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La classe ouvrière a encore toute sa force et toutes ses perspectives...

dimanche 19 mars 2017, par Robert Paris

Edito

Ils n’ont pas transformé les tigres prolétariens en chats domestiques ronronnants !

Il y a cent ans, démarrait la révolution prolétarienne en Russie, en Europe puis en Asie, et elle démontrait, une fois de plus après les révolutions de 1848 et 1871, que le prolétariat est une classe révolutionnaire que le capitalisme a exploité mais n’a pas maté. Elle démontrait non seulement que la classe ouvrière était capable de renverser les dictatures (celle du tsar russe, du kaiser allemand et de l’empereur autrichien notamment), d’imposer la paix contre la première guerre mondiale entre les impérialismes européens (la guerre ne s’est arrêtée qu’à cause de la vague révolutionnaire), de battre militairement toutes les armées impérialistes coalisées avec les classes exploiteuses de Russie mais surtout de mettre en place pendant quelques années un régime authentiquement socialiste et prolétarien, dirigé par les travailleurs organisés de manière autonome en soviets. Rien à voir avec ce qu’allait être plus tard la dictature stalinienne anticommuniste. Les « soviets » n’étaient nullement une particularité russe, puisqu’ils allaient se développer dans toute l’Europe et même en Asie… Les travailleurs italiens ou français acclamaient l’organisation soviétique autant que les travailleurs allemands ou hongrois…

Pourtant, les travailleurs européens, qui allaient mener cette grande vague révolutionnaire, partie de Russie et de Finlande, et qui allait gagner de part en part tout le continent et même l’Asie, venaient de subir le pire des reculs : d’être envoyés mourir en masse sur les champs de bataille dans la pire des boucheries entre les peuples. Les organisations ouvrières, politiques et syndicales, avaient pour l’essentiel trahi leurs promesses et pris parti pour les régimes bourgeois en guerre, leurs dirigeants fournissant même souvent les ministres de la guerre de la bourgeoisie !

Aujourd’hui, on a réussi à convaincre les opinions publique, travailleurs compris, que le stalinisme criminel n’était rien d’autre qu’un produit du communisme, que les travailleurs ne peuvent pas devenir une classe dirigeante, capable de remplacer la classe capitaliste, que les soviets ne peuvent que cacher une bureaucratie policière et dictatoriale.

On a surtout réussi à convaincre les travailleurs qu’ils ne peuvent pas s’organiser pour développer eux-mêmes leur politique de classe et qu’ils ne doivent s’organiser qu’au sein des syndicats réformistes, en laissant le terrain politique à leurs pires ennemis, à la bourgeoisie, grande ou petite… Les syndicats ne réagissent même pas quand tous les candidats principaux à la présidentielle ont des programmes violemment hostiles aux fonctionnaires, au service public, à la santé publique, et favorables à l’augmentation des moyens pour les forces armées et policières. Ils n’ont pas un seul mouvement de réprobation quand l’Etat lance des guerres extérieures violentes. Ils n’ont aucune intervention pour se solidariser avec les migrants. Le racisme, la xénophobie, le fascisme peuvent monter, ce n’est pas leur problème. La propagande anti-musulmans, anti-roms ne les réveille pas davantage. Ils n’ont pas plus d’intervention pour lier la classe ouvrière aux jeunes, aux chômeurs, aux banlieues, aux paysans ruinés, aux petits commerçants menacés. Ils laissent ainsi la classe ouvrière sur le seul terrain de la défense locale, corporative, et, même sur ce terrain, se gardent qu’elle agisse en classe sociale unie, défendant ensemble ses intérêts. Non, ils la divisent en luttes séparées autant qu’ils le peuvent et ne réservent des appels d’ensemble qu’à de seules journées d’action qui sont le plus souvent celles d’un seul secteur d’activité cependant… Le nationalisme économique ne les fait pas frémir, les mensonges sur la défense de l’entreprise non plus, puisqu’ils sont les premiers à les reprendre.

Or, dans les entreprises, ils ont monopolisé l’intervention, l’expression, les droits de représenter les salariés, de décider des revendications, des moyens d’action, d’unir ou pas les différents secteurs et professions, etc.

Et tous sont unanimes sur un point : le mouvement syndical n’est pas dirigé par des partis politiques. Mais la réalité est différente : ils défendent l’idée que le mouvement ouvrier n’intervient pas directement sur le terrain politique, que la classe ouvrière n’est pas une classe destinée à décider en politique, à développer un point de vue politique s’adressant à toute la société, aux autres couches et classes sociales, n’est pas une classe qui se prépare à diriger toute la société, lorsqu’il sera patent que l’ancienne classe dirigeante, la classe capitaliste, n’est plus en état de faire avancer le monde…

Par contre, là où les syndicats font de la politique, c’est en se liant à l’appareil d’Etat, en participant à des organismes et institutions d’Etat, en étant financés sur fonds d’Etat, et, bien entendu, il s’agit d’un Etat bourgeois, entièrement aux mains de la classe capitaliste, et qui exige bien des choses en échange de ces financements, de ces postes, de ce petit pouvoir syndical octroyé aux bureaucraties.

Il en résulte un étouffement politique du prolétariat, qui n’a plus de parole politique indépendante, et laisse ainsi entièrement le terrain politique à ses adversaires. Ceux-ci tiennent le haut du pavé et pas seulement lors des élections. Ils tiennent le micro dans les télévisions, écrivent dans les journaux, parlent dans les radios. Et on les entend sans cesse affirmer que la classe ouvrière est une privilégiée, qu’elle ponctionne l’économie, qu’elle s’accroche comme une malade à des avantages dépassés, qu’elle refuse d’aller de l’avant pour réformer le monde, qu’elle n’est que négative pour les jeunes générations, qu’elle siphonne les fonds publics, et on en passe… Tout au plus, les syndicats répondent en pleurnichant, ce qui crédite encore ce discours mensonger ! De temps en temps, ils répondent à une loi en descendant dans la rue, sans jamais enclencher un vrai mouvement de lutte puisque la journée suivante, tout est fini !

Ces syndicats, soi-disant apolitiques, soutiennent parfois des partis politiques aux élections, comme les syndicats français ont soutenu Hollande contre Sarkozy, ou les grands syndicats américains ont soutenu Trump. Jamais ils n’ont soutenu ces dernières années de parti véritablement ouvrier, au sens politique de classe, ni révolutionnaire, bien entendu, le réformisme étant général à ce type d’organisation.

Et surtout, ces appareils syndicaux n’offrent aucune boussole politique pour un monde capitaliste qui est tout entier politique et pas seulement économique. Sans le pouvoir d’Etat, la classe capitaliste ne tiendrait pas une journée !!! Eh bien, les appareils ne combattent pas davantage le mensonge selon lequel l’Etat serait au service des citoyens, quelle que soit leur classe sociale, qu’ils ne combattent l’idée selon laquelle la propriété privée des moyens de production, le capitalisme, serait le seul horizon de la société humaine, le seul avenir possible !

Tous ceux qui s’activent au sein des syndicats de salariés sont bien entendu, pour l’immense majorité, des travailleurs sincères, soucieux de se défendre et de défendre leurs camarades de travail mais le cadre étouffant et profondément réformiste du syndicalisme intégré au monde capitaliste et à l’Etat bourgeois les amène sans cesse à subir une influence démoralisante, dépolitisante, désastreuse sur tous les plans et d’abord au plan politique et de classe. Le syndicalisme réformiste reste attaché aux mensonges de la démocratie bourgeoise et aux tromperies de l’Etat au service de tous. Il reste attaché également au culte de l’entreprise, au culte de la nation, au culte de l’Etat. En somme, s’il négocie pour améliorer les conditions de travail des salariés, c’est seulement pour discuter du poids des chaînes et de la couleur des barreaux de prison, pas pour organiser l’insurrection des prisonniers !!!

Tout cela ne suffit pas, cependant, à rassurer les classes dirigeantes. Et elles, le passé de luttes révolutionnaires du prolétariat, elles ne l’ont pas oublié. Elles n’estiment pas que la distance des cent ans de la révolution russe et européenne, ce soit complètement dépassé. Elle savent que leur propagande pour dire que le « communisme, c’est mort », depuis la chute du mur de Berlin en 1989, est tout à fait insuffisant à éviter des lendemains révolutionnaires et prolétariens dès qu’il deviendra évident que l’effondrement du capitalisme a été seulement retardé en 2008, par des méthodes artificielles et financières qui ne font qu’aggraver l’ampleur de la crise, mais nullement empêché réellement, que la chute reprendra inexorablement à la prochaine faillite financière et bancaire. Ils savent qu’alors on ne s’en tiendra pas aux débuts de révolution comme dans le monde arabe et en Afrique, mais que les révolutions vont gagner les pays riches et prolétariens, à commencer par la Chine, l’Inde et même l’USA et l’Europe. Elles commencent déjà à se développer en Europe de l’Est…

Les classes dirigeantes savent que c’est bel et bien la propriété privée des moyens de production qui est fondamentalement mise en cause par la chute du capitalisme actuelle. En effet, c’est ce cadre étouffant, inséparable du système capitalisme, qui a constitué son mécanisme dynamique et se transforme aujourd’hui en mécanisme de frein, d’étouffement, de destruction, de casse du système lui-même. En effet, tant que le système allait de l’avant, les capitaux supplémentaires gagnés allaient pour l’essentiel à l’investissement productif, lequel fabriquait de nouvelles plus-values, qui étaient encore réinvesties.

La dynamique produisait une stabilité structurelle, même si son caractère en grande partie aveugle, entraînait périodiquement des destructions massives, lors des crises économiques. Mais les arbres ne montent pas au ciel et la croissance du grand capital avait, elle aussi, ses limites… Une fois celles-ci atteintes au début des années 2000, tous les moyens artificiels de prolonger la croissance des capitaux ayant été utilisés, y compris la titrisation des dettes, il est devenu patent que le capital privé sciait lui-même la branche sur laquelle il était assis, ponctionnant l’économie pour spéculer dans des proportions inconnues dans l’histoire du capitalisme, jouant sur les effondrements, misant sur les dettes publiques comme privées, achentant des titres pourris, jouant la décomposition, la chute, l’endettement, la perte, comme autrefois il jouait sur la réussite, l’investissement, la production, le succès… Or, les capitaux sont libres, même dans une économie dirigée et contrôlée par l’Etat bourgeois et ils sont parfaitement capables, défendant comme toujours leur intérêt particulier plutôt que l’intérêt général, fût-ce celui du système, et même libre d’intervenir pour s’enrichir en détruisant, en cassant…

Les classes dirigeantes savent que le système est parvenu à un point de telle instabilité que la seule alternative est devenue : révolution sociale ou contre-révolution. C’est pour cela qu’elles se sont lancées dans une politique de développement des forces fascistes à l’échelle planétaire et ont commencé également à préparer les peuples à la guerre mondiale.

Mais elles savent aussi que les travailleurs n’ont pas été battus pour autant…

Elles font semblant d’avoir déjà gagné. Elles tentent d’impressionner les travailleurs par leurs programmes antisociaux, par leurs programmes démagogiques, par leurs fausses perspectives nationalistes, et elles tentent de les diviser par leurs déclarations racistes, xénophobes, opposant les religions, les régions, les ethnies, les couleurs de peau, les races, les sexes, les genres, les âges, les quartiers, etc.

Mais elles n’ont pas vaincu la classe ouvrière et elles le savent.

C’est pour cela que les classes dirigeantes restent craintives. C’est pour cela qu’elles tiennent prêtes des guerres et même la guerre mondiale. Car alors toute lutte sociale sera interdite…

Mais, nous travailleurs, devons savoir que notre force sociale est intacte, que nos perspectives sont toujours valides, que notre rôle reste essentiel et aura une importance historique. Même les efforts que font nos adversaires pour nous discréditer doivent nous rappeler qu’aujourd’hui, comme en 1917, nous sommes une classe exploitée et opprimée mais aussi une classe qui a les moyens non seulement de se défendre mais de mettre dehors l’ancienne classe exploiteuse et de diriger toute la société pour le bien de l’immense majorité de la population. Aujourd’hui, alors qu’on tente de nous déboussoler, de nous décourager, de nous diviser, nous devons nous rappeler le slogan des opprimés : « nous ne sommes rien, soyons tout ! »

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