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L’opportunisme, une dérive dont les meilleures organisations révolutionnaires ne sont pas à l’abri

vendredi 29 juillet 2016, par Robert Paris

Dans le conflit avec l’opportunisme, il y va de l’existence même de la social-démocratie. « Une telle tactique (celle de l’opportunisme), disait Bebel à Erfurt, signifierait pour notre Parti exactement la même chose que si l’on brisait l’épine dorsale à un organisme vivant tout en lui demandant d’accomplir le même effort qu’auparavant. Je ne tolérerai pas qu’on brise la colonne vertébrale de la social-démocratie, qu’on remplace son principe : la lutte de classe contre les classes possédantes et contre le pouvoir d’État, par une tactique boîteuse et par la poursuite exclusive de buts soi-disant pratiques. »

Rien ne devrait sembler plus justifié que cette résistance et cette contre-attaque en réponse aux prétentions de l’opportunisme. Cependant, ces derniers temps, on a tenté de différentes manières de contester au Parti le droit de recourir à cette légitime défense et l’on voudrait même présenter comme une inconvenance tout règlement de comptes avec l’opportunisme. Et cela avant tout au nom de la liberté de la critique. on voudrait nous persuader qu’il faut accorder à chacun la liberté de critiquer le programme et la tactique de notre parti ; même nous devrions être reconnaissants à ceux qui, par leur critique, apportent un souffle de renouveau dans la vie du Parti.

Cette antienne, par laquelle on s’efforce maintenant de défendre Bernstein, nous l’avons déjà entendue il y a neuf ans. « Où est don la liberté d’opinion dont vous aimez tant parler ? », s’écriait Georges Vollmar au congrès d’Erfurt, en se voyant combattu par Bebel — L’indépendance de la pensée est pour nous de la plus haute importance. Or, elle ne sera possible que si, abstraction faite de toute calomnie, de tout mensonge, de toute injure, nous accueillons avec gratitude et sans distinction de tendance, les opinions exprimées par des gens qui peuvent se tromper, mais qui n’ont en vue que le salut de notre Parti. Je ne parle pas pour moi, mais d’une façon générale : c’est avec joie qu’on devrait accueillir des idées nouvelles puisqu’elles rafraichissent un peu le répertoire suranné, routinier de notre propagande. »

Il n’existe sans doute pas d’autre parti pour lequel la critique libre et inlassable de ses propres défauts soit, autant que pour la social-démocratie, une condition d’existence. Comme nous devons progresser au fur et à mesure de l’évolution sociale, la modification continuelle de nos méthodes, de lutte et, par conséquent, la critique incessante de notre patrimoine théorique, sont les conditions de notre croissance. Il va cependant de soi que l’auto-critique dans notre Parti n’atteint son but de servir le progrès et nous ne saurions trop nous en féliciter, que si elle se meut dans la direction de notre lutte. Toute critique contribuant à rendre plus vigoureuse et consciente notre lutte de classe pour la réalisation de notre but final mérite notre gratitude. Mais une critique tendant à faire rétrograder notre mouvement, à lui faire abandonner la lutte de classe et le but final, une telle critique, loin d’être un facteur de progrès, ne serait qu’un ferment de décomposition.

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L’opportunisme n’est pas une volonté individuelle mais une tendance sociale et politique liée à des intérêts de classe. C’est une adaptation progressive aux normes de la société capitaliste pour des courants qui la rejetaient initialement.

Ce qui caractérise l’opportunisme dans un parti politique au départ révolutionnaire, c’est que le but de son intervention n’est plus d’élever le niveau de conscience des prolétaires au niveau des enjeux de la lutte des classes mais de parvenir, lui, à des succès de son organisation en fonction des possibilités de l’heure. Il ne travaille pas réellement pour l’avenir du prolétariat, et partant de la société humaine, mais prétend que le renforcement présent du groupe politique est synonyme d’avenir, ce qui est très différent...

L’opportunisme n’a aucune vision précise du cours historique qui mène à la révolution et pour lui la révolution et l’instauration du communisme ne sont qu’un but lointain irréel, une parole, un idéal sans lien avec le présent. Un jour viendra, c’est tout. Rien dans la situation du moment ne lui semble être relié à la révolution future à part l’importance de son organisation politique....

L’opportunisme ne part pas de la réalité de la situation de la classe dirigeante et de ses possibilités économiques, sociales, politiques pour en tirer les perspectives prolétariennes. Il part de ce qu’il estime le niveau possible des luttes actuelles et de son estimation du niveau de conscience pour établir son discours et ses propositions.

L’opportunisme dénonce de manière virulente les classes dirigeantes mais c’est pour présenter ce qui devrait se passer « normalement » dans la société. Dans quelle société, on ne sait pas. Ce n’est pas normal que le patron licencie, il n’y était pas contraint, il a de l’argent, il peut répartir le travail, il n’a qu’à négocier. Le révolutionnaire, lui, explique que les classes dirigeantes et l’Etat à leur service ne peuvent pas agir autrement en fonction de leurs intérêts de classe, que les autres institutions y compris la direction des syndicats ne feront pas autre chose et que c’est aux masses de décider si elles cessent d’accepter…

L’opportunisme mène à la trahison des intérêts de classe du prolétariat mais pas nécessairement par des organisations qui aient fait clairement un tel choix ni qui calculent nullement de se vendre à classe dirigeante. C’est beaucoup plus une dérive qui les mène d’un soi disant pragmatisme à des compromis et d’un discours constructif avec des propositions réalistes à des négociations avec l’adversaire de classe, en tant compte du rapport de forces réel, du niveau de conscience et de mobilisation des gens. Ils deviennent alors des défenseurs de l’accord trouvé qui, malheureusement, consiste à défendre aussi l’ordre établi…

On reconnait l’opportunisme politique au double discours, socialiste à l’intérieur et réaliste à l’extérieur.

Les deux domaines principaux où s’exerce l’opportunisme sont les élections bourgeoises et les syndicats. Les sectaires se refusent à toute participation dans ces deux domaines. Les opportunistes s’y vautrent et y mènent l’essentiel de leur activité. Pour ces derniers, les luttes, c’est forcément les syndicats et l’intervention politique, c’est forcément les élections...

L’opportunisme ne vient pas de dirigeants politiques révolutionnaires qui annoncent à l’avance qu’ils comptent changer de politique. Il est bien plus retors. Il n’est nullement nécessaire que ces dirigeants aient eux-mêmes planifié de changer à ce point. L’opportunisme part de préoccupations qui s’éloignent de la volonté de représenter le prolétariat révolutionnaire en prétendant représenter le prolétariat et les masses populaires actuelles. Il cherche au sein de ces masses populaires des milieux qui peuvent l’écouter dans la situation présente et où il peut trouver soutien, votes et militants : syndicalistes, jeunes petits bourgeois, enseignants,... Et il calque son discours sur ce que ce milieu est capable d’accepter.. Il garde une allure radicale mais le contenu social et politique dérive discrètement...

Certains pensent que c’est une petite adaptation à la situation, sans danger puisque, dès que la période viendra aux vrais affrontements, l’organisation retrouvera ses véritables perspectives. C’est faux. C’est en période de crise économique, sociale et politique de grande ampleur que l’opportunisme joue le rôle le pire. Il peut effectivement donner l’illusion de redevenir révolutionnaire mais il mène alors les révolutions à l’abattoir. Voir l’exemple de la social-démocratie.


« L’oubli des grands points théoriques fondamentaux pour les intérêts immédiats et passagers, la lutte et la course aux succès momentanés sans se soucier des conséquences ultérieures, le sacrifice de l’avenir du mouvement au présent du mouvement - tout cela a peut-être des mobiles « honnêtes » mais cela est et reste de l’opportunisme. Or l’opportunisme « honnête » est peut-être le plus dangereux de tous. » (Engels, Critique du projet de programme social-démocrate d’Erfurt de 1891 .)

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« L’opportunisme ne comprend pas cela. On prendra peut‑être pour un paradoxe l’affirmation qui consisterait à dire que ce qui caractérise l’opportunisme, c’est qu’il ne sait pas attendre. Et c’est pourtant cela. (...) L’opportunisme veut tenir compte d’une situation, de conditions sociales qui ne sont pas encore arrivées à maturité. (...) L’opportunisme ne sait pas attendre. Et c’est pourquoi les grands événements lui paraissent toujours inattendus. Les grands événements le surprennent, lui font perdre pied, l’emportent comme un copeau dans leur tourbillon et il va donner de la tête tantôt sur un rivage, tantôt sur un autre... Il essaie de résister, mais en vain. Alors, il se soumet, il fait semblant d’être satisfait, il remue les bras pour avoir l’air de nager et il crie plus fort que tout le monde... Et quand l’ouragan est passé. il remonte en grimpant sur le rivage, il s’ébroue d’un air dégoûté, il se plaint d’avoir mal à la tête, d’être courbaturé, et, dans le malaise de l’ivresse qui le tourmente encore, il n’épargne pas les mots cruels à l’adresse des “songe-creux” de la révolution... »

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L’opportunisme dans la social-démocratie est ainsi décrit par Trotsky :

« La social-démocratie allemande n’est pas un accident ;elle n’est pas tombée du ciel, elle est le produit des efforts de la classe ouvrière allemande au cours de décennies de construction ininterrompue et d’adaptation aux conditions qui dominaient sous le régime des capitalistes et des junkers. Le parti et les syndicats qui lui étaient rattachés attirèrent les éléments les plus marquants et les plus énergiques du milieu prolétarien, qui y reçurent leur formation politique et psychologique. Lorsque la guerre éclata, et que vint l’heure de la plus grande épreuve historique, il se révéla que l’organisation officielle de la classe ouvrière agissait et réagissait non pas comme organisation de combat du prolétariat contre l’État bourgeois, mais comme organe auxiliaire de l’État bourgeois destiné à discipliner le prolétariat. La classe ouvrière, ayant à supporter non seulement tout le poids du militarisme capitaliste, mais encore celui de l’appareil de son propre parti, fut paralysée. Certes, les souffrances de la guerre, ses victoires, ses défaites, mirent fin à la paralysie de la classe ouvrière, la libérant de la discipline odieuse du parti officiel. Celui-ci se scinda en deux. Mais le prolétariat allemand resta sans organisation révolutionnaire de combat. L’histoire, une fois de plus, manifesta une de ses contradictions dialectiques : ce fut précisément parce que la classe ouvrière allemande avait dépensé la plus grande partie de son énergie dans la période précédente pour édifier une organisation se suffisant à elle-même, occupant la première place dans la IIe Internationale, aussi bien comme parti que comme appareil syndical — ce fut précisément pour cela que, lorsque s’ouvrit une nouvelle période, une période de transition vers la lutte révolutionnaire ouverte pour le pouvoir, la classe ouvrière se trouva absolument sans défense sur le plan de l’organisation. »

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