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Film égyptien à ne pas pas manquer : les femmes du bus 678

mardi 4 septembre 2012, par Robert Paris

Films contre l’oppression des femmes

Film égyptien à ne pas manquer : les femmes du bus 678

Comment une femme de milieu populaire peut-elle vivre en travaillant dans la ville du Caire, en s’occupant de ses enfants, en prenant les transports en commun bondés, serrés contre des hommes aux désirs violemment développés et violemment réfrenés ? Comment deux autres femmes, de milieu bourgeois et petit bourgeois cette fois peuvent être happées elles aussi par la violence de la relation entre hommes et femmes dans cette société déchirée entre une tradition d’un autre âge et une société apparemment moderne et libre, virtuellement permissive, entre un imaginaire sexuel masculin exacerbé et des possibilités de relations réelles avec des femmes complètement bloquées ? Ce n’est pas seulement la sexualité, l’oppression des femmes que décrit ainsi l’auteur de « Les femmes du bus 678 » mais toute une société déchirée de haut en bas par des contradictions monstrueuses entre une morale traditionnelle imposée et une réalité sociale complètement opposée.

Trois femmes, chacune à sa manière personnelle, chacune aussi selon les propres contradictions de sa classe sociale, refusent d’accepter la fatalité de la soumission et de la violence faites aux femmes, tentent de sortir de l’enfermement, de réagir par l’action et la parole. Elles constatent alors qu’elles se heurtent bien plus qu’aux mentalités retardataires des hommes : à tout l’édifice social et aux pressions de tous les milieux sociaux. Même les femmes de milieux bourgeois ou petit bourgeois, apparemment bien plus libres, sont également menacées de voir toute leur vie s’effondrer du fait des actes violents d’hommes qui les harcèlent. Devant l’impossibilité de compter sur la justice, sur la police, faut-il se faire justice soi-même, peut-on directement retourner la violence contre ses auteurs ? Quelles sont les limites de l’autodéfense et pour quelle efficacité ?

Quand il ne s’agit pas seulement de quelques fous ou harceleurs mais de tout un système social fondé sur la division profonde de la société entre hommes et femmes et même sur l’opposition violente affichée entre les deux, quand toute la société est organisée pour justifier et défendre ce système, peut-on seulement s’attaquer à des individus ?

Les hommes sont eux aussi piégés par cette société qui leur donne le droit de dominer, d’opprimer et de considérer l’ensemble des femmes comme des inférieures. Et d’abord, cette société ne leur permet pas de relations sexuelles et de relations humaines en général libres avec les femmes. Soit ils se marient – et encore faut-il qu’ils soient acceptés par la famille et aient assez d’argent et une bonne situation sociale, pour cela – soit ils ne peuvent nullement avoir des relations libres. Les plus démunis socialement trouvent dans les transports une forme de relation physique détournée en agressant des femmes. Et l’ensemble de la société qui prétend, au nom de la morale, que les pères, les mères et les maris sont là pour protéger les femmes et les enfants, traités au même titre en inférieurs en mineurs, accepte et justifie que des femmes agressées doivent le cacher, doivent se taire, doivent même se culpabiliser.

Mais le film ne se contente pas de montrer tout cela, de dénoncer le sort réservé aux femmes, de dénoncer le comportement des hommes. Il montre que le carcan est en train d’exploser en même temps que l’ensemble du carcan social. Il va au fond de la question sociale qui est inséparable de l’oppression des femmes, oppression bien entendu qui prend des formes différentes suivant les classes sociales. Alors que les femmes de milieux sociaux aisés sont éveillées à la liberté par leur famille, celles de milieu populaire sont éduquées à la soumission sociale. Comme on le voit dans le film quand l’heure de la révolte sonne, elles sont loin d’être les dernières à se révolter.

Alors que la question de l’agression des femmes est une question majeure, elle est loin d’être de plus en plus portée par la société. L’oppression des femmes a été un des éléments déterminants de la révolte en Egypte comme dans le monde arabe, mais, dans la mesure où cette révolution s’est arrêtée en chemin, renversant le dictateur Moubarak mais pas la dictature militaire, cette dernière a pu tenter de se sauver en s’adjoignant l’aide des intégristes qui, loin d’aider à la défense et à la libération des femmes, sont au contraire des défenseurs du fascisme contre les femmes. Et le terme de fascisme n’est pas un mot trop fort. Il s’agit bel et bien de tenter d’opposer violemment deux fractions de masses populaires pour en faire un instrument de destruction des liens sociaux, des libertés, des capacités des travailleurs de se défendre. En donnant aux hommes de milieux pauvres un droit de tyranniser les femmes, la société de classe cherche à se protéger des risques de la révolution sociale.

Le sort des femmes n’est pas un simple problème social, en Egypte ou ailleurs, mais un élément clef de la dictature sociale. Ce film qu’il faut absolument voir rappelle qu’on ne peut nullement séparer la question des femmes de la question sociale et politique, et aucune de ces questions du combat militant.

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