English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 24- COMMENTAIRES DE LIVRES > A propos du roman "Warda" de Sonallah Ibrahim (Egypte, 2000) ... et de sa (...)

A propos du roman "Warda" de Sonallah Ibrahim (Egypte, 2000) ... et de sa critique dans l’hebdo du NPA.

jeudi 23 juillet 2020, par Alex

Dans le numéro 110 (7 juillet 2011) de l’hebdo « Tout est à nous » du NPA, parmi les livres conseillés pour cet été, on trouve « Warda » de l’égyptien Sonallah Ibrahim. On ne peut que saluer ce choix et conseiller de lire ce livre.

Cependant, le commentaire du livre fait par le NPA mérite quelques remarques politiques. Car si l’on veut aider les révolutions arabes, on ne peut éluder la critique des mouvements communistes arabes qui ont été tués par leur nationalisme, ce que ne fait absolument pas le NPA à propos de ce roman qui en est l’occasion. Voici le commentaire en question :

Warda, Sonallah Ibrahim, Coll Babel, Actes Sud, 10, 50 €

Dubaï, Oman, les Émirats arabes unis  : ces noms, dans notre imaginaire contemporain, évoquent bien des choses – pétrole, gigantisme immobilier, monarchies de droit divin rétrogrades… – mais certainement pas les images de guérilla paysanne ni de slogans maoïstes. Pourtant, dans les années 1960, ces régions – Yémen, Oman, Palestine – s’embrasèrent. Avec Warda, nous quittons donc les côtes méditerranéennes pour le détroit d’Ormuz et les rives de l’océan Indien, sur les traces des combattants de la guérilla communiste du Dhofar qui se soulevèrent à la fois contre le colonisateur britannique et le sultanat réactionnaire à sa botte. Et ce n’est pas le moindre des mérites de ce roman que de nous rappeler que les peuple arabes se sont déjà soulevés, il y a plus de 40 ans. Au fil des pages de ce roman de facture très classique, nous croisons les grandes figures de l’époque  : Nasser, Guevara, Mao, qui dominent les débats des révolutionnaires arabes. En se lançant sur les traces de Warda, militante omanaise et combattante de cette guérilla dhofarie, le narrateur exhume les cahiers dans lesquels elle tint son journal. Elle y commente ses relations, ses attentes, ses espoirs, les théories du Che en matière de guérilla, comme les événements qui bouleversent les pays de la région  : Yémen, Égypte, Irak, Palestine, Libye… La lecture de ce roman entre profondément en résonance avec l’époque que nous traversons  : à travers les yeux de la jeune femme, nous assistons par exemple aux prises de pouvoir de Kadhafi, Saleh, Assad et Saddam Hussein  ! C’est dans les convulsions de ces grands mouvements arabes que ces futurs dictateurs puisèrent leur légitimité, achetant les soutiens et étouffant petit à petit toutes les aspirations populaires. Mais surtout, le parti pris de l’auteur nous conduit à appréhender les tensions et débats autour de la place des femmes à la fois dans la lutte et dans la société, illustrés à travers les mesures prises au Dhofar  : réduction de la dot à une dimension symbolique, mariage «  civil  », scolarisation… Ce choix assumé par l’écrivain d’un point de vue «  féministe  » sur les événements rend la narration particulièrement captivante.

La question qui n’est absolument pas abordée dans cette critique, c’est le suivisme des partis communistes vis-à-vis des courants bourgeois nationalistes. Cet échec des partis communsites dans des pays comme l’Egypte, Oman etc a pesé sur les luttes anti-coloniales.

L’auteur lui-même ne fait pas cette analyse. Mais on sent le drame de sa vie lié à cet échec des partis communistes arabes. Lui-même fut militant communiste égyptien, arrêté comme des centaines de ses camarades en 1959. Son premier livre « Cette odeur-là » (1966, édité en Poche Acte Sud) écrit à cette époque évoque sa sortie de prison en 1964, à l’issue de laquelle il devient écrivain. Ce livre apporte peu du point de vue politique, mais on sent un militant casssé, déçu, qui ne pourra plus s’exprimer que par l’écriture, dans laquelle il brise des tabous, ne pouvant plus faire l’apologie du régime de Nasser que le PC égyptien lui a fait soutenir. Un passage de « Warda » p. 55 évoque cette époque délirante où les militants du PC défendaient le régime anticommuniste de Nasser : Je n’oublerai jamais le jour où, jugeant que le tract que je devais distribuer sous le manteau n’avait rien de répréhensible, puisqu’il appelait à protéger le régime et à le défendre jusqu’à la mort, je décidai de le distribuer au grand jour. Un petit malin, s’en étant avisé, se mit à crier à tue-tête : "communiste !" Sans rien comprendre à la situation, tout le monde s’empressa de l’aider à m’arrêter et à me remetrre à la police

Warda semble incarner cet idéal de la jeunesse de l’auteur, une jeune communiste que le narrateur (porte parole de l’auteur) a croisé brièvement au Caire en 1957. Le premier chapitre intitulé : Le Caire, septembre 1992, commence par la phrase : Dès lors j’ai décidé de faire ce voyage, j’ai cessé de la voir en rêve. Il s’agit de Chahla, Omanaise, dont le nom de guerre sera Warda lorsqu’elle partira faire la guerilla au sultanat d’Oman (on lit dans son journal du 12 avril 1965 : c’est décidé, on part au Dhofar faire la lutte armée (...) je me suis choisi un nouveau nom de guerre : Warda).

L’auteur évoque sa rencontre avec Warda et son frère Yaarob au flash back du chapitre 3 : Le Caire, 1957-1959. Le livre continue par de tels aller-retours entre le présent (années 90) et les années 60 lors de la guerilla du Dhofar. Le narrateur cherche à savoir ce qu’est devenue Warda, tout en lisant le journal de celle-ci.

Le frère et la soeur, Warda et Yaarob, la première communiste, le second nationaliste anti-communiste mais qui se retrouvent dans le même mouvement de guerilla, incarnent bien deux tendances de l’époque : une communiste fraternise avec son ennemi mortel (au sens propre et figuré, mais gardons le suspens) : le nationalisme. Car Yaarob passera finalement dans le camp du pouvoir, le sultan d’Oman.

L’auteur restitue donc bien les trajectoires de ces deux courants. Mais on ne peut pas dire que le roman permet de comprendre cette dérive des communistes qui suivent les nationalistes. On comprend bien dans Balzac les mécanismes de la révolution française, chez Tourgueniev ou Tolstoi l’évolution politique de la Russie, sans que ces romanciers soient des théoriciens politiques. L’auteur est donc plus un militant qu’un grand rromancier réaliste.

Le militant qu’est avant tout l’auteur n’a pas pu théoriser ces trahisons des PCs du Moyen-Orient. Mais ce militant a compris, et veux nous faire comprendre que ces nationalistes ne sont pas du même camp que le communisme, et que ces anciens alliés dans la guerilla sont les ennemis d’aujourd’hui.

Le journal de Warda est comme une revue de presse des événements de l’époque, il livre donc plein d’informations qui permettent de suivre ces dérives, et cet épisode des guerres entre nationalistes arabes, sans que l’évolution personnelle de Warda soit vraiment claire.

Ce qui reste très intéressant, c’est la description concrète des activités de la guerilla, leurs relations avec les populations, leur organisation militaire. Par exemple Mao présenté aux populations comme le grand guide des musulmans, "pour que le message révolutionnaire passe mieux". Pour ceux qui continuent à penser que ces guerillas ont quelquechose de commun avec le communisme, ce livre détruira cette idée.

A partir de ce type de témoignage, c’est un procès du stalinisme qu’il faut, et qu’on peut en partie instruire. N’est-ce pas ce que des révolutionnaires doivent mettre en lumière dans ce type de romans ?

Sinon les sacrifices de toutes les Wardas d’hier et d’aujourd’hui qui auraient pu, pourront devenir de véritables communistes, n’auront servi que la cause du nationalisme.

fin

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0