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Vague de révolte des prolétaires et vague de peur de la classe capitaliste et de ses protecteurs étatiques

lundi 28 février 2011, par Robert Paris

La vague d’émeutes sociales qui a déferlé sur les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à partir du mois de décembre dernier a fait vaciller les palais gouvernementaux de Tunis, du Caire et d’Alger ou de Saana ; ses effets loin d’être terminés sur les autres pays du vaste monde arabe tandis que ses retombées sont redoutées dans les chancelleries des grands pays impérialistes, à Washington, Londres, Paris, Rome...

La crise économique qui a frappé les grands pays capitalistes à partir de 2008 et qui continue à avoir sur eux des conséquences de grande ampleur, ne pouvait pas ne pas se faire ressentir encore plus fortement sur les pays de la périphérie impérialiste : augmentation du chômage, misère croissante des couches petites-bourgeoises (petits paysans, artisans, commerçants, etc.). Et la périphérie immédiate des pays impérialistes européens est constituée par les pays riverains de la Mediterrannée.

Au cours des décennies précédentes des masses de prolétaires chassés par la misère, le chômage, la répression, sont parties de la rive méridionale de la Méditerranée ; par groupes de dizaines ou de centaines de personnes, cette véritable armée de prolétaires migrants a atteint les rivages de Grèce, d’Espagne et d’Italie, pour gagner ensuite par des moyens de fortune la France, l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne. Depuis toujours, les très civilisés pays européens, dont les constitutions aux idéaux « républicains » sont remplies de paroles solennelles sur les « droits de l’homme », le « droit au travail », le droit à la vie et à la dignité, ont traité les travailleurs immigrés comme des bêtes : désignés comme des délinquants en puissance, soumis à des harcèlements policiers, surexploités et sous-payés, mais également indispensables à la croissance économique de l’opulente Europe à condition de rester soumis aux règles discriminatoires par lesquelles les bourgeoisie européennes administrent les flux migratoires.

Frères de classe, prolétaires sans patrie, membres d’une classe qui est partout exploitée par le capital, qu’elle soit employée de façon plus ou moins temporaire dans le « monde du travail » ou qu’elle se rejoigne la masse des chômeurs, augmentant ainsi la pression sur les salaires des travailleurs employés, qu’il soient autochtones ou immigrés, aujourd’hui les prolétaires en Egypte, en Tunisie, en d’Algérie, ne fuient plus la misère, mais la font éclater, pleins de colère et de détermination, dans les rues des principales villes de leurs pays. Et demain ce sera le tour des rues des villes européennes, dans une lutte unie des prolétaires de toutes les nationalités contre l’ennemi de classe, la bourgeoisie qui domine des deux côtés de la Méditerranée.

Mais les assauts que lancent les prolétaires et les masses déshéritées des pays arabes contre les palais gouvernementaux a des répercussions plus lointaines encore, jusque aux Etats-Unis. La bourgeoisie impérialiste la plus puissante du monde tient en effet les fils du pouvoir dans les pays les plus importants de la région, Israël, L’Egypte, l’Arabie Saoudite ; avec lesquels des rapports d’alliance et d’intérêts mutuels très forts ont été tissés ; toute menace sur la stabilité des ces pays, est une menace sur les intérêts américains dans cette région d’importance primordiale pour eux, ne serait-ce que pour le pétrole du Moyen-Orient. C’est pourquoi les révoltes de ces derniers mois, au delà des objectifs immédiats que se sont donnés les manifestants (renversement des gouvernements voleurs et corrompus, fin des régimes policiers, du travail et du pain pour tous), portent en elles des dangers bien plus sérieux pour les classes dominantes locales et celles des pays impérialistes impliqués dans la région.

En Tunisie, la colère était telle qu’elle a poussé des dizaines de milliers de manifestants à affronter à visage découvert et à mains nues les tueurs de la police et des services spéciaux de Ben Ali. Le mouvement de révolte des masses prolétariennes et paysannes précipitées dans la misère, dans sa spontanéité immédiate et laïque, non récupéré par l’islamisme, a été si important qu’en dépit d’une répression bestiale, il a réussi à provoquer la fuite du « raîs » tunisien. Ce résultat a coûté des centaines de morts et de blessés, mais le système économique et politique sur lequel s’appuyait le pouvoir du clan de Ben Ali n’a pas disparu, bien au contraire. Le mouvement de révolte contre un groupe de dirigeants qui volaient à pleines mains, réclamait la démocratie et le pain ! Mais réclamer la démocratie à un système bourgeois qui utilise normalement la démocratie pour mieux régler ses affaires et promouvoir ses intérêts de classe ne peut rien changer de fondamental à la situation des millions de prolétaires et paysans qui en ont assez de leur situation. L’histoire a par ailleurs démontré qu’un mouvement qui réunit les prolétaires et les petits bourgeois des villes, les paysans, les couches intellectuelles et les professions libérales, et qui trouve un allié improvisé dans certaines fractions de la classe dirigeante, peut sans doute déboucher sur une révolution de palais, mais ne peut réellement révolutionner la société, parce qu’il n’en a pas la force de classe.

Plus de démocratie, veut dire de nouvelles élections, une plus grande liberté d’organisation politique et syndicale, des réformes sociales enfin réalisées après avoir été longtemps promises, mais rien de plus. Le système économique ne change pas et donc les causes de l’exploitation du travail salarié, de la misère croissante, du chômage, de la faim ne disparaissent pas ; les antagonismes de classe entre bourgeoisie et prolétariat restent inchangés comme restent inchangés les affrontements entre fractions bourgeoises et Etats causés par la concurrence économique et politique entre centres d’accumulation capitaliste qui régne sur toute la planète.

Les causes qui ont provoqué la crise économique de 2008-2010 sont toujours présentes, même si les effets les plus dévastateurs de cette crise peuvent encore être amortis dans les pays capitalistes les plus riches, et elles provoqueront de nouvelles crises encore plus violentes jusqu’à plonger finalement le monde dans une troisième guerre mondiale. Ce n’est pas là une prophétie basée sur les suggestions du moment, mais une conclusion du marxisme, théorie scientifique du communisme révolutionnaire qui a affirmé dès la crise capitaliste de 1847 en Grande-Bretagne (et donc dans le reste du monde) et les révolutions de 1848 en Europe :

« Depuis des décennies, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et de sa domination [le capitalisme, NdlR]. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise (...).

Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l’autre en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et à diminuer les moyens de les prévenir » (Le Manifeste du Parti Communiste, 1848).

Derrière la revendication de démocratie exprimé par les manifestants, il y a en même temps la démonstration que le système bourgeois, si démocratique qu’il soit en économie ne peut satisfaire le malaise social, qui à un certain point débouche sur une révolte ; c’est la preuve que le système politique bourgeois, en l’absence d’un mouvement de classe prolétarien attirant sur son propre terrain et sous sa propre direction, tous les mécontents, réussit à duper le mouvement de protestation sociale en lui proposant l’une de ses innombrables versions de démocratie qu’elle a produit au cours de l’histoire. Quand le mécontentement se transforme en révolte sociale, le pouvoir bourgeois répond habituellement par la répression policière, mais en la faisant suivre tôt ou tard par l’offre de perspectives démocratiques jusqu’alors refusées. C’est le sale jeu que répète la bourgeoisie chaque fois que les masses travailleuses entrent en rébellion : si la répression ne suffit pas à étouffer la révolte, entrent alors en lice les défenseurs de la « vraie démocratie », de la « liberté », de « l’égalité », de la « patrie », des « intérêts communs de la nation ».

Les choses seraient bien différentes si nous étions en présence d’un mouvement prolétarien de classe. Les pays anciennement colonisés sont devenus pleinement capitalistes, même si le développement industriel y est encore relatif ; la classe dominante y est la bourgeoisie, il n’y existe plus de survivances économiques et politiques de type féodal qui mettraient à l’ordre du jour une révolution démocratique bourgeoise. Le prolétariat existe depuis longtemps dans ces pays, à côté de masses de petits paysans et de couches petites bourgeoises de commerçants et artisans occupant les espaces de production et distribution non couverts par l’industrialisation. Mais cela ne signifie pas qu’il y existe un mouvement prolétarien indépendant ; les prolétaires de ces pays ont participé aux luttes d’indépendance nationale, mais ils n’ont pas eu la possibilité de conquérir leur indépendance de classe, comme par exemple a pu le faire le prolétariat russe dans sa lutte contre le tsarisme, les patrons capitalistes et la bourgeoisie lorsqu’elle prit la place du tsarisme.

La responsabilité de la contre-révolution stalinienne qui a décapité le mouvement communiste international et transformé les partis communistes en organisations social-impérialistes est écrasante. Non seulement le prolétariat européen n’a pu compter face au capitalisme sur la direction solide de l’Internationale et de ses partis nationaux, mais le jeune prolétariat des pays coloniaux et semi-coloniaux a été dès le début orienté vers l’impasse du « national-communisme ». Il est impossible que les prolétaires des anciens pays coloniaux puissent d’un seul coup trouver la voie de la lutte de classe et se débarrasser des oripeaux de la démocratie bourgeoise par ailleurs importés chez eux par des forces démocratiques impérialistes post-fascistes (c’est-à-dire semi fascistes), alors que les prolétaires européens infectés jusqu’à la moelle par la démocratie collaborationniste, ne sont pas encore capables de redécouvrir les méthodes et les moyens classistes pour la lutte de défense immédiate. Les prolétaires européens ont un avantage historique par rapport aux autres ; ils ont lutté les premiers aux côtés de la bourgeoisie, et presque toujours à la place de la bourgeoisie, pour supprimer le féodalisme, renverser les rois et les tyrans ; les premiers, ils ont payé au prix du sang leurs illusions dans la démocratie bourgeoise lors des révolutions de 1848-1850 ; les premiers ils ont lancé à l’assaut au ciel lors de la Commune de Paris avant d’être écrasés par la contre-révolution ; les premiers ils ont instauré la dictature du prolétariat lors de la révolution en Russie, se sont constitués en parti communiste international, appelé Internationale Communiste (I. C.), et se sont lancés à l’assaut de toutes les bourgeoisies du monde. L’expérience de cette longue série de luttes révolutionnaires de classe, condensée dans les Thèses des premiers congrès de l’I. C. et les thèses de la Gauche communiste d’Italie, constitue un formidable patrimoine prolétarien sur lequel devra se fonder demain la renaissance du mouvement communiste international. Les prolétaires des anciens pays coloniaux et de jeune capitalisme ont, eux, un avantage sur les prolétaires européens et américains : ils sont sur les épaules cent ans de moins d’intoxication démocratique que leurs frères de classe de ces pays et ils ont en eux une vigueur de classe que ceux-ci ont perdu à cause de ce que Marx explique brièvement mais clairement dans « Les luttes de classes en France » :

« De même que la période de crise survient sur le continent plus tard qu’en Angleterre, de même de la période de prospérité y est plus tardive. C’est en Angleterre que se produit toujours le processus initial : elle est le démiurge du cosmos bourgeois. Sur le continent, les différentes phases du cycle que la société bourgeoise parcourt sans cesse de nouveau, se produisent dans une forme secondaire ou tertiaire. En premier lieu le continent a exporté en Angleterre incomparablement plus que dans tout autre pays. Mais cette exportation dépend à son tour de l’état de l’Angleterre, en particulier par rapport au marché d’outremer. Ensuite, l’Angleterre exporte incomparablement plus dans les pays d’outremer que l’ensemble du continent, de sorte que la quantité des exportations continentales vers ces pays dépend toujours des exportation d’outremer concomitantes de l’Angleterre.

Par conséquent, si c’est d’abord sur le continent que les crises engendrent des révolutions, la racines de celles-ci se trouve cependant toujours en Angleterre. Naturellement c’est aux extrémités de l’organisme bourgeois que les explosions violentes doivent se produire, plutôt qu’en son coeur, car ici la possibilité d’un accommodement est plus grande que là » (1).

Les pays capitalistes les plus développés ont plus de ressource à leur disposition, non seulement parce qu’ils ont une industrie techniquement plus avancée, mais aussi parce qu’ils exploitent les pays plus faibles, en tirant d’énormes profits supplémentaires qui leur permettent d’amortir les conséquences de la crise sur leurs propres prolétaires (l’Angleterre était à l’époque était alors le pays capitaliste le plus développé par rapport à l’Europe occidentale - le « continent » - France y compris). Marx parle de révolutions parce qu’alors les mouvements sociaux débouchaient sur de véritables insurrections où les prolétaires luttaient de façon violente pour renverser les régimes existants, mais l’analyse vaut aussi pour les grands mouvements de masse et les révoltes sociales qui se déroulent en ce moment de l’autre côté de la Méditerranée : ce sont bien les explosions violentes qu’il évoque.

* * *

L’incendie tunisien s’est d’abord étendu à l’Algérie provoquent une vague d’émeutes qui pour la première fois ont touché la capitale, notamment le quartier emblématique de Bab-el-Oued, avant de toucher l’Egypte, autre « extrémité de l’organisme bourgeois ». Plus « expertes » en révoltes les autorités algériennes ont réussi jusqu’ici à contenir le mouvement sans recourir à une violence aussi sauvage qu’en Tunisie (il y a eu toute de même 5 morts en quelques jours !), avec des mesures d’urgence pour contrecarrer la flambée de hausse des prix des denrées de première nécessité. La peur d’une explosion sociale qu’elles ressentent cependant peut se constater par la présence policière massive déployée pour empêcher la manifestation des partis d’opposition le 12 : elles ont bien conscience d’être assises sur un baril de poudre. Les promesses de Bouteflika de supprimer l’état d’urgence en vigueur depuis 1992 ne doivent donc pas faire illusion.

Mais c’est en Egypte que le retentissement des événements tunisiens a déclenché une gigantesque mobilisation des masses prolétariennes et petites-bourgeoises. L’Egypte est le pays le plus peuplé du Moyen-Orient (plus de 80 millions d’habitants). Son économie est encore largement agricole, bien qu’elle doive importer environ la moitié du blé nécessaire à la consommation interne ; mais dans les dernières décennies elle a connu une certaine industrialisation, surtout dans le textile qui emploie selon certaines estimations près de la moitié de la force de travail du secteur. Cependant les principales ressources du pays sont le tourisme, les revenus tirés du canal de Suez et... les financements extérieurs. En effet l’Egypte est le second bénéficiaire de l’aide américaine, après Israël (2 milliards de dollars en moyenne par an, dont plus d’un milliard d’aide militaire). L’Egypte est surtout l’un des piliers essentiels de la politique impérialiste américaine dans la région. Pendant ses trente ans de pouvoir Hosni Moubarak a garanti un rapport stable d’alliance avec les Etats Unis et un changement de régime au Caire sous la pression de la rue est redouté par ces derniers. Le mouvement de la place Tharir est candidement démocratique, mais il est suffisamment déterminé pour faire craindre qu’il débouche sur des affrontements plus violents incontrôlables : les partis d’opposition tolérés par le régime, Frères musulmans y compris, ne semblent avoir qu’une influence marginale sur les masses en mouvement.

Ordre ! Tel est l’impératif catégorique de toute bourgeoisie, en Tunisie comme en Egypte, aux Etats-Unis comme en France et partout ; l’armée égyptienne a finalement fait comprendre à Moubarak qu’il devait se retirer pour que l’ordre soit maintenu. La « belle révolution » égyptienne où les diverses classes, des prolétaires aux bourgeois éclairés, étaient fraternellement unis pour chasser le tyran et restaurer la fierté nationale, a débouché sur le pouvoir du « Conseil suprême des Forces Armées ». « L’armée et le peuple ne font qu’un ! » ont scandé des manifestants, tandis que des politiciens d’opposition, soulagés, déclaraient que tant que l’armée tiendrait les rênes (2), l’Egypte ne sombrerait pas dans le chaos et que les Frères Musulmans dans un communiqué saluaient l’armée « qui a tenu ses promesses ». Celle-ci a assuré qu’elle transmettrait le pouvoir à des civils et qu’elle restaurait la démocratie. En réalité tout ceci démontre une fois de plus ce que le marxisme affirme : l’Etat, organisation spéciale du pouvoir bourgeois, repose en définitive sur des détachements spéciaux d’hommes armés, c’est l’organisation de la violence destinée à mater la classe exploitée.

L’après Moubarak comportera sans aucun doute une démocratisation de façade et des réformes sociales ; mais il ne pourra changer les conditions de misère et d’exploitation des grandes masses égyptiennes. La démocratie bourgeoise n’est jamais rien d’autre que le voile de la dictature de la classe dominante ; dans les pays capitalistes les plus pauvres comme l’Egypte, ce voile se réduit à presque rien parce que le capitalisme a besoin d’un régime autoritaire pour empêcher l’explosion des tensions sociales qu’il n’a pas la possibilité d’ « accommoder ».

La seule perspective qui s’offre historiquement aux prolétaires et aux masses est celle de la révolution anticapitaliste pour renverser la domination politique et sociale de la bourgeoisie. Mais la révolution prolétarienne n’est possible que lorsque le prolétariat, organisé et dirigé par son parti de classe et entraînant derrière lui tous les opprimés, se soulève les armes à la main contre l’appareil de violence organisé de l’Etat bourgeois. Elle est en outre le couronnement d’un processus de luttes de classe qui conduisent à l’affrontement avec les institutions politiques et militaires qui défendent la propriété privée et le mode de production capitaliste, quelle que soit la forme de l’Etat : dictature, monarchie ou république. Les racines et les conséquences de cet affrontement sont internationales, parce que le capitalisme est international, parce que les liens économiques, politiques, diplomatiques et militaires entre les Etats sont internationaux ; même si chaque bourgeoisie défend ses intérêts nationaux contre les autres ; parce qu’enfin le prolétariat est une classe internationale, qui n’a rien à défendre de la nation où elle est exploitée, réprimée et massacrée.

Les révoltes sociales en cours ne sont pas la prémisse de la révolution prolétarienne, ni même une anticipation de la reprise de la lutte de classe, même si elles sont le signal d’un mécontentement profond et généralisé. En l’absence d’une force de classe organisée en associations économiques de défense et en parti politique, il est inévitable qu’elles expriment dans leurs comportements et leurs revendications politiques des objectifs démocratiques, c’est-à-dire bourgeois ; mais il est aussi inévitable que la fraternité interclassiste laisse la place à la réalité des oppositions de classe : l’ouvrier restera un esclave salarié, le petit paysan pauvre continuera à être dépouillé par l’usurier tout en restant attaché à son lopin de terre, le petit bourgeois citadin continuera à vaciller entre al bourgeoisie et le prolétariat, et la bourgeoisie continuera à dominer, tout en faisant miroiter la possibilité d’un capitalisme pacifique et « à visage humain ».

La révolution prolétarienne pourrait sembler n’être qu’un mirage, tant le prolétariat est encore loin d’être le protagoniste de la révolte sociale qui ébranle actuellement les régimes arabes ; mais cette révolte malgré sa confusion démontre l’acuité des contradictions internes que rencontre le capitalisme et ses difficultés croissantes à maintenir son ordre.

Du point de vue économique, la société est plus que mûre pour en finir avec le capitalisme ; les forces productives entrent régulièrement en conflit avec les formes bourgeoises de production (3), mais il manque encore l’action de classe du prolétariat. Les révolutions n’arrivent pas sur commande, mais ce sont les situations de crises économiques généralisées qui en général accélèrent la maturation des facteurs objectifs de la lutte prolétarienne, permettent au prolétariat de retrouver la voie de lutte de classe et mettent au premier plan le besoin de la formation du parti révolutionnaire.

C’est dans cette perspective que nous saluons les explosions sociales de l’autre rive de la Méditerranée ; non pas pour leur revendication de démocratie, mais parce que la colère et la détermination qu’elles expriment sont la base du développement de la future lutte de classe révolutionnaire de leur jeune prolétariat. Le Prolétaire

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