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Manifestation le premier mai, manifestation le 5 mai, que veut Mélenchon ?

mardi 30 avril 2013, par Robert Paris

Mélenchon appelle à manifester le 5 mai

Les gens de gauche insatisfaits sont appelés par le Front de Gauche, le PCF et Mélenchon à une manifestation citoyenne le 5 mai. Et il y a certainement de quoi être insatisfaits de la politique gouvernementale pro-patronale de la gauche, que ce soit l’aide, politique et financière, apportée par le gouvernement aux trusts et les répressions diverses contre les salariés qui tentent de se défendre, que ce soit la démagogie anti-roms, anti sans-papiers, que ce soit les liens du gouvernement avec les trusts dont Cahuzac a été l’illustration.

Cependant, cela ne signifie pas qu’en dénonçant à sa manière tout cela, le Front de Gauche et Mélenchon offrent une véritable perspective aux travailleurs et aux milieux populaires qui en manquent singulièrement ni qu’ils présentent même une explication crédible de la signification de la crise actuelle, ni qu’ils nous proposent de lutter contre nos vrais ennemis.

Mélenchon a clarifié récemment sa perspective en annonçant qu’il offrait sa candidature comme premier ministre de Hollande, à l’heure où ce dernier atteint des records d’impopularité dans la population, ainsi que son gouvernement. C’est rappeler que Mélenchon et le Front de Gauche font partie de la majorité présidentielle, qu’ils se revendiquent toujours d’avoir fait élire ce gouvernement qui s’attaque aux salariés et soutient les patrons. Le PCF, par exemple, a soutenu jusqu’à la dernière minute Cahuzac, jusqu’à ce qu’il avoue, et ne demande toujours pas l’inculpation des trusts pharmaceutiques, qui ont corrompu Cahuzac, pour corruption de fonctionnaires. Il ne s’attaque pas d’une manière générale aux trusts car se présenter comme défenseur de « la France », c’est déjà une manière de mettre dans le même sac les patrons français et les travailleurs.

Quant à jouer un véritable rôle politique, celui-ci devrait consister à défendre des explications de la situation actuelle du capitalisme afin d’éclairer le combat des salariés. Là-dessus silence complet. Rien de ce que dit Mélenchon, de ce qu’affirme le PCF n’éclaire sur la crise mondiale, sur l’état du système capitaliste, sur les perspectives sociales pour les travailleurs. Front de Gauche ou PCF avancent leurs « solutions » mais le problème n’est nullement identifié. Dire que le problème c’est l’austérité, ce n’est pas expliquer la crise de 2007 car alors l’austérité n’avait pas cours. Or, on n’est jamais sortis à l’échelle mondiale de cette « crise ». La première des choses que devrait faire tout ce qui se prétend parti politique, c’est de donner son interprétation de la crise actuelle du système capitaliste. On ne peut donner des solutions à un problème qui n’est nullement identifié. On peut toujours discuter et prétendre soigner les conséquences. Mais cela, tous les politiciens de la bourgeoisie ne font que cela. Eh bien, la gauche de la gauche bourgeoise ne fait pas mieux. Car ses perspectives pour populaires qu’elles se disent n’en sont pas moins bourgeoises.

Elles ne visent nullement le renversement du système tout en faisant allusion au communisme. En effet, quand ils parlent de renversement c’est celui de la cinquième république bourgeoise pour en préconiser une sixième. Ils ne préconisent pas la deuxième commune de Paris prolétarienne ! C’est bien de l’Etat bourgeois que Mélenchon a été ministre et qu’il se voit demain premier ministre et, pourquoi pas, président. Il ne préconise qu’un changement de politique, politique de développement économique plutôt que d’austérité. Cela ne signifie nullement de s’attaquer vraiment à ceux qui nous attaquent.

Et pourtant, ce qui caractérise la situation économique et sociale, c’est bel et bien une offensive des patrons capitalistes contre les salariés, offensive démarrée par l’annonce des licenciements massifs à PSA et continuée par de multiples trusts dont Renault, Sanofi, Goodyear, General Motors et bien d’autres, offensive aidée par le gouvernement avec ses négociations de compétitivité pour casser les contrats CDI et supprimer les plans sociaux sans supprimer les licenciements.

Mélenchon se garde bien de nous dire pourquoi les patrons désinvestissent massivement et, comme les autres politiciens, il discute comme si cela se produisait spécifiquement en France, comme s’il fallait aider l’économie française. Dans le terme économie, il n’y a pas d’un côté les patrons et de l’autre les travailleurs. Comme dans toutes les expressions favorites de Mélenchon, du Front de Gauche et du PCF : citoyens, peuple, France, entreprises, développement économique.

Que le langage critique, faussement radical, et sans la moindre conscience de classe, puisse plaire à des salariés ou des milieux populaires en colère, c’est possible mais cela ne signifie pas que sa politique représente une avancée dans la lutte des classes qui se déroule réellement.

Posons-nous par exemple la question : pourquoi est-il nécessaire d’une manifestation populaire et ouvrière le 5 mai alors qu’il y a déjà une manifestation populaire et ouvrière le 1er mai ?

La manifestation du premier mai étant appelée par les syndicats, Mélenchon ne veut surtout pas avoir l’air de profiter de l’occasion syndicale pour donner un autre sens au discours des centrales syndicales, particulièrement à la CGT dont il cautionne les orientations et qu’il ne veut surtout pas avoir l’air de critiquer.

Ce n’est pas à lutte des travailleurs que Mélenchon veut donner une perspective politique, c’est aux élections dans le cadre bourgeois classique. Tout en étant porte parole de la gauche de la gauche, Mélenchon ne veut nullement s’attaquer plus radicalement aux patrons capitalistes que ne le font les centrales syndicales. Il ne propose pas que les travailleurs s’organisent dans le cadre des entreprises pour faire de la politique. Le PCF, lui-même, a « oublié » depuis belle lurette l’époque antédiluvienne où il voulait créer des conseils ouvriers dans toutes les entreprises pour que les travailleurs puissent défendre leurs perspectives politiques et sociales propres.

Pourtant, c’est exactement ce qui manque le plus aux travailleurs. Des syndicats, il y en a partout, merci. Et ce n’est pas cela qui empêche ni diminue les attaques. Ce n’est pas les centrales syndicales qui font peur au patronat. Ce qui manque, c’est au contraire l’action politique, le programme politique, l’intervention politique de la classe qui produit toutes les richesses, et la conscience politique des prolétaires. Pour les travailleurs d’aujourd’hui, victimes de décennies de politique stalinienne et réformiste, leur seule intervention politique possible consiste à « bien voter » de temps en temps aux élections de la « démocratie bourgeoise », celle qui ne remet jamais en question le pouvoir des possesseurs privés de capitaux.

Ce que les politiciens bourgeois appellent faire de la politique, c’est discuter dans ce seul cadre, de ce que pourraient faire les gouvernants sans s’attaquer bien sûr à la loi du capital. En ce sens, Mélenchon comme le PCF, malgré des discours un peu plus radicaux, sont des politiciens bourgeois classiques.

« Etat, sauve nous » reste leur adage, comme si l’Etat bourgeois allait nous sauver dans la confrontation de luttes de classes que mène le patronat contre les travailleurs. Pour le Front de Gauche comme pour les appareils syndicaux, l’Etat bourgeois devrait « normalement » intervenir contre les patrons et pour les travailleurs, que ce soit à Florange, à Pétroplus, à Aulnay ou à Goodyear-Amiens, etc… Et comme ce n’est pas le cas, ils propagent l’idée que, s’ils gouvernaient, ce serait le cas. Hollande avait dit la même chose aux salariés de Florange et on en a vu le résultat.

Comme toute la gauche de la gauche, Mélenchon tient à faire croire que tout va mal à cause d’une mauvaise politique de gauche en France ou en Europe et qu’avec une bonne politique d’un bon gouvernement, on pourrait faire face à la situation. C’est archi faux et c’est une illusion démobilisante puisque ce n’est pas la lutte contre les patrons qui mènerait à un tel gouvernement mais les élections. Quant à la crise qu’il faudrait soigner, elle n’est nullement française ni européenne, ni soignable à cette échelle, et elle n’est pas du tout soignable par aucune politique. Mais cela, le PCF ni le Front de Gauche ne le diront car cela nuirait à tous leurs mensonges politiques qui sont réformistes. Le capitalisme a fini d’offrir des emplois, d’avoir des perspectives de développement économique et social et il n’en aura plus mais ils se garderont de le dire… Les uns et les autres prétendent que, pour défendre les travailleurs et les milieux populaires, il faudrait « défendre la France » et c’est un mensonge. Qu’ils suffirait d’une « politique de relance » en France et en Europe, qu’il faudrait rompre avec les « politiques d’austérité ». C’est un double mensonge car les politiques de relance sont tout aussi tournées en faveur des capitalistes et contre les travailleurs que les politiques d’austérité. Relancer, c’est encore plus augmenter les trous des comptes publics pour aider les capitalistes, politique qui a déjà été menée mondialement depuis 2007 et qui mène à la situation actuelle. Cette politique prétend être aussi favorable aux patrons français qu’aux travailleurs français, qu’on serait du même bord, comme la politique d’austérité le prétend. Ils veulent faire croire qu’ils seraient « une vraie gauche », mais le monde n’est pas divisée en gauche et droite mais en classes sociales.

Mélenchon vient d’exprimer l’objectif de ses critiques de la politique de Hollande : devenir le premier ministre de ce dernier !!! La montagne a accouché d’une souris. Pas la peine d’accuser Hollande d’être vendu aux trusts, au capital financier, à la finance internationale pour ensuite prétendre en devenir le bras droit !!!

Mélenchon a marqué son indignation des orientations du gouvernement de gauche qui n’a cessé de défendre les riches et aussi sont indignation face aux scandales multiples auxquels est confronté ce gouvernement.

Que veut Mélenchon ? Que la Nation soit servie par l’Etat, que le peuple lui-même gouverne, que la France soit le but du pouvoir, que l’on sorte de la cinquième république pour entrer dans la sixième, que les intérêts du capital financier cessent de primer sur ceux du peuple français, que l’Europe cesse de dicter sa loi aux gouvernants nationaux, que règne la véritable démocratie où les votes populaires sont respectés, que l’on régule les marchés financiers, que le développement national de l’économie soit favorisé et participe du bien-être général de la population et particulièrement des milieux les plus défavorisés, voilà comment nous nous permettrions de résumer les buts affichés de Mélenchon. Le moyen : la lutte politique et sociale couplée au bulletin de vote, permettant de changer de gouvernement, de régime et de fonctionnement économique et social…

Mélenchon ou le mythe du présidentiable du côté du peuple travailleur

Mélenchon peut-il par les élections, ou en devenant le premier ministre de Hollande réaliser ses slogans comme "Partager les richesses et abolir l’insécurité sociale", "Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers", "Produire autrement". Certainement pas !

Son slogan "La République pour de vrai" sous-entend que la République bourgeoise pourrait vraiment devenir populaire ou ouvrière. Un mensonge de plus sur l’Etat bourgeois et la possibilité de le rendre populaire ou citoyen. Sa revendication de la révolution française, de la prise de la Bastille, n’est rien d’autre qu’une idéalisation des vertus prétendues de la révolution bourgeoise.

Rien que son slogan « reprenons le pouvoir » sous-entend que le peuple avait eu le pouvoir grâce à la révolution française ce qui est totalement faux. C’est la bourgeoisie et elle seule qui a gouverné suite à la révolution française, sous des formes politiques diverses et jamais les milieux populaires et encore moins ouvriers. A François Hollande, qu’il a soutenu et continue de soutenir. « Tu perds ton temps à cajoler le monde de la finance », « c’est des coups qu’il faut donner ! » Il se présente comme « capable de gouverner ce pays autrement ». Donc, pour lui, la perspective est un Etat bourgeois gouverné « vraiment à gauche ». Vraiment ou pas, la perspective reste l’Etat bourgeois qui devrait… nous sauver des attaques de la bourgeoisie !!!

Mais la fonction de Mélenchon est tout de même de donner un débouché électoral au mécontentement, voire à la colère, en laissant croire qu’on va changer les choses par le bulletin de vote. Et accessoirement d’essayer d’affaiblir l’extrême gauche. Il y parvient parce que celle-ci n’est pas non plus décidée à dire la vérité aux travailleurs sur les trahisons que subissent les travailleurs et d’abord celles des centrales syndicales. Ce que le FdG essaie de masquer, c’est sa passivité face à la vague de licenciements annoncés, voire sa collaboration avec le patronat et le gouvernement puisque les dirigeant-e-s de la CGT souvent lié-e-s au FdG, comme les directions des autres syndicats, participent aux concertations ouvertes par la « conférence sociale » de juillet. PSA, Air France, Doux, Sanofi, Carrefour, IBM, CIF, Bouygues, SFR, SNCM… Des dizaines de milliers de licenciements sont annoncés. Malgré le recul du mouvement ouvrier, il reste bien des équipes syndicales et bien des travailleurs-ses combatifs qui résistent localement. Dans une situation de crise pareille, il est évident que les directions syndicales, et le FdG auraient les moyens d’impulser un puissant mouvement d’ensemble. Mais il n’est pas question d’impulser autre chose que quelques promenades, comme celle du 1er mai, où les bureaucrates syndicaux se gardent bien de définir la moindre revendication précise et le début d’une stratégie pour gagner…

L’intérêt des travailleurs n’est justement pas de laisser le monopole de l’action des travailleurs aux appareils réformistes des syndicats et que l’action politique soit ailleurs. C’est au contraire que l’action directe des salariés devienne politique, avance des perspectives propres aux travailleurs et remette en question le pouvoir bourgeois.

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