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Ne pas se laisser piéger dans la fausse perspective syndicale des « journées d’action » à répétition

mardi 10 octobre 2017, par Robert Paris

Edito

Ne pas se laisser piéger dans la fausse perspective syndicale des « journées d’action » à répétition

A part les promenades dans les rues, il n’y a pas d’action dans les journées syndicales car leur conception est de « s’exprimer », de « montrer notre désaccord », de « protester », de « faire comprendre au gouvernement et au patronat qu’on n’est pas d’accord ». Comme si nos adversaires ne l’avaient pas déjà compris, ne le savaient pas d’avance, connaissant l’ampleur de l’attaque anti-sociale qu’ils mènent, attaquant les salariés et les milieux populaires en même temps sur tous les terrains, dans tous les domaines.

Et la riposte, ou ce qui se prétend telle, ne consiste nullement à réagir dans tous les domaines en même temps. Pas du tout ! Il y a eu une journée d’action des retraités, une action des routiers, une action isolée des entreprises qui licencient, une action maintenant des fonctionnaires. Il y aura aussi une action séparée des cheminots, etc, etc…

Cette stratégie des « journées d’action », sans action quelconque pour s’attaquer à ceux qui s’attaquent à nous, même quand elle consiste en journées nationales interprofessionnelles, sans que les appareils syndicaux ne mobilisent réellement ensemble public et privé, actifs et chômeurs, en fixe et précaires, avec et sans papiers, dans une action de classe, n’a jamais rien donné, que ce soit en France, en Angleterre, en Espagne, en Grèce ou ailleurs, même si elle a mené à des apparences de mobilisations monstres, par leur nombre et pas par leur force, comme cela a pu être le cas en Angleterre, en Grèce, en Inde ou ailleurs. Toujours le même échec, quels que soient les gouvernements en face.

Et cela parce que, depuis 2007, l’enjeu des luttes sociales n’est plus le même. Certes, les centrales syndicales, tout comme les réformistes politiques ou associatifs, ont fait comme si rien n’était changé et que l’on pouvait mener les luttes sociales avec des petites manifestations de protestations pour obtenir des petits reculs, avec des négociations, avec des accords, avec des petites avancées et des petits reculs, avec un petit ballet entre patronat, gouvernement et syndicats. Ce qui a changé, c’est que les classes possédantes ne peuvent plus reculer du tout, elles sont dos au mur, non pas qu’elles manquent d’argent mais parce que, socialement et politiquement, il faut qu’elles attaquent, il faut qu’elles démolissent, consciemment et méthodiquement, le moral de la classe exploitée. Ce qui le nécessite, c’est la perspective économique, très noire, du capitalisme : aucune sortie de crise en vue, seulement attendre le prochain krach en sachant qu’alors le système ne possèdera plus les moyens financiers de retarder l’échéance comme il l’a fait, très artificiellement en 2008 !

Bien sûr, les centrales syndicales, et les réformistes de tous poils, allant jusqu’à la gauche de la gauche, pseudo-insoumise, incluant l’extrême-gauche officielle, tous prétendent que la solution réformiste existe encore, que les capîtalistes ont de l’argent et peuvent payer, que l’on peut favoriser la consommation populaire sans détruire le système. Et c’est faux ! Il n’est pas possible de conserver le capitalisme et de conserver en même temps le niveau économique et social de la classe exploitée. Il n’est même pas possible, du point de vue des classes possédantes, de continuer à laisser une classe ouvrière capable de mener des luttes, ayant conservé son moral intact, et qui n’ait pas été démolie durablement. D’où la nécessité pour tous les gouvernants du monde d’infliger aux travailleurs des défaites sociales et politiques marquantes, d’où la nécessité pour nos adversaires de nous jeter dans des idéologies réactionnaires, xénophobes, racistes, fascistes, partout dans le monde, des pays riches aux pays pauvres, des USA à l’Afrique, de l’Orient à l’Asie et à l’Europe.

Le monde est plus que jamais divisé en classes sociales, aux intérêts diamétralement opposés, et le fossé entre elles est plus grand que jamais. La volonté sociale et politique des réformistes de continuer à jeter des ponts entre exploiteurs et exploités ne peut que se heurter de plus en plus à la réalité, celle de l’exacerbation de la lutte de classes. En s’y refusant, les prétendus dirigeants de la classe ouvrière se gardent de laisser la bride sur le cou aux travailleurs. Ils font semblent de mener des luttes pour éviter toute tentative d’auto-organisation des travailleurs. C’est tout l’objectif des « journées d’action ». Il ne vise pas à frapper nos adversaires mais à nous encadrer nous, à cantonner notre colère, à réduire nos liens entre travailleurs, à empêcher notre auto-organisation, à fatiguer notre combativité, mais certainement pas à battre nos ennemis.

Jamais les centrales syndicales n’ont été aussi hostiles aux assemblées ouvrières, aux comités de grève, aux comités de lutte, aux coordinations, aux interprofessionnelles, à la prise de décision par les travailleurs eux-mêmes des revendications, des moyens d’action, des buts, des stratégies de lutte. Qu’ils agissent en intersyndicale ou avec un syndicat dominant la lutte n’y change rien. Toutes les centrales syndicales optent pour le réformisme alors que ce dernier est devenu une impasse dangereuse. Quand le capitalisme est à l’agonie, s’y accrocher c’est se condamner à mourir avec lui.

La seule perspective prolétarienne est nécessairement révolutionnaire socialiste, ce qui suppose la remise en cause de la propriété privée des moyens de production, des entreprises et des capitaux, des banques et des trusts, et la remise en cause du monopole des classes possédantes sur les pouvoirs d’Etat, sur les armées, sur les polices, sur les administrations, sur les gouvernants. Or, le syndicalisme mondial s’est détourné depuis longtemps de cette voie là, s’est adapté au capitalisme, s’est habitué à ne plus faire que négocier le poids des chaînes des esclaves salariés. Maintenant que le grand capital se détourne massivement des investissements productifs, détruit les emplois, les salaires, détruit ainsi le système lui-même, qui avait toujours reposé sur la plus-value extraite du travail humain et ne survit que grâce aux aides d’Etat, la stratégie réformiste devient un piège mortel pour la classe exploitée, l’empêchant complètement de développer sa propre perspective sociale et politique, une société débarrassée de la mainmise du grand capital.

Certains reculent devant cette perspective en disant : nous n’arrivons pas à défendre nos emplois, nos salaires, nos services publics, nos aides sociales, notre code du travail, etc., nous ne serons certainement pas capables de mener une révolution sociale. C’est absolument faux. En 1917, en pleine première guerre mondiale, les prolétaires russes ne pouvaient pas défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs vies face à la boucherie mondiale, mais ils ont pu prendre le pouvoir en Octobre 1917 et bâtir l’Etat des conseils ouvriers !

Cent ans plus tard, nous sommes face au même choix : s’enfoncer chaque jour davantage ou faire un grand pas révolutionnaire en avant !

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