English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 05 - Livre Cinq : ECONOMIE POLITIQUE > Où Christine Lagarde peut trouver 40 milliards ?

Où Christine Lagarde peut trouver 40 milliards ?

mercredi 15 septembre 2010

Dans un entretien accordé au journal’ Le Figaro’ et publié ce mercredi, Christine Lagarde, ministre de l’Economie a détaillé les mesures qui permettront à la France de réduire son déficit public de 8% à 6% du PIB en 2011, conformément à ses engagements pris auprès de Bruxelles.

Cela "nécessitera de réduire de 40 milliards d’euros les déficits publics".

Tout d’abord les plans pour l’Automobile et pour la Bâtiment.

Mais PSA doit toujours au moins deux milliards à l’Etat, Renault deux milliards, sur les trois milliards que devaient chacune des deux entreprises automobile.

Le Gouvernement a mobilisé 380 millions d’euros pour la mise en œuvre de ce programme en faveur de la réhabilitation de logements privés, de la production de logements sociaux et de l’aménagement d’espaces et de services publics. Ce n’est qu’une toute petite partie des aides aux patrons du Bâtiment.

Sans compter les aides à l’industrie pharmaceutique et celles à l’industrie des communications ou de l’énergie...

L’Etat "prête" aussi via son fonds souverain. Le FSI (Fonds Stratégique d’Investissement), le fonds souverain français créé fin 2008, il est détenu à 49% par l’Etat et à 51% par la Caisse des Dépôts et Consignations. C’est donc bien un fonds à 100% public, doté au départ de 6 milliards d’euros, portés à 20 milliards (6 sous forme de fonds disponibles, 14 de participations dans des entreprises, détenues jusque là par l’Etat ou la caisse des dépôts). De nombreux capitalistes ont emprunté au FSI. C’est le cas par exemple d’Accor, Air liquide, Alcatel, Danone, France Telecom, Lagardère, Meccano, Saur, Sodexo, Vallourec, Vivendi et bien d’autres. Depuis, comme la ministre Christine Lagarde l’a expliqué avec enthousiasme lors du Conseil des ministres du 2 juin 2010, le FSI a procédé à 31 investissements directs nouveaux (pour à peine 1,25 milliards), mais il a aussi permis de créer de nombreux fonds sectoriels, qui, à leur tour, ont pris des participations dans une centaine d’entreprises. S’ajoutent ainsi à la liste des participations dans 3S Photonics, Air France, Boutoux, Carbone Lorraine, Cegedim, Chantiers de l’Atlantique, Daher, Forenap, Gemalto, Gruau, Nexans, Renault, Technip, Valeo et bien d’autres. Il faut y ajouter des participations dans des entreprises non cotées (deux tiers des prises de participation), des PME de croissance, des entreprises de taille intermédiaire, etc.

L’Etat français, gauche et droite unis pour l’occasion, de Juppé à Rocard, a décidé d’un "grand emprunt national" de 35 milliards d’euros, dont 22 milliards seront levés sur les marchés. Rocard et Juppé ont conjointement proposé un emballage pour ce cadeau au grand patronat : faire croire que l’argent de l’emprunt irait surtout à la recherche et l’enseignement supérieur. En réalité, il s’agit seulement de 11 sur les 60 milliards de l’emprunt et, d’ailleurs, l’université, le CNRS et les instituts de recherche ne toucheront pas ces sommes. Elles seront placées comme un capital financier et ce sont seulement les intérêts de ce placement, soit des sommes très faibles, qui seront à la disposition des instituts de science et d’enseignement. Et, même là, l’argent soi-disant donné à la recherche et à l’enseignement servira à subventionner des « secteurs d’excellence », traduisez des secteurs rentables.

Quant au reste de l’emprunt, l’Etat va servir encore et à nouveau à aider des trusts. En effet, l’Etat va mettre en place le haut débit à la place des trusts de la téléphonie, malgré les bénéfices de ces sociétés. C’est encore l’emprunt qui est censé aider les trusts de la bio-industrie à développer les bio-technologies. Tout cela sans aucune contrepartie ni aucun engagement des sociétés aidées, ni sur le plan de l’emploi, ni sur celui des investissements privés qui sont seulement évalués par le gouvernement et « souhaités ».

L’Etat va aider… Areva et autres trusts du nucléaire, déjà très riches, pour développer le nucléaire, présenté par Sarkozy comme une industrie propre sous prétexte qu’elle ne produit pas de CO² !!! Or, même si le sommet de Copenhague voudrait nous faire croire le contraire, le nuage de Tchernobyl, c’est autrement plus dangereux que les gaz à effet de serre.

Les banques ont-elles remboursé l’Etat ?

En partie seulement. C’est presque fait pour les 20,75 milliards d’euros apportés en fonds propres. Six banques en avaient bénéficié. Quatre d’entre elles ont déjà racheté la participation de l’Etat dans leur capital. La banque franco-belge Dexia et le groupe Banque populaire-Caisse d’épargne doivent encore rembourser 6,3 milliards d’euros.

Le remboursement des 77 milliards d’euros prêtés sera plus lent. Ces prêts courent jusqu’à 2014, mais les banques ayant renoué avec les bénéfices, elles, seront en mesure de rembourser. Mais la réalité, c’est que l’Etat leur a reversé des sommes en empruntant à intérêt des sommes qu’elle leur prête quasi sans intérêt.

Un exemple de banque qui n’a pas remboursé ? Le groupe BPCE déclare qu’il « a bien l’intention » de rembourser d’ici à 2013 l’argent prêté par l’Etat dans le cadre des aides versées au secteur bancaire, a déclaré mardi aux Echos le président de son directoire François Pérol. L’Etat a déclaré qu’il a fait une bonne opération en prêtant aux banques et qu’il y a gagné. Voyons cela sur un exemple …

BNP Paribas a décidé de rembourser dès octobre les cinq milliards prêtés par l’État pour affronter la crise via une augmentation de capital. L’opération qui lui permettra d’avoir les coudées franches vis-à-vis des pouvoirs publics tout en séduisant les marchés. La banque réalise ainsi une très belle opération en remboursant les actions de l’État à 27,2 euros seulement alors que son cours actuel est plus de deux fois supérieur (56,5 euros lundi à la clôture). L’État, qui a accepté, selon les termes de l’accord initial, que les actions soient rachetées au prix d’émission jusqu’en 2010, se prive au passage d’une plus-value de plus de cinq milliards d’euros. Le marché a salué cette décision et placé mardi le titre BNP Paribas en tête des progressions du CAC 40 (+2,35 % à 57,90 euros).

Bien des sommes données aux banques ne sont pas rentrées dans les caisses de l’Etat, notamment les prises de participation. L’Etat détient maintenant 15,19% de BNP Paribas, 7,2% de la Société Générale et 5,7% de Dexia.

D’autre part, au moment du remboursement, l’Etat a prétendu qu’il avait donné moins qu’annoncé : 118 milliards sur 360 annoncés…. Quand mentait-il ? Alors ou aujourd’hui ? En octobre 2008, l’Etat avait déboursé directement les sommes suivantes :

Crédit Agricole : 3 milliards

BNP Paribas : 2,55 milliards

Société Générale : 1,7 milliard

Crédit Mutuel : 1,2 milliard

Caisse d’Epargne : 1,1 milliard

Banque Populaire : 950 millions

Même s’il a prétendu ensuite avoir déboursé moins.

Et on est loin d’avoir ainsi totalisé les aides aux capitalistes qui vont de la réduction d’impôts ou suppression d’impôts ou de taxes et de cotisations sociales. Cette année, ce que Fillon appelle pudiquement « le soutien à la trésorerie des entreprises » a coûté 11 milliards d’euros et le « plan de relance » près de 8,5 milliards d’euros. Sans compter de nouveaux cadeaux sont faits au patronat avec la suppression partielle de la taxe professionnelle. « Six milliards d’exonérations d’un seul coup », se vante ainsi Fillon.

Les conclusions de la mission d’audit sur les aides publiques aux entreprises, confiée en 2006 à cinq hauts fonctionnaires par Dominique de Villepin alors Premier ministre, nous donnent une petite idée de leur importance.

Ils avaient estimé à près de 65 milliards d’euros l’ensemble de ces aides pour l’année 2005, et à au moins 6 000 le nombre cumulé de dispositifs d’aides, tout en reconnaissant eux-mêmes que le montant qu’ils avançaient était sans doute sous-évalué. Ces 65 milliards représentaient autant que l’impôt sur les sociétés et la taxe professionnelle réunis, c’est-à-dire autant que l’ensemble des impôts payés par les entreprises. L’État redonne donc d’une main ce qu’il a de l’autre prélevé sur les sociétés.

L’endettement de l’Etat est encore une forme d’aide aux capitalistes et financiers divers. Dans une interview au Journal du Dimanche du 24 septembre, Fillon a donné l’orientation du budget et de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2010, qui devait être présentée quelques jours plus tard à l’Assemblée nationale.

Aucune surprise dans ces annonces. Elles font sans sourciller le constat d’un déficit colossal. Celui-ci atteindrait près de 140 milliards pour 2009 (116 milliards selon certaines sources), qui s’ajouteront à la dette de l’État, la portant à 1 400 milliards d’euros ! Cette dette est une source d’enrichissement permanent des banquiers, une rente garantie par l’État et une des premières sources des dépenses publiques. Le service de la dette coûte en effet à l’État plus que ne lui rapporte l’impôt sur le revenu : 50 milliards, qui reviennent aux banques avant même que l’État ait dépensé le premier sou.

Au total, les capitalistes de toutes sortes doivent à l’Etat depuis la crise de 2008 la somme coquette de … 500 à 1000 milliards d’euros. La somme réelle n’a rien de public !!!

La ministre Lagarde en cherchait 40 !!! Pas difficile de les trouver : les grands trusts, banques, assurances nous en doivent dix fois plus depuis deux ans, volés sur l’argent de nos impôts…

Conclusion : tout ce qu’ils ont, ils nous l’ont volé. En prenant le pouvoir sur toutes les richesses, le peuple travailleur ne prendra que son propre bien !

3 Messages de forum

  • Où Christine Lagarde peut trouver 40 milliards ? 28 septembre 2010 12:47, par Paq34

    Mais, bordel de m..., quelqu’un dans ce pays a t’il une vague idée du montant des aides publiques aux entreprises (nationales et européennes) pour les années 2007 à 2009 ???????????????????????
    Partout on trouve des références aux 65 Md € de 2006 (donnés très souvent, et à tort, pour 2009 !), mais rien depuis...
    Je veux bien croire, que cette opacité (tant dans les chiffres bruts que dans les possibilités de recensement et de comparaisons internationales) est savamment entretenue... Mais, tout de même, il doit bien y avoir quelques économistes plus ou moins indépendants ayant réalisé des estimations, à défaut de chiffres officiels !?
    Si vous avez des sources... merci.

    Répondre à ce message

    • Où Christine Lagarde peut trouver 40 milliards ? 28 septembre 2010 18:49, par Robert Paris

      Voici par exemple une source qui donne 66 milliards : ici

      Mais ce chiffre n’a pas grand chose à voir avec la réalité et ce pour plusieurs raisons...

      1°) Il n’y a pas que les aides directes, il y a bien d’autres moyens : prises de participation, aides d’organismes liés à l’Etat, aides d’organismes financiers comme la caisse des dépôts, achats d’actions, travaux commandés par l’état, etc..

      2°) Il y a tout simplement des fausses déclarations de ministres qui, eux-mêmes, prétendent ne pas savoir.

      3°) il y a des aides des organismes semi étatiques : SNCF, EDF, Areva, caisses sociales diverses...

      4°) Il y a des aides des organismes de l’Europe

      5°) Il y a des manières aussi de cacher en faisant marcher la planche à billets, ce que la banque centrale européenne a autorisé à partir de la crise de 2008

      et c’est loin d’être tout..

      Pourquoi un économiste ayant pignon sur rue aurait-il rapporté tout cela ... pour se faire taper sur les doigts ?

      Répondre à ce message

  • Où Christine Lagarde peut trouver 40 milliards ? 29 septembre 2010 17:41, par Robert Paris

    Je suis loin, en effet, d’avoir cité toutes les manières de cacher des aides aux capitalistes.

    Tout le budget de l’Etat n’est en fait qu’une aide à ceux-ci.

    Qui ne voit pas que les hôpitaux sont une aide à l’industrie pharmaceutique, à l’industrie de matériel médical, au bâtiment avec les grands travaux dans tous les sites. La Santé est tout à fait secondaire.. ;

    Des caisses d’état qui servent ainsi à financer les trusts précédemment cités sont la sécurité sociale, les caisses de retraite, les caisses complémentaires, etc...

    Répondre à ce message

Répondre à cette brève

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0