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Quel est le point de vue dialectique de Lénine dans « L’Etat et la Révolution » ?

vendredi 30 mars 2018, par Robert Paris

Quel est le point de vue dialectique de Lénine dans « L’Etat et la Révolution » ?

Introduction à « L’Etat et la Révolution » de Lénine

L’ouvrage

« De l’Etat », Lénine

Qu’est-ce que la dialectique ?

Qu’est-ce que la Révolution ?

Qu’est-ce que l’Etat ?

Le monde déterminé par la dialectique de la révolution et de la contre-révolution

Dialectique de l’Etat, dialectique de la Révolution, dialectique de leurs interactions ! Voilà ce qui pourrait résumer l’ouvrage de Lénine !!! Et, au-dessus de tout cela : dialectique de la lutte des classes !!!

Rappelons d’abord ce que signifie un point de vue dialectique, au sens de Marx, Engels, Lénine ou Trotsky, ce sens, qui leur est commun, ayant été complètement perdu, effacé, trahi, trompé depuis…

Dans la dialectique, au sens de Marx, on constate au sein du monde réel, et pas seulement des idées que l’on s’en fait, un combat permanent entre des contraires qui se transforment sans cesse au travers de leur opposition, qui ne se contentent pas lutter l’un contre l’autre y compris jusqu’à la mort de l’un d’entre eux, mais qui se composent, qui se renforcent mutuellement, qui se contredisent mais aussi se confortent, qui sont inséparables et inconcevables l’un sans l’autre, l’interaction mutuelle faisant partie de leur nature.

Etat et Révolution, c’est bien entendu le principal couple dialectique évoqué par l’ouvrage de Lénine mais non le seul. Exploiteurs e exploités, propriétaires et non-propriétaires du capital, révolution et contre-révolution, sont encore des couples dialectiques fondamentaux.

« La dialectique nie les vérités absolues, en expliquant comment s’opère le passage d’un contraire dans un autre et en montrant le rôle des crises dans l’histoire… Que l’intermédiaire entre l’État organe de domination de classe des capitalistes, et l’État organe de domination du prolétariat, soit justement la révolution qui consiste à renverser la bourgeoisie et à briser, à démolir sa machine d’État, cela les réformistes le taisent. » résume ainsi Lénine dans « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky ».

« Le refus d’admettre que les contradictions sociales sont l’élément moteur du développement a conduit, dans le royaume de la pensée théorique, à rejeter la dialectique, comme logique des contradictions. »rajoute Trotsky dans « Défense du marxisme ».

Comme l’affirmait Trotsky dans « Défense du marxisme », c’est la dialectique qui fait le plus souvent défaut aux révolutionnaires dans leurs raisonnements. Et la dialectique en sciences est pour nous bien plus qu’un exemple commode au sein d’un raisonnement et utilisant comme image de la transformation de la quantité en qualité, le passage du liquide au gaz. Cette transformation se produit brutalement, à un seuil, par augmentation graduelle de la température. De même, les pôles positifs et négatifs d’un aimant sont une image de la non-séparabilité des contraires. Le marxisme ne nie pas les oppositions, mais il considère qu’elles s’intègrent dans une structure d’ensemble. Les classes sociales opposées coexistent, leurs intérêts opposés et leurs rapports de force déterminent la société. Bourgeoisie et prolétariat s’opposent, mais la bourgeoisie est contrainte de tenir compte des mouvements de la classe ouvrière et le prolétariat n’est pas un monde à part, séparé par une barrière étanche.

Dans bien des situations, le prolétariat doit prendre la tête de mouvements qui sont démocratiques bourgeois. Ainsi, dans la politique des révolutionnaires, on ne peut disjoindre question nationale des peuples opprimés et internationalisme prolétarien, question démocratiques et question sociale, lutte revendicative et lutte politique, grève offensive et grève défensive, point de vue de classe du prolétariat et nécessité d’une politique s’adressant aux autres classes, etc... Opposer diamétralement révolution ouvrière et revendications bourgeoises mène à l’échec, comme le montre la conception de la révolution permanente. Toute vision en noir et blanc du monde n’est pas une aide pour l’action, car elle efface tout caractère dynamique de l’histoire et remplace l’analyse par un jugement moral figé. Nier les oppositions est aussi nuisible que de les transformer en absolus. Par exemple, il est nécessaire de distinguer revendications démocratiques et revendications prolétariennes ou socialistes mais très dangereux de s’en tenir à leur opposition. Il est nécessaire de distinguer entre Etat bourgeois et Etat ouvrier mais, disait Lénine, il y a encore un Etat bourgeois dans tout Etat ouvrier. Séparer deux notions opposées par un abîme infranchissable, c’est les couper de la réalité, en faire des abstractions inutilisables et non une boussole. Les catégories figées ne suffisent pas à ceux qui veulent comprendre le monde réel pour le transformer : il leur faut des catégories dialectiques. En sciences, la conception dialectique s’oppose ainsi au réductionnisme (comme la sociobiologie qui réduit tout aux gènes et prétend fonder sur eux les inégalités sociales !), comme à l’élémentarisme (par exemple l’atomisme) qui considèrent que ce qui compte est la décomposition en éléments simples et la connaissance de leurs propriétés, les propriétés de l’ensemble étant la simple addition des propriétés des éléments. Bien souvent le réductionnisme a été la première étape de la science : réductionnisme de l’atome, de l’onde, de l’espèce, du gène. La dialectique considère, à l’opposé, que le tout n’est pas la somme des parties et que les différents niveaux ne doivent pas être ramenés à un seul, dit élémentaire. Au contraire, la réalité est perçue comme une interaction des différents niveaux, interaction qui est non-linéaire, chaque niveau n’étant pas assimilable à une simple addition d’éléments du niveau inférieur, mais étant une structure qui les intègre, produisant des propriétés nouvelles.

La raison qui pilote les révolutions est pleine des contradictions dialectiques, au point que la logique classique y perd son latin… Toutes les classes sociales agissent de manière contradictoire et ce n’est pas seulement l’ancienne classe oppresseuse qui subit les conséquences de ses contradictions.

La première, et non la moindre, des contradictions qui pilotent les révolutions est celle entre révolution et contre-révolution. Car la contre-révolution non seulement combat la révolution mais attise celle-ci et l’inverse est bien sûr tout aussi vrai. Les deux se nourrissent et s’activent mutuellement. Bien des actes de l’adversaire ont des effets inverses de ceux qui étaient souhaités. Non seulement, les deux se provoquent mutuellement mais chacune cause des avancées spectaculaires du camp adverse qui atteint ainsi des niveaux de radicalité qu’il n’aurait jamais atteint par lui-même. Et pas seulement de radicalité des moyens employés ou de la violence, mais de radicalité sociale et politique !

La logique non dialectique bute sur les révolutions. Ces dernières visent un but, l’atteignent mais ne s’en satisfont pas, le dépassent, le balayent, oublient complètement qu’elles se l’étaient donné comme but, changent de cap en des temps très courts, en effaçant complètement et rapidement les étapes, en présentant comme réactionnaires les anciens révolutionnaires avec un élan extraordinaire.

La situation objective est la première source des contradictions. Ce sont souvent les exagérations des classes possédantes qui mettent le feu aux poudres. Si celles-ci se comportaient de manière entièrement logiques, rien ne serait arrivé. Mais le propre d’une classe possédante est d’être accoutumée à ce que ses abus lui soient passés, que ces exactions soient oubliées, que ses crimes soient accomplis sans punition, que les non-possédants s’inclinent. La logique de la période non-révolutionnaire les trompe et les amène à agir dans un sens opposé à ce que serait celui qui défend leurs propres intérêts. Ils abusent quand il faudrait lâcher du lest. Mais, inversement, ils vont lâcher du lest quand cela ne peut qu’amener les exploités et les opprimés à prendre la mesure de leur force et de la crainte qu’ils suscitent.

Les possédants vont se jeter dans la guerre pour se sauver de la révolution, mais la guerre ne va faire qu’attiser la révolution, que dévoiler toutes les faiblesses des classes possédantes, et qu’aggraver toutes les haines sociales et politiques.

Les contradictions ne font pas qu’opposer un camp révolutionnaire et un camp contre-révolutionnaire. Elles passent à l’intérieur des deux et attisent tout le mouvement… Au sein de chaque camp, elles amènent des tiraillements, des radicalisations, des tentatives de prendre le dessus, des oppositions, des chocs et des confrontations.

Les révolutions se fondent d’abord sur les contradictions de classe. Non seulement exploitation et oppression opposent les classes favorisées à celles qui en sont les victimes, mais les situations révolutionnaires sont celles où la situation bascule, les faibles devenant forts et inversement, les passifs devenant actifs et inversement.

La logique habituelle indique que les forces armées sont craintes par les peuples désarmés. La logique révolutionnaire inverse cette figure. La révolution est même un point extrême des contradictions internes qui existaient au sein de la société.

Nous appellerons révolution une situation qui mène à l’émergence brutale d’une structure, qualitativement nouvelle, issue de l’agitation et des contradictions à l’échelon hiérarchique inférieur, encore appelée auto-organisation.

Les masses opprimées qui étaient les plus inorganisées de toutes les classes de la société vont brutalement s’organiser et vont même atteindre un tel niveau d’organisation de masse que leurs organisations vont envahir toute la société !!! Qu’il s’agisse des comités de la révolution française, des soviets russes ou des conseils espagnols…

La révolution, c’est d’abord la dualité du pouvoir : pouvoir d’Etat des exploiteurs contre comités des exploités ! C’est la principale contradiction de la situation qui amène celle-ci à se développer sans cesse à partir de ce point de départ : l’auto-organisation des exploités !

Mais le critère numéro un d’une révolution n’est pas à chercher du côté des opprimés mais de celui des oppresseurs. Ce sont eux qui sont en crise. C’est leur système qui ne parvient plus à fonctionner et cela bien avant que cela se traduise par des mouvements sociaux. La situation révolutionnaire est celle où le système n’est pas seulement contesté par les opprimés mais ne fonctionne plus, y compris pour les oppresseurs. Eux-mêmes se sentent menacés. Et toutes les classes sociales sont bouleversées, pas seulement les prolétaires.

La question de la dialectique de la révolution n’est pas une simple question de pure théorie. La dialectique de la situation, c’est le point crucial de la stratégie révolutionnaire du prolétariat.

Lénine expliquait par ailleurs, dans son article « Karl Marx » :

« La tâche essentielle de la tactique du prolétariat était définie par Marx en accord rigoureux avec sa conception matérialiste-dialectique du monde. Seule l’étude objective de l’ensemble des rapports de toutes les classes, sans exception, d’une société donnée, et, par conséquent, la connaissance du degré objectif du développement de cette dernière et des corrélations entre elle et les autres sociétés, peut servir de base à une tactique juste de la classe d’avant-garde. En outre, toutes les classes et tous les pays sont considérés, sous un aspect non pas statique, mais dynamique, c’est-à-dire non à l’état d’immobilité, mais dans leur mouvement (mouvement dont les lois dérivent des conditions économiques de l’existence de chaque classe). A son tour, le mouvement est envisagé du point de vue non seulement du passé, mais aussi de l’avenir, et non selon la conception vulgaire des "évolutionnistes" qui n’aperçoivent que les changements lents, mais d’une façon dialectique : "Dans les grands développements historiques, écrivait Marx à Engels, vingt années ne sont pas plus qu’un jour, bien que, par la suite, puissent venir des journées qui concentrent en elles vingt années" (Correspondance, tome III, p. 127). A chaque étape de l’évolution, à chaque moment, la tactique du prolétariat doit tenir compte de cette dialectique objectivement inévitable de l’histoire de l’humanité : d’une part, en mettant à profit les époques de stagnation politique, c’est-à-dire de développement dit "paisible", pour avancer à pas de tortue, afin d’accroître la conscience, la force et la combativité de la classe d’avant-garde d’autre part, en orientant tout ce travail vers le "but final" de cette classe pour la rendre capable de remplir pratiquement de grandes tâches dans les grandes journées "qui concentrent en elles vingt années". Deux thèses de Marx sont particulièrement importantes à cet égard. L’une, dans la Misère de la philosophie, concerne la lutte économique et les organisations économiques du prolétariat ; l’autre, dans le Manifeste du Parti communiste, est relative aux tâches politiques du prolétariat. La première est ainsi énoncée : "La grande industrie concentre dans un seul endroit une foule de gens inconnus les uns aux autres. La concurrence divise leurs intérêts. Mais le maintien du salaire, cet intérêt commun qu’ils ont contre leur maître, les réunit dans une même pensée de résistance ó coalition... les coalitions, d’abord isolées, se regroupent, et, face au capital toujours réuni, le maintien de l’association devient plus nécessaire pour eux que celui du salaire... Dans cette lutte ó véritable guerre civile ó se réunissent et se développent tous les éléments nécessaires à une bataille à venir. Une fois arrivée à ce point-là, l’association prend un caractère politique." Nous avons ici le programme et la tactique de la lutte économique et du mouvement syndical pour des dizaines d’années, pour toute la longue période de préparation des forces du prolétariat "à une bataille à venir". Il faut rapprocher de cela les nombreuses indications de Marx et Engels, fondées sur l’expérience du mouvement ouvrier anglais, qui montrent comment la "prospérité" industrielle suscite des tentatives d’"acheter le prolétariat" (Correspondance, tome I, p. 136) pour le détourner de la lutte ; comment cette prospérité en général "démoralise les ouvriers" (tome II, p. 218) ; comment le prolétariat anglais "s’embourgeoise" ó "la nation la plus bourgeoise entre toutes [la nation anglaise] semble vouloir finalement posséder à côté de la bourgeoisie une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois" (tome II, p.290) ; comment son "énergie révolutionnaire" disparaît (tome III, p. 124) ; comment il faudra attendre plus ou moins longtemps "que les ouvriers anglais se débarrassent de leur apparente contamination bourgeoise" (tome III, p. 127) ; comment l’"ardeur des chartistes" fait défaut au mouvement ouvrier anglais (1866, tome 111, p. 305) ; comment les leaders ouvriers anglais deviennent une sorte de type intermédiaire "entre le bourgeois radical et l’ouvrier" (allusion à Holyoake, tome IV, p. 209) ; comment, en raison du monopole de l’Angleterre et tant que celui-ci subsistera, "il n’y aura rien à faire avec les ouvriers anglais" (tome IV, p. 433). La tactique de la lutte économique, en rapport avec la marche générale (et avec l’issue) du mouvement ouvrier, est examinée ici d’un point de vue remarquablement vaste, universel, dialectique et authentiquement révolutionnaire. »

Où sont les contradictions dialectiques ? La révolution casse l’Etat ou… elle le renforce…

« Le développement, le perfectionnement, la consolidation de cet appareil bureaucratique et militaire se poursuivent à travers la multitude des révolutions bourgeoises dont l’Europe a été le théâtre depuis la chute de la féodalité. »écrit Lénine dans « L’Etat et la Révolution ».

Il est fait bien plus souvent mention du fait que la révolution renverse l’Etat que de celui, que, lorsque la révolution échoue, cet échec renforce l’Etat de la classe dominante. C’est pourtant une remarque fréquente dans l’œuvre de Marx et Engels, comme le relève Lénine, citant « Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte » :

« Mais la révolution va jusqu’au fond des choses. Elle ne traverse encore que le purgatoire. Elle mène son affaire avec méthode. Jusqu’au 2 décembre 1851 (date du coup d’Etat de Louis Bonaparte), elle n’avait accompli que la moitié de ses préparatifs et maintenant elle accomplit l’autre moitié. Elle perfectionne d’abord le pouvoir parlementaire, pour pouvoir le renverser ensuite. Ce but une fois atteint, elle perfectionne le pouvoir exécutif, le réduit pour pouvoir concentrer sur lui toutes ses forces de destruction. »

Et Lénine commente ainsi :

« La première révolution a développé la centralisation mais en même temps aussi l’étendue, les attributs et l’appareil du pouvoir gouvernemental. Napoléon acheva de perfectionner ce mécanisme d’Etat. »

Il souligne les leçons que de Marx tire de l’expérience de la Commune de Paris dans « La Guerre civile en France » :

« Au XIXe siècle, le pouvoir centralisé de l’Etat avec ses organismes partout présents : armée permanente, police, bureaucratie, clergé et magistrature… Après chaque révolution, qui marque le progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressif du pouvoir d’Etat apparaît de façon de plus en plus ouverte… Après la révolution de 1848-1849, le pouvoir d’Etat devient l’engin de guerre national du Capital contre le Travail… L’antithèse directe de l’Empire fut la Commune… »

Bien sûr, une des conséquences primordiales de cette analyse marxiste, c’est que la révolution doit d’abord détruire l’Etat de la classe dominante pour mettre en place un nouvel Etat :

« Le premier décret de la Commune fut la suppression de l’armée permanente et son remplacement par le peuple en armes… »

Le caractère dialectiquement contradictoire ne réside pas seulement dans les relations, parfois presque pacifiques parfois violentes, entre Etat et Révolution, mais intrinsèquement dans chacun d’eux. L’Etat est lui-même contradictoire et la Révolution l’est également…

La révolution est un affrontement de classes sociales aux intérêts contradictoires mais qui n’en sont pas moins mélangées entre elles, liées autant qu’opposées.

Au sein de l’Etat interviennent aussi des classes contradictoires, classes dominantes, classes moyennes, classes opprimées. Même si l’Etat est globalement au service de la classe dominante, cette opposition frontale est loin d’être aussi tranchée en temps normal, hors des périodes de crise. C’est là la base réelle du réformisme et de l’opportunisme.

Lénine souligne certes que « L’existence de l’Etat prouve que les contradictions de classes sont inconciliables. » Il rajoute que « selon les professeurs et publicistes petits-bourgeois, l’Etat a précisément pour rôle de concilier les classes. Mais l’Etat est un organisme de domination de classe, un organisme d’oppression d’une classe par une autre ».

Les contradictions de la révolution proviennent tout d’abord de l’affrontement entre révolution et contre-révolution, de l’affrontement aussi, plus sournois mais non moins important, entre révolution et réformisme, de la trahison interne de la révolution par les syndicats et les partis politiques réformistes ou opportunistes.

Pourquoi souligner le caractère dialectique de ces processus ? Parce que c’est là que réside leur caractère dynamique !!! Parce que c’est là aussi que résident les principales tromperies sociales comme politiques, celles qui soulignent de prétendus moyens d’amoindrir les affrontements et contradictions, alors même que le processus naturel les active, les concentre, les avive, les pousse à leur terme.

Lénine rappelle :

« Il n’y a pas un grain d’utopisme chez Marx ; il n’invente pas, il n’imagine pas de toutes pièces une société "nouvelle". Non, il étudie, comme un processus d’histoire naturelle, la naissance de la nouvelle société à partir de l’ancienne, les formes de transition de celle-ci à celle-là. Il prend l’expérience concrète du mouvement prolétarien de masse et s’efforce d’en tirer des leçons pratiques. Il "se met à l’école" de la Commune, de même que tous les grands penseurs révolutionnaires n’hésitèrent pas à se mettre à l’école des grands mouvements de la classe opprimée, sans jamais les aborder du point de vue d’une "morale" pédantesque (comme Plékhanov disant : "Il ne fallait pas prendre les armes", ou Tsérétéli : "Une classe doit savoir borner elle-même ses aspirations").

Il ne saurait être question de supprimer d’emblée, partout et complètement, le fonctionnarisme. C’est une utopie. Mais briser d’emblée la vieille machine administrative pour commencer sans délai à en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n’est pas une utopie, c’est l’expérience de la Commune, c’est la tâche urgente, immédiate, du prolétariat révolutionnaire.

Le capitalisme simplifie les fonctions administratives "étatiques" ; il permet de rejeter les "méthodes de commandement" et de tout ramener à une organisation des prolétaires (classe dominante) qui embauche, au nom de toute la société, "des ouvriers, des surveillants, des comptables".

Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne "rêvons" pas de nous passer d’emblée de toute administration, de toute subordination ; ces rêves anarchistes, fondés sur l’incompréhension des tâches qui incombent à la dictature du prolétariat, sont foncièrement étrangers au marxisme et ne servent en réalité qu’à différer la révolution socialiste jusqu’au jour où les hommes auront changé. Nous, nous voulons la révolution socialiste avec les hommes tels qu’ils sont aujourd’hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contrôle, "surveillants et de comptables".

Mais c’est au prolétariat, avant-garde armée de tous les exploités et de tous les travailleurs, qu’il faut se subordonner. On peut et on doit dès à présent, du jour au lendemain, commencer à remplacer les "méthodes de commandement" propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d’une "surveillance et d’une comptabilité", fonctions toutes simples qui, dès aujourd’hui, sont parfaitement à la portée de la généralité des citadins, et dont ils peuvent parfaitement s’acquitter pour des "salaires d’ouvriers".

C’est nous-mêmes, les ouvriers, qui organiserons la grande production en prenant pour point de départ ce qui a déjà été créé par le capitalisme, en nous appuyant sur notre expérience ouvrière, en instituant une discipline rigoureuse, une discipline de fer maintenue par le pouvoir d’Etat des ouvriers armés ; nous réduirons les fonctionnaires publics au rôle de simples agents d’exécution de nos directives, au rôle "de surveillants et de comptables", responsables, révocables et modestement rétribués (tout en conservant, bien entendu, les spécialistes de tout genre, de toute espèce et de tout rang) : voilà notre tâche prolétarienne, voilà par quoi l’on peut et l’on doit commencer en accomplissant la révolution prolétarienne. Ces premières mesures, fondées sur la grande production, conduisent d’elles-mêmes à l’"extinction" graduelle de tout fonctionnarisme, à l’établissement graduel d’un ordre - sans guillemets et ne ressemblant point à l’esclavage salarié - où les fonctions de plus en plus simplifiées de surveillance et de comptabilité seront remplies par tout le monde à tour de rôle, pour ensuite devenir une habitude et disparaître enfin en tant que fonctions spéciales d’une catégorie spéciale d’individus. »

Un exemple typique de prise de position sociale et politique découlant dans les thèses de Lénine et qui va mener à la révolution d’Octobre

La suite de Lénine

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