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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 2eme chapitre : Révolutions de l’Antiquité > Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis

Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis

mardi 25 novembre 2014, par Robert Paris

Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis

En 399 avant J.-C. soit il y a plus de 2400 ans, Socrate mourait sous le poison, condamné à mort par la justice athénienne et son procès fait encore couler beaucoup d’encre comme il en a fait couler beaucoup dans la société grecque…

L’assassinat du philosophe Socrate est l’un des premiers crimes de l’Etat grec naissant à Athènes... et d’autant plus frappant que c’est la "démocratie grecque" qui l’a commis ! Mais qui était ce penseur de la Grèce antique pour que les classes dirigeantes aient préféré s’en débarrasser. Ce sont ceux qui s’estimaient ses disciples qui vont y répondre.

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35 Messages de forum

  • "Nous parlons ici de démocratie vs oligarchie, de liberté d’expression en temps de crise nationale, de la sagesse des électeurs" : près de 2.500 ans après la condamnation de Socrate pour avoir défié dieux et lois de la cité, Athènes a rejugé le philosophe : Acquitté. Lors de ce procès truculent et anachronique aux échos profondément actuels, ces thèmes ont été âprement débattus, comme s’en réjouissait à l’avance Loretta Preska, juge new-yorkaise devenue le temps d’une audience "présidente du tribunal".

    En -399 avant JC, Socrate s’était défendu lui-même devant une assistance uniquement masculine de 500 Athéniens, citoyens, juges et jurés. En son absence, deux avocats l’ont représenté devant 10 juges internationaux. Cinq ont penché pour la culpabilité, cinq contre. Socrate était-il coupable de non respect des dieux de la cité, introduction de nouvelles croyances et corruption de la jeunesse ? "Une opinion n’est pas un délit. Socrate cherchait la vérité", a plaidé pour la défense Patrick Simon.

    "Mon client a un défaut : il aime se moquer et exercer une ironie féroce. Mais je vous abjure de ne pas tomber dans son piège qui consiste à discréditer la démocratie. En l’acquittant, vous montrerez la fiabilité et la solidité de la démocratie", a-t-il lancé tout en verve aux juges et aux 800 spectateurs.

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 19 septembre 2013 07:08, par alain

    Comment se fait-il que la Grèce ait connu un tel printemps philosophique avec une éclosion extraordinaire qui ne s’est pas reproduite, ni là ni ailleurs dans le monde, ni à cette époque ni aucune autre époque ?

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 19 septembre 2013 07:08, par Robert Paris

    Tu écris :
    « Comment se fait-il que la Grèce ait connu un tel printemps philosophique avec une éclosion extraordinaire qui ne s’est pas reproduite, ni là ni ailleurs dans le monde, ni à cette époque ni aucune autre époque ? »

    Effectivement, cette question s’est souvent posée et certains ont voulu y voir une particularité philosophique, psychologique ou géographique (par exemple climatique) de la situation de la Grèce. On a en effet l’impression que cette éruption d’une multitude de sortes de philosophies (on aurait presque l’illusion d’y voir toutes les sortes possibles de philosophies) débattant ensemble, se combattant mais se composant, soit un cas unique de l’Histoire. Et, du coup, on en cherche la cause.
    Tout d’abord, il n’est pas aussi évident que la Grèce ait été un cas unique de ce type. Il est unique par le fait que les textes en aient été conservés, ce qui est différent.

    Il convient de remarquer en tout cas que les grands royaumes et empires, aussi riches et puissants soient-ils, n’ont nullement donné naissance à de telles floraisons philosophiques. Par contre, toutes les régions dans lesquelles de nombreuses villes indépendantes développant artisanat et commerce semblent avoir permis la floraison de conceptions diverses et relativement libres. Les premières villes égyptiennes, avant les rois et pharaons, avaient ainsi de multiples religions et philosophies locales. Elles ont ensuite été unifiées par l’unification politique du pays.

    Partout, les villes se sont développées avant les grands Etats, les grands empires et elles ont développé en même temps qu’un artisanat et un grand commerce, une grande richesse des classes dirigeantes et un goût du luxe dont la philosophie est pour une part. Par contre, quand ces sociétés ont été détruites par la mise en place de l’Etat, ce dernier a également détruit cette liberté de pensée. La particularité de la Grèce est qu’elle n’a pas réussi à aller très loin dans l’unification du pays, ni sous l’égide de Sparte ni sous celle d’Athènes. L’empire d’Alexandre n’a pas duré assez longtemps non plus. Et c’est finalement Rome qui s’en emparé de la Grèce mais en reprenant toute la civilisation grecque puisque la Rome paysanne et guerrière n’en possédait pas une. Du coup, cette floraison intellectuelle a pu survivre et franchir les siècles.

    Ce n’est le cas ni en Egypte, ni en Iran, ni en Mésopotamie, ni en Chine, ni en Inde, ni en Amérique latine et pourtant, il est très probable que l’on aurait alors connu d’autres floraisons philosophiques étonnantes.

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    • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 10 avril 2015 16:39, par Robert Paris

      D’ailleurs, il n’est pas tout à fait exact de parler de floraison spécifique de la Grèce car on appelle grecs des gens qui sont aussi italiens, qu’égyptiens ou d’asie mineure.

      Rappelons ce qu’écrivait Aristote dans "Origines de la philosophie grecque" :

      « Mais rien qu’à considérer Thalès, Pythagore et Xénophane, un fait me frappe. Ils sont tous les trois de cette partie du monde Hellénique qui s’appelle l’Asie-Mineure, et ils sont presque contemporains. Milet sur le continent, Samos dans l’île de ce nom, et Colophon, un peu au nord d’Éphèse, sont à peine à vingt-cinq lieues de distance ; sur cet étroit espace, presqu’au même moment, la philosophie trouve son glorieux berceau. Pour ne pas sortir de ces limites soit de lieux, soit de temps, soit même de sujet, joignez à ces trois noms de Thalès, de Pythagore et de Xénophane, ceux d’Anaximandre et d’Anaximène, qui sont aussi de Milet ; d’Héraclite, qui est d’Éphèse ; d’Anaxagore, qui est de Clazomènes, un peu à l’ouest de Smyrne dans le golfe de l’Hermus ; de Leucippe et de Démocrite, qui étaient peut–être également de Milet, ou d’Abdère, colonie de Téos ; de Mélissus, qui est de Samos, comme Pythagore. Joignez en outre les noms de quelques sages, moins éclairés que les philosophes, mais non moins vénérés : Pittacus de Mytilène dans l’île de Lesbos, compagnon d’armes du poète Alcée pour renverser la tyrannie, et déposant, après dix ans de bienfaits, la dictature que ses concitoyens lui avaient remise ; Bias de Priène, donnant à la Confédération Ionienne des conseils qui, selon Hérodote, eussent pu la sauver ; Ésope, qui résida longtemps à Samos, et à Sardes près de Crésus, et dont Socrate ne dédaignait pas de mettre les fables en vers (03), ce pauvre esclave de Phrygie que la philosophie ne doit pas oublier de compter parmi les siens ; enfin, même cette Aspasie de Milet, à qui Platon a laissé la parole dans le Ménexène, qui causait avec Socrate, qui donnait des leçons d’éloquence à Périclès, dont elle composait parfois les discours politiques, et à qui Raphaël a réservé une place dans son École d’Athènes.
      On le voit donc : l’ingénieur Tiedemann a eu bien raison d’appeler l’Asie-Mineure « la mère de la philosophie, et la patrie de la sagesse (04) ». Les quelques faits que je viens de citer, et auxquels on pourrait en joindre bien d’autres, le prouvent assez ; désormais, quand on parlera de la naissance de la philosophie dans notre monde Occidental, par opposition au monde Asiatique, nous saurons à qui appartient cette gloire, et à qui l’on doit équitablement la rapporter.
      Mais pour peu qu’on y réfléchisse, on voit qu’il est impossible que la philosophie se développe toute seule. Évidemment tous les éléments de l’intelligence doivent être épanouis avant la réflexion ; la réflexion, régulière et systématique, ne se montre que très tard et après les autres facultés. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur cette vérité, qu’on peut observer dans les peuples aussi bien que dans les individus. Je constate seulement que les choses ne se sont point passées dans l’Asie-Mineure autrement qu’ailleurs ; sur cette terre fertile, la philosophie n’a point été une plante solitaire ni un fruit imprévu. Quelques mots suffiront pour rappeler ce qu’était la contrée prédestinée à ce noble enfantement. Je ne fais qu’indiquer des noms, les plus beaux et les plus incontestables.
      A la tête de cette phalange, apparaît Homère, qui est né et a vécu certainement sur les côtes et dans les îles de l’Asie-Mineure, mille ans environ avant notre ère. Que dirais-je encore de ses poèmes ? Comment égaler la louange à son génie ? Tout ce que j’affirme, c’est qu’Homère n’est pas seulement le plus grand des poètes ; il en est aussi le plus philosophe. Un pays qui produit si tôt de tels chefs-d’œuvre est fait pour créer plus tard toutes les merveilles de la science et de l’histoire.
      Après Homère, je cite Callinus d’Éphèse, contemporain de l’invasion des Cimmériens, qu’il a chantée, et martial comme Tyrtée ; Alcman de Sardes, digne d’instruire et de charmer l’austère Lacédémone de Lycurgue ; Archiloque de Paros ; Alcée de Lesbos, à la lyre d’or, selon Horace ; Sapho de Mytilène ou d’Érèse, qu’on ne peut guère plus louer qu’Homère (05) ; Mimnerme de Smyrne, chantre des victoires de l’Ionie sur les Lydiens ; Phocylide de Milet, portant la morale dans la poésie Anacréon de Téos ; tout près des poètes, Terpandre de Lesbos, créent la musique, dont il fixe les trois modes principaux, le Lydien, le Phrygien et le Dorien ; et peut-être aussi le fabuleux Arion, de Lesbos comme Terpandre.
      Voilà pour la poésie. A côté d’elle, que de trésors moins brillants que les siens, quoique non moins précieux ! L’astronomie et la géographie, créées par Anaximandre, et par Scylas, de Caryatide sur le golfe de lassus ; les mathématiques, créées par Pythagore et ses disciples, prédécesseurs d’Aristarque de Samos, maître d’Archimède et d’Hipparque de Rhodes ; l’histoire, créée par Xanthos de Sardes, décelée de Milet, Hellanicus de Mytilène, surtout par Hérodote d’Halicarnasse, appelé dès longtemps le père de l’histoire, et à qui je donnerais un autre nom, si j’en connaissais un plus juste et un plus beau ; la médecine, partie de Samos pour Cyrène, Crotone, Rhodes et Cnide, avant de se fixer à Cos par Hippocrate, aussi grand peut-être dans son genre et aussi fécond qu’Homère peut l’être dans le sien ; l’architecture des villes, créée par Hippodamos de Milet, qui fut aussi écrivain politique dont Aristote analyse les ouvrages (Politique, Livre Il, ch. 5) ; la sculpture et le moulage, par Théodore de Samos, fils de Rhoecus ; la métallurgie par les Lydiens, etc., etc. Je m’arrête pour ne pas pousser plus loin ces nomenclatures un peu trop arides. Mais il faut rappeler encore que cette fécondité prodigieuse ne cesse pas avec les temps dont nous nous occupons. Théophraste est d’Érèse ; Épicure est élevé à Samos et à Colophon ; Zénon, l’honneur du Portique, naît à Cittium en Chypre ; Éphore est de Cymé : Théopompe est de Chios ; Parrhasius et Appelle sont d’Éphèse et de Colophon ; Strabon est d’Amasée sur le Pont, colonie d’une des villes grecques de la côte occidentale de l’Asie-Mineure, etc., etc. »

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 27 février 2015 07:17, par André

    Peut-on connaître les propos qui se sont tenus avant que commence la réunion entre les premiers participants qui venaient d’arriver ? Cela viendrait heureusement compléter cette intéressante discussion…

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 27 février 2015 18:07, par Robert Paris

    - Hermogène :

    Chers amis, nous voici en sécurité à Mégare, à l’abri des menaces de tous les ennemis de Socrate qui nous détestent également, et en état de discuter entre nous, adeptes des idées de Socrate, des moyens de changer cette situation politique désastreuse d’Athènes. Mais je crains fort que nous, disciples de Socrate, n’ayons commencé par faire exactement le contraire de ce qu’avait fait et préconisé Socrate : fuir la cité athénienne ! Si Socrate critiquait, et vertement, le mode de gouvernement de la cité, il avait choisi d’y rester, se conformant y compris au jugement mortel contre lui, même si ses amis lui conseillaient de fuir la ville pour préserver sa vie. Contrairement à lui, nous avons fui et nous allons voir si cette situation peut nous porter conseil pour envisager la suite…

    - Xénophon :

    Je n’étais pas présent à Athènes lors du procès mais j’imagine tout à fait que ce n’est pas par obéissance aux décisions de la prétendue démocratie athénienne que Socrate a choisi de s’y conformer, y compris en perdant la vie. C’est bien plus une volonté de ne pas fuir son destin, de ne pas devenir l’otage d’un autre régime qui ne vaudrait pas plus que la démocratie athénienne. Socrate enseignait à ses disciples de ne pas respecter les lois d’Athènes. Lui-même s’en moquait ouvertement devant les décideurs athéniens eux-mêmes qu’il provoquait de ses propos devant le public, prétendant fréquemment qu’ils ne savaient même pas ce qu’était la justice, ce qu’était la vérité, ce qu’était le jugement et ainsi de suite.

    - Platon :

    Pas du tout ! Socrate s’est même vanté à plusieurs reprises de respecter même des lois qui lui seraient semblé absurdes ou avec lesquelles il serait en désaccord. Rappelons que, lors de la condamnation des dix stratèges d’Athènes, coupables de ne pas avoir ramené dans leur ville les corps des victimes du conflit, Socrate, membre du Conseil des Cinq Cent, faisait office d’épistate des prytanes et a été obligé à ce titre d’organiser le vote de l’Assemblée sur cette question. Il a été le seul à voter contre la condamnation. Et il l’a fait au nom des lois d’Athènes.

    - Appollodore :

    Mais justement, il a été seul à voter dans son sens et sa confiance en la justice d’Athènes, déjà faible, est devenue nulle puisque sa ville condamnait à mort ses stratèges qui venaient pourtant de sauver Athènes en 406 aux Arginuses contre la flotte du spartiate Callicratidas ! C’était la démonstration que la justice athénienne, que ses lois soient bonnes ou mauvaises, était incapable de juger correctement car ce qui primait, c’était la démagogie de quelques beaux parleurs capables de remonter l’opinion populaire.

    - Phédon :

    La justice comme tout le mode de gouvernement d’Athènes, sous prétexte de démocratie, était devenu l’otage des démagogues qui agissaient non pas de manière consciente et réfléchie mais sur des impulsions provoquées par quelques manipulateurs du bon peuple.

    - Antisthène :

    Le comportement de Socrate à son propre procès, avant même de savoir s’il allait ou pas être condamné, a bien montré qu’il n’attendait rien de la justice. Il a tout au long fait le procès du procès, accusé les accusateurs, mis en cause les juges, pris à partie l’assemblée, rompu avec tout ce qui se faisait habituellement dans un procès, interpelant les accusateurs, menaçant les juges… du jugement public futur, affirmant qu’il ne pouvait pas être jugé, qu’il ne pouvait pas être condamné, que l’assemblée n’avait pas le moyen de lui faire du mal et que, même en le condamnant à mort, elle ne ferait que se condamner elle-même. Il a refusé les modes habituels de défense : témoignages d’amis et de parents, suppliques à l’assemblée, marques de respect à son égard, utilisation pour sa défense de déclarations rédigées par des logographes. Socrate a organisé et effectué lui-même sa propre défense et, en guise de défense, il a mené une attaque politique en règle qui devait avoir un retentissement longtemps après… Socrate a conclu ses discours par des affirmations selon lesquelles ce jugement serait reproché à la justice d’Athènes par les Athéniens et que cela contribuerait à obliger cette justice à se réformer. Même si cette affirmation n’a pas encore pris forme, le temps peut tout à fait donner raison à Socrate et ce crime d’Athènes n’est pas passé sous silence. En tout cas, Socrate a tenu que son procès serve à condamner les lois d’Athènes et sa manière de les mettre en oeuvre. Tout cela ne montre nullement un profond respect des lois d’Athènes ni de la justice d’Athènes. Il suffit de voir, dans les années qui ont suivi, le nombre de commentateurs du fonctionnement de la justice qui se sont servis du procès de Socrate pour le mettre en cause. En se faisant condamner à mort, Socrate savait que sa philosophie et sa politique allaient laisser une marque bien plus indélébile qu’en cherchant sa propre tranquillité. Sur les plans psychologique, politique et philosophique, Athènes allait devenir inséparable de Socrate dans toutes les mémoires, que l’on l’aime ou que l’on le déteste. Le poison n’a pas fait qu’empoisonner Socrate : il a empoisonné le pouvoir athénien, notamment la justice et ne manquera pas de le faire de plus en plus, plus les années vont passer…

    - Platon :

    Le peuple, mettre en cause le pouvoir d’Athènes ? Que tu parles vite et sans réfléchir ! On en est loin. Non seulement les accusateurs de Socrate ne le sont pas encore par le peuple mais ils ont été récompensés par le pouvoir ! Par exemple, Anytos s’est vu confier une magistrature importante à Athènes. Il est en effet nommé sitophylax et c’est lui qui est chargé de veiller au transport du blé du port du Pirée à Athènes ainsi que de sa distribution. Cela montre la reconnaissance des classes dirigeantes qui ont manipulé ce procès en le faisant passer pour une action démocratique du peuple. On a ainsi laissé entendre que Socrate méprisait les dieux de la cité, sous-entendant que Socrate aurait fait partie de la minorité défaitiste qui aurait causé la défaite d’Athènes. Or le peuple d’Athènes ne demandait pas mieux que d’entendre qu’il n’avait pas été vaincu mais trahi de l’intérieur par quelques pourris qu’il suffirait de supprimer.

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 27 février 2015 18:08, par Robert Paris

    - Aristodème :

    Ce n’est nullement les croyances de Socrate en faveur ou en défaveur des dieux d’Athènes qui préoccupait l’assemblée qui l’a condamné. C’est sa position par rapport à la guerre entre Athènes et Sparte, position qui peut sembler trop équilibrée à quiconque prend fait et cause pour Athènes comme la plupart des Athéniens et qui ne voit aucun mal à l’impérialisme athénien sur la mer Egée, en train de conquérir des territoires, conquêtes grâce auxquelles ces citoyens athéniens peuvent vivre des subsides que la ville offre à tous ceux qui participent à ses assemblées. Il est significatif qu’un des points politiques sur lequel Socrate était le plus connu et qui a servi contre lui au procès est son refus de participer aux assemblées décidant de la gestion de la ville alors qu’il passait tout son temps, dans ses conversations avec tout un chacun, à remettre en question les décisions de ces assemblées, à mettre en cause les capacités de ceux qui dirigeaient et même à les ridiculiser publiquement en refusant sa participation à toutes ces réunions.

    - Ménexène :

    C’est vrai que le patriotisme pro-athénien de Socrate est mis en cause, que sa volonté de faire la guerre contre Sparte l’est aussi, que certains vont jusqu’à prétendre qu’il a pu conseiller ceux qui ont pensé interrompre cette guerre en mutilant les statues d’Hermès et qu’on pourrait penser que nombre de ses anciens adeptes, comme Critias, Phèdre, Charmide, Alcibiade et Axiochos, auraient participé à cette opération étonnante qui a scandalisé les Athéniens et n’a pas réussi à arrêter la guerre. Ce n’est pas la seule occasion où Socrate est apparu comme un obstacle se mettant en travers de l’opinion publique et des points de vue des classes dirigeantes mais aussi des points de vue du peuple athénien. Il a toujours estimé que l’homme politique qui fonde son activité sur la sagesse, à l’inverse du démagogue, doit être capable de s’opposer à l’opinion, vu qu’il ne défend pas le point de vue du plus grand nombre et n’a pas à s’aligner sur l’opinion publique mais sur des perspectives fondées sur la raison. La compétence de l’homme politique, pour Socrate, est du même type que la compétence du spécialiste de galères, du spécialiste de lyres ou du spécialiste de monuments. L’homme politique doit avoir étudié et doit avoir des capacités particulières et une conscience particulière tout comme le gymnaste, le sculpteur, le médecin, l’orateur, le stratège ou le peintre doivent avoir des capacités particulières et une conscience particulière. Assembler des gens sur la seule base du tirage au hasard en prétendant qu’ils vont avoir la compétence de juger, c’est comme assembler des incompétents pour décider de la manière de construire une galère ou de la diriger : c’est mensonger, démagogique et absurde. Et finalement, pour l’intérêt collectif, cela est nuisible même si le peuple aime croire qu’il dirige au travers des mouvements démagogiques.

    - Alcibiade :

    Ce sont surtout les défaites qui ont amené la démocratie à rechercher des boucs émissaires de la chute d’Athènes. Rappelons-nous combien Athènes a été frappée par les guerres où elle a été vaincue avec les quelques dix mille morts de l’expédition de Sicile, les 3000 rameurs athéniens tués lors de la dernière bataille à Aigos Potaimo, ce qui fait un nombre de morts considérables sur une population totale de 45.000 citoyens athéniens, surtout si on y ajoute les morts de la peste qui a fait disparaître un tiers de la population, sans parler des multiples destructions dues à l’armée spartiate, à la destruction des fermes de l’Attique, la fuite de nombreux esclaves athéniens. La démocratie avec un peuple en grande partie corrompu par les subsides de l’empire avec les subsides de la ligue de Délos, les emplois sur les trières et le misthos finançant la participation des citoyens pauvres à la vie politique, ne pouvait que mener à la démagogie et la défaite aux tendances à chercher des faux coupables dans des boucs émissaires comme Socrate. L’accuser de détruire les dieux athéniens revenait à l’accuser de la défaite et de la misère d’Athènes. C’était une manière de détourner l’attention des nouveaux riches d’Athènes, comme Cléon le grand propriétaire de tannerie, Hyperbolos le grand fabricant de lampes et Cléophon le grand producteur de lyres, ainsi que les deux mille autre riches qui détournent l’essentiel des richesses, laissant le bas peuple s’agiter dans une vie politique prétendument démocratique, aussi creuse qu’incapable de s’ingérer dans les affaires des précédents. On a pris des hommes de lettres, des stratèges ou des sophistes comme boucs émissaires pour mieux cacher les vrais profiteurs et les vrais responsables du naufrage d’Athènes.

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 27 février 2015 18:09, par Robert Paris

    - Antisthène :

    Ce sont les sages qui doivent gouverner la chose publique et, de préférence, des sages qui ont aussi la sagesse de gouverner dans l’intérêt général et pas dans leur propre intérêt. La fausse démocratie n’est pas bien différente de la dictature. C’est la même classe dirigeante qui tire les ficelles dans les deux cas. La démocratie est plus solide car, officiellement, c’est le peuple qui gouverne et il croit vraiment le faire ! Certes, l’oligarchie a essayé plusieurs fois de profiter du discrédit de la démocratie pour reprendre l’intégralité du pouvoir politique, préférant l’exercice direct du pouvoir de décision à la nécessité de financer couteusement la fausse démocratie. Il n’empêche que, sous celle-ci, les bonnes affaires des mêmes grandes familles ont pu tranquillement continuer et les riches n’ont même pas changé grandement malgré d’importants changements dans le personnel politique. En discréditant publiquement la fausse démocratie, Socrate a fait même plus : il a convaincu de son point de vue des enfants des classes dirigeantes, les retournant contre leurs parents, comme toi Platon, et c’est de là qu’est venue l’accusation de corrompu et dévoyé la jeunesse d’Athènes. Cette accusation a été portée au procès sur des bases morales et religieuses pour ne pas avoir à justifier la condamnation de Socrate sur des vraies bases : sociales et politiques et maintenir ainsi la fiction qui a permis aux classes dirigeantes de se débarrasser d’un personnage gênant pour elles en faisant semblant d’agir ainsi dans l’intérêt du peuple et de la démocratie. Lors du procès, toute allusion politique a ainsi disparu alors qu’il aurait été facile d’y mentionner les amitiés de Socrate pour d’anciens participants de la tyrannie. Non, ceux qui ont fomenté le procès de Socrate ont tenu à le camoufler sous un jour purement moral, sachant que Socrate lui-même ne pouvait pas les démentir publiquement, vu que sa véritable activité politique avait toujours gardé un caractère clandestin.

    Comme l’avait compris et dénoncé publiquement dans son théâtre Aristophane, Socrate cherchait à fonder un parti révolutionnaire, capable de remettre en cause bien plus que le mode de gestion politique de la cité athénienne mais jusqu’au mode de production, à l’esclavage, à l’oppression des femmes et des étrangers, à la place du travail humain dans la société, à l’expansion guerrière d’Athènes et à la fondation oppressive toute récente d’un Etat athénien. L’accusation d’impiété vis-à-vis des divinités athéniennes a pour but de cacher une accusation bien plus politique que religieuse !

    - Xénophon :

    L’accusation d’impiété contre Socrate n’est nullement fondée. Socrate lui-même y a répondu, déclarant : « Tous les Athéniens m’ont vu sacrifier dans les fêtes communes et sur les autels publics ». La daimona de Socrate n’est nullement contraire aux pratiques des Athéniens qui cherchent dans la nature des signes des volontés des dieux qui leur sont personnels.

    - Antisthène :

    Inexact ! C’est Socrate lui-même qui a tenu à rendre public son désaveu des devins et des offrandes aux dieux comme de toutes les pratiques religieuses en les opposant à la sagesse et à la raison humaine. Rappelons ainsi qu’en se rendant à la convocation de l’archonte-roi chargé de valider l’accusation contre lui, Socrate a rencontré par hasard un devin d’Athènes nommé Euthyphon qu’il a pris à parti et mis en cause, l’accusant de ne rien savoir à la piété et à ses fondements. Il a alors affirmé que les offrandes sont sans intérêt : « Quelle espèce de profits les dieux peuvent bien tirer des dons qu’ils reçoivent de nous », remettant ainsi en question l’essentiel des rites traditionnels et les sacrifices matériels faits aux dieux pour entrer en contact avec eux et les amadouer pour défendre leurs intérêts humains. Socrate rajoutait : « Ce serait en effet une chose extraordinaire que les dieux fissent attention à nos offrandes et à nos sacrifices plutôt qu’à l’âme pour juger de la sainteté et de la justice de quelqu’un. »

    La défense de la conception rationnelle et scientifique est déjà une remise en cause fondamentale des croyances puisque le fait de rechercher la vérité dans la nature, dans l’observation de la société et de l’homme, dans le raisonnement, dans la logique humaine, c’est refuser de les chercher dans les mythes, dans le ciel, dans les manifestations des dieux. Un décret de 430 affirmait d’ailleurs qu’il fallait poursuivre en justice « quiconque enseignait des doctrines relatives aux phénomènes célestes. » La physique était déjà accusée de remettre en cause la métaphysique. Certes Socrate avait dit avoir abandonné l’étude de la physique, car elle était selon lui encore trop sujette à croyances et à hypothèses invérifiables, pour s’adonner plutôt au raisonnement sur les comportements et les buts humains et sociaux. Mais Aristophane avait très bien remarqué que Socrate continuait d’observer les phénomènes physiques et d’utiliser pour étudier la société humaine la même philosophie que pour étudier la nature.

    C’est encore Socrate qui m’a dit qu’ « un dieu ne ressemble à rien » et que « le dieu qui ordonne que l’univers soit beau et bon nous demeure invisible ».

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  • Le prochain bouquin d’Alain Badiou est une pièce de théâtre que s’intitulera "Le second procès de Socrate" ! Il s’est peut être inspiré de votre travail, qui sait...

    C’est une commande spéciale du TNP, elle sera lue sur France Culture par des acteurs de la Comédie Française...

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  • protégez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge !

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  • Quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous, Athéniens, je l’ignore. Pour moi, en les écoutant, j’ai presque oublié qui je suis, tant leurs discours étaient persuasifs. Et cependant, je puis l’assurer, ils n’ont pas dit un seul mot de vrai.

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  • Xénophon disait : "Je me suis souvent demandé par quels arguments les accusateurs de Socrate ont persuadé les Athéniens qu’il méritait la mort comme criminel d’État."

    Plusieurs membres de la classe dirigeante athénienne affirmèrent voir en lui un esprit pervertissant les valeurs morales traditionnelles et donc un danger pour l’ordre social.

    Ils ne l’avaient sans doute pas inventé !

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  • Le procès de Socrate, la condamnation d’un homme qui demeure mystérieux, puisqu’il n’a laissé aucun écrit lui-même, et suscite pourtant toujours autant de passion et d’admiration plus de 2000 ans après sa mort. Le trouble que suscite la condamnation à mort paraissant aujourd’hui incompréhensible, dans un système dit démocratique, d’un philosophe hors norme et n’ayant commis aucun crime au sens contemporain, si ce n’est se comporter en homme libre. Un questionnement qui continue de nous tarauder et nous interroger sur les ressorts de notre système de pouvoir, que l’on a l’habitude pourtant d’ériger ici comme étant " le moins mauvais des systèmes".

    La suite

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 10 août 2016 07:22, par Alain

    Pourquoi la manière d’être de Socrate nous interroge autant ?

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 10 août 2016 07:23, par Robert Paris

    Parce que Socrate continue de nous obliger de donner nos réponses par nous-mêmes sans se cacher derrière lui, du fait qu’il n’a pas laissé d’écrits et qu’il a toujours discuté des points de vue et pas cherché à faire école. C’est à chacun de dire par lui-même qui était Socrate et en répondant à cette question, chacun dit surtout qui il est lui-même.

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  • De par son refus de l’écriture, le philosophe athénien devient une énigme : nous sommes ainsi à la recherche d’un sens originel qui est toujours manquant.
    On ne peut donc pas appréhender Socrate, mais uniquement un reflet du philosophe athénien, à travers le prisme constitué par les différents auteurs qui le mettent en scène. Ainsi, la figure socratique n’est plus seulement porteuse d’un sens qui renverrait uniquement à Socrate, mais elle nous renseigne également sur la personne qui utilise la figure du philosophe. Ainsi, la figure de Socrate acquiert donc son sens, c’est-à-dire sa mise en ordre, par le recours de la personne qui décrit, qui met scène ou encore qui parle à la place de Socrate : nous en apprenons donc autant, si ce n’est plus, sur le philosophe que sur l’auteur qui le ressaisit. Au regard objectif, historique, que l’on voudrait pouvoir porter sur Socrate se superpose également un regard subjectif, celui de l’auteur qui l’évoque. La construction de l’image du philosophe athénien tient alors à la fois à la manière concrète dont est présenté Socrate, mais également au choix effectué en amont par l’auteur en question dans ce que l’on pourrait appeler la « matière socratique ».

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  • Socrate use de dissimulation avec les autres, tant et si bien qu’il est lui-même devenu le masque des autres dans les dialogues socratiques et que le Socrate historique est devenu insaisissable.

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  • Socrate :

    « L’essentiel n’est pas de vivre mais de bien vivre. Eh bien, l’étonnant, c’est que l’essentiel ne soit pas appris, ne soit pas examiné, ne soit pas réfléchi, ne soit pas étudié comme une science. »

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 14 octobre 2016 03:01, par alain

    Diderot dans « Le neveu de Rameau » :

    « De Socrate ou du magistrat qui lui a fait boire la cigüe, quel est aujourd’hui le déshonoré ? »

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  • Avec son "daemon" intérieur, Socrate invente l’inconscient...

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 17 novembre 2016 11:00, par alain

    socrate coupable de menées révolutionnaires ?

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 17 novembre 2016 11:05, par Robert

    Le crime révolutionnaire de Socrate est triple : politique, religieux et social !

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 17 novembre 2016 11:06, par Robert

    Politique parce que Socrate formait secrètement des jeunes révolutionnaires, religieux parce qu’il diffusait publiquement une vision irreligieuse, social parce qu’il combattait la société de classe et l’esclavage…

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  • Comment se fait-il que nous soyons tous les disciples de Socrate et qu’aucun de nous n’aie la même version de ses idées, de ses buts, de ses conceptions profondes ?

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 27 décembre 2016 14:46, par Robert Paris

    La raison essentielle me semble que la principale conception de Socrate consistait à permettre à chacun de ceux avec qui il échangeait de développer ses propres conceptions, sa propre personnalité, sa propre philosophie de la vie. Mais il y a une autre raison qui est tout aussi importante. Socrate a vécu l’époque de la transition la plus brutale de l’histoire de la Grèce, celle de la grandeur et de la décadence, celle du passage de la démocratie à la dictature, celle du passage de la gens à l’Etat, celle du passage des villes libres aux villes dépendantes, du passage de la prospérité à la crise, de la grandeur à la décadence. Et il a développé ses conceptions en opposition à tout ce qui lui déplaisait dans les transformations de la cité athénienne qui accompagnaient ou étaient causes de ces transformations brutales. Il s’est progressivement radicalisé en refusant de participer au mode de gestion de la vie sociale et politique de sa cité et en bâtissant son propre mode d’organisation indépendant et finalement assez secret. Il a refusé de mettre en discussion publique au sein de la cité ses propres conceptions tout en animant son débat permanent public avec tous ceux qui le souhaitaient.

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  • Socrate débute ainsi sa défense au procès :

    « Voyons, que disaient au juste ceux qui me calomniaient ?
    Supposons qu’ils nous traduisent devant vous et lisons leur acte d’accusation : « Socrate est coupable : il recherche indiscrètement ce qui se passe sous la terre et dans le ciel,
    il rend bonne la mauvaise cause et il enseigne à d’autres à faire comme lui. » En voilà la teneur : c’est ce que vous avez vu de vos propres yeux dans la comédie d’Aristophane, c’est-à-dire un certain Socrate qu’on charrie à travers la scène, qui déclare qu’il se promène dans les airs et qui débite cent autres extravagances sur des sujets où je n’entends absolument rien… « Mais alors, Socrate, quelle affaire est-ce donc que la tienne ? D’où sont venues ces calomnies répandues contre toi ? Tu prétends que tu ne fais rien de plus extraordinaire que les autres ; mais tu ne serais sûrement pas l’objet de tant de bruits et de racontars, si tu ne faisais pas autre chose que les autres.
    Dis-nous donc ce qui en est, afin que nous ne te jugions pas à la légère. »

    La vraie réponse que Socrate ne pouvait pas avouer au tribunal pas plus que les accusateurs ne pouvaient reconnaître comme vraie raison de leur condamnation :

    Il est certain qu’il y a eu des raisons politiques cachées.
    Ses relations avec les jeunes gens riches, qui seuls avaient le loisir de le suivre, le rendaient suspect aux chefs du parti populaire et ils le suspectaient de les organiser politiquement dans un but caché et révolutionnaire. Il ne cachait pas d’ailleurs le dédain que lui inspirait le régime de flatterie, de démagogie et d’incompétence qu’était la démocratie athénienne fondée sur le mépris des travailleurs, des étrangers, des femmes, des jeunes et des esclaves.

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  • Ceux qui ont assassiné Socrate n’ont-ils pas surestimé les risques qu’il faisait courir au régime athénien ?

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  • Le deuxième procès de Socrate, celui de ses amis 1er juillet 18:01, par Robert Paris

    Dire cela, c’est en fait non sous-estimer ou surestimer Socrate mais sous-estimer la crise profonde de la société grecque.

    J. de Romilly, citant Thucydide d’Athènes écrit : « La guerre entre les Péloponésiens et les Athéniens… fut la plus grande crise qui émut la Grèce et une fraction du monde barbare : elle gagna pour ainsi dire la majeure partie de l’humanité. »

    En fait, la société grecque avait atteint son apogée et, si elle s’est détruite en se battant entre Grecs, c’est parce qu’elle tentait ainsi de se trouver un nouveau souffle.

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  • SOCRATE

    — Mon art d’accoucheur comprend donc toutes les fonctions que remplissent les sages-femmes ; mais il diffère du leur en ce qu’il délivre des hommes et non des femmes et qu’il surveille leurs âmes en travail et non leurs corps. Mais le principal avantage de mon art, c’est qu’il rend capable de discerner à coup sûr si l’esprit du jeune homme enfante une chimère et une fausseté, ou un fruit réel et vrai. J’ai d’ailleurs cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse, et le reproche qu’on m’a fait souvent d’interroger les autres sans jamais me déclarer sur aucune chose, parce que je n’ai en moi aucune sagesse, est un reproche qui ne manque pas de vérité. Et la raison, la voici ; c’est que mon diamon intérieur me contraint d’accoucher les autres, mais ne m’a pas permis d’engendrer. Je ne suis donc pas du tout sage moi-même et je ne puis présenter aucune trouvaille de sagesse à laquelle mon âme ait donné le jour. Mais ceux qui s’attachent à moi, bien que certains d’entre eux paraissent au début complètement ignorants, font tous, au cours de leur commerce avec moi, si le dieu le leur permet, des progrès merveilleux non seulement à leur jugement, mais à celui des autres. Et il est clair comme le jour qu’ils n’ont jamais rien appris de moi, et qu’ils ont eux-mêmes trouvé en eux et enfanté beaucoup de belles choses. Mais s’ils en ont accouché, c’est grâce au dieu et à moi.
    Et voici qui le prouve. Plusieurs déjà, méconnaissant mon assistance et s’attribuant à eux-mêmes leurs progrès sans tenir aucun compte de moi, m’ont, soit d’eux-mêmes, soit à l’instigation d’autrui, quitté plus tôt qu’il ne fallait. Loin de moi, sous l’influence de mauvais maîtres, ils ont avorté de tous les germes qu’ils portaient, et ceux dont je les avais accouchés, ils les ont mal nourris et les ont laissés périr, parce qu’ils faisaient plus de cas de mensonges et de vaines apparences que de la vérité, et ils ont fini par paraître ignorants à leurs propres yeux comme aux yeux des autres. Aristide, fils de Lysimaque, a été un de ceux-là, et il y en a bien d’autres. Quand ils reviennent et me prient avec des instances extraordinaires de les recevoir en ma compagnie, le génie divin qui me parle m’interdit de renouer commerce avec certains d’entre eux, il me le permet avec d’autres, et ceux-ci profitent comme la première fois. Ceux qui s’attachent à moi ressemblent encore en ce point aux femmes en mal d’enfant : ils sont en proie aux douleurs et sont nuit et jour remplis d’inquiétudes plus vives que celles des femmes. Or ces douleurs, mon art est capable et de les éveiller et de les faire cesser. Voilà ce que je fais pour ceux qui me fréquentent. Mais il s’en trouve, Théétète, dont l’âme ne me paraît pas grosse. Quand j’ai reconnu qu’ils n’ont aucunement besoin de moi, je m’entremets pour eux en toute bienveillance et, grâce à Dieu, je conjecture fort heureusement quelle compagnie leur sera profitable. J’en ai ainsi accouplé plusieurs à Prodicos, et plusieurs à d’autres hommes sages et divins.
    Si je me suis ainsi étendu là-dessus, excellent Théétète, c’est que je soupçonne, comme tu t’en doutes toi-même, que ton âme est grosse et que tu es en travail d’enfantement. Confie-toi donc à moi comme au fils d’une accoucheuse qui est accoucheur lui aussi, et quand je te poserai des questions, applique-toi à y répondre de ton mieux. Et si, en examinant telle ou telle des choses que tu diras, je juge que ce n’est qu’un fantôme sans réalité et qu’alors je te l’arrache et la rejette, ne te chagrine pas comme le font au sujet de leurs enfants les femmes qui sont mères pour la première fois. J’en ai vu plusieurs, mon admirable ami, tellement fâchés contre moi qu’ils étaient véritablement prêts à me mordre, pour leur avoir ôté quelque opinion extravagante. Ils ne croient pas que c’est par bienveillance que je le fais. Ils sont loin de savoir qu’aucune divinité ne veut du mal aux hommes et que, moi non plus, ce n’est point par malveillance que j’agis comme je le fais, mais qu’il ne m’est permis en aucune manière ni d’acquiescer à ce qui est faux ni de cacher ce qui est vrai.

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  • Socrate a été condamné pour des raisons qui dépassent la philosophie. Pour des raisons politiques. Je vous cite :

    Malgré la fin de la crise du pouvoir et l’amnistie, Athènes reste meurtrie dans sa chair et dans son orgueil : elle n’a plus de flotte, plus de chantiers, pas d’argent. Il fallait aux classes dirigeantes trouver des boucs émissaires de cette situation catastrophique et sans issue. Dans ce but, Socrate a représenté le coupable idéal. Alors que la fierté d’être Athénien est portée à son extrême par des politiciens démagogues, Socrate déclare qu’il n’est ni Athénien, ni Grec mais citoyen du monde. Ensuite, Socrate critique les efforts guerriers d’Athènes, y compris ceux de l’époque dite glorieuse, comme lors des années de Périclès. Il dénonce les guerres de conquête et ne donne raison qu’aux guerres de défense. Il ne voit aucune gloire à tuer d’autres hommes à la guerre.

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  • Socrate :

    « L’homme est le seul des animaux à croire à des dieux. »

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  • Socrate :

    « Ce qui fait l’homme, c’est sa grande faculté d’adaptation. »

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  • Socrate, on le sait, n’avait point d’école ; il n’enseignait pas dans un lieu fermé ; il ne publia point de livres. Son enseignement fut une perpétuelle conversation. Socrate était partout, sur les places publiques, dans les gymnases, sous les portiques, partout où il y avait réunion de peuple ; il aimait les hommes et les recherchait. Il vivait en public. Il causait avec tout le monde et sur toute espèce de sujets. ll parlait à chacun de ses affaires, et savait toujours donner à la conversation un tour moral. Son bon sens, si juste, trouvait en toute circonstance le meilleur conseil ; il réconciliait deux fières ; il rappelait à son propre fils le respect d’une mère violente et importune ; à un homme ruiné, il enseignait la ressource du travail, et lui apprenait à mépriser l’oisivité comme servile ; à un riche, il fournissait un intendant pour le soin de ses affaires ; il faisait sentir à un jeune homme présomptueux et ambitieux son ignorance des affaires publiques. Au contraire, il encourageait l’ambition d’un homme capable, mais timide et trop modeste. Enfin, il parlait peinture avec Parrhasius, sculpture avec Cliton le statuaire ; il causait de rhétorique avec Aspasie, et, ce qui est un curieux trait de mœurs, il enseignait même à la courtisane de Théodora les moyens de plaire.

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  • C’est surtout à cette sympathie, nous dit Platon dans le Théagès, que Socrate dut les merveilles de son enseignement. Il est difficile aujourd’hui de se rendre compte des séductions de cette parole évanouie. Xénophon nous en a conservé la grâce, l’élégance et la simplicité : on sent que cette bonhomie mêlée d’ironie devait toucher les jeunes âmes. Mais était-ce assez pour les conquérir ? Est-ce assez pour expliquer cet enthousiasme dont parle Alcibiade dans le Banquet ? « En l’écoutant, les hommes, les femmes, les jeunes gens étaient saisis et transportés. Pour moi, ajoute-t-il, je sens palpiter mon cœur plus fortement que si j’étais agité de la manie dansante des Corybantes ; ses paroles font couler mes larmes. » Faut-il croire que Platon ait prêté ici à Socrate son propre enthousiasme ? Nous ne le pensons pas : il est plus probable que Xénophon n’a pas compris le personnage entier de Socrate, ou qu’il n’a pas su le rendre dans toute son originalité. Nous voyons dans Platon deux traits qui paraissent affaiblis dans Xénophon : l’ironie et l’enthousiasme. Alcibiade appelle Socrate « un effronté railleur », et le compare au satyre Marsyas. Il est probable que c’est à ses traits mordants que Socrate dut en grande partie les inimitiés qui le firent périr. Un de ces traits, rapporté par Xénophon, nous explique la haine de Théramène et de Critias. Socrate ne ménageait pas davantage les chefs du parti populaire. En même temps, son enthousiasme, tempéré sans doute par la mesure et la grâce, mais engendré par une foi vive dans son génie, et le sentiment ardent d’une mission divine, dut révolter les hommes médiocres et superstitieux comme signe d’un orgueil exagéré. Le fond du génie de Socrate est le bon sens, mais un bon sens à la foi aiguisé et passionné, armé de l’ironie, échauffé par l’enthousiasme.

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  • On a le témoignage de son contemporain Spintharos, dont le fils Aristoxène a rédigé les souvenirs sur Socrate : « Nul n’était plus persuasif grâce à sa parole, au caractère qui paraissait sur sa physionomie, et, pour tout dire, à tout ce que sa personne avait de particulier, mais seulement tant qu’il n’était pas en colère ; lorsque cette passion le brûlait, sa laideur était épouvantable ; nul mot, nul acte dont il s’abstînt alors. »

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