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La cigale et la fourmi, le moralisme du travail...

vendredi 23 février 2018, par Robert Paris

Editorial

La cigale et la fourmi, tu parles !

Travaillez dur et vous ne serez pas menacés par la misère quand les temps seront plus difficiles, telle est la morale du conte de « La cigale et la fourmi ». Rien n’est plus éloigné de la réalité du monde actuel. Aucun salarié, et maintenant même plus les fonctionnaires, n’est assuré, en travaillant dur, de conserver un emploi, un salaire, et d’avoir les moyens de subsistance pour demain. Le fait d’avoir accumulé un peu de bien dans un compte en banque, dans des assurances-vie, dans des épargnes n’est pas une garantie : la prochaine crise bancaire se prépare à les avaler tout cru, suivant ainsi la loi Sapin II !

Les fonctionnaires sont globalement menacés par la privatisation, par la suppression du statut de fonctionnaire, y compris à la SNCF, y compris dans l’hôpital public et même dans l’enseignement et la recherche. Les salariés du privé voient la disparition du CDI. La garantie de l’emploi est du passé dans tous les secteurs d’activité, dans toutes les professions, partout dans la classe ouvrière. Public comme privé, ni l’emploi, ni le salaire, ni le site, ni la charge de travail, ni la retraite, ni les conditions de travail ne sont plus garantis…

Cette attaque anti-sociale de grande ampleur, une lutte de classe clairement et nettement menée par la classe possédante et son Etat signifie que les exploiteurs ne craignent pas les fausses réactions syndicales. Il suffit de voir que ceux-ci proposent aux cheminots de lutter séparément (le même jour mais à part des autres fonctionnaires !) pour voir à quel point une attaque d’ensemble n’a en face d’elle que des ripostes partielles, localisées ou corporalisées, par journées ou par secteur.

Mais cela ne signifie nullement que le capitalisme triomphant caracole de victoire en victoire car son système d’exploitation, ayant atteint ses limites, ne peut plus que décliner violemment…

Le monde capitaliste, même si, officiellement, son dynamisme se dit reparti, vient de démontrer par un simple effondrement boursier qu’il est plus rapide de perdre les bénéfices que de les gagner : plus d’argent perdu par les bourses mondiales en deux jours que gagné en un an ! Et cela alors qu’officiellement nous serions en pleine phase de prospérité…

Quelle meilleure preuve que la « prospérité » actuelle est complètement factice, produite essentiellement par des investissements étatiques et institutionnels, réalisés à coups de dettes publiques, en creusant d’un côté pour faire semblant de remplir de l’autre… Les spéculateurs ne se contentent pas du discours « tout va mieux » et les bourses chutent en pleine euphorie (officiellement du moins) du côté des gouvernants bourgeois. Cette distorsion criante doit nous éclairer sur l’état réel du capitalisme. Ce sont les distorsions qui apparaissent illogiques qui permettent de comprendre la réalité du fonctionnement, disait Darwin à propos de l’évolution des espèces vivantes, et on peut en dire autant des autres lois, qu’elles soient physiques, biologiques, économiques ou sociales. Ce qui paraît fonctionner normalement ne nous indique pas clairement la réalité des choses mais les dysfonctionnements criants nous alertent sur les lois qui règlent le monde et sur l’état du monde.

Que le capitalisme ayant atteint un tel niveau de richesse ne se voie aucun avenir, au point de développer partout des guerres, des affrontements, des violences contre les peuples, des fascismes et des dictatures, est une distorsion criante qui doit nous alerter sur son état réel. Que les capitalistes tiennent un discours rassurant et se préparent en même temps à un effondrement historique, pire qu’en 2007-2008, est tout aussi remarquable et doit être une source de nos réflexions.

Certes, jamais le grand capital mondial accumulé n’a atteint un tel niveau, ce qui pourrait apparaître comme un succès historique pour le système d’exploitation, mais jamais aussi une telle fraction de ce capital n’a été aussi incapable de s’investir dans la production, se retrouvant désœuvré et obligé de rechercher des investissements hautement spéculatifs, aussi ridiculement bidon que les bitcoins et autres monnaies fictives ou que les investissements sur les dettes privées et publiques.

Mais, direz-vous, et le produit brut qui grimpe ? Eh bien, il grimpe à coups d’aides publiques, à coups de dettes en cascade qui font semblant de créer de la richesse, l’essentielle de ces « richesses » s’écroulant à la moindre crise financière ! Ce sont les Etats et les banques centrales qui font tout pour faire grimper l’activité apparente du capitalisme, les propriétaires privés de capitaux n’y participent qu’à la marge et cela aussi, c’est une distorsion très remarquable qui doit nous alerter sur l’état réel du système capitaliste !

L’exemple de la politique publique de la France est remarquable. La dynamique économique n’y est pas fondée sur les investissements productifs privés mais sur des investissements à fonds perdus de l’Etat. Il cautionne des dettes massives de tous les ministères (Santé, Enseignement, Recherche, Transports, Communications, etc.) lesquels creusent des trous financiers dans tous les comptes, ceux des hôpitaux comme ceux des universités ou de la recherche essentiellement pour construire partout des bâtiments neufs. Or ces hôpitaux ou ces universités sont déjà dans le rouge. On se sert ensuite de ces dettes pour leur imposer une austérité très dure et une quasi destruction de leur fonctionnement normal et des suppressions massives d’emplois !

Ce sont des systèmes de cavalerie financière à la Madoff qui permettent aux services étatiques d’emprunter au grand capital pour investir dans le Bâtiment, dans l’Informatique, dans le Médicament, dans l’Armement, dans l’Automobile, etc. Mais, pour chaque euro investi, il y dix euros de dettes produits ! Cela signifie qu’il faut creuser de plus en plus profond, avec tous les risques d’effondrements sous-terrains, pour bâtir en hauteur sur des bases solides inexistantes. Plus dure le maintien de l’économie capitaliste depuis le krach de 2007-2008, plus les fondements sont branlants et plus on a construit sur du vide.

Pour les salariés, cette situation se traduit aussi par des distorsions criantes. Le chômage de masse ne recule pas mais on impose aux salariés de travailler de plus en plus vieux ! Les suppressions d’emploi se multiplient mais on exige de chaque salarié une charge de travail accru, qu’on travaille dans le public ou dans le privé !

On nous dit que le grand capital n’a jamais autant accumulé de richesses mais les non propriétaires du grand capital, c’est-à-dire 99,9 % de la population mondiale, sont plus menacés par la misère que depuis des décennies. Il n’y a jamais eu autant de précarité du travail, jamais autant de chômage de masse, jamais autant d’instabilité économique et sociale ! Même la petite bourgeoisie est menacée ! Les régimes politiques du monde sont menacés par la montée du mécontentement qui se traduit souvent massivement dans la rue. La violence gagne les métropoles des pays impérialistes. Toutes les inégalités, toutes les instabilités, toutes les ruptures, tous les affrontements sont favorisés par cette situation mondiale.

Bien entendu, le monde du travail continue à considérer que l’emploi, l’entreprise, le travail sont la source de toute sécurité mais cela apparaît moins vrai que jamais ! Se dévoile de plus en plus clairement que l’on ne peut plus compter sur ce système pour assurer un avenir et que la génération suivante ne pourra certainement pas assurer le sien dans ce cadre étriqué.

Certes, les réformistes, politiques comme syndicaux, continuent d’affirmer que, dans le cadre étouffant de la propriété privée des moyens de production, des entreprises et des capitaux, on peut continuer à défendre les intérêts économiques et sociaux du Travail tout en conservant le sacro-saint pouvoir du Capital, mais c’est un mensonge de plus en plus criant, de plus en plus difficile à croire, de plus en plus trompeur et dangereux ! On contraint ainsi les prolétaires à se raccrocher à un Titanic qui coule. On les empêche ainsi de développer leurs propres perspectives économiques et sociales, leur projet historique de transformation de la société. Alors que le grand capital, lui-même, ne fait pas confiance en l’avenir de son système d’exploitation, on oblige les exploités à s’y raccrocher, et à ne surtout pas préparer un autre avenir que ce système complètement dépassé par ses propres succès et incapable de développer un avenir de la société humaine que des catastrophes guerrières et fascistes, incapable de faire autre chose que de bombarder les peuples aux quatre coins du monde en les prenant entre les deux feux du terrorisme et de l’anti-terrorisme.

Les réformistes se gardent bien d’expliquer pourquoi le capitalisme, en phase de prospérité, s’attend à un effondrement financier et bancaire massif, pourquoi le grand capital se refuse à investir dans la production, pourquoi ses dettes publiques et privées grandissent follement et dangereusement, pourquoi le grand capital a plus que jamais besoin de sa béquille étatique. Ils se gardent bien de nous montrer que les luttes sociales actuelles ne doivent pas se limiter aux revendications partielles et locales mais, au contraire, unir tous les exploités et les opprimés dans un combat d’ensemble face à une faillite d’ensemble de la société bourgeoise. Ces réformistes dénoncent la politique des gouvernants ou des classes dirigeantes et font comme si ces politiques ne provenaient que de la rapacité ou de la méchanceté foncière des possédants et qu’il suffisait d’un peu de protestation pour faire barrage à ces politiques. Ils se gardent de montrer pour quelle raison la situation sociale ne cesse d’empirer, ce qui est contradictoire s’il était vrai que le capitalisme se portait bien. Ils se gardent de montrer que l’incapacité d’investir des capitalistes prouve que le système a atteint ses limites historiques et que, du coup, au plus haut niveau de ses capacités, il n’a plus comme perspective que de s’effondrer. Ils se gardent bien de montrer que l’humanité, elle, n’a plus comme alternative que de changer de système, abandonnant la propriété privée des moyens de production, ou de s’effondrer avec le système de domination mondial. Et, ce faisant, ils affaiblissent considérablement le camp des travailleurs, tout en faisant semblant de s’agiter, de s’activer, de se manifester, de protester, de bouger en tous sens, de dénoncer, de combattre les reculs, de refuser les nouvelles attaques et autres balivernes…

En réalité, le réformisme ne fait que désarmer la classe ouvrière, de lui faire perdre confiance dans ses capacités, dans ses perspectives, dans son avenir et dans son rôle historique.

La seule manière de renverser ce cours catastrophique, c’est l’auto-organisation des travailleurs, ce sont les comités de grève, les comités de lutte, les coordinations, les assemblées de travailleurs, toutes les formes d’organisation de masse des salariés sur leurs lieux de travail et d’habitation. C’est le seul moyen pour organiser ensemble tous les secteurs, toutes les professions, toutes les catégories, du privé et du public, actif comme chômeurs, en fixe comme précaires, hommes et femmes, français et étrangers, le seul moyen de faire du prolétariat une véritable force politique qui postule à gouverner à la place du grand capital et qui s’adresse aux autre couches sociales non exploiteuses, aux petit-bourgeois, aux jeunes, aux retraités, aux milieux populaires pour leur proposer une véritable perspective sociale et politique et pas la perspective fausse de la réforme impossible du capitalisme.

Que l’on travaille dur ou pas, ce n’est pas cela qui sauvera notre emploi. De grandes entreprises qui étaient profitables ont fermé. Sacrifier le salaire, les conditions de travail, les primes, les avantages divers ne sauvera pas davantage les emplois. Bien des travailleurs en ont fait l’expérience dans des entreprises où les salariés avaient accepté de « faire des efforts pour l’entreprise ». Le grand capital ne travaille pas pour l’entreprise. Il est même capable d’agir contre l’intérêt général du système, du moins que, dans l’immédiat, c’est son intérêt individuel. Inutile donc d’accepter le moindre recul, il ne sera que le début d’une série d’autres reculs. La seule réponse sera dans le grand coup de colère de la classe ouvrière. C’est là qu’il sera particulièrement indispensable de ne pas mettre à notre tête les organisateurs de toutes les défaites des luttes sociales de ces dernières années : les bureaucrates syndicaux. Même si ceux-ci font alors mine de se fâcher, d’avoir un discours combatif, il ne faudra pas tomber dans le panneau. Il faudra que la classe ouvrière s’organise en comités de travailleurs pour prendre elle-même toutes les décisions et pour les mettre en pratique.

Vive la future lutte d’ensemble organisée par les travailleurs eux-mêmes en vue d’une société entièrement organisée par les travailleurs !

1 Message

  • C’est l’austérité pour tous les services publics, pour les aides sociales, pour les salariés, pour les fonctionnaires mais pas pour l’armement !!!

    Malgré l’austérité, la France va dépenser 37 milliards pour son réarmement nucléaire !!!

    Et le reste des dépenses militaires est exponentiel !

    Les dépenses militaires totales sur 2017-2025 seront au-delà de 300 milliards €, et le budget annuel augmentera plus de 35 pour cent pour s’établir à 44 milliards €.

    On se prépare à faire la bombe en haut lieu !!!

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