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Egypte - L’armée a toujours en mains le pouvoir et est prête à reprendre main sur le gouvernement Non au pouvoir des islamistes ! Non au pouvoir des militaires ! Non au pouvoir des classes dirigeantes ! Tout le pouvoir au peuple travailleur, aux jeunes, aux femmes, aux chômeurs et aux milieux populaires !

mercredi 20 février 2013, par Robert Paris

Egypte - L’armée a toujours en mains le pouvoir et est prête à reprendre main sur le gouvernement

Non au pouvoir des islamistes ! Non au pouvoir des militaires ! Non au pouvoir des classes dirigeantes !

Tout le pouvoir au peuple travailleur, aux jeunes, aux femmes, aux chômeurs et aux milieux populaires !

Le président islamiste Morsi et le parti des frères musulmans au gouvernement ont échoué à rétablir le calme en Egypte, échoué à faire repartir l’économie, échoué à obtenir le soutien de la population des villes, échoué à satisfaire les aspirations des milieux populaires, échoué à réduire le chômage et la misère, échoué à écraser les manifestants malgré des moyens de répression impressionnants, échoué en somme à détourner la révolution sociale commencée par la chute de Moubarak. Cela ne veut pas dire que la révolution n’ait pas encore devant elle de nombreuses tromperies et surtout celle de l’armée. L’armée pourrait en effet en profiter pour présenter le général Sissi comme un recours et comme un leader populaire, ce que le général Tantaoui n’avait jamais été depuis la chute de Moubarak…

En réalité, l’incapacité des frères musulmans à accoucher d’un programme socio-économique authentique, différent et en même temps alternatif à celui de la défunte oligarchie de Moubarak, se fait de plus en plus sentir dans les milieux populaires. Elle provient justement du fait qu’ils ne sont que le cache-sexe de la dictature économique des cadres de l’armée, patrons des trusts égyptiens. C’est pour ce rôle que les dirigeants de l’armée les ont laissé se discréditer au pouvoir en pensant clairement : ils vont s’y user…. Et après, on verra bien, on pourra toujours les renverser !

Les islamistes et les forces policières se sont seulement discrédités aux yeux des révoltés des grandes villes d’Egypte. La répression féroce avec des viols systématiques des manifestantes organisés par des bandes de tueurs payés par les services d’Etats, tout cela a contribué à semer encore plus la haine du nouveau pouvoir…

Les violences dirigées contre les femmes durant les dernières manifestations anti-Morsi ont été balayées d’un revers de main par les élus à la commission des droits de l’Homme du Sénat égyptien, lundi 11 février. Les femmes qui manifestent sur la place Tahrir "savent pertinemment qu’elles sont au milieu de voyous. Elles devraient se protéger avant d’exiger que le ministère de l’Intérieur le fasse. Si elle s’expose en de telles circonstances, la femme porte la responsabilité à 100 %", a déclaré le général Adel Abdel-Maksoud Afifi, issu des rangs du parti salafiste Hizb el-asala (le parti de l’authenticité), rattaché au principal parti salafiste Al-Nour. Aux déclarations du général Afifi se sont ajoutées, lundi, celles du chef adjoint du département de la sécurité publique, Abdel Fattah Othman. Il a estimé devant le Sénat que la présence de forces de l’ordre pour protéger les femmes sur la place Tahrir était une question "sensible", en suggérant que la sécurité de ses propres hommes ne serait pas assurée. La loi égyptienne prévoit des peines pénales en cas de viol, mais ne mentionne pas les cas d’agressions sexuelles, a précisé Abdel Fattah Othman.

En réponse à ces attaques, les jeunes Égyptiens se prennent en main. Dans la rue, des foules d’hommes et de femmes défilent avec pour slogan : "stop au harcèlement sexuel".

Début février, des manifestantes défilaient un couteau à la main. Mardi soir, des activistes et des associations ont donné rendez-vous devant toutes les ambassades égyptiennes à travers le monde, ainsi que sur l’avenue Talaat Harb qui mène à la place Tahrir, au Caire. Non-seulement les femmes défilent, mais également des hommes, nombreux à avoir pris conscience du phénomène. "Après mon agression, en octobre dernier, j’ai reçu des centaines de messages de soutien, en particulier d’hommes", se souvient Sonia Dridi.

À défaut de protection policière lors de ces manifestations, des milices civiles s’organisent sur Twitter .

Une étude publiée en octobre 2012 par le centre El-Nadim pour la réhabilitation des victimes de la torture a révélé que, durant les cent premiers jours de la présidence, la police aurait tué 34 personnes, en aurait torturé 88 et aurait commis sept agressions sexuelles. "La police considère les gens comme des suspects jusqu’à ce que leur innocence ait été prouvée. Ils ont des quotas d’arrestations et leur objectif est de les atteindre, pas de maintenir l’ordre", nous a confié en octobre Mahmoud Kotri, un ancien général de brigade devenu expert de la sécurité. "C’est l’une des raisons pour lesquelles la torture et les exactions se poursuivent."

Malgré le couvre-feu imposé dimanche soir par le président Mohammed Morsi à Port-Saïd, Ismaïlia et Suez, des affrontements se sont à nouveau produits dans la nuit de lundi à mardi dans ces trois villes situées le long du canal de Suez. Des postes de police ont été attaqués et deux hommes au moins ont été tués à Port-Saïd, épicentre des violences de ces derniers jours qui ont fait 52 morts. « Cette situation peut provoquer un effondrement de l’État » a prévenu mardi matin le ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui s’exprimait pour la première fois depuis le début des troubles.

« La poursuite du conflit entre les forces politiques et leurs divergences sur la gestion du pays pourraient conduire à un effondrement de l’État et menacer les générations futures », a-t-il déclaré devant les étudiants de l’académie militaire. Des propos publiés sur la page Facebook du porte-parole de l’armée. « Les défis et les problèmes politiques, économiques, sociaux et de sécurité auxquels est confrontée actuellement l’Égypte constituent une menace réelle pour la sécurité et la stabilité de l’État », a ajouté le général Sissi qui est également commandant des forces armées.

Le limogeage du Maréchal Hussein Tantawi, le chef du conseil suprême des forces armées (CSFA) et du chef d’état-major Sami Anan le mois d’août dernier et l’annulation de la déclaration constitutionnelle dont ces derniers se sont servis pour diriger de main de fer le pays durant « la transition » n’a rien résolu de l’épineux et sempiternel problème de la domination des militaires dans l’échiquier politique. A preuve que le Sénat ait déjà pris l’initiative de ratifier une loi selon laquelle l’armée est autorisée à s’occuper des opérations de maintien de l’ordre aux côtés des forces de police et ce jusqu’à la tenue des élections législatives du 21 novembre dernier (situation on ne peut plus similaire à "l’état d’exception" subie par l’Égypte durant presque 30 ans). Ce qui suppose en toute logique une délégation des pouvoirs civils aux militaires. De même l’adoption d’une nouvelle constitution votée dans la précipitation fin novembre par une assemblée constituante à dominante islamiste est-elle perçue par les masses comme une tendance à un règne oligarchique de la part de la nouvelle équipe gouvernante (les islamistes). Cela permet désormais à l’armée de se présenter comme un recours … démocratique !

L’armée avait juré ses grands dieux qu’elle ne ferait plus de politique sauf si… Sauf si le peuple des grandes villes ne supporte plus les islamistes… Sauf si la révolution reprend… Sauf si le pouvoir d’Etat est déstabilisé… Sauf si les classes dirigeantes égyptiennes sont à nouveau mises en cause…

Car alors cela signifierait que le rôle d’ordre social des islamistes ne serait pas tenu, au contraire même, leur arrivée au pouvoir étant une nouvelle cause d’affrontements.

Le retour de l’armée au pouvoir (Moubarak incarnait cette dictature militaire) serait alors leur solution…

N’oublions pas que la réalité du pouvoir d’Etat était resté entre leurs mains sans parler du pouvoir économique qui a y a toujours été…

« Si les forces politiques n’agissent pas » pour régler la crise, celle-ci « pourrait conduire à de graves répercussions ». Les « tentatives de porter atteinte à la stabilité des institutions de l’État, a-t-il encore insisté, est une chose dangereuse qui nuit à la sécurité nationale et à l’avenir du pays », mais, a-t-il assuré « l’armée restera forte et soudée et le pilier des fondements de l’État. C’est l’armée de tous les Égyptiens, toutes confessions et ethnies confondues ».

Mardi matin, un calme précaire régnait autour de la place Tahrir, au Caire où de petits groupes constataient les dégâts et des jeunes se hissaient sur une camionnette calcinée de la police. Cette nouvelle vague d’affrontements a éclaté à la veille du deuxième anniversaire, vendredi, du déclenchement de la révolution qui a emporté Moubarak. Elle a été attisée par la condamnation à mort, samedi, de 21 accusés impliqués dans la tragédie du stade de Port-Saïd où 74 personnes, dont des supporteurs d’un club de football cairote, avaient trouvé la mort en février de l’année dernière. L’armée a été aussitôt déployée à Port-Saïd.

Ce déploiement vise à « protéger les infrastructures vitales et stratégiques du pays, en tête desquelles le canal de Suez dont nous ne permettrons pas qu’il lui soit porté atteinte », a aussi tenu à souligner le général Sissi mardi en relevant la « difficulté » de la tâche de l’armée. Celle-ci ne recherche « pas la confrontation avec les citoyens égyptiens qui ont le droit de manifester » mais elle « doit en même temps assurer la protection des institutions vitales », a-t-il expliqué, ajoutant, c’est pourquoi « les manifestations doivent rester pacifiques ».

Les manifestants accusent Mohammed Morsi et les Frères musulmans, dont il est issu, d’avoir trahi les idéaux de la « révolution du Nil ». Les Frères musulmans ont remporté les cinq scrutins organisés depuis la chute de Moubarak, deux référendums, deux élections parlementaires et l’élection présidentielle qui a porté Morsi à la tête de l’État en juin dernier.

« La loi martiale, l’état d’urgence et l’arrestation de civils par l’armée ne sont pas une solution à la crise, c’est juste une provocation de plus pour la jeunesse », a déclaré Ahmed Maher, du Mouvement de la jeunesse du 6 avril, en pointe dans le soulèvement de l’hiver 2011. « La solution doit être politique et s’attaquer aux racines du problème », a-t-il ajouté.

Depuis la chute du Raïs, l’armée n’a pas disparu même si elle ne tient pas le devant de la scène.

L’armée égyptienne a mis en garde contre un "effondrement de l’État" en cas de poursuite de la grave crise que traverse le pays, où plus de 50 personnes ont trouvé la mort depuis le début des troubles jeudi dernier. Les violences semblaient avoir baissé d’intensité dans la journée de mardi et aucun nouveau mort n’était signalé en fin d’après-midi, mais la situation restait tendue dans le centre-ville du Caire. Des accrochages limités entre la police et des groupes de jeunes ont repris dans la journée avec des jets de pierres et des tirs de grenades lacrymogènes aux abords de la place Tahrir.

Le ministre a appelé "toutes les forces politiques" à trouver une issue aux "problèmes politiques, économiques, sociaux et de sécurité" du pays, dans un message devant une académie militaire. Il a également insisté sur la protection des "infrastructures vitales et stratégiques", au premier rang desquelles le canal de Suez, axe majeur du commerce mondial. Il s’agit de la première prise de position publique du général Sissi depuis le début de cette nouvelle vague de troubles dans le pays.

L’influente institution militaire, qui a dirigé l’Égypte pendant près d’un an et demi après la chute de Hosni Moubarak en février 2011, est plus discrète depuis que le président islamiste Mohamed Morsi, élu en juin, a écarté en août son ancien ministre de la Défense et adversaire, le maréchal Hussein Tantaoui. Elle s’était toutefois déjà manifestée en décembre dernier pour appeler au dialogue et rappeler son rôle de garante de la stabilité du pays, lors d’une vive crise liée à l’adoption d’un projet de Constitution controversé. L’armée s’est déployée ces derniers jours à Port-Saïd et Suez pour protéger des bâtiments publics et des installations vitales dans ces deux villes.

Le président Morsi a laissé entendre qu’il pourrait supprimer ou alléger l’état d’urgence imposé depuis dimanche dans la région du canal de Suez (Port-Saïd, Ismaïliya, Suez), la plus affectée par les troubles, en cas d’amélioration prolongée de la sécurité, selon un communiqué de la présidence. La justice égyptienne a quant à elle demandé l’arrestation de toute personne appartenant à un groupe obscur, le "Black bloc", inconnu jusqu’à présent et dont les militants ont été vus dans des manifestations affronter les forces de l’ordre le visage cagoulé. Le parquet général a estimé qu’il s’agissait d’un "groupe organisé qui mène des actions terroristes".

"La présidence reçoit le message de l’armée", titre le journal du Caire. "Le matin, des sources militaires disent que la révocation du chef du Conseil suprême des forces armées Abdelfattah Al-Sissi serait suicidaire pour le régime politique tout entier. A midi, la présidence dément toute volonté de le révoquer", explique le quotidien. Depuis l’exacerbation de la crise entre le président Mohamed Morsi et le camp laïque, Al-Sissi est devenu populaire jusque dans les milieux révolutionnaires ; il apparaît comme un rempart contre les Frères musulmans.

L’armée égyptienne sort de l’ombre. Alors que le pays s’enfonce dans un tourbillon de violence, l’institution militaire a mis en garde, mardi, contre « un effondrement de l’État ». Rompant avec son habituelle discrétion, Abdel Fattah al-Sissi, le ministre de la Défense, n’y est pas allé par quatre chemins. Il a appelé « toutes les forces politiques » à trouver une issue aux « problèmes politiques, économiques, sociaux et de sécurité » de l’Égypte, tout en insistant sur la protection des « infrastructures vitales et stratégiques », à commencer par le canal de Suez, affecté par le climat d’instabilité qui règne dans les villes de Suez et Port-Saïd.

Le chercheur égyptien Tewfik Aclimandos explique qu’entachée par un an et demi de transition post-Moubarak sous l’égide du Conseil suprême des forces armées (CSFA), l’armée a « largement perdu de son prestige ». De plus, ajoute-t-il, « les militaires sont conscients que le pays est aujourd’hui ingérable et ne tiennent pas à en hériter ».

Depuis l’élection du président Mohammed Morsi, en juin dernier, et l’éviction deux mois plus tard du maréchal Tantaoui au profit d’une nouvelle génération d’officiers, ces derniers ont rechigné à intervenir directement dans le jeu politique qui divise le pays. Seule exception : cet appel au dialogue lancé en décembre, lors de la crise suscitée par l’adoption du projet controversé de Constitution.

« Tant que Washington continuera à appuyer les Frères musulmans, la probabilité d’un coup d’État militaire est nulle », assure Tewfik Aclimandos. Les États-Unis, qui fournissent à l’Égypte une aide militaire annuelle d’environ 1,5 milliard de dollars, semblent vouloir garder une position relativement neutre face à la crise actuelle, dans le souci de ménager leurs intérêts régionaux, notamment ceux d’Israël.

De l’avis de certains observateurs, la mise en garde de Sissi est néanmoins révélatrice de tensions dans les relations entre l’armée et les Frères musulmans, historiquement en dents de scie, et qu’on disait au beau fixe depuis le départ de Tantaoui. « Les Frères musulmans veulent une armée à la pakistanaise pour réprimer leurs opposants. Ils attendent que le général Sissi finisse sa mission pour s’en débarrasser », avance le journaliste Ibrahim Issa dans les pages du quotidien Tahrir.

Mais, précise-t-il, « Sissi, qui est plus intelligent que ses prédécesseurs, a accompli sa mission en laissant ses officiers jouer au football avec les manifestants ». Référence à ces surprenants tournois de foot improvisés, en pleine manifestation, entre protestataires et soldats dans les rues de Port-Saïd en proie à des affrontements meurtriers depuis quatre jours : signe manifeste de la détermination de l’armée à se distinguer de la répression menée par la police.

Surtout, l’avertissement de Sissi, aux allures de SOS, illustre la peur du chaos qui prévaut aujourd’hui en Égypte, et le peu de confiance qu’inspire la gestion désastreuse du pays par le président Morsi. Mercredi, deux manifestants ont encore perdu la vie au Caire, où les protestataires continuent à dénoncer le « pouvoir du guide » du mouvement islamiste, dont est issu le président. Sans compter le risque latent d’une guerre des milices, renforcé par l’annonce de la création, par les jeunes « Frères », de « White Blocs » pour contrer le mouvement anarchiste des « Black Blocs ».

Cet état de déliquescence a même poussé Mohamed ElBaradei, figure de l’opposition égyptienne, à appeler sur son compte Twitter à une réunion d’urgence « entre le président, les ministres de la Défense et de l’Intérieur, le parti au pouvoir, le courant salafiste et le Front du salut national » (dont il fait partie). « Si les différentes forces échouent à éviter la guerre civile, alors l’armée pourrait intervenir, mais en dernier recours », précise Tewfik Aclimandos.

La révolution d’Egypte est-elle finie ou vient-elle seulement de connaître ses premiers épisodes ? Les grandes révolutions sociales n’ont-elles pas été riches en rebondissements bien avant d’atteindre leurs objectifs. La venue à la présidence des Frères Musulmans, un des courants qui appuyait la vague populaire contre Moubarak, signifie-t-elle que la révolution est terminée même s’il est évident qu’une grande partie de l’aile révolutionnaire ne s’estime nullement satisfaite ? Quelles autres perspectives sont encore possibles pour ceux qui ne désarment pas et d’abord quels sont les adversaires dans les luttes de classes et quels étaient les camps en présence dans la révolution d’Egypte ?

La première erreur consisterait à considérer le camp « révolutionnaire » comme un bloc, et le reste de la société aussi comme un bloc. Et aussi à oublier dans ce classement l’existence des classes sociales, au nom du fait que, par delà les classes sociales, les gens se sont retrouvés ensemble contre Moubarak, puis ensuite ensemble contre le conseil supérieur des forces armées. La dictature, ses exactions puis ses crimes contre le peuple ont certes soulevé contre eux une révolte générale, mais elles ne l’ont pas fait sur une perspective plus claire que la fin de la dictature de Moubarak et la démocratie. Il y a eu en fait plusieurs révolutions dans la révolution.

Cela ne veut pas dire que la révolution en Egypte ne soit qu’une fiction. La société n’a pas fondamentalement changé au sommet de l’Etat comme au sommet des classes sociales, mais elle a fondamentalement changé à la base. La résignation ne domine plus l’ensemble de la société. L’absence d’activité politique spontanée des masses populaires ne caractérise plus la situation en Egypte, comme elle l’avait caractérisé à l’époque Moubarak. Il n’y a plus d’intouchabilité du pouvoir militaire non plus. Les actions des travailleurs se sont multipliées. Tout cela n’est pas rien même si cela n’a rien à voir avec un véritable changement de société.

Pourquoi ce dernier ne s’est pas produit ? Il faut bien dire que, si Moubarak est tombé, ce n’est ni son régime politique ni son régime social qui ont chuté. L’Etat, son appareil militaire, policier, politique, religieux, judiciaire, n’a même pas véritablement changé de mains. Les richesses sont toujours aux mains des chefs militaires. Le seul changement qui ait véritablement été entériné est le changement de président dont l’élection a finalement, après une ostensible hésitation, été entérinée par le conseil militaire supérieur, le vrai pouvoir du pays.

L’apparente opposition des chefs militaires à la venue au pouvoir des Frères Musulmans, leur semblant d’hésitation, leur refus d’entériner le parlement islamiste, leur acceptation apparemment forcée du nouveau président, est indispensable à l’armée pour faire de cette opposition une véritable base de la société. C’est là le jeu des chefs militaires contre la révolution. Les Frères Musulmans sont, les militaires le savent, favorables aux classes dirigeantes, même s’ils ont une véritable base populaire et ils sont hostiles au prolétariat. Ils peuvent servir aux classes dirigeantes, en grande partie d’origine militaire, de paravent et détourner une partie du mécontentement populaire, du moins dans un premier temps. Ensuite, quand ils se seront suffisamment discrédités, les militaires estiment que la révolution sera assez découragée et déboussolée pour qu’ils puissent reprendre leur dictature sous une forme classique ou en remplaçant le président par une émanation de la caste militaire. Ils ne savent pas eux-mêmes si un tel stratagème sera vraiment suffisant pour calmer le volcan politique et social que représente l’Egypte post-Moubarak. Ils ne savaient pas hier s’il aurait suffi de lâcher le Raïs et aujourd’hui ils ignorent s’il suffira de développer un jeu à deux avec les islamistes.

Ce qui est certain, c’est qu’aucun des problèmes économiques, politiques et sociaux du pays ne peuvent être réglés dans le cadre que les islamistes sont appelés à gérer. Et ce pour plusieurs raisons fondamentales. La première est que la révolution d’Egypte n’est pas fondée seulement sur une hostilité à Moubarak ni même sur une simple aspiration à plus de liberté. Il y a une demande sociale profonde, et même prolétarienne, dans toute la révolution du Maghreb et du monde arabe et aussi une perte générale de confiance dans les perspectives offertes par les classes dirigeantes dans le cadre d’un capitalisme en crise.

Car la crise égyptienne comme la crise tunisienne ou syrienne ne sont pas à séparer de la crise générale de la domination capitaliste sur le monde issue de l’effondrement économique en 2008. Elles en sont, au contraire, le produit direct.

Certes, l’impérialisme a eu le temps de se ressaisir ensuite, de faire semblant d’approuver le combat pour la démocratie, avant de s’inviter lui-même à intervenir directement, de manière militaire dans les événements en Libye, laissant entendre une manipulation des révolutions arabes dans l’intérêt de l’ordre mondial dominé par les puissances occidentales. Mais, la réalité, c’est que les régimes qui sont tombés et sont menacés, l’impérialisme n’avait rien à redire contre eux, ne souhaitait nullement leur chute et n’a rien fait pour la favoriser, bien au contraire, contrairement à ce qu’ont prétendu quelques partisans de Ben Ali, Moubarak ou même de Khadaffi ou Assad.

La faiblesse de la révolution du Maghreb et du monde arabe a été la même que celle de l’ensemble de la révolution mondiale contre le capitalisme, les longues années pendant lesquelles le prolétariat n’est pas apparu comme une force sociale indépendante à ses propres yeux et donc le faible crédit que les prolétaires eux-mêmes portent à la perspective qu’ils représentent et, a fortiori, le faible crédit que leur attribuent les fractions des couches petites bourgeoises ou de la jeunesse attirées par la révolution.

La deuxième raison qui laisse à penser que rien n’est fini dans la révolution égyptienne, c’est que la crise économique et sociale n’a fait que s’aggraver, que le partage des richesses est plus inégalitaire que jamais, que l’essentiel du capital est toujours entre les mains de la caste militaire qui représente la plus grande partie de la bourgeoisie égyptienne, que celle-ci reste incapable de remettre en question le partage inégalitaire des richesses avec l’impérialisme.

Un président Frère Musulman peut seulement changer de politique en façade, en termes de propagande, en termes de mœurs, en termes de religion ou de relations avec Israël. Il peut développer une démagogie en direction des couches populaires, mais sa marge, même dans ce domaine, est étroite. Dans toutes les questions clefs de la politique, du social et de l’international, il a une marge de manœuvre plus d’étroite.

La révolution égyptienne n’a pas été noyée dans le sang, n’a pas été écrasée, ni démoralisée. Mais elle est loin d’avoir atteint ses objectifs. Il y a fort à parier qu’on en entendra parler à nouveau et pas seulement de la place Tahrir mais des entreprises textiles, des entreprises pétrolières, bancaires et autres, c’est-à-dire de la classe des prolétaires, la seule capable d’aller jusqu’au bout du combat contre la bourgeoisie locale et impérialiste. La jeunesse, les chômeurs, les femmes qui veulent d’un changement radical ont tout intérêt à comprendre que la classe capable de porter leurs aspirations est le prolétariat de villes et des campagnes et ce dernier doit dépasser le cadre étriqué des actions syndicales purement économiques pour marquer la situation politique en constituant ses comités de travailleurs, de chômeurs, de jeunes de femmes, ses comités révolutionnaires et les fédérer à l’échelle nationale, dans un premier temps pour affirmer un programme radical des exploités et dans un deuxième temps pour imposer leur propre pouvoir.

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