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Quelques tracts concernant les luttes actuelles de la classe ouvrière en France

jeudi 11 juin 2015, par Robert Paris

Appel à une AG commune face à la division des luttes

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Lire ici les derniers tracts au rassemblement des hôpitaux du 11 juin :

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Etre battus séparément ou gagner ensemble ?

Suivre dans l’impasse les directions bureaucratiques syndicales ou nous organiser nous-mêmes ?

Pourquoi faire grève ensemble, en gagnant, quand on peut faire grève séparément, en perdant ? Pourquoi mener une lutte de classe contre les capitalistes et leurs défenseurs gouvernementaux si on peut, en suivant les appareils syndicaux, mener une lutte catégorielle qui nous isole, nous affaiblit et nous divise ? Pourquoi défendre les intérêts communs des salariés, des jeunes, des femmes, des travailleurs et de chômeurs, du public et du privé, de l’immense majorité de la société, si on peut faire en sorte, derrière les centrales syndicales, que la lutte reste dans un cadre lié au système dominant et oppressif ? Pourquoi remettre en question l’ordre établi, la propriété privée des moyens de production, la loi du système dominant, si on peut, afin d’être piégés par le grand capital, rester obéissants à la loi et l’ordre capitaliste ?

Non à l’éparpillement des luttes ! Unifions -nous !

Proposition d’Assemblée Générale commune faite à la coordination de Radio France par le comité interpro de Paris-Est

Depuis plus d’un an, les travailleurs mènent des luttes, des grèves pour s’opposer aux dégradations des conditions de travail liés aux suppressions de postes ou les licenciements massifs respectivement dans le public et le privé, contre la fermeture d’entreprise ou la casse des Services Publics. Aucune d’entre-elles n’a eu la force de faire reculer le patronat ou le gouvernement. Ce qui a manqué aux luttes des cheminots, des Radio-France, des Hôpitaux, de l’Education Nationale ou dans le privé, c’est de ne pas avoir établi la jonction entre ces différents mouvements ou de ne pas avoir cherché l’extension de la grève. Alors que l’attaque est globale, les ripostes restent toujours éparpillées.

La grève interpro du 9 avril n’a pas inversé le rapport de force en faveur des travailleurs. Elle n’a pas été un point d’appui pour avancer vers la convergence des luttes et permettre ainsi de rompre l’isolement des secteurs, comme Radio France ou celle des hôpitaux qui leur aurait permis ou permettrait de gagner. Cela tient à la politique des bureaucraties syndicales. Elles ont-elles-même torpillé leur journée d’action. Elles ont appelé avant et après cette date les salariés à la grève qui n’avait pas pour ambition de dépasser la situation d’éparpillement dont ils sont à l’origine. Il n’y a eu aucune AG dans les entreprises ou interpro permettant aux travailleurs de se réunir pour discuter de la situation, des revendications à mettre en avant, des méthodes de luttes et des perspectives. La grève du 9 a donné l’illusion que les bureaucraties étaient pour l’unification des luttes et éviter que les travailleurs organisent par eux-mêmes cette convergence.

Encore aujourd’hui l’éparpillement est de de rigueur. Sur une la Région SNCF de Paris-Est, plusieurs chantiers sont appelé à la grève chacun dans leur coin sur les mêmes problèmes. Les bureaucraties organisent l’éparpillement au lieu de d’œuvrer à l’unité des travailleurs sur des revendications communes. Cette situation locale illustre la situation nationale. Le 11, les bureaucraties syndicales appellent les enseignants et les hôpitaux à la grève sans objectifs commun. Le 25 c’est le tour des hôpitaux et de la SNCF. Force est de constater que les bureaucraties, qu’elles collaborent ouvertement ou s’opposent juste en parole, ne veulent pas s’affronter au gouvernement de gauche qu’elles ont fait élire

Si les travailleurs du public comme du privé veulent avancer vers l’unification de leurs luttes en une lutte de classe contre les capitalistes et cet Etat ou ces gouvernements à leur service, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Aussi est-ce la raison pour laquelle la Coordination de Radio France et des Hôpitaux et le Comité Interpro du Nord Est Parisien s’adressent à tous les travailleurs et groupements se réclamant de la défense des intérêts des travailleurs (précaires et chômeurs bien entendu), de la jeunesse pour organiser une Assemblée Générale commune et avancer ainsi vers un début d’unification.

Nous avons des objectifs en communs.

- L’arrêt de toutes les fermetures de sites, de chantiers, de services dans le Public comme le Privé.

- L’arrêt de toutes les suppressions de postes et des licenciements

- L’arrêt de la casse des Services Publics

- L’embauche de tous les précaires et des chômeurs

- La baisse du temps de travail avec maintien intégral du salaire indexé sur l’inflation.

- L’abrogation de toutes les lois et contre-réformes anti-ouvrière (retraites, sécu, ANI, Macron…)

Nous devons aussi débattre des méthodes de lutte en popularisant la nécessité pour les travailleurs de contrôler et diriger leurs luttes en s’organisant de manière indépendante et autonome de toute bureaucratie quelle qu’elle soit au travers de comité de mobilisation, de lutte, de grève, de quartier…

L’unification des luttes pour la défense de nos conditions de travail et de vie doit nous permettre de poser les bases d’une future offensive contre les capitalistes. Seuls les travailleurs ont la capacité de mener une telle politique. Les bureaucraties qu’elles soient syndicales ou politiques acceptent le cadre du capitalisme et ne le remettent pas en cause, même si ce dernier devait s’effondrer sur nous. La situation du capitalisme en France comme en Europe et dans le reste du monde mène les travailleurs à la catastrophe. Il n’y plus rien à négocier ni aucun aménagement possible sous le capitalisme à l’heure actuelle. Pour défendre le bien-être social de tous, nous n’aurons pas d’autre choix que de remettre en cause la propriété privé des capitalistes ou de leurs Etats.

A la loi des patrons, au droit de propriété privé des capitalistes, nous devons opposer la loi des travailleurs. Le droit des patrons, c’est le droit des possesseurs de capitaux et de leur Etat de faire ce qu’ils veulent de l’argent volé en nous exploitant. C’est au nom de ce droit que les patrons avec le soutien de tous les gouvernements capitalistes et de leur Etat :

- Licencient, suppriment des postes

- Ferment des sites, ferment des usines, cassent les services publics…

La loi des travailleurs, c’est d’interdire la propriété privée des capitaux et des moyens de production. La loi des travailleurs c’est refuser :

- La possibilité de détruire une famille en lui enlevant ou lui interdisant l’accès à l’emploi

- De précariser nos emplois

- De fermer nos comptes en banque

- De nous couper l’électricité, le gaz, l’eau

- De nous jeter à la rue

Il est temps de lier la défense de nos conditions de vie et de travail, la lutte contre la privatisation, …, à la perspective de révolution sociale. Il n’y a plus aucun avenir pour les travailleurs dans le capitalisme.

Il va de soi, que nous ne posons aucun préalable quel qu’il soit à l’organisation de cette AG commune qui pourrait se tenir le 25 juin à la suite de la journée de grève.

Nous vous proposons de nous réunir pour discuter de l’organisation d’une telle AG afin de permettre aux travailleurs de discuter de la situation et des objectifs que nous pourrions défendre en commun.


L’attaque contre l’hôpital public n’est pas terminée… …même si elle change de forme

La prétendue réforme de Hirsch et de Hollande-Valls ne passe pas auprès des personnels de l’hôpital public. Du coup, Hirsch fait semblant de reculer mais il ne renonce pas à l’ensemble de ses attaques. Il ne fait que retarder certaines d’entre elles, ne plus parler d’autres et ne renonce, momentanément encore, que sur les sept heures. Et d’ailleurs, Hirsch démontre immédiatement qu’il ne renonce pas définitivement aux sept heures (qui lui permettent de supprimer les RTT) puisqu’il maintient les sept heures pour les CDD !

Hirsch a pu lui-même mesurer la colère des personnels. Le patron de l’Assistance Public-Hôpitaux de Paris voulait faire son show sur France Inter pour lancer sa réforme de l’hôpital public en se faisant interviewer en direct de l’hôpital Georges Pompidou. D’une part, sa visite y a entraîné la grève la plus réussie de l’APHP : 66% de grévistes ! D’autre part, on a pu entendre en direct les sifflets et les huées des personnels de santé qui détestent sa réforme, son contenu comme sa méthode, avec des suppressions de personnel, la fin des 35 heures, la modification négative des équipes, des horaires, la suppression d’une prime et particulièrement était huée les sept heures entraînant la suppression massive des RTT.

Faire savoir que le personnel ne l’approuve pas, Hirsch y est parvenu ! Et il ne s’en est pas tenu là. Il a renouvelé l’opération à Avicenne où il n’a même pas pu prononcer un seul mot du fait des huées des personnels mobilisés. Il n’a même pas réussi à fuir ce rassemblement qu’il avait lui-même provoqué, sa voiture étant bloquée par les manifestants et le personnage devant s’enfuir dans une voiture de cadre hospitalier !!! Et, ce n’était pas encore fini : il avait programmé une intervention à la Pitié Salpetrière qu’il a dû abandonner, se faisant remplacer par un sous-fifre !!!

Il a fallu que la CGT le rencontre en catimini à l’hôpital Cochin pour éviter que des personnels fassent irruption dans les négociations !!! Drôle d’idée d’ailleurs pour des syndicalistes de mener des négociations séparées et clandestines alors que les mêmes dirigeants syndicaux font mine de mener ensemble une intersyndicale et aussi de discuter de leurs actions dans des assemblées générales.

Certes, les syndicats appellent à une nouvelle journée d’action mais ils ne montent pas la pression. Grève nationale des enseignants le 11 juin et grève nationale des hôpitaux le 11 juin ! Croyez-vous qu’ils allaient fusionner ne serait-ce que deux grèves car l’attaque gouvernementale est générale ? Pensez donc ! Mieux vaut, pour les appareils bureaucratiques syndicaux, être battus séparément que gagner ensemble !!!! Et ne parlez pas d’unir les salariés menacés par des licenciements, les chômeurs et les autres ou encore d’unir Areva et EDF, tous deux menacés, ni les cheminots et les autres services publics !

En réalité, le seul véritable point d’appui de Hirsch, ce sont les centrales syndicales qui agissent ainsi de la même manière qu’ils ont agi lors de la grève de Radio France ou de la grève de la SNCF, ou encore à Air France ou à Areva : en faisant mine de vouloir des actions massives et décidées et en négociant en douce avec le gouvernement dans le dos des salariés pour finir par une défaite en règle des travailleurs.

Certes, les participations aux journées d’action syndicale ont été conséquentes mais les syndicats savent très bien que Hirsch ne va pas réellement retirer ses projets par une simple journée d’action ni par plusieurs… Car, s’il le faisait, les enseignants seraient encouragés dans leur lutte, les cheminots aussi sans parler des postiers, des chercheurs, des universitaires, des personnels des bibliothèques ou des crèches et on en passe. Car l’attaque du gouvernement ne concerne pas seulement les agents de l’hôpital public, ni seulement l’ensemble des personnels de santé mais tous les salariés du service public et même tous les travailleurs, du public et du privé, les salariés comme les chômeurs, tous attaqués de la même manière.

Oui, l’attaque contre nous est générale et massive. Malgré les propos rassurants de Martin Hirsch, malgré ses nouvelles propositions qui n’annulent pas vraiment les anciennes, malgré sa prétention à tout négocier avec les syndicats, après avoir dit clairement qu’il passerait en force. Les syndicats qui écrivaient qu’avec lui « il n’y a rien à négocier, tout est déjà ficelé », ont cependant repris les négociations, officielles ou officieuses et aucune centrale syndicale de l’APHP n’a à aucun moment refusé le principe de négocier des reculs !

Pourtant, la menace de la direction de l’APHP et du gouvernement est de grande ampleur et elle suit les préconisations catastrophiques de la Cour des Comptes, du MEDEF, de la Fédération Hospitalière de France et des directions d’hôpitaux, remettant en question les RTT, les horaires, les 35 heures et les équipes, c’est-à-dire tout ce qui rendait juste à la limite du supportable les conditions de travail des agents de l’hôpital public.

Malgré ses airs de concertation, Martin Hirsch a eu des propos très clairs et très scandaleux que sa nouvelle attitude ne doit pas faire oublier :

- « L’accord 35 heures à l’hôpital n’est plus adapté. »

- « Mon objectif est de faire en sorte que nous puissions tenir nos engagements financiers. »

- « Je souhaite entraîner l’AP-HP à la recherche du temps perdu.

Le « document d’orientation » écrit par la direction de l’APHP pour ouvrir les discussions est très clair : « Le directeur général a clairement souhaité s’engager dans la reconquête collective du temps…La révision des rythmes de travail, c’est donc la recherche d’une plus grande souplesse dans la gestion des équipes entre le matin et l’après-midi ainsi qu’une meilleure concordance des temps… La mise en œuvre des 35 heures s’est traduite par l’attribution ou la confirmation d’avantages extra-légaux (jours de RTT supplémentaires, etc.). L’un des objectifs de la révision des rythmes de travail sera de rechercher à faire coïncider la durée effective du travail avec la durée légale… Désormais, le directeur, à défaut d’un accord sur l’organisation du travail avec les organisations syndicales représentant le personnel de l’établissement, décide de l’organisation du travail et des temps de repos… Le cœur de la réforme, soumis à concertation et négociation, sera l’institution de nouveaux rythmes de travail permettant des gains de temps… L’APHP a souhaité fusionner les deux équipes de jour en une seule « grande équipe » de journée… Depuis plusieurs années, les nouveaux recrutements sont réalisés sur la « grande équipe »… »

La suppression des RTT a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase après le manque d’effectifs, les fermetures de lits et d’hôpitaux. Ce n’est pas les 1000 stagiairisations de précaires qui vont suffire à résoudre ni le problème de la précarité ni celui du manque d’effectifs. Pour la mise en place des RT actuels, pour qu’on puisse les prendre, il faudrait déjà embaucher 6000 emplois. Sans compter que, loin d’embaucher des fonctionnaires, on en perd : environ 1000 par an depuis cinq ans. Et s’y rajoute la mise en place des douze heures. Il n’y a que des dégradations de nos conditions de vie et de travail dans les projets de la direction et du gouvernement.

Il ne suffirait pas d’une petite journée d’action de temps en temps, comme en prévoient les syndicats, pour les faire reculer. Certains salariés se sont proposés dans des hôpitaux pour faire partie de collectifs ou de comités. Il faut les faire fonctionner avec des syndiqués et des non syndiqués et les amener à se contacter inter-hôpitaux. Il faut même chercher le lien avec les autres services publics. En effet, l’attaque que nous subissons correspond exactement à l’attaque que subit la SNCF, à celle que subit La Poste, à celle contre les enseignants, contre l’université, contre la recherche, etc. L’attaque contre Radio France a été une attaque contre le service public et elle a montré que les syndicats cherchaient à empêcher la liaison avec les autres secteurs du public. Pourtant, c’est la liaison qui peut nous permettre de gagner.

Parmi les manœuvres de la direction de l’APHP, il y a aussi celles qui concernent les cadres… Il s’agit de tenter de les utiliser contre le personnel en leur faisant miroiter de soi-disant avantages comme le télétravail (avec offert l’ordinateur portable, le téléphone portable, l’abonnement) et aussi offert le travail sans fin de la maison au boulot et le stress permanent.

Il y a dans tous les hôpitaux un mécontentement plus grand et plus général que jamais. Les participants à certaines AG ont été très nombreux et c’est le moment d’enclencher un mouvement d’ensemble.

Nous devons compter sur nous-mêmes pour le lancer et le diriger.

Personne ne résoudra nos problèmes à notre place.

Réunissons nous et décidons nous-mêmes de nos revendications et de nos moyens d’action.

Nous devons avancer avec des revendications claires :

- Nous ne voulons ni suppression des 35 heures, ni suppression d’un nombre quelconque de RTT, ni modifications des équipes, ni douze heures de travail généralisé

- Pour pouvoir prendre nos RTT, il ne faut pas les supprimer, c’est la suppression de postes de fonctionnaires qu’il faut annuler.

- Ce n’est pas les 35 heures qui enlèvent des effectifs nécessaires, c’est l’absence d’embauches !

- C’est la précarisation du travail qu’il faut supprimer (embauche de tous les précaires qui le souhaitent).

- Pour arrêter l’hémorragie des effectifs, il faut des embauches massives dans toutes les catégories de personnels de l’hôpital public. Il faut une embauche notamment pour tout départ en retraite.

- Le déficit financier des hôpitaux ne provient pas des RTT mais des trous créés par les gouvernements successifs dans les comptes publics, notamment ceux de la Sécu, et du fait des cadeaux aux trusts pharmaceutiques et au secteur du Bâtiment, avec des travaux partout…

- Pour faire face aux trous dans les comptes publics, il ne faut pas faire des trous dans les comptes des hôpitaux mais cesser les cadeaux fiscaux aux trusts, aux banques, aux assurances et aux financiers et cesser de prendre sur le budget des hôpitaux pour engraisser les labos pharmaceutiques, les entreprises de matériel médical et les entreprises du Bâtiment.


Quelques tracts concernant les luttes actuelles de la classe ouvrière en France

Coordination de Radio France

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Lire ici

Convergence de l’Hôpital public :

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Lire aussi ici

Lire encore là

SNCF - cheminots :

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Comité interpro :

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L’assemblée interpro s’adresse aux personnels de l’hôpital public :

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L’appel à constituer le comité interpro :

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Lire aussi ici

Convergence à La Poste

Lire ici

Le comité interpro aux salariés de La Halle - Vivarte :

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Convergence des luttes à Montpellier :

Lire ici

Coordination 75 des sans-papiers :

Voir ici

Coordination nationale de défense des hôpitaux et maternités de proximité :

Lire ici

Coordination des intermittents et des précaires :

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La Voix des Travailleurs

Ne cédons à aucun de leurs multiples chantages !

La grève de Radio France a été torpillée par les centrales syndicales qui s’étaient portées à la tête au nom de l’intersyndicale : un scénario que l’on connaît bien puisqu’il a été celui de la lutte des retraites comme de bien des luttes contres les licenciements avec le résultat que l’on connaît, faire croire à la classe ouvrière qu’elle serait sans force face aux attaques. Mais ce qui est à souligner dans cette affaire de Radio France comme dans bien d’autres, c’est tous les chantages auxquels on soumet les salariés.

En effet, tout au long, le PDG Gallet et le gouvernement, comme son médiateur, ont manié le chantage : si vous n’arrêtez pas la grève, il n’y aura pas de plan d’accompagnement des licenciements et des suppressions d’emplois, il n’y aura pas de suivi négocié avec les appareils syndicaux. Les syndicats eux-mêmes ont exercé leur chantage sur les salariés : si vous refusez l’autorité de l’intersyndicale, vous serez abandonnés à vous-mêmes et vous diviserez les salariés de Radio France.

C’est au nom de ce chantage permanent que l’intersyndicale a imposé sa direction aux salariés, a imposé ses revendications, a imposé comme seule perspective les négociations avec le PDG puis, devant le refus des salariés, a imposé les négociations avec le médiateur, ce qui ne changeait absolument rien puisque le médiateur ne faisait que répéter le chantage : reprenez le travail et on négociera après. Et, finalement, les syndicats ont imposé ce diktat : reprendre le travail soi-disant pour négocier ! Et ils l’ont effectivement imposé. Ils n’ont pas convaincu une majorité des grévistes. Non, ils ont fait venir massivement les non grévistes pour imposer la reprise du travail aux grévistes.

Il convient de rappeler que cette direction de la grève par l’intersyndicale n’avait rien de fatal étant donné que ce n’était même pas l’intersyndicale ni aucun syndicat qui avait lancé la grève dans Radio France mais les salariés du nettoyage qui avaient débuté la grève puis progressivement entraîné les autres salariés, les syndicats traînant des pieds autant que possible, ceux des journalistes ne venant à la grève qu’en dernier. Même si ces syndicats ont fini par se donner l’air de soutenir la grève, c’était un masque. Dans le dos des grévistes, ils ne la soutenaient pas parmi les personnels les moins en grève comme ceux des orchestres de l’Ile de France. Ils ne cherchaient nullement à militer pour que ce service public attaqué se lie à d’autres services publics qui sont eux aussi attaqués et exactement pour les mêmes raisons, ce qui était pourtant la seule manière de motiver un recul du gouvernement. Ils auraient pu se lier aux cheminots menacés par la privatisation. Ils auraient pu se lier aux salariés des cars Keolis (SNCF) actuellement en grève. Ils auraient pu se lier aux hôpitaux où l’agitation et le mécontentement sont plus grands que jamais car, au manque d’effectif et au blocage des salaires, aux fermetures de lits, aux fermetures d’hôpitaux, de maternités, au non remplacement des fonctionnaires partant en retraite s’ajoutent maintenant des attaques contre les RTT, contre les 35 heures à l’hôpital, contre les rythmes de travail, en voulant imposer la « grande équipe » de journée, en voulant imposer les douze heures de travail…

Ils auraient pu ? Non, les syndicats ne peuvent pas faire cela. Cela fait belle lurette qu’ils ne servent plus à nous unir mais à nous diviser. Même quand ils nous appelaient tous dans la rue sur les retraites, ils préconisaient de laisser les salariés des raffineries seuls en grève et un Bernard Thibaut prétendait que la grève générale est une lubie qui n’auraient rien à voir avec la tradition historique des grèves en France !

A Radio France, à aucun moment les dirigeants syndicaux n’ont mis en avant que Radio France était attaquée en tant que service public et qu’il fallait se défendre à cette échelle en se liant aux infirmières, aux postiers, aux cheminots, aux enseignants, aux éboueurs, aux agents des crèches et des bibliothèques, eux-mêmes attaqués. Ils ont encore moins cherché à considérer que les personnels de Radio France étaient attaqués en tant que membres de la classe ouvrière que ce gouvernement « qui aime les entrepreneurs » veut faire payer et casser moralement autant que financièrement. Ils ont ciblé davantage le PDG Gallet que le gouvernement Hollande-Valls qui a nommé ce responsable de droite qui avait pourtant déjà tout un passé et tout un passif.

Parce que, ne l’oubliez pas, ce sont tous ces syndicats qui nous ont fait le coup du « bon gouvernement » de gauche en appelant à voter Hollande, sous prétexte de barrer la route à Sarkozy, affirmant que c’est la présence de Sarkozy à l’Elysée qui empêchait les revendications des salariés sur les retraites d’aboutir. On a pu largement constater qu’Hollande, loin de revenir sur les contre-réformes des retraites de Sarkozy, les a aggravées.

Mais les syndicats de Radio France ne s’en sont pas tenus là. Ils ont également exercé un chantage contre les décisions des salariés, contre leur organisation par eux-mêmes. Ce chantage affirme : si on polémique entre salariés, si on conteste l’intersyndicale, on s’affaiblit face à la direction. Tout au long du mouvement, ils ont dit aux salariés : pas la peine de vous organiser, il faut maintenir l’unité de l’intersyndicale. Exactement le même chantage qu’à l’époque du mouvement des retraites. C’est comme cela que les bureaucraties syndicales envoient un mouvement vers l’impasse avant de l’arrêter.

Ce qui s’est passé à Radio France n’est nullement un cas isolé. C’est toute la politique des appareils syndicaux. Partout, ils combattent contre l’auto-organisation des travailleurs qui voudraient se doter des moyens de diriger eux-mêmes leurs luttes. Les syndicats admettent des assemblées générales mais refusent les comités de grève, les coordinations, les conseils de salariés, et toute forme d’organisation, autonome et de classe, des travailleurs et surtout toutes celles qui cassent les barrières corporatistes, les barrières des catégories, les barrières entre salariés en fixe, salariés précaires et chômeurs, entre travailleurs et habitants des quartiers populaires. L’immense majorité des assemblées générales sont des meetings où les bureaucrates tiennent des discours sans que les salariés puissent échanger leurs avis. Mais surtout les salariés arrivent aux assemblées sans s’être concertés et sans se donner des perspectives, sans recevoir d’autres informations que celles des appareils syndicaux. Ces grands stratèges, organisateurs de toutes les défaites, s’imposent ainsi parce qu’ils ont forcé la classe ouvrière à rester inorganisée. Ils peuvent ainsi préserver leur rôle de tampon entre les salariés et le patronat et le gouvernement, rôle auquel ils tiennent au point de chercher à tout prix à sauver le système capitaliste qui leur donne ce rôle et les moyens financiers et organisationnels qui vont avec.

Lorsque les travailleurs veulent s’organiser, il arrive que des militants radicaux des syndicats fassent même de faux comités de grève, de faux comités de surveillance et autres réunions de salariés mais sans leur donner la direction de la grève, sans la contester aux appareils syndicaux. C’est ce qu’ont fait les militants de Lutte Ouvrière dans la grève à PSA Aulnay. Ils n’ont pas donné la parole au comité de grève dans les média, dans les tracts, dans les banderoles. Partout, ils ont présenté au public une grève dirigée par la CGT, faisant croire ainsi que la CGT nationale soutenait une grève contre le trust PSA. Mais ils ont cantonné la grève au seul site d’Aulnay puisque l’objectif donné à la grève était de refuser la fermeture d’Aulany alors que le plan patronal de PSA prévoyait des licenciements dans presque tous les sites et plus de suppressions d’emplois hors d’Aulnay que dans ce seul site.

Au cours des derniers mouvements de la classe ouvrière, si une assemblée interprofessionnelle a été réunie à l’initiative de militants de la SNCF, du Livre, d’enseignants, de retraités, de chômeurs et de jeunes qui avaient d’abord constitué le comité interprofessionnel du Nord-Est parisien, ce ne sont nullement les appareils qui en ont pris l’initiative ni l’ont soutenu. Ni les appareils syndicaux, ni ceux des partis de gauche, de gauche de la gauche ni de l’extrême gauche officielle. Dans toutes les réunions, pas un seul militant d’aucune de ces organisations ne s’est manifesté, n’a participé, n’a soutenu. L’assemblée interprofessionnelle est pourtant formée de militants issus de multiples horizons politiques et syndicaux qui veulent rompre la mainmise des bureaucraties syndicales sur les luttes, rompre le cercle de fer des divisions catégorielles et faire converger les luttes vers une seule lutte de classe, consciente d’agir pour des intérêts collectifs et non particuliers, d’agir dans l’intérêt de la population, pour un autre avenir que l’impasse capitaliste. C’est cela qui fait totalement défaut aux appareils syndicaux comme aux partis politiques : ils ont complètement abandonné l’objectif de transformer la société, d’en finir avec le capitalisme et prétendent que ce n’est plus d’actualité. C’est d’autant plus frappant que le capitalisme ne parvient pas à se tirer de sa propre crise et que s’il y a un objectif qui est d’actualité, c’est bien de construire la conscience et l’organisation qui vont être nécessaires dans les années à venir pour passer aux socialisme, c’est-à-dire à la suppression de la propriété privée des moyens de production et des capitaux. Au moment où les capitaux privés ne veulent plus investir dans la production, qu’ils n’offrent plus d’emplois, qu’ils ne font que détruire toute la société, ce ne serait pas d’actualité de renverser le capitalisme !!!

Au contraire, c’est justement parce que c’est la révolution qui est d’actualité et pas les réformes dont tous ces syndicats et ces partis se réclament, que le capitalisme nous chantage honteusement…

Car les chantages sont exactement la seule politique des classes dirigeantes dans tous les domaines de la vie sociale et politique… Ces chantages sont le fait de toutes les institutions de la société bourgeoise : l’Etat, le gouvernement, l’administration, la justice, la police, les partis, les syndicats, les religions, les média, etc.

Dernier chantage en date, celui de Martin Hirsch, directeur général des hôpitaux parisiens, de la Fédération Hospitalière de France et du gouvernement : si vous n’acceptez pas que l’on casse vos RTT, vos 35 heures, vos limites horaires et vos rythmes de travail, on cassera vos emplois, on cassera les services et les hôpitaux ! Voilà ce que ce gouvernement appelle réformer le dialogue social et réformer la Santé : discuter avec le pistolet dur la tempe et attaquer les hôpitaux à la bombe…

Hirsch prétend faire passer sa réforme pour une diminution du temps de travail puisque formellement il fera passer de forces les agents de 7h30, 7h36 ou 7h50 à 7h pour tous. Mais dans les sept heures en question, il faudra faire le même travail qu’avant sinon plus puisque le but est de diminuer aussi les effectifs. D’autre part, il se sert de cette « diminution » d’horaires pour imposer la suppression en masse des RTT, supprimer aussi des RTT sous prétexte d’absences ce qui ne se faisait pas, supprimer aussi les temps de repas.

Les syndicats qui, dans ces conditions, iront à la « négociation », même si ensuite ils ne signent pas d’accord (et il y en aura toujours pour signer quelque chose), annoncent déjà qu’ils ne lutteront pas vraiment contre les plans de destruction des services publics par le gouvernement. Et il en aura toujours qui nous diront avoir négocié le « moindre mal » et exigeront qu’on les soutienne pour cela et que l’on taise nos critiques. N’oublions pas que jusque dans les camps de la mort, il y a eu des réformistes pour trouver qu’il fallait négocier avec les nazis et accepter des renoncements soi-disant pour sauver un petit quelque chose. Et ceux-là nous menaceront en plus si nous voulons tout refuser en bloc et nous organiser dans ce but.

Parmi les chantages, il convient aussi de rajouter ceux du gouvernement et du patronat aux appareils syndicaux, les menaces sur leur représentativité, sur leur financement, sur leur participation à la gestion paritaire des caisses sociales, sur leurs postes de juges prud’homaux, sur leurs élus aux CE, toutes sortes de menaces qui sont très efficaces face à des appareils qui vivent depuis longtemps beaucoup plus grâce à toutes ces positions que grâce aux cotisations des adhérents, adhérents qu’ils ne réunissent plus, qu’ils ne consultent plus, qui n’ont aucun droit de donner leur avis sur la politique syndicale et encore moins celui de choisir sa direction ;

Bourgeoisie et Etat s’y entendent à rappeler aux syndicats qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas se solidariser avec les politiques anti-sociales du gouvernement, quitte à se contenter de faire semblant de s’y opposer. Mais nous n’avons aucune raison de nous sentir liés par les engagements qui n’engagent que les appareils syndicaux, qui ne défendent que leurs intérêts particuliers et pas ceux des travailleurs.

On nous dit aussi bien : suivez les syndicats sinon vous serez seul, suivez la gauche sinon vous serez livrés à la droite et à l’extrême droite, suivez le gouvernement sinon vous serez livrés aux réclamations incroyables du MEDEF, appuyez les guerres menées par Valls-Hollande dans le monde sinon vous serez livrés aux dictateurs et aux terroristes, appuyez les interventions policières en France sinon vous serez livrés aux bandits, aux voleurs et aux mafias, appuyez la loi liberticide sur le renseignement sinon vous risquez de nouveaux actes terroristes, remettez-vous en aux labos pharmaceutiques sinon vous risquez des épidémies, remettez tout l’argent public aux capitalistes privés sinon vous subirez l’effondrement économique du système, vous perdrez vos emplois et vos salaires, soutenez votre patron, votre entreprise, ses projets sinon vous risquez le licenciement, soutenez les flics malgré leurs actions contre les grèves, contre les jeunes, contre les immigrés et malgré leurs bavures sinon vous serez livrés aux tueurs et aux braqueurs et, surtout, soutenez le système capitaliste parce qu’on vous serine qu’il n’y a pas de société alternative et ne vous organisez pas entre travailleurs, sur des bases de classe, pour la préparer cette société alternative.

Dans tous ces cas, les classes dirigeantes se font passer pour nos défenseurs incontournables alors que c’est eux qui nous jettent dans la misère, dans le chômage, dans les guerres, dans les maladies, et autres catastrophes.

Tous ces chantages ont pour but de nous empêcher de développer nos propres perspectives, notre politique de classe face à la classe capitaliste, nos perspectives socialistes face à un système capitaliste en plein effondrement et qui n’a aucun moyen de s’en sortir.

Les appareils syndicaux, même s’ils ne manquent pas de protester et de se plaindre, ne sont pas moins attachés à la défense du système d’exploitation capitaliste et virulents contre quiconque prétend commencer à s’organiser pour préparer sa fin. Ils y sont tout aussi attachés que la bureaucratie de l’Etat, des partis politiques, des religions, des média, des responsables universitaires et des autres institutions au service des classes dirigeantes.

Ils nous disent qu’il faut sauver la société humaine mais c’est la société capitaliste qu’ils défendent. Ils nous disent qu’il faut sauver les emplois mais c’est les capitalistes qu’ils défendent.

Et, pour parvenir à leurs fins, ils tentent de nous museler, de nous empêcher de nous réunir, de nous organiser, de nous coordonner, de nous exprimer, de constituer nos propres comités, d’exprimer nous-mêmes nos revendications, nos perspectives et nos moyens d’action. Ils défendent un véritable monopole de représentation de la classe ouvrière alors que ces syndicats ne représentent même pas la toute petite fraction qui y adhère puisqu’ils n’ont même pas voix au chapitre pour choisir les dirigeants syndicaux, puisqu’ils ne décident même pas du contenu des tracts syndicaux ni des revendications qui y sont défendues, puisqu’ils ne sont même pas réunis par les syndicats, puisque leurs cotisations ne pèsent plus que d’un poids minoritaire face aux subventions gouvernementales et patronales.

Voilà ce qui nous a motivés pour participer à la fondation de l’assemblée interprofessionnelle, avec des militants issus de diverses origines syndicales comme politiques avec lesquels nous avons en commun de refuser le monopole des bureaucraties contre-révolutionnaires, comme voilà pourquoi les faux amis de la classe ouvrière n’y participeront pas, même s’ils se cachent derrière des discours radicaux et protestataires pour camoufler leur opportunisme et leur capitulation devant les forces de classe qui nous attaquent.

Eh bien rompons ce monopole ! Réapproprions-nous notre propre parole. Réapproprions-nous notre capacité à définir une perspective pour la société humaine. Réapproprions-nous notre programme de transformation radicale de la société. Réapproprions-nous notre conscience d’être une classe capable non seulement de se faire craindre des classes dirigeantes mais même de leur ôter leur capacité de nuisance et de changer le monde.

S’ils s’obstinent à faire de nous des victimes de leurs crises, de leurs guerres, des esclaves de leur surexploitation, des chômeurs et des mendiants de leurs effondrements économiques du système, ils sauront bientôt que nos luttes visent à leur enlever usines, banques, capitaux et pouvoir d’Etat et à donner toutes les richesses des capitalistes et tout le pouvoir aux conseils de travailleurs, de précaires, de chômeurs et de retraités.


Un bilan de la grève de radio France

Ambiance électrique et délétère dans l’entreprise depuis plusieurs mois due aux travaux qui n’en finissent pas et qui perturbent la réalisation des émissions, à une direction déficiente et incompétente, à une absence de dialogue entre partenaires sociaux, à une réelle souffrance du personnel dont le travail n’est pas reconnu à sa juste valeur, et à l’arrivée d’un nouveau pdg sûr de lui, qui accumule les bévues et affiche un réel mépris.

C’est la réaction radicale de certains face à cette situation qui a libéré les paroles et les actes, poussant l’ensemble des salarié.e.s et précaires à se lever et à revendiquer, pendant 28 jours d’une grève, qui a été qualifiée d’exemplaire et historique dans l’audiovisuel public, cette dignité tant bafouée…

Une formidable envie d’en découdre et une réelle solidarité se sont manifestées quelques temps avant le déclenchement de la grève et se sont confirmées le long des différentes assemblées générales qui ont ponctué ce mouvement.

Les organisations syndicales qui par ailleurs n’avaient pas brillé par leur combativité dans les mois et années précédant ce mouvement, ont dans la logique des règles gérant le « dialogue social dans l’entreprise » pris les choses en main, le train en marche et face à l’inertie de la direction, déposé des préavis de grève portant sur la production, les orchestres, les services de propreté et de sécurité et le démantèlement des radios locales.

Sous la pression de l’assemblée générale, les syndicats ont accepté de déposer trois autres préavis portant notamment sur les travaux, mais les ont finalement abandonnés, cédant à une direction qui considérait, au mépris des textes et de la loi, qu’ils étaient illégaux.

Il s’agit là de la première trahison dont se sont rendus coupables les syndicats réunis dans l’intersyndicale.

Dans l’esprit de ceux qui se battaient contre la direction, l’arrêt des travaux dans les studios moyens et des travaux monumentaux envisagés et la remise en question de la gabegie occasionnée par ces même travaux et de l’opacité quant à l’utilisation des fonds affectés à ces travaux et leur formidable dépassement, étaient des thèmes centraux et cruciaux dans la lutte engagée.

La première erreur de l’assemblée générale, c’est d’avoir confié aveuglement le soin aux organisations syndicales de porter leurs revendications et surtout d’avoir pensé que l’intérêt des salarié.e.s était nécessairement en adéquation avec ceux des OS.

Or il s’est avéré très vite que les syndicats comme ils l’ont souvent fait dans l’histoire des luttes en France et précisément à Radio France, il y a vingt ans, défendaient leur propre pouvoir et donc leurs propres intérêts en tant qu’organisations syndicales, n’hésitant pas à lâcher un mouvement, à le trahir s’il le fallait et ce, alors qu’ils n’avaient rien obtenu.

La souveraineté de l’AG était réelle dans l’esprit de ceux qui décidaient jour après jour la continuation du mouvement, mais pas dans celui des syndicats, lesquels ont cessé d’accorder du crédit à cette souveraineté dès lors que celle-ci ne servait plus leurs propres intérêts.

La particularité de la trahison opérée en 2015, c’est qu’elle s’est faite sans la signature du moindre protocole avec la direction : au bout des 28 jours de lutte, les organisations syndicales ont donné des consignes d’arrêter la grève et ce, sans avoir au préalable signé aucun accord avec la direction sur les préavis déposés et sur l’indemnisation des jours de grève… Laissant un gout amer chez tous ceux qui, naïvement, il faut le reconnaître, avaient accordé toute leur confiance aux syndicats.

Les salariées ont ainsi le sentiment, à juste titre d’ailleurs, de n’avoir rien obtenu dans le sens où malgré une lutte acharnée pendant 28 jours, aucune des revendications dont ils avaient confié le soin aux syndicats, dont c’est au demeurant la mission de les porter en leur nom, n’a abouti.

Les syndicats ont ainsi failli dans leur mission et l’AG a également failli par manque de vigilance à l’égard de ces syndicats dont ils n’ont vu et compris que tardivement qu’ils n’étaient pas les porteurs des revendications de l’AG souveraine.

L’autre erreur de l’AG c’est d’avoir avec les syndicats par le vote de la motion de défiance à l’égard de la direction, pensé que le départ de Gallet pouvait être obtenu et qu’il débloquerait la situation… Or tel n’a pas été le cas. Au lieu de rectifier le tir et donc de faire le constat que le pouvoir – la Tutelle – ne souhaitait pas le départ de Gallet, cette mauvaise stratégie a été maintenue contre vents et marées, en refusant d’exiger le retour des négociations avec cette direction.

En faisant de surcroit appel à la Tutelle – laquelle est comme chacun sait juge et partie dans le présent conflit et l’alliée de la direction dans le projet de démantèlement du service public - pour qu’elle nomme un médiateur, les syndicats ont amené le mouvement vers sa perdition.

En effet, qui pouvait sérieusement penser qu’un médiateur nommé par la Tutelle pouvait légitimement porter les espérances de ce mouvement et permettre de sortir de la crise ?

Et, ce d’autant que ce médiateur a œuvré longtemps pour la droite et qu’il a été choisi - par un gouvernement de « gauche » celui de Pellerin - Hollande - Valls pour ses compétences et son passé de tueur des mouvements sociaux…

Erreur stratégique fatale, car non seulement la nomination d’un médiateur allait redonner à la tutelle un pouvoir qu’elle pensait avoir perdu en faisant confiance à Gallet pour porter son projet de démantèlement, mais surtout elle a permis de mettre à néant toute revendication en chargeant le médiateur d’une mission de démantèlement de ce mouvement, tâche dont il s’est excellemment acquitté.

La tâche de ce dernier n’était pas de négocier quoi que ce soit, sinon il aurait reçu les deux parties en face à face et les aurait amenées à reprendre les négociations là où elles les avait laissées, mais de faire des « préconisations » aux effets juridiques inexistants, piégeant des syndicats qui se sont pris au jeu de ces préconisations, de cette poudre aux yeux.

Le media-tueur a par son habilité réussi sa mission en mettant hors d’état de nuire les syndicats en leur donnant avec cette discussion sur les préconisations un os à ronger, cette circonstance ayant permis d’éloigner encore plus sérieusement les syndicats de l’AG et ainsi d’accélérer la mise à mort de ce mouvement.

D’ailleurs, les syndicats sont venus porter à l’AG le message du médiateur : arrêtons la grève !

Voyant les choses venir l’AG s’est opposée fermement aux syndicats, et a voté la grève et a recadré ces derniers en exigeant que sous la pression de la grève des négociations de la dernière heure soit mises en place avec la direction en face à face et en présence du médiateur.

Le soir même les syndicats ont à nouveau trahi l’AG en écrivant à la Ministre de la Culture qu’ils souhaitaient reprendre pendant un jour les négociations avec le médiateur pour discuter de l’emploi et de la situation des radios locales.

En ne respectant pas le mandat qui leur avait été expressément donné, les syndicats ont trahi la décision des grévistes - sans lesquels rappelons-le, l’intersyndicale n’est rien - et ont maintenu coûte que coûte leur ligne consistant à « discuter » avec le médiateur plutôt qu’exiger dans le rapport de force, des négociations avec la direction. Ce qui a mené le mouvement droit dans le mur.

La réponse de la ministre a du coup été cinglante… On ne discute plus… Rentrez au bercail, il faut savoir arrêter une grève ca suffit ! Ce que les syndicats ont fait en venant demander le lendemain à l’AG la reprise du travail, invoquant un argument fallacieux : on a écouté et on a accepté la continuation de la grève bien que nous n’étions pas d’accord mais voilà ça n’a rien donné… Comme vous pouvez le constater.

L’AG était dépitée, scandalisée, amère… Tout ce qui faisait la force de ce mouvement venait d’être annihilé, détruit.

L’AG voulait la continuation du mouvement et de la grève comme moyen de pression sur le pouvoir, mais force est de constater que les syndicats avaient abandonné les salarié.e.s en chemin, les avaient amenés vers une impasse, ne leur laissant plus d’autre choix que… La reprise du travail et la continuation des discussions avec le médiateur dans le cadre de ce que le pouvoir a appelé la deuxième phase des discussions, à savoir l’accompagnement du COM (Contrat d’Objectifs et de Moyens) 2015-2019.

Or, il convient de rappeler qu’au plan du droit, les discussions en marge du COM ne sont pas des négociations, elles n’auront au bout du compte aucun effet juridique.

Ils ont signé l’arrêt de mort du mouvement… Ils ont tout fait pour qu’il soit enterré.

Seule la CGT a eu quelques soubresauts d’empathie avec le mouvement dans ces derniers moments, se démarquant ainsi de l’UNSA, FO, CFDT et SUD.

Aux dernières nouvelles pour débuter les discussions de la deuxième phase sous la houlette du médiateur, ce dernier a demandé à recevoir « pour les écouter » chaque organisation syndicale séparément… Ce qui n’a semblé déranger personne (hormis la CGT), puisque ce choix du médiateur – diviser pour mieux régner – a été bien sûr entériné.

Bien évidemment, il ne sortira rien de bon de ces discussions.

Mais fort heureusement, la lutte est ailleurs, et tout n’est pas perdu.

Les grévistes ont tout d’abord compris qu’il fallait désormais être extrêmement vigilant.e.s vis à vis de leurs « représentant.e.s »… Que la démocratie représentative avait ses limites.

D’où la nécessité de réfléchir à d’autres modes d’organisation (démocratie directe, type de mandats octroyés aux syndicats…)

Certains ont proposé la création d’un collectif à l’image de celui des intermittent.e.s, aux fins de contrebalancer le pouvoir des organisations syndicales, car celles-ci sont incontournables dans la vie sociale d’une entreprise et il faut les contraindre à être plus combatifs face à la direction et surtout plus à l’écoute de la base.

Le développement de structures comme par exemple « le meilleur des Ondes » qui existait avant la grève, et qui a senti venir la grève a été, par son soutien militant actif et créatif de ce mouvement, un aiguillon radical permanent au cours de ce combat.

Ce mouvement à l’évidence n’est pas mort, les salarié.e.s sont certes déboussolé.e.s, comment ne le serait-il pas après 28 jours de grève, mais ils restent déterminés et solidaires… Déjà de nombreuses actions sont envisagées pour remobiliser les énergies et continuer ce combat, qui n’est bien évidemment pas terminé (sur l’emploi, sur la gabegie des travaux, sur le démantèlement des locales, sur l’externalisation des services, sur la privatisation des studios, sur le rôle primordial de la tutelle dans le démantèlement du service public, sur la « verticalisation » comme mode de gestion, etc...).

Je pense qu’on entendra encore parler de ce mouvement qui n’a pas dit son dernier mot loin de là…

Quelle que soit la direction qui sera demain aux commandes de Radio France, elle sait qui elle a désormais en face d’elle… Elle sait qu’elle a intérêt à bien se tenir...

Cette force , cette solidarité, cette détermination dans le combat pour le service public et pour les métiers de la radio et cette dignité, c’est précisément l’un des grands acquis de cette lutte exemplaire qui a été menée à Radio France en mars et avril 2015.

Comme cela a été écrit dans une chanson diffusée en AG et mise en ligne par le mouvement dès les premiers jours de la grève :

« A vous qui voulez décider, détruire le sens de nos métiers, au nom de la productivité au prétexte de l’austérité, dites à votre tutelle préférée qu’on paiera pas les pots cassés…vous avez les costards les gaillards pas le pouvoir ! On vous le dit ÇA SUFFIT ! Etc… »

D’autres lectures sur l’auto-organisation

7 Messages de forum

  • Grève nationale des enseignants le 11 juin et grève nationale des hôpitaux le 11 juin ! Croyez-vous qu’ils allaient fusionner ne serait-ce que deux grèves car l’attaque gouvernementale est générale ? Pensez donc ! Mieux vaut, pour les appareils bureaucratiques syndicaux, être battus séparément que gagner ensemble !!!!

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  • Et la grève pourrait aussi les unir aux personnels des crèches… Mais telle n’est pas la stratégie des syndicats des crèches et centres de PMI…

    Les syndicats des personnels des 76 crèches départementales et des 57 centres de PMI (protection maternelle infantile) du Val-de-Marne appellent à un mouvement de grève qui pourrait être très suivi.

    Leurs revendications concernent « les dégradations des conditions de travail, la perte du pouvoir d’achat, la perte d’acquis sociaux, les suppressions de postes et des refus de formations. »

    La direction du conseil départemental a reçu les représentants du personnel ce vendredi, mais la discussion n’a pas permis de lever l’appel à la grève. Une nouvelle rencontre devrait avoir lieu ce lundi avec des élus du conseil départemental. « Nous souhaitons une rencontre avec l’élue en charge de la petite enfance ainsi que l’élu en charge des finances pour questionner les contraintes budgétaires qui empêchent le bon fonctionnement de nos services, argumentent les syndicats FSU, CGT, CFDT et FO. Cela afin de trouver les moyens de rendre un service public de qualité, dans le respect des besoins des enfants, des familles et des conditions de travail de nos collègues. »

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  • Dans les hôpitaux, pour la journée de grève du 11 juin, le NPA diffuse un tract qui appelle à tous les trucs des syndicats et ne parle jamais de convergence des luttes avec les enseignants, avec les cheminots, même pas avec les autres professions, tout cela pour ne pas fâcher les directions des syndicats !!!

    De leurs côtés, les directions CGT et SUD menacent les militants syndicalistes qui diffuseraient des tracts convergence des luttes ! Il ne faut pas céder aux pressions bureaucratiques !

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  • salut à tous

    Le comité interpro se réunira lundi 15 juin 2015 salle de commission 1 à la bourse centrale, 3 rue du chateau d’eau.

    ordre du jour proposé.

    1/ Bilan de la Journée de grève du 11 juin dans l’Education Nationale et les Hôpitaux

    2/ Intervention du Comité lors de la journée de grève du 25 dans les Hôpitaux et à la SNCF notamment.

    3/ Proposition de déclaration commune de la Coordination de Radio France et du Comité interpro pour une AG commune à proposer aux autres coordinations.

    4/ la répression de l’Etat envers les migrants.

    L’ordre du jour reste ouvert bien entendu

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  • Les personnels de l’hôpital public en assemblée générale pour la convergence des luttes : aujourd’hui à 16 heures devant la grande entrée de l’hôpital Tenon rue de Chine.

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  • Salut,

    La mise en place de la métropole Grand Paris est déjà très avancée sur le territoire Est Ensemble. Les conditions de travail des agents publics se dégradent brutalement, les salaires sont de plus en plus écrasés... L’austérité s’applique sans vergogne, et bien évidemment grâce à l’accompagnement des syndicats ainsi que des partis de gauche. Une assemblée générale de l’ensemble du personnel, appelée par une intersyndicale, se tiendra le 1er octobre à partir de 12H à Romainville (Salle du conseil au Quadrium). Inutile de dire qu’on proposera une nouvelle fois aux salariés de les balader jusqu’à l’épuisement dans la défaite. Des "demi-journées de grève reconductibles" (sic) sont déjà programmées.

    http://www.csd93.fr/wp-content/uplo...

    Il serait intéressant qu’un autre son de cloche, celui de l’unification des luttes par l’éclatement des verroux syndicaux, puisse se faire entendre...

    Nous en serons.

    Salutations révolutionnaires,

    GARAP.

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  • La lutte des classes n’est pas suspendue en France et même pas par l’état d’urgence…

    Si la gauche et les syndicats ont fait baissé les grèves et les mouvements sociaux, ceux-ci n’ont pas baissé dans leur profondeur et leur radicalité, bien au contraire…

    Depuis la crise économique de 2008, le nombre d’entreprises touchées par des mouvements sociaux n’a jamais été aussi faible. La rémunération et l’emploi restent les principales motivations des grévistes.

    En 2013, 1,2% des entreprises du secteur privé de plus de 10 salariés ont connu au moins une grève ou un débrayage. C’est 0,1 point de moins que l’année précédente. La rémunération et l’emploi restent les principaux motifs de mobilisation.

    Si les mouvements sociaux sont plus rares, ils n’en sont pas pour autant moins violents. Le nombre d’entreprises touchées par une grève a atteint, en 2013, son plus bas niveau depuis 2008. En revanche, les arrêts de travail ont été plus longs, ou concernaient davantage de salariés, selon des données du ministère du Travail publiées ce mardi.
    En 2013, 1,2% des entreprises du secteur privé de plus de 10 salariés ont connu au moins une grève ou un débrayage, tous secteurs confondus, relève le service des statistiques du ministère. L’année précédente la proportion était de 1,3%.

    En 2010, année de la réforme des retraites, le nombre d’entreprises touchées était monté à 3,3%. Le taux de grèves atteint "son niveau le plus faible depuis le début de la dégradation du contexte économique de 2008", souligne l’étude. Si les données antérieures à 2008, c’est-à-dire depuis 1975, ne sont pas strictement comparables, elles montrent au fil des ans une décrue du nombre de journées de grèves, accentuée depuis 2002.
    En revanche, les grèves ont été "plus intenses" en moyenne en 2013 qu’en 2012. Ainsi, le nombre de journées de grèves pour 1000 salariés est passé de 60 à 79. Rapporté aux seules entreprises ayant connu au moins une grève, il passe de 250 à 322 jours. Cet indicateur est le signe que les grèves ont été "plus longues et/ou ont concerné plus de salariés".

    Le droit de grève est de plus en plus remis en cause par des patrons. Un exemple : à la Sodexho, 19 employés ont été licenciés pour le simple fait d’avoir fait grève pendant deux jours !!!

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