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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 4- Ce qu’est le socialisme et ce qu’il n’est pas > Hommage à Natalia Sedova Trotsky

Hommage à Natalia Sedova Trotsky

dimanche 13 décembre 2020, par Robert Paris

Hommage à Natalia Sedova Trotsky

Discours prononcé par André Breton lors des obsèques, à Paris le 29 janvier 1962, de Natalia Sedova Trotsky

« De sa silhouette si menue, fermés ses yeux où se livrèrent les plus dramatiques combats de l’ombre avec la lumière, le seul murmure de son nom retraçant en un éclair les plus saillants épisodes de l’his¬toire contemporaine, s’en va la très grande Dame que fut Natalia Sedova-Trotsky. Soixante ans d’une lutte qui se confond avec celle du prestigieux compagnon qu’elle s’était choisi — qu’il fût auprès d’elle ou que, victime d’un forfait inexpiable, il eût cessé de l’être —, ces soixante ans ont vu se poser pour la première fois en termes concrets le problème de l’émancipation humaine. Nul, de par sa position sur l’échiquier du sort, n’y a été mêlé d’aussi près que Natalia Sedova ; nul n’en a connu toutes les exaltations, toutes les ferveurs et aussi n’en a enduré à ce point toutes les affres. Dans l’étudiante de vingt ans, membre de l’Iskra, qui, pour les délasser, mène Lénine et Trotsky à l’Opéra-Comique de Paris où l’on joue Louise, se dessine pour moi sa vocation, non seulement comme militante révolutionnaire mais encore comme personne humaine. Elle se profile déjà en fonction du tout exceptionnel sacrifice que la vie exigera d’elle. On sait que la femme tient par plus de fibres que l’homme au monde des instincts primordiaux : elle aspire, de par sa nature, à l’harmonie du foyer (sa stabilité, son plus grand confort possible tant matériel que moral), car c’est d’elle avant tout que dépendent la sécurité et l’équilibre de l’enfant. Quels assauts intérieurs, dans ce domaine, Natalia n’aura-t-elle pas dû subir ; que ne lui aura-t-il pas fallu prendre sur elle-même pour ne pas fléchir, et faire en sorte que Léon Trotsky garde autant que possible ses forces intactes, jusque devant le trop probable assassinat de leurs deux fils. Si près de nous encore ce matin, il n’y a pas d’emphase à dire qu’elle se tient là à la hauteur des plus grandes figures de l’Antiquité. C’était, il y aura bientôt vingt-quatre ans, au Mexique, où tous deux je les voyais chaque jour (Léon Trotsky avait encore deux ans à vivre). J’arrivais de Paris où leur fils aîné, Léon Sedov, que je connaissais bien, venait de succomber, de manière plus que suspecte, dans une clinique. Quelles que fussent les implications, politiques et autres, de ce drame, dont on eût pu sans doute remonter la filière, Trotsky objectait, de manière cassante, à ce qu’on l’abordât. Ainsi, tant bien que mal effacée du sol cette tragique ombre portée, il fallait voir de quelle sollicitude — sans se départir d’un tact suprême — sa femme aussitôt l’entourait, les yeux à peine voilés. Il y avait là, dans l’éperdu peut-être, une ouverture sur l’identité de cause, la seule qui consacre le couple à jamais. La mort de ceux qui, d’un mot singulièrement trompeur, se disent matérialistes alors qu’ils n’ont vécu que par l’esprit et par le cœur, cette mort est encore la plus conjurable de toutes. Entre ces deux empires, celui de la vie et l’autre, nous avons vue sur un no man’s land où germent les idées, les émotions et les conduites qui ont fait le plus honneur à la condition humaine. Sans qu’il soit besoin pour cela d’aucune prière, l’union des cendres de Natalia Sedova à celles de Léon Trotsky, dans l’enclos de ce qu’on nomme « la maison bleue » à Coyoacân, à la fois sous l’angle de la révolution et sous l’angle de l’amour, assure un nouvel éploiement du phénix. Léon Trotsky fut mieux placé que qui¬conque pour nous orienter un jour comme celui-ci. C’est lui-même qui nous dissuade, quelles que soient notre révolte et notre peine, de nous appesantir sur le destin déchirant de quelque être que ce soit, pris en particulier. A la fin de l’essai autobiographique qu’il a intitulé "Ma Vie", « Je ne mesure pas, dit Trotsky, le processus historique avec le mètre de mon sort personnel. Au contraire, j’apprécie mon sort personnel non seulement objectivement mais subjectivement, en liaison indissoluble avec la marche de l’évolution sociale... J’ai lu plus d’une fois dans les journaux des considérations sur la “tragédie” qui m’a atteint. Je ne connais pas de tragédie personnelle. » Qu’elle ait partagé cette façon devoir, c’est toute la vie de Natalia Sedova qui en répond. De parce qui nous lie à elle, il est apaisant, il est presque heureux malgré tout qu’elle ait assez vécu pour voir dénoncer, par ceux-là mêmes qui en ont recueilli l’héritage, le banditisme stalinien qui a usé contre elle des pires raffinements de cruauté. Elle aura su qu’enfin le processus évolutif imposait une révision radicale de l’histoire révolutionnaire de ces quarante dernières années, histoire cyniquement contrefaite et qu’au terme de ce processus irréversible, non seulement toute justice serait rendue à Trotsky, mais encore seraient appelées à prendre toute vigueur et toute ampleur, les idées pour lesquelles il a donné sa vie. C’est dans cette perspective, la seule qu’elle puisse admettre, que je salue Natalia Sedova. Gloire, indissolublement, au Vieux et à la Vieille. »

Hommage d’Alfred Rosmer

In memoriam : Natalia Trotsky (1962) par Raya Dunayevskaya

IN MEMORIAM

NATALIA SEDOVA-TROTSKY entra pour la première fois en contact avec le mouvement révolutionnaire dans la Russie tsariste, alors qu’elle avait seulement quinze ans. Elle était encore adolescente quand elle émigra en Europe pour y faire des études ; c’est là qu’elle rejoignit le petit groupe d’émigrés russes qui se rassemblait autour du journal l’Iskra. Cette jeune fille modeste, volontairement effacée, reçut la tâche de trouver une chambre pour un jeune théoricien plein de promesses qui venait de s’évader de Sibérie et dont on ne lui avait pas dit le nom. Il se trouva que c’était Lev Davidovitch Trotsky ; on lui demanda de s’assurer qu’il ne perdait pas son temps mais préparait bien sa première conférence à Paris. C’est là le seul incident de sa vie personnelle dont Natalia m’ait jamais parlé durant les années (1937-1938 ) où je vécus à Mexico comme secrétaire de Trotsky. Elle ajoutait qu’elle ne pouvait se décider à entrer dans la chambre de Trotsky et à lui transmettre le message : la nécessité de se concentrer sur sa conférence. Aussi rapporta-t-elle aux camarades plus âgés qu’à son avis il se préparait puisqu’elle l’avait entendu siffler. Cependant, sa façon d’interpréter le sifflotement ne fut pas acceptée et on l’envoya à nouveau frapper à la porte et parler au jeune camarade. Elle se dirigeait lentement vers la chambre, toute rougissante, quand Lev Davidovitch s’élança dehors, la renversant presque. Au premier regard, ce fut l’amour. Elle avait alors presque vingt et un ans. Toute sa vie elle resta sa compagne, à travers l’exil sous le tsarisme, les prisons tsaristes, la marée montante de la révolution, le pouvoir, l’exil imposé par Staline,jusqu’à ce que le tragique assassinat vînt les séparer.Je n’oublierai jamais la seule fois où j’ai vu Natalia pleurer. On avait annoncé la mort, à Paris, de son fils Léon Sedov. Je fus la première à apprendre la tragique nouvelle en répondant au téléphone pendant que nous étions tous à table, prenant le déjeuner. Je n’osais regarder personne en face après cette nouvelle.Staline avait persécuté son autre fils ; nous ne savions pas ce qu’il était devenu. Il avait persécuté les filles que Trotsky avait eues de sa première femme ainsi que cette femme elle-même : la mort, le suicide, la déportation furent leur lot. Et maintenant, cela ! Je ne pus que m’asseoir à table en disant que c’était un faux numéro et, à la fin dure pas, le secrétariat se rassembla pour décider qui porterait la nouvelle à Léon Trotsky, qui la porterait à Natalia. D’un commun accord, nous décidâmes que seul Léon Trotsky pouvait apprendre un tel malheur à Natalia.Ils se retirèrent dans leur chambre et, un moment après, on entendit son cri. Nous ne les vîmes pas pendant huit jours. Ce coup était le plus dur, non seulement parce que Léon Sedov était leur seul enfant vivant, mais aussi parce qu’il avait été le plus proche collaborateur de Trotsky, sur le plan littéraire comme sur le plan politique. Quand Trotsky avait été interné en Norvège, réduit au silence, mis dans l’impossibilité de répondre aux monstrueuses charges accumulées contre lui dans le premier des procès de Moscou (août 1936), Sedov avait rédigé Le Livre Rouge1 qui, en dénonçant de façon éclatante les falsifications de Moscou, porta un coup irréparable au prestige du Guépéou. Durant les sombres jours qui suivirent la nouvelle tragique, ces jours où Trotsky et Natalia demeurèrent enfermés dans leur chambre, Trotsky écrivit l’histoire de la brève existence de leur fils. C’était la première fois depuis l’époque prérévolutionnaire que Trotsky écrivait de sa propre main. Le huitième jour, Léon Trotsky sortit de la chambre. Je restai pétrifiée en le voyant. Le net, méticuleux Léon Trotsky ne s’était pas rasé de toute la semaine. Ses traits étaient profondément creusés, ses yeux gonflés tant il avait pleuré. Sans ajouter un mot, il me tendit le manuscrit : Léon Sedov, fils, ami, combattant, qui renferme quelques-unes de ses pages les plus poignantes. Mes yeux tombèrent d’abord sur ce passage : « J’ai appris à Natalia lamort de notre fils — en ce même mois de février où, il y a trente-deux ans, elle m’avait apporté en prison la nouvelle de sa naissance. Ainsi s’est achevé pour nous ce 16 février, le jour le plus noir de notre vie privée... Avec notre fils est mort tout ce qui restait encore de jeune en nous. » La brochure était dédiée « à la jeunesse prolétarienne ». Le matin suivant, les journaux apportèrent la nouvelle du troisième procès de Moscou (mars 1938), qui devait s’ouvrir à peine deux semaines après la mort de Léon Sedov. Quelques jours plus tard, Natalia vint se promener avec moi dans les bois et là, elle se mit à pleurer doucement et me demanda de n’en rien dire à Léon Trotsky car, plus que personne, il avait besoin de toute sa force et de toute notre aide pour répondre aux démentielles et calomnieuses accusations de l’homme du Kremlin, bien décidé à assassiner le seul être (Trotsky) qui pouvait encore diriger une révolution contre la bureaucratie et ramener le mouvement russe, et par là le mouvement inter¬national,sur le chemin marxiste de la libération.Avec le commencement du troisième procès de Moscou, nous dûmes oublier tout le reste et nous consacrer à la lutte contre ces démentielles accusations. Staline, épaulé par la puissance de l’État russe et du pouvoir militaire, avait pendant une décade entière préparé la scène pour ces monstrueuses machinations. Léon Trotsky n’eut que deux heures pour répondre — et ceci seulement parce que la presse mexicaine voulut bien lui communiquer les accusations qui arrivaient par télétype et garder ses imprimeries ouvertes pour qu’il pût répondre. Deux ans après que les procès eurent été dénoncés, non seulement par Trotsky lui-même mais par la Commission d’Enquête présidée par John Dewey, comme la plus grande machination de l’histoire, un agent du Guépéou enfonça son piolet dans la tête de Léon Trotsky.Note 1.Publié pour la première fois en russe, comme numéro spécial, du Bulletin de l’Opposition (organe des bolcheviks-léninistes russes), édité par Sedov à Paris.

Qui était Natalia Sedova Trotsky ?

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Lettre de Natalia Sedova en 1961 :

« Un grand révolutionnaire comme Léon Trotski ne peut en aucune manière être le père de Mao Tsé-Toung, qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l’Opposition de gauche (trotskiste) et l’a consolidée par l’assassinat et la persécution des révolutionnaires, tout comme l’a fait Tchang Kai-Chek. Les pères spirituels de Mao Tsé-Toung et de son parti sont évidemment Staline (qu’il revendique d’ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus. [...] Je considère l’actuel régime chinois, de même que le régime russe ou tout autre bâti sur le modèle de celui-ci, aussi éloigné du marxisme et de la révolution prolétarienne que celui de Franco en Espagne. » Source

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