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Bilan de quelques semaines d’agitation politique en France autour de l’élection présidentielle

mardi 9 mai 2017, par Robert Paris

Bilan de quelques semaines d’agitation politique en France autour de l’élection présidentielle

Malgré un niveau de débat politique plus bas que jamais, l’élection a suscité un intérêt certain dans la population et créé une certaine émotion. Tout le monde a relevé que cette élection n’avait rien de classique. La cause n’en est pas seulement aux affaires et aux attaques politiciennes qui ont émaillé la campagne. Le résultat des différents votes est un nombre considérable d’insatisfaits, quelque soient leurs votes. L’impression habituelle d’un ordre politique et social n’y était pas : l’élection a même semblé accentuer le désordre dans le pays… Mais, contrairement aux apparences, cette élection a répondu à une certaine logique : celle des intérêts de la classe possédante, l’infime minorité liée aux banques, aux trusts, aux grandes assurances, à la spéculation et aux bourses. Et ce n’est pas seulement parce que c’est leur candidat, Macron, qui a été largement élu. Mais parce que toute la campagne, y compris celle des adversaires de Macron, a servi à préparer l’avenir, sous-entendu celui de ces profiteurs ! Et tout en faisant croire que ce n’était que l’expression de la volonté populaire.

Tout d’abord il y a eu le discrédit des grands partis traditionnels de la gauche et de la droite et à celui de quelques personnalités en vue : Hollande, Valls, Sarkozy, Copé, Juppé, Fillon, l’élection devenant une espèce de jeu de massacre pour supprimer, successivement, les plus détestés ou méprisés d’entre eux. Ils seraient ainsi les victimes des « affaires », des « scandales », de la corruption, des petits mots déplacés, de leur manque de hauteur, de leur absence de courage politique, du mépris du peuple, de leur attitude altière, grossière ou méprisante, de leur manière de se servir eux-mêmes, de leur peoplisation, et ainsi de suite… Mais c’est rester en surface des choses.

Si les hommes politiques, si les gouvernants, si les partis se discréditent de plus en plus vite, en France comme dans le monde, c’est à cause du mécontentement social lié à la crise économique.

Le fond des choses, c’est la crise économique mondiale, dont on n’est pas sortis depuis 2007, et ses conséquences sociales, politiques et militaires et qui change le caractère des « démocraties ». On l’a bien vu aux USA, en Angleterre comme en Allemagne, pour ne citer que quelques exemples récents et marquants. Ce n’est pas un produit de la politique politicienne hexagonale en somme… Dans les pays cités aussi, l’élection n’a pas eu le caractère classique, ne s’est pas achevée dans le calme sur une réconciliation, et la démocratie bourgeoise n’a pas eu son effet habituel… C’est qu’il se passe quelque chose d’autre que l’agitation politicienne et le discrédit du personnel politique.

La réalité, c’est aussi que la démocratie bourgeoise ne permet pas de discuter ni de décider ce que les peuples souhaitent faire face à cette crise du système capitaliste, au point qu’aucun candidat dans aucun pays ne se permet même d’y faire allusion… Cela provient du fait que cette crise mondiale ne touche pas tel ou tel point du fonctionnement ou des politiques étatiques mais les fondements même du système qui domine le monde. Et si les gouvernants du monde sont incapables de trouver des solutions pour sortir de la crise qui mine l’ensemble du système, les investissements productifs étant en berne, les politiciens se gardent de l’évoquer dans leurs programmes ! Tout ce qu’ils savent faire, c’est détourner l’attention des vrais problèmes, faire croire que la question serait nationale alors qu’elle est internationale, faire croire que la question est celle des politiques d’Etat alors que c’est celle des choix des possesseurs de capitaux, faire croire qu’il y a des solutions gouvernementales au problème alors qu’ils savent parfaitement qu’il n’y en a pas.

De ce point de vue, celui de l’écran de fumée, l’élection a pleinement joué son rôle…

Mais ce n’est pas le seul : elle a joué son rôle aussi pour créer de faux pôles d’opposition politique et même sociale. En effet, la classe possédante se doute que les travailleurs et les milieux populaires ne vont pas se contenter d’exprimer leur colère dans les urnes et ils veulent faire en sorte de détourner aussi les prochaines luttes sociales.

Pour cela, plusieurs contre-feux sont maintenant établis sur le plan politique. D’un côté, le Front National qui se présente comme l’expression de la « colère sociale » pour ne pas dire de celle des travailleurs et qui affirme qu’il va créer partout des comités, y compris dans les entreprises ! De l’autre, le Front de Gauche, les Insoumis et le PCF qui ont affirmé avoir montré, par le nombre de leurs voix et le succès de leurs meetings, qu’ils étaient l’opposition sociale ! Et ces deux fronts affirment que l’ennemi numéro un n’est pas la bourgeoisie française mais l’Europe !!! En somme, la colère sociale est d’avance envoyée dans le mur, poussée à ne pas s’attaquer à ses véritables ennemis et envoyée, démagogiquement, vers le nationalisme exacerbé qu’il soit d’extrême droite ou de gauche !

Tout, dans cette élection, a tourné autour des questions de l’Europe et de l’euro mais toute la réalité, économique, sociale et politique, est liée à la crise mondiale de 2007-2008 et celle-ci n’a aucune cause, aucune racine qui s’appellerait Europe ni euro !! C’est donc une belle tromperie qui nous est présentée comme l’objectif de nos luttes sociales, trompées d’avance, détournées d’avance de leurs vrais objectifs, de leurs véritables cibles, de leurs perspectives !!

Pour le reste, toute la campagne électorale française a tourné autour des politiques et gestions des fonds publics, sur les trous dans les comptes de l’Etat, mais sans jamais toucher aux véritables raisons de ces déficits publics : les milliers de milliards d’euros qui sont affectés à aider les capitalistes, à leur suppléer dans les investissements productifs, à leur racheter des titres nocifs, à soutenir la bourse, à « sauver » les trusts et les banques…

On nous a présenté les déficits publics comme le produit de la gestion des services publics, et aussi on a présenté les incapacités de la bourgeoisie à embaucher et à investir comme un sous-produit des impôts et des déficits publics. Tout cela à faux ! C’est blanchir la bourgeoisie, la laver de son incapacité à faire fonctionner sn propre système.

Tous les partis politiques, dans cette campagne, s’y sont entendus pour faire croire que le système capitaliste pouvait parfaitement fonctionner, à condition qu’on en vienne aux « solutions » qu’ils proposaient, mais aucun d’entre eux ne s’est permis d’affirmer qu’ils avaient une solution face au prochain krach financier !!! Non, ils n’en ont tout simplement pas parlé !

Parler même du système capitaliste n’est pas dans les coutumes du monde politicien, chargé à l’inverse d’en détourner l’attention et de faire comme si tout découlait de la politique des gouvernants. Chacun peut ou pas s’attaquer à Hollande en l’accusant de n’avoir pas inversé la courbe du chômage mais il est convenu de ne pas en accuser la classe possédante, pourtant celle qui supprime massivement les emplois au lieu d’en créer. Tout le monde politicien fait comme si le chômage permanent et de masse n’existait qu’en France alors qu’il touche le monde entier. Tout le monde fait comme si la chute des investissements productifs n’était que française alors qu’elle est mondiale. Tout le monde fait comme si on était dans une crise française ou, à la rigueur européenne, ce qui est absolument faux !

Mais le vrai enjeu n’est pas l’élection elle-même : c’est la situation des classes sociales et, demain, leur affrontement !

L’enjeu est d’importance : il s’agit pour la classe capitaliste de battre la classe ouvrière avant que les situations économiques catastrophiques n’entrainent un discrédit pour leur système qui touche aussi la petite-bourgeoisie, risquant de lier cette dernière aux travailleurs contre les capitalistes. Mais ce combat ne peut être gagné par les seules élections, bien entendu. Aucune classe sociale n’a jamais gagné la partie simplement en gagnant une élection, pas plus la classe ouvrière que la classe capitaliste.

Le patronat s’estime actuellement en bonne position, socialement comme politiquement, pour gagner un affrontement sur le terrain social. Sans doute que cette confiance en soi vient aux classes dirigeantes du fait des politiques gouvernementales et notamment celles de Hollande-Valls, dont Macron se veut le continuateur en pire, mais aussi du fait des politiques des bureaucraties syndicales qui ont toujours servi à lanterner les travailleurs, à limiter les réactions ouvrières, à empêcher qu’elles s’auto-organisent, à affaiblir les travailleurs en les divisant entreprise par entreprise, corporation par corporation et en limitant les réactions d’ensemble à des journées d’action que le patronat et le gouvernement ne craignent nullement.

Cependant, le patronat, qui se croit du coup les coudées franches pour s’attaquer aux acquis sociaux, fait erreur. La classe ouvrière, ce n’est pas les syndicats. Ce n’est pas non plus les réformistes. La colère sociale, trop longtemps accumulée, peut très bien exploser, déborder les calculs syndicaux ou politiques des réformistes de tous poils, et transformer une offensive patronale et gouvernementale en contre-offensive ouvrière. Cela s’est produit en 1936, en 1953, en 1968 et en 1995. La différence avec la situation actuelle, c’est que le capitalisme est déstabilisé, qu’il est en bout de course, qu’il n’a plus de perspective économique donc sociale et politique, et que les travailleurs, eux, vont être amenés, face à l’effondrement du système, à se poser le problème de prendre en mains les rênes de la société. La classe patronale peut pavoiser mais elle a peu de temps pour le faire. La crise historique du capitalisme a pu être retardée depuis 2008, à coups de milliers de milliards de dollars de fonds publics, mais elle ne peut pas être évacuée. Le moteur du capitalisme, l’investissement productif privé, n’a pas repris et ne reprendra pas, quels que soient les cadeaux des gouvernants aux capitalistes. L’avenir de l’humanité appartient aux travailleurs, s’ils s’en montrent dignes ! Ils ont bien des choses à apprendre mais les situations qui viennent peuvent les y aider. Ils ont un grand pas en avant à faire qui peut sembler énorme mais, s’ils ne le faisaient pas, le pas en arrière que fera l’humanité semblera lui aussi… énorme !

« Aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l’arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. » disait déjà Léon Trotsky dans "L’histoire de la révolution russe" !

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