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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 4ème chapitre : Révolutions prolétariennes jusqu’à la deuxième guerre (...) > Emiliano Zapata et la révolution mexicaine

Emiliano Zapata et la révolution mexicaine

jeudi 18 mars 2010, par Robert Paris

Le révolutionnaire Zapata n’exprime pas l’ensemble de la révolution mexicaine. Aucun dirigeant de la révolution mexicaine ne permet de refléter la signification de l’ensemble de la lutte, car celle-ci a pris des formes et a eu des buts multiples. Exemple de révolution permanente, la révolution mexicaine contient à la fois une révolution démocratique bourgeoise contre la dictature de Diaz, une révolte paysanne pour la terre, pour les anciennes communautés paysannes traditionnelles, contre les haciendas et les grands propriétaires et une révolution prolétarienne communiste, pour un pouvoir des opprimés des villes et des campagnes. Toutes les classes sociales ont participé à la révolution : la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, la bourgeoisie et le prolétariat des villes et des campagnes. Elle a mis en branle toute la société. Elle a eu, comme la révolution française, de nombreuse phases à rebondissements et couvre de nombreuses années, de 1911 à 1919.

La participation de la classe ouvrière a souvent été effacée devant celle de la paysannerie pauvre et de la petite bourgeoisie. Certes, la classe ouvrière des villes a été embarquée, derrière les syndicalistes, aux côtés de la bourgeoisie, mais il convient de remarquer que la classe ouvrière des campagnes était partie intégrante de la révolution de Zapata : non seulement des ouvriers agricoles, des peones, des domestiques mais aussi des mineurs. Nombre de combattants et de dirigeants de Zapata étaient des ouvriers. Les combats ont tellement concerné la classe ouvrière que la bourgeoisie envisageait d’expulser de la région tous les travailleurs du cru et de remplacer entièrement les travailleurs du centre et du sud par des travailleurs étrangers !

Elle a été également été marquée par des combats entre chefs militaires.

Le plus révolutionnaire des dirigeants, le plus prolétarien aussi, est Emiliano Zapata. Il a considérablement évolué au cours de la lutte. Mais jamais il n’a été un simple leader militaire d’une guérilla des paysans pauvres. Jamais il n’a voulu que les combattants militaires deviennent les dirigeants de la société civile. Non seulement il voulait le peuple en armes et non une armée permanente de combattants révolutionnaires mais il souhaitait toujours subordonner les militaires aux civils et c’est ce qu’il a réalisé avec succès pendant un temps dans le Morelos. Ceux qui ont étudié cette période sont souvent étonnés que Zapata refuse le pouvoir mais ils oublient qu’il s’agissait d’un Etat bourgeois. Même si personnellement Zapata s’était trouvé à la tête, il serait encore agi d’un Etat bourgeois. c’est pour cela que Zapata victorieux momentanément n’est pas resté à Mexico. il savait qu’il y aurait été l’otage des classes bourgeoisies et petites bourgeoises des villes.

Son combat ne se limite pas à la démocratie politique. Pour lui, pas de démocratie sociale si les opprimés ne détiennent pas les richesses et le pouvoir local de décision. Et il a imposé localement et régionalement un tel mode de fonctionnement de la société, au moins à l’échelle du Morelos.

On peut dire que cet Etat a été à un moment une véritable république communiste des travailleurs.

Pour Zapata, la guerre est inévitable pour se défendre mais la guerre n’est pas la révolution. la révolution, ce sont les travailleurs des villes et des campagnes, les civils qui la font, qui la dirigent, en décidant de la manière dont ils veulent vivre et s’organiser, travailler et partager les fruits de leur travail. Zapata n’a jamais été un révolutionnaire inconscient : il a toujours été du côté des petites gens, même si cette conscience a évolué au cours de la révolution. Il reconnaissait dans la révolution russe de Lénine qui s’est produit en même temps que la sienne, le même type de révolution que celle qu’il souhaitait mener.

C’est la maturité du mouvement ouvrier mexicain qui a limité les possibilités de la révolution mexicaine, pas le niveau de sa direction politique au travers de Zapata et de ses camarades.

Si nombre de commandants de guérilla ont été des chefs militaires de type classique et ont mené de multiples opérations pour prendre le pouvoir pour eux-mêmes, aucun des responsables de Zapata n’a agi ainsi. Ils l’ont accompagné jusqu’au bout sans céder aux tentatives de détournement des forces adverses.

Zapata a été vaincu finalement mais il est toujours un drapeau sans tâche pour les opprimés.

Contrairement aux guérilleros, aux nationalistes radicaux, aux leaders radicaux de la petite bourgeoisie du tiers monde comme Castro, le Che, Mao, etc ..., ou aux militaires radicaux comme Nasser, comme les leader nationalistes algériens, vietnamiens, ou comme les staliniens du tiers monde, Zapata ne comptait que sur la force des opprimés pour mener sa révolution et non sur ses forces armées. Il a défendu la révolution avec les armes mais il n’a pas mené ses armées au pouvoir. Il a toujours refusé de prendre pour lui et pour ses forces armées le pouvoir et se méfiait d’un pouvoir qui ne serait pas exercé directement par les travailleurs. Il avait bien compris que tout pouvoir pris par une armée mène à une dictature militaire.

Nombre de ceux qui prétendent se revendiquer de lui ne lui ressemblent malheureusement nullement...

Aujourd’hui, le cri "Viva Zapata !" reste un slogan révolutionnaire mais les prétendus "zapatistes" ne savent plus qui était Zapata et le confondent avec le Che, avec Ho Chi Minh ou Mao, quand ce n’est pas avec un militaire populiste comme le dictateur actuel du Venezuela, et même avec Khadaffi !!!

Révolutionnaires, étudiez la révolution d’Emiliano Zapata ....

Celui qui ne croit qu’à la force des opprimés, voilà le révolutionnaire.

Robert Paris

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Lettre d’Emiliano Zapata à Jenaro Amezcua, datée du 14 février 1918 à Tlaltizapàn (Morelos), quartier général de la révolution :

"Nous gagnerions beaucoup, l’humanité et la justice gagneraient beaucoup, si tous les peuples d’Amérique et toutes les vielles nations d’Europe comprenaient que la cause du Mexique révolutionnaire et la cause de la Russie incarnent et représentent la cause de l’humanité, l’intérêt suprême de tous les peuples opprimés. (...) Aussi il n’est pas étonnant que le prolétariat mondial applaudisse et admire la révolution russe, de même qu’il accordera toute son adhésion, sa sympathie et son appui à notre révolution mexicaine, dès qu’il se rendra compte des buts qu’elle poursuit. (...) Il ne faut pas oublier qu’en vertu de la solidarité des prolétaires, l’émancipation de l’ouvrier ne peut s’obtenir si on ne réalise pas en même temps la libération du paysan. Dans le cas contraire, la bourgeoisie pourra toujours opposer ces deux forces."

Adolfo Gilly dans "La révolution mexicaine, une révolution ininterrompue" :

"Parmi les traits qui situent la révolution du sud bien au dessus d’un simple mouvement paysan armé et qui en font la représentation la plus concentrée des aspirations de toute la Révolution mexicaine, il y a sa volonté de se propager au pays tout entier et de se transformer en pouvoir populaire, tout en cherchant un soutien international dans le prolétariat et la révolution mondiale."

Victor Serge dans "Naissance de notre force" :

"Emiliano Zapata créa dans la montagne de Morelos, avec les paysans soulevés, descendants des anciennes races cuivrées, une république sociale. La première des temps modernes."

John Womack écrit dans "Emiliano Zapata et la révolution mexicaine" :

"En 1921, à peine deux ans après qu’une unité de l’armée mexicaine ait assassiné Zapata, des politiciens et des intellectuels mexicains qui ne l’avaient jamais défendu auparavant commencèrent à s’approprier sa mémoire. Ils s’autoproclamèrent zapatistes et firent de leur éponyme un héros. (...) le gouvernement de Càrdenas célébra la révolution de Morelos dans des manuels scolaires diffusés dans tout le pays, et déclara l’anniversaire de sa mort, le 10 avril, journée nationale de deuil. Après 1940, alors que les autorités se désintéressaient de plus en plus du sort des paysans pauvres, elles continuaient à louer Zapata plus que tout autre héros de la révolution mexicaine. ce furent non seulement des rues, mais des villages, des écoles, des hôpitaux et des villes qui furent honorés de son nom. Dans les années soixante, l’annuaire des organisations orborant le nom de zapatiste aurait constitué un volume imposant, quoique plutôt hétéroclite, puisque y voisinaient des associations de campesinos, des organisations de type mafieux, des sociétés d’anciens combattants, des clubs estudiantins, des groupes de guérilla, des orchestre, des syndicats, des organisations politiques de masse, des coteries intellectuelles, etc. (...) De tous les zapatistes autoproclamés des soixante-dix dernières années, les plus surprenants et probablement les plus attirants sont les rebelles du chiapas, l’Armée nationale de libération zapatiste (EZLN). (...) Si on laisse de côté les symboles et les émotions, (...) quelle est la continuité ou la similitude réelle entre les zapatistes originels et ceux d’aujourd’hui, s’il y en a une ? (...) Pour répondre brièvement, il n’y a pas de véritable continuité ou similitude historique entre les deux mouvements.

(...)

A partir de janvier 1915, l’Etat de Morelos connut un moment de paix - la première paix dont jouissait cet état depuis que les combats avaient commencé, quatre ans auparavant, et la dernière jusqu’à leur arrêt définitif, cinq ans plus tard. Or cela permit aux gens de faire leur propre révolution. (...) Ils avançaient avec une remarquable constance vers l’établissement de municipalités démocratiques, de communes paysannes où chaque famille eût son mot à dire quant à l’utilisation des ressources locales (...) L’armée de libération du centre et du Sud (l’armée de Zapata) était une "armée du peuple". pour les hommes qui luttaient dans ses rangs, comme pour les femmes qui les accompagnaient, ’ "être un peuple" comptait plus qu’être une armée. Pour trouver un guide, ils se tournaient plus volontiers vers leurs chefs de village que vers les officiers de l’armée révolutionnaire. Au début, pendant les premières années de guérilla, (...) les chefs de village et lkes officiers révolutionnaires étaient ou les mêmes personnes ou de proches parents ou de vieux amis. Pendant les grandes campagnes contre Huerta, à mesure que se constituait l’ossature d’une armée régulière, les guerriers amateurs étaient peu à peu devenus des professionnels et les officiers avaient peu à peu perdu toute relation personnelle avec les leaders civils locaux. (...) Loin d’être une corporation militaire autonome comme celle des vagabonds de Villa ou d’Orozco, l’armée révolutionnaire qui prit naissance dans l’Etat de Morelos en 1913-1914 était simplement la ligue armée des municipalités de l’état. Lorsque la paix revint, à la fin de l’état 1914, les villageois fondèrent à nouveau une société locale établie sur des valeurs civiles. Dès qu’ils le purent, ils élirent des autorités municipales et judiciaires provisoires et revendiquèrent les biens locaux. (...) Zapata et la plupart de ses chefs partageaient ces espérances populaires quant à la nature d’un gouvernement civil. Ils n’avaient pas non plus perdu le sens de leur identité profonde - ils étaient des fils des pueblos, ouvriers agricoles, métayers et rancheros. Ils avaient toujours tenu leur autorité des conseils locaux. (...) Les chefs tenaient par-dessus tout à l’estime que leur témoignaient leurs compagnons villageois. (...) Zapata avait déjà réprimandé les chefs miliaires qui s’étaient mêlés des affaires des villages. Lorsqu’il intervenait dans le règlement des conflits locaux, ce qu’il fit à plusieurs reprises, il se bornait à faire appliquer les décisions que les villageois eux-mêmes avaient prises. (...) Il est d’ailleurs significatif que Zapata n’ait jamais organisé de police au niveau de l’état : l’application de loi telle qu’elle était restait la tâche des conseils de village. (...) Tlaltizapàn était désormais le coeur de l’état. Située dans les ravines qui descendaient vers les rizières de Jojutla, c’était une petite ville tranquille dont les places et les rues étaient constamment ombragées (...) Contrairement à ce qui avait lieu à Mexico, on n’y voyait pas l’étalage fébrile d’un luxe de confiscation, pas d’allègre débauche de trésors saisis, pas de grouillement de bureaucrates sautant du téléphone à la limousine."

Adolfo Gilly dans "La révolution mexicaine" :

"Les premières grandes luttes qui annoncèrent la révolution et exprimèrent le mécontentement national ne sortirent pas de la paysannerie mais du prolétariat industriel. (...) La première décennie du siècle fut celle des grandes grèves ouvrières, et non celle des soulèvements paysans locaux. (...) Ces grèves, résultat direct de la crise mondiale, furent l’expression du mécontentement et de l’inquiétude sociale diffuse des masses, sur les lieux mêmes du développement économique. En 1903, 1906 et 1908, trois grandes grèves des chemins de fer eurent pour centre la ville de San Luis Potosi. (...) Cependant, ce furent les les mineurs et les ouvriers du textile qui, en réponse à la répression, annoncèrent par des grèves de type insurrectionnel, la tourmente qui s’approchait. Le 1er juin 1906, les mineurs de Cananea, mine de cuivre du nord de la Sonora exploitée par une société nord-américaine, se mirent en grève pour exiger la destitution d’un contremaître, un salaire minimum de cinq pesos pour huit heures de travail, plus de respect pour les travailleurs (...) Ils exposaient leurs revendications dans un manifeste qui attaquait le gouvernement dictatorial en tant qu’allié des patrons étrangers. (...) Sept mois plus tard éclatait la seconde grève annonciatrice du déclin de la dictature. Vers le milieu de l’année 1906, les ouvriers du textile de Rio Blanco, dans l’Etat de Vera Cruz, organisèrent le Grand Cercle des ouvriers libres. Des cercles semblables ne tardèrent pas à se former à Puebla, Querétaro, Oaxaca, dans le Jalisco et dans le District Fédéral. Les groupements patronaux, dirigés par le centre industriel de Puebla - traditionnellement un des plus réactionnaires de tout le pays - interdirent aux ouvriers de s’organiser, sous peine de licenciement. Les travailleurs répondirent par des grèves et des arrêts de travail. Le 4 décembre 1906 éclata une grève générale du textile dans les Etats de Puebla et Tlaxcala. Le 14 décembre, la direction du mouvement sollicita l’arbitrage du président Porfirio Diaz et le 24 les patrons imposèrent un lock-out et laissèrent sans travail quelque 30.000 ouvriers d’industrie dans le centre et le sud du Mexique. Finalement, le 5 janvier 1907, une sentence arbitrale présidentielle qui niait aux travailleurs le droit de s’organiser, fut publiée. Elle ordonnait, pour le 7 janvier, la reprise du travail dans les 96 entreprises textiles en grève. Ce jour-là, les 5000 ouvriers du textile de Rio Blanco refusèrent de travailler. Ils se massèrent aux portes de l’usine pour empêcher quiconque d’entrer. Des agents de l’entreprise les attaquèrent et un ouvrier fut tué. (…) L’armée, embusquée, ouvrit le feu sur la foule. Dans ce massacre, il y eut des centaines de morts et de blessés. Ensuite, l’armée organisa la chasse à l’ouvrier, rue par rue et maison par maison. Le 8 janvier, Rafael Moreno et Manuel Juàrez, le président et le secrétaire du Grand Cercle des ouvriers libres, furent fusillés face aux décombres de la « tienda de raya » de Rio Blanco.

Les organisations qui contribuèrent à la préparation et à la direction des deux grèves étaient liés au Parti Libéral mexicain dirigé par Ricardo Flores Magon. (…) En juillet 1906, fut publié à Saint-Louis (Missouri – Etats-Unis) le nouveau programme du PLM (parti libéral mexicain), représentatif du nouveau tournant idéologique qui était en gestation de depuis 1904 au moins. Ce programme appelait au renversement de la dictature et à la réalisation d’une série de réformes politiques et sociales : élections libres, non réélection du président, suppression des caciques, c’est-à-dire des notables et chefs politiques locaux, enseignement laïc, instruction obligatoire jusqu’à quatorze ans, augmentation du salaire des maîtres, nationalisation des biens que le clergé avait mis au nom de ses hommes de paille, journée de travail de huit heures, repos dominical obligatoire, salaire minimum d’un peso ou plus selon le coût de la vie de chaque région, réglementation du travail à domicile et du travail des gens de maison, interdiction du travail des enfants de moins de quatorze ans, hygiène et sécurité des lieux de travail à la charge des patrons, indemnisation des accidents du travail, annulation de toutes les dettes des péons envers les propriétaire terriens et abolition de la « tienda de raya », restitution aux villages des terres communales et distribution des terres inexploitées aux paysans, garanties et protections pour les Indiens. Ce programme élaboré par ce qui était alors l’extrême gauche du libéralisme mexicain – un programme nationaliste et démocratique radical (…) fut une étape dans l’évolution Ricardo Flores Magon. Il passa ensuite à l’anarchisme, comprenant la nécessité d’une révolution sociale armée pour exproprier les capitalistes et les grands propriétaires terriens. Les magonistes ne se cantonnèrent pas dans la propagande, ils participèrent aussi à l’organisation des luttes. Et, en retour, celles-ci favorisèrent leur évolution. (…) L’ensemble du mouvement ouvrier mexicain reçut l’influence des positions syndicalistes révolutionnaires de la Western Federation of Miners et des IWW qui connaissaient alors leur grande période militante. (…) En juin 1908, Ricardo Flores Magon et ses compagnons organisèrent un des soulèvements précurseurs de la révolution et de ses méthodes. Ils avaient élaboré un plan pour soulever tout le pays le 25 juin. Le projet fut découvert et, la veille, on arrêta de nombreux militants. Seuls de petits groupes réussirent à prendre les armes à Viesca et à Las Vacas, dans le Coahuila, et à Palomas dans le Chihuahua. Ils furent rapidement écrasés. Les constants soulèvements paysans, épars dans le temps et l’espace, noyés dans le sang par la garde rurale ou l’armée fédérale, n’avaient eu jusqu’alors ni programme, si ce n’est un utopique retour au passé pour récupérer les terres spoliées, ni perspective nationale. Les luttes nationales de la première décennie du 20ème siècle, par contre, s’ouvraient vers l’avenir et tendaient à avoir une portée nationale : Cananea revendiquait la journée de huit heures et s’en prenait au gouvernement fédéral ; Rio Blanco fut le point culminant d’une grève nationale du textile pour le droit à l’organisation syndicale.

(...) L’opposition bourgeoise, timide au début du siècle, devint plus active. (...) Francisco Indalecio Madero, membre d’une riche famille du Nord, possédant des terres et des industries (...) proposa d’abord à la dictature une transaction qui aurait permis un retrait progressif de Diaz, mais ensuite, devant l’intransigeance du président, il lança le mot d’ordre de "non-réélection" et de libre suffrage. (...) Ce qui intéressait Madero, comme d’autres politiciens de l’opposition bourgeoise, ce n’était pas de prendre la tête d’une révolution, comme celle qui finalement éclata entre leurs mains, mais de canaliser le mécontentement populaire en écartant le vieux dictateur et en lui assurant une succession pacifique et bourgeoise au travers de réformes politiques démocratiques."

suite à venir ....

Qui était Emiliano Zapata ?

La longue et cruelle lutte que déchaîne la révolution mexicaine commence par une révolte contre le président Porfirio Diaz qui, avec l’aide des "scientifiques", a réussi à conserver le pouvoir, presque sans interruption, pendant plus de 30 ans. Les aspirations démocratiques des mexicains sont exprimées en 1908 dans un livre intitulé "La succession présidentielle de 1910", un essai sur l’avenir politique du pays. L’auteur en est Francisco Madero, fils de riches propriétaires terriens du nord du pays.

Au moment où Diaz, en dépit de sa promesse antérieure de ne pas se représenter pour un nouveau mandat, postule encore une fois à la présidence, Madero fonde le parti antiréélectionniste et, bien décidé à une confrontation électorale, parcourt le pays pour y répandre ses idées.

La répression gouvernementale déchaînée n’empêche pas l’anti-porfirisme de se propager et d’encourager les revendications de plusieurs couches sociales, mais surtout des paysans qui constituent 90% de la population mexicaine. Dans presque tout le pays, les terres communales sont passées aux mains de quelques grands propriétaires terriens, le plus souvent illégalement.

Dans l’état du Morelos, non loin de la capitale, 17 familles possèdent presque la totalité des terres cultivables destinées, dans leur majorité, à la canne à sucre. Dépouillés de leurs moyens d’existence, les paysans sont obligés d’émigrer ou d’accepter un emploi mal payé dans les grandes haciendas et raffineries, véritables fiefs qui disposent de leur propre police.

En 1909, le comité de défense de San Miguel de Anenecuilco, petit village de 400 habitants de l’état du Morelos, choisit Emiliano Zapata pour Calpuleque. Le calpuleque, ou chef des hommes, est le dépositaire des titres patrimoniaux et représente la commune dans les litiges pour la récupération des terres usurpées. Rares sont ceux qui, comme cet homme de 30 ans, ont autant de motifs de se voir confier cette charge.

Zapata est villageois de souche campagnarde. Ses ancêtres ont lutté pour l’indépendance, pour la réforme et contre Maximilien de Habsbourg. Cavalier et dompteur, nul ne le surpasse dans la région. Il est charro de pied en cap. Plus fortunés que leurs voisins, les Zapata ont conservé une petite propriété rurale. Emiliano a fait quelques études et il a entendu parler de Madero.

Peu après avoir été nommé calpulaque, il se rend à Mexico à propos d’une plainte judiciaire. Il y est recruté de force pour l’armée. Mais un gendre du président Diaz, qui n’ignore pas les compétences et l’adresse de Zapata dans le domaine des chevaux, tire parti de son influence pour qu’il soit licencié et l’emploie comme contremaître dans ses écuries.

Pendant ce temps, Madero a lancé sa campagne de candidat à la présidence mais, accusé de rebéllion, il est emprisonné. Dans la prison de San Luis Potosi, il a assisté au milieu de 1910 à la réélection de Porfirio Diaz. Il est libéré après les élections mais est confiné dans cette ville. Il échappe à la vigilance de ceux qui le surveillent, traverse la moitié du pays et passe au Texas. Quelques partisans l’y rejoignent et le 5 octobre, est proclamé le Plan de San Luis Potosi qui dénonce ces élections comme frauduleuses, fait état des problèmes des paysans, proclame Madero président provisoire et appelle aux armes contre le conservatisme.

Le gouvernement intensifie alors la répression. Plusieurs partisans de Madero et leurs chefs, les frères Serdan, trouvent la mort dans un affrontement dans l’état de Puebla. Malgré une certaine lenteur, le mouvement s’étend à tout le Mexique.

Une de ses premières manifestations éclate dans l’état de Chihuahua, au nord du Mexique, où sous la direction de Pascual Orozco et Dorotéo Arango, plus connu sous le surnom de Pancho Villa, il remporte quelques victoires.

Zapata retourne alors à son village, recrute quelques paysans et occupe les terres litigieuses. Les propriétaires fonciers portent plainte, mais les tribunaux locaux se prononcent en faveur des occupants. Prévoyant qu’il sera fait appel, le comité de défense envoie une délégation dans la capitale où, à la surprise de tous, les magistrats confirment le jugement de l’état du Morelos. Ce triomphe accroît le prestige du calpuleque qui décide de conserver le groupe armé pour faire face aux représailles éventuelles des propriétaires terriens.

En fait, pour le gouvernement de Diaz, ces quelques paysans faméliques et révoltés représentent un problème minuscule cvmparé à celui des insurrections du nord du pays.

Quelques paysans distingués de l’état du Morelos adoptent les idées de Madero. Un groupe d’entre eux se réunit fréquemment à Ayala, non loin d’Anenecuilco. Zapata compte au nombre des participants. De fait, lui et son groupe armé constituent les autorités dans cette région, même s’ils reconnaissent comme chef politique du groupe anti-porfiriste, Torres Burgos, maître de maison et bon orateur.

Madero s’étant installé dans le nord du pays, Torres Burgos a une entrevue avec lui et obtient d’être reconnu comme représentant du soulèvement dans le sud. Les révoltes paysannes commencent à se multiplier, aussi les propriétaires terriens et les autorités de l’état du Morelos prévoient de renforcer leurs effectifs et se disposent à agir. Zapata décide d’entreprendre la lutte.

En mars 1911, avec une poignée d’hommes, il réussit à s’emparer de la délégation de police d’Ayala. Peu après, devant la population du lieu, il proclame l’insurrection armée. Suivi de 70 hommes mal armés, il parcourt bourgs et villages "Joignez-vous à moi, dit-il, je me lève en armes et j’entraîne les paysans de mon village parce que nous ne voulons pas que notre père Diaz s’occupe de nous !". Son exemple se propage et de nouveaux groupes rebelles font leur apparition.

Quand Torres Burgos renonce à la direction du mouvement, ce qui ne l’empêche pas d’être fusillé par les porfiristes, les chefs de la guérilla nomment Zapata chef du mouvement révolutionnaire du sud, nomination plus formelle qu’effectivve car les groupes rebelles, disséminés sur un territoire étendu, agissent pour leur propre compte et, parfois, s’affrontent les uns les autres. Leur cohésion est affaire de loyauté personnelle et le chef d’Anenecuilco, étant donné son prestige, est celui qui entraîne le plus d’adhésions. Comme il ne dispose pas de soldats professionnels et ne connaît pas les techniques de combat, il fait tomber ses adversaires dans des embuscades pour s’emparer de leurs armes, de leurs chevaux et de leurs vivres. Il réussit ainsi à approvisionner ses hommes.

Les premiers jours de mai 1911, les forces d’Orozco et de Villa s’emparent de Ciudad Juarez, ville frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, victoire qui provoque la chute de Porfirio Diaz et son exil.

Peu après, à la tête de ses forces qui se sont multipliées et qui sont aussi mieux équipées, Zapata occupe Cuernavaca, capitale du Morelos. C’est la première ville importante à tomber en son pouvoir.

Dans la capitale du pays, le ministre porfiriste De La Barra, soutenu par les partisans d Madero, assume la présidence par intérim. On remplace des membres du gouvernement et on procède à des élections. Les rebelles doivent déposer les armes.

Il semble que la révolution soit terminée. Au début de juin 1911, Madero est reçu triomphalement à son arrivée à Mexico. Mais bientôt, les divisions commencent et les porfiristes s’infiltrent dans le mouvement. Ayant perdu le contrôle du parti anti-réélectionniste, Madero crée le parti constitutionnel progressiste pour se présenter aux prochaines élections.

Zapata rencontre Madero dans la capitale, puis à Cuernavaca. Il affirme qu’il ne démobilisera ses hommes que lorsque leurs services auront été reconnus et les terres usurpées rendues. Malgré leurs divergences, Zapata et Madero arrivent à un accord. Au Morelos, la restitution des terres commence. Les combattants reçoivent leur solde, puis sont démobilisés.

Zapata se marie à ce moment avec Josefa Espejo, fille orpheline d’un marchant de bétail d’Ayala. Comme les clauses de l’accord commencent à être mises en pratique, il croit que la lutte est terminée. Mais les propriétaires terriens ne sont pas disposés à céder leurs terres et exercent leur influence. De La Barra, violant l’accord, envoie des troupes au Morelos sous le commandement du général Victoriano Huerta, militaire de carrière et ancien collaborateur de Porfirio Diaz. Peu après son arrivée, le Morelos est pratiquement soumis à son autorité.

Il n’use pas de ménagements envers ces rebelles en haillons et entreprend une répression acharnée. La récupération des terres est interrompue, les troupes fédérales réquisitionnent les armes. Des protstations contre Huerta arrivent jusqu’à la capitale. Madero demande que cessent ces incidents et envoie un délégué en personne au Morelos. Mais les intérêts et les privilèges pèsent plus que ses admonestations. D’autre part, on est en pleine campagne électorale et il ne peut consacrer beaucoup de temps à cette question.

En novembre 1911, le parti constitutionnel progressiste ayant triomphé, Madero et son vice-président Pino Suarez assument les responsabilités du gouvernement. Le nouveau président doit alors affronter le problème du Morelos. Zapata, pourchassé par les troupes de Huerta, ne se fie ni à de nouvelles négociations, ni à de nouveaux accords. En vérité, l’entente est difficile entre les divers partisans de la révolution.

Madero, qui a accédé au pouvoir et est parvenu au gouvernement, cherche à imposer un état de droit qui ouvre la voie à la démocratie. Pour Zapata, la révolution est un acte de revendications qui doit, sans tarder, réparer les injustices sociales, en particulier dans les zones rurales. L’homme politique et le chef des paysans ne parviennent pas à s’entendre.

Avec les hommes et les armes qu’il a pu sauver, Zapata arrive près de la ville de Puebla, où il rejoint d’autres chefs révolutionnaires tels José Trinidad Ruiz et José Morales. Là, avec l’aide d’un professeur de province, Otilio Montano, est proclamé le Plan d’Ayala qui rejette Madero comme président et reconnaît comme chef du mouvement Pascual Orozco où, si celui-ci n’acceptait pas, Zapata lui-même.

Ce plan, daté du 28 novembre 1911, fait siens les principes du plan de San Luis Potosi et appelle à l’insurrection contre le gouvernement. La plus grande partie des 2 500 mots du Plan d’Ayala réaffirment la décision de rendre sans délai les terres usurpées à leurs anciens propriétaires.

La proclamation insurrectionnelle est difussée dans tout le Mexique ; elle est même reproduite dans un périodique. Orozco n’accepte pas la direction du mouvement mais il approuve les termes du plan et, en mars 1912, le soulèvement débute dans l’état du Chihuahua.

Les révoltes se multipliant dans le sud, le gouvernement décrète l’état de siège dans plusieurs états. En même temps, Madero exige que soit mis fin aux abus contre les paysans. Huerta est désigné comme chef de la répression dans le nord. Il est remplacé dans le sud par Juvencio Robles qui, à la tête des troupes installées dans le Morelos, le surpasse en dureté. Les zapatistes dominent dans les régions rurales, mais l’armée contrôle les villes importantes et, à l’occasion, fait des incursions et rase les villages mal protégés où ne demeurent que femmes, enfants et vieillards.

En août 1912, Huerta a écrasé la révolte des partisans d’Orozco et, considéré comme un héros, il retourne à la capitale. Il montrera bientôt du ressentiment car il se considère insuffisamment récompensé.

Pendant ce temps, le nouveau gouverneur intérimaire du Morelos cherche à pacifier cet état et demande à la capitale de modérer la brutalité de Robles. Il suspend la loi martiale et convoque l’assemblée législative pour discuter, entre autres, de la question agraire. Quelques chefs rebelles du sud abandonnent la lutte mais ce n’est pas le cas de Zapata qui éprouve pourtant des difficultés à sa ravitailler.

En octobre de la même année, un groupe de porfiristes cherche à s’emparer de Véracruz. Leur tentative est vite étouffée mais elle met en évidence que l’armée ne soutient pas loyalement le gouvernement de Madero. Bien qu’il soit alerté par ses partisans, Madero se fie aux chefs militaires hérités du porfirisme. Pendant ce temps, pour se procurer des fonds, Zapata impose lourdement les grands propriétaires terriens dont il menace de raser les cultures.

Au début de février 1913, une partie de l’armée se soulève dans la capitale et parvient à occuper le palais présidentiel. Des troupes restées fidèles parviennent toutefois à récupérer l’édifice. Madero, escorté par des cadets militaires, prend la tête d’une marche qui se dirige vers le palais. Une multitude de gens prennent sa suite se solidarisant avec son attitude courageuse. Le putsch n’a pas été totalement écrasé car les rebelles se sont retranchés dans une garnison de la ville. Le chef loyal ayant été blessé au combat, le président désigne Huerta pour le remplacer.

Sur ces entrefaits, l’ambassadeur des Etats-Unis intervient en faveur des militaires rebelles retranchés dans leur réduit. La ville vivra dans la terreur durant 10 jours qui seront surnommés "la décade tragique".

Madero se rend à la capitale du Morelos pour y rencontrer le chef militaire de Cuernavaca. Les zapatistes reçoivent l’ordre de respecter le train présidentiel. Une trêve s’est instaurée entre les 2 adversaires. zapata propose alors au président de rester au Morelos jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse dans la capitale et lui offre une garde de 1000 hommes. Madero refuse et retourne à Mexico, jusqu’où s’avancent les troupes de Cuernavaca.

Ces renforts viennent à bout de la résistance rebelle. Mais quand tout fait penser que le gouvernement a vaincu le soulèvement, Huerta fait arrêter Madero et Pino Suarez, assume la présidence et forme un nouveau cabinet.

Le 22 février 1913, Francisco Madero et son vice-président sont assassinés, tout comme quelques-uns de leurs plus fidèles partisans, tandis que l’usurpateur reçoit des adhésions inattendues. En effet, Pascual Orozco, plusieurs gouverneurs et députés et mêmes quelques chefs zapatistes, se joignent à Huerta.

Orozco envoie des représentants à Zapata, lui assurant qu’avec le nouveau gouvernement seront atteints les objectifs de la révolution. Mais le chef du sud et le peuple du Morelos savent bien qui est Huerta. non seulement ils refusent d’appuyer celui qu’ils ne reconnaissent pas comme président, mais ils rompent tous les liens avec Orozco et s’apprêtent à affronter l’étape la plus sanglante de la révolution mexicaine.

Zapata n’est pas seul. Un autre adversaire décidé de Huerta, le gouverneur du Coahuila, Venustiano Carranza, organise avec l’autorisation officielle de cet état, une armée pour restaurer la légalité constitutionnelle. Carranza et ses partisans rendent public le Plan de Guadalupe, qui jette les fondements du mouvement constitutionnaliste et reçoit l’adhésion de nombreuses personnalités madéristes.

Les luttes s’avivent à nouveau quand Robles s’empare du gouvernement du Morelos. La haine contre lui est telle qu’un dicton affirme qu’il vaut davantage de partisans à Zapata que n’en a fait le plan d’Ayala.

Zapata et ses hommes, quoiqu’ils soient à court de vivres et de munitions, débordent les limites de l’état du Morelos sur celles de Guerrero et de Puebla, et arrivent non loin de la capitale. Ils continuent d’éviter un affrontement décisif et optent pour des opérations de guérilla. Zapata est reconnu comme chef par d’autres commandants paysans. Les groupes armés sont réorganisés et leur haut-commandement reçoit le nom de "Junte révolutionnaire du centre et du sud de la république". Les insurgés attaquent les trains, s’emparent d’arsenaux mal défendus, prennent par surprise des groupes de soldats ennemis et se ravitaillent ainsi.

Au cours de l’un de ces nombreux combats à Cuautla, Robles met en déroute une partie des zapatistes et croit les avoir exterminés. Sûr de sa victoire, même s’il n’a pas capturé le chef du sud, Robles transmet la nouvelle à la capitale. Huerta s’empresse de la répandre et de promouvoir son fidèle serviteur. Mais bien vite, les rebelles zapatistes refont leur apparition à Cuernavaca et même jusqu’au voisinage de la capitale, ridiculisant le gouvernement qui, embarrassé, remplace Robles par le général Castro.

Le nouveau gouverneur adopte une autre tactique ; il renforce les villes et laisse les zones rurales aux révolutionnaires. Cette décision est provoquée en partie par la nécessité de disposer de troupes dans le nord où Pancho Villa, qui se plie aux désirs des constitutionnalistes de Carranza, obtient avec sa célèbre division du nord des triomphes répétés dans l’état de Chihuahua et, en octobre 1914, s’empare de Torréon.

Carranza compte aussi sur le soutien d’Alvaro Obregon qui, sur le front des insurgés dans le Sonora, finit par réussir à contrôler cet état du nord. La situation de Huerta est chaque jour plus instable, malgré l’appui personnel de l’ambassadeur des Etats-Unis, ce pays ne veut pas reconnaître son autorité. En outre, le président Wilson décide de remplacer son représentant diplomatique et réclame un armistice qui mette fin à la guerre civile. Huerta est encerclé de l’intérieur et de l’extérieur.

L’extension des opérations dans le nord facilite celles des zapatistes, dont les idéaux se sont propagés aux états voisins et à d’autres aussi éloignés que Durango, San Luis Potosi et Chihuahua, où les paysans ont fait leur le plan d’Ayala. Pendant ce temps, Pancho Villa réussit à s’emparer de La Ciudad Juarez et à mettre à nouveau en déroute les troupes de Huerta à Tierra Blanca, tandis que Carranza forme le premier cabinet constitutionnel.

Les députés madéristes accentuant leur opposition, Huerta clôt le congrès national et emprisonne les membres rivaux de l’assemblée législative.

Zapata qui, à ce moment, a observé avec prudence Carranza et ses partisans, proclame son appui aux constitutionnalistes et prépare une attaque contre Chilpancingo, capitale du Guerrero, et forte garnison militaire. Pour distraire les forces qui défendent cette ville, il feint de disperser ses 5000 hommes en petites opérations séparées, avant de lancer l’attaque décisive par laquelle il réussit, le 24 mars 1914, à vaincre cette importante ville. Après cette victoire, une partie de ses effectifs avance sur Iguala, noeud ferroviaire stratégique, qui tombe aussi en son pouvoir. Avec le reste de ses troupes, maintenant bien équipées et qui disposent même de canons, Zapata retourne dans le Morelos. Quoiqu’il ne réussisse à dominer aucune de ses villes, toutes les autres localités decet état restent en son pouvoir.

Lorsque les marins des Etats-Unis ayant provoqué un incident à Véracruz reçoivent de leur gouvernement l’ordre d’occuper ce port mexicain, Huerta appelle à l’unité pour combattre les envahisseurs. Zapata lui répond que son armée de libération du sud luttera contre les envahisseurs là où elle les rencontrera, mais elle ne s’alliera en aucune manière aux assassins de Madero.

Les victoires des rebelles se multiplient dans le nord et dans le sud. Les zapatistes s’emparent de Jojutla, encerclent Cuernavaca, tandis qu’une partie d’entre eux avance sur la capitale du pays. Au même moment, Obregon et Villa merchent depuis le nord sur le même objectif. Le 13 juillet, Huerta se démet de sa charge et s’enfuit à l’étranger. Un mois plus tard, les troupes fédérales se rendent à Obregon.

La longue lutte semble s’achever. Les zapatistes occupent les faubourgs du sud de la capitale, les constitutionnalistes d’Obregon, le reste de la ville. Carranza, premier chef de l’armée constitutionnaliste, assume le gouvernement. Mais Villa, qui dispose de troupes nombreuses et bien organisées, n’est pas disposé à l’accepter. Pöur sa part, Zapata affirme qu’il soutiendra quiconque rconnaîtra le plan d’Ayala et sa consigne "terre et liberté".

Les groupes révolutionnaires assemblés à Aguascalientes tombent d’accord pour désigner Eulalio Gutierrez comme président provisoire. Carraza rejette cette résolution, quitte la capitale et se rend à Puebla où il a des partisans.

Sous le commandement d’Antonio Barona, les zapatistes entrent dans Mexico le 24 novembre 1914. "Quelle est cette armée dont les membres portent des vêtements de paysans, marchent au son des guitares et des chants populaires, sont suivis de femmes et d’enfants tout aussi pauvres, et s’avancent à chaval et en armes ? se demandent les habitants de la capitale. Mais ces hommes ne pillent ni ne violent. Nombre de ces guerriers chevronnés frappent aux portes et demandent à manger, chapeau bas, pour eux et leur famille. Leur chef arrive un peu plus tard, sans ostentation, vêtu en paysan lui aussi. Il ne reste que quelques heures dans la capitale, puis retourne dans le Morelos.

Lorsque quelques jours plus tard, Villa arrive lui aussi à Mexico, il doit lui envoyer un message pour l’inviter à un entretien. Les 2 légendaires chefs révolutionnaires se rencontrent pour la première fois à Xochimilco, près de la capitale, le 4 décembre 1914. Les journalistes mexicains et étrangers, la fanfare municipale, les écoles et les rues ornées de fleurs donnent un air de fête à l’entrevue. On raconte que peu après, quand les 2 chefs visitent le palais du gouvernement, Villa dit en voyant le fauteuil présidentiel : "Et c’est pour ça que nous nous entretuons ?". Ce n’est certes pas pour cela lutte Zapata.

Conformément à l’accord conclu avec Villa, le chef du sud se dirige avec une partie de ses effectifs vers Puebla, d’où Carranza, sur le conseil du général Obregon qui a pris son parti, se transporte à Véracruz que les marins américains ont abandonné après une médiation internationale.

L’armée du sud occupe pacifiquement Puebla et y attend le ravitaillement promis par Pancho Villa. Mais les rapports entre les 2 allliés se refroidissent quand un zapatiste est assassiné par des partisans de Villa. Zapata rentre alors dans le Morelos et les forces constitutionnalistes de Carranza et Obregon récupèrent Puebla.

Au milieu de l’année 1915, Gutierrez, à son tour, rompt avec Villa et Zapata. Comme il ne peut rester dans la capitale, il s’installe à San Luis Potosi. La convention affaiblie nomme président le général Gonzales Garza, qui s’installe au palais de Cortés à Cuernavaca. Le mexique a alors 3 présidents : Gutierrez, Carranza et Gonzales Garza.

Les zapatistes, qui pourtant contrôlent les alentours de la capitale, ne peuvent éviter que les forces d’Obregon s’emparent de celle-ci. Entre-temps, les partisans de Villa mettent en déroute les troupes de Gutierrez à Guanajato. Mais ils devront bien vite affronter les constitutionnalistes d’

Obregon.

Avec le déplacement des opérations vers le nord, le Morelos vit dans une paix relative dont Zapata profite pour restituer des terres communales aux paysans.

Dans la capitale, Carranza consolide peu à peu sa position. Il édicte une loi qui met en train la réforme agraire mexicaine, et est favorable aux travailleurs grâce à quelques mesures qui touchent le monde du travail. Après une campagne acharnée et fluctuante au cours de laquelle il perd un bras, Obregon finit par mettre en déroute Villa en avril 1915. Seul Zapata lutte encore avec autant d’intransigeance qu’aux premières heures de la révolution, mais débarrassés des partisans de Villa, dont le peu qui demeure subsiste en faisant le sac des localités du nord, les constitutionnalistes retournent toutes leurs forces contre lui.

Tandis que les troupes fédérales récupèrent les villes importantes, y compris celles de l’état du Morelos, Zapata lève son quartier général, et ses unités se dispersent dans les montagnes et les sierras, en revenant aux tactiques de la guérilla.

Au moment où, en 1916, éclatent des grèves qui provoquent des tensions dans le climat social, les zapatistes s’approchent avec témérité de la capitale et menacent à nouveau les localités voisines.

Peu après, Carranza convoque une assemblée contituante dont les délibérations commencent au mois de décembre. Zapata décide alors d’attaquer les garnisons du Morelos et récupère pratiquement le contrôle sur cet état. On organise dans chaque localité du Morelos des associations pour la défense des principes révolutionnaires. Un vaste recrutement permet de placer des unités armées aux points stratégiques. Tout le petit état vit sur le pied de guerre tandis qu’à Querétaro, on débat de la nouvelle constitution, qui est promulguée le 5 février 1917. Un mois plus tard ont lieu les élections.

Au moment où s’ouvrent les délibérations du nouveau congrès national et où le président élu, Carranza, assume ses fonctions, la révolution mexicaine s’institutionnalise. La contitution approuvée affronte la question agraire, interdit les monopoles et établit les droits des travailleurs. L’ouverture politique de la nouvelle république lui vaut l’appui de vastes secteurs de la population.

Le gouvernement organisé, avec le contrôle des mécanismes d’état et la reconnaissance internationale, considère toutefois Zapata comme un ennemi irréductible.

Pendant des mois, les troupes gouvernementales cherchent à mettre en déroute les zapatistes. Ceux-ci comptent sur la protection des montagnes et celle de la population du Morelos qui leur est fidèle dans sa majorité. Mais que peuvent faire cet homme et ses partisans, toujours mal nourris et insuffisamment armés contre une armée de 40 000 soldats ?

Il n’y a ni merci ni pardon dans cette lutte fratricide. Tout homme soupçonné de sympathie pour les zapatistes finit par être fusillé par le peloton d’exécution. Rares sont les familles du Morelos qui ne pleurent pas un des leurs disparus au combat, à la suite d’une vengeance ou de représailles.

Zapata cherche à étendre son mouvement, paysan à l’origine, en se solidarisant avec les organisations naissantes des travailleurs et les milieux intellectuels, auxquels il adresse un appel dans ses dernières déclarations.

Tout n’est pas qu’ordre et unité sous le gouvernement de Carranza. Quelques soulèvements spontanés éclatent et le général Obregon, le vainqueur des partisans de Villa, voit ajournées ses aspirations à succéder au président.

Zapata pense que, parmi les rares chefs révolutionnaires qui subsistent, ce n’est qu’avec le général Obregon qu’il peut arriver à une entente. Il charge Dolores Jimenez Muro, qui avait collaboré à la rédaction du plan d’Ayala, de chercher un accord.

Dans les zones qui sont sous le contrôle de Zapata, la guerre alterne avec le travail de la terre qui doit subvenir aux besoins en vivres des combattants et de la population, où abondent veuves et orphelins. Le chef du mouvement lui-même collabore à de nombreuses reprises à ces tâches avec les quelques soldats qui lui restent. Beaucoup ont trouvé la mort dans les combats, certains sont passés du côté de Carranza, d’autres ont été fusillés suite à une accusation de trahison.

Etant donné que ni la supériorité militaire, ni les compensations économiques qui lui sont offertes ne parviennent à faire changer d’avis Zapata, on cherche une autre solution. Le colonel Guajardo fait semblant d’avoir rompu avec le gouvernement et fait savoir à Zapata qu’il se joindre avec ses troupes aux rebelles.

Ce mensonge subtilement tramé excite la méfiance du chef du sud. Montant le cheval dont le colonel lui a fait cadeau, il part au matin du 10 avril 1919 pour une entrevue avec Guajardo. Il ne demande pas à sa troupe de l’accompagner et il n’est escorté que de quelques hommes.

Devant la propriété agricole de Chinameca, quartier général de celui qu’il considère comme son futur allié, une formation de soldats l’attend pour lui rendre les honneurs. Un clairon sonne son arrivée : c’est un signal. Toute la garnison tire sur lui, le cavalier et sa monture tombent criblés de balles.

Discutée, controversée, la personnalité d’Emiliano Zapata est encore aujourd’hui pour nombre de mexicains un symbole, une légende vénérée.

"Cloches de villa Ayala,Pourquoi résonner si tristement ?

C’est que Zapata vient de mourir,

Et que Zapata était un homme courageux."

Le texte précédent provient de "Historienduweb"

La survie de l’Etat mexicain post-révolutionnaire, compromis entre la nouvelle classe politique née de la période de lutte militaire et des secteurs de l’ancienne oligarchie foncière, dépendait essentiellement de sa capacité à maintenir une hégémonie idéologique et un contrôle politique sur les travailleurs agricoles et la paysannerie, d’une part, et la classe ouvrière en formation, de l’autre. Le prélude à la formation du nouvel Etat fut le meurtre de Zapata lui-même, en 1919, parce qu’il n’aurait pas toléré un consensus faisant de lui un membre de la nouvelle élite dirigeante abandonnant à jamais l’engagement envers la socialisation des terres. On a prétendu que Zapata était un révolutionnaire paysan dont les buts se bornaient à une réforme agraire radicale, et qu’il était incapable de briser avec un tel cadre limité pour prendre en compte les connexions entre les secteurs séparés de la lutte des classes – et qu’en conséquence son mouvement n’était guère plus qu’une jacquerie, un soulèvement paysan. Adolfo Gilly, entre autres, fournit la preuve qu’au cours de la lutte armée la vision de Zapata avait évolué, s’était développée et profondément transformée. Mais les circonstances et le rythme de ce changement, et les asymétries entre les développements politiques en dehors et à l’intérieur du propre mouvement de Zapata fournissent la structure narrative de l’histoire de cette « révolution inachevée » et suggèrent des parallèles entre le vécu de Zapata lui-même et le mouvement qui devait prendre son nom quelque 80 ans plus tard.

La base de Zapata était l’Etat de Morelos, au sud du Mexique, et la province voisine de Puebla. Le Morelos était un centre de l’industrie sucrière en expansion dans le Mexique du début du 20ème siècle ; la croissance des plantations s’était réalisée aux dépens des communautés rurales qui possédaient et travaillaient la terre, souvent de manière communale, pour produire essentiellement des cultures alimentaires. En même temps que les plantations connaissaient une expansion, leurs terres étaient envahies et volées avec le soutien actif de la célèbre guardia rural, les gardes ruraux armés, commandés et contrôlés par celui qui était depuis 30 ans le dictateur du Mexique, Porfirio Diaz. Le manifeste révolutionnaire que Zapata proclama en février 1911, le Plan de Ayala, exprimait les revendications de sa classe de petits fermiers et de leurs communautés – pour des droits fonciers communaux et la liberté politique. En forgeant une alliance avec la vieille classe des propriétaires fonciers, les dirigeants du nouvel Etat mexicain se tournèrent contre le mouvement rural.

Fin novembre 1914, Zapata et Pancho Villa entrèrent à Mexico, mettant fin à la tentative de Victoriano Huerta de restaurer l’ancien régime. Pendant un mois ou deux ils eurent le contrôle effectif du gouvernement. Mais aucun n’avait envisagé la conquête du pouvoir d’Etat – et ils se retirèrent sur leurs bases régionales. Il n’y avait aucun doute que leur présence dans la capitale avait effrayé la nouvelle bourgeoisie – ils avaient expulsé la menace contre-révolutionnaire de Huerta, mais, cela fait, devinrent eux-mêmes un obstacle à la constitution d’un nouvel Etat national. En l’espace d’un mois, Carranza, un riche propriétaire terrien qui avait été gouverneur d’Etat sous la dictature de Diaz, devint le dirigeant du nouveau Mexique. Son projet national fut clairement défini par un premier décret reconnaissant le droit à la propriété privée de la terre. Il était évident, dès lors, qu’il considérait comme sa tâche primordiale de mobiliser des forces contre Zapata et Villa, y incluant les tristement célèbres Bataillons Rouges engagés contre Zapata. Au fur et à mesure que l’offensive contre Zapata progressait, il fut de plus en plus repoussé dans sa place forte du Morelos où il était pratiquement assiégé.

En même temps, cependant, Zapata et ses conseillers mettaient en place une série de décrets et créaient un ensemble d’organisations à l’intérieur de la province assiégée, qui suggèrent que la pensée sociale et politique de Zapata s’orientait rapidement dans un sens de plus en plus radical. Assiégé par une armée nationale, Zapata commença à reconnaître la nécessité d’une alliance entre les paysans et les ouvriers, de la socialisation de la terre et de la propriété, et de formes démocratiques radicales. Il n’était d’aucune manière un paysan illettré – il avait été en contact avec les idées anarchistes dès son plus jeune âge. La méfiance envers la bourgeoisie qu’elles professaient et l’accent mis sur l’action de masse l’avaient convaincu, mais son refus de considérer les problèmes du pouvoir politique et du contrôle de l’Etat expliquent en grande partie la décision de Zapata de se retirer de Mexico (et de la bataille pour la conquête du pouvoir) au début de 1915. Sa reconsidération critique de cette expérience se produisait (tragiquement) dans les circonstances du siège, avec peu de possibilités de rentrer en contact avec le mouvement urbain de la classe ouvrière. Source SPEB

4 Messages de forum

  • Emiliano Zapata et la révolution mexicaine 18 mars 2010 09:51, par MOSHE

    Emiliano Zapata et la révolution mexicaine

    Le révolutionnaire Zapata n’exprime pas l’ensemble de la révolution mexicaine. Aucun dirigeant de la révolution mexicaine ne permet de refléter la signification de l’ensemble de la lutte, car celle-ci a pris des formes et a eu des buts multiples. Exemple de révolution permanente, la révolution mexicaine contient à la fois une révolution démocratique bourgeoise contre la dictature de Diaz, une révolte paysanne pour la terre, pour les anciennes communautés paysannes traditionnelles, contre les haciendas et les grands propriétaires et une révolution prolétarienne communiste, pour un pouvoir des opprimés des villes et des campagnes. Toutes les classes sociales ont participé à la révolution : la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, la bourgeoisie et le prolétariat des villes et des campagnes. Elle a mis en branle toute la société. Elle a eu, comme la révolution française, de nombreuse phases à rebondissements et couvre de nombreuses années, de 1911 à 1919.

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  • Emiliano Zapata et la révolution mexicaine 7 juillet 2010 20:19, par Ramiro

    Toute la différence est la comme il est dit dans cet article, entre la prise du pouvoir par les opprimés et la victoire d’une armée même si elle détruit un régime et même si elle jouit d’un certain soutien populaire. La révolution "russe" est réellement la prise du pouvoir des Soviets contrairement à la "révolution" Cubaine par exemple qui est la victoire d’une guérilla, d’une armée, bien que celle ci avait un soutient populaire, bien qu’elle ai détruite l’ancien régime la vieille dictature de Batista et coupé les vivres aux transnationales en les nationalisant. Mais cette Guérilla victorieuse a d’entrée était un appareil d’état, une bureaucratie qui n’a jamais laissé le moindre mot à la classe ouvrière, même si cette dernière l’a sauvé comme par exemple lors de l’attaque impérialiste de la Baie des cochons ou les masses ont joués un rôle décisif dans l’échec de cette intervention.

    Le soutient et la sympathie des opprimés pour tels ou tels mouvements ne veut en aucun cas dire qu’ils participent ou décident de quoi que ce soit, c’est au contraire une illusion grave qui empêche aux opprimés de croire en leurs propres forces et d’être révolutionnaires, ces mouvements alimentent par la démagogie ce sentiment pour manipuler et utiliser les masses laborieuses.

    Pour ne citer que l’exemple de Kabila qui n’a pas fait qu’utiliser la paysannerie mais également le prolétariat urbain pour faire chuter Mobutu, mais pour finalement asseoire une dictature horrible.

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  • Emiliano Zapata et la révolution mexicaine 7 août 2010 19:24, par dac dac

    Le plus révolutionnaire des dirigeants, le plus prolétarien aussi, est Emiliano Zapata. Il a considérablement évolué au cours de la lutte. Mais jamais il n’a été un simple leader militaire d’une guérilla des paysans pauvres. Jamais il n’a voulu que les combattants militaires deviennent les dirigeants de la société civile. Non seulement il voulait le peuple en armes et non une armée permanente de combattants révolutionnaires mais il souhaitait toujours subordonner les militaires aux civils et c’est ce qu’il a réalisé avec succès pendant un temps dans le Morelos. Ceux qui ont étudié cette période sont souvent étonnés que Zapata refuse le pouvoir mais ils oublient qu’il s’agissait d’un Etat bourgeois. Même si personnellement Zapata s’était trouvé à la tête, il serait encore agi d’un Etat bourgeois. c’est pour cela que Zapata victorieux momentanément n’est pas resté à Mexico. il savait qu’il y aurait été l’otage des classes bourgeoisies et petites bourgeoises des villes
    v serge

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  • Emiliano Zapata et la révolution mexicaine 11 janvier 2011 18:11, par max

    Pour entendre, télécharger en MP3 la révolution Mexicaine et le point de vue d’un sociologue accompagné d’extrait de films , diffusée sur France inter, cliquez ici.

    30mn d’histoires et "d’anniversaire" qui sont d’ actualité.

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