dans les ruines du palais d&#233;truit, les arch&#233;ologues ont d&#233;couvert une tablette en cun&#233;iforme. Il s'agit d'une lettre envoy&#233;e par un haut fonctionnaire d'Ugarit (nomm&#233; Takuhlina) au gouverneur &#233;gyptien d'Aphek (Haya), prouvant que le site &#233;tait pleinement op&#233;rationnel et li&#233; aux r&#233;seaux diplomatiques &#233;gyptiens juste avant sa chute. Les fouilles ont r&#233;v&#233;l&#233; une &#233;paisse couche de cendres et de d&#233;bris, t&#233;moignant d'un incendie violent et d'une destruction totale du palais gouvernemental &#233;gyptien (la r&#233;sidence du gouverneur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1195 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte &#224; Ugarit, ville portuaire canan&#233;enne, la plus importante de la Syrie du nord. La chute du commerce a d&#233;stabilis&#233; socialement cette riche cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs villes majeures de Canaan et de Syrie subissent des troubles sociaux et politiques profonds ou sont d&#233;truites, telles qu'Alalakh, Amurru, Hazor, Arvad, puis la riche cit&#233; portuaire d'Ugarit vers 1195 av. J.-C. et Emar vers 1185 av. J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait en grande partie de populations locales (paysans et pasteurs des hautes terres canan&#233;ennes) qui se sont insurg&#233;es contre le syst&#232;me oppressif des cit&#233;s-&#201;tats canan&#233;ennes domin&#233;es par l'&#201;gypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1185 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Syrie, la ville d'Emar est d&#233;truite par la r&#233;volte et de grandes r&#233;gions de Syrie et d'Anatolie renoncent &#224; la civilisation et reculent &#233;conomiquement et socialement (d&#233;peuplement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1182 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ugarit dispara&#238;t et, &#224; Chypre, la ville Alashiya, s'effondre sous la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;volte de Jaffa (-1125 av. J.-C.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fouilles arch&#233;ologiques dirig&#233;es par Aaron Burke et Martin Peilst&#246;cker &#224; l'ancien site de Jaffa ont mis au jour une &#233;paisse couche de destruction par le feu (environ 2 m&#232;tres de d&#233;bris, bois carbonis&#233;s, pointes de fl&#232;ches et briques fondues) dans la garnison militaire &#233;gyptienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ougarit a &#233;t&#233; d&#233;truite trois fois : au quatorzi&#232;me si&#232;cle avant J.-C., puis au XIIIe si&#232;cle avant J.-C., enfin en 1180 ou 1200 avant J.-C. !!! Elle a &#233;t&#233; une fois d&#233;truite par le feu, une fois par un tremblement de terre et une fois par une invasion, dit-on souvent&#8230; Mais cela n'est pas aussi simple car les habitants ne sont pas revenus apr&#232;s l'incendie qui n'a pourtant d&#233;truit qu'une partie de la ville. De m&#234;me, elle a &#233;t&#233; abandonn&#233;e apr&#232;s le tremblement de terre qui n'a pas d&#233;truit tous les b&#226;timents et maisons. L'invasion n'&#233;tait pas qu'ext&#233;rieure puisque le peuple envahisseur faisait partie des exploit&#233;s de la cit&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on dit aussi qu'elle a &#233;t&#233; d&#233;truite par une famine g&#233;n&#233;rale &#224; toute la r&#233;gion qui a entra&#238;n&#233; des d&#233;bordements explosifs des peuples. Bien des catastrophes naturelles, des changements climatiques, des guerres et des invasions ont &#233;t&#233; incrimin&#233;es dans ces destructions : invasions hittites et hourrites, peuples de la mer, Pharaons d'Egypte Rams&#232;s III, etc. Cependant les r&#233;volutions sociales sont elles aussi une hypoth&#232;se &#224; envisager en compl&#233;ment de d&#233;sordres naturels ou guerriers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du XIIIe si&#232;cle (Bronze R&#233;cent), un violent tremblement de terre a compl&#232;tement d&#233;truit la ville et c'est &#224; ce moment que les deux temples de Baal et de Dagan ont d&#251; s'effondrer. Il est possible que le peuple opprim&#233; y ait vu un signe de d&#233;saveu c&#233;leste et en ait profit&#233; pour prendre sa libert&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1370-1350 : le royaume hittite, qui est suzerain d'Ougarit, est lui-m&#234;me pill&#233; et br&#251;l&#233; par une r&#233;volution sociale !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1177 avant J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses ouvrages comme 1177 avant J.-C. : le jour o&#249; la civilisation s'est effondr&#233;e, l'historien et arch&#233;ologue Eric H. Cline analyse les soubresauts, r&#233;voltes et instabilit&#233;s qui ont secou&#233; Canaan et l'ensemble de la M&#233;diterran&#233;e orientale &#224; la fin de l'&#226;ge du Bronze (XIIe si&#232;cle av. J.-C.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Cline explique que les r&#233;voltes int&#233;rieures &#224; Canaan ne sont pas isol&#233;es. Elles s'inscrivent dans un effondrement syst&#233;mique global caus&#233; par une combinaison de facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Changements climatiques et s&#233;cheresses prolong&#233;es provoquant famines et effondrements &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	S&#233;ismes en s&#233;rie (ce qu'Cline appelle les tremblements de terre destructeurs frappant les sites urbains).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Guerres civiles et r&#233;voltes sociales de populations locales opprim&#233;es ou affam&#233;es contre les &#233;lites dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	Arriv&#233;es et incursions des myst&#233;rieux Peuples de la Mer et d&#233;placements de populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses villes canan&#233;ennes sont br&#251;l&#233;es, d&#233;truites ou abandonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arch&#233;ologie montre que plusieurs villes (comme Lakish ou Megiddo) ont effectivement subi des destructions violentes, des incendies ou des abandons &#233;tal&#233;s sur plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ruines ne sont pas uniquement le fruit d'une invasion ext&#233;rieure unique. Elles r&#233;sultent de crises internes, de r&#233;voltes de populations rurales et paysannes contre les riches cit&#233;s canan&#233;ennes, de guerres entre cit&#233;s rivales, ainsi que de l'&#233;mergence progressive de nouveaux groupes sociaux dans la r&#233;gion (dont les premiers Isra&#233;lites).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce n'est pas l'apparition de la division en classes sociales et l'Etat qui a produit la civilisation</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8891</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8891</guid>
		<dc:date>2026-09-28T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce n'est pas l'apparition de la division en classes sociales et de l'Etat qui a entrain&#233; la fondation des civilisations (technologies, culture, art, artisanat, urbanisation, &#233;criture, math&#233;matiques, etc.) mais l'inverse&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
On inverse souvent l'ordre historique des transformations radicales de l'humanit&#233; et de ses soci&#233;t&#233;s&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les chasseurs-cueilleurs et non les agriculteurs qui nous ont civilis&#233; les premiers &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7931 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le communisme des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce n'est pas l'apparition de la division en classes sociales et de l'Etat qui a entrain&#233; la fondation des civilisations (technologies, culture, art, artisanat, urbanisation, &#233;criture, math&#233;matiques, etc.) mais l'inverse&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On inverse souvent l'ordre historique des transformations radicales de l'humanit&#233; et de ses soci&#233;t&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les chasseurs-cueilleurs et non les agriculteurs qui nous ont civilis&#233; les premiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7931&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7931&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme des chassseurs-cuielleurs a produit la civilisation humaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3219&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3219&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat n'a pas cr&#233;&#233; la civilisation humaine et celle-ci s'est tr&#232;s longtemps pass&#233; d'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8667&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8667&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciennes civilisations &#233;taient bien plus avanc&#233;es qu'on ne le dit souvent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8160&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8160&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat ni classes rigides poss&#232;dent des formes complexes d'artisanat, de technologies, de culture, de droit coutumier et de savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7514&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7514&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1429&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1429&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3030&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3030&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge d'or des civilisations n'est pas celui des grands empires mais date de bien avant : de douze mille ans avant notre &#232;re avec la s&#233;dentarisation des chasseurs-cueilleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/histoire-il-y-a-deux-mille-ans-plusieurs-dizaines-de-milliers-de-langues-auraient-ete-parlees-dans-le-monde_253575?utm_source=firefox-newtab-fr-fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.courrierinternational.com/article/histoire-il-y-a-deux-mille-ans-plusieurs-dizaines-de-milliers-de-langues-auraient-ete-parlees-dans-le-monde_253575?utm_source=firefox-newtab-fr-fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6495&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6495&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6518&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6518&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8714&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8714&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation de &#199;atal H&#246;y&#252;k&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%87atal_H%C3%B6y%C3%BCk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%87atal_H%C3%B6y%C3%BCk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisations du Natoufien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Natoufien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Natoufien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisations du N&#233;olithique pr&#233;c&#233;ramique A&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olithique_pr%C3%A9c%C3%A9ramique_A&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olithique_pr%C3%A9c%C3%A9ramique_A&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisations du N&#233;olithique pr&#233;c&#233;ramique B&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olithique_pr%C3%A9c%C3%A9ramique_B&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olithique_pr%C3%A9c%C3%A9ramique_B&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation minoenne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_minoenne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_minoenne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation de l'Oxus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_de_l%27Oxus&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_de_l%27Oxus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;res civilisations d'Elam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lam&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation de Urfa-Antep-Harran-G&#246;bekli Tepe- Karahan Tepe &#8211; Zeugma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%B6bekli_Tepe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%B6bekli_Tepe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation de Mohenjo Daro et de l'Indus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohenjo-daro&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohenjo-daro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_de_la_vall%C3%A9e_de_l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_de_la_vall%C3%A9e_de_l&lt;/a&gt;'Indus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;res civilisations d'Egypte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1934&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1934&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9448&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9448&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation de Caral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation n&#233;e dans la for&#234;t amazonienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geo.fr/histoire/les-traces-dune-immense-civilisation-ancienne-viennent-d-etre-decouvertes-au-coeur-de-lamazonie-233063&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.geo.fr/histoire/les-traces-dune-immense-civilisation-ancienne-viennent-d-etre-decouvertes-au-coeur-de-lamazonie-233063&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Civilisation en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3302&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3302&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7103&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7103&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6781&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6781&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine de l'Etat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5156&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5156&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1363&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1363&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbarie et civilisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7370&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7370&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les peuples travailleurs auto-organis&#233;s et arm&#233;s ont &#233;t&#233; militairement victorieux</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8887</link>
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		<dc:date>2026-08-31T22:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand les peuples travailleurs auto-organis&#233;s et arm&#233;s ont battu (en leur flanquant parfois des racl&#233;es m&#233;morables) les arm&#233;es professionnelles des empires &lt;br class='autobr' /&gt;
On pr&#233;tend souvent que le peuple travailleur ne peut rien faire face &#224; une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re d'un Etat et c'est compl&#232;tement faux ! S'il s'auto-organise, ne suit pas les peurs diffus&#233;es par les faux amis r&#233;formistes, s'il s'arme et ne suit pas les faux conseils des pacifistes, le peuple travailleur peut &#234;tre un lion redoutable pour tous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;1er chapitre : La marque sociale des r&#233;volutions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1_-_boxers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/1_-_boxers.jpg' width=&#034;1090&#034; height=&#034;834&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/boxer_rebellion.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/boxer_rebellion.jpg' width=&#034;1301&#034; height=&#034;768&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/jacquerie2.jpg' width=&#034;448&#034; height=&#034;499&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesshk.jpg' width=&#034;259&#034; height=&#034;194&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/image-26.jpg' width=&#034;650&#034; height=&#034;380&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les peuples travailleurs auto-organis&#233;s et arm&#233;s ont battu (en leur flanquant parfois des racl&#233;es m&#233;morables) les arm&#233;es professionnelles des empires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tend souvent que le peuple travailleur ne peut rien faire face &#224; une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re d'un Etat et c'est compl&#232;tement faux ! S'il s'auto-organise, ne suit pas les peurs diffus&#233;es par les faux amis r&#233;formistes, s'il s'arme et ne suit pas les faux conseils des pacifistes, le peuple travailleur peut &#234;tre un lion redoutable pour tous ses ennemis ! Les &#233;poques de ces luttes arm&#233;es ont &#233;t&#233; tr&#232;s diverses et les adversaires aussi mais &#224; toutes &#233;poques il y a eu des victoires du peuple &#233;crasant des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques batailles militaires gagn&#233;es par le peuple travailleur auto-organis&#233; et arm&#233; contre des arm&#233;es professionnelles d'Etats puissants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pamphyle (-498 avant notre &#232;re), le peuple de Milet lance la r&#233;bellion de l'Ionie contre l'empire perse en &#233;crasant la flotte ph&#233;nicienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syracuse (-413 avant notre &#232;re), le peuple de Syracuse bat et an&#233;antit l'immense flotte et l'arm&#233;e d'Ath&#232;nes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xianyang (-206 avant notre &#232;re), le peuple de l'empire Qin renverse cette dynastie (en fondant l'empire Han)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribola (-147 avant notre &#232;re), le peuple lusitanien bat l'arm&#233;e romaine et c'est le d&#233;but d'une s&#233;rie de victoires militaires de ce peuple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Numance (-137 avant notre &#232;re), le peuple celtib&#232;re bat l'arm&#233;e de l'empire romain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le V&#233;suve (-73 avant notre &#232;re), les esclaves men&#233;s par Spartacus battent l'arm&#233;e romaine dirig&#233;e par le pr&#233;teur Claudius Glaber avant de battre successivement les arm&#233;es romaines dirig&#233;es par le pr&#233;teur Claudius Glaber, celle dirig&#233;e par les consuls Lucius Gellius Publicola et Gnaeus Cornelius Lentulus Clodianus et &#233;crase l'arm&#233;e du proconsul Gaius Cassius Longinus en 72 avant notre &#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Genabum (-52 avant notre &#232;re), le peuple Carnute de Gaule lance la r&#233;volte contre l'arm&#233;e d'occupation romaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Teutobourg (an 9), victoire militaire des Germains (Ch&#233;rusques, Marses, Chattes, Bruct&#232;res) contre l'arm&#233;e de l'empire romain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changchang (an 18) et Chang'an (an 25), victoires de la r&#233;volte paysanne des Sourcils Rouges r&#233;volt&#233;s contre la dynastie imp&#233;riale chinoise Xin de Wang Mang&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chine (184), victoire militaire surprise dans tout le pays de la r&#233;volte des Turbans jannes contre la dynastie imp&#233;riale Han&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrinople (378), victoire militaire des Goths contre l'arm&#233;e de l'empire romain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tanger, Nobles (740) et Bagdoura (741), d&#233;but de la grande r&#233;volte berb&#232;re qui d&#233;fait les forces arm&#233;es du califat Omeyyade de l'empire arabe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bassorah (869), victoire de la r&#233;volte des esclaves Zanjs qui infligent des d&#233;faites humiliantes aux arm&#233;es du califat abbasside&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guangzhou (879), Luoyang et Chang'an (880), victoires du soul&#232;vement paysan contre la dynastie imp&#233;riale chinoise Tang&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome (932), victoire du soul&#232;vement populaire et citoyen contre la pr&#233;sence et l'arrogance des troupes d'Hugues d'Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aur&#232;s et Kairouan (943-947), le peuple berb&#232;re des Aur&#232;s bat la dynastie califale arabe fatimide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manzikert (1071), victoire militaire des peuples nomades seldjoukides contre l'arm&#233;e de l'empereur byzantin Romain IV Diog&#232;ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courtrai (1302), victoire du peuple travailleur du peuple flamand contre l'arm&#233;e f&#233;odale du roi de France Philippe le bel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mortgarten (1315), Sempach (1386), N&#228;fels 1388), Argovie (1415), victoires des cantons suisses paysans contre les comtes Habsbourgs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vitkov (1420), victoire militaire des rebelles tch&#232;ques dans les guerres hussites contre les arm&#233;es des crois&#233;s catholiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weinsberg (1525), victoire de la guerre des paysans allemands contre les princes d'Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sarreguemines et sa r&#233;gion (1525), la r&#233;volte des Rustauds bat une arm&#233;e de 15 000 hommes, fantassins, cavaliers, artilleurs d'origines tr&#232;s diverses : fantassins espagnols, lansquenets (mercenaires) des Pays-Bas et d'Allemagne du Nord, nobles venus de Champagne, de Lorraine ou de Brie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tucapel (1553), victoire des Mapuches (ou Araucans) au Chili contre les conquistadors espagnols de Pedro de Valdivia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palmares (1520 &#224; 1710), nombreuses victoires de la r&#233;publique des esclaves noirs du Br&#233;sil contre les troupes hollandaises et portuguaises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anvers (1583), victoire du peuple travailleur des Pays-Bas espagnols contre les troupes fran&#231;aises du duc Fran&#231;ois d'Anjou (fr&#232;re du roi de France Henri III)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;kin (1644), victoire militaire majeures du soul&#232;vement populaire des rebelles paysans qui renverse la dynastie Ming et provoque la mort du dernier empereur Chongzhen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naseby et Langport (1645), victoires de l'arm&#233;e de la R&#233;volution anglaise qui permettent de faire perdre le pouvoir au roi et &#224; l'&#233;piscopat en Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dunbar, Inverkeithing et Worcester (1651), victoire d&#233;finitive du peuple travailleur d'Angleterre guid&#233; par Cromwell contre l'arm&#233;e des nobles et du roi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bloody Run (1763), victoire des Am&#233;rindiens de Pontiac contre l'arm&#233;e coloniale britannique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lexington et Concord (1775), Saratoga (1777), Yorktown (1781), victoires du peuple travailleur des Etats-Unis contre l'arm&#233;e royale et coloniale d'Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valmy, Jemmapes (1792), Toulon (1793), Hondschoote et Wattignies (1793) Wissembourg et Woerth (1793) Fleurus (1794) Roussillon et Pyr&#233;n&#233;es (1794), victoires de l'arm&#233;e des volontaires de la R&#233;volution fran&#231;aise contre les arm&#233;es professionnelles des monarchies de l'Europe f&#233;odale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amsterdam et autres villes des Pays-Bas (1795), les r&#233;volt&#233;s de la R&#233;volution batave aid&#233;s par la R&#233;volution fran&#231;aise battent l'arm&#233;e du prince Guillaume V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verti&#232;res (1803), victoire d&#233;finitive des esclaves noirs d'Ha&#239;ti contre l'arm&#233;e napol&#233;onienne de la France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kaboul (1842), victoire du peuple afghan qui a quasi compl&#232;tement massacr&#233; l'arm&#233;e coloniale anglaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dargo (1845), victoire des peuples r&#233;volt&#233;s de Tch&#233;tch&#233;nie et du Daguestan contre les troupes imp&#233;riales russes du tsar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nankin (1853), une des nombreuses victoires des r&#233;volt&#233;s Ta&#239;pings face &#224; la dynastie imp&#233;riale chinoise Qing&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Little Bighorn (1876), victoire des Am&#233;ridiens (Sioux et Cheyennes) contre la cavalerie am&#233;ricaine de Custer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosebud (1876), victoire des Am&#233;rindiens (Cheyennes) dirig&#233;s par Crazy Horse contre les troupes am&#233;ricaines du g&#233;n&#233;ral Crook&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isandlwana (1879), victoire &#233;crasante du peuple zoulou contre l'arm&#233;e coloniale britannique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Khartoum (1885), le peuple soudanais bat l'arm&#233;e coloniale anglaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Langfang (1900), victoire des Boxers r&#233;volt&#233;s en Chine contre les huit arm&#233;es coloniales occidentales command&#233;es par l'Amiral Seymour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciudad Suarez (1911), Zacatecas et Mexico (1914), victoires militaires de la r&#233;volution mexicaine contre l'arm&#233;e du dictateur mexicain Huerta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kazan (1918), victoire de l'arm&#233;e rouge des soviets de Russie contre l'arm&#233;e blanche et tch&#233;coslovaque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sviajsk (1918), victoire de l'arm&#233;e rouge des soviets de Russie contre l'arm&#233;e blanche et tch&#233;coslovaque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd, Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo (1919, victoire des soviets de Russie contre l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral blanc Ioud&#233;nitch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koursk, Kiev, Karkhov (1919), victoire de l'arm&#233;e rouge des soviets de Russie contre l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral blanc Anton D&#233;nikine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Odessa et mer Noire (1919), victoire de l'arm&#233;e rouge des soviets de Russie contre les arm&#233;es fran&#231;aise et grecque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omsk et Sib&#233;rie (1919), victoire de l'arm&#233;e rouge des soviets de Russie contre l'arm&#233;e sib&#233;rienne de l'amiral Alexandre Koltchak&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novorossiisk (1920), victoire de l'arm&#233;e rouge des soviets de Russie contre l'arm&#233;e blanche du g&#233;n&#233;ral Anton D&#233;nikine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Urfa et Khan Mayssaloun (1920), victoire du peuple syrien contre l'arm&#233;e fran&#231;aise du g&#233;n&#233;ral Gouraud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anoual (1921), victoire &#233;crasante des r&#233;volt&#233;s rifains contre l'arm&#233;e coloniale espagnole au Maroc qui est massacr&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barcelone et Aragon (1936), victoire anarchiste contre le putsch militaire de Franco&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neretva et Sutjestu (1943), victoire d&#233;finitive du peuple travailleur de Yougoslavie contre l'arm&#233;e d'Hitler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tourane, Nha Trang, An Kh&#234;, col de Mang Yang, Dien Bien Phu (1954), victoires du peuple travailleur du Vietnam contre l'arm&#233;e colonialiste fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Khe Sanh (1968), victoire du peuple travailleur du Vietnam contre l'arm&#233;e des Etats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa&#239;gon (1975), victoire d&#233;finitive du peuple travailleur du Vietnam contre l'arm&#233;e des Etats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arm&#233;es coloniales ont &#233;t&#233; souvent battues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3645&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3645&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain a plus souvent &#233;t&#233; battu militairement qu'&#233;t&#233; victorieux militairement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7022&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7022&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes poss&#233;dantes ne m&#233;prisent nullement la capacit&#233; r&#233;volutionnaire des exploit&#233;s et toute leur politique en t&#233;moigne : guerres, massacres, r&#233;pressions, fascismes et guerres mondiales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2811&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6234&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6234&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8150&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5850&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5850&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4490&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4490&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9014&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive le peuple auto-organis&#233; et en armes !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ne croyons pas tous les mensonges des r&#233;formistes et opportunistes selons lesquelles le prol&#233;tariat ne peut pas battre les arm&#233;es capitalistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne croyons pas au pacifisme pro-capitaliste et pro-imp&#233;rialiste des &#171; gauches &#187; r&#233;formistes politiques et syndicales ! Ils veulent pacifier le prol&#233;tariat et pas les capitalistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5220&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5220&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3400&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3400&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prol&#233;taires armons-nous !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1224&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1224&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8546&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et organisons-nous en soviets !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8098&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8098&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prenons la totalit&#233; du pouvoir d'Etat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8647&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La bourgeoisie mondiale et la r&#233;volution d'Octobre</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8329</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8329</guid>
		<dc:date>2026-08-27T22:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La bourgeoisie mondiale et la r&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement les prol&#233;taires mais les exploit&#233;s et opprim&#233;s du monde entier s'&#233;taient reconnus dans la r&#233;volution d'Octobre de L&#233;nine et Trotsky comme lib&#233;ration de l'exploitation, de la guerre, de la dictature et de tous les massacres raciaux, interreligieux, interethniques, de toutes les violences contre les nationalit&#233;s opprim&#233;es... &lt;br class='autobr' /&gt;
Et, inversement, les bourgeoisies du monde entier se sont reconnues dans la haine de la r&#233;volution en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La bourgeoisie mondiale et la r&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les prol&#233;taires mais les exploit&#233;s et opprim&#233;s du monde entier s'&#233;taient reconnus dans la r&#233;volution d'Octobre de L&#233;nine et Trotsky comme lib&#233;ration de l'exploitation, de la guerre, de la dictature et de tous les massacres raciaux, interreligieux, interethniques, de toutes les violences contre les nationalit&#233;s opprim&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, inversement, les bourgeoisies du monde entier se sont reconnues dans la haine de la r&#233;volution en Russie et en Europe, la haine des soviets, la haine du communisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe regardait la r&#233;volution russe comme un espoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/les-repercussions-de-la-revolution-d-octobre-en-europe-dans-l-entre-deux-guerres-5629195&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/les-repercussions-de-la-revolution-d-octobre-en-europe-dans-l-entre-deux-guerres-5629195&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde en r&#233;volutions regardait vers les soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/1918-un-monde-en-revolutions&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/1918-un-monde-en-revolutions&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde en qu&#234;te de paix regardait du c&#244;t&#233; des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-03.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-03.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples colonis&#233;s et nationalit&#233;s opprim&#233;es regardaient du c&#244;t&#233; des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/urss/works/1917/11/droitsdespeuples.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/urss/works/1917/11/droitsdespeuples.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700f.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700f.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Reed&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/classiques/reed_john/Dix_jours_qui_ebranlerent_le_monde/dix_jours.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/classiques/reed_john/Dix_jours_qui_ebranlerent_le_monde/dix_jours.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignage de Louise Bryant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bryant/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/bryant/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignages sur la R&#233;volution russe de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/ussr/archive/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/ussr/archive/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA SITUATION INTERNATIONALE ET LA REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article1173&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article1173&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA BOURGEOISIE MONDIALE CONTRE LES SOVIETS (source : CCI)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/revue-internationale/201805/9702/bourgeoisie-mondiale-contre-revolution-d-octobre-premiere-partie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/revue-internationale/201805/9702/bourgeoisie-mondiale-contre-revolution-d-octobre-premiere-partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-internationalism-org.translate.goog/content/16651/world-bourgeoisie-against-october-revolution-part-two-social-democracy-and-stalinism?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-internationalism-org.translate.goog/content/16651/world-bourgeoisie-against-october-revolution-part-two-social-democracy-and-stalinism?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ECHEC DE LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2075&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5834&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5834&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TERREUR BLANCHE CONTRE LA REVOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5381&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5381&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES PUISSANCES IMPERIALISTES CONTRE LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article214&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DIX ARMEES ETRANGERES CONTRE LA REVOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_histoire/a54050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_histoire/a54050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GUERRE IMPERIALISTE CONTRE LA REVOLUTION RUSSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/05/proletaires.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/05/proletaires.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LA REVOLUTION REFLUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ECRASEMENT DES REVOLUTIONS EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4760&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4760&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article216&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article216&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article213&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article213&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article205&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article205&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/00/19390000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/00/19390000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contre la guerre... par la r&#233;volution...</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8365</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

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&lt;p&gt;par Romain Rolland &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai cont&#233;, dans Quinze ans de combat[1], comment la guerre mondiale avait &#233;t&#233; pour nous, intellectuels &#8212; (une poign&#233;e d'intellectuels) &#8212; une &#233;cole obligatoire d'&#233;ducation politique. &#201;cole &#233;l&#233;mentaire : car nous avions tout &#224; apprendre. Les intellectuels grandissent englu&#233;s dans une id&#233;ologie, qui est plus ou moins riche et nuanc&#233;e, mais toujours d&#233;vid&#233;e des entrailles de l'esprit, comme le fil de l'araign&#233;e, et, bien moins que lui, capable de s'agripper aux ar&#234;tes du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;par Romain Rolland&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cont&#233;, dans Quinze ans de combat[1], comment la guerre mondiale avait &#233;t&#233; pour nous, intellectuels &#8212; (une poign&#233;e d'intellectuels) &#8212; une &#233;cole obligatoire d'&#233;ducation politique. &#201;cole &#233;l&#233;mentaire : car nous avions tout &#224; apprendre. Les intellectuels grandissent englu&#233;s dans une id&#233;ologie, qui est plus ou moins riche et nuanc&#233;e, mais toujours d&#233;vid&#233;e des entrailles de l'esprit, comme le fil de l'araign&#233;e, et, bien moins que lui, capable de s'agripper aux ar&#234;tes du r&#233;el. Il se peut que cette id&#233;ologie ait &#233;t&#233;, au temps jadis, la synth&#232;se ou la raison finale, arbitrairement d&#233;gag&#233;e, d'actes et d'exp&#233;riences ant&#233;rieurs ; mais elle n'a plus, depuis longtemps, pris la peine de se contr&#244;ler au mouvement incessant de la r&#233;alit&#233; en marche ; elle continue de d&#233;signer, imperturbablement, des formes de la pens&#233;e sociale, qui sont contradictoires et souvent n&#233;gatrices de la pens&#233;e premi&#232;re, depuis longtemps trahie. Imperturbablement, elle aide &#224; la trahison, en couvrant de sa robe toute cette confusion. Et l'on ne saurait dire ce qui, dans l'&#233;quivoque de cette id&#233;ologie inadapt&#233;e au r&#233;el, proc&#232;de davantage de la force d'inertie inh&#233;rente au poids mort du pass&#233; que tra&#238;ne apr&#232;s lui l'esprit, ou de la ruse &#224; ne pas voir ce qui le contraindrait &#224; un nouvel effort, afin de s'en d&#233;gager. Ajoutons tous les risques, qu'entra&#238;ne une vue nouvelle de la soci&#233;t&#233;. Car voir oblige &#224; agir. Et agir est p&#233;rilleux, aux &#226;ges des grandes mutations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi notre g&#233;n&#233;ration d'intellectuels fran&#231;ais a trouv&#233;, parmi nos a&#238;n&#233;s, si peu d'aide &#224; sortir de l'enchev&#234;trement des id&#233;ologies &#224; double et triple faces. Bien plut&#244;t, ces a&#238;n&#233;s, ainsi que pendant la guerre les ma&#238;tres de l'intelligence, se sont-ils acharn&#233;s &#224; nous y emprisonner. Il a fallu faire seuls notre trou&#233;e, au travers. Et ce fut une rude t&#226;che. Nous nous y sommes ensanglant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions des novices. D&#233;shabitu&#233;s d'agir sur le plan du r&#233;el, c'&#233;tait &#224; coups d'id&#233;ologies que, r&#233;sistant &#224; la guerre, nous avions, pendant la guerre, lutt&#233; contre les id&#233;ologies. Nous ne connaissions pas d'autres armes. Nous ne savions qu'opposer l'Esprit abstrait &#224; la force, les droits de la conscience &#224; la raison d'&#201;tat, et &#224; la violence sans frein la non-violence absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que nous abord&#226;mes, au sortir de la guerre, en 1919, la confrontation des d&#233;crets de notre esprit &#224; l'exp&#233;rience sociale, qui s'effectuait, en ces jours, dans des conditions tragiques. &#192; vrai dire, nous ne f&#251;mes pas beaucoup, parmi les intellectuels, &#224; poursuivre longtemps cette confrontation. D&#232;s les premiers soup&#231;ons qu'elle tournerait peut-&#234;tre &#224; nos d&#233;pens, la plupart s'&#233;clips&#232;rent, &#8212; de ceux m&#234;mes, en nombre si r&#233;duit, qui avaient tenu t&#234;te &#224; la guerre, &#8212; du moins id&#233;ologiquement. C'&#233;tait assez, pour eux, d'avoir institu&#233; le proc&#232;s de la guerre, par l'esprit. Ils n'&#233;taient pas dispos&#233;s &#224; faire le proc&#232;s de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, il le fallait, pour pouvoir avancer. Nous nous sommes trouv&#233;s, et d&#232;s les premiers pas, dans une effrayante confusion de l'esprit, en partie exploit&#233;e par les ma&#238;tres du pouvoir et de l'opinion qu'il contr&#244;le. Experts &#224; remuer la bourbe et troubler la rivi&#232;re, pour p&#234;cher le poisson, ils avaient r&#233;ussi &#224; nous escamoter, une fois de plus, nos id&#233;es, pour s'en faire des drapeaux, au service des pires int&#233;r&#234;ts qui les niaient. Cette ruse de guerre, continu&#233;e pendant la paix, jetait le d&#233;sarroi parmi les &#171; braves gens &#187;, cette foule de na&#239;fs, qui pensent par la voix de ceux qui parlent le plus haut. Ce n'&#233;tait pas nouveau. Ainsi, pendant la guerre, nous avions vu subtilis&#233;s &#171; le Droit &#187;, &#171; la Libert&#233; &#187;, aux fins de l'asservissement moral et militaire des peuples qu'on envoyait ensuite se faire massacrer, pour le profit exclusif d'une caste d'imp&#233;rialistes d'industries et d'affaires. Nous &#233;tions avertis. Nous nous sommes laiss&#233;s prendre, une deuxi&#232;me fois. Aurions-nous pu pr&#233;voir (il faut toujours pr&#233;voir) qu'on viendrait nous piller, jusque dans nos retranchements de &#171; l'ind&#233;pendance de l'esprit &#187;, de &#171; la paix &#187;, de &#171; l'internationalisme &#187;, voire de &#171; la non-violence &#187;, et retourner contre nous les fant&#244;mes de nos grands mots, honteusement d&#233;form&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est que, pr&#233;cis&#233;ment, il ne faut plus de grands mots. La premi&#232;re t&#226;che &#224; faire est de les d&#233;couronner, afin qu'ils rentrent dans le rang. La mesure d'une id&#233;e s'&#233;value &#224; la toise de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai revis&#233; les miennes. J'ai demand&#233; &#224; chacune, &#8212; non pas : &#171; Que penses-tu ? Qui es-tu ? &#187; &#8212; mais : &#171; Que fais-tu ? Et comment agis-tu ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle revision m'a caus&#233; des surprises&#8230; Elle &#233;tait salutaire. En jugeant de ces id&#233;es, &#224; l'user dans l'action, j'ai vu se d&#233;gager leur essence vivante des sophismes insidieux ou hostiles, qui s'enroulaient autour d'elles, comme un lierre, et, dans l'action, les tuaient. L'action m'a appris qu'on peut, qu'on doit se tenir &#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187; des nations, et revendiquer sa place dans le combat social ; &#8212; que qui d&#233;fend la paix, est tenu de d&#233;noncer &#171; la piraterie de la paix &#187; ; &#8212; que de se faire le porte-voix de &#171; l'ind&#233;pendance de l'esprit &#187;, n'est pas autoriser les privil&#232;ges de l'esprit &#233;go&#239;ste, qui pr&#233;tend se s&#233;parer, comme une caste, de la masse des travailleurs, &#8212; que lorsqu'on dit adieu &#224; la vieille patrie nationaliste, c'est pour mieux saluer la venue de la nouvelle patrie internationale ; &#8212; et qu'on peut &#234;tre enfin l'auteur de Clerambault, et vouloir que, contre la r&#233;action fasciste et contre la guerre, le refus de conscience donne la main &#224; la R&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces th&#232;ses (au sens strict de positions de l'esprit, command&#233;es par les faits) s'expriment dans les articles qu'on lira plus loin. Mais il sera utile que je commente ici la premi&#232;re, &#8212; &#171; l'au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187;, &#8212; que des milliers de lecteurs, plus d&#233;sireux de condamner ou d'apologiser que de comprendre, se sont victorieusement appliqu&#233;s &#224; lire de travers. Et du coup, s'&#233;clairera la seconde formule, fille de la premi&#232;re, qui n'a pas eu moindre fortune et infortune : &#171; l'ind&#233;pendance de l'esprit &#187;. C'est un coup de barre n&#233;cessaire, afin de remettre l'esprit dans la vraie direction, qu'il a trop souvent perdue. &#8212; Et vogue la gal&#232;re !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin de la guerre, la paix non encore sign&#233;e, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; fixer les limites de l'&#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187;, par le heurt amical d'une correspondance avec Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais de r&#233;diger la D&#233;claration d'ind&#233;pendance de l'esprit, qui devait para&#238;tre d'abord (d&#233;capit&#233;e de son titre) dans l'Humanit&#233; du 26 juin 1919, et j'en avais soumis le texte, afin qu'ils l'approuvassent ou qu'ils le critiquassent, aux principaux &#233;crivains d'Europe que j'estimais[2]. Bernard Shaw la critiqua. Je n'en fus point surpris. Moi-m&#234;me, je donnais raison, in petto, &#224; plusieurs de ses critiques. Mais avec son outrance coutumi&#232;re de grand auteur comique, pour qui le monde entier est un th&#233;&#226;tre, Shaw en venait, dans sa r&#233;pulsion justifi&#233;e de tout pharisa&#239;sme, &#224; faire l'apologie cynique des errements d'intellectuels, de la haine et du mensonge, comme d'une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable pendant la guerre. Je pense que le public aura quelque int&#233;r&#234;t &#224; conna&#238;tre la petite joute d'armes, qui se livra entre nous :&lt;br class='autobr' /&gt;
I. &#8212; Bernard Shaw &#224; Romain Rolland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ayot St. Lawrence, Welwyn, Herts, 7 mai 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mon cher Romain Rolland,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut une confession plut&#244;t qu'un reproche : sans cela nous aurons l'air d'&#234;tre Pharisien, m&#234;me snob. Pour l'&#233;viter, j'ai os&#233; raccommoder un peu votre brouillon. Qu'en pensez-vous ? Naturellement, vous saurez r&#233;diger mon baragouin : je suis vil linguiste&#8230; Bonne poign&#233;e de main.&lt;br class='autobr' /&gt;
G. Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette lettre &#233;tait jointe la copie que j'avais envoy&#233;e de ma D&#233;claration, et que Shaw avait r&#233;vis&#233;e. J'en donnerai ici seulement les passages qu'il a substitu&#233;s ou ajout&#233;s &#224; mon texte. Pour celui-ci, on te trouvera, &#224; la fin de mon volume : &#171; Les Pr&#233;curseurs &#187;, et au d&#233;but de : &#171; Quinze ans de Combat &#187; : car cette D&#233;claration forme, dans ma pens&#233;e, la borne entre deux p&#233;riodes, &#8212; tout &#224; la fois point d'arriv&#233;e et point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [Travailleurs de l'esprit, compagnons dispers&#233;s &#224; travers le monde&#8230; ; la guerre a jet&#233; le d&#233;sarroi dans nos rangs.] Elle nous a oblig&#233;s de mettre notre science, notre art, notre raison, au service de nos gouvernements. &#192; la guerre, comme au naufrage, on n'est plus savant, artiste, philosophe, on est poilu, loup de mer, patriote : il faut sacrifier et m&#234;me prostituer &#224; la d&#233;fense nationale non seulement la vie, mais l'&#226;me, l'esprit, la conscience, et manier le mensonge aussi peu scrupuleusement que la ba&#239;onnette et la bombe. Nous avons beau chercher &#224; planer au-dessus de la m&#234;l&#233;e. Inutile &#224; la guerre, le premier devoir est au foyer, au voisin, la t&#226;che supr&#234;me d'en d&#233;tourner la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avouons que sous le joug de cette d&#233;testable n&#233;cessit&#233;, nous, les artistes, les penseurs, avons ajout&#233; au fl&#233;au qui ronge l'Europe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit le r&#233;quisitoire, que j'avais prononc&#233;, contre la prostitution de la pens&#233;e par les intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [&#8230;Compromise dans les luttes des nations, elle sort, avec elles, d&#233;chue.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout cela (reprend Shaw) n'est peut-&#234;tre pas plus horrible pour nous, penseurs et artistes, que ne l'est le meurtre, l'incendie, surtout la famine voulue, pour nos fr&#232;res poilus. Mais c'est infiniment plus difficile d'en arr&#234;ter l'op&#233;ration. &#192; l'arm&#233;e, on donne l'ordre : &#171; Bas le feu partout ! &#187; et le feu cesse. Qui sait donner pareil ordre &#224; la pens&#233;e fausse, &#224; l'empoisonnement de l'esprit ? Pourtant, il faut faire l'essai. La menace qui nous a forc&#233;s de piller les tr&#233;sors et profaner les temples de l'esprit n'existe plus. La paix nous rend la libert&#233;. H&#226;tons-nous donc de nous d&#233;gager de ces alliances, de ces servitudes d&#233;natur&#233;es, impos&#233;es par la guerre. [L'esprit libre n'est le serviteur de rien. C'est nous qui sommes les serviteurs de l'esprit&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit le texte original de ma D&#233;claration, jusqu'&#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis, de Paris, le 28 mai :&lt;br class='autobr' /&gt;
II. &#8212; Romain Rolland &#224; Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8230; Vous ayez raison de me mettre en garde contre le danger qu'il y aurait &#224; para&#238;tre se vanter aux d&#233;pens des autres. Aussi, je suis tout dispos&#233; au mea culpa g&#233;n&#233;ral. Mais o&#249; je ne puis vous suivre, c'est quand des agissements pass&#233;s vous faites une n&#233;cessit&#233; &#171; d&#233;testable &#187;, il est vrai, mais, semble-t-il, in&#233;luctable. Vous dites : &#171; Dans la guerre, on n'est plus savant, artiste, philosophe&#8230; il faut sacrifier et m&#234;me prostituer &#224; la d&#233;fense nationale non seulement la vie, mais l'&#226;me, l'esprit, la conscience, et manier le mensonge&#8230; etc. &#187;. Jamais je n'admettrai que le premier devoir de l'homme de pens&#233;e soit la d&#233;fense nationale ; c'est, pour moi, la d&#233;fense de la pens&#233;e. Je ne mets pas la nation, la patrie, le foyer avant tout. Avant tout, je mets la conscience libre. Vous dites : &#171; La paix nous rend la libert&#233;. &#187; Ni vous, ni moi, n'avons attendu la paix pour parler librement. Et il s'agit de savoir si nous donnons d'avance &#224; la guerre prochaine (qui ne sera pas lente &#224; venir) un blanc-seing pour &#233;touffer la libert&#233;. Vous me direz qu'elle se passera de notre permission. Soit ! Mais elle ne l'aura point. Que l'esprit reste sauf ! Je ne vois aucun avenir dans les efforts de la pens&#233;e libre pour s'adapter aux n&#233;cessit&#233;s de la politique. Elle est entra&#238;n&#233;e dans la faillite criminelle et honteuse de celle-ci. Si elle veut sauver les autres, qu'elle commence par se sauver elle-m&#234;me ! Qu'elle t&#226;che &#224; constituer, par-dessus les nations, une Internationale de la pens&#233;e, une conscience mondiale !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Shaw me r&#233;pliqua, un peu rageusement :&lt;br class='autobr' /&gt;
III. &#8212; Bernard Shaw &#224; Romain Rolland.&lt;br class='autobr' /&gt;
Londres, 27 juin 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cher Romain Rolland, vous flattez la guerre et l'homme. Il n'existe pas &#171; l'homme de pens&#233;e &#187;. Moi, je ne suis pas la Pens&#233;e. Je suis Bernard Shaw. Vous &#234;tes Romain Rolland. Nous mangeons, et huit heures apr&#232;s, nous oublions notre philosophie, et sentons seulement la faim. Un soldat allemand nous approche pour nous ba&#238;onnetter : nous nous en fichons de la pens&#233;e et lui br&#251;lons la cervelle en l'injuriant comme deux grognards. Je n'ai pas su parler librement pendant la guerre. Lisez mes Peace Conf&#233;rence Hints. Un soldat m'a dit : &#171; Si j'avais su tout cela en 1915, pas de khaki pour moi ! &#187; &#8212; J'ai r&#233;pondu : &#171; C'est justement pourquoi je ne vous en avais rien dit. &#187; &#8212; Tout ce que vous dites de la Pens&#233;e est vrai. Donc que la Pens&#233;e signe votre manifeste. Mais John Smith et Pierre Duval ne peuvent signer. Ils ont combattu pour nous ; et nous avons au moins pay&#233; l'imp&#244;t. Nul homme n'a &#233;t&#233; au-dessus de la m&#234;l&#233;e. Une telle pr&#233;tention r&#233;pugnerait le monde et briserait notre influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pardonnez-moi ma brusquerie : en &#233;crivant l'anglais, j'ai assez de tact ; mais dans une langue &#233;trang&#232;re, on &#233;crit comme on peut. &#192; vous toujours.&lt;br class='autobr' /&gt; G. Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je r&#233;pondis, le 29 juin :&lt;br class='autobr' /&gt; IV. &#8212; Romain Rolland &#224; Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cher Bernard Shaw, il n'est pas indispensable d'oublier ses id&#233;es, lorsqu'on sent la faim. Dans tous les temps, il y a des hommes qui sont morts pour leurs id&#233;es. Il y en a eu dans cette guerre. Il y en aura dans cette paix. Je crois que j'en pourrais &#234;tre. Et vous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne suis pas au-dessus des m&#234;l&#233;es, &#8212; de toutes les m&#234;l&#233;es. J'ai &#233;t&#233;, je suis, je serai toujours &#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187; des nations et des patries. Mais je suis dans le combat contre les nations, contre les patries, contre les castes, contre toutes les barri&#232;res qui s&#233;parent les hommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et je lui envoyai ma &#171; Liluli &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur ce plan de l'ironie, l'accord se fit instantan&#233;ment. Et Bernard Shaw me cria : &#171; Bravo ! &#187; en jubilant[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand je relis, &#224; distance, notre controverse, je vois mieux qu'elle &#233;tait moins de fond que de forme, et que celle-ci &#233;tait, chez Shaw, non seulement la plus conforme &#224; son g&#233;nie, mais probablement la plus efficace &#224; fl&#233;trir le servile &#233;garement de la pens&#233;e enr&#233;giment&#233;e pendant la guerre. Car quelle satire plus outrageante que cette persiflante confession, o&#249; Bernard Shaw, sous l'apparence d'une orgueilleuse mea culpa, &#233;tale au monde les pires hontes des intellectuels d&#233;grad&#233;s, et se fustige sur leur dos !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais l'essentiel, dans le d&#233;bat qui s'est ouvert, apr&#232;s la guerre, pour nous tous, minorit&#233; d'intellectuels ind&#233;pendants, &#8212; et que j'expose dans ce volume, c'est l'occasion que Bernard Shaw m'a fournie de d&#233;finir la position de l'esprit &#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187;. &#8212; Au-dessus de la m&#234;l&#233;e du pass&#233; nationaliste, qui se survit en Europe, en se baignant dans des torrents de sang, &#8212; sang inf&#233;cond, sang maudit, qui ne fait qu'appeler le sang vengeur, comme une mal&#233;diction des Atrides. &#8212; Mais dans la m&#234;l&#233;e, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, ou, d'un terme plus digne, dans le combat organis&#233; contre toutes les forces oppressives du pass&#233;, pour &#233;difier un monde nouveau, l'Union des R&#233;publiques Socialistes Sovi&#233;tiques du Travail humain. Et ce grand titre, cet &#233;tendard, n'est point celui de la seule U.R.S.S. de Russie, puisque son vrai sens, sa raison d'&#234;tre, est d'&#234;tre universel : la Russie n'a fait qu'ouvrir le chemin, dans des circonstances catastrophiques, et en d&#233;pit d'elles, gr&#226;ce au g&#233;nie de quelques hommes et &#224; la foi de millions d'autres. Si nous suivons le m&#234;me chemin, ce n'est pas elle que nous suivons : car le chemin est &#224; tous ; et c'est la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de l'histoire qui l'a trac&#233; au progr&#232;s humain. Il faut le suivre. L'humanit&#233; le suivra. Ou elle mourra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, aux premiers jours apr&#232;s la guerre, le devoir ne paraissait pas aussi net qu'il l'est, &#224; mes yeux, aujourd'hui. Il a fallu bien des ann&#233;es de discussion avec soi-m&#234;me, &#8212; &#171; Quinze ans de combat &#187; &#8212; pour se d&#233;gager du fourr&#233; de tant de probl&#232;mes qui nous entravaient dans l'action, pour d&#233;mailloter l'esprit de tant d'incertitudes et de troubles. Il a fallu surtout, pour moi, mettre d'accord ces deux principes antagonistes : la Non-Violence, cet acte de foi d'&#226;mes sto&#239;ques de l'Occident comme de l'Orient de tous les temps, qui avait &#233;t&#233; la foi meurtrie de mon Olivier, fr&#232;re de Christophe, avant de l'&#234;tre de mon Clerambault, fr&#232;re de Gandhi &#8212; et l'absolue n&#233;cessit&#233; de la R&#233;volution sociale, qui nettoie le monde, comme en ses Douze Travaux le h&#233;ros grec, de ses pestilences et de ses monstres, qui l'affranchisse et qui le sauve de la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est &#224; quoi je n'ai cess&#233; de travailler, en t&#226;chant de me faire le trait d'union entre les deux p&#244;les de l'action lib&#233;ratrice.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une note de l'Introduction &#224; mes &#171; Quinze ans de combat &#187; dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai du &#233;carter de ce livre toute une suite de discussions sur le Pacifisme, sur le D&#233;sarmement, sur l'Alliance n&#233;cessaire, dans le combat contre la guerre et contre le fascisme, des non-violents, des objecteurs de conscience, avec les partis de la R&#233;volution prol&#233;tarienne. Comme j'attribue &#224; ces questions une grande importance, &#224; l'heure actuelle, et qu'une de mes t&#226;ches propres a &#233;t&#233; de travailler au rapprochement entre ces deux formes de l'action r&#233;volutionnaire, je compte publier en brochure s&#233;par&#233;e ce groupe d'articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est cette brochure que je pr&#233;sente ici au public, &#233;largie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle comprend trois ordres d'articles diff&#233;rents, mais apparent&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1&#176; Les lettres et messages pour le rapprochement entre les deux formes de l'action R&#233;volutionnaire : la non-violence et le combat organis&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2&#176; Le groupe d'appels et de d&#233;clarations qui ont pour centre le Congr&#232;s international d'Amsterdam contre la guerre et le fascisme, en ao&#251;t 1932, &#8212; les pol&#233;miques qui se rattachent &#224; cette lev&#233;e en masse contre les forces ennemies de la vraie paix internationale, contre &#171; la piraterie de la paix &#187;, la fausse paix des imp&#233;rialismes industriels et militaires, &#8212; et une suite de discussions sur le pacifisme et le d&#233;sarmement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3o Quelques adresses aux intellectuels, pour &#233;clairer leur id&#233;ologie et pour les aider &#224; se lib&#233;rer de l'idol&#226;trie nationaliste, qui fut le legs le plus dangereux de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; l'int&#233;rieur de ces trois groupes, je me suis moins souci&#233; de grouper les articles d'apr&#232;s l'ordre chronologique (sauf en ce qui concerne le Congr&#232;s d'Amsterdam)[4], que d'apr&#232;s l'ordre logique : car, dans l'espace assez bref o&#249; ce livre est enferm&#233;, les id&#233;es en discussion ont moins &#233;volu&#233; qu'elles ne se sont pr&#233;cis&#233;es ; et j'ai jug&#233; pr&#233;f&#233;rable de les exposer d'une fa&#231;on li&#233;e, que de les &#233;parpiller au cours des ans.&lt;br class='autobr' /&gt; R. R.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mars 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;ditions Rieder, 1935.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;ponses ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es dans mon Journal des ann&#233;es de guerre, qui sera publi&#233; plus tard. La correspondance qui suit, avec Bernard Shaw, est extraite du Cahier XXIX.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. &#8212; Bernard Shaw &#224; R. R. &#8212; 10 juillet 1919. &#8212; &#171; &#8230; Liluli est kolossal, grossartig, wundersch&#246;n, magnificent. Je l'ai go&#251;t&#233; &#233;norm&#233;ment, sons bornes, avec extase. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous son &#233;gide, Liluli fut pr&#233;sent&#233;e au public anglais par Massingham, directeur de The Nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on trouvera toujours la date de chacun des articles inscrite en note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA PIRATERIE DE LA PAIX[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne songeais pas, au temps o&#249; je flagellais la guerre, que j'aurais un jour &#224; souffleter la paix, &#8212; la paix menteuse et pestilente. Mais le souffle qu'exhale celle qui est en train de m&#251;rir est d'une telle puanteur qu'elle menace d'empoisonner l'Europe. Barrons le chemin &#224; ce chol&#233;ra, que nous pr&#233;parent les tueurs de peuples, &#8212; la Sainte-Alliance militaire franco-allemande des &#171; grands capitaines d'industrie &#187; &#8212; (jadis ils se contentaient du titre de &#171; chevaliers &#187; !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici trois ans qu'ils la fabriquent, et nous n'aurions rien su de leurs men&#233;es, sans les rivalit&#233;s de ces brigands. Par leurs propres d&#233;nonciations, nous avons appris avec un sursaut les pourparlers qui avaient lieu entre des repr&#233;sentants qualifi&#233;s de nos partis nationalistes fran&#231;ais et les magnats des grandes industries allemandes, flanqu&#233;es de leurs condottieri de la Reichswehr noire. Une enqu&#234;te men&#233;e sur place par notre ami Charles Reber et publi&#233;e dans l'hebdomadaire r&#233;publicain La Lumi&#232;re (12 octobre 1929) nous a livr&#233; les fils secrets du complot[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant s'&#233;clairent bien des faits, qui &#233;tonnaient : le brusque changement dans l'atmosph&#232;re, le vent qui soudain avait saut&#233;, de la vieille idole : &#171; Droit ou Non-droit, ma Patrie ! &#187; au nouveau culte qu'on nous instaure et qui nous sera demain officiellement impos&#233; : l'Europe&#8230; (Mais quelle Europe ?&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pour nous, il n'est pas nouveau. Nous &#233;tions Europ&#233;ens, quand il y avait du danger &#224; l'&#234;tre ; et nous sommes bien aises qu'&#224; l'&#234;tre aujourd'hui, pour d'autres, il y ait du profit. Nous nous sommes r&#233;jouis de voir la politique franco-allemande s'acheminer bon gr&#233; mal gr&#233; ; par la n&#233;cessit&#233; m&#234;me des lois &#233;conomiques, vers cette coop&#233;ration des deux peuples que nous avions, d&#232;s avant la guerre et pendant, d&#233;clar&#233;e indispensable &#224; leur mutuel d&#233;veloppement et &#224; leur dur&#233;e. C'est pourquoi nous rendons hommage aux efforts pers&#233;v&#233;rants des deux ministres clairvoyants, Stresemann et Briand, qui se sont faits les serviteurs de cette id&#233;e de r&#233;conciliation active et reconstructrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand nous avons vu les organes m&#234;me de notre presse nationaliste les plus criards, les plus grossi&#232;rement enracin&#233;s dans la haine de l'Allemagne et battant monnaie avec elle, changer du jour au lendemain, sans prendre la peine d'une transition, et recommander &#224; leur public ahuri qui les suit, comme le veau suit le boucher, la coop&#233;ration et l'amiti&#233; franco-allemande&#8230; nous avons eu un mouvement de recul : &#171; Hol&#224;, hol&#224; !&#8230; Qui paie le demi-tour ?&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, nous avons vu fleurir toute une litt&#233;rature politique de jeunes hommes tr&#232;s habiles &#224; flairer l'air du temps. Ils c&#233;l&#233;braient, comme sur commande, l'Europe unie, tout en c&#233;l&#233;brant les mar&#233;chaux et Poincar&#233;. Et je veux croire &#224; leur sinc&#233;rit&#233;. Ils sont, comme on l'est souvent &#224; cet &#226;ge, tout &#224; la fois na&#239;fs et rou&#233;s. Mais le malheur est que cette sinc&#233;rit&#233; ne se manifeste que juste &#224; l'heure o&#249; les pouvoirs publics l'encouragent. Quand il pleuvait, sur &#171; l'Europe unie &#187;, des horions, ils restaient tous &#224; la maison. &#8212; Ils ont raison, si la raison est le sens de l'opportunit&#233;. Et je les regarde comme de bonnes grenouilles-barom&#232;tres. Quand on les voit monter l'&#233;chelle, chacun peut s'aventurer dehors&#8230; La paix est sans danger, aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans danger, pour ceux qui la portent &#224; la boutonni&#232;re&#8230; Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cet instant qu'elle sent mauvais. Elle sent la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme je cherchais d'o&#249; vient l'infection, l'enqu&#234;te de La Lumi&#232;re nous a d&#233;couvert la fosse &#8212; la fosse de la prochaine &#171; Derni&#232;re guerre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sume l'enqu&#234;te en quelques mots. &#192; vous, lecteurs, de compl&#233;ter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux associations secr&#232;tes militaires allemandes : le Casque d'Acier (Stahlhelm) et le Jungdo (Jungdeutscher Orden). Toutes deux, stipendi&#233;es par les grosses industries du Reich : le Casque d'Acier, par l'industrie du fer et les industries chimiques ; le Jungdo, par celle de la potasse (les fr&#232;res Rechberg). Entre elles, des luttes &#226;pres et sourdes, &#224; qui arrachera &#224; l'autre la plus grosse part du g&#226;teau. Rechberg (Arnold) a deux Id&#233;es fixes : la lutte &#224; mort contre le bolch&#233;visme, et l'alliance militaire avec la France. Le Jungdo, en 1925, adopte ses vues et ses cr&#233;dits. En 1926 et 1927, des pactes franco-allemands de la potasse, du fer et des grandes industries chimiques pr&#233;ludent aux travaux d'approche pour l'&#233;laboration de l'alliance militaire. Rechberg et les agents du Jungdo viennent &#224; Paris et s'abouchent avec des leaders de la droite fran&#231;aise, de hauts personnages militaires (le mar&#233;chal Foch, au dire de Rechberg), et des hommes de gouvernement (M. Reynaud). Au printemps dernier, ces tractations sont plus serr&#233;es et plus br&#251;lantes, &#224; Paris et &#224; Berlin. Une entente de principe est &#233;tablie, sur la base de certaines conditions que Rechberg a lui-m&#234;me communiqu&#233;es &#224; la presse, et dont les pens&#233;es de derri&#232;re la t&#234;te ont &#233;t&#233; livr&#233;es indiscr&#232;tement par l'une des associations militaires allemandes, furieuse d'&#234;tre &#233;vinc&#233;e par l'autre. Il ne s'agirait de rien moins que d'un accord militaire allemand, dont le premier gage serait la cr&#233;ation d'une arm&#233;e franco-allemande de 800.000 hommes, avec un &#233;tat-major mixte, ayant droit d'inspection sur tous les corps de troupes fran&#231;ais et allemands, et &#233;laborant les plans pour la d&#233;fense commune. La Pologne et la Belgique seraient englob&#233;es d'office dans la Grande Arm&#233;e. Et l'on ne refuserait pas d'y accepter l'Angleterre, si elle se montrait dispos&#233;e &#224; entrer dans la danse[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monstrueuse machine ! Et contre qui ? On ne mobilise pas de pareilles forces, pour rester ensuite les bras crois&#233;s !&#8230; Des ben&#234;ts de France se sont h&#226;t&#233;s de r&#233;p&#233;ter docilement la le&#231;on serin&#233;e par Rechberg : &#171; Nous allons refaire l'empire de Charlemagne !&#8230; &#187; &#8212; Grand merci ! Pauvres idiots !&#8230; Et o&#249; sera le Charlemagne ? Qui ne voit qu'ils vont refaire d'abord une Allemagne-Autriche, livr&#233;e &#224; la caste militaire ? Et, dans l'association europ&#233;enne, qui donc sera de taille &#224; lui tenir t&#234;te ?&#8230; &#8212; Mais en attendant que l'Empire du Centre reconstitue sa domination, je r&#233;p&#232;te ma question : contre qui le bloc franco-belgo-polono-germanique, grossi peut-&#234;tre du British Empire, dirigera-t-il ses batteries ? &#8212; &#192; en juger par les indiscr&#233;tions &#233;chapp&#233;es &#224; certains interlocuteurs de M. Reber, tout le reste du monde serait vis&#233; : aussi bien l'Italie fasciste que la Russie bolchevique, voire l'Am&#233;rique, contre laquelle se ferait la gr&#232;ve des d&#233;biteurs, montrant les dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re prudent de l'annoncer. M. Rechberg s'est h&#226;t&#233; de d&#233;mentir (14 octobre 1929) les dangereux bavardages de ses lieutenants, en ce qui concerne l'Italie ; et il s'en est tenu aux d&#233;clarations qu'il avait sign&#233;es et publi&#233;es dans les journaux fran&#231;ais et allemands[4]. Mais dans ces d&#233;clarations authentiqu&#233;es, je lis, &#224; la suite de l'article 7, que &#171; le bolch&#233;visme &#224; l'Est est l'ennemi de tous les &#201;tats civilis&#233;s &#187;. Parmi tous les projets con&#231;us par les partenaires de l'accord militaire, c'est le plus ferme, celui sur lequel l'organisateur Rechberg n'a jamais vari&#233;, et qui le rend si sympathique &#224; nos bourgeois fran&#231;ais : l'&#233;crasement de la Russie des Soviets. On a publiquement d&#233;sign&#233; &#171; l'ennemi commun &#187; de l'ordre et de la paix europ&#233;ens. La &#171; Pan-Europe &#187; du bloc militaire et des Affaires franco-allemandes serait pay&#233;e de cette premi&#232;re op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous disons : &#171; Halte-l&#224; ! &#187; Nous qui avons, depuis quinze ans, affront&#233; tous les outrages pour la cause de la paix et qui serions pr&#234;ts &#224; subir pour elle bien davantage, &#8212; nous cracherions sur cette paix, si on nous la vendait &#224; ce prix d'ignominie et d'imb&#233;cillit&#233; ! Une Pan-Europe, sans la Russie, est ridicule. Contre la Russie, elle est sc&#233;l&#233;rate.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la v&#233;rit&#233; &#8212; (un homme averti en vaut deux) &#8212; ces plans de r&#233;action &#233;vent&#233;s, nous devrions nous sentir plus forts et mieux gard&#233;s par nos partis r&#233;publicains socialistes, qui repr&#233;sentent des masses profondes de la nation. &#8212; Mais je ne suis pas tr&#232;s rassur&#233; ! Depuis dix ans, nos r&#233;publicains, nos socialistes, nos hommes de gauche ont montr&#233; une telle pusillanimit&#233;, un tel manque de foi en leur pouvoir et leur devoir, qu'ils ont laiss&#233; leurs adversaires prendre toutes les initiatives. Rien ne para&#238;t pr&#233;occuper plus ces bonnes gens que de s'excuser &#224; l'avance contre l'accusation qu'on pourrait leur faire de n'&#234;tre pas de solides patriotes fran&#231;ais. Et tout leur effort est de d&#233;montrer que l'internationalisme le meilleur est le meilleur gardien de la patrie. C'est fort bien ; et la galerie a plaisir &#224; leur voir faire un pas en avant, pour le refaire aussit&#244;t en arri&#232;re. Mais pendant ces &#233;volutions de ballet, leurs adversaires ne s'embarrassent point de tant de scrupules. Et ce sont les messieurs de droite, les conservateurs, les gens du sac, les gens du sabre, qui, lorsque l'int&#233;r&#234;t le leur conseille, jettent par-dessus bord la vieille patrie et vous fabriquent, en un tour de main, l'Internationale du capital et de la guerre. Et cette Internationale des bien-pensants sera demain la Sainte-Alliance pour l'&#233;crasement de toutes les libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que, dans le cas sp&#233;cial de la Russie, nos gens de gauche sont une m&#233;diocre garantie contre les dangers d'une intervention. Certes, ils seraient oppos&#233;s &#224; toute guerre contre l'U.R.S.S. Mais ils ne cachent pas leur intention de se servir de la Pan-Europe, plus habilement, pour faire pression sur le communisme de Moscou et obliger l'immense Union des R&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques &#224; revenir &#224; cet &#233;tat de f&#233;licit&#233; d&#233;mocratique, dont nos R&#233;publiques parlementaires ont gratifi&#233; l'Occident. Il ne faut point disputer des go&#251;ts ; et si c'est celui de l'Occident, je trouve tr&#232;s bien qu'il le garde : qu'il savoure son bonheur ! Mais qu'il ne se m&#234;le pas de le faire partager &#224; ceux qui ne le lui demandent pas ! Nous estimons, nous, que l'U.R.S.S. a fait, depuis dix ans, une exp&#233;rience sociale grandiose et douloureuse &#8212; dont le succ&#232;s est encore incertain &#8212; mais qui est l'unique effort puissant de la vieille Europe pour cr&#233;er un monde nouveau. Nous ne permettons point qu'on l'interrompe ou qu'on la brise, au profit de formules surann&#233;es, dont nous ne sommes que trop &#224; m&#234;me d'appr&#233;cier l'insuffisance suffisante et ruineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, bas les mains devant l'U.R.S.S. ! Et nous, veillons ! On n'est jamais gard&#233; mieux que par soi-m&#234;me. Et puisque les peuples n'ont pas encore appris, dans cet Occident d&#233;mocratique, &#224; se d&#233;fendre ; &#224; se grouper, &#8212; puisque leur &#233;ducation politique n'est pas encore faite depuis cent quarante ans qu'a &#233;t&#233; faite la pseudo-R&#233;volution de 1789, &#8212; nous qui voyons, voyons pour eux ! Homme de vigie, regarde et crie ! La seule force qui ne soit pas encore aujourd'hui asservie &#224; l'argent, totalement &#8212; (elle le sera demain !) &#8212; c'est l'opinion. L'opinion existe encore. Elle n'est point morte encore. Mais elle dort. &#201;veille-la !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; dans la revue Europe de Paris, le 15 novembre 1929, et dans Izvestia de Moscou.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit en octobre 1929. Depuis cette date, les gouvernements, en Allemagne, en France, ont chang&#233;. La R&#233;publique de Weimar a &#233;t&#233; mise en terre par Hitler. Mais le double jeu s'est continu&#233;. Sans perdre de vue les revendications post&#233;rieures contre la France, le ma&#238;tre occulte de la politique &#233;trang&#232;re du Troisi&#232;me Reich, Rosenberg, a poursuivi, mais sans adresse, le plan d'un rapprochement franco-allemand, favorisant l'expansion germanique vers l'Est et le d&#233;p&#232;cement de l'U. R. S. S. L'article ci-dessus a &#233;t&#233; le premier cri d'alarme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un second article du 26 octobre 1929, par Charles Reber, a montr&#233; les liens entre les organisations militaires secr&#232;tes de l'Allemagne et le tout-puissant Hugenberg, l'ancien directeur des &#233;tablissements Krupp, &#171; le roi sans couronne de la presse nationaliste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On trouvera dans l'&#233;nonc&#233; de l'accord militaire franco-allemand publi&#233;, sous la signature de Arnold Rechberg, par l'Agence Havas du 30 septembre 1929, les autres conditions souscrites par la France, toutes en faveur de l'Allemagne imp&#233;rialiste, et n'h&#233;sitant pas &#224; lui sacrifier, si besoin est, ses alli&#233;s, &#224; commencer par &#171; la Sainte Pologne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;gramme de M. Rechberg, publi&#233; dans La Lumi&#232;re du 19 octobre 1929.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;POUR LIRE INTEGRALEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83095v.image&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83095v.image&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les phases initiales de la th&#233;orie de la lutte des classes</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7922</link>
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		<dc:date>2026-08-21T22:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/11/plekhanov_18951100.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article459 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6089 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5971 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article412 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les phases initiales de la th&#233;orie de la lutte des classes &lt;br class='autobr' /&gt;
Plekhanov &lt;br class='autobr' /&gt;
1898 &lt;br class='autobr' /&gt;
* * * &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#233;crit &#224; Ruge en septembre 1843, alors (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/11/plekhanov_18951100.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/11/plekhanov_18951100.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7577&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article459&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article459&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6089&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6089&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5971&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5971&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article412&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article412&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les phases initiales de la th&#233;orie de la lutte des classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plekhanov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1898&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crit &#224; Ruge en septembre 1843, alors qu'il s'appr&#234;te &#224; lancer la publication du Deutsch-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les philosophes avaient dans leur bureau les r&#233;ponses &#224; toutes les &#233;nigmes, et le monde exot&#233;rique n'avait qu'&#224; ouvrir grand la bouche pour que le t&#233;tras r&#244;ti du savoir absolu y fasse irruption. Mais la philosophie est devenue la&#239;que... Si la construction de l'avenir et de l'issue finale de tous les temps ne nous appartient pas, il est encore plus certain que nous devons accomplir dans le pr&#233;sent : je veux parler d'une critique impitoyable de tout ce qui existe - impitoyable dans le sens o&#249; la critique n'a pas peur de ses propres r&#233;sultats et n'a pas non plus peur d'entrer en conflit avec les pouvoirs en place. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'esprit du deuxi&#232;me auteur, Fr&#233;d&#233;ric Engels, correspondait parfaitement &#224; cet &#233;tat d'esprit critique qui r&#233;gnait chez l'un des futurs auteurs du Manifeste , comme en t&#233;moigne l'int&#233;ressant article de ce dernier, Die Lage Englands, publi&#233; dans les Deutsch-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher et dans lequel une grande partie des vues de Carlyle &#233;taient expos&#233;es. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carlyle a admis qu'il n'avait pas de pilules de Morison, pas de panac&#233;e pour gu&#233;rir les maux de la soci&#233;t&#233;. Engels a &#233;crit &#224; ce propos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela aussi il a raison. Toute philosophie sociale, tant qu'elle pose encore quelques principes comme conclusion finale, tant qu'elle continue &#224; administrer les pilules de Morison, reste tr&#232;s imparfaite ; ce ne sont pas les conclusions brutes dont nous avons tant besoin, mais l' &#233;tude ; les conclusions ne sont rien sans le raisonnement qui les a conduites ; nous le savons depuis Hegel ; et les conclusions sont pires qu'inutiles si elles sont d&#233;finitives en elles-m&#234;mes, si elles ne sont pas transform&#233;es en pr&#233;misses pour des d&#233;ductions ult&#233;rieures. Mais les conclusions doivent aussi prendre une forme distincte pendant un certain temps, elles doivent, au cours du d&#233;veloppement, passer d'une impr&#233;cision vague &#224; des id&#233;es claires... [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que ces lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites, la philosophie sociale de Marx et d'Engels a abouti elle aussi &#224; des r&#233;sultats d&#233;termin&#233;s dans son d&#233;veloppement, qui ont trouv&#233; leur premi&#232;re expression syst&#233;matique dans le Manifeste communiste , et qui ont &#233;t&#233; ensuite compl&#233;t&#233;s par eux dans d'autres &#233;crits. Ces r&#233;sultats n'ont jamais &#233;t&#233; entach&#233;s d'une &#171; impr&#233;cision vague &#187;. Au contraire, m&#234;me ceux qui ne sympathisent pas avec eux et qui les craignent ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de reconna&#238;tre que les &#171; &#233;tudes &#187; de Marx et d'Engels les ont conduits &#224; une s&#233;rie de pens&#233;es claires et originales. Mais si Engels avait raison de dire que ce ne sont pas tant les r&#233;sultats qui doivent &#234;tre appr&#233;ci&#233;s que le d&#233;veloppement qui les a conduits, et que, en g&#233;n&#233;ral, les r&#233;sultats n'ont qu'une signification temporaire , on peut se demander si les r&#233;sultats expos&#233;s dans le Manifeste ne sont pas d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;s et s'ils ne sont pas condamn&#233;s par le cours ult&#233;rieur du d&#233;veloppement qui les a conduits. Un Fran&#231;ais spirituel a dit un jour qu'il n'aimerait pas penser comme Voltaire &#224; une &#233;poque o&#249; celui-ci penserait autrement. Il faut suivre l'exemple de ce Fran&#231;ais. Si nous voulions penser comme Marx et Engels, &#224; une &#233;poque o&#249; ce dernier pensait autrement, nous r&#233;v&#233;lerions par l&#224; une incapacit&#233; totale &#224; conna&#238;tre l' esprit critique vivant de leur doctrine ; en d&#233;fendant la lettre morte de ce dernier, nous nous en &#233;loignerions bien plus que des dogmatistes dont Marx a parl&#233; dans la lettre &#224; Arnold Ruge cit&#233;e plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels critiquaient impitoyablement tout ce qui existait et n'avaient aucune crainte des cons&#233;quences de cette critique. Les disciples de Marx et d'Engels ne devraient pas non plus avoir peur des r&#233;sultats obtenus par leurs ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire que tout cela va de soi et qu'il est tout &#224; fait superflu d'en parler, surtout aujourd'hui o&#249; tant de marxistes se tiennent dans toute l'Europe, de Saint-P&#233;tersbourg &#224; Naples et de Samara &#224; Dublin, sous le &#171; drapeau de la critique &#187;. Le malheur est qu'il existe diff&#233;rents &#171; drapeaux de la critique &#187;. On disait autrefois que tous ceux qui r&#233;p&#232;tent sans cesse &#171; Seigneur, Seigneur ! &#187; n'entreront pas au royaume des cieux. Il faut maintenant dire que tous ceux qui r&#233;p&#232;tent sans cesse &#171; Critique, critique ! &#187; ne sont pas capables de s'&#233;lever au-dessus du dogmatisme . Les &#171; critiques &#187; de Marx et d'Engels sont maintenant aussi nombreux que les grains de sable au bord de la mer. La critique du marxisme est maintenant &#224; la mode dans certains cercles de l'intelligentsia de tous les pays. Mais la mode et la critique ne font pas bon m&#233;nage ; plus la critique du marxisme est &#224; la mode, plus elle perd tout contenu critique . Quand ils d&#233;clarent obsol&#232;tes les r&#233;sultats auxquels sont arriv&#233;s Marx et Engels, les critiques ne peuvent rien proposer de nouveau &#224; leur place ; les uns se contentent de r&#233;p&#233;ter le mot &#171; critique &#187; de fa&#231;on vide et fastidieuse, les autres reviennent au point de vue des contemporains bourgeois et m&#234;me des pr&#233;d&#233;cesseurs de Marx et d'Engels. Une telle critique, il va sans dire, ne sauve pas du dogmatisme ; un tel mouvement ne peut en aucun cas &#234;tre qualifi&#233; de progressiste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; de la pens&#233;e &#171; critique &#187; de ces messieurs qui critiquent Marx se r&#233;v&#232;le de la mani&#232;re la plus frappante dans le domaine de la philosophie. Ils opposent ici &#224; ce qu'ils appellent le dogmatisme des mat&#233;rialistes le dogme us&#233; des Kantiens sur l'inconnaissabilit&#233; du monde ext&#233;rieur. Il ne serait pas de mise de discuter ici ce dogme, c'est pourquoi nous nous contenterons de remarquer que, en rejetant le mat&#233;rialisme, les messieurs critiques ne se donnent pas la peine d'acqu&#233;rir une meilleure connaissance de cette th&#233;orie, se limitant &#224; cette notion que cultivent si assid&#251;ment, pour la plus grande gloire de la religion, les philistins et les pr&#234;tres savants, semi-savants et tout &#224; fait ignorants de divers pays, et qui se fonde sur l'opposition chr&#233;tienne de la mati&#232;re &#224; l'esprit. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons dans le Manifeste du Parti communiste, c'est exclusivement la &#171; philosophie sociale &#187; de Marx et d'Engels, et c'est ce sujet que nous traiterons dans notre introduction. Mais c'est aussi un sujet tr&#232;s vaste, qu'il est impossible d'examiner sous tous les angles dans le cadre d'une introduction. C'est pourquoi nous ne consid&#233;rerons que l' id&#233;e fondamentale du Manifeste , et nous examinerons les propositions particuli&#232;res qu'il contient dans une brochure intitul&#233;e Critique de nos critiques , que nous pr&#233;parons actuellement &#224; publier [5] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fondamentale qui traverse le Manifeste &#8212; que la production &#233;conomique et la structure de la soci&#233;t&#233; de chaque &#233;poque historique qui en d&#233;coule n&#233;cessairement constituent la base de l'histoire politique et intellectuelle de cette &#233;poque ; que par cons&#233;quent (depuis la dissolution de la propri&#233;t&#233; communale primitive de la terre) toute l'histoire a &#233;t&#233; une histoire de luttes de classes... ; que cette lutte, cependant, a maintenant atteint un stade o&#249; la classe exploit&#233;e et opprim&#233;e... ne peut plus s'&#233;manciper de la classe qui l'exploite et l'opprime..., sans lib&#233;rer en m&#234;me temps pour toujours la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re de l'exploitation, de l'oppression et des luttes de classes &#8212; cette id&#233;e fondamentale appartient uniquement et exclusivement &#224; Marx. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que dit Engels. A-t-il raison ? Pas tout &#224; fait. En premier lieu, il a tort de r&#233;duire &#224; n&#233;ant sa propre participation &#224; l'&#233;laboration de l'id&#233;e fondamentale du Manifeste . En second lieu, certains &#233;l&#233;ments tr&#232;s importants de cette id&#233;e se retrouvent dans des &#233;crits sociopolitiques bien plus anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son excellent essai &#171; En m&#233;moire du Manifeste du Parti communiste &#187;, le professeur Antonio Labriola a tr&#232;s justement observ&#233; que les historiens de l'Antiquit&#233; et, &#224; l'&#233;poque moderne, les historiens italiens de la Renaissance, &#233;taient d&#233;j&#224; bien conscients de l'importance de la lutte des classes qui faisait rage sous leurs yeux dans les limites &#233;troites des r&#233;publiques urbaines. Il n'est pas moins juste de dire que la lutte des classes, qui a pris une ampleur beaucoup plus grande dans l'&#201;tat moderne, &#233;tait devenue encore plus &#233;vidente au cours de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Il se trompe cependant en pensant que la signification historique de cette lutte a &#233;t&#233; plus clairement per&#231;ue &#224; la fin de cette p&#233;riode, &#224; savoir entre les ann&#233;es 1830 et 1850. En fait, la compr&#233;hension de la lutte des classes comme moteur essentiel du d&#233;veloppement historique avait atteint, dans les ann&#233;es 1820, un degr&#233; de clart&#233; qui n'a &#233;t&#233; surpass&#233; que dans les &#233;crits des auteurs du Manifeste . Entre les ann&#233;es 1830 et 1850, cette compr&#233;hension fut en partie obscurcie par l'impact de causes que nous &#233;voquerons plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans ses Lettres d' un habitant de Gen&#232;ve , parues en 1802, Saint-Simon parlait des rapports entre les classes &#171; poss&#233;dantes &#187; et &#171; non poss&#233;dantes &#187;, attribuant le cours et l'issue de la R&#233;volution fran&#231;aise &#224; la lutte entre ces classes . Les Lettres ne contiennent cependant que l'&#233;bauche des vues de Saint-Simon, qui s'exprimeront beaucoup plus compl&#232;tement dans ses &#233;crits ult&#233;rieurs, par exemple dans l' Organisateur (la c&#233;l&#232;bre Parabole ), dans les Lettres &#224; Messieurs les Jur&#233;s , dans Du syst&#232;me industriel , dans le Cat&#233;chisme des industriels et dans les Opinions litt&#233;raires , philosophiques et industrielles . La production est le but de l'union sociale, c'est pourquoi les chefs de la production ont toujours &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te des unions sociales et le seront toujours. Jusqu'au XVe si&#232;cle, le pouvoir temporel &#233;tait concentr&#233; entre les mains des nobles... il ne pouvait en &#234;tre autrement, car les nobles de l'&#233;poque dirigeaient l'agriculture, l'agriculture &#233;tant alors la seule occupation industrielle de grande importance. [7] Cependant, entre la premi&#232;re croisade et le r&#232;gne de Louis XI, une nouvelle classe sociale s'est constitu&#233;e, ind&#233;pendante de la noblesse, celle des industriels au sens strict du terme, classe qui s'est renforc&#233;e et d&#233;velopp&#233;e entre le r&#232;gne de Louis XI et celui de Louis XIV. Pendant toute cette p&#233;riode, la classe industrielle n'a cess&#233; de lutter contre la noblesse, &#224; laquelle elle a conquis position apr&#232;s position &#233;conomique. Son besoin d'un appui solide l'a conduite &#224; conclure une alliance avec l'autorit&#233; royale, alliance qui a d&#233;termin&#233; le d&#233;veloppement politique ult&#233;rieur de la France jusqu'au moment o&#249; la monarchie, en la personne de Louis XIV, a trahi son fid&#232;le alli&#233; et s'est faite protectrice de l'aristocratie. Ce fut une erreur qui co&#251;ta cher aux Bourbons, mais qui n'arr&#234;ta pas le d&#233;veloppement de la classe industrielle. La R&#233;volution fran&#231;aise et les &#233;v&#233;nements qui suivirent furent le r&#233;sultat de la lutte entre le nouvel ordre industriel et l'ancien syst&#232;me f&#233;odal, dont les partisans tent&#232;rent &#224; nouveau, pendant la Restauration, de reconqu&#233;rir leur influence et leur importance d'antan. Cependant, leurs efforts &#233;taient vou&#233;s &#224; l'&#233;chec ; cette influence avait disparu &#224; jamais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quinze si&#232;cles, dit Saint-Simon, le syst&#232;me f&#233;odal s'est peu &#224; peu d&#233;sorganis&#233; et le syst&#232;me industriel s'est peu &#224; peu organis&#233;. Il suffira d'un comportement d&#233;licat de la part des principaux repr&#233;sentants de l'industrie pour finalement &#233;tablir le syst&#232;me industriel et d&#233;barrasser la soci&#233;t&#233; des d&#233;combres de l'&#233;difice f&#233;odal o&#249; vivaient nos anc&#234;tres. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vues historiques de Saint-Simon furent absorb&#233;es dans leur quasi-totalit&#233; par son &#171; fils adoptif &#187; Augustin Thierry, qui devait apporter une contribution si importante &#224; la science historique fran&#231;aise. Augustin Thierry d&#233;fendait la position du tiers &#233;tat et en &#233;tait bien conscient. Voici ce qu'il &#233;crivit dans le Censeur Europ&#233;en en 1818 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui de nous n'a jamais entendu parler d'une classe de gens qui, au temps o&#249; les barbares envahissaient l'Europe, conserv&#232;rent les arts et les savoir-faire industriels pour l'humanit&#233; ? Insult&#233;s et pill&#233;s chaque jour par leurs vainqueurs et leurs ma&#238;tres, ils v&#233;curent dans la mis&#232;re, ne recevant pour leur travail que la conscience de faire le bien et de conserver la civilisation pour leurs enfants et pour le monde. Ces sauveurs de nos arts furent nos p&#232;res : nous sommes les fils de ces serfs, de ces tributaires, de ces bourgeois que les conqu&#233;rants ont rafl&#233;s sans piti&#233; ; c'est &#224; eux que nous devons tout ce que nous sommes... Mais nous, esclaves affranchis d'hier, nous n'avons si longtemps conserv&#233; dans nos m&#233;moires que les familles et les actions de nos ma&#238;tres ; il y a trente ans seulement que nous nous rappelions que nos p&#232;res avaient &#233;t&#233; la nation. Nous admirions et &#233;tudiions tout, except&#233; ce qu'ils &#233;taient et ce qu'ils faisaient. Nous sommes des patriotes et avons vou&#233; &#224; l'oubli tous ceux qui, pendant quatorze si&#232;cles, ont cultiv&#233; le sol de notre Patrie, si souvent d&#233;vast&#233; par d'autres mains. [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenant sur le m&#234;me th&#232;me deux ans plus tard, Thierry s'effor&#231;ait de prouver que les Fran&#231;ais ne poss&#233;daient pas encore une v&#233;ritable histoire de leur peuple . Une histoire des citoyens, une histoire des sujets, n'avait pas encore &#233;t&#233; &#233;crite, et pourtant elle &#233;tait bien plus int&#233;ressante et suscitait bien plus de sympathie que l'histoire des grands et des souverains &#8212; &#171; La seule histoire qu'on nous raconte... &#187; Les progr&#232;s des masses populaires vers la libert&#233; et la prosp&#233;rit&#233; nous semblent bien plus impressionnants que les campagnes des conqu&#233;rants ; les malheurs du peuple sont plus &#233;mouvants que ceux des rois d&#233;poss&#233;d&#233;s. Si l'on trouvait une plume digne de les d&#233;crire, les Fran&#231;ais apprendraient que leurs villes peuvent &#234;tre fi&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... autres choses que le s&#233;jour de quelque grand seigneur ou le passage de quelque souverain ; et qu'il n'est pas vrai que, pendant des si&#232;cles entiers, toute leur vie politique ait consist&#233; &#224; fournir des archers &#224; l'arm&#233;e, et &#224; payer la taille deux fois l'an. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tirades &#233;loquentes montrent clairement comment la prise de conscience croissante du tiers &#233;tat en France a entra&#238;n&#233; un changement radical dans la vision des historiens fran&#231;ais. Pour les savants pl&#233;b&#233;iens de l'&#233;poque, l'histoire du tiers &#233;tat &#233;tait plus int&#233;ressante que celle de la Cour ou de l'aristocratie ; c'est pourquoi ils ont ressenti le besoin d'&#233;laborer une histoire de ce tiers &#233;tat. Comme pendant de nombreux si&#232;cles cette histoire a &#233;t&#233; l'histoire de tout le peuple, &#224; l'exception de la noblesse et du clerg&#233;, il n'est pas surprenant que la vie du peuple au cours des si&#232;cles pass&#233;s ait commenc&#233; &#224; attirer l'attention principale de la science historique, qui jusqu'alors ne s'&#233;tait int&#233;ress&#233;e qu'aux rois et aux aristocrates. La science historique de la Restauration a &#233;t&#233; influenc&#233;e par le m&#234;me esprit du tiers &#233;tat, qui avait commenc&#233; &#224; influencer la litt&#233;rature et la critique litt&#233;raire d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle. Nous connaissons les motivations psychologiques qui ont conduit &#224; l'&#233;mergence de ce qu'on appelle le drame domestique . &#171; Que m'importe, &#224; moi, paisible sujet d'un &#201;tat monarchique du XVIIIe si&#232;cle, &#233;crivait Beaumarchais, comment quelque tyran du P&#233;loponn&#232;se a p&#233;ri, ou comment une jeune princesse a &#233;t&#233; offerte en sacrifice &#224; Aulis ? Je n'y vois rien &#224; voir, aucune morale pour moi. &#187; [11] Ce que Beaumarchais et ses compagnons de pens&#233;e voulaient voir d&#233;peintes avec sympathie sur la sc&#232;ne, c'&#233;tait la vie et les souffrances de la soci&#233;t&#233; contemporaine du tiers-&#233;tat. Ils &#233;taient offens&#233;s et irrit&#233;s par la pr&#233;dilection de la trag&#233;die classique pour les h&#233;ros de haute naissance. &#171; Pr&#233;senter les gens de la condition moyenne comme &#233;cras&#233;s et dans l'affliction ! s'&#233;criait Beaumarchais avec amertume. Fi donc ! Il ne faut jamais les montrer autrement que comme des objets de d&#233;rision ! Citoyens ridicules et rois malheureux, voil&#224; tout le th&#233;&#226;tre existant et possible, et je me contenterai de dire : c'est fait&#8230; &#187; [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie du XVIIIe si&#232;cle souhaitait &#171; avoir son propre portrait &#187;, et ses repr&#233;sentants litt&#233;raires s'efforc&#232;rent de d&#233;crire les traits de son &#233;poque &#224; travers les personnages du drame domestique . [13] De la m&#234;me mani&#232;re, la bourgeoisie de la Restauration, en d&#233;fendant ses acquis sociaux et politiques contre les envahissements persistants des partisans de l' Ancien R&#233;gime , &#233;tait avide d'entendre l'histoire de son enfance et de sa jeunesse ; ses &#233;rudits s'efforc&#232;rent de lui pr&#233;senter un r&#233;cit instructif et int&#233;ressant des brimades qu'elle avait subies, de ses efforts pour conqu&#233;rir un avenir meilleur et de ses succ&#232;s dans la lutte contre ses oppresseurs. Ainsi naquit un nouveau courant de la science historique, qui marqua une &#233;tape importante dans son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens qui s'int&#233;ressaient jusqu'alors surtout aux rois et aux aristocrates avaient vu dans les exploits de leurs h&#233;ros de haute naissance le principal moteur du d&#233;veloppement historique. Cette conception fut reprise par les Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle, qui, en accord avec leurs sentiments r&#233;volutionnaires, la transform&#232;rent en doctrine selon laquelle les opinions gouvernent le monde. Bien que th&#233;oriquement intenable, cette th&#233;orie avait l'avantage d'attacher une importance consid&#233;rable &#224; l'influence des h&#233;ros r&#233;volutionnaires de l'intelligentsia sur la multitude de la classe moyenne opprim&#233;e par l'&#201;tat et les hautes sph&#232;res. Cependant, la bourgeoisie de la Restauration, qui avait port&#233; peu auparavant un coup mortel &#224; l' Ancien R&#233;gime , ne ressemblait plus &#224; une multitude opprim&#233;e. Impr&#233;gn&#233;s de la conscience de sa force et de son importance, ses id&#233;ologues voyaient en elle le ressort principal du progr&#232;s historique. On sait d&#233;j&#224; avec quel enthousiasme Thierry parlait de ses services &#224; l'humanit&#233; et &#224; la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'ils se sont int&#233;ress&#233;s &#224; l'histoire de leurs &#171; p&#232;res &#187;, les repr&#233;sentants &#233;rudits de la bourgeoisie ne pouvaient s'emp&#234;cher d'&#233;laborer une vision compl&#232;tement nouvelle des origines historiques et du d&#233;veloppement des institutions sociales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien singulier [dit Augustin Thierry] que les historiens se soient obstin&#233;ment refus&#233;s &#224; attribuer aucune spontan&#233;it&#233; ni aucune cr&#233;ativit&#233; aux masses populaires. Si un peuple entier &#233;migre et se fait une nouvelle patrie, cela veut dire, affirment nos annalistes et nos po&#232;tes, qu'un h&#233;ros s'est avis&#233; de fonder un nouvel empire pour ajouter de l'&#233;clat &#224; son nom ; si une cit&#233; s'est &#233;tablie, c'est un prince qui lui a donn&#233; la vie. Le peuple, les citoyens sont toujours mati&#232;re &#224; la pens&#233;e d'un seul individu. Voulez-vous vraiment savoir qui a fond&#233; une institution et qui a con&#231;u une entreprise sociale ? Cherchez parmi ceux qui en avaient r&#233;ellement besoin ; c'est &#224; eux qu'appartenaient la premi&#232;re id&#233;e, le d&#233;sir d'agir et une partie consid&#233;rable de l'ex&#233;cution. Is fecit, cui prodest : cet axiome est applicable en histoire comme en justice. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de la sympathie pour les &#171; p&#232;res &#187;, qui avaient d&#251; mener une lutte s&#233;culaire contre les classes sup&#233;rieures, ce nouveau point de vue &#8212; celui de l' int&#233;r&#234;t social ou de classe &#8212; devait n&#233;cessairement conduire &#224; une appr&#233;ciation de l'importance historique majeure de la lutte des diff&#233;rentes classes sociales pour leurs int&#233;r&#234;ts, c'est-&#224;-dire, en bref, de la lutte des classes . Et en effet, d&#232;s le d&#233;but de sa carri&#232;re litt&#233;raire, Augustin Thierry parlait de la &#171; lutte des classes et des int&#233;r&#234;ts &#187; en Angleterre &#8212; &#171; la lutte des classes d'hommes et des int&#233;r&#234;ts &#187; &#8212; comme l'une des principales cons&#233;quences de la conqu&#234;te normande. [15] Il d&#233;crivait le mouvement r&#233;volutionnaire dans l'Angleterre du XVIIe si&#232;cle comme une lutte du tiers &#233;tat contre l'aristocratie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout homme dont les anc&#234;tres &#233;taient venus avec le Conqu&#233;rant [dit-il de la premi&#232;re r&#233;volution anglaise] quittait son ch&#226;teau pour rejoindre le camp royaliste et prendre un commandement &#224; la mesure de son rang. Les habitants des villes... affluaient dans le camp oppos&#233;. On peut dire que les cris de ralliement des deux arm&#233;es &#233;taient : d'un c&#244;t&#233;, l'oisivet&#233; et le pouvoir , de l'autre, le travail et la libert&#233; . Tous les oisifs, quelle que soit leur origine, ceux dont le seul but dans la vie &#233;tait la poursuite du plaisir sans effort, s'enr&#244;laient dans les forces royalistes pour d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts qui co&#239;ncidaient avec les leurs ; tandis que les familles de la caste des anciens conqu&#233;rants, devenues industrielles, s'unissaient au parti des Communes. [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est particuli&#232;rement remarquable, c'est que Thierry consid&#233;rait le mouvement religieux de l'&#233;poque simplement comme le reflet d'int&#233;r&#234;ts quotidiens &#171; positifs &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour des int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre fut men&#233;e de part et d'autre [&#233;crit-il]. Tout le reste n'&#233;tait qu'un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur ou un pr&#233;texte. La plupart de ceux qui prenaient fait et cause pour les sujets &#233;taient des presbyt&#233;riens, c'est-&#224;-dire qu'ils ne voulaient pas de joug, m&#234;me en religion. Ceux qui soutenaient la cause oppos&#233;e &#233;taient des &#233;piscopaliens ou des papistes : m&#234;me dans le domaine religieux, ils cherchaient &#224; exercer le pouvoir et &#224; lever des imp&#244;ts. [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se tourne vers Mignet , contemporain de Thierry , on retrouve la m&#234;me conception de l'importance des int&#233;r&#234;ts de propri&#233;t&#233; et du r&#244;le de la lutte des classes dans l'histoire des pays civilis&#233;s. Selon les termes de Mignet, &#171; les int&#233;r&#234;ts les plus nombreux et les plus forts dictent la loi et arrivent &#224; leur but &#187; [18] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors ais&#233;ment l'influence que, selon lui, les int&#233;r&#234;ts exer&#231;aient sur le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts dominants d&#233;terminent le mouvement social. Ce mouvement atteint son but malgr&#233; divers obstacles ; il s'arr&#234;te avant d'atteindre ce but et c&#232;de la place &#224; un autre mouvement qui est imperceptible au d&#233;but et ne se fait conna&#238;tre que lorsqu'il devient pr&#233;dominant. Tel fut le d&#233;veloppement de la f&#233;odalit&#233;, qui existait dans les besoins humains avant de devenir un fait &#8212; la premi&#232;re &#233;poque ; &#224; la seconde &#233;poque, elle existait en fait, tout en cessant de r&#233;pondre aux besoins, et c'est cette derni&#232;re circonstance qui mit fin &#224; son existence r&#233;elle. Aucune r&#233;volution ne s'est encore accomplie d'une autre mani&#232;re. [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition des communes urbaines a chang&#233; toutes les relations internes des soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque. En Italie, les communes ont atteint une supr&#233;matie compl&#232;te, ce qui a donn&#233; naissance &#224; la d&#233;mocratie. En France, elles ont &#233;t&#233; contraintes de s'allier &#224; l'autorit&#233; royale, jetant ainsi les bases de l'absolutisme. Enfin, en Angleterre, o&#249; elles se sont alli&#233;es aux f&#233;odaux contre le roi, une monarchie constitutionnelle a vu le jour. [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les relations entre les &#233;l&#233;ments sociaux dominants de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne, c'est-&#224;-dire l'aristocratie et le tiers &#233;tat, ont d&#233;termin&#233; le d&#233;veloppement historique de l'Europe. Plus le tiers &#233;tat s'est d&#233;velopp&#233;, plus l'effondrement final de l'ancien ordre social s'est rapproch&#233;. En France, la p&#233;riode de ce d&#233;clin a &#233;galement &#233;t&#233; une p&#233;riode de r&#233;volution, que Mignet a toujours consid&#233;r&#233;e avec la plus grande sympathie. Mieux que tous ses autres &#233;crits, son histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise a montr&#233; qu'il &#233;tait conscient de la signification historique de la lutte des classes. Il a pleinement compris que la lutte des partis politiques pendant la R&#233;volution n'&#233;tait qu'une expression de la contradiction entre les int&#233;r&#234;ts de classe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes aristocratiques [dit-il] avaient des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s &#224; ceux du parti national. C'est pourquoi la noblesse et le haut clerg&#233;, qui si&#233;geaient &#224; droite, &#233;taient en opposition constante avec ce parti, &#224; l'exception de quelques journ&#233;es d'enthousiasme universel. [21]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti de Du Port, Barnave et Lameth &#233;tait &#171; une sorte d'opposition au sein de la classe moyenne &#187;. [22] La Constitution de 1791 &#233;tait la cr&#233;ation de la classe moyenne, qui &#233;tait alors plus forte que les autres. &#171; Il est de notori&#233;t&#233; publique &#187;, ajoute Mignet, &#171; qu'une force qui a conquis la domination prend toujours le contr&#244;le des institutions &#187;. [23] Il attribuait les soul&#232;vements contre-r&#233;volutionnaires du Calvados, du G&#233;vaudan et de la Vend&#233;e &#224; l'incompr&#233;hension de ces r&#233;gions envers la R&#233;volution, &#171; car il n'y avait pas l&#224; de classe moyenne nombreuse et instruite &#187;. [24] Il voyait les Girondins comme un parti de transition de la classe moyenne &#224; la multitude , tandis que Danton, Robespierre, Camille Desmoulins, d'&#201;glantine, Marat et d'autres &#233;taient de v&#233;ritables chefs du nouveau mouvement qui avait &#233;t&#233; lanc&#233; avec l'aide de la classe sociale inf&#233;rieure et qui &#233;tait dirig&#233; contre la classe moyenne &#224; laquelle les Girondins appartenaient par leur statut et leurs habitudes. [25] Le 10 ao&#251;t fut &#171; un soul&#232;vement du peuple contre la bourgeoisie et le tr&#244;ne constitutionnel, de m&#234;me que le 14 juillet fut un soul&#232;vement de la bourgeoisie contre les classes privil&#233;gi&#233;es et le pouvoir absolu de la couronne. &#187; [26] Bref, toute l'histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise sert &#224; Mignet d'illustration d'une proposition qu'on peut &#224; bon droit appeler une formule du progr&#232;s des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es : &#171; Les changements l&#232;sent les int&#233;r&#234;ts ; les int&#233;r&#234;ts cr&#233;ent les partis ; les partis entrent en lutte. &#187; [27] Augustin Thierry avait raison de dire que Mignet &#233;tait dou&#233; du grand talent de g&#233;n&#233;ralisation des faits et d'induction historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mignet fut, toute sa vie durant, un repr&#233;sentant conscient, franc et cons&#233;quent de la &#171; classe moyenne &#187;, dont la supr&#233;matie sociale et politique &#233;tait son id&#233;al. Il &#233;tait absolument oppos&#233; au &#171; petit peuple &#187;, dans la mesure o&#249; il repr&#233;sentait une menace pour cette supr&#233;matie. &#171; Les d&#233;sordres de la Commune lui furent odieux &#187;, disait son biographe Edouard Petit [28] . Mais cet ami de Thiers, le brutal pacificateur de la Commune de Paris [29] , envisageait le mode d'action r&#233;volutionnaire sans ce m&#233;lange de crainte mis&#233;rable et de malignit&#233; qui caract&#233;rise les grands et les petits bourgeois de notre temps. &#171; Ce n'est que par la force qu'on peut faire reconna&#238;tre ses droits &#187;, remarquait-il au tout d&#233;but de son histoire de la r&#233;volution, ajoutant quelques pages plus loin qu'&#171; il n'existe de ma&#238;tre que la force [30] . &#187; Les historiens d'aujourd'hui ne trouvent pas de tels aphorismes &#224; leur go&#251;t. Cet aspect particulier de leur go&#251;t est expliqu&#233; par le vieux Guizot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses vues sur la cause fondamentale du d&#233;veloppement social ne diff&#232;rent en rien de celles d'Augustin Thierry et de Mignet. Lui aussi consid&#232;re que les relations sociales sont &#224; la base du politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l'&#233;tude des institutions politiques [&#233;crit-il dans ses Essais sur l' Histoire de France ] que la plupart des &#233;crivains, savants, historiens ou publicistes ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233;, et le degr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage de commencer par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, pour conna&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant d'&#234;tre une cause, les institutions sont un effet ; la soci&#233;t&#233; les produit avant d'&#234;tre modifi&#233;e par elles ; au lieu de rechercher dans les syst&#232;mes ou les formes de gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, il faut d'abord examiner l'&#233;tat du peuple, pour savoir quel doit ou pourrait &#234;tre son gouvernement... La soci&#233;t&#233;, sa composition, le genre de vie des individus suivant leur position sociale, et les rapports entre les diverses classes d'individus, en un mot l'&#233;tat des personnes , telle est assur&#233;ment la premi&#232;re question qui attire l'attention de l'historien qui veut &#234;tre t&#233;moin de la vie des peuples, et du publiciste qui veut apprendre comment ils sont gouvern&#233;s. [31]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Guizot, l'&#171; &#233;tat &#187; de tous les peuples qui apparurent sur la sc&#232;ne historique europ&#233;enne apr&#232;s la chute de l'Empire romain d'Occident &#233;tait &#233;troitement li&#233; causalement aux rapports de propri&#233;t&#233;, dont l'&#233;tude devait donc pr&#233;c&#233;der celle des conditions des individus : &#171; Pour comprendre les institutions politiques, il faut conna&#238;tre les diverses conditions sociales et les rapports entre elles. Pour comprendre les diverses conditions sociales, il faut conna&#238;tre la nature des rapports de propri&#233;t&#233;. &#187; [32] C'est de ce point de vue que Guizot envisagea l'histoire de la France pendant les deux premi&#232;res dynasties, une histoire qu'il voyait comme celle de la lutte entre les diff&#233;rentes &#171; couches &#187; de la population de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la r&#233;volution anglaise est d&#233;crite par lui comme une lutte entre la bourgeoisie et l'aristocratie. Il trouve ing&#233;nieuse mais superficielle l'id&#233;e selon laquelle la r&#233;volution anglaise aurait &#233;t&#233; plus politique que sociale, tandis que la r&#233;volution fran&#231;aise aurait cherch&#233; &#224; changer l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et du gouvernement. [33] En fait, les deux r&#233;volutions ont une origine commune et un but commun. En Angleterre, le mouvement r&#233;volutionnaire a commenc&#233; sous l'effet des changements dans les relations sociales et les m&#339;urs du peuple. Alors que la couche sup&#233;rieure de l'aristocratie avait perdu toute influence sur le peuple et s'&#233;tait corrompue, la petite noblesse, les francs-tenanciers et les bourgeois, qui s'occupaient exclusivement d'accro&#238;tre leurs terres et leur capital, s'enrichirent de plus en plus et mirent le peuple de plus en plus sous leur influence. Peu &#224; peu, sans faire de bruit et presque sans s'en rendre compte, ils concentr&#232;rent entre leurs mains presque toutes les forces sociales, les &#171; v&#233;ritables sources du pouvoir &#187;. [34] A mesure que ce changement fondamental dans les rapports sociaux s'accomplissait, la bourgeoisie ( les communes ) commen&#231;a &#224; s'irriter de la tyrannie : &#171; Avec l'accroissement de la richesse, une plus grande s&#233;curit&#233; devint un besoin. Les droits si longtemps exerc&#233;s par le prince, sans rencontrer de protestations et d'obstacles, semblaient maintenant &#234;tre devenus des abus. &#187; [35] Telles furent les causes de la lutte r&#233;volutionnaire qui connut de nombreuses vicissitudes, mais se termina par la victoire compl&#232;te de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guizot a pu observer l'influence de la &#171; composition sociale &#187; non seulement sur la structure politique de la soci&#233;t&#233;, mais aussi sur les tendances intellectuelles qui s'y d&#233;veloppent. Ses id&#233;es sur l'histoire de la litt&#233;rature fran&#231;aise, qu'il a formul&#233;es d&#232;s l'&#233;poque du Premier Empire, m&#233;ritent d'&#234;tre examin&#233;es en d&#233;tail, mais faute de place, nous ne pouvons nous limiter ici qu'&#224; celles sur le th&#233;&#226;tre, qui, selon lui, refl&#232;te l'&#233;volution des rapports sociaux. Dans la Gr&#232;ce antique, o&#249; les affaires sociales &#233;taient g&#233;r&#233;es par le peuple tout entier, le th&#233;&#226;tre &#233;tait un divertissement public qui refl&#233;tait les habitudes et les go&#251;ts de tous les citoyens libres. Au contraire, dans les soci&#233;t&#233;s modernes, qui sont un m&#233;lange complexe de classes diverses engag&#233;es dans le travail et toujours en lutte constante pour la supr&#233;matie, le th&#233;&#226;tre est devenu une forme de divertissement pour les classes sup&#233;rieures. Cela a port&#233; atteinte &#224; beaucoup de ses vertus. Apr&#232;s avoir consolid&#233; leur position, les classes sup&#233;rieures cherchent g&#233;n&#233;ralement &#224; se s&#233;parer du reste de la soci&#233;t&#233;, perdant ainsi les habitudes simples et naturelles inh&#233;rentes au peuple et s'impr&#233;gnant d'artifice. C'est pourquoi la sph&#232;re de la cr&#233;ation artistique se r&#233;tr&#233;cit et s'appauvrit. Guizot &#233;voque par exemple le sort du th&#233;&#226;tre anglais apr&#232;s la Restauration de 1660. Dans son m&#233;pris du peuple, l'aristocratie anglaise commen&#231;a &#224; ignorer m&#234;me Shakespeare, qu'elle qualifiait de rustre. La trag&#233;die fran&#231;aise &#233;tait &#233;galement un produit des classes sup&#233;rieures, c'est pourquoi son &#233;poque passa en m&#234;me temps que la chute de l' Ancien R&#233;gime . La R&#233;volution ouvrit la voie &#224; un &#171; nouveau syst&#232;me dramatique &#187;. [36]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il n'est pas n&#233;cessaire d'accepter ici les propositions individuelles, mais il faut reconna&#238;tre que son &#233;tude des liens de cause &#224; effet entre les ph&#233;nom&#232;nes a suivi la bonne voie. C'est dans cette direction que se sont engag&#233;s les critiques et les historiens les plus dou&#233;s de la litt&#233;rature fran&#231;aise, ouvrant ainsi la voie &#224; une explication mat&#233;rialiste de l'histoire intellectuelle de l'humanit&#233; civilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s politiques de Guizot r&#233;v&#232;lent de mani&#232;re encore plus r&#233;v&#233;latrice son point de vue de classe. Dans ses M&#233;moires , il dit lui-m&#234;me que la consolidation de la supr&#233;matie des classes moyennes est son objectif politique invariable. [37] Non seulement il d&#233;fend avec ardeur et courage leurs int&#233;r&#234;ts, mais, comme il le dit lui-m&#234;me, il souhaite magnifier encore davantage leur cause en les ramenant au pass&#233; et en r&#233;v&#233;lant leurs int&#233;r&#234;ts et leurs vicissitudes tout au long de l'histoire de France. [38] Cette intention est magnifiquement r&#233;alis&#233;e dans ses pamphlets politiques, dont le plus remarquable est celui intitul&#233; Du Gouvernement de la France depuis la Restauration et du minist&#232;re actuel , paru en septembre 1820. Guizot y appara&#238;t comme un d&#233;fenseur convaincu de la R&#233;volution fran&#231;aise, qu'il qualifie de guerre, tout comme les guerres entre nations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus de treize si&#232;cles, la France a &#233;t&#233; compos&#233;e de deux peuples : les conqu&#233;rants et les vaincus. Pendant plus de treize si&#232;cles, les vaincus ont lutt&#233; pour secouer le joug de leurs conqu&#233;rants. Notre histoire est celle de cette lutte. De nos jours, une bataille d&#233;cisive a eu lieu. Cette bataille s'appelle la r&#233;volution. [39]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de la r&#233;volution ne fit aucun doute. Un peuple ancien et vaincu devint un peuple de conqu&#233;rants. A leur tour, ils soumirent la France. Selon Guizot, la c&#233;l&#232;bre Charte ne faisait que reconna&#238;tre ce fait et en faire un droit. Le gouvernement repr&#233;sentatif &#233;tait une garantie de ce droit. [40] Les d&#233;bats de la Chambre des d&#233;put&#233;s pouvaient para&#238;tre &#233;tranges et difficiles &#224; comprendre &#224; quiconque les envisageait du point de vue de la th&#233;orie, sans pouvoir les relier aux circonstances qui les avaient engendr&#233;s. En fait, les d&#233;bats se d&#233;roulaient &#171; entre l'&#233;galit&#233; et le privil&#232;ge, entre la bourgeoisie et l'ancienne aristocratie &#187;. [41] L' Ancien R&#233;gime et la France nouvelle sont engag&#233;s dans une lutte &#224; mort. Les r&#233;concilier est une chim&#232;re. [42]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons d&#233;j&#224; que Guizot comprenait le lien de cause &#224; effet entre les rapports sociaux, d'une part, et les tendances intellectuelles, d'autre part. La pol&#233;mique politique lui fournit une occasion suppl&#233;mentaire de s'exprimer &#224; ce sujet. &#171; Les id&#233;es, les doctrines et les constitutions elles-m&#234;mes &#187;, d&#233;clarait-il, sont subordonn&#233;es aux circonstances et ne sont adopt&#233;es par les peuples que lorsqu'elles servent d'instrument et de garantie &#224; leurs int&#233;r&#234;ts pressants tels qu'ils sont g&#233;n&#233;ralement r&#233;alis&#233;s. [43] L'histoire de la Constitution anglaise montre particuli&#232;rement bien, selon lui, &#171; dans quelle mesure les circonstances l'emportent sur les pr&#233;tendues th&#233;ories du syst&#232;me repr&#233;sentatif &#187;. [44] Aujourd'hui, nous voyons l'&#233;difice de la Constitution anglaise et nous oublions comment elle a &#233;t&#233; &#233;difi&#233;e : &#171; Nous sommes enclins &#224; attribuer &#224; la sagesse humaine ce progr&#232;s progressif, qui n'a &#233;t&#233; le fruit que de la n&#233;cessit&#233;. &#187; [45] Les th&#233;oriciens de la r&#233;volution se sont tromp&#233;s &#171; ou ont menti &#187; (c'est moi qui souligne) en proclamant la souverainet&#233; du peuple. En fait, il ne s'agissait pas de la souverainet&#233; du peuple, mais de la victoire d'une partie du peuple sur une autre partie. La sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique &#233;tant immense en faveur du tiers &#233;tat, la souverainet&#233; du peuple s'est impos&#233;e comme doctrine. Cette doctrine &#233;tait n&#233;cessaire &#224; l'&#233;poque parce que la force a besoin d'une doctrine : croire et faire croire aux autres qu'elle a raison. [46]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la contre-r&#233;volution ont toujours tr&#232;s bien compris que, pour atteindre leur but, ils devaient d'abord s'emparer du pouvoir et l'utiliser conform&#233;ment &#224; leurs int&#233;r&#234;ts. De leur c&#244;t&#233;, les classes moyennes doivent savoir qu'elles doivent s'emparer du pouvoir et non le d&#233;truire. [47]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement repr&#233;sentatif est institu&#233; pour concentrer et exprimer ces besoins et aspirations sociales, puis pour placer le pouvoir entre les mains de ceux qui seront capables de comprendre et de satisfaire ces aspirations et ces besoins. [48] Il va sans dire que, selon Guizot, seuls les repr&#233;sentants de la &#171; classe moyenne &#187; poss&#232;dent cette capacit&#233;, de sorte que le pouvoir, selon sa th&#233;orie, devrait appartenir &#224; cette classe, et non &#224; la population ext&#233;rieure (comme Guizot appelait les masses ouvri&#232;res) dont les droits devraient &#234;tre reconnus et d&#233;fendus mais qui pourraient provoquer leur propre chute et celle de l'&#201;tat si on leur permettait de prendre le pouvoir. [49]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Marx et Engels &#233;crivaient dans le Manifeste que l'ex&#233;cutif de l'&#201;tat moderne n'est qu'un comit&#233; charg&#233; de g&#233;rer les affaires communes de toute la bourgeoisie, [50] ils exprimaient la m&#234;me opinion &#224; l'&#233;gard du gouvernement repr&#233;sentatif institu&#233; par la bourgeoisie ; seulement, ils &#233;valuaient d&#233;sormais ce syst&#232;me de gouvernement, non du point de vue de la &#171; classe moyenne &#187;, mais de celui de la population ext&#233;rieure , dont Guizot ne pouvait m&#234;me pas envisager la supr&#233;matie sans un sentiment d'appr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Guizot &#233;tait indubitablement tr&#232;s conscient du caract&#232;re de classe des tendances sociopolitiques qu'il repr&#233;sentait et d&#233;fendait. Lorsque les partisans de l'ancien ordre commenc&#232;rent &#224; l'accuser d'attiser les passions mauvaises par sa propagande de la lutte des classes, il r&#233;pondit qu'il voulait seulement r&#233;sumer l'histoire de France. Elle &#233;tait pleine de luttes entre les &#233;tats, ou plut&#244;t cr&#233;&#233;es par elle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se savait et se disait bien des si&#232;cles avant la R&#233;volution ; cela se savait et se disait en 1789 ; cela se savait et se disait il y a trois mois. [51] Quoiqu'on m'accuse aujourd'hui de l'avoir dit, je ne crois pas que personne l'ait oubli&#233;. Les faits ne s'&#233;vanouissent pas au gr&#233; ou pour la commodit&#233; passag&#232;re des minist&#232;res et des partis... Que diraient les courageux bourgeois envoy&#233;s aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux pour conqu&#233;rir ou d&#233;fendre les droits de leur ordre, s'ils ressuscitaient d'entre les morts et apprenaient que la noblesse n'a jamais fait la guerre au tiers &#233;tat, ne s'est jamais alarm&#233;e de son &#233;mergence, ne s'est jamais indign&#233;e de son essor, ne s'est jamais constamment oppos&#233;e &#224; son progr&#232;s dans la soci&#233;t&#233; et dans le pouvoir ?... Descendants ch&#233;tifs d'une race qui a domin&#233; un grand pays et fait trembler de grands rois, vous avez reni&#233; vos anc&#234;tres et votre histoire ! Conscients de votre d&#233;ch&#233;ance, vous protestez contre votre splendeur pass&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de la lutte des classes, Guizot ne voulait rien dire de nouveau. La lutte des classes n'&#233;tait pas une th&#233;orie ou une hypoth&#232;se, mais un fait dans toute sa simplicit&#233;. &#171; Je r&#233;p&#232;te, s'&#233;criait-il, qu'il n'y a aucun m&#233;rite &#224; ceux qui ont vu cela, mais il est presque ridicule de le contester. &#187; Guizot &#233;prouvait une certaine honte d'&#234;tre oblig&#233;, lui, bourgeois, d'enseigner aux nobles l'histoire de France et de leur prouver qu'ils &#233;taient devenus &#171; trop humbles dans leurs souvenirs &#187;. En r&#233;ponse &#224; l'accusation d'attiser les passions et de semer la discorde parmi les citoyens, il s'&#233;criait : &#171; Comment ? Vous nous ordonnez d'oublier notre histoire parce que ses conclusions ne vous sont pas favorables ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces extraits [52] d&#233;crivent assez bien le temp&#233;rament militant de Guizot &#224; cette &#233;poque. Pour compl&#233;ter le tableau, nous mentionnerons aussi l'&#233;pigraphe de son Du gouvernement de la France , dont nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; un extrait. Elle est tir&#233;e des Pens&#233;es de Pascal et dit : &#171; Il est agr&#233;able d'&#234;tre &#224; bord d'un navire battu par la temp&#234;te quand on est s&#251;r de ne pas p&#233;rir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience de classe de la bourgeoisie s'exprime ici d'une mani&#232;re si vivante que nous n'avons pas besoin d'en citer d'autres. C'est pourquoi nous ne parlerons pas ici de l'Histoire de la contre-r&#233;volution en Angleterre d'Armand Carrel (Paris, 1827) ni des &#233;crits post&#233;rieurs d'Alexis Tocqueville. Nous tenons pour bien &#233;tabli que, d&#232;s la Restauration, Saint-Simon et de nombreux repr&#233;sentants &#233;rudits de la bourgeoisie fran&#231;aise voyaient dans la lutte des classes le ressort principal du d&#233;veloppement historique des peuples modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons jug&#233; utile de constater ce fait, car il semble &#234;tre rest&#233; hors de port&#233;e de beaucoup de critiques du Manifeste du Parti communiste . Ainsi, Emile Vandervelde affirme cat&#233;goriquement que la notion de lutte des classes est &#171; la pierre de touche du socialisme d&#233;mocratique, qui le distingue de toutes les autres formes pass&#233;es et pr&#233;sentes du socialisme bourgeois et utopique &#187;, et que cette notion &#171; a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e pour la premi&#232;re fois, avec toutes ses cons&#233;quences, dans le Manifeste du Parti communiste &#187; [53] . Il faut dire qu'on peut exiger une attitude plus attentive &#224; l'&#233;gard de son sujet de la part d'un homme qui a, pour ainsi dire, &#233;crit une brochure pour le jubil&#233; du Manifeste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, M. Werner Sombart, qui a critiqu&#233; la conception du Manifeste sur la grande importance historique de la lutte des classes, n'a pas dit un mot du fait que cette conception n'&#233;tait pas une nouveaut&#233; dans la litt&#233;rature politique des ann&#233;es 1840. [54] Il attache une grande importance &#224; l'&#171; histoire des dogmes &#187; ( Dogmengeschichte ) dans le socialisme actuel. On aurait pu s'attendre &#224; ce qu'il connaisse aussi mieux cette histoire. Dans un article intitul&#233; &#171; Essai d'interpr&#233;tation et de critique de quelques concepts du marxisme &#187; paru dans le num&#233;ro de f&#233;vrier 1898 de Devenir Social , Benedetto Croce a fait une &#171; critique &#187; tr&#232;s z&#233;l&#233;e de la th&#233;orie de la lutte des classes de Marx et d'Engels. Mais ce critique z&#233;l&#233; est lui aussi manifestement tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'id&#233;e que la lutte des classes &#233;tait d&#233;j&#224; enseign&#233;e par les th&#233;oriciens de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous citerons aussi Thomas Kirkup qui, en &#171; critiquant &#187; la th&#233;orie de Marx sous les angles les plus vari&#233;s, avec des r&#233;f&#233;rences assez d&#233;taill&#233;es au Manifeste , ne s'est m&#234;me pas demand&#233; si l'id&#233;e de la lutte des classes appartenait exclusivement &#224; Marx. [55]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques du marxisme ont presque toujours &#233;t&#233; sur la mauvaise voie en ne remarquant pas les erreurs r&#233;elles commises par Marx et Engels, tout en leur attribuant des erreurs qu'ils n'ont jamais commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a des erreurs de diff&#233;rentes sortes. Il est bien entendu bon que les fondateurs d'une th&#233;orie donn&#233;e connaissent tous leurs pr&#233;curseurs et ne se trompent pas dans leurs jugements &#224; leur &#233;gard. Cependant, personne ne s'offusquerait des erreurs que Darwin aurait pu commettre en parlant de la place qu'occupe sa propre th&#233;orie dans l'histoire des doctrines &#233;volutionnistes. Cependant, si quelqu'un se mettait &#224; critiquer le darwinisme, et surtout s'il voulait &#233;crire une histoire du transformisme , il aurait le devoir de conna&#238;tre les pr&#233;curseurs de Darwin, et il serait tr&#232;s &#233;trange qu'il se borne, en traitant de ces derniers, &#224; r&#233;p&#233;ter simplement ce que Darwin lui-m&#234;me a dit d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en dire autant des critiques du marxisme et des historiens du socialisme. On ne peut leur pardonner leurs erreurs dans l'histoire du dogme, qui &#233;taient parfaitement compr&#233;hensibles et pardonnables chez Marx ou Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons de c&#244;t&#233; les critiques pour un instant et revenons aux pr&#233;curseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise a d&#251; affronter bien des temp&#234;tes pendant la Restauration. Mais, encourag&#233;e par ses r&#233;centes victoires &#233;clatantes sur l'aristocratie, elle croyait qu'aucune force ne pourrait mettre fin &#224; sa domination et envisageait l'avenir avec confiance, trouvant tr&#232;s agr&#233;able de se trouver &#224; bord d'un navire pouss&#233; par la temp&#234;te quand on est s&#251;r qu'il ne p&#233;rira pas. Elle n'avait pas peur &#224; l'&#233;poque de parler de la lutte des classes et refusait par d&#233;rision d'oublier l'histoire de sa propre lutte de classe pour plaire &#224; l'aristocratie &#233;puis&#233;e. Mais h&#233;las ! tout est fluide, rien n'est stationnaire. Deux ou trois d&#233;cennies plus tard, la bourgeoisie fut oblig&#233;e de consid&#233;rer la lutte des classes sous un autre angle. La classe ouvri&#232;re &#8212; la population ext&#233;rieure de Guizot &#8212; lan&#231;a une lutte contre sa domination de classe, ce qui changea radicalement l'humeur de la bourgeoisie : de classe r&#233;volutionnaire , elle devint classe conservatrice . L'ann&#233;e 1848 lui fournit une terrible le&#231;on : On peut voir &#224; quel point ils ont bien compris le sens de cette le&#231;on dans le fait que ses th&#233;oriciens ont commenc&#233;, &#224; partir de cette &#233;poque, &#224; pr&#234;cher la &#171; paix sociale &#187;. Toujours tr&#232;s conscient de la condition et des besoins de la &#171; classe moyenne &#187;, Guizot publia, d&#232;s 1849, une brochure intitul&#233;e De la D&#233;mocratie , qui vantait la paix sociale comme conduisant &#224; &#171; la libert&#233;, la s&#233;curit&#233;, la prosp&#233;rit&#233;, la dignit&#233; &#187; et tous les autres &#171; biens moraux et mat&#233;riels &#187;. En 1849, Guizot rappelait encore que la guerre sociale avait &#171; fait &#187; l'histoire de France, mais il voyait d&#233;sormais cette guerre, non comme un moteur principal du progr&#232;s, mais comme une sorte de bo&#238;te de Pandore d'o&#249; toutes sortes de calamit&#233;s s'abattaient sur son pays :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte entre les diff&#233;rentes classes de notre soci&#233;t&#233; a rempli notre histoire [r&#233;p&#233;tait-il]. La r&#233;volution de 1789 en a &#233;t&#233; l'&#233;clatement le plus g&#233;n&#233;ral et le plus puissant. Nobles et tiers-&#233;tat, aristocratie et d&#233;mocratie, bourgeois et ouvriers, propri&#233;taires et prol&#233;taires, autant de formes, autant de phases de la lutte sociale qui nous a si longtemps tourment&#233;s... C'est une mal&#233;diction, une honte que notre &#233;poque ne peut accepter. La paix int&#233;rieure, la paix entre les diff&#233;rentes classes de citoyens, la paix sociale ! Voil&#224; le besoin supr&#234;me de la France, son cri de salut ! [56]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;dominance des classes moyennes est un trait marquant de l'histoire de la France depuis 1789. Guizot fait l'&#233;loge de la bourgeoisie, mais il voit clairement le danger effrayant qui menace sa domination :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant un troisi&#232;me combattant est entr&#233; en lice. L'&#233;l&#233;ment d&#233;mocratique s'est divis&#233;. Aux classes moyennes s'opposent les classes ouvri&#232;res ; &#224; la bourgeoisie, le peuple. Et cette nouvelle guerre est aussi &#224; mort, car le nouveau challenger est... exclusif comme les autres n'ont jamais pu l'&#234;tre. [57]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat menace de supprimer la domination des &#171; classes moyennes &#187; ; les &#171; classes moyennes &#187; ont peur du prol&#233;tariat, aussi leurs th&#233;oriciens pr&#234;chent-ils la paix . Mais une paix solide ne peut &#234;tre conclue que lorsque le prol&#233;tariat cessera de contester &#224; la bourgeoisie le droit &#224; l'existence. Guizot le savait tr&#232;s bien, aussi s'effor&#231;a-t-il de d&#233;montrer que toutes les classes existant en France &#233;taient &#171; des &#233;l&#233;ments naturels et profonds de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187; [58] , et il affirma que la reconnaissance de la justesse de cette id&#233;e par tous les partis en lutte serait un grand pas en avant vers la paix sociale. En effet, en reconnaissant la justesse de cette id&#233;e, le prol&#233;tariat reconna&#238;trait le &#171; caract&#232;re naturel &#187; de son asservissement, ce que recherchait pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;ologue alarm&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guizot n'a pas &#233;t&#233; le seul &#224; pr&#234;cher la paix sociale ni &#224; changer d'attitude &#224; l'&#233;gard de la lutte des classes apr&#232;s l'entr&#233;e en lice du nouveau &#171; combattant &#187;. On a vu comment Mignet consid&#233;rait les &#171; troubles &#187; de la Commune de Paris. Quant &#224; Augustin Thierry, son &#233;tat d'esprit apr&#232;s 1848 se manifeste dans la pr&#233;face de son Essai sur l' histoire du tiers-&#233;tat , paru en 1853. L'histoire du tiers-&#233;tat est celle d'une guerre sociale men&#233;e par la bourgeoisie contre l'aristocratie. Augustin Thierry fut, on le sait, l'un des premiers &#224; attirer l'attention des lecteurs sur le caract&#232;re de classe de cette guerre, le nier e&#251;t &#233;t&#233; vider de toute signification l'histoire du tiers-&#233;tat. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, Thierry ne pouvait pas parler en 1853 de la lutte des classes sans faire de s&#233;rieuses r&#233;serves, ce qu'il fit. Il remarqua que la lutte des classes dont il traitait dans son livre n'avait rien de commun avec la lutte de classe du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie. La lutte qu'il d&#233;crit a &#233;t&#233; b&#233;n&#233;fique dans ses cons&#233;quences et s'est poursuivie pendant des si&#232;cles entiers, alors que la lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie est n&#233;e &#171; d'hier seulement et est destructrice de toute s&#233;curit&#233; publique &#187;. Il consid&#232;re que les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat sont &#233;troits et ceux du tiers &#233;tat tr&#232;s larges , puisque ce dernier comprend toute la nation, &#224; l'exception de la noblesse et du clerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de raisonnement est tr&#232;s caract&#233;ristique au sens psychologique, m&#234;me si, comme nous allons le voir maintenant, les partisans de la lutte r&#233;volutionnaire contre la bourgeoisie n'auraient pas de difficult&#233; &#224; r&#233;futer Augustin Thierry avec ses propres arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens fran&#231;ais de la Restauration &#233;taient si profond&#233;ment convaincus de l'importance historique de la lutte des classes qu'ils reprirent leur ancien langage. Citons encore &#224; titre d'exemple Guizot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1858, il publie ses M&#233;moires , dont le premier volume traite de l'&#233;poque o&#249;, avec l'ardeur de la jeunesse, il se prononce pour la lutte de classe de la bourgeoisie contre l'aristocratie. A propos de sa brochure Du gouvernement de la France , qui, comme on le sait, est un appel passionn&#233; &#224; cette lutte, Guizot reconna&#238;t qu'en la relisant trente-six ans apr&#232;s sa publication, il en retire l'impression suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant les choses &#224; fond et en elles-m&#234;mes, tant comme historien que comme philosophe, je n'y trouve rien &#224; redire. Je persiste &#224; penser que les id&#233;es g&#233;n&#233;rales y sont justes, les grands faits sociaux bien appr&#233;ci&#233;s, les hommes politiques bien compris et d&#233;peints avec v&#233;rit&#233;... Mais... j'ai trop exig&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son int&#233;grit&#233; scientifique l'emportant sur sa crainte du nouveau &#171; combattant &#187;, le vieux th&#233;oricien de la bourgeoisie ne consid&#233;rait plus la lutte des classes comme la honte et la calamit&#233; de la France : il affirmait que les faits sociaux avaient &#233;t&#233; correctement appr&#233;ci&#233;s dans Du gouvernement , c'est-&#224;-dire que la guerre sociale, la lutte des classes, avait fait l'histoire de France . En s'exprimant avec une telle franchise, Guizot manifestait bien plus de respect pour la v&#233;rit&#233; scientifique que tous les &#171; savants &#187; d'aujourd'hui, qui &#233;vitent toute mention de la lutte des classes avec le m&#234;me z&#232;le que, suivant le conseil de l'ap&#244;tre Paul, les chr&#233;tiens devraient &#233;viter toute discussion sur les &#171; abominations &#187; interdites par le septi&#232;me commandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut donc un temps o&#249; la bourgeoisie comprenait parfaitement le r&#244;le historique de la lutte des classes. Si elle ne le comprend pas aujourd'hui, ou fait semblant de ne pas le comprendre, et si elle pr&#234;che aujourd'hui la &#171; paix sociale &#187;, cela s'explique parfaitement par l'histoire ult&#233;rieure de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et par sa peur du nouveau &#171; combattant &#187;. Puisque les th&#233;oriciens actuels de la bourgeoisie dissertent volontiers sur le th&#232;me de la &#171; paix sociale &#187; et fustigent les social-d&#233;mocrates pour leur pr&#233;dication de la lutte des classes, ceux-ci peuvent bien r&#233;pondre comme Guizot r&#233;torquait autrefois aux th&#233;oriciens de l'aristocratie : &#171; Descendants pr&#233;sum&#233;s d'une race qui dominait un grand pays et faisait trembler les rois, vous avez reni&#233; vos anc&#234;tres et votre histoire ! &#187; Et, comme Guizot, nous avons le droit de nous &#233;tonner avec raillerie de voir nos ennemis devenir trop humbles dans leurs souvenirs, et de leur demander ironiquement : &#171; Quoi ? Vous nous ordonnez d'oublier notre histoire parce que ses conclusions ne sont pas en votre faveur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment comprendre ces socialistes qui, sous couvert d'une critique du marxisme, minimisent l'importance de la lutte des classes et, comme Son Excellence Monsieur le ministre Millerand, d&#233;clarent qu'il ne faut pas opposer les ouvriers &#224; la bourgeoisie ? Laissons cela au lecteur le soin d'en juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme ne peut aujourd'hui se fonder que sur la lutte des classes. Mais il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi. A ses d&#233;buts, ses partisans &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;plorer la lutte des classes comme la honte et la calamit&#233; de l'humanit&#233;, attitude qui semblait en contradiction avec les vues de Saint-Simon mentionn&#233;es plus haut. Il ne faut pas oublier cependant que c'est de la lutte des industriels contre les seigneurs f&#233;odaux dont parle invariablement Saint-Simon, et non de la lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie . Pour Saint-Simon, le prol&#233;tariat n'existe pas en tant que classe capable de jouer un r&#244;le ind&#233;pendant dans l'histoire. Dans ses Lettres de Gen&#232;ve , il dit aux &#171; non-poss&#233;d&#233;s &#187; qu'en prenant le pouvoir pendant la r&#233;volution, ils n'ont pu cr&#233;er que la famine . Dans son ouvrage Du syst&#232;me industriel , il s'effor&#231;ait d'amener la bourgeoisie &#224; accepter ses vues, en l'effrayant avec la classe ouvri&#232;re, au sein de laquelle les id&#233;es d'&#233;galit&#233; (l'&#171; &#233;galit&#233; turque &#187;, disait-il) pouvaient, selon ses propres termes, prendre une signification &#233;tendue et nuisible &#224; la civilisation. [59] Il voyait dans les entrepreneurs bourgeois les chefs naturels des ouvriers. C'est avec raison que les auteurs du Manifeste disaient que les fondateurs des syst&#232;mes utopiques voyaient d&#233;j&#224; &#171; les antagonismes de classe, ainsi que l'action des &#233;l&#233;ments en d&#233;composition, dans la forme dominante de la soci&#233;t&#233;. Mais le prol&#233;tariat, encore dans son enfance, leur offre le spectacle d'une classe sans aucune initiative historique ni aucun mouvement politique ind&#233;pendant. [60] Fid&#232;les &#224; cette vision, les socialistes utopistes s'adressaient, non pas au prol&#233;tariat, mais &#224; toute la soci&#233;t&#233; contemporaine. Ainsi, dans ses cours sur l'industrie prononc&#233;s &#224; l'Ath&#233;n&#233;e de Paris en 1831, Jacob-Emile Pereire d&#233;clare cat&#233;goriquement au nom des saint-simoniens qu'en tant qu'&#171; hommes de progr&#232;s &#187;, ils veulent sauver l'humanit&#233; tout enti&#232;re, &#171; et non telle nation ou telle classe &#187; [61] . De m&#234;me, les fouri&#233;ristes consid&#232;rent comme l'une des principales vertus de la doctrine de leur ma&#238;tre le fait qu'elle n'est pas l'expression d'une lutte d'&#171; int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s... dans la soci&#233;t&#233; &#187; [62] . Enfin, nous citerons Louis Blanc qui, en janvier 1845, &#233;crivait dans l'Introduction &#224; sa c&#233;l&#232;bre Organisation du travail : &#171; C'est &#224; vous, les riches, que s'adresse ce livre, car il s'agit des pauvres. Car leur cause est la v&#244;tre &#187; [63] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conceptions des socialistes utopistes, th&#233;oriquement et pratiquement, constituaient un grand pas en arri&#232;re par rapport aux conceptions des id&#233;ologues de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire, et elles r&#233;sultaient de l'&#233;tat de d&#233;veloppement du capitalisme &#224; l'&#233;poque. Elles ne manquaient pas d'exercer une influence n&#233;faste sur la conscience de classe des ouvriers, dont elles n'arr&#234;t&#232;rent pas le d&#233;veloppement. La croissance du capitalisme entra&#238;na &#224; la fois une croissance num&#233;rique du prol&#233;tariat et son &#233;veil intellectuel. D&#233;j&#224; en octobre 1836, la Working Men's Association, qui existait &#224; Londres, parlait sans &#233;quivoque, dans ses statuts, de la n&#233;cessit&#233; pour la classe ouvri&#232;re de rompre avec les partis des classes dominantes. [64] En France, par contre, la plupart des membres des soci&#233;t&#233;s r&#233;volutionnaires secr&#232;tes se recrutaient au sein de la classe ouvri&#232;re. Le genre d'id&#233;es qui se r&#233;pandent parmi les membres de ces soci&#233;t&#233;s sera illustr&#233; par l'extrait suivant d'un dialogue lors de l'inscription de nouveaux membres dans la Soci&#233;t&#233; des Saisons, [65] une soci&#233;t&#233; communiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : De quoi est compos&#233;e l'aristocratie aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : L'aristocratie h&#233;r&#233;ditaire a &#233;t&#233; d&#233;truite en juillet 1830 ; aujourd'hui, l'aristocratie est compos&#233;e de riches, qui sont une aristocratie tout aussi rapace que la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : Est-ce suffisant de renverser la monarchie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : Les aristocrates de toute sorte doivent &#234;tre d&#233;truits, ainsi que toute sorte de privil&#232;ge, car sinon rien ne sortira de tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question : Ceux qui jouissent de droits sans accomplir d'obligations, comme les aristocrates d'aujourd'hui, font-ils partie du peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse : Ils ne devraient pas faire partie du corps social. Pour le corps social, ils sont comme un cancer dans le corps humain. La condition premi&#232;re pour que le corps retrouve sa sant&#233; est l'extirpation du cancer. La condition premi&#232;re pour que le corps social retrouve une condition fond&#233;e sur la justice est l'annihilation de l'aristocratie [etc.]. [66]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre point de vue actuel, les programmes pratiques des conspirateurs communistes de l'&#233;poque &#233;taient encore moins satisfaisants que leurs vues th&#233;oriques. N&#233;anmoins, leur ferme conviction que l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re (le &#171; peuple &#187;) &#233;tait inconcevable sans une lutte contre les classes sup&#233;rieures (l'&#171; aristocratie &#187;) les distinguait positivement des socialistes utopistes. Bien entendu, une lutte men&#233;e par une poign&#233;e de conspirateurs pour les int&#233;r&#234;ts du peuple ne peut en aucun cas &#234;tre qualifi&#233;e de lutte de classe , mais lorsque le contingent principal de ces conspirateurs est tir&#233; des ouvriers de l'industrie, la conspiration devient un embryon de la lutte r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. La conception de l'&#171; aristocratie &#187; d&#233;fendue par la Soci&#233;t&#233; des Saisons est r&#233;v&#233;latrice du lien g&#233;n&#233;tique &#233;troit qui existe entre les id&#233;es des r&#233;volutionnaires communistes fran&#231;ais de l'&#233;poque et celles des r&#233;volutionnaires bourgeois du XVIIIe si&#232;cle et de l'opposition lib&#233;rale de la Restauration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; vu que l'int&#233;r&#234;t de classe du prol&#233;tariat paraissait &#233;troit &#224; Augustin Thierry, et celui du tiers &#233;tat large, puisque ce dernier comprenait toute la nation, &#224; l'exception de l'aristocratie. Comme Augustin Thierry, les r&#233;volutionnaires communistes fran&#231;ais partaient de la conscience de la n&#233;cessit&#233; de combattre l' aristocratie dans l'int&#233;r&#234;t du reste de la soci&#233;t&#233; . Mais ils soulignaient aussi, tr&#232;s justement, que l'aristocratie h&#233;r&#233;ditaire avait c&#233;d&#233; la place &#224; l'aristocratie, raison pour laquelle la lutte pour les grands int&#233;r&#234;ts sociaux devait d&#233;sormais &#234;tre men&#233;e, non pas contre la noblesse, mais contre la bourgeoisie. La logique &#233;tait &#233;videmment de leur c&#244;t&#233; et ils &#233;taient en droit d'accuser leurs adversaires bourgeois d'incons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la contradiction entre les int&#233;r&#234;ts des exploit&#233;s et ceux des exploiteurs se r&#233;v&#233;lait et se d&#233;veloppait, la conscience de la n&#233;cessit&#233; de la lutte entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie devenait de plus en plus forte. Mais cette conscience contenait encore de tr&#232;s nombreux &#233;l&#233;ments utopiques. La conception de la lutte des classes &#233;tait loin d'atteindre, dans la litt&#233;rature communiste et socialiste des ann&#233;es 1840, le degr&#233; de clart&#233; que l'on trouve chez Guizot, par exemple. A cet &#233;gard, l'id&#233;ologie bourgeoise n'a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e que dans le Manifeste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de Marx et Engels sur la lutte des classes, sur l'importance de la politique dans cette lutte et sur la d&#233;pendance du pouvoir d'&#201;tat &#224; l'&#233;gard des classes dirigeantes est identique &#224; celle de Guizot et de ses coll&#232;gues sur ce sujet, &#224; la seule diff&#233;rence qu'ils d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat, tandis que les autres d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. [67] Il y a des passages du Manifeste qui parlent le langage des brochures de Guizot, ou, si vous pr&#233;f&#233;rez, certains des pamphlets de Guizot sont r&#233;dig&#233;s, en partie, dans le langage du Manifeste . [68] Chez les auteurs de ce dernier, cependant, le concept de lutte des classes est un &#233;l&#233;ment d'une th&#233;orie historique coh&#233;rente, alors que la th&#233;orie historique de Guizot, Thierry, Mignet et d'autres id&#233;ologues contemporains de la bourgeoisie manquait encore d'ach&#232;vement. Tout cela &#233;tait, bien s&#251;r, r&#233;v&#233;lateur de l'immense sup&#233;riorit&#233; de la &#171; philosophie sociale &#187; de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons traiter plus loin de cette sup&#233;riorit&#233;, mais auparavant, nous devons soumettre &#224; la critique quelques remarques &#171; critiques &#187; de certains critiques du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que dit M. Werner Sombart :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En commen&#231;ant le Manifeste communiste par ces mots : &#171; L'histoire de toute soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent est l'histoire de la lutte des classes &#187;, Karl Marx a exprim&#233; l'une des plus grandes v&#233;rit&#233;s qui aient rempli notre si&#232;cle. Mais il n'a pas exprim&#233; toute la v&#233;rit&#233;, car il n'est pas vrai que toute l'histoire de la soci&#233;t&#233; puisse se r&#233;duire uniquement &#224; la lutte des classes. Si nous voulions r&#233;sumer l'histoire universelle en une seule formule, nous devrions dire, je crois, que toute l'histoire de la soci&#233;t&#233; tourne autour de deux oppos&#233;s , que j'appellerai social et national , en employant le mot nationalit&#233; dans son sens le plus large. Dans son d&#233;veloppement, l'humanit&#233; se rassemble d'abord en soci&#233;t&#233;s qui se livrent d'abord une lutte mutuelle, mais qui est suivie d'une lutte interne entre leurs membres pour des positions sup&#233;rieures... Nous voyons ainsi, d'un c&#244;t&#233;, une aspiration &#224; la richesse, &#224; la force et &#224; l'importance de la part de soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, et, de l'autre, une aspiration aux m&#234;mes fins de la part de certains de leurs membres. Tels sont, &#224; mon avis, les deux oppos&#233;s qui ont rempli toute l'histoire. [69]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'a d&#233;couvert qu'une partie de la v&#233;rit&#233;. De son c&#244;t&#233;, le critique Sombart a compl&#233;t&#233; ce que Marx a dit, et nous avons maintenant la chance et le plaisir de poss&#233;der toute la v&#233;rit&#233;, d&#233;barrass&#233;e de tous les exc&#232;s et de toutes les exag&#233;rations. C'est tr&#232;s agr&#233;able, mais, en premier lieu, la lutte mutuelle entre les membres individuels de la soci&#233;t&#233; pour des positions sup&#233;rieures n'est pas encore une lutte de classes, comme le prouve si bien l'exemple de nos entrepreneurs contemporains, qui se livrent une lutte acharn&#233;e entre eux pour conqu&#233;rir des clients, mais n'ont pas la moindre id&#233;e d'une lutte de classe avec leurs semblables. En second lieu, que veut dire M. Sombart par &#171; lutte nationale &#187; ? Ce n'est rien d'autre qu'une lutte entre des &#201;tats individuels. La question se pose : les auteurs du Manifeste auraient -ils pu perdre de vue la signification historique de cette lutte ? Cela aurait &#233;t&#233; &#233;trange, d'autant plus que les auteurs affirment, dans le m&#234;me Manifeste , que la bourgeoisie d'un pays donn&#233; m&#232;ne une lutte incessante contre la bourgeoisie des autres &#201;tats (Manifeste , p. 13). [70] Qu'est-ce donc qui se passe ? C'est simplement que M. Werner Sombart a mal compris le sens du Manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quel sens Marx emploie-t-il le mot soci&#233;t&#233; ? C'est dans le m&#234;me sens que Guizot l'emploie quand il parle de la d&#233;pendance de la structure politique &#224; l'&#233;gard de la structure sociale . [71] Chez eux deux, le mot soci&#233;t&#233; est un raccourci pour ce qu'ils ont eux-m&#234;mes appel&#233; la soci&#233;t&#233; civile, par opposition &#224; l'&#201;tat . Quand les auteurs du Manifeste disent que la bourgeoisie d'un pays donn&#233; m&#232;ne une lutte incessante contre la bourgeoisie d'autres pays, ils se r&#233;f&#232;rent &#224; la lutte entre &#201;tats , &#224; une lutte internationale ou, selon la terminologie de M. Werner Sombart, &#224; une lutte nationale . Quand ils disent que l'histoire de toute soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent existante est l'histoire de la lutte des classes, ils entendent l'histoire de la soci&#233;t&#233; civile , ou, en d'autres termes, l'histoire int&#233;rieure des &#201;tats . [72] Cette histoire a &#233;t&#233;, &#224; leur avis, celle d'une lutte de classes, et c'est sur ce point que leur &#171; critique &#187; est d'accord avec eux pour l'essentiel. Il s'ensuit donc que l'amendement apport&#233; par M. Sombart n'est rien d'autre que le r&#233;sultat d'un malentendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent, on &#171; critique &#187; Marx et Engels de la mani&#232;re suivante : on les comprend d'abord un peu mal ou on les d&#233;forme, puis on les rectifie un peu. C'est ainsi que se comportent les critiques cl&#233;ments ; les critiques impitoyables se montrent plus grossiers : ils leur attribuent d'abord des absurdit&#233;s, puis ils se mettent &#224; dire avec profondeur que le moment est venu d'en finir avec le &#171; dogme &#187; marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benedetto Croce trouve lui aussi le concept m&#234;me de lutte des classes vague :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serais presque tent&#233; de dire que l'histoire est une lutte de classes : 1) quand les classes existent ; 2) quand elles ont des int&#233;r&#234;ts antagonistes ; 3) quand elles ont conscience de cet antagonisme. Mais cela nous conduirait &#224; cette parit&#233; amusante que l'histoire n'est une lutte de classes que quand elle est... une lutte de classes ! En r&#233;alit&#233;, il est arriv&#233; que les classes n'aient pas d'int&#233;r&#234;ts antagonistes, et tr&#232;s souvent elles n'en ont m&#234;me pas conscience, ce que savent tr&#232;s bien les socialistes qui s'efforcent, par des efforts parfois infructueux (chez les paysans, par exemple, ils n'en sont m&#234;me pas arriv&#233;s &#224; ce stade), de susciter cette conscience chez les prol&#233;taires d'aujourd'hui. [73]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques peuvent para&#238;tre tr&#232;s pertinentes &#224; premi&#232;re vue et m&#233;ritent donc qu'on s'y arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes n'a lieu que l&#224; o&#249; et seulement quand il y a des classes. C'est bien s&#251;r tout &#224; fait vrai : il serait &#233;trange de parler de lutte des classes dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y a pas de classes. Mais dans quel genre de soci&#233;t&#233; les classes sont-elles absentes ? Seulement dans le genre le plus primitif, dans lequel il existe une sorte d'&#233;quilibre des int&#233;r&#234;ts. Mais cet &#233;quilibre est instable : d&#233;j&#224; au tout d&#233;but du d&#233;veloppement, bien avant la d&#233;composition compl&#232;te de l'organisation clanique, l'in&#233;galit&#233; de la propri&#233;t&#233; appara&#238;t chez les &#171; sauvages &#187;, suivie non seulement d'un antagonisme des int&#233;r&#234;ts, mais aussi d'une conscience de cet antagonisme . L'une des &#339;uvres les plus remarquables de la po&#233;sie esquimaude est le conte dont le h&#233;ros, le fils d'une pauvre veuve, se venge sur ses riches parents pour l'humiliation qu'ils lui ont caus&#233;e, et ce malgr&#233; le sens aigu de la solidarit&#233; si d&#233;velopp&#233; chez les Esquimaux en raison de leurs traditions de communisme primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi se rappeler que la soci&#233;t&#233; primitive a vu na&#238;tre tr&#232;s t&#244;t la division du travail entre hommes et femmes, ce qui a donn&#233; naissance &#224; un antagonisme sexuel qui s'est exprim&#233; dans l'alimentation, les coutumes, les divertissements, l'art et m&#234;me le langage. Perdre de vue les cons&#233;quences mat&#233;rielles et spirituelles de cet antagonisme entre les sexes conduit &#224; ne pas comprendre de nombreux aspects importants de la vie primitive. Si l'on consid&#232;re les soci&#233;t&#233;s plus avanc&#233;es, on voit tr&#232;s clairement l'existence de diverses classes dans ces soci&#233;t&#233;s et une lutte incessante qui se refl&#232;te dans la structure de l'&#201;tat, le droit, la religion, la po&#233;sie et toute cr&#233;ation artistique en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai aussi que les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes classes sociales ne sont pas toujours oppos&#233;s les uns aux autres ; cependant, une simple diff&#233;rence d'int&#233;r&#234;ts suffit pour qu'apparaisse un antagonisme de classe. L&#224; o&#249; les rapports de loueurs et de salari&#233;s ne sont pas encore &#233;tablis entre riches et pauvres, c'est seulement cette diff&#233;rence qui se manifeste souvent, mais elle engendre une lutte acharn&#233;e entre les classes. Il y a des moments o&#249; l'in&#233;galit&#233; de propri&#233;t&#233; n'est m&#234;me pas n&#233;cessaire pour que naisse la lutte des classes, une diff&#233;rence entre les int&#233;r&#234;ts locaux &#233;tant suffisante, comme le montre l'histoire ancienne d'Ath&#232;nes, avec sa lutte entre les Diacrii, les Paralii et les Pedii. [74]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant que les classes sociales ne se rendent pas toujours compte de l'antagonisme des int&#233;r&#234;ts, M. Croce a exprim&#233; une id&#233;e qui n'est que partiellement vraie. Prenons comme exemple l'histoire russe : y a-t-il eu un grand nombre d'insurrections paysannes ouvertes et de grande envergure ? En fait, il y en a eu tr&#232;s peu : les insurrections de Razine et de Pougatchev en Grande-Russie, les guerres de Cosaques en Petite-Russie [75] ont rempli des p&#233;riodes relativement br&#232;ves, s&#233;par&#233;es les unes des autres par des intervalles plus ou moins longs. Mais par quoi ces intervalles &#233;taient-ils marqu&#233;s ? Par la &#171; paix sociale &#187; ? Pas du tout ; m&#234;me alors, on n'entendait pas parler de paix sociale ou du moins de tr&#234;ve. La &#171; guerre sociale &#187; ne cessait pas m&#234;me pendant ces intervalles ; elle changeait simplement de caract&#232;re, de ouverte &#224; larv&#233;e . La soci&#233;t&#233; restait divis&#233;e en deux camps ennemis : d'un c&#244;t&#233;, les &#171; ma&#238;tres &#187; et de l'autre, les &#171; moujiks &#187;. Chacun de ces deux camps voyait tr&#232;s clairement le mur de sentiments, de vues et d'actions hostiles qui le s&#233;parait de l'autre. Les &#171; ma&#238;tres &#187; calomniaient les &#171; moujiks &#187; et s'effor&#231;aient de les ma&#238;triser ; de leur c&#244;t&#233;, les &#171; moujiks &#187; se moquaient des &#171; ma&#238;tres &#187; et r&#233;sistaient &#224; leur domination par tous les moyens dont ils disposaient. Chaque ann&#233;e, chaque mois m&#234;me, la guerre larv&#233;e dans diff&#233;rentes parties du pays d&#233;g&#233;n&#233;rait en guerre ouverte, certes limit&#233;e &#224; un petit territoire ; les moujiks se &#171; r&#233;voltaient &#187; et les ma&#238;tres les &#171; pacifiaient &#187; par la force militaire dont ils disposaient. Nos populistes avaient raison de dire que la lutte des paysans pour la terre et la libert&#233; avait travers&#233; toute l'histoire russe. Mais qu'&#233;tait-ce donc que cette lutte pour la terre et la libert&#233;, sinon une lutte de classe contre les propri&#233;taires fonciers et l'&#201;tat dirig&#233; par ces derniers ? Les &#171; moujiks &#187; &#233;taient parfaitement conscients de l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, et ils &#233;taient conscients de l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers. Si, n&#233;anmoins, la lutte qu'ils men&#232;rent ne pouvait &#234;tre qualifi&#233;e de lutte de classe consciente , c'est uniquement parce que la connaissance des int&#233;r&#234;ts antagonistes ne suffit pas &#224; une lutte de classe consciente ; il faut aussi comprendre les moyens de vaincre ceux qui d&#233;fendent ces int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Il est notoire que la paysannerie russe ne se distinguait pas par cette connaissance, c'est pourquoi la lutte qu'elle mena fut dans une large mesure une lutte &#171; spontan&#233;e &#187;. Mais elle ne cessa pas d'&#234;tre une lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Croce a confondu lutte consciente et conscience d'un antagonisme existant, c'est pourquoi il pense qu'il n'y a pas de lutte de classes l&#224; o&#249; il n'y a pas de lutte de classes consciente . Il ne comprend pas qu'une lutte de classes plus ou moins acharn&#233;e, ouverte ou latente, consciente ou inconsciente, est une cons&#233;quence invariable de la division de la soci&#233;t&#233; en classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est vrai aussi que les socialistes d'aujourd'hui font tout ce qui est en leur pouvoir pour d&#233;velopper la conscience de classe des ouvriers. Nous ne comprenons cependant pas comment M. Croce peut invoquer ce fait indiscutable comme argument contre la doctrine de la lutte des classes. On peut dire des socialistes d'aujourd'hui, selon les termes du Manifeste , qu'ils :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... se distinguent des autres partis ouvriers uniquement par ceci... Dans les diff&#233;rentes &#233;tapes de d&#233;veloppement que doit traverser la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la bourgeoisie, ils repr&#233;sentent toujours et partout les int&#233;r&#234;ts du mouvement dans son ensemble. [76]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que tous les travailleurs ne sont pas caract&#233;ris&#233;s par le m&#234;me degr&#233; de conscience de classe et qu'ils ne comprennent pas tous aussi bien les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division de la soci&#233;t&#233; en classes est due au d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Mais le cours des id&#233;es est en retard sur le cours des choses ; c'est pourquoi la conscience des rapports qui existent entre les hommes dans le processus social de production est en retard sur le d&#233;veloppement de ces rapports. De plus, m&#234;me au sein d'une m&#234;me classe, la conscience ne se d&#233;veloppe pas au m&#234;me rythme : certains de ses membres saisissent plus t&#244;t que d'autres l'essence d'un ordre de choses donn&#233;, ce qui permet aux &#233;l&#233;ments avanc&#233;s d'influencer id&#233;ologiquement ceux qui sont en retard, et aux socialistes d'influencer les prol&#233;taires qui n'ont pas encore atteint la conception socialiste du monde. [77] M. Croce veut &#233;videmment dire que la conscience de classe est inexistante partout o&#249; elle doit se d&#233;velopper. Mais d'abord, le d&#233;veloppement de cette conscience n'est pas encore la preuve de son absence. En second lieu, m&#234;me s'il se trouvait aujourd'hui des ouvriers qui croient encore &#224; l'harmonie de leurs int&#233;r&#234;ts avec ceux des patrons, il faudrait dire de ces ouvriers qu'ils n'ont pas encore abandonn&#233; une conception du monde qui est caract&#233;ristique d'une autre sorte de lutte de classes, celle de la lutte entre le tiers &#233;tat et l'aristocratie. Le tiers &#233;tat n'avait pas encore pris conscience de l'antagonisme &#233;conomique qui se cachait en son sein. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que des conceptions qui se sont d&#233;velopp&#233;es &#224; l'&#233;poque d'une certaine sorte de lutte de classes se soient maintenues en partie jusqu'&#224; nos jours, &#233;poque marqu&#233;e par une autre sorte de lutte de classes : apr&#232;s tout, le d&#233;veloppement de la conscience est en retard sur le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; l'on jette un regard sur la soci&#233;t&#233; actuelle, on voit l'influence de la lutte des classes. Il s'ensuit que ce n'est personne d'autre que M. Croce lui-m&#234;me qui a avanc&#233; la parit&#233; &#171; amusante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que M. Croce soit un homme intelligent et comp&#233;tent, sa pens&#233;e manque de l'&#233;l&#233;ment dialectique, une lacune qui explique presque tous les revers qui ont accompagn&#233; ses efforts &#171; critiques &#187;. [78]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais allons plus loin : nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; que les auteurs du Manifeste poss&#233;daient une th&#233;orie de l'histoire des plus harmonieuses, tandis que les vues historiques des id&#233;ologues de la bourgeoisie manquaient de la coh&#233;rence n&#233;cessaire. Il nous faut maintenant expliquer et prouver cette affirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry, Mignet, Guizot et d'autres historiens qui d&#233;fendaient le point de vue des int&#233;r&#234;ts de la &#171; classe moyenne &#187; voyaient les relations de propri&#233;t&#233; comme le fondement principal et le plus profond de la structure politique d'un pays et m&#234;me des opinions qui y pr&#233;dominent. [79]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce rapport, leurs vues ne diff&#232;rent gu&#232;re de celles de Marx et d'Engels. Et lorsque Marx &#233;crit plus tard que ni les rapports juridiques ni les formes politiques ne peuvent &#234;tre compris, ni par eux-m&#234;mes, ni &#224; partir d'un d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de l'esprit humain, mais qu'ils naissent au contraire des conditions mat&#233;rielles de la vie, dont Hegel a appel&#233; l'ensemble la soci&#233;t&#233; civile, [80] il ne fait que r&#233;p&#233;ter les conclusions auxquelles la science historique &#233;tait parvenue avant lui, sous l'influence du d&#233;veloppement social et de la lutte des classes qui lui est li&#233;e. Toute la diff&#233;rence se r&#233;duit &#224; ce que les pr&#233;d&#233;cesseurs de Marx n'ont pas su d&#233;terminer l'origine des rapports de propri&#233;t&#233; et des int&#233;r&#234;ts, alors que Marx les a parfaitement compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Guizot, Mignet et Thierry, comme chez tous les historiens et publicistes qui partageaient leur point de vue, on attribuait souvent les rapports de propri&#233;t&#233; dans la soci&#233;t&#233; aux conqu&#234;tes . Mais eux-m&#234;mes ont fait remarquer que les conqu&#234;tes sont faites en vue d'&#171; int&#233;r&#234;ts positifs &#187; d&#233;termin&#233;s. Mais d'o&#249; viennent ces int&#233;r&#234;ts ? Leur existence est &#233;videmment conditionn&#233;e par les rapports de propri&#233;t&#233; aussi bien dans le pays des conqu&#233;rants que dans celui qui tombe sous leur joug. On se trouve en pr&#233;sence d'un cercle vicieux : les rapports de propri&#233;t&#233; et les int&#233;r&#234;ts sont le r&#233;sultat des conqu&#234;tes, tandis que la conqu&#234;te s'explique par les rapports de propri&#233;t&#233; et les int&#233;r&#234;ts. Si la th&#233;orie historique se confinait dans ce cercle vicieux, elle ne pouvait qu'&#234;tre marqu&#233;e par l'&#233;clectisme et les contradictions. En g&#233;n&#233;ral, ces contradictions sont nombreuses chez tous les historiens appartenant au courant &#233;tudi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens ont parfois fait appel &#224; la nature humaine. Or, de deux choses l'une : la nature humaine doit rester immuable tout au long du processus historique, ou bien elle doit subir des changements. Si elle reste immuable, il est &#233;vident qu'elle ne peut pas rendre compte des changements qui se produisent dans l'histoire. Si, au contraire, elle subit des changements, alors les r&#233;f&#233;rences &#224; elle ne peuvent rien expliquer, puisqu'il faut d'abord &#233;tablir les causes des changements qui se produisent en elle. Cela nous conduit &#224; un autre cercle vicieux et &#224; une autre source de contradictions et d'&#233;clectisme dans la science historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un excellent exemple de cet &#233;clectisme et de ces contradictions est fourni par le c&#233;l&#232;bre livre de Tocqueville De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique , que Royer-Collard a qualifi&#233; de continuation du livre de Montesquieu De l'esprit des lois . Tocqueville dit que si nous avons une structure sociale d&#233;finie, elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la cause premi&#232;re de la plupart des lois, des coutumes et des id&#233;es &#171; d&#233;terminant le comportement des nations &#187;. Pour comprendre les l&#233;gislations et les m&#339;urs d'un peuple donn&#233;, il faut commencer par l'&#233;tude du syst&#232;me social ; [81] mais d'o&#249; vient un syst&#232;me social ? En r&#233;ponse, Tocqueville se r&#233;f&#232;re &#224; la nature humaine. Nous savons d&#233;j&#224; que de telles r&#233;f&#233;rences ne peuvent rien expliquer. C'&#233;tait quelque chose que Tocqueville savait ou du moins soup&#231;onnait lui-m&#234;me, qui &#233;crivait dans sa lettre d'Am&#233;rique : &#171; Je vois prosp&#233;rer ici des institutions qui bouleverseraient in&#233;vitablement la France... les gens ne sont ni diff&#233;rents ni meilleurs que dans notre pays. &#187; [82]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion in&#233;vitable et incontournable que l'on peut tirer de ces mots est que la nature humaine ne fournit aucune cl&#233; pour comprendre les institutions am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, Tocqueville a tent&#233; d'attribuer l'origine des syst&#232;mes sociaux &#224; l'action des lois . Mais comme, selon ses propres termes, la l&#233;gislation d'un pays d&#233;coule de son syst&#232;me social, on se retrouve face &#224; une contradiction. Tocqueville lui-m&#234;me en avait plus ou moins vaguement conscience et s'effor&#231;ait de l'&#233;liminer, mais tous ses efforts furent vains : son analyse se r&#233;v&#233;la impuissante &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie historique de Marx a r&#233;solu cette contradiction, apportant ainsi clart&#233; et coh&#233;rence dans un domaine qui contenait de nombreux d&#233;tails importants, des pens&#233;es profondes et des remarques vraies, mais manquait d'un principe fondamental capable de rassembler tous ces d&#233;tails importants, ces pens&#233;es profondes et ces remarques vraies en un tout coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la th&#233;orie de Marx, un syst&#232;me social, c'est-&#224;-dire les rapports sociaux entre les hommes, s'explique par leurs rapports &#233;conomiques : &#171; L'anatomie de cette soci&#233;t&#233; civile doit cependant &#234;tre recherch&#233;e dans l'&#233;conomie politique &#187; [83] . Mais comment ces rapports se cr&#233;ent-ils ? Si Marx avait tent&#233; d'attribuer leur origine aux opinions, aux sentiments ou &#224; la &#171; nature &#187; humaine en g&#233;n&#233;ral, il serait tomb&#233; dans les m&#234;mes contradictions que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais Marx a donn&#233; une explication tout &#224; fait diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vivre , les hommes doivent produire . Pour produire, ils doivent mettre leurs efforts en commun d'une certaine mani&#232;re et &#233;tablir entre eux certains rapports que Marx appelait rapports de production . L'ensemble de ces rapports constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; , sur la base de laquelle se d&#233;veloppent tous les autres rapports (sociaux), comme d'ailleurs tout &#171; l'&#233;tat des personnes &#187; qui jouait un r&#244;le si important dans les th&#233;ories des historiens fran&#231;ais de la Restauration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une &#233;poque donn&#233;e, la nature des rapports de production n'est pas d&#233;termin&#233;e par le hasard ou par la nature humaine, mais par les conditions naturelles dans lesquelles les hommes doivent lutter pour leur existence. C'est de ces conditions, et en premier lieu du milieu g&#233;ographique, que d&#233;pend l'&#233;tat des forces productives dont disposent les hommes. A des rapports de production d&#233;termin&#233;s correspondent des rapports de production d&#233;termin&#233;s, et &#224; un syst&#232;me social d&#233;termin&#233; correspondent des rapports de production d&#233;termin&#233;s ; la nature de ce syst&#232;me social, qui influence la mentalit&#233; des hommes, conditionne le d&#233;veloppement intellectuel, moral et tout ce qu'on appelle spirituel des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le processus de production lui-m&#234;me et la concentration des efforts humains dans ce processus, en augmentant la somme des exp&#233;riences, conduisent &#224; un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives, qui entra&#238;ne un d&#233;calage qui s'accro&#238;t peu &#224; peu entre ces forces, d'une part, et les rapports de production, d'autre part. Ces rapports favorisaient auparavant le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives, mais ils commencent maintenant &#224; le freiner. C'est alors qu'une &#233;poque r&#233;volutionnaire du d&#233;veloppement social s'ouvre, qui se termine t&#244;t ou tard par la destruction des productions obsol&#232;tes et, par cons&#233;quent, des rapports de propri&#233;t&#233; et de tout l'&#233;tat des personnes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les rapports de production d&#233;pass&#233;s am&#232;ne les hommes &#224; d&#233;velopper une attitude critique, non seulement &#224; l'&#233;gard de l'ancien ordre social, mais aussi &#224; l'&#233;gard des id&#233;es, des sentiments et, en g&#233;n&#233;ral, de la &#171; mentalit&#233; &#187; qui se sont d&#233;velopp&#233;s sur la base de cet ordre. Au mouvement r&#233;volutionnaire dans le domaine des rapports sociaux correspond un mouvement r&#233;volutionnaire dans le domaine de la vie spirituelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il une profonde intuition [demandent Marx et Engels au chapitre deux du Manifeste ] pour comprendre que les id&#233;es, les vues et les conceptions de l'homme, en un mot, la conscience de l'homme, changent &#224; chaque changement des conditions de son existence mat&#233;rielle, de ses relations sociales et de sa vie sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que prouve d'autre l'histoire des id&#233;es, sinon que la production intellectuelle change de caract&#232;re &#224; mesure que la production mat&#233;rielle change ? [84]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la th&#233;orie historique de Marx et d'Engels. C'est une th&#233;orie qui impr&#232;gne tout le Manifeste et qui contient ce qu'on peut bien appeler son id&#233;e fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de cette id&#233;e fondamentale que les auteurs du Manifeste ont &#233;galement &#233;valu&#233; leur &#233;poque. S'ils l'ont consid&#233;r&#233;e comme r&#233;volutionnaire , c'est uniquement parce qu'ils ont vu l'inad&#233;quation entre les forces productives cr&#233;&#233;es par le capitalisme et les rapports de production inh&#233;rents au capitalisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, avec ses rapports de production, d'&#233;change et de propri&#233;t&#233;, &#233;crivaient-ils, une soci&#233;t&#233; qui a fait surgir des moyens de production et d'&#233;change aussi gigantesques, est comme le sorcier qui ne peut plus ma&#238;triser les puissances du monde souterrain qu'il a invoqu&#233;es par ses sortil&#232;ges. Depuis bien des d&#233;cennies, l'histoire de l'industrie et du commerce n'est que l'histoire de la r&#233;volte des forces productives modernes contre les conditions modernes de production, contre les rapports de propri&#233;t&#233; qui sont les conditions d'existence de la bourgeoisie et de sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour p&#233;riodique, mettent &#224; l'&#233;preuve, de fa&#231;on chaque fois plus mena&#231;ante, l'existence de la soci&#233;t&#233; bourgeoise tout enti&#232;re. ( Manifeste , p. 8) [85]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de production bourgeois rendant les ouvriers intol&#233;rablement d&#233;pendants du capital, il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que surgisse chez eux un sentiment d'insatisfaction qui grandit avec la croissance de la contradiction dont nous avons parl&#233; et se transforme en un mouvement r&#233;volutionnaire dirig&#233; contre l'ordre social actuel tout entier. La bourgeoisie &#171; n'a pas seulement forg&#233; les armes qui la tuent elle-m&#234;me ; elle a aussi fait na&#238;tre les hommes qui doivent manier ces armes &#8212; la classe ouvri&#232;re moderne &#8212; les prol&#233;taires &#187; (ibid., p. 9). [86]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela montre &#224; quel point la th&#233;orie historique de Marx et d'Engels est mal caract&#233;ris&#233;e par le terme g&#233;n&#233;ralement accept&#233; de mat&#233;rialisme &#233;conomique . Si l'on entendait par l&#224; une th&#233;orie qui reconna&#238;t l'int&#233;r&#234;t de propri&#233;t&#233; comme la principale force motrice du progr&#232;s historique, on pourrait bien qualifier les historiens fran&#231;ais de la Restauration de mat&#233;rialistes &#233;conomiques. Mais ces &#171; mat&#233;rialistes &#233;conomiques &#187; &#233;taient en fait totalement d&#233;pourvus de mat&#233;rialisme, car ils rest&#232;rent des id&#233;alistes , dans la mesure o&#249; ils ne devinrent pas &#233;clectiques. Chez eux, l'origine des rapports de propri&#233;t&#233; et des int&#233;r&#234;ts ne re&#231;ut aucune explication mat&#233;rialiste. Si, au contraire, la th&#233;orie de Marx fut impr&#233;gn&#233;e de mat&#233;rialisme, ce ne fut pas du tout parce qu'elle attribuait aux int&#233;r&#234;ts de propri&#233;t&#233; un r&#244;le historique extraordinairement important, mais parce qu'elle ne fut pas &#233;clectique. c'est parce qu'en liant le d&#233;veloppement de ces int&#233;r&#234;ts au d&#233;veloppement des rapports de production provoqu&#233; par la croissance des forces productives, elle a fourni pour la premi&#232;re fois une explication mat&#233;rialiste de l'&#233;volution de la pens&#233;e sociale et a compl&#232;tement &#233;limin&#233; l'explication id&#233;aliste de cette &#233;volution comme d&#233;rivant des propri&#233;t&#233;s de l'&#171; esprit &#187; humain ou de la &#171; nature &#187; humaine en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a donc rien d'&#233;tonnant &#224; ce que les semi-marxistes , qui se sont r&#233;volt&#233;s contre le mat&#233;rialisme , s'accrochent &#224; l'expression de &#171; mat&#233;rialisme &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se rendent compte que derri&#232;re cette expression peuvent se cacher des vues absolument id&#233;alistes. [87]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Eduard Bernstein, ancien marxiste et social-d&#233;mocrate, estime que la th&#233;orie historique de Marx et d'Engels se d&#233;finit le plus clairement par un titre propos&#233; par Barth : la compr&#233;hension &#233;conomique de l'histoire . Apr&#232;s tout ce qui a &#233;t&#233; dit, il est superflu de dire que cette opinion du estim&#233; &#171; critique &#187; se fonde exclusivement sur une m&#233;connaissance compl&#232;te de la v&#233;ritable nature de la th&#233;orie qu'il ose critiquer. [88]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous avons abord&#233; le cas de ce &#171; critique &#187;, nous rappellerons au lecteur que, selon lui, la th&#233;orie historique de Marx et d'Engels a elle-m&#234;me connu un processus de d&#233;veloppement qui a entra&#238;n&#233; une certaine limitation du r&#244;le du &#171; facteur &#187; &#233;conomique dans l'histoire, au profit d'autres &#171; facteurs &#187; non &#233;conomiques . M. Bernstein cite les arguments suivants pour &#233;tayer son opinion. En 1859, dans la pr&#233;face de sa Critique de l'&#233;conomie politique , Marx &#171; reconnaissait comme facteur d&#233;terminant les forces productives mat&#233;rielles [89] donn&#233;es et les rapports de production de l'homme &#187;, tandis que plus tard, dans sa pol&#233;mique avec D&#252;hring, Engels, &#171; du vivant m&#234;me de Marx et en accord avec lui &#187;, donnait une autre &#171; explication &#187; du mat&#233;rialisme historique, &#224; savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y est indiqu&#233; que les causes ultimes [90] de tous les changements sociaux et de toutes les r&#233;volutions doivent &#234;tre recherch&#233;es, non dans les esprits, mais dans les changements du mode de production et d'&#233;change. Les causes ultimes n'excluent cependant pas l'action simultan&#233;e de causes d'un autre genre, causes du deuxi&#232;me, du troisi&#232;me degr&#233; et d'autres degr&#233;s, et il est clair que plus la s&#233;rie de ces changements est consid&#233;rable, plus la force restrictive des causes ultimes est limit&#233;e qualitativement et quantitativement. Le fait de leur influence demeure, mais la forme finale des choses ne d&#233;pend pas d'elle seule. [91]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Bernstein estime que &#171; dans ses &#339;uvres ult&#233;rieures, Engels a encore limit&#233; la force d&#233;terminante des rapports de production &#187;. Il cite &#224; titre de preuve deux lettres d'Engels, publi&#233;es dans Sozialistischer Akademiker d'octobre 1895, l'une &#233;crite en 1890, l'autre en 1894. Le contenu de ces lettres est tr&#232;s bien caract&#233;ris&#233; par les deux extraits que M. Bernstein en a donn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d'entre eux est libell&#233; comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc d'innombrables forces qui s'entrecroisent, une s&#233;rie infinie de parall&#233;logrammes de forces qui donnent naissance &#224; un r&#233;sultat unique : l'&#233;v&#233;nement historique. Celui-ci peut &#234;tre lui-m&#234;me consid&#233;r&#233; comme le produit d'une puissance qui agit comme un tout, inconsciemment et sans volont&#233;. Car ce que chacun veut est entrav&#233; par tous les autres, et ce qui en r&#233;sulte est quelque chose que personne n'a voulu. (Lettre de 1890) [92]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me extrait, nous lisons ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement politique, juridique, philosophique, religieux, litt&#233;raire, artistique, etc., se fonde sur le d&#233;veloppement &#233;conomique. Mais tous ces &#233;l&#233;ments r&#233;agissent les uns sur les autres et aussi sur la base &#233;conomique. (Lettre de 1895) [93]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ces extraits, M. Bernstein fait la remarque suivante : &#171; Le lecteur conviendra que cela sonne quelque peu diff&#233;rent du passage de Marx cit&#233; au d&#233;but. &#187; [94]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#187;, il a cit&#233; un passage de la c&#233;l&#232;bre pr&#233;face de Zur Kritik , o&#249; il est dit que le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de la vie sociale, politique et intellectuelle. Admettons un instant que ce passage &#171; sonne &#187; effectivement diff&#233;remment de l'extrait de la lettre d'Engels cit&#233; plus haut, et voyons quel &#171; son &#187; a r&#233;ellement le Manifeste , qui a &#233;t&#233; &#233;crit onze ans avant la parution de Zur Kritik der politischen &#214;konomie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; attir&#233; l'attention du lecteur sur le fait que le d&#233;veloppement des forces productives y est reconnu comme la cause la plus profonde du d&#233;veloppement social. A cet &#233;gard, le point de vue du Manifeste est identique &#224; celui de la pr&#233;face de Zur Kritik . Mais qu'en est-il des &#171; parall&#233;logrammes de forces &#187; et de l'interaction des diff&#233;rents &#171; facteurs &#187; du d&#233;veloppement social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Manifeste montre comment les succ&#232;s remport&#233;s par la bourgeoisie dans le domaine &#233;conomique l'ont amen&#233;e &#224; se lancer dans la lutte politique et lui ont permis d'obtenir des succ&#232;s politiques qui, &#224; leur tour, ont jet&#233; les bases de ses conqu&#234;tes ult&#233;rieures dans le domaine &#233;conomique. Il d&#233;clare que toute lutte de classe est une lutte politique [95] et dit au prol&#233;tariat que la prise du pouvoir politique est une condition essentielle de son &#233;mancipation &#233;conomique . En bref, ce que nous lisons ici &#224; propos du &#171; facteur &#187; politique est en fait le m&#234;me que celui qui est soulign&#233; dans la lettre d'Engels de 1895. Le d&#233;veloppement politique repose sur le d&#233;veloppement &#233;conomique, mais en m&#234;me temps il r&#233;agit &#224; la base &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que la conception qui, pour M. Bernstein, semble &#234;tre un r&#233;sultat assez tardif de l'&#233;volution de la th&#233;orie historique de Marx et Engels, a en fait &#233;t&#233; exprim&#233;e d&#232;s 1848, c'est-&#224;-dire &#224; une &#233;poque o&#249;, selon l'hypoth&#232;se de M. Bernstein, Marx et Engels auraient d&#251; &#234;tre &#8212; si l'on peut s'exprimer ainsi ici &#8212; de &#171; purs &#233;conomistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne s'applique cependant jusqu'&#224; pr&#233;sent qu'au &#171; facteur &#187; politique ; peut-&#234;tre est-ce faux &#224; l'&#233;gard d'autres &#171; facteurs &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons voir. Le Manifeste dit que les activit&#233;s intellectuelles changent avec les activit&#233;s mat&#233;rielles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le monde antique &#233;tait dans ses derniers soubresauts, les religions antiques furent vaincues par le christianisme. Lorsque les id&#233;es chr&#233;tiennes succomb&#232;rent au XVIIIe si&#232;cle aux id&#233;es rationalistes, la soci&#233;t&#233; f&#233;odale livra sa bataille mortelle contre la bourgeoisie alors r&#233;volutionnaire. [96]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots contiennent en eux-m&#234;mes une reconnaissance de l'interaction entre le d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, d'une part, et son d&#233;veloppement intellectuel, d'autre part. Mais il s'agit encore d'une reconnaissance tacite, c'est pourquoi on peut la mettre en doute. Mais le dernier chapitre du Manifeste ne laisse absolument aucun doute &#224; ce sujet. Dans ce chapitre, qui montre l'attitude des communistes &#224; l'&#233;gard des autres partis ouvriers, les auteurs disent que les communistes ne cessent pas, un seul instant, d'inculquer aux ouvriers la conscience la plus claire possible de l'opposition hostile des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et de ceux du prol&#233;tariat. Pourquoi les communistes le font-ils ? Evidemment parce qu'ils reconnaissent la signification des id&#233;es . Les auteurs eux-m&#234;mes s'empressent d'expliquer d'ailleurs leur but. Ce que veut le Parti communiste, &#233;crivent-ils, c'est que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... les ouvriers allemands peuvent utiliser d'embl&#233;e, comme autant d'armes contre la bourgeoisie, les conditions sociales et politiques que la bourgeoisie doit n&#233;cessairement introduire en m&#234;me temps que sa supr&#233;matie, et afin qu'apr&#232;s la chute des classes r&#233;actionnaires en Allemagne, la lutte contre la bourgeoisie elle-m&#234;me puisse commencer imm&#233;diatement. [97]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage r&#233;v&#232;le exactement la m&#234;me conception de l'importance du &#171; facteur &#187; intellectuel que celle que nous avons relev&#233;e &#224; propos du &#171; facteur &#187; politique : le d&#233;veloppement intellectuel se fonde sur l'&#233;conomique, mais il influence &#224; son tour ce dernier (par l'interm&#233;diaire des activit&#233;s sociopolitiques des hommes). Il s'ensuit donc que le &#171; facteur &#187; id&#233;ologique a &#233;t&#233; reconnu par Marx et Engels, non seulement au cours de la pol&#233;mique avec D&#252;hring, mais d&#233;j&#224; en 1848 et m&#234;me plus t&#244;t, &#224; l'&#233;poque de la publication des Annales franco-allemandes . Cela exclut, du moins en ce qui concerne Marx, tout doute sur les lignes suivantes de son article sur la philosophie h&#233;g&#233;lienne du droit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune classe... ne peut jouer ce r&#244;le sans susciter un moment d'enthousiasme en elle-m&#234;me et dans les masses, un moment o&#249; elle fraternise... avec la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral... est per&#231;ue et reconnue comme son repr&#233;sentant g&#233;n&#233;ral ; un moment o&#249; ses revendications et ses droits sont vraiment les droits et les revendications de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me ; un moment o&#249; elle est vraiment la t&#234;te sociale et le c&#339;ur social. [98]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le voyez, le r&#244;le jou&#233; par la conscience en g&#233;n&#233;ral, et m&#234;me par l'enthousiasme en particulier, dans la transformation de la soci&#233;t&#233;, est reconnu de la mani&#232;re la plus cat&#233;gorique. Le &#171; facteur &#187; mental r&#233;agit aux rapports sociaux (et par cons&#233;quent aux rapports &#233;conomiques). Marx explique ensuite comment l'attitude de toute la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;gard de la &#171; classe &#233;mancipatrice &#187; se d&#233;veloppe sur la base de la lutte des classes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'un &#233;tat soit par excellence l'&#233;tat de lib&#233;ration, un autre &#233;tat doit &#234;tre &#224; l'inverse l'&#233;tat &#233;vident d'oppression. La signification g&#233;n&#233;rale n&#233;gative de la noblesse et du clerg&#233; fran&#231;ais d&#233;termina la signification g&#233;n&#233;rale positive de la classe imm&#233;diatement adjacente et oppos&#233;e de la bourgeoisie . [99]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en conclure que les fondateurs du socialisme scientifique ont exprim&#233; d&#232;s le d&#233;but de leur activit&#233; la m&#234;me conception des rapports entre les diff&#233;rents &#171; facteurs &#187; du d&#233;veloppement historique que celle que nous trouvons dans les extraits que M. Bernstein a tir&#233;s des lettres d'Engels des ann&#233;es 1890. Il ne pouvait en &#234;tre autrement : si Marx et Engels n'avaient pas, d&#232;s le d&#233;but de leur carri&#232;re politique, attach&#233; de l'importance aux facteurs politiques et &#171; intellectuels &#187; et exclu leur influence sur le d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, leur programme pratique aurait &#233;t&#233; tout autre : ils n'auraient pas dit que la classe ouvri&#232;re ne peut se lib&#233;rer du joug &#233;conomique de la bourgeoisie sans s'emparer du pouvoir politique. De m&#234;me, ils n'auraient pas parl&#233; de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper la conscience de classe chez les ouvriers : pourquoi d&#233;velopper cette conscience si elle ne joue aucun r&#244;le dans le mouvement social et si tout se passe dans l'histoire ind&#233;pendamment de la conscience et uniquement par la force de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique ? Et qui ne sait que le d&#233;veloppement de la conscience de classe des ouvriers fut la t&#226;che pratique imm&#233;diate de Marx et d'Engels d&#232;s le d&#233;but de leur activit&#233; sociale ? En tant qu'ancien &#171; marxiste &#187;, M. Bernstein devrait aussi savoir que l'intense travail intellectuel effectu&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1840 parmi les ouvriers fran&#231;ais et anglais servit &#224; Marx d'un des principaux arguments contre les &#233;crivains qui, comme Bruno Bauer, ignoraient les &#171; masses &#187; et mettaient tous leurs espoirs dans les &#171; personnalit&#233;s &#224; l'esprit critique &#187;. [100]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons de construire une autre hypoth&#232;se : au d&#233;but de leurs activit&#233;s, Marx et Engels consid&#233;raient les &#171; facteurs &#187; de la m&#234;me mani&#232;re qu'Engels les voyait dans les ann&#233;es 1890. Au milieu de ces activit&#233;s, &#224; peu pr&#232;s au moment de la publication de Zur Kritik , Marx &#8212; seul ou avec Engels &#8212; changea ce point de vue pour une raison ou une autre, et tomba dans l'extr&#234;me d&#233;couvert par M. Bernstein dans la pr&#233;face de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette hypoth&#232;se ne r&#233;siste pas &#224; la critique, car la pr&#233;face que nous venons de citer contient pr&#233;cis&#233;ment cette conception des &#171; facteurs &#187; qui, selon M. Bernstein, n'est n&#233;e que par suite de l' &#233;volution de la th&#233;orie historique de Marx. Le lecteur sera d'accord avec nous sans difficult&#233; s'il se donne la peine d'examiner attentivement la citation &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re notre &#171; critique &#187; profond&#233;ment r&#233;fl&#233;chi : &#171; Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus g&#233;n&#233;ral de la vie sociale, politique et intellectuelle &#187;, ce qui signifie que les &#171; facteurs &#187; sociaux, politiques et intellectuels se d&#233;veloppent sur le terrain &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un certain stade de d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en conflit avec les rapports de production existants ou... avec les rapports de propri&#233;t&#233; dans le cadre desquels elles s'exer&#231;aient jusqu'alors. De formes de d&#233;veloppement des forces productives, ces rapports deviennent leurs entraves. Commence alors une &#232;re de r&#233;volution sociale. [101]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de propri&#233;t&#233; rel&#232;vent du domaine du droit . A un moment donn&#233;, certains rapports de propri&#233;t&#233; favorisent le d&#233;veloppement des forces productives. Cela signifie que les formes juridiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es sur une base &#233;conomique donn&#233;e r&#233;agissent &#224; leur tour au d&#233;veloppement de l'&#233;conomie. Puis, et par suite de cette r&#233;action, il arrive un moment o&#249; les formes juridiques donn&#233;es commencent &#224; entraver le d&#233;veloppement des forces productives. Cela signifie &#224; nouveau que ces formes r&#233;agissent, mais cette fois dans le sens inverse, au d&#233;veloppement des rapports socio-&#233;conomiques. En cons&#233;quence de la contradiction entre les forces productives et les rapports de propri&#233;t&#233;, une &#233;poque de r&#233;volution sociale s'ouvre. Quel est le r&#233;sultat de cette r&#233;volution ? Quel est le but qu'elle poursuit ? La suppression des anciens rapports de production et l'&#233;tablissement de nouveaux rapports et de nouvelles institutions juridiques. Quel est le but de cette suppression et de cette cr&#233;ation ? C'est le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives. Cela signifie toujours que, &#224; leur tour, les formes juridiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es sur une base &#233;conomique donn&#233;e affectent ces derni&#232;res. N'est-ce pas exactement ce qui est dit dans le Manifeste , ce qui est repris dans presque tous les autres &#233;crits de Marx, et ce qui est mentionn&#233; dans les lettres d'Engels cit&#233;es par M. Bernstein ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le &#171; facteur &#187; mental ? Peut-&#234;tre la Pr&#233;face n'en dit-elle pas autant que dans les autres &#233;crits de Marx et d'Engels. Elle en parle tr&#232;s peu, mais ce qu'elle dit ne contredit en rien ce qu'en disent les lettres d'Engels. Le d&#233;veloppement des forces productives place les hommes dans certains rapports de production et conduit &#224; l'apparition de certaines formes juridiques. A ces formes juridiques correspondent certaines conceptions juridiques chez les hommes. A mesure que les forces productives se d&#233;veloppent et que leur situation cesse de correspondre aux anciennes formes juridiques, ceux dont les int&#233;r&#234;ts sont l&#233;s&#233;s par cette disparit&#233; commencent &#224; douter de la validit&#233; et de la justice des anciennes institutions juridiques. De nouvelles conceptions du droit et de la justice apparaissent en fonction du stade social nouvellement atteint dans le d&#233;veloppement des forces productives. C'est vers ces nouvelles notions de droit et de justice que se dirigent les activit&#233;s pratiques des combattants contre l'ancien ordre, ce qui conduit &#224; la cr&#233;ation de nouvelles institutions juridiques qui donnent une nouvelle impulsion au d&#233;veloppement des forces productives, etc. C'est ce que dit la pr&#233;face, et nous demandons au lecteur impartial si cela contredit d'un iota ce qu'Engels dit dans ses lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a l&#224;, bien entendu, aucune contradiction, mais la pr&#233;face est r&#233;dig&#233;e en termes plus abstraits et traite d'un tout autre sujet. Marx y a voulu souligner que les rapports sociaux ne peuvent &#234;tre compris ni par eux-m&#234;mes ni &#224; partir d'un soi-disant d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de l'esprit humain. [102] A cet effet, il a mis en avant le fondement &#233;conomique du d&#233;veloppement de ces rapports. De son c&#244;t&#233;, Engels, dans ses lettres, s'adressait &#224; quelqu'un qui, comme beaucoup de nos compatriotes, pensait que la th&#233;orie du &#171; mat&#233;rialisme &#233;conomique &#187; ne laissait aucune place &#224; l'action de &#171; facteurs &#187; politiques, juridiques et spirituels, et c'est pourquoi, tout en mentionnant en passant les fondements &#233;conomiques de tous ces &#171; facteurs &#187;, il a insist&#233; particuli&#232;rement sur le fait que ces derniers, qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s sur la base &#233;conomique, influen&#231;aient cette base. C'est tout. Si M. Bernstein &#233;tait capable de voir un peu au-del&#224; des termes de la th&#233;orie qu'il analyse et de p&#233;n&#233;trer dans son contenu , il comprendrait beaucoup mieux que les vues historiques expos&#233;es dans la pr&#233;face de la Critique laissent exactement la m&#234;me place &#224; l'action des &#171; causes du deuxi&#232;me, du troisi&#232;me, etc. &#187; que la doctrine contenue dans l' Anti-D&#252;hring , tandis que l'argumentation d'Engels, contenue dans sa lettre de 1890, selon laquelle les &#233;v&#233;nements historiques peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme le produit d'une force agissant inconsciemment, est exactement la m&#234;me que celle que Marx dit dans la pr&#233;face &#224; propos de l'action de la cause fondamentale du d&#233;veloppement social, ind&#233;pendamment de la conscience et de la volont&#233; humaines. Nous avons l&#224; une identit&#233; compl&#232;te, mais M. Bernstein a compris de mani&#232;re exag&#233;r&#233;e les paroles d'Engels comme quelque chose qui modifie le sens de la pr&#233;face et le compl&#232;te. Quelle &#171; critique &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs dans sa brochure, notre &#171; critique &#187; parle de Marx qui aurait fait une appr&#233;ciation excessive de la &#171; capacit&#233; cr&#233;atrice de la force r&#233;volutionnaire &#224; r&#233;aliser la transformation socialiste dans la soci&#233;t&#233; actuelle &#187;. Mais une force r&#233;volutionnaire est aussi une force politique. Il s'ensuit que Marx a exag&#233;r&#233; la capacit&#233; cr&#233;atrice de la force politique. Mais le m&#234;me Marx, en m&#234;me temps et selon ce m&#234;me &#171; critique &#187;, a fait preuve de la m&#234;me culpabilit&#233; en n'attachant aucune importance &#224; d'autres &#171; facteurs &#187; que l'&#233;conomique. Que faut-il en conclure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Bernstein critique non seulement la th&#233;orie historique de Marx et d'Engels, mais aussi leur doctrine de la lutte des classes. Selon lui, la lutte des classes ne confronte plus le prol&#233;tariat aux t&#226;ches pratiques indiqu&#233;es par les auteurs du Manifeste . La lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie des pays les plus d&#233;velopp&#233;s du monde civilis&#233; ne peut pas conduire actuellement &#224; la dictature du prol&#233;tariat, c'est pourquoi parler de celle-ci n'est que pure phrase. Mais laissons M. Bernstein parler pour lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il par exemple judicieux de r&#233;p&#233;ter l'expression de la dictature du prol&#233;tariat &#224; une &#233;poque o&#249;, dans toutes sortes d'institutions, les repr&#233;sentants de la social-d&#233;mocratie adoptent pratiquement la position de la lutte parlementaire, de la repr&#233;sentation proportionnelle et de la l&#233;gislation populaire, qui sont en contradiction avec la dictature ? Cette expression est aujourd'hui tellement d&#233;pass&#233;e qu'on ne peut la rendre conforme &#224; la r&#233;alit&#233; qu'en effa&#231;ant du mot &#171; dictature &#187; son sens v&#233;ritable et en lui donnant un sens plus doux. [103]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1880, il apparut dans notre pays une esp&#232;ce particuli&#232;re de &#171; socialistes &#187; dont le souci principal, et pour ainsi dire angoissant, consistait &#224; ne pas effrayer les lib&#233;raux. Le spectre des lib&#233;raux effray&#233;s intimidait tellement cette esp&#232;ce de socialistes qu'il semait la confusion dans tous leurs raisonnements th&#233;oriques et pratiques. M. Bernstein rappelle beaucoup ces &#171; socialistes &#187;. Son souci principal consiste &#224; ne pas effrayer la bourgeoisie d&#233;mocratique. S'il rejette le mat&#233;rialisme et recommande un retour &#224; Kant, c'est uniquement parce que le kantisme laisse place &#224; la superstition religieuse, et M. Bernstein ne veut pas choquer les superstitions religieuses des bourgeois d'aujourd'hui. Si M. Bernstein s'est r&#233;volt&#233; contre la doctrine mat&#233;rialiste de la n&#233;cessit&#233;, c'est uniquement parce que, appliqu&#233;e aux ph&#233;nom&#232;nes sociaux, cette doctrine ne laisse aucune place aux espoirs du prol&#233;tariat quant &#224; la bienveillance de la bourgeoisie et, par cons&#233;quent, &#224; la convergence de ces deux classes. Enfin, si M. Bernstein n'aime pas la &#171; phrase &#187; de la dictature du prol&#233;tariat, c'est uniquement parce qu'elle est choquante pour la bourgeoisie la plus &#171; d&#233;mocratique &#187;. Mais pour ceux qui ne craignent pas le spectre de la bourgeoisie effray&#233;e, la question de la dictature du prol&#233;tariat est envisag&#233;e sous un angle tout &#224; fait diff&#233;rent de celui que notre critique lui donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Mignet le savait d&#233;j&#224; en son temps, la dictature d'une classe signifie la supr&#233;matie de cette classe, qui lui permet de disposer des forces organis&#233;es de la soci&#233;t&#233; pour d&#233;fendre ses propres int&#233;r&#234;ts et pour r&#233;primer directement ou indirectement tous les mouvements sociaux qui portent atteinte &#224; ces int&#233;r&#234;ts. [104] Dans ce sens, on peut dire, par exemple, que la bourgeoisie fran&#231;aise a acquis sa dictature d&#232;s l'&#233;poque de la premi&#232;re Assembl&#233;e constituante et qu'elle a continu&#233;, &#224; certaines p&#233;riodes, &#224; jouir de cette dictature jusqu'&#224; nos jours, o&#249; m&#234;me M. Millerand, qualifi&#233; de ministre socialiste par M. Jaur&#232;s, n'est pas en mesure d'emp&#234;cher que les ouvriers qui ont os&#233; d&#233;sob&#233;ir aux capitalistes soient fusill&#233;s. Dans cette situation, la t&#226;che principale du prol&#233;tariat fran&#231;ais est d'&#233;liminer les &#171; conditions de possibilit&#233; &#187; de cette dictature bourgeoise. Parmi ces conditions, la plus importante est l'insuffisance de la conscience de classe des producteurs, dont la plupart sont encore sous l'influence des exploiteurs. C'est pourquoi une des t&#226;ches pratiques les plus importantes du parti consiste &#224; &#233;duquer les ignorants, &#224; stimuler les arri&#233;r&#233;s et &#224; aider au d&#233;veloppement des sous-d&#233;velopp&#233;s. L'activit&#233; parlementaire ou toute autre activit&#233; politique l&#233;gale des repr&#233;sentants de la social-d&#233;mocratie contribue &#224; l'accomplissement de cette t&#226;che importante et m&#233;rite donc tout le respect et toute l'approbation . Leur bon c&#244;t&#233; est qu'elle &#233;limine les &#171; conditions spirituelles de possibilit&#233; &#187; de la dictature bourgeoise et cr&#233;e les &#171; conditions spirituelles de possibilit&#233; &#187; de la future dictature du prol&#233;tariat. Elle ne contredit pas la dictature du prol&#233;tariat, mais la pr&#233;pare. D&#233;crire comme une phrase un appel aux ouvriers pour se pr&#233;parer &#224; la dictature de leur classe n'est qu'une chose &#224; attendre de quelqu'un qui a perdu toute id&#233;e du &#171; but final &#187; ( Endziel ) et ne pense qu'au &#171; mouvement &#187; ( Bewegung )... vers le socialisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, selon les mots de M. Bernstein, la dictature de classe appartient &#224; une culture inf&#233;rieure, et :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... il faut consid&#233;rer comme un pas en arri&#232;re, comme un atavisme politique, toute pens&#233;e qui pr&#233;tend que la transition de la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste doit in&#233;vitablement se faire sous la forme du d&#233;veloppement d'une &#233;poque &#233;trang&#232;re ou imparfaitement famili&#232;re aux m&#233;thodes actuelles de propagande et d'adoption de lois, et qui, de plus, n'a pas eu les organismes appropri&#233;s. [105]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, la dictature d'une classe signifie sa supr&#233;matie, qui lui permet de disposer des forces organis&#233;es de la soci&#233;t&#233; pour d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts et r&#233;primer tous les mouvements sociaux qui menacent directement ou indirectement ces int&#233;r&#234;ts. On peut se demander si l'aspiration &#224; une telle supr&#233;matie de la part d'une classe quelconque dans la soci&#233;t&#233; actuelle peut &#234;tre qualifi&#233;e d'atavisme politique ? Non, ce n'est pas possible. Dans cette soci&#233;t&#233;, il existe des classes et l&#224; o&#249; il y a des classes, la lutte des classes est in&#233;vitable. Partout o&#249; une lutte des classes a lieu, il est n&#233;cessaire et naturel que chacune des classes en lutte s'efforce d' obtenir la victoire compl&#232;te sur son ennemi et de le soumettre compl&#232;tement. La bourgeoisie et ses id&#233;ologues peuvent &#8212; au nom de la &#171; morale &#187; et de la &#171; justice &#187; &#8212; condamner cette aspiration chaque fois que le prol&#233;tariat la r&#233;v&#232;le avec une force perceptible. Nous savons que Guizot, d&#232;s janvier 1849, qualifiait la lutte des classes de honte et de calamit&#233; de la France. Mais nous savons aussi que cette condamnation de la lutte des classes et de la volont&#233; de conqu&#234;te de la classe ouvri&#232;re n'a &#233;t&#233; imprim&#233;e dans la bourgeoisie que par son instinct de conservation, et qu'elle a vu la dictature de classe sous un tout autre jour pendant sa lutte s&#233;culaire contre l'aristocratie, et qu'elle &#233;tait fermement convaincue qu'aucune temp&#234;te ne pouvait couler son navire. La classe ouvri&#232;re ne peut et ne doit pas &#234;tre impressionn&#233;e par la pr&#233;tendue moralit&#233; et la pr&#233;tendue justice que les bourgeois r&#233;clament en temps de d&#233;cadence. [106] Mignet disait que la reconnaissance de ses droits ne peut s'obtenir que par la force et que jusqu'&#224; pr&#233;sent il n'existe d'autre ma&#238;tre que la force. Cela &#233;tait particuli&#232;rement vrai &#224; l'&#233;poque de la lutte du tiers &#233;tat contre l'aristocratie, et cela reste particuli&#232;rement vrai &#224; notre &#233;poque de la lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie. Si nous assurions aux ouvriers que, dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la force n'a plus l'importance qu'elle avait sous l'&#171; ancien r&#233;gime &#187;, nous dirions un mensonge patent et flagrant, qui, comme tout mensonge, ne ferait qu'accro&#238;tre et prolonger les &#171; douleurs de l'enfantement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que la force et la violence ne sont pas la m&#234;me chose. Dans les relations politiques internationales, l'importance d'un Etat est d&#233;termin&#233;e par sa force, mais il ne s'ensuit pas que la reconnaissance du droit du plus fort dans chaque cas particulier suppose la violence. Il en est de m&#234;me dans les rapports entre classes . L'importance d'une classe donn&#233;e est toujours d&#233;termin&#233;e par sa force , mais il est loin d'&#234;tre toujours n&#233;cessaire de recourir &#224; la violence pour que son importance soit reconnue. Le r&#244;le de la violence est parfois plus grand, parfois moindre, selon la structure politique d'un pays donn&#233;. M. Bernstein pense que dans les pays d&#233;mocratiques d'aujourd'hui, la classe ouvri&#232;re n'a pas besoin de la violence pour atteindre ses objectifs. C'est une vision excessivement optimiste, inculqu&#233;e &#224; notre &#171; critique &#187; par son souci constant de ne pas effrayer les d&#233;mocrates bourgeois. La France d'aujourd'hui a une constitution d&#233;mocratique, mais personne, connaissant la vie int&#233;rieure de ce pays, ne peut garantir que son prol&#233;tariat ne sera pas contraint d'employer la force nue pour r&#233;sister &#224; la violence de la bourgeoisie. D'ailleurs, quiconque conna&#238;t la constitution fran&#231;aise dira que la logique m&#234;me de la loi &#233;lectorale de ce pays peut facilement conduire &#224; une insurrection du prol&#233;tariat. [107] Ou bien prenons les Etats-Unis d'Am&#233;rique, qui sont aussi un pays d&#233;mocratique. Mais dans ce pays d&#233;mocratique, l'&#233;mancipation des Noirs ne pourrait se faire qu'au prix d'une lutte intestine, et personne ne peut garantir que le prol&#233;tariat am&#233;ricain n'aura pas &#224; frayer la voie &#224; son &#233;mancipation &#233;conomique par la violence . Selon M. Bernstein, &#171; toute activit&#233; pratique de la social-d&#233;mocratie consiste &#224; cr&#233;er des circonstances et des conditions qui rendent possible et n&#233;cessaire le passage du syst&#232;me social actuel &#224; un syst&#232;me sup&#233;rieur, sans convulsions &#187; [108] . Il y a du vrai dans ces paroles. La social-d&#233;mocratie a en effet int&#233;r&#234;t &#224; ce que le passage &#224; un syst&#232;me social sup&#233;rieur se fasse sans convulsions. Mais est-ce &#224; dire qu'elle doit renoncer &#224; l'id&#233;e de la dictature du prol&#233;tariat ? Pas du tout ! En s'emparant de P&#233;kin, les troupes alli&#233;es euro-am&#233;ricaines-japonaises avaient surtout int&#233;r&#234;t &#224; ce que l'occupation de la capitale chinoise se fasse sans effusion de sang, mais elles n'ont pas un instant renonc&#233; &#224; s'en emparer. Aucun objectif ne change parce que les hommes s'efforcent de l'atteindre avec le moins d'efforts possible, mais lorsque les hommes sont fermement r&#233;solus &#224; atteindre un but donn&#233;, le choix des moyens ne d&#233;pend pas d'eux-m&#234;mes, mais des circonstances. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que les social-d&#233;mocrates ne peuvent pas pr&#233;voir toutes les circonstances dans lesquelles la classe ouvri&#232;re devra conqu&#233;rir sa supr&#233;matie .[109] Ils ne peuvent pas, en principe, rejeter le mode d'action violent . Ils devraient se souvenir de la vieille maxime &#233;prouv&#233;e : si tu veux la paix, pr&#233;pare la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous dira peut-&#234;tre qu'&#224; la fin de sa vie Engels lui-m&#234;me conseillait vivement aux partis socialistes de tous les pays d'&#233;viter l'action violente et de rester sur la plate-forme de la lutte pacifique par des moyens l&#233;gaux. [110] A cela nous r&#233;pondrons comme suit : Engels donnait ce conseil sur la base de trois consid&#233;rations : 1) que la r&#233;volution socialiste suppose un haut degr&#233; de d&#233;veloppement de la conscience de classe des ouvriers, ce qui demande du temps ; [111] 2) que les conservateurs allemands font tous leurs efforts pour pousser les sociaux-d&#233;mocrates allemands &#224; organiser une insurrection, esp&#233;rant les mettre en d&#233;route et couper court ainsi &#224; leurs succ&#232;s continuels ; [112] et 3) que l'&#233;quipement actuel de l'arm&#233;e rend toute tentative d'insurrection de rue sans espoir. [113]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premi&#232;res consid&#233;rations n'ont besoin ni d'amendements ni de commentaires. Elles sont expos&#233;es avec une telle clart&#233; et une telle justesse qu'elles ne peuvent soulever d'objections ni de la part de ceux qui sont r&#233;ellement en mesure de critiquer la doctrine de Marx et d'Engels, ni m&#234;me de la part de ceux qui ne peuvent pr&#233;tendre &#224; la critique que de fa&#231;on fallacieuse. Mais ces deux consid&#233;rations ne condamnent pas l'action violente en g&#233;n&#233;ral, mais seulement celle qui est pr&#233;matur&#233;e, et c'est pourquoi elles n'ont rien de commun avec les arguments avanc&#233;s par les partisans du &#171; d&#233;veloppement pacifique &#187; quand m&#234;me .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la troisi&#232;me consid&#233;ration, une analyse attentive de sa signification montre qu'elle est diff&#233;rente de ce qu'elle peut para&#238;tre &#224; premi&#232;re vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels d&#233;veloppe cette id&#233;e en disant que, jusqu'en 1848, les combats de rue ont souvent conduit &#224; la victoire des insurg&#233;s, mais que cette victoire &#233;tait due &#224; des causes tout &#224; fait diff&#233;rentes. A Paris en juillet 1830 et en f&#233;vrier 1848, et dans la plupart des cas de combats de rue en Espagne, l'issue fut d&#233;cid&#233;e par la Garde nationale, qui d&#233;couragea les forces r&#233;guli&#232;res par son ind&#233;cision ou m&#234;me passa du c&#244;t&#233; des insurg&#233;s. Partout o&#249; elle se tint r&#233;solument et imm&#233;diatement contre les insurg&#233;s, les soul&#232;vements &#233;chou&#232;rent. Tel fut par exemple le cas &#224; Paris en juin 1848. En tout cas, les insurg&#233;s ne remport&#232;rent la victoire que l&#224; o&#249; et seulement quand ils r&#233;ussirent &#224; &#233;branler le moral des troupes. M&#234;me &#224; l'&#233;poque classique des combats de rue, la signification des barricades &#233;tait plus morale que mat&#233;rielle. En entravant l'avance des troupes, elles donnaient aux insurg&#233;s le temps d'affecter le moral de ces derni&#232;res. Cependant, lorsque le moral des troupes n'a pas succomb&#233; &#224; l'influence des insurg&#233;s, l'arm&#233;e s'est av&#233;r&#233;e victorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tel est le cas, et m&#234;me si, &#224; l'&#233;poque classique des combats de rue, l'issue d'une insurrection &#233;tait enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par le moral des troupes, la question qui se pose se r&#233;duit &#224; celle-ci : les insurg&#233;s pourraient-ils aujourd'hui exercer sur les troupes une influence qui leur soit favorable ? A cette question, Engels r&#233;pond cat&#233;goriquement &#171; non &#187;. Il dit qu'aujourd'hui les insurg&#233;s ne peuvent pas compter, comme en 1848, sur la sympathie de toutes les couches de la population, et que, bien qu'un plus grand nombre de personnes ayant re&#231;u une formation militaire puissent aujourd'hui passer &#224; leur c&#244;t&#233;, il leur serait beaucoup plus difficile de se procurer des armes appropri&#233;es. Ajoutant &#224; tout cela le fait que depuis 1848, de nouveaux quartiers ont &#233;t&#233; construits dans les grandes villes, qui ne se pr&#234;tent pas &#224; la construction de barricades, Engels continue en posant cette question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur comprend-il maintenant pourquoi les pouvoirs veulent absolument nous amener l&#224; o&#249; les fusils tirent et les sabres tranchent ? Pourquoi nous accusent-ils aujourd'hui de l&#226;chet&#233;, parce que nous ne nous rendons pas sans plus de c&#233;r&#233;monie dans la rue, o&#249; nous sommes d'avance certains de la d&#233;faite ? Pourquoi nous implorent-ils si instamment de jouer une fois le r&#244;le de chair &#224; canon ? Ces messieurs font leurs pri&#232;res et leurs d&#233;fis pour rien, pour absolument rien. Nous ne sommes pas si b&#234;tes. [114]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est exprim&#233; en termes fermes et ne laisse aucun doute sur la position d'Engels. Mais il faut remarquer que tous ces arguments se rapportent &#224; la situation actuelle de la social-d&#233;mocratie allemande, qui agirait effectivement avec la plus grande pr&#233;cipitation en c&#233;dant aux provocations perfides des classes dirigeantes. Un argument qui pourrait sembler d'ordre g&#233;n&#233;ral prend ici un sens particulier ; le lecteur commence &#224; penser qu'Engels ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; la situation actuelle de la social-d&#233;mocratie allemande. Cette impression est consid&#233;rablement renforc&#233;e par les paroles suivantes d'Engels : &#171; Mais quoi qu'il arrive dans d'autres pays, la social-d&#233;mocratie allemande occupe une position particuli&#232;re et, par cons&#233;quent, au moins dans l'avenir imm&#233;diat, a une t&#226;che particuli&#232;re. &#187; [115] On explique ensuite pourquoi le parti allemand devrait trouver d&#233;savantageux &#224; l'heure actuelle de recourir &#224; la violence. Cela conduit naturellement &#224; supposer que l'id&#233;e des traits particuliers de la situation actuelle du parti allemand a donn&#233; une couleur particuli&#232;re &#224; toute l'argumentation d'Engels sur la lutte ouverte de la classe ouvri&#232;re contre ses exploiteurs. Cette hypoth&#232;se c&#232;de la place &#224; la confiance quand on lit le passage qui se trouve &#224; la fin de l'introduction, o&#249; Engels dit que, vu les succ&#232;s constants remport&#233;s par les social-d&#233;mocrates, le gouvernement allemand peut abolir la Constitution et revenir au pouvoir absolu. Il laisse entendre ici qu'une telle tentative conduira &#224; un soul&#232;vement populaire contre lequel les forces r&#233;actionnaires seront &#233;cras&#233;es. Il s'ensuit donc que, selon Engels, toute insurrection populaire n'est pas aujourd'hui sans espoir. Cette conclusion incontournable est encore renforc&#233;e par les derni&#232;res lignes de l'introduction, qui ram&#232;nent la pens&#233;e du lecteur 1600 ans en arri&#232;re, &#224; l'&#233;poque o&#249; le christianisme luttait contre le paganisme. Le monde pa&#239;en pers&#233;cutait cruellement les chr&#233;tiens comme &#233;l&#233;ments subversifs. Pendant longtemps, ils ne purent mener leur activit&#233; que clandestinement, mais peu &#224; peu leur doctrine se r&#233;pandit &#224; tel point qu'ils trouv&#232;rent des partisans m&#234;me parmi les troupes : &#171; Des l&#233;gions enti&#232;res adopt&#232;rent le christianisme.(C'est nous qui soulignons) Quand leurs devoirs les obligeaient &#224; assister &#224; des c&#233;r&#233;monies pa&#239;ennes, ces soldats, impr&#233;gn&#233;s de l'esprit de la nouvelle religion, d&#233;coraient leurs casques de croix. Les mesures disciplinaires habituelles se r&#233;v&#233;l&#232;rent impuissantes contre leur audace. L'empereur Diocl&#233;tien lan&#231;a contre eux une lutte r&#233;solue en promulguant des lois &#171; antisocialistes &#187; &#8212; pardon, &#171; antichr&#233;tiennes &#187;. Les rassemblements d'&#233;l&#233;ments subversifs furent d&#233;clar&#233;s contraires &#224; la loi ; les locaux o&#249; ils &#233;taient d&#233;tenus furent ferm&#233;s &#224; cl&#233;, le port de croix interdit, etc. L'ann&#233;e 303 fut marqu&#233;e par une pers&#233;cution sauvage des chr&#233;tiens, mais de telles mesures furent les derni&#232;res du genre. &#171; Et elles furent si efficaces que, dix-sept ans plus tard, l'arm&#233;e se composait en grande majorit&#233; de chr&#233;tiens... &#187;, et Constantin d&#233;clara le christianisme religion officielle. [116]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces lignes ont un sens quelconque &#8212; et elles n'en sont pas d&#233;pourvues, bien entendu &#8212; c'est en ce sens que les socialistes triompheront lorsque les id&#233;es r&#233;volutionnaires p&#233;n&#233;treront dans l'arm&#233;e et que les &#171; l&#233;gions &#187; d'aujourd'hui seront impr&#233;gn&#233;es de l'esprit socialiste ; jusqu'&#224; ce moment, le parti socialiste doit &#233;viter les affrontements ouverts avec les troupes. Le lecteur verra que telle n'est nullement la conclusion que l'on tire habituellement de cette argumentation d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les id&#233;es socialistes peuvent-elles p&#233;n&#233;trer dans une arm&#233;e ? Cela est non seulement possible , mais m&#234;me in&#233;vitable . L'organisation actuelle de l'arm&#233;e exige la conscription universelle, qui introduit dans les forces arm&#233;es des id&#233;es largement r&#233;pandues dans le peuple. Plus les id&#233;es socialistes se r&#233;pandent dans les masses, plus grandes sont les chances de succ&#232;s des insurg&#233;s : nous savons d&#233;j&#224; par Engels que l'issue des combats de rue est toujours d&#233;termin&#233;e par le moral des troupes. [117]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que les &#171; l&#233;gions &#187; ne tomberont pas sous notre influence de sit&#244;t. Mais ce qui a &#233;t&#233; diff&#233;r&#233; n'est pas encore perdu, comme le pensent les Fran&#231;ais. T&#244;t ou tard, les id&#233;es socialistes p&#233;n&#233;treront dans les forces arm&#233;es et nous verrons alors ce qui restera de la bellicosit&#233; des r&#233;actionnaires et s'ils cesseront de nous inciter &#224; descendre dans la rue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous comparons cette th&#232;se d'Engels, que nous venons d'examiner, avec les c&#233;l&#232;bres conclusions du Manifeste du Parti communiste [118] , nous verrons que, vers la fin de sa vie, Engels a profond&#233;ment chang&#233; d'opinion sur le r&#244;le des insurrections ouvertes dans la lutte du prol&#233;tariat pour son &#233;mancipation. Tandis qu'&#224; l'&#233;poque de la publication du Manifeste , Marx et lui consid&#233;raient l'insurrection ouverte comme une condition essentielle du triomphe de la classe ouvri&#232;re, Engels a admis, vers la fin de sa vie, que dans certaines circonstances d&#233;termin&#233;es, la voie l&#233;gale peut aussi conduire &#224; la victoire ; il a commenc&#233; &#224; consid&#233;rer l'insurrection comme un mode d'action qui, dans l'&#233;tat actuel des forces arm&#233;es, promet aux socialistes non pas la victoire, mais une d&#233;faite retentissante, et continuera &#224; le faire tant que l'arm&#233;e elle-m&#234;me ne sera pas impr&#233;gn&#233;e de l'esprit socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle conception d'Engels m&#233;rite &#233;videmment toute l'attention et le respect ; elle ne contredit en rien ce que nous avons dit plus haut sur la signification possible de l'action violente dans la lutte r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. Elle explique simplement les conditions requises pour le succ&#232;s de cette action. [119]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter &#224; cela que la dictature d'une classe particuli&#232;re est une chose, et que l'action violente de cette classe dans sa lutte pour la dictature en est une autre. Sous la Restauration, Guizot et ses coll&#232;gues ont fait preuve d'une grande &#233;nergie et d'une grande d&#233;termination dans leur lutte pour &#233;tablir la dictature de la &#171; classe moyenne &#187;, mais aucun d'entre eux n'a pens&#233; &#224; l'action violente en g&#233;n&#233;ral et aux combats de rue en particulier. Guizot aurait probablement condamn&#233; avec vigueur tout projet d'insurrection de ce genre, ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre un r&#233;volutionnaire , car il n'a cess&#233; d'inculquer &#224; la &#171; classe moyenne &#187; le sentiment de l'opposition hostile de ses int&#233;r&#234;ts &#224; ceux de l'aristocratie, et de faire comprendre que toute id&#233;e de r&#233;conciliation avec cette classe &#233;tait une chim&#232;re n&#233;faste . Marx et Engels, dans le Manifeste du Parti communiste , &#233;taient exactement le m&#234;me genre de r&#233;volutionnaires (ils se sont seulement ralli&#233;s au point de vue d'une autre classe) ; ils rest&#232;rent jusqu'&#224; leur dernier souffle le m&#234;me genre de r&#233;volutionnaires. Sous ce rapport, leurs opinions ne chang&#232;rent pas d'un iota, malgr&#233; les affirmations de ces &#171; critiques &#187; qui se composent enti&#232;rement, comme disait Marx, de &#171; d'un c&#244;t&#233; &#187; et de &#171; de l'autre &#187;, et qui voudraient bien &#233;manciper le prol&#233;tariat sans offenser la bourgeoisie, et dont on pourrait dire, avec les mots de Nietzsche : &#171; Selig sind diese Schl&#228;frigen, denn sie sollen bald einnicken. &#187; [120]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que nous avons voulu dire de l'id&#233;e fondamentale du Manifeste et des conclusions qu'il faut en tirer. Nous examinerons, comme nous l'avons dit, chacune de ses propositions dans notre brochure Critique de nos critiques . Nous verrons si Marx et Engels avaient raison , et dans quelle mesure , lorsqu'ils disaient que les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise ont d&#233;pass&#233; les rapports de production qui lui sont inh&#233;rents, et qu'une telle contradiction entre les forces productives d'une part et les rapports de production d'autre part constitue la base sociale fondamentale du mouvement r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re d'aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes sont de Plekhanov, &#224; l'exception de celles des &#233;diteurs moscovites de cette &#233;dition de l'ouvrage, qui sont not&#233;s &#171; &#201;diteur &#187;, ou du MIA, qui sont convenablement not&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir la correspondance de Marx avec Arnold Ruge dans le livre 4 du Sozial-Demokrat , pp. 26-27. [Plekhanov 1910, Werke , tome 1, pp. 343-46 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'ouvrage d'Engels est une analyse du pass&#233; et du pr&#233;sent de Carlyle (voir Karl Marx et Frederick Engels, Collected Works , Volume 3 (Moscou, 1975), pp. 444-68) &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Deutsch -Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher , pp 167-68. [Karl Marx et Frederick Engels, Collected Works , Volume 3 (Moscou, 1975), p 457 &#8212; &#233;diteur. Les pilules universelles v&#233;g&#233;tales de James Morison &#233;taient un rem&#232;de miracle tr&#232;s populaire &#224; l'&#233;poque victorienne, en particulier aupr&#232;s des pauvres, qui n'avaient pas les moyens de payer les honoraires des m&#233;decins. Ces pilules ont provoqu&#233; plusieurs d&#233;c&#232;s, comme le rapporte le Lancet , et ont rendu leur inventeur tr&#232;s riche &#8212; disparu.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La principale source scientifique &#224; laquelle ces messieurs puisent leurs informations sur le mat&#233;rialisme est l'histoire du mat&#233;rialisme, bien connue, de Lange. Lange, cependant, n'a jamais &#233;t&#233; capable de consid&#233;rer le mat&#233;rialisme avec les yeux d'un chercheur s&#233;rieux et impartial. Son livre a beaucoup contribu&#233;, non pas &#224; la critique du mat&#233;rialisme, mais &#224; la diffusion et &#224; la consolidation dans le public d'une vision erron&#233;e de son d&#233;veloppement historique et de son importance pour les sciences sociales d'aujourd'hui. [La r&#233;f&#233;rence est &#224; un livre du philosophe n&#233;o-kantien allemand Friedrich Albert Lange, Geschichte des Materialismus und Kritik seiner Bedeutung in der Gegenwart &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 . Voir Georgi Plekhanov, Selected Philosophical Works , Volume 2 (Moscou, 1976), pp 474-595 &#8212; MIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies , tome 1 (Moscou, 1973), p. 101 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 . Opinions litt&#233;raires, philosophiques et industrielles (Paris, 1825), pp 144-45. Cf Cat&#233;chisme des industriels dans &#338;uvres de Saint-Simon (&#233;dit&#233;s par Olinde Rodrigues, Paris, 1832), p 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 . &#338;uvres , p 59.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 . Cit&#233; par Thierry lui-m&#234;me dans ses Dix ans d'&#233;tudes historiques (Paris, 1837), pr&#233;face, p viii.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 . Voir la premi&#232;re lettre sur l'histoire de France, r&#233;imprim&#233;e dans Dix ans d'&#233;tudes historiques , p. 325.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 . 'Essai sur le genre dramatique s&#233;rieux', &#338;uvres compl&#232;tes (Paris, 1828), tome 1, p 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 . 'Lettre sur la critique du Barbier de S&#233;ville ', &#338;uvres compl&#232;tes , Tome 1, p 258.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 . Cf Bruneti&#232;re, Les Epoques du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais (Paris, 1896), p 287.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 . Dix ans d'&#233;tudes historiques , p. 348. ['Fait par celui qui en profite.' &#8212; MIA]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 . Dans l'article &#171; Vue des r&#233;volutions d'Angleterre &#187;, Dix ans d'&#233;tudes historiques , p 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 . Ibid, p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 . Ibid, pp 52-53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 . De la f&#233;odalit&#233;, des institutions de Saint Louis et de l'influence de la l&#233;gislation de ce prince (Paris, 1822), p 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 . Ibid, pp 77-78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 . Ibid, p 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 . Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise , Tome 1 (Paris, 1827), p 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 . Ibid, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 . Ibid, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 . Ibid, p. 227.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 . Ibid, p 276.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 . Ibid, p. 290. [La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, marqua le d&#233;but de la R&#233;volution fran&#231;aise ; le 10 ao&#251;t 1792 fut le jour de l'insurrection populaire &#224; Paris qui aboutit &#224; l'abolition de la monarchie. &#8212; R&#233;dacteur en chef.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 . Ibid, p. 213.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 . Edouard Petit, Fran&#231;ois Mignet (Paris, 1889), p. 286. ['le d&#233;sordre de la Commune lui &#233;tait odieux.' &#8212; MIA]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 . Il s'agit de la Commune de Paris de 1871 &#8212; premi&#232;re dictature du prol&#233;tariat de l'histoire ; elle a dur&#233; 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871 &#8212; R&#233;dacteur en chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 . Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise , tome 1, pp 3, 13. Ces expressions rappellent la c&#233;l&#232;bre formule de Marx : &#171; La force est la sage-femme de toute vieille soci&#233;t&#233; enceinte d'une nouvelle. &#187; [Karl Marx, Le Capital , tome 1 (Moscou, 1974), p. 703 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 . Essais sur l'Histoire de France (dixi&#232;me &#233;dition, la premi&#232;re &#233;dition a &#233;t&#233; publi&#233;e en 1821), pp 73-74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 . Ibid, pp 75-76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33 . Pr&#233;face, Histoire de la r&#233;volution d'Angleterre , tome 1 (Paris, 1841), p xxi (la pr&#233;face est dat&#233;e d'avril 1826).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34 . Ibid, pp. 9-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 . Ibid., p. 11-12. Cf. aussi Discours sur l'histoire de la r&#233;volution d'Angleterre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 . Voir aussi sa tr&#232;s int&#233;ressante &#171; &#201;tude sur Shakespeare &#187;, dans le tome 1 de la traduction fran&#231;aise des &#338;uvres de Shakespeare(Paris, 1821).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 . M&#233;moires , tome 1 (Paris, 1858), p 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 . Ibid, pp. 296-97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 . Du Gouvernement de la France depuis la Restauration et du minist&#232;re actuel , pp 1-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 . Ibid, p. 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 . Ibid, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 . Ibid, p 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 . Ibid, p 91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44 . Ibid, p 127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45 . Ibid, p. 290.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46 . Ibid, p 138.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 . Ibid, p. 237.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48 . Ibid, p. 283.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49 . Ibid, p. 326, note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies , Volume 1 (Moscou, 1973), pp 110-11 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51 . &#201;crit en 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52 . Cit&#233; de l'Avant-propos &#224; la troisi&#232;me &#233;dition du livret Du gouvernement de la France .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. Les Noces d'or du socialisme international (traduit du fran&#231;ais, Londres, 1899), p. 5. La traduction russe de la brochure a &#233;t&#233; publi&#233;e par le Fonds de presse russe libre et accompagn&#233;e d'une courte introduction par les &#233;diteurs, dans laquelle &#171; l'&#233;volution de la saine pens&#233;e socialiste &#187; en Europe &#233;tait contrast&#233;e avec &#171; les dogmes du socialisme allemand &#187;. Les &#233;minents partisans de la &#171; saine pens&#233;e socialiste &#187; n'ont pas su discerner les erreurs ci-dessus ni aucune autre de Vandervelde, et y ont m&#234;me ajout&#233; des &#233;l&#233;ments de leur propre collection. Ainsi, ils ont appel&#233; Vandervelde &#171; un marxiste aussi bien qu'un des repr&#233;sentants les plus &#233;rudits et les plus talentueux du socialisme parlementaire &#187;. Ce dernier point est vrai ! Vandervelde est en effet l'un des repr&#233;sentants les plus &#233;rudits et les plus talentueux du socialisme (parlementaire ou autre) en Belgique, mais il n'a jamais &#233;t&#233; marxiste, comme ses &#233;diteurs russes ont pu facilement le constater par eux-m&#234;mes en connaissant ses autres &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54 . Voir Sozialismus und soziale Bewegung im 19 Jahrhundert , pp. 1-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55 . Voir Thomas Kirkup, A History of Socialism (Londres, 1900), chapitres 7, 8 et 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56 . De la D&#233;mocratie en France (Paris, 1849), p 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57 . Ibid, p 107.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 . Ibid, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59 . Du Syst&#232;me industriel (Paris, 1821), pp 205-07.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies , tome 1 (Moscou, 1973), p. 134 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61 . Le&#231;ons sur l'industrie (Paris, 1832), p 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62 . Victor Consid&#233;rant, Destin&#233;e sociale , tome 2 (troisi&#232;me &#233;dition), p 8 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Jugez ensuite de l'&#233;rudition et de la profondeur du professeur Kareyev, qui a fait remarquer dans un article sur le d&#233;veloppement de la conception moniste de l'histoire : &#171; L'auteur a commis une erreur impardonnable en m&#233;connaissant l'historien socialiste Louis Blanc, qui est apparu bien avant Marx et dans les vues duquel nous voyons, d'une part, un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des vues d'Augustin Thierry et de Guizot sur la lutte des classes dans l'histoire et, d'autre part, un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des id&#233;es de Saint-Simon. &#187; ( Etudes anciennes et nouvelles sur le mat&#233;rialisme &#233;conomique (Saint-P&#233;tersbourg, 1896), p. 211). De leur temps, Augustin Thierry et Guizot pr&#234;chaient la lutte de classe de la bourgeoisie contre la noblesse. A leur avis, toute l'histoire de France montrait que le tiers &#233;tat ne pouvait obtenir aucune concession volontaire de l'aristocratie. Louis Blanc a insist&#233; sur le fait que la cause des riches &#233;tait aussi celle des pauvres, adressant son projet d'organisation du travail &#224; la bourgeoisie et non au prol&#233;tariat. M. Kareyev consid&#232;re qu'il s'agit l&#224; d'un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des vues de Thierry et de Guizot sur la lutte des classes dans l'histoire. Cela ne fait que t&#233;moigner de l'immaturit&#233; de ses propres vues sur la lutte des classes et sur l'histoire du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64 . Dr John L Tildsley, Die Entstehung und die oekonomischen Grunds&#228;tze des Chartismus (I&#233;na, 1898), pp 2-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65 . La Soci&#233;t&#233; des Saisons &#8212; organisation r&#233;publicaine socialiste secr&#232;te, dirig&#233;e par Blanqui et Barb&#232;s, qui &#233;tait active &#224; Paris en 1837-39 &#8212; R&#233;dacteur en chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66 . De la Hodde, Histoire des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes et du parti r&#233;publicain (Paris, 1850), p 224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Dans son &#233;valuation des vues de Guizot et de ses disciples sur la question de la lutte des classes, Plekhanov ne fait pas de rapprochement critique de leurs vues avec celles de Marx et d'Engels. Il ne montre pas les diff&#233;rences qualitatives entre elles ni les nouveaux principes apport&#233;s par le marxisme dans la th&#233;orie de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. A titre d'illustration, je rappellerai au lecteur un passage cit&#233; plus haut du livre De la D&#233;mocratie de Guizot , &#233;crit en 1849 : &#171; La lutte entre les diverses classes de notre soci&#233;t&#233; a rempli notre histoire... Nobles et tiers-&#233;tat, aristocratie et d&#233;mocratie, bourgeois et ouvriers... &#8212; autant de formes, autant de phases de la lutte sociale... &#187; C'est presque litt&#233;ralement ce qui est dit au d&#233;but dupremier chapitre du Manifeste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69 . Sozialismus und soziale Bewegung im 19 Jahrhundert , pp 1-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies , tome 1 (Moscou, 1973), p. 117 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71 . Voir ci-dessus. [Guizot, Du Gouvernement de la France depuis la Restauration et du minist&#232;re actuel , pp 91, 127 &#8212; MIA.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72 . Cf. l'introduction &#224; Zur Kritik , qui montre si bien l'importance que Marx attache au mot soci&#233;t&#233;. Cf. aussi Die heilige Familie , p. 189. [Karl Marx, Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique (Moscou, 1970), p. 20 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73 . &#171; Critique de quelques concepts du marxisme &#187;, Devenir Social , f&#233;vrier 1898, pp 121-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74 . Voir E Curtius, Griechische Geschichte (Berlin, 1857), pp 254-55. Philosophie der Geschichte (herausgegeben von E Gans) de Hegel, p. 261 : &#171; Der Unterschied der St&#228;nde beruht auf der Verschiedenheit der Localit&#228;t. &#187; [Diacrii &#8212; paysans pauvres en terres du nord et du nord-est de l'Attique ; Paralii &#8212; habitants maritimes, commer&#231;ants, artisans, marins ; Pedii &#8212; habitants des plaines, grands propri&#233;taires terriens dans la Gr&#232;ce antique (VIe si&#232;cle avant JC) &#8212; Editeur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75 . Petite Russie &#8212; nom de l'Ukraine utilis&#233; dans les documents officiels de la Russie tsariste &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies , tome 1 (Moscou, 1973), p. 120 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77. Le fait que cet impact soit globalement obtenu avec un degr&#233; de succ&#232;s consid&#233;rable est d&#233;montr&#233; par la croissance universelle des partis socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78. Notons d'ailleurs qu'identifier les &#171; paysans &#187; avec les &#171; prol&#233;taires des temps r&#233;cents &#187; est des plus &#233;tranges chez un homme assez familier de la litt&#233;rature sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79. Si cette Introduction tombe entre les mains du savant professeur Kareyev, il s'&#233;criera certainement &#224; notre sujet comme il l'a fait &#224; propos d'un autre auteur [&#224; savoir Beltov (pseudonyme de Plekhanov), qui &#233;tait le sujet de l'article de Kareyev &#8212; &#233;diteur] : &#171; Et cela se dit de Guizot, qui a reconnu un r&#244;le si important au d&#233;veloppement individuel ! Cela se dit d'Augustin Thierry avec sa th&#233;orie des races, qui a jou&#233; un r&#244;le si important dans l'explication des &#233;v&#233;nements. &#187; ( Etudes anciennes et nouvelles , p. 209). Les exclamations du savant professeur proviennent cependant de son ignorance de la question. Guizot a bien attribu&#233; une importance consid&#233;rable au d&#233;veloppement individuel, mais chez lui ce d&#233;veloppement figure comme une cons&#233;quence d&#233;sirable du d&#233;veloppement social, non comme une de ses causes principales. Quant &#224; Thierry, sa th&#233;orie historique attache une importance consid&#233;rable, non aux &#171; races &#187;, mais &#224; la conqu&#234;te d'une race par une autre. Quel est le but poursuivi par les conqu&#234;tes ? A cette question, Thierry aurait r&#233;pondu sans h&#233;siter : pour des int&#233;r&#234;ts positifs (de propri&#233;t&#233;). C'est du moins la r&#233;ponse qu'il donne dans son c&#233;l&#232;bre livre Histoire de la conqu&#234;te de l' Angleterre par les Normands . Rappelons le passage suivant. Juste avant la bataille d'Hastings, un des Angles dit : &#171; Il faut se battre, car il ne s'agit pas d'un nouveau ma&#238;tre &#224; accepter et &#224; prendre... c'est une affaire d'un tout autre genre... Le Normand a donn&#233; nos terres &#224; ses capitaines, &#224; ses chevaliers et &#224; tous ses hommes... Si le duc devient notre roi, il sera lui-m&#234;me oblig&#233; de leur c&#233;der nos biens, nos femmes et nos filles. &#187; De son c&#244;t&#233;, Guillaume le Conqu&#233;rant dit &#224; ses soldats : &#171; Pensez &#224; bien vous battre et &#224; les faire tous mourir, car si nous vainquons, nous serons tous riches. Ce que je gagnerai, vous le gagnerez aussi ; si je vaincs, vous vaincrez aussi ; si je prends la terre, vous l'aurez. &#187; (Voir page 300 du tome 1 de l'&#233;dition parisienne de 1825.) Les objections de M. Kareyev au &#171; mat&#233;rialisme &#233;conomique &#187; sont si pleines de malentendus et si vides de contenu qu'elles rappellent les mots de Proudhon : &#171; Il faut qu'un professeur parle, parle, parle non pas pour dire quelque chose, mais pour ne pas rester muet. &#187; [&#171; Un professeur doit parler, parler et encore parler, non pour dire quelque chose, mais juste pour &#233;viter de se taire. &#187; &#8212; MIA.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80 . &#171; Pr&#233;face &#187;, Zur Kritik der politischen Oekonomie . [Karl Marx, Une contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique (Moscou, 1970), p 20 &#8212; Editeur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;81 . Voir De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique , tome 1 (Paris, 1836), p 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;82 . Nouvelle correspondance d'Alexis Tocqueville (Paris, 1866) ; lettre &#224; son p&#232;re, dat&#233;e du 3 juin 1830.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;83 . Karl Marx, Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique (Moscou, 1970), p. 20 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;84 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 113 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 125 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;86 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 114 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;87. Voici un excellent exemple : la vision historique de Saint-Simon avait un fondement id&#233;aliste, et pourtant, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, il &#233;tait un mat&#233;rialiste &#233;conomique tout autant que Mignet, Guizot ou Augustin Thierry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;88. M. Bernstein affirme que &#171; la doctrine de la lutte des classes repose sur la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire &#187; ( Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma [ Die Voraussetzungen des Sozialismus ], Londres, 1900, p. 17). Le lecteur sait maintenant que la doctrine de la lutte des classes n'est pas possible uniquement sur la base de la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire. Mais qu'importe &#224; M. Bernstein ? Il ne fait aucune &#233;tude, il se contente de &#171; critiquer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;89. Le traducteur russe de M. Eduard Bernstein a utilis&#233; le terme &#171; forces de production &#187; au lieu de &#171; forces productives &#187; ( Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 6). Cela n'a aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;90. Au lieu de &#171; causes finales &#187;, le traducteur russe a dit &#171; causes ultimes &#187;, ce qui est compl&#232;tement d&#233;plac&#233; dans la th&#233;orie de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;91 . Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;92 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 3 (Moscou, 1973), p. 488 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;93 . F Engels &#224; W Borgius, 25 janvier 1894, Karl Marx et Frederick Engels, Selected Correspondence (Moscou, 1975), pp 441-42 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;94 . Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;95 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 116 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;96 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 125 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;97 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 137 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;98 . Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres compl&#232;tes , tome 3 (Moscou, 1975), p. 184 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;99 . Deutsch-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher , p 82. [Karl Marx et Frederick Engels, Collected Works , Volume 3 (Moscou, 1975), p 185 &#8212; Editeur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;100 . Die heilige Familie , p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;101. Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 9. Nous avons cit&#233; ce passage avec les corrections n&#233;cessaires dans l'horrible traduction russe. [Karl Marx, Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique (Moscou, 1970), p. 21 &#8212;&#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;102 . Karl Marx, Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique (Moscou, 1970), p. 20 &#8212; &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;103 . Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104. Nous invitons le lecteur &#224; se rappeler la proposition de Mignet cit&#233;e plus haut : &#171; Il est notoire qu'une force qui a conquis la domination prend toujours le contr&#244;le des institutions. &#187; Lorsqu'une classe &#171; prend le contr&#244;le des institutions &#187;, sa dictature s'installe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;105 . Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;106. Cela est d'autant plus vrai que la dictature du prol&#233;tariat mettra fin &#224; l'existence des classes et par cons&#233;quent &#224; leur lutte, avec toutes les souffrances qu'elle entra&#238;ne in&#233;vitablement. Mais c'est une chose que la bourgeoisie ne veut pas et ne peut pas comprendre en raison de sa position sociale. Elle a travaill&#233; pour la dictature et a trouv&#233; en elle un moyen n&#233;cessaire et tout &#224; fait permis d'atteindre ses objectifs dans sa lutte contre l'aristocratie. Mais elle a commenc&#233; &#224; condamner ce moyen et &#224; le trouver superflu d&#232;s qu'il s'est pos&#233; la question de la dictature de la classe ouvri&#232;re. Cela nous rappelle le sauvage qui distingue ainsi le bien du mal : &#171; Quand j'enl&#232;ve quelque chose aux autres, c'est bien, mais quand on m'enl&#232;ve quelque chose, c'est mal. &#187; Il faut beaucoup de bonne volont&#233; pour convaincre, comme le fait M. Bernstein, les arguments de la bourgeoisie qui craint la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;107 . Cf Jean Jaur&#232;s, &#171; Le Socialisme fran&#231;ais &#187;, Cosmopolis , janvier 1889, pp 119-21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;108 . Usloviya Vozmozhnosti Sotsializma , p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;109. Nous avons d&#233;j&#224; dit pourquoi le prol&#233;tariat a besoin de cette supr&#233;matie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;110 . Voir son Introduction (dat&#233;e de mars 1895) &#224; l'ouvrage de Marx Les luttes de classes en France 1848-1850 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;111 . &#171; La Zeit der Ueberrumpelungen, der von kleinen bewussten Minorit&#228;ten an der Spitze bewusstloser Massen durchgef&#252;hrten Revolutionen, ist vorbei. Wo es sich um eine vollst&#228;ndige Umgestaltung der gesellschaftlichen Organization handelt, da m&#252;ssen die Massen selbst dabei sein, self schon schon begriffen haben, Worum es sich handelt, f&#252;r was sie eintreten sollen... Damit aber die Massen verstehen, was zu thun ist, dazu bedarf es langer, ausdauernder Arbeit [etc]' (Avant-propos, Die Klassenk&#228;mpfe in Frankreich , p. 16) ['le temps des attaques surprises, des r&#233;volutions men&#233;es par de petites minorit&#233;s conscientes &#224; la t&#234;te de masses inconscientes, est r&#233;volu. L&#224; o&#249; il s'agit d'une transformation compl&#232;te de l'organisation sociale , il faut que les masses elles-m&#234;mes y soient aussi, qu'elles aient d&#233;j&#224; compris ce qui est en jeu, ce pour quoi elles s'engagent, corps et &#226;me... Mais pour que les masses comprennent ce qu'il faut faire, il faut une longue et persistante [un travail est requis [etc.]' (Karl Marx et Frederick Engels, &#338;uvres choisies, volume 1 (Moscou, 1973), pp 199-200) &#8212; &#201;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112 . Ibid, p. 17. [Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 199 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;113 . Ibid, pp 14-15. [Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), pp 196-99 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;114 . Ibid, p. 15. [Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 199 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;115 . Ibid, p. 17. [Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 201 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;116 . Ibid, p. 19. [Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 204 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;117 . Nous consid&#233;rons qu'il est n&#233;cessaire de noter que les barricades constituent un cas particulier de lutte ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;118. &#171; Les communistes d&#233;daignent de cacher leurs vues et leurs objectifs. Ils d&#233;clarent ouvertement que leurs fins ne peuvent &#234;tre atteintes que par le renversement par la force de toutes les conditions sociales existantes. Que les classes dirigeantes tremblent devant une r&#233;volution communiste. Les prol&#233;taires n'ont rien &#224; perdre, sauf leurs cha&#238;nes. Ils ont un monde &#224; gagner. &#187; ( Manifeste communiste , p. 19) [Karl Marx et Fr&#233;d&#233;ric Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 137 &#8212; &#233;diteur.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;119. Dans l'article &#171; Der Sozialismus in Deutschland &#187; ( Neue Zeit , ann&#233;e 10, livre 1, p. 583), &#233;crit en 1892, Engels, parlant de la p&#233;n&#233;tration rapide des id&#233;es socialistes dans l'arm&#233;e, s'&#233;criait : &#171; Combien de fois les bourgeois nous ont-ils demand&#233; de renoncer pour toujours &#224; l'emploi des moyens r&#233;volutionnaires et de rester dans les limites de la l&#233;galit&#233;... Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure, dans ce cas, de plaire aux bourgeois ... [C'est nous qui soulignons &#8212; GP] Cela ne nous emp&#234;che pas de comprendre que ce n'est pas nous que la l&#233;galit&#233; tue actuellement, mais quelqu'un d'autre. Elle marche si bien pour nous qu'il serait tr&#232;s stupide de notre part de la violer. &#187; [Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, tome 1 (Moscou, 1973), p. 201 &#8212; &#233;diteur.] C'est la m&#234;me pens&#233;e que nous avons trouv&#233;e dans l'introduction ; Engels a seulement choisi de formuler cette derni&#232;re d'une mani&#232;re vague, &#224; la demande de ses amis qui, pour des raisons pratiques, consid&#233;raient qu'il &#233;tait inopportun de la rendre plus claire (voir &#224; ce propos l'article de Kautsky &#171; Bernstein et la dialektik &#187;, Neue Zeit , ann&#233;e 17, livre 2, p. 47). En suivant les conseils de ses amis praticiens, Engels a donn&#233; &#224; sa conception des bases pour une interpr&#233;tation th&#233;orique erron&#233;e, interpr&#233;tation qui a conduit &#224; une masse d'embarras pratiques bien plus grands que tous les inconv&#233;nients qui auraient pu r&#233;sulter d'une exposition claire et sans ambigu&#239;t&#233; de sa pens&#233;e. C'est l&#224; une le&#231;on pour les th&#233;oriciens trop enclins &#224; faire des concessions : ils devraient se rappeler que lorsqu'il s'agit de formuler des vues th&#233;oriques, les praticiens sont toujours tr&#232;s peu pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;120. &#171; Heureux les endormis, car ils seront bient&#244;t profond&#233;ment endormis. &#187; &#8212; R&#233;dacteur en chef.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>1676 &#224; Jamestone : la r&#233;volte de Bacon</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8333</link>
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		<dc:date>2026-08-10T22:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;volte de Nathaniel Bacon en 1676 en Virginie, la premi&#232;re insurrection arm&#233;e &#224; grande &#233;chelle en Am&#233;rique coloniale &lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;volte qui anticipait une r&#233;volution... &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui a commenc&#233; comme un conflit entre les colons et les Indiens &#224; la fronti&#232;re entre la Virginie et le Maryland &#224; l'automne 1675 a rapidement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en une r&#233;bellion &#224; grande &#233;chelle men&#233;e par Nathaniel Bacon contre le gouverneur Sir William Berkeley, un riche planteur, et son gouvernement l'ann&#233;e suivante. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volte de Nathaniel Bacon en 1676 en Virginie, la premi&#232;re insurrection arm&#233;e &#224; grande &#233;chelle en Am&#233;rique coloniale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volte qui anticipait une r&#233;volution...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a commenc&#233; comme un conflit entre les colons et les Indiens &#224; la fronti&#232;re entre la Virginie et le Maryland &#224; l'automne 1675 a rapidement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en une r&#233;bellion &#224; grande &#233;chelle men&#233;e par Nathaniel Bacon contre le gouverneur Sir William Berkeley, un riche planteur, et son gouvernement l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XVIIe si&#232;cle, les planteurs d'&#233;lite de Virginie d&#233;pendaient du travail des domestiques sous contrat. Apr&#232;s leur service, ces individus s'en all&#232;rent plus loin &#224; l'int&#233;rieur des terres, au-del&#224; de la r&#233;gion de Tidewater, entrant souvent en conflit avec les Am&#233;rindiens lors de leur avanc&#233;e dans le Pi&#233;mont. Craignant la multiplication des incursions indiennes et frustr&#233;s par des ann&#233;es de bas prix du tabac et de taxes &#233;lev&#233;es, les colons se ralli&#232;rent &#224; Nathaniel Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bacon, cousin par alliance du gouverneur Berkeley, &#233;tait un homme influent r&#233;cemment arriv&#233; dans la colonie. Bacon d&#233;fia les tentatives de Berkeley de n&#233;gocier la paix entre les colons et les tribus am&#233;rindiennes. Lui et ses partisans cherch&#232;rent &#224; acqu&#233;rir davantage de terres en chassant compl&#232;tement les Am&#233;rindiens de Virginie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence s'intensifia rapidement. Confront&#233;e &#224; la perte continue de ses terres, la tribu Doeg attaqua les colonies europ&#233;ennes. Les colons ripost&#232;rent, mais attaqu&#232;rent par erreur la paisible tribu Susquehannock, ce qui provoqua de nouveaux conflits. Ces raids, souvent men&#233;s par Bacon lui-m&#234;me, se sold&#232;rent par la mort de nombreux Am&#233;rindiens. Selon les archives historiques, la tribu Pamunkey, dirig&#233;e par sa reine Cockacoeske, s'enfuit dans les marais o&#249; elle serait plus difficile &#224; traquer pour les rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces mois, le gouverneur Berkeley tenta, en vain, de n&#233;gocier la paix. Il finit par ordonner la construction de nouveaux forts et restreindre le commerce avec les Am&#233;rindiens. Cependant, ces d&#233;cisions furent per&#231;ues comme limitant encore davantage le pouvoir des Blancs pauvres et augmentant leurs imp&#244;ts (fonds n&#233;cessaires au financement des nouvelles fortifications). Bacon, fra&#238;chement nomm&#233; membre du Conseil de Virginie, lan&#231;a un appel au peuple en ao&#251;t 1676 dans une critique virulente du r&#233;gime de Berkeley et de la corruption de l'&#233;lite fortun&#233;e. Berkeley d&#233;clara &#224; son tour Bacon rebelle et rassembla des forces pour s'opposer &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 juillet, Bacon et ses 600 partisans publi&#232;rent la &#171; D&#233;claration du peuple de Virginie &#187;, affirmant que Berkeley &#171; maltraitait et m&#233;prisait les magistrats de la justice, en &#233;rigeant en magistrats des favoris scandaleux et ignorants &#187;. Le 19 septembre, ils entr&#232;rent dans la capitale, Jamestown, et l'incendient tandis que Berkeley s'enfuyait. Le mois suivant, Bacon mourut de la dysenterie. Priv&#233; de son chef charismatique, la r&#233;bellion perdit de son &#233;lan. Les loyalistes de Berkeley vainquirent les rebelles en janvier 1677.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;bellion de Bacon fut la plus grave contestation de l'autorit&#233; royale avant la R&#233;volution am&#233;ricaine. Les historiens associent souvent cet &#233;v&#233;nement au d&#233;clin de l'engagement et &#224; la mont&#233;e concomitante de l'esclavage dans les colonies britanniques d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://historicjamestowne-org.translate.goog/history/bacons-rebellion/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://historicjamestowne-org.translate.goog/history/bacons-rebellion/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte &#233;clate &#224; propos de la menace am&#233;rindienne dans un contexte de crise agricole et de mis&#232;re. Les Blancs de la Fronti&#232;re estiment que le gouverneur de Jamestown, William Berkeley, doit mener une guerre totale contre les Doegs (en) qui se sont lanc&#233;s dans des actions de gu&#233;rilla &#224; la suite de diff&#233;rends avec les colons. Nathaniel Bacon, &#233;lu &#224; la chambre des Bourgeois de Virginie au printemps, et cousin de Frances Culpeper, la femme du gouverneur William Berkeley, pr&#244;ne la mise en place de d&#233;tachements arm&#233;s pour combattre les Am&#233;rindiens. Le gouverneur l'accuse de r&#233;bellion et le fait emprisonner. Deux mille colons de Virginie marchent imm&#233;diatement sur Jamestown pour lui apporter leur soutien[1]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Berkeley fait lib&#233;rer Bacon apr&#232;s une promesse de repentance publique. Mais Bacon s'&#233;chappe, reforme ses milices et se met &#224; harceler les Am&#233;rindiens. En juillet, il r&#233;dige une &#171; D&#233;claration du Peuple &#187; qui reproche &#224; l'administration ses imp&#244;ts injustes, son favoritisme, sa mainmise sur le commerce des fourrures et son abandon des fermiers confront&#233;s aux Am&#233;rindiens. Bacon attaque alors les Am&#233;rindiens Pamunkey (en), consid&#233;r&#233;s comme inoffensifs, en tue huit, fait des prisonniers et s'empare de leurs biens[1] . &#192; l'automne, il tombe malade et meurt &#224; l'&#226;ge de 29 ans. Un navire de trente canons, command&#233; par Thomas Grantham est charg&#233; par la couronne britannique de mater la r&#233;volte. Vingt-trois chefs rebelles sont pendus. L'Assembl&#233;e de Virginie amnistiera la plupart des Blancs qui ont particip&#233; &#224; la r&#233;volte, mais pas les Noirs. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un de ses conseillers &#233;tait William Drummond, gouverneur de la Caroline dix ans plus t&#244;t, mais tomb&#233; en disgr&#226;ce apr&#232;s des protestations des colons de la colonie d'Albemarle contre le r&#233;gime de taxes et de commerce. Il fut ex&#233;cut&#233; peu apr&#232;s la fin de la r&#233;volte. Il avait promis &#224; Nathaniel Bacon que les colons de la Caroline du Nord, en particulier de la colonie d'Albemarle pourraient le soutenir[2]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notes et r&#233;f&#233;rences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;1 Howard Zinn, Une histoire populaire des &#201;tats-Unis, Marseille, Agone, 2014, 811 p. (ISBN 978-2-910846-79-4), p. 53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;2 Grizzard et Smith 2007, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Nathaniel_Bacon&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_de_Nathaniel_Bacon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;bellion de Bacon est souvent consid&#233;r&#233;e comme un pr&#233;curseur important de la R&#233;volution am&#233;ricaine, car elle fut le premier soul&#232;vement majeur contre le pouvoir colonial britannique dans les treize colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-americanrevolution-org.translate.goog/bacons-rebellion/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-americanrevolution-org.translate.goog/bacons-rebellion/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-americanhistorycentral-com.translate.goog/entries/headright-system-in-colonial-america/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-americanhistorycentral-com.translate.goog/entries/headright-system-in-colonial-america/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste de Bacon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://louis-pressbooks-pub.translate.goog/theamericanrevolutionprimarysourcereadings/chapter/bacons-manifesto/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://louis-pressbooks-pub.translate.goog/theamericanrevolutionprimarysourcereadings/chapter/bacons-manifesto/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gorter et la r&#233;volution russe</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7650</link>
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		<dc:date>2026-08-09T22:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gorter et la r&#233;volution russe &lt;br class='autobr' /&gt;
Avertissement : Gorter, po&#232;te n&#233;o-romantique hollandais &#233;tait aussi un militant de la gauche communiste germano-hollandaise. Il s'est oppos&#233; aux choix politiques de la r&#233;volution russe et a pol&#233;miqu&#233; avec L&#233;nine et Trotsky. Nous ne partageons pas ses points de vue mais, pour &#234;tre discut&#233;s, ils doivent &#234;tre connus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky et Gorter &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/201124.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5746 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gorter et la r&#233;volution russe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : Gorter, po&#232;te n&#233;o-romantique hollandais &#233;tait aussi un militant de la gauche communiste germano-hollandaise. Il s'est oppos&#233; aux choix politiques de la r&#233;volution russe et a pol&#233;miqu&#233; avec L&#233;nine et Trotsky. Nous ne partageons pas ses points de vue mais, pour &#234;tre discut&#233;s, ils doivent &#234;tre connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky et Gorter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/201124.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1920/11/201124.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5746&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5746&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorter et L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/g5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/g5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/gauchisme.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/gauchisme.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/gorter/works/1920/00/gorter_19200000_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/gorter/works/1920/00/gorter_19200000_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gorter/1921/march-action.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gorter/1921/march-action.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/nederlands/gorter/1921/1921internationale.htm?_x_tr_sl=nl&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/nederlands/gorter/1921/1921internationale.htm?_x_tr_sl=nl&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/08/vil19210814.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/08/vil19210814.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorter et le KAPD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/bock/1969/Bock7.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/bock/1969/Bock7.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/gorter-1864-1927/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/gorter-1864-1927/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/rinte45/gh.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/rinte45/gh.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/HP/Downloads/_book_9789004325937_B9789004325937_007-preview.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense du point de vue de Gorter par la gauche communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.left-dis.nl/f/brichg.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.left-dis.nl/f/brichg.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.left-dis.nl/f/gch/5.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.left-dis.nl/f/gch/5.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#233;v&#233;nements de Saint-P&#233;tersbourg (Janvier 1905)</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8288</link>
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		<dc:date>2026-08-01T22:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
NOTRE R&#201;VOLUTION &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements de Saint-P&#233;tersbourg (Janvier 1905) &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction par MOISSAYE J. OLGIN &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet essai est un triomphe. &#201;crit le 20 janvier 1905, onze jours apr&#232;s le &#171; Dimanche sanglant &#187;, il exprimait l'enthousiasme de tout v&#233;ritable r&#233;volutionnaire, &#233;veill&#233; par les signes &#233;vidents d'une temp&#234;te imminente. La marche de dizaines de milliers d'ouvriers vers le Palais d'Hiver pour remettre au &#171; Petit P&#232;re &#187; une p&#233;tition demandant &#171; du pain et la libert&#233; &#187; &#233;tait, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTRE R&#201;VOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;v&#233;nements de Saint-P&#233;tersbourg
(Janvier 1905)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;br class='autobr' /&gt;
par MOISSAYE J. OLGIN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai est un triomphe. &#201;crit le 20 janvier 1905, onze jours apr&#232;s le &#171; Dimanche sanglant &#187;, il exprimait l'enthousiasme de tout v&#233;ritable r&#233;volutionnaire, &#233;veill&#233; par les signes &#233;vidents d'une temp&#234;te imminente. La marche de dizaines de milliers d'ouvriers vers le Palais d'Hiver pour remettre au &#171; Petit P&#232;re &#187; une p&#233;tition demandant &#171; du pain et la libert&#233; &#187; &#233;tait, en apparence, une entreprise pacifique et loyale. Pourtant, elle respirait l'indignation et la r&#233;volte. Le massacre des manifestants pacifiques (dont plus de 5 000 furent tu&#233;s ou bless&#233;s) et la vague de haine et de d&#233;termination r&#233;volutionnaire qui s'ensuivit parmi les masses marqu&#232;rent le d&#233;but de vastes soul&#232;vements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trotsky, l'&#233;veil des masses &#224; l'activit&#233; politique &#233;tait non seulement un bon pr&#233;sage r&#233;volutionnaire, mais aussi la d&#233;faite de l'id&#233;ologie et des tactiques lib&#233;rales. Ces tactiques avaient &#233;t&#233; planifi&#233;es en partant du principe que le peuple russe n'&#233;tait pas m&#251;r pour une r&#233;volution. Trotsky, r&#233;volutionnaire convaincu, voyait dans le mouvement lib&#233;ral une manifestation de superstitions politiques. Pour lui, la seule voie pour renverser l'absolutisme &#233;tait la r&#233;volution violente. Pourtant, lorsque les lib&#233;raux affirmaient fi&#232;rement que les masses r&#233;volutionnaires russes n'&#233;taient que le fruit de l'imagination d&#233;bordante des r&#233;volutionnaires, tandis que le mouvement des &#233;l&#233;ments intelligents ais&#233;s &#233;tait un fait flagrant, les sociaux-d&#233;mocrates n'avaient aucune preuve mat&#233;rielle du contraire, si ce n'est des explosions sporadiques d'agitation parmi les travailleurs et, bien s&#251;r, la conviction des r&#233;volutionnaires en contact avec les masses. Il est donc ais&#233; de comprendre le triomphe d'un Trotsky ou de tout autre socialiste apr&#232;s le 9 janvier. Selon Trotzky, le 9 janvier avait rel&#233;gu&#233; le lib&#233;ralisme aux oubliettes. &#171; Nous en avons fini avec lui pour toute la p&#233;riode de la r&#233;volution &#187;, s'exclame-t-il. Le point le plus remarquable de cet essai, en termes de vision politique, est la pr&#233;diction de Trotzky selon laquelle l'aile gauche des lib&#233;raux d'Osvoboshdenie (plus tard organis&#233;s sous le nom de Parti d&#233;mocrate constitutionnel) tenterait de devenir les dirigeants des masses r&#233;volutionnaires et de les &#171; dompter &#187;. Les lib&#233;raux ne manqu&#232;rent pas de tenter cette tentative en 1905 et 1906, mais sans succ&#232;s. La social-d&#233;mocratie, en revanche, ne r&#233;ussit pas non plus compl&#232;tement &#224; diriger les masses tout au long de la r&#233;volution, comme Trotzky l'a d&#233;crit dans cet essai. Il est vrai que les sociaux-d&#233;mocrates furent le parti qui exer&#231;a la plus grande influence sur les travailleurs au cours de la tumultueuse ann&#233;e 1905 ; leurs mots d'ordre furent universellement accept&#233;s par les masses ; leurs membres figuraient partout aux premiers rangs des forces r&#233;volutionnaires ; Pourtant, les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;velopp&#233;s trop rapidement et spontan&#233;ment pour rendre possible la direction d'une organisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Olgin&lt;br class='autobr' /&gt;
1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien les faits sont invinciblement &#233;loquents ! Combien les mots sont totalement impuissants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses se sont fait entendre ! Elles ont allum&#233; des flammes r&#233;volutionnaires sur les sommets du Caucase ; elles ont affront&#233; corps &#224; corps les r&#233;giments de la garde et les Cosaques en cette inoubliable journ&#233;e du 9 janvier ; elles ont empli les rues et les places des villes industrielles du bruit et du fracas de leurs combats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses r&#233;volutionnaires ne sont plus une th&#233;orie, elles sont un fait. Pour le Parti social-d&#233;mocrate, ce fait n'a rien de nouveau. Nous l'avions pr&#233;dit depuis longtemps. Nous l'avions vu venir &#224; une &#233;poque o&#249; les bruyants banquets lib&#233;raux semblaient former un contraste frappant avec le silence politique du peuple. Les masses r&#233;volutionnaires sont un fait , affirmions-nous. Les lib&#233;raux astucieux hauss&#232;rent les &#233;paules avec m&#233;pris. Ces messieurs se croient r&#233;alistes et raisonnables uniquement parce qu'ils sont incapables de saisir les cons&#233;quences des grandes causes, parce qu'ils se font les humbles serviteurs de chaque fait politique &#233;ph&#233;m&#232;re. Ils se croient des hommes d'&#201;tat raisonnables, malgr&#233; le fait que l'histoire se moque de leur sagesse, d&#233;chirant leurs manuels scolaires, r&#233;duisant &#224; n&#233;ant leurs desseins et riant magnifiquement de leurs pr&#233;dictions pompeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas encore de peuple r&#233;volutionnaire en Russie. &#187; &#171; L'ouvrier russe est en retard sur le plan culturel, sur le plan du respect de soi, et (nous pensons principalement aux ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg et de Moscou) il n'est pas encore pr&#233;par&#233; &#224; la lutte sociale et politique organis&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que M. Struve [1] l'&#233;crit dans son Osvoboshdenie [2] . Il l'&#233;crit le 7 janvier 1905. Deux jours plus tard, le prol&#233;tariat de P&#233;tersbourg se soul&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas encore de peuple r&#233;volutionnaire en Russie. &#187; Ces mots auraient d&#251; &#234;tre grav&#233;s sur le front de M. Struve, si ce front ne ressemblait d&#233;j&#224; &#224; une sc&#232;ne politique fun&#233;raire et que son programme et sa tactique ne d&#233;termineraient l'avenir de la Russie. Avant m&#234;me que cette d&#233;claration ne parvienne &#224; ses lecteurs, les d&#233;p&#234;ches portaient jusqu'aux confins du monde le grand message du d&#233;but d'une r&#233;volution nationale en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, la R&#233;volution a commenc&#233;. Nous l'avions esp&#233;r&#233;e, nous n'en avions aucun doute. Pendant de longues ann&#233;es, cependant, elle n'avait &#233;t&#233; pour nous qu'une simple d&#233;duction de notre &#171; doctrine &#187;, que tous les imb&#233;ciles de toutes les tendances politiques avaient raill&#233;e. Ils n'avaient jamais cru au r&#244;le r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, mais ils croyaient au pouvoir des p&#233;titions des zemstvos [3] , &#224; Witte [4] , aux &#171; blocs &#187; combinant des z&#233;ros avec des z&#233;ros, &#224; Sviatopolk-Mirski, &#224; un b&#226;ton de dynamite&#8230; Il n'&#233;tait aucune superstition politique &#224; laquelle ils ne croyaient. Seule la croyance au prol&#233;tariat &#233;tait pour eux une superstition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, cependant, ne remet pas en question les oracles politiques, et le peuple r&#233;volutionnaire n'a pas besoin d'un passeport d&#233;livr&#233; par des eunuques politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution est arriv&#233;e. Un seul de ses gestes a &#233;lev&#233; le peuple sur des dizaines d'&#233;chelons qu'en temps de paix nous aurions d&#251; gravir avec peine et fatigue. La R&#233;volution est arriv&#233;e et a d&#233;truit les plans de tant d'hommes politiques qui avaient os&#233; faire leurs petits calculs politiques sans &#233;gard pour le ma&#238;tre, le peuple r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution est arriv&#233;e et a d&#233;truit des dizaines de superstitions et a manifest&#233; la puissance du programme fond&#233; sur la logique r&#233;volutionnaire du d&#233;veloppement des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution est arriv&#233;e, et la p&#233;riode de notre enfance politique est r&#233;volue. Notre lib&#233;ralisme traditionnel, dont la seule ressource &#233;tait la croyance en un heureux changement de dirigeants, est tomb&#233; aux oubliettes. Son apog&#233;e fut le r&#232;gne stupide de Sviatopolk-Mirski. Son fruit le plus m&#251;r fut l'Ukaze du 12 d&#233;cembre. [5] Mais aujourd'hui, le 9 janvier est arriv&#233;, a effac&#233; le &#171; Printemps &#187;, a instaur&#233; la dictature militaire et a promu au rang de gouverneur g&#233;n&#233;ral de Saint-P&#233;tersbourg le m&#234;me Trepov [6] , qui, peu auparavant, avait &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions de chef de la police de Moscou par la m&#234;me opposition lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lib&#233;ralisme qui ne se souciait pas de la r&#233;volution, qui ourdissait des complots en coulisses, qui ignorait les masses, qui ne comptait que sur son g&#233;nie diplomatique, a &#233;t&#233; balay&#233;. Nous en avons fini avec lui pour toute la p&#233;riode de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lib&#233;raux de gauche suivront d&#233;sormais le peuple. Ils tenteront bient&#244;t de le prendre en main. Le peuple est une puissance. Il faut le ma&#238;triser . Mais il est aussi une puissance r&#233;volutionnaire. Il faut donc le dompter . Telle est, de toute &#233;vidence, la future tactique du groupe Osvoboshdenie . Notre combat pour la r&#233;volution, notre travail pr&#233;paratoire &#224; la r&#233;volution, doit aussi &#234;tre notre combat sans merci contre le lib&#233;ralisme pour influencer les masses et jouer un r&#244;le moteur dans la r&#233;volution. Dans ce combat, nous serons soutenus par une grande puissance, la logique m&#234;me de la r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution est arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes prises par le soul&#232;vement du 9 janvier &#233;taient impr&#233;visibles. Un pr&#234;tre r&#233;volutionnaire, plac&#233; de mani&#232;re d&#233;routante par l'histoire &#224; la t&#234;te des masses ouvri&#232;res pendant plusieurs jours, a imprim&#233; aux &#233;v&#233;nements l'empreinte de sa personnalit&#233;, de ses conceptions, de son rang. Cette forme peut induire en erreur plus d'un observateur quant &#224; la substance r&#233;elle des &#233;v&#233;nements. Leur signification r&#233;elle, cependant, est pr&#233;cis&#233;ment celle que la social-d&#233;mocratie avait pr&#233;vue. La figure centrale est le prol&#233;tariat. Les ouvriers d&#233;clenchent une gr&#232;ve, s'unissent, formulent des revendications politiques, descendent dans la rue, gagnent la sympathie enthousiaste de toute la population, engagent des combats avec l'arm&#233;e&#8230; Le h&#233;ros, Gapone [7] , n'a pas cr&#233;&#233; l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire des ouvriers de P&#233;tersbourg, il l'a seulement lib&#233;r&#233;e. Il a trouv&#233; des milliers d'ouvriers pensants et des dizaines de milliers d'autres en &#233;tat d'agitation politique. Il a &#233;labor&#233; un plan qui a uni toutes ces masses &#8211; l'espace d'une journ&#233;e. Les masses sont all&#233;es parler au tsar. Ils se retrouv&#232;rent face &#224; des Oulans, des Cosaques, des gardes. Le plan de Gapone n'avait pas pr&#233;par&#233; les ouvriers &#224; cela. Quel fut le r&#233;sultat ? Ils s'empar&#232;rent des armes partout o&#249; ils le purent, construisirent des barricades&#8230; Ils combattirent, m&#234;me s'ils all&#232;rent apparemment implorer la cl&#233;mence. Cela montre qu'ils n'&#233;taient pas l&#224; pour implorer, mais pour exiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Saint-P&#233;tersbourg manifesta une vivacit&#233; politique et une &#233;nergie r&#233;volutionnaire d&#233;passant de loin les limites du plan &#233;labor&#233; par un dirigeant occasionnel. Le plan de Gapone contenait de nombreux &#233;l&#233;ments de romantisme r&#233;volutionnaire. Le 9 janvier, il s'effondra. Pourtant, le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire de Saint-P&#233;tersbourg n'est pas du romantisme, c'est une r&#233;alit&#233; vivante. Il en va de m&#234;me pour le prol&#233;tariat des autres villes. Une vague &#233;norme d&#233;ferle sur la Russie. Elle ne s'est pas encore calm&#233;e. Un seul choc, et le crat&#232;re prol&#233;tarien se mettra &#224; jaillir des torrents de lave r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat s'est soulev&#233;. Il a choisi un pr&#233;texte accessoire et un chef occasionnel : un pr&#234;tre d&#233;vou&#233;. Cela semblait suffisant au d&#233;but. Ce n'&#233;tait pas suffisant pour vaincre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire exige non pas une m&#233;thode romantique fond&#233;e sur un plan illusoire, mais une tactique r&#233;volutionnaire. Il faut pr&#233;parer une action simultan&#233;e du prol&#233;tariat de toute la Russie. C'est la premi&#232;re condition. Aucune manifestation locale n'a plus de signification politique s&#233;rieuse. Apr&#232;s l'insurrection de Saint-P&#233;tersbourg, seul un soul&#232;vement panrusse doit avoir lieu. Des explosions dispers&#233;es ne feraient qu'&#233;puiser la pr&#233;cieuse &#233;nergie r&#233;volutionnaire, sans r&#233;sultat. Partout o&#249; des explosions spontan&#233;es se produisent, comme un &#233;cho tardif de l'insurrection de Saint-P&#233;tersbourg, elles doivent &#234;tre utilis&#233;es pour r&#233;volutionner et consolider les masses, pour populariser parmi elles l'id&#233;e d'un soul&#232;vement panrusse comme t&#226;che des mois, voire des semaines &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu ici de discuter de la technique d'un soul&#232;vement populaire. Les questions de technique r&#233;volutionnaire ne peuvent &#234;tre r&#233;solues que de mani&#232;re pratique, sous la pression de la lutte et en communication constante avec les membres actifs du Parti. Il ne fait cependant aucun doute que les probl&#232;mes techniques de l'organisation d'un soul&#232;vement populaire rev&#234;tent actuellement une importance capitale. Ils exigent l'attention collective du Parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotzky aborde ensuite la question de l'armement, des arsenaux, des affrontements avec les unit&#233;s de l'arm&#233;e, des barricades, etc. Puis il poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme indiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, ces questions doivent &#234;tre r&#233;solues par les organisations locales. Bien s&#251;r, il ne s'agit que d'une t&#226;che mineure compar&#233;e &#224; la direction politique des masses. Pourtant, cette t&#226;che est essentielle pour la direction politique elle-m&#234;me. L'organisation de la r&#233;volution devient aujourd'hui l'axe central de la direction politique des masses en r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les exigences pour ce leadership ? Quelques &#233;l&#233;ments tr&#232;s simples : s'affranchir de la routine en mati&#232;re d'organisation ; s'affranchir des traditions n&#233;fastes de conspiration clandestine ; avoir une vision large ; faire preuve d'initiative ; &#234;tre capable d'&#233;valuer les situations ; faire preuve de courage, une fois de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements du 9 janvier nous ont donn&#233; un &#233;lan r&#233;volutionnaire. Nous ne devons jamais retomber en dessous. Nous devons faire de ce point de d&#233;part notre moteur pour faire avancer la r&#233;volution. Nous devons impr&#233;gner notre travail de propagande et d'organisation des id&#233;es politiques et des aspirations r&#233;volutionnaires du soul&#232;vement des ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe a atteint son apog&#233;e : un soul&#232;vement national. L'organisation de ce soul&#232;vement, qui d&#233;terminera le sort de toute la r&#233;volution, devient la t&#226;che quotidienne de notre Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut y parvenir, sauf nous. Le pr&#234;tre Gapone n'a pu appara&#238;tre qu'une seule fois. Il nourrissait d'extraordinaires illusions [8] , c'est pourquoi il a pu accomplir ce qu'il a fait. Pourtant, il n'a pu rester &#224; la t&#234;te des masses que pour une br&#232;ve p&#233;riode. Le souvenir de Georges Gapone restera toujours cher au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Pourtant, son souvenir sera celui d'un h&#233;ros qui a ouvert les vannes du torrent r&#233;volutionnaire. Si une nouvelle figure se pr&#233;sentait aujourd'hui au front, &#233;gale &#224; Gapone par son &#233;nergie, son enthousiasme r&#233;volutionnaire et la puissance de ses illusions politiques, son arriv&#233;e serait trop tardive. Ce qui &#233;tait grand chez Georges Gapone peut aujourd'hui para&#238;tre ridicule. Il n'y a pas de place pour un second Georges Gapone, car ce qu'il faut maintenant, ce n'est pas une illusion, mais une pens&#233;e r&#233;volutionnaire claire, un plan d'action d&#233;cisif, une organisation r&#233;volutionnaire flexible capable de donner un mot d'ordre aux masses, de les mener sur le champ de bataille, de lancer une attaque sur toute la ligne et de mener la r&#233;volution &#224; une conclusion victorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle organisation ne peut &#234;tre que l'&#339;uvre de la social-d&#233;mocratie. Aucun autre parti n'est en mesure de la cr&#233;er. Aucun autre parti ne peut donner aux masses un mot d'ordre r&#233;volutionnaire, car personne, en dehors de notre parti, ne s'est lib&#233;r&#233; de toute consid&#233;ration &#233;trang&#232;re aux int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution. Aucun autre parti, &#224; l'exception de la social-d&#233;mocratie, n'est en mesure d'organiser l'action des masses, car personne, hormis notre parti, n'est &#233;troitement li&#233; aux masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Parti a commis de nombreuses erreurs, des b&#233;vues, presque des crimes. Il a h&#233;sit&#233;, esquiv&#233;, h&#233;sit&#233;, fait preuve d'inertie et de manque de courage. Il a parfois entrav&#233; le mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas d'autre parti r&#233;volutionnaire que le Parti social-d&#233;mocrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos organisations sont imparfaites. Nos liens avec les masses sont insuffisants. Notre technique est primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, il n'existe pas d'autre parti li&#233; aux masses que le Parti social-d&#233;mocrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la t&#234;te de la R&#233;volution se trouve le prol&#233;tariat ! &#192; la t&#234;te du prol&#233;tariat se trouve la social-d&#233;mocratie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;ployons toutes nos forces, camarades ! Investissons-y toute notre &#233;nergie et toute notre passion. N'oublions pas un instant la grande responsabilit&#233; qui incombe &#224; notre Parti : une responsabilit&#233; face &#224; la R&#233;volution russe et face au socialisme international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat du monde entier nous attend avec impatience. La r&#233;volution russe victorieuse ouvre de vastes perspectives &#224; l'humanit&#233;. Camarades, accomplissons notre devoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serrons les rangs, camarades ! Unissons-nous, et unissons les masses ! Pr&#233;parons-nous, et pr&#233;parons les masses pour le jour des actions d&#233;cisives ! N'oublions rien. Ne laissons aucune force inutilis&#233;e pour la Cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courageux, honn&#234;tes, harmonieusement unis, nous marcherons en avant, li&#233;s par des liens ind&#233;fectibles, fr&#232;res dans la R&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes explicatives (par M. Olgin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Peter Struve, d'abord socialiste, puis lib&#233;ral, &#233;tait le r&#233;dacteur en chef de l' Osvoboshdenie . Struve est un &#233;conomiste et l'un des principaux journalistes lib&#233;raux de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Osvoboshdenie ( &#201;mancipation ) &#233;tait le nom d'un magazine lib&#233;ral publi&#233; &#224; Stuttgart, en Allemagne, et introduit clandestinement en Russie pour &#234;tre distribu&#233; aux lib&#233;raux des zemstvos et autres &#233;l&#233;ments progressistes regroup&#233;s autour de l'organisation des zemstvos. L' Osvoboshdenie pr&#244;nait une monarchie constitutionnelle. Il &#233;tait cependant oppos&#233; aux m&#233;thodes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les p&#233;titions des zemstvos, accept&#233;es sous forme de r&#233;solutions lors des r&#233;unions des organes lib&#233;raux des zemstvos et transmises au gouvernement central, &#233;taient l'un des moyens utilis&#233;s par les lib&#233;raux dans leur lutte pour une Constitution. R&#233;dig&#233;es dans un langage tr&#232;s mod&#233;r&#233;, ces p&#233;titions exigeaient l'abolition de &#171; l'anarchie &#187; de l'administration et l'instauration d'un &#171; ordre juridique &#187;, c'est-&#224;-dire d'une Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Sergius Witte, ministre des Finances dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle et jusqu'&#224; la r&#233;volution de 1905, &#233;tait connu comme un bureaucrate de tendance lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L'Ukase du 12 d&#233;cembre 1905 &#233;tait une r&#233;ponse du gouvernement aux revendications politiques persistantes du &#171; Printemps &#187;. L'Ukase promettait un certain nombre de r&#233;formes bureaucratiques insignifiantes, ne mentionnait m&#234;me pas la repr&#233;sentation populaire et mena&#231;ait de sanctions plus s&#233;v&#232;res en cas de &#171; troubles &#224; l'ordre public &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Trepov &#233;tait l'un des bureaucrates les plus d&#233;test&#233;s, un &#233;l&#232;ve d&#233;vou&#233; de Von Plehve dans le travail de noyer les mouvements r&#233;volutionnaires dans le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Georges Gapone &#233;tait le pr&#234;tre qui organisa la marche du 9 janvier. L'admiration de Trotsky pour l'h&#233;ro&#239;sme de Gapone &#233;tait initialement partag&#233;e par de nombreux r&#233;volutionnaires. Plus tard, on apprit que Gapone joua un r&#244;le douteux, en tant qu'ami des travailleurs et agent du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Les &#171; illusions politiques &#187; de Georges Gapone, &#233;voqu&#233;es dans cet essai, r&#233;sidaient dans sa supposition que le tsar &#233;tait un p&#232;re aimant pour son peuple. Gapone esp&#233;rait atteindre l'empereur de toutes les Russies et lui faire &#171; recevoir de main en main la p&#233;tition des ouvriers &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ecrits de Trotsky de mars &#224; mai 1916</title>
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		<dc:date>2026-07-29T22:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ecrits de Trotsky de mars &#224; mai 1916 &lt;br class='autobr' /&gt;
Salut &#224; Franz Mehring et Rosa Luxemburg &lt;br class='autobr' /&gt;
3 mars 1916 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 27 f&#233;vrier (1916) Franz Mehring avait 70 ans. Le publiciste le plus remarquable de la social-d&#233;mocratie allemande et en m&#234;me temps le plus brillant historien de son d&#233;veloppement historique et politique entrant dans sa huiti&#232;me d&#233;cennie &#224; l'&#233;poque de la crise la plus cruelle du socialisme mondial et par dessus tout de la social-d&#233;mocratie allemande. Laissez-nous dire d&#232;s maintenant : si Mehring (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ecrits de Trotsky de mars &#224; mai 1916&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Salut &#224; Franz Mehring et Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 mars 1916&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier (1916) Franz Mehring avait 70 ans. Le publiciste le plus remarquable de la social-d&#233;mocratie allemande et en m&#234;me temps le plus brillant historien de son d&#233;veloppement historique et politique entrant dans sa huiti&#232;me d&#233;cennie &#224; l'&#233;poque de la crise la plus cruelle du socialisme mondial et par dessus tout de la social-d&#233;mocratie allemande. Laissez-nous dire d&#232;s maintenant : si Mehring nous est si cher et si proche maintenant ce n'est en tant qu'historien ou publiciste &#233;m&#233;rite du socialisme allemand : le sol est trop br&#251;lant sous nos pieds pour regarder derri&#232;re nous et consid&#233;rer les gens selon leurs m&#233;rites historiques ; nous avons rompu imm&#233;diatement avec plusieurs personnalit&#233;s honor&#233;es, &#8212; non seulement en tant qu'adversaires id&#233;ologiques, mais en tant qu'ennemis politiques. Si l'historien des luttes internes de la social-d&#233;mocratie allemande nous est si proche maintenant c'est parce que dans la lutte pr&#233;sente, aujourd'hui, il a courageusement et sans h&#233;sitation pris la position que nous consid&#233;rons comme le devoir socialiste et l'honneur r&#233;volutionnaire. D&#232;s le d&#233;but de la guerre Mehring s'est prononc&#233;, dans de nombreux articles et discours, contre cette trahison, renforc&#233;e &#224; la h&#226;te par les eunuques autoritaires des instances du parti, sous le nom pompeux de &#171; paix civile &#187;. Avec Rosa Luxemburg il a publi&#233; un num&#233;ro du journal &#171; L'Internationale &#187; dont le nom &#233;tait tout &#224; la fois un programme et un d&#233;fi &#224; la politique du parti du 4 ao&#251;t. Dans une p&#233;riode d'&#233;croulement mena&#231;ant, de l'apostasie des uns et de la faiblesse passive des autres, l'intervention de Mehring contre la politique &#171; des instances du parti &#187; a fourni un appui inestimable au r&#233;veil de l'opposition sur l'aile gauche, qui est maintenant le v&#233;ritable support de l'honneur du prol&#233;tariat allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette lutte, avec Mehring, il y avait Rosa Luxemburg, qui maintenant, apr&#232;s un an d'emprisonnement a retrouv&#233; la libert&#233; &#8212; pour une nouvelle lutte. Tous deux &#8212; Mehring et Luxemburg &#8212; ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s de nous par les tranch&#233;es du militarisme creus&#233;es par les classes dirigeantes. Mais dans cette lutte que nous menons contre l'Etat de classe macul&#233; de sang frais et poursuivi de nouvelles mal&#233;dictions ; ce combat que nous menons contre ses ma&#238;tres, ses d&#233;fenseurs et ses fervents esclaves Mehring et Luxemburg sont du m&#234;me c&#244;t&#233; de la tranch&#233;e passant au travers de tout le monde capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les personnes de Franz Mehring et de Rosa Luxemburg nous saluons le noyau spirituel de l'opposition r&#233;volutionnaire allemande avec laquelle nous sommes li&#233;s par une indissoluble fraternit&#233; des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nache Slovo n&#176;53 --- 3 mars 1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : Remarques d'un lecteur IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Nach&#233; Slovo, No. 64, 16 mars 1916. L&#233;on Trotsky : La Guerre et la R&#233;volution. Le naufrage de la II&#8221; Internationale. Les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Paris 1974, pp. 146-148]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cervantes et Swift&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois cents ans se sont &#233;coul&#233;s depuis la mort de Cervant&#232;s. Cela provoque de nombreux articles dans les journaux des camps bellig&#233;rants. On pourrait y voir la force des questions culturelles et historiques de l'humanit&#233; si&#8230; c'&#233;tait possible&#8230; On regarde Cervant&#232;s &#224; peu pr&#232;s comme on le fait pour les &#171; hauts &#187; monuments de l'Art ; on les estime maintenant du point de vue suivant : que valent-ils comme observatoires, sont-ils bons pour obtenir un bon pointage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cr&#233;ateur de Don Quichotte a &#233;t&#233; mobilis&#233; en qualit&#233; d'agitateur au b&#233;n&#233;fice des journaux des Puissances en guerre. Si les chr&#233;tiens des deux camps hostiles se coiffent du casque au nom du Sauveur, pourquoi les motifs manqueraient-ils aux historiens d'&#233;pargner Cervant&#232;s ? Mais l'affaire ne s'est pas limit&#233;e &#224; la litt&#233;rature historique. Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res allemand a pass&#233; une nuit blanche en se &#171; penchant &#187; sur les aventures du Chevalier de la Manche, et le lendemain a convoqu&#233; le correspondant espagnol pour lui confier ses impressions &#8211; qui font autorit&#233; &#8211; sur les qualit&#233;s sup&#233;rieures de l'&#339;uvre de Cervant&#232;s. Le Junker-diplomate n'ignore rien de la signification du facteur subjectif &#224; c&#244;t&#233; d'autres moyens plus mat&#233;riels et il estime indispensable de flatter la vanit&#233; nationale du &#171; fier hidalgo &#187;. En apprenant cette interview diplomatico-litt&#233;raire, la presse fran&#231;aise est devenue verte d'envie ! Parmi les ministres &#171; capables &#187;, sans portefeuille (ce qui ne les surm&#232;ne pas), il y en a qui ont assez bonne m&#233;moire pour supporter une interview au sujet de Don Quichotte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudrait aussi rafra&#238;chir leurs m&#233;moires quant &#224; l'auteur de Gulliver, Jonathan Swift, ce contempteur de la bassesse humaine. L'an prochain, il y aura 250 ans que Swift est n&#233;. Tous ces diplomates et ministres si cultiv&#233;s savent que Swift a lutt&#233; pour les droits des Irlandais, qu'il est n&#233; et mort &#224; Dublin. Il serait int&#233;ressant de savoir si les canons de Lloyd George ont d&#233;moli les maisons que Swift habita. Nous n'osons affirmer que cela influencera la destin&#233;e lointaine du &#171; Home Rule &#187;, mais nous ne doutons pas que l'esprit misanthropique de .Swift pourra s'y exercer &#224; l'aise. Faites vos jeux, messieurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La loi de la m&#233;canique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des Balkans (elle aussi est appel&#233;e lib&#233;ratrice) a d&#233;but&#233; par l'&#233;tablissement de la censure ; les bouches &#224; feu re&#231;oivent la facult&#233; de proclamer les commencements de la libert&#233;, seulement quand les bouches humaines sont munies de solides b&#226;illons. Le gouverneur de Sofia (la Bulgarie, elle aussi, m&#232;ne la lutte de la civilisation contre la barbarie) a frapp&#233; la table de sa cravache en criant au r&#233;dacteur du Rabotchi Viestnik : &#171; Je te r&#233;digerai le journal sur le dos&#8230; &#187; Ce gouverneur est un voleur bien connu, ce qui ne l'emp&#234;che pas de mettre la &#171; guerre lib&#233;ratrice &#187; &#224; l'&#233;cart de toute critique socialiste en particulier et de tout effort de la cervelle humaine en g&#233;n&#233;ral. Quand on voit que la presse et &#171; l'opinion g&#233;n&#233;rale &#187; s'inclinent devant la censure &#224; cravache, on ne peut que consid&#233;rer avec m&#233;fiance la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne. Nous avons donc &#233;norm&#233;ment appris, [Ici vingt lignes censur&#233;es&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu'un dans la presse fran&#231;aise m&#232;ne le combat contre les &#171; bouches b&#226;illonn&#233;es &#187;, c'est bien Clemenceau. Il se regarde comme membre de la corporation qui est appel&#233;e &#224; b&#226;illonner les autres et il &#233;clate en fureur quand un des fonctionnaires, qui demain lui seront subordonn&#233;s, censure ses articles. (Remarque : il est plus facile de censurer que d'&#233;crire.) Quand Clemenceau est furieux, rien n'est sacr&#233; pour lui. Quand Viviani ferma Goloss, appliquant les d&#233;crets de sa propre censure, Clemenceau ne broncha pas. Il ne souleva pas une seule fois la question de la censure au S&#233;nat, ne d&#233;sirant pas que les parlementaires lui fassent des difficult&#233;s &#224; l'avenir. Mais on ne peut nier que Clemenceau, l'Homme encha&#238;n&#233;, et qui cherche &#224; encha&#238;ner les autres, ne jette &#224; la face des puissants du jour quelques avertissements bien m&#233;rit&#233;s.1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pens&#233;e collective travaille lentement&#8230; les hommes sont au front, les vieux et les femmes sont r&#233;duits &#224; la passivit&#233;&#8230; Mais quand nous arriverons au bout de cette guerre cruelle, nous aurons pass&#233; par des &#233;preuves qui auront accru notre r&#233;ceptivit&#233;. Qui peut pr&#233;voir les formes que prendra notre r&#233;action &#224; nos souffrances ? A leur retour, nos h&#233;ros ne voudront-ils pas, en premier lieu, savoir et juger ? Les m&#232;res, les femmes, les enfants feront le compte des victimes, des morts et des mutil&#233;s. Ce sera l'heure de la prise de conscience et les b&#226;illonneurs n'auront plus qu'&#224; se terrer ! D'ici-l&#224;, quelque chose se produira dans les tranch&#233;es. L'accumulation des pens&#233;es, trop longtemps retenues, exige une explication au grand jour. La loi de la m&#233;canique nous enseigne qu'&#224; l'action succ&#232;de la r&#233;action. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clemenceau peut &#233;videmment se tromper en sp&#233;culant sur le fait que la &#171; loi de la m&#233;canique &#187; r&#233;soudra son probl&#232;me majeur : prendre le pouvoir ! Mais lui au moins il pr&#233;voit l'&#233;croulement catastrophique dans l'esprit des masses et en ceci r&#233;side sa sup&#233;riorit&#233; sur de nombreux fantoches politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grandeurs&#8230; la troisi&#232;me &#224; part&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un de ses articles de Prisiv, Pl&#233;khanov a &#171; d&#233;grad&#233; &#187; Grimm en le nommant &#171; monsieur &#187;, car ce dernier ne reconna&#238;t pas la d&#233;fense de la patrie, alors que Gustave Herv&#233; est appel&#233; &#171; camarade &#187; pour son refus viril des vieux pr&#233;jug&#233;s de l'anti-patriotisme. Donc en France, Herv&#233; devient le camarade de Pl&#233;khanov, de m&#234;me que Mussolini en Italie et Heydemann en Angleterre, tous transfuges du Parti. Un point reste cependant obscur : qui est le camarade de Pl&#233;khanov en Allemagne ? Il est impossible qu'il ne se trouve pas, dans toute la Social-d&#233;mocratie allemande, un homme ne poss&#233;dant pas les droits au titre de camarade sur le m&#234;me pian que Mussolini et Herv&#233;. Il est vrai que le bras droit de Hyndman, Adolphe Smith, estime que l'Internationale doit se limiter aux &#171; nations libres &#187;, excluant les socialistes vivant sous le joug des Hohenzollern : cela lui va bien &#224; cet &#171; authentique anglais &#187; de se r&#233;clamer de ses anc&#234;tres, de m&#234;me qu'en France fleurit le parlementarisme ! Mais les anc&#234;tres de Pl&#233;khanov ? En quoi ont-ils favoris&#233; la libert&#233; ? On peut, bien s&#251;r, &#233;tablir une notion de libert&#233; telle qu'elle englobe Tachkent et exclut Berlin : mais le probl&#232;me n'est pas ais&#233; et proclamons l'ingrate v&#233;rit&#233;. Si l'on n'exclut pas les nations &#171; non libres &#187;, qui peut-on appeler d'Allemagne pour rejoindre la cohorte des camarades de Pl&#233;khanov ? La r&#233;ponse la plus exacte nous est fournie par Herv&#233; lui-m&#234;me. Dans sa s&#233;rie d'articles du mois d'avril, il rejette la responsabilit&#233; de la guerre sur la lutte des classes et pr&#244;ne le d&#233;veloppement sauveur d'un authentique national-socialisme en France et en Allemagne. &#171; Le seul moyen d'&#233;viter cette &#233;pouvantable guerre aurait &#233;t&#233; la transformation de la Social-d&#233;mocratie en un parti national-socialiste, tel que veut le faire S&#252;dekum avec l'appui de la majorit&#233; des socialistes allemands, lui qui est mille fois plus intelligent et r&#233;aliste que Haase. Ce parti aurait d&#251; s'unir aux partis de gauche bourgeois pour &#233;tablir un r&#233;gime parlementaire&#8230; &#187; (Victoire, n&#176; 93.) Ainsi Herv&#233; vient de reconna&#238;tre que son h&#233;ritier spirituel en Allemagne est S&#252;dekum Du moment que Pl&#233;khanov regarde Herv&#233; comme son &#233;mule, il s'ensuit que nous avons devant nous deux &#171; g&#233;ants &#187;, le troisi&#232;me &#224; part. Il s'ensuit que l'h&#233;ritier spirituel de Pl&#233;khanov n'est autre que S&#252;dekum. Nos lecteurs savent que nous l'avions devin&#233;. Nous en avons maintenant la confirmation math&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Clemenceau changea le titre de son journal, L'Homme libre, contre celui de L'Homme encha&#238;n&#233;, en guise de protestation contre la censure, qui en cette p&#233;riode ne le servait pas, mais lui &#233;tait hostile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comments&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : Vers le schisme de la fraction parlementaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;social-d&#233;mocrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Nach&#233; Slovo, No. 79, 2 avril 1916. L&#233;on Trotsky : La Guerre et la R&#233;volution. Le naufrage de la IIe Internationale. Les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Tome deuxi&#232;me. Paris 1974, pp. 178-181]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le schisme de la fraction parlementaire social-d&#233;mocrate ouvre un nouveau chapitre du mouvement socialiste international &#171; du temps de guerre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les dix-douze derni&#232;res ann&#233;es, approximativement entre la guerre des Boers et le conflit actuel, le d&#233;veloppement des forces de production et l'expansion capitaliste prirent un tour gigantesque. Parall&#232;lement se manifestaient l'accroissement du mouvement ouvrier et l'&#233;galisation de ses m&#233;thodes et de ses formes. Dans le domaine politique, la tactique formellement ind&#233;pendante du parlementarisme s'orientait suivant la ligne du &#171; moindre mal &#187;. Le prol&#233;tariat anglais, par la cr&#233;ation du Parti travailliste, s'alignait sur tout le front politique. Dans les sph&#232;res professionnelles, les diff&#233;rences de type anglais, fran&#231;ais et allemand, disparurent : les comit&#233;s de l'industrie domin&#232;rent dans l'organisation ; l'accord douanier devint la supr&#234;me constitution des rapports industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'uniformit&#233; des conditions et des m&#233;thodes de la lutte de classe engendra une psychologie uniforme. Dans les pays les plus anciens du capitalisme et du mouvement ouvrier, la guerre provoqua une r&#233;action uniforme : l'affaiblissement des Partis prol&#233;tariens. En faut-il de l'aveuglement pour ne pas le voir et chercher les causes de la faillite de l'Internationale dans les livres jaunes, oranges et autres des diplomates ou dans les dispositions strat&#233;giques des arm&#233;es bellig&#233;rantes ! Quel degr&#233; d'aveuglement id&#233;ologique ne faut-il pas pour voir une opposition de principe dans les tendances que d&#233;fend ici Renaudel et l&#224;-bas Scheidemann ! Admettons que les coupables soient les diplomates des monarchies centrales : cela change-t-il la valeur de Pl&#233;khanov, Potriessov, Guesde, Sembat, Renaudel, Longuet, telle qu'elle s'est d&#233;voil&#233;e dans l'&#233;preuve des &#233;v&#233;nements ? N'est-il pas clair que si demain, par la volont&#233; du destin, se trouvaient &#224; la t&#234;te de l'Allemagne des parangons de morale internationale tels que les Romanov et sa bureaucratie, ou m&#234;me les personnalit&#233;s des gouvernements fran&#231;ais successifs, si, &#224; la t&#234;te des Alli&#233;s se trouvaient les &#171; pirates et les bandits &#187; de l'&#233;cole Hohenzollern, &#8211; nous demandons respectueusement &#224; la censure de nous accorder cette hypoth&#232;se purement logique &#8211; , ces changements, mesur&#233;s &#224; l'aide d'un &#233;talon microm&#233;trique, n'apporteraient rien de nouveau &#224; la conscience politiquement nationale avec laquelle Scheidemann, Ebert, Pl&#233;khanov et Renaudel sont entr&#233;s en guerre. Mais c'est le n&#339;ud de l'affaire : le social-patriotisme paralyse la volont&#233; et la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ont-ils &#224; se d&#233;cha&#238;ner comme des salauds &#8211; il n'y a pas d'autre expression &#8211; contre la Social-d&#233;mocratie allemande, ces chauvinistes franco-russes, sous la direction de Laskine, ce sycophante de bas &#233;tage et de Herv&#233;, l'oracle des concierges ? Que signifie pour eux la vie int&#233;rieure de la Social-d&#233;mocratie ? Cette lutte interne, que signifie-t-elle pour eux si elle ne soulage pas les arm&#233;es de Nicolas, &#171; la victoire la plus compl&#232;te possible &#187; sur l'Allemagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la Social-d&#233;mocratie, le parti classique de la II' Internationale que se rencontre l'expression la plus parfaite du processus de la crise et de la renaissance socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres Partis : russe, italien, serbe, roumain et bulgare, se sont montr&#233;s &#8211; subitement, &#224; premi&#232;re vue &#8211; , plus sto&#239;ques que l'allemand, dans l'&#233;preuve de fer et de feu de la guerre. Notre Social-d&#233;mocratie russe, sous la forme de sa maudite &#233;migration, joue, dans une large mesure, un r&#244;le initiateur dans la formation de la nouvelle Internationale. Mais il serait impardonnable de se tromper soi-m&#234;me quant aux pr&#233;misses historiques de ce r&#244;le. Seul un revirement total de la Social-d&#233;mocratie allemande peut assurer la cr&#233;ation d'une Internationale r&#233;volutionnaire centralis&#233;e, tout comme, seule, la prise du pouvoir en Allemagne par le prol&#233;tariat peut assurer la victoire de la r&#233;volution sociale en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici pourquoi l'on peut affirmer que le schisme de la fraction parlementaire social-d&#233;mocrate ouvre un nouveau chapitre du mouvement ouvrier europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne dira que le groupe oppositionnel de Haase et Ledebour a p&#233;ch&#233; par manque de patience ou par un exc&#232;s d'initiative r&#233;volutionnaire. Au contraire, il a fait tout son possible , &#8211; tant qu'il en avait la possibilit&#233; physique &#8211; , pour r&#233;duire son opposition au minimum et sauver l'unit&#233; de son organisation. Personne ne dira &#8211; en tout cas, nous ne le dirons pas &#8211; que les conceptions du groupe Haase-Ledebour se distinguent par la nettet&#233; politique et, raison de plus, par la fermet&#233; social-r&#233;volutionnaire. En d&#233;pit de fortes divergences individuelles dans le groupe, ses opinions aboutissent au pacifisme socialiste : pour lui, la guerre se pr&#233;sente, non comme une &#233;tape vers le d&#233;veloppement des contradictions mondiales et la locomotive de l'Histoire, mais comme un &#171; malheur colossal &#187; qui a arr&#234;t&#233; le d&#233;veloppement de la culture, en particulier celle qui s'exprimait par la lutte du prol&#233;tariat. Ces pacifistes ne voient qu'une fin rapide, si possible &#171; inoffensive &#187; de la guerre, qui assurerait le r&#233;tablissement de &#171; l'ancienne &#187; organisation et de ses m&#233;thodes &#171; &#233;prouv&#233;es &#187;. C'est ignorer totalement que l'Imp&#233;rialisme, tendant &#224; la domination mondiale (une pens&#233;e de fous et d'idiots, selon Haase) ne rendra pas possible le retour sur les anciennes routes. Le prol&#233;tariat, devant la crainte de la dissolution politique, devra accomplir un saut historique sur une marche plus haute de la lutte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, le schisme de la fraction social-d&#233;mocrate est un &#233;v&#233;nement de grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat allemand, comme l'industrie allemande, est n&#233; avec une rapidit&#233; fi&#233;vreuse. Le d&#233;veloppement industriel engendrait sans cesse des contradictions, mais il les r&#233;solvait par son expansion m&#234;me. L'absence de d&#233;mocratie bourgeoise entra&#238;na la lutte du prol&#233;tariat pour la prise du pouvoir. La tactique de la Social-d&#233;mocratie consistait &#224; &#233;viter des heurts trop violents avec un Pouvoir fortement concentr&#233;, &#224; accumuler les probl&#232;mes non r&#233;solus et, en vue de leurs futures solutions, de rassembler les forces organisatrices. Toute l'&#233;nergie de classe du prol&#233;tariat, tout son id&#233;alisme cr&#233;ateur ne trouv&#232;rent pas d'exutoire dans une lutte ouverte, pleine d'abn&#233;gation pour son id&#233;al et se dispers&#232;rent dans l'&#233;tablissement de l'organisation du Parti, dans l'agrandissement, l'enrichissement de cette derni&#232;re. Dans son propre Parti, dans ses comit&#233;s, ses coop&#233;ratives, le prol&#233;tariat ne trouva pas d'arme pour une lutte directe, mais le succ&#233;dan&#233; de ce qu'il ne trouvait pas dans le gouvernement : sa propre &#171; d&#233;mocratie ouvri&#232;re &#187; o&#249; il se sentait patron. &#171; Le f&#233;tichisme organisationnel &#187; de la Social-d&#233;mocratie allemande &#8211; quel moujik ne se moquerait pas du &#171; Fritz &#187; &#224; cette occasion ? &#8211; s'est r&#233;v&#233;l&#233; comme un affaiblissement du d&#233;veloppement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hilferding a r&#233;p&#233;t&#233;, il n'y a pas longtemps, une pens&#233;e, paradoxale par la forme, qu'il exprimait souvent autrefois : la Social-d&#233;mocratie allemande est devenue, par la force de la dialectique historique, un facteur anti-r&#233;volutionnaire freinant l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Tout m&#233;canisme poss&#232;de sa force d'inertie qui ne peut &#234;tre vaincue que par la force vive de la vapeur, de l'&#233;lectricit&#233;, etc. L'organisation ouvri&#232;re a, elle aussi, son inertie qui n'est combattue que par la force vive de l'&#233;nergie prol&#233;tarienne. Mais dans cette organisation qui remettait toujours &#224; plus tard les solutions &#233;nergiques, l'inertie finit par atteindre des dimensions colossales. Quand la guerre imp&#233;rialiste secoua les fondements capitalistes des soci&#233;t&#233;s et mit en question le d&#233;veloppement de l'Europe, quand sonna l'heure de &#171; l'action d&#233;cisive &#187;, l'appareil du Parti, se refusant &#224; une refonte interne profonde, se trouva en contradiction avec son propre but. Le personnel dirigeant se montra incomparablement plus li&#233; avec les besoins du Capitalisme qu'avec les probl&#232;mes du Socialisme et, suivant le courant social-patriotique, entra&#238;na les masses avec lui. L'id&#233;e de la discipline et de l'unit&#233; organiques devint une arme r&#233;actionnaire directe dans les mains du personnel dirigeant qui se transforma en une oligarchie. De m&#234;me qu'en France l'id&#233;e de la R&#233;publique, h&#233;riti&#232;re de la R&#233;volution, etc&#8230;, fut un moyen id&#233;ologique pour hypnotiser les masses, de m&#234;me en Allemagne, l'id&#233;e de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. L'exploitation du f&#233;tichisme organisationnel fut accomplie par les sociaux-patriotes, avec l'appui actif du centre oppositionnel, qui pla&#231;ait l'unit&#233; au-dessus du but gr&#226;ce auquel l'organisation avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e. Il fallut vingt mois de guerre et d'hostilit&#233; entre les sociaux-patriotes et les int&#233;r&#234;ts &#233;l&#233;mentaires des classes laborieuses, pour amener au schisme. Ce dernier porte un coup mortel au f&#233;tichisme organisationnel. Il y a maintenant deux fractions devant le prol&#233;tariat allemand l'obligeant &#224; faire son choix dans le feu de l'action, le d&#233;livrant de l'automatisme de la discipline devenu l'arme de la r&#233;action imp&#233;rialiste. C'est seulement par la faillite de la routine que le prol&#233;tariat allemand arrivera &#224; l'unit&#233; et &#224; la discipline de l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le schisme &#8211; l'&#233;tape la plus importante sur cette voie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fantastique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Khvostov et Iliodore)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexions du 1er mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er mai 1916&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#171; int&#233;rieure &#187; russe fut, &#224; certaines p&#233;riodes, plus terrible que maintenant, mais elle ne fut jamais plus incroyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Saltykov appelait les &#171; invraisemblances &#187; de notre condition les utopies, les situations Impossibles des gens, les absurdit&#233;s d&#233;lirantes, tout ceci rassembl&#233; &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur est arriv&#233; &#224; tromper l'essence m&#234;me du fantastique russe. Quand vous lisez le r&#233;cit de l'affaire &#171; Khvostov &#187;, auteur de l'attentat contre Raspoutine, vous avez l'impression de lire un chapitre de Ch&#233;drine, retouch&#233; par Poe et par Poprichine. Cette cr&#233;ation de Ch&#233;drine, de Poe et de Poprichine ne peut pas ne pas para&#238;tre paradoxalement maladroite et offensante psychologiquement ; mais vous ne pouvez la juger autrement. Toutes les fantastiques combinaisons de Poe jouissent d'un style remarquable c'est pourquoi il nous faut penser &#224; Poprichine et &#224; la verrue du bey d'Alger pour avoir une id&#233;e de ce qui se passe en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#233;drine commence son livre sur les &#171; pompadours &#187; [*] par ces lignes &#171; Il nous faut dire tant de fois &#171; adieu &#187; &#224; nos chefs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en arrive un, il n'a pas le temps de commander que... d&#233;j&#224; dehors, et un autre arrive... ! &#187; M&#234;me l'historiographe de &#171; l'&#232;re pompadourienne &#187; n'aurait con&#231;u en ses fantaisies les plus d&#233;lirantes ce que r&#233;alise actuellement notre bureaucratie gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis juin de l'ann&#233;e derni&#232;re, ont &#233;t&#233; &#171; d&#233;barqu&#233;s &#187; le Pr&#233;sident du Conseil des ministres, Gor&#233;mykine, trois ministres de l'int&#233;rieur, deux de la Guerre, deux Procureurs sup&#233;rieurs du Saint-Synode, puis, par unit&#233; les ministres des communications, de la Justice, etc. sans compter six acolytes du ministre de l'int&#233;rieur, trois directeurs de la Police, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cinq mois, on a proc&#233;d&#233; au changement de 23 postes importants dans les minist&#232;res, de 88 gouverneurs de province sur les 167. Dans quelques villes, le changement s'est op&#233;r&#233; deux fois par mois. Il suffit d'ajouter que Khvostov a eu le temps de changer treize gouverneurs et d'en &#171; exp&#233;dier &#187; quatre. Et ne perdons pas l'espoir que les nouvelles nominations ne changeront pas l'habitude prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Khvostov lui-m&#234;me est la figure la plus repr&#233;sentative de notre bureaucratie. il fut gouverneur, encaissa des pots de vin, fit de force la conqu&#234;te &#8212; gr&#226;ce au chef de la police d'une actrice sous la menace de la faire renvoyer en cas de refus : tout ceci est classique et est semblable &#224; ce que raconte Ch&#233;drine dans &#171; les pompadours et l'&#232;re pompadourienne &#187;. Notre &#171; h&#233;ros &#187; moderne Khvostov alla encore plus loin. Mis &#224; la retraite, il devint le parasite du financier Goubochlepov, en lui indiquant comment obtenir la d&#233;coration de l'Ordre de Saint-Andr&#233;, en jouant aux cartes avec Madame Goubochlepov et en se plaignant sans r&#233;pit. Par la suite, il entra dans le Comit&#233; du Peuple Russe et devint d&#233;put&#233;. Tous savent &#171; dur comme fer &#187; que non seulement il est un corrompu et a besoin d'un chef de la police pour s'expliquer en amour, mais que de plus il a organis&#233; des pogromes. Il sait que tous le savent. Cela ne l&#180;emp&#234;che nullement de grimper &#224; la tribune, de discourir et de faire de l'opposition. Le pont tendu entre le &#171; pompadourisme &#187; de Nijni-Novgorod et celui de &#171; toute la Russie &#187;, pont absolument fantastique, n'est pas encore le plus incroyable de cette carri&#232;re. En Norv&#232;ge, vit en qualit&#233; de r&#233;fugi&#233; politique l'ex-moine Iliodore, qui commen&#231;a son activit&#233; sur le sol de la patrie en marquant au goudron les portes des institutrices aux cheveux courts. A P&#233;trograd, vit le paysan sib&#233;rien analphab&#232;te Raspoutine, qui ouvre le chemin du Paradis aux dames le plus haut plac&#233;es (quelle hauteur donc ?) et en m&#234;me temps change les ministres et d&#233;cide des probl&#232;mes de paix et de guerre. Par l'inter&#173;m&#233;diaire de Rjevsky (c'est notre vieux Raspliouev) qu'ont cr&#233;&#233; Poe et Poprichine, notre Khvostov entre en relation avec Iliodore dans le but de faire &#171; une petite f&#234;te &#187; au v&#233;n&#233;rable Raspoutine. Fantastique, du surnaturel ! Mais ce fantastique est encore vulgaire, du Souzdalien-rocambolesque, c'est notre &#171; surnaturel &#187; russe mais multipli&#233; par X .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps que Rjevsky se &#171; d&#233;l&#232;gue &#187; en Norv&#232;ge, Khvostov dirige les &#233;lections ouvri&#232;res de l'industrie de guerre. Ici soudainement s'ouvre &#224; nos yeux la quintessence du fantastique russe actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse vit, et depuis longtemps, comme r&#233;fugi&#233; politique, Plekhanov : pr&#232;s de 40 ans, assez pour tremper un homme ! Et pourtant ! Peu avant la guerre, Plekhanov insistait sur la n&#233;cessit&#233; absolue d'envoyer au poteau les &#171; liquidateurs &#187;, ceux dont les relations avec le r&#233;gime &#233;taient trop suivies. Et voil&#224; que cet homme, auteur de la brochure sur Tikhomirov, avec d'autres &#233;migr&#233;s plus ou moins priv&#233;s de leurs droits, adresse un manifeste au peuple travailleur ! Un manifeste de r&#233;volutionnaires patent&#233;s, de Gen&#232;ve... en pleine guerre !... Mais l'ex-pompadour Khvostov, qui commande &#224; un de ses Rjevsky de supprimer Raspoutine, laisse se diffuser la brochure de Plekhanov. Nous regardons cette combinaison Khvostov&#173;Pl&#233;khanov comme plus incroyable que tout ce que le fantastique russe actuel peut nous offrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe le plus est le cynisme de tous les organes administratifs. Le Chef du d&#233;partement de la Police, Kafaffov, &#233;crit une circulaire invitant de nouveau &#224; &#171; taper sur le Juif &#187;, cette fois &#224; cause de la vie ch&#232;re. La circulaire est lue &#224; la Douma. Et bien ! Kafaffov se lisse les favoris, monte &#224; la tribune pour dire qu'il n'a, pour ainsi dire, pas command&#233; de &#171; taper &#187; sur le Juif, mais que s'il l'a fait, c'est pour le bien de ce dernier. Tous se regardent et Kafaffov continue &#224; &#171; pondre &#187; ses circulaires. L'&#232;re constitutionnelle a affranchi la bureaucratie de toute pudeur, ce qui distingue le nouveau &#171; pompadour &#187; de l'ancien, celui de Ch&#233;drine. Les Khvostov, Kafaffov et autres sont &#171; vaccin&#233;s &#187; contre la crainte de l'opinion publique. Les d&#233;put&#233;s et les journaux les fl&#233;trissent : &#171; voleurs, pillards, faiseurs de pogromes &#187;, et les voleurs, pillards, etc. se lissent les favoris et montent &#224; la tribune pour d&#233;velopper le programme du gouvernement et obtiennent des cr&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que Sp&#233;ransky et Loris-M&#233;likov sont les symboles de la bureaucratie &#171; lib&#233;rale &#187;, qu'Araktch&#233;iev est celui de la cruaut&#233; supr&#234;me du pouvoir, de m&#234;me Khvostov, r&#233;p&#233;tons-le, est le couronnement et l'accomplissement de la bureaucratie &#224; l'&#233;poque de la &#171; guerre de lib&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ministre-d&#233;put&#233; &#224; qui Rjvesky est n&#233;cessaire pour sa politique &#171; r&#233;elle &#187; et un Plekhanov pour sa politique &#171; id&#233;ologique &#187; ! Que pourrait-on ajouter ! Et si Plekhanov, ainsi encourag&#233; par Khvostov, continue &#224; divaguer sur la vraie et la fausse internationale, c'est que le m&#233;pris de toute conscience ne r&#232;gne pas seulement dans la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars, l'Agence t&#233;l&#233;graphique communiqua &#224; tous les journaux le texte suivant du t&#233;l&#233;gramme re&#231;u &#224; l'&#233;tranger par le d&#233;put&#233; Bourianov &#171; Avons lu votre discours et celui de Mankov. Vous saluons fraternellement et souhaitons le succ&#232;s dans lutte pour d&#233;fense de patrie, lib&#233;ration du peuple. R&#233;daction de Prisiv Argounov, Avkxentiev, Bounakov, Voronov, Lioubimov, Plekhanov, Alexinsky. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous prie de vous souvenir que le directeur de cette Agence n'est autre que Gourliande, un type qui dans les coulisses a couvert de honte notre bureaucratie constitutionnelle. A la derni&#232;re session de la Douma, le ton &#233;tait donn&#233; par l'information &#171; gourliandiste &#187; mensonges, falsifications, maquillages, dissimulations. Les Kadets se sont d&#233;j&#224; plaints de ce que Gourliande ignorait ceux de leurs discours qui ne se consacraient pas &#224; la gloire des ba&#239;onnettes patriotiques. En outre, Gourliande t&#233;l&#233;graphie en entier le texte de Kafaffov et fait savoir &#224; Havas que ce discours a arrach&#233; aux d&#233;put&#233;s des larmes de reconnaissance. Ce qui est dans l'ordre des choses. Le fantastique de la r&#233;alit&#233; russe unit Gourliande, Kafaffov, Plekhanov et autres Argounov. Et le t&#233;l&#233;graphe officiel retransmet les d&#233;clarations des sociaux-r&#233;volutionnaires de Prisiv avec autant d'exactitude que le discours d'un fonctionnaire de la police. Les r&#233;dacteurs de Prisiv non seulement ne sentent pas la honte les envahir, mais continuent comme Si de rien n'&#233;tait. Les marques d'approbation donn&#233;es par Avkxentiev et Bounakov soumettent &#224; l'&#233;preuve la remarque de Liebknecht sous l'angle du socialisme authentique. &#171; Nous avons lu le discours de ce teuton, mais nous n'en approuvons pas le contenu. &#187; Un des h&#233;ros de Dostoievsky, le bouffon Liamchine, joue sur le violon d'une main &#171; La Marseillaise &#187;, de l'autre &#171; Mein lieber Augustin &#187;, et ne se trompe pas de mesure. Les musiciens de Prisiv r&#233;ussissent, eux aussi, ce tour de force musical ils ex&#233;cutent, semble-t-il, l'internationale, mais les sons s'harmonisent avec l'hymne Khvostov-kafaffovien ! Ce m&#233;lange porte au plus haut point le fantastique national ! En toute conscience, nous ne pensons pas qu'on puisse produire quelque chose de plus bas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*] Pompadour-Pompadourisme. Satire f&#233;roce du Tzarisme par Saltykov&#173;-Ch&#233;drine dans Chronique de la ville de Gloupov (gloup imb&#233;cile). Celle-ci d&#233;crit le r&#232;gne des diff&#233;rents gouverneurs &#171; les Pompadours &#187; (allusion aux favoris de Catherine II), en r&#233;alit&#233; les tzars eux-m&#234;mes. Saltykov est plus connu par Les Messieurs Goloviev, roman d&#180;un r&#233;alisme amer. (Note du traducteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : Premier Mai (1916)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Nach&#233; Slovo, No. 102, 1er mai 1916. L&#233;on Trotsky : La Guerre et la R&#233;volution. Le naufrage de la II&#8221; Internationale. Les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Tome deuxi&#232;me. Paris 1974, pp. 78-80]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes plus forts, cette ann&#233;e ! Voil&#224; ce que peuvent se dire les socialistes internationalistes, le jour du Premier Mai. Apr&#232;s la catastrophe du 4 ao&#251;t 1914, apr&#232;s le silence des premiers mois de la guerre, apr&#232;s le fl&#233;chissement du Socialisme &#8211; du moins, ce que nous appelions Socialisme jusqu'au 4 ao&#251;t 1914, &#8211; commenc&#232;rent les premiers mois de d&#233;grisement, d'&#233;veil et de rassemblement des forces. Le Premier Mai de l'ann&#233;e derni&#232;re a pu co&#239;ncider avec une &#233;poque de profond abaissement de la conscience r&#233;volutionnaire &#8211; et les journaux bourgeois pouvaient, sur un ton de m&#233;pris protecteur, constater la mort de l'Internationale. Cette satisfaction n'est plus, cette ann&#233;e, qu'une coquille vide qui va s'emplissant de trouble. C'est que la Conf&#233;rence de Zimmerwald a eu lieu ! Elle n'a &#233;t&#233; possible que gr&#226;ce &#224; l'&#233;veil de l'agitation r&#233;volutionnaire sur le flanc gauche des partis officiels. Elle a donn&#233; &#224; ce processus un drapeau et les premi&#232;res formes d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9733;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233;, o&#249; la base de la vie &#8211; la production &#8211; n'est pas organis&#233;e, les relations sociales croissent en fin de compte en d&#233;pit des personnes ; en ce sens la guerre n'est que la plus haute expression de l'anarchie et de la d&#233;mence du syst&#232;me ; si, au d&#233;but, la guerre entrait dans les plans bien pr&#233;m&#233;dit&#233;s et les calculs des poss&#233;dants en tant que &#171; prolongation de la politique par d'autres moyens &#187;, l'ann&#233;e derni&#232;re, les suites de la guerre sont pass&#233;es par-dessus la t&#234;te des classes dirigeantes. Celles-ci ne sont repr&#233;sent&#233;es dans tous les pays que par des nullit&#233;s, comme si ce fait voulait souligner l'impuissance spirituelle de la classe bourgeoise devant ces &#233;v&#233;nements qu'elle a provoqu&#233;s par son activit&#233; incontr&#244;lable, mais aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat constitue une fraction de cette soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'anarchie, soci&#233;t&#233; dont les destin&#233;es s'&#233;chappent de ses mains. Le Socialisme pr&#233;voyait th&#233;oriquement la guerre et devinait ses cons&#233;quences sociales dans ses grandes lignes. Mais quand la guerre &#233;clata, elle apparut aux masses travailleuses, non comme un &#233;v&#233;nement historique conforme aux lois de l'Histoire, non comme un ph&#233;nom&#232;ne politique de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui leur est hostile, mais comme une catastrophe ext&#233;rieure mena&#231;ant la &#171; nation &#187;. Le d&#233;sarroi provisoire des masses devant cette explosion sanglante de l'anarchie capitaliste, ne donna aux classes dirigeantes le sentiment de confiance en elles-m&#234;mes que le jour o&#249; elles se rendirent compte que les organisations internationales prol&#233;tariennes, en ne comprenant pas le sens des &#233;v&#233;nements, se ralliaient au pouvoir comme s'il s'agissait d'un incendie ou d'un tremblement de terre, c'est-&#224;-dire d'une catastrophe m&#233;canique ext&#233;rieure. Dans cette alliance &#171; d&#233;fensive &#187; avec le pouvoir capitaliste, &#233;tait contenue la plus grande n&#233;gation politique et id&#233;ologique que l'Histoire ait jamais connue. Mais cette volte-face ne poss&#233;dait pas des formes id&#233;ologiques telles que le prol&#233;tariat e&#251;t pu se rendre compte de son abaissement. Les publicistes et les th&#233;oriciens de l'Internationale firent tous leurs efforts pour que le sens du Socialisme descendit jusqu'au niveau de son r&#244;le politique. Le Premier Mai dernier est un tableau humiliant de ce processus de d&#233;gradation, de chute et de trahison. La presse social-patriotique expliqua au prol&#233;tariat, dans toutes les langues europ&#233;ennes, que le Premier Mai &#8211; journ&#233;e de protestation contre le militarisme &#8211; devenait, cette fois, un jour d'apoth&#233;ose nationale. Cette explication ne rencontra, pour ainsi dire, aucune r&#233;sistance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9733;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration du prol&#233;tariat des pr&#233;jug&#233;s, d'abord f&#233;odaux et religieux, puis lib&#233;raux et bourgeois, s'accomplit lentement. Partout le Socialisme est devenu pour la classe ouvri&#232;re le drapeau de sa lib&#233;ration spirituelle et le h&#233;raut de sa lib&#233;ration mat&#233;rielle. Il a report&#233; sur son organisation de classe la facult&#233; de d&#233;vouement &#8211; mais en pleine conscience ! &#8211; dont il faisait preuve envers la religion et la patrie. Mais la soci&#233;t&#233; bourgeoise r&#233;ussit &#224; &#233;garer le prol&#233;tariat gr&#226;ce &#224; l'id&#233;e de patrie. Cela se fit &#224; une &#233;chelle et dans des formes que personne ne pouvait pr&#233;voir. Apr&#232;s que le pouvoir e&#251;t mobilis&#233; les masses mat&#233;riellement et spirituellement, la contre-mobilisation internationale se d&#233;roula plus lentement que nombre d'entre nous le pensions, en tout cas plus lentement que nous ne le voulions. Le social-patriotisme est l'agent direct de cet &#233;tat de choses, car en s'appuyant sur le pouvoir et en disposant des ressources du mensonge et de la tromperie, il m&#232;ne une lutte acharn&#233;e pour sa propre conservation. Mais le motif fondamental provient de la profondeur de la crise qui doit m&#251;rir dans la conscience du prol&#233;tariat avant de trouver son expression dans l'action. Le probl&#232;me pos&#233; par les &#233;v&#233;nements au prol&#233;tariat ne peut &#234;tre r&#233;solu qu'en tant que probl&#232;me d'action. Les &#233;v&#233;nements ont fait s'effondrer la IIe Internationale, mais elles peuvent se terminer par la chute des bases de l'ordre bourgeois. Pour le parlementaire et le publiciste socialiste, le changement d'attitude se traduit, le plus souvent, par &#171; la non-acceptation de la guerre &#187; (ils esquivent toute responsabilit&#233;), &#8211; et cela se borne l&#224;, &#8211; mais pour une classe tout enti&#232;re, la contre-mobilisation est un probl&#232;me d'action r&#233;volutionnaire. La compr&#233;hension de ce fait est &#224; la base de la lutte que se livrent les Internationalistes et les sociaux-patriotes alli&#233;s du militarisme. Le pacifisme est pour les autorit&#233;s socialistes &#233;pouvant&#233;es par le cours des &#233;v&#233;nements une solution de passivit&#233; attentiste. Il est pour les masses une p&#233;riode de r&#233;flexion, une &#233;tape sur le chemin qui conduit de l'esclavage du patriotisme &#224; l'action internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-mobilisation, r&#233;pondant au probl&#232;me historique supr&#234;me, va plus lentement que nous ne l'aurions voulu, mais son d&#233;roulement m&#233;thodique ne peut donner de prise au scepticisme. Le dernier manifeste (f&#233;vrier) de la Commission internationale socialiste (Berne) d&#233;peint l'&#233;veil croissant de la prise de conscience des prol&#233;taires et signale les protestations &#233;lev&#233;es dans tous les pays d'Europe. Nous sommes incomparablement plus forts, cette ann&#233;e ! A l'exception de la Russie, o&#249; le social-patriotisme a fait de grands progr&#232;s dans les couches prol&#233;tariennes, &#224; peine &#233;veill&#233;es par la guerre, et, dirait-on, s'est encore renforc&#233; &#8211; dans tous les autres pays d'Europe, l'ann&#233;e pass&#233;e a &#233;t&#233; le t&#233;moin de l'affaiblissement du social-patriotisme, de la baisse d'autorit&#233; de ses chefs, du m&#233;contentement croissant et de l'augmentation de l'opposition consciente. Jamais dans l'histoire du mouvement ouvrier, la d&#233;pendance du socialisme r&#233;volutionnaire dans un pays par rapport &#224; son action et ses succ&#232;s dans un autre, n'a &#233;t&#233; si visible et si vivement ressentie qu'&#224; cette p&#233;riode d'&#233;clatement des relations internationales et de d&#233;cha&#238;nement du chauvinisme. Ainsi s'&#233;difie le fondement in&#233;branlable de la IIIe Internationale en tant qu'organisation de masses, s'appr&#234;tant &#224; une lutte d&#233;cisive contre la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Nous sommes devenus plus forts ! L'ann&#233;e prochaine, nous serons encore plus forts ! Personne, rien, ne pourra arr&#234;ter la croissance de nos forces !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : Sans pivot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Nach&#233; Slovo, No. 104, 4 mai 1916. L&#233;on Trotsky : La Guerre et la R&#233;volution. Le naufrage de la II&#8221; Internationale. Les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Tome deuxi&#232;me. Paris 1974, pp. 127-129]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tous les camarades Mench&#233;viks internationalistes qui suivent, avec des sentiments m&#233;lang&#233;s, la pol&#233;mique engag&#233;e entre le Secr&#233;tariat pour l'&#201;tranger de l'O.K. et Nach&#233; Slovo, nous ne pouvons que conseiller de relire avec attention le n&#176; 4 des Izvestia. Nous les prions de passer rapidement sur les accusations de &#171; mauvaise foi &#187; qui sont, par ailleurs, tout-&#224;-fait d&#233;plac&#233;es et sans fondement. Mais nous insistons pour que les camarades v&#233;rifient tranquillement &#8211; avec le journal en main &#8211; le degr&#233; de justesse de tout ce que Nach&#233; Slovo &#233;crivit de la situation dans la fraction mench&#233;viste en particulier et dans notre Parti en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des relations entre les cercles &#171; &#224; la t&#234;te &#187; et la base, dans le bloc d'&#171; Ao&#251;t &#187;, au sujet de la politique des Sociaux-patriotes, a toujours &#233;t&#233; le pr&#233;texte de contradictions violentes entre nous et le Secr&#233;tariat. Les Izvestia ont &#233;mis l'opinion que le Social-patriotisme est venu d'en bas (de la base), de la majorit&#233; des &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens qui, sous l'impression des d&#233;faites, se sont group&#233;s sous les drapeaux de la d&#233;fense nationale. Quant aux dirigeants, la majorit&#233; d'entre eux (&#224; en croire les Izvestia) ont &#233;t&#233; appel&#233;s dans le Comit&#233; pour des motifs qui n'ont rien &#224; voir avec la politique de &#171; d&#233;fense &#187;. Telle aussi &#233;tait la conception du Secr&#233;tariat. Nous pr&#238;mes la position contraire. Les lecteurs comprennent toute l'importance de la contradiction. Exiger une compl&#232;te rupture d'avec les Sociaux-patriotes ne se justifie que si la &#171; politique de d&#233;fense &#187; est exerc&#233;e par les dirigeants, c'est-&#224;-dire par la bourgeoisie imp&#233;rialiste par l'interm&#233;diaire des &#201;tats-majors sociaux-patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;rifions maintenant &#224; l'aide du dernier num&#233;ro des Izvestia. Voici ce que nous lisons dans une lettre en provenance de P&#233;tersbourg : &#171; La division en deux courants bien distincts se fait du haut en bas. Peu restent ind&#233;cis ou h&#233;sitants. De ces derniers, il n'y en a aucun chez les ouvriers conscients et organis&#233;s. Et le foss&#233; entre les Internationalistes et les Nationalistes, c'est-&#224;-dire, suivant notre langage, entre les &#171; D&#233;fenseurs &#187; et les &#171; Anti-d&#233;fenseurs &#187; s'&#233;largit sans cesse. Malheureusement il n'en va pas ainsi dans les coll&#232;ges. La majorit&#233; n'adh&#232;re officiellement &#224; aucune tendance. Parmi eux, il a des repr&#233;sentants des deux courants. De la part des Mench&#233;viks, aucune opinion g&#233;n&#233;rale. L'organisation p&#233;tersbourgeoise, depuis longtemps et vainement, demande &#224; O.K. qu'elle donne des explications &#224; ce sujet, mais elle s'y refuse obstin&#233;ment en pr&#233;textant qu'il y a des questions plus importantes &#224; r&#233;gler. Je pense que c'est par peur de la scission ; mais je pense aussi que les &#171; D&#233;fenseurs &#187; sentent venir la d&#233;route si la question se pose formellement &#224; tout le pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on envisage toute la Russie, je ne crains pas de me tromper en affirmant que &#171; la D&#233;fense &#187; domine chez les litt&#233;rateurs, l'Intelligentsia en g&#233;n&#233;ral. Il en est de m&#234;me, malheureusement, chez les ouvriers les plus &#233;volu&#233;s, les sp&#233;cialistes, les ouvriers qualifi&#233;s et par cons&#233;quent bien pay&#233;s. Mais dans les masses mench&#233;viks, la &#171; D&#233;fense &#187; est absente, et m&#234;me, elle est consid&#233;r&#233;e avec haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisez attentivement ces lignes instructives au supr&#234;me degr&#233;, comme d'ailleurs toute la lettre, et dites-nous : n'est-ce pas l&#224; une n&#233;gation parfaite de ce que pr&#233;tend le Secr&#233;tariat pour l'&#201;tranger et n'est-ce pas une confirmation totale de ce que nous affirmons ? Et quand la r&#233;daction des Izvestia qui nous accable d'un flot d'&#233;pigrammes, ajoute : &#171; Le rapport de notre correspondant confirme exactement ce que nous &#233;crivions dans notre n&#176; 3 sur la situation r&#233;elle en Russie &#187;, cette affirmation nous d&#233;sarme par sa soudainet&#233; ! Quel degr&#233; de d&#233;sarroi politique pour prendre au s&#233;rieux une telle affirmation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le n&#176; 3 des Izvestia est consacr&#233; &#224; d&#233;montrer combien il est dangereux de &#171; forcer &#187; la limite entre les cercles dirigeants chez les &#171; D&#233;fenseurs &#187; et la mentalit&#233; d&#233;sorganis&#233;e des &#233;l&#233;ments de base. Pol&#233;miquant avec le groupe parisien mench&#233;vik qui tentait de s'&#233;lever au-dessus du niveau de passivit&#233; habituel, les Izvestia r&#233;pondaient ainsi : &#171; Pour une majorit&#233; &#233;crasante des travailleurs de notre Parti, le fond de nos querelles avec les Sociaux-patriotes, qu'ils soient russes et occidentaux, commence seulement &#224; se faire jour. &#187; En contradiction avec cette tentative de dissimuler la banqueroute des dirigeants du bloc par la d&#233;sorganisation de la base, la lettre de P&#233;tersbourg communique que : &#171; des ind&#233;cis ou des &#233;l&#233;ments ind&#233;termin&#233;s chez les travailleurs conscients, il n'y en a, pour ainsi dire, pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est tout autre en ce qui concerne les coll&#232;gues dirigeants. La r&#233;daction des Izvestia a prot&#233;g&#233; pendant 2 mois l'O.K. contre nous et contre le groupe parisien, en montrant que sa position internationale &#171; s'exprimait de mani&#232;re suffisamment d&#233;termin&#233;e &#187;. Pour contrebalancer ces dires, la lettre de P&#233;tersbourg affirme que l'O.K. n'occupe officiellement aucune position, qu'elle se refuse obstin&#233;ment &#224; &#233;clairer la position mench&#233;vik. Autrement dit, la base peut bien frapper &#224; la porte tant qu'elle le veut, car ce sont des &#171; D&#233;fenseurs &#187; qui si&#232;gent &#224; l'O.K.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez de nouveau que l'information fournie par notre correspondant confirme ce que nous avions &#233;crit sur la situation r&#233;elle en Russie. Mot pour mot ! Avec quelle condescendance et quelle indignation, le n&#176; 3 des Izvestia rejette la demande de Nach&#233; Slovo : &#171; Rompre avec nos militants ! &#187; Prenez-le en main ce n' 3 et lisez-le bien : des r&#233;f&#233;rences &#224; l'inculture des travailleurs, des espoirs en la grande force d'un processus historique et m&#234;me des &#233;pigrammes imprudentes sur &#171; une l&#233;g&#232;ret&#233; digne d'un feuilleton &#187; de ceux qui exigent la rupture d'avec l'&#201;tat-major social-patriote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit &#224; ce sujet la lettre de P&#233;tersbourg ? &#171; Nous insistons pour obtenir une position clairement d&#233;finie du Mench&#233;visme. Et si l'O.K. ne veut pas s'y r&#233;soudre, nous prendrons nous-m&#234;mes l'affaire en main. Personnellement la scission me semble in&#233;vitable : probablement, les &#171; D&#233;fenseurs &#187; ne se soumettront pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas dire que les camarades Mench&#233;viks, dont parle l'auteur de la &#171; Lettre &#187;, d&#233;fendent une position nettement internationaliste. Mais il est clair n&#233;anmoins qu'ils s'efforcent de gagner la voie de l'Internationalisme. Et pour cela ils s'appuient sur l'&#201;tat-major social-patriote qui commande dans l'O.K. et qui est responsable de l'obstruction oppos&#233;e &#224; tous les efforts des Mench&#233;viks de gauche. &#171; Personnellement la scission me semble in&#233;vitable &#187;, nous dit l'auteur de la &#171; Lettre &#187; visiblement contamin&#233; apr&#232;s vingt mois de guerre par &#171; une l&#233;g&#232;ret&#233; digne d'un feuilleton &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il est clair que &#171; l'information fournie par notre correspondant confirme tout ce que nous avions &#233;crit dans notre n&#176; 3 &#187;. Tout &#224; fait vrai ; l&#224; o&#249; &#171; nous &#187; avons &#233;crit oui, le correspondant a marqu&#233; non, l&#224; o&#249; nous avions &#233;crit plus, il a &#233;crit moins, o&#249; nous avons du noir, chez lui cela devient blanc. Mais &#224; part ces l&#233;gers d&#233;tails, ce n'est que parfaite co&#239;ncidence !&#8230; L'ironie elle-m&#234;me est d&#233;sarm&#233;e devant ce d&#233;sarroi jamais encore vu, jamais encore entendu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : Une politique d'impuissance, d'attentisme et de d&#233;clin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Nach&#233; Slovo, No. 119, 21 mai 1916. L&#233;on Trotsky : La Guerre et la R&#233;volution. Le naufrage de la IIe Internationale. Les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Tome deuxi&#232;me. Paris 1974, pp. 191-193]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue interruption, nous avons re&#231;u le journal viennois Arbeiter-Zeitung [le Journal des Travailleurs]. Nous avons si peu de nouvelles d'Autriche que nous jugeons indispensable d'extraire de &#171; A-Z &#187; le plus possible pour caract&#233;riser la mentalit&#233; de la Social-d&#233;mocratie autrichienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, quelques remarques pr&#233;liminaires, &#171; A-Z &#187; &#233;tait, avant la guerre, un des journaux socialistes de langue allemande les plus impr&#233;gn&#233;s de nationalisme. Le r&#233;dacteur en chef &#233;tait Austerlitz, un des plus talentueux journalistes allemands, mais d'une grande &#233;troitesse de vue. C'&#233;tait un socialiste au sens strict du terme, avec la t&#234;te pleine des d&#233;tails de la cuisine bureaucratico-polici&#232;re autrichienne, toujours pr&#234;t &#224; favoriser les int&#233;r&#234;ts &#171; allemands &#187; aux d&#233;pens des &#171; conspirateurs &#187; tch&#232;ques. La politique &#233;trang&#232;re &#233;tait confi&#233;e &#224; Leitner, qui, &#171; r&#233;visionniste &#187;, consid&#233;rait le national-lib&#233;ralisme prussien comme le sommet de la m&#233;ditation humaine. Ajoutez &#224; ces personnages : le vieux Pernerstorfer, vieux national-d&#233;mocrate, venu au socialisme par suite d'un comportement d&#233;plac&#233; envers les Habsbourg ; le critique militaire, Hugo Schulz, que son &#171; antimilitarisme &#187; n'emp&#234;chait pas d'admirer en secret l'officier prussien ; Renner, avocat de la monarchie bic&#233;phale. Et vous avez l&#224; tout l'&#201;tat-major de Arbeiter-Zeitung.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite de la Social-d&#233;mocratie allemande tenait les sociaux-nationalistes de Vienne dans certaines limites. Le 4 ao&#251;t les lib&#233;ra de toute contrainte. Arbeiter-Zeitung qualifia de &#171; grand jour de la nation allemande &#187; la honteuse capitulation de la Social-d&#233;mocratie devant le militarisme. La premi&#232;re p&#233;riode de la guerre fut pour le journal une p&#233;riode de nationalisme &#233;chevel&#233; ! Un des articles &#8211; avant la bataille de la Marne &#8211; portait en titre : &#171; A Paris ! &#187;&#8230; Victor Adler &#233;tait sup&#233;rieur de beaucoup &#224; ses proches et s'exasp&#233;rait des manifestations chauvines d'Austerlitz et de Leitner, mais, comme toujours, il se r&#233;conciliait avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet enthousiasme patriotique austro-hongrois, il ne reste plus que de p&#226;les souvenirs. Dans tout le journal r&#232;gne une atmosph&#232;re de d&#233;pression et de perspectives inqui&#233;tantes. L'article de fond du 2 mai parle de l'effondrement des esp&#233;rances militaires dans les deux camps. La prolongation des op&#233;rations futures ne promet aucun changement d&#233;cisif : les ressources supr&#234;mes des deux camps sont mises en jeu, le point culminant de la crise militaire est d&#233;j&#224; loin derri&#232;re. Le journal parle du d&#233;sir universel de paix. Mais il n'y a pas une ligne sur la lutte pour la paix : ce n'est pas que la Censure s'en soit m&#234;l&#233;e, mais parce que la pens&#233;e d'une politique ind&#233;pendante du prol&#233;tariat, pendant la guerre, est absolument &#233;trang&#232;re &#224; l'esprit du journal. Pour lui, le r&#233;tablissement de la paix est li&#233; &#224; l'attitude des U.S.A. Il implore Wilson de ne pas abandonner la neutralit&#233; et de prendre l'initiative d'engager des pourparlers de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un article &#233;conomique qui dessine le processus de l'&#233;puisement des ressources dont l'effet se fera sentir apr&#232;s la guerre. &#171; En v&#233;rit&#233;, il n'y a pas lieu de pavoiser. Le Capitalisme, dont le d&#233;veloppement a conduit &#224; l'Imp&#233;rialisme et &#224; la Guerre, devra montrer, &#224; la fin de celle-ci, s'il a &#233;t&#233; capable de la supporter. Seulement, apr&#232;s la conclusion de la paix, nous d&#233;couvrirons si la guerre n'a pas entra&#238;n&#233; des convulsions &#233;conomiques telles qu'elles am&#232;neront une nouvelle &#232;re qui sonnera l'heure du prol&#233;tariat. &#187; Mais cette perspective r&#233;volutionnaire n'est, pour le journal, qu'une possibilit&#233; historique n'ayant aucun lien avec la r&#233;alisation du programme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, ce qui caract&#233;rise la Social-d&#233;mocratie autrichienne, c'est le refus absolu de toute activit&#233; politique. En d&#233;pit du fait que le Premier Mai fut jusqu'&#224; la guerre l'occasion de gr&#232;ves l&#233;galis&#233;es pratiquement, particuli&#232;rement &#224; Vienne, la Social-d&#233;mocratie abandonna cette position &#224; la bourgeoisie et se borna &#224; des r&#233;unions, le soir ; par deux fois, seulement, les commissaires jug&#232;rent bon d'interrompre les orateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le Parlement autrichien ne s'est pas r&#233;uni une seule fois pendant la guerre. Cela lib&#233;ra le Parti de la n&#233;cessit&#233; de prendre position par rapport aux questions politiques. Le journal se consacra presque enti&#232;rement &#224; des probl&#232;mes de production et de secours aux familles des mobilis&#233;s. Mais dans ce domaine, il ne poursuit aucune campagne d'agitation. Il pense devoir coop&#233;rer avec l'Administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917 sera pour l'Autriche l'ann&#233;e des pourparlers commerciaux. Le journal est d'avis que l'Autriche peut garantir son industrie int&#233;rieure et les march&#233;s ext&#233;rieurs en renon&#231;ant au protectionnisme agraire. Mais dans cet ordre d'id&#233;es, le journal viennois fait tous ses efforts pour &#171; r&#233;&#233;duquer &#187; les industriels et leurs repr&#233;sentants universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'attente de la m&#233;diation de Wilson, A-Z consid&#232;re, cela va de soi, qu'il &#171; faut tenir jusqu'au bout &#187;. Son patriotisme [du journal] manque toutefois de vigueur. S'il s'est d&#233;barrass&#233; des plus grossiers &#171; bobards &#187;, le caract&#232;re servile et passif du social-patriotisme n'y appara&#238;t pas moins devant nous dans tout son d&#233;pouillement. Il est bien s&#251;r qu'on ne peut juger de l'&#233;tat d'esprit du prol&#233;tariat d'apr&#232;s Arbeiter-Zeitung, pas plus que d'apr&#232;s l'Humanit&#233;. Mais on ne peut imaginer une autre politique que celle de la Social-d&#233;mocratie autrichienne pour mieux endormir le peuple, &#233;touffer toute initiative de sa part et &#233;dulcorer ses protestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Arbeiter-Zeitung sympathise avec le journal Le Populaire du Centre et le qualifie de &#171; magnifique journal socialiste &#187;. En Hollande, c'est le Parti de Troelstra qui jouit des sympathies d'Austerlitz. En Hollande, d'apr&#232;s les insinuations de A-Z, les groupes r&#233;volutionnaires agissent en faveur de l'Entente. Une correspondance de Berlin est tr&#232;s instructive quant &#224; Liebknecht. Elle raconte que Liebknecht a fait toutes les d&#233;clarations pour aggraver son cas et pour emp&#234;cher toute intercession de la part du Parlement : &#171; Ici, comme dans tout son comportement, Liebknecht donne l'impression d'un homme qui s'en va, consciemment, au-devant de son destin&#8230; Il a donn&#233; la preuve de son courage moral&#8230;, mais son sacrifice est totalement inutile, il est m&#234;me nuisible, malheureusement. &#187; En guise de conclusion, le journal conseille aux partisans de Liebknecht de &#171; repenser &#187; le plus vite possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique d'impuissance, d'attentisme et de d&#233;clin&#8230; On ne peut rien b&#226;tir sur des fondations aussi pourries. Il ne reste qu'&#224; souhaiter qu'il se trouvera dans l'opposition assez de courage et d'esprit d'initiative pour aider le prol&#233;tariat autrichien &#224; se lib&#233;rer de la paralysie politique dont est cause le Parti officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky : Le malaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Nach&#233; Slovo, No. 124, 27 mai 1916. L&#233;on Trotsky : La Guerre et la R&#233;volution. Le naufrage de la II&#8221; Internationale. Les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Paris 1974, pp. 131-133]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e a &#233;t&#233; saisie de la question du &#171; Comit&#233; secret &#187;. Ce dernier a pour but de donner aux parlementaires la possibilit&#233; de &#171; s'expliquer librement et de dissiper le malaise r&#233;gnant actuellement &#187;. Le comit&#233; a &#233;t&#233; refus&#233; par les ministres et la presse &#171; fid&#232;le &#187; en tant que menace d'une crise. Mais &#224; peine rejet&#233;, il revient sur le tapis. La vie de la France et sa politique tournent autour de Verdun comme autour d'un axe. L'exigence d'un Comit&#233; secret se manifeste &#224; nouveau victorieusement &#224; propos la question de Verdun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 Mai, le Matin publia un article &#233;nigmatique se r&#233;f&#233;rant &#224; un article de Herv&#233; : &#171; Victoire &#187; autoris&#233; par la censure, d'apr&#232;s lequel le Haut-Commandement aurait sign&#233;, d&#232;s les premiers jours de la ru&#233;e allemande sur Verdun, l'ordre de retraite sur la rive gauche de la Meuse ; le g&#233;n&#233;ral de Castelnau aurait donn&#233; le contre-ordre : r&#233;sister &#224; tout prix, sauvant ainsi Verdun. L'article fit sensation, mais provoqua un d&#233;menti formel par l'interm&#233;diaire, &#171; on se demande pourquoi &#187;, du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res. La presse pol&#233;miqua avec la censure qui usa de ses arguments : les ciseaux et le b&#226;illon. Quelques journaux furent suspendus pendant quatre jours. A l'affaire, se m&#234;la le &#171; sieur &#187; Herv&#233;, plus dangereux qu'un ennemi. Suivant lui, l'article serait l'&#339;uvre de partisans de Castelnau &#224; l'insu de ce dernier. Il serait du domaine de la plus haute fantaisie d'y voir une attaque du chef d'&#233;tat-major contre le Haut-Commandement. Les relations de Joffre et de Castelnau seraient des meilleures, bien qu'ils aient un point de vue diff&#233;rent quant au Saint-Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une initiative de Renaudel, une session sp&#233;ciale de la commission de guerre du Parlement &#233;couta les explications fournies par le ministre de la Guerre et par Briand et en conclut &#224; une r&#233;glementation de la censure et &#224; l'envoi sur le front de Verdun de &#171; commissaires sp&#233;ciaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clemenceau, pr&#233;sident de la commission de Guerre du S&#233;nat, fit ce &#171; grand voyage &#187; sur le front et en rapporta des preuves inattaquables confirmant ce qu'il &#233;crivait depuis plus d'un an en luttant contre la censure : l'arm&#233;e fran&#231;aise est au-dessus de toute comparaison, mais il faut lui donner un Haut-Commandement correspondant &#224; sa valeur. Une de ces preuves, qui avait &#233;t&#233; formul&#233;e, bien avant le voyage, dans la presse inspir&#233;e par le d&#233;put&#233; Abel Ferry, serait le manque total de fortifications du c&#244;t&#233; nord de Verdun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La session, apr&#232;s la &#171; tr&#234;ve &#187; de P&#226;ques, fut extr&#234;mement mouvement&#233;e. Le Pr&#233;sident du Conseil, apr&#232;s les interventions qui le &#171; chatouillaient &#187;, pronon&#231;a un discours de combat, reprenant l'ancienne th&#232;se d&#233;j&#224; rebattue que le minist&#232;re ne peut exister sans la pleine confiance du Parlement. Le succ&#232;s de Briand fut purement arithm&#233;tique. Clemenceau put &#233;crire que les jours du gouvernement &#233;taient compt&#233;s, et le &#171; vieux Tigre &#187; s'y connaissait ! La question d'un &#171; Comit&#233; Secret &#187; reprit toute son acuit&#233;. La n&#233;cessit&#233; de r&#233;unir vingt voix fut satisfaite le 26 Mai (168 voix) et la question sembla r&#233;solue. Le gouvernement ne voulait pas de &#171; s&#233;ances secr&#232;tes &#187;, nous le croyons volontiers. Mais, d'autre part, &#224; en juger par le Rappel, on pouvait s'attendre &#224; un changement de position de la part de Briand. C'est ce que font remarquer les commentaires aigres-doux du Temps, et le fait que la girouette de la Victoire se soit mise r&#233;solument du c&#244;t&#233; d' &#171; un Comit&#233; secret &#187;. Herv&#233; met &#224; l'ordre du jour : les lourdes fautes commises devant Verdun du 21 au 26 f&#233;vrier, le pourquoi de l'immobilisme des arm&#233;es alli&#233;es et d'autres contradictions frappantes. Mais Herv&#233; nous avertit : ne vous croyez pas revenus &#224; l'&#233;poque de la Convention ! Cet avertissement est fait avec un tel cynisme qu'il met fin aux illusions du social-patriotisme et &#224; la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire de la premi&#232;re p&#233;riode de la guerre. Il faut citer ce texte ! &#171; La Convention s'appuyait sur les passions r&#233;volutionnaires : la guerre contre l'Europe &#233;tait une guerre civile contre toutes les aristocraties, la Marseillaise et la Carmagnole &#233;taient des chants de guerre civile. Nous vivons maintenant &#224; l'&#233;poque de &#171; l'Union sacr&#233;e &#187; qui est oppos&#233;e diam&#233;tralement aux passions r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi Herv&#233; recommande de ne pas renverser le minist&#232;re. Quel principe nouveau le Parlement peut-il opposer au &#171; principe &#187; de Briand ? Dans tous les cas, &#171; notre pouvoir ex&#233;cutif &#187; comprend une &#171; &#233;quipe &#187; de personnalit&#233;s aussi fortes que celles qui pr&#233;tendent les remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendons donc de voir par quelles m&#233;thodes l'Assembl&#233;e dissipera le &#171; malaise &#187; r&#233;gnant en ce vingt-deuxi&#232;me mois de la guerre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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