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La Commune de Paris de 1871 et la question de l’Etat

dimanche 19 octobre 2014, par Robert Paris

La Commune de Paris de 1871 et la question de l’Etat

« La Commune ne fut pas une révolution contre une forme quelconque de pouvoir d’Etat, légitimiste, constitutionnelle, républicaine ou impériale. Elle fut une révolution contre l’Etat comme tel, contre cet avorton monstrueux de la société ; elle fut la résurrection de l’authentique vie sociale du peuple, réalisée par le peuple. Elle ne fut pas une révolution ayant pour but de transférer le pouvoir d’Etat d’une fraction des classes dominantes à une autre, mais une révolution tendant à détruire cette machine abjecte de la domination de classe. Ce ne fut pas un de ces combats mesquins entre la domination de classe dans sa forme de pouvoir exécutif et ses formes parlementaires, mais une révolte contre ces deux formes complémentaires, la forme parlementaire n’étant qu’un accessoire mystificateur du pouvoir exécutif… Seule la classe ouvrière pouvait exprimer, par le mot « Commune », ces nouvelles aspirations dont elle inaugura la réalisation par la Commune militante… La bourgeoisie moyenne et la petite bourgeoisie, vu leurs conditions d’existence économiques, ne pouvaient assumer l’initiative d’une nouvelle révolution ; elles étaient obligées soit de suivre la classe dominante, soit de se faire des alliées de la classe ouvrière… Seuls les prolétaires, en flammés par la nouvelle tâche sociale qu’ils doivent accomplir pour la société tout entière, à savoir la suppression de toutes les classes et de la domination de classe, étaient capables de briser l’instrument de cette domination – l’Etat – ce pouvoir gouvernemental centralisé et organisé qui se prend pour le maître de la société au lieu d’en être le serviteur… Telle est la Commune : la forme politique de l’émancipation sociale, du travail libéré de l’usurpation de ceux qui monopolisent les moyens de travail créés par les travailleurs eux-mêmes ou offerts par la nature. De même que la machine d’Etat ou le parlementarisme ne constituent pas la vraie vie des classes dominantes mais ne sont que les organes généraux de leur domination, les garanties politiques, les formes et les manifestations de l’ordre établi, de même la Commune n’est ni le mouvement social de la classe ouvrière ni, par conséquent, le mouvement de régénération universelle de l’humanité : elle est son moyen d’action organisé. La Commune ne supprime pas la lutte de classes par laquelle les travailleurs veulent parvenir à l’abolition de toutes les classes et, partant, de toute domination de classe. La Commune ne défend aucun intérêt particulier ; elle lutte pour la libération du « travail », c’est-à-dire des conditions fondamentales et naturelles de la vie individuelle et sociale que la minorité ravit à la majorité par l’usurpation, la fraude et d’habiles machinations. En revanche, la Commune crée le terrain rationnel sur lequel la lutte des classes peut parcourir ses diverses phases de la manière la plus rationnelle et la plus humaine. La Commune peut susciter des réactions violentes et des bouleversements tout aussi violents. Elle commence l’émancipation du travail – son grand but – en supprimant, d’une part, toute activité improductive et nuisible des parasites d’Etat, en écartant les causes des immenses sacrifices exigés par ce monstre, l’Etat qui se nourrit du produit national, et, d’autre part, en exécutant les travaux administratifs, locaux et nationaux, en échange d’un simple salaire d’ouvrier. Ainsi, elle débute par d’énormes économies, par des réformes économiques tout autant que par des innovations politiques… La classe ouvrière sait qu’elle doit traverser diverses phases de la lutte des classes. Elle sait que le remplacement des conditions économiques du travail asservi par les conditions du travail libre et associé ne pourra être que l’œuvre progressive du temps ; que la transformation économique exige non seulement des changements dans la distribution, mais encore une nouvelle organisation de la production, ou plutôt la libération des formes sociales de la production que renferme actuellement le travail organisé. Ces formes, produites par l’industrie moderne, doivent être libérées des chaînes de l’esclavage et de leur actuel caractère de classe ; et toute cette transformation exige également une coordination harmonieuse à l’échelle nationale et internationale. La classe ouvrière sait que cette œuvre de régénération sera sans cesse entravée par la résistance des privilèges acquis et les égoïsmes de classe. Elle sait que l’actuelle « action spontanée des lois naturelles du capital et de la propriété terrienne » ne peut être remplacée par « l’action spontanée des lois de l’économie sociale du travail libre et associé » que dans le cours d’un long processus de développement des conditions nouvelles, tout comme l’ « action spontanée des lois économiques de l’esclavage » a été remplacé par « l’action spontanée des lois économiques du servage ». Mais elle sait aussi que de grand progrès peuvent être immédiatement réalisés grâce à la forme communale de l’organisation politique, et que le moment est venu de commencer ce mouvement pour elle-même et pour l’humanité… Le fait que les travailleurs parisiens ont pris l’initiative de la révolution actuelle et qu’ils supportent avec héroïsme et esprit de sacrifice tout le poids de la lutte n’a rien de nouveau. C’est là un trait frappant de toutes les révolutions françaises… Ce qu’elle a d’original, c’est que le peuple, après le premier soulèvement, n’a pas déposé les armes et n’a pas remis son pouvoir entre les mains des charlatans républicains des classes dirigeantes ; c’est qu’en fondant la Commune il a pris dans ses propres mains la direction effective de sa révolution et qu’il a trouvé en même temps le moyen de la maintenir, en cas de succès, entre les mains du peuple lui-même, en substituant son propre appareil gouvernemental à l’appareil d’Etat, à la machine gouvernementale des classes dominantes… La plus importante mesure de la Commune, c’est sa propre existence, ses travaux et son action au milieu des difficultés inouïes ! Le drapeau rouge hissé par la Commune orne en réalité le seul gouvernement des travailleurs de Paris ! Ils ont proclamé hautement et consciemment que leur but était l’émancipation du travail et la transformation de la société ! Mais le caractère vraiment « social » de leur République, c’est le simple fait que des travailleurs gouvernent la Commune de Paris. »

Brouillon d’article de Marx sur la Commune, 1871

« La Commune dut aussitôt reconnaître que la classe ouvrière, une fois parvenue au pouvoir, ne pouvait continuer à gérer avec la vieille machine d’Etat ; que cette classe ouvrière, pour ne pas reperdre sa propre domination tout juste conquise, devait d’une part abandonner la vieille machinerie d’oppression jusqu’alors employée contre elle-même, mais d’autre part, s’assurer contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les déclarant en tout temps et sans exception, amovibles. En quoi consistait la particularité caractéristique de l’Etat jusqu’alors ? La société avait pour le soin de ses intérêts communs créé, originairement par simple division du travail, ses organes propres. Mais ces organismes, dont le sommet était le pouvoir de l’Etat, se sont avec le temps, transformés, au service de leurs propres intérêts particuliers, de serviteurs de la société en maîtres de celle-ci. Comme on peut le voir, par exemple, non seulement dans la monarchie héréditaire mais également dans la République démocratique… Contre cette transformation inévitable, dans tous les Etats jusqu’à présent, de l’Etat et des organes de l’Etat, des serviteurs de la société en maîtres de la société, la Commune employa deux moyens infaillibles. Premièrement, elle soumit toutes les places de l’administration, de la justice et de l’enseignement, à l’élection au suffrage universel des intéressés et, bien entendu, à la révocation à tout moment par ces mêmes intéressés. Et deuxièmement, elle ne paya pour tous les services, élevés comme bas, que le salaire que recevaient les autres ouvriers. Le plus haut traitement qu’elle payât dans l’ensemble était de 6.000 francs. Par là, un frein sûr était mis à la chasse aux places et à l’arrivisme, sans en appeler aux mandats impératifs des délégués aux corps représentatifs, qui étaient encore ajoutés par-dessus le marché…. Le philistin social-démocrate entre une fois de plus dans une terreur sacrée au mot de dictature du prolétariat. Allons bon, voulez-vous savoir, Messieurs, de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat. »

Engels, Préface à la « Guerre civile en France » de Marx

« La Commune fut composée de conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville, responsables et révocables à court terme. La majorité de ses membres étaient naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être, non pas un organe parlementaire, mais un organisme de travail, exécutif et législatif à la fois. La police, jusqu’alors instrument du gouvernement central, fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un agent de la Commune, responsable et, à tout moment, révocable. Il en fut de même de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’en bas, ce service public devait être assuré pour des salaires d’ouvriers. Les privilèges d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’Etat disparurent avec les dignitaires eux-mêmes. Les fonctions publiques cessèrent d’être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale, mais toute l’initiative jusqu’alors exercée par l’Etat fut déposée entre les mains de la Commune. Une fois débarrassée de l’armée permanente et de la police, instruments de la puissance matérielle de l’ancien gouvernement, la Commune était soucieuse de briser l’instrument spirituel d’oppression, le pouvoir des curés ; elle décréta la destitution et l’expropriation de toutes les Eglises pour autant qu’elles possédaient des biens. Les prêtres furent relégués dans le calme de la vie privée, pour s’y nourrir des aumônes des fidèles, selon l’exemple de leurs prédécesseurs, les apôtres. L’ensemble des établissements scolaires furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, délivrés de toute ingérence de l’Eglise et de l’Etat. Ainsi, non seulement l’instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des chaînes dont les préjugés de classe et les pouvoirs publics l’avaient chargée. Les fonctionnaires judiciaires furent privés de cette feinte indépendance qui n’avait servi qu’à masquer leur soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté des serments de fidélité, successivement violés. Comme le reste des serviteurs publics, magistrats et juges devaient être électifs, responsables et révocables. La Commune de Paris devait, bien entendu, servir de modèle à tous les centres industriels de France. Le régime de la Commune une fois établi à Paris et dans les centres secondaires, l’ancien gouvernement centralisé aurait, dans les provinces aussi, dû faire place à l’auto-gouvernement des producteurs… La Commune a fait de ce mot d’ordre des révolutions bourgeoises, le gouvernement à bon marché, une réalité en détruisant ces deux grandes sources de dépenses, l’armée permanente et le fonctionnarisme d’Etat… Mais ni le gouvernement à bon marché, ni la « vraie République » n’étaient son but dernier ; ils n’étaient que ses corollaires… C’était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le produit de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des accapareurs, la forme politique enfin découverte sous laquelle on pouvait réaliser l’émancipation économique du travail. »

Marx, La Guerre civile en France (1871)

Texte paru dans le numéro du 16 avril 1871 de la « Révolution politique et sociale », journal de l’Internationale sous la signature de A.S., probablement Auguste Serraillier :

« Du rôle de l’Etat au point de vue économique

« En ce moment où la classe ouvrière vient de faire son apparition sur la scène politique, nous ne croyons pas inutile de rappeler les obligations de l’Etat envers les travailleurs. Ces idées ont déjà été émises dans divers écrits ; cependant le règne d’obscurantisme impérial, qui a pesé sur la France si longtemps en ayant empêché la propagande, il ne nous paraît pas sans importance de revenir sur ce sujet. D’ailleurs la diversité d’opinions sur le rôle de l’Etat, dont quelques soi-disant socialistes ont demandé la suppression, nous fait devoir d’insister. Que doit faire l’Etat, pour résoudre d’une manière pacifique la question sociale, en d’autres termes pour éteindre l’antagonisme entre le capital et le travail. Tout d’abord, nous croyons qu’il incombe à l’Etat d’aider et de faciliter le développement des associations corporatives, en leur fournissant le moyen d’acquérir les instruments de travail. Il doit insérer dans la loi toutes les mesures nécessaires pour la protection des travailleurs et veiller à leur exécution… N’oublions pas que le système social se propose de donner « A chacun suivant ses besoins », et qui peut nier qu’aujourd’hui c’est la classe la plus nombreuse, celle des salariés, qui a le plus besoin d’être aidée pour arriver à son émancipation politique et sociale. Que d’un autre côté, on considère l’origine de ce qu’on appelle capital, et l’on verra que l’intervention de l’Etat est nécessaire pour hâter l’avènement du règne de l’égalité par la justice. »

Adresse de l’Union des femmes à la commission du travail et de l’échange :

« Considérant que la réorganisation du travail tendant à assurer le produit au producteur ne peut s’effectuer qu’au moyen d’associations productives libres, les diverses industries à leur profit collectif ; que la formation de ces associations en soustrayant le travail au joug du capital exploiteur, assurerait enfin aux travailleurs la direction de leurs propres affaires, en même temps qu’elle faciliterait les réformes immédiates et essentielles à opérer dans le mécanisme de la production aussi bien que dans les rapports sociaux des producteurs, savoir : a) la diversité du travail dans chaque métier – la répétition continue du même mouvement manuel influant d’une manière funeste sur l’organisme et le cerveau ; b) la diminution des heures de travail – l’épuisement des forces physiques amenant inévitablement l’extinction des facultés morales ; c) l’anéantissement de toute concurrence entre travailleurs des deux sexes, leurs intérêts étant absolument identiques, et leur entente solidaire étant de rigueur pour le succès de la grève définitive et universelle du travail contre le capital… « 

Lettre de Désiré Lapie, ouvrier menuisier, militant blanquiste, membre du comité de vigilance de Montmartre à sa sœur, prolétaire comme lui, vivant en province :

Paris, le 26 mars 1871

Chère et bonne sœur,

« Tu t’intéresse de nous comme si tu ne connaissais pas Paris. La Révolution vous fait donc bien peur tu me dis que je déshonore mon nom en me laissant conduire par ce mouvement politique : que veux-tu chacun en ce monde doit mettre ses connaissances au service de son pays dans cette crise que nous passons ; l’honnête homme doit faire abnégation de tout même de la famille quand il s’agit des générations futures et de l’affranchissement des peuples. Tu me dis aussi que je me mette du côté du fort, je suis persuadé que telle n’est pas ta pensée, à moins que tu ne me prenne pour un lâche, nous étions bien faibles quand nous avons commencé, aujourd’hui nous sommes les puissants dans la force de la justice. Des journaux menteurs vous disent que nous voulons le pillage suis-je né voleur et tu crois que je voudrais du partage, c’est à toi que je le demande, non ma sœur cette manière n’entre pas dans mes opinions politiques. Voilà ce que nous voulons, le droit de nommer nos conseils municipaux, nos officiers militaires, suppression des armées permanentes, séparation de l’Eglise et de l’Etat sans cependant empêcher la liberté des consciences, instruction gratuite et obligatoire par les écoles laïques, fermeture des couvents, empêcher par tous les moyens possibles le retour du jésuitisme, car dans ces maisons on ne connaît que le vol et la prostitution. Oui ma sœur nous sommes maître, entends-tu, devant tous ces gens s’inclinent les monarques tremblent en pensant à notre révolution, de ces hommes qui nous ont livrés nous les tenons Bismarck lui-même est forcé de nous reconnaître tu vois si nous sommes fort et les gens de la campagne pense venir nous écraser à paris ; pauvre peuple qu’ils sont bêtes c’est pour eux que nous travaillons et ils voudraient nous écraser mais s’ils commencent et que Paris lève sa voix et il fera entendre de l’océan aux monts d’Oural car rien ne résiste à un peuple libre… Adieu ma seur et Vive la République démocratique et sociale ! Salut et égalité. »

Emile Zola, qui n’est ni féministe, ni révolutionnaire, ni favorable à la Commune, décrit ainsi les femmes révolutionnaires de la Commune de Paris dans « Lettres de Paris », le 14 mai 1871 :

« Les femmes, à Paris, sont fort turbulentes. Dans presque tous les ménages d’ouvriers, le soir, la femme dit tout haut son opinion politique et souvent l’impose à son mari. On lit le journal en commun, et généralement on est très dur pour le pouvoir quel qu’il soit. Cet esprit frondeur qui fait de Paris une ville d’opposition et même, une ville révolutionnaire par excellence, s’incarne surtout dans certaines femmes qui deviennent, au milieu de la fièvre des événements, de véritables harpies, des mégères jetant feu et flamme. Dans aucune autre ville je n’ai entendu le sexe faible trancher si impérieusement les questions gouvernementales. Il m’est souvent arrivé de causer politique avec une de ces dames, par haute curiosité littéraire. Je m’empresse de déclarer d’ailleurs, que beaucoup d’entre elles sont de parfaites honnêtes femmes, un peu bavardes, mais bonnes mères et bonnes épouses. Seulement, elles sont nées dans la grande ville ; elles ont été élevées au milieu des discussions politiques de la rue ; elles soignent leur pot-au-feu en parlant de la dernière séance de la Chambre ou du prochain changement de cabinet. C’est dans leur sang, dans l’air qu’elles respirent, dans ces hautes maisons parisiennes toutes vibrantes des échos de la cité. Les femmes dont je vous parle connaissaient les personnalités politiques, M. Thiers, M. Guizot, M. Rouher, M. E. Ollivier, et il y en a qui admirent ou détestent encore Lamartine. J’appuie sur cette classe de citoyennes parce que vous en ignorez à peu près complètement l’espèce en province et que vous pourriez prendre pour des femmes perdues des femmes qui n’ont pas en temps ordinaire, que le défaut de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Il faut entendre leurs raisonnements. Elles sont, comme a dit Michelet, l’exaspération du juste… Vous devez comprendre maintenant que lorsqu’une révolution éclate, les femmes sont dans la fièvre. Il ne faudrait pas s’imaginer que les Tricoteuses de 93 furent une monstruosité exceptionnelle. Les Tricoteuses sont à l’état latent dans nos faubourgs. Quand l’homme prend un fusil, la femme sent sa langue qui lui démange et pour peu qu’elle aille perdre la tête dans un club, elle ne tarde pas à prendre elle aussi un fusil, un sabre, un simple couteau… Chaque club a ses « oratrices ». Un club où une femme ne parlerait pas ressemblerait à une comédie où tous les rôles seraient confiés à des hommes. Rien de plus fastidieux… j’ai vu deux ou trois fois ces « oratrices ». Elles sont, pour la plupart, jeunes et jolies. Elles lisent d’habitude leur bout de discours, mais avec cet aplomb des femmes qui se savent plus regardées qu’écoutées. »

Karl Marx, dans « La guerre civile en France » :

« À l’aube du 18 mars, Paris fut réveillé par ce cri de tonnerre : Vive la Commune ! Qu’est-ce donc que la Commune, ce sphinx qui met l’entendement bourgeois à si dure épreuve ? Les prolétaires de la capitale, disait le Comité central dans son manifeste du 18 mars, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques... Le prolétariat... a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées, et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir. Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l’appareil d’État et de le faire fonctionner pour son propre compte. (…) Le régime impérial est la forme la plus prostituée et en même temps la forme ultime de ce pouvoir d’État, que la société bourgeoise naissante a fait naître, comme l’outil de sa propre émancipation du féodalisme, et que la société bourgeoise parvenue à son plein épanouissement avait finalement transformé en un moyen d’asservir le travail au capital. L’antithèse directe de l’Empire fut la Commune. (...) Paris s’était débarrassé de l’armée et l’avait remplacée par une garde nationale, dont la masse était constituée par des ouvriers. C’est cet état de fait qu’il s’agissait maintenant de transformer en une institution durable. Le premier décret de la Commune fut donc la suppression de l’armée permanente, et son remplacement par le peuple en armes. La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres était naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour un salaire d’ouvrier. Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes. Les services publics cessèrent d’être la propriété privée des créatures du gouvernement central. Non seulement l’administration municipale, mais toute l’initiative jusqu’alors exercée par l’État fut remise aux mains de la Commune. Une fois abolies l’armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’outil spirituel de l’oppression, le pouvoir des prêtres ; elle décréta la dissolution et l’expropriation de toutes les Églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée, pour y vivre des aumônes des fidèles, à l’instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Église et de l’État. Ainsi, non seulement l’instruction était rendue accessible à tous, mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l’avaient chargée. Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de cette feinte indépendance qui n’avait servi qu’à masquer leur vile soumission à tous les gouvernements successifs auxquels, tour à tour, ils avaient prêté serment de fidélité, pour le violer ensuite. Comme le reste des fonctionnaires publics, magistrats et juges devaient être élus, responsables et révocables. »

2 Messages de forum

  • La Commune dut reconnaître d’emblée que la classe ouvrière, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer à administrer avec la vieille machine d’Etat ; pour ne pas perdre à nouveau sa propre domination qu’elle venait à peine de conquérir, cette classe ouvrière devait, d’une part, éliminer la vieille machine d’oppression jusqu’alors employée contre elle-même, mais, d’autre part, prendre des assurances contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les proclamant, en tout temps et sans exception, révocables.

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  • Texte de l’affiche apposée avant l’élection de la Commune de Paris :

    « Citoyens,

    « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un beau discours, à un effet oratoire ou à mot spirituel. Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Citoyens, Nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèrent jamais comme vos maîtres. »

    Le Comité Central de la Garde Nationale »

    « Le Comité central de la Garde nationale, installé à l’Hôtel de Ville depuis la soirée du 18 mars, précise, dans son appel du 22 mars aux électeurs, sa conception de la démocratie : ” Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables. »

    C’est ce que confirme la Commune élue dans son Journal officiel du 21 mars 1871 :

    ”Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques. ”

    Friedrich Engels écrivait :

    « Le philistin social-démocrate a une fois de plus été envahi par une terrible frayeur à la prononciation des mots ¨dictature du prolétariat¨. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir à quoi ressemble cette dictature ? Regardez la Commune de Paris, c’était cela la dictature du prolétariat. »

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