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Le 5 mars 1953, Staline mourut…

vendredi 6 juin 2014

Le texte qui suit contient un large extrait de ’Tout passe" de Vassili Grossman

Le 5 mars 1953, Staline mourut…

Et soudain, le 5 mars 1953, Staline mourut. La mort de Staline fit littéralement irruption dans le système gigantesque de l’enthousiasme mécanisé, de la colère populaire et de l’amour populaire décrétés par le comité de district du Parti. Staline mourut sans qu’aucun plan l’eût prévu, sans instruction des organes directeurs. Staline sans ordre personnel du camarade Staline. Cette liberté, cette fantaisie capricieuse de la mort contenait une sorte de dynamite qui contredisait l’essence la plus secrète de l’Etat. Le trouble s’empara des esprits et des cœurs.

Staline est mort ! Les uns eurent le sentiment d’un malheur. Dans certaines écoles, les maîtres forcèrent leurs élèves à se mettre à genoux, puis, s’agenouillant à leur tour et fondant en larmes, ils leur donnèrent lecture du communiqué officiel qui annonçait la mort du guide. Aux réunions qui se tinrent dans les établissements publics et dans les usines pour marquer le deuil, un grand nombre de gens furent pris d’une sorte d’hystérie. Des femmes criaient comme des démentes, éclataient en sanglots, certaines s’évanouissaient. Il était mort le grand dieu, idole du XXème siècle, et les femmes de pleurer…

D’autres eurent le sentiment de bonheur. La campagne qui se dépérissait sous la poigne de fer de Staline, poussa un soupir de soulagement. Les millions d’hommes qui peuplaient les camps furent en liesse… Les dizaines de milliers d’hommes sous escortes se transmettaient la nouvelle à voix basse : « Il a crevé… crevé ! » et ce chuchotement de milliers et de milliers d’hommes grondait comme le vent… Hommes instruits ou travailleurs manuels, ils furent nombreux ceux qui, en apprenant la nouvelle, furent partagés entre le chagrin et le désir de danser de joie… Staline est mort ! Il y avait dans cette mort un élément de liberté soudaine, absolument étranger à la nature de l’Etat stalinien.

Cette liberté soudaine fit frémir l’Etat, comme il avait frémi lors de l’attaque soudaine du 22 juin 1941…

Le 5 avril au matin…

- Les médecins ne sont pas coupables ! On les avait torturés !

L’Etat reconnaissait sa terrible culpabilité, avouait qu’on avait usé de méthodes d’interrogatoire prohibés par la loi… Et demain, l’Etat allait reconnaître que l’on avait soumis à la torture Boukharine, Zinoviev, Kamenev, Rykov, Piatakov et que ce n’étaient pas des ennemis du peuple qui avaient tué Maxime Gorki. Et après-demain, l’Etat avouerait qu’on avait fait périr des millions de paysans pour rien.

Un formidable espoir soulève l’Union soviétique dès le printemps 1953. En particulier dans les camps du Goulag. En mai 1954, une grève éclate dans celui de Kenguir, au Kazakhstan. Pendant cinq semaines, les détenus vont tenir tête au Kremlin. Pendant un an, de juin 1953 à juin 1954, une vague de protestation secoue les « camps spéciaux » du Goulag1 : Vorkouta, Norilsk, Taïchet, Ekibastouz, Kenguir dans les steppes du nord du Kazakhstan sont touchés. Les révoltes les plus significatives furent celles des camps spéciaux du Gorlag (Norilsk) du Rečlag (Vorkuta) et du Steplag (Djezkazgan) qui mirent le système en grande difficulté.

A part un bref répit des températures, ce printemps 1953 n’annonçait rien de bon aux trente mille « zeks » - prisonniers politiques - du bagne de Norilsk. Staline était mort en mars, mais l’amnistie, décrétée alors, excluait les « politiques », et le relâchement attendu de la dictature tardait. L’été suivant éclata une grève qui toucha le chantier de Norilsk, la raffinerie, les mines. Bravant tous les interdits, les zeks revendiquaient un assouplissement de leur régime carcéral.

Les six camps du Goulag élirent des comités de grève. Des drapeaux rouges encadrés d’un bord noir, en mémoire des fusillés, furent hissés. Les bagnards fabriquèrent des cerfs-volants, auxquels ils fixaient des tracts entourés de ficelles. On allumait la ficelle, qui se consumait, laissant ensuite tomber le tract sur la ville. Jusqu’à fin août, les grèves se succédèrent, en dépit d’une ration de pain réduite à 200 grammes par jour.

« Au moment de la seconde grève, le 6 juillet, les prisonnières se sont mises à creuser une énorme fosse dans la cour du camp », raconte Galina Stopiouk, ukrainienne, envoyée à 16 ans à Norilsk, où elle arrive en 1945. Les sentinelles ont menacé de tirer. « Mais, justement, c’est notre tombe que nous creusons là ! crièrent-elles. La liberté ou la mort. » Les prisonnières se sont ensuite tenues en rangs serrés autour de la fosse. On utilisa alors des lances à incendie et, une fois la débandade commencée, ce fut le carnage. « Les gardes y allaient à coups de hache. »

Les ouvriers de RDA se mettent en grève les 16-17 juin 1953.

5 mars 1953 : mort de Staline

mai 1953 : devant la réforme monétaire et l’augmentation des prix, les travailleurs de Tchécoslovaquie pillent les magasins et se mettent en grève le 30 mai. Pendant plusieurs jours les 5000 ouvriers de l’usine Staline de Plzen (ancienne usine Skoda) bloquent l’usine et bravent le pouvoir. Deux mois après, l’agitation dans les usines continuait en Tchécoslovaquie.

12 juin 1953 : en apprenant l’augmentation des normes de travail, le chantier sud de Berlin se met en grève.

15 juin 1953 : Chantier Sud et Bloc 40 se joignent dans la lutte. Un cortège de 300 ouvriers se termine à 10.000 manifestants qui imposent le retrait de l’augmentation des normes de travail. Les ouvriers ne s’en tiennent pas là et appellent tous les travailleurs du pays à faire la grève générale politique.

17-18 juin 1953 : grève générale de 400.000 ouvriers de Berlin-Est et de plus de 270 villes d’Allemagne de l’Est. Les ouvriers en grève élisent des comités de grève.

juillet 1953 : grève des détenus du camp de Vorkhouta en URSS

décembre 1953 : exécution de Béria

juillet 1953 : Imre Nagy nommé chef du gouvernement hongrois

novembre 1954 : Mathias Rakosi revient d’URSS pour prendre la tête de la Hongrie « socialiste ».

mars 1955 : Nagy est condamné pour « déviation de droite »

avril 1955 : Nagy démissionne du gouvernement hongrois

février 1956 : réhabilitation de l’ancien Parti communiste polonais dissous et assassiné par Staline

24 février 1956 : rapport de Krouchtchev au 20e congrès du PC de l’URSS qui commence la campagne de « déstalinisation » : Staline y est qualifié de « monarque ignare et sanglant ». Le dirigeant yougoslave Tito est réhabilité.

mai 1956 : insurrection populaire violemment réprimée en Géorgie

16 juin 1956 : grève de 15.000 ouvriers de l’usine métallurgique Zispo à Poznan (Pologne) qui dure jusqu’au 29 juin malgré une violente répression

28-29 juin 1956 : grève générale et manifestations des ouvriers de Poznan (Pologne) qui se transforment en émeutes au nom de « A bas le faux communisme ! »

17 juillet 1956, Gerö, bourreau stalinien de la révolution espagnole, est nommé secrétaire du PC hongrois à la place de Rakosi qui est démissionné par Krouchtchev

6 octobre 1956 : en Hongrie, manifestation monstre à Budapest lors des funérailles de Lazlo Rajk, victime du stalinisme

14 octobre 1956 : réintégration d’Imre Nagy dans le PC hongrois

16 octobre 1956 : en Pologne, pour calmer les mouvements de contestation, le gouvernement annonce que Gomulka, ancien secrétaire du Parti communiste polonais, condamné pour nationalisme et récemment libéré, est invité au comité central

19-20 octobre 1956 : en Pologne, aux rumeurs d’intervention russe s’oppose une mobilisation ouvrière de masse, avec notamment de grands meetings à Varsovie et en province

21 octobre 1956 : pour calmer le début de soulèvement populaire, Gomulka est nommé premier secrétaire du parti communiste de Pologne. Réunions massives dans les usines et les facultés.

23 octobre 1956 : manifestation de 150.000 personnes, étudiants rejoints par les ouvriers qui sortent des usines. Les manifestants abattent la statue de Staline puis veulent lire une résolution à la radio. A la demande de Gerö, la police politique ouvre le feu sur les manifestants. Face à l’armée hongroise envoyée contre les manifestants, ceux-ci sont rejoints par toute la classe ouvrière qui arrête le travail, s’organise et s’arme. La chasse est menée par les ouvriers contre la police politique. C’est le début de la révolution ouvrière.

En Pologne, des condamnés de la révolte de Poznan sont libérés et, le même jour, de nombreux meetings réclament le départ des troupes russes.

24 octobre 1956 : Nagy est nommé chef du gouvernement mais la radio, aux mains du pouvoir, prétend en même temps que Nagy a fait appel aux troupes russes. Les premières colonnes de tanks russes pénètrent dans la capitale Budapest.

25 octobre 1956 : en Hongrie, les forces de l’ordre massacrent les manifestants de Budapest mais le pouvoir recule. Gerö est démis et remplacé à la tête du parti par Kadar. Nagy et Kadar promettent des réformes mais demandent aux insurgés de déposer les armes. Les premiers conseils ouvriers (dans les usines) et conseils révolutionnaire (dans les localités) naissent.

26 octobre 1956 : A Budapest, le colonel Maléter et le préfet de police Kopacsi passent du côté des insurgés, donnant des armes à l’insurrection. Comités révolutionnaires et conseils ouvriers exercent un pouvoir réel dans tout le pays.

27 octobre 1956 : Nagy, au gouvernement, ne cesse de recevoir des délégations des comités et conseils qui se forment dans toutes les localités et toutes les usines.

En Pologne, les ouvriers de l’usine Zeran exigent le retrait des troupes russes de Hongrie.

28 octobre 1956 : Nagy négocie avec les insurgés

29 octobre 1956 : annonce mensongère que les troupes russes, qui se retirent de Budapest, se retirent de Hongrie.

30 octobre 1956 : malgré leur méfiance, les conseils révolutionnaires accordent leur soutien au gouvernement Nagy. A Gyor, les conseils ouvriers appuient le conseil national de Transdanubie.

31 octobre 1956 : pendant que Moscou prétend négocier son retrait de Hongrie, des troupes affluent massivement en vue de la répression.

3 novembre 1956 : nouveau gouvernement Nagy incluant Maléter et Kopacsi.

4 novembre 1956 : les troupes russes attaquent Budapest. Kadar reprend le pouvoir à Nagy qui se cache à l’ambassade yougoslave. Grève générale s’étendant à toute la classe ouvrière et qui va durer jusqu’au 13 novembre. Les combats s’étendent à l’ensemble du pays.

Du 5 au 12 novembre 1956 : les combats menés par la classe ouvrière hongroise continuent contre les troupes russes, notamment avec les mineurs de Pecs et les ouvriers du quartier Cspel de Budapest.

14 novembre 1956 : mise en place du Conseil Ouvrier central du grand Budapest

15 novembre 1956 : Balazs, président du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest est démis (et remplacé par Devenyi) pour avoir interprété la reprise du travail comme une reconnaissance du gouvernement Kadar, ce que n’admettent pas les conseils ouvriers. En province, les conseils sont un deuxième pouvoir.

19 novembre 1956 : convocation à Budapest d’un Conseil Ouvrier National. En province, la grève est toujours totale.

21 novembre 1956 : la réunion du Conseil Ouvrier National n’a pas été possible car l’armée russe l’a empêchée. Les délégués qui se réunissent s’opposent, les travailleurs de province reprochant aux délégués de Budapest d’avoir appelé à la reprise du travail. Le président du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest Devenyi est remplacé par un jeune ouvrier Racz. Bali et Lalocsa sont vice-président du Conseil.

23 novembre 1956 : célébration de l’anniversaire de la révolution hongroise par une heure de Budapest ville morte à l’appel du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest

4 décembre 1956 : manifestation des femmes

5 décembre 1956 : arrestation d’un grand nombre de membres des conseils ouvriers

5-6 décembre 1956 : congrès de fondation de l’Union de la jeunesse révolutionnaire qui dénonce le stalinisme

9 décembre 1956 : à Budapest, le Conseil Ouvrier Central appelle à la grève générale de 48 heures contre la répression qui frappe les conseils ouvriers

11 décembre 1956 : grève générale à Budapest. Les dirigeants ouvriers Racz et Bali sont arrêtés. Le gouvernement décrète la dissolution du Conseil Central Ouvrier du grand Budapest.

12 décembre 1956 : en Pologne, les mineurs de Glöwice organisent une marche silencieuse de solidarité avec les ouvriers hongrois et contre la répression

13 décembre 1956 : la répression organisée par le gouvernement Kadar avec l’appui russe continue en Hongrie, les arrestations se multiplient. L’usine de Beloiannisz poursuit sa grève.

Les métallos de l’usine Cegielski à Poznan en Pologne manifestent leur solidarité avec les ouvriers hongrois.

17 décembre 1956 : les premières condamnations à mort sont prononcées contre les insurgés hongrois

3-4 janvier 1957 : les staliniens imposent la fusion de l’organisation indépendante de la jeunesse révolutionnaire et l’organisation de la jeunesse stalinienne

11 et 12 janvier 1957 : les ouvriers de Csepel à Budapest se mettent en grève et sont violemment réprimés. Les chars russes encerclent Csepel.

13 au 17 août 1957 : grève des traminots de Lodz en Pologne. Gomulka dénonce les traminots et tous les ouvriers grévistes.

Septembre 1957 : dissolution des derniers conseils ouvriers hongrois.

14 avril 1958 : Gomulka déclare que les grèves sont illégales en Pologne

1 Message

  • Jacques Duclos, stalinien de toujours : « Les peuples saluent en Staline le géant de la pensée et de l’action, le guide du mouvement ouvrier international, le modèle, l’exemple, le maître de tous les hommes d’avant-garde, de tous les prolétaires qui ont pour objectif la victoire de la liberté, de la paix et du socialisme. C’est pourquoi notre devoir est de nous efforcer dans notre comportement, dans notre activité, d’être des staliniens. (...) Être Stalinien telle est notre ambition à nous tous, camarades ! » (Paris, le 23 décembre 1949).

    Maurice Thorez, autoproclamé premier stalinien de France : « Stalinien : nous redisons bien haut, comme il y a vingt ans déjà, notre fierté de ce titre d’honneur et de gloire que nous nous efforçons de mériter ! Oui de tout notre cœur, nous proclamons notre amour ardent pour Staline, et nous l’assurons de notre confiance inébranlable ! » (déclaration de 1949, extrait filmé présent dans Banlieue rouge, Daniel Kupferstein, 2005).

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