English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION > Le poète Arthur Rimbaud, vous connaissez ?

Le poète Arthur Rimbaud, vous connaissez ?

vendredi 28 août 2020, par Robert Paris

Le poète Arthur Rimbaud, vous connaissez ?

Lire ici

Lire là

Lire aussi

Lire toujours

Lire encore

Lire ensuite

Lire après

Lire bien sûr

Lire certainement

Lire absolument

Lire sans doute

Lire encore

Lire enfin

Lire pour conclure

Biographie

Chant de guerre parisien

Le Printemps est évident, car

Du cœur des Propriétés vertes,

Le vol de Thiers et de Picard

Tient ses splendeurs grandes ouvertes

Ô Mai ! quels délirants culs-nus !

Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,

Écoutez donc les bienvenus

Semer les choses printanières !

Ils ont schako, sabre et tam-tam,

Non la vieille boîte à bougies

Et des yoles qui n’ont jam, jam...

Fendent le lac aux eaux rougies !

Plus que jamais nous bambochons

Quand arrivent sur nos tanières

Crouler les jaunes cabochons

Dans des aubes particulières !

Thiers et Picard sont des Éros,

Des enleveurs d’héliotropes,

Au pétrole ils font des Corots

Voici hannetonner leurs tropes...

Ils sont familiers du Grand Truc !...

Et couché dans les glaïeuls, Favre

Fait son cillement aqueduc,

Et ses reniflements à poivre !

La grand’ville a le pavé chaud,

Malgré vos douches de pétrole,

Et décidément, il nous faut

Vous secouer dans votre rôle...

Et les Ruraux qui se prélassent

Dans de longs accroupissements,

Entendront des rameaux qui cassent

Parmi les rouges froissements !

Dans ce poème Rimbaud ne fait pas seulement les louanges du printemps révolutionnaire de la Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871), mais il écorche la poésie bucolique et sentimentale des romantiques et parnassiens, le printemps des fleurs et de l’amour, évident en ce début de poème. Dans la lettre qui accompagne le poème, Rimbaud dit nous donner avec les deux autres poèmes, une heure de littérature nouvelle en chantant les louanges des Communards parisiens face aux représentants du pouvoir retranchés à Versailles.

L’insurrection de la Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871) contre la capitulation devant l’invasion prussienne soulève l’enthousiasme de Rimbaud. Il se mêle aux événements, s’en informe par les journaux depuis Charleville. En 1871, il multiplie les allers-retours entre Charleville et Paris et en avril 1871, il a peut-être été incorporé dans les "Francs tireurs" de la Révolution. La violence de ses réactions éclate immédiatement en poèmes après la semaine sanglante de la Commune (21-28 mai 1871), qui sont autant d’invectives contre le pouvoir en place. Il traite, dans une lettre du 17 avril 1871 à Demeny, les assiégeants de "hargneux pourris". De cet épisode de mai 1871, date "Paris se repeuple", renommé "L’Orgie parisienne" car "orgie" est le terme utilisé par les anti-communards pour condamner les insurgés, vus comme des bêtes déchaînées (Les orgies pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars, vers 73). Rimbaud s’y déchaîne dans l’injure. Quoi qu’il en soit, la véhémence y est à son comble et il ne fait aucun doute que les lâches qui repeuplent Paris, les Versaillais (Les Versaillais sont les royalistes, la bourgeoisie d’affaire et des conservateurs provinciaux, favorables à la paix rapide avec l’Allemagne, retirés à Versailles) sont des nantis qui rentrent dans la capitale pour réprimer le mouvement. "Les Mains de Jeanne-Marie" qui suit "L’orgie parisienne" est tout à la gloire des femmes de la Commune. Rimbaud, dans une correspondance, annonce qu’il lit avec enthousiasme " les fantaisies admirables de Jules Vallès et de Vermersch" au "Cri du peuple". Il faut parfois se livrer à un véritable décodage pour retrouver le contenu révolutionnaire parfois très imprécis, de certains poèmes. Nous sommes au temps de la Commune, une période de répression, d’arrestations et de déportations. La censure est partout. Il faut, pour cette période, lire Rimbaud sur plusieurs plans sémantiques simultanés et liés. Dans ce contexte politique, "Le cœur supplicié" qui débute les poésies 1970-1971 et qui met en scène le narrateur vomissant à la poupe d’un bateau et qui sous entend qu’il vient de subir une sodomisation est en fait une mise en scène de la ville violée dans le chant de douleur parisien. La lettre qui contient "Le Cœur supplicié" montre les hésitations du jeune homme enfermé dans une vie médiocre et dégradante et de s’y complaire alors que ses convictions politiques, l’idée qu’il se fait de la poésie devrait le porter vers la bataille de paris ou tant de travailleurs meurent. Rimbaud se veut alors réaliste et cru, le ton change et s’éloigne de toute poésie policée. Rimbaud ne craint pas le mauvais genre, il multiplie les écœurements, les ventres, les derrières, les puanteurs. Son vocabulaire devient scatologique et scabreux (ô femme, monceau d’entrailles, de "Les sœurs de charité", tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes, ulcère puant, geignant sur vos entrailles, syphilitiques d’Orgie parisienne"). En révoquant l’écriture passée, la "vieillerie poétique", Rimbaud développe dans ses poèmes communards une violence contre les nantis, les défenseurs et profiteurs de la situation politique. Rimbaud en dépeint les représentants dans des situations grotesques, comme le prêtre dans "Accroupissements" qui se soulage, les douaniers, des lâches, le personnel des bibliothèques, des assis, les dirigeants, Thiers et Picard, des Eros, jeu de mot pour zéros du "Chant de guerre parisien" ou les gloutons de "L’orgie parisienne". La cité qui dégorge ses bourgeois et les notables qui s’empiffrent dans "Orgie parisienne" peut apparaître vulgaire. "Oraison du soir" parachève le sacrilège qui associait prière et excréments, dans "Accroupissements". Rimbaud ne ménage pas cependant les jeunes filles, "Jai dégueulé ta bandoline (brillantine), noir laideron, répété plusieurs fois dans le poème "Mes petites amoureuses.

Selon Delahaye, Rimbaud rêvait depuis l’âge de 13 ou 14 ans, à la destruction violente de la société. Ses sympathies pour les ouvriers entrevues dans "Le forgeron", ne l’empêchent pas se placer au dessus de la révolte. Il sera, lui, le voleur de feu, car il s’agit de placer la poésie "en avant" de l’action et il travaille à se rendre voyant. Ce qui paraît établi, c’est un Rimbaud anticlérical qui rejette dans ses oeuvres, violemment, l’action de l’Église, sa dérive loin du message christique, ses cérémonies, son alliance objective avec le pouvoir et l’exploitation. Quant aux religions, il s’interroge sur leurs présupposés idéologiques, leurs conséquences historiques, les attitudes et les comportements qu’elles génèrent. La dénonciation des méfaits de la religion chrétienne dans "Les Premières Communions" transforment l’élan d’amour en un pseudo-amour mystique qui est une déviation des instincts. Si l’on en croit Une saison en enfer et les Illuminations, il rejette la morale de la faute et de la rédemption, récuse le Dieu punisseur de la Bible, le péché originel, la culpabilité humaine. Il leur oppose l’Orient, une philosophie religieuse plus apaisée. Son oeuvre ne fournit d’autre réponse que l’apologie de la révolution, le contre-déluge qui doit recréer un monde humain, d’amour universel, avec le salut des exclus. Son génie poétique, tel qu’il l’envisage, apparaît comme une alternative au Christ. Le seul mot d’ordre clair que toute l’oeuvre martèle c’est que " l’amour est à réinventer", un amour total, qui englobe l’amour chrétien, révolutionnaire comme l’ont bien compris les surréalistes. Jamais Rimbaud ne changera d’avis sur les conditions matérielles qui sont faites à l’amour et à l’existence dans cette société. Si le thème de la révolte se module dans les poésies, se révolter pour Rimbaud pourrait être en soi suffisant car cela équivaut à affirmer orgueilleusement son identité, son être. Mais notre poète ressent le besoin de se justifier en se fixant un but, l’appel au bouleversement politique et l’aspiration à un autre univers ou rayonnerait l’amour. La révolte de Rimbaud est une révolte contre l’ordre établi mais aussi un espoir dans la vie. "Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer-les premiers ! -Noël sur la terre !

Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie" peut on lire dans "Matin".

Lire ici

Lire aussi

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0