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L’homme se caractérise-t-il par la fabrication et l’utilisation d’outils ?

samedi 17 juin 2017, par Robert Paris

L’homme se caractérise-t-il par la fabrication et l’utilisation d’outils ?

Quand on écrit cela, il faudrait déjà savoir ce que l’on appelle "l’homme" et c’est loin d’être évident. S’agit-il seulement l’homo sapiens sapiens, de tous les homo, des homininés, des hominoïdes, et est-ce que cela comprend les australopithèques qui sont quand même aussi des singes ?

Ian Tattersall dans « L’émergence de l’homme » :

« La fabrication et l’usage d’outils

« A en croire James Boswell, Benjamin Franklin, le premier, a forgé l’expression de « l’Homme, fabricant d’outils », pour décrire la caractéristique principale qui nous distingue du reste de la nature. Des recherches plus récentes ont montré avec certitude que nous ne sommes pas seuls à utiliser des outils. Il n’en demeure pas moins vrai que l’homme, de nos jours, dans le monde entier et quelle que soit sa façon de subsister, se distingue par un mode de vie totalement dépendant d’outils. Toutefois, les outils (du type de ceux qui se conservent dans les archives archéologiques) représentent une innovation relativement récente dans notre lignage. Pendant la première moitié de notre histoire évolutive du moins, nous n’avons pas la moindre trace attestant que des outils capables de durer étaient fabriqués. (…) Nous ne sommes pas les seuls utilisateurs d’outils dans le monde vivant. Il semble bien, d’ailleurs, que l’emploi d’outils ne soit pas limité aux primates : on a vu des oiseaux, des loutres et même des dauphins se servir d’objets comme moyens de réaliser diverses activités ; et il est probable que si on examinait de très près de nombreux mammifères, on obtiendrait un ou deux exemples de plus de ce qu’il faudrait bien appeler, dans un sens très large, une « utilisation d’outils ». (…) Dans le cas des chimpanzés, pour lesquels nous disposons à présent d’une grande quantité d’observations, non seulement en laboratoire, mais aussi dans la nature… ces grands singes utilisent toute une série d’objets dans toutes sortes de buts… »

Une découverte récente :

Des outils de pierre taillée ont été découverts à Lomekwi, au Kenya, et sont datés de 3,3 millions datés, ce qui signifie qu’ils précèdent de 700.000 ans les plus anciens outils connus jusque là. Cela n’est pas le problème essentiel de cette découverte. Elle signifie quelque chose de bien plus renversant : les êtres humains n’existaient pas sur terre quand ces outils ont été taillés !!! Les outils trouvés à Lomecki sont bien plus vieux que l’homo habilis, plus vieux de 700.000 ans, ce n’est pas rien ! Il devient donc nécessaire de supposer qu’avant ce que nous appelons jusqu’à présent l’homme, à l’époque des hominines comme Kenyanthropus playtyops dont les fossiles sont, eux, datés de 3,5 à 3,3 millions d’années. Si ce n’était pas lui, l’auteur de ces tailles de pierres, cela devrait être un autre australopithèque comme Australopithecus afarensis du type de Lucy, dont les fossiles sont datés entre 4,1 et 3 millions d’années. Ou encore quelqu’un comme Australopithecus deyiremeda, Australopithecus bahrelghazali ou Australopithecus africanus.

En tout cas, il y a plus de trois millions d’années, un ancêtre des hommes qui pouvait aussi être un ancêtre des singes a été capable de tailler des pierres, capacité qui n’est pas à réserver à l’homme.

On pourrait se dire : pas de problème, c’est la datation des outils qui est fausse mais il ne semble pas. Plusieurs méthodes ont été employées par les chercheurs. D’autres part, les sédiments et les cendres volcaniques qui entourent les outils rendent la datation plus sure.

En fait, une telle découverte aurait pu être devinée sachant que les grands singes ne sont jamais bien loin de l’utilisation et de la fabrication d’outils.

Les techniques employées pour tailler des outils sur ce site sont simples mais pas tout à faité élémentaires et il y a même deux sortes différentes de tailles de la pierre (technique bipolaire sur enclume et technique sur percuteur dormant). Elles nécessitent déjà une certaine évolution de la capacité manuelle et de la compréhension des manières de se servir de la structure de la pierre pour détacher les éclats.

L’étude scientifique révèle qu’il s’agissait d’hominines bipèdes qui devaient mesurer entre un mètre et un mètre cinquante.

Il faut remarquer que ce n’est pas la première fois que l’on découvre des pierres taillées datées d’époques qui dépassent les homos et qui ont été sans doute produits par des australopithèques. Ainsi, Jean Chaline remarque dans « Un million de générations – Aux sources de l’humanité » : « Les plus anciens outils découverts à ce jour sont ceux exhumés par Hélène Roche et Silashi Semaw en Ethiopie dans les régions de Kada Gona et Kada Hadar. Ils dateraient de – 2,6 à – 2,5 millions d’années, bien avant l’apparition des premiers hommes vers – 2 à – 1,8 million d’années, ce qui suggère leur réalisation matérielle par des australopithèques d’Ethiopie. »

Nos connaissances sur les outils humains en 2016

Les plus vieux outils du monde ont 3,3 millions d’années

Des hominines taillaient déjà des outils il y a 3,3 millions d’années

Pourquoi les anciens outils sont-ils plus vieux que l’Humanité ?

Les australopithèques auraient-ils inventé l’outil ?

La boîte à outils variée des anciens homininés

Découverte d’activités humaines il y a 2,6 millions d’années dans les piémonts himalayens du nord-ouest de l’Inde

Un coup de vieux à l’espèce humaine

L’article en anglais de la découverte : Lomekwi 3, West Turkana, Kenya

Un débat ancien :

Quentin Mauguit :

« Au départ, nous avons interprété les capacités des Hommes un peu à l’envers. Pour utiliser les outils et parler, il faut être intelligent. Pour ce faire, il faut avoir un gros cerveau. Donc nous nous sommes d’abord dit que les australopithèques ne pouvaient pas faire d’outils, que c’était forcement propre au genre Homo. D’autres erreurs similaires ont été commises concernant les capacités de langage. Seul Homo sapiens aurait été capable de parler. Il aurait été le seul à posséder un cerveau suffisamment grand. Plusieurs découvertes récentes ont montré que les australopithèques et les paranthropes fabriquaient des outils. Au final, la taille du cerveau n’a pas un lien direct avec ces capacités. « Nous montrons maintenant que tous les ancêtres de l’Homme possédaient des cerveaux asymétriques. Ils ont donc tous au moins un support anatomique dont on sait qu’il joue un rôle dans les capacités manuelles et dans les capacités de langage. Cela enlève cette idée très simplificatrice voulant que seul Homo sapiens ait été capable de parler et d’utiliser des outils. »

Claudine Cohen dans sa conférence pour l’Université de tous les savoirs en janvier 2000 :

« L’évolution humaine a commencé par les pieds aimait à dire par provocation André Leroi-Gourhan, insistant sur le fait que l’acquisition de la bipédie précède dans l’histoire humaine précède dans l’histoire humaine le développement du cerveau. De fait, des découvertes récentes ont montré que la bipédie a sans doute été acquise très tôt dans l’histoire de la famille humaine, il y a 3 ou 4 millions d’années. Les études menées sur la locomotion des australopithèques ont conclu que ceux-ci marchaient déjà sur leurs deux pieds, même s’il leur arrivait parfois de se déplacer par brachiation – en se suspendant à l’aide des bras. Les traces de pas découvertes en 1977 à Laetoli (Tanzanie) et datées de 3,6 millions d’années sont bien celles de deux individus parfaitement bipèdes, marchant côte à côte… Elles ont confirmé le fait que la station redressée et la marche bipède étaient déjà acquises par ces hominidés primitifs – bien avant que la taille du cerveau n’atteigne son développement actuel. Le développement du cerveau est certainement le trait le plus remarquable de la morphologie humaine. (...) La question reste cependant posée du « Rubicon cérébral » - elle implique qu’il existerait une capacité endocrânienne au delà de laquelle on pourrait légitimement considérer qu’on a affaire à des représentants du genre Homo, dignes d’entrer dans la galerie de nos ancêtres…La définition, longtemps discutée, d’Homo Habilis comme premier représentant du genre humain, a fait reculer cette frontière à 600 cm3 … et peut-être encore moins : il faut bien admettre que le développement du cerveau n’a pas été l’unique « moteur » du développement humain ; il s’associe à d’autres traits anatomiques propres à l’homme, station redressée, bipédie, morphologie de la main, fabrication et utilisation d’outils, usage d’un langage articulé… (...) L’avènement d’une « conscience » proprement humaine se situerait donc du côté de ses productions techniques. L’outil est-il autant qu’on le pensait naguère porteur de la différence irréductible de l’homme ? (...) Si l’outil définit l’homme, l’apparition de l’homme proprement dit ne coïncide pas avec celle de l’outil. Certains grands singes savent utiliser et même fabriquer des outils. (...) Certains chercheurs n’hésitent pas à parler de « comportements culturels » chez ces singes. D’autre part, les première industries de pierre sont probablement l’œuvre des australopithèques : ces hominidés au cerveau guère plus volumineux que celui d’un gorille sont-ils des auteurs des pebble tools ou des industries sur éclats vieilles d’environ 2,5 millions d’années – qui ont été trouvées associées à eux dans certains sites africains ? (...) Il a donc fallu repenser les « seuils » qui naguère semblaient infranchissables, non seulement entre grands singes et premiers hominidés, mais aussi entre les différents représentants de la famille humaine. »

Stephen Jay Gould remarquait dans « Cette vision de la vie » :

« Nous tentons en général de concilier notre devoir intellectuel d’accepter le fait établi de la continuité évolutive avec notre besoin psychologique permanent de nous considérer comme distincts et supérieurs en invoquant l’une des pires et des plus étranges habitudes mentales : la dichotomie, ou la division en deux catégories opposées, habituellement associées à des valeurs exprimées par « bien » et « mauvais », ou « supérieur » et « inférieur »… Ainsi, devant toute l’histoire de l’anthropologie, nous avons proposé des critères multiples et variés – pour finalement les rejeter, les uns après les autres. Nous avons essayé le comportement, l’utilisation des outils, puis, après l’échec de ce standard général, l’utilisation d’outils expressément construits pour des tâches particulières. Les chimpanzés ont brisé cette barrière lorsque nous avons découvert leur aptitude à élaguer des brindilles et à les utiliser afin d’extraire des termites de leurs nids. Nous avons aussi considéré des attributs mentaux distinctifs – l’existence d’un sens moral, ou l’aptitude à l’abstraction. Aucun critère proposé n’a pu dégager une singularité exclusivement humaine (tandis qu’un débat complexe continue d’entourer la signification et la diffusion du langage et se rudiments potentiels. »

Pascal Picq écrit dans « L’humain à l’aube de l’humanité » :

« L’outil : les chimpanzés utilisent des outils et se transmettent des traditions ; bref ils possèdent des comportements culturels. Ça aussi, Darwin le savait, car des observations et des descriptions avaient été faites depuis 1844. Mais il a fallu attendre les années 1970 pour que des éthologues aillent en Afrique de l’Ouest et « redécouvrent » que des chimpanzés brisent des noix à l’aide de pierres ou de bouts de bois. Il fallut attendre aussi une grande synthèse de centaines de milliers d’heures d’observation à partir de sept populations de chimpanzés pour que l’on démontre, enfin, qu’ils ont des cultures. Sans surprise, on constate qu’il en est de même chez les orangs-outans, nos lointains et magnifiques cousins d’Asie. »

Jane Goodall a en effet réalisé l’une des premières et la plus longue étude de terrain menée sur les animaux sauvages vivant dans leur environnement naturel. Durant ses premières années à Gombe, elle découvre de nombreux aspects du comportement des chimpanzés. En octobre 1960, elle observe un chimpanzé en train de fabriquer et d’utiliser des outils pour attraper des termites. Cette découverte ébranle la définition de « l’être humain » de l’époque qui attribuait alors ce comportement exclusivement à l’homme. Grâce à ses recherches, nous savons maintenant que les chimpanzés sont biologiquement semblables aux humains, qu’ils démontrent de nombreuses capacités intellectuelles, qu’ils chassent pour se procurer de la viande, qu’ils utilisent des outils et que les membres d’une même famille maintiennent des liens forts et durables et ce, durant toute leur vie.

L’homme est-il le seul à utiliser des outils ?

Non ! Le capucin, un singe du Nouveau monde, est capable de casser des noix en les jetant contre un tronc d’arbre. Les macaques du japon utilisent des techniques pour sortir la nourriture, la laver, l’attraper.

Décrits pour la première fois par Jane Goodall, les outils et inventions des chimpanzés se révèlent multiples et complexes, empreints d’un caractère traditionnel, ils sont usités inégalement selon les communautés. A Gombe en Tanzanie, les chimpanzés excellent dans la pêche aux fourmis. Pour atteindre ces petites créatures à la morsure douloureuse, ils fabriquent, en effeuillant une brindille d’une taille choisie, une sonde cane à pêche, introduite dans la fourmilière. Agacés et menacés par cet objet intrus, les insectes le mordent de toutes leurs mandibules et sont ensuite délicatement cueillies par le chimpanzé à l’appétit robuste. Ailleurs, ils se confectionnent de petits coussins douillets pour s’asseoir au sec dans le sous-bois détrempé.

En Sierra Leone, amateurs des fruits du kapokier au tronc recouvert d’épines acérées, les chimpanzés ne se déplacent pas sans leurs tongs : fabriquées à partir de brindilles coincées sous la plante des pieds, ils escaladent sans douleur ces troncs inhospitaliers et vont cueillir les fruits convoités. En Guinée et en Côte d’Ivoire, ils utilisent marteaux et enclumes de pierre ou de bois pour casser des noix de palme, de coula ou de Panda, un comportement qui ne nécessite pas moins de 10 années d’apprentissage pour le jeune. 39 comportements culturels ont ainsi été recensés chez les chimpanzés à travers l’Afrique du simple usage d’outils aux coutumes et traditions sociales telles que la poignée de main lors d’une séance de grooming ou la danse de la pluie célébrée par les mâles dominants qui, à l’arrivée d’une averse simulent une charge, le poil hérissé, et tapent de toutes leurs forces sur les troncs d’arbres avoisinants en traînant de lourds branchages, le tout dans un concert de cris des plus bruyants.

Les chimpanzés sont aussi pharmaciens, consommant des plantes à vertus médicinales, utilisées également par les hommes des populations voisines, comme l’Aspilia ou les tiges de Vernonia amygdalina.

Les études ont montré que les chimpanzés consomment les feuilles entières et rugueuses d’Aspilia, sans les mâcher, ce qui a pour effet d’évacuer les parasites du tube digestif. L’observation d’une femelle ayant recouvré la santé après avoir consommé les tiges amères de Vernonia amygdalina a permis la découverte de molécules d’intérêt thérapeutique. En Ouganda, l’observation du comportement des chimpanzés de Kibale a été à l’origine de la mise à jour de nouvelles molécules antipaludiques et antitumorales.

Les premiers outils de l’homme

Les mystérieuses « pierres taillées » de singes brésiliens

Le point de vue de Leroi-Gourhan

Le point de vue de Picq

Les singes savent…

L’émergence de l’homme

Le point de vue de Copens et Malaterre

Le concept d’Homo faber

Homo faber, homo sapiens

L’humain est homo faber

Le point de vue de Bergson

L’homme et l’outil

« Comment Homo devint faber. Comment l’outil fit l’homme. » de Françoise Sabban

Le point de vue de Nicole Rolin

L’outil ne fait plus l’homme de Pascal Picq

L’outil a-t-il forgé l’homme ?

Le point de vue de Beaune S. A.

Premiers hommes, premiers outils ?

Les outils de la préhistoire

Les outils lithiques

Préhistoire de la pierre taillée

Les outils en pierre préhistoriques

L’homme et la femme préhistoriques

1 Message

  • Ayant interprété l’homme comme produit de son cerveau, l’homme s’est rendu incapable d’expliquer ce qui a produit le cerveau de l’homme, à savoir la vie des hommes.

    Engels dans « Dialectique de la nature » :

    « C’est à l’esprit, au développement et à l’activité du cerveau que fut attribué tout le mérite du développement rapide de la société ; les hommes s’habituèrent à expliquer leur activité par leur pensée au lieu de l’expliquer par leurs besoins (qui cependant se reflètent assurément dans leur tête, deviennent conscients), et c’est ainsi qu’avec le temps on vit naître cette conception idéaliste du monde, qui, surtout depuis le déclin de l’Antiquité, a dominé les esprits. Elle règne encore à tel point que même les savants matérialistes de l’école de Darwin ne peuvent toujours pas se faire une idée claire de l’origine de l’homme, car sous l’influence de cette idéologie, ils ne reconnaissent pas le rôle que le travail a joué dans cette évolution. »

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