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Les luttes de classe se développent en Chine

mercredi 12 novembre 2014, par Robert Paris

Les luttes de classe se développent en Chine

Voilà un exemple de communiqué de l’agence officielle chinoise Xinhua (à prendre sous toute réserve, bien entendu, puisqu’elle exprime le point de vue anti-ouvrier du pouvoir bourgeois chinois) :

« Plusieurs milliers de travailleurs ont mis fin à une grève de deux jours devant une usine taïwanaise de produits électroniques dans la province chinoise du Guangdong (sud), après que les responsables de l’entreprise ont promis de réduire leurs propres salaires de 10% à 30%.

Les cadres supérieurs de Dongguan Masstop Liquid Crystal Display Co., Ltd. ont pris la décision d’abaisser leurs rémunérations afin de réduire les coûts, après des négociations avec les représentants des ouvriers.

L’usine appartient à Wintek Corporation, fabricant électronique taïwanais, qui est un fournisseur d’Apple.

Wintek (China) Technology Ltd, une autre filiale de l’entreprise à Dongguan, a également repris jeudi la production, mais sans avoir annoncé de résolution, a précisé Xu Liqing, fonctionnaire local chargé de l’information.

Quelque 16.000 ouvriers des deux filiales se sont mis en grève mardi et mercredi afin de protester contre le montant beaucoup moins élevé que prévu de leurs primes pour la Fête de la mi-automne.

Un ouvrier dont le nom de famille est Zhang a expliqué que chaque travailleur avait reçu pour la Fête de la mi-automne de l’année dernière une prime de 700 yuans (114 dollars) et une boîte de gâteaux de lune.

Selon un communiqué de presse de Dongguan Masstop Liquid Crystal Display Co., Ltd, la réduction de ces primes s’explique par les mauvais résultats enregistrés récemment par l’entreprise. Durant la grève, les travailleurs ont bloqué des routes près de leurs usines. »

Le Monde Diplomatique de septembre 2014 rapporte :

« Multiplication des grèves et des mouvements sociaux

Ouvriers travaillant pour Nike, Adidas ou Converse, salariés du géant de la distribution américain Walmart... Jamais les grèves n’ont été aussi nombreuses et spectaculaires en Chine. Han Dongfang, fondateur du premier syndicat indépendant, emprisonné après les événements de la place Tiananmen en 1989, puis expulsé du pays en 1993, tire les enseignements de ces luttes auxquelles son organisation contribue.

Qui peut encore douter de la capacité de mobilisation des travailleurs chinois quand leurs droits sont menacés ? En avril dernier, à Dongguan, ville du sud de la Chine, les quarante mille ouvriers de l’usine géante de chaussures Yue Yuen — qui produit pour des marques occidentales comme Nike, Adidas, Converse... — ont fait grève pendant deux semaines. Ce fut l’un des mouvements les plus importants de ces dernières années. Il a révélé à quel point, au cours des trois décennies écoulées, les gouvernements locaux ont contourné le droit du travail ou ignoré ses violations afin d’attirer puis de conserver les investissements.

Tout a commencé lorsque des salariés ont découvert que, depuis dix ans, cette compagnie taïwanaise n’avait pas payé la part employeur des cotisations sociales. Celles-ci étant versées à un fonds contrôlé par le gouvernement local, les autorités de Dongguan étaient forcément au courant. Elles avaient fermé les yeux, en espérant que personne ne s’en rendrait compte et que, dans le cas contraire, nul ne ferait d’histoires.

Or non seulement certains ouvriers s’en sont aperçus, mais ils ont extrêmement mal réagi. Face à une situation qui se détériorait rapidement et qu’elles ne savaient comment résoudre, les autorités ont paniqué. Non qu’elles n’aient pas l’habitude des grèves : il en éclate quasiment tous les jours dans la ville. Mais celle de Yue Yuen, beaucoup plus importante que les autres, a attiré l’attention des médias nationaux et internationaux.

Le gouvernement local ne disposait d’aucun mécanisme de règlement pour un tel conflit. Il y a bien un syndicat dans l’usine, mais il n’a pas bougé. Les employés n’avaient donc aucun représentant habilité à faire valoir leurs doléances auprès de la direction ou à exiger une négociation collective. Une organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits des travailleurs comme il en existe plusieurs dans le pays, le Shenzhen Chunfeng Labor Dispute Service Center, est alors intervenue pour aider à mettre sur pied l’élection de délégués et à élaborer l’élection de délégués et à élaborer une liste de revendications…

Les pouvoirs publics, dès qu’ils ont obtenu des concessions sur les cotisations sociales, ont exercé une pression énorme sur les ouvriers pour les forcer à accepter l’accord : ils les ont fait encercler et garder prisonniers dans l’usine par plus d’un millier de policiers. Les grévistes ont fini par céder et par reprendre le travail – du moins pour un temps...

Cependant, d’autres expériences ont défriché de nouveaux chemins. Au moment où se déroulait la grève de Yue Yuen, à quelques neuf cent kilomètres au nord de Dongguan, un groupe d’employés très déterminés, licenciés du magasin Walmart de la petite ville de Changde, démontraient qu’un syndicat pouvait aussi jouer pleinement son rôle. Il peut paraître surprenant que l’entreprise américaine, ennemie notoire des syndicats, ait autorisé leur présence dans ses supermarchés en Chine. Ce n’était pas sans arrière-pensées : elle savait que ceux qu’avait implantés l’AFCTU dès 2006 ne constituaient pas des forces de défense des travailleurs, mais des instruments dociles au service de la direction. Ce fut le cas durant les huit premières années. Walmart pouvait ouvrir et fermer des magasins, embaucher et débaucher du personnel sans que le syndicat sur place ne lève le petit doigt.

Tout a changé le 5 mars 2014, quand la société a décidé de fermer son magasin n°2024 à Changde. Comme de coutume, elle n’a accordé aux employés qu’un préavis de licenciement de deux semaines, et leur a donné le choix entre une prime dérisoire et une place dans un autre magasin à plus de deux cent kilomètres de là. En revanche, elle a offert au président du syndicat, M. Huang Xingguo, un nouveau poste et une bonne prime de « relocalisation ».

A sa grande consternation, non seulement M. Huang a refusé l’offre, mais il a organisé une réunion du comité syndical qui a voté la grève pour protester contre le projet de fermeture. Lui et ses collègues ont formé un piquet de grève et brandi des banderoles pour protester contre les licenciements illégaux et réclamer une prime de départ « juste et raisonnable »… Les autorités locales ont déclaré le plan de fermeture du magasin Walmart conforme à la loi et l’action des employés, illégale…. Finalement, M. Huang et ses collègues n’ont pas obtenu la compensation qu’ils souhaitaient. La Chine a changé. Comme l’attestent les grèves de Yue Yuen, de Walmart et tous les mouvements sociaux récents, les ouvriers ne sont plus de simples victimes de la répression politique : ils deviennent des acteurs puissants et des agents du changement. »

Le Monde écrivait :

« Plus de 30 000 salariés du fabricant de chaussures de sport pour Nike et Adidas entre autres, Yue Yuen, dans la ville de Dongguan, refusent depuis la semaine dernière de reprendre le travail, se plaignant de leurs conditions salariales, de leurs contrats d’embauche lacunaires et de carences dans leur couverture sociale.

Un mouvement social qui a déclenché un imposant déploiement des forces de l’ordre, a rapporté l’organisation China Labor Watch, spécialisée dans les mouvements sociaux du secteur industriel chinois et qui a diffusé une série de photos montrant le déploiement de centaines de policiers autour de l’usine, certains équipés de matériel antiémeute et d’autres tenant en laisse des bergers allemands. Selon China Labor Watch, les policiers ont frappé ou interpellé plusieurs ouvriers depuis le début de la grève, qui a, par ailleurs, été évoquée dans la presse officielle à Pékin.

Sur son site Internet, la société Yue Yuen, en partie contrôlée par des capitaux taïwanais et qui se situe dans la province méridionale du Guangdong – surnommée « l’usine du monde » car elle concentre une part importante de l’industrie manufacturière chinoise travaillant pour les exportations –, affirme être le premier fabricant mondial de chaussures de sport et sous-traiter notamment pour les marques Nike, Adidas, Puma, Asics, Converse et New Balance. Mais, dans un message à l’AFP, la marque Puma a assuré « [ne pas] travaill[er] avec l’usine concernée » par la grève.

« Les travailleurs poursuivent leur grève, et leur nombre a sans douté augmenté », a commenté Dong Lin, membre d’une association de défense des droits sise à Shenzhen et proche des ouvriers. Dong Lin a estimé à 40 000 le nombre des grévistes, qui selon lui exigent le paiement d’allocations sociales qui leur seraient dues. La direction de l’entreprise s’est engagée à effectuer un rattrapage dans ces versements d’ici à la fin de 2015, a relaté, sous couvert de l’anonymat, une salariée du site. Mais cette proposition a été rejetée par les ouvriers en grève, inquiets par la perspective que la direction puisse brusquement décider de fermer l’usine pour la délocaliser, sans honorer ses promesses, un cas de figure classique en Chine. « Personne n’ose se lever et prendre la tête de la contestation, car nous avons tous peur que l’usine exerce des actions de représailles par la suite », a-t-elle confié, en ajoutant : « La presse locale n’ose même pas mentionner l’existence de notre grève. »

Ce conflit illustre la fragilité de l’équation sociale pour le pouvoir chinois. D’après Reuters, le nombre de grèves en Chine, depuis le début de 2014, serait en hausse d’un tiers sur un an. En Chine les exportations demeurent le principal moteur de la croissance et tout ralentissement de cette dernière peut avoir des répercussions sociales immédiates, les patrons devenant plus exigeants face à la baisse de la demande et à la hausse des coûts. »

Et Libération écrit :

« Délocalisations, automatisation, heures sup non payées… Dans la ville industrielle de Shenzhen, la grogne ouvrière gagne du terrain. Et cherche à s’organiser en syndicats autonomes.

La Chine est l’usine de la planète, et c’est à Shenzhen, première « zone économique spéciale », que tout a commencé. Main-d’œuvre bon marché et capitaux étrangers se sont conjugués pour faire éclore cette cité industrielle de 10 millions d’habitants là où, trente ans auparavant, il n’y avait que des rizières et un poste-frontière conduisant à Hongkong, alors colonie britannique.

Cette ville naguère expérimentale est devenue l’archétype du modèle de production chinois. « Plus on exporte, plus le gouvernement local nous donne des subventions, des avantages fiscaux et des primes », se félicite Li Wenkai, PDG de Zhuowei, une entreprise textile de 800 ouvriers, qui nous reçoit dans son bureau. Mais la hausse constante des salaires ouvriers (de 5 à 20% l’an) est en train d’altérer l’alchimie du « modèle ». Des patrons délocalisent vers le Sud-Est asiatique, tandis que d’autres, comme celui de Zhuowei, optent pour l’automatisation. « Les autorités nous donnent une prime de 5% à l’achat de nouvelles machines », souligne Li Wenkai. D’autres encore contraignent leurs ouvriers à faire des heures supplémentaires ou bien paient leur personnel avec des mois de retard afin de s’assurer qu’ils n’iront pas voir ailleurs.

Résultat de cette évolution et de ces pratiques : une contestation ouvrière de plus en plus forte. « Il éclate en moyenne une grève par jour à Shenzhen et leur nombre est en augmentation constante… Peu de gens sont au courant de cette agitation sociale parce que la presse chinoise n’en fait presque jamais état », souligne He Yuancheng, avocat du Forum de négociation collective, un organisme de Shenzhen qui milite pour que Pékin adopte une loi permettant aux ouvriers de négocier directement des accords sociaux avec leurs patrons. La proposition est audacieuse, car toute forme d’organisation syndicale indépendante est strictement proscrite en Chine, où seuls les syndicats officiels sont autorisés. Regroupés au sein d’une fédération nationale qui revendique 135 millions d’adhérents, ces derniers n’ont toutefois de syndicat que le nom. Placée sous le contrôle direct du Parti communiste au pouvoir, la fédération n’a jamais organisé la moindre grève (un droit retiré de la Constitution en 1982). « Le rôle des syndicats officiels consiste à défendre les intérêts des entreprises et à limiter les salaires des ouvriers, s’emporte Ning (1), qui fait partie d’un réseau discret militant pour la création de syndicats indépendants. L’an dernier, lorsqu’il y a eu une grève dans plusieurs usines automobiles japonaises,c’était les membres du syndicat officiel qui tapaient les grévistes à coups de bâtons pour qu’ils se remettent au boulot ! »

Originaire de la campagne du Sichuan (centre-ouest), Ning a commencé à travailler à Shenzhen en 2002, à l’âge de 19 ans, d’abord dans le bâtiment, puis dans la confection de sacs de voyage. En 2002, il gagnait 300 yuans (37 euros) par mois, mais aujourd’hui il émarge à 4 500 yuans (550 euros), en alignant 58 heures par semaine avec 4 jours de repos par mois. « La plupart des ouvriers sont obligés de faire des heures supplémentaires, dit-il. Mon employeur pénalise chaque refus de travailler en heures sup d’une amende de 50 yuans. » C’est loin du centre urbain de verre et de béton de Shenzhen que fourmillent les archipels d’usines bruissantes d’activité et leurs dortoirs sommaires où s’entassent des millions d’ouvriers fraîchement débarqués des provinces de l’intérieur. Les prolétaires vivent là en quasi-autarcie, arc-boutés sur les chaînes de montage où ils alignent les heures sup en rêvant de luxes inaccessibles.

« On essaie d’épargner un maximum, alors à quoi bon sortir et dépenser notre argent si durement gagné ? Notre téléphone portable est notre seul luxe, et notre unique lien avec nos familles et l’extérieur. Pour le reste, c’est boulot, dodo, boulot », dit Ning. Depuis onze ans qu’il est là, « la situation des ouvriers s’est améliorée, les salaires notamment, reconnaît-il. Mais pour l’essentiel, on est toujours exploités. » Toutefois, la nouvelle génération est moins docile que la précédente. « Les jeunes sont mieux éduqués, beaucoup refusent d’être maltraités. Il commence à y avoir un mouvement de fond pour tenter d’imposer des syndicats autonomes. A Shenzhen, la situation est mûre. Les consciences s’éveillent et, croit-il, c’est le début d’un grand changement. »

La partie est toutefois très loin d’être gagnée, même à Shenzhen. En ce jour de mars, 180 ouvriers sont venus protester contre leur licenciement. Ils se tiennent debout, groupés en rangs, sans banderole et en silence devant le bâtiment abritant le Bureau du travail, coincé entre un commissariat et un salon de massage. « On nous a avertis que si on manifestait ouvertement, on serait arrêtés », murmure Mo, l’un de ces grévistes. Ces locaux administratifs, dont la façade est ornée de colonnades, sont aussi le siège du centre de weiwen (« sauvegarde de la stabilité ») chargé de résoudre les conflits sociaux soit par la négociation, soit par la répression.

« En février, raconte Mo, tout le personnel de notre usine est parti pour les vacances annuelles de la fête du Printemps. Quand on est revenus, on a eu le choc de notre vie : presque toutes les machines avaient été déménagées à 1 500 km de là, dans la province du Shandong [est]. On nous a dit qu’on pouvait vendre celles qui restaient et partager la somme entre nous en guise de dédommagement. Mais le matériel ne vaut presque rien. » Les ouvriers sur le carreau exigent ce qui leur est légalement dû, à savoir une indemnité de licenciement correspondant à un mois de salaire par année de présence.

Leur entreprise, Everstone Ceramics Shenzhen Co., qui fabrique de la faïence, est détenue par un Australien d’origine chinoise dont les ouvriers ignorent l’identité. « On ne l’a jamais vu, et on ne peut parler qu’avec son représentant légal », dit Mo, 41 ans, qui travaille comme un forçat depuis quatorze ans pour 3 000 yuans par mois à raison de douze heures de travail quotidien, sans jour de repos en dehors d’un congé annuel de deux semaines. Tout le personnel de l’usine a plus de 40 ans. « On est très mal payés, poursuit Mo, car à Shenzhen, plus tu es vieux, moins tu vaux. Et, en général, on n’embauche pas les plus de 35 ans. En fait, on avait du pot d’avoir ce boulot ! »

La manifestation silencieuse a pour but de faire pression sur le Bureau du travail pour qu’il identifie le patron d’Everstone et l’oblige à accorder leur dû aux employés licenciés. Les officiels refusent. « Parce que le patron leur a donné un dessous-de-table », suppute Mo. Zhang Zhiru, directeur de Vent printanier, un centre d’aide juridique qui enseigne aux employés comment défendre leurs droits, se dit pessimiste sur les chances des ouvriers d’Everstone d’obtenir gain de cause. « Aller en justice ne servira à rien car les contrats sont bidon. Et puis, même si par miracle ils parviennent au bout de plusieurs années à obtenir une décision de justice, elle ne sera pas appliquée, car le patron a sans doute d’ores et déjà changé le nom de l’entreprise qui, pour compliquer encore plus les choses, a déménagé dans une autre province. Le problème en Chine, ce ne sont pas les lois, mais leur non-application. »

La première fois que Zhang Zhiru est arrivé à Shenzhen depuis sa lointaine campagne du Hunan (sud-est), il a assisté à une scène qui est restée gravée dans sa mémoire. « Un soir, deux ouvriers de l’usine de chaussures où je travaillais sont rentrés éméchés au dortoir en insultant l’un des gardiens. Une trentaine de gardes de l’usine les ont alors battus sous nos yeux à coups de barres de fer. » L’un d’eux en est mort. « Le lendemain, la police a placé une vingtaine des gardiens en détention, mais le patron de l’usine les a fait libérer avec un pot-de-vin de 150 000 yuans [18 750 euros] au commissaire. Il s’est aussi acquitté d’une compensation de 50 000 yuans à la famille de l’ouvrier mort, et l’affaire a été classée. Ce jour-là, j’ai compris que la loi n’avait pas vraiment d’importance, ni pour les patrons ni pour la police. »

Aujourd’hui âgé de 39 ans, Zhang s’est juré de faire bouger les choses. L’organisme qu’il dirige dispense des cours de « protection des droits des travailleurs ». Une quinzaine d’autres associations similaires de Shenzhen, certaines financées par des fondations américaines, sont tolérées - fait exceptionnel en Chine. « Il y a quelques années, on était réprimés par les autorités, maintenant elles ont compris qu’on est utiles », assure un volontaire, ex-employé de la chaîne américaine Walmart, licencié pour avoir tenté d’organiser une grève. « A Shenzhen, dit l’avocat He, les autorités considéraient jusqu’alors que la priorité était le maintien de la stabilité, au détriment de la protection des droits des ouvriers. Mais elles se sont rendu compte que ce n’était plus possible, tout simplement parce qu’il y a désormais trop de conflits sociaux. Notre action, qui consiste à encourager des négociations directes entre des représentants élus des ouvriers et les patrons, est désormais perçue positivement, puisqu’elle permet de réduire le nombre de grèves. »

Mais la défense de délégués syndicaux partisans d’actions plus radicales demeure une gageure. « Les meneurs des grèves sont presque toujours arrêtés et licenciés, déplore l’avocat du Forum. On les aide alors à attaquer l’entreprise en justice pour qu’elle les réintègre, ou bien on assigne la police pour les avoir détenus arbitrairement. » L’avocat reconnaît toutefois « qu’aucune de ces actions n’a jusque-là abouti ». « Pour l’heure, observe l’ancien ouvrier Zhang Zhiru, le fait est que le Parti communiste défend les intérêts des capitalistes… Dans la Constitution, les ouvriers sont la "classe dirigeante", ironise-t-il, dans la réalité, ils sont la classe dirigée. »

France Info écrivait :

« La grève des 40.000 employés de l’usine de chaussures chinoise Yue Yuen a pris fin vendredi, contre l’avis des employés. Un retour forcé au travail, sous la pression de la police présente dans tous les bâtiments, sous couvert d’un accord a minima imposé aux salariés. C’était l’une des grèves les plus importantes de ces dernières années en Chine, et elle touche à sa fin : les 40.000 ouvriers de l’usine géante de chaussures de Yue Yuen, située dans le sud de la Chine, ont repris le travail.

Les salariés étaient en grève depuis le 14 avril pour protester contre leur employeur, auquel ils reprochaient des arriérés de salaires impayés et, plus globalement, leurs conditions salariales et des carences dans leur couverture sociale. L’employeur taïwanais Yue Yuen, qui affirme être le premier sous-traitant de chaussures de sport avec 300 millions de paires produites par an, fournit notamment Nike, Adidas, New Balance, Converse, Asics ou encore Puma.

Après plusieurs jours de manifestations chaotiques devant les locaux et l’arrestation de certains ouvriers, le ministère du Travail a annoncé vendredi qu’il avait donné l’ordre à Yue Yuen de verser les arriérés de cotisations dûes aux employés. Depuis, 80% des travailleurs auraient repris le chemin de l’usine, mettant fin à la grève. Retour forcé au travail

En réalité, les ouvriers ne croient pas que leur employeur régularisera ses versement, et ils ne sont pas retourné travailler de leur plein gré. Selon le China Labour Bulletin, site web d’une ONG militant pour les droits des travailleurs, les ouvriers ont largement été poussés à accepter les quelques concessions faites par l’usine. Le site raconte que la police et des brigades de milices sont présentes devant et dans les locaux pour empêcher toute manifestation. "Comment ne pas travailler, quand un homme armé d’un bâton et d’un casque se tient à côté de vous ?" interroge Xie, contremaître dans l’usine.

Plusieurs travailleurs doutent que l’usine se plie au remboursement des arriérés et refusent de les croire sur parole. "Nous n’avons même pas le droit de consulter nos comptes pour savoir si l’argent y a été versé !" raconte un employé incrédule. D’autres récits rapportés par le China Labour Bulletin évoquent des policiers démantelant les pointeuses qui permettent de tenir les comptes de présence. "Ils font cela pour nous forcer à être notés absents lundi et pouvoir nous renvoyer sans compensation", estime une travailleuse de l’usine.

Un site d’information chinois, le China Digital Times (basé en Californie et censuré en Chine), évoque sans citer ses sources "afin de les protéger", des demandes de censure de la part des autorités concernant "tout ce qui touche à la grève des travailleurs de l’usine Yue Yuen à Dongguan".

Sur le site de l’employeur, Yue Yuen Industrial Holdings, pas de mention de la grève, mais un onglet consacré à la responsabilité sociale de l’entreprise, qui vante les conditions de travail des employés et assure fournir "des activités variées pour nourrir leur développement personnel". »

Le journal La Croix rapporte :

« Une grève massive de près de 40 000 ouvriers chinois d’une usine de chaussures dans le sud de la Chine, lancée mi-avril, s’est terminée après douze jours.

Le mouvement social dans l’usine Yue Yuen – la plus grande au monde dans son domaine, située dans la province du Guangdong près de Hong Kong – avait éclaté début avril et pris la forme d’une grève depuis le 14, rassemblant près de 40 000 ouvriers et déclenchant un imposant déploiement des forces de l’ordre.

Les ouvrières – la main-d’œuvre est très majoritairement féminine – se plaignaient de leurs salaires, de contrats d’embauche lacunaires et de carences dans leur couverture sociale.

Société à capitaux taïwanais, Yue Yuen se déclare premier producteur mondial de chaussures de sport, avec 300 millions de paires chaque année. Son immense usine de Dongguan est l’un des plus grosses du secteur, avec 45 000 employés.

Après deux semaines de tension et de discussion avec des délégués des ouvriers, (les syndicats libres sont interdits en Chine) et la direction de la société, les autorités ont donné pour instruction à la direction de l’usine, qui produit notamment des chaussures pour Nike et Adidas, de « rectifier selon la loi » les versements à effectuer. Plus de 80 % des employés de l’usine Yue Yuen ont repris le travail depuis le week-end dernier.

Les grèvistes ont repris le travail sans avoir vu leurs principales demandes satisfaites et dénoncent des manœuvres d’intimidation de la part des autorités. « La police a arrêté une soixantaine d’employés dans les ateliers », a indiqué à l’Agence France-Presse une ouvrière sous couvert d’anonymat, dénonçant « le contrôle de la police ». L’usine a accepté de verser une prime de 230 yuans (30 €) par mois à chaque employé, et Yue Yuen s’est engagé à « compenser » les retards de versements des indemnités de sécurité sociale, tout en indiquant que « ces contributions ne pouvaient pas être quantifiées pour le moment ».

Sans convaincre : « On ne nous a pas promis le versement de toutes nos prestations sociales en retard. On a seulement obtenu une petite victoire, en obtenant une prime », a soupiré M. Wang, un employé gagnant 330 € par mois. « Les ouvriers n’ont pas obtenu gain de cause, et maintenant le gouvernement nous force à revenir à nos postes », déplore un agent d’entretien de 45 ans, nommé Li. Le président de la société, Lu Chin-chu, a annoncé dans un communiqué envoyé à la bourse de Hong Kong que cette grève a entraîné des pertes d’environ 20 millions d’euros, et que la décision de Yue Yuen de satisfaire certaines demandes de ses employés « pourrait avoir un effet négatif » sur ses performances financières.

Les autorités n’ont fait que temporiser en faisant pression sur les ouvriers. Les mouvements sociaux n’ont cessé de se multiplier ces dernières années, faisant craindre au régime de Pékin des troubles sociaux massifs dans toute la province du sud pouvant rassembler des dizaines de millions d’ouvriers.

Selon l’ONG China Labour, basée à Hong Kong, les conflits du travail ont bondi de 30 % au premier trimestre 2014 par rapport à 2013 en raison des pénuries de main-d’œuvre qui placent les employés en position de force et d’un usage accru des réseaux sociaux pour mobiliser les ouvriers.

Dans la plus grande usine de chaussures de sport de Chine qui fabrique pour des marques comme Nike, Adidas, Puma ou Converse, des dizaines de milliers d’ouvriers refusent de reprendre le travail depuis une semaine.

Il s’agit probablement du plus grand mouvement social d’ouvriers chinois qui dure maintenant depuis une semaine. Des dizaines de milliers d’ouvriers sont en grève dans une énorme usine du sud de la Chine fabriquant des chaussures de sport pour Nike et Adidas. Ce mouvement social a déclenché un imposant déploiement des forces de l’ordre, a rapporté l’ONG China Labor Watch, spécialisée dans les mouvements sociaux du secteur industriel chinois.

Plus de 30 000 employés de l’usine Yue Yuen de la ville de Dongguan refusent depuis la semaine dernière de reprendre le travail, en se plaignant de leurs conditions salariales, de leurs contrats d’embauche lacunaires et de carences dans leur couverture sociale.

L’organisation China Labor Watch a diffusé une série de photos montrant le déploiement de centaines de policiers autour de l’usine, certains équipés de matériel antiémeute et d’autres tenant en laisse des bergers allemands. Selon China Labor Watch, les policiers ont frappé ou interpellé plusieurs ouvriers depuis le début de la grève. Sur son site Internet, l’usine Yue Yuen, en partie contrôlée par des capitaux taïwanais, affirme être le premier fabricant mondial de chaussures de sport. Elle sous-traite notamment pour les marques Nike, Adidas, Puma, Asics, Converse et New Balance.

« Les travailleurs poursuivent leur grève, et leur nombre a sans doute augmenté », a commenté à l’Agence France-Presse Dong Lin, membre d’une association de défense des droits, basée à Shenzhen et proche des ouvriers. Dong Lin a estimé à 40 000 le nombre des grévistes, qui selon lui exigent le paiement d’allocations sociales qui leur seraient dues.

La direction de l’entreprise s’est engagée à effectuer un rattrapage dans ces versements d’ici à fin 2015, a encore relaté à l’Agence France-Presse, sous couvert de l’anonymat, une salariée du site. Mais cette proposition a été rejetée par les ouvriers en grève, inquiets par la perspective que la direction puisse brusquement décider de fermer l’usine pour la délocaliser, sans honorer ses promesses, un cas de figure classique en Chine.

« Personne n’ose se lever et prendre la tête de la contestation, car nous avons tous peur que l’usine exerce des actions de représailles par la suite », a-t-elle confié, en ajoutant : « La presse locale n’ose même pas mentionner l’existence de notre grève ».

La province méridionale du Guangdong, parfois surnommée « l’usine du monde » car elle concentre une part importante de l’industrie manufacturière chinoise travaillant pour les exportations, n’est pas exempte de conflits sociaux. Et ce malgré l’absence d’organisations syndicales indépendantes. »

Dans le Duongghuan

Le 14 avril 2014, ce qui semble être la plus grande grève de mémoire récente en Chine commença dans l’une des usines de Yue Yuen à Duongguan, au sud du pays. Selon les estimations, le nombre de grévistes variait de trente à quarante mille, le South China Morning Post du 18 avril avançant le nombre de cinquante mille grévistes. La grève a démarré dans l’une des sept usines de la Yue Yuen Industrial Holding Company installée à Taiwan, le plus gros fabricant de chaussures de marque du monde, produisant des chaussures pour Nike, Adidas, Convers, Reebok, Timberland et des douzaines d’autres encore. Une femme qui avait travaillé dans une de ces usines venait juste de se mettre en retraite et avait constaté que la pension versée était bien inférieure à ce qu’elle croyait toucher. Une grève a éclaté à l’usine et quelques centaines d’ouvriers sont sortis, immédiatement suivis de milliers d’autres dans les six autres sites, les jours suivants. Quelques jours plus tard, environ deux à six mille ouvriers (selon les estimations) sont sortis du site de Yue Yuen dans la province voisine de Jiangxi sur la même revendication concernant l’insuffisance du salaire social.

L’insuffisance de financement pour la protection des ouvriers (les pensions, les assurances accidents, les indemnités de licenciement, les prestations maladie et chômage) est en train de devenir un réel problème pour la classe ouvrière en Chine, particulièrement quand les usines ferment, sont relocalisées dans des endroits moins chers, comme au Vietnam par exemple, ou ailleurs dans le pays comme ici dans la province turbulente de Shenzhen vers la province du Huizhou qui est (pour le moment) plus calme. Cette pénurie chronique est certainement un phénomène lié aux entreprises étrangères, comme l’ont suggéré certaines fractions de la bourgeoisie chinoise (comme ils l’ont fait dans le passé en relation avec les affaires liées aux intérêts japonais) mais c’est néanmoins la pratique courante du capitalisme chinois de même que celle de tous les États capitalistes occidentaux, consistant à rogner encore et toujours sur les pensions, les indemnités de chômage et les prestations sociales des ouvriers. Il est également significatif que la classe ouvrière en Chine soit en train de commencer à se poser la question du budget pour les pensions et les autres prestations à long terme. Cela montre, tout comme pour les ouvriers à l’Ouest, le grand intérêt et le malaise qui existent pour l’avenir et la future génération d’ouvriers. Leurs actions sont sur la même ligne que la lutte contre les coupes dans les retraites en France en 2010 qui ont mobilisé des ouvriers de tous âges dans les rues en une immense manifestation de colère et de protestation. C’est la même question qui a provoqué la grève du métro à New York en décembre 2005 quand les patrons ont essayé de réduire les futurs paiements de pensions et de restreindre les remboursements médicaux, amenant quelque trente-cinq mille ouvriers à débrayer. Un intérêt similaire pour l’avenir a contribué à mobiliser les ouvriers et les jeunes dans des manifestations de masse en Espagne et en Grèce, amenant des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Il a fallu toutes la rouerie des syndicats britanniques pour étouffer le questionnement et la colère des ouvriers en Grande-Bretagne, contre une attaque brutale sur les retraites dans les secteurs public et privé ; les syndicats ont aidé les patrons à faire passer les coupes, diminuant les retraites des ouvriers directement employés par eux d’un côté et augmentant les contributions de l’autre.

Un autre problème a surgi pour le prolétariat chinois : les coupes dans les prestations sociales et l’augmentation du nombre de fermetures d’usines ont entraîné le fait que de nombreux emplois sont maintenant classés par l’État comme “temporaires”. Cela génère une grande difficulté pour inscrire les enfants à l’école, obtenir des soins médicaux et toutes les prestations citées plus haut, particulièrement en l’absence de permis de résidence permanente. Là, les ouvriers ne sont pas seulement en train de lutter pour une coupe plus faible dans le “salaire social” mais ils font grève également pour obtenir une augmentation de salaire de 30 %. L’entreprise a fait des propositions aux ouvriers mais, selon toute vraisemblance, ils ne les ont pas acceptées ; la “People’s Republic” a oublié de parler du piège tendu par l’appareil syndical dans les négociations arrangées. Comme le dit le porte-parole et directeur exécutif de Yue Yuen, George Lui, le 22 avril : “Nous ne savons pas trop avec qui négocier”. C’est un vrai problème pour la classe dominante chinoise et cela l’amène à réagir au coup par coup par la répression violente à l’inverse de la tactique à long terme du sabotage subtil opéré par les syndicats à l’Ouest par exemple.

Malgré l’esprit combatif et la solidarité exprimés par la classe ouvrière en Chine, ou à cause d’eux, il y a également des problèmes et des obstacles auxquels les ouvriers doivent se confronter, tout comme leurs frères de classe à l’Ouest. Le nombre de grèves en Chine était cette année trois fois plus important que l’an dernier à la même période. Il y a également eu une augmentation de l’agitation sociale et il faut se souvenir que 99 % des grèves en Chine sont illégales et sauvages. Cette année, les chercheurs parlent d’“une augmentation notable du nombre de grèves et de protestations d’ouvriers depuis la Luna New Year Holiday en février… le mouvement des ouvriers (les grèves et protestations) continue sur une très large base dans toute une série d’industries dans le pays.” Soulignant la réponse répressive de l’État chinois, l’étude poursuit en disant qu’il y a “une nette augmentation de l’intervention de la police et des arrestations d’ouvriers en colère”. Avec un appareil syndical faible et dédaigné, il n’est pas étonnant que la police anti-émeute ait été généreusement déployée ici au Dongguan, dans la mesure où elle est de plus en plus contre la lutte de classe en Chine. On ne dispose pas encore d’une information claire au sujet de la conduite et de l’organisation de cette grève par les ouvriers pour des raisons évidentes mais il est certain que les ouvriers ressentent le besoin d’organiser des assemblées et d’élire leurs propres délégués (il y a eu un appel des ouvriers à se rendre dans une usine de Dongguan pour l’élection de leurs propres délégués et cette grève a certainement des “dirigeants”). Cependant, nous n’en connaissons pas les détails. Ce qui est sûr, c’est que peu de temps après le début de la grève, alors qu’environ un millier d’ouvriers du site de Yue Yuen avaient entamé une marche (peut-être vers une autre usine), la police anti-émeute est intervenue avec des chiens et les “dirigeants” ont été arrêtés, certains ont dû être hospitalisés. La police anti-émeute a également effectué des raids, arrêtant quelques ouvriers dans et autour de l’usine. Il est tout-à-fait possible que certains militants aient été dénoncés par les gorilles de l’omniprésente All China Federation of Trade Unions (ACFTU) ; cette fédération compte 900 000 adhérents, la plupart membres du Parti, et existe dans tout le pays.

Les grèves des ouvriers de Yue Yuen sont monnaie courante (comme l’a été la vague de grève générale en Chine pendant quelque temps) mais des problèmes similaires ont émergé des grèves précédentes cette année : à l’usine IBM de Shenzhen et aux magasins Walmart en mars dernier. L’ACFTU a joué un rôle décisif dans l’installation de 400 magasins Walmart en Chine en 2006-2007 dans un contexte de volonté gouvernementale d’implanter des syndicats dans les sociétés privées. Une partie du marché consistait en ce que tous les employés du Walmart verraient leur cotisation syndicale directement prélevée sur leur salaire. Cela est maintenant légitime pour l’industrie chinoise et c’est un marché très lucratif pour l’ACFTU avec ses 260 millions d’adhérents. Les syndicats britanniques (et généralement les syndicats occidentaux) ont pratiqué la même arnaque depuis des décennies, s’enrichissant directement sur la masse salariale avec la bénédiction des patrons et de la loi.

La protestation des ouvriers contre les indemnités de licenciement minables offertes par Walmart au moment de la fermeture de leur magasin dans la ville de Changde, province du Hunan, est intéressante par la tentative de radicaliser des éléments de l’ACFTU. Le meneur du mouvement est un certain Huang Xingguo, secrétaire de branche et président du syndicat. Il apparaît que Huang, comme beaucoup de dirigeants syndicaux chinois, vient de la gestion administrative et qu’il semble maintenant apparemment dévoué à la cause des ouvriers. Les ouvriers à l’Ouest connaissent la collusion entre administration et syndicats, même s’il y a davantage de flou idéologique là-bas. Huang a fait un pas supplémentaire dans l’imitation des syndicats occidentaux en impliquant des groupes de conseillers juridiques et en prenant la voie toute tracée par les syndicats britanniques consistant à rechercher l’harmonie du travail par les tribunaux. C’est une tendance qui tend à se développer en Chine dans la mesure où cette fraction de la bourgeoisie chinoise recherche la paix sociale à travers la négociation dans le cadre de la loi. D’autres militants, qui ont été impliqués dans la grève initiale ont été arrêtés, mais, à la différence de Huang, qui a des accointances avec la clique des avocats, ils n’ont pas été soutenus par le syndicat américain AFL-CIO. A l’inverse de celui-ci, un certain Wu Guijun, véritable représentant des ouvriers pendant leur grève de trois semaines à l’usine Diweixin (fabrique de meubles) située à Shenzhen province de Hong-kong, faisait partie des 200 ouvriers arrêtés et détenus. Il est toujours en prison et a fait l’expérience malheureuse d’avoir été soutenu par des hommes de lettres libéraux occidentaux, des penseurs, des représentants syndicaux, des défenseurs des droits de l’homme et même (sans doute pour défendre ses propres intérêts impérialistes) la Commission exécutive du Congrès américain, tous réclamant le droit de grève et de protester qui n’existe même pas dans leur propre pays.

Les grèves en cours dans le Dongguan, la vague de grèves qui continue en Chine, montrent le courage militant de larges masses du prolétariat. Mais, comme leurs camarades à l’Ouest, la classe ouvrière en Chine doit affronter et surmonter des obstacles importants. La grève montre aussi le rôle des syndicats qui sont mandatés partout pour protéger l’intérêt national dans tous les pays où ils travaillent. La fonction des syndicats, et cela se voit clairement en Chine, est de surveiller les ouvriers, de concert avec la police anti-émeute, de faciliter les attaques contre eux et de protéger l’État. C’est ce qui arrive en ce moment en Chine, avec ses particularités, mais ce travail anti-ouvrier est une caractéristique des syndicats partout. Transmis par Baboon

Des protestations multiples

Des grands-mères ont protesté nues devant l’ambassade américaine à Pékin pour dénoncer la violation des droits humains qu’auraient [sic] subi leurs fils et leurs filles militants. Quatre mamies âgées de 65, 66, 68 et 73 ans se sont déshabillées vendredi dernier, laissant apparaître des phrases en chinois écrites sur leur peau. Certaines de ces phrases dénonçaient la corruption généralisée en Chine : “Jetez fonctionnaires corrompus ! À bas la corruption !” et d’autres détaillaient des injustices qu’auraient vécu des membres de leur famille.

Selon les manifestantes, leurs fils et leurs filles étaient des militants des droits de l’homme et souffrent aujourd’hui de torture et de mauvais traitements durant leur détention. Leurs enfants avaient exprimé leurs griefs sous forme de lettres ou d’appels au gouvernement, ce qui les auraient menés à une peine de 18 ans de prison.

L’une d’entre elles témoigne : “Ma fille Guo Hailing a été impliquée dans une affaire de chantage au gouvernement et a été arrêtée par des fonctionnaires corrompus, alors qu’elle avait été violée.” Une autre raconte : “Mon fils Yang Jinde a été condamné à 18 ans de prison simplement pour avoir lancé une pétition réclamant la réparation d’injustices. Après avoir été torturé, il est aujourd’hui handicapé.”

Les quatre femmes ont finalement été arrêtées par la police. Il s’agit de leur seconde intervention. Elles avaient en effet déjà été arrêtées une première fois le 25 mai dernier, après avoir protesté nues sur la place Tiananmen.

Près de la ville de Hangzhou, dans l’est de la Chine, des milliers de manifestants se sont affrontés samedi à la police, dans le district de Yuhang, pour protester contre la construction d’une usine d’incinération. Ils dénoncent l’absence de consultations. L’agence officielle Chine Nouvelle a fait état d’au moins 39 blessés, dont 10 manifestant et 29 policiers.

Selon le site Radio Free Asia en chinois, près de 20’000 personnes ont commencé à protester mercredi soir sur le lieu du chantier. Des routes ont été bloquées et des sit-in devant les bâtiments officiels organisés. Selon les membres des comités de villageois de quatre communes environnantes ont démissionné. Les protestataires dénoncent l’absence de concertation et d’étude d’impact.

Sur son site, le gouvernement du district de Yuhang a tenté de rassurer la population en indiquant que les travaux ne démarreront pas tant que le processus légal et de consultation ne sera pas achevé. Il a aussi appelé les habitants à ne plus manifester. Une jeune femme a découvert en achetant des bottes à New York la lettre de Tohnain Emmanuel Njong, un Chinois forcé de travailler 13 heures dans le goulag chinois.

Un appel à l’aide caché dans un sac. Alors qu’elle cherche son reçu dans le sac qui contient les bottes qu’elle vient d’acheter chez Saks, un grand magasin de la prestigieuse 5e Avenue new-yorkaise, Stephanie Wilson découvre une lettre qui ne la laisse pas de marbre. “À l’aide, à l’aide, à l’aide”, a écrit Tohnain Emmanuel Njong au stylo bleu. Le message est accompagné de la photo de cet homme en tenue orange qui explique être détenu illégalement dans une prison chinoise. “Nous sommes maltraités et travaillons comme des esclaves treize heures chaque jour pour fabriquer ces sacs dans l’usine de la prison”, assure Tohnain Emmanuel Njong avant de conclure sa lettre par un “Merci, et désolé de vous embêter”.

Après avoir trouvé ce cri du cœur, la jeune femme de 28 ans, qui ne “pouvait pas croire ce qu’(elle) lisai(t)”, prévient aussitôt l’ONG basée à Washington qui lutte pour les droits des prisonniers chinois, la Laogai Research Foundation. L’organisation se sert alors de l’adresse e-mail laissée au dos de l’appel à l’aide pour tenter de retrouver le prisonnier chinois. En vain, puisque l’adresse ne fonctionne plus.

Mais l’ONG, fondée par Harry Wu, un homme qui a passé 19 ans dans l’usine d’une prison chinoise, ne se laisse pas abattre. Elle adresse la lettre de Tohnain Emmanuel Njong au Département américain de la sécurité intérieure, qui a déjà eu connaissance de cas similaires. Notamment celui d’une Américaine qui a trouvé en 2012 dans des décorations achetées pour Halloween une lettre identique, mais anonyme cette fois, détaillant les abus et le travail illégal dans une prison chinoise.

Le magasin Saks, qui vendait le sac dans lequel Stephanie Wilson a trouvé la lettre de Tohnain Emmanuel Njong, a lui aussi mené sa petite enquête sans pour autant parvenir à déterminer l’origine du sac. Les journalistes se sont également mis sur l’affaire. Grâce à l’adresse e-mail laissée par Tohnain Emmanuel Njong et les réseaux sociaux, des reporters du site internet américain DNAinfo ont retrouvé un homme assurant être l’auteur du message découvert par Stephanie Wilson. Cet ancien prisonnier leur a alors indiqué au cours d’un entretien téléphonique de près de deux heures avoir écrit la lettre lors d’une peine d’emprisonnement de trois ans à Qingdao, une ville de la province de Shandong. Tohnain Emmanuel Njong, aujourd’hui âgé de 34 ans, a précisé qu’il avait rédigé cinq lettres au total derrière les barreaux, dont certaines en français.

Des milliers d’habitants de Maoming demandent l’arrêt de la construction d’un projet pétrochimique. Au moins quatre auraient été abattus. Les autorités ont bouclé la ville.

La police chinoise a ouvert le feu lundi soir à Maoming, dans le sud-est du pays, sur une manifestation de quelques milliers d’habitants demandant l’arrêt de la construction d’un projet pétrochimique qu’ils estiment être polluant. Des clichés et des vidéos postées sur Internet montrent des manifestants gisant dans des flaques de sang, et des policiers casqués tirant au jugé.

Quatre personnes auraient été abattues par les forces de l’ordre selon des habitants. Ce bilan ne peut toutefois pas être confirmé de manière indépendante. Des barrages auraient été installés ce mardi soir à toutes les entrées de la ville.

Les policiers chargés de la censure d’Internet ont travaillé d’arrache-pied toute la journée de mardi pour effacer les photos et les messages en provenance de Maoming, au fur et à mesure que ces contenus apparaissaient.
 Et mardi soir, l’accès à Internet a carrément été coupé aux 5 millions d’habitants de la ville. La municipalité de Maoming – ville située dans la province du Guangdong, à 350 km au sud-ouest de Canton – a accusé les manifestants d’être manipulés par « un groupe de hors-la-loi », et a assuré que « personne n’a été tué ». Les autorités se sont toutefois gardées d’évoquer le nombre de personnes blessées, qui se chiffreraient par dizaines.

« Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux » La mairie avait décrété la manifestation de lundi « illégale », et au préalable sommé la population à « ne pas donner l’opportunité aux criminels de créer le chaos ». Dans le jargon politique chinois, ce genre d’avertissement est une menace. 
La manifestation avait commencé paisiblement. De nombreux enfants faisaient partie du cortège qui demandait aux autorités d’arrêter un projet de construction d’une usine de paraxylène – un produit qui sert entre autres à la fabrication de textiles et de bouteilles en matière plastique. L’usine, une fois bâtie, doit être gérée par le groupe pétrolier d’État Sinopec. « Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux », lisait-on mardi matin en une du journal local – qui est contrôlé par le gouvernement.

C’est loin d’être la première mobilisation populaire contre la pollution, mais c’est la première fois que la police tire sur ce type de manifestants.

Des résidants d’une petite municipalité chinoise rendus furieux par la pollution rejetée dans l’environnement par une usine de leur localité ont saccagé les installations de la compagnie avant d’affronter la police, vendredi dernier [7 février].

La violence a éclaté dans le village de Baha, dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec le Vietnam. Des résidants de la ville ont indiqué mercredi que les policiers étaient à arrêter des suspects. Selon ce que rapporte l’agence officielle Chine nouvelle, la police a identifié 16 suspects qui auraient aussi vandalisé le poste de police. Des habitants de Baha rejoints par téléphone, mercredi, affirment que la colère des villageois a augmenté récemment. L’usine de produits métalliques de leur localité rejetterait une épaisse fumée noire dans l’air et de l’eau polluée dans le sol.

Quand le patron de l’usine a refusé de rencontrer les villageois la semaine dernière, ceux-ci ont vandalisé des voitures, de l’équipement, des bureaux et des dortoirs, ont révélé deux villageois, Nong Dingting et Huang Liangzheng.

« Nous vivons avec cette usine depuis 14 ans et nous vivons dans la poussière pratiquement tous les jours et nous ne pouvons pas vendre notre riz ou d’autres produits agricoles, a dénoncé M. Huang. Nous devons survivre. »

La police ordonnait aux villageois ayant participé à l’émeute de se rendre, selon Chine nouvelle. M. Huang affirme qu’il était en route pour le commissariat.

« Oui, je fais partie de ceux qu’ils recherchent et je n’ai rien à craindre », a-t-il lancé.

Les manifestations contre les problèmes environnementaux sont de plus en plus nombreuses en Chine, surtout dans les régions côtières du pays.

L’agence Chine Nouvelle a qualifié de “terroristes” les incidents de mercredi, quand une foule d’émeutiers armés de couteaux, selon l’agence, a attaqué à l’aube les postes de police et les bâtiments officiels de la petite ville de Lukqiu, distante de quelque 250 km au sud-est d’Urumqi et à environ 3.000 km à l’ouest de Pékin. L’agence officielle a révisé à la hausse un précédent bilan de 27 morts, faisant état désormais de 35 tués, dont 11 émeutiers abattus par les policiers et 24 autres personnes, parmi lesquelles deux policiers. Le précédent bilan faisait état de neuf policiers et vigiles tués. “Parmi les victimes, 16 faisaient partie du groupe ethnique ouïghour”, a affirmé l’agence, précisant que 21 policiers et civils avaient été blessés et que quatre émeutiers blessés avaient été capturés sur place.

À la mi-avril, des affrontements armés avaient déjà fait 21 morts dans la localité de Serikbuya, près de Kashgar. Selon Pékin, des « terroristes » avaient dans un premier temps tué 15 policiers et agents municipaux ; dans un second temps, la police a contre-attaqué, tuant six « terroristes », tous Ouïghours. En juillet 2011, les colons hans avaient été la cible de trois attentats qui ont fait 40 morts. Un commissariat avait été attaqué, là encore au couteau.

Trois salariés d’une usine de Foxconn en Chine ont mis fin à leurs jours en moins de trois semaines en se précipitant dans le vide, selon une agence de presse officielle et une organisation de défense des ouvriers chinois, qui s’interroge sur les raisons de ces suicides.

Les trois suicidés était employés par la même usine du numéro un mondial taïwanais des composants pour ordinateurs, à Zhengzhou, dans le centre du pays.

Le premier, un homme de 24 ans, a sauté de son dortoir le 24 avril, tandis que trois jours plus tard, une femme âgée de 23 ans décédait après avoir sauté du 6e étage de son immeuble, a rapporté l’agence Nouvelles de Chine.

Mardi dernier, un homme marié âgé d’une trentaine d’années mettait fin à ses jours en sautant du toit situé au 5e étage d’un bâtiment, selon la même source.

“Les raisons de ces sauts dans le vide ne sont pas claires”, a commenté dans un communiqué samedi China Labor Watch, une organisation dont le siège est à New-York.

Ils pourraient être liés à une politique “par laquelle les ouvriers sont menacés de renvoi s’ils parlent sur le lieu de travail”, poursuit cette ONG.

Foxconn est très suivi par les organisations de défense des droits du travail, après une vague de suicides (au moins 13) dans ses usines chinoises en 2010, dus, selon les militants, aux dures conditions de travail.

Le groupe taïwanais assemble notamment des produits pour Apple, Sony et Nokia et emploie 1,2 million de personnes en Chine.

Le dernier suicide pourrait être lié à des problèmes relationnels du salarié qui venait d’être recruté au mois d’avril, selon une source au sein de l’usine citée par Nouvelles de Chine.

La suite…

Des témoignages de femmes prisonnières des camps

Qu’est-ce que le goulag chinois ?

Du nouveau sur le goulag chinois

Le peuple chinois se révolte contre son goulag

4 Messages de forum

  • Ils discutaient de leur grève attablés dans une gargote quand les policiers ont fait irruption et embarqué les meneurs : la vie syndicale chinoise est ainsi, en équilibre précaire entre renaissance et répression par l’État communiste.

    Ils étaient plus de 2.000 salariés à s’être croisés les bras à l’usine de chaussures Lide —qui produit des marques comme Coach— pour exiger le paiement des cotisations sociales dues par l’entreprise, dormant dehors devant les locaux, sur des matelas de plastique colorés.

    "Ils ont bondi à travers la porte et nous ont crié de ne pas bouger", raconte une ouvrière à l’AFP. Plusieurs de ses camarades disent avoir été tabassés. Une femme a toujours des bandages dans le dos pour couvrir ses hématomes.

    Les meneurs ont passé la journée au poste de police, mais la grève, suivie par la quasi-totalité du personnel, a paralysé l’usine, propriété d’un groupe taïwanais. Et au bout de six jours, les salariés ont repris le travail, victorieux.

    C’est un exemple parmi des milliers d’autres de l’évolution de "l’atelier du monde", où la main d’œuvre a longtemps été réputée docile et bon marché mais entend désormais vendre à meilleur prix sa force de travail.

    "Il y a dix ans, nous n’avions pas la moindre idée de ce qu’étaient la loi et la défense de nos intérêts", témoigne un ouvrier de Lide qui, comme les autres, préfère taire son nom pour sa sécurité.

    Les bas salaires ont fourni ces 30 dernières années l’incitation majeure aux investissements qui sont à l’origine du gigantesque boom économique de la Chine. Mais l’augmentation du coût du travail inquiète désormais les autorités, en raison notamment de la concurrence en Asie.
    /AFP Face à face entre policiers et grévistes, le 27 avril 2015 aux abords d’une usine de chaussures gérée par la firme taïwanaise Yue Yuen dans la province chinoise de Guangdong

    Les bâtiments gris de Lide, dans la ville de Panyu, abritent l’une des dizaines de milliers d’usines de la province méridionale du Guangdong, où tout est fabriqué, du jean au smartphone.

    Le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei, a prévenu le mois dernier que le pays risquait de tomber dans le "piège des revenus moyens" —faible croissance et coût du travail élevé— si les hausses de salaires entamaient la rentabilité des industries manufacturières avant que la Chine ne réalise sa transformation vers une économie tournée vers la consommation, les services et des industries à plus forte valeur ajoutée.

    Et le ministre communiste de qualifier d’"effrayante" la loi promouvant des négociations entre employeurs et employés, tout en critiquant un "pouvoir syndical" excessif responsable selon lui des multiples faillites de l’industrie automobile américaine.

    Les débrayages ont plus que triplé en trois ans en Chine pour atteindre 1.379 grèves l’an dernier, selon le China Labour Bulletin (CLB), une ONG basée à Hong Kong.

    Le chiffre inclut la plus grande grève en Chine depuis des décennies : celle de la Yue Yuen, où des dizaines de milliers de salariés de cette gigantesque usine de chaussures du Guangdong, travaillant pour Nike et Adidas, avaient obtenu des concessions malgré les arrestations menées dans leurs rangs.

    Le Parti communiste chinois (PCC) redoute l’émergence d’un mouvement ouvrier indépendant et n’autorise que le syndicat unique officiel qu’il contrôle, régulièrement mis lui aussi en porte-à-faux dans les conflits.

    Mais les salariés chinois sont aujourd’hui en meilleure position du fait du manque de main d’œuvre —lié au vieillissement de la population— et de lois récentes leur accordant plus de droits.

    "Ils sont non seulement conscients de leurs droits, mais ils comprennent qu’ils font partie de la classe travailleuse, une classe qui a la force et la capacité de forger son propre destin", estime le CLB.

    Quand un activiste tel que Wu Guijun est arrivé dans le pôle industriel de Shenzhen 13 ans plus tôt, les grèves y étaient quasiment inconnues malgré les salaires de quelques centaines de yuans seulement.

    "Les ouvriers se battaient individuellement et parlaient rarement de défendre leurs droits", raconte-t-il.

    Aujourd’hui, ces ouvriers —des migrants venus des campagnes pour la plupart— perçoivent des salaires mensuels de 2.864 yuans (408 euros) en moyenne, soit 10% de plus qu’en 2013.

    Un résultat de la prospérité croissante du pays et de la loi de l’offre et de la demande, qui a aussi galvanisé les salariés, selon Wu Guijun.

    "Leur niveau de vie s’améliorant, ils ont commencé à chercher à obtenir le respect et le statut qu’ils méritent dans la société", dit celui qui a lui-même mené un mouvement contre la fermeture soudaine de son usine de meubles en 2013.

    La police l’a emprisonné durant plus d’un an, jusqu’à ce que le parquet abandonne l’accusation de "rassemblement pour perturber l’ordre public", lui accordant plus de 70.000 yuans (près de 10.000 euros) d’indemnité. Wu Guijun compte utiliser cet argent pour fonder une organisation de défense du droit du travail, le "Centre des 100 millions de nouveaux travailleurs".

    Dans son local encombré de tracts sur les lois du travail, il conseille les jeunes salariés sur les tactiques de grève et le recours aux réseaux sociaux, défiant le harcèlement policier et les menaces de retour à la case prison.

    "Le gouvernement est toujours très nerveux à l’égard de l’activisme ouvrier", dit-il.

    Le régime chinois est pris en effet entre sa volonté de voir le niveau de vie —et donc la consommation— augmenter, ce qui assoit sa légitimité, et sa phobie de toute agitation sociale, susceptible de le menacer.

    En attendant, les ouvriers de Lide n’ont guère de doutes : "Les autorités, ici, elles nous pressurent. Elles parlent pour les patrons", estime l’un d’eux, qui a 10 ans d’ancienneté.

    Ni la direction de l’usine, ni la police ou les responsables locaux n’ont accepté de recevoir l’AFP.

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  • Salut,

    Cette information peut vous intéresser :

    Réunion publique sur "la lutte des classes en Chine", samedi 14 novembre à 19H30 à la BAM de Malakoff. Intervenant : Loren Goldner.

    Tract d’appel en pièce jointe.

    Salutations révolutionnaires,

    GARAP.

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  • Les débrayages se sont multipliés ces dernières années dans les usines de l’est chinois, notamment du Guangdong. En mai 2015, des milliers d’ouvriers s’étaient mobilisés à Deyang, dans la province centrale du Sichuan, s’élevant contre les départs imposés dans un plan de restructuration chez Erzhong, un des premiers fabricants chinois de machines-outils pour inudstries lourdes.

    L’organisation de défense des droits des travailleurs China Labour Bulletin, basée à Hongkong, répertorie ainsi 1912 grèves et autres manifestations d’ouvriers sur les dix premiers mois de l’année, contre 1003 de janvier à octobre 2014 et 550 sur la même période en 2013.

    Le journal Le Point, très loin d’être un adepte de la lutte des classes, écrit :

    « En Chine, la lutte des classes est bien vivante. Les ouvriers de l’usine Stella Shoe Co, située à Dongguan dans le sud du pays, sont en grève depuis dimanche pour exiger le paiement d’une allocation logement que leur employeur leur doit, mais qu’il rechigne à verser. La grève, massive, rassemble 5000 ouvriers de deux sites différents, et elle retient l’attention des médias anglo-saxons, puisque Stella fabrique des chaussures pour des marques occidentales bien connues comme Nike, Timberland, Clarks, Reebok ou Rockport. »

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  • Alors que le nombre de grèves a presque doublé en un an en Chine, où la liberté syndicale n’existe pas, les arrestations de militants ouvriers et d’avocats défenseurs des droits de l’homme se sont multipliées ces derniers mois. « Trouble à l’ordre public », « incitation à la subversion », « subversion contre l’Etat »... En ce début d’année 2016, les inculpations tombent.

    Plus de 130 avocats et employés de firmes juridiques avaient été interpellés en juillet dernier par les forces de l’ordre. Au moins 16 d’entre eux étaient détenus au secret depuis. Sept viennent d’être inculpés de « subversion », « d’incitation à la subversion » et de « subversion contre l’Etat », ont indiqué plusieurs de leurs proches à l’AFP, ce 12 janvier.

    Quatre militants ouvriers arrêtés début décembre par les autorités de la province industrielle du Guangdong [1], surnommée l’atelier du monde, ont eux aussi été formellement inculpés, a-t-on appris ce même 12 janvier. Zeng Feiyang, directeur du centre d’aide aux travailleurs de Panyu et deux de ses collaborateurs, Zhu Xiaomei et Meng Hang, sont accusés de « trouble à l’ordre public » et He Xiaobo, du centre d’aide aux travailleurs de Nanfeiyan, de « détournement de fonds ».

    Durant les deux semaines qui ont précédé leur inculpation, les medias officiels chinois ont lancé une campagne de diffamation coordonnée contre ces quatre militants et plus particulièrement Zeng Feiyang le directeur du centre de Panyu, dénonce le célèbre défenseur des droits des travailleurs, Han Dong Fang, dans une lettre adressée au Quotidien du peuple et publiée sur le site du China Labour Bulletin (CLB), l’organisation indépendante qu’il a créée à Hong Kong. Les medias les ont notamment accusés d’avoir incité les travailleurs à la grève et d’avoir accepté des fonds d’organisations étrangères.

    Le Quotidien du Peuple ayant explicitement mentionné les liens entre Zeng Feiyang et le China Labour Bulletin, Hang Dong Fang indique notamment dans sa lettre au rédacteur en chef du media le plus officiel du pays, que cette coopération était connue des autorités du Guangdong depuis ses débuts il y a cinq ans. Il souligne que le centre de Panyu dirigé par Zeng Feiyang est devenu un pionnier de la négociation collective en Chine, en aidant les travailleurs à élire des représentants et en élaborant des stratégies pacifiques et respectueuses de la loi pour amener les employeurs « obstinés » à la table des négociations. Il rappelle que le centre de Panyu a permis aux ouvriers d’obtenir près de 200 millions de yuans en salaires, indemnités de licenciement ou contributions des employeurs à leur assurance sociale. Enfin, Han Dong Fang précise que le CLB et les autres groupes avec lesquels celui-ci travaille en Chine continentale ont, somme toute, « essentiellement fait le travail du syndicat officiel chinois, l’ACFTU, et ont de plus développé un modèle réalisable pour une réforme du syndicat en Chine ».

    Les travailleurs chinois n’ont visiblement pas besoin d’être incités à la grève. De janvier à novembre 2015, de source officielle, 2354 grèves ou mouvements de protestation ont éclaté, soit près de deux fois plus qu’en 2014 (1207). Le mois le plus « chaud », novembre, en a compté 301. Mais, s’il fallait désigner des responsables, c’est du côté des employeurs qu’on les trouverait... Des employeurs qui n’hésitent pas à fermer brutalement leur entreprise, laissant du jour au lendemain leurs ouvriers sur le carreau, avec des mois de salaires impayés et sans aucune indemnité.

    De plus, si le ralentissement économique explique une partie des fermetures, les ouvriers ne peuvent que constater que leurs employeurs sont avant tout motivés par la recherche d’un coût du travail plus faible qu’ils partent trouver dans les pays d’Asie du Sud Est, comme au Bangladesh, où ils délocalisent leur production. Ces dernières années en effet, les salaires ont significativement augmenté en Chine. Ainsi le salaire d’un ouvrier a été multiplié par trois en dix ans dans la province du Guangdong.

    Le gouvernement chinois, en choisissant une nouvelle fois de recourir à la répression, est en train de confirmer, pour ceux qui en douteraient, sa nature profonde, celle de gendarme d’un des ateliers du monde. Mais surtout, il montre à quel point il se sent menacé...

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