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Emeutes à Bab El Oued (Algérie)

jeudi 6 janvier 2011

Des émeutes ont éclaté mercredi soir dans le quartier populaire de à Bab El Oued à Alger où des dizaines de jeunes ont manifesté contre la flambée des prix et affronté les forces de l’ordre à coups de pierres, selon des témoins. Les incidents ont commencé peu avant la tombée de la nuit lorsque des manifestants ont occupé l’une des principales artères du quartier.

« Ils se sont mis à lancer des pierres contre les policiers anti-émeutes déployés dans le quartier. Un groupe de jeunes a notamment saccagé un abribus », a précisé un résident joint par téléphone par l’AFP. Les manifestants ont également érigé des barricades à l’aide de pneus qu’ils ont enflammés, a-t-il ajouté sans pouvoir préciser s’il y a eu des victimes.

Les prix de certains produits de base, comme le sucre et l’huile, ont récemment enregistré une hausse considérable en Algérie. Dans la journée, le ministre du Commerce Mustapha Benbada avait indiqué que cette flambée n’était pas « uniquement » due à la hausse des cours sur le marché mondial. « Les producteurs et distributeurs de gros ont leur part de responsabilité. Les marges bénéficiaires qu’ils imposent sont exagérées », avait-il jugé.

La contestation touche plusieurs villes du pays

Les émeutes de Bab el Oued s’inscrivent dans une contestation sociale sporadique qui touche régulièrement plusieurs villes du pays. Lundi soir, des milliers de jeunes ont bloqué des routes dans la région de Tipaza (70 km à l’ouest d’Alger) pour dénoncer la flambée des prix de l’alimentation et leurs conditions de vie difficiles, a rapporté mercredi le quotidien arabophone El Khabar.

Fin décembre, des incidents dans plusieurs quartiers périphériques d’Alger ont opposé durant trois jours les forces de l’ordre à des manifestants réclamant de meilleurs logements. L’attribution de logements sociaux provoque régulièrement des protestations en Algérie. La population a triplé depuis l’indépendance en 1962 et atteint quelque 36 millions d’habitants actuellement, mais la construction n’a pas suivi.

Des barricades ont été dressées et des pneus brûlés, de même que plusieurs actes de saccage ont été signalés. Le quartier a été encerclé par les forces de l’ordre. Des tirs de balles ont été entendus, rapportent des témoins sur place. Des jeunes manifestants ont essayé d’attaquer le commissariat du 5ème arrondissement, les policiers auraient répliquer en tirant des balles à blanc, précisent les mêmes sources. On signale plusieurs personnes blessées parmi les manifestants et les policiers.

La rumeur d’une marche populaire prévue jeudi se propage Les manifestants de Bab El Oued ont pris en charge l’organisation de la circulation routière. Ils expliquaient aux automobilistes qu’ils protestent contre la flambée des prix, rapportent des témoins contactés par « Algérie-Focus.Com ». Les manifestants tentaient également de rallier les passants à leur cause. « Ils disent qu’il faut que tout le monde réagisse à cette hogra », rapporte un témoin. Depuis la matinée de ce mercredi 5 janvier 2011, la rumeur d’une marche populaire contre la cherté de la vie s’est propagée à Alger. Selon plusieurs sources, l’éventualité d’une marche demain jeudi à Alger est prise très au sérieux par les services de sécurité.

Plusieurs quartiers d’Alger et de sa périphérie ont été secouées dans la journée et la soirée du mercredi 5 janvier par des émeutes conduites par de jeunes manifestants. A Oran, des quartiers se sont embrasés mercredi après-midi et des affrontements ont opposés des manifestants aux forces de l’ordre. Des manifestations ont été également signalées à Djelfa,à 300 km au sud de la capitale. Ce climat de rumeurs et de contre-rumeurs alimente une vive tension à Alger ainsi que dans plusieurs villes du pays. Ce climat de tension et d’affrontements rappelle celui vécu en Algérie lors de la révolte du 5 octobre 1988.

Au moment même ou les dirigeants annoncent en boucle que les caisses de l’Etat sont pleines à craquer (155 milliards de dollars de réserves), des émeutes éclatent à Staoueli et Fouka, sur le littoral ouest d’Alger, à Bab-El-Oued, à Djelfa, dans le sud du pays et surtout à Oran, deuxième ville d’Algérie. Ces émeutes n’ont pas pour revendication principale le logement, mais dénotent plutôt un ras le bol général de la mal-vie.

L’année 2011 commence comme s’est finit l’année 2010, Il n’y a plus un seul endroit où il n’y a pas eu, de routes barrées, d’APC ou de daïras bloquées, d’édifices public attaqués, d’affrontements avec les forces de l’ordre. Les raisons de cette colère sont multiples. S’il est souvent question de manque de logements, cette revendication n’est pas la seule. Le chômage des jeunes, les abus et les injustices, l’absence totale de perspectives, le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter sont autant d’ingrédients qui jettent les jeunes dans la rue pour manifester leur mécontentement.

Dans l’Algérie qui alloue la faramineuse enveloppe de 286 milliards de dollars à un plan de développement quinquennal, après avoir investi presque autant pour les deux plans quinquennaux précédents, le marasme social est patent. Pis, ce marasme porte en lui des germes d’un défoulement généralisé aussi imprévisible qu’explosif.

Aux émeutes violentes et répétitives du mal logé se sont succédées depuis lundi 03 décembre les barricades des maigres bourses, la frange la plus importante de la population. Et, comme pour bien marquer le contraste entre un pouvoir qui dépense sans compter et le citoyen qui éprouve les pires difficultés à joindre les deux bouts, les émeutes ont élu comme territoire la commune de Staouali, là où se trouve la résidence d’Etat du club des Pins, l’univers des nantis hautement sécurisés, logeant dans des villas luxueuses et roulant carrosses rutilants.

La subite augmentation des prix de certains produits de consommation de base tels que le sucre, l’huile et la farine a fait sortir dans la rue les habitants de Staouali et de Fouka, une localité du littoral à l’ouest d’Alger. Les jeunes des cités la Bridja (Staouali) et les Orangers (Fouka) ont barricadé les routes au niveau de leurs quartiers respectifs pour dénoncer la flambée des prix. Le bidon d’huile de 5 litre est commercialisé à 780 dinars, le kilo de sucre est proposé à 150 dinars, voire 170 dinars dans les villes de l’intérieur du pays.

Le ministre du commerce, Mustapha Benbada a tenté mardi 4 janvier de rassurer l’opinion, déclarant qu’il mettrait urgemment un dispositif pour stopper l’envolée des prix de produits de consommation. Mais le pourrait-il vraiment lorsque l’on sait que les prix sont libres, excepté ceux du pain et du lait qui restent encore subventionnés par l’Etat. Une profession de foi qui tombe mal, puisque le jour même le directeur de la prévision au sein du ministère du Commerce annonçait lui que l’inflation ira crescendo l’année 2011.

Les Algériens à faibles revenus ont toutes les raisons de s’inquiéter. D’autant plus qu’ils savent que le marché national est très peu soumis à la loi de l’offre et de la demande. Les citoyens cernés par ailleurs par d’autres difficultés, réagissent par la violence de l’émeute, comme à Diar Echems en 2009, ou encore celle plus récente des résidents de la cité des palmiers à Oued Ouchayah. Comme c’est également le cas chaque jour dans les villes et villages de l’intérieur du pays.

Devant l’absence de canaux légaux de prise en charge des revendications populaires, l’émeute est devenue, au fil des ans, le seul moyen de protestation.

Les autorités font semblant de ne pas voir les émeutes. Le Premier ministre, comme le chef de l’Etat, gardent le silence. Alors que la colère gronde et que l’Algérie est en situation « d’émeute permanente », la seule réponse est l’envoie de forces de l’ordre. Jusqu’à quand ?

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