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Accueil du site > 10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS > Point de vue syndicaliste au Burkina Faso

Point de vue syndicaliste au Burkina Faso

lundi 22 février 2010

Quel syndicalisme pour le Burkina ?

Aujourd’hui, il est reconnu de tous que la vie au Burkina devient de plus en plus insupportable. Aucune politique ne pense à la promotion et à la protection du social. D’un coté se trouvent les Burkinabè issus du bafond social et de l’autre ceux qui se noient dans une richesse à donner du vertige. Devant cette paupérisation avancée, le syndicalisme d’infinies négociations ou syndicalisme "alimentaire" a-t-il sa place ?

L’histoire du mouvement syndical

Le syndicalisme est né des luttes et il ne saurait répondre aux attentes des travailleurs que par la lutte. L’histoire du mouvement syndical mondial remonte aux luttes des ouvriers de Chicago le 1er mai 1886. A cette occasion, les ouvriers de Chicago (Etats-Unis) affrontent la police pour la journée de 8 heures de travail. Il eut de nombreux morts et arrestations des dirigeants syndicaux. Nombre d’entre eux furent pendus. La fête des travailleurs a été reconnue le 1er mai 1889 et commémorée pour la première fois à l’occasion du 1er mai 1890. Aujourd’hui, les travailleurs jouissent des luttes actives et sans compromissions des ouvriers de 1886. En réalité, de nos jours, les conditions de vie de nombreux Burkinabè ne diffèrent pas trop de celles des ouvriers du 19ème siècle. A cette époque, la misère était ouverte, aujourd’hui elle est maquillée avec des effets dévastateurs et fortement toxiques. C’est certainement conscientes de cette misérabilisation des travailleurs et de l’ensemble de notre peuple que les organisations syndicales avaient de façon unitaire organisé des marches- meetings le 18 décembre 2004 pour protester contre l’insatisfaction de leur plate-forme revendicative demandant entre autres l’augmentation des salaires et pensions de 25%, le traitement diligent des dossiers pendants relatifs à la mise en œuvre des jugements et arrêts de juridiction. Toujours insatisfaites, elles engagent des grèves de 24 heures respectivement le 04 février et le 10 mai 2005. Aux différentes revendications, le gouvernement leur répond par un mépris de premier ordre. C’est alors que le cap fut franchi par la grève de 48h, les 26 et 27 octobre 2005. Ces différentes grèves furent de véritables succès sur l’ensemble du territoire. Le mépris du pouvoir reste tel. Que feront alors les syndicats devant l’irrévérence affichée du pouvoir ?

La nature opposée et les compromissions des organisations syndicales

Parler de dignité, de patriotisme, de don de soi peut relever pour certains d’un anachronisme de premier ordre. Au Burkina, seul l’argent oriente les actions et suscite les réactions. Cependant, les valeurs défendues naguère existent bel et bien dans le milieu syndical burkinabè. En témoigne la rentrée syndicale de la CGT-B qui annonce un horizon de luttes avec ses consœurs syndicales sous le thème " Unité de lutte contre la vie chère, pour la justice, dans un contexte électoral que vit notre pays ". Cette rentrée syndicale du 29 octobre 2005 est le signe manifeste d’un engagement pour le triomphe des intérêts des travailleurs et du peuple entier. Les organisations syndicales burkinabè sont différentes par leur nature et leurs objectifs. Nombreuses d’entres elles sont des satellites du parti au pouvoir dans le monde syndical. Le syndicalisme est, pour nombre de leurs responsables, une échelle pour accéder facilement à la richesse et aux avantages que confère la bonne grâce des hommes au pouvoir. L’histoire du mouvement syndical burkinabè montre éloquemment que lorsqu’une organisation s’écarte des préoccupations des travailleurs, elle devient fragile et tombe dans une léthargie. Elle ne pourra plus jamais se relever de cette somnolence. Zoumana Traoré, secrétaire général de l’Union syndicale des travailleurs voltaïques (USTB) qui accepta le 09 février 1976 le poste de ministre de la Fonction publique dans le deuxième gouvernement de Lamizana inaugura la trahison syndicale au Burkina1. Il abandonna son poste syndical bien qu’il continua d’avoir une influence sur le syndicat. Historiquement, l’USTB était l’initiatrice des grèves du 03 janvier 1966 par l’intersyndical pour contrer les dérives autoritaires du président Maurice Yaméogo. Elle était la plus implantée et la plus combattive du pays. Cette turpitude de son responsable continue de plonger ce syndicat " révolutionnaire " dans la torpeur sans cesse profonde. Le Syndicat unique voltaïque des enseignants du secondaire et du supérieur (SUVESS) et le Syndicat national des enseignants africains de la Haute-Volta (SNEAHV) qui s’étaient alliés au Mouvement de libération nationale (MLN) devenu par la suite Union patriotique voltaïque (UPV) de Joseph Ki-Zerbo, perdirent leur capacité de mobilisation et leurs militants. Pis, suite aux grèves généralisées conduisant à la chute de la IIIème République, le SUVESS et le SNEAHV commirent " l’historique erreur " en adressant le 1er décembre 1980 une lettre de soutien au Comité militaire pour le redressement et le progrès national (CMRPN) en se déclarant "prêts à prendre part dans une certaine mesure à l’œuvre de redressement"2. Du SUVESS aujourd’hui SNESS naquit le Syndicat des Travailleurs de l’Education et de la Recherche (SYNTER). Ce n’est donc pas étonnant qu’un ancien secrétaire général du SUVESS, à savoir Etienne Traoré soit aujourd’hui un militant du SYNTER. Aussi, la Confédération nationale travailleurs voltaïques (CNTV, selon Charles Kabeya MUASE, était liée au RDA. Le Premier ministre Gérard Kango Ouédraogo, pour contrecarrer les grèves en cascades au milieu de l’année 1979, déposa un projet de loi pour interdire les grèves pour motifs politiques. Dès lors, les différents syndicats décidèrent d’une grève de 24 heures le 03 janvier 1980 pour protester contre cette mesure. Ce qui amena le gouvernement à laisser choir son projet, sans pour autant renoncer3. En outre, la Confédération syndicale voltaïque. (CSV) qui s’est alliée à la Ligue patriotique africaine pour le développement-Parti africaine de l’indépendance (LIPAD-PAI) perdit son dynamisme d’antan. Elle fut acteur par son parti politique interposé qu’est le PAI à l’avènement de la révolution. Du reste, le 1er mai 1984, la CSB, avant le divorce d’avec le CNR avait décidé de ne pas présenter avec les autres centrales syndicales le traditionnel cahier de doléances car elle estimait ne pas voir son importance sous le CNR qui était le pouvoir des travailleurs. Elle pensait que cette pratique néocoloniale devait disparaître sous un régime révolutionnaire4. Il a donc fallu ce divorce avec le CNR pour qu’elle puisse comprendre l’intérêt de défendre les intérêts des travailleurs. Cette centrale syndicale, anciennement très dynamique, continue de subir les écarts de conduites de ses responsables d’hier en devenant l’ombre d’elle-même. Cependant, il convient de dire que les hommes s’inspirent moins de l’histoire par leurs incessantes bêtises déjà commises par le passé. Mais la fatale erreur pour un syndicat, plus qu’un parti politique, c’est d’oublier le sens de l’histoire.

La CGT-B, locomotive du syndicalisme burkinabè

Il semble que les actions de grèves sont désapprouvées par un certain nombre de syndicats au regard de leur nature. Ces derniers seraient " contraints " par la CGT-B connue par sa combativité et son intransigeance dans la défense des intérêts des travailleurs. Elle qui a un passé contraire à celui des autres parce que n’ayant jamais soutenu un pouvoir politique est la locomotive des luttes syndicales aujourd’hui. N’est-ce pas cette combativité de la Centrale qui a fait que Tollé Sagnon, son secrétaire général a été fait l’homme de l’année 1994 et 1995 par deux quotidiens, à savoir Le Pays et Sidwaya ? Mais que doit-elle faire si ses consœurs ou certaines d’entres elles refusent de poursuivre la lutte qu’elles ont engagée ensemble ? Doit-elle aller à l’allure des autres jusqu’à la compromission ?

Déjouer les trahisons syndicales

A l’instar des héroïques luttes des organisations syndicales du Niger et d’ailleurs contre la vie chère, au Burkina, les syndicats doivent s’engager davantage à faire aboutir les revendications de la plate-forme minimale. Les militants aujourd’hui à divers niveaux sont prêts à endurer le sacrifice pour le triomphe de cette revendication. Il appartient à chaque responsable de jouer sa partition en occultant les querelles de leadership. Les militants aussi ont cette obligation militante et morale de suivre le comportement de leurs responsables qu’ils doivent désavouer en cas de trahison pour le triomphe de la cause des travailleurs. Ils doivent s’inspirer du désavoeu des militants de la CGT-France à leur direction pour le vote du traité constitutionnel européen le 29 mai 2005. En effet, le bureau national de la CGT présidé par Bernard THIBAULT avait décidé de l’abstention face à ce traité sous prétexte que c’était une affaire politique. Mais les Unions locales et départementales et les Fédérations désapprouvèrent l’avis du bureau national en faisant campagne pour le non. Elles estimaient que ce traité allait à l’encontre des intérêts des travailleurs par ses textes ultra-libéralistes privilégiant le marché au détriment du social. En effet, lorsqu’un responsable d’un syndicat est corrompu, cela ne devrait en principe pas influencer l’organisation qu’il dirige car les militants à qui il doit des comptes ont ce devoir de l’éjecter pour continuer la lutte. Si l’histoire de notre pays était une route, le syndicalisme serait un panneau de signalisation auquel l’usager qu’est le pouvoir doit faire attention. Mais hélas ! Lorsque des hommes sont parvenus au pouvoir suite à un débat avec la kalach, en argumentant en blindés pour s’imposer par la mitraillette et changer un pouvoir par un coup d’Etat pour se vêtir du manteau de démocrates, ils méprisent les syndicats jusqu’au jour où..…..N’gaow ! L’intransigeant syndicaliste Roumain Vasile PARASCHIV, plusieurs fois embastillé, disait : " L’avènement de la vraie démocratie dans l’histoire est une conséquence logique de la lutte des travailleurs " . Au fond de sa tombe, ce syndicaliste pour paraphraser Jean Paul Sartre dirait aux Burkinabè : " Burkinabè. Un Dieu t’a fait ce mal en rendant ta vie chère, non c’est toi-même ! " Le président du Burkina doit réfléchir sur cette pensée du poète Jean MARCENAC : " Le chien vit de peu. Ce que son maître ne veut pas, Il le donne au chien. Mais quand le chien a trop faim Il mange son maître " n

Porgo Sakkisongê Koudougou

e-mail:sakisonge@yahoo.fr

1 Charles Kabeya MUASE, Syndicalisme et démocratie en Afrique Noire : l’expérience du Burkina Faso (1936-1988), Inades éditions et Karthala, 1989, Abidjan, Paris p124

2 Les prémices du Conseil National de la Révolution en Haute-volta de Yarga LARBA in le mois en Afrique, n°213 -214 octobre -novembre 1983,p25

3 Charles Kabeya MUASE, op. Cit. p149

4 Charles Kabeya MUASE, op. Cit. pp204-205

2 Messages de forum

  • Point de vue syndicaliste au Burkina Faso 29 décembre 2015 03:36, par Judith

    Pour la trahison dont vous faites cas à propos de zoumana traoré je vous prie de bien vouloir revoir vos écrits et verifier vos sources faites un peu d’investigations avant.

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  • Les bus de la Société de transport en commun de Ouagadougou (SOTRACO) ont repris du service depuis ce vendredi matin, après que la direction de l’entreprise et le personnel gréviste ont trouvé ‘’un accord à minima », a-t-on appris auprès des délégués des travailleurs.
    Dans une déclaration signée par les délégués des travailleurs et parvenue à APA, vendredi après-midi, ces derniers informent qu’à l’issue d’une séance de conciliation tenue à la Direction régionale du travail et de la sécurité sociale du Centre, les représentants des travailleurs et la Direction générale de la SOTRACO ont échangé sur le différend qui les oppose.

    Les négociations qui se sont déroulées mercredi auraient duré de 10 heures à 17 heures.

    Selon la déclaration, après les échanges, les parties ont convenu, entre autres, qu’aucun travailleur ne sera licencié pour des faits relatifs à la crise actuelle.

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