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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Une des plus importantes r&#233;volte d'esclaves noirs, l'insurrection oubli&#233;e de Sao Tom&#233; en 1595</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Esclaves Slaves</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

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&lt;p&gt;Une des plus importantes r&#233;volte d'esclaves noirs, l'insurrection oubli&#233;e de Sao Tom&#233; en 1595 &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#227;o Tom&#233; et sa petite &#238;le s&#339;ur Pr&#237;ncipe auraient &#233;t&#233; inhabit&#233;es lorsque certains explorateurs portugais sont arriv&#233;s vers 1470 CE. La premi&#232;re colonie r&#233;ussie de S&#227;o Tom&#233; a &#233;t&#233; &#233;tablie en 1493 par &#193;lvaro Caminha, qui a re&#231;u la terre sous forme de concession du roi portugais. Pr&#237;ncipe fut colonis&#233; en 1500 selon un arrangement similaire. Attirer des colons s'est av&#233;r&#233; difficile en raison de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Esclaves Slaves&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une des plus importantes r&#233;volte d'esclaves noirs, l'insurrection oubli&#233;e de Sao Tom&#233; en 1595&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S&#227;o Tom&#233; et sa petite &#238;le s&#339;ur Pr&#237;ncipe auraient &#233;t&#233; inhabit&#233;es lorsque certains explorateurs portugais sont arriv&#233;s vers 1470 CE. La premi&#232;re colonie r&#233;ussie de S&#227;o Tom&#233; a &#233;t&#233; &#233;tablie en 1493 par &#193;lvaro Caminha, qui a re&#231;u la terre sous forme de concession du roi portugais. Pr&#237;ncipe fut colonis&#233; en 1500 selon un arrangement similaire. Attirer des colons s'est av&#233;r&#233; difficile en raison de l'&#233;loignement et de la chaleur quasi-&#233;quatoriale des &#238;les, et la plupart des premiers habitants &#233;taient des &#171; ind&#233;sirables &#187; envoy&#233;s du Portugal, notamment des condamn&#233;s et des Juifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les colons ont trouv&#233; le sol volcanique de la r&#233;gion propice &#224; l'agriculture, notamment &#224; la culture du sucre. Mais la culture du sucre n&#233;cessitait beaucoup de main d'&#339;uvre, c'est pourquoi les Portugais commenc&#232;rent &#224; importer un grand nombre d'esclaves africains du continent, principalement de la Gold Coast, du delta du Niger et du royaume du Kongo.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1515, l'introduction d'un moulin &#224; eau conduisit bient&#244;t &#224; la culture massive du sucre. En 1517, un administrateur local rapportait au roi que &#171; les champs s'agrandissent et les sucreries aussi&#8230; Et les cannes [&#224; sucre] sont les plus grosses que j'aie jamais vues de ma vie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les premi&#232;res ann&#233;es, les conditions d'esclavage sur l'&#238;le semblaient relativement d&#233;tendues. Par exemple, en 1515, un d&#233;cret royal accorda l'affranchissement aux &#233;pouses africaines de colons blancs et &#224; leurs enfants m&#233;tis ; en 1520, une charte royale autorisait les mul&#226;tres propri&#233;taires, mari&#233;s et libres &#224; occuper des fonctions publiques. Mais suite &#224; l'introduction du syst&#232;me des grandes plantations, les conditions d'esclavage se sont durcies. De plus en plus d'esclaves ont commenc&#233; &#224; s'enfuir vers les montagnes, o&#249; ils ont d&#233;velopp&#233; de petites communaut&#233;s connues sous le nom de macambos , dont beaucoup &#233;taient confront&#233;s &#224; la famine. Tout au long du XVIe si&#232;cle, nous dit English-WP , il y eut de fr&#233;quents affrontements entre les habitants des macambos et les propri&#233;taires des plantations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
La plus grande r&#233;volte d'esclaves eut lieu en juillet 1595, lorsque le gouvernement fut affaibli par des conflits entre l'&#233;v&#234;que et le gouverneur. Un esclave indig&#232;ne nomm&#233; Amador a recrut&#233; 5 000 esclaves pour attaquer et d&#233;truire les plantations, les sucreries et les maisons des colons. La r&#233;bellion d'Amador a effectu&#233; trois raids sur la ville et d&#233;truit 60 des 85 sucreries de l'&#238;le, mais a &#233;t&#233; vaincue par la milice au bout de trois semaines. Deux cents esclaves ont &#233;t&#233; tu&#233;s au combat, Amador et les autres chefs rebelles ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s, tandis que le reste des esclaves a &#233;t&#233; amnisti&#233; et renvoy&#233; dans leurs plantations. Ainsi prit fin l'un des plus grands soul&#232;vements d'esclaves de l'&#233;poque. De plus petites r&#233;bellions d'esclaves ont suivi aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, les plantations sucri&#232;res de S&#227;o Tom&#233; commen&#231;aient &#224; faire face &#224; une concurrence massivement accrue de la part des plantations sucri&#232;res (&#233;galement d&#233;pendantes de l'esclavage) construites par les Anglais, les Espagnols et d'autres b&#226;tisseurs d'empire occidentaux dans les Cara&#239;bes. Tom&#233; diminu&#233;. Au milieu du XVIIe si&#232;cle, l'&#238;le &#233;tait devenue avant tout un point de transit pour les navires engag&#233;s dans la traite n&#233;gri&#232;re entre l'Afrique continentale et les Am&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://justworldnews-org.translate.goog/2021/03/16/1595-sao-tome-slave-rebellion-anglo-spanish-battles-ottoman-succession-shakespeare/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://justworldnews-org.translate.goog/2021/03/16/1595-sao-tome-slave-rebellion-anglo-spanish-battles-ottoman-succession-shakespeare/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte d'Amador, du nom de l'esclave qui l'a dirig&#233;e, est la tentative de r&#233;bellion la plus importante jamais survenue sur l'&#238;le de S&#227;o Tom&#233;. La r&#233;volte des esclaves de l'&#238;le commen&#231;a le 9 juillet 1595. Le chef de cette r&#233;volte fut d&#232;s le d&#233;but un esclave noir nomm&#233; Amador (qui appartenait &#224; Bernardo Vieira).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier groupe de rebelles, compos&#233; d'environ 200 personnes, a attaqu&#233; l'&#233;glise de Santa Trindade, une paroisse situ&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur de la ville, o&#249; ils ont tu&#233; quelques blancs qui se trouvaient dans l'&#233;glise en attendant la messe. Dans les jours qui ont suivi ce premier &#233;v&#233;nement, la r&#233;volte Le mouvement s'est propag&#233; et de nombreuses sucreries et fermes dans les r&#233;gions de Dalengue, Uba Ubundo et Praia Preta ont &#233;t&#233; incendi&#233;es par les &#233;meutiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 11 juillet 1595, les rebelles attaqu&#232;rent la ville, o&#249; eut lieu, dans le vieux march&#233;, une bataille ind&#233;cise avec les Portugais. Le lendemain, ils ont incendi&#233; des sucreries et d'autres fermes dans les r&#233;gions d'&#193;gua, Sab&#227;o et Dalhmanhe. Le nombre de rebelles n'a cess&#233; d'augmenter. Les sources font &#233;tat d'environ 2.000 personnes dans leurs rangs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 juillet, une grande bataille eut lieu pr&#232;s de la ville, qui se termina par le retrait des rebelles, qui furent vaincus et subirent de lourdes pertes. Selon des sources, sur 800 rebelles attaquants, plus de 300 ont &#233;t&#233; tu&#233;s. Malgr&#233; cette lourde d&#233;faite, les rebelles ne se sont pas rendus vaincus. Ils divisent leurs forces et tentent d'attaquer la ville de plusieurs c&#244;t&#233;s. Mais cette tentative &#233;choua &#233;galement, ce qui entra&#238;na une intervention des Portugais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rebelles ont cependant continu&#233; &#224; maintenir la ville assi&#233;g&#233;e. Le 23 juillet, les Portugais tentent une &#233;vasion pour lever le si&#232;ge. Cette action a provoqu&#233; une vive r&#233;action de la part des rebelles, qui ont tent&#233; dans les jours qui ont suivi la conqu&#234;te d&#233;finitive de la ville. La bataille qui d&#233;cida du sort de la r&#233;bellion commen&#231;a &#224; l'aube du 28 juillet 1595, lorsque 5 000 rebelles prirent la ville d'assaut.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'attaque a dur&#233; environ quatre heures. Les assaillants, qui &#233;taient en nombre sup&#233;rieur aux d&#233;fenseurs, furent cependant repouss&#233;s par l'artillerie et les tranch&#233;es que les Portugais avaient construites entre-temps. Selon des documents, les rebelles ont perdu entre 200 et 500 hommes lors des affrontements. Mais la chose la plus importante qu'ils ont perdue, c'est la conviction de pouvoir poursuivre la r&#233;volte avec succ&#232;s. D&#232;s le lendemain, les premi&#232;res d&#233;fections se produisent dans les rangs des rebelles. En peu de temps, environ 4 000 rebelles ont demand&#233; pardon, ne laissant derri&#232;re eux que le chef de la r&#233;volte, Amador, avec quelques irr&#233;ductibles. Il se r&#233;fugie dans la for&#234;t, mais est captur&#233; &#224; la mi-ao&#251;t puis tu&#233;. La r&#233;volte a d&#233;vast&#233; l'&#233;conomie de l'&#238;le. Il semble qu'au total, environ 60 sucreries aient &#233;t&#233; d&#233;truit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-colonialvoyage-com.translate.goog/revolt-slaves-sao-tome-1595/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-colonialvoyage-com.translate.goog/revolt-slaves-sao-tome-1595/?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur S&#227;o Tom&#233;-et-Principe, tous les 4 janvier sont ch&#244;m&#233;s depuis 2005. Ce jour-l&#224;, le pays honore la m&#233;moire d'Amador Vieira, qui prit la t&#234;te d'une r&#233;volte d'esclaves en 1595 et se donna le titre de &#171; Roi Amador &#187; avant d'&#234;tre sauvagement ex&#233;cut&#233; par les colons. Si celui-ci appara&#238;t sur les billets de 5 000 dobras et si une statue en sa m&#233;moire a &#233;t&#233; inaugur&#233;e par le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unies Kofi Annan, en 2004, ce ne sont l&#224; que des vues d'artiste : le vrai visage du rebelle n'est aujourd'hui connu de personne&#8230; Et son histoire, celle d'une des premi&#232;res r&#233;voltes contre l'esclavage sur le continent, ne l'est gu&#232;re plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand S&#227;o Tome-et-Principe acquiert son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du Portugal, le 12 juillet 1975, c'est &#224; presque 500 ans d'occupation que le pays met fin. Comme le signale l'historien Gerhard Seibert dans un texte tr&#232;s complet sur la r&#233;volte de 1595, c'est d&#232;s 1976 que le roi Amador appara&#238;t sur les billets de banque en dobras qui remplacent ceux en escudos santom&#233;ens. Dans un manuel scolaire produit &#224; la m&#234;me &#233;poque par Cuba (Organiza&#231;&#227;o dos Pioneiros de S&#227;o Tome e Pr&#237;ncipe), Amador est pr&#233;sent&#233; comme l'un des pionniers des luttes de lib&#233;ration. Il y est dit qu'il &#171; lib&#233;ra une grande partie du territoire national et, le 13 juillet 1595, fut proclam&#233; roi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1471 que les navigateurs portugais mettent pour la premi&#232;re fois le pied sur l'&#238;le de 964 km2 apparemment inhabit&#233;e. Une dizaine d'ann&#233;es plus tard, celle-ci acquiert pour eux une importance strat&#233;gique avec la construction du fort S&#227;o Jorge da Mina, connu aujourd'hui sous le nom d'Elmina (C&#244;te de l'or, actuel Ghana), qui devient l'un des centres majeurs de la traite des esclaves. Les Portugais, qui atteignent le fleuve Congo en 1483 et d&#233;veloppent leur empire, entendent faire de S&#227;o Tom&#233;-et-Principe &#224; la fois une colonie de peuplement, un port permettant &#224; leurs navires de faire rel&#226;che et une zone de production sucri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs tentatives de colonisation, dans les ann&#233;es 1480, &#233;chouent en raison du climat tropical, des maladies et du manque de nourriture. La premi&#232;re colonie solide est &#233;tablie par &#193;lvaro da Caminha entre 1493 et 1499, dans le nord-ouest de l'&#238;le. &#192; partir de 1522, l'&#238;le est propri&#233;t&#233; de la couronne portugaise et est dirig&#233;e par un gouverneur. Les premiers habitants en provenance d'Europe sont essentiellement des criminels d&#233;port&#233;s et des enfants juifs enlev&#233;s &#224; leurs parents r&#233;fugi&#233;s au Portugal apr&#232;s avoir fui l'Espagne en 1492.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, d&#232;s le d&#233;but de cette colonisation, les colons importent des esclaves africains pour effectuer les t&#226;ches les plus p&#233;nibles. Ils se fournissent au royaume du B&#233;nin, &#224; celui du Kongo et en Angola. &#171; Sous Caminha, &#233;crit Seibert, chaque colon recevait un homme et une femme esclave pour travailler avec lui, et chaque groupe de cinq enfants juifs recevait aussi un couple d'esclave pour prendre soin d'eux &#187;. Alors qu'&#224; Elmina et Arguim (au large des c&#244;tes de Mauritanie), les Portugais interdisent les unions mixtes, ils les autorisent &#224; S&#227;o Tom&#233;-et-Principe, comme au Cap Vert. C'est une strat&#233;gie &#233;conomique : les maladies tropicales d&#233;ciment les Blancs et il faut assurer le maintien de la colonie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but du XVIe si&#232;cle, les femmes africaines des premiers colons sont affranchies (d&#233;cret royal de 1515) ainsi que les esclaves arriv&#233;s avec eux (1517). Ainsi na&#238;t une population d'Africains libres, les &#171; Forros &#187;. Mieux, les m&#233;tis, alors appel&#233;s &#171; mul&#226;tres &#187;, peuvent obtenir des emplois de fonctionnaires, voter et si&#233;ger au conseil municipal pour peu qu'ils soient propri&#233;taires et mari&#233;s. En 1534, le pape Paul III cr&#233;e un dioc&#232;se &#224; S&#227;o Tom&#233;, le second en Afrique apr&#232;s celui de Ribeira Grande, au Cap Vert. Entre le gouverneur, les propri&#233;taires de plantations et l'&#233;v&#234;que, les luttes de pouvoir sont fr&#233;quentes et entra&#238;nent une consid&#233;rable instabilit&#233; politique sur l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;videmment, la traite des esclaves constitue, en ce d&#233;but de XVIe si&#232;cle, la principale activit&#233; &#233;conomique de l'&#238;le. Captur&#233;s ou achet&#233;s sur le continent, les Africains sont employ&#233;s sur l'&#238;le mais aussi export&#233;s vers le Portugal ou vers Elmina. Autour de l'ann&#233;e 1525, ils commencent &#224; &#234;tre envoy&#233;s vers l'Am&#233;rique latine, dans les Cara&#239;bes et au Br&#233;sil. Sur S&#227;o Tom&#233;, les captifs sont d'abord utilis&#233;s pour la production de nourriture (ma&#239;s, manioc, bananes, pommes de terre, etc.) mais tr&#232;s vite, ils vont aussi &#234;tre employ&#233;s &#224; la production de sucre. Selon Robert Garfield (A History of S&#227;o Tome Island 1470-1655. The Key to Guinea, Mellen Research University Press, 1992), cit&#233; par Seibert, le nombre total d'esclaves durant le boom du sucre atteindrait entre 9 000 et 12 000 &#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1517, l'&#238;le compte deux fabriques sucri&#232;res. En 1595, il y en a d&#233;sormais 85. Les plantations qui alimentent ces fabriques sont concentr&#233;es dans les plaines du nord de l'&#238;le, entre Ponta Figo et Santana. Ailleurs r&#232;gne la for&#234;t tropicale, dense et difficilement accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des plantations, o&#249; peuvent travailler jusqu'&#224; 400 esclaves, appartiennent &#224; des nobles portugais, &#224; des colons ou &#224; l'&#201;glise catholique. Barricad&#233;s derri&#232;re des palissades, certains propri&#233;taires disposent de leur propre milice d'esclaves et exercent sur leur petit monde une cruelle autorit&#233;. Comme partout o&#249; a exist&#233; l'esclavage, nombreux sont les esclaves qui r&#234;vent de fuir &#8211; et certains tentent le tout pour le tout en rejoignant les zones foresti&#232;res de l'&#238;le. Les caches de ces &#171; marrons &#187; sont alors connues sous le nom de &#171; mocambos &#187; et d&#232;s 1533, ils sont pourchass&#233;s par les autorit&#233;s locales, qui m&#232;nent contre eux une &#171; guerra do mato &#187; (guerre de brousse).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est durant le boom du sucre que le marronnage se d&#233;veloppe le plus, au milieu du XVIe si&#232;cle, alors que le nombre d'esclaves dans les plantations a significativement augment&#233;, &#233;crit Gerhard Seibert. En 1574, des esclaves marrons du mocambo ont attaqu&#233; la ville de S&#227;o Tom&#233; mais ont &#233;t&#233; repouss&#233;s par les colons. Des plantations plus isol&#233;es ont d&#251; &#234;tre abandonn&#233;es en raison de leurs fr&#233;quentes attaques. En d&#233;pit de leurs interventions militaires, les colons n'ont pas r&#233;ussi &#224; r&#233;occuper les parties sud et ouest de S&#227;o Tom&#233;, demeur&#233;es peu s&#251;res en raison de la proximit&#233; des communaut&#233;s marrons. &#171; Seibert pr&#233;cise par ailleurs que les communaut&#233;s marrons de S&#227;o Tom&#233;-et-Principe ont d'abord &#233;t&#233; appel&#233;es &#171; Angolas &#187; et &#171; Angolis &#187;, au XVIIIe si&#232;cle avant de gagner le nom d' &#171; Angolars &#187; au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1595, l'industrie du sucre est en d&#233;clin dans l'&#238;le, concurrenc&#233;e notamment par le Br&#233;sil qui propose un produit de meilleure qualit&#233;. En outre, les tensions politiques sont &#224; leur comble entre l'&#233;v&#234;que catholique Francisco de Villanova et le gouverneur Fernando de Menezes. La querelle, autour d'une question d'h&#233;ritage et de propri&#233;t&#233;, s'aggrave au point que l'&#233;v&#234;que excommunie le gouverneur en ao&#251;t 1594&#8230; mais doit ensuite fuir vers Lisbonne, craignant pour sa vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence le 9 juillet 1595 quand, pour une raison non document&#233;e, des esclaves cr&#233;oles p&#233;n&#232;trent dans la petite &#233;glise paroissiale de Trindade et y tuent les Blancs qui assistent &#224; la messe. Ces esclaves sont conduits par Amador, qui appartient &#224; Bernardo Vieira, L&#225;zaro, qui appartient &#224; Bernardo Coehlo, et Domingos Preto, qui appartient &#224; Afonso Rodrigues. Apr&#232;s ces premiers meurtres, Amador boit le vin de palme contenu dans le calice sacr&#233; et ordonne l'ex&#233;cution du pr&#234;tre Matias Lu&#237;s. Conduit &#224; l'ext&#233;rieur par un rebelle volontaire nomm&#233; &#193;lvaro, l'homme de Dieu est rel&#226;ch&#233;&#8230; &#171; Bien que mineur, cet incident qui tend &#224; diminuer l'autorit&#233; d'Amador d&#233;montre une certaine discordance et un malaise au sein du mouvement. Les m&#233;thodes sanguinaires du roi ne semblent pas, par la suite, avoir l'assentiment de tous. Cette discordance va s'amplifier avec le temps et les d&#233;saveux sur les m&#233;thodes provoquent dans premier temps des gestes de d&#233;sob&#233;issance qui, plus tard, s'ach&#232;vent par des abandons allant jusqu'&#224; la trahison &#187;, pr&#233;cise Izequiel Batista de Sousa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier acte, les esclaves gagnent la plantation de Pedro &#193;lvares Freire et le mettent &#224; mort. Ils &#233;pargnent sa femme et sa belle-m&#232;re mais br&#251;le sa maison et sa fabrique sucri&#232;re avec son corps &#224; l'int&#233;rieur. En deux jours, la r&#233;volte prend de l'ampleur. Le 11 juillet, en divers points de l'&#238;le, les esclaves br&#251;lent des plantations et d&#233;truisent 15 fabriques. Le gouverneur envoie des hommes arm&#233;s mais, inform&#233;s par un espion, les r&#233;volt&#233;s attaquent directement la ville, tuant trois Blancs et s'emparant de v&#234;tements avant de battre en retraite. Le lendemain, leur col&#232;re n'a pas d&#233;cru et ils poursuivent leurs exactions en d&#233;truisant quelque 30 fabriques. D&#233;sormais, Amador est &#224; la t&#234;te d'une petite arm&#233;e de 2 000 hommes. Le 14 juillet, il se proclame Roi de S&#227;o Tom&#233; et organise son arm&#233;e en quatre unit&#233;s de combat. En face, les colons et mul&#226;tres autrefois d&#233;sunis font d&#233;sormais cause commune contre l'esclave rebelle et les siens. Amador entend prendre la ville par ses quatre entr&#233;es principales. Lazaro attaque par la rue Santo Ant&#243;nio, Crist&#243;v&#227;o par Mato do Bois, Andre Gomes Garcia par Concei&#231;&#227;o et Domingos Preto par S&#227;o Jo&#227;o. Environ 800 esclaves participent au combat mais, moins bien arm&#233;s, ils sont repouss&#233;s. Trois cents d'entre eux sont tu&#233;s alors qu'ils ne font, du c&#244;t&#233; des colons, que trois ou quatre victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dizaine de jours plus tard, le 23 juillet, inform&#233;e par un espion, la milice des colons se rend dans la r&#233;gion d'&#193;gua Grande pour essayer d'y d&#233;busquer des rebelles. Pr&#233;venus par les cris de l'un des leurs, les esclaves sont r&#233;veill&#233;s en sursaut et affrontent les colons. Leur caporal, le Comte Silvestre, ancien esclave cr&#233;ole de la plantation de Rui Dias, est tu&#233; et ils doivent prendre la fuite. Apprenant la nouvelle, Amador fou de rage entend bien venger les siens en lan&#231;ant une arm&#233;e de 5 000 hommes contre la ville. Il met son projet &#224; ex&#233;cution le 28 juillet : apr&#232;s avoir fait halte derri&#232;re l'&#233;glise de Santo Ant&#243;nio, Amador attaque par la rue Madre Deus tandis que ses lieutenants, Crist&#243;v&#227;o, Ad&#227;o et Domingos Preto entrent par Praia Pequena, Campos do Bois, S&#227;o Jo&#227;o&#8230; o&#249; ils tombent sur des colons bien pr&#233;par&#233;s, prot&#233;g&#233;s par des tranch&#233;es et des pi&#232;ces d'artillerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les combats durent environ quatre heures, dans toute la ville. Deux cents esclaves tombent, Lazaro est bless&#233;, Ad&#227;o est captur&#233; et pendu. L'arm&#233;e des colons ne perd qu'un homme, qui plus est un jeune esclave, et emmen&#233;e par le capitaine Crist&#243;v&#227;o de Aguiar, elle se lance &#224; la poursuite des rebelles dans les terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 29 juillet, les esclaves qui s'&#233;taient enfuis commenc&#232;rent &#224; revenir en ville et &#224; solliciter la cl&#233;mence des autorit&#233;s, laissant Amador seul et isol&#233;, &#233;crit Seibert. Sans pouvoir et sans soldats, Amador chercha refuge dans l'int&#233;rieur de l'&#238;le. Il fut cependant trahi par l'un des siens et captur&#233;. Le 14 ao&#251;t 1595, Amador fut pendu, &#233;cartel&#233; et ses restes publiquement expos&#233;s en quatre endroits diff&#233;rents. &#187; Ses lieutenants furent eux aussi pendus, certains apr&#232;s avoir eu les mains tranch&#233;es. Seule consolation, les rebelles avaient r&#233;ussi &#224; d&#233;truire plus de 60 fabriques sucri&#232;res et il n'en restait plus qu'une vingtaine en &#233;tat de fonctionner dans l'&#238;le&#8230; L'industrie du sucre ne retrouvera une petite forme que bien des ann&#233;es plus tard et sera remplac&#233;e par la culture du caf&#233;, en 1787, et du cacao, en 1820. Le Portugal n'abolira l'esclavage qu'en 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Amador est c&#233;l&#233;br&#233; le 4 janvier, alors que sa mort daterait plut&#244;t du 14 ao&#251;t, c'est parce qu'un livre de l'historien Raimundo Jos&#233; da Cunha Matos (1776-1839) paru en 1842 la situe au d&#233;but de 1796. Le m&#234;me Cunha Matos reprend &#224; son compte l'histoire &#8211; ou la l&#233;gende, selon les points de vue &#8211; d'une communaut&#233; d'Africains libres &#233;tabli sur l'&#238;le vers 1540 apr&#232;s le naufrage d'un navire n&#233;grier : les Angolars. Gerhard Seibert souligne que certains historiens portugais, en particulier le g&#233;ographe Francisco Tenreiro (1921-1963), ont fait d'Amador le chef des Angolars, de mani&#232;re &#224; mettre en doute l'existence d'esclaves marrons fuyant leurs atroces conditions d'exploitation. &#171; Niant l'existence de l'esclavage sur S&#227;o Tom&#233;, Tenreiro a r&#233;invent&#233; l'histoire de l'&#238;le en transformant la r&#233;volte des esclaves de 1595 en une attaque men&#233;e par Amador, d&#233;crit comme le chef des Angolars, eux-m&#234;mes pr&#233;sent&#233;s, pour les m&#234;mes raisons, comme les descendants d'un bateau n&#233;grier. Le mythe d'un Amador roi des Angolars a dissimul&#233; la v&#233;ritable dimension de l'histoire d'Amador, chef d'une des plus grandes r&#233;voltes d'esclaves. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Izequiel Batista de Sousa, ce mythe ne tient pas non plus : &#171; Je pense pour ma part qu'Amador n'&#233;tait pas un Angolar, c'&#233;tait &#224; mon avis un esclave cr&#233;ole n&#233; dans la plantation, tr&#232;s intelligent, &#233;duqu&#233; et qui savait peut-&#234;tre lire. Son arm&#233;e &#233;tait organis&#233;e &#224; la mani&#232;re portugaise. &#187; Reste que la version d'un Amador chef des Angolars, que l'on doit &#224; un historien en phase avec l'id&#233;ologie coloniale du r&#233;gime d'Ant&#243;nio de Oliveira Salazar, au Portugal, a, de nos jours encore, la vie dure &#8211; m&#234;me &#224; S&#227;o Tom&#233;-et-Principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1489836/culture/en-1595-a-sao-tome-le-roi-amador-mene-les-esclaves-a-la-revolte/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1489836/culture/en-1595-a-sao-tome-le-roi-amador-mene-les-esclaves-a-la-revolte/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/58946?lang=fr&amp;mobile=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/58946?lang=fr&amp;mobile=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1494869/culture/les-revoltes-desclaves-introduction-non-les-esclaves-netaient-pas-des-victimes-passives/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1494869/culture/les-revoltes-desclaves-introduction-non-les-esclaves-netaient-pas-des-victimes-passives/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geo.fr/histoire/sao-tome-ou-la-terrible-experience-coloniale-du-roi-joao-ii-212583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.geo.fr/histoire/sao-tome-ou-la-terrible-experience-coloniale-du-roi-joao-ii-212583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/4-janvier-sao-tome-principe-amador-rei&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bibliomonde.fr/lalmanach/4-janvier-sao-tome-principe-amador-rei&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lorientlejour.com/article/348640/A_Sao_Tome%252C_l%2527histoire_est_indissociable_de_la_traite_des_Noirs.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lorientlejour.com/article/348640/A_Sao_Tome%252C_l%2527histoire_est_indissociable_de_la_traite_des_Noirs.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://une-autre-histoire.org/les-angolares-de-sao-tome/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://une-autre-histoire.org/les-angolares-de-sao-tome/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://go-gale-com.translate.goog/ps/i.do?id=GALE%7CA361352778&amp;sid=googleScholar&amp;v=2.1&amp;it=r&amp;linkaccess=fulltext&amp;issn=10571515&amp;p=IFME&amp;sw=w&amp;userGroupName=anon~a9ef7b0e&amp;aty=open-web-entry&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://go-gale-com.translate.goog/ps/i.do?id=GALE%7CA361352778&amp;sid=googleScholar&amp;v=2.1&amp;it=r&amp;linkaccess=fulltext&amp;issn=10571515&amp;p=IFME&amp;sw=w&amp;userGroupName=anon~a9ef7b0e&amp;aty=open-web-entry&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre r&#233;volte oubli&#233;e des esclaves noirs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves_de_Saint-Leu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27esclaves_de_Saint-Leu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7875</link>
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		<dc:date>2026-04-17T22:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185 &lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de 1871 K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Prolongements historiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de 1871&lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongements historiques et th&#233;oriques de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'&#201;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 16-18 mars 1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le projet de programme de Gotha] a transform&#233; le libre &#201;tat populaire en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre &#224; l'&#233;gard de ses citoyens, autrement dit un &#201;tat &#224; gouvernement despotique. Il faudrait laisser tomber un tel bavardage sur l'&#201;tat, surtout apr&#232;s la Commune qui n'&#233;tait plus un &#201;tat au sens propre. L'&#201;tat populaire, les anarchistes nous l'ont assez jet&#233; &#224; la t&#234;te, bien que l'ouvrage de Marx contre Proudhon et ensuite le Manifeste disent express&#233;ment qu'avec l'instauration du r&#233;gime socialiste l'&#201;tat se dissout de lui-m&#234;me et finit par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#201;tat &#187; n'&#233;tant qu'une institution transitoire, dont on se sert dans la lutte durant la r&#233;volution pour r&#233;primer de force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler de &#171; libre &#201;tat populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat, ce n'est point pour instaurer la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires, et sit&#244;t qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat aura cess&#233; d'exister en tant que tel. En cons&#233;quence, nous proposerions de mettre partout &#224; la place du mot &#171; &#201;tat &#187; le mot &#171; communaut&#233; &#187;, (Gemeinwesen), excellent vieux mot allemand r&#233;pondant fort bien au mot fran&#231;ais &#171; Commune &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ph. Van Patten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 avril 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; votre lettre du 2 avril sur la position de Karl Marx vis-&#224;-vis des anarchistes en g&#233;n&#233;ral et de Johann Most en particulier, je serai concis et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir, par la violence arm&#233;e, l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; travailleuse par la stricte minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette stricte minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233; d'oppression, ou &#201;tat. Mais, en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore de la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847, chapitre II, fin. [1] (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions. Mais, le d&#233;truire &#224; ce moment, ce serait d&#233;truire le seul organisme gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir, &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre la r&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il que je vous donne express&#233;ment l'assurance que Marx s'est oppos&#233; &#224; cette stupidit&#233; anarchiste d&#232;s l'instant o&#249; elle lui apparut sous la forme que lui donne actuellement Bakounine ? Toute l'histoire interne de l'Association internationale des travailleurs en t&#233;moigne. Les anarchistes tentent depuis 1867 avec les proc&#233;d&#233;s les plus inf&#226;mes de s'emparer de la direction de l'Internationale, et Marx fut l'obstacle principal &#224; leur projet. Le r&#233;sultat d'une lutte de cinq ans, ce fut, au Congr&#232;s de La Haye en septembre 1872, l'exclusion des anarchistes de l'Internationale, et l'homme qui fit le plus pour obtenir cette exclusion, ce fut Marx. &#192; ce propos, notre vieil ami, F.A. Sorge de Hoboken, qui y assista en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;, peut vous fournir des d&#233;tails, si vous le souhaitez...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastbourne, 17 ao&#251;t 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Dans la lutte de classe entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la monarchie bonapartiste (dont Marx a d&#233;fini les caract&#233;ristiques dans le 18-Brumaire, et moi-m&#234;me dans la Question du logement II, etc) joue un r&#244;le semblable &#224; celui de la monarchie absolue dans la lutte entre forces f&#233;odales et bourgeoisie. Or, ce combat ne peut &#234;tre livr&#233; jusqu'au bout sous l'ancienne monarchie absolue, mais seulement sous la monarchie constitutionnelle (Angleterre, France de 1789-1792 et 1815-1830). De m&#234;me, en ce qui concerne le combat entre bourgeoisie et prol&#233;tariat, c'est sous la R&#233;publique qu'il est men&#233; &#224; son terme. Comme des conditions favorables et les traditions r&#233;volutionnaires ont contribu&#233; &#224; ce que les Fran&#231;ais renversent le bonapartisme et instaurent la r&#233;publique bourgeoise, ils poss&#232;dent d&#233;j&#224; la forme o&#249; le combat doit &#234;tre men&#233; jusqu'&#224; son terme. Ils ont donc un avantage sur nous qui sommes embourb&#233;s dans un m&#233;lange de semi-f&#233;odalisme et de bonapartisme, puisque nous avons &#224; conqu&#233;rir la forme o&#249; se d&#233;roulera la lutte finale. Bref, du point de vue politique, ils nous devancent de toute une &#233;tape. Une restauration monarchiste aurait pour cons&#233;quence de remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour la restauration de la r&#233;publique bourgeoise, tandis que la poursuite de la r&#233;publique signifie une exacerbation croissante de la lutte de classe directe et non dissimul&#233;e. En cons&#233;quence, le premier r&#233;sultat imm&#233;diat de la r&#233;volution, pour ce qui est de la forme, peut et doit &#234;tre chez nous, la r&#233;publique bourgeoise [2]. Mais, ce ne peut &#234;tre alors qu'un bref point de passage, &#233;tant donn&#233; que nous avons la chance de ne pas avoir un parti bourgeois purement r&#233;publicain. La r&#233;publique bourgeoise, ayant &#224; sa t&#234;te le parti du progr&#232;s peut-&#234;tre, nous servira d'abord &#224; conqu&#233;rir la grande masse des ouvriers pour le socialisme r&#233;volutionnaire. C'est ce qui se r&#232;gle en un an ou deux, tous les partis de milieu encore possibles sans nous s'usant et se ruinant eux-m&#234;mes pendant ce laps de temps. C'est alors seulement que ce sera notre tour, et avec succ&#232;s. La grande erreur des Allemands, c'est de se repr&#233;senter la r&#233;volution comme quelque chose qui se r&#232;gle en une nuit [3]. En fait, c'est un processus de d&#233;veloppement des masses dans des conditions acc&#233;l&#233;r&#233;es, processus s'&#233;tendant sur des ann&#233;es. Chacune des r&#233;volutions qui s'est faite en une nuit (1830) s'est born&#233;e &#224; &#233;liminer une r&#233;action d'embl&#233;e sans espoir ou a conduit directement au contraire de ce qu'elle s'effor&#231;ait de r&#233;aliser (cf, 1848, France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er janvier 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... En ce qui concerne votre question sur le passage de la Pr&#233;face du Manifeste se r&#233;f&#233;rant &#224; la Guerre civile en France *, vous serez sans doute d'accord avec la r&#233;ponse que j'en donne dans ma pr&#233;face de Mars 1891. [4] (165) Je vous en envoie un exemplaire pour le cas o&#249; vous n'en auriez pas. Il s'agit tout simplement de prouver que le prol&#233;tariat victorieux doit commencer par donner une forme nouvelle &#224; l'ancien &#201;tat et administration bureaucratiques et centralis&#233;s, avant de pouvoir utiliser l'&#201;tat &#224; ses fins. &#192; l'inverse, depuis 1848 tous les bourgeois r&#233;publicains, si violemment aient-ils attaqu&#233;s cette machine, tant qu'ils &#233;taient dans l'opposition - ont, sit&#244;t qu'ils sont parvenus au gouvernement, repris sans aucun changement cette machine pour l'utiliser, soit contre la r&#233;action, soit le plus souvent contre le prol&#233;tariat. Si, dans la Guerre civile en France 1871 nous avons port&#233; au compte de la Commune des plans plus ou moins conscients, alors que ses tendances lui &#233;taient plus ou moins inconscientes, ce n'est pas seulement parce que les circonstances le justifiaient, mais encore parce que c'est ainsi qu'il faut proc&#233;der. Les Russes ont fait preuve d'un grand bon sens, en mettant ce passage de la Guerre civile en annexe &#224; leur traduction du Manifeste. Si le cours des choses n'avait pas &#233;t&#233; aussi rapide, on aurait pu faire davantage encore &#224; l'&#233;poque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 mars 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de d&#233;mocratie change avec chaque demos (peuple) donn&#233; &#224; chaque fois, et ne nous fait donc pas avancer d'un pas. Ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; mon avis, c'est que le prol&#233;tariat a besoin de formes d&#233;mocratiques pour s'emparer du pouvoir politique, mais comme toutes les formes politiques, elles ne sont que des moyens. Cependant, si l'on veut aujourd'hui, en Allemagne, la d&#233;mocratie comme butil faut s'appuyer sur les paysans et les petits bourgeois, autrement dit des classes en voie de disparition, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires, par rapport au prol&#233;tariat, si l'on veut les maintenir artificiellement. En outre, il ne faut pas oublier que la forme cons&#233;quente de la domination bourgeoise est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;publique d&#233;mocratique, devenue trop risqu&#233;e &#224; la suite du d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par le prol&#233;tariat, mais qui reste une forme encore possible de la domination bourgeoise pure, comme le montrent la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du lib&#233;ralisme comme &#171; un &#233;tat de choses d&#233;j&#224; atteint historiquement &#187; n'est en fait qu'une incons&#233;quence. La monarchie constitutionnelle lib&#233;rale est une forme ad&#233;quate de la domination bourgeoise : 1&#186; au d&#233;but, lorsque la bourgeoisie n'a pas encore r&#233;gl&#233; compl&#232;tement ses comptes avec la monarchie absolue ; 2&#186; &#224; la fin, lorsque le prol&#233;tariat rend d&#233;j&#224; trop risqu&#233;e la r&#233;publique d&#233;mocratique. Quoi qu'il en soit, la r&#233;publique d&#233;mocratique restera toujours la forme ultime de la domination bourgeoise, forme dans laquelle elle cr&#232;vera. Mais, il suffit sur cette salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nim me prie de te saluer. Je n'ai pas vu Tussy hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 juin 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons d&#233;tourner les masses des partis lib&#233;raux, tant que ceux-ci n'ont pas eu l'occasion de se ridiculiser dans la pratique, en arrivant au pouvoir et en d&#233;montrant qu'ils sont des incapables. Nous sommes toujours, comme en 1848, l'opposition de l'avenir et nous devons donc avoir au gouvernement le plus extr&#234;me des partis actuels avant que nous puissions devenir vis-&#224;-vis de lui l'opposition actuelle. La stagnation politique c'est-&#224;-dire la lutte sans effet ni but des partis officiels telle qu'elle se pratique &#224; l'heure actuelle - ne peut pas nous servir &#224; la longue, comme le ferait un combat progressif de ces partis tendant au fur et &#224; mesure &#224; un glissement vers la gauche. C'est ce qui se produit en France, o&#249; la lutte politique se d&#233;roule comme toujours sous forme classique. Les gouvernements qui se succ&#232;dent sont de plus en plus orient&#233;s &#224; gauche ; le minist&#232;re Clemenceau est d&#233;j&#224; en vue, et ce ne sera pas le minist&#232;re de la bourgeoisie extr&#234;me. &#192; chaque glissement &#224; gauche, des concessions tombent en partage aux ouvriers (voir la derni&#232;re gr&#232;ve de Decazeville o&#249;, pour la premi&#232;re fois, la soldatesque n'est pas intervenue). Ce qui importe avant tout, c'est que le champ soit de plus en plus net pour la bataille d&#233;cisive et la position des partis claire et pure. Dans cette &#233;volution lente, mais irr&#233;sistible de la r&#233;publique fran&#231;aise, je tiens pour in&#233;vitable ce r&#233;sultat final : opposition entre les bourgeois radicaux jouant aux socialistes et les ouvriers vraiment r&#233;volutionnaires. Ce sera l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants, et j'esp&#232;re qu'il ne sera pas interrompu. Je me r&#233;jouis de ce que nos gens ne soient pas encore assez forts &#224; Paris (et ils le sont d'autant plus en province) pour se laisser aller &#224; des putschs, par la force du verbe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la confuse Allemagne, l'&#233;volution ne se poursuit pas d'une mani&#232;re aussi classiquement pure qu'en France. Elle a trop de retard pour cela, nous n'arrivons &#224; ce stade que quand les autres l'ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;. Mais, en d&#233;pit de la mesquinerie de nos partis officiels, la vie politique, quelle qu'elle soit, nous est bien plus favorable que l'actuel d&#233;sert politique o&#249; ne joue que le faisceau des intrigues de politique ext&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 11 d&#233;cembre 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pour ce qui est de la d&#233;mocratie pure et de son r&#244;le &#224; l'avenir, je ne partage pas ton opinion. Il est &#233;vident qu'en Allemagne, elle jouera un r&#244;le bien plus insignifiant que dans les pays de d&#233;veloppement industriel plus ancien. Mais, cela n'emp&#234;che pas qu'elle acquerra, au moment de la r&#233;volution, une importance momentan&#233;e en tant que parti bourgeois extr&#234;me : c'est ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233; en 1849 &#224; Francfort, du fait qu'elle repr&#233;sentait la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage de toute l'&#233;conomie bourgeoise et m&#234;me f&#233;odale. &#192; ce moment, toute la masse des r&#233;actionnaires se range derri&#232;re lui et le renforce : tout ce qui est r&#233;actionnaire se donne alors des allures d&#233;mocratiques. De mars &#224; septembre 1848, toute la masse f&#233;odale et bureaucratique renfor&#231;a ainsi les lib&#233;raux, afin de mater les masses r&#233;volutionnaires et, le coup r&#233;ussi, les lib&#233;raux furent &#233;conduits &#224; coups de pied, comme il fallait s'y attendre. C'est ainsi qu'en France, de mai 1848 aux &#233;lections de Bonaparte en d&#233;cembre, ce fut le parti r&#233;publicain pur du National, le parti le plus faible de tous, qui r&#233;gna du simple fait qu'il avait derri&#232;re lui toute la masse organis&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; chaque r&#233;volution : le parti le plus b&#233;nin qui puisse encore r&#233;gner, arrive au pouvoir, simplement parce que le vaincu voit en lui la derni&#232;re chance de salut. Or, on ne peut pas s'attendre &#224; ce qu'au moment de la crise, nous ayions derri&#232;re nous la majorit&#233; des &#233;lecteurs, c'est-&#224;-dire de la nation. Toute la classe bourgeoise et les vestiges des classes f&#233;odales poss&#233;dantes, une grande partie de la petite-bourgeoisie et de la population des campagnes se rangeront alors derri&#232;re le parti bourgeois extr&#234;me qui se donnera des allures r&#233;volutionnaires extr&#233;mistes, et je tiens pour tr&#232;s possible qu'il soit repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement provisoire, voire qu'il en forme un moment la majorit&#233;. La minorit&#233; social-d&#233;mocrate du gouvernement parisien de F&#233;vrier a montr&#233; comment il ne fallait pas agir lorsqu'on est en majorit&#233;. Cependant, pour l'heure, c'est une question encore acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les &#233;v&#233;nements peuvent se d&#233;rouler tout autrement en Allemagne, et ce sont pour des raisons militaires. Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'impulsion, si elle vient de l'ext&#233;rieur, ne peut venir que de Russie ; mais si elle vient de l'Allemagne elle-m&#234;me, la r&#233;volution ne peut alors partir que de l'arm&#233;e. Un peuple sans armes contre une arm&#233;e moderne est, du point de vue militaire, une grandeur purement &#233;vanescente. Dans ce cas, nos r&#233;servistes de 20 &#224; 25 ans, qui ne votent pas mais qui sont exerc&#233;s dans le maniement des armes, entreraient en action, et la d&#233;mocratie pure pourrait &#234;tre sauv&#233;e. Mais, pr&#233;sentement, cette question est &#233;galement acad&#233;mique, bien que je sois oblig&#233; de l'envisager, &#233;tant pour ainsi dire le repr&#233;sentant du Grand Quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l'ensemble de la r&#233;action group&#233;e autour de la d&#233;mocratie pure, et cela, me semble-t-il, ne doit pas &#234;tre perdu de vue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; F. Domela Nieuwenhuis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 22 f&#233;vrier 1881&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du prochain Congr&#232;s de Zurich, la question que vous me posez [sur les mesures l&#233;gislatives &#224; prendre en vue d'assurer la victoire du socialisme en cas d'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes] me semble des plus maladroites. Ce qu'il faut faire imm&#233;diatement &#224; un moment bien d&#233;termin&#233; de l'avenir d&#233;pend naturellement tout &#224; fait des circonstances historiques dans lesquelles il faut agir. Votre question se pose au pays des nuages et repr&#233;sente donc pratiquement un probl&#232;me fantasmagorique, auquel on ne peut r&#233;pondre qu'en faisant la critique de la question elle-m&#234;me. Nous ne pouvons r&#233;soudre une &#233;quation que si elle inclut d&#233;j&#224; dans ses donn&#233;es les &#233;l&#233;ments de sa solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, l'embarras dans lequel se trouve un gouvernement subitement form&#233; &#224; la suite d'une victoire populaire n'a rien de sp&#233;cifiquement &#171; socialiste &#187;. Au contraire. Les politiciens bourgeois victorieux se sentent aussit&#244;t g&#234;n&#233;s par leur &#171; victoire &#187;, quant aux socialistes, ils peuvent au moins intervenir sans se g&#234;ner et, vous pouvez &#234;tre s&#251;r d'une chose : un gouvernement socialiste n'arriverait jamais au pouvoir si les conditions n'&#233;taient pas d&#233;velopp&#233;es au point qu'il puisse avant toute chose prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; intimider la masse des bourgeois de sorte qu'il conquiert ce dont il a le plus besoin : du temps pour une action durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me renverrez peut-&#234;tre &#224; la Commune de Paris. Mais, abstraction faite de ce qu'il s'agissait d'un simple soul&#232;vement d'une ville dans des conditions exceptionnelles, la majorit&#233; de la Commune n'&#233;tait pas socialiste, et ne pouvait pas l'&#234;tre. [5] Avec une faible dose de bon sens, elle aurait pu n&#233;anmoins obtenir avec Versailles un compromis utile &#224; toute la masse du peuple, seule chose qu'il &#233;tait possible d'atteindre &#224; ce moment-l&#224;. En mettant simplement la main sur la Banque de France, elle aurait pu effrayer les Versaillais et mettre fin &#224; leurs fanfaronnades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie fran&#231;aise avant 1789 &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;tablies - mutatis mutandis - comme le sont de nos jours toutes les mesures &#224; prendre uniform&#233;ment par le prol&#233;tariat dans tous les pays &#224; production capitaliste, Mais, la fa&#231;on dont les revendications de la bourgeoisie fran&#231;aise ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, un quelconque Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle en avait-il la moindre id&#233;e a priori ? L'anticipation doctrinaire et n&#233;cessairement fantasmagorique du programme d'action d'une r&#233;volution future ne ferait que d&#233;voyer la lutte pr&#233;sente. Le r&#234;ve de la ruine tout &#224; fait imminente du r&#233;gime enflammait les Chr&#233;tiens primitifs dans leur lutte contre l'Empire romain et leur donnait la certitude de vaincre. La compr&#233;hension scientifique de la dissolution in&#233;luctable et toujours plus grave sous nos yeux de l'ordre social dominant et les masses pouss&#233;es &#224; coups de fouet &#224; la passion r&#233;volutionnaire par les vieux simulacres de gouvernements, en m&#234;me temps que par le prodigieux d&#233;veloppement positif de moyens de production, tout cela suffit &#224; garantir qu'au moment o&#249; &#233;clatera une v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne, nous aurons &#233;galement les conditions de leur modus operandi imm&#233;diat, qui ne s'av&#233;rera certainement pas idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu que la conjoncture de crise n'existe pas encore pour une nouvelle Association internationale des travailleurs. En cons&#233;quence, je consid&#232;re que tous les congr&#232;s ouvriers ou socialistes - pour autant qu'ils ne se pr&#233;occupent pas des conditions donn&#233;es imm&#233;diates de telle ou telle nation - ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Ils se perdront toujours en fum&#233;e, en rab&#226;chant mille fois des g&#233;n&#233;ralit&#233;s banales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre d&#233;vou&#233; Karl Marx&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; J. Mesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Mesa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre, par votre lettre du 2 courant, la publication imminente de votre traduction espagnole de la Mis&#232;re de la Philosophie de Marx. Il va sans dire que nous nous associons avec empressement &#224; cette oeuvre qui ne manquera pas de produire un effet des plus favorables sur le d&#233;veloppement du socialisme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie proudhonienne, d&#233;molie dans ses bases par le livre de Marx, a certainement &#233;t&#233; balay&#233;e de la surface depuis la chute de la Commune de Paris. Mais, elle forme toujours le grand arsenal dans lequel les bourgeois radicaux pseudo-socialistes d'Europe occidentale puisent les formules propres &#224; endormir les ouvriers. Or, comme les ouvriers de ces m&#234;mes pays ont h&#233;rit&#233;, de leurs devanciers, de semblables phrases proudhoniennes, il arrive que, chez beaucoup d'entre eux, la phras&#233;ologie des radicaux trouve encore un &#233;cho. C'est le cas en France, o&#249; les seuls proudhoniens qu'il y ait encore, sont les bourgeois radicaux soi-disant socialistes. Et si je ne m'abuse, vous en avez aussi, dans vos Cort&#232;s et dans votre presse, de ces r&#233;publicains qui se pr&#233;tendent socialistes, parce qu'ils voient dans les id&#233;es proudhoniennes un moyen plausible tout trouv&#233; d'opposer au vrai socialisme, expression rationnelle et concise des aspirations du prol&#233;tariat, un socialisme bourgeois et de faux aloi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; N.F. Danielson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 octobre 1893&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Si l'Europe occidentale avait &#233;t&#233; pour une telle r&#233;volution (socialiste) entre 1860-1870, si un tel bouleversement social avait &#233;t&#233; entrepris &#224; ce moment en Angleterre, France, etc., alors c'e&#251;t &#233;t&#233; aux Russes de montrer ce qu'ils auraient pu faire de leurs communaut&#233;s (agraires), [6] qui &#233;taient encore plus ou moins intactes. Or, l'Occident resta immobile. Aucune r&#233;volution de ce genre n'ayant &#233;t&#233; entreprise, le capitalisme s'y d&#233;veloppa au contraire &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Ainsi donc, comme il &#233;tait manifestement impossible de hausser les communaut&#233;s &#224; une forme de production dont elles &#233;taient s&#233;par&#233;es par une s&#233;rie de stades historiques, il ne leur reste plus qu'&#224; se d&#233;velopper de mani&#232;re capitaliste, ce qui me semble-t-il, est leur seule &#233;volution possible...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Reproduite dans le Socialiste, le 24 novembre 1900]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah, mais nous avons la r&#233;publique en France &#187;, nous diront les ex-radicaux, &#171; chez nous, c'est autre chose. Nous pouvons utiliser le gouvernement pour des mesures socialistes ! &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat. Vous avez sur nous l'avantage de l'avoir l&#224; ; nous autres, nous devrons perdre vingt-quatre heures pour la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;publique, comme toute autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;). C'est donc une illusion toute gratuite que de la prendre pour une forme socialiste par son essence ; que de lui confier, tant qu'elle est domin&#233;e par la bourgeoisie, des missions socialistes. Nous pourrons lui arracher des concessions, mais jamais la charger de l'ex&#233;cution de notre besogne &#224; nous. Encore si nous pouvions la contr&#244;ler par une minorit&#233; assez forte pour qu'elle p&#251;t se changer en majorit&#233; d'un jour &#224; l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 avril 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liebknecht vient de me jouer un vilain tour. * Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique, &#224; tout prix paisible et anti-violente, qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne elle pourra devenir inapplicable demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Richard Fischer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 8 mars 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Fischer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu compte autant qu'il &#233;tait possible de vos pr&#233;occupations, bien que, avec la meilleure volont&#233;, je ne comprenne pas pourquoi vos r&#233;ticences commencent &#224; la moiti&#233;. * Je ne peux tout de m&#234;me pas admettre que vous ayiez l'intention de prescrire, de tout votre corps et de toute votre &#226;me, la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; en toutes circonstances, la l&#233;galit&#233; m&#234;me vis-&#224;-vis de ceux qui frisent la l&#233;galit&#233;, bref la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche &#224; celui qui vous a frapp&#233; la joue droite. Dans le Vorw&#228;rts, toutefois, certains pr&#234;chent parfois la r&#233;volution, avec la m&#234;me &#233;nergie que d'autres la repoussent, comme cela se faisait autrefois et se fera peut-&#234;tre encore &#224; l'avenir. Mais, je ne peux consid&#233;rer cela comme une position comp&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, &#224; l'ill&#233;galit&#233;. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; vos modifications avec les exceptions suivantes- 1&#186; &#201;preuves, chez les masses, il est dit : &#171; elles doivent avoir compris pourquoi elles interviennent &#187; ; 2&#186; Le passage suivant : &#171; barrer toute la phrase de : &#171; le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque &#187;, votre proposition contenant une inexactitude flagrante : le mot d'ordre &#171; d&#233;clenchement de l'attaque &#187; est utilis&#233; par les Fran&#231;ais, Italiens, etc. &#224; tout propos, mais ce n'est pas tellement s&#233;rieux ; 3&#186; &#201;preuve : &#171; Sur la r&#233;volution (Umsturz) sociale-d&#233;mocrate qui vit actuellement en s'en tenant &#224; la loi &#187;, vous voulez enlever &#171; actuellement &#187;, autrement dit transformer une tactique valable momentan&#233;ment et toute relative, en une tactique permanente et absolue. (168) Cela je ne peux pas le faire, sans me discr&#233;diter &#224; tout jamais. J'&#233;vite donc la formule de l'opposition, et je dis : &#171; Sur la r&#233;volution sociale-d&#233;mocrate, &#224; qui il convient si bien en ce moment pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends absolument pas pourquoi vous trouvez dangereuse ma remarque sur l'attitude de Bismarck en 1866, lorsqu'il viola la Constitution. Il s'agit d'un argument lumineux, comme aucun autre ne le serait. Mais, je veux cependant vous faire ce plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je ne peux absolument pas continuer de la sorte. J'ai fait mon possible pour vous &#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments dans le d&#233;bat. Mais vous feriez mieux de pr&#233;server le point de vue selon lequel l'obligation de respecter la l&#233;galit&#233; est de caract&#232;re juridique, et non moral, comme Bogoulavski vous l'a si bien montr&#233; dans le temps, et qu'elle cesse compl&#232;tement lorsque les d&#233;tenteurs du pouvoir violent la l&#233;gislation. Mais vous avez eu la faiblesse - ou du moins certains d'entre vous -de ne pas contrer comme il fallait les pr&#233;tentions de l'adversaire : reconna&#238;tre l'obligation l&#233;gale du point de vue moral, c'est-&#224;-dire obligatoire dans toutes les circonstances, au lieu de dire : vous avez le pouvoir et vous faites les lois, si nous les violons, vous pouvez nous traiter selon ces lois, cela nous devons le supporter, et c'est tout ; nous n'avons pas d'autre devoir, vous n'avez pas d'autre droit, C'est ce qu'ont fait les catholiques sous les lois de Mai, les vieux luth&#233;riens &#224; Meissen, le soldat mennonite qui figure dans tous les journaux, et vous ne devez pas d&#233;savouer cette position. Les projets anti-s&#233;ditieux sont de toute fa&#231;on vou&#233;s &#224; la ruine : ce genre de choses ne peut m&#234;me pas se formuler et, moins encore, se r&#233;aliser, lorsque ces gens sont au pouvoir, ils r&#233;priment et s&#233;vissent de toute fa&#231;on contre vous d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous voulez expliquer aux gens du gouvernement que vous n'attendez que parce que vous n'&#234;tes pas encore assez forts pour vous d&#233;brouiller tout seuls et parce que l'arm&#233;e n'est pas encore compl&#232;tement sap&#233;e, mais alors, mes braves, pourquoi ces vantardises quotidiennes dans la presse sur les progr&#232;s et succ&#232;s gigantesques du Parti ? Tout aussi bien que nous ces gens savent que nous avan&#231;ons puissamment vers la victoire, que nous serons irr&#233;sistibles dans quelques ann&#233;es, et c'est pour cela qu'ils veulent passer &#224; l'attaque maintenant, mais h&#233;las pour eux, ils ne savent pas comment s'y prendre. Nos discours ne peuvent rien changer &#224; cela : ils le savent aussi bien que nous et ils savent tout autant que, si nous avons le pouvoir, nous l'utiliserons comme cela nous servira &#224; nous, et non &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si la question est d&#233;battue au Comit&#233; central, pensez un peu &#224; ceci : pr&#233;servez le droit de r&#233;sistance aussi bien que Bogouslavski nous l'a pr&#233;serv&#233; ; de vieux r&#233;volutionnaires -fran&#231;ais, italiens, espagnols, hongrois, anglais - figurent parmi ceux qui vous entendent, et que -sait-on jamais combien rapidement - le temps peut revenir o&#249; les choses deviennent s&#233;rieuses avec l'&#233;limination de la l&#233;galit&#233;, qui fut r&#233;alis&#233;e autrefois &#224; Wyden. Regardez donc les Autrichiens qui aussi ouvertement que possible menacent de la violence, si le suffrage universel n'est pas bient&#244;t instaur&#233;. Pensez &#224; vos propres ill&#233;galit&#233;s sous le r&#233;gime des lois anti-socialistes auquel on voudrait vous soumettre de nouveau. L&#233;galit&#233; aussi longtemps que cela nous arrange, mais pas de l&#233;galit&#233; &#224; tout prix, m&#234;me en paroles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F. E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La domination &#233;conomique de la bourgeoisie se compl&#232;te par une domination politique, qui &#233;tend le r&#232;gne de la bourgeoisie &#224; toute la nation et &#224; toutes les activit&#233;s. Les superstructures de l'&#201;tat bourgeois ont un caract&#232;re &#224; la fois historique et &#233;conomique : &#171; La violence (c'est-&#224;-dire le pouvoir &#233;tatique) est elle aussi une puissance &#233;conomique &#187;, &#233;crit Engels &#224; Schmidt, le 27 octobre 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; elle ne domine pas seulement la production sociale, mais a &#233;cart&#233; du pouvoir les classes f&#233;odales ou a cess&#233; de partager le pouvoir avec elles, autrement dit lorsqu'elle a instaur&#233; la R&#233;publique. Mais le mot de R&#233;publique pr&#234;te &#224; confusion. De nos jours, la bourgeoisie anglaise domine parfaitement avec la monarchie constitutionnelle et gouverne sans partage. Mais tant que l'&#201;tat bourgeois n'a pas atteint son plein &#233;panouissement, Marx et Engels admettaient que le prol&#233;tariat puisse utiliser l'&#201;tat faiblement d&#233;velopp&#233; de la bourgeoisie, &#171; le mouvement r&#233;publicain ne peut se d&#233;velopper sans transcro&#238;tre en mouvement de la classe ouvri&#232;re &#187; (cf. supra, p. 104). Autrement dit, il &#233;tait possible d'am&#233;nager l'&#201;tat bourgeois peu d&#233;velopp&#233;, en le modifiant dans le sens des int&#233;r&#234;ts ouvriers, en dictature du prol&#233;tariat. C'est dire qu'il &#233;tait possible de prendre pacifiquement le pouvoir. Cette hypoth&#232;se historique ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e, et partout, il faut maintenant commencer &#224; briser par la violence l'appareil d'&#201;tat bourgeois, comme l'a enseign&#233; la Commune. L&#233;nine en explique les raisons : &#171; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, c'est la violence exerc&#233;e contre la bourgeoisie ; et cette violence est n&#233;cessit&#233;e surtout, comme Marx et Engels l'ont expliqu&#233; maintes fois et de la fa&#231;on la plus explicite (notamment dans la Guerre civile en France et dans la pr&#233;face de cet ouvrage), par l'existence du militarisme et de la bureaucratie. Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en Am&#233;rique, qui, justement dans les ann&#233;es 70, &#233;poque &#224; laquelle Marx fit sa remarque, n'existaient pas. Maintenant, elles existent et en Angleterre et en Am&#233;rique. Cf. la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 100. En effet, dans un discours tenu apr&#232;s le Congr&#232;s de La Haye en Septembre 1872, Marx avait fait la remarque qu'il &#233;tait possible de prendre le pouvoir pacifiquement en Hollande, Angleterre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre le fascisme a &#233;t&#233; fauss&#233;e, en Italie et en Allemagne, par l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, en s'alliant avec les sociaux-d&#233;mocrates (qui avaient pourtant assassin&#233; Rosa Luxembourg et Liebknecht) ainsi que les d&#233;mocrates et r&#233;publicains bourgeois ou petits-bourgeois, qui furent en r&#233;alit&#233; les complices - conscients ou inconscients - du fascisme : sur une base aussi erron&#233;e, la lutte des communistes fut impuissante &#224; emp&#234;cher l'av&#232;nement des r&#233;gimes fascistes. Pour la d&#233;finition de la strat&#233;gie de lutte efficace contre le fascisme, cf. Communisme et fascisme, &#201;ditions &#171; Programme communiste &#187;, 1970, p. 35-158. La pr&#233;face &#224; ce choix de textes des ann&#233;es 20 est erron&#233;e, car elle cite p&#234;le-m&#234;le des d&#233;clarations et actes de la droite du centre et de la gauche du parti communiste allemand, dont elle exag&#232;re l'incoh&#233;rence, tandis qu'elle pr&#233;sente l'attitude du parti communiste italien comme infiniment plus coh&#233;rente en ne citant que des textes de la Gauche. Cette introduction d&#233;nigre ainsi syst&#233;matiquement les camarades et les ouvriers allemands, qui lutt&#232;rent les armes &#224; la main et furent soumis a une forte pression id&#233;ologique ext&#233;rieure (Zinoviev, Radek, Staline, etc.) qui changea sans arr&#234;t la direction du parti communiste allemand, en m&#234;me temps que sa politique et sa strat&#233;gie : cf. Trotsky, l'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine, Paris, P.U.F. 1969, 2 vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. la traduction fran&#231;aise in la Guerre civile en France. 1871, op. cit., p. 291-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Cf. plus haut &#224; la &#171; Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste &#187; o&#249; Marx et Engels affirment que l'une des le&#231;ons essentielles de la Commune a &#233;t&#233; qu'on ne peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois : il faut le briser et cr&#233;er un &#201;tat prol&#233;tarien pour faire des transformations socialistes. Cela exclut la participation de communistes marxistes &#224; un gouvernement bourgeois. Engels le dit express&#233;ment, et ce dans deux hypoth&#232;ses : 1&#186; en cas de victoire de la d&#233;mocratie dans la r&#233;volution : &#171; Apr&#232;s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si&#232;ges au gouvernement - mais TOUJOURS en minorit&#233;. Cela est le plus grand danger. Apr&#232;s F&#233;vrier 1848, les d&#233;mocrates socialistes fran&#231;ais (&#171; R&#233;forme &#187;, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si&#232;ges. Minorit&#233; au gouvernement des r&#233;publicains purs (&#171; National &#187;, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag&#233; volontairement la responsabilit&#233; de toutes les infamies vot&#233;es et commises par la majorit&#233;, de toutes les trahisons de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri&#232;re &#233;tait paralys&#233;e par la pr&#233;sence au gouvernement de ces messieurs, qui pr&#233;tendaient l'y repr&#233;senter. &#187; Engels, &#224; F. Turati, le 26 janvier 1894 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#186; En cas de victoire &#233;lectorale des seuls socialistes : &#171; Avant tout, je n'ai pas dit que &#171; le parti socialiste obtiendra la majorit&#233; et prendra ensuite le pouvoir &#187;. J'ai dit express&#233;ment, au contraire, qu'il y a dix probabilit&#233;s contre une que ceux qui sont au pouvoir utiliseront auparavant la force contre nous ; cela nous ram&#232;nerait du terrain de la majorit&#233; sur celui de la r&#233;volution. &#187; Fr. Engels, &#224; G. Bosio, le 6 f&#233;vrier 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx estimait que la Commune &#233;tait fort &#233;loign&#233;e d'introduire le socialisme en France. En fait, elle inaugurait une longue phase de dictature du prol&#233;tariat et de luttes de classes farouches : telle &#233;tait aussi la conception de L&#233;nine pour lequel la r&#233;volution russe &#233;tait le premier acte de la r&#233;volution mondiale, contrairement &#224; Staline qui y vit le moyen de construire, dans un seul pays, le socialisme, au sens &#233;conomique et social. Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; La Commune ne supprime pas les luttes de classes, par lesquelles la classe ouvri&#232;re s'efforce d'abolir toutes les classes et, par suite, toute domination de classe.... mais elle cr&#233;e l'ambiance rationnelle dans laquelle cette lutte de classe peut passer par ses diff&#233;rentes phases de la fa&#231;on la plus rationnelle et la plus humaine. Elle peut &#234;tre le point de d&#233;part de r&#233;actions violentes et, de r&#233;volutions tout aussi violentes &#187; (op. cit., pp. 215-216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives, cf. notes nos 104 et 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans une lettre du 8 mars 1881 &#224; V&#233;ra Zassoulitch, Marx expliquait que le passage par le capitalisme n'&#233;tait une fatalit&#233; que pour les pays d'Europe occidentale. Les autres pays - et notamment la Russie - eussent pu, en th&#233;orie, sauter la phase capitaliste pour arriver directement au socialisme, si la r&#233;volution socialiste s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e en Europe occidentale, de sorte qu'elle aurait apport&#233; son aide technique, fraternelle aux pays non encore d&#233;velopp&#233;s, Cf. l'article Marx et la Russie et Lettres de Marx &#224; V&#233;ra Zassoulitch, in l'Homme et la Soci&#233;t&#233;, n&#186; 5, pp. 149-180.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec de la Commune aura donc eu pour cons&#233;quence de forcer la Russie &#224; passer par l'enfer capitaliste ; les communaut&#233;s rurales, au lieu de pouvoir se transformer en unit&#233;s de production socialistes, &#233;tant condamn&#233;es &#224; prendre des formes plus ou moins capitalistes d'oppression de la masse paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Vers la fin de 1893, les d&#233;put&#233;s marxistes de la Chambre fran&#231;aise se trouv&#232;rent subitement d&#233;bord&#233;s par l'arriv&#233;e du groupe Millerand-Jaur&#232;s, transfuges du groupe radical. Les millerandistes (qui furent pour la participation au gouvernement bourgeois et furent durement fustig&#233;s par Engels et L&#233;nine) eurent la majorit&#233; absolue dans le groupe socialiste et prirent la t&#234;te du seul quotidien &#171; socialiste &#187;. Outre les 12 marxistes, le groupe socialiste comptait aussi 3 ou 4 allemanistes, 2 broussistes et 4 ou 6 blanquistes contre environ 30 millerandistes. Cf. la lettre de Fr. Engels &#224; Sorge, 30 d&#233;cembre 1893, in Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers, publi&#233;e par F.-A. Sorge, &#201;ditions Costes, 2 vol., 1950, tome Il, pp. 307-311. Comme on le voit, l'id&#233;e de la participation de socialistes ou de communistes &#224; un gouvernement bourgeois est &#233;trang&#232;re &#224; Marx aussi bien qu'&#224; Engels et &#224; L&#233;nine ; elle contredit l'enseignement fondamental de la Commune : briser la machine d'&#201;tat bourgeoise comme premi&#232;re mesure de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; propos de la Pr&#233;face d'Engels (1895), &#224; Luttes de classes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engels fait allusion &#224; sa Pr&#233;face du 3 mars 1895, cf. les Luttes de classes en France, le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, &#201;d. Soc., 1948, pp. 21-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M&#234;me au temps o&#249; le prol&#233;tariat pouvait prendre le pouvoir pacifiquement, il devait utiliser la violence pour transformer l'&#233;conomie capitaliste en &#233;conomie socialiste (cf. les mesures despotiques du Manifeste communiste de 1848). Mais il se trouve que les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat sont l&#233;gales et, de ce fait, consid&#233;r&#233;es comme justes. M&#234;me si le grand nombre est de cet avis, le marxisme estime que l'&#201;tat est toujours violence concentr&#233;e, et la justice violence l&#233;galis&#233;e. M&#234;me la d&#233;mocratie n'est pas le but du communisme, puisqu'elle signifie que la minorit&#233; s'incline devant la majorit&#233;, dont le gouvernement s'appuie sur la force : cf. Marx-Engels, &#201;crits militaires, p. 127, Un parti &#233;tant un premier pas vers le gouvernement, forme concentr&#233;e de la violence, ne peut donc se taxer de parti de la paix et de la non-violence sans nier sa raison d'&#234;tre. Fid&#232;le disciple de Marx-Engels, L&#233;nine consid&#233;rait le communisme comme l'abolition des classes et de l'&#201;tat, et donc la fin de la d&#233;mocratie, cf L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. 6 : &#171; Engels et la suppression de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'Etat et la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re pr&#233;face &#224; une nouvelle &#233;dition allemande du Manifeste communiste, sign&#233;e de ses deux auteurs, est dat&#233;e du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y d&#233;clarent que le programme du Manifeste communiste &#034;est aujourd'hui vieilli sur certains points&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, notamment, a d&#233;montr&#233;, poursuivent-ils, que la &#034;classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte.&#034;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mots de cette citation, mis entre guillemets, sont emprunt&#233;s par les auteurs &#224; l'ouvrage de Marx La Guerre civile en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels attribuaient &#224; l'une des le&#231;ons principales, fondamentales, de la Commune de Paris une port&#233;e si grande qu'ils l'ont introduite, comme une correction essentielle, dans le Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose extr&#234;mement caract&#233;ristique : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette correction essentielle qui a &#233;t&#233; d&#233;natur&#233;e par les opportunistes, et les neuf dixi&#232;mes, sinon les quatre-vingt-dix-neuf centi&#232;mes des lecteurs du Manifeste communiste, en ignorent certainement le sens. Nous parlerons en d&#233;tail de cette d&#233;formation un peu plus loin, dans un chapitre sp&#233;cialement consacr&#233; aux d&#233;formations. Qu'il nous suffise, pour l'instant, de marquer que l'&#034;interpr&#233;tation&#034; courante, vulgaire, de la fameuse formule de Marx cit&#233;e par nous est que celui-ci aurait soulign&#233; l'id&#233;e d'une &#233;volution lente, par opposition &#224; la prise du pouvoir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est exactement le contraire. L'id&#233;e de Marx est que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034;, et ne pas se borner &#224; en prendre possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 1871, c'est-&#224;-dire justement pendant la Commune, Marx &#233;crivait &#224; Kugelmann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans le dernier chapitre de mon 18-Brumaire , je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la prochaine tentative de la r&#233;volution en France devra consister non plus &#224; faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la briser. (Soulign&#233; par Marx ; dans l'original, le mot est zerbrechen ). C'est la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris&#034; (Neue Zeit , XX, 1, 1901-1902, p. 709). Les lettres de Marx &#224; Kugelmann comptent au moins deux &#233;ditions russes, dont une r&#233;dig&#233;e et pr&#233;fac&#233;e par moi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Briser la machine bureaucratique et militaire&#034; : en ces quelques mots se trouve bri&#232;vement exprim&#233;e la principale le&#231;on du marxisme sur les t&#226;ches du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat au cours de la r&#233;volution. Et c'est cette le&#231;on qui est non seulement tout &#224; fait oubli&#233;e, mais encore franchement d&#233;natur&#233;e par l'&#034;interpr&#233;tation&#034; dominante du marxisme, due &#224; Kautsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au passage du 18 Brumaire auquel se r&#233;f&#232;re Marx, nous l'avons int&#233;gralement reproduit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points surtout sont &#224; souligner dans ce passage de Marx. En premier lieu, il limite sa conclusion au continent. Cela se concevait en 1871, quand l'Angleterre &#233;tait encore un mod&#232;le du pays purement capitaliste, mais sans militarisme et, dans une large mesure, sans bureaucratie. Aussi Marx faisait-il une exception pour l'Angleterre, o&#249; la r&#233;volution et m&#234;me la r&#233;volution populaire paraissait possible, et l'&#233;tait en effet sans destruction pr&#233;alable de la &#034;machine d'Etat toute pr&#234;te&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en 1917, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re grande guerre imp&#233;rialiste, cette restriction de Marx ne joue plus. L'Angleterre comme l'Am&#233;rique, les plus grands et les derniers repr&#233;sentants de la &#034;libert&#233;&#034; anglo-saxonne dans le monde entier (absence de militarisme et de bureaucratisme), ont gliss&#233; enti&#232;rement dans le marais europ&#233;en, fangeux et sanglant, des institutions militaires et bureaucratiques, qui se subordonnent tout et &#233;crasent tout de leur poids. Maintenant, en Angleterre comme en Am&#233;rique, &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution populaire r&#233;elle&#034;, c'est la d&#233;molition, la destruction de la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034; (port&#233;e en ces pays, de 1914 &#224; 1917, &#224; une perfection &#034;europ&#233;enne&#034;, commune d&#233;sormais &#224; tous les Etats imp&#233;rialistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, ce qui m&#233;rite une attention particuli&#232;re, c'est cette remarque tr&#232;s profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l'Etat est &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire &#034;. Cette notion de r&#233;volution &#034;populaire&#034; para&#238;t surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Pl&#233;khanov ainsi que les mench&#233;viks, ces disciples de Strouv&#233; qui d&#233;sirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de &#034;lapsus&#034;. Ils ont r&#233;duit le marxisme &#224; une doctrine si platement lib&#233;rale que, en dehors de l'antith&#232;se : r&#233;volution bourgeoise et r&#233;volution prol&#233;tarienne, rien n'existe pour eux ; encore con&#231;oivent-ils cette antith&#232;se d'une mani&#232;re on ne peut plus scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend, &#224; titre d'exemple, les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle, force sera de reconna&#238;tre que, de toute &#233;vidence, les r&#233;volutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l'une, ni l'autre ne sont &#034;populaires&#034;, puisque la masse du peuple, son immense majorit&#233;, n'intervient d'une fa&#231;on visible, active, autonome, avec ses revendications &#233;conomiques et politiques propres, ni dans l'une, ni dans l'autre de ces r&#233;volutions. Par contre, la r&#233;volution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remport&#233; des succ&#232;s aussi &#034;&#233;clatants&#034; que ceux qui &#233;churent de temps &#224; autre aux r&#233;volutions portugaise et turque, a &#233;t&#233; sans conteste une r&#233;volution &#034;v&#233;ritablement populaire&#034;. Car la masse du peuple, sa majorit&#233;, ses couches sociales &#034;inf&#233;rieures&#034; les plus profondes, accabl&#233;es par le joug et l'exploitation, se sont soulev&#233;es spontan&#233;ment et ont laiss&#233; sur toute la marche de la r&#233;volution l'empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire &#224; leur mani&#232;re une soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; la place de l'ancienne en cours de destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, le prol&#233;tariat ne formait la majorit&#233; du peuple dans aucun pays du continent europ&#233;en. La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre &#034;populaire&#034; et entra&#238;ner v&#233;ritablement la majorit&#233; dans le mouvement qu'en englobant et le prol&#233;tariat et la paysannerie. Le &#034;peuple&#034; &#233;tait justement form&#233; de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la &#034;machine bureaucratique et militaire de l'Etat&#034; les opprime, les &#233;crase, les exploite. Briser cette machine, la d&#233;molir , tel est v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t du &#034;peuple&#034;, de sa majorit&#233;, des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans ; telle est la &#034;condition premi&#232;re&#034; de la libre alliance des paysans pauvres et des prol&#233;taires ; et sans cette alliance, pas de d&#233;mocratie solide, pas de transformation socialiste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n'atteignit pas son but pour diverses raisons d'ordre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en parlant d'une &#034;r&#233;volution v&#233;ritablement populaire&#034;, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parl&#233;), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des v&#233;ritables rapports de classes dans la plupart des Etats continentaux d'Europe en 1871. D'autre part, il constatait que la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine de l'Etat est dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans, qu'elle les unit et leur assigne une t&#226;che commune : la suppression de ce &#034;parasite&#034; et son remplacement par quelque chose de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quoi pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. PAR QUOI REMPLACER LA MACHINE D'ETAT DEMOLIE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question Marx ne donnait encore, en 1847, dans le Manifeste communiste , qu'une r&#233;ponse tout &#224; fait abstraite, ou plut&#244;t une r&#233;ponse indiquant les probl&#232;mes, mais non les moyens de les r&#233;soudre. La remplacer par l'&#034;organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;, par la &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;, telle &#233;tait la r&#233;ponse du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans verser dans l'utopie, Marx attendait de l'exp&#233;rience du mouvement de masse la r&#233;ponse &#224; la question de savoir quelles formes concr&#232;tes prendrait cette organisation du prol&#233;tariat en tant que classe dominante, de quelle mani&#232;re pr&#233;cise cette organisation se concilierait avec la plus enti&#232;re, la plus cons&#233;quente &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi limit&#233;e qu'ait &#233;t&#233; l'exp&#233;rience de la Commune, Marx la soumet &#224; une analyse des plus attentives dans sa Guerre civile en France. Citons les principaux passages de cet &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle s'est d&#233;velopp&#233;, transmis par le moyen &#226;ge, &#034;le pouvoir centralis&#233; de l'Etat, avec ses organes, partout pr&#233;sents : arm&#233;e permanente, police, bureaucratie, clerg&#233; et magistrature&#034;. En raison du d&#233;veloppement de l'antagonisme de classe entre le Capital et le Travail, &#034;le pouvoir d'Etat prenait de plus en plus le caract&#232;re d'un pouvoir public organis&#233; aux fins de l'asservissement de la classe ouvri&#232;re, d'un appareil de domination de classe. Apr&#232;s chaque r&#233;volution qui marque un progr&#232;s de la lutte des classes, le caract&#232;re purement r&#233;pressif du pouvoir d'Etat appara&#238;t de fa&#231;on de plus en plus ouverte&#034;. Apr&#232;s la R&#233;volution de 1848-1849, le pouvoir d'Etat devient &#034;l'engin de guerre national du Capital contre le Travail&#034;. Le Second Empire ne fait que le consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'antith&#232;se directe de l'Empire fut la Commune&#034;. &#034;La Commune fut la forme positive&#034; &#034;d'une r&#233;publique qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consistait pr&#233;cis&#233;ment cette forme &#034;positive&#034; de r&#233;publique prol&#233;tarienne socialiste ? Quel &#233;tait l'Etat qu'elle avait commenc&#233; de fonder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le premier d&#233;cret de la commune fut... la suppression de l'arm&#233;e permanente, et son remplacement par le peuple en armes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication figure maintenant au programme de tous les partis qui se r&#233;clament du socialisme. Mais ce que valent leurs programmes, c'est ce qu'illustre au mieux l'attitude de nos socialistes-r&#233;volutionnaires et de nos mench&#233;viks qui, justement apr&#232;s la r&#233;volution du 27 f&#233;vrier, ont en fait refus&#233; de donner suite &#224; cette revendication !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune fut compos&#233;e des conseillers municipaux, &#233;lus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils &#233;taient responsables et r&#233;vocables &#224; tout moment. La majorit&#233; de ses membres &#233;taient naturellement des ouvriers ou des repr&#233;sentants reconnus de la classe ouvri&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de continuer d'&#234;tre l'instrument du gouvernement central, la police fut imm&#233;diatement d&#233;pouill&#233;e de ses attributs politiques et transform&#233;e en un instrument de la Commune, responsable et &#224; tout instant r&#233;vocable. Il en fut de m&#234;me pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'&#233;chelle, la fonction publique devait &#234;tre assur&#233;e pour des salaires d'ouvriers. Les b&#233;n&#233;fices d'usage et les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation des hauts dignitaires de l'Etat disparurent avec ces hauts dignitaires eux-m&#234;mes... Une fois abolies l'arm&#233;e permanente et la police, instruments du pouvoir mat&#233;riel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour t&#226;che de briser l'outil spirituel de l'oppression, le &#034;pouvoir des pr&#234;tres&#034;... Les fonctionnaires de la justice furent d&#233;pouill&#233;s de leur feinte ind&#233;pendance... ils devaient &#234;tre &#233;lectifs, responsables et r&#233;vocables.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Commune semblait avoir remplac&#233; la machine d'Etat bris&#233;e en instituant une d&#233;mocratie &#034;simplement&#034; plus compl&#232;te : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;lectivit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en r&#233;alit&#233;, ce &#034;simplement&#034; repr&#233;sente une oeuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres fonci&#232;rement diff&#233;rentes. C'est l&#224; justement un cas de &#034;transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;&#034; : r&#233;alis&#233;e de cette fa&#231;on, aussi pleinement et aussi m&#233;thodiquement qu'il est possible de le concevoir, la d&#233;mocratie, de bourgeoise, devient prol&#233;tarienne ; d'Etat (=pouvoir sp&#233;cial destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, &#224; proprement parler, un Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mater la bourgeoisie et briser sa r&#233;sistance n'en reste pas moins une n&#233;cessit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; s'imposait particuli&#232;rement &#224; la Commune, et l'une des causes de sa d&#233;faite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de r&#233;solution. Mais ici, l'organisme de r&#233;pression est la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, ainsi qu'avait toujours &#233;t&#233; le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salari&#233;. Or, du moment que c'est la majorit&#233; du peuple qui mate elle-m&#234;me ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un &#034;pouvoir sp&#233;cial&#034; de r&#233;pression ! C'est en ce sens que l'Etat commence &#224; s'&#233;teindre. Au lieu d'institutions sp&#233;ciales d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, chefs de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; elle-m&#234;me peut s'acquitter directement de ces t&#226;ches ; et plus les fonctions du pouvoir d'Etat sont exerc&#233;es par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait ressortir, est particuli&#232;rement remarquable : suppression de toutes les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation, de tous les privil&#232;ges p&#233;cuniaires attach&#233;s au corps des fonctionnaires, r&#233;duction des traitements de tous les fonctionnaires au niveau des &#034;salaires d'ouvriers &#034;. C'est l&#224; justement qu'appara&#238;t avec le plus de relief le tournant qui s'op&#232;re de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la d&#233;mocratie des oppresseurs &#224; la d&#233;mocratie des classes opprim&#233;es, de l'Etat en tant que &#034;pouvoir sp&#233;cial &#034; destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e sur les oppresseurs par le pouvoir g&#233;n&#233;ral de la majorit&#233; du peuple, des ouvriers et des paysans. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point, particuli&#232;rement frappant et le plus important peut-&#234;tre en ce qui concerne la question de l'Etat, que les enseignements de Marx sont le plus oubli&#233;s ! Les commentaires de vulgarisation - ils sont innombrables - n'en parlent pas. Il est &#034;d'usage&#034; de taire cela comme une &#034;na&#239;vet&#233;&#034; qui a fait son temps, &#224; la mani&#232;re des chr&#233;tiens qui, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont &#034;oubli&#233;&#034; les &#034;na&#239;vet&#233;s&#034; du christianisme primitif avec son esprit r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du traitement des hauts fonctionnaires de l'Etat appara&#238;t &#034;simplement&#034; comme la revendication d'un d&#233;mocratisme na&#239;f, primitif. Un des &#034;fondateurs&#034; de l'opportunisme moderne, l'ex-social-d&#233;mocrate Ed. Bernstein, s'est maintes fois exerc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les plates railleries bourgeoises contre le d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034;. Comme tous les opportunistes, comme les kautskistes de nos jours, il n'a pas du tout compris, premi&#232;rement, qu'il est impossible de passer du capitalisme au socialisme sans un certain &#034;retour&#034; au d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034; (car enfin, comment s'y prendre autrement pour faire en sorte que les fonctions de l'Etat soient exerc&#233;es par la majorit&#233;, par la totalit&#233; de la population ?) et, deuxi&#232;mement, que le &#034;d&#233;mocratisme primitif&#034; bas&#233; sur le capitalisme et la culture capitaliste n'est pas le d&#233;mocratisme primitif des &#233;poques anciennes ou pr&#233;capitalistes. La culture capitaliste a cr&#233;&#233; la grande production, les fabriques, les chemins de fer, la poste, le t&#233;l&#233;phone, etc. Et, sur cette base l'immense majorit&#233; des fonctions du vieux &#034;pouvoir d'Etat&#034; se sont tellement simplifi&#233;es, et peuvent &#234;tre r&#233;duites &#224; de si simples op&#233;rations d'enregistrement, d'inscription, de contr&#244;le, qu'elles seront parfaitement &#224; la port&#233;e de toute personne pourvue d'une instruction primaire, qu'elles pourront parfaitement &#234;tre exerc&#233;es moyennant un simple &#034;salaire d'ouvrier&#034; ; ainsi l'on peut (et l'on doit) enlever &#224; ces fonctions tout caract&#232;re privil&#233;gi&#233;, &#034;hi&#233;rarchique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electivit&#233; compl&#232;te, r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, r&#233;duction de leurs traitements au niveau d'un normal &#034;salaire d'ouvrier&#034;, ces mesures d&#233;mocratiques simples et &#034;allant de soi&#034;, qui rendent parfaitement solidaires les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans, servent en m&#234;me temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme. Ces mesures concernent la r&#233;organisation de l'Etat, la r&#233;organisation purement politique de la soci&#233;t&#233;, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattach&#233;es &#224; la r&#233;alisation ou &#224; la pr&#233;paration de l'&#034;expropriation des expropriateurs&#034;, c'est-&#224;-dire avec la transformation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste des moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, a r&#233;alis&#233; ce mot d'ordre de toutes les r&#233;volutions bourgeoises, le gouvernement &#224; bon march&#233;, en abolissant ces deux grandes sources de d&#233;penses : l'arm&#233;e permanente et le fonctionnarisme d'Etat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une infime minorit&#233; de la paysannerie ainsi que des autres couches de la petite bourgeoisie s'&#034;&#233;l&#232;ve&#034;, &#034;arrive&#034; au sens bourgeois du mot, c'est-&#224;-dire que seuls quelques individus deviennent ou des gens ais&#233;s, des bourgeois, ou des fonctionnaires nantis et privil&#233;gi&#233;s. L'immense majorit&#233; des paysans, dans tout pays capitaliste o&#249; il existe une paysannerie (et ces pays sont en majorit&#233;), sont opprim&#233;s par le gouvernement et aspirent &#224; le renverser ; ils aspirent &#224; un gouvernement &#034;&#224; bon march&#233;&#034;. Le prol&#233;tariat peut seul, s'acquitter de cette t&#226;che et, en l'ex&#233;cutant, il fait du m&#234;me coup un pas vers la r&#233;organisation socialiste de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. SUPPRESSION DU PARLEMENTARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de d&#233;cider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante &#034;devait repr&#233;senter&#034; et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitu&#233; en communes, comme le suffrage individuel sert &#224; tout autre employeur en qu&#234;te d'ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarquable critique du parlementarisme, formul&#233;e en 1871, est elle aussi aujourd'hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l'opportunisme, au nombre des &#034;paroles oubli&#233;es&#034; du marxisme. Les ministres et les parlementaires de profession, les tra&#238;tres au prol&#233;tariat et les socialistes &#034;pratiques&#034; d'&#224; pr&#233;sent ont enti&#232;rement laiss&#233; aux anarchistes le soin de critiquer le parlementarisme ; et, pour cette raison d'une logique surprenante, ils qualifient d'&#034;anarchiste&#034; toute critique du parlementarisme ! ! On ne saurait s'&#233;tonner que le prol&#233;tariat des pays parlementaires &#034;avanc&#233;s&#034;, &#233;coeur&#233; &#224; la vue de &#034;socialistes&#034; tels que les Scheidemann, David, Legien, Sembat, Renaudel, Henderson, Vandervelde, Stauning, Branting, Bissolati et Cie, ait de plus en plus souvent accord&#233; ses sympathies &#224; l'anarcho-syndicalisme, encore que celui-ci soit le fr&#232;re jumeau de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour Marx, la dialectique r&#233;volutionnaire n'a jamais &#233;t&#233; cette vaine phras&#233;ologie &#224; la mode, ce hochet qu'en ont fait Pl&#233;khanov, Kautsky et les autres. Marx a su rompre impitoyablement avec l'anarchisme pour son impuissance &#224; utiliser m&#234;me l'&#034;&#233;curie&#034; du parlementarisme bourgeois, surtout lorsque la situation n'est manifestement pas r&#233;volutionnaire ; mais il a su, en m&#234;me temps, donner une critique v&#233;ritablement prol&#233;tarienne et r&#233;volutionnaire du parlementarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, &#233;crasera le peuple au Parlement, telle est l'essence v&#233;ritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les r&#233;publiques les plus d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on pose la question de l'Etat, si l'on consid&#232;re le parlementarisme comme une de ses institutions, du point de vue des t&#226;ches du prol&#233;tariat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du parlementarisme ? Comment peut-on s'en passer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force nous est de le dire et redire encore : les enseignements de Marx, fond&#233;s sur l'&#233;tude de la Commune, sont si bien oubli&#233;s que le &#034;social-d&#233;mocrate&#034; actuel (lisez : l'actuel tra&#238;tre au socialisme) est tout simplement incapable de concevoir une autre critique du parlementarisme que la critique anarchiste ou r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas &#224; d&#233;truire les organismes repr&#233;sentatifs et le principe &#233;lectif, mais &#224; transformer ces moulins &#224; paroles que sont les organismes repr&#233;sentatifs en assembl&#233;es &#034;agissantes&#034;. &#034;La Commune devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un organisme &#034;non parlementaire mais agissant&#034;, voil&#224; qui s'adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux &#034;toutous&#034; parlementaires de la social-d&#233;mocratie ! Consid&#233;rez n'importe quel pays parlementaire, depuis l'Am&#233;rique jusqu'&#224; la Suisse, depuis la France jusqu'&#224; l'Angleterre, la Norv&#232;ge, etc., la v&#233;ritable besogne d'&#034;Etat&#034; se fait dans la coulisse ; elle est ex&#233;cut&#233;e par les d&#233;partements, les chancelleries, les &#233;tats-majors. Dans le parlements, on ne fait que bavarder, &#224; seule fin de duper le &#034;bon peuple&#034;. Cela est si vrai que, m&#234;me dans la R&#233;publique russe, r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise, tous ces vices du parlementarisme sont apparus aussit&#244;t, avant m&#234;me qu'elle ait eu le temps de constituer un v&#233;ritable parlement. Les h&#233;ros du philistinisme pourri - les Skob&#233;lev et les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et les Avksentiev - ont r&#233;ussi &#224; gangrener jusqu'aux Soviets, dont ils ont fait de st&#233;riles moulins &#224; paroles sur le mod&#232;le du plus &#233;coeurant parlementarisme bourgeois. Dans les Soviets, messieurs les ministres &#034;socialistes&#034; dupent les moujiks cr&#233;dules par leur phras&#233;ologie et leurs r&#233;solutions. Au sein du gouvernement, c'est un quadrille permanent, d'une part, pour faire asseoir &#224; tour de r&#244;le, autour de l'&#034;assiette au beurre&#034;, des sin&#233;cures lucratives et honorifiques, le plus possible de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mench&#233;viks ; d'autre part, pour &#034;distraire l'attention&#034; du peuple. Pendant ce temps, dans les chancelleries, dans les &#233;tats-majors, on &#034;fait&#034; le travail &#034;d'Etat&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Di&#233;lo Naroda , organe des &#034;socialistes-r&#233;volutionnaires&#034;, parti dirigeant, avouait r&#233;cemment dans un &#233;ditorial, avec cette incomparable franchise des gens de la &#034;bonne soci&#233;t&#233;&#034;, o&#249; &#034;tous&#034; se livrent &#224; la prostitution politique, que m&#234;me dans les minist&#232;res appartenant aux &#034;socialistes&#034; (passez-moi le mot !), que m&#234;me l&#224; tout le vieil appareil bureaucratique reste en gros le m&#234;me, fonctionne comme par le pass&#233; et sabote en toute &#034;libert&#233;&#034; les mesures r&#233;volutionnaires ! Mais m&#234;me sans cet aveu, l'histoire de la participation des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks au gouvernement n'apporte-t-elle pas la preuve concr&#232;te qu'il en est ainsi ? Ce qui est caract&#233;ristique, en l'occurrence, c'est que, si&#233;geant au minist&#232;re en compagnie des cadets, MM. Tchernov, Roussanov, Zenzinov et autres r&#233;dacteurs du Di&#233;lo Naroda poussent l'impudence jusqu'&#224; raconter en public et sans rougir, comme une chose sans cons&#233;quence, que &#034;chez eux&#034;, dans leurs minist&#232;res, tout marche comme par le pass&#233; ! ! Phras&#233;ologie d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire pour duper Jacques Bonhomme, bureaucratisme et paperasserie pour &#034;combler d'aise&#034; les capitalistes : voil&#224; l'essence de l'&#034;honn&#234;te&#034; coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au parlementarisme v&#233;nal, pourri jusqu'&#224; la moelle, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la Commune substitue des organismes o&#249; la libert&#233; d'opinion et de discussion ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-m&#234;mes, appliquer eux-m&#234;mes leurs lois, en v&#233;rifier eux-m&#234;mes les effets, en r&#233;pondre eux-m&#234;mes directement devant leurs &#233;lecteurs. Les organismes repr&#233;sentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme syst&#232;me sp&#233;cial, comme division du travail l&#233;gislatif et ex&#233;cutif, comme situation privil&#233;gi&#233;e pour les d&#233;put&#233;s, n'est plus. Nous ne pouvons concevoir une d&#233;mocratie, m&#234;me une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, sans organismes repr&#233;sentatifs : mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme, si la critique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est pas pour nous un vain mot, si notre volont&#233; de renverser la domination de la bourgeoisie est une volont&#233; s&#233;rieuse et sinc&#232;re et non une phrase &#034;&#233;lectorale&#034; destin&#233;e &#224; capter les voix des ouvriers, comme chez les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, chez les Scheidemann et les Legien, les Sembat et les Vandervelde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement symptomatique que, parlant des fonctions de ce personnel administratif qu'il faut &#224; la Commune comme &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, Marx prenne comme terme de comparaison le personnel &#034;de tout autre employeur&#034;, c'est-&#224;-dire une entreprise capitaliste ordinaire avec ses &#034;ouvriers, surveillants et comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un grain d'utopisme chez Marx ; il n'invente pas, il n'imagine pas de toutes pi&#232;ces une soci&#233;t&#233; &#034;nouvelle&#034;. Non, il &#233;tudie, comme un processus d'histoire naturelle, la naissance de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#224; partir de l'ancienne, les formes de transition de celle-ci &#224; celle-l&#224;. Il prend l'exp&#233;rience concr&#232;te du mouvement prol&#233;tarien de masse et s'efforce d'en tirer des le&#231;ons pratiques. Il &#034;se met &#224; l'&#233;cole&#034; de la Commune, de m&#234;me que tous les grands penseurs r&#233;volutionnaires n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole des grands mouvements de la classe opprim&#233;e, sans jamais les aborder du point de vue d'une &#034;morale&#034; p&#233;dantesque (comme Pl&#233;khanov disant : &#034;Il ne fallait pas prendre les armes&#034;, ou Ts&#233;r&#233;t&#233;li : &#034;Une classe doit savoir borner elle-m&#234;me ses aspirations&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait &#234;tre question de supprimer d'embl&#233;e, partout et compl&#232;tement, le fonctionnarisme. C'est une utopie. Mais briser d'embl&#233;e la vieille machine administrative pour commencer sans d&#233;lai &#224; en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n'est pas une utopie, c'est l'exp&#233;rience de la Commune, c'est la t&#226;che urgente, imm&#233;diate, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme simplifie les fonctions administratives &#034;&#233;tatiques&#034; ; il permet de rejeter les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; et de tout ramener &#224; une organisation des prol&#233;taires (classe dominante) qui embauche, au nom de toute la soci&#233;t&#233;, &#034;des ouvriers, des surveillants, des comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne &#034;r&#234;vons&#034; pas de nous passer d'embl&#233;e de toute administration, de toute subordination ; ces r&#234;ves anarchistes, fond&#233;s sur l'incompr&#233;hension des t&#226;ches qui incombent &#224; la dictature du prol&#233;tariat, sont fonci&#232;rement &#233;trangers au marxisme et ne servent en r&#233;alit&#233; qu'&#224; diff&#233;rer la r&#233;volution socialiste jusqu'au jour o&#249; les hommes auront chang&#233;. Nous, nous voulons la r&#233;volution socialiste avec les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contr&#244;le, &#034;surveillants et de comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est au prol&#233;tariat, avant-garde arm&#233;e de tous les exploit&#233;s et de tous les travailleurs, qu'il faut se subordonner. On peut et on doit d&#232;s &#224; pr&#233;sent, du jour au lendemain, commencer &#224; remplacer les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d'une &#034;surveillance et d'une comptabilit&#233;&#034;, fonctions toutes simples qui, d&#232;s aujourd'hui, sont parfaitement &#224; la port&#233;e de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des citadins, et dont ils peuvent parfaitement s'acquitter pour des &#034;salaires d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nous-m&#234;mes, les ouvriers, qui organiserons la grande production en prenant pour point de d&#233;part ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le capitalisme, en nous appuyant sur notre exp&#233;rience ouvri&#232;re, en instituant une discipline rigoureuse, une discipline de fer maintenue par le pouvoir d'Etat des ouvriers arm&#233;s ; nous r&#233;duirons les fonctionnaires publics au r&#244;le de simples agents d'ex&#233;cution de nos directives, au r&#244;le &#034;de surveillants et de comptables&#034;, responsables, r&#233;vocables et modestement r&#233;tribu&#233;s (tout en conservant, bien entendu, les sp&#233;cialistes de tout genre, de toute esp&#232;ce et de tout rang) : voil&#224; notre t&#226;che prol&#233;tarienne, voil&#224; par quoi l'on peut et l'on doit commencer en accomplissant la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ces premi&#232;res mesures, fond&#233;es sur la grande production, conduisent d'elles-m&#234;mes &#224; l'&#034;extinction&#034; graduelle de tout fonctionnarisme, &#224; l'&#233;tablissement graduel d'un ordre - sans guillemets et ne ressemblant point &#224; l'esclavage salari&#233; - o&#249; les fonctions de plus en plus simplifi&#233;es de surveillance et de comptabilit&#233; seront remplies par tout le monde &#224; tour de r&#244;le, pour ensuite devenir une habitude et dispara&#238;tre enfin en tant que fonctions sp&#233;ciales d'une cat&#233;gorie sp&#233;ciale d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spirituel social-d&#233;mocrate allemand des ann&#233;es 70 a dit de la poste qu'elle &#233;tait un mod&#232;le d'entreprise socialiste. Rien n'est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organis&#233;e sur le mod&#232;le du monopole capitaliste d'Etat. L'imp&#233;rialisme transforme progressivement tous les trusts en organisations de ce type. Les &#034;simples&#034; travailleurs, accabl&#233;s de besogne et affam&#233;s, y restent soumis &#224; la m&#234;me bureaucratie bourgeoise. Mais le m&#233;canisme de gestion sociale y est d&#233;j&#224; tout pr&#234;t. Une fois les capitalistes renvers&#233;s, la r&#233;sistance de ces exploiteurs mat&#233;e par la main de fer des ouvriers en armes, la machine bureaucratique de l'Etat actuel bris&#233;e, nous avons devant nous un m&#233;canisme admirablement outill&#233; au point de vue technique, affranchi de &#034;parasitisme&#034;, et que les ouvriers associ&#233;s peuvent fort bien mettre en marche eux-m&#234;mes en embauchant des techniciens, des surveillants, des comptables, en r&#233;tribuant leur travail &#224; tous, de m&#234;me que celui de tous les fonctionnaires &#034;publics&#034;, par un salaire d'ouvrier. Telle est la t&#226;che concr&#232;te, pratique, imm&#233;diatement r&#233;alisable &#224; l'&#233;gard de tous les trusts, et qui affranchit les travailleurs de l'exploitation en tenant compte de l'exp&#233;rience d&#233;j&#224; commenc&#233;e pratiquement par la Commune (surtout dans le domaine de l'organisation de l'Etat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie nationale organis&#233;e comme la poste, de fa&#231;on que les techniciens, les surveillants, les comptables re&#231;oivent, comme tous les fonctionnaires, un traitement n'exc&#233;dant pas des &#034;salaires d'ouvriers&#034;, sous le contr&#244;le et la direction du prol&#233;tariat arm&#233; : tel est notre but imm&#233;diat. Voil&#224; l'Etat dont nous avons besoin, et sa base &#233;conomique. Voil&#224; ce que donneront la suppression du parlementarisme et le maintien des organismes repr&#233;sentatifs, - voil&#224; ce qui d&#233;barrassera les classes laborieuses de la corruption de ces organismes par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. ORGANISATION DE L'UNITE DE LA NATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans une br&#232;ve esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de d&#233;velopper, il est dit express&#233;ment que la Commune devait &#234;tre la forme politique m&#234;me des plus petits hameaux de campagne...&#034; Ce sont les Communes qui auraient &#233;galement &#233;lu la &#034;d&#233;l&#233;gation nationale&#034; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore &#224; un gouvernement central, ne devaient pas &#234;tre supprim&#233;es, comme on l'a dit faussement, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, mais devaient &#234;tre confi&#233;es &#224; des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fonctionnaires communaux, autrement dit strictement responsables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'unit&#233; de la nation ne devait pas &#234;tre bris&#233;e, mais au contraire organis&#233;e par la Constitution communale ; elle devait devenir une r&#233;alit&#233; gr&#226;ce &#224; la destruction du pouvoir d'Etat qui pr&#233;tendait &#234;tre l'incarnation de cette unit&#233;, mais voulait &#234;tre ind&#233;pendant de la nation m&#234;me, et sup&#233;rieur &#224; elle, alors qu'il n'en &#233;tait qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement r&#233;pressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions l&#233;gitimes devaient &#234;tre arrach&#233;es &#224; une autorit&#233; qui pr&#233;tendait se placer au-dessus de la soci&#233;t&#233;, et rendues aux serviteurs responsables de la soci&#233;t&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel point les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine n'ont pas compris - il serait peut-&#234;tre plus juste de dire : n'ont pas voulu comprendre-ces consid&#233;rations de Marx - c'est ce que montre on ne peut mieux le livre : Les Pr&#233;misses du socialisme et les t&#226;ches de le social-d&#233;mocratie, par lequel le ren&#233;gat Bernstein s'est acquis une c&#233;l&#233;brit&#233; &#224; la mani&#232;re d'Erostrate. Pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du passage de Marx, que nous venons de citer, Bernstein &#233;crivait que ce programme, &#034;par son contenu politique, accuse, dans tous ses traits essentiels, une ressemblance frappante avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon... En d&#233;pit de toutes les divergences existant, par ailleurs, entre Marx et le &#034;petit-bourgeois&#034; Proudhon (Bernstein &#233;crit &#034;petit-bourgeois&#034; entre guillemets, entendant y mettre de l'ironie), leur fa&#231;on de voir est sur ces points, semblable au possible&#034;. Sans doute, continue Bernstein, l'importance des municipalit&#233;s grandit, mais &#034;il me para&#238;t douteux que la premi&#232;re t&#226;che de la d&#233;mocratie soit cette suppression (&#034;Aufl&#246;sung&#034;, litt&#233;ralement : dissolution au sens propre comme au sens figur&#233;) des Etats modernes et ce changement complet (Umwandlung, m&#233;tamorphose) de leur organisation qu'imaginent Marx et Proudhon : formation d'une assembl&#233;e nationale de d&#233;l&#233;gu&#233;s des assembl&#233;es provinciales ou d&#233;partementales, lesquelles se composeraient &#224; leur tour de d&#233;l&#233;gu&#233;s des communes, de sorte que toute la forme ant&#233;rieure des repr&#233;sentations nationales dispara&#238;trait compl&#232;tement.&#034; (Bernstein, ouvr. cit&#233;, pp. 134 et 136, &#233;dit. allemande de 1899).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout simplement monstrueux : confondre les vues de Marx sur la &#034;destruction du pouvoir d'Etat parasite&#034; avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon ! Mais ce n'est pas un effet du hasard, car il ne vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que Marx, loin de traiter ici du f&#233;d&#233;ralisme par opposition au centralisme, parle de la d&#233;molition de la vieille machine d'Etat bourgeoise existant dans tous les pays bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vient &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que ce qu'il voit autour de lui, dans son milieu de philistinisme petit-bourgeois et de stagnation &#034;r&#233;formiste&#034;, &#224; savoir, uniquement les &#034;municipalit&#233;s&#034; ! Quant &#224; la r&#233;volution du prol&#233;tariat, l'opportuniste a d&#233;sappris m&#234;me d'y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est ridicule. Mais il est remarquable que, sur ce point, on n'ait pas discut&#233; avec Bernstein. Beaucoup l'ont r&#233;fut&#233;, en particulier Pl&#233;khanov parmi les auteurs russes, et Kautsky parmi les auteurs d'Europe occidentale ; cependant, ni l'un ni l'autre n'ont rien dit de cette d&#233;formation de Marx par Bernstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste a si bien d&#233;sappris &#224; penser r&#233;volutionnairement et &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la r&#233;volution qu'il voit du &#034;f&#233;d&#233;ralisme&#034; chez Marx, ainsi confondu avec le fondateur de l'anarchisme, Proudhon. Et Kautsky, et Pl&#233;khanov, qui pr&#233;tendent &#234;tre des marxistes orthodoxes et vouloir d&#233;fendre la doctrine du marxisme r&#233;volutionnaire, se taisent l&#224;-dessus. On d&#233;couvre ici l'une des racines de cette extr&#234;me indigence de vues sur la diff&#233;rence entre le marxisme et l'anarchisme, qui caract&#233;rise les kautskistes aussi bien que les opportunistes et dont nous aurons encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les consid&#233;rations d&#233;j&#224; cit&#233;es de Marx sur l'exp&#233;rience de la Commune, il n'y a pas trace de f&#233;d&#233;ralisme. Marx s'accorde avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment sur un point que l'opportuniste Bernstein n'aper&#231;oit pas. Marx est en d&#233;saccord avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; Bernstein les voit s'accorder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx s'accorde avec Proudhon en ce sens que tous deux sont pour la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine d'Etat actuelle. Cette similitude du marxisme avec l'anarchisme (avec Proudhon comme avec Bakounine), ni les opportunistes, ni les kautskistes ne veulent l'apercevoir, car, sur ce point, ils se sont &#233;loign&#233;s du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est en d&#233;saccord et avec Proudhon et avec Bakounine pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du f&#233;d&#233;ralisme (sans parler de la dictature du prol&#233;tariat). Les principes du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;coulent des conceptions petites-bourgeoises de l'anarchisme. Marx est centraliste. Et, dans les passages cit&#233;s de lui, il n'existe pas la moindre d&#233;rogation au centralisme. Seuls des gens imbus d'une &#034;foi superstitieuse&#034; petite-bourgeoise en l'Etat peuvent prendre la destruction de la machine bourgeoise pour la destruction du centralisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le prol&#233;tariat et la paysannerie pauvre prennent en main le pouvoir d'Etat, s'organisent en toute libert&#233; au sein des communes et unissent l'action de toutes les communes pour frapper le Capital, &#233;craser la r&#233;sistance des capitalistes, remettre &#224; toute la nation, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des chemins de fer, des fabriques, de la terre, etc., ne sera-ce pas l&#224; du centralisme ? Ne sera-ce pas l&#224; le centralisme d&#233;mocratique le plus cons&#233;quent et, qui plus est, un centralisme prol&#233;tarien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein est tout simplement incapable de concevoir la possibilit&#233; d'un centralisme librement consenti, d'une libre union des communes en nation, d'une fusion volontaire des communes prol&#233;tariennes en vue de d&#233;truire la domination bourgeoise et la machine d'Etat bourgeoise. Comme tout philistin, Bernstein se repr&#233;sente le centralisme comme une chose qui ne peut &#234;tre impos&#233;e et maintenue que d'en haut, par la bureaucratie et le militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il avait pr&#233;vu la possibilit&#233; d'une d&#233;formation de sa doctrine, Marx souligne &#224; dessein que c'est commettre sciemment un faux que d'accuser la Commune d'avoir voulu d&#233;truire l'unit&#233; de la nation et supprimer le pouvoir central. Marx emploie intentionnellement cette expression : &#034;organiser l'unit&#233; de la nation&#034;, pour opposer le centralisme prol&#233;tarien conscient, d&#233;mocratique, au centralisme bourgeois, militaire, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ne veulent justement pas entendre parler de la destruction du pouvoir d'Etat, de l'amputation de ce parasite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. DESTRUCTION DE L'ETAT PARASITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; les passages correspondants de Marx sur ce point ; nous allons les compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles, &#233;crivait Marx, d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique de formes plus anciennes, et m&#234;me &#233;teintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise [bricht] le pouvoir d'Etat moderne, on a voulu voir un rappel &#224; la vie des communes m&#233;di&#233;vales... une f&#233;d&#233;ration de petits Etats, conforme aux r&#234;ves de Montesquieu et des Girondins... une forme excessive de la vieille lutte contre la surcentralisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Constitution communale aurait restitu&#233; au corps social toutes les forces jusqu'alors absorb&#233;es par l'Etat parasite qui se nourrit sur la soci&#233;t&#233; et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle e&#251;t &#233;t&#233; le point de d&#233;part de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...la Constitution communale aurait mis les producteurs ruraux sous la direction intellectuelle des chefs-lieux de d&#233;partement et leur y e&#251;t assur&#233;, chez les ouvriers des villes, les d&#233;positaires naturels de leurs int&#233;r&#234;ts. L'existence m&#234;me de la Commune impliquait, comme quelque chose d'&#233;vident, l'autonomie municipale ; mais elle n'&#233;tait plus dor&#233;navant un contrepoids au pouvoir d'Etat, d&#233;sormais superflu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Destruction du pouvoir d'Etat&#034;, cette &#034;excroissance parasitaire&#034; ; &#034;amputation&#034;, &#034;d&#233;molition&#034; de ce pouvoir ; &#034;le pouvoir d'Etat d&#233;sormais aboli&#034; - c'est en ces termes que Marx, jugeant et analysant l'exp&#233;rience de la Commune, parle de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci fut &#233;crit il y a moins d'un demi-si&#232;cle, et il faut aujourd'hui se livrer &#224; de v&#233;ritables fouilles pour retrouver et faire p&#233;n&#233;trer dans la conscience des larges masses un marxisme non frelat&#233;. Les conclusions tir&#233;es par Marx de ses observations sur la derni&#232;re grande r&#233;volution qu'il ait v&#233;cue ont &#233;t&#233; oubli&#233;es juste au moment o&#249; s'ouvrait une nouvelle &#233;poque de grandes r&#233;volutions du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La multiplicit&#233; des interpr&#233;tations auxquelles la Commune a &#233;t&#233; soumise, et la multiplicit&#233; des int&#233;r&#234;ts qui se sont r&#233;clam&#233;s d'elle montrent que c'&#233;tait une forme politique tout &#224; fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes ant&#233;rieures de gouvernement avaient &#233;t&#233; essentiellement r&#233;pressives. Son v&#233;ritable secret, le voici : c'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, le r&#233;sultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes se sont efforc&#233;s de &#034;d&#233;couvrir&#034; les formes politiques sous lesquelles devait s'op&#233;rer la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. Les anarchistes ont &#233;lud&#233; en bloc la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ont accept&#233; les formes politiques bourgeoises de l'Etat d&#233;mocratique parlementaire comme une limite que l'on ne saurait franchir et ils se sont fendu le front &#224; se prosterner devant ce &#034;mod&#232;le&#034;, en taxant d'anarchisme toute tentative de briser ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute l'histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a d&#233;duit que l'Etat devra dispara&#238;tre et que la forme transitoire de sa disparition (passage de l'Etat au non-Etat) sera &#034;le prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;. Quant aux formes politiques de cet avenir, Marx n'a pas pris sur lui de les d&#233;couvrir. Il s'est born&#233; &#224; observer exactement l'histoire de la France, &#224; l'analyser et &#224; tirer la conclusion &#224; laquelle l'a conduit l'ann&#233;e 1851 : les choses s'orientent vers la destruction de la machine d'Etat bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand &#233;clata le mouvement r&#233;volutionnaire de masse du prol&#233;tariat, malgr&#233; l'&#233;chec de ce mouvement, malgr&#233; sa courte dur&#233;e et sa faiblesse &#233;vidente, Marx se mit &#224; &#233;tudier les formes qu'il avait r&#233;v&#233;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la forme, &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui permet de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la premi&#232;re tentative faite par la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise ; elle est la forme politique &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin que les r&#233;volutions russes de 1905 et de 1917, dans un cadre diff&#233;rent, dans d'autres conditions, continuent l'oeuvre de la Commune et confirment la g&#233;niale analyse historique de Marx.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>LFI et ses satellites d'extr&#234;me gauche</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8708</link>
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		<dc:creator>Karob</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le grand parti de la gauche bourgeoise en France : une seule et m&#234;me famille politique contre l'&#233;mergence d'un parti r&#233;volutionnaire &lt;br class='autobr' /&gt;
## Un seul parti, plusieurs enseignes &lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe en France, en 2026, un fait politique que presque personne ne nomme : La France insoumise, R&#233;volution Permanente, le NPA-R&#233;volutionnaires, Lutte ouvri&#232;re, les directions de la CGT et de Solidaires constituent, dans les faits, un seul et m&#234;me grand parti. Non pas au sens d'une organisation unique dot&#233;e de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/bbbb.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/bbbb.png' width=&#034;1084&#034; height=&#034;1450&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le grand parti de la gauche bourgeoise en France : une seule et m&#234;me famille politique contre l'&#233;mergence d'un parti r&#233;volutionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;## Un seul parti, plusieurs enseignes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe en France, en 2026, un fait politique que presque personne ne nomme : La France insoumise, R&#233;volution Permanente, le NPA-R&#233;volutionnaires, Lutte ouvri&#232;re, les directions de la CGT et de Solidaires constituent, dans les faits, un seul et m&#234;me grand parti. Non pas au sens d'une organisation unique dot&#233;e de statuts communs et d'une carte de membre &#8212; mais au sens premier du mot *parti* : celui de *faire partie*. Ils font partie du m&#234;me camp, du m&#234;me espace, du m&#234;me mouvement. Ils sont les diff&#233;rentes tendances, les diff&#233;rents courants, les diff&#233;rentes sensibilit&#233;s d'une m&#234;me famille politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti a ses ailes, ses tensions, ses contradictions internes &#8212; comme tout parti. Ses composantes ne sont pas identiques entre elles. LFI n'est pas LO, RP n'est pas le NPA-R, la CGT n'est pas Solidaires. Mais elles font partie du m&#234;me ensemble, et aucune ne rompt avec le cadre commun au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti n'a pas de nom officiel. Il n'a pas de congr&#232;s unifi&#233;. Ses composantes se disputent publiquement, se concurrencent aux &#233;lections, publient des journaux distincts. Mais au moment d&#233;cisif &#8212; lorsqu'il s'agit de se rassembler, de manifester, de r&#233;pondre &#224; un appel &#8212; elles se retrouvent toutes au m&#234;me endroit, derri&#232;re les m&#234;mes mots d'ordre, dans le m&#234;me cort&#232;ge. Et surtout, aucune d'entre elles ne rompt jamais avec les autres de mani&#232;re d&#233;finitive et politiquement significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand parti a une fonction pr&#233;cise : occuper l'espace politique &#224; gauche pour emp&#234;cher l'&#233;mergence d'un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire, d'un parti bolchevique, d'un parti qui poserait r&#233;ellement la question du pouvoir ouvrier et de la destruction de l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Le rassemblement de Saint-Denis : une d&#233;monstration en temps r&#233;el&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 avril 2026, plusieurs milliers de personnes se sont rassembl&#233;es &#224; Saint-Denis &#224; l'appel du nouveau maire LFI Bally Bagayoko, vis&#233; par des propos racistes ignobles sur CNews. Le racisme de CNews est r&#233;el. Les propos comparant un &#233;lu noir &#224; un &#171; grand singe &#187; et &#224; un &#171; m&#226;le dominant &#187; sont abjects et doivent &#234;tre combattus. L&#224; n'est pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est la suivante : que fait-on politiquement de ce combat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente, qui avait pr&#233;sent&#233; sa propre candidate contre Bagayoko trois semaines plus t&#244;t avec 7 % des voix, a appel&#233; &#224; participer au rassemblement organis&#233; par le maire LFI. Elsa Marcel, leur candidate, a pris la parole au conseil municipal pour le soutenir. Lutte ouvri&#232;re &#233;tait pr&#233;sente. Nathalie Arthaud n'a formul&#233; aucune critique de LFI ni de Bagayoko. Les syndicats &#8212; CGT, SUD, FO &#8212; ont r&#233;pondu &#224; l'appel. Tout le monde s'est retrouv&#233; sur le parvis de la mairie, derri&#232;re M&#233;lenchon au m&#233;gaphone, dans un rassemblement organis&#233; par LFI, sous la banni&#232;re de LFI, au profit politique de LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces organisations n'a jug&#233; n&#233;cessaire de d&#233;noncer le racisme par ses propres moyens, dans ses propres cadres, avec son propre contenu politique. Aucune n'a utilis&#233; cette situation pour construire une position ind&#233;pendante. Toutes ont accept&#233; de jouer le r&#244;le de figurant dans une mise en sc&#232;ne dont LFI &#233;tait le metteur en sc&#232;ne, le producteur et l'acteur principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, faire partie du m&#234;me parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## &#171; Mais ils ont des organisations s&#233;par&#233;es ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection la plus courante consiste &#224; dire que ces organisations ne sauraient constituer un m&#234;me parti puisqu'elles poss&#232;dent des structures distinctes, des candidatures concurrentes, des journaux diff&#233;rents. C'est confondre l'organigramme et la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du mouvement ouvrier regorge de partis formellement ind&#233;pendants qui fonctionnaient comme les composantes d'un m&#234;me ensemble politique. Le POUM en Espagne avait ses propres milices, ses propres journaux, ses propres cadres. Trotsky le caract&#233;risait n&#233;anmoins comme centriste, incapable de rompre avec le Front populaire au moment d&#233;cisif. Les mencheviks internationalistes de Martov avaient leur propre organisation, distincte de celle des mencheviks d&#233;fensistes. Ils n'en faisaient pas moins partie du m&#234;me camp politique, d&#233;fini non par les statuts mais par la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crit&#232;re n'est pas l'&#233;tiquette sur la porte. Le crit&#232;re est ce qu'on fait quand il faut choisir. Et le choix, &#224; Saint-Denis comme partout ailleurs, est toujours le m&#234;me : on reste dans l'&#233;cosyst&#232;me, on ne rompt pas, on ajoute &#233;ventuellement une nuance verbale &#8212; &#171; riposte ouvri&#232;re et populaire &#187; &#233;crit R&#233;volution Permanente dans son appel &#8212; mais on est l&#224;, dans le m&#234;me rassemblement, au m&#234;me endroit, au m&#234;me moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## &#171; Mais ils ont des programmes diff&#233;rents ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me objection : ces organisations auraient des programmes distincts, des analyses diff&#233;rentes, des orientations propres. C'est vrai sur le papier. Mais aucun de ces programmes ne pose concr&#232;tement les questions qui distinguent une politique r&#233;volutionnaire d'une politique r&#233;formiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne traduit en pratique le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire face &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Certains peuvent employer le mot &#171; imp&#233;rialisme &#187; dans un article ou un communiqu&#233;. Mais aucun n'appelle concr&#232;tement &#224; la d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dans ses guerres et ses interventions &#8212; pas un tract devant une caserne, pas un comit&#233; de liaison avec les soldats, pas une seule initiative pratique. Quand la France envoie des troupes, quand elle arme, quand elle bombarde, ces organisations critiquent &#8212; parfois &#8212; la politique &#233;trang&#232;re, mais elles ne posent jamais la question comme les bolcheviks la posaient en 1914 : l'ennemi principal est dans notre propre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne m&#232;ne concr&#232;tement de travail en direction des soldats, des casernes, des bases militaires. Aucun n'appelle &#224; la constitution de comit&#233;s de soldats. Le mot m&#234;me de &#171; d&#233;faitisme &#187; est absent de leur pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne construit concr&#232;tement de comit&#233;s d'usine, de conseils, d'organes de double pouvoir. Le &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; est invoqu&#233; comme un slogan, jamais d&#233;fini comme une pratique concr&#232;te visant &#224; pr&#233;parer la prise du pouvoir par les travailleurs organis&#233;s. On peut &#233;crire &#171; expropriation &#187; dans un journal, &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; dans un programme &#8212; mais si on ne le pose pas concr&#232;tement l&#224; o&#249; on est implant&#233;, ce sont des mots, pas une politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne pose l'abolition des taxes et des imp&#244;ts comme revendication ouvri&#232;re. Tous r&#233;clament des hausses de salaire &#8212; ce qui est l&#233;gitime &#8212; mais aucun ne d&#233;nonce le m&#233;canisme par lequel l'&#201;tat reprend d'une main ce qu'il conc&#232;de de l'autre. Revendiquer une augmentation de salaire sans attaquer le pr&#233;l&#232;vement fiscal, c'est n&#233;gocier la taille de la part du g&#226;teau qu'on nous laisse. C'est rester dans le cadre. C'est accepter que l'&#201;tat bourgeois continue de ponctionner les travailleurs pour financer sa police, son arm&#233;e, son appareil de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne pose la question de l'armement du peuple. Pas de milice ouvri&#232;re, pas d'autod&#233;fense organis&#233;e, pas m&#234;me la question soulev&#233;e. La tradition de la CGT r&#233;volutionnaire d'avant 1914, qui liait la lutte antimilitariste &#224; la pr&#233;paration de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle, a &#233;t&#233; abandonn&#233;e par toutes ces organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences programmatiques entre LFI, RP, LO et NPA-R sont des diff&#233;rences de degr&#233;, pas de nature. Elles portent sur le comment &#8212; comment r&#233;former, comment protester, comment am&#233;nager &#8212; jamais sur le quoi : la destruction de l'&#201;tat bourgeois, la construction d'organes de pouvoir ouvrier, la pr&#233;paration de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## &#171; Mais Lutte ouvri&#232;re est ind&#233;pendante ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes ces organisations, Lutte ouvri&#232;re est celle qui revendique le plus fortement son ind&#233;pendance. Elle a ses propres candidatures, sa propre implantation, sa propre F&#234;te. Elle refuse les alliances &#233;lectorales. Elle se pr&#233;sente seule. Elle maintient un discours &#171; de classe &#187; dans ses publications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 4 avril 2026, Lutte ouvri&#232;re &#233;tait &#224; Saint-Denis, au rassemblement de Bagayoko. Nathalie Arthaud n'a pas formul&#233; une seule critique de LFI. Pas un mot sur le fait que Bagayoko est un maire bourgeois, qu'il administre un appareil d'&#201;tat local, que son programme &#8212; cantine gratuite, v&#233;lo pour les coll&#233;giens, &#171; bouquet pouvoir d'achat &#187; &#8212; est un programme de gestion municipale, pas un programme de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas un accident. C'est le fonctionnement normal de LO. L'ind&#233;pendance de LO est une ind&#233;pendance organisationnelle, pas une ind&#233;pendance politique. Organisationnellement, LO a sa propre boutique. Politiquement, LO ne sort jamais du cadre d&#233;fini par l'&#233;cosyst&#232;me commun. Elle ne rompt pas. Elle est l&#224; quand il faut &#234;tre l&#224;. Elle se tait quand il faudrait parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, l'implantation de LO dans les syndicats &#8212; et singuli&#232;rement dans la CGT et d&#233;sormais dans Solidaires &#8212; la lie organiquement &#224; cet &#233;cosyst&#232;me. Les militants LO qui animent des sections syndicales ne m&#232;nent pas de combat politique contre les directions conf&#233;d&#233;rales. Ils ne construisent pas de fractions communistes. Ils coexistent. Ils font partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Les syndicats : le ciment de l'int&#233;gration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par les syndicats que l'int&#233;gration fonctionne concr&#232;tement. La CGT et Solidaires sont le terrain commun o&#249; se retrouvent, au quotidien, les militants de LFI, de LO, de RP, de NPA-R. C'est dans les unions locales, dans les sections d'entreprise, dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales que ces courants se c&#244;toient, collaborent, et finissent par fonctionner comme les composantes d'un m&#234;me mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dirige la CGT ? Politiquement, l'influence dominante oscille entre le PCF historique et la mouvance LFI. Sophie Binet, pass&#233;e par l'UNEF et la JOC, n'est encart&#233;e nulle part officiellement, mais la CGT conf&#233;d&#233;rale &#233;volue objectivement dans l'orbite LFI-PCF. Quand M&#233;lenchon appelle &#224; la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, la CGT est &#171; circonspecte &#187; dans ses communiqu&#233;s &#8212; mais des f&#233;d&#233;rations et des unions d&#233;partementales se mobilisent le jour dit. Le lien n'est pas statutaire. Il est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Solidaires ? Solidaires est historiquement le syndicat de la gauche radicale, issu des courants autogestionnaires, de la LCR, du NPA. C'est dans SUD que les militants de RP et de NPA-R sont le plus implant&#233;s. Solidaires est, de fait, le bras syndical de l'extr&#234;me gauche &#8212; mais d'une extr&#234;me gauche qui ne rompt jamais avec LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est un syst&#232;me int&#233;gr&#233; : LFI donne le la politique, les syndicats fournissent le terrain militant, et les organisations d'extr&#234;me gauche apportent la caution &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Chacun joue son r&#244;le. Personne ne sort du cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Cas concrets : la preuve par les noms, les postes, les pratiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne parle pas ici d'abstractions. L'int&#233;gration a des noms, des adresses, des mandats syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### R&#233;my Bazzali &#8212; Lutte ouvri&#232;re / CGT Airbus H&#233;licopt&#232;res Marignane&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;my Bazzali est militant de Lutte ouvri&#232;re. Il est &#233;lu CGT au CSE d'Airbus H&#233;licopt&#232;res &#224; Marignane. En janvier 2026, il &#233;tait t&#234;te de liste LO aux municipales de Marseille. Il est ouvrier a&#233;ronautique. Son p&#232;re &#233;tait docker, sa m&#232;re femme de m&#233;nage. Profil ouvrier impeccable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Airbus H&#233;licopt&#232;res Marignane produit des h&#233;licopt&#232;res militaires. Le NH90, le Tigre, le Caracal. Ces machines sont des outils de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Elles servent dans les op&#233;rations ext&#233;rieures, dans les ventes d'armes aux p&#233;tromonarchies, dans la projection de force. &#192; quelques kilom&#232;tres de l'usine, la base a&#233;rienne d'Istres accueille les KC-135 am&#233;ricains qui ravitaillent les bombardiers de la coalition dans les op&#233;rations au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bazzali, &#233;lu CGT dans cette usine, ne fait *aucun* lien concret entre ce que produisent ses coll&#232;gues et la politique imp&#233;rialiste de la France. Il ne pose pas la question du contr&#244;le ouvrier sur la production d'armement. Il n'appelle pas au refus de produire des armes destin&#233;es &#224; des guerres imp&#233;rialistes. Il ne s'adresse pas aux personnels de la base d'Istres voisine. Il ne construit pas de comit&#233; de liaison entre les travailleurs de l'armement et les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se bat pour les salaires, pour les conditions de travail, pour les embauches. Des combats l&#233;gitimes. Mais des combats qui restent *&#224; l'int&#233;rieur* du cadre : on n&#233;gocie la part du travailleur dans la production d'armes de l'imp&#233;rialisme, on ne pose pas la question de cette production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, le centrisme en pratique : avoir les bons principes en paroles &#8212; LO est formellement contre les guerres imp&#233;rialistes &#8212; et refuser d'en tirer les cons&#233;quences l&#224; o&#249; l'on est implant&#233;. L&#233;nine reprochait exactement cela &#224; Kautsky : non pas nier la th&#233;orie, mais la trahir dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Anasse Kazib &#8212; R&#233;volution Permanente / SUD Rail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anasse Kazib est porte-parole de R&#233;volution Permanente. Il est cheminot, syndiqu&#233; &#224; SUD Rail Paris-Nord, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical depuis 2015. Il a &#233;t&#233; candidat &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 (sans les parrainages), candidat aux l&#233;gislatives 2024 dans le 93 avec 3,67%. C'est la figure publique de RP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kazib est implant&#233; dans SUD Rail, c'est-&#224;-dire dans Solidaires. Toute son activit&#233; militante passe par ce cadre syndical. Son profil m&#233;diatique s'est construit comme &#171; cheminot combatif de SUD Rail &#187;. La f&#233;d&#233;ration SUD Rail le d&#233;fend publiquement contre les poursuites judiciaires. La CGT &#201;nergie Paris lui apporte sa solidarit&#233;. M&#233;lenchon et Arthaud eux-m&#234;mes ont sign&#233; des soutiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'&#233;cosyst&#232;me en action : un militant de RP, implant&#233; dans Solidaires, d&#233;fendu par la CGT, soutenu par LFI et LO. Tout le monde se retrouve. Personne ne pose la question : quelle est la politique de SUD Rail ? Quelle est la politique de Solidaires ? Et sur cette politique, que dit RP ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Jean-Pierre Mercier &#8212; Lutte ouvri&#232;re / SUD Stellantis Poissy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de Jean-Pierre Mercier est peut-&#234;tre le plus &#233;clairant de tous. Mercier est porte-parole de Lutte ouvri&#232;re depuis 2012. Militant LO depuis ses dix-neuf ans, ancien animateur de la grande gr&#232;ve de PSA Aulnay, il a &#233;t&#233; d&#233;l&#233;gu&#233; syndical central CGT pour tout le groupe PSA-Stellantis de 2014 &#224; 2022. La F&#233;d&#233;ration de la m&#233;tallurgie CGT l'a finalement exclu &#8212; avec tout son syndicat de 250 adh&#233;rents &#8212; au motif que son &#233;quipe &#233;tait trop combative et trop li&#233;e &#224; LO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exclu de la CGT, Mercier a fond&#233; SUD Stellantis Poissy. Aux &#233;lections professionnelles d'avril 2023, le nouveau syndicat SUD a obtenu 21,2 % au coll&#232;ge ouvrier, devenant le deuxi&#232;me syndicat de l'usine, tandis que la CGT artificielle mont&#233;e par la f&#233;d&#233;ration tombait &#224; 10,6 % et perdait sa repr&#233;sentativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc : un porte-parole de LO qui &#233;tait &#224; la CGT est maintenant &#224; Solidaires. La boucle est boucl&#233;e. LO n'est pas seulement implant&#233;e dans la CGT &#8212; elle l'est aussi dans Solidaires. Mercier est simultan&#233;ment porte-parole de LO et repr&#233;sentant syndical SUD. Il est le lien vivant entre LO et Solidaires. Et il ne m&#232;ne pas plus de combat contre la politique de Solidaires qu'il n'en menait contre celle de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Ga&#235;l Quirante &#8212; NPA-R&#233;volutionnaires / SUD PTT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ga&#235;l Quirante est l'un des principaux porte-parole du NPA-R&#233;volutionnaires. Il est &#8212; ou plut&#244;t il &#233;tait, jusqu'&#224; son licenciement par La Poste &#8212; secr&#233;taire d&#233;partemental de SUD PTT dans les Hauts-de-Seine. Il a men&#233; une gr&#232;ve reconductible de quinze mois avec 150 coll&#232;gues. Il est poursuivi en justice pour ses activit&#233;s syndicales. Parcours de militant combatif, incontestablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Quirante est dirigeant du NPA-R *et* cadre de SUD PTT, c'est-&#224;-dire de Solidaires. Et la question se pose avec une nettet&#233; implacable : que dit Quirante, que dit le NPA-R, sur la politique de Solidaires concernant l'Ukraine ? Sur les convois vers l'Ukraine organis&#233;s par le R&#233;seau syndical international ? Sur le mot d'ordre &#171; des armes pour l'Ukraine &#187; relay&#233; par le RESU dont Solidaires est membre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien. Silence. Quirante se bat contre La Poste. Il se bat contre la r&#233;pression. Il se bat pour les pr&#233;caires. Mais il ne combat pas la ligne social-chauvine de la conf&#233;d&#233;ration dont il est un cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le tableau d'ensemble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kazib (RP) &#224; SUD Rail. Mercier (LO) &#224; SUD Stellantis. Quirante (NPA-R) &#224; SUD PTT. Bazzali (LO) &#224; la CGT Airbus Marignane. Quatre porte-parole, trois organisations, tous implant&#233;s dans les syndicats du bloc &#8212; et aucun ne m&#232;ne le moindre combat politique contre la ligne de sa conf&#233;d&#233;ration. Les grandes phrases &#8212; &#171; exproprier les capitalistes &#187;, &#171; contr&#244;le ouvrier sur la production &#187; &#8212; servent pr&#233;cis&#233;ment &#224; masquer l'absence de politique concr&#232;te l&#224; o&#249; ils sont implant&#233;s. C'est du verbalisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Solidaires et l'Ukraine : le social-chauvinisme en acte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union syndicale Solidaires, par le biais du R&#233;seau syndical international de solidarit&#233; et de luttes, a organis&#233; plusieurs convois vers l'Ukraine depuis 2022. Christian Mahieux, membre de SUD Rail et coanimateur du r&#233;seau, a particip&#233; &#224; ces convois. Julien Troccaz, du bureau f&#233;d&#233;ral SUD Rail et repr&#233;sentant au bureau national de Solidaires, y a particip&#233; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le R&#233;seau europ&#233;en de solidarit&#233; avec l'Ukraine (RESU), dont Solidaires est membre via son comit&#233; fran&#231;ais, a publi&#233; en ao&#251;t 2025 un communiqu&#233; explicite : &#171; des armes pour l'Ukraine &#187;. Solidaires construit la &#171; solidarit&#233; avec la r&#233;sistance ukrainienne &#187; en coordination avec les centrales syndicales ukrainiennes affili&#233;es &#224; la Conf&#233;d&#233;ration syndicale internationale &#8212; c'est-&#224;-dire &#224; l'appareil syndical mondial int&#233;gr&#233; &#224; l'ordre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du social-chauvinisme. Pas au sens o&#249; Solidaires agiterait des drapeaux tricolores &#8212; mais au sens de 1914 : choisir un camp imp&#233;rialiste au nom des &#171; valeurs &#187;, de la &#171; d&#233;mocratie &#187;, du &#171; droit des peuples &#187;. Exactement ce que faisaient les socialistes fran&#231;ais en 1914 quand ils votaient les cr&#233;dits de guerre au nom de la d&#233;fense de la R&#233;publique contre l'autocratie prussienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Kazib, Mercier, Quirante &#8212; militants RP, LO, NPA-R dans Solidaires &#8212; ne disent rien. Aucune fraction communiste, aucun texte de rupture, aucune d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais : le silence pratique qui dit tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'imp&#233;rialisme est le test d&#233;cisif. C'est sur elle que se s&#233;pare, depuis 1914, le r&#233;formisme du r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France est une puissance imp&#233;rialiste. Elle a la deuxi&#232;me zone &#233;conomique exclusive mondiale, une industrie d'armement parmi les premi&#232;res au monde, des bases militaires sur trois continents, la force de frappe nucl&#233;aire, des int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Pacifique. La France vend des Rafale, des sous-marins, des syst&#232;mes de d&#233;fense. La France participe &#224; la coalition au Moyen-Orient. La France militarise son &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI d&#233;nonce parfois les guerres &#8212; mais jamais l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en tant que tel. M&#233;lenchon a propos&#233; un porte-avions. LO d&#233;nonce la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral, mais ne tire pas les cons&#233;quences pratiques l&#224; o&#249; elle est implant&#233;e : pas d'appel &#224; la d&#233;faite de la France, pas de travail dans les arm&#233;es, pas de lutte dans les entreprises d'armement. Bazzali &#224; Marignane illustre ce vide. RP critique l'imp&#233;rialisme &#8212; mais celui des &#201;tats-Unis, d'Isra&#235;l, de la Russie. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais est rarement nomm&#233; frontalement en pratique. NPA-R est dans la m&#234;me situation : des analyses dans les textes, pas de cons&#233;quences dans la pratique syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est un silence pratique structurel sur l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Il y a des articles, des communiqu&#233;s, des d&#233;clarations. Mais aucune de ces organisations ne m&#232;ne concr&#232;tement le combat contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais l&#224; o&#249; elle est implant&#233;e &#8212; pas un comit&#233; dans une usine d'armement, pas une initiative vers les casernes, pas un travail syst&#233;matique en direction des soldats. Ce silence pratique est la signature du social-chauvinisme passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Les DOM-TOM : le test colonial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France maintient des possessions coloniales : Martinique, Guadeloupe, Guyane, R&#233;union, Mayotte, Nouvelle-Cal&#233;donie, Polyn&#233;sie. Elle y maintient des troupes, des bases, un appareil administratif, un syst&#232;me &#233;conomique de d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces organisations parlent volontiers de &#171; rapports coloniaux &#187;, de &#171; domination n&#233;ocoloniale &#187;, de &#171; solidarit&#233; avec les peuples &#187;. Mais aucune ne pose concr&#232;tement les deux questions qui font d'un parti un parti r&#233;volutionnaire sur cette question : le droit &#224; la s&#233;cession &#8212; c'est-&#224;-dire le droit des peuples colonis&#233;s &#224; se s&#233;parer de l'&#201;tat fran&#231;ais s'ils le souhaitent &#8212; et le retrait des troupes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ne se pose pas de la m&#234;me mani&#232;re partout. La Martinique n'est pas la Nouvelle-Cal&#233;donie, la Guyane n'est pas la Polyn&#233;sie. Les situations coloniales sont diff&#233;renci&#233;es. Mais le principe est le m&#234;me : un parti qui se r&#233;clame de l'internationalisme ouvrier d&#233;fend le droit des peuples opprim&#233;s par son propre imp&#233;rialisme &#224; disposer d'eux-m&#234;mes &#8212; y compris &#224; se s&#233;parer. C'est la position de L&#233;nine sur la question nationale. C'est la condition minimale de l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune composante de ce grand parti ne pose cette question de mani&#232;re concr&#232;te et syst&#233;matique. On &#171; d&#233;nonce &#187; les rapports coloniaux. On &#171; soutient &#187; les luttes. Mais on ne dit jamais : troupes fran&#231;aises, dehors. On ne dit jamais : les peuples de ces territoires ont le droit de partir. Parce que le dire, ce serait attaquer frontalement l'&#201;tat fran&#231;ais et son empire &#8212; et &#231;a, c'est la rupture que personne ne veut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## La protection sociale : d&#233;fendre le cadre ou le renverser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des retraites, de l'assurance maladie, du ch&#244;mage est le terrain o&#249; l'int&#233;gration est la plus profonde &#8212; et la plus invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces organisations d&#233;fendent la &#171; retraite par r&#233;partition &#187;. Toutes s'opposent &#224; la &#171; capitalisation &#187;. Toutes manifestent contre les r&#233;formes des retraites. C'est leur terrain de pr&#233;dilection. Mais que d&#233;fendent-elles exactement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Les syndicats dans les fonds de pension&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que personne ne dit : les syndicats qui d&#233;filent contre la capitalisation si&#232;gent dans des fonds de capitalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ERAFP &#8212; &#201;tablissement de Retraite additionnelle de la Fonction publique &#8212; est un fonds de pension par capitalisation, obligatoire pour 4,5 millions de fonctionnaires, qui g&#232;re plus de 25 milliards d'euros d'actifs. Son conseil d'administration comprend 8 repr&#233;sentants des organisations syndicales : CGT, CFDT, FO, Solidaires, UNSA, FSU, CFTC, CGC. Huit syndicats, dont la CGT et Solidaires, qui administrent un fonds de pension en cogestion avec les employeurs publics et sous tutelle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fonds de R&#233;serve des Retraites (FRR), cr&#233;&#233; en 1999, fonctionne selon la m&#234;me logique : capitalisation des cotisations, placement sur les march&#233;s financiers, gestion par les &#171; partenaires sociaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la PREFON &#8212; fonds de pension volontaire pour les fonctionnaires &#8212; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1964 par quatre syndicats : FO, CGC, CFDT et CFTC. Un fonds de pension cr&#233;&#233; et g&#233;r&#233; par des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivre les syndicats dans la &#171; bataille des retraites &#187;, c'est suivre des organisations qui administrent les fonds de pension fran&#231;ais. Le combat &#171; contre la capitalisation &#187; est men&#233; par des gens qui si&#232;gent dans des institutions de capitalisation. Et LO, RP, NPA-R, qui ont des militants dans ces syndicats, ne le d&#233;noncent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La cogestion : la collaboration de classe institutionnalis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caisses de S&#233;curit&#233; sociale &#8212; maladie, retraite, ch&#244;mage, famille &#8212; sont g&#233;r&#233;es en cogestion : repr&#233;sentants syndicaux, repr&#233;sentants patronaux, tutelle de l'&#201;tat. Ce paritarisme est la forme institutionnelle de la collaboration de classe. Les directions syndicales administrent le syst&#232;me *avec* le patronat, *sous* la tutelle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune composante de ce grand parti ne revendique concr&#232;tement l'&#233;viction des repr&#233;sentants patronaux des caisses, la gestion exclusivement ouvri&#232;re, la transformation des caisses en organes de pouvoir des travailleurs. Toutes acceptent le cadre paritaire comme un acquis &#224; d&#233;fendre, alors que c'est un cadre de collaboration &#224; briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### Le financement : qui paye ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le financement de la S&#233;curit&#233; sociale a subi un glissement historique. Les cotisations sociales &#8212; qui sont du salaire diff&#233;r&#233;, c'est-&#224;-dire de la richesse produite par les travailleurs et mise en commun &#8212; sont progressivement remplac&#233;es par l'imp&#244;t : la CSG d'abord, puis la TVA de plus en plus massivement fl&#233;ch&#233;e vers la S&#233;cu. En 2021, le financement de la S&#233;curit&#233; sociale reposait &#224; pr&#232;s de 50 % sur l'imp&#244;t. Ce glissement est un transfert de la charge du capital vers le travail et la consommation populaire : le patronat est exon&#233;r&#233; de cotisations (88 milliards d'euros d'exon&#233;rations), et ce sont les recettes fiscales issues de la consommation qui compensent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces organisations ne combat ce m&#233;canisme comme axe central. Toutes d&#233;fendent &#171; la cotisation &#187;, mais aucune ne pose la question comme la posait le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### La tradition abandonn&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il existe une tradition. La CGT unitaire (CGTU), li&#233;e au Parti communiste et &#224; l'Internationale communiste, revendiquait d&#232;s les ann&#233;es 1920 la suppression de la cotisation ouvri&#232;re et une gestion ouvri&#232;re int&#233;grale des Assurances sociales dont seraient exclus les mutualistes et le patronat. Le Congr&#232;s CGT de 1955 a repris cette ligne en se pronon&#231;ant pour la suppression de la cotisation ouvri&#232;re et en affirmant que la S&#233;curit&#233; sociale devait &#234;tre uniquement &#224; la charge du patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la tradition directe de Paul Lafargue et Jules Guesde : le financement de la protection sociale doit reposer int&#233;gralement sur le capital, pas sur les travailleurs. La cotisation &#171; ouvri&#232;re &#187; est un pr&#233;l&#232;vement sur le salaire. L'abolir et mettre le financement &#224; la charge exclusive du patronat, c'est une revendication transitoire qui pose la question du pouvoir : qui paye, qui d&#233;cide, qui contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune composante du grand parti ne d&#233;fend cette position aujourd'hui. Elles d&#233;fendent &#171; la cotisation &#187; en g&#233;n&#233;ral &#8212; c'est-&#224;-dire le syst&#232;me tel qu'il existe, avec sa part ouvri&#232;re, son paritarisme, sa tutelle &#233;tatique. Elles d&#233;fendent le cadre sans le renverser. Elles d&#233;fendent le syst&#232;me contre ses r&#233;formes, mais pas le renversement du syst&#232;me lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Les id&#233;ologies anti-classe : le langage commun de l'int&#233;gration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration dans ce grand parti ne se fait pas seulement par les structures et les rassemblements. Elle se fait aussi par le langage, par les cat&#233;gories d'analyse, par les grilles de lecture qui se substituent &#224; la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie d&#233;coloniale, la th&#233;orie du genre, l'antiracisme politique, le n&#233;of&#233;minisme avec ses cat&#233;gories de &#171; masculinit&#233; toxique &#187; et de &#171; masculinisme &#187; : toutes ces grilles d'analyse issues du monde universitaire am&#233;ricain et de la petite bourgeoisie intellectuelle fonctionnent comme des substituts &#224; l'analyse de classe. Elles remplacent le clivage capital/travail par d'autres clivages &#8212; race, genre, identit&#233; &#8212; qui ne posent jamais la question du pouvoir ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RP et NPA-R reprennent ces grilles plus largement que LO. Mais toutes y sont perm&#233;ables &#224; des degr&#233;s divers. Et ces id&#233;ologies fonctionnent comme un ciment suppl&#233;mentaire d'int&#233;gration : elles fournissent le langage commun, les causes communes, les mobilisations communes &#8212; l'antiracisme politique de Saint-Denis, le n&#233;of&#233;minisme des cort&#232;ges du 8 mars &#8212; sans jamais poser la question de la destruction de l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti bolchevique combat le racisme, l'oppression des femmes, l'oppression coloniale &#8212; sur des bases de classe. Le racisme est une arme de la bourgeoisie pour diviser les travailleurs. L'oppression des femmes est un produit de la soci&#233;t&#233; de classe. L'oppression coloniale est un produit de l'imp&#233;rialisme. Le combat contre ces oppressions passe par la lutte de classe et la construction du pouvoir ouvrier &#8212; pas par les cat&#233;gories de la sociologie petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## L'antifascisme et l'antiracisme comme m&#233;canismes d'int&#233;gration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rassemblement de Saint-Denis illustre un m&#233;canisme plus g&#233;n&#233;ral. L'antifascisme et l'antiracisme fonctionnent, dans cet &#233;cosyst&#232;me, comme des leviers d'int&#233;gration politique. On ne demande pas aux participants de soutenir le programme de LFI. On leur demande de venir &#171; contre le racisme &#187;. Mais venir &#171; contre le racisme &#187; au rassemblement de Bagayoko, c'est objectivement venir en soutien &#224; LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko lui-m&#234;me a formul&#233; la chose avec une clart&#233; involontaire : &#171; La cause que nous d&#233;fendons est au-dessus des divergences. &#187; Autrement dit : taisez vos critiques, rangez-vous, le combat antiraciste exige l'unit&#233; &#8212; c'est-&#224;-dire la soumission au cadre d&#233;fini par LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout le monde ob&#233;it. RP ob&#233;it en ajoutant &#171; riposte ouvri&#232;re et populaire &#187; dans son communiqu&#233;. LO ob&#233;it en silence. Les syndicats ob&#233;issent par r&#233;flexe. Le m&#233;canisme est rod&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement le m&#233;canisme du Front populaire tel que Trotsky l'analysait dans les ann&#233;es 1930 : la bourgeoisie radicale fixe le cadre, les organisations ouvri&#232;res s'y int&#232;grent au nom de l'unit&#233; &#171; antifasciste &#187;, et la question du pouvoir ouvrier est &#233;vacu&#233;e. En 2026, LFI joue le r&#244;le du Parti radical, et RP, LO, NPA-R jouent le r&#244;le des partis ouvriers qui acceptent la discipline du front interclassiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre une analogie d&#233;lib&#233;r&#233;ment brutale : si un chef d'&#201;tat est victime d'une insulte raciste ou antis&#233;mite, l'insulte est condamnable. Mais condamner l'insulte ne signifie pas se rallier politiquement au chef d'&#201;tat. On peut &#8212; on doit &#8212; combattre le racisme tout en maintenant une critique politique de celui qui en est la cible. Confondre la solidarit&#233; humaine contre le racisme et le ralliement politique, c'est pr&#233;cis&#233;ment le pi&#232;ge dans lequel ces organisations tombent &#8212; ou plut&#244;t se jettent &#8212; &#224; chaque occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## La fonction de ce grand parti : emp&#234;cher le parti r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand parti &#8212; LFI, RP, LO, NPA-R, directions CGT et Solidaires &#8212; a une fonction historique pr&#233;cise. Il occupe le terrain pour emp&#234;cher qu'un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire ne se construise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire, un parti bolchevique, se construit sur des bases claires : le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire face &#224; l'imp&#233;rialisme de son propre pays ; la construction d'organes de pouvoir ouvrier &#8212; comit&#233;s d'usine, conseils, soviets ; le travail en direction des soldats ; l'armement du peuple et l'autod&#233;fense ouvri&#232;re ; la gestion exclusivement ouvri&#232;re des caisses de protection sociale, sans le patronat et sans l'&#201;tat ; le financement de la protection sociale int&#233;gralement &#224; la charge du capital ; le droit des peuples colonis&#233;s par la France &#224; la s&#233;cession et le retrait des troupes fran&#231;aises ; la d&#233;nonciation des directions syndicales comme agents de la collaboration de classe ; le programme transitionnel comme cha&#238;ne reliant les revendications imm&#233;diates &#224; la question du pouvoir ; le front unique du peuple travailleur et non le front populaire interclassiste ; le combat contre toutes les oppressions &#8212; racisme, oppression des femmes, oppression coloniale &#8212; sur des bases de classe et non sur les grilles de la petite bourgeoisie universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune composante de ce grand parti ne construit rien de tout cela en pratique. Et ce n'est pas par oubli ou par insuffisance. C'est parce que construire un parti bolchevique exigerait de rompre avec l'&#233;cosyst&#232;me &#8212; de sortir de la famille, de quitter le parti au sens large, de tracer une fronti&#232;re de classe qui mettrait LFI du c&#244;t&#233; bourgeois et les directions syndicales du c&#244;t&#233; de la collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture, aucune de ces organisations ne veut la faire. Elles pr&#233;f&#232;rent coexister dans le m&#234;me espace, avec leurs nuances, leurs sp&#233;cificit&#233;s, leurs petites boutiques &#8212; mais sans jamais poser la question qui f&#226;che : de quel c&#244;t&#233; de la barricade &#234;tes-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Ce que serait un parti qui ne fait pas partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire, face au rassemblement de Saint-Denis, aurait condamn&#233; les propos racistes de CNews dans ses propres tracts, ses propres meetings, ses propres publications &#8212; sans se rendre au rassemblement organis&#233; par LFI. Il aurait pos&#233; la question du racisme comme une question de classe : le racisme est une arme de la bourgeoisie pour diviser les travailleurs, et le combat contre le racisme passe par l'organisation ind&#233;pendante des travailleurs, noirs et blancs, immigr&#233;s et fran&#231;ais, dans leurs propres organes de lutte &#8212; pas derri&#232;re un maire bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire d&#233;noncerait Solidaires pour ses convois vers l'Ukraine et son soutien &#224; l'armement de l'OTAN. Il construirait des fractions communistes dans la CGT et dans Solidaires pour combattre la collaboration de classe des directions. Il poserait la question du contr&#244;le ouvrier sur la production d'armement &#224; Marignane, &#224; MBDA, &#224; Naval Group, &#224; Dassault, &#224; Thales &#8212; pas dans des articles th&#233;oriques, mais dans les ateliers, les comit&#233;s d'entreprise, les assembl&#233;es de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire exigerait la suppression de la cotisation ouvri&#232;re et le financement int&#233;gral de la S&#233;curit&#233; sociale par le capital. Il revendiquerait l'&#233;viction du patronat des caisses et la gestion exclusivement ouvri&#232;re. Il d&#233;noncerait les syndicats qui si&#232;gent dans les fonds de pension tout en d&#233;filant &#171; contre la capitalisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire d&#233;fendrait le droit des peuples des DOM-TOM &#224; se s&#233;parer de la France et exigerait le retrait des troupes fran&#231;aises de ces territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire poserait la question de l'armement du peuple et de l'autod&#233;fense ouvri&#232;re, comme le faisait la CGT r&#233;volutionnaire d'avant 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti r&#233;volutionnaire m&#232;nerait le combat contre le racisme, contre l'oppression des femmes, contre l'oppression coloniale &#8212; sur des bases de classe, pas avec les cat&#233;gories de la sociologie petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti n'existe pas encore. Sa construction est la t&#226;che de l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Conclusion : nommer les choses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut nommer les choses. Il existe en France un grand parti de la gauche bourgeoise. Ce parti comprend LFI comme centre de gravit&#233;, le PS et les &#233;cologistes comme aile droite, et RP, LO, NPA-R comme aile gauche. Les directions de la CGT et de Solidaires en sont le bras syndical. Ce parti n'a pas de carte unique, mais il a une pratique commune : occuper le terrain, canaliser la col&#232;re, emp&#234;cher la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand parti est soud&#233; par des structures communes (les syndicats), par des rassemblements communs (Saint-Denis), par des id&#233;ologies communes (antiracisme politique, th&#233;orie d&#233;coloniale, n&#233;of&#233;minisme), et par une absence commune : aucune de ses composantes ne pose concr&#232;tement la question du pouvoir ouvrier, du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, de l'armement du peuple, de la gestion ouvri&#232;re des caisses sociales, du droit des colonies &#224; la s&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses composantes se disputent &#8212; comme se disputent les tendances &#224; l'int&#233;rieur de n'importe quel parti. Les uns trouvent les autres trop mod&#233;r&#233;s, les autres trouvent les uns trop sectaires. Mais au moment d&#233;cisif &#8212; le 4 avril &#224; Saint-Denis comme &#224; chaque grande occasion &#8212; tout le monde est l&#224;, au m&#234;me endroit, dans le m&#234;me cort&#232;ge, derri&#232;re le m&#234;me appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand parti n'est pas un alli&#233; des travailleurs. C'est l'obstacle principal &#224; la construction d'un parti qui poserait r&#233;ellement la question du pouvoir ouvrier. Tant que les travailleurs les plus combatifs, les plus conscients, les plus d&#233;termin&#233;s, seront enferm&#233;s dans cet &#233;cosyst&#232;me &#8212; militants LO dans la CGT et dans SUD, militants RP dans Solidaires, militants NPA-R dans les comit&#233;s locaux &#8212; ils resteront prisonniers d'un cadre qui interdit la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che politique de l'heure n'est pas de rejoindre ce grand parti ni d'en constituer une &#233;ni&#232;me tendance. La t&#226;che est de s'en arracher, de tracer une fronti&#232;re de classe nette, et de construire &#8212; enfin &#8212; le parti qui manque : un parti du front unique du peuple travailleur, un parti du programme transitionnel, un parti qui ne fait pas partie de la famille bourgeoise mais qui se construit contre elle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;ois Chesnais : Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230;</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8695</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8695</guid>
		<dc:date>2026-04-15T22:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Chesnais est un des rares &#233;conomistes marxistes &#224; avoir reconnu en 2007-2008 la fin du capitalisme. Contrairement &#224; ce que l'on pourrait imaginer, ceux qui se revendiquent du marxisme, qu'ils soient militants politiques, &#233;conomistes ou &#233;crivains, sont loin de reconnaitre en 2007-2008 l'&#233;pisode final du capitalisme comme syst&#232;me dynamique dont les r&#233;cessions (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique84" rel="directory"&gt;5- L'&#233;conomie mondiale en route vers une nouvelle crise syst&#233;mique qui en termine avec l'ancien monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Chesnais :
&lt;p&gt;Le capitalisme est mort parce qu'il a atteint des limites infranchissables en termes d'accumulation du capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chesnais est un des rares &#233;conomistes marxistes &#224; avoir reconnu en 2007-2008 la fin du capitalisme. Contrairement &#224; ce que l'on pourrait imaginer, ceux qui se revendiquent du marxisme, qu'ils soient militants politiques, &#233;conomistes ou &#233;crivains, sont loin de reconnaitre en 2007-2008 l'&#233;pisode final du capitalisme comme syst&#232;me dynamique dont les r&#233;cessions et les crises sont les respirations, les ponctuations, indispensables au fonctionnement. Depuis 2008, toute crise est imm&#233;diatement combattue &#224; fond par les Etats et banques centrales car elle mettrait en cause tout le syst&#232;me. Plus question de laisser un seul grand capitaliste chuter. Cela signifie que cette date marque le mot &#171; fin &#187; non seulement pour les crises capitalistes dites classiques mais aussi pour le capital non financier, pour la mondialisation, pour le d&#233;veloppement industriel, pour la d&#233;mocratie capitaliste, pour les relations internationales pacifiques, pour la stabilit&#233; mondiale, pour la d&#233;mocratie, pour l&#233; d&#233;veloppement de la sant&#233; et on en passe. A la base de cette chute historique d&#233;finitive, il y a la limite atteinte de l'accumulation du capital issue du travail humain productif. Depuis 2008, la part du capital qui n'est pas investie dans la production n'a pas cess&#233; de grandir, y compris en Chine ! Bien s&#251;r, dans les p&#233;riodes de r&#233;cession et de crise, cette part augmentait mais de mani&#232;re peu durable. D&#233;sormais, cette part augmente sans cesse. La finance a tout envahi. La sp&#233;culation aussi. Et l'ensemble ne tient plus qu'&#224; des manipulations de plus en plus hasardeuses des Etats et des banques centrales, au coup par coup, en aveugle. La classe capitaliste a conscience qu'elle est d&#233;pass&#233;e par la nouvelle situation. Cela ne veut pas dire qu'elle va d&#233;clarer forfait, bien entendu, et laisser la place au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je mets en discussion est de savoir si la crise &#233;conomique et financi&#232;re mondiale de 2007-2008 peut simplement &#234;tre vue comme une &#171; tr&#232;s grande crise &#187; d'un capitalisme encore capable de s'ouvrir une nouvelle longue phase de reproduction &#233;largie &#224; l'&#233;chelle du &#171; march&#233; mondial enfin constitu&#233; &#187;, ou au contraire le point de d&#233;part du moment historique o&#249; le capitalisme rencontrerait des limites qu'il ne pourrait plus repousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre III du Capital Marx argumente que &#171; la production capitaliste tend sans cesse &#224; d&#233;passer les limites qui lui sont immanentes, mais elle n'y parvient qu'en employant les moyens, qui de nouveau, et &#224; une &#233;chelle plus imposante, dressent devant elle les m&#234;mes barri&#232;res &#187;[5]. La question pos&#233;e est de savoir si la production capitaliste s'affronte d&#233;sormais &#224; des barri&#232;res qu'elle ne peut plus ou pas d&#233;passer m&#234;me temporairement. On serait en pr&#233;sence de deux formes de limites infranchissables ayant de tr&#232;s fortes implications pour la reproduction du capital et la gestion de l'ordre bourgeois, surtout pour la vie civilis&#233;e. L'une, attenant aux effets de l'automatisation, remonte au 19&#176; si&#232;cle et a un caract&#232;re immanent, interne au mouvement du capital sur lequel Marx a fortement insist&#233;. L'autre, attenant &#224; la destruction par la production capitaliste, des &#233;quilibres &#233;co-syst&#233;miques, notamment de la biosph&#232;re, n'a pas &#233;t&#233; pr&#233;vue par Marx et a d'abord &#233;t&#233; d&#233;finie comme limite externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la premi&#232;re au sujet de laquelle Ernest Mandel a d&#233;fendu d&#232;s 1986 la th&#232;se d'un changement qualitatif. La maximisation du profit, elle-m&#234;me sans limite, repose sur la maximisation du montant de plus-value ou survaleur produite et r&#233;alis&#233;e. Elle suppose contradictoirement l'emploi du plus grand nombre possible de prol&#233;taires et le recours &#224; la m&#233;canisation, donc le remplacement du travail vivant (celui des salari&#233;s) par le travail mort (les machines), autrement la diminution de la quantit&#233; de travail vivant n&#233;cessaire pour mettre en valeur un capital d&#233;termin&#233;. De ce fait &#233;crit Marx,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'extension de la production s'affirme sous un double aspect : elle pousse &#224; l'accroissement du surtravail, c'est-&#224;-dire &#224; la diminution du temps indispensable &#224; la reproduction de la force de travail ; elle restreint le nombre d'ouvriers n&#233;cessaires pour mettre en mouvement un capital donn&#233; &#187;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se trouve la cause de la baisse du taux de profit. La situation du capitalisme &#233;tant encore celle d'un syst&#232;me connaissant des technologies bien moins drastiquement &#171; labour saving &#187; qu'aujourd'hui et ayant encore la plan&#232;te &#224; conqu&#233;rir, Marx pouvait &#233;crire que si &#171; l'accroissement du capital d&#233;pend &#224; la fois de sa masse et du taux du profit &#187;, la situation &#233;tait celle o&#249; &#171; le d&#233;veloppement de la production capitaliste provoque la baisse du taux du profit, mais comme il comporte la mise en &#339;uvre de capitaux de plus en plus consid&#233;rables, il en augmente la masse &#187;. L'action de &#171; ces influences contradictoires &#187; s'affirmant &#171; p&#233;riodiquement par des crises, qui sont des irruptions violentes apr&#232;s lesquelles l'&#233;quilibre se r&#233;tablit momentan&#233;ment &#187;[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'id&#233;e d'un changement de la force respective des influences contradictoires que d&#233;fend Mandel, sous la forme d'une analyse des cons&#233;quences de ce qu'il appelait le &#171; robotisme &#187;, alors &#224; ses tout d&#233;buts. En 1986 dans sa pr&#233;face &#224; l'&#233;dition Penguin Books du Volume III du Capital Mandel argumente que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'extension de l'automatisation au-del&#224; d'une certaine limite m&#232;ne, in&#233;vitablement, d'abord &#224; une r&#233;duction du volume total de la valeur produite, puis &#224; une r&#233;duction du volume de la survaleur r&#233;alis&#233;e. &#187; Il y voyait une &#171; limite infranchissable &#187; porteuse d'une &#171; tendance du capitalisme &#224; l'effondrement final &#187; [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus r&#233;cemment le rapport de l'automatisation avec la crise mondiale de 2007-2008 a &#233;t&#233; expos&#233; en 2011 par un auteur marxiste au parcours tr&#232;s diff&#233;rent, le chef de fil du groupe Krisis, Robert Kurz. Kurz parle de &#171; production r&#233;elle insuffisante de survaleur &#187; (&#8230;) sur fond d'une nouvelle rupture structurelle dans le d&#233;veloppement capitaliste, marqu&#233;e par la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle (la micro&#233;lectronique) et de &#171; &#8216;limite interne du capital' qui finit par devenir une limite absolue. &#187;[9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde barri&#232;re a &#233;t&#233; progressivement cern&#233;e th&#233;oriquement par les d&#233;bats au sein de l'&#233;cologie politique &#233;tatsunienne, notamment entre James O'Connor, John Belamy Foster, Joel Kovel et Jason Moore. Ils ont commenc&#233; avec l'article de 1988 de James O'Connor sur la &#171; seconde contradiction &#187; du capitalisme. Dans le cas de l'&#233;cologie, les d&#233;bats sur les &#171; limites absolues &#187; auxquels on revient plus loin, portent d'une part sur l'ampleur des effets sur le taux de profit de la diminution des ressources naturelles non-renouvelables et de l'autre sur les cons&#233;quences autrement s&#233;rieuses de l'incapacit&#233; du capitalisme de freiner l'avanc&#233;e du changement climatique, le mode de production capitaliste ayant d&#233;velopp&#233; un type de rapport &#224; son environnement qui transforme la biosph&#232;re au point de menacer les rapports civilis&#233;s.[10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'avenir du capitalisme est devenue une question suffisamment pressante pour que Michael Roberts consacre le dernier chapitre de son r&#233;cent livre &#224; la &#171; possibilit&#233; que le capitalisme ait atteint sa date de p&#233;remption &#187;, alors qu'il l'avait simplement &#233;voqu&#233;e jusque-l&#224; au d&#233;tour de phrases &#233;pisodiques dans les articles sur son blog. Apr&#232;s beaucoup de tergiversations, il conclut que &#171; la Longue D&#233;pression n'est pas une esp&#232;ce de crise finale &#187;, qu'il y a &#171; toujours plus d'&#234;tres humains &#224; exploiter &#187; et qu'il y &#171; aura toujours des innovations technologiques pour lancer un nouveau Kondratiev &#187; alors qu'il aligne dans ce m&#234;me chapitre des &#233;l&#233;ments qui sugg&#232;rent le contraire. Il estime que &#171; le capitalisme r&#233;cup&#233;rera &#224; un moment donn&#233; la sant&#233; &#187;, proposant pour terminer une d&#233;finition bien particuli&#232;re de la barbarie, comme &#171; une chute &#224; un niveau de productivit&#233; du travail et dans des conditions de vie pr&#233;capitalistes &#187; qui contraste singuli&#232;rement avec celle que Mandel donne plus bas[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre par le capitalisme de limites qu'il ne peut pas franchir ne signifie en aucune mani&#232;re la fin de la domination politique et sociale de la bourgeoisie, encore moins sa mort, mais elle ouvre la perspective que celle-ci entraine l'humanit&#233; dans la barbarie. L'enjeu est que celles et ceux qui sont exploit&#233;s par la bourgeoisie ou qui n'ont pas partie li&#233;e avec elle, trouvent les moyens de se d&#233;gager de son parcours mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les implications sociales et politiques d'une &#171; stagnation s&#233;culaire &#187; bien plus s&#233;rieuse dans ses fondements que celle des ann&#233;es 1930 sont difficiles &#224; mesurer mais &#233;videmment immenses, d'autant plus que la situation peut basculer en cas de rupture d'un point de l'&#233;cosyst&#232;me sous l'effet du changement climatique. Une croissance tr&#232;s faible du PIB mondial, et plus encore du PIB per capita pose d&#233;j&#224; de tr&#232;s grands probl&#232;mes aux bourgeoisies. Le march&#233; mondial est fait de groupes industriels et bancaires en concurrence brutale et d'oligarchies nationales profond&#233;ment rivales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de Donald Trump traduit une situation o&#249; entre bourgeoisies tous les coups sont d&#233;sormais permis. Au plan interne la croissance des in&#233;galit&#233;s (revenus, patrimoines, acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et &#224; la sant&#233;) s'accroissent et leurs cons&#233;quences toujours plus difficiles &#224; g&#233;rer. Mandel parlait en 1986 &#171; des d&#233;fis croissants de toutes les relations bourgeoises fondamentales et des valeurs de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble &#187; cons&#233;cutive &#224; une &#171; augmentation du ch&#244;mage de masse et des secteurs marginalis&#233;s de la population, du nombre de ceux qui &#8216;abandonnent' et de tous ceux que le d&#233;veloppement &#8216;final' de la technologie capitaliste expulse du processus de production. &#187; Pour celles et ceux &#171; d'en bas &#187; qui vivent dans une soci&#233;t&#233; mondialis&#233;e domin&#233;e par le capitalisme de part en part, les implications sont extr&#234;mement s&#233;rieuses au plan quotidien comme &#224; l'horizon historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet Mandel &#233;crivait que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; la tendance du capitalisme &#224; l'effondrement final (&#8230;.) n'est pas n&#233;cessairement favorable &#224; une forme sup&#233;rieure d'organisation sociale ou de civilisation. Pr&#233;cis&#233;ment en fonction de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence propre du capitalisme, les ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;cadence culturelle, de r&#233;gression dans les domaines de l'id&#233;ologie et du respect des droits de l'homme se multiplient en accompagnant la suite des crises multiformes avec lesquelles cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence nous fera face (nous fait d&#233;j&#224; face F.C.). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marqu&#233; par les formes prises par la barbarie au 20&#176; si&#232;cle, Mandel pensait que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; la barbarie, en tant qu'un r&#233;sultat possible de l'effondrement du syst&#232;me, est une perspective beaucoup plus concr&#232;te et pr&#233;cise aujourd'hui qu'elle ne l'a &#233;t&#233; dans les ann&#233;es 1920 ou 1930. M&#234;me les horreurs d'Auschwitz et de Hiroshima appara&#238;tront minimes par rapport aux horreurs que l'humanit&#233; devra affronter dans la d&#233;cr&#233;pitude continue du syst&#232;me. Dans ces circonstances, la lutte pour une issue socialiste prend la signification d'une lutte pour la survie de la civilisation humaine et du genre humain. &#187;[12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mandel mod&#233;rait cette perspective catastrophique avec ce message d'espoir inspir&#233; par le Programme de transition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le prol&#233;tariat, comme Marx l'a montr&#233;, unit tous les pr&#233;requis pour conduire cette lutte avec succ&#232;s ; aujourd'hui cela reste plus vrai que jamais. Et il a au moins le potentiel pour acqu&#233;rir &#233;galement les pr&#233;requis subjectifs pour une victoire du socialisme mondial. La r&#233;alisation de ce potentiel d&#233;pendra, en derni&#232;re analyse, des efforts conscients des marxistes r&#233;volutionnaires, s'int&#233;grant aux luttes spontan&#233;es p&#233;riodiques du prol&#233;tariat pour r&#233;organiser la soci&#233;t&#233; selon les principes socialistes et le conduisant vers des objectifs pr&#233;cis : la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat et la r&#233;volution sociale radicale. Je ne vois pas plus de raisons pour &#234;tre plus pessimiste aujourd'hui sur le r&#233;sultat de cette entreprise que Marx ne l'&#233;tait lorsqu'il &#233;crivait le Capital. &#187;[13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1986, la possibilit&#233; que l'effondrement de la bureaucratie sovi&#233;tique d&#233;gage la voie &#224; la &#171; r&#233;volution politique &#187; en URSS et les d&#233;mocraties populaires &#233;tait encore ouverte, et le mouvement contemporain de mondialisation du capital &#233;tait &#224; peine lanc&#233;e. La situation dans laquelle nous sommes est toute autre. Les processus de d&#233;passement du capitalisme et de passage &#224; la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui &#233;taient contenus, semblait-il, dans le mouvement m&#234;me du capital et que les gens de ma g&#233;n&#233;ration enseignions aux jeunes militants, ont perdu leur validit&#233;, y compris ceux pr&#233;sent&#233;s par Marx lui-m&#234;me[14]. La bifurcation par rapport &#224; la direction actuelle de la route o&#249; l'humanit&#233; est engag&#233;e d&#233;pendra exclusivement de la lutte, donc de l'&#233;tat des rapports politiques de classe entre les travailleurs largo sensu et la bourgeoisie (les &#171; rapports de force &#187;). Or au plan global, ils sont pour l'instant tr&#232;s d&#233;favorables aux premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques traits originaux de la crise &#233;conomique et financi&#232;re ouverte en 2007-2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de parler plus en d&#233;tail de la mani&#232;re et du degr&#233; auxquels les deux barri&#232;res sont infranchissables, il faut caract&#233;riser la crise &#233;conomique et financi&#232;re mondiale commenc&#233;e en 2007-2008. Il existe entre marxistes travaillant de par le monde anglophone et des h&#233;t&#233;rodoxes &#233;tatsuniens comme Krugman et Stiglitz, un consensus, large mais bien s&#251;r tr&#232;s flou, pour dire qu'il s'agit une tr&#232;s grande crise, d'une importance analogue &#224; celle de 1929. Certains la caract&#233;risent comme &#171; structurelle &#187; ou &#171; syst&#233;mique &#187;. Mais m&#234;me chez ceux-ci, la tr&#232;s grande majorit&#233; des &#233;conomistes critiques ou anticapitalistes attend qu'elle prenne fin, qu'&#224; un moment donn&#233; il y ait une reprise de l'accumulation. Chez les &#233;conomistes de langue fran&#231;aise les termes &#171; structurel &#187; et &#171; syst&#233;mique &#187; renvoient peu ou prou (surtout le premier) &#224; la th&#233;orie de la R&#233;gulation, dont les tenants sont divis&#233;s sur la nature de la crise actuelle[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche &#224; &#233;viter ces termes, en particulier &#171; structurel &#187; fortement connot&#233; au fordisme, en prenant appui sur des remarques de Paul Mattick :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si la crise trouve sa raison derni&#232;re dans le capitalisme lui-m&#234;me, chaque crise particuli&#232;re se distingue de celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause des transformations permanentes qui affectent &#224; l'&#233;chelle mondiale les relations de march&#233; et la structure du capital. Dans ces conditions, on ne peut d&#233;terminer d'avance ni les crises elles-m&#234;mes ni leur dur&#233;e et gravit&#233;, et cela d'autant moins que les sympt&#244;mes de crise apparaissent post&#233;rieurement &#224; la crise elle-m&#234;me et ne font que la rendre manifeste aux yeux de l'opinion publique. On ne peut pas non plus ramener la crise &#224; des facteurs &#171; purement &#233;conomiques &#187;, quoiqu'elle survienne bel et bien de fa&#231;on &#171; purement &#233;conomique &#187;, c'est-&#224;-dire prenne sa source dans des rapports sociaux de production travestis en formes &#233;conomiques. La concurrence internationale, qui se m&#232;ne &#233;galement avec des moyens politiques et militaires, r&#233;agit sur le d&#233;veloppement &#233;conomique, de m&#234;me que celui-ci stimule &#224; son tour les diverses formes de concurrence. Aussi ne peut-on comprendre chaque crise concr&#232;te que dans le rapport qu'elle entretient avec le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; globale. &#187;[16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on t&#233;l&#233;graphique on peut retenir les particularit&#233;s suivantes de la crise de 2007-2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Elle a &#233;clat&#233; au terme d'une tr&#232;s longue phase, soixante-dix ans (donc sans parall&#232;le dans l'histoire du capitalisme) d'accumulation ininterrompue. La crise de 1974-1976 avec son double dip de 1980-1982, a entrain&#233; un changement de rythme dans les pays capitalistes avanc&#233;s, mais pas entam&#233; la dynamique de reproduction &#233;largie au niveau mondial. A la diff&#233;rence de Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Fr&#233;d&#233;ric Lemaire et Dominique Plihon, dans le livre tout r&#233;cent d'Attac[17], je ne pense pas que les trois d&#233;cennies s&#233;parant 1976 et 2007 soient une sorte de crise &#171; structurelle &#187; permanente aux &#233;pisodes multiformes. La p&#233;riode qui commence en 1982 voit les bourgeoisies emmen&#233;es par Reagan et Thatcher non seulement se lancer contre la classe ouvri&#232;re &#224; des rythmes diff&#233;rents selon les pays, mais se tourner vers le march&#233; mondial et en achever la construction compl&#232;te avec la r&#233;int&#233;gration de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Il ne faut jamais perdre de vue que la phase fordiste d'abord et la longue p&#233;riode d'accumulation ont eu lieu dans les conditions historiques tr&#232;s particuli&#232;res, en l'occurrence &#224; la suite de la Grande d&#233;pression des ann&#233;es 1930, avec ses cons&#233;quences de fermeture massive de capacit&#233;s de production et au lendemain de la Seconde guerre mondiale avec ses destructions &#224; tr&#232;s, tr&#232;s grande &#233;chelle. Le terrain pour l'investissement rentable &#233;tait d&#233;blay&#233;. Autre dimension tr&#232;s importante aussi, le capital a pu puiser dans un stock encore peu exploit&#233; de technologies cr&#233;atrices de grands secteurs industriels ainsi dans une r&#233;serve de connaissances scientifiques aux potentialit&#233;s encore peu exploit&#233;es. M&#234;me l'affaiblissement politique passager de 1945 de la bourgeoisie face &#224; la classe ouvri&#232;re a jou&#233; en faveur de la relance de l'accumulation. Sans les concessions que le capital a &#233;t&#233; contraint de faire au prol&#233;tariat, il n'y aurait jamais eu de r&#233;gulation &#171; fordiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire Chesnais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chesnais-limites-capitalisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/chesnais-limites-capitalisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/economie/economie-mondiale-une-situation-systemique-qui-est-specifique-a-la-financiarisation-comme-phase-historique.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/economie/economie-mondiale-une-situation-systemique-qui-est-specifique-a-la-financiarisation-comme-phase-historique.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/entretien.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/entretien.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/crise_suraccumulation_mondiale/crise_suraccumulation_mondiale_texte.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/crise_suraccumulation_mondiale/crise_suraccumulation_mondiale_texte.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/fct17.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/fct17.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/Francois-Chesnais-une-contribution-incontournable-a-l-analyse-du-capitalisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pressegauche.org/Francois-Chesnais-une-contribution-incontournable-a-l-analyse-du-capitalisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/chesnais143.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/chesnais143.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://pinguet.free.fr/agone1996.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pinguet.free.fr/agone1996.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theorie-regulation.org/wp-content/uploads/2012/12/03_chesnais.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theorie-regulation.org/wp-content/uploads/2012/12/03_chesnais.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle_texte.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://classiques.uqam.ca/contemporains/chesnais_francois/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle/Contribution_debat_capitalisme_XXe_siecle_texte.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/fc101.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gesd.free.fr/fc101.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/economie/le-capital-financier-et-ses-limites-autour-du-livre-de-francois-chesnais.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/economie/le-capital-financier-et-ses-limites-autour-du-livre-de-francois-chesnais.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://pinguet.free.fr/fcinp6.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pinguet.free.fr/fcinp6.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;file :///C :/Users/Dell/Downloads/chesnais-2008-quelques-detours-par-la-theorie.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://iris-recherche.qc.ca/blogue/economie-et-capitalisme/finance-capital-today-le-plus-recent-livre-de-francois-chesnais/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://iris-recherche.qc.ca/blogue/economie-et-capitalisme/finance-capital-today-le-plus-recent-livre-de-francois-chesnais/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article9249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article9249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8631&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8631&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8570&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8570&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5914&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5914&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5308&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5308&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5938&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5938&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5911&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5911&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5848&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Guerres imp&#233;rialistes et droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8701</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8701</guid>
		<dc:date>2026-04-14T22:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Guerres imp&#233;rialistes et droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment r&#233;solvez-vous la question actuelle du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes face aux vis&#233;es imp&#233;rialistes dans les guerres actuelles, que ce soit &#224; Gaza, en Ukraine ou en Iran ou encore en Europe ? C'est la question que nous pose une lectrice et c'est un sujet d'une br&#251;lante actualit&#233; dont nous avons pens&#233; qu'il m&#233;ritait un &#233;ditorial. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle nous dit par exemple : &#171; suppose que tu es ukrainien et que tu ne veux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerres imp&#233;rialistes et droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;solvez-vous la question actuelle du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes face aux vis&#233;es imp&#233;rialistes dans les guerres actuelles, que ce soit &#224; Gaza, en Ukraine ou en Iran ou encore en Europe ? C'est la question que nous pose une lectrice et c'est un sujet d'une br&#251;lante actualit&#233; dont nous avons pens&#233; qu'il m&#233;ritait un &#233;ditorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle nous dit par exemple : &#171; suppose que tu es ukrainien et que tu ne veux pas &#234;tre militairement occup&#233; par la Russie, quelle est ta position politique ? &#187; ou encore &#171; tu vis en France et tu ne veux pas non plus d'une invasion ou d'un bombardement russe, comment lutter ? &#187; Elle rajoute : &#171; c'est quand m&#234;me ce que d&#233;fendent les r&#233;volutionnaires communistes : le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, non ? &#187; Sa question : &#171; il faut quand m&#234;me, quelles que soient les critiques qu'on peut faire &#224; Z&#233;lensky ou &#224; Macron, se pr&#233;parer &#224; se d&#233;fendre militairement. Il faut quand m&#234;me aider le peuple ukrainien &#224; se d&#233;fendre lui aussi. Non ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re remarque &#224; faire : Z&#233;lensky, pas plus que Macron ou les autres dirigeants europ&#233;ens (ou que Biden) n'agissent pas pour d&#233;fendre le peuple ukrainien ou les peuples europ&#233;ens contre l'imp&#233;rialisme russe. Ils d&#233;fendent les imp&#233;rialismes europ&#233;ens ou attaquent l'imp&#233;rialisme russe (suivant qu'on imagine celui qui est l'attaquant et celui qui est le d&#233;fenseur mais dans une guerre entre imp&#233;rialismes cela n'a aucune importance de d&#233;terminer qui est le premier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un imp&#233;rialisme est parfaitement capable de tirer argument du droit du peuple &#224; disposer de lui-m&#234;me pour imposer sa dictature comme Hitler avec l'invasion de l'Autriche au nom des sentiments nationaux allemands des Autrichiens ou encore &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Allemands_des_Sud%C3%A8tes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; la d&#233;fense des sud&#232;tes &#187;&lt;/a&gt;, tout comme l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais avec &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6139&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; le soutien au peuple biafrais &#187; contre le Nig&#233;ria&lt;/a&gt;. Ou encore avec &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3421&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la d&#233;fense par les imp&#233;rialismes fran&#231;ais et allemand de l'Alsace-Lorraine&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais se pr&#233;occuperait du droit du peuple ukrainien &#224; ne pas &#234;tre russe et pas du droit du peuple corse ou du peuple cal&#233;donien &#224; ne pas &#234;tre fran&#231;ais ? Balivernes ! Quand &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;il a organis&#233; le g&#233;nocide rwandais&lt;/a&gt;, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais se pr&#233;occupait-il des droits de l'ethnie Hutu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi discuter &#224; perte de vue sur qui a d&#233;but&#233; une guerre (est-ce le Hamas ou Isra&#235;l, est-ce l'Ukraine ou la Russie, est-ce Isra&#235;l ou l'Iran, etc&#8230;), sur qui est plus agressif, plus dangereux, plus oppressif, tel imp&#233;rialisme ou tel autre, sur qui d&#233;fend le peuple et qui l'attaque. Avec l'imp&#233;rialisme, notre r&#233;ponse doit &#234;tre : l'ennemi principal, c'est l'ensemble des imp&#233;rialismes sans aucune distinction. Cela signifie tous les Etats capitalistes riches qui dominent le monde, pillent les richesses agricoles, mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res, exportent leurs capitaux, dominent toutes les &#233;conomies des pays riches comme des pays pauvres qu'ils pillent. Le pilier de l'ordre oppressif mondial, c'est l'imp&#233;rialisme ! C'est contre lui que le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire doit diriger ses coups. Cela suppose de ne participer &#224; aucune entente nationale, &#224; aucun front national aux c&#244;t&#233;s de son propre imp&#233;rialisme, de ne souhaiter aucune victoire de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'existe l'imp&#233;rialisme et qu'il m&#232;ne des guerres, en somme depuis la p&#233;riode qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la premi&#232;re guerre mondiale, ce dernier a men&#233; des guerres au nom du &#171; droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes &#187; sans nullement d&#233;fendre r&#233;ellement les droits d'aucun peuple. Dans la premi&#232;re guerre mondiale, aucun camp ne d&#233;fendait les droits d'un peuple. Par contre, dans la m&#234;me p&#233;riode, les travailleurs r&#233;volutionnaires russes men&#233;s par le parti de L&#233;nine et de Trotsky ont men&#233; une politique fond&#233;e sur une strat&#233;gie offensive contre l'imp&#233;rialisme appel&#233;e &#171; d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#187; et qu'on peut r&#233;sumer par : &#171; ton principal ennemi est ton propre camp imp&#233;rialiste, tu dois combattre pour sa d&#233;faite, pour casser son arm&#233;e, pour d&#233;truire cet imp&#233;rialisme, pour que les soldats et autres forces arm&#233;es se dissolvent, refusent d'ob&#233;ir &#224; leur hi&#233;rarchie, s'organisent aux c&#244;t&#233;s du peuple travailleur r&#233;volutionnaire, comme lui en soviets et pour la prise de pouvoir de ceux-ci en d&#233;truisant tout l'ancien appareil d'Etat. &#187; L&#233;nine et Trotsky ont toujours d&#233;fendu cette politique et c'est cela qui leur a permis d'obtenir le soutien des peuples opprim&#233;s de l'ancien empire tsariste, &#171; cette prison des peuples &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement ce que change le fait qu'il s'agisse d'une guerre internationale entre des imp&#233;rialismes qu'il s'agit de discuter. Non pas que cela signifie que le droit des peuples n'aurait plus cours mais parce que l'Etat qui prend partie pour l'un des imp&#233;rialismes n'a pas le soutien du camp prol&#233;tarien. Mais surtout parce que l'objectif essentiel, tout particuli&#232;rement dans chaque pays imp&#233;rialiste, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire doit &#234;tre de renverser son propre imp&#233;rialisme ou celui de son propre camp imp&#233;rialiste. Cela signifie qu'un travailleur ou qu'un r&#233;volutionnaire d'Europe doit renverser l'imp&#233;rialisme europ&#233;en, qu'un travailleur am&#233;ricain doit renverser l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain tout autant qu'un travailleur russe ou chinois doit renverser les imp&#233;rialismes russes ou chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais, direz-vous, quand la guerre est l&#224; et que la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'y est pas, qu'est-ce qu'on fait ? On ne peut pas se laisser occuper, terroriser, massacrer, tuer, violer par des arm&#233;es &#233;trang&#232;res et imp&#233;rialistes sans rien faire pour se d&#233;fendre sous pr&#233;texte qu'il faut attendre la r&#233;volution sociale qui renversera tous les imp&#233;rialismes ! On peut quand m&#234;me s'appuyer sur son Etat national, f&#251;t-il capitaliste, pour &#233;viter le pire, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! Pas quand on est un travailleur r&#233;volutionnaire conscient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit soutenir et participer &#224; la lutte contre la guerre, contre les imp&#233;rialismes, pour le droit des peuples mais pas soutenir les Etats qui choisissent l'un des imp&#233;rialismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple r&#233;cemment du Mali au Burkina Faso et au Niger, le mouvement ouvrier aurait d&#251; soutenir les peuples africains qui ne voulaient plus de la domination n&#233;ocoloniale fran&#231;aise mais pas les chefs d'&#233;tat militaires africains qui en profitaient pour pactiser avec les imp&#233;rialismes russe ou chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anti-imp&#233;rialisme des r&#233;volutionnaires ne consiste pas &#224; choisir un imp&#233;rialisme soi-disant meilleur que l'autre. Il n'y a pas d'imp&#233;rialisme d&#233;mocratique et surtout pas quand il est en guerre. Il n'y a pas d'union sacr&#233;e avec l'imp&#233;rialisme, pas de d&#233;fense nationale juste, pas de guerre juste, pas de solidarit&#233; avec notre pire ennemi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte dite &#171; de Maidan &#187; en Ukraine contre la domination russe et la dictature &#233;tait une lutte &#224; laquelle il fallait participer et que le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire aurait d&#251; diriger de mani&#232;re r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire en s'en prenant aussi aux oligarques et exploiteurs ukrainiens, en d&#233;sarmant l'arm&#233;e ukrainienne, en organisant des conseils de soldats comme des conseils de travailleurs. De m&#234;me que bien d'autres luttes des pays de l'Est ou des luttes r&#233;centes depuis 2011 dans le monde entier, il y avait une politique r&#233;volutionnaire &#224; mener et qui ne l'a pas &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une question nationale devient br&#251;lante, cela ne signifie pas qu'il faille l'isoler des autres questions sociales et politiques, de tout ce qui n&#233;cessite la r&#233;volution pour &#234;tre r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, cela ne signifie pas que, l&#224; o&#249; les dictatures sont tomb&#233;es, il faille soutenir les suivantes. Ni qu'il faille accepter des &#171; guerres pour la paix &#187;, des &#171; guerres pour renverser la dictature &#187;, des &#171; guerres pour en finir avec un chef d'&#233;tat dangereux &#187;, etc&#8230; Ne jamais soutenir son propre imp&#233;rialisme m&#234;me s'il se pr&#233;tend d&#233;mocratique est une r&#232;gle de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du &#171; droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes &#187; a &#233;t&#233; manipul&#233;e dans tous les sens par les grandes puissances. J'ai d&#233;j&#224; cit&#233; le cas de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais avec le Biafra. Il est remarquable que la France soit aussi touch&#233;e du droit des peuples quand il s'agit des Ukrainiens mais pas du tout des Africains par exemple ! La Russie aussi pr&#233;tend d&#233;fendre les Ukrainiens : les pro-Russie du Donbass ! En fait, nous ne devons reconnaitre le droit des peuples que lorsque ce sont les peuples eux-m&#234;mes mobilis&#233;s, en lutte et en r&#233;volution qui luttent pour. Et jamais quand ce sont les oppresseurs et les exploiteurs qui se cachent derri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6673&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De l'Ukraine au Mali, l'imp&#233;rialisme ne fait pas la guerre pour d&#233;fendre le droit des peuples&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; comprendre dans la situation actuelle du monde, c'est que les guerres n'ont plus un simple caract&#232;re local mais toujours un caract&#232;re mondial, m&#234;me s'il s'agit d'un affrontement classique comme entre Isra&#233;liens et Palestiniens, ou entre Congolais et Rwandais, ou entre Arm&#233;niens et Az&#233;ris ou entre Tha&#239;landais et Cambodgiens ou encore entre Ethiopiens et Erythr&#233;ens. D&#233;sormais, dans tous ces conflits sont polaris&#233;s, pilot&#233;s, d&#233;tourn&#233;s, arm&#233;s, financ&#233;s, dirig&#233;s par les deux grands blocs imp&#233;rialistes : d'un c&#244;t&#233; les USA, le Japon, la Cor&#233;e du sud, les Emirats et l'Arabie saoudite ainsi qu'Isra&#235;l avec l'Europe (et quelques autres comme Canada, Australie, etc), de l'autre Iran, Russie et Chine (et quelques autres). M&#234;me quand cela ne leur plait pas, tous doivent s'aligner d'un c&#244;t&#233; ou d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal adversaire de la guerre imp&#233;rialiste est la r&#233;volution sociale prol&#233;tarienne et cela pour une raison tr&#232;s simple : si les imp&#233;rialismes se lancent dans la guerre entre eux, c'est parce qu'ils estiment que la r&#233;volution devient un danger &#224; court terme et qu'elle peut mener au triomphe du prol&#233;tariat (m&#234;me si ce dernier n'a pas encore conscience de repr&#233;senter un tel danger). C'est parce que la crise de la domination de la bourgeoisie, celle au sens objectif, c'est-&#224;-dire la stabilit&#233; du syst&#232;me capitaliste, est menac&#233;e de mani&#232;re critique que les classes dirigeantes envisagent volontiers des recours extr&#234;mement violents comme la guerre mondiale, le fascisme, la dictature militaire, les bains de sang et les r&#233;pressions massives (ou les attaques pand&#233;miques massives !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les conflagrations mondiales ont eu comme pr&#233;c&#233;dent des menaces r&#233;volutionnaires li&#233;es &#224; une crise aigu&#235; de l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question nationale (dont le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes fait partie) est une des contradictions non r&#233;solues du syst&#232;me capitaliste qui peuvent devenir de vraies fractures permettant de renverser tout le syst&#232;me. Non seulement les travailleurs r&#233;volutionnaires ne doivent pas s'en d&#233;tourner en se contentant de r&#233;prouver le nationalisme petit et grand bourgeois mais ils ne doivent pas avoir de r&#233;ticences &#224; s'en servir dans un but r&#233;volutionnaire comme de toutes les contradictions du syst&#232;me. Cette strat&#233;gie s'appelle &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la conception dialectique de &#171; la r&#233;volution permanente&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La seule perspective face &#224; la guerre inter-imp&#233;rialiste et les tentatives fascistes et dictatoriales qui d&#233;coulent de l'effondrement du capitalisme mondial, c'est le pouvoir des soviets de travailleurs des villes et des campagnes, de femmes, de jeunes et de petits soldats renversant l'imp&#233;rialisme, tous les imp&#233;rialismes !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lire encore sur le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et sur la question nationale et sur la perspective actuelle des conseils ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3241&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3241&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7879&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve178&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve178&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6796&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6796&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article313&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article313&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5743&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5743&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : comment aider les peuples qui luttent aux quatre coins du monde ? En renversant d'abord notre propre imp&#233;rialisme et d&#233;j&#224; en le combattant, en le minant, en le discr&#233;ditant, en le d&#233;sarmant !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chassons le racisme ne peut signifier que chassons l'imp&#233;rialisme, sauf pour LFI !</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8706</link>
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		<dc:date>2026-04-13T22:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De Bamako &#224; Saint-Denis, travailleurs de France et d'Afrique, chassons la bourgeoisie fran&#231;africaine ! &lt;br class='autobr' /&gt;
### Ou, comme dirait Malcolm X, le &#171; n&#232;gre de maison &#187; de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &lt;br class='autobr' /&gt;
## Antiracisme d'apparat et int&#233;gration &#224; l'&#201;tat : le cas Bagayoko &lt;br class='autobr' /&gt;
*Gilets Jaunes Poitiers / matierevolution.fr* ## I. Le racisme est r&#233;el &#8212; et il ne suffit pas &lt;br class='autobr' /&gt;
Posons d'abord ce qui doit &#234;tre pos&#233; sans ambigu&#239;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis son &#233;lection au premier tour des municipales le 15 mars 2026, Bally Bagayoko, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/657368757_1421684716668157_6638921029747866878_n.jpg' width=&#034;512&#034; height=&#034;640&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019438_1_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019438_1_.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019479_1_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019479_1_.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De Bamako &#224; Saint-Denis, travailleurs de France et d'Afrique, chassons la bourgeoisie fran&#231;africaine !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;### Ou, comme dirait Malcolm X, le &#171; n&#232;gre de maison &#187; de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Antiracisme d'apparat et int&#233;gration &#224; l'&#201;tat : le cas Bagayoko&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Gilets Jaunes Poitiers / matierevolution.fr*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## I. Le racisme est r&#233;el &#8212; et il ne suffit pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons d'abord ce qui doit &#234;tre pos&#233; sans ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection au premier tour des municipales le 15 mars 2026, Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, a &#233;t&#233; la cible d'une campagne raciste violente et syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le soir de sa victoire, ses propos sur LCI ont &#233;t&#233; d&#233;form&#233;s. Sur BFM, on l'a accus&#233; de liens avec le narcotrafic &#8212; une accusation lanc&#233;e par le maire PS sortant Mathieu Hanotin lui-m&#234;me pendant la campagne, reprise ensuite par Valeurs actuelles et BFM. Le PS, premier fournisseur de munitions &#224; la droite : la gauche bourgeoise pave la voie &#224; la droite bourgeoise, et l'union sacr&#233;e se referme sur le dos des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis CNews a pris le relais. Et ici, il faut &#234;tre pr&#233;cis &#8212; parce que la pr&#233;cision est ce qui distingue l'analyse de classe du moralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le psychologue Jean Doridot a d&#233;clar&#233; en plateau que &#171; l'homo sapiens &#187; est &#171; un mammif&#232;re social, de la famille des grands singes &#187;, et que &#171; dans toute collectivit&#233;, dans toute tribu &#8212; nos anc&#234;tres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus &#8212; il y a un chef qui a pour mission d'installer son autorit&#233; &#187;. Le philosophe Michel Onfray a parl&#233; d'attitude de &#171; m&#226;le dominant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Pris isol&#233;ment, ces propos ne sont pas racistes.** C'est biologiquement exact : les humains sont des primates, des hominid&#233;s. Nous partageons plus de 98 % de notre ADN avec les chimpanz&#233;s. Darwin n'a rien invent&#233; l&#224;-dessus. Marx avait voulu d&#233;dier le Capital &#224; Darwin. Le mat&#233;rialisme historique inclut le mat&#233;rialisme biologique &#8212; et nous, r&#233;volutionnaires, n'avons aucune raison de le nier. Doridot parle de l'autorit&#233; d'un maire, pas de l'autorit&#233; d'un maire noir. Onfray utilise un concept d'&#233;thologie &#8212; le m&#226;le dominant &#8212; qui n'est pas en soi racialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Ce qui est raciste, ce n'est pas ce que Doridot et Onfray disent. C'est l'op&#233;ration que CNews r&#233;alise avec ce qu'ils disent.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme est pr&#233;cis et il faut le nommer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Premier m&#233;canisme : le montage.** CNews diffuse ces propos en boucle, en montrant &#224; chaque fois le visage de Bagayoko &#8212; un homme noir. La s&#233;quence visuelle fait le travail que les mots ne font pas : &#171; grands singes &#187; + visage noir + &#171; tribu &#187; + &#171; chasseurs-cueilleurs &#187; = activation de tout l'imaginaire colonial qui, pendant un si&#232;cle et demi, a appliqu&#233; *sp&#233;cifiquement* la comparaison simienne aux personnes noires. Taubira et le journal *Minute* en 2013, les chants racistes dans les stades, une longue et ignoble tradition. CNews n'a pas besoin de dire &#171; ce noir est un singe &#187;. Il suffit de mettre le mot et l'image c&#244;te &#224; c&#244;te, et le t&#233;l&#233;spectateur fait le lien. C'est plus dangereux qu'une insulte directe &#8212; parce que &#231;a permet &#224; CNews de dire &#171; on n'a jamais tenu de propos racistes &#187; et, formellement, ils n'ont pas tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Deuxi&#232;me m&#233;canisme : le darwinisme social.** &#171; Tribu primitive &#187;, &#171; m&#226;le dominant &#187;, &#171; anc&#234;tres chasseurs-cueilleurs &#187; appliqu&#233;s &#224; l'organisation politique contemporaine &#8212; ce n'est pas Darwin. C'est Spencer : le darwinisme social comme l&#233;gitimation des hi&#233;rarchies existantes, des dominations coloniales, des in&#233;galit&#233;s de classe. Une v&#233;rit&#233; scientifique utilis&#233;e comme couverture pour un ciblage colonial. Ce qui est d&#233;gueulasse, c'est le contexte, pas le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Voil&#224; ce que nous condamnons : pas la biologie, mais l'op&#233;ration id&#233;ologique.** L'utilisation calcul&#233;e de v&#233;rit&#233;s scientifiques dans un dispositif m&#233;diatique qui les transforme en armes racistes. C'est plus intelligent qu'une insulte &#8212; et c'est exactement pour &#231;a que c'est plus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le combattre ne signifie pas soutenir LFI, ni valider le cadre politique dans lequel s'inscrit le rassemblement du 4 avril. Il existe deux fa&#231;ons radicalement oppos&#233;es de combattre le racisme : l'antiracisme de classe, qui l'articule &#224; l'exploitation et &#224; la lutte des travailleurs ; et l'antiracisme politique autonome, qui le traite comme une oppression compatible avec le maintien du rapport capitaliste, utilisable comme carburant &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence qui va de l'&#233;lection de Bagayoko au rassemblement du 4 avril est une s&#233;quence d'antiracisme politique autonome. Nous la d&#233;non&#231;ons comme substitut &#224; la lutte de classe &#8212; tout en condamnant sans r&#233;serve le racisme qui en est le pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position sera attaqu&#233;e des deux c&#244;t&#233;s. La droite dira que critiquer LFI revient &#224; couvrir le racisme. LFI dira que refuser son cadre revient &#224; faire le jeu du RN. Ces deux attaques sym&#233;triques sont le signe que la ligne est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## II. Ce que le racisme de CNews est r&#233;ellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;montons le mythe central que LFI entretient : l'id&#233;e que la France &#171; n'arrive pas &#224; int&#233;grer l'id&#233;e qu'un enfant des quartiers populaires puisse acc&#233;der aux responsabilit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faux historiquement &#8212; et cette fausset&#233; n'est pas un d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France a eu des repr&#233;sentants noirs depuis 1793. Jean-Baptiste Belley, ancien esclave de Saint-Domingue, si&#232;ge &#224; la Convention nationale. Blaise Diagne, S&#233;n&#233;galais, est &#233;lu d&#233;put&#233; en 1914 &#8212; il finira sous-secr&#233;taire d'&#201;tat aux Colonies, recruteur de tirailleurs pour la boucherie imp&#233;rialiste de 14-18. Gaston Monnerville, Guyanais, pr&#233;side le S&#233;nat de la R&#233;publique pendant 22 ans sous de Gaulle. Aim&#233; C&#233;saire est d&#233;put&#233; de la Martinique pendant 47 ans. Des ministres noirs, arabes et juifs traversent toute l'histoire des r&#233;publiques fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise sait parfaitement coopter des personnalit&#233;s issues des colonies, de l'immigration ou des minorit&#233;s &#8212; &#224; condition qu'elles g&#232;rent *dans son cadre*. La question n'a jamais &#233;t&#233; la couleur de peau en tant que telle. Elle a toujours &#233;t&#233; : quelle classe repr&#233;sentes-tu, dans quel cadre g&#232;res-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est insupportable &#224; la bourgeoisie &#224; Saint-Denis, ce n'est pas Bagayoko en soi. Soyons clairs : LFI n'est pas un danger pour le capital. Le PS g&#233;rait Saint-Denis dans le cadre de l'&#201;tat bourgeois &#8212; LFI g&#233;rera Saint-Denis dans le m&#234;me cadre. Bagayoko sera un bon gestionnaire, comme Hanotin &#233;tait un bon gestionnaire. La bourgeoisie n'a rien &#224; craindre de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi CNews l'attaque-t-elle ? Pas par peur. Par calcul. Bollor&#233; a besoin de l'&#233;pouvantail LFI. Le sch&#233;ma Macron pour 2027 repose sur trois forces : le centre r&#233;publicain (lui), et les deux &#171; extr&#234;mes &#187; &#8212; RN &#224; droite, LFI &#224; gauche. Pour que ce sch&#233;ma fonctionne, il faut que LFI fasse peur. Il faut des images de maires noirs qui &#171; appellent &#224; faire all&#233;geance &#187;, de &#171; tribus &#187; et de &#171; grands singes &#187;. CNews ne combat pas Bagayoko &#8212; CNews le construit en &#233;pouvantail. Et Bagayoko accepte le r&#244;le, parce que l'&#233;pouvantail lui sert aussi : plus il est attaqu&#233; par la droite, plus il se pose en champion antiraciste, plus il pr&#233;pare 2027 pour M&#233;lenchon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le racisme de CNews est r&#233;el. Mais sa fonction n'est pas la haine spontan&#233;e &#8212; c'est la construction du th&#233;&#226;tre politique dont le capital a besoin. Et dans ce th&#233;&#226;tre, Bagayoko et Bollor&#233; jouent chacun leur partition. Ils ne sont pas adversaires &#8212; ils sont compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## III. Comme dirait Malcolm x : le n&#232;gre de maison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malcolm X, dans son discours *Message to the Grassroots* (Detroit, 1963), posait une distinction que toute la gauche institutionnelle s'emploie &#224; faire oublier : celle entre le *house Negro* &#8212; le n&#232;gre de maison &#8212; et le *field Negro* &#8212; le n&#232;gre des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#232;gre de maison vivait pr&#232;s du ma&#238;tre. Il mangeait ses restes, s'habillait de ses vieux habits. Quand le ma&#238;tre tombait malade, il demandait : &#171; Qu'est-ce qu'on a, patron ? &#187; Quand la maison prenait feu, il se pr&#233;cipitait pour &#233;teindre l'incendie. Il disait &#171; notre maison &#187;. Il aimait le ma&#238;tre plus que le ma&#238;tre ne s'aimait lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#232;gre des champs, lui, priait pour que le vent souffle plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko, comme dirait Malcolm, est un n&#232;gre de maison. Et la maison qu'il d&#233;fend, c'est l'&#201;tat imp&#233;rialiste fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car que fait Bagayoko face aux attaques racistes ? Il organise un rassemblement devant la mairie. Il appelle &#224; saisir l'Arcom. Il demande la fermeture de CNews par le r&#233;gulateur de l'&#201;tat. Il invoque &#171; les valeurs humanistes qui nous rassemblent &#187;. Il invoque &#171; la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#232;gre de maison dit &#171; notre maison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## IV. La filiation : M&#233;lenchon &#8212; Mitterrand &#8212; l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko est &#233;lu sous l'&#233;tiquette de La France Insoumise, mouvement structur&#233; autour de Jean-Luc M&#233;lenchon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or M&#233;lenchon, pr&#233;sent le 4 avril &#224; Saint-Denis pour d&#233;clarer que &#171; Bally Bagayoko parle pour nous tous &#187;, ne cache pas sa filiation politique. Il la revendique. &#192; propos de Fran&#231;ois Mitterrand : &#171; C'&#233;tait notre chef&#8230; notre premier de cord&#233;e&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un d&#233;tail biographique. C'est un aveu politique. Et Bagayoko, en acceptant l'investiture de ce mouvement, en accepte l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand, le &#171; chef &#187; de M&#233;lenchon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A entretenu des relations personnelles durables avec Ren&#233; Bousquet, organisateur de la rafle du V&#233;l d'Hiv. 13 000 Juifs d&#233;port&#233;s, dont 4 000 enfants. Mitterrand a d&#238;n&#233; avec Bousquet jusque dans les ann&#233;es 1980, alors qu'il &#233;tait pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A couvert et poursuivi les pratiques fran&#231;africaines. Fran&#231;ois-Xavier Verschave, dans *La Fran&#231;afrique, le plus long scandale de la R&#233;publique* (1998), a document&#233; ce syst&#232;me dans le d&#233;tail. Sur Mitterrand, Verschave est formel : &#171; On croit qu'il va changer les choses, mais pas du tout : Mitterrand suivait les traces de Foccart depuis 1948. &#187; Le r&#233;seau Mitterrand n'est pas une rupture avec la Fran&#231;afrique gaulliste &#8212; c'est sa continuation. Jean-Christophe Mitterrand, fils du pr&#233;sident, est nomm&#233; &#224; la cellule Afrique de l'&#201;lys&#233;e &#8212; le familialisme fran&#231;africain au sommet de l'&#201;tat. Verschave d&#233;crit une &#171; n&#233;buleuse d'acteurs &#233;conomiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organis&#233;e en r&#233;seaux et lobbies, et polaris&#233;e sur l'accaparement de deux rentes : les mati&#232;res premi&#232;res et l'Aide publique au d&#233;veloppement &#187;. &#192; peine 2 &#224; 3 % de l'aide publique fran&#231;aise au d&#233;veloppement sert r&#233;ellement &#224; lutter contre la pauvret&#233; &#8212; le reste alimente les r&#233;seaux. Soutien aux dictatures africaines, maintien du franc CFA, interventions militaires, assassinats &#8212; depuis les ind&#233;pendances, l'arm&#233;e fran&#231;aise a men&#233; plus d'une vingtaine d'interventions arm&#233;es au sud du Sahara. Voil&#224; la &#171; R&#233;publique &#187; de M&#233;lenchon. Voil&#224; la &#171; maison &#187; de Bagayoko. Le p&#232;re de Bagayoko est Malien. Le Mali a &#233;t&#233; l'un des terrains de jeu de cet imp&#233;rialisme fran&#231;africain &#8212; du franc CFA aux interventions militaires, de Serval &#224; Barkhane. Bagayoko le sait. Il n'en dit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Porte une responsabilit&#233; qualifi&#233;e de &#171; lourde et accablante &#187; par la commission Duclert dans le g&#233;nocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Un million de morts. L'&#201;tat fran&#231;ais a arm&#233;, form&#233; et soutenu les g&#233;nocidaires. Verschave encore : &#171; La France a soutenu au Rwanda un r&#233;gime en pleine d&#233;rive nazie, progressivement ordonn&#233; &#224; une &#034;solution finale du probl&#232;me tutsi&#034;. Elle a financ&#233;, &#233;quip&#233; et form&#233; les unit&#233;s militaires qui, avec leurs excroissances miliciennes, ont ex&#233;cut&#233; le g&#233;nocide. &#187; Apr&#232;s le 6 avril 1994, Paris a accueilli avec les honneurs Agathe Habyarimana et les instigateurs des massacres. L'op&#233;ration Turquoise a neutralis&#233; la disqualification politique des g&#233;nocideurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A ordonn&#233; le sabotage du Rainbow Warrior, acte de terrorisme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; &#171; la maison &#187;. Et quand cette maison est attaqu&#233;e, Bagayoko ne dit rien. Pas un mot. Pas une ligne. Pas un souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## V. L'ennemi du prol&#233;tariat immigr&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on ne s'y trompe pas : Bagayoko n'est pas un alli&#233; maladroit du prol&#233;tariat immigr&#233;. Il en est l'ennemi politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car sa fonction est pr&#233;cis&#233;ment d'emp&#234;cher que la col&#232;re l&#233;gitime des travailleurs immigr&#233;s, des prol&#233;taires des quartiers populaires, ne se tourne contre l'&#201;tat lui-m&#234;me &#8212; contre ses structures, contre l'appareil imp&#233;rialiste qui organise &#224; la fois l'exploitation ici et le pillage l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son antiracisme dit : &#171; Le probl&#232;me, c'est le regard qu'on porte sur nous. Fermons CNews. Saisissons l'Arcom. D&#233;fendons la R&#233;publique. &#187; Bagayoko appelle &#224; &#171; r&#233;affirmer les valeurs humanistes qui nous rassemblent &#187; &#8212; les valeurs humanistes de l'&#201;tat de Mitterrand, de Bousquet, du Rwanda, de la Fran&#231;afrique. Voil&#224; ses &#171; valeurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique r&#233;volutionnaire dit : &#171; Le probl&#232;me, c'est l'&#201;tat qui nous exploite, et le m&#234;me &#201;tat qui pille l'Afrique, et c'est le m&#234;me &#201;tat, et c'est la m&#234;me classe qui en profite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons les conditions mat&#233;rielles concr&#232;tes du prol&#233;tariat de Saint-Denis &#8212; celles dont personne ne parle le 4 avril. Saint-Denis est l'une des villes les plus pauvres d'&#206;le-de-France. Taux de pauvret&#233; parmi les plus &#233;lev&#233;s de France. Ch&#244;mage massif, pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, logements insalubres, d&#233;serts m&#233;dicaux, &#233;coles sous-dot&#233;es, transports d&#233;grad&#233;s. Les travailleurs du 93 &#8212; fran&#231;ais, maliens, marocains, alg&#233;riens, antillais, en grande majorit&#233; racis&#233;s &#8212; subissent une exploitation et une s&#233;gr&#233;gation spatiale h&#233;rit&#233;es directement du capitalisme colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 avril ne mobilise pas sur une seule de ces questions. Pas un mot sur les loyers, les salaires, l'h&#244;pital public du 93, les conditions de travail dans les entrep&#244;ts logistiques et les chantiers du BTP qui emploient la majorit&#233; des travailleurs de la ville. Le rassemblement mobilise sur la dignit&#233; d'un &#233;lu &#8212; Bagayoko en tant que symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement l&#224; que se trouve la substitution. Bagayoko s&#233;pare ce que l'imp&#233;rialisme a uni. Il isole la question raciale de la question de classe. Il transforme une contradiction explosive &#8212; celle du prol&#233;tariat immigr&#233; face &#224; l'&#201;tat imp&#233;rialiste de l'ancienne m&#233;tropole &#8212; en revendication morale compatible avec l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que le ma&#238;tre attend du n&#232;gre de maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## VI. L'antiracisme politique : diviser la classe ouvri&#232;re sous couvert de la d&#233;fendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est l&#224; le fond de l'affaire, et il faut le dire sans d&#233;tour : l'antiracisme politique &#8212; celui de Bagayoko, de LFI, du PIR, de SOS Racisme avant eux &#8212; n'est pas un antiracisme insuffisant. C'est un instrument de division de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#231;a fonctionne ? Le m&#233;canisme est simple et d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antiracisme politique pose que le sujet de la lutte n'est pas la classe ouvri&#232;re mais &#171; les racis&#233;s &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire une cat&#233;gorie d&#233;finie par la couleur de peau, pas par la position dans les rapports de production. Le travailleur malien du chantier de Saint-Denis et le patron malien de l'entreprise de BTP qui l'exploite sont rang&#233;s dans la m&#234;me cat&#233;gorie. Le prol&#233;taire blanc de la zone a&#233;roportuaire de Roissy, qui subit les m&#234;mes cadences, les m&#234;mes salaires de mis&#232;re, le m&#234;me m&#233;pris patronal que son coll&#232;gue noir ou arabe, est rang&#233; de l'autre c&#244;t&#233;. L'unit&#233; de classe est bris&#233;e. La solidarit&#233; de production est remplac&#233;e par la solidarit&#233; de peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est double &#8212; et dans les deux cas, c'est le capital qui gagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des travailleurs racis&#233;s : la col&#232;re est canalis&#233;e vers la &#171; reconnaissance &#187;, la &#171; repr&#233;sentation &#187;, la &#171; visibilit&#233; &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire vers des objectifs compatibles avec le maintien du rapport capitaliste. On peut avoir un maire noir &#224; Saint-Denis, un pr&#233;fet noir en Seine-Saint-Denis, un PDG noir au CAC 40 &#8212; et les travailleurs noirs de Saint-Denis continueront &#224; vivre dans la mis&#232;re. Les &#201;tats-Unis le d&#233;montrent chaque jour : la &#171; diversit&#233; &#187; des &#233;lites coexiste parfaitement avec la surexploitation de masse des travailleurs noirs. Obama a &#233;t&#233; pr&#233;sident. Les Noirs am&#233;ricains sont toujours au bas de l'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des travailleurs blancs : l'antiracisme politique les d&#233;signe implicitement comme le probl&#232;me &#8212; ou au mieux comme des alli&#233;s qui doivent &#171; se d&#233;construire &#187;, &#171; reconna&#238;tre leurs privil&#232;ges &#187;, &#171; se taire et &#233;couter &#187;. Le travailleur blanc de Roissy qui gagne le SMIC, qui vit dans un HLM d&#233;grad&#233;, qui n'a jamais eu de &#171; privil&#232;ge &#187; de sa vie, se retrouve renvoy&#233; dans le camp des oppresseurs. Il ne comprend pas. Il se d&#233;tourne. Et c'est le RN qui le ramasse. L'antiracisme politique fabrique m&#233;caniquement l'&#233;lectorat du RN &#8212; et c'est une des raisons pour lesquelles le capital le tol&#232;re si bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko incarne cette m&#233;canique. Derri&#232;re son apparence d'homme de gauche, derri&#232;re son sourire, derri&#232;re sa posture d'&#171; enfant des quartiers populaires &#187;, sa fonction est de tromper le prol&#233;tariat d'origine immigr&#233;e en lui faisant croire que la lutte contre le racisme passe par l'int&#233;gration &#224; l'&#201;tat &#8212; alors que l'&#201;tat est pr&#233;cis&#233;ment la machine qui produit le racisme. Et simultan&#233;ment, sa fonction est de couper ce prol&#233;tariat de ses alli&#233;s naturels &#8212; les travailleurs blancs qui subissent la m&#234;me exploitation &#8212; en substituant la solidarit&#233; de peau &#224; la solidarit&#233; de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fred Hampton avait compris cela il y a plus d'un demi-si&#232;cle. Sa Rainbow Coalition unissait les Black Panthers, les Young Lords portoricains et les Young Patriots &#8212; des Blancs pauvres des Appalaches &#8212; sur une base de classe. Hampton disait : &#171; On va combattre le racisme par la solidarit&#233;. &#187; Pas par la s&#233;paration. Pas par l'identit&#233;. Par la solidarit&#233; de classe. Et c'est pour &#231;a que le FBI l'a assassin&#233; &#8212; parce qu'un mouvement qui unit les races sur une base de classe est la chose la plus dangereuse qui soit pour le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antiracisme de Bagayoko fait exactement l'inverse de ce que faisait Hampton. Il s&#233;pare ce que Hampton unissait. Il divise ce que Hampton rassemblait. Et il appelle &#231;a &#171; la lutte contre le racisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## VII. Les deux bras du sch&#233;ma Macron : Deranque et Bagayoko&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence Saint-Denis ne s'analyse pas isol&#233;ment. Elle commence deux mois plus t&#244;t, le 14 f&#233;vrier &#224; Lyon, avec la mort du militant n&#233;ofasciste Quentin Deranque lors d'affrontements en marge d'une conf&#233;rence de Rima Hassan. Sa mort est imm&#233;diatement instrumentalis&#233;e pour criminaliser LFI et construire le r&#233;cit de &#171; la violence des extr&#234;mes &#187;. L'Assembl&#233;e nationale observe une minute de silence &#8212; geste symbolique jamais accord&#233; aux victimes de crimes racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois plus tard, l'affaire Bagayoko. Apr&#232;s que la s&#233;quence Deranque a positionn&#233; LFI comme &#171; extr&#234;me violente &#187;, la s&#233;quence Bagayoko permet &#224; LFI de se reconstruire en p&#244;le antiraciste &#8212; et &#224; Bagayoko d'annoncer qu'il fera de la lutte antiraciste &#171; le c&#339;ur de la pr&#233;sidentielle 2027 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux s&#233;quences s'inscrivent dans le sch&#233;ma des trois forces th&#233;oris&#233; par Macron : le centre r&#233;publicain (lui), et les deux &#171; extr&#234;mes &#187;. LFI accepte ce cadre en jouant le r&#244;le de &#171; l'extr&#234;me gauche &#187; dans le th&#233;&#226;tre Macron. Le 4 avril le renforce : LFI = p&#244;le antiraciste, RN = p&#244;le raciste, Macron = arbitre r&#233;publicain. C'est exactement ce dont Macron a besoin pour 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Bagayoko, le Obama de Saint-Denis, joue sa partition dans cette pi&#232;ce. Comme Obama jouait la sienne dans le bipartisme am&#233;ricain. Comme Mandela jouait la sienne dans la transition sud-africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## VIII. La question noire en France &#8212; celle que Bagayoko refuse de poser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si Bagayoko posait vraiment la question du racisme structurel, s'il la posait s&#233;rieusement, en militant et non en candidat &#224; 2027, voici ce qu'il poserait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Y a-t-il une question noire en France ?**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la r&#233;ponse est oui. Mais elle ne se trouve pas dans les insultes de CNews. Elle se trouve dans les structures de l'&#201;tat que Bagayoko d&#233;fend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la R&#233;union, Mayotte &#8212; ces territoires sont encore aujourd'hui, maintenant, en 2026, sous domination coloniale fran&#231;aise. Pas au figur&#233;. Au sens propre : &#233;conomies de comptoir, d&#233;pendance totale &#224; la m&#233;tropole, vie ch&#232;re structurelle, services publics d&#233;grad&#233;s, ch&#244;mage massif. En Guadeloupe, les r&#233;voltes contre la gestion de l'eau &#8212; une ressource de base, l'eau &#8212; ont &#233;clat&#233; parce que l'&#201;tat fran&#231;ais est incapable d'assurer l'approvisionnement en eau potable d'un territoire qu'il administre depuis quatre si&#232;cles. En Martinique, le chlord&#233;cone &#8212; un pesticide interdit mais que l'&#201;tat a autoris&#233; pendant des ann&#233;es dans les bananeraies, empoisonnant les sols, les eaux et la population. 90 % de la population antillaise est contamin&#233;e. C'est un scandale sanitaire colonial &#8212; et la justice fran&#231;aise a prononc&#233; un non-lieu en 2023. &#192; la R&#233;union, les mobilisations contre la vie ch&#232;re se heurtent aux m&#234;mes structures n&#233;ocoloniales. &#192; Mayotte, la mis&#232;re est telle que l'&#201;tat envoie la police d&#233;truire les bidonvilles au lieu de construire des logements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le racisme structurel. Voil&#224; la question noire en France. Pas les insultes de Doridot sur CNews &#8212; la domination coloniale qui continue, ici m&#234;me, dans la R&#233;publique, sur des territoires administr&#233;s par l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 avril, Bagayoko avait l'occasion de poser cette question. De dire : la France maintient des colonies. De dire : la Guadeloupe, la Martinique, la R&#233;union ont droit &#224; l'autod&#233;termination. De dire : le chlord&#233;cone est un crime colonial. De lier son combat antiraciste &#224; Saint-Denis &#224; la r&#233;alit&#233; coloniale qui continue dans les DOM-TOM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l'a pas fait. Pas un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que LFI ne remet pas en cause l'int&#233;grit&#233; territoriale de la R&#233;publique. Parce que M&#233;lenchon se pr&#233;sente aux &#233;lections &#8212; y compris dans les circonscriptions ultramarines. Parce que la &#171; France insoumise &#187; n'est insoumise qu'&#224; l'int&#233;rieur du cadre de l'&#201;tat fran&#231;ais &#8212; elle ne remet jamais en cause l'existence de ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antiracisme de Bagayoko s'arr&#234;te l&#224; o&#249; commence la question coloniale r&#233;elle. C'est un antiracisme de m&#233;tropole, pour la m&#233;tropole, dans le cadre de la m&#233;tropole. La Fran&#231;afrique, les DOM-TOM, le franc CFA, le pillage de l'Afrique &#8212; tout cela est hors de son champ de vision. Parce que tout cela est hors du champ &#233;lectoral de LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un antiracisme qui refuse de poser la question coloniale n'est pas un antiracisme. C'est de la communication &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## IX. Une fonction historique connue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la technique est &#233;prouv&#233;e. L'int&#233;gration de figures issues des peuples domin&#233;s dans les institutions imp&#233;rialistes est aussi vieille que l'imp&#233;rialisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Blaise Diagne**, premier d&#233;put&#233; africain &#233;lu en 1914 : il n'a pas combattu le colonialisme depuis l'Assembl&#233;e. Il a organis&#233; le recrutement massif de tirailleurs s&#233;n&#233;galais &#8212; chair &#224; canon pour les int&#233;r&#234;ts du capital fran&#231;ais. Sa pr&#233;sence au Parlement a renforc&#233; l'empire. Elle lui a donn&#233; un visage noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Barack Obama**, premier pr&#233;sident noir des &#201;tats-Unis : poursuite des guerres imp&#233;rialistes, drones au Pakistan et au Y&#233;men, expulsions massives d'immigr&#233;s, maintien int&#233;gral de l'appareil s&#233;curitaire am&#233;ricain. La couleur de peau a chang&#233;. La politique n'a pas boug&#233; d'un millim&#232;tre. Obama d&#233;clarait dans son discours d'adieu en 2017 : &#171; Nous devons &#234;tre les gardiens de notre d&#233;mocratie. &#187; Sa d&#233;mocratie. Celle qui bombarde le Y&#233;men, qui expulse les sans-papiers, qui maintient Guant&#225;namo. La maison du ma&#238;tre, et Obama qui la d&#233;fend. Les &#201;tats-Unis sont l'exemple le plus avanc&#233; : une soci&#233;t&#233; parfaitement &#171; diverse &#187; dans ses &#233;lites peut maintenir intacte l'exploitation de masse des travailleurs racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Nelson Mandela** : sorti de prison quand la bourgeoisie sud-africaine et l'imp&#233;rialisme international ont compris que l'apartheid ne pouvait plus tenir et que la r&#233;volution mena&#231;ait. Mandela n'a pas &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; pour faire la r&#233;volution. Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; pour l'emp&#234;cher. Dans son discours d'investiture le 10 mai 1994, Mandela appelait &#224; &#171; agir ensemble en tant que peuple uni, pour la r&#233;conciliation nationale, pour la construction de la nation, pour la naissance d'un monde nouveau. &#187; R&#233;conciliation &#8212; avec qui ? Avec les m&#234;mes propri&#233;taires des mines, les m&#234;mes capitalistes qui avaient profit&#233; de l'apartheid pendant un si&#232;cle. R&#233;sultat : fin de l'apartheid juridique, maintien int&#233;gral de l'apartheid &#233;conomique. Les mines sont rest&#233;es aux m&#234;mes propri&#233;taires. Les townships n'ont pas boug&#233;. La &#171; nation arc-en-ciel &#187; &#8212; un arc-en-ciel qui couvrait une structure de classe intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko est le dernier maillon de cette cha&#238;ne. Plus modeste en taille, identique en fonction : canaliser la r&#233;volte, lui donner un visage qui rassure, l'enfermer dans les cadres existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## X. L'autre tradition &#8212; les Noirs dans le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a noir et noir. Comme il y a blanc et blanc. La question n'a jamais &#233;t&#233; la couleur de peau &#8212; elle a toujours &#233;t&#233; le camp de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que l'antiracisme de Bagayoko efface : l'existence d'une tradition r&#233;volutionnaire noire, ancr&#233;e non pas dans l'identit&#233; raciale mais dans le mouvement ouvrier international, dans l'Internationale Communiste, dans le marxisme. Des militants noirs qui n'ont pas cherch&#233; &#224; s'int&#233;grer &#224; la maison du ma&#238;tre mais &#224; la d&#233;truire. Et que l'&#201;tat a assassin&#233;s pour cette raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tradition ne commence pas avec eux. Elle commence avec Marx, qui &#233;crivait dans *Le Capital* en 1867 : &#171; Le travail sous peau blanche ne peut s'&#233;manciper l&#224; o&#249; le travail sous peau noire est stigmatis&#233;. &#187; Elle se poursuit avec L&#233;nine, dont les th&#232;ses sur la question coloniale au 2e Congr&#232;s de l'Internationale Communiste en 1920 posaient : &#171; Les communistes doivent soutenir directement le mouvement r&#233;volutionnaire parmi les nations opprim&#233;es &#8212; par exemple l'Irlande, les N&#232;gres d'Am&#233;rique, etc. &#187; Et avec Trotsky, qui discutait avec C.L.R. James en 1939 &#224; Coyoac&#225;n de la question de la lib&#233;ration noire aux &#201;tats-Unis, dans le cadre du Programme de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, L&#233;nine, Trotsky &#233;taient blancs. Mais ils posaient la question noire comme question de classe &#8212; pas comme question identitaire. Et c'est dans leur sillage que des militants noirs ont rejoint le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons-les parler. Leurs mots valent tous les programmes de LFI r&#233;unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Malcolm X** &#8212; on l'a dit &#8212; convergeait dans sa derni&#232;re ann&#233;e avec le Socialist Workers Party, parti trotskyste am&#233;ricain. Il intervenait au Militant Labor Forum, dont il disait : &#171; The Militant newspaper is one of the best in New York City. In fact, it is one of the best anywhere you go today. &#187; (Janvier 1965, un mois avant son assassinat.) Il d&#233;clarait : &#171; On ne peut pas avoir le capitalisme sans le racisme. &#187; Et : &#171; Il est impossible que le capitalisme survive. &#187; Quand un journaliste lui demandait ce qu'il pensait du socialisme, Malcolm r&#233;pondait : &#171; Est-ce que c'est bon pour les Noirs ? &#187; Le journaliste lui r&#233;pondait que &#231;a semblait l'&#234;tre. Malcolm concluait : &#171; Alors je suis pour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait en train de comprendre que la lib&#233;ration noire passait par la destruction du capitalisme, pas par l'int&#233;gration &#224; ses institutions. Le 21 f&#233;vrier 1965, il est assassin&#233;. Le FBI, via le programme COINTELPRO, avait infiltr&#233; son entourage. L'&#201;tat l'a tu&#233; au moment pr&#233;cis o&#249; il devenait dangereux &#8212; c'est-&#224;-dire au moment o&#249; il unissait la question noire et la question de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Fred Hampton** &#8212; dirigeant des Black Panthers de Chicago, marxiste-l&#233;niniste explicite. &#192; 20 ans, il construit la Rainbow Coalition : une alliance de classe entre les Black Panthers (Noirs), les Young Lords (Portoricains) et les Young Patriots (Blancs pauvres des Appalaches). Hampton ne laissait aucune ambigu&#239;t&#233; sur sa position politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous disons que la priorit&#233; de cette lutte, c'est la classe. Que Marx et L&#233;nine et Che Guevara, et tous ceux qui ont connu ou pratiqu&#233; la r&#233;volution, ont toujours dit qu'une r&#233;volution est une lutte de classe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne combat pas le racisme par le racisme &#8212; on le combat par la solidarit&#233;. On ne combat pas le capitalisme par le capitalisme noir &#8212; on le combat par le socialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne sommes pas une organisation raciste, parce que nous comprenons que le racisme est une excuse utilis&#233;e par le capitalisme, et nous savons que le racisme n'est rien d'autre qu'un sous-produit du capitalisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand je parle des masses, je parle des masses blanches, je parle des masses noires, et des masses brunes, et des masses jaunes aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ajoutait : &#171; Je crois que je mourrai en r&#233;volutionnaire dans la lutte r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne internationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait raison. Le 4 d&#233;cembre 1969, un infiltr&#233; du FBI, William O'Neal, drogue Hampton. La police de Chicago entre dans son appartement &#224; 4h45 du matin et tire 99 balles. Hampton est abattu dans son lit, &#224; c&#244;t&#233; de sa compagne enceinte de huit mois. Il avait 21 ans. L'&#201;tat n'a pas tu&#233; Hampton parce qu'il &#233;tait noir. Il l'a tu&#233; parce qu'il unissait les races sur une base de classe. Le FBI le consid&#233;rait comme &#171; la plus grande menace pour la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure du pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**C.L.R. James** &#8212; marxiste noir trinidadien, trotskyste, auteur des *Jacobins noirs* (1938) sur la r&#233;volution ha&#239;tienne de Toussaint Louverture &#8212; la seule r&#233;volution d'esclaves victorieuse de l'histoire, contre la France. En 1939, James discute directement avec Trotsky &#224; Coyoac&#225;n (Mexique) de la question de la lib&#233;ration noire aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James posait le probl&#232;me avec une clart&#233; que Bagayoko devrait m&#233;diter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question raciale est subordonn&#233;e &#224; la question de classe en politique, et penser l'imp&#233;rialisme en termes de race est d&#233;sastreux. Mais n&#233;gliger le facteur racial comme simplement accessoire est une erreur &#224; peine moins grave que d'en faire le facteur fondamental. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est dit dans cette phrase. La race n'est pas rien &#8212; mais elle est subordonn&#233;e &#224; la classe. Bagayoko fait exactement l'inverse : il fait de la race le facteur fondamental et de la classe un accessoire. James ajoutait : &#171; La lutte pour le socialisme est la lutte pour la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. &#187; Et il rappelait, en relisant la r&#233;volution ha&#239;tienne : &#171; Mon exp&#233;rience antillaise et mon &#233;tude du marxisme m'avaient fait voir ce qui avait &#233;chapp&#233; &#224; tous les auteurs pr&#233;c&#233;dents : que ce sont les esclaves qui avaient fait la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas les &#171; repr&#233;sentants &#187;. Pas les &#171; &#233;lus &#187;. Pas les &#171; maires &#187;. Les esclaves eux-m&#234;mes. La classe en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Claude McKay** &#8212; po&#232;te et militant jama&#239;cain, premier militant noir des Am&#233;riques &#224; prendre la parole &#224; un Congr&#232;s de l'Internationale Communiste. En novembre 1922, au 4e Congr&#232;s &#224; Moscou, McKay s'adresse aux d&#233;l&#233;gu&#233;s du monde entier. Il rencontre L&#233;nine. Et voici ce qu'il dit &#224; la tribune de l'Internationale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sens que ma race est honor&#233;e par cette invitation faite &#224; l'un de ses membres de parler &#224; ce Quatri&#232;me Congr&#232;s de la Troisi&#232;me Internationale. Ma race est honor&#233;e en cette occasion, non pas parce qu'elle est diff&#233;rente de la race blanche et de la race jaune, mais parce qu'elle est sp&#233;cialement une race de travailleurs, de b&#251;cherons et de porteurs d'eau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une race de travailleurs. Pas une race de &#171; racis&#233;s &#187;. Pas une identit&#233;. Une classe. McKay posait devant L&#233;nine ce que Bagayoko refuse de poser devant M&#233;lenchon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et McKay ajoutait, sur les communistes am&#233;ricains eux-m&#234;mes : &#171; Ils doivent d'abord s'&#233;manciper des id&#233;es qu'ils entretiennent envers les N&#232;gres avant de pouvoir atteindre les N&#232;gres avec quelque propagande radicale que ce soit. &#187; La question du racisme dans le mouvement ouvrier n'est pas ni&#233;e &#8212; elle est pos&#233;e comme condition de la lutte commune, pas comme substitut &#224; cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;McKay a pris ses distances avec le mouvement communiste dans les ann&#233;es 1930, critiquant &#224; juste titre la mainmise stalinienne sur les partis communistes. Son parcours ult&#233;rieur a ses limites. Mais en 1922, &#224; la tribune de l'Internationale, il posait la question noire sur le terrain de classe et de l'internationalisme prol&#233;tarien &#8212; ce que Bagayoko, un si&#232;cle plus tard, refuse de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Harry Haywood** &#8212; communiste noir am&#233;ricain, form&#233; &#224; l'Universit&#233; communiste des travailleurs d'Orient (KUTV) &#224; Moscou. Au 6e Congr&#232;s de l'Internationale Communiste en 1928, c'est Haywood qui fait adopter la r&#233;solution sur le droit &#224; l'autod&#233;termination des Noirs aux &#201;tats-Unis &#8212; dans le cadre des th&#232;ses de L&#233;nine sur la question nationale. Haywood ne demandait pas un &#171; antiracisme &#187;. Il posait la question nationale noire comme question de classe, dans le cadre de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haywood est ensuite devenu un apparatchik stalinien, d&#233;fenseur de la ligne de Moscou &#224; chaque tournant &#8212; y compris les plus criminels. Sa trajectoire ult&#233;rieure illustre pr&#233;cis&#233;ment la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique du mouvement communiste que Trotsky analysait au m&#234;me moment. Mais en 1928, &#224; la tribune du Komintern, il portait une r&#233;solution qui articulait la question noire &#224; la question de classe dans un cadre internationaliste &#8212; ce qui reste infiniment plus avanc&#233; que tout ce que LFI a jamais produit sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Voil&#224; la tradition que Bagayoko efface.** Tout au long du XXe si&#232;cle, des militants noirs ont rejoint le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire &#8212; pas pour s'int&#233;grer &#224; l'&#201;tat bourgeois, mais pour le d&#233;truire. Ils n'ont pas demand&#233; la &#171; repr&#233;sentation &#187;. Ils ont pos&#233; que la lib&#233;ration noire &#233;tait impossible sans la destruction du capitalisme, et que la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#233;tait impossible sans la lib&#233;ration noire. Les deux ensemble, ou rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malcolm X l'avait compris. Fred Hampton l'avait compris. C.L.R. James, Claude McKay, Harry Haywood l'avaient compris avant eux &#8212; dans le cadre th&#233;orique de Marx, de L&#233;nine et de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko, lui, organise un rassemblement devant la mairie avec M&#233;lenchon et Tondelier pour &#171; d&#233;fendre les valeurs r&#233;publicaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre ces deux traditions n'est pas une diff&#233;rence de degr&#233;. C'est une diff&#233;rence de nature. L'une conduit &#224; la r&#233;volution. L'autre conduit &#224; 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## XI. LFI : hors du mouvement ouvrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire sans d&#233;tour : LFI n'est pas un courant ouvrier d&#233;vi&#233; qu'il faudrait &#171; pousser &#224; gauche &#187;. C'est un parti qui n'a jamais appartenu au mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me Kautsky, m&#234;me l'aile droite de la 2e Internationale, avait un ancrage organique dans le mouvement ouvrier, une th&#233;orie de classe, une base syndicale r&#233;elle. LFI n'a rien de tout &#231;a. C'est un vote identitaire de gauche &#8212; il capte une appartenance sans programme de classe, sans base syndicale, sans enracinement au point de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La filiation juste : Millerand (1899), premier &#171; socialiste &#187; &#224; entrer dans un gouvernement bourgeois avec Gallifet, massacreur de la Commune. Blum (1936), gestion de crise du capital, accords Matignon pour &#233;teindre la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, non-intervention criminelle en Espagne r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI, c'est ce m&#233;lange : phras&#233;ologie radicale h&#233;rit&#233;e du r&#233;publicanisme de gauche, pratique d'union sacr&#233;e implicite &#8212; notamment sur l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Le porte-avions Charles de Gaulle dans le d&#233;troit d'Ormuz, le budget Lecornu de r&#233;armement, la &#171; France puissance &#187; : silence ou ambigu&#239;t&#233; coupable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI n'est pas une opposition trop timide au capitalisme. C'est un obstacle &#224; la construction d'une opposition r&#233;elle. Pourquoi ? Parce que LFI absorbe exactement l'&#233;nergie sociale dont la classe ouvri&#232;re a besoin pour construire son ind&#233;pendance politique. Les travailleurs des quartiers populaires qui se r&#233;voltent contre le racisme, la pr&#233;carit&#233;, la police &#8212; cette &#233;nergie, LFI la capte et la convertit en vote pr&#233;sidentiel. Elle ne laisse rien derri&#232;re elle : pas d'organisation ouvri&#232;re, pas de comit&#233;s de travailleurs, pas d'ancrage syndical. Elle consomme le potentiel militant sans rien construire de durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## XII. La complicit&#233; de l'extr&#234;me gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente a obtenu 2 si&#232;ges sur 59 au conseil municipal de Saint-Denis &#8212; elle est en opposition, pas dans la majorit&#233;. Pendant la campagne, RP avait critiqu&#233; les insuffisances programmatiques de Bagayoko. On ne peut pas pr&#233;juger de ses votes au conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est ailleurs : c'est la subordination politique au cadre LFI sur le terrain national. RP d&#233;nonce LFI dans sa presse &#8212; &#171; gauche bourgeoise &#187;. Mais le 4 avril, ses &#233;lus marchent aux c&#244;t&#233;s de M&#233;lenchon et Tondelier, appellent &#224; une &#171; riposte ouvri&#232;re et populaire &#187; sous la banni&#232;re de Bagayoko, dans un rassemblement dont le cadre est enti&#232;rement celui de LFI. La d&#233;nonciation est rh&#233;torique ; la pratique est la subordination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement la position que Trotsky analysait pour le PCF en 1936 vis-&#224;-vis du Front Populaire. Le PCF n'&#233;tait pas au gouvernement Blum &#8212; et pourtant sa politique d'autolimitation a d&#233;sarm&#233; la classe ouvri&#232;re. La forme diff&#232;re ; la logique est la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LO fait mieux sur un point : son article du 1er avril dit que l'&#233;lection de Bagayoko &#171; ne changera pas grand-chose &#224; ce que vivent les habitants des cit&#233;s. &#187; C'est la d&#233;marcation correcte vis-&#224;-vis de l'illusion &#233;lectorale. Mais LO non plus ne d&#233;veloppe pas de programme transitoire. Sa d&#233;marcation est verbale, pas programmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pattern est structurel : &#224; chaque &#171; urgence &#187; &#8212; mort de Deranque, affaire Bagayoko, budget Lecornu &#8212; l'extr&#234;me gauche suspend sa critique et vient au secours de LFI. Il y a toujours une urgence. L'ind&#233;pendance programmatique est toujours remise &#224; plus tard. Le parti r&#233;volutionnaire ne se construit jamais. C'est le centrisme classique selon Trotsky : radical dans les textes, conciliant dans la pratique, incapable de rompre au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## XIII. La riposte prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le racisme d'&#201;tat : pas &#171; d&#233;fendre les valeurs r&#233;publicaines &#187;. Pas &#171; fermer CNews via l'Arcom &#187;. L'Arcom est un instrument de l'&#201;tat bourgeois &#8212; une fermeture administrative de CNews pourrait demain frapper un m&#233;dia ouvrier. La r&#233;ponse est l'expropriation sans indemnit&#233; des groupes m&#233;diatiques concentr&#233;s &#8212; Bollor&#233;, Bouygues, Lagard&#232;re &#8212;, leur mise sous contr&#244;le des travailleurs de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la police de classe : pas retirer les LBD &#224; la police municipale &#8212; c'est le programme de dissolution des forces de r&#233;pression sp&#233;cialis&#233;es, d'armement du peuple travailleur organis&#233;. Ce programme n'a rien &#224; voir avec la gestion municipale de LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le sch&#233;ma des 3 forces : l'ind&#233;pendance de classe totale, hors de tous les partis bourgeois &#8212; y compris LFI. Refuser que le 4 avril soit le premier acte de la campagne pr&#233;sidentielle 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la substitution : articuler syst&#233;matiquement racisme et exploitation. Montrer que le sujet de la transformation sociale est la classe ouvri&#232;re dans sa diversit&#233; r&#233;elle &#8212; pas des identit&#233;s fragment&#233;es sans rapport de production commun. Les travailleurs de Saint-Denis &#8212; employ&#233;s des grandes surfaces, personnel hospitalier, ouvriers des chantiers et des entrep&#244;ts logistiques, travailleurs de la zone a&#233;roportuaire &#8212; ont besoin de comit&#233;s de travailleurs, pas de rassemblements r&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;## Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malcolm X avait un mot pour d&#233;crire ceux qui luttent contre le racisme des mots tout en d&#233;fendant le syst&#232;me qui le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko combat le racisme des regards, des insultes, des chroniqueurs de CNews. C'est un combat r&#233;el. Mais il ne touche pas &#224; la machine. Il ne touche pas &#224; l'&#201;tat. Il ne touche pas &#224; l'imp&#233;rialisme. Il ne touche pas aux structures. Il si&#232;ge dans la maison du ma&#238;tre, et quand la maison est attaqu&#233;e, il la d&#233;fend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat immigr&#233; n'a rien &#224; attendre de lui. Pas plus que le prol&#233;tariat noir am&#233;ricain n'avait quoi que ce soit &#224; attendre d'Obama. Pas plus que la classe ouvri&#232;re noire sud-africaine n'avait quoi que ce soit &#224; attendre de Mandela. Pas plus que les tirailleurs s&#233;n&#233;galais n'avaient quoi que ce soit &#224; attendre de Blaise Diagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat a tout &#224; attendre de ceux qui, noirs comme blancs, ont combattu pour d&#233;truire le syst&#232;me qui produit le racisme. Malcolm X, assassin&#233; au moment o&#249; il convergeait avec les marxistes. Fred Hampton, assassin&#233; &#224; 21 ans parce qu'il unissait les races sur une base de classe. C.L.R. James, qui a reli&#233; la r&#233;volution ha&#239;tienne &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale. Claude McKay, qui a port&#233; la question noire &#224; la tribune de l'Internationale Communiste devant L&#233;nine. Harry Haywood, qui a fait adopter le droit &#224; l'autod&#233;termination des Noirs dans le cadre du Komintern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes &#233;taient noirs. Bagayoko aussi est noir. La diff&#233;rence entre eux n'est pas la couleur de peau &#8212; c'est le camp de classe. Et c'est cette v&#233;rit&#233;-l&#224; que l'antiracisme de Bagayoko est construit pour masquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque Doridot, chaque Onfray, chaque &#233;ditorialiste de CNews qui animalise un homme noir ne fait qu'exprimer cr&#251;ment ce que l'&#201;tat fran&#231;ais pratique quotidiennement sous des formes polic&#233;es : discrimination &#224; l'embauche, contr&#244;les au faci&#232;s, s&#233;gr&#233;gation spatiale, surexploitation des travailleurs immigr&#233;s, pillage de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bagayoko combat le racisme des mots. Nous combattons le racisme des structures. Et les structures, c'est l'&#201;tat dans lequel il si&#232;ge, la R&#233;publique qu'il invoque, la maison dont il a les cl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dirait Malcolm : quand la maison du ma&#238;tre br&#251;le, le n&#232;gre de maison pleure. Le n&#232;gre des champs, lui, se demande pourquoi il a fallu si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Contre le racisme &#8212; oui. Pour la lutte de classe &#8212; toujours. Les deux ensemble, ou rien.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Des deux c&#244;t&#233;s &#8212; du c&#244;t&#233; des ma&#238;tres comme du c&#244;t&#233; des r&#233;volutionnaires &#8212; il y a des Blancs et des Noirs. La ligne de fracture n'est pas la race. C'est la classe.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Gilets Jaunes Poitiers &#8212; matierevolution.fr / matierevolution.org*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Sources et lectures compl&#233;mentaires :**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [La question noire et la lutte de classe](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [Colonialisme et imp&#233;rialisme fran&#231;ais](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2513&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [La Fran&#231;afrique, histoire d'un pillage organis&#233;](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article121&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article121&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [L'antiracisme, pi&#232;ge ou combat ?](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7056&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7056&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [La question coloniale et le mouvement ouvrier](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [Imp&#233;rialisme et oppression nationale](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1717&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1717&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [La fonction de la social-d&#233;mocratie](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [Luttes sociales et prol&#233;tariat immigr&#233;](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7864&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7864&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [Mitterrand et la Fran&#231;afrique](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [Le Rwanda et la responsabilit&#233; fran&#231;aise](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2258&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2258&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [L'&#201;tat fran&#231;ais et ses guerres](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8684&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8684&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [Imp&#233;rialisme fran&#231;ais contemporain](&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8658&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8658&lt;/a&gt;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fran&#231;ois-Xavier Verschave, *La Fran&#231;afrique, le plus long scandale de la R&#233;publique*, Stock, 1998
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fran&#231;ois-Xavier Verschave, *Complicit&#233; de g&#233;nocide ? La politique de la France au Rwanda*, La D&#233;couverte, 1994
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C.L.R. James, *Les Jacobins noirs*, 1938
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; George Breitman (&#233;d.), *Malcolm X Speaks*, Merit Publishers, 1965
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M&#233;lenchon sur Mitterrand : [vid&#233;o 1](&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=0o2pGBZdMMg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=0o2pGBZdMMg&lt;/a&gt;) &#8212; [vid&#233;o 2](&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=KpqO9Af0Z1Q&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=KpqO9Af0Z1Q&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le plus grand massacre raciste et esclavagiste...</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8698</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8698</guid>
		<dc:date>2026-04-12T22:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karim, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mauritanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le plus grand massacre raciste et esclavagiste des ann&#233;es 1970 &#224; 2000 : celui des Noirs de Mauritanie en 1989 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.hrw.org/legacy/french/reports/mauritania/mauritania.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=g2pY8ackqlQ &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=dDISSDQAPjo &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=7lc5YO-R1VM &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=VrhN_TJ2TDA &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=NmNpzmtHs8k &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=E4zB3d_xCbc &lt;br class='autobr' /&gt;
ht&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot223" rel="tag"&gt;Mauritanie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le plus grand massacre raciste et esclavagiste des ann&#233;es 1970 &#224; 2000 : celui des Noirs de Mauritanie en 1989&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/legacy/french/reports/mauritania/mauritania.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.hrw.org/legacy/french/reports/mauritania/mauritania.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=g2pY8ackqlQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=g2pY8ackqlQ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=dDISSDQAPjo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=dDISSDQAPjo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=7lc5YO-R1VM&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=7lc5YO-R1VM&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VrhN_TJ2TDA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VrhN_TJ2TDA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=NmNpzmtHs8k&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=NmNpzmtHs8k&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=E4zB3d_xCbc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=E4zB3d_xCbc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://menarights.org/en/documents/mauritanie-30-ans-apres-le-massacre-dinal-retour-sur-les-annees-de-braise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://menarights.org/en/documents/mauritanie-30-ans-apres-le-massacre-dinal-retour-sur-les-annees-de-braise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3524&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/mali/conflit-ethnique-de-1989-14000refugies-mauritaniens-vivent-encore-au-senegal_3824415.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/mali/conflit-ethnique-de-1989-14000refugies-mauritaniens-vivent-encore-au-senegal_3824415.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_s%C3%A9n%C3%A9galo-mauritanien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_s%C3%A9n%C3%A9galo-mauritanien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gisti.org/spip.php?article3541&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gisti.org/spip.php?article3541&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7841&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7841&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/legacy/french/reports/mauritania/mauritania.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.hrw.org/legacy/french/reports/mauritania/mauritania.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_s%C3%A9n%C3%A9galo-mauritanien&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_s%C3%A9n%C3%A9galo-mauritanien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/mali/conflit-ethnique-de-1989-14000refugies-mauritaniens-vivent-encore-au-senegal_3824415.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/mali/conflit-ethnique-de-1989-14000refugies-mauritaniens-vivent-encore-au-senegal_3824415.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_4/sci_hum/35104.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_4/sci_hum/35104.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5639&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5639&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Yn1RwcISmaE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Yn1RwcISmaE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=oQPxBDPwWe8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=oQPxBDPwWe8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=c34b2udiVbA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=c34b2udiVbA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cWhldSJ4JwY&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=cWhldSJ4JwY&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=93QZCrYRe-I&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=93QZCrYRe-I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bally Bagayoko, plus fort que la lutte des classes ?</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8703</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8703</guid>
		<dc:date>2026-04-11T22:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;EXPULSIONS &#192; SAINT-DENIS : LA LUTTE SPECTACULAIRE SANS LUTTE DE CLASSE &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er avril 2026, au lendemain de la fin de la tr&#234;ve hivernale, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, signe un arr&#234;t&#233; interdisant toute expulsion locative sans solution de relogement pr&#233;alable &#8212; applicable jusqu'au 31 octobre, date de la prochaine tr&#234;ve. Moins de 48 heures plus tard, le pr&#233;fet de Seine-Saint-Denis saisit le tribunal administratif de Montreuil pour en obtenir la suspension, estimant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019426.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019426.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EXPULSIONS &#192; SAINT-DENIS : LA LUTTE SPECTACULAIRE SANS LUTTE DE CLASSE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 1er avril 2026, au lendemain de la fin de la tr&#234;ve hivernale, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, signe un arr&#234;t&#233; interdisant toute expulsion locative sans solution de relogement pr&#233;alable &#8212; applicable jusqu'au 31 octobre, date de la prochaine tr&#234;ve. Moins de 48 heures plus tard, le pr&#233;fet de Seine-Saint-Denis saisit le tribunal administratif de Montreuil pour en obtenir la suspension, estimant le texte &#171; non conforme &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence est boucl&#233;e avant d'avoir commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle illustre une forme politique pr&#233;cise : ce que Guy Debord appelait la spectacularisation des rapports sociaux. La France Insoumise, avec le soutien d'organisations comme R&#233;volution Permanente, met en sc&#232;ne une opposition aux expulsions qui reste enti&#232;rement inscrite dans le cadre qu'elle pr&#233;tend contester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle produit une image de lutte &#8212; sans produire la lutte elle-m&#234;me. Autrement dit : une lutte spectaculaire sans lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I. LE LOGEMENT COMME RAPPORT SOCIAL, NON COMME PROBL&#200;ME MORAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut partir du mat&#233;rialisme historique : la question du logement n'est pas une anomalie du syst&#232;me. Elle en est le produit n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le logement est une marchandise. Son acc&#232;s est d&#233;termin&#233; par la capacit&#233; &#224; payer, donc par la position dans les rapports de production. L'expulsion n'est pas un dysfonctionnement : c'est l'expression juridique du droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, garanti par l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels l'a &#233;tabli d&#232;s 1872 dans *La Question du logement* : tant que subsiste le mode de production capitaliste, la p&#233;nurie de logements pour les classes populaires est structurelle. Elle ne peut &#234;tre r&#233;solue par des r&#233;formes partielles ou des am&#233;nagements municipaux, mais uniquement par la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production &#8212; et donc du sol et du logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres parlent d'eux-m&#234;mes : en 2025, plus de 30 500 m&#233;nages ont &#233;t&#233; expuls&#233;s avec le concours de la force publique, en hausse significative par rapport aux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. La Seine-Saint-Denis figure parmi les d&#233;partements les plus touch&#233;s. Ce n'est pas une crise conjoncturelle. C'est la structure capitaliste &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat n'est pas ext&#233;rieur &#224; ce processus. Il en est l'op&#233;rateur :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il garantit la propri&#233;t&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il organise juridiquement l'expulsion
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il mobilise la force publique pour l'ex&#233;cuter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat bourgeois ne corrige pas ce rapport social : il le rend effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; II. L'ARR&#202;T&#201; MUNICIPAL : UN GESTE SANS BASE MAT&#201;RIELLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un maire ne dispose d'aucun pouvoir r&#233;el sur l'ex&#233;cution des d&#233;cisions de justice en mati&#232;re d'expulsion. Ce pouvoir appartient &#224; l'appareil d'&#201;tat central : pr&#233;fecture, police, justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire Bagayoko le confirme en temps r&#233;el. L'arr&#234;t&#233; est sign&#233; le 1er avril. Le pr&#233;fet saisit la justice le 3 avril. Moins de 48 heures. Ce n'est pas une surprise : des arr&#234;t&#233;s similaires avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pris &#8212; et annul&#233;s &#8212; &#224; Bagneux et Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine. La maire communiste de Bagneux l'a sign&#233; &#224; nouveau &#224; son arriv&#233;e, sachant parfaitement qu'il serait contest&#233;. Le rituel est connu de tous ses participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors : **&#224; quoi sert un acte politique sans base mat&#233;rielle ?**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sert pas &#224; transformer les rapports de force. Il sert &#224; occuper une position dans le champ politique, &#224; incarner une opposition symbolique, &#224; capter une partie de la col&#232;re sociale pour la r&#233;orienter vers un terrain institutionnel ma&#238;tris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire lui-m&#234;me l'a formul&#233; sans le vouloir : il avait promis dans son programme de campagne d'agir &#171; *avec la pr&#233;fecture* pour emp&#234;cher les expulsions &#187;. Agir *avec* l'appareil qui organise les expulsions pour emp&#234;cher les expulsions &#8212; telle est la contradiction fondatrice de toute la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une politique de **substitution** : on remplace l'organisation des masses par une posture d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. LE MILLERANDISME CONTEMPORAIN : ADMINISTRER L'ORDRE EXISTANT AU NOM DES EXPLOIT&#201;S&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique s'inscrit dans une tradition historique pr&#233;cise : celle du millerandisme, que le socialisme r&#233;volutionnaire a combattu d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre Millerand, socialiste fran&#231;ais, entre en 1899 dans un gouvernement bourgeois aux c&#244;t&#233;s du g&#233;n&#233;ral Galliffet, responsable de la r&#233;pression sanglante de la Commune de Paris. Il pr&#233;tend alors &#171; transformer l'&#201;tat de l'int&#233;rieur &#187;, &#171; d&#233;fendre les travailleurs depuis les institutions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir L&#233;nine, Rosa Luxemburg et l'ensemble du mouvement socialiste r&#233;volutionnaire ont d&#233;nonc&#233; cette d&#233;marche comme une **trahison de classe** : participer &#224; la gestion de l'&#201;tat bourgeois, c'est se soumettre &#224; sa logique, c'est administrer l'exploitation au lieu de la combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique actuelle de LFI reproduit ce sch&#233;ma :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Participation aux institutions bourgeoises** sans perspective de rupture avec l'ordre existant
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Gestion locale de l'&#201;tat** pr&#233;sent&#233;e comme levier de transformation sociale
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Subordination de l'organisation de classe &#224; la strat&#233;gie &#233;lectorale**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Illusion qu'on peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois contre la bourgeoisie**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule de Cl&#233;mence Guett&#233;, d&#233;put&#233;e LFI, le r&#233;sume parfaitement : &#171; *Dans les villes insoumises, on ne met pas des familles &#224; la rue.* &#187; Entendre : la protection des travailleurs d&#233;pend de la couleur politique de l'&#233;dile, non de leur organisation autonome. La lutte de classe est remplac&#233;e par la bonne volont&#233; de l'&#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'ont montr&#233; L&#233;nine et Luxemburg, l'&#201;tat n'est pas un outil neutre qu'on peut retourner. Il est l'organe de domination d'une classe sur une autre. L'&#201;tat n'est pas transform&#233;. C'est la politique qui est absorb&#233;e par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; IV. CE QUE DEVRAIT &#202;TRE UN PROGRAMME R&#201;VOLUTIONNAIRE SUR LE LOGEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette impasse, le Programme d'action du Front Unique du Peuple Travailleur (FUPT) propose une s&#233;rie de revendications transitoires ancr&#233;es dans les rapports de force r&#233;els &#8212; non dans les comp&#233;tences formelles des institutions bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces revendications ne partent pas des limites du cadre l&#233;gal existant. Elles partent des besoins des travailleurs et construisent le rapport de force n&#233;cessaire pour les imposer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Revendications imm&#233;diates :**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moratoire imm&#233;diat sur toutes les expulsions locatives pour les m&#233;nages prol&#233;taires, non par arr&#234;t&#233; municipal r&#233;vocable, mais par mobilisation organis&#233;e
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gel des loyers pour les r&#233;sidences principales, applicable imm&#233;diatement
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Annulation des dettes locatives accumul&#233;es pendant les crises (ch&#244;mage, maladie, COVID, inflation)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;quisition d'office de tous les logements vacants appartenant &#224; des propri&#233;taires institutionnels (fonci&#232;res, banques, compagnies d'assurances)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Revendications transitoires :**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Socialisation du parc immobilier des grands propri&#233;taires sous contr&#244;le des comit&#233;s de locataires
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cr&#233;ation de comit&#233;s de d&#233;fense des locataires dans chaque immeuble et chaque quartier, dot&#233;s d'un pouvoir d'intervention r&#233;el
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Production de logements sociaux de qualit&#233; sous contr&#244;le ouvrier, financ&#233;e par l'imposition du capital
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Droit au logement garanti &#8212; non par une d&#233;claration de principes, mais par un appareil d'&#201;tat ouvrier issu de l'organisation de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence avec l'arr&#234;t&#233; Bagayoko est fondamentale : ces revendications visent &#224; **organiser les masses** et &#224; **construire un rapport de force**, non &#224; substituer une posture institutionnelle &#224; l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#233;thode du programme transitoire tel que Trotsky l'a d&#233;fini en 1938 : partir des besoins imm&#233;diats des travailleurs pour les relier, par une cha&#238;ne de revendications interm&#233;diaires, &#224; la perspective de renversement de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; V. L'ABSENCE D'AUTO-ORGANISATION PROL&#201;TARIENNE : LE POINT D&#201;CISIF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif &#233;tait r&#233;ellement d'emp&#234;cher les expulsions, la m&#233;thode serait radicalement diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle supposerait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **L'organisation autonome des locataires** dans les immeubles et les quartiers
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **La constitution de comit&#233;s de d&#233;fense populaires** capables d'intervenir physiquement lors des expulsions
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **La coordination &#224; l'&#233;chelle de la ville et au-del&#224;** pour mutualiser les forces
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **L'auto-d&#233;fense collective** face &#224; l'appareil r&#233;pressif de l'&#201;tat
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **La politisation des luttes** autour de la question de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de cela n'appara&#238;t. Significativement, l'association Droit au Logement Plaine Commune, qui avait organis&#233; un rassemblement devant la mairie avant les &#233;lections, se d&#233;clare satisfaite de l'arr&#234;t&#233; et annonce qu'elle &#171; restera mobilis&#233;e pour que d'autres mesures suivent &#187;. La mobilisation de masse se transforme en attente de mesures institutionnelles. L'organisation autonome se dissout dans le soutien &#224; l'&#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un oubli. **C'est une ligne politique.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car organiser r&#233;ellement les habitants signifie produire une force autonome, sortir du cadre institutionnel, accepter un affrontement concret avec l'&#201;tat. Or le r&#233;formisme repose sur l'inverse : **substituer l'action de l'&#201;tat &#224; l'action des masses**.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une population organis&#233;e cesse d'&#234;tre une base &#233;lectorale. Elle devient une force politique ind&#233;pendante. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est &#233;vit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la diff&#233;rence fondamentale entre une politique r&#233;volutionnaire et une politique r&#233;formiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Le r&#233;formisme substitue l'action de l'&#201;tat &#224; l'action des masses**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Le socialisme scientifique construit l'auto-organisation prol&#233;tarienne comme condition de toute transformation r&#233;elle**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a &#233;tabli Karl Marx, l'&#233;mancipation des travailleurs ne peut &#234;tre que l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes. Aucune d&#233;l&#233;gation institutionnelle ne peut remplacer ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; VI. LA FONCTION DU SPECTACLE : MONTRER SANS TRANSFORMER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence fonctionne selon une logique que Guy Debord a analys&#233;e dans *La Soci&#233;t&#233; du Spectacle* :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Une mesure symbolique est annonc&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Un conflit institutionnel est mis en sc&#232;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Les soutiens politiques se mobilisent&lt;br class='autobr' /&gt;
4. La m&#233;diatisation produit un effet de lutte&lt;br class='autobr' /&gt;
5. La situation mat&#233;rielle reste inchang&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Saint-Denis, la confirmation est imm&#233;diate et compl&#232;te. L'arr&#234;t&#233; est sign&#233; le 1er avril. Le pr&#233;fet le conteste le 3 avril. Les communiqu&#233;s s'accumulent. Cl&#233;mence Guett&#233; salue &#171; un maire exemplaire &#187;. La Ligue des Libert&#233;s exige l'annulation. Les tribunes se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les expulsions reprennent leur cours l&#233;gal &#8212; comme dans toutes les villes o&#249; ce type d'arr&#234;t&#233; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tent&#233; et annul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;canisme correspond exactement &#224; ce que Debord d&#233;crivait : **le spectacle n'est pas un mensonge, c'est une r&#233;alit&#233; invers&#233;e**. La lutte appara&#238;t &#8212; sans exister mat&#233;riellement. Le conflit est r&#233;el dans sa dimension m&#233;diatique et institutionnelle. Mais il reste sans prise sur les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; VII. LA CANALISATION DE LA COL&#200;RE SOCIALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'initiative remplit une fonction pr&#233;cise dans la reproduction de l'ordre existant : **canaliser la col&#232;re sociale vers des formes inoffensives**.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme est le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Une col&#232;re r&#233;elle existe &#8212; 30 500 expulsions en 2025, des familles &#224; la rue, des enfants d&#233;scolaris&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Elle est capt&#233;e par une initiative institutionnelle (l'arr&#234;t&#233; municipal)&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Elle est redirig&#233;e vers un conflit entre institutions (mairie contre pr&#233;fecture, maire contre tribunal administratif)&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Elle se d&#233;charge dans le spectacle politique (communiqu&#233;s, p&#233;titions, d&#233;clarations d'&#233;lus)&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Elle ne d&#233;bouche sur aucune organisation autonome ni rapport de force r&#233;el&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**R&#233;sultat** : la tension sociale est neutralis&#233;e sans que les rapports de production ne soient menac&#233;s. Elle est transform&#233;e en soutien politique, en indignation m&#233;diatique, en conflit encadr&#233;. Elle ne devient jamais une force autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement le r&#244;le historique de la social-d&#233;mocratie et de ses h&#233;ritiers : **emp&#234;cher que la lutte de classe ne devienne r&#233;volutionnaire**.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; VIII. LE R&#212;LE DES SOUTIENS &#171; RADICAUX &#187; COMME CAUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien apport&#233; par des organisations comme R&#233;volution Permanente, qui se r&#233;clament du trotskisme et de la critique radicale du capitalisme, aggrave encore la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En validant ce type de d&#233;marche sans en critiquer les limites de classe, ces organisations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **L&#233;gitiment une politique r&#233;formiste** en lui donnant une apparence radicale
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Brouillent la distinction entre r&#233;forme et r&#233;volution**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **D&#233;sarment th&#233;oriquement les militants** en rendant indistincte la fronti&#232;re entre gestion institutionnelle et organisation de classe
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Participent &#224; la subordination du mouvement ouvrier aux strat&#233;gies &#233;lectorales**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un **d&#233;calage structurel** :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Dans le discours** : critique de l'&#201;tat, de la propri&#233;t&#233;, du capitalisme
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **Dans la pratique** : soutien &#224; une initiative qui reste enti&#232;rement inscrite dans le cadre institutionnel bourgeois, et que l'&#201;tat conteste au tribunal en moins de 48 heures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;calage n'est pas accidentel. Il traduit l'absence d'une ligne politique de classe claire, fond&#233;e sur le socialisme scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Il faut pourtant distinguer deux positions possibles :**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation r&#233;volutionnaire peut soutenir la mobilisation des habitants *contre les expulsions* &#8212; c'est la tactique du front unique : s'unir sur un objectif concret sans abandonner son ind&#233;pendance politique. Mais soutenir la mobilisation ne signifie pas valider l'arr&#234;t&#233; comme m&#233;thode. Au contraire, cela impose de dire clairement que l'arr&#234;t&#233; ne remplace pas l'organisation de masse, qu'il sera annul&#233;, et que la seule protection r&#233;elle passe par les comit&#233;s de locataires et le rapport de force collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RP ne fait pas cette distinction. Elle valide l'arr&#234;t&#233; comme un acquis, la mairie LFI comme un levier, Bagayoko comme un alli&#233;. Le radicalisme de fa&#231;ade devient caution du r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; IX. LE RAPPORT DE FORCE COMME CAT&#201;GORIE CENTRALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique enseigne une v&#233;rit&#233; simple : **aucune transformation sociale n'est possible sans rapport de force r&#233;el**.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport de force ne se d&#233;cr&#232;te pas. Il ne se construit pas par des communiqu&#233;s ou des arr&#234;t&#233;s. Il se construit par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **L'organisation collective**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **La coordination des luttes**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **La capacit&#233; d'action directe**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **La conscience de classe**
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; **L'autonomie politique vis-&#224;-vis des institutions bourgeoises**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or tout cela suppose une politique qui ne cherche pas &#224; g&#233;rer l'&#201;tat bourgeois, mais &#224; le **d&#233;truire** et &#224; lui substituer le pouvoir organis&#233; de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la le&#231;on de toutes les r&#233;volutions : **le pouvoir ne se partage pas, il se prend**.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; X. UNE S&#201;QUENCE D&#201;J&#192; BOUCL&#201;E&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence s'est d&#233;roul&#233;e conform&#233;ment &#224; sa logique interne &#8212; et en moins de 72 heures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'arr&#234;t&#233; est sign&#233; le 1er avril&lt;br class='autobr' /&gt;
2. L'&#201;tat le conteste le 3 avril&lt;br class='autobr' /&gt;
3. La pol&#233;mique est aliment&#233;e &#8212; Guett&#233;, Bilongo, la Ligue des Libert&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Les soutiens se mobilisent symboliquement&lt;br class='autobr' /&gt;
5. La situation revient &#224; son point de d&#233;part&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Pendant ce temps** :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les expulsions continuent leur cours l&#233;gal
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les habitants de Saint-Denis restent isol&#233;s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le droit de propri&#233;t&#233; reste intact
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'appareil d'&#201;tat reste inchang&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le prol&#233;tariat reste d&#233;sorganis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;el ne bouge pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois. Bagneux, Gennevilliers : m&#234;me arr&#234;t&#233;, m&#234;me annulation, m&#234;me s&#233;quence spectaculaire. Ce rituel politique p&#233;riodique remplit une fonction pr&#233;cise : donner l'apparence d'une r&#233;sistance sans produire la r&#233;sistance elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; XI. CONCLUSION : R&#201;FORME OU R&#201;VOLUTION, SPECTACLE OU LUTTE DE CLASSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu n'est pas de savoir si les intentions de Bally Bagayoko sont sinc&#232;res. Ce d&#233;bat est secondaire et moralisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule question pertinente est celle pos&#233;e par Rosa Luxemburg en 1900 : **r&#233;forme ou r&#233;volution ?**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit on cherche &#224; am&#233;nager le capitalisme par des r&#233;formes partielles, en esp&#233;rant transformer progressivement l'&#201;tat bourgeois &#8212; et alors on reste prisonnier de sa logique. L'arr&#234;t&#233; du 1er avril, annul&#233; le 3, en est la d&#233;monstration vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit on construit une politique de classe visant &#224; **renverser l'ordre existant** par l'organisation autonome du prol&#233;tariat &#8212; et alors on rompt avec toute illusion r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Il n'y a pas de troisi&#232;me voie.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la lutte est organis&#233;e, autonome, mat&#233;rielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit elle est repr&#233;sent&#233;e, m&#233;diatis&#233;e, institutionnalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, elle transforme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le second, elle met en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une opposition qui n'organise pas n'est pas une opposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un conflit sans rapport de force est une repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Sans auto-organisation, il n'y a pas de lutte de classe. Il n'y a que son spectacle.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un arr&#234;t&#233; municipal sign&#233; en sachant qu'il sera annul&#233;, sans aucune organisation de masse, sans aucun rapport de force r&#233;el, sans aucune perspective r&#233;volutionnaire, ne transforme rien. Il met en sc&#232;ne un conflit sans en modifier l'issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve est faite en moins de 48 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Et tant que cette logique pr&#233;vaut, le r&#233;el continue &#8212; intact.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*La critique du millerandisme n'est pas une question historique. C'est une question actuelle. Chaque fois qu'un courant politique pr&#233;tend d&#233;fendre les exploit&#233;s depuis les institutions bourgeoises, il reproduit cette logique. Chaque fois qu'on substitue l'action de l'&#201;tat &#224; l'organisation de classe, on d&#233;sarme le prol&#233;tariat.*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Ce n'est pas &#224; Bagneux, ni &#224; Gennevilliers, ni &#224; Saint-Denis que les expulsions seront arr&#234;t&#233;es. Ce sera par les comit&#233;s de locataires, les brigades de d&#233;fense populaire, la gr&#232;ve des loyers organis&#233;e &#8212; et au bout du chemin, par la destruction du droit de propri&#233;t&#233; capitaliste.*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Le socialisme scientifique ne consiste pas &#224; g&#233;rer l'&#201;tat bourgeois, mais &#224; le d&#233;truire.*&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Carburants, taxes, salaires : pourquoi l'extr&#234;me gauche rate la question centrale</title>
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&lt;p&gt;CARBURANT, TAXES, SALAIRES : POURQUOI L'EXTR&#202;ME GAUCHE RATE LA QUESTION CENTRALE &lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION &#8212; UNE R&#201;PONSE QUI PASSE &#192; C&#212;T&#201; DU PROBL&#200;ME &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la hausse du carburant, &#224; l'inflation et &#224; la d&#233;gradation continue du niveau de vie, les organisations d'extr&#234;me gauche &#8212; NPA R&#233;volutionnaire, R&#233;volution Permanente, Lutte Ouvri&#232;re &#8212; avancent une r&#233;ponse qui para&#238;t &#233;vidente : augmenter les salaires et les indexer sur les prix. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; premi&#232;re vue, la revendication semble l&#233;gitime. Mais d&#232;s qu'on la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019431.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019431.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019430.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019430.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019429.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019429.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019428.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019428.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019427.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019427.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019432.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/1000019432.png' width=&#034;1053&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CARBURANT, TAXES, SALAIRES :
POURQUOI L'EXTR&#202;ME GAUCHE RATE LA QUESTION CENTRALE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;INTRODUCTION &#8212; UNE R&#201;PONSE QUI PASSE &#192; C&#212;T&#201; DU PROBL&#200;ME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la hausse du carburant, &#224; l'inflation et &#224; la d&#233;gradation continue du niveau de vie, les organisations d'extr&#234;me gauche &#8212; NPA R&#233;volutionnaire, R&#233;volution Permanente, Lutte Ouvri&#232;re &#8212; avancent une r&#233;ponse qui para&#238;t &#233;vidente : augmenter les salaires et les indexer sur les prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, la revendication semble l&#233;gitime. Mais d&#232;s qu'on la replace dans la r&#233;alit&#233; concr&#232;te du syst&#232;me &#233;conomique et fiscal, ses limites apparaissent &#8212; et avec elles, ses contradictions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car en se cantonnant &#224; cette seule exigence, ces organisations esquivent la question centrale : qui organise la hausse des prix, et par quels m&#233;canismes le racket sur le peuple travailleur est rendu durable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans abolition des taxes bourgeoises, il n'y a pas de front unique possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I &#8212; LES GILETS JAUNES : UNE COMPR&#201;HENSION IMM&#201;DIATE DU PROBL&#200;ME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant ces d&#233;bats, le mouvement des Gilets Jaunes avait pos&#233; la question autrement &#8212; directement, depuis le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part n'&#233;tait pas une th&#233;orie : c'&#233;tait une r&#233;alit&#233; v&#233;cue, quotidienne, insupportable. La taxe carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le mouvement a saisi imm&#233;diatement, c'est que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la hausse du carburant n'&#233;tait pas seulement un ph&#233;nom&#232;ne de march&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; elle passait par un racket organis&#233; par l'&#201;tat bourgeois ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; il fallait donc attaquer ce pr&#233;l&#232;vement &#224; la source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication &#233;tait simple, lisible, imm&#233;diatement partageable : refus de la taxe. Fin du racket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de sa lisibilit&#233;, cette revendication avait une port&#233;e politique majeure : elle unifiait des couches sociales que les organisations d'extr&#234;me gauche traitent habituellement de mani&#232;re s&#233;par&#233;e &#224; savoir salari&#233;s, ind&#233;pendants, artisans, agriculteurs, travailleurs pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle constituait ainsi une base concr&#232;te de front unique du peuple travailleur &#8212; non pas proclam&#233;e, mais construite dans les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II &#8212; UNE EXTR&#202;ME GAUCHE QUI R&#201;DUIT LA R&#201;PONSE AUX SALAIRES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, les organisations d'extr&#234;me gauche actuelles centrent leur intervention sur deux axes : la hausse des salaires et leur indexation sur l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix n'est pas anodin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;duit l'ensemble du probl&#232;me &#224; une seule dimension : le revenu salarial. Or la hausse du carburant &#8212; et plus largement l'inflation du co&#251;t de la vie &#8212; mobilise un ensemble de m&#233;canismes bien plus large : les prix, le racket fiscal, les marges, les circuits de distribution, et les politiques publiques qui en encadrent le fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne traitant qu'un seul de ces aspects, ces organisations proposent une r&#233;ponse qui laisse intact le c&#339;ur du probl&#232;me &#8212; le m&#233;canisme de pr&#233;l&#232;vement organis&#233; qu'elles pr&#233;tendent combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III &#8212; UNE COUPURE AVEC UNE PARTIE DU PEUPLE TRAVAILLEUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette focalisation sur le salariat a une cons&#233;quence politique imm&#233;diate et grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle exclut de fait une fraction consid&#233;rable du peuple travailleur : artisans, ind&#233;pendants, agriculteurs, petits transporteurs. Pour ces cat&#233;gories, la hausse du carburant n'est pas une question de revenu nominal &#8212; c'est le racket fiscal qui p&#232;se directement sur leur co&#251;t de production, sur leur survie &#233;conomique concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne partant pas de cette r&#233;alit&#233;-l&#224;, l'extr&#234;me gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; ne s'adresse pas &#224; ces couches sociales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; ne formule aucune revendication susceptible de les rassembler ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; interdit toute unification en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle emp&#234;che ainsi la constitution d'un v&#233;ritable front unique du peuple travailleur &#8212; non par accident, mais par la logique m&#234;me de son orientation corporatiste &#8212; une orientation qui d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts d'une fraction du peuple travailleur, pas du peuple travailleur dans son ensemble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV &#8212; LE &#171; CONTR&#212;LE OUVRIER &#187; SANS ORGANES DE POUVOIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines organisations, notamment R&#233;volution Permanente, avancent le mot d'ordre de contr&#244;le ouvrier. Il faut examiner ce que ce terme recouvre en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits : pas de comit&#233;s de travailleurs d&#233;finis, pas de structures autonomes, pas de m&#233;canismes concrets d'intervention. La revendication existe dans le discours, mais sans corps organisationnel pour la porter la rendant ainsi inop&#233;rante et surtout sans danger pour le grand capital et grand patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est sans ambigu&#239;t&#233; : le contr&#244;le ouvrier reste un mot d'ordre vide de contenu op&#233;rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un contr&#244;le qui ne s'appuie sur aucun organe r&#233;el, &#224; savoir les comit&#233;s d'usine, les comit&#233;s de production, les soviets de travailleurs, n'est pas un contr&#244;le &#8212; c'est une formule. Et une formule ne produit ni pouvoir effectif, ni capacit&#233; d'intervention, ni fin du racket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V &#8212; UNE PRATIQUE QUI PASSE PAR L'&#201;TAT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'extr&#234;me gauche a abandonn&#233; le terrain de la lutte pour l'abolition des taxes ou imp&#244;ts directs et indirects sur le travail c'est par adaptation et int&#233;gration au sein des directions syndicales int&#233;gr&#233;es &#224; la r&#233;publique bourgeoise. Elles n'iront pas au-dela de ce que les directions syndicales tol&#232;rent en leur sein soit en abandonnant certaines revendication ou en vidant de l'autres de leurs contenu radical. Pour preuve, la CGT reconnait le droit &#224; l'Etat capitaliste de prleveer l'impot et les taxes et ne le remet nullement en cause. Au mieux demande t'elle comme la CGT &#201;nergie un encadrement des prix, limitation des marges, r&#233;gulation publique mais surtout ne combat pas l'Etat et son racket aux services du capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; au lieu d'organiser une intervention directe des travailleurs sur les m&#233;canismes qui les &#233;crasent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; on s'adresse &#224; l'&#201;tat &#8212; le m&#234;me &#201;tat qui organise le racket &#8212; pour qu'il r&#233;gule ce que les travailleurs ne contr&#244;lent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction est flagrante : l'extr&#234;me gauche demande donc des hausses de salaire pour continuer &#224; pouvoir payer le racket. Et l'absence de critique des directions syndicales qui demandent &#224; l'&#201;tat bourgeois de corriger les effets du racket qu'il organise lui-m&#234;me, revient objectivement &#224; soutenir la continuit&#233; du racket &#8212; qu'elles le disent ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI &#8212; L'ABANDON DE L'ABOLITION DES TAXES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point le plus r&#233;v&#233;lateur est donc ce silence sur une revendication pourtant centrale : l'abolition des taxes bourgeoises pesant sur le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication n'est pas une invention r&#233;cente. Elle figure explicitement dans le programme du Parti Ouvrier Fran&#231;ais, formul&#233; par Karl Marx. Elle n'est donc pas &#233;trang&#232;re &#224; la tradition du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire &#8212; c'est l'extr&#234;me gauche actuelle qui l'a abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est d&#233;cisive parce que dans le cas du carburant, les taxes repr&#233;sentent entre 50 % et 60 % du prix &#224; la pompe.Ce n'est pas une composante du prix &#8212; c'est le racket lui-m&#234;me, inscrit dans la loi, pr&#233;lev&#233; &#224; chaque plein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas l'attaquer, c'est laisser intact le m&#233;canisme central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII &#8212; UNE REVENDICATION QUI TOURNE EN BOUCLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, r&#233;clamer une hausse des salaires sans remettre en cause le racket fiscal revient &#224; une contradiction structurelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmenter les revenus pour compenser un pr&#233;l&#232;vement qu'on maintient. C'est demander &#224; &#234;tre mieux indemnis&#233; du racket &#8212; pas &#224; en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur paie davantage de taxes avec un salaire plus &#233;lev&#233; ; les prix s'ajustent ; le racket continue. La revendication tourne en boucle sans jamais toucher aux causes. Elle combat les cons&#233;quences sans toucher aux m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII &#8212; UNE FONCTION POLITIQUE : MAINTENIR LE RACKET FISCAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce positionnement ne rel&#232;ve pas d'un simple oubli ou d'une erreur tactique. Il s'inscrit dans une logique coh&#233;rente, qui d&#233;coule de l'int&#233;gration progressive de ces organisations aux appareils syndicaux et aux structures institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des directions syndicales parties prenantes de la gestion sociale ne peuvent porter des revendications qui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; remettent en cause la fiscalit&#233; bourgeoise ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; attaquent directement le racket organis&#233; par l'&#201;tat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; sortent du cadre de la n&#233;gociation r&#233;glement&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contrainte n'est pas d'abord id&#233;ologique &#8212; elle est structurelle. Elle est inscrite dans le rapport d'int&#233;gration lui-m&#234;me. Ces organisations d&#233;fendent le cadre qui les fait exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX &#8212; UNE JUSTIFICATION ID&#201;OLOGIQUE DU RACKET&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contrainte structurelle trouve sa traduction id&#233;ologique dans certains discours, notamment ceux de Nathalie Arthaud, qui pr&#233;sentent l'imp&#244;t comme n&#233;cessaire au financement des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appeler l'imp&#244;t bourgeois &#171; financement des services publics &#187;, c'est habiller le racket en solidarit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; contemporaine contredit pourtant cette affirmation point par point : mont&#233;e en puissance des budgets militaires, logique d'&#233;conomie de guerre, d&#233;gradation continue des services publics. Le racket fiscal ne sert pas principalement &#224; financer ces services &#8212; il finance le r&#233;armement, la dette, et la reproduction du syst&#232;me dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fendre la fiscalit&#233; existante au nom des services publics, c'est valider le m&#233;canisme de pr&#233;l&#232;vement en utilisant pr&#233;cis&#233;ment ce que ce m&#233;canisme d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X &#8212; UNE POLITIQUE QUI EMP&#202;CHE LE FRONT UNIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris dans sa totalit&#233;, le positionnement de l'extr&#234;me gauche actuelle produit un r&#233;sultat politique clair :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; une base sociale limit&#233;e au salariat organis&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; aucune revendication capable d'unifier les couches travailleuses dans leur ensemble ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; une d&#233;pendance organique &#224; la m&#233;diation &#233;tatique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le racket fiscal maintenu intact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une insuffisance de degr&#233;. Il s'agit d'une orientation qui agit objectivement contre la formation d'un front unique du peuple travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCLUSION &#8212; UNE IMPASSE POLITIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas que ces organisations manquent de radicalit&#233; dans le ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est qu'elles s'inscrivent dans une logique coh&#233;rente : r&#233;pondre par le salaire, &#233;viter la question du racket fiscal, passer par l'&#201;tat, rester dans le cadre existant. Elles ne combattent pas le syst&#232;me &#8212; elles en corrigent les effets en laissant les causes intactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, une politique fond&#233;e sur les conditions mat&#233;rielles r&#233;elles &#8212; comme l'avait fait le mouvement des Gilets Jaunes dans son &#233;lan initial &#8212; pose imm&#233;diatement la question qui d&#233;range :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui rackette ? Sur quoi ? Et au nom de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans abolition des taxes bourgeoises, il n'y a pas de front unique possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement &#224; partir de cette question que peut se constituer une v&#233;ritable unit&#233; du peuple travailleur &#8212; non comme abstraction programmatique, mais comme force politique r&#233;elle, une force sociale capable de prendre conscience d'elle dans la lutte qu'elle m&#232;nera contre l'Etat et le capitalisme et capable de prendre la mesure des t&#226;ches qui lui incombe &#224; savoir renverser l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise qui nous entraine dans sa tombe et &#233;riger le pouvoir du peuple travailleur et des comit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand le FBI consid&#233;rait Einstein comme un dangereux r&#233;volutionnaire communiste</title>
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		<dc:date>2026-04-09T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>USA - Etats-Unis</dc:subject>

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&lt;p&gt;Quand le FBI consid&#233;rait Einstein comme un dangereux r&#233;volutionnaire communiste infiltr&#233; aux USA &lt;br class='autobr' /&gt; Albert Einstein &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi le socialisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
1949 &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-il convenable qu'un homme qui n'est pas vers&#233; dans les questions &#233;conomiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Consid&#233;rons d'abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait para&#238;tre qu'il n'y ait pas de diff&#233;rences m&#233;thodologiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand le FBI consid&#233;rait Einstein comme un dangereux r&#233;volutionnaire communiste infiltr&#233; aux USA&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Albert Einstein
&lt;p&gt;Pourquoi le socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1949&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Est-il convenable qu'un homme qui n'est pas vers&#233; dans les questions &#233;conomiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons d'abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait para&#238;tre qu'il n'y ait pas de diff&#233;rences m&#233;thodologiques essentielles entre l'astronomie, par exemple, et l'&#233;conomie : les savants dans les deux domaines essaient de d&#233;couvrir les lois g&#233;n&#233;ralement acceptables d'un groupe d&#233;termin&#233; de ph&#233;nom&#232;nes, afin de rendre intelligibles, d'une mani&#232;re aussi claire que possible, les relations r&#233;ciproques existant entre eux. Mais en r&#233;alit&#233; de telles diff&#233;rences existent. La d&#233;couverte de lois g&#233;n&#233;rales en &#233;conomie est rendue difficile par la circonstance que les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques observ&#233;s sont souvent influenc&#233;s par beaucoup de facteurs qu'il est tr&#232;s difficile d'&#233;valuer s&#233;par&#233;ment. En outre, l'exp&#233;rience accumul&#233;e depuis le commencement de la p&#233;riode de l'histoire humaine soi-disant civilis&#233;e a &#233;t&#233; &#8212; comme on le sait bien &#8212; largement influenc&#233;e et d&#233;limit&#233;e par des causes qui n'ont nullement un caract&#232;re exclusivement &#233;conomique. Par exemple, la plupart des grands &#201;tats dans l'histoire doivent leur existence aux conqu&#234;tes. Les peuples conqu&#233;rants se sont &#233;tablis, l&#233;galement et &#233;conomiquement, comme classe privil&#233;gi&#233;e du pays conquis. Ils se sont attribu&#233;s le monopole de la terre et ont cr&#233;&#233; un corps de pr&#234;tres choisis dans leur propre rang. Les pr&#234;tres, qui contr&#244;l&#232;rent l'&#233;ducation, &#233;rig&#232;rent la division de la soci&#233;t&#233; en classes en une institution permanente et cr&#233;&#232;rent un syst&#232;me de valeurs par lequel le peuple fut d&#232;s lors, en grande partie inconsciemment, guid&#233; dans son comportement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la tradition historique date pour ainsi dire d'hier ; nulle part nous n'avons d&#233;pass&#233; ce que Thorstein Veblen appelait &#171; la phase de rapine &#187; du d&#233;veloppement humain. Les faits &#233;conomiques qu'on peut observer appartiennent &#224; cette phase et les lois que nous pouvons en d&#233;duire ne sont pas applicables &#224; d'autres phases. Puisque le but r&#233;el du socialisme est de d&#233;passer la phase de rapine du d&#233;veloppement humain et d'aller en avant, la science &#233;conomique dans son &#233;tat actuel peut projeter peu de lumi&#232;re sur la soci&#233;t&#233; socialiste de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, le socialisme est orient&#233; vers un but &#233;thico-social. Mais la science ne peut pas cr&#233;er des buts, encore moins peut-elle les faire p&#233;n&#233;trer dans les &#234;tres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent &#234;tre atteints. Mais les buts m&#234;mes sont con&#231;us par des personnalit&#233;s anim&#233;es d'un id&#233;al moral &#233;lev&#233; et &#8212; si ces buts ne sont pas mort-n&#233;s, mais vivants et vigoureux &#8212; sont adopt&#233;s et port&#233;s en avant par ces innombrables &#234;tres humains qui, &#224; demi inconscients, d&#233;terminent la lente &#233;volution de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les m&#233;thodes scientifiques quand il s'agit de probl&#232;mes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les sp&#233;cialistes soient les seuls qui aient le droit de s'exprimer sur des questions qui touchent &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'innombrables voix ont affirm&#233;, il n'y a pas longtemps, que la soci&#233;t&#233; humaine traverse une crise, que sa stabilit&#233; a &#233;t&#233; gravement troubl&#233;e. Il est caract&#233;ristique d'une telle situation que des individus manifestent de l'indiff&#233;rence ou, m&#234;me, prennent une attitude hostile &#224; l'&#233;gard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux &#233;voquer ici une exp&#233;rience personnelle. J'ai r&#233;cemment discut&#233; avec un homme intelligent et d'un bon naturel sur la menace d'une autre guerre, qui, &#224; mon avis, mettrait s&#233;rieusement en danger l'existence de l'humanit&#233;, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. L&#224;-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : &#171; Pourquoi &#234;tes-vous si s&#233;rieusement oppos&#233; &#224; la disparition de la race humaine ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis s&#251;r que, il y a un si&#232;cle, personne n'aurait si l&#233;g&#232;rement fait une affirmation de ce genre. C'est l'affirmation d'un homme qui a vainement fait des efforts pour &#233;tablir un &#233;quilibre dans son int&#233;rieur et qui a plus ou moins perdu l'espoir de r&#233;ussir. C'est l'expression d'une solitude et d'un isolement p&#233;nibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d'en sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d'y r&#233;pondre avec tant soit peu de certitude. Je vais n&#233;anmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu'ils ne peuvent pas &#234;tre exprim&#233;s dans des formules ais&#233;es et simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est en m&#234;me temps un &#234;tre solitaire et un &#234;tre social. Comme &#234;tre solitaire il s'efforce de prot&#233;ger sa propre existence et celle des &#234;tres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses d&#233;sirs personnels et de d&#233;velopper ses facult&#233;s inn&#233;es. Comme &#234;tre social il cherche &#224; gagner l'approbation et l'affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d'am&#233;liorer leurs conditions de vie. C'est seulement l'existence de ces tendances vari&#233;es, souvent contradictoires, qui explique le caract&#232;re particulier d'un homme, et leur combinaison sp&#233;cifique d&#233;termine dans quelle mesure un individu peut &#233;tablir son &#233;quilibre int&#233;rieur et contribuer au bien-&#234;tre de la soci&#233;t&#233;. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fix&#233;e par l'h&#233;r&#233;dit&#233;. Mais la personnalit&#233; qui finalement appara&#238;t est largement form&#233;e par le milieu o&#249; elle se trouve par hasard pendant son d&#233;veloppement, par la structure de la soci&#233;t&#233; dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette soci&#233;t&#233; et son appr&#233;ciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de &#171; soci&#233;t&#233; &#187; signifie pour l'individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-m&#234;me, mais il d&#233;pend tellement de la soci&#233;t&#233; &#8212; dans son existence physique, intellectuelle et &#233;motionnelle &#8212; qu'il est impossible de penser &#224; lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la soci&#233;t&#233;. C'est la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; qui fournit &#224; l'homme la nourriture, les v&#234;tements, l'habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pens&#233;e et la plus grande partie du contenu de la pens&#233;e ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d'individus du pass&#233; et du pr&#233;sent, qui se cachent sous ce petit mot de &#171; soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est, par cons&#233;quent, &#233;vident que la d&#233;pendance de l'individu &#224; la soci&#233;t&#233; est un fait naturel qui ne peut pas &#234;tre supprim&#233; &#8212; exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fix&#233;, jusque dans ses infimes d&#233;tails, par des instincts h&#233;r&#233;ditaires rigides, le mod&#232;le social et les relations r&#233;ciproques entre les &#234;tres humains sont tr&#232;s variables et susceptibles de changement. La m&#233;moire, la capacit&#233; de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des d&#233;veloppements parmi les &#234;tres humains qui ne sont pas dict&#233;s par des n&#233;cessit&#233;s biologiques. De tels d&#233;veloppements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la litt&#233;rature, dans la science, dans les r&#233;alisations de l'ing&#233;nieur et dans les &#339;uvres d'art. Ceci explique comment il arrive que l'homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pens&#233;e et le d&#233;sir conscients peuvent jouer un r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme poss&#232;de &#224; sa naissance, par h&#233;r&#233;dit&#233;, une constitution biologique que nous devons consid&#233;rer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caract&#233;risent l'esp&#232;ce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu'il re&#231;oit de la soci&#233;t&#233; par la communication et par beaucoup d'autres moyens d'influence. C'est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui d&#233;termine, &#224; un tr&#232;s haut degr&#233;, les rapports entre l'individu et la soci&#233;t&#233;. L'anthropologie moderne nous a appris, par l'investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des &#234;tres humains peut pr&#233;senter de grandes diff&#233;rences, &#233;tant donn&#233; qu'il d&#233;pend des mod&#232;les de culture dominants et des types d'organisation qui pr&#233;dominent dans la soci&#233;t&#233;. C'est l&#224;-dessus que doivent fonder leurs esp&#233;rances tous ceux qui s'efforcent d'am&#233;liorer le sort de l'homme : les &#234;tres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamn&#233;s &#224; se d&#233;truire mutuellement ou &#224; &#234;tre &#224; la merci d'un sort cruel qu'ils s'infligent eux-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous nous demandons comment la structure de la soci&#233;t&#233; et l'attitude culturelle de l'homme devraient &#234;tre chang&#233;es pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu'il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; plus haut, la nature biologique de l'homme n'est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les d&#233;veloppements technologiques et d&#233;mographiques de ces derniers si&#232;cles ont cr&#233;&#233; des conditions qui doivent continuer. Chez des populations relativement denses, qui poss&#232;dent les biens indispensables &#224; leur existence, une extr&#234;me division du travail et une organisation de production tr&#232;s centralis&#233;e sont absolument n&#233;cessaires. Le temps, qui, vu de loin, para&#238;t si idyllique, a pour toujours disparu o&#249; des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire compl&#232;tement &#224; eux-m&#234;mes. On n'exag&#232;re pas beaucoup en disant que l'humanit&#233; constitue &#224; pr&#233;sent une communaut&#233; plan&#233;taire de production et de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis maintenant arriv&#233; au point o&#249; je peux indiquer bri&#232;vement ce qui constitue pour moi l'essence de la crise de notre temps. Il s'agit du rapport entre l'individu et la soci&#233;t&#233;. L'individu est devenu plus conscient que jamais de sa d&#233;pendance &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais il n'&#233;prouve pas cette d&#233;pendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plut&#244;t comme une menace pour ses droits naturels, ou m&#234;me pour son existence &#233;conomique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances &#233;go&#239;stes de son &#234;tre sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se d&#233;gradent progressivement. Tous les &#234;tres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de d&#233;gradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre &#233;go&#239;sme, ils se sentent en &#233;tat d'ins&#233;curit&#233;, isol&#233;s et priv&#233;s de la na&#239;ve, simple et pure joie de vivre. L'homme ne peut trouver de sens &#224; la vie, qui est br&#232;ve et p&#233;rilleuse, qu'en se d&#233;vouant &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchie &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; capitaliste, telle qu'elle existe aujourd'hui, est, &#224; mon avis, la source r&#233;elle du mal. Nous voyons devant nous une immense soci&#233;t&#233; de producteurs dont les membres cherchent sans cesse &#224; se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif &#8212; non pas par la force, mais, en somme, conform&#233;ment aux r&#232;gles l&#233;galement &#233;tablies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production &#8212; c'est-&#224;-dire toute la capacit&#233; productive n&#233;cessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcro&#238;t, les biens en capital &#8212; pourraient l&#233;galement &#234;tre, et sont m&#234;me pour la plus grande part, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de certains individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons de simplicit&#233; je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler &#171; ouvriers &#187; tous ceux qui n'ont point part &#224; la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout &#224; fait &#224; l'emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en &#233;tat d'acheter la capacit&#233; de travail de l'ouvrier. En se servant des moyens de production, l'ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propri&#233;t&#233; du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l'ouvrier produit et ce qu'il re&#231;oit comme salaire, les deux choses &#233;tant &#233;valu&#233;es en termes de valeur r&#233;elle. Dans la mesure o&#249; le contrat de travail est &#171; libre &#187;, ce que l'ouvrier re&#231;oit est d&#233;termin&#233;, non pas par la valeur r&#233;elle des biens qu'il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d'ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d'ouvriers qui sont &#224; la recherche d'un emploi. Il faut comprendre que m&#234;me en th&#233;orie le salaire de l'ouvrier n'est pas d&#233;termin&#233; par la valeur de son produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital priv&#233; tend &#224; se concentrer en peu de mains, en partie &#224; cause de la comp&#233;tition entre les capitalistes, en partie parce que le d&#233;veloppement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unit&#233;s de production aux d&#233;pens des plus petites. Le r&#233;sultat de ces d&#233;veloppements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement &#234;tre refr&#233;n&#233;e, pas m&#234;me par une soci&#233;t&#233; qui a une organisation politique d&#233;mocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps l&#233;gislatif sont choisis par des partis politiques largement financ&#233;s ou autrement influenc&#233;s par les capitalistes priv&#233;s qui, pour tous les buts pratiques, s&#233;parent le corps &#233;lectoral de la l&#233;gislature. La cons&#233;quence en est que, dans le fait, les repr&#233;sentants du peuple ne prot&#232;gent pas suffisamment les int&#233;r&#234;ts des moins privil&#233;gi&#233;s. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contr&#244;lent in&#233;vitablement, d'une mani&#232;re directe ou indirecte, les principales sources d'information (presse, radio, &#233;ducation). Il est ainsi extr&#234;mement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout &#224; fait impossible, d'arriver &#224; des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation dominante dans une &#233;conomie bas&#233;e sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du capital est ainsi caract&#233;ris&#233;e par deux principes importants : premi&#232;rement, les moyens de production (le capital) sont en possession priv&#233;e et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une soci&#233;t&#233; capitaliste pure dans ce sens n'existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, apr&#232;s de longues et &#226;pres luttes politiques, ont r&#233;ussi &#224; obtenir pour certaines cat&#233;gories d'entre eux une meilleure forme de &#171; contrat de travail libre &#187;. Mais, prise dans son ensemble, l'&#233;conomie d'aujourd'hui ne diff&#232;re pas beaucoup du capitalisme &#171; pur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production est faite en vue du profit et non pour l'utilit&#233;. Il n'y a pas moyen de pr&#233;voir que tous ceux qui sont capables et d&#233;sireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une &#171; arm&#233;e &#187; de ch&#244;meurs existe d&#233;j&#224;. L'ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les ch&#244;meurs et les ouvriers mal pay&#233;s sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour cons&#233;quence de grands inconv&#233;nients. Le progr&#232;s technologique a souvent pour r&#233;sultat un accroissement du nombre des ch&#244;meurs plut&#244;t qu'un all&#233;gement du travail p&#233;nible pour tous. L'aiguillon du profit en conjonction avec la comp&#233;tition entre les capitalistes est responsable de l'instabilit&#233; dans l'accumulation et l'utilisation du capital, qui am&#232;ne des d&#233;pressions &#233;conomiques de plus en plus graves. La comp&#233;tition illimit&#233;e conduit &#224; un gaspillage consid&#233;rable de travail et &#224; la mutilation de la conscience sociale des individus dont j'ai fait mention plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre syst&#232;me d'&#233;ducation souffre de ce mal. Une attitude de comp&#233;tition exag&#233;r&#233;e est inculqu&#233;e &#224; l'&#233;tudiant, qui est dress&#233; &#224; idol&#226;trer le succ&#232;s de l'acquisition comme une pr&#233;paration &#224; sa carri&#232;re future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu qu'il n'y a qu'un seul moyen d'&#233;liminer ces maux graves, &#224; savoir, l'&#233;tablissement d'une &#233;conomie socialiste, accompagn&#233;e d'un syst&#232;me d'&#233;ducation orient&#233; vers des buts sociaux. Dans une telle &#233;conomie, les moyens de production appartiendraient &#224; la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me et seraient utilis&#233;s d'une fa&#231;on planifi&#233;e. Une &#233;conomie planifi&#233;e, qui adapte la production aux besoins de la soci&#233;t&#233;, distribuerait le travail &#224; faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d'existence &#224; chaque homme, &#224; chaque femme, &#224; chaque enfant. L'&#233;ducation de l'individu devrait favoriser le d&#233;veloppement de ses facult&#233;s inn&#233;es et lui inculquer le sens de la responsabilit&#233; envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succ&#232;s, comme cela se fait dans la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cependant n&#233;cessaire de rappeler qu'une &#233;conomie planifi&#233;e n'est pas encore le socialisme. Une telle &#233;conomie pourrait &#234;tre accompagn&#233;e d'un complet asservissement de l'individu. La r&#233;alisation du socialisme exige la solution de quelques probl&#232;mes socio-politiques extr&#234;mement difficiles : comment serait-il possible, en face d'une centralisation extr&#234;me du pouvoir politique et &#233;conomique, d'emp&#234;cher la bureaucratie de devenir toute-puissante et pr&#233;somptueuse ? Comment pourrait-on prot&#233;ger les droits de l'individu et assurer un contrepoids d&#233;mocratique au pouvoir de la bureaucratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clart&#233; au sujet des buts et des probl&#232;mes du socialisme est de la plus grande importance &#224; notre &#233;poque de transition. Puisque, dans les circonstances actuelles, la discussion libre et sans entrave de ces probl&#232;mes a &#233;t&#233; soumise &#224; un puissant tabou, je consid&#232;re que la fondation de cette revue est un important service rendu au public.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Einstein, l'armement nucl&#233;aire et le FBI (par Jean Pestieau)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Albert Einstein (n&#233; le 14 mars 1878) a &#233;t&#233; le physicien le plus important du 20e si&#232;cle par les d&#233;couvertes r&#233;volutionnaires qu'il a accomplies entre 1905 et 1925 [1]. R&#233;sident aux Etats-Unis de 1933 &#224; 1955, son prestige n'a fait que s'amplifier dans le grand public, non seulement par sa renomm&#233;e scientifique mais toujours plus par ses prises de position et actions dans le domaine politico-moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, nous allons consid&#233;rer (l'&#233;volution de) la position d'Einstein vis-&#224;-vis de l'armement nucl&#233;aire des Etats-Unis entre 1939 et 1955. En m&#234;me temps, par son combat anti-fasciste et anti-raciste et surtout par son rejet clair et net de l'anticommunisme coupl&#233; &#224; son opposition d&#233;termin&#233;e &#224; l'armement nucl&#233;aire des Etats-Unis, Einstein est devenu, apr&#232;s 1945, la b&#234;te noire de Edgar Hoover, le ma&#238;tre du FBI, la Police f&#233;d&#233;rale des Etats-Unis. Celui-ci avait fait constituer un dossier secret contre Einstein de 1800 (mille huit cent) pages [2] afin de pouvoir le discr&#233;diter, voire le faire expulser des Etats-Unis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la 1&#232;re guerre mondiale, alors en Allemagne, Einstein avait r&#233;solument rejet&#233; la guerre qui n'&#233;tait qu'une vaste boucherie des peuples. Il s'&#233;tait mis &#224; dos les bellicistes de tout poil. C'&#233;tait un pacifiste. Mais, avec la mont&#233;e de l'agressivit&#233; fasciste et surtout avec la prise du pouvoir du nazisme en Allemagne en 1933, sa position change : il faut r&#233;sister au fascisme par les armes. Pendant la guerre d'Espagne (1936-1939), il prend nettement parti pour le camp r&#233;publicain espagnol contre le camp fasciste de Franco. Il est un ardent partisan de la brigade internationale US, la Brigade Abraham Lincoln - organis&#233;e par les communistes - qui &#233;tait partie se battre en Espagne du c&#244;t&#233; r&#233;publicain. Franco prend le pouvoir en 1939 parce qu'il a re&#231;u l'aide militaire de Mussolini et Hitler tandis que les grandes puissances occidentales (France, Royaume-Uni et Etats-Unis) laissaient faire tout en emp&#234;chant les R&#233;publicains d'&#234;tre soutenus pleinement par les communistes et les antifascistes du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 novembre 1938, c'est la &#171; Nuit de Cristal &#187; en Allemagne o&#249; trente mille Juifs sont arr&#234;t&#233;s et envoy&#233;s dans les camps de concentration de Dachau, Oranienburg-Sachsenhausen et Buchenwald. L&#224;, ils rejoignirent des communistes, des syndicalistes, des socialistes et autres antifascistes. Fin 1938, les Nazis ont la Tch&#233;coslovaquie dans leur main. La France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ne l&#232;vent m&#234;me pas le petit doigt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque, d'&#233;minents physiciens nucl&#233;aires savent, &#224; partir des d&#233;couvertes (fission nucl&#233;aire et possibilit&#233; des r&#233;actions en cha&#238;ne) faites &#224; la fin 1938, notamment en Allemagne, qu'il est en principe possible de concevoir une bombe nucl&#233;aire des milliers de fois plus puissantes qu'une bombe classique. Einstein est alarm&#233; d'autant plus qu'il vient d'apprendre que l'uranium extrait des mines de Tch&#233;coslovaquie est retir&#233; de la vente et est retenu par l'Allemagne. Il en conclut logiquement qu'il ne faut pas laisser l'exclusivit&#233; de l'arme nucl&#233;aire aux Nazis. Il est hant&#233; par la question : jusqu'o&#249; les Etats-Unis laisseront-ils faire l'Allemagne d'Hitler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le 2 ao&#251;t 1939, Einstein envoie une lettre au pr&#233;sident des Etats-Unis, Roosevelt, afin de le persuader de mettre en oeuvre un programme de d&#233;veloppement d'une bombe nucl&#233;aire avant que les Allemands ne construisent la leur. Ce n'est que le 3 octobre que Roosevelt re&#231;oit la lettre d'Einstein. Devant le peu de r&#233;action, Einstein envoie une nouvelle lettre alarmante au pr&#233;sident Roosevelt le 7 mars 1940. Ce n'est qu'en octobre 1941 - les Etats-Unis ne sont entr&#233;s dans la deuxi&#232;me Guerre mondiale qu'en d&#233;cembre 1941 - que Roosevelt donne son feu vert pour le lancement du programme nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Administration &#233;tasunienne n'a pas une position antifasciste ferme durant la deuxi&#232;me Guerre mondiale. Einstein en est morfondu. En septembre 1942, par exemple, au d&#233;but de la bataille de Stalingrad, il &#233;crit : &#171; Pourquoi Washington a-t-il aid&#233; &#224; &#233;trangler l'Espagne loyaliste [r&#233;publicaine] ? Pourquoi a-t-il un repr&#233;sentant officiel dans la France fasciste ?(...) Pourquoi garde-t-il des relations avec l'Espagne franquiste ? Pourquoi aucun effort n'est fait pour aider la Russie qui en a le plus grand besoin ? Ce gouvernement est largement contr&#244;l&#233; par des financiers dont la mentalit&#233; est proche de l'&#233;tat d'esprit fasciste. Si Hitler n'&#233;tait pas en plein d&#233;lire, il aurait pu avoir de bonnes relations avec les puissances occidentales &#187; [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le mastodonte nazi qui semblait imbattable est stopp&#233; &#224; Stalingrad, Einstein d&#233;clare : &#171; Sans la Russie, ces chiens sanguinaires allemands auraient atteint leur but ou, en tout cas, en seraient proches. (...) Nos enfants et nous avons une &#233;norme dette de gratitude envers le peuple russe qui a endur&#233; tant d'immenses pertes et de souffrances. La mani&#232;re dont (la Russie) a men&#233; sa guerre a prouv&#233; son excellence dans tous les domaines de l'industrie et de la technique. (...). Dans le sacrifice sans compter et l'abn&#233;gation de chacun, je vois une preuve d'une d&#233;termination g&#233;n&#233;rale &#224; d&#233;fendre ce qu'ils ont gagn&#233; (...) finalement, un fait qui rev&#234;t une importance particuli&#232;re &#224; nos yeux, &#224; nous les Juifs. En Russie, l'&#233;galit&#233; de tous les peuples et de tous les groupes culturels n'est pas qu'une parole en l'air : elle existe vraiment dans la r&#233;alit&#233;. (...) &#187;[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Einstein est-il &#233;cart&#233; du programme de mise au point de la Bombe ? Einstein a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; du programme de d&#233;veloppement des premi&#232;res bombes nucl&#233;aires non pas d'abord parce qu'il &#233;tait consid&#233;r&#233; par le FBI et les autorit&#233;s militaires US comme un anti-fasciste pr&#244;nant amiti&#233; et aide &#224; l'URSS. En effet, plusieurs physiciens de premier plan qui ont travaill&#233; &#224; la bombe, avaient les m&#234;mes positions politiques qu'Einstein. Sans eux, la Bombe n'aurait pu &#234;tre mise au point en un temps record. Un autre argument avanc&#233; par un des principaux responsables de la mise au point de la Bombe, Hans Bethe (Prix Nobel de physique 1967), est qu' &#171; on avait besoin d'experts en physique nucl&#233;aire et en explosifs. Einstein, bien qu'il soit le plus grand physicien du si&#232;cle n'a jamais travaill&#233; dans ses domaines &#187; [5] Cet argument ne tient gu&#232;re car Einstein, &#224; la m&#234;me &#233;poque, a r&#233;solu plusieurs probl&#232;mes dans le domaine des explosifs classiques pour la Marine US.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; est que le FBI et les autorit&#233;s militaires soup&#231;onnaient, &#224; juste titre, qu'Einstein ne voulait la Bombe US que pour une seule raison : ne pas permettre &#224; Hitler de terroriser le monde entier avec sa Bombe &#224; lui. Autrement, Einstein &#233;tait contre la Bombe. Si Einstein avait &#233;t&#233; membre de l'&#233;quipe qui a mis au point les premi&#232;res bombes nucl&#233;aires, avec son &#233;norme prestige, il aurait pu mettre &#224; mal le projet d'utiliser la Bombe &#224; d'autres fins que celle de d&#233;fier la possible Bombe de Hitler. Quand, &#224; la fin 1944, il est apparu que Hitler n'avait pas la Bombe, plusieurs scientifiques anti-fascistes qui travaillaient &#224; la mise au point de la Bombe US ont demand&#233; qu'elle ne soit pas utilis&#233;e contre le Japon ou contre tout autre pays. Mais ils &#233;taient subjugu&#233;s et conditionn&#233;s par leurs dirigeants militaires. Ils n'ont pas &#233;t&#233; au-del&#224; de la protestation intellectuelle. Ils ont continu&#233; &#224; travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le physicien nucl&#233;aire britannique, J Rotblat (Prix Nobel de la Paix en 1995), a eu le courage de ne plus collaborer au projet. Si Einstein avait fait partie de l'&#233;quipe, il aurait pu mettre &#224; mal les projets de l'Administration US, du FBI et de l'Arm&#233;e US. Aussi, Einstein a &#233;t&#233; laiss&#233; dans une quasi ignorance de la mise au point de la Bombe jusqu'au bombardement d'Hiroshima (6 ao&#251;t 1945) et de Nagasaki (9 ao&#251;t 1945). Einstein, apr&#232;s Hiroshima et Nagasaki Einstein condamna imm&#233;diatement le bombardement nucl&#233;aire du Japon, l'attribuant &#224; la politique &#233;trang&#232;re antisovi&#233;tique du Pr&#233;sident Truman qui, en avril 1945, avait remplac&#233; le Pr&#233;sident Roosevelt d&#233;c&#233;d&#233;. Pendant la guerre, il avait soutenu avec enthousiasme l'alliance de Roosevelt avec Moscou contre le nazisme [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1946, se constitue le &#171; Comit&#233; d'urgence des scientifiques atomistes &#187; (Emergency Committee of Atomic Scientists - ECAS). Son but est d'abord de r&#233;colter des fonds pour d'autres groupes antinucl&#233;aires. A l'exception d'Einstein, tous les membres de l'ECAS ont travaill&#233; &#224; la construction de la Bombe. Parmi eux, les prix Nobel, Harold Urey, Linus Pauling, Hans Bethe. L'appui de l'opinion &#233;tasunienne &#224; l'arme nucl&#233;aire, mal assur&#233; d&#232;s le d&#233;part, d&#233;cline consid&#233;rablement au cours des deux ann&#233;es qui suivent Hiroshima. En octobre 1947, un sondage Gallup montre que la tendance en faveur de la bombe &#233;tait tomb&#233;e de 69% en 1945 &#224; 55%, et que le sentiment antinucl&#233;aire avait plus que doubl&#233;, passant de 17% &#224; 38%.[7] Le 23 juin 1946, Einstein d&#233;clare au New York Times : &#171; De nombreuses personnes dans d'autres pays regardent maintenant l'Am&#233;rique avec une grande m&#233;fiance, non seulement &#224; cause de la bombe mais parce qu'elles craignent qu'elle ne devienne imp&#233;rialiste ; (...) Nous continuons &#224; fabriquer des bombes (atomiques), et les bombes fabriquent la haine et la d&#233;fiance. Nous gardons les secrets (de la fabrication de la bombe) et les secrets nourrissent la m&#233;fiance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du d&#233;but de la Guerre froide (1946), l'hyst&#233;rie anticommuniste et la chasse aux sorci&#232;res n'a cess&#233; de cro&#238;tre, aliment&#233;e notamment par l'annonce surprenante en 1949 de ce que l'URSS poss&#233;dait &#233;galement la Bombe et par la Guerre de Cor&#233;e (1950 - 1953). Qui est contre l'arme nucl&#233;aire est imm&#233;diatement soup&#231;onn&#233; de travailler contre les Etats-Unis. Le 12 f&#233;vrier 1950, Einstein appara&#238;t &#224; la TV o&#249; il met en garde contre la mise au point de la bombe &#224; hydrog&#232;ne (appel&#233;e aussi bombe H ou bombe thermonucl&#233;aire) par les Etats-Unis. Il d&#233;clare qu'elle sera mille fois plus destructrice que la bombe atomique.[8]. Cette &#233;mission fait entrer en fureur les anticommunistes bellicistes US comme Edgar Hoover. C'est en 1952 que la bombe &#224; hydrog&#232;ne sera test&#233;e par les Etats-Unis. L'URSS suivra en 1953, &#224; la stupeur des Etats-Unis. La pr&#233;tention &#233;tasunienne d'avoir droit absolu de vie et de mort nucl&#233;aire sur le monde avait v&#233;cu. Mais la virulence anticommuniste avait de belles ann&#233;es devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mars 1954, Einstein - &#226;g&#233; de 75 ans - &#233;crit &#224; ce sujet : &#171; A mes yeux, la &#8216;'conspiration communiste'' est surtout un slogan (...) qui rend (les gens) totalement sans d&#233;fense. A nouveau, je suis bien oblig&#233; de repenser &#224; l'Allemagne de 1932, dont le corps social d&#233;mocratique avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; affaibli par des moyens similaires, de sorte que (...) Hitler eut tr&#232;s facilement la possibilit&#233; de lui ass&#233;ner son coup fatal. Je suis de m&#234;me convaincu que celui-ci suivra le m&#234;me chemin, &#224; moins que des gens avis&#233;s et capables de sacrifice viennent le d&#233;fendre &#187; [8] Le 28 mars 1954, il &#233;crit &#224; la reine Elisabeth de Belgique : &#171; Je suis devenu une sorte d'enfant terrible dans ma nouvelle patrie, cela &#224; cause de mon incapacit&#233; &#224; garder le silence et &#224; avaler tout ce qui se passe ici. De plus, j'estime que les personnes plus &#226;g&#233;es qui n'ont quasiment rien &#224; perdre devraient avoir envie de s'exprimer en faveur des jeunes et de ceux qui sont soumis &#224; de bien plus grandes contraintes. J'aime penser que cela puisse les aider &#187; [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein s'inqui&#232;te de la mani&#232;re dont la plupart des intellectuels occidentaux restent sans r&#233;agir &#224; la fois devant l'Histoire et devant le reste du monde : &#171; Rien ne m'&#233;tonne autant que le fait que la m&#233;moire de l'homme soit si courte quand il s'agit d'&#233;v&#233;nements politiques &#187; (Lettre &#224; la reine Elisabeth de Belgique, 2 janvier 1955) [10] Juste, avant sa mort (18 avril 1955), il signe le c&#233;l&#232;bre Manifeste pour la paix Russell-Einstein (voir annexe). Note : Le terme &#171; bombe atomique &#187; a &#233;t&#233; mis sur le march&#233;, en 1945, par les militaires US pour la faire accepter par l'opinion publique. Le terme exact est en fait &#171; bombe nucl&#233;aire &#187; mais il paraissait trop r&#233;barbatif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Jean Pestieau et Jean-Pierre Kerckhofs, Einstein, &#034;La personnalit&#233; du 20e si&#232;cle&#034;, 7 mars 2005, &lt;a href=&#034;http://www.ecoledemocratique.org/ar..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ecoledemocratique.org/ar..&lt;/a&gt;. ?id_article=249 - 42k.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Fred Jerome, &#034;Einstein ... Un tra&#238;tre pour le FBI. Les secrets d'un conflit&#034;, Editions Frison-Roche, Paris, 2005. La lecture de ce livre est particuli&#232;rement recommand&#233;e. Fred Jerome, The Einstein File : J. Edgar Hoover's Secret War Against the World's Most Famous Scientist, St.Martin's Griffin Edition, New York, 2003, &lt;a href=&#034;http://www.theeinsteinfile.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.theeinsteinfile.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Fred Jerome, &#034;Einstein ... Un tra&#238;tre pour le FBI. Les secrets d'un conflit&#034;, p.58&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] ibidem, p.175&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] ibidem, p.70&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] ibidem, p.80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] ibidem, p.87&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] ibidem, p.179&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] ibidem, p.282&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] ibidem, p.178&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.gauchemip.org/spip.php?article830&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gauchemip.org/spip.php?article830&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://pierre.marage.web.ulb.be/Einstein_Esp-de-lib.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pierre.marage.web.ulb.be/Einstein_Esp-de-lib.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.skolo.org/2005/08/14/einstein-la-bombe-et-le-fbi/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.skolo.org/2005/08/14/einstein-la-bombe-et-le-fbi/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/quand-albert-einstein-etait-harcele-par-le-fbi&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/quand-albert-einstein-etait-harcele-par-le-fbi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-frison-roche.com/produit/277/9782876714670/einstein-un-traitre-pour-le-fbi&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.editions-frison-roche.com/produit/277/9782876714670/einstein-un-traitre-pour-le-fbi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/le-fbi-garderait-un-fichier-de-plus-de-1-400-pages-sur-einstein&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/le-fbi-garderait-un-fichier-de-plus-de-1-400-pages-sur-einstein&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/LAROUSSERIE/12839&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/LAROUSSERIE/12839&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/sciences-nature/einstein-dans-le-collimateur-du-fbi-23-08-2016-2063187_1924.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/sciences-nature/einstein-dans-le-collimateur-du-fbi-23-08-2016-2063187_1924.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-10-avril-2020&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-10-avril-2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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