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Edito - Le capitalisme... et après ?

jeudi 18 février 2016, par Robert Paris

Edito

Le capitalisme… et après ?

Bourses en berne, banques affolées, trusts jusque là prospères en déclin, banques centrales atteignant leurs limites d’intervention, secteurs productifs délaissés, pays émergents qui plongent, craintes persistantes pour l’économie chinoise, tout semble ligué pour recréer ce que chacun voulait définitivement rendre impossible : un nouvel effondrement comme en 2007-2008 !

Les explications qui nous sont données restent généralement en surface des choses, se contentant de phénomènes conjoncturels, au mieux des effets momentanés qui ne sont nullement les causes profondes de la déstabilisation mondiale du capitalisme. Exactement d’ailleurs qu’en parlant en 2007 de « crise des subprimes », on en était restés à la surface des choses ou aux conséquences mais on s’était bien gardé d’examiner, du moins publiquement, les causes…

On s’est bien gardés, en particulier, de nous dire que la situation, depuis 2008, n’a plus rien à voir avec toutes les crises économiques du capitalisme que ce système a connues périodiquement depuis sa naissance, qu’on ne peut plus raisonner comme s’il oscillait toujours entre périodes de récession et périodes de prospérité, comme si on continuait à laisser les crises détruire des trusts, des banques, des bourses et des financiers qui avaient failli alors que, pour la première fois historique en 2008, on a choisi, au contraire, de ne plus laisser une seule grande banque, un seul trust, une seule bourse faire faillite.

Dans ces conditions, alors que les grandes entreprises capitalistes en faillite étant systématiquement sauvées artificiellement, comme récemment AREVA et EDF, on ne peut plus parler de crise capitaliste, ni du coup de reprise possible puisqu’on n’a pas laissé la crise se développer jusqu’à son terme.

Evitant d’expliquer ce qui se passe vraiment, les commentateurs s’en tiennent à des visions superficielles de quelques événements pris dans la conjoncture et qui ne permettent aucune interprétation sérieuse des phénomènes fondamentaux en cause.

On entend ainsi parler de « crise des subprimes », de « crise grecque », de « crise chinoise », de « crise japonaise », de « crise des pays émergents », de « crise de confiance inter-banques », de « crise des prix du pétrole », de « crise de l’Europe », de « crise des banques », de « crise des monnaies », etc., sans qu’on voie dans ces commentaires quel lien serait établi entre ces diverses « crises » et pourquoi on nous parle de « crise » alors qu’aucun des mécanismes classiques des crises (notamment des faillites) n’a cours.

Huit ans après le sauvetage du système mondial en 2008, nous nous retrouvons à nouveau dans une situation mondiale dans laquelle on peut s’attendre d’un jour à l’autre à un effondrement économique alors qu’on nous avait affirmé que ce n’était plus possible, que « la leçon était tirée » et que les banques, les bourses, les banques centrales et les financiers étaient désormais tenus à un fonctionnement prudentiel évitant ce type de situation catastrophique…

Certains avaient même prétendu que le capitalisme était de nouveau en plein développement dynamique, réussite qui se montrait prétendument dans des chiffres favorables de l’économie américaine. Il s’avère maintenant qu’il s’agissait tout au plus d’un effet assez faible des mesures d’aide massives de l’Etat américain et de la banque centrale américaine et d’un traficotage des chiffres réels de l’économie, chiffres bien moins favorables que ce qui était prétendu, en particulier pour le chômage et les créations d’emploi.

Les Etats et les banques centrales ont pu injecter longtemps des sommes colossales dans l’économie et permettre ainsi à l’activité capitaliste de poursuivre, un moment, son cours, mais on ne peut pas faire fonctionner artificiellement le capitalisme quand… il ne veut plus fonctionner, quand les investisseurs privés ne veulent plus investir dans le capital productif, quand les capitalistes misent sur la chute, sur l’effondrement plutôt que sur le développement et le succès du capitalisme !!!

Les Etats ont beau distribuer des encouragements aux capitalistes, leur donner des aides, leur suggérer des investissements rentables, ils ne parviennent pas à enrayer le sens dans lequel agit maintenant les possesseurs de capitaux : chercher des profits fondés sur la destruction plutôt que sur la construction.

L’exemple du Japon est instructif : l’Etat a injecté les sommes plus colossales de l’histoire ce pays pour aider à la reprise économique et cela n’a rien donné : rien du tout !

L’exemple chinois n’est pas moins clair : tous les moyens de l’Etat sont actuellement mis au service d’une tentative désespérée de sauver l’économie chinoise au point que les fonds détenus par le pouvoir central chutent dangereusement. Eh bien, toutes les interventions financières de la puissance centrale n’ont eu aucun effet : l’économie chinoise chute irrémédiablement de mois en mois et même de jour en jour. D’autres méthodes du pouvoir central ont même été employées pour contrer la chute irrémédiable : on a interdit les transactions quand les valeurs chutaient, on a fermé la bourse, on a imposé des valeurs des actions. Et rien n’y a fait : dès que la bourse a été rouverte, dès que les actions sont revenues en vente, tout a chuté !

On pourrait se dire : eh bien, ce n’est qu’une crise de plus, le capitalisme en a connu des dizaines et il n’en est pas mort. Même des crises gravissimes comme 1929 ou comme les deux guerres mondiales ne l’ont pas atteint sérieusement et il se sauvera une fois de plus.

Encore faudrait-il que ces « optimistes » nous expliquent ce qui se produit vraiment cette fois-ci et pourquoi les pays capitalistes ne réagissent pas à cette situation comme ils l’ont fait classiquement dans les crises passées, en laissant les faillites se dérouler pour permettre aux affaires de s’éclaircir et à l’économie de se relancer sur des bases assainies… Il faudrait qu’ils nous expliquent la signification des mesures étatiques prises : à quoi servent ces milliers de milliards de dollars de fonds publics injectés dans l’économie et sur les marchés, en quoi peut-on espérer qu’ils permettent de soutenir l’économie, s’il s’agissait d’une crise classique et pourquoi n’a-t-on jamais procédé ainsi dans les crises capitalistes classiques.

Bien sûr, les classes ouvrières sont prêtes à accepter l’idée que les Etats et les banques centrales doivent intervenir pour aider l’économie, à s’imaginer qu’ils font cela pour éviter les faillites, pour empêcher les licenciements massifs, pour sauver le pays… Mais cet argument est fallacieux parce que le capitalisme et les états capitalistes se moquent des emplois comme de leur dernière chemise et n’interviennent absolument pas pour sauver les emplois. Ils n’interviennent même pas pour sauver les entreprises et même pas parce que ce sont des Etats qui sont copains des patrons. Non, ils sont bel et bien intervenus massivement parce que, sinon, il ne resterait pas pierre sur pierre de tout l’édifice économique et social de la bourgeoisie mondiale, pas une entreprise capitaliste, pas une banque, pas un financier, pas une bourse. Pas un seul des mécanismes de l’économie capitaliste n’aurait survécu après 2008, si les Etats et les banques centrales n’avaient pas garanti qu’ils étaient prêts à intervenir financièrement sans compter, sans aucune limite de niveau d’intervention, c’est-à-dire en jetant des milliers de milliards de dollars.

Leur intervention massive ne s’explique nullement par le désir d’aider individuellement les capitalistes mais par le « risque systémique », c’est-à-dire par le besoin absolu des classes dirigeantes de sauver leur système, au bord du gouffre. Cependant, cela ne signifie pas que leur intervention visait à permettre au capitalisme de sortir d’une crise mais à bloquer la situation, en maintenant artificiellement l’activité économique et financière de manière en grande partie fictive. Ils nous racontent que ces interventions vont redynamiser l’économie, permettre la sortie de crise, enrayer la montée du chômage alors qu’aucun de ces effets ne se réalise dans aucun pays. Nulle part, cette arrivée massive de fonds publics n’a entraîné une véritable reprise économique. Elle n’a fait que retarder la chute et ne pouvait rien faire d’autre, vu que la cause de la crise, comme on le verra, n’est pas un manque de capitaux libres, à investir, mais un excès de ceux-ci.

Mais, justement, la cause de la crise, les classes dirigeantes se gardent bien d’en parler. Loin de nous expliquer comment le capitalisme en est arrivé là, les commentateurs se contentent de décrire les crises et leurs aléas, de manière conjoncturelle, en racontant les différents avatars des effondrements successifs. Ils ne veulent pas dévoiler que le capitalisme n’a pas simplement une crise, un petit accès de faiblesse, mais a atteint des limites infranchissables, limites qui empêchent le capital de chercher encore à s’investir toujours plus dans la production.

Ceux qui prétendent nous rassurer sur la pérennité du système affirment qu’il n’y a jamais eu autant d’argent entre les mains des capitalistes, que les profits sont plus grands que jamais et que le grand capital n’est pas moins puissant sur toute la planète. Ils cachent vainement un fait qui finira bien par percer : le fonctionnement du système capitaliste est arrêté et il ne reprendra pas.

Et cela pour une raison de fond : le grand capital ne parvient pas à accumuler au-delà d’une limite qu’il a atteinte au début des années 2000. Il ne continue à enrichir les possesseurs de grands capitaux qu’en misant sur la sphère financière et celle-ci ne s’enrichit plus qu’en misant sur la chute des valeurs, sur le déclin du capitalisme.

Il y a un décrochage qui s’accroît sans cesse entre la courbe des profits et celle de l’accumulation du capital car le capital ne se réinvestit plus dans la production, secteur qui est pourtant le seul fabricant de plus-value. L’enrichissement capitaliste est donc tari à la source. Voilà pourquoi le fonctionnement du capitalisme est mort. Ce n’est pas la spéculation qui tue le capitalisme : c’est sur la mort du capitalisme que la spéculation continue de fleurir. Ce n’est pas le capital financier qui tue le capital productif mais c’est la fin du capital productif qui continue d’enrichir le capital financier.

Ce n’est pas la dette des Etats qui plombe le capitalisme mais la dette privée, celle des capitalistes, qui cause celle des Etats et devient le gruyère à trous du capitalisme. Les riches sont plus riches que jamais mais ils sont devenus des destructeurs du système lui-même.

La classe capitaliste détruit elle-même tous les jours son propre système par ses investissements nécrophiles, même si elle appelle les peuples travailleurs à se sacrifier pour le sauver.

On ne peut redonner vie au ressort cassé du capitalisme. On ne peut que construire un nouveau monde, qui ne soit plus fondé sur la propriété privée des capitaux et des entreprises, ou périr sur les ruines de l’ancien…

La suraccumulation, c’est la rançon du succès du capitalisme qui a réussi au-delà de ses capacités à absorber les plus-values et à les réinvestir…

La baisse de l’investissement, pendant près de vingt-cinq ans au plan mondial et plus de trente ans dans le cas des pays capitalistes centraux, ne renvoie pas l’image d’un système en expansion, mais plutôt d’un système dont nous, ou certains d’entre nous, aurions dit autrefois qu’il avait « achevé sa mission historique de développer les forces productives », pour n’être qu’un système marqué dans les mots de Lénine par « le parasitisme et la putréfaction ».

La suraccumulation de capacités de production s’accompagne d’une immense accumulation de capital fictif, de droits à valoir sur la valeur et la plus-value et de « produits financiers dérivés ». C’est dans la sphère financière que la crise a commencé. En ce sens elle est celle du régime d’accumulation à dominante financière ou financiarisé mis en place à la fin des années 1980. Elle met fin aussi à la période d’hégémonie mondiale sans partage des États-Unis à partir de la fin des années 1980 et à partir de 1992 en particulier. Tout a été mis en oeuvre, et continuera à l’être, par le gouvernement états-unien pour essayer d’assurer la pérennité tant de l’hégémonie américaine que de la domination de Wall Street, des banques et les fonds de placement financier.

Même confronté à la suraccumulation et à la surproduction, à une situation où la masse de plus-value produite par les entreprises ne peut pas être réalisée, le Capital cherchera à assouvir sa soif illimitée de plus-value. Les obstacles rencontrés ne feront que l’exacerber. Ce que l’on nomme la financiarisation est marquée par la place prise par les grandes banques, les sociétés d’assurance et les fonds de pension dans la configuration interne de la bourgeoisie des pays capitalistes centraux et dans leur poids dans la détermination au jour le jour des politiques économiques. Ainsi que cela nous est rappelé quotidiennement, aujourd’hui les dirigeants des Goldman Sachs et autres Morgan Stanley sont les premiers « représentants, supports conscients du mouvement de valorisation sans limite ». Le capital a toujours été marqué par sa profonde indifférence quant à l’usage social des marchandises produites ou de la finalité des investissements.

La politique actuelle du système n’a rien d’économique. Elle ne vise à aucune reprise mais à préparer politiquement et socialement les classes dominantes face à la révolution sociale mondiale qui monte. Le capitalisme n’est pas simplement un « système économique ». Il est aussi un système de domination sociale au profit de bourgeoisies oligarchiques et d’oligarchies bureaucratico-capitalistes, hiérarchisées au plan mondial, dont l’activité est entièrement tournée vers la préservation et l’accroissement de leur richesse et donc du pouvoir qui en est la condition. Nul besoin de leur expliquer que « l’histoire de la société jusqu’à nos jours n’a été que celle de la lutte des classes ».

La lutte de la classe capitaliste consiste à profiter du répit accordé par les aides publiques massives pour semer la guerre civile partout dans le monde, pour produire les nouveaux Hitler qui permettront d’écraser tout risque de révolution sociale. Les terroristes, la classe capitaliste ne les détruit pas : elle les utilise contre les peuples…

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