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La morbidité du système capitaliste

mercredi 8 avril 2020, par Khider Mesloub

L’été dernier, en juillet 2019, sur un ton délibérément apocalyptique et avec un lexique abondamment médical pour souligner le caractère pathologique et pathogène du système économique libéral, nous avions rédigé cette chronique prophétique sur l’état de morbidité avancée du pestilentiel capitalisme, publiée dans le Webmagasine Les 7 du Québec. Le diagnostic établi l’an dernier est, de manière morbide et pandémique, d’une brûlante actualité. Voici le texte initial intégral, remanié et augmenté. Les parties ajoutées sont indiquées en italique et entre parenthèses.

La morbidité du système capitaliste

(Ce n’est pas le coronavirus qui décime le capitalisme mais le capitalisme, en état de décrépitude généralisée virale, qui décime la santé de l’économie planétaire et de la population mondiale. Le capitalisme n’est pas victime du coronavirus mais de ses propres contradictions contagieuses).

Les signes d’alerte de la phase dégénérative de l’économie libérale s’accentuent. L’électrocardiogramme du capitalisme indique que le cœur de l’économie mondiale est dans une phase d’essoufflement. L’économie est marquée par une contraction productive, guettée par une syncope commerciale. Son rythme de croissance enregistre une faiblesse d’activité. Son pouls de profitabilité ralentit. Son volume de circulation marchande dans le corps du commerce mondial en crise est menacé d’apoplexie économique, doublée d’une troisième mortelle conflagration hémorragique aux conséquences meurtrières, mondialement pandémiques en matière d’hémoglobine. Au reste, cette matière sanguinolente constituera prochainement l’unique moyen d’échange entre les pays en belligérance pour réguler la crise (aujourd’hui, en phase préliminaire exterminatrice, en guise d’unique échange « commercial », le capitalisme est réduit à exporter dans tous les pays sa dernière vivante invention létale, à savoir le coronavirus, propagé sur tout le globe terrestre, dernière arme virale destructrice lancée contre les forces productives, pour résoudre à sa manière meurtrière sa crise économique).

Actuellement, rien n’arrête la morbidité du système capitaliste anémié. Aucune médication gouvernementale ou patronale ne peut guérir ce corps souffreteux moribond. Encore moins les onctions médicinales prônées par les charlatans politiciens de l’opposition réformiste de gauche comme de droite (c’est cette défaillance immunitaire productive du corps capitaliste, signe d’une incurable crise économique systémique, qui explique sa faiblesse à résister contre un bénin virus. Ce n’est donc pas le coronavirus qui a provoqué la crise mais l’inverse : l’état de morbidité du capitalisme a favorisé l’apparition du virus, sa propagation, et corrélativement son inaptitude et son impuissance à le juguler, l’endiguer, l’annihiler, du fait de son infirmité économique, sa sénescence avancée, son agonie annoncée. Pour citer l’exemple de l’Italie, son économie était déjà en phase de crise systémique avancée. Et sous couvert de santé publique, le gouvernement impose des mesures de purgations économiques draconiennes et de contrôle politique militarisée de la population, avec comme conséquence une dégradation du niveau de vie).

Une chose est sûre : depuis des décennies maintenant, le capitalisme, tel un toxicomane addict à la cocaïne, vit sous perfusion de crédit, alimenté par les banques, pourtant régulièrement asphyxiées par les défauts de paiement, comme lors de la dernière crise des subprimes de 2007-2008. En dépit de cette médication surdosée, administrée à coups de milliards de subventions publiques, le capitalisme frôle l’overdose. La survie de ce corps capitaliste drogué est en sursis. Plongé dans un coma artificiel économique, maintenu en survie à l’aide de sondes alimentées de subventions financières étatiques soutirées dans les caisses du budget social du peuple, réduit à la paupérisation au milieu d’une société d’abondance, son pronostic vital est engagé. Le compte à rebours est enclenché. Le crédit du capital s’effondre : auprès des banques qui lui octroient pourtant généreusement l’argent à taux zéro, comme auprès du peuple laborieux qui attend le moment opportun pour régler son compte à ce système pathogène, mortifère. En tout cas, plus personne ne prête foi à ce système moribond. Ni n’accorde crédit à sa politique dégénérative. Ni à ses politiciens gangrenés par la corruption et la dépravation morale. L’heure des règlements de comptes avec le peuple spolié est venue (particulièrement aujourd’hui, au moment où il prouve son incapacité notoire à circonscrire un vulgaire virus, tant son système immunitaire financier, du moins celui destiné à protéger le corps social, est déficient, déficitaire).

Aujourd’hui, tous les indicateurs de l’économie capitaliste sont au rouge. Le moindre toussotement régional provoque un rhume mondial. L’apparition d’une bénigne grippe financière en Chine déclenche aussitôt des sueurs froides sur l’ensemble des places financières internationales, accompagnées d’attaques de panique apoplectiques agitant toutes les institutions économiques, déchaînant des convulsions au sein de tous les organes des corps étatiques, pris d’angoissants affolements sur l’issue de la crise. Ainsi, à l’occasion de la dernière grave crise économique survenue en 2007-2008, tous les États capitalistes, affolés, se sont précipités pour injecter des milliards de dollars pour tenter de réanimer les banques, asphyxiées par les produits toxiques générés par l’insolvabilité de millions d’Américains propulsés, malgré eux, vers le rêve (illusoire et éphémère) américain, incarné par l’accession à la propriété privée, matérialisée par la possession de la majestueuse maison, connue de tous les téléspectateurs du monde entier grâce aux séries américaines hégémoniques, diffusées sur toutes les chaînes de télévision de tous les pays. Le cinéma impérialiste américain permet quotidiennement à chaque téléspectateur de tout le globe terrestre d’habiter virtuellement dans de somptueuses maisons, mais de dormir réellement dans son éternel taudis.

Depuis cette transfusion financière dans le corps bancaire malade pour renflouer ses coffres amputés de leurs sources boursières, évaporées sous l’effet du défaut de paiement de millions d’emprunteurs ruinés, la santé économique de tous les pays est toujours aussi fiévreuse, pathologique, invalide. L’économie mondiale ne s’est jamais remise de sa dépression. La chute a été trop brutale et profonde pour permettre une hypothétique rémission. Le corps capitaliste est encore gravement perturbé par les effets destructeurs de la dernière crise de 2007-2008. A l’instar des psychotropes qui soulagent l’anxiété avant de l’exacerber de plus belle, aucun rétablissement de santé économique n’est en vue. Bien au contraire, on s’attend à une rechute plus brutale (survenue finalement aujourd’hui à la faveur de l’irruption suspicieuse du coronavirus, un virus surgi opportunément au moment où la crise économique systémique s’apprêtait à éclater avec une intensité mortelle. Tout se passe comme si l’apparition de ce virus avait pour raison d’être d’exonérer la responsabilité du capitalisme dans le surgissement de la crise, mais surtout de justifier la militarisation de la société afin d’éviter les explosions sociales, de verrouiller la contestation, d’anesthésier la conscience de classe, d’affermir l’union sacrée nationale derrière le capital). Ainsi, en dépit des remèdes de cheval administrés à très forte dose financière alimentée par les fonds publics – par la planche à billet et à crédit donc –, pour lui assurer un prompt rétablissement, ces thérapies ne semblent d’aucune efficacité.

Aujourd’hui, partout, la crise est à son paroxysme. La conjoncture économique est calamiteuse : baisse de la croissance chinoise, accroissement des protectionnismes, éclatement des accords commerciaux, exacerbation des tensions entre les États-Unis et la Chine, conflits militaires imminents, débâcle de l’Europe, effondrement des ventes, baisse de la production industrielle, explosion de l’endettement public et privé, défaillance des remboursements des dettes, progression du chômage, etc. Cette grave crise perdure en dépit des injections massives d’argent public (monnaie crédit monky), du soutien des États au moyen de subventions apportées aux entreprises et aux banques, grâce à l’argent du contribuable, argent que le contribuable travailleur n’a pas encore produit, et donc n’existe pas. (Mesures portées à leur paroxysme aujourd’hui, à la faveur de la crise économique virale actuelle. La porte-parole du gouvernement Macronisé nécrosé, Sibeth Ndiaye, a déclaré : « Au stade 3 de l’épidémie de coronavirus, on ne va pas arrêter la vie de la France ». Le pouvoir de Macron veut bien arrêter des vies de la population française par leur meurtre préméditée occasionné par la défaillance en matière de prévention et de protection, mais pas de l’économie et des profits du grand capital français. « Toute l’action du gouvernement vise à permettre la continuité de la vie économique et sociale de la Nation, et à favoriser la résilience de la communauté nationale », a déclaré le premier ministre Edouard Phillipe. Autrement dit : les travailleurs sont sacrifiés au coronavirus pour la sauvegarde du capitalisme. Ironiquement, le gouvernement macronien a décidé de suspendre les visites aux EPHAD-maisons de retraite- mais maintient les « visites » aux usines et entreprises pour les travailleurs contraints de se rendre sur leur lieu d’exploitation-contamination-empoisonnement comme nous le soulignons ici).

Quoi qu’il en soit, la dernière crise, aux effets toujours catastrophiques, marque une première dans l’histoire des crises du capitalisme. En effet, jusqu’à 2008, rarement l’État n’intervenait aussi massivement pour sauver les entreprises et les institutions bancaires en faillite. Les crises étaient résolues selon les normes de l’économie libérale : par la disparition des entreprises les plus fragiles. L’État laissait jouer les lois économiques du marché. En 2008, pour la première fois dans l’histoire du capitalisme moribond, l’État, refusant de laisser la crise se développer normalement par la liquidation des entreprises défaillantes, a décidé d’intervenir pour sauver avec les fonds publics et le crédit les entreprises et banques menacées d’effondrement. Par crainte de voir toutes les entreprises s’effondrer par effet de domino, l’État a été acculé à intervenir pour soutenir les entreprises au moyen de l’endettement public porté à son summum. Par cette décision précipitée et improvisée de sauvegarde massive des entreprises et des banques, l’État venait de rompre ainsi avec les anciennes méthodes de règlement des crises résolues selon les lois de l’économie capitaliste : l’assainissement de l’économie par l’assassinat des entreprises et des banques les plus déficientes (opérations de sauvetage tous azimuts réitérées aujourd’hui à une échelle internationale inégalée, depuis l’écroulement de l’économie prétendument infligé par le coronavirus. La règle européenne des 3 % du déficit public annuel à ne pas excéder ne s’applique en vrai qu’aux dépenses sociales publiques mais plus au soutien aux entreprises et banques privées confrontées à la crise. Dès lors que la crise survient, menaçant la survie des capitalistes - non du capitalisme plutôt-, l’État des riches débloque aussitôt les moyens financiers exceptionnels pour subventionner les entreprises, même au prix du creusement abyssal du déficit budgétaire et de la dette publique. Ainsi, pas assez d’argent pour des masques, des tests, des matériels respiratoires, des effectifs de soins, mais des milliards pour soutenir les capitalistes).

Autre nouvelle pathologie économique : les capitalistes n’investissent plus dans les secteurs de la production puisqu’il y a surproduction de marchandises. Ils préfèrent investir dans la sphère spéculative. Signe d’une dystrophie musculaire économique : le capitalisme n’a plus la force de fonctionner comme à l’époque de sa flamboyante jeunesse productive. Atteints de sénescence, ils se réfugient désormais dans la spéculation financière, cette retraite anticipée avant l’heure de la chute finale, la mort imminente du corps capitaliste (aujourd’hui, plus que jamais en proie à des convulsions apoplectiques létales).

À l’heure actuelle, plus aucun capitaliste ne veut devenir industriel mais financier (aujourd’hui, avec la crise économique virale, même cette sphère spéculative lucrative mais néanmoins parasitaire est devenue une occupation cauchemardesque, pathogène). De sorte que le capitalisme fonctionne désormais uniquement sur la finance, la monnaie et le crédit, cette fabrique de la monnaie de singe très usitée dans la jungle économique contemporaine par les fauves de l’affairisme. Ces carnassiers financiers des temps modernes qui se nourrissent d’argent facile, tiré de la spéculation dévorante mais sans valeur réelle. Mais accroître de manière exponentielle le capital sans augmenter en proportion les investissements productifs et la production de marchandises (création de valeur) accélère encore davantage la pathologie mortelle de l’économie capitaliste. Surendettement et désinvestissement productif, voici à quoi est réduite l’économie parasitaire, capitaliste, sénile. Production atone, États surendettés, banques sur-subventionnées par les fonds publics, capitalistes devenus l’ombre d’eux-mêmes par leur fuite spéculative dans les hautes sphères de l’agiotage, ce sont là les signes d’une morbidité économique annonciatrice d’une agonie certaine.

De fait, les bouleversements politiques et sociaux actuels dans la majorité des pays, de la France avec les Gilets jaunes, en passant par l’Algérie avec le hirak, à l’Angleterre avec le Brexit et le Venezuela avec la guerre civile larvée, toutes ces convulsions sont l’expression d’une crise économique systémique du capitalisme, symbole d’un dérèglement de l’organisme gangrené par le cancer financier, incarnation d’une atrophie productive, d’une étisie des profits industriels, d’une stérilisation des investissements dans la production.

Le capitalisme se meurt : aidons-le à mourir. Ce ne sera que la fin d’un monde (marchand), et non la fin du Monde. Car sa mort contient déjà dans ses entrailles le nouveau monde humain (naissant), fondé sur la satisfaction des besoins sociaux essentiels et non sur le profit, sur la gratuité et non sur les rapports marchands. Avec sa disparition s’éteindront l’échange marchand, l’économie de marché (de dupes car ce sont toujours les puissants qui raflent la mise) et le pouvoir de l’argent, vecteur de toutes les pathologies sociales inhumaines.

La « civilisation capitaliste » a atteint une telle phase de dégénérescence que se résoudre, enfin, à l’euthanasier révolutionnairement, puis l’ensevelir dans le cimetière de l’histoire, dans le « carré » réservé aux systèmes barbares, est aujourd’hui l’action la plus salvatrice de l’humanité opprimée : le Prolétariat.

Mesloub Khider

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