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Reconstruction en Haîti : pour qui ?

lundi 24 janvier 2011

La matinée de ce 12 janvier 2011 a été tendue dans le quartier de Fort National où le gouvernement devait poser la première pierre de ce qui est présenté comme un vaste projet de construction de logements sociaux.

La cérémonie de pose de première pierre n’a finalement pas eu lieu. Une vingtaine de résidents du quartier, armés de pancartes, ont occupé les abords du site prévu pour l’événement. Les manifestants, tout en affirmant leur accord à la reconstruction, réclament plus de dialogue et de transparence de la part des autorités.

Des individus non identifiés ont d’abord essayé de les disperser en lançant des pierres et des bouteilles en verre. La police et les agents de l’ONU sont alors intervenus pour discuter avec les manifestants.

« Nous voulons des explications, nous voulons savoir comment l’Etat compte aider les gens qui, bien avant le 12 janvier, vivaient dans des conditions infrahumaines. C’est inacceptable en plein 21e siècle », explique Leguenson à un agent de la MINUSTAH qui prend des notes promettant de « transmettre » ses revendications.

« Et nous voulons que nos revendications entrent dans un cadre beaucoup plus large, une politique sociale qui prend en compte [le droit à] la revendication, et la dignité humaine », ajoute Leguenson.

A Fort National, le malaise des habitants est lié au fait que les autorités ne leur ont pas expliqué comment le projet allait être mis en œuvre, selon les protestataires interrogés. Certains disent même redouter d’être expropriés de leurs terres sans la moindre garantie.

A coté du malaise plane surtout le doute. Des individus à bord d’un pick-up ont distribué aux manifestants et à la petite foule des habitants qui attendaient la cérémonie, des images du projet.

« Avec quel argent allons-nous payer ces maisons ? Dans combien de temps le pays deviendra-t-il ainsi ? », demande un homme les yeux fixées sur le plan.

Quelques dizaines de minutes après l’heure fixée pour la cérémonie de coup d’envoi du projet de logement, le ministre des affaires sociales, Gérald Germain, a fait son apparition, escorté de ses gardes.

« Si la cérémonie n’a pas eu lieu aujourd’hui c’est parce que nous voulions nous assurer que tout le monde, tous les leaders, ont compris de quoi il s’agit », a-t-il indiqué aux manifestants.

Le ministre des affaires sociales, qui est également responsable de la Commission présidentielle en charge des questions liées au logement, a promis de rencontrer les résidents du quartier pour dialoguer comme ils le souhaitent.

Le projet de logement de Fort National devrait à terme aboutir à la construction de 3000 à 4000 appartements. Mais même certains responsables humanitaires et de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) se montrent sceptiques quant à sa concrétisation.


Chez les réfugiés, la colère monte « Je sais qu’après la Coupe du Monde, si rien n’est fait, ça va chauffer » explique Jean-Michel Olophen, responsable de la communauté de la place des Artistes, sur le Champ-de-Mars, un camp qui rassemble plus de 50 000 personnes sous les tentes.

Les changements non visible des conditions de vie des sinistrés, l’absence de communication du gouvernement, des décisions mal comprise comme la suspension de la distribution massive d’aide alimentaire alimentent cette colère latente.

Jean-Michel Olophen prévient « Jusqu’à présent, on essaie de maintenir [mais pour combien de temps ?] les gens sur le Champ-de-Mars. On les empêche d’aller dans les manifestations organisées par les partis de l’opposition ».

Selon le professeur Jean-Marie Théodat, « Si rien n’est fait dans des délais acceptables, on ne pourra pas empêcher la colère des haïtiens. Le peuple est prêt à faire de gros sacrifices. Mais nous sommes désormais assis sur une poudrière. Et il y a des gens qui se baladent avec des allumettes, en disant : - Je vais mettre le feu - Moi, je dis attention, il y a un danger réel d’explosion »

Un an après, "c’est pire", raconte-t-elle. "Toujours pas d’eau, pas d’électricité, pas d’infrastructures, pas de médicaments. [René] Préval n’a rien fait pour nous, absolument rien. Le peuple est à l’abandon !", s’emporte-t-elle. L’argent promis est arrivé. Mais il n’a pas été dépensé. A Port-au-Prince il y a toujours des gravats, des maisons effondrées. Il n’y a pas eu de grand nettoyage. Le Palais présidentiel, tout un symbole, est encore effondré. Les radios, les ministères et les militaires sont encore dans des modules provisoires. Quand on pose la question aux haïtiens, ils répondent qu’il n’y a que trois bulldozers ou que le déblayage est payant. Dans certaines rues ce sont les habitants qui se cotisent pour essayer de déblayer, parfois à la main.

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