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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 2eme chapitre : Révolutions de l’Antiquité > C’est tous les jours que Socrate est condamné par nous

C’est tous les jours que Socrate est condamné par nous

vendredi 31 juillet 2015, par Robert Paris

Quelques citations pour rappeler qui était Socrate et pourquoi il a été condamné à mort par la justice d’Athènes

Socrate :

« Cher Critias, tu me traites comme si je prétendais savoir les choses sur lesquelles je t’interroge et qu’il dépendait de moi d’accorder avec toi. Il n’en est rien. Je cherche. Ensemble nous examinons chaque problème qui se présente. Et si je cherche, c’est que moi-même je ne sais pas. »

(selon Platon dans « Critias »)

« Oui, si quelqu’un entend combattre vraiment pour la justice, et si l’on veut néanmoins qu’il conserve la vie un peu de temps, il est nécessaire qu’il reste simple particulier, qu’il ne soit pas homme public »

(selon Platon, dans « Apologie de Socrate »)

« Si je ne m’indigne pas d’être condamné par vous, Athéniens, c’est pour plusieurs raisons, et notamment parce que je n’étais pas sans m’y attendre. Je m’étonne plutôt de la proportion selon laquelle les voix se sont réparties. Vraiment je ne pensais pas qu’une si faible majorité se prononcerait contre moi ; je croyais qu’il y en aurait une beaucoup plus forte. »

(selon Platon, dans « Apologie de Socrate »)

Phédon :

« Tel fut l’homme dont nous pouvons bien dire qu’entre tous ceux de son temps qu’il nous fut donné de connaître, il fut le meilleur, et en outre le plus sage et le plus juste. »

(selon Platon dans « Criton »)

Les lois d’Athènes s’adressant à Socrate :

« Voyons que nous reproches-tu, à nous et à l’Etat, pour tenter ainsi de nous détruire ? (…) Nous qui t’avons fait part, ainsi qu’à tous les autres citoyens, de tous les biens dont nous disposons, nous proclamons, en ne l’interdisant pas, que tout Athénien qui le veut, après qu’il ait été mis en possession de ses droits civiques, après qu’il a pris connaissance de la vie publique et de nous, les lois, peut, se nous ne lui plaisons pas, sortir d’Athènes, emporter ce qui est à lui, aller où il voudra. Aucune de nous n’y fait obstacle. Aucune n’interdit à qui de vous veut se rendre dans une colonie, parce qu’il s’accommode mal de nous et de l’Etat, ou encore à qui veut s’établir à l’étranger, d’aller au loin, où il lui plait avec ce qui est à lui. »

(selon Aristophane prêtant à Socrate des propos contre les dieux d’Athènes dans sa pièce de théâtre « Les nuées »)

Socrate à ses juges lors de son procès :

« Ne m’ordonnez pas de renoncer à mes tâches, je n’obtempérerai jamais. »

(selon Platon, dans « Apologie de Socrate »)

« Moi qui avait comme tâche de vivre en philosophant, en scrutant moi-même et les autres, moi, par peur de la mort, ou par une crainte quelconque, j’aurai déserté ! Ah ! c’est bien là ce qui eût été mal ! Là-dessus, dirai-je, croyez Anytos ou ne le croyez pas, Athéniens, acuqittez-moi ou ne m’acquittez pas, mais tenez pour certain que je ne changerai pas de conduite, quand je devrais mille fois m’exposer à la mort. »

(selon Platon, dans « Apologie de Socrate »)

Socrate :

« Si quelqu’un désire m’écouter quand je parle, je n’en refuse le droit à personne… Je suis à la disposition du pauvre comme du riche, sans distinction, pour qu’ils m’interrogent ou, s’ils le préfèrent, pour que je les questionne et qu’ils écoutent ce que j’ai à dire. Après cela, si quelqu’un tourne bien ou mal, de quel droit l’imputerait-il à mes leçons, quand je n’ai promis ni donné de leçons à personne. »

(selon Platon, dans « Apologie de Socrate »)

Melitus accusant Socrate :

« Je t’accuse de ne croire à aucun Dieu… Par Jupiter, Athéniens, il ne le croit pas ; car il dit que le soleil est une pierre, et la lune une terre. »

(d’après Platon dans « Apologie de Socrate »)

Socrate se défendant :

« Athéniens, je vous honore et je vous aime, mais j’obéirai plutôt au Dieu qu’à vous ; et tant que je vivrai, je ne cesserai de philosopher, en vous donnant toujours des conseils, en vous reprenant à mon ordinaire, et en disant à chacun de vous, quand je vous rencontrerai : Homme de bien, comment, étant Athénien, et citoyen de la plus grande cité du monde et pour la sagesse et pour la valeur, comment n’as-tu point de honte de ne penser qu’à amasser des richesses, qu’à acquérir du crédit et des honneurs, de négliger les trésors de vérité et de sagesse, et de ne pas travailler à rendre ton âme aussi bonne qu’elle puisse être ? Et si quelqu’un me nie qu’il soit en cet état, et me soutient qu’il a soin de son âme, je ne le quitterai point sur sa parole ; mais je l’interrogerai, je l’examinerai, je le réfuterai ; et si je trouve qu’il ne soit pas vertueux, mais qu’il fasse semblant de l’être, je lui ferai honte de préférer des choses si viles et si périssables à celles qui sont du plus grand prix… Si, en disant ces sortes de choses, je corromps la jeunesse, il faut donc que ces maximes soient un poison ; car si on prétend que je dis autre chose, on se trompe, ou l’on vous en impose. Après cela, je n’ai qu’à vous dire : Faites ce que demande Anytus, ou ne le faites pas ; renvoyez-moi, ou ne me renvoyez pas, je ne ferai jamais autre chose, quand je devrais mourir mille fois... »

(d’après Platon dans « Apologie de Socrate »)

« Socrate avait des sentiments fermes et républicains ; il en donna des preuves lorsque Critias (nouveau dictateur) et ses collègues, ayant ordonné qu’on leur amenât Léonthe de Salamine, homme fort riche, pour le faire mourir, il ne voulut pas le permettre, et fut le seul des dix capitaines de l’armée qui osa l’absoudre. Lui-même, lorsqu’il était en prison et qu’il pouvait s’évader, n’eut point d’égard aux prières et aux larmes de ses amis, et les reprit en termes sévères et pleins de grands sentiments. La frugalité et la pureté des mœurs caractérisaient encore ce philosophe ; Pamphila, dans ses Commentaires, livre septième, nous apprend qu’Alcibiade lui donna une grande place pour y bâtir une maison, et que Socrate le remercia, eu lui disant : Si j’avais besoin de souliers et que vous me donnassiez du cuir pour que je les fisse moi-même, ne serait-il pas ridicule à moi de le prendre ? Quelquefois il jetait les yeux sur la multitude des choses qui se vendaient à l’enchère, en pensant en lui-même : Que de choses dont je n’ai pas besoin ! Il récitait souvent ces vers : « L’argent et la pourpre sont plutôt des ornements pour le théâtre que des choses nécessaires à la vie. » Il méprisa généreusement Archélaüs de Macédoine, Scopas de Cranon, et Euryloque de Larisse, refusa leur argent, et ne daigna pas même profiter des invitations qu’ils lui firent de les aller voir. D’ailleurs il vivait avec tant de sobriété, que, quoiqu’Athènes eût souvent été attaquée de la peste, il n’en fut jamais atteint. »

(d’après Diogène Laërce dans « Les vies des plus illustres philosophes »)

C’est tous les jours que Socrate est condamné par nous

Micheline Sauvage écrit dans « Socrate et la conscience de l’homme » :

« Aie le courage de te servir de ta propre intelligence » nous dit Socrate… Cet homme sans lequel nous ne serions pas qui nous sommes, la ville l’a condamné à mort. N’ayons pas l’ingénuité (ou l’hypocrisie) de mettre le verdict sur la conscience d’Athènes ; c’est une façon trop commode d’éluder nos responsabilité. C’est nous qui avons condamné Socrate à boire la cigüe. Et nous répétons cette condamnation tous les jours. »

Pourquoi devrions nous porter la condamnation de Socrate sur nos propres consciences tout autant que les citoyens athéniens ? Ce n’est pas nous qui vivions à l’époque et l’avons laissé condamner à mort !

Mais Socrate est-il un seul homme d’une seule époque, d’un seul pays, d’un seul combat face à un seul pouvoir ou est-il, au contraire, le symbole international et de toute époque, de tous les combats, celui de l’homme qui agit selon sa conscience et non selon la loi imposée par la société au risque de soulever l’hostilité d’une partie des citoyens, au risque de sa vie, au risque de sa réputation, au risque de voir ses proches même se retourner contre lui ?

On pourrait croire que le monde démocratique a choisi Socrate contre Athènes et que la vérité est favorisée par les pouvoirs, que le droit de chacun de penser et d’agir selon sa conscience est respecté. C’est tout à fait faux. Tout est fait, au contraire, pour ôter à chaque individu les moyens de juger par lui-même. Les télévisions et les radios comme les journaux polarisent l’essentiel des informations, permettant très peu à l’individu de réfléchir par lui-même, de prendre le temps même de se poser pour penser, pour s’informer tranquillement et sérieusement, pour échanger des avis avec ses voisins. Jamais les gens au travail se sont moins parlé pour échanger des avis, craignant plutôt de dévoiler leur pensée et ignorant, du coup, celle des autres. Tout le monde est polarisé par le fait de vouloir se protéger des ennuis pouvant résulter de prises de positions inconsidérées dans le travail qui pourraient être interprétées comme défavorables à l’entreprise. Jamais la pensée n’a été plus unique, l’autocensure plus générale, les relations libres entre individus moins pratiquées. Alors qu’on est prétendument à l’heure des communications tous azimuts entre individus, ceux-ci ne se disent rien d’important, ne s’engagent que très peu sur leurs opinions et se gardent d’afficher des engagements qui pourraient leur donner une image négative dans leur milieu de travail ou d’habitation. Ne pas tenir compte des risques pour sa vie était l’adage de Socrate et il est bien oublié. Ce critique de tout ce qui se passait à Athénes serait taxé aujourd’hui de « théorie du complot » à coup sûr !

Rien n’est fait dans le monde actuel pour que les hommes apprennent entre eux à juger par eux-mêmes de tout ce qui se passe et agissent ensuite en conséquence, en toute responsabilité, les institutions ayant enlevé aux hommes toute initiative d’action sur la société et ayant monopolisé toutes les actions sur la société, laissant seulement aux hommes le droit de voter, c’est-à-dire une liberté purement formelle d’autant qu’ils n’utilisent plus ni le droit de penser, ni le droit d’échanger des avis, ni celui de se réunir, ni celui de décider au jour le jour de quoi que ce soit. Tout est fait, à l’inverse, pour imposer des réponses faites d’avance et orienter toutes les pensées et tous les choix sans laisser une quelconque liberté aux hommes. Ce sont bien entendu les classes dirigeantes qui ont été à l’origine de ces évolutions. C’est eux qui détiennent, malgré une démocratie formelle, tous les pouvoirs de décision et qui défendent mordicus leur pouvoir sur la société. Certes, on peut à tout instant s’informer dans tous les média de la terre et même dans des média alternatifs mais comme on ne peut pas librement échanger des avis pour en mesurer la validité, comme ces avis n’ont aucun effet sur notre action, cela ne développe aucune conscience d’hommes responsables, ce pour quoi se battait Socrate.

Tous les combats qu’a mené Socrate, pour les femmes, pour les esclaves, pour une conscience débarrassée du poids des religions, contre l’Etat, contre la guerre, contre l’exploitation, pour une philosophie scientifique, pour toutes les libertés humaines, contre la dictature de la richesse et des classes dirigeantes, tous ces combats sont toujours aussi actuels et sont plus combattus que jamais par les classes dirigeantes.

Non seulement les classes dirigeantes combattent tous les Socrate qui sommeillent en chacun de nous mais ils se servent de nous pour les combattre chez les autres en faisant de chacun un moyen de pression en faveur de la pensée unique de la classe dirigeante.

Sans cesse, au travers des média, des gouvernants, des institutions, du mode de vie,de la dictature sociale de l’entreprise, les classes dirigeantes ne cessent de s’adresser à nous pour délivrer leur message et elles ne cessent en même temps de faire pression pour nous empêcher de deviser librement avec nos semblables. Et cela par tous les moyens : absence de liberté de réunion des salariés dans l’entreprise, transformation des syndicats en appareils coupés de la base et liés au pouvoir et aux classses dirigeantes, destruction de l’intervention directe des salariés, dégoût du débat politique transformé en cirque des politiciens. L’utilisation de la fausse démocratie pour détourner les citoyens des vrais débats, Socrate l’avait connu à Athènes et c’est justement une des choses qu’il dénonçait sans cesse. C’est pour cela qu’il refusait de participer aux institutions dites démocratiques d’Athènes. Aujourd’hui, il est révélateur que les mêmes qui prétendent se réclamer de Socrate présentent l’ancienne démocratie athénienne comme leur modèle !

Oui, c’est chacun de nous qui est chargé aujourd’hui de condamner Socrate, de diffuser la thése qu’il serait inutile de réfléchir philosophiquement sur le monde, la thèse selon laquelle les lois de ce monde d’exploitation seraient inchangeables, éternelles, la thèse selon laquelle on ne peut intervenir qu’au travers des institutions, la thèse selon laquelle les exploités et les opprimés ne pourraient pas s’unir pour bâtir une nouvelle société, une thèse qui discrédite les hommes à leurs propres yeux, qui les fait passer tous pour des incapables, des corrompus, des ignorants, des détraqués et qui fait passer le pouvoir pour le seul moyen de maintenir le monde humain debout.

Oui, tout est fait pour faire croire aux exploités et aux opprimés qu’ils ne pourraient pas bâtir une conscience nouvelle en échangeant leurs avis, en se réunissant librement, en dévisant tout simplement partout et surtout en dehors de toutes les institutions. Eh bien, aujourd’hui, c’est encore cette idée qui est la plus révolutionnaire et la plus porteuse d’avenir…

Comme à l’époque de Socrate, les classes dirigeantes d’une société en crise essaient de trouver des boucs émissaires, de retourner les peurs des classes exploitées contre elles-mêmes, contre tous les Socrate qui pourraient naître et développer leur conscience parmi les opprimés. Le combat de Socrate est plus que jamais d’actualité…

La suite…

Que défendait Socrate ?

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