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Ce que nous voulons

mercredi 26 août 2009, par Robert Paris

1 – Partout dans le monde, les hommes, dans leur grande majorité, sont privés de tout contrôle sur les décisions qui affectent leur vie de la façon la plus profonde et la plus directe. Ils vendent leur force de travail alors que d’autres, qui possèdent ou contrôlent les moyens de production, accumulent des richesses, font les lois et utilisent l’appareil d’Etat pour perpétuer et pour renforcer leurs privilèges.

2 – Pendant un siècle, le niveau de vie des travailleurs s’est amélioré. Mais ni cette augmentation du niveau de vie, ni la rationalisation des moyens de production, ni l’arrivée au pouvoir de partis qui prétendent représenter la classse ouvrière, n’ont modifié fondamentalement la situation du travailleur en tant que travailleur. Et, en dehors de la production, elles n’ont donné à la grande majorité des hommes qu’une très relative marge de liberté. A l’Est comme à l’Ouest, le capitalisme n’a cessé d’être un type de société inhumain, où la grande majorité est opprimée dans son travail, manipulée dans sa consommation et dans ses loisirs. La propagande et la police, les prisons et les écoles, les valeurs et la morale traditionnelles, contribuent à renforcer le pouvoir d’une minorité et à convaincre ou à obliger la majorité d’accepter un système brutal, dégradant et irrationnel. Le monde “communiste” n’est pas communiste, et le monde “libre” n’est pas libre.

3 – Les syndicats et partis “ouvriers” furent créés à l’origine pour changer cette situation. Mais ils ont tous fini par s’adapter d’une façon ou d’une autre aux formes d’exploitation existantes. Dans les faits, ils sont devenus actuellement un rouage essentiel dans le fonctionnement “normal” de la société d’exploitation : les syndicats servent d’intermédiaires sur le marché du travail, les partis politiques utilisent les luttes et les aspirations de la classe ouvrière pour des fins qui leur sont propres. La dégénérescence des organisations de la classe ouvrière, qui est elle-même un résultat de l’échec du mouvement révolutionnaire, a contribué de façon décisive à plonger dans l’apathie la classe ouvrière, et cette apathie a conduit à son tour à une dégénérescence accrue des partis et des syndicats.

4 – C’est une illusion de croire que les syndicats et les partis politiques peuvent être réformés, “noyautés”, ou convertis en instrument de l’émancipation des travailleurs. Nous ne voulons pourtant pas créer de nouveaux syndicats – qui, dans les conditions actuelles, auraient un destin semblable à celui de ceux qui les ont précédés. Nous ne demandons pas non plus aux militants de déchirer leurs cartes syndicales. Ce que nous voulons, c’est tout simplement que les ouvriers eux-mêmes décident des objectifs de leurs luttes, et que la direction et l’organisation de ces luttes ne leur échappent pas. Les formes que peut prendre cette activité autonome des travailleurs peuvent varier considérablement de pays à pays et d’industrie à industrie, mais non leur contenu essentiel.

5 – Le socialisme, ce n’est pas seulement l’appropriation et la direction collectives des moyens de production et de distribution. Le socialisme implique également l’égalité, la liberté réelle, la reconnaissance réciproque et la trasformation radicale de tous les rapports humains. Il est “la conscience de soi positive de l’homme”, la compréhension par l’homme de ce qu’est son environnement et de ce qu’il est lui-même, sa domination sur son travail et sur les institutions qu’ilo devra créer. Il ne s’agit pas là d’aspects secondaires, qui suivront automatiquement l’expropriation de l’ancienne classe dominante. Il s’agit, au contraire, déléments essentiels du processus de transformation sociale dans son ensemble, et sans lesquels il ne saurait y avoir de véritable transformation de la société.

6 – Une société socialiste ne peut donc être construite qu’en partant de la base – “par en bas”. Les décisions concernant la production et le travail doivent être prises par des Conseils de travailleurs composés de délégués élus et révocables. Les décisions dans d’autres secteurs doivent être prises en partant de la discussion et de la consultation la plus large possible de l’ensemble de la population. Ce que nous entendons par “pouvoir des travailleurs”, c’est justement cette démocratisation de la société dans son fondement même.

7 – Les seules actions qui aient un sens, pour des révolutionnaires, sont celles qui permettent d’accroître la confiance, l’initiative, la participation, la solidarité, les tendances égalitaires et l’autonomie des masses et qui contribuent à les démystifier. Doit être considéré comme stérile et nocif tout ce qui renforce la passivité des masses, leur apathie, leur cynisme, leur différenciation hiérarchique, leur aliénation, leur abandon à d’autres des tâches qu’elles devraient exécuter elles-mêmes, et donc le degré auquel elles peuvent être manipulées par d’autres – même par ceux qui prétendent les “servir”.

8 – Aucune classe dirigeante dans l’histoire n’a abandonné son pouvoir sans lutte, et il ne semble pas que ceux qui nous gouvernent actuellement doivent être un exception. Le pouvoir ne leur sera arraché qu’à travers l’action autonome de la grande majorité. La construction du socialisme implique la conscience et la participation des masses. Mais la structure hiérarchique rigide, le idées et la pratique et du type social-démocrate, et du type bolchévik, d’organisation, empêchent le développement de cette conscience et interdisent cette participation. L’idée que le socialisme puisse être, d’une façon ou d’une autre, l’oeuvre d’un parti “d’élite”, pour “révolutionnaire” qu’il soit, agissant “au nom” de la classe ouvrière, est en même temps absurde et réactionnaire.

9 – Nous rejettons l’idée selon laquelle la classe ouvrière, par ses seules forces, ne peut atteindre qu’une conscience “trade-unioniste”. Nous croyons au contraire que ses conditions de vie et son expérience dans la production conduisent constamment la classe ouvrière à adopter des normes et des valeurs, et à créer des formes d’organisation, qui mettent en question l’ordre social établi et le type de pensée qui correspônd à cet ordre. Et que ces réponses à sa situation ont donc un contenu implicite. D’un autre côté, il est vrai que la classe ouvrière n’est pas homogène, qu’elle ne dispose pas des moyens de communication, et que, à tel ou tel moment, ses divers secteurs atteignent des degrés différents de lucidité et de conscience. Le rôle de l’organisation révolutionnaire est de contribuer à ce que la conscience prolétarienne ait un contenu explicitement socialiste, de fournir une aide pratique aux ouvriers en lutte et de faciliter l’échange d’expériences et de liaisons entre groupes de travailleurs séparés géographiquement.

10 – Nous ne voulons pas être une “direction”. Nous voulons être un instrument de l’action des travailleurs. Le rôle de Solidarity est d’aider tous ceux qui, dans l’industrie et dans la société dans son ensemble, entrent en conflit avec la structure sociale autoritaire actuelle ; les aider à généraliser leur expérience, à faire une critique globale de leur condition et de ses causes, et à développer la conscience révolutionnaire des masses indispensable à la transformation totale de la société.

écrit pas Solidarity

1 Message

  • Ce que nous voulons 18 octobre 2009 09:15, par Robert Paris

    Engels à Vera Zassoulich

    Ce que je sais ou crois savoir sur la situation en Russie, me pousse à l’opinion que là on s’approche de son 1789. La révolution doit éclater dans un temps donné ; elle peut éclater chaque jour. Dans ces conditions, le pays est comme une mine chargée, où il ne s’agit que d’appliquer la mèche... C’est un des cas exceptionnels où il est possible à une poignée d’homme de faire une révolution ; c’est-à-dire de faire crouler par un petit choc tout un système en équilibre plus que labile... et de libérer, par un acte en lui-même insignifiant des forces explosives indomptables après. Eh bien, si jamais le blanquisme - la fantaisie de bouleverser une société par l’action d’une petite conspiration - avait une certaine raison d’être, c’est certainement à Saint-Pétersbourg...

    Supposons que ces hommes s’imaginent de pouvoir s’emparer du pouvoir, qu’importe ? Pourvu qu’ils fassent le trou qui rompra la digue, le torrent lui-même aura bientôt raison de leurs illusions... Les gens qui se sont vantés d’avoir fait une révolution ont toujours vu, le lendemain, qu’ils ne savaient point ce qu’ils faisaient ; que la révolution faite ne ressemblait pas du tout à celle qu’ils avaient voulu faire. C’est ce que Hegel appelle l’ironie de l’histoire... Pour moi, la chose importante est que l’impulsion en Russie soit donnée, que la révolution éclate. Que ce soit telle ou telle fraction qui donne le signal, que ce soit sous tel ou tel drapeau, peu m’importe... Là où tous les degrés du développement social se trouvent représentés, depuis la commune primitive jusqu’à la grande industrie et à la haute finance moderne, et où toutes ces contradictions sont violemment contenues par un despotisme sans égal, despotisme de plus en plus insupportable à une jeunesse qui réunit en soi l’intelligence et la dignité nationale, là, le 1789 une fois lancé, le 1793 ne tardera pas à suivre...

    F. Engels

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