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Luttes ouvrières et perspectives prolétariennes

dimanche 2 juillet 2017, par Robert Paris

Quelle perspective peut offrir la classe ouvrière face à la société bourgeoise en crise

Bien des travailleurs sont un peu perdus devant la situation présente. Ils subissent des attaques patronales et gouvernementales, successives et de grande ampleur, sans parvenir à répliquer, affaiblis par les journées d’action et les luttes isolées cammanditées par les directions syndicales, allant d’échec en échec, de défaite en défaite, ayant l’impression d’avoir tout tenté sans succès. Ils se sont battus seuls à RadioFrance, seuls à l’Hôpital public, seuls à la SNCF, seuls dans l’Education, seuls dans la recherche, etc, alors que l’offensive contre les services publics était globale.

La raison fondamentale de la perte de boussole actuelle de la classe prolétarienne ne vient pas de la faiblesse de notre classe dans le rapport de forces de la lutte. Elle est fondamentalement dans le fait que tous ceux qui ont dirigé les luttes et les consciences des travailleurs ne nous offrent aucune autre perspective sociale et politique que celles des classes possédantes alors que c’est ce que nécessite la crise du système. Les centrales syndicales n’ont, pas plus que les partis réformistes ou opportunistes, une autre société en vue, qu’ils préparent la classe ouvrière à bâtir. Tous ne font qu’intervenir sur le terrain, sur les problèmes, de la manière dont les classes dirigeantes le souhaitent, en se contentant de faire des lâchers de vapeur du mécontentement des salariés.

Sous l’égide ces « dirigeants », les travailleurs se sont battus entreprise par entreprise contre les licenciements et les fermetures comme s’ils n’étaient pas une seule et même classe sociale, attaquée en tant que telle, et qu’ils ne devaient que « défendre l’entreprise », « chercher un repreneur », « se battre localement ». Pas question dans ces « stratégies » d’assemblées communes interprofessionnelles ! Pas question de manifester en entrant dans les entreprises ! Pas question de meetings au sein des entreprises ! Pas question de déborder les limites imposées par l’adversaire ! Au point que des travailleurs révoltés d’être menacés dans leurs emplois et de voir leur entreprise fermés ne voient pas d’autre alternative radicale que… de s’y enfermer, de la faire sauter, de la détruire ! Mais surtout pas d’élargir leur lutte, d’aller dans les autres entreprises, de radicaliser toutes les luttes !

Nous sommes dans une guerre que nous mènent les classes possédantes mais les dirigeants qui nous mènent refusent toute stratégie permettant de répliquer en frappant réellement nos adversaires. Ils nous imposent de ne faire que protester, que démontrer notre désaccord, en ne frappant jamais notre adversaire là où il est faible, là où ça fait mal, et même en ne le menaçant jamais de lui faire subir le millième du mal qu’il nous fait ! Toute sa politique consiste à dire : soyons nombreux à montrer qu’on n’est pas d’accord et ils reculeront.

On constate à chaque lutte, qu’on soit nombreux ou pas dans la rue et dans la grève, que cela ne fait pas reculer nos adversaires, patronaux et gouvernementaux. Car, avec les méthodes de lutte et d’organisation qui nous sont proposées, nous ne leur donnons en réalité aucune raison d’avoir intérêt à reculer dans leurs attaques. Nous ne faisons pas de notre nombre une force ni une menace.

Leur stratégie ne consiste pas à renforcer une lutte à l’aide des autres luttes mais à les sectoriser, même si elles se produisent en même temps, en affirmant que ce n’est pas le même combat. Les centrales syndicales militent sans cesse pour l’isolement, pour la séparation des luttes, pour le corporatisme, pour le légalisme, pour la défense de chaque barrière qui nous isole des autres travailleurs…

Grâce à ces stratégies réformistes (légalistes, purement défensives, corporatistes, étatistes, sans élan, sans tentative de débordement, de faire passer la peur dans l’autre camp, sans remise en question du pouvoir capitaliste sur les entreprises ni du gouvernement capitaliste) les travailleurs se convainquent qu’on n’y peut plus rien, qu’il n’y a qu’à attendre et voir où vont mener les politiques capitalistes des gouvernants. Ils croient que les luttes défensives des centrales syndicales étaient le seul moyen d’agir, oubliant qu’à aucun moment ces dirigeants syndicaux n’ont tenté de développer une offensive de lutte se généralisant, menaçant de devenir insurrectionnelle, mettant en cause les bases fondamentales des classes possédantes et de leur ordre social. Ils ont été progressivement convaincus qu’ils n’avaient pas d’autre perspective que cette société bourgeoise, fût-elle en crise, fût-elle en débandade, fût-elle en train de s’effondrer… Ils se sont bien gardés de poser aux travailleurs le problème de fond : que faire si les capitaux ne veulent plus s’investir dans la production, ne veulent plus exploiter le prolétariat, ne veulent plus faire marcher l’économie ? Parce que ce problème dépasse les tâches que les syndicalistes se sont données qui ne sont que défensive et dans le cadre du système.

Du coup, non seulement les travailleurs ne se voient pas, collectivement en tant que classe, offrir une issue prolétarienne à la crise de la société bourgeoise, mais ils estiment ne pas être en état de se défendre eux-mêmes. Les réformistes qui dirigent les luttes et les interventions politiques, soi-disant pour les couches populaires, leur ont fait oublier que la meilleure défense, c’est l’attaque, leur ont fait oublier d’où vient leur force (de leur place en tant que classe sociale par rapport à la classe possédante), et leur ont fait oublier aussi que gagner dans la lutte, c’est démontrer qu’on n’a moins peur de perdre que l’adversaire, que la classe capitaliste, que les travailleurs ne craignent pas de perdre leurs chaînes et ont un monde nouveau à gagner. Toute la stratégie soi-disant défensive de ces réformistes a consisté à affirmer que les travailleurs avaient tout à perdre et les capitalistes tous les moyens de nous imposer leur loi, le tout en se plaignant, en pleurnichant, en protestant, en criant mais en affirmant qu’on a ainsi tout fait, qu’il n’y a aucune autre stratégie possible.

Et ainsi ils ont inversé la réalité de la situation des classes sociales dans la conscience des travailleurs : ce sont les capitalistes qui ont un monde à perdre et pas nous ! C’est la grande bourgeoisie qui n’a pas de perspective d’avenir, c’est la petite bourgeoisie qui ne peut qu’être plaintive et c’est la classe ouvrière qui a un tout autre avenir à défendre. Ils se sont bien gardés de souligner ce que signifiait la chute capitaliste mondiale de 2007-2008 et ont été au premier rang de ceux qui diffusaient le mensonge selon lequel le capitalisme s’en serait sorti.

Pouvons-nous encore nous faire craindre ? Oui, en remettant en cause l’ordre social, mais les réformistes politiques et syndicaux nous en empêchent !

Les syndicats ne savent que suivre les attaques patronales et gouvernementales les unes après les autres, que suivre les plans d’action des gouvernants et des classes possédantes, de manière purement défensive, sans jamais offrir d’autre perspective sociale que celle du capitalisme, y compris quand celui-ci n’en a plus ! Si un patron s’attaque aux travailleurs d’une entreprise, les centrales proposent, au mieux, à ces travailleurs de se défendre. Tout au plus, ils proposent aux autres travailleurs de les soutenir. Jamais ils n’essaient de déborder le cadre, fixé d’avance par l’attaque patronale. Jamais ils ne débordent les limites, les frontières, entre public et privé, entre travailleurs en fixe et travailleurs précaires, entre petites et grandes entreprises, entre secteurs différents, etc. Là où il faudrait lutter pour transformer les luttes défensives en luttes offensives, les centrales syndicales font le contraire. Là où il faudrait développer sur le plan politique l’intervention ouvrière, les centrales syndicales font le contraire. Là où il faudrait développer le caractère international des luttes, les centrales syndicales font le contraire et nous enferment dans le nationalisme. Là où il faudrait contester les politiques des classes possédantes, en particulier contre les guerres prétendument anti-terroristes et les interventions contre la soi-disant « crise migratoire », en intervenant sur le terrain politique, les centrales syndicales font le contraire et enferment les luttes dans le seul cadre revendication et économique. Là où il faudrait sortir du cadre bourgeois, du sacro-saint respect de la propriété privée et de l’Etat bourgeois, les centrales syndicales font le contraire !!!

L’impasse du réformisme face à l’effondrement capitaliste, marquée par la chute de 2007-2008, provient du fait que sa position indiscutable est l’affirmation de l’éternité du capitalisme. Même quand celui-ci n’a à nous offrir qu’un chômage de masse, qu’une misère croissante, que des conditions sociales de plus en plus dures, ces réformistes ne s’autorisent jamais à affirmer ce qui devrait être notre credo : si la classe capitaliste n’a plus de travail à offrir, qu’elle cède la place, si la bourgeoisie n’a plus que des guerres et des dictatures à offrir, qu’on les renverse, qu’on les remplace par le pouvoir aux travailleurs !

Mais pour cela, il faut d’abord renouer avec l’organisation des travailleurs dans les entreprises, avec des discussions entre salariés, que ce soit dans les ateliers, dans les bureaux, dans les usines, dans les quartiers, partout, avec des assemblées, avec des comités, avec des conseils, avec toute forme d’organisation autonome que la classe ouvrière pourra se donner. C’est à nous, travailleurs, de refaire de la politique, de le faire collectivement et publiquement. C’est à nous de rediscuter d’économie, de société, de guerre et de paix, de fascisme et de démocratie. C’est nous, en tant que classe, qui avons des réponses à ces questions. Cela ne pourra se produire, bien entendu, que lors d’un grand coup de colère des travailleurs d’un pays, sans qu’on puisse prédire ni où ni quand, dans lequel la classe ouvrière sera portée par sa volonté d’en découdre et franchira toutes les barrières qui ont été érigées pour l’enfermer dans une impasse.

Les classes dirigeantes gèrent actuellement la situation avec comme objectif premier de nous faire perdre confiance en nos propres forces, en nos perspectives propres, et de nous emmancher dans des impasses sanglantes : fascismes, racismes, guerres, dictatures…

Quant aux réformistes, qui ont toujours la direction de la classe ouvrière même s’ils n’offrent aucune perspective, non seulement ils sont totalement désarmés devant la profondeur d’une crise du système, qui touche aux racines fondamentales, mais eux-mêmes ne font que désarmer moralement, organisationnellement et politiquement les travailleurs.

Le pire sans doute est dans le fait que toute la population se persuade que les travailleurs ne proposent aucune perspective pour toute la société mais revendiquent seulement de manière défensive des avantages pour elle-même.

En effet, il en résulte que, lors de l’effondrement du capitalisme qui n’a été qu’artificiellement et péniblement retardé en 2008, les travailleurs, même s’ils se battent de manière radicale, risquent de ne pas apparaître comme un pôle attracteur aux autres couches sociales révoltées (jeunesse, chômeurs, petite bourgeoisie, femmes, etc.). Le pire, c’est de faire croire que les travailleurs n’ont pas la force ni la volonté de vraiment s’en prendre au grand capital à l’échelle mondiale et ne sont capables que de pleurnicher, pays par pays, et de s’accrocher à leur situation nationale ou corporative.

Mais toutes les politiques réformistes, même si elles restent dominantes, ne peuvent rien à la situation objective qui, elle, nécessite de manière irrémédiable le renversement du système, la fin de la propriété privée des moyens de production, la suppression de l’Etat bourgeois et la destruction des impérialismes mondiaux. C’est la seule alternative face à la perspective d’horreur que nous prépare la classe possédante : Alep et Mossoul à l’échelle planétaire !

Travailleurs exclus, licenciés ou surexploités, milieux populaires de la petite bourgeoisie dupés et bientôt ruinés, voilà où va la démocratie bourgeoise ! Il nous faut maintenant la démocratie prolétarienne !

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