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Accueil du site > 08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES > Pour le premier anniversaire du tremblement de terre en Haïti

Pour le premier anniversaire du tremblement de terre en Haïti

mardi 11 janvier 2011, par Robert Paris

"Du vent venu de la mer,

Haïti a tremblé

Du soulèvement surgi de la terre,

Haïti a tremblé

Du dictateur se disant notre père,

Haïti a tremblé

De l’armée qui nous a fait taire,

Haïti a tremblé

De la révolution populaire s’imposant sans manières,

Haïti a tremblé

Quand ce sera le moment des prolétaires,

Le monde va trembler...."

Poète haïtien anonyme

Pour voir le film du séisme

Un an déjà et toujours rien pour les réfugiés. 5% des amas de débris des édifices écroulés ont été extraits. Des reportages montrent les conditions atroces qui sévissent pour une grande partie de la population. L’argent de l’aide internationale n’a pas atteint les victimes. Au lieu de médecins, d’infirmiers, de pelleteuses, de matériaux de construction, Haïti est toujours occupé militairement par des forces armées du monde entier. Imaginez ! Il a fallu faire venir des soldats du Népal ! Vous imaginez où se situe le Népal et combien ce pays n’a rien d’autre à faire que d’envoyer des soldats en ... Haïti ! Qui plus est des soldats qui viennent de contracter le choléra à Katmandou et qui vont déverser, par mépris, leurs excréments dans la rivière Arbonite, provoquant une nouvelle catastrophe pour le peuple haïtien sans que les autorités internationales armées, la Minustah, n’admettent leur responsabilité et fassent quelque chose pour la payer ou la colmater : pas d’envois de médecins, d’infirmiers en supplément, pas d’envois de vaccins, au début une véritable négation de la catastrophe...

Quant aux réfugiés, toujours parqués dans des camps de toile, sous les pluies diluviennes, sans revenu, sans nourriture, sans soins, sans eau - pourtant indispensable pour combattre le choléra !!!!

Les forces armées ont prétendu être venues pour lutter contre le séisme, sauver des vies et relever des bâtiments. La réalité : rien de tout cela et ils ne sont même pas là pour défendre la sécurité des citoyens pauvres. Dans les bidonvilles et camps de tente, la seule chose qui est faite pour la sécurité, notamment pour défendre des bandes armées, l’est à l’incitative des citoyens et des comités de camp !!!

Où sont donc passés les millions de dollars récoltés ? Pourquoi l’argent qui appartient à Haîti et avait été volé par les Duvalier ne revient toujours pas dans l’ile ? Pourquoi les dettes de la France et des USA, les anciens colonisateurs, à l’égard d’Haïti ne sont toujours pas reconnues ? Pourquoi l’argent ne sert qu’à irriguer les classes dirigeantes haîtiennes ?

Pour l’anniversaire, le peuple haïtien aura droit à ... des mots : discours officiels, prières, souvenirs, mais il n’y aura aucun espoir dans ces mots !!!

Le seul espoir, c’est la révolte du peuple haïtien qui peut l’offrir...

N’oublions pas que si c’est le premier anniversaire du tremblement de terre, c’est bientôt - en septembre - le dix-septième anniversaire de l’occupation militaire étrangère et si cela devait changer quelque chose - en bien -, on l’aurait su !!!

Pour le peuple travailleur haïtien, j’accuse...

Sous prétexte d’aide aux sinistrés, les Etats-Unis mettent en place une occupation militaire

Malgré les démentis officiels, les Etats-Unis se sont bien lancés dans une nouvelle occupation militaire d’Haïti, à peine déguisée en secours aux populations sinistrées. Alors qu’à la fois le Pentagone et la Maison Blanche prétendent qu’il fallait davantage de soldats pour assurer "la sécurité et la stabilité" pour permettre l’arrivée des aides humanitaires, la violence, d’après pratiquement tous les observateurs sur le terrain, n’a jamais été un problème. Cette mobilisation militaire semble, en fait, motivée par des intentions plus malveillantes. Le gouvernement d’Haïti étant "complètement invisible" et ses forces de sécurité répressives étant anéanties, les organisations populaires (OPs) commençaient à combler le vide. Mais les puissances occidentales qui accourent à Haïti envisagent pour la reconstruction du pays des mesures fondamentales (ang), comme les ateliers de misère et le tourisme . Cette conception des choses est dénoncée par les organisations populaires, soutenues par la population extrêmement pauvre, majoritaire à Haïti. Et donc, si un projet néolibéral doit être imposé à ce pays sinistré, ce sera par la force des baïonnettes. La mobilisation prompte de milliers de soldats US n’était pas motivée par des préoccupations humanitaires ; en fait, l’armée américaine interdisait à certains avions l’accès à l’aéroport de Port-au-Prince, imposant à une grande partie de l’aide humanitaire des retards considérables. Médecins sans Frontières a déclaré que cinq de ses avions-cargos transportant 85 tonnes d’aide humanitaire et de matériel médical ont été refoulés au cours de la première semaine ; quant aux avions du PAM (Programme alimentaire mondial), ils ont dû attendre deux jours pour pouvoir enfin se poser. Un responsable du PAM indique que, sur les 200 avions qui atterrissaient ou décollaient d’Haïti quotidiennement, "la plupart étaient destinés à l’armée américaine". Au bout de 19 jours de crise, seulement 32% des Haïtiens avaient reçu une quelconque aide alimentaire (ne serait-ce qu’un seul repas), 3 sur 4 n’avaient pas accès à de l’eau potable, le gouvernement n’avait reçu que 2% des tentes qu’il avait demandées et les hôpitaux de la capitale annonçaient que leurs réserves de médicaments de base, comme les antibiotiques et les analgésiques, commençaient à baisser de façon critique. Le 9 février, le Washington Post indiquait que l’aide alimentaire consistait en guère plus que du riz, et "tous les jours, les Haïtiens doivent trouver de quoi manger, n’importe quel type de nourriture. Pas question de quelque chose de nourrissant". Parallèlement, les Etats-Unis s’étaient chargés du contrôle de l’espace aérien haïtien, avaient fait atterrir 6500 soldats, avec, à un moment donné, 15000 autres stationnant au large de l’île ; ils avaient déployé toute une armada de vaisseaux de la marine et neuf garde-côtes pour patrouiller les eaux territoriales, et c’était l’ambassade des Etats-Unis qui donnait les ordres au nom du gouvernement haïtien. Dans un compte-rendu édifiant, le NYT (ang) raconte qu’à une conférence de presse qui a eu lieu à Haïti, l’ambassadeur des Etats-Unis et le général de corps d’armée US qui commandait les troupes américaines sur place étaient assis sur le devant de la scène" alors que René Préval, le président haïtien, se tenait debout au fond de la pièce, "écoutant à moitié", et il avait fini par s’en aller sans dire un mot". Au cours de la première semaine, le commandant US, Ken Keen, annonçait que la présence de la police haïtienne était limitée parce qu’ils avaient été décimés par le tremblement de terre. Les véritables responsables du pouvoir à Haïti sont actuellement Keen, l’ambassadeur des Etats-Unis, Louis Lucke, Bill Clinton (désigné par Ban Ki-moon, le Secrétaire-Général de l’ONU pour coordonner les opérations d’aide humanitaire) et la secrétaire d’état Hillary Clinton. Quand on lui a demandé au cours de la conférence de presse combien de temps les forces américaines envisageaient de rester, Ken a répondu "je n’ai pas l’intention d’établir un calendrier", tandis que Lucke ajoutait : "nous ne faisons pas des projets en comptant en semaines, en mois ou en années. Notre but, c’est d’aller jusqu’au bout de notre mission". Alors qu’une grande partie des grands médias se focalisaient sur les "pillards", pratiquement tous les observateurs indépendants à Haïti après le tremblement de terre signalaient l’absence de violence. Même Keen, le général de corps d’armée, a décrit la situation comme étant "relativement calme" en matière de sécurité. Une des employées d’une organisation humanitaire à Haïti, Leisa Faulkner, déclare :

"Il n’y a pas de problèmes de sécurité ici. Les secouristes n’ont rien à craindre des gens. J’aimerais que les gars avec des fusils, les posent et prennent des pelles pour nous aider à retrouver ceux qui sont encore enfouis sous les gravats d’immeubles ou de maisons qui se sont écroulés. Cela me met en rage de voir des camions entiers de types armés de fusils automatiques".

Kim Ives, journaliste expérimenté sur Haïti, a dit la même chose à “Democracy Now !” :

"la sécurité n’est pas un problème. Partout à Haïti, nous voyons la population s’organiser d’elle-même en comités populaires pour déblayer, dégager les corps enfouis sous les gravats, construire des camps de réfugiés, organiser leur propre service de sécurité pour ces camps. C’est une population qui est autonome, et cela, depuis des années ".

A un moment donné, raconte Ives, un camion d’aide alimentaire est arrivé dans un quartier en plein milieu de la nuit, sans prévenir.

"Il aurait pu y avoir une émeute. L’organisation populaire locale (…) a été contactée. Ils ont immédiatement mobilisé les membres de leur groupe. Ils ont établi un périmètre de sécurité. Ils ont fait faire la queue à 600 personnes qui vivaient sur le terrain de football derrière la maison, qui sert également d’hôpital, et ils ont distribué les rations alimentaires dans l’ordre et de façon équitable ... ils n’ont eu besoin ni des Marines, ni de l’ONU".

Circulant dans les rues de la capitale dans un convoi de véhicules blindés de l’ONU, Al Jazeera raconte que "les soldats se sont pas là pour sortir les gens des gravats. Ils sont là, disent-ils, pour faire la police". Un Haïtien a raconté à la chaîne d’information :

"Ces armes qu’ils apportent, ce sont des instruments de mort. Nous n’en voulons pas. Nous n’en avons pas besoin. Nous sommes traumatisés. Ce que nous voulons de la communauté Internationale c’est une aide matérielle. De l’action, pas des paroles".

Nouvelle invasion

Cette aide, cependant, parvient sous forme de choc néolibéral. Avec l’effondrement du gouvernement haïtien, les organisations populaires des pauvres, particulièrement celles qui ont par deux fois propulsé Jean-Bertrand Aristide à la présidence sur un programme de justice sociale et économique, savent que les projets détaillés des Etats-Unis et de l’ONU élaborés pour la "reconstruction" – les ateliers d’esclaves, les spoliations de terres, et la privatisation – font partie du même système d’esclavage économique contre lequel ils luttent depuis plus de 200 ans. Cette nouvelle occupation d’Haïti – la troisième en 16 ans – entre dans le cadre de la stratégie américaine du rollback (visant à repousser le communisme, NDT) en Amérique Latine : le soutien au coup d’état au Honduras, sept nouvelles bases militaires en Colombie, l’hostilité envers la Bolivie et le Venezuela. La raison en est que les Etats-Unis tiennent à s’assurer qu’Haïti ne risquera pas "de servir d’exemple à suivre en matière d’indépendance comme le pays avait tenté de le faire sous la présidence d’Aristide – ce qui explique pourquoi il a été renversé par deux fois, en 1991 et en 2004, lors de coups d’état soutenus par les US. Le gouvernement et ses forces de sécurité répressives étant en pleine déconfiture, la reconstruction néolibérale se fera donc à la force des baïonnettes. Sachant cela, l’idée derrière cette nouvelle occupation est peut-être de reconstituer l’armée haïtienne (ou un corps similaire) qui servirait à réprimer la population. C’est là le point essentiel. Malgré toute les brutalités que les Etats-Unis ont infligées à Haïti, surtout au cours des 20 dernières années – deux coups d’état chaque fois suivis du massacre de milliers de militants et d’innocents par des escadrons de la mort armés par les Etats-Unis - les forces politiques et sociales les plus puissantes aujourd’hui, ce sont sans doute les organisations populaires (OPs) qui sont la colonne vertébrale du parti Fanmi Lavalas de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide. Par deux fois l’an dernier, alors que le parti Fanmi Lavalas avait été évincé des élections législatives, celui-ci avait organisé le boycott des urnes. Aux élections d’avril et de juin, le taux d’abstention était d’au moins 89%. Ce sont les OPs, bien que misérables et exsangues, qui comblent actuellement le vide et qui constituent le mouvement d’opposition le plus fort contre la colonisation économique. D’où tout le ramdam sur la "sécurité et la stabilité". Avec un gouvernement en déconfiture, et que malgré cela, le calme règne et la population s’organise, assurer la "sécurité" ne veut pas dire protéger la population ; cela veut dire sécuriser le pays contre la population. "La stabilité" ne veut pas dire "harmonie sociale", cela signifie la stabilité pour le capital : des bas salaires, pas de syndicats, pas de lois environnementales, et la possibilité de rapatrier les profits facilement.

La solution avec des "ateliers de misère"

Dans une tribune libre du New York Times de mars 2009, Ban Ki-moon exposait les grandes lignes de son projet de développement pour Haïti, qui prévoit de baisser les taxes de port, "développer considérablement les zones d’exportations du pays", et s’intéresser plus particulièrement à "l’industrie textile et au secteur agricole". Le projet néolibéral de Ban a été élaboré par Paul Collier, économiste à l’université d’Oxford (Nicholas Kristoff, le chroniqueur du Times admettait, en faisant la promotion du projet de Collier, que ces usines de textile étaient des "ateliers de misère" ( "sweatshops"). Collier le dit sans ambages : "A cause de la pauvreté et d’un marché du travail relativement déréglementé, Haïti a des coûts de main-d’œuvre qui peuvent tout à fait rivaliser avec ceux de la Chine". Son projet prévoit des exportations agricoles, comme l’exportation de mangues, ce qui veut dire qu’il faut expulser les agriculteurs de leurs terres et les embaucher dans les usines de vêtements dans des zones franches textiles. Pour permettre la création de ces zones, Collier demande à Haïti et aux donateurs de fournir les ports privés et l’électricité, les "droits à la terre clairs et rapides", des douanes externalisées, "un réseau routier, de l’eau et le tout-à-l’égout", et le concours du Clinton Global Initiative (CGI) pour attirer les fabricants du textile . Collier remercie la "Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti" (MINUSTAH) , dirigée par le Brésil, d’avoir établi une "sécurité crédible" , mais déplore que la durée de son mandat soit "trop courte pour susciter la confiance des investisseurs", propos qui montrent bien les liens qui existent entre le néolibéralisme et l’occupation militaire à Haïti, En réalité, la MINUSTAH est responsable de nombreux massacres dans les bidonvilles de Port-au-Prince qui sont des bastions des partisans de Lavalas et d’Aristide. Mais c’est probablement ce que veut dire Collier par "sécurité crédible". Il fait remarquer également que la MINUSTAH aura coûté au total 5 millions de dollars ; à comparer aux $379 millions que le gouvernement des Etats-Unis a alloués à Haïti pour le tremblement de terre. Il convient de signaler que 1/3 des fonds US sont réservés à l’"aide militaire" et que 42% supplémentaires aux secours d’urgence, auxquels s’ajoutent 23,5 millions de dollars affectés aux opérations de "recherche et de secours" destinées à passer les hôtels de luxe au peigne fin à la recherche de survivants. Quant à l’"envoyé spécial de l’ONU à Haïti", Bill Clinton, il affirmait, lors d’une conférence d’investisseurs étrangers en octobre 2009 à Port-au-Prince qui avait attiré des bienfaiteurs comme Gap, Levi Strauss et Citibank, qu’un secteur textile redynamisé pourrait permettre la création de 100.000 emplois. La raison pour laquelle quelque 200 entreprises, dont la moitié étaient des fabricants du textile, assistaient à cette conférence, c’est que, selon un article du New York Times, "le coût de la main d’œuvre extrêmement bas à Haïti, comparable à celui du Bangladesh, rend le pays très attractif". Ces coûts sont souvent inférieurs au salaire journalier minimum officiel de 1,75 dollars (le parlement haïtien avait approuvé une augmentation en mai dernier pour atteindre environ 5 dollars de l’heure, mais elle avait été contestée par les élites commerciales et le président René Préval avait refusé de signer le projet de loi, le rendant, par là-même, caduc. Le refus d’augmentation du salaire minimum avait déclenché de nombreuses manifestations étudiantes en juin dernier, qui avaient été réprimées par la police haïtienne et la MINUSTAH).

Les racines de la répression

Dans son livre, ’Les Racines historiques de l’État Duvaliérien", Michel-Rolph Trouillot écrit :

"la première armée d’Haïti se considérait comme l’émanation de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme". Cet état de fait a changé pendant l’occupation d’Haïti par les Etats-Unis de 1915 à 1934. Sous le contrôle des Marines américains, "la Garde haïtienne avait été spécialement créée pour combattre d’autres Haïtiens. Elle avait reçu son baptême du feu en combattant ses compatriotes".

Cette culture de la brutalité avait conduit Aristide à dissoudre l’armée en 1995. Cependant, avant le démantèlement de l’armée, en 1994, à la suite de l’invasion US qui ramenait au pouvoir un Aristide aux mains liées politiquement, "des agents de la CIA qui accompagnaient les troupes US se lançaient dans une nouvelle campagne de recrutement pour l’agence" parmi lesquels, d’après Peter Hallward, auteur de "Damning the Flood : Haiti, Aristide and the Politics of Containment", les dirigeants de l’escadron de la mort appelé le FRAPH (Front pour l’Avancement et le Progrès à Haiti). Il ne faut pas oublier le double jeu auquel s’était livrée l’administration Clinton sous couvert d’intervention humanitaire. Le journaliste d’investigation, Allan Nairn (en anglais) explique qu’en 1993, 5 à 10 mille armes d’infanterie avaient été envoyées par bateau depuis la Floride, malgré le blocus maritime US, aux responsables du coup d’état. Ces armes avaient permis au FRAPH de multiplier les actes de violence contre les mouvements populaires. Et ensuite, invoquant la violence accrue du FRAPH en 1994, l’administration Clinton avait fait pression sur Aristide pour qu’il accepte une invasion américaine, parce que, disaient-ils, le FRAPH était en train de devenir "la seule option possible". Sitôt les 20.000 soldats avaient-ils débarqué sur l’île qu’ils entreprenaient de protéger les membres du FRAPH, en les libérant de prison, en refusant de les désarmer ou de saisir de leurs caches d’armes. Le leader du FRAPH, Emmanuel Constant, avait raconté à Nairn qu’après l’invasion, la DIA ("U.S. Defense Intelligence Agency") se servait du FRAPH pour réprimer les "activités subversives". Parallèlement, le département d’état et la CIA se chargeaient de truffer la police nationale haïtienne d’anciens militaires, dont beaucoup étaient rémunérés par les US. En 1996, l’armée haïtienne et les forces du FRAPH seraient restées armées et présentes dans pratiquement toutes les localités du pays, et les paramilitaires "incitaient à la violence urbaine dans le but de détruire l’ordre social". Au cours du début des années 90, un groupe séparé de militaires haïtiens, parmi lesquels Guy Philippe - qui avait dirigé le coup d’état de 2004 contre Aristide - avaient été secrètement emmenés en Equateur, où ils se seraient entraînés dans une base militaire US. Hallward raconte que le second coup d’état avait commencé en 2001 comme une "lutte contre-révolutionnaire" en République Dominicaine avec, à la tête du mouvement, Philippe et l’ex-commandant du FRAPH, Jodel Chamblain. Un reportage de "Democracy Now !”, le 7 avril 2004 affirmait que l’International Republican Institute financé par le gouvernement US fournissait les armes et des stages de technique militaire aux forces anti-Aristide en République Dominicaine, où "200 membres des forces spéciales US étaient présentes dans la région pour instruire ces soi-disant rebelles". Un élément-clé de la campagne menée contre Aristide après sa prise de fonction en 2001 avait été la déstabilisation économique provoquée par la suppression d’une grande partie des aides destinées aux constructions de routes, au programme contre le sida, à la distribution de l’eau et aux soins de santé. Un des facteurs dont a dépendu le coup d’état a probablement été soit la campagne publique intense d’Aristide qui exigeait que la France rembourse la somme d’argent qu’elle avait extorquée à l’ancienne colonie esclavagiste en 1825 pour le prix de sa liberté, et qui était estimée à 21 milliards de dollars, soit parce qu’Aristide coopérait avec le Venezuela, la Bolivie et Cuba pour créer des alternatives à la domination économique des Etats-Unis dans la région. Après le renversement d’Aristide en février 2004, il y a eu une nouvelle série de massacres, 800 cadavres ayant été entassés en à peine une semaine au cours du mois de mars. Une enquête du Lancet, le magazine médical britannique (ang) réalisée en 2006 avait établi que 8000 personnes avait été assassinées dans la région de la capitale au cours des premiers 22 mois du gouvernement du coup d’état soutenu par les US et 35.000 femmes et jeunes filles avaient été violées ou avaient subi de agressions sexuelles. Les OPs et les militants de Lavalas avaient été décimés, en partie au cours d’une guerre de l’ONU contre les quartiers de Bel Air et de à Port-au-Prince, principaux bastions du parti Lavalas, Cité Soleil étant un bidonville à la population dense de quelque 300.000 habitants (Hallward affirme que les Marines U.S. étaient impliqués dans un certain nombre de massacres dans des endroits comme Bel Air en 2004.)

Davantage de libre-échange

Moins de 4 mois après le coup d’état de 2004, la journaliste Jane Regan (ang) décrivait l’avant-projet économique, "le Cadre de Coopération Internationale (CCI)", qui demande davantage de zones de libre-échange, s’intéresse essentiellement au tourisme et à l’agriculture d’exportation, et suggère la privatisation, à terme, des entreprises publiques du pays". Regan écrit que ce projet a été élaboré par des gens qui n’ont été élus par personne, principalement des techniciens étrangers et des institutions comme l’USAID ( U.S. Agency for International Development) et la Banque Mondiale. La majorité de ce plan avait été mis en œuvre sous Préval, qui avait annoncé en 2007 un plan pour la privatisation de Téléco, la compagnie publique des téléphones, qui était présentée par Bill Clinton et Ban Ki-moon comme la solution pour Haïti pour sortir de la pauvreté. Le Wall Street Journal présentait comme des réussites la création de "10.000 emplois dans l’industrie du textile", celle d’un "complexe hôtelier de luxe" dans le quartier très chic de Pétionville, et les 55 millions d’investissements de Royal Caribbean International (Croisières Caraïbes occidentales compagnie spécialisée dans les croisières, NDT) pour sa "plage privée paradisiaque à Haïti", située juste au nord de la capitale, entourée d’un mur de fer de 3 mètres de haut, et surveillée par des gardes en armes. (cet investissement là, d’après la compagnie, comprend une nouvelle jetée de 250 mètres, un Beach Club-Pieds nus avec des cabines privées, des montagnes russes avec commandes individuelles sur chaque chariot, une plus grande capacité d’accueil des restaurants et un marché artisanal plus vaste. Haïti bien sûr était là avant quand l’agence pour le développement international US parlait de la transformer en "Taiwan des Caraïbes". Dans les années 1980, sous Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier, l’agence avait transformé un tiers de terres cultivées en cultures d’exportation pendant que quelque 240 multinationales, qui employaient, selon l’universitaire Yasmine Shamsie, entre 40.000 et 60.000 personnes, en majorité des femmes, à assembler des vêtements ou à coudre des ballons de baseball pour la ligue majeure de baseball et les produits Disney. Ces emplois qui payaient à peine 11 cents de l’heure, avaient coïncidé avec une baisse des revenus par personne et des conditions de vie (Ban Ki-moon veut qu’Haïti s’aligne sur le Bangladesh, où les ateliers de misère payent 6 cents de l’heure). Avec des revenus si faibles, il ne restait pas grand-chose aux travailleurs après avoir payé l’alimentation et le transport jusqu’à leur lieu de travail. Ces zones indépendantes de traitement de produits destinés à l’exportation, souvent financées par l’USAID et la Banque Mondiale, rapportent également très peu à l’économie nationale, tout le matériel utilisé étant importé et pratiquement exonéré d’impôts. Les élites utilisent les structures d’importation exemptées de taxes pour faire entrer en fraude des produits de luxe. La réaction du gouvernement a été de taxer davantage les produits de consommation courante, et ce sont les pauvres qui en ont le plus subi les conséquences. Les différentes politiques agricoles préconisées par les US, comme celles qui ont forcé les cultivateurs de riz haïtiens à rivaliser avec l’agrobusiness américain considérablement subventionné ont, selon les estimations d’Oxfam, fait perdre 830,000 emplois dans l’agriculture, ce qui a entraîné une augmentation de la malnutrition. Cela, ainsi que la décimation des cochons créoles (soi-disant par crainte d’une épidémie de peste), poussaient les paysans à l’exode vers des zones urbaines, en même temps que les promesses d’embauches, forçant les migrants à aller s’installer dans des bidonvilles précaires. Il est difficile de ne pas en conclure que ces plans de développement ont joué un rôle prépondérant dans les pertes de vies humaines effroyables à Port-au prince. Le dernier projet , en suspens actuellement à cause du tremblement de terre , est "un parc industriel de 50 millions de dollars qui hébergerait une quarantaine d’usines et d’entrepôts" et financé par le Soros Economic Development Fund, fondation de George Soros (oui, ce Soros là !). Cette nouvelle implantation serait prévue à Cité soleil. James Dobbins, ex-envoyé spécial de Bill Clinton à Haïti, avait évoqué d’autres mesures dans une tribune du New York Times : "cette catastrophe est l’occasion d’accélérer des réformes souvent retardées, parmi lesquelles "briser, ou du moins, réorganiser, le monopole de la compagnie publique des téléphones"’’. Il en va de même pour le ministère de l’Education, la compagnie d’électricité, le ministère de la Santé et les cours de justice". Il est clair que la "stratégie du choc" est bel et bien vivante à Haïti. Mais étant donné la puissance des organisations populaires et la faiblesse du gouvernement haïtien, elle devra être imposée par la force. Pour ceux qui se demandent pourquoi les Etats-Unis tiennent tant à avoir la mainmise sur un pays si pauvre, si sinistré et insignifiant en apparence qu’Haïti, c’est Noam Chomsky (ang) qui le résume le mieux :

"Pourquoi les Etats-Unis étaient-ils si déterminés à détruire le Laos, si pauvre que les paysans savaient à peine qu’ils vivaient au Laos ? Ou l’Indochine ? ou le Guatemala ? ou Maurice Bishop à La Grenade , capitale mondiale de la noix de muscade ?

Les motifs en sont pratiquement les mêmes, et sont expliqués dans les archives internes. Ce sont des "virus" qui pourraient "contaminer les autres", ces derniers risquant eux aussi de vouloir s’engager dans la voie de l’indépendance. Plus ils sont petits et faibles et plus ils sont susceptibles d’être dangereux. S’ils y sont arrivés, pourquoi pas nous ? Le Parrain laisse-t-il le petit commerçant s’en tirer sans payer ?

Arun Gupta

6 Messages de forum

  • Pour le premier anniversaire du tremblement de terre en Haïti 11 janvier 2011 10:17, par Bataille socialiste

    En 2008, un rapport du Center for International Policy a montré qu’en 2003, Haïti a dépensé $54,7 millions pour son service de la dette, alors que l’aide internationale totale pour les soins de santé, l’éducation et les autres services n’a été que de $39,21 millions. En d’autres mots, Haïti, un pays dévasté par la pauvreté, a continué à voir sa richesse être extraite du pays et dirigée vers l’étranger.

    La dette Haïtienne se chiffre à $891 millions, presque toute contractée après 2004, donc après le coup d’État qui évinça Aristide et mis Latortue au pouvoir. Elle représente une somme faramineuse pour un pays ruiné, en proie à des désastres à répétition, et qui est étranglé par les grandes puissances qui le maintiennent dans un état de dépendance et de pauvreté révoltant.

    L’attitude de Shylock du FMI vis-à-vis Haïti fait partie d’un processus international qui permet au capital de maintenir certaines zones « périphériques » sous la dépendance des pays riches et puissants, qui s’en servent comme réservoir jetable de main-d’oeuvre à bon marché, et comme terrain de déversement de leurs surplus agricoles, au mépris des conditions de vie des populations locales. Pour Haïti, le seul véritable espoir de changement réside dans l’abolition de ce système inique.

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  • Ils sont le choléra du monde

    La nuit est mauve dans mon cœur
    Les troncs noirs sur le soleil couchant
    Il pleut dans mon âme
    Les branches mortes gouttent
    Sur la terre rouge
    L’heure est tendre et triste
    Mon corps git au sol
    Jeté par les soldats
    Des forces internationales
    Venues de partout
    Pour nous sauver de la vie
    Pour nous assassiner
    Pas de sépulture
    Pas de pitié
    Pas de regrets
    Ne m’oublie pas mon ami
    Mon camarade
    Prolétaire du monde
    Mais, surtout, n’oublie pas
    Que ces soldats sont là aussi
    Pour préparer ta mort
    Comme ils ont organisé la mienne
    Pas de haine, pas de regrets
    Mais n’oublie rien
    N’aie pas de pitié pour cet ordre inique
    Qui opprime et qui tue....

    Poète haïtien anonyme

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  • Même "Le Monde", peu suspect de radicalisme écrit :

    "Deux enquêtes épidémiologiques (1) internationales ont confirmé que la source de l’épidémie provenait du camp népalais de la Minustah, situé près de Mirebalais, dans le centre du pays. Les déchets produits par le camp infecté ont été déversés - « en quantités phénoménales », selon le premier rapport - dans un affluent du fleuve Artibonite, le plus important du pays.

    L’épidémie a déjà officiellement causé plus de 3 000 décès et affecté plus de 52 000 personnes. Mais, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (2), le nombre de cas pourrait atteindre 70 000, la maladie touchant environ 400 000 personnes au cours des douze prochains mois. De leur côté, les autorités sanitaires et les organisations non gouvernementales (ONG) se déclarent impuissantes à enrayer la contagion.

    Ces révélations viennent ébranler la crédibilité de la force internationale dirigée par le Brésil, dont l’efficacité a déjà été mise en question. Alors que l’incertitude sur l’issue du scrutin électoral et les suspicions de fraude provoquent une nouvelle flambée de violence dans la capitale, Port-au-Prince, que près d’un million de personnes vivent toujours dans des campements insalubres livrés aux gangs, l’action onusienne est ressentie une nouvelle fois comme un échec, échec d’ailleurs pleinement reconnu par M. Ricardo Seitenfus, qui représente l’Organisation des Etats américains (OEA) en Haïti depuis 2008 : « Haïti est la preuve de l’échec de l’aide internationale », a-t-il concédé dans une entrevue accordée au journal suisse Le Temps le 20 décembre. Immédiatement après ces propos, le haut fonctionnaire a été rappelé au siège de l’organisation.

    La Minustah est la cinquième mission de maintien de la paix organisée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui compte dix-sept ans de présence dans le pays (3). Elle a fait suite à l’intervention américaine qui renversa le président élu Jean-Bertrand Aristide : son mandat de « restauration de la démocratie » ne manqua pas de susciter quelques doutes parmi la population. Lors du lancement de la mission, en juin 2004, le secrétaire des Nations unies, M. Kofi Annan, ne dissimulait pas ses inquiétudes :« Tâchons cette fois de réussir », avait-il lancé.

    Peu cependant réclament encore ouvertement le départ immédiat des casques bleus. Ceux-ci représentent le fragile, mais dernier espoir de sécurité dans un pays dévasté et en proie à l’instabilité politique permanente, qui ne dispose plus d’aucune structure de protection civile efficace. Mais ils doivent cependant faire face à de sérieuses difficultés d’organisation : ils rassemblent plus de 7 800 militaires, 2 136 policiers (UNPOL) et plus de 2 000 civils, originaires de pas moins de 41 nations (principalement du Sud), et la coordination logistique s’est révélée d’une complexité insurmontable pour le commandement brésilien, encore inexpérimenté dans ce genre de mission.

    Pis : la force multinationale a connu de nombreux scandales. Deux ans après le début de la mission, le chef de la police haïtienne, M. Mario Andresol, a dû reconnaître la collusion qui liait les gangs du bidonville de Cité-Soleil aux services de police et au contingent de casques bleus jordaniens (4). En novembre 2007, 108 soldats sri-lankais étaient rapatriés pour avoir eu recours à des prostitué(e)s mineur(e)s (5). Le mois suivant, une enquête révélait que des employés onusiens s’étaient rendus coupables de mauvaise gestion, de fraudes et de malversations à hauteur de 610 millions de dollars (6). Enfin, la mort du précédent chef militaire de la mission, le lieutenant-général brésilien Urano Bacellar, dans sa chambre d’hôtel à Port-au-Prince, le 6 janvier 2006, demeure un événement parmi les plus troubles qui entourent la mission.

    Car même sur le volet de la sécurité, le bilan de la Minustah est décevant. Dans une situation de guérilla urbaine, ni les coûteux équipements ni les stratégies militaires ne se sont révélés adaptés pour affronter des gangs qui circulent et se cachent à leur aise dans les bidonvilles de la capitale. Les troupes essuient régulièrement des tirs dans ces zones et les répliques de la part des casques bleus font des victimes dans la population. Les méthodes musclées de la police ont d’ailleurs été épinglées par Amnesty International, qui accuse la Minustah de l’appuyer dans des actes de violation systématique des droits humains, principalement dans les quartiers défavorisés (7). En janvier 2006, la population s’était émue après que les casques bleus eurent ouvert le feu sur des Haïtiens qui protestaient, à la frontière dominicaine, contre la mort de vingt-cinq Haïtiens retrouvés asphyxiés dans le pays voisin.

    Ces trop nombreuses affaires ont avivé la colère de la population haïtienne, qui voit s’ajouter à ses épreuves une épidémie ravageuse. Lasse, elle demande à savoir quand les soldats se retireront.

    La spécificité du contexte politique, social, historique et géographique fait de la Minustah une mission des plus délicates ; l’armée américaine le sait bien, qui a encerclé les bidonvilles lors de son intervention en 2004 pour empêcher un soulèvement populaire en faveur de M. Aristide, avant de laisser le Brésil se charger de la gestion de la situation."

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  • Le problème de ce pays que vous connaissez, c’est que justement ceux qui n’ont même pas le salaire minimum, les Lamour Dérance, les Caca Poule, les Mamzèl, les Alaou, les Petit Noël Prieur et autres Romaine la prophétesse, c’est-à-dire la majorité du peuple, n’ont jamais été intégrés à la société, n’ont jamais été un élément de la définition du pays auquel ils sont censés appartenir : niés, refoulés, ils ont toujours été laissés aux portes des salons de ce pays que vous connaissez. Tant qu’ils resteront « en dehors » il y aura des Lamour Dérance, des Caca Poule, des Mamzèl, des Alaou, des Petit Noël Prieur et des Romaine la prophétesse. De la même façon « qu’il faut que tout change pour que tout reste pareil », il faut, comme en avait eu l’intuition le fondateur de ce pays que vous connaissez, que tous puissent entrer dans les salons politiques pour que tous soient des Nobles ! Ce qui est terrible, ce qui conditionne l’existence des Lamour Dérance, Caca Poule, Mamzèl, Alaou, Petit Noël Prieur et Romaine la prophétesse, c’est qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de légitimer leur suggestion car pour eux, toujours, « lente à croître est valeur quand pauvreté l’accable », et la seule valeur dont ils disposent est la violence, la violence qui est un moyen, un pouvoir de nuisance, peut-être une expression, jamais une fin en soi : on l’oublie trop souvent. Ils ne sont pas prêts, comme les autres membres de la société, à renoncer au profit de l’État à la violence qu’ils subissent non seulement de la part de l’État mais aussi de la part de ceux qui soi-disant y ont renoncé au bénéfice de l’État. Or, pendant ce temps, on a assisté, et on assiste, dans ce pays que vous connaissez, à une socialisation des coûts et une privatisation des bénéfices : tous les citoyens de ce pays sont obligés de collaborer aux dépenses de l’État, mais seuls quelques uns profitent des bénéfices de l’État. Ceci dure depuis l’indépendance de ce pays. Et quand ils ne bénéficient pas directement des activités de l’État, ils volent, avec la conscience la plus tranquille. « Voler l’État, c’est pas voler. », disent les bourgeois de ce pays.

    Au lieu d’essayer de régler ce problème en l’envisageant dans son ensemble, Qui-vous-savez a préféré procéder par « cas par cas », convoquer quelques « meneurs » et les dévoyer en leur offrant quelques privilèges, quelques sous : c’est assez dans sa manière, qui privilégie toujours la tactique aux dépens de la stratégie, le détail au lieu du tout, du plan, la technique à la place de la science. Il ne comprend pas que ce qui est en jeu, c’est qu’il n’y ait plus de conditions sociales, économiques, qui permettent l’existence des Lamour Dérance, Caca Poule, Mamzèl, Alaou, Petit Noël Prieur et Romaine la prophétesse. Il faut les éliminer non pas par des opérations policières, non par dévergondage de quelques leaders, mais par des initiatives économiques et sociales qui rendent impossible leur émergence.

    Les salons politiques auxquels on faisait allusion, les seuls salons politiques qui existent, qui devraient exister, ce sont les bureaux de vote. Il ne devrait pas en avoir d’autres dans une démocratie. La décision doit rester au milieu, c’est-à-dire dans les urnes. Il faut faire que les Lamour Dérance, Caca Poule, Mamzèl, Alaou, Petit Noël Prieur et Romaine la prophétesse rencontrent les conditions qui leur permettent de penser à Dieu – ou au bien commun, ou à la Patrie, à n’importe quel noble objet et non pas uniquement à trouver des chaussures afin de ne plus avoir froid aux pieds – et faire en sorte que la pauvreté n’accable plus leur valeur, qu’elle puisse croitre, et qu’ils puissent la cultiver, la montrer. Il faut stopper, chez eux, l’évanouissement du désir, ce sentiment qui les accable que quoi qu’ils entreprennent, tout est voué à l’échec. Depuis deux-cents ans (et quelques poussières !) ces « gens-là » sont systématiquement écartés. Et en plus les gens « en dedans », les « bourgeois », les « aristocrates », ceux des salons, prétendent qu’on ne peut confier les affaires de l’État à « des ignorants, des analphabètes, ils ne savent rien ». On ne fait pas ici le panégyrique de l’obscurantisme, au contraire, on le condamne, on montre que ceux qui prétendent qu’ils savent sont non seulement des obscurantistes mais des ignorants. Il faut les voir se rengorger, se féliciter de leurs diplômes que le plus souvent ils n’ont pas, comme ce malotru qui prétend détenir un diplôme d’une école de génie de Suisse et qui s’estime apte à briguer la présidence de ce pays que vous connaissez, et qui très probablement ne sait même pas où se trouve la Suisse, qu’il confond avec un couteau, le couteau suisse à plusieurs lames : d’ailleurs le registraire de l’école en question a de sa voix douce déclaré que le nom de ce candidat à la présidence de ce pays que vous connaissez ne se trouve pas dans ses livres. On va sur son « site », comme nous, gens de l’Internet, disons maintenant, et sous la rubrique « Programme » on ne trouve rien, le blanc, un silence assourdissant. Comme son maître (ou son esclave ? on ne sait rien des relations de ces étourdissants « cavaliers polka »), il ne dit rien, ne promet rien, silence total, ce qui lui permettra, il l’espère, de rétorquer, comme le fait son mentor, à ceux qui lui reprocheront de ne rien faire « qu’il n’avait rien promis ». Mais comme dit Jünger dans une lettre à Heidegger, « le silence est la plus forte des armes, à condition que se dissimile derrière lui quelque chose qui mérite d’être tu ». Est-ce que le silence de ce… monsieur cache quelque chose qui mérite d’être tu ? Est-ce que son passé, les nombreux diplômes qu’il n’a pas, suggèrent une épaisseur de pensée, une présence, une philosophie ( ?), une probité, un sens du devoir, un dévouement à la chose publique, une abnégation, une présence patriotique, quelque chose de tellement évident qu’il n’a pas besoin de la mentionner ?

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  • Rosie Benjamin is just one of over 1.3 million people living in Haiti’s 1,354 squalid refugee camps. She and 1,200 others are jammed into 300 tents and plastic tarp-shacks on a soccer field in Grand Goâve.

    Like about 70 percent of Haiti’s refugee camps, the residents here are on their own. Apart from water deliveries, they get nothing from the government and the massive humanitarian apparatus on the ground. No food. No jobs. And no news about their future.

    "We went to City Hall, we didn’t learn anything. We went to Terre des Hommes, nothing," Banjamin said. "So far we haven’t gotten anything. Nothing. We are sitting here and we have no idea what anyone is thinking."

    Benjamin and her neighbours live on money from relatives overseas, share what food they have, and every now and then a non-governmental organisation (NGO) drops off some bulgar wheat and vegetable oil, but that’s about it. Some of the children – many of whom will likely not go to school this year – even have orange-tinted hair.

    Asked about that obvious sign of malnutrition and other conditions, Deborah Hyde, a member of the U.N. "Shelter Cluster" – a U.N.-mandated management team tasked with trying to coordinate the NGOs working on the shelter issue – said that in March, most food distributions stopped because, she said, the Haitian government requested that the NGOs cease the handouts.

    Besides, she added, "[M]alnutrition is unfortunately something that has been here since the 1980s."

    Hyde said that she felt some camp residents actually had a place to live, or could find one. Instead, they stay because, she said, "to be perfectly frank, are afraid they will miss a [food or aid] distribution."

    But Benjamin and her neighbours say nothing could be further from the truth. Some camp residents are homeowners but they do not have the means to destroy their hulk of a home, truck away the rubble, and rebuild. Others are renters. Benjamin, like almost two-thirds of Haiti’s homeless, rented her home. That means that she can’t move her family back home until her landlord makes repairs.

    Benjamin said nobody is in her camp by choice. And no wonder - recent reports document increasing expulsions, gang activity and sexual exploitation, unsanitary conditions and putrid, inadequate latrines.

    And so, despite the massive flow of donations – from citizens and governments – to humanitarian agencies, nine months after the catastrophic earthquake which killed some 300,000 people and devastated the capital and other major cities, most of Haiti’s "internally displaced people" are exactly where they were on Jan. 13 : crammed into cardboard, canvas and plastic shantytowns, exposed to hot sun and to the frequent downpours and storms of Haiti’s infamous "rainy season".

    Last month, a storm touched down in the capital Port-au- Prince, killing six people and destroying 8,000 tents.

    The apparent stagnation of resettlement efforts has led camp residents like Benjamin to assume there is no plan for the internal refugees.

    But there is.

    A three-week investigation by a new "reconstruction watch" effort, Ayiti Kale Je/Haiti Grassroots Watch, unearthed one. Unfortunately for Benjamin and her neighbours, however, it is a plan that is unlikely to succeed.

    Crafted by U.N. agencies and the NGOs, the plan has three options :

    • Return homeless to their neighbourhoods of origin, but into better-built and better-zoned houses ;

    • Convince some to move to the countryside ;

    • Put the rest in new housing developments on new land.

    On paper – Haiti Grassroots Watch obtained the Oct. 5 draft of the "Strategy of Return and Resettlement", translated from French – the plan seems sound. Put families into safe "transitional shelters" or T-Shelters – wooden or plastic houses – while more permanent, earthquake-safe structures go up in properly planned rebuilt or new neighbourhoods.

    But there are many challenges, including the fact that so far, the government hasn’t officially bought into it.

    Shelter Cluster Coordinator Gehard Tauscher said the lack of coordination and participation at the national level is a real roadblock, noting he wished "all layers of the government would come together and speak with one voice."

    "I wish they would lock up all of the people in a nice place for a weekend – the U.N., the agency people and the national government – and not let them out until they make decisions," he said.

    There are so many other obstacles, almost every step of the plan appears difficult, if not nearly impossible, to implement.

    Take the T-Shelters, for example. First of all, there are over 300,000 families who need safe shelters. The agencies and NGOs are planning to build only 135,000. What about the other 165,000 families ? And where will the shelters be put ?

    That’s not an insurmountable challenge. NGOs can try to negotiate leases for families like Benjamin’s. But but who will pay the lease ?

    That leads to another - Haiti’s "land problem".

    Haiti’s land tenure system is "a bordello… a complete disorder that has been going on for 200 years," according to Bernard Etheart, director of the National Institute of Agrarian Reform.

    Ever since Haiti’s independence, dictators have stolen, sold or given land to their families and allies. Many "owners" do not have titles to prove their ownership, while some parcels have two or three "owners", all with "legal" papers.

    Added to the land issue is another roadblock – quite literally. There are an estimated 20 to 30 million cubic tonnes of rubble around the capital and Haiti’s smaller affected cities that experts say will take years to clear.

    In its three-article series, Haiti Grassroots Watch ran through the plan and pointed out the challenges, concluding that the problem of Haiti’s 1.3 million homeless can’t be dealt with until the underlying structural issues are tackled.

    Dr. Paul Farmer, the U.N. Deputy Special Envoy for Haiti and also co-founder of Partners in Health, put it this way : "[W]hat happened on Jan. 12 is aptly described as an ’acute- on-chronic’ event."

    Sanon Renel of FRAKKA, the Front for Reflection and Action on the Housing Issue, a coalition of camp committees and human rights groups that advocates for the right to housing, echoed Farmer.

    "The NGOs don’t have a solution to the country’s problems. We need more than a short-term solution. We need another kind of state - a state that serves the majority," he said.

    In the meantime, camp dwellers are getting impatient. Benjamin’s neighbour, 21-year-old Marie Lucie Martel, said she was tired of seeing the NGOs "making tonnes of money, driving expensive rental cars".

    "I have a message for the government and all the NGOs. If they don’t take care of us, we will revolt. They won’t be able to drive down this highway. They will call us violent – they will call us all kinds of names. But we are being forced to do this, because ’hungry dogs don’t play around’," she warned.

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  • Au Népal aussi, les autorités étatiques démontrent leur totale incapacité à faire face au tremblement de terre et le peuple se révolte...

    La police anti-émeute ne parvient pas à ramener le calme parmi les milliers de survivants du séisme au Népal en colère faute de secours, faute d’aide des autorités et notamment faute de trouver un bus leur permettant de quitter Katmandou.

    La police a été déployée à la gare routière, près du parlement, où la foule s’était rassemblée dès avant l’aube dans l’espoir de pouvoir monter à bord d’un bus spécial promis par le gouvernement.

    Des échauffourées ont éclaté entre la foule et les autorités lorsque les survivants ont perdu patience devant l’absence de ces bus. « Nous attendons depuis l’aube. Ils nous ont dit qu’il y aurait 250 bus mais aucun n’est encore arrivé », explique Kishor Kavre, étudiant de 25 ans venu dans l’espoir de partir de la capitale en ruines.

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