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Le PES (WSWS en France) et les Gilets Jaunes

jeudi 3 janvier 2019, par Robert Paris

Samedi, des dizaines de milliers de « gilets jaunes » ont manifesté en France, sur fond de grèves en Espagne et au Portugal, où les manifestants ont également enfilé des gilets jaunes. Des milliers de personnes ont rejoint des cortèges dans les principales villes de France, ou bloqué des ronds-points ou les frontières espagnoles, italiennes ou allemandes pour manifester leur opposition à Macron et à l’Union européenne.

Selon le ministère de l’Intérieur, il y avait 2.000 « gilets jaunes » à Paris, où les manifestants se sont divisés entre les Champs-Elysées et Montmartre, après avoir trompé la police en annonçant leur intention de marcher sur Versailles. Les autorités ont réagi en bouclant le château de Versailles, en proximité duquel ils ont stationné des lances à eau. En province, à nouveau selon les chiffres officiels, il y a eu des milliers de manifestants à Bordeaux, à Toulouse et à Lille, et des centaines à Nantes, à Marseille, et à Lyon.

Les forces de l’ordre ont réagi comme d’ordinaire par une répression violente. A Paris, elles ont arrêté Eric Drouet, le routier qui est une figure de proue des « gilets jaunes », parce qu’il aurait eu une « sorte de matraque ». Une autre vidéo montre un policier qui dégaîne son arme après que les forces de l’ordre aient lancé sans provocation des grenades contre les manifestants.

C’était une réplique cinglante au ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui la semaine précédente avait adressé un « Ça suffit ! » péremptoire aux « gilets jaunes » en menaçant de les déloger des ronds-points. Après plus d’un mois de mobilisations et de répression violente des manifestants par les forces de l’ordre, le mouvement conserve une large popularité. Même selon les sondages officiels, sept Français sur dix le soutiennent, et entre 54 et 62 pour cent souhaitent qu’il continue.

La presse s’appuie sur les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui a prétendu avoir recensé 40.000 manifestants samedi, en nette baisse par rapport au chiffre de 125.000 avancé au lendemain du 17 novembre, pour prédire la fin imminente du mouvement et un retour subit à l’ordre.

C’est là de la propagande politique. Il reste à voir si la baisse temporaire de ces chiffres reflète une manipulation du ministère de l’Intérieur, une pause des « gilets jaunes » juste pour Noël, ou un essoufflement réel des blocages et des manifestations. Ce qui est déjà visible, toutefois, est que l’opposition politique et la colère sociale contre le gouvernement Macron et l’appareil d’État ne font que monter parmi les travailleurs.

La situation politique devient en fait plus explosive. Le gouvernement n’a satisfait aucune des revendications sociales et politiques qui poussent les « gilets jaunes » à manifester : pour l’égalité sociale, de larges hausses de salaire, l’imposition des riches, la démission de Macron et la fin de la répression. Tous se sont aperçus à présent du gouffre béant qui sépare les travailleurs en lutte de tout l’appareil politique et syndical du capitalisme européen.

Ayant traité les travailleurs de « fainéants » et invité avec mépris les chômeurs à « traverser la rue » trouver un travail, Macron ne garde le pouvoir que retranché derrière les blindés et les tirs de lacrymogènes de la gendarmerie. Un hélicoptère se tient prêt à l’exfiltrer de l’Elysée, où il craint que les manifestants prennent d’assaut sa résidence officielle. Toute sortie, même brève au cinéma ou à la boulangerie, lui est déconseillée, selon Le Monde : « Trop dangereux aujourd’hui ».

Alors que sa cote de popularité chute encore pour s’établir aux alentours de 20 pour cent, le journal ajoute que « L’Elysée est devenu un huis clos ».

On voit que si Macron a salué le dictateur collaborationniste Philippe Pétain en novembre, alors que les passants le huaient lors de son « itinérance mémorielle » pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, c’est qu’il voyait en Pétain un semblable, un autre chef d’État haï. Quelques jours plus tard, juste avant la première mobilisation des « gilets jaunes », Macron avouait qu’il n’avait « pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants ». Ce mois-ci, il aurait déclaré à ses conseillers qu’il subissait la « haine » de masses de Français.

La conscience d’être haïe ne changera pas la politique de l’élite capitaliste, sauf en la rendant plus violente. En visant Macron, les « gilets jaunes » ont lancé un conflit avec tout un régime européen et international qui impose le diktat des banques et de l’aristocratie financière aux travailleurs. Le seul moyen de lutter contre ce diktat est une lutte internationaliste et socialiste pour exproprier les banques et transférer le pouvoir à la fois politique et économique aux travailleurs.

Malgré l’opposition manifeste d’une écrasante majorité des Français, l’aristocratie financière exige de continuer l’austérité et le militarisme. Le gouvernement Macron prévoit des coupes drastiques dans l’assurance-chômage, les retraites et le statut de la fonction publique. « C’est ce pour quoi nous avons été élus, et c’est ce qui doit rester notre boussole », déclare sans ciller le député LRM Pierre-Alexandre Anglade.

Depuis le Tchad où il allait discuter des guerres néocoloniales de l’OTAN, Macron hier a menacé les manifestants : « Il est évident que les réponses judiciaires les plus sévères seront apportées. C’est maintenant l’ordre qui doit régner, le calme et la concorde. Notre pays a besoin de ça. »

La « concertation » offerte par Macron pour 2019, tout comme ses premières promesses ce mois-ci pour tenter de mettre fin à la mobilisation, telle l’annulation des taxes sur le carburant et une petite revalorisation temporaire du SMIC, sont sans valeur aucune. Il n’a donné que des miettes, et cela avec une parfaite mauvaise foi, car il compte reprendre ces miettes dès que possible.

Mardi le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé qu’il suspendait les mesures accordées par Macron, au prétexte qu’elles coûteraient trop cher. Il s’est ravisé quelques heures plus tard, face à une vague de colère sur les réseaux sociaux ; mais ces deux tournants à 180 degrés ont démontré qu’on ne peut accorder aucune confiance à la parole accordée par le gouvernement.

Celui-ci cultive les « gilets jaunes libres » de Jacline Mouraud, qui veulent instaurer un dialogue avec Macron en singeant le « dialogue social » des appareils syndicaux avec le patronat et l’État, et d’autres comme Francis Lalanne qui proposent une liste « gilets jaunes » aux élections européennes. Les instituts d’opinion calculent déjà d’ailleurs comment cette liste pourrait accroître l’influence du parti de Macron, La République en marche, au parlement européen.

Pour les gilets jaunes, comme pour l’ensemble des travailleurs, il n’y a rien à négocier avec Macron ou avec l’UE. La montée de la lutte des classes en Europe et au-delà, tout comme les contradictions politiques de plus en plus âpres en France elle-même, démontrent l’émergence d’une confrontation entre la classe ouvrière qui se radicalise et le régime réactionnaire de Macron.

Les « gilets jaunes » démasquent le rôle antiouvrier du NPA

Par Alexandre Lantier

Le mouvement des « gilets jaunes » a démasqué caractère réactionnaire du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot. Son hostilité envers le premier mouvement d’opposition de masse à Macron est sans ambiguïté. Le NPA a commencé par s’aligner sur la propagande officielle, pour dénoncer les « gilets jaunes » comme des racistes anti-écologistes voire fascistes pour s’être opposés à la taxe des carburants par Macron.

Avant la première mobilisation, le NPA a publié une déclaration intitulée « Justice sociale : ce n’est pas le 17 novembre que nous pourrons nous faire entendre ! » Le NPA estimait que « cette mobilisation est problématique. D’abord parce qu’avant d’être l’expression d’un mécontentement populaire, cette mobilisation est surtout porteuse d’une vieille revendication du patronat routier. » Relevant des tentatives de partis néo-fascistes pour intervenir sur les pages Facebook des « gilets jaunes », le NPA a déclaré son hostilité intransigeante envers les manifestations :

On ne s’y trompera donc pas. Tout comme les syndicats CGT et Solidaires, samedi 17 novembre, nous ne mêlerons pas nos colères aux manœuvres des patrons et aux récupérations de l’extrême droite qui n’est pas une alliée de circonstance mais reste notre ennemie mortelle. … Mais nous ne pourrons pas le dire le samedi 17 novembre dans des actions ou des rassemblements prétendument « citoyens »aux allures de foire poujadiste, dans lesquels nous nous retrouverions au côté des ennemis les plus farouches du mouvement ouvrier.

Il s’est ensuivi la plus grande mobilisation des travailleurs contre la classe politique depuis la grève générale de Mai 68. Des centaines de milliers de travailleurs, retraités, chômeurs et indépendants, et des petits patrons, ont bravé la répression des CRS et des blindés de la gendarmerie, et ébranlé Macron. C’était le centre d’une mobiisation contre l’inégalité sociale qui traversait l’Europe, des manifestations d’étudiants en Albanie aux grèves des fonctionnaires portugais.

Si le NPA et les syndicats dénonçaient les « gilets jaunes », ceux-ci exprimaient la colère des masses contre les petit-bourgeois aisés dans les partis de pseudo gauche et les appareils syndicaux. Quand le WSWS lui a demandé son avis sur ces forces, un travailleur picard des BTP « gilet jaune » a dit : « Ce sont des voyous. … Tu pourrais crever la gueule ouverte dans la rue, ils ne feraient rien. »

Vu la popularité écrasante des gilets jaunes, le NPA a dû faire un tournant à 180 degrés.

Deux semaines après le 17 novembre, le dirigeant ex-soixantehuitard du NPA, Alain Krivine, a pris la parole à Tours. Masquant à peine son dédain, il a soutenu ce que le NPA avait traité de « foire poujadiste », tout en taxant les manifestants de racisme et de sexisme : « Je crois qu’il faut soutenir les Gilets jaunes, pas béatement car il faut se battre contre tous les comportements qui pourraient être racistes, homophobes ou sexiste tels qu’on a pu en entendre parler. Mais un front social doit émerger de cette révolte pour aboutir à une grève générale et à une conjonction des luttes. »

Cette référence au « front social » était le signe pour le NPA de proposer à la CGT stalinienne d’essayer de récupérer le mouvement et de l’étrangler en lui imposant la perspective d’une grève nationale symbolique d’un jour, totalement inoffensive.

Le 3 décembre, son site Web « Révolution permanente » a lancé un appel à l’appareil cégétiste. Son article, intitulé « La CGT ne peut plus tourner le dos au mouvement des gilets jaunes », critiquait les attaques de la CGT que le NPA avait approuvées en novembre, en les traitant de « divisionnistes ». Le NPA y lançait l’avertissement qu’un mouvement bien plus large des travailleurs pourrait éclater :

Dans cette situation sociale explosive, le gouvernement et le patronat craignent le durcissement, mais surtout les effets de contagion du mouvement. Avec l’entrée en scène des lycéens, cette crainte se fait plus présente. Le spectre de la contagion au mouvement ouvrier est dans les têtes. Dans ce contexte, les militants et les structures de base du syndicat ne doivent pas rester muets. Le gouvernement est isolé, affaibli et assis sur une poudrière. Il est du devoir de chaque militant d’exiger que la Confédération non seulement appelle, mais organise en mettant toutes ses forces, à une journée de grève générale au plus tôt.

50 ans après la grève générale de 1968, Macron et l’Union européenne sont discrédités. A travers l’Europe, les travailleurs réfléchissent à une grève générale. Mais il nous faut souligner que le mouvement naissant des travailleurs et une vraie grève générale n’ont rien à voir avec la CGT et la manifestation symbolique voulue par le NPA.

L’appel du NPA à la CGT pour collaborer avec les « gilets jaunes » et développer leur lutte est creux. La CGT n’a aucune crédit auprès des « gilets jaune », qui détestent les appareils syndicaux. Surtout, la CGT est hostile envers les « gilets jaunes » et ne veut pas mobiliser d’opposition à Macron, en particulier quand son gouvernement tient à un fil. Le seul sens de cet appel est de stabiliser Macron en promouvant ce qui reste des illusions que la CGT lancera une grève contre lui, et en encourageant ainsi les travailleurs à se ranger derrière l’inaction des syndicats.

Pour préparer les luttes à venir, les travailleurs doivent prendre leurs propres luttes en main. La décision des « gilets jaunes » à Commercy et ailleurs d’établir des assemblées populaires est un exemple critique : les travailleurs à travers l’Europe ont besoin de comités d’action indépendants des syndicats pour mener leurs luttes. Le Parti de l’égalité socialiste (PES), section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), explique qu’au courant de ces luttes, la classe ouvrière européenne se verra obligée de transférer le pouvoir à ces organisations.

Surtout, ce mouvement a révélé la crise de direction révolutionnaire dans la classe ouvrière. Le NPA, fonéd en 2009 par les ex-soixantehuitards « trotsko-guévaristes » de l’ancienne Ligue communiste révolutionnaire (LCR), n’est pas trotskyste. La LCR pabliste regroupait ceux qui avaient rompu avec le trotskysme et le CIQI en 1953, sur la perspective fausse et nationaliste que les staliniens et les nationalistes bourgeois, plutôt que le mouvement trotskyste, pourraient offrir une direction aux luttes révolutionnaires de la classe ouvrière.

Ils se sont orientés en France vers des forces comme la CGT stalinienne qui, quand elle avait toujours une base dans la classe ouvrière, a trahi trois grèves générales : 1936, 1953, et 1968. La LCR était férue de la politique sociétale antimarxiste et petite-bourgeoise des années 1960, et orientée vers le PS pro-capitaliste fondé en 1971. Après des décennies d’austérité imposées par des organisations staliniennes ou pablistes en Europe après la restauration stalinienne du capitalisme en URSS en 1991, l’antagonisme entre ces groupes et la classe ouvrière est patente.

Dans une interview récente avec le magazine chinois Borderless affiché sur le site anglophone du NPA, International Viewpoint, Pierre Rousset dit que l’hostilité du NPA envers les « gilets jaunes » n’était qu’un malentendu. Égrenant quelques déclarations de partis favorables aux « gilets jaunes », il ajoute : « Après une première hésitation (le temps de comprendre ce qui se passait), le PCF, le NPA et d’autres forces gauchistes ont fait de même. La plupart du mouvement ouvrier est resté pour le moins ‘distant’ des gilets jaunes ... »

C’est encore une fraude. Si le NPA s’est opposé aux « gilets jaunes », ce n’est pas parce qu’ils ne pouvaient pas « comprendre ce qui se passait ». Dans sa première déclaration, le NPA a dit que les « gilets jaunes » représentaient l’opposition à Macron dans les « classes populaires ». En toute connaissance de cause, le NPA s’est opposé aux « gilets jaunes ».

Seul le PES en France continue la lutte pour le trotskysme. Quant au NPA et à ses alliés, ce sont des petit-bourgeois contre-révolutionnaires.

Les « gilets jaunes » et la fraude de la « révolution citoyenne » de Mélenchon

Par Alexandre Lantier

Les « gilets jaunes » en France et les grèves organisées sur les réseaux sociaux au Portugal ont démasqué le milieu petit-bourgeois de la « gauche » officielle et des appareils syndicaux européens. L’éruption d’un mouvement dans la classe ouvrière contre les inégalités les ont surpris alors qu’ils négociaient l’austérité et la guerre dans les palais présidentiels et les discours parlementaires. Ils n’ont joué aucun rôle dans le mouvement contre Macron ; ils tentent à présent de l’étrangler.

Le Bloc de gauche (BE), les alliés portugais de La France insoumise (LFI) de Mélenchon, ne cache pas la crainte et le dégoût que leur inspirent grévistes et « gilets jaunes ». Francisco Louçã, un dirigeant de BE, les a dénoncés : “C’est une opération d’extrême-droite. Ils utilisent les réseaux sociaux pour inciter un politisation aggressive dans des termes d’extrême-droite. »

Mélenchon par contre essaie d’influencer les « gilets jaunes » en déclarant pompeusement qu’ils ont donné raison à son populisme. Sur son blog, il écrit : « Je jubile. Les événements en cours sont à mes yeux la confirmation du schéma théorique mis au point dans la théorie de la révolution citoyenne telle que l’a résumée mon livre L’Ère du peuple. »

Si Mélenchon crie victoire sur le terrain insipide de la théorie postmoderne, c’est qu’en réalité ce mouvement est pour lui une défaite. La lutte a émergé quand les « gilets jaunes », y compris des dizaines de milliers d’électeurs de Mélenchon, ont débordé LFI. Des masses de travailleur en France et au-delà ont reçu un exemple précieux : une vraie lutte contre l’élite dirigeante nécessite une opposition aux forces antimarxistes qui se donnent pour la « gauche » depuis des décennies.

La théorie populiste d’une « révolution citoyenne » vise à bloquer la lutte révolutionnaire contre les inégalités soicales, le chômage et la guerre voulue par les « gilets jaunes », en dénonçant le marxisme et le socialisme. A propos de L’Ère du Peuple, Mélenchon déclare : « En toute hypothèse, mon travail ne dit pas comment le pouvoir peut tomber sous les coups d’un mouvement de cette nature. D’autant que de mon point de vue, le débouché doit être pacifique et démocratique. Autrement dit, en toute hypothèse, il s’agit de trouver une sortie institutionnelle aux évènements. »

Il dit que L’Ère du Peuple « est en rupture avec la doxa traditionnelle de la gauche traditionnelle et de l’extrême gauche », à travers la « rupture avec la centralité du concept prolétariat (salariat) / révolution socialiste comme couple indépassable de la dynamique de l’Histoire. » Se faisant l’écho de la fraction PS à l’Assemblée, il propose une « la motion de censure au Parlement » contre le gouvernement. Cette démarche pourrait déboucher sur de nouvelles élections législatives, et nourrit donc les espoirs que Mélenchon a souvent exprimés d’être le premier ministre de Macron ou du PS.

En prétendant qu’on préserve la démocratie en respectant le cadre parlementaire qui impose le diktat austéritaire et militariste des banques, Mélenchon commet une fraude politique. Les « gilets jaunes » se sont mobilisés précisément parce qu’en France et à travers l’Europe, les parlements capitalistes foulent la démocratie et la classe ouvriers aux pieds.

L’éruption d’un mouvement à caractère ouvrier contre l’inégalité sociale qui exige la démission de Macron démontre à nouveau le rôle révolutionnaire du prolétariat. Elle réfute à nouveau l’idée que la restauration capitaliste en URSS par la bureaucratie stalinienne en 1991 était la Fin de l’Histoire ou de la lutte des classes. En 6 semaines, quelques centaines de milliers de travailleurs, de chômeurs et de retraités, avec des indépendants et des petits patrons, ont ébranlé le gouvernement français.

Macron a dû se réfugier derrière un mur de dizaines de milliers de gendarmes, renforcés par des blindés et des hélicoptères prêts à l’évacuer de l’Elysée. Les « gilets jaunes » ont révélé l’intensité de l’opposition des masses à des politiques illégitimes d’austérité et de guerre. Sans autre perspective pour imposer son diktat, l’aristocratie financière construit un État policier.

Un demi-siècle après la grève générale de Mai 68, des dizaines de millions de travailleurs en France et en Europe regardent l’actualité et tirent leurs propres conclusions. Une large majorité des travailleurs en France veulent que le mouvement continue. Ceci nécessite une lutte pour mobiliser des couches plus large de travailleurs, contrer les tentatives des appareils syndicaux et de populistes comme Mélenchon d’isoler et d’étrangler les luttes, et développer le mouvement consciemment en tant que lutte européenne contre le capitalisme et pour le socialisme.

Le mouvement a aussi mis en évidence la crise de direction dans la classe ouvrière. Mélenchon, un ex-soixantehuitard qui a rejoint l’Organisation communiste internationaliste après sa rupture avec le trotskysme et le Comité international de la Quatrième Internationale en 1971 puis travaillé dans le PS pendant 30 ans, est un contre-révolutionnaire petit-bourgeois. La tâche en France est de réfuter la fraude selon laquelle le PS ou sa périphérie petite-bourgeois représentent le socialisme, en construisant le Parti de l’égalité socialiste, la section française du CIQI.

Ceci nécessite un rejet conscient de la politique petite-bourgeoise et antimarxiste véhiculée par Mélenchon. Il déclare dans son livre qu’il a anticipé les « gilets jaunes » en remplaçant dans son livre la classe ouvrière par le peuple en tant que principale force révolutionnaire :

« Il le définit comme résultat social du processus historique d’explosion démographique et d’urbanisation de la population (on y parle « d’homo urbanus »). Il décrit sa dynamique d’auto-construction comme sujet politique sous le fouet de la nécessité d’accéder aux réseaux dont dépend la survie sociale de chacun. … Il montre comment l’opposition eux/nous est l’opposition entre intérêt général (issue de la dépendance à l’écosystème commun) et intérêt particulier et singulièrement celui du capital ‘court-termisme’ contemporain. »

C’est un fatras prétentieux pour masquer le vide du « populisme de gauche » par lequel Mélenchon veut réfuter le marxisme. Les « gilets jaunes » ne revendiquent pas l’accès à Internet, ils se sont organisés sur les réseaux sociaux. Ils exigent d’accéder à des transports, des logements et une alimentation abordable et de qualité, et la fin du diktat des banques et de l’Union européenne. Pour réaliser ces objectifs, les travailleurs n’auront pas d’autre choix à part prendre le contrôle de l’économie et prendre le pouvoir.

Si Mélenchon se maquille de vert pour apparaître progressif, surtout parmi ses soutiens dans les classes moyennes aisées, en fait il ne fait que discuter de stratégies pour étrangler le mouvement. Cela ressort des alternatives qu’il propose pour mettre fin au mouvement :

« Premièrement : la stratégie du pourrissement et de la démobilisation. Hasardeux et trop visible déjà. Deuxième possibilité : dissoudre et voter. C’est la logique démocratique puisque ni les gens mobilisés ni le gouvernement et sa majorité ne veulent céder. On tranche par la démocratie. Troisième issue enfin : donner gain de cause au mouvement. Ce serait le plus simple mais il faut admettre qu’avec les jours qui passent, le champ des revendications s’est bien élargi. Au point que, réellement, le vote serait la meilleure formule en tous cas la plus pacifique. »

Ce sont là des stratégies qu’utiliserait Macron pour étrangler le mouvement. Sa décision d’évoquer même une stratégie de « pourrissement », vraisemblablement en incitant des haines xénophobes ou antimusulmanes, ne fait que souligner ce fait. Quant à son appel à des élections, c’est une duperie annoncée, visant à forcer les « gilets jaunes » à abandonner leur lutte sans obtenir gain de cause.

Le populisme antimarxiste de Mélenchon est ainsi l’expression théorique de l’hostilité de la périphérie aisée et petite-bourgeoise du PS et de l’aristocratie financière aux revendications légitimes des « gilets jaunes », et de travailleurs en lutte à travers l’Europe.

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