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Avec la réédition de « Mein Kampf », le succès d’Hitler pose toujours question

jeudi 28 janvier 2016, par Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed

Avec la réédition de « Mein Kampf », le succès d’Hitler pose toujours question

Ecrit en 1923 par Hitler, alors en prison suite à l’échec de sa tentative de putsch en même temps que l’échec de la révolution prolétarienne dirigée par le parti communiste, cet écrit n’étant édité et diffusé en masse qu’à partir de 1930 par les nazis, alors qu’il était peu connu avant la crise de 1929, « Mein Kampf » (Mon Combat) est aujourd’hui autorisé d’être réédité. À partir d’avril 1936, cette bible du nazismel était devenue un cadeau de mariage de l’État nazi aux couples allemands. En fait, 80 millions d’exemplaires ont été vendus en tout dont 10 millions avant la chute du Troisième Reich et 70 millions après. C’est très loin derrière les plus grands succès mondiaux : la Bible avec 4 milliards d’exemplaires vendus, le petit livre rouge de Mao avec 820 millions, ou Harry Potter avec 400 millions, etc… Mais c’est quand même relativement inquiétant vu le contenu !

Et c’est le succès actuel qui est le plus significatif. Son premier succès provenait de la crise mondiale du capitalisme en 1929. Des capitalistes avaient alors estimé qu’il convenait d’aider Hitler à étendre son influence en finançant sa réédition et aussi en lui donnant des fonds considérables pour son recrutement et ses campagnes électorales.

Le bruit court que la version e-book de Mein Kampf serait en tête des ventes sur la libraire en ligne Amazon. Et chacun peut faire le lien entre les succès de Mein Kampf et les périodes de de crise du capitalisme et de montée fasciste. Bien entendu, cela ne signifie pas que la cause du fascisme soit à chercher dans l’édition d’un seul texte comme certains hommes politiques cherchent à le faire croire, blanchissant ainsi les classes dirigeantes et laissant entendre que ce serait une opinion publique fanatisée par les discours d’Hitler qui serait l’explication fondamentale du succès du nazisme.

Il est cependant permis de se demander si le succès actuel ne provient pas de l’effondrement du capitalisme initié en 2007 ! On remarque en effet, en même temps et partout dans le monde, une hausse du fascisme encouragée par la politique menée par les Etats et aidée par toutes les bourgeoisies. On note que le nombre de pays qui basculent vers le fascisme grandit également : Turquie, Ukraine, Hongrie, Pologne, Mexique, Thaïlande, République centrafricaine, Burundi, etc… Les bandes armées dressées contre le prolétariat se développent sur toute la planète, que ce soit sous prétexte de combattre les migrants, ou pour opprimer une minorité religieuse ou encore pour écraser les grèves.

Les ouvrages qui ont inspiré Hitler dans sa rédaction de « Mein Kampf » ont été diffusés en tout à 700 mille exemplaires : « Protocole des Sages de Sion » (un plagiat violemment antisémite du « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu », publié à Bruxelles en 1864 par Maurice Joly), « Le judaïsme mondial » et « L’Activité des juifs en Amérique » (The International Jew, diffusés notamment par son journal « The Dearborn Independent »). Ils étaient diffusés ou écrits par Henri Ford, le patron des usines automobile dont Hitler disait : « Je le considère comme mon inspirateur » et qui était aussi l’un de ses plus gros mécènes. Henri Ford est d’ailleurs un des rares auteurs cités par Mein Kampf.

Voir ici les campagnes antisémites de Henri Ford

Et ce n’était pas un cas isolé : Bush était un autre exemple de patron américain qui a toujours soutenu Hitler et la bourgeoisie américaine n’était pas la dernière à se préoccuper de casser le peuple travailleur d’Allemagne. Hitler a eu le soutien de toute la grande bourgeoisie mondiale et pas seulement de fanatiques allemands ! Bien entendu, ce n’est certainement pas parce que « Mein Kampf » représentait une œuvre du génie littéraire !!!

« Mein Kampf » est considéré à juste titre comme le livre-programme du nazisme car il n’y a pas grand-chose qu’Hitler et son régime n’aient fait qui n’y soit pas mentionné plus ou moins précisément…

Adolf Hitler y explique que des gaz toxiques (comme ceux subis par des allemands sur les champs de bataille) auraient dû être employés contre des juifs durant la première mondiale

Il y préconise l’élimination systématique des Roms, des handicapés et des Juifs, la domination des Aryens…

Il y préconise la marche à la guerre mondiale pour supprimer le traité de Versailles qui étouffe l’économie allemande.

Y sont exposés également la manière de construire un mouvement de masse, de dominer la vie politique et, finalement, de prendre le pouvoir.

« Mein Kampf » exprime plusieurs ambitions difficilement dissociables : le désir d’élimination des Juifs et des Tziganes au nom d’une théorie raciale, d’une militarisation expansionniste et d’un renouveau national allemand teinté de revanchisme.

Dès le lendemain de la nomination d’Hitler comme chancelier d’Allemagne, le journal nazi, le Völkischer Beobachter, édite un encart intitulé « Le livre du jour : Mein Kampf d’Adolf Hitler » et dont le texte est le suivant : « Que va faire Hitler ? se demandent aujourd’hui des millions d’Allemands. Pour le savoir, il suffit de lire son livre. Ainsi vous connaitrez ses buts et sa volonté. Personne, ami ou adversaire, ne peut plus rester indifférent à ce livre »

Dans « Mein Kampf », Hitler est ainsi le premier Allemand (après l’Américain Ford) à établir un lien entre la prétendue nécessaire "élimination des juifs", une vieille rengaine, et la lutte contre le bolchevisme, maître mot de la droite depuis la révolution d’Octobre. Pour lui, ces deux combats à mort n’en font qu’un. Il parachèvera cette doctrine dans le tome 2 de "Mein Kampf", en y intégrant une idée en vogue chez les pangermanistes depuis la fin du XIXe siècle : le Lebensraum, cet "espace vital" qui manquerait aux Allemands. Selon Hitler, il faudra aller conquérir ce Lebensraum à l’est, justement dans les terres "judéobolcheviques". Voilà donc le système idéologique nauséabond mais cohérent qui sera le sien jusqu’à la fin.

Adolf Hitler expose en 1923 dans « Mein Kampf » (Mon combat) le lien qu’il établit entre la destruction de la classe ouvrière en tant que classe, en tant que conscience internationale et révolutionnaire, et l’idéologie raciste, chargée de rétablir une conscience nationale du peuple allemand :

« J’avais entre temps découvert les rapports existants entre cette doctrine destructrice (communisme et socialisme) et le caractère spécifique d’un peuple (le peuple juif) (…) La doctrine juive du marxisme rejette le principe aristocratique observé par la nature. (…) Un jour, la catastrophe fit soudain sa brusque irruption. Des marins arrivèrent en camions automobiles et excitèrent à la révolution ; quelques jeunes Juifs étaient les chefs de ce mouvement (…) La situation était intenable et poussait à la continuation de la révolution (…) et conduisit finalement à la dictature des soviets, pour mieux dire à une souveraineté passagère des Juifs, ce qui avait été originellement le but des promoteurs de la révolution et l’idéal dont ils se berçaient. (…) Le Juif restera le chef incontesté du mouvement ouvrier tant que n’aura pas été entrepris un gigantesque travail (…) tant que l’Etat ne sera pas débarrassé du Juif et de son travail souterrain. (…) Au point de vue politique, le Juif commence à remplacer l’idée de la démocratie par celle de la dictature du prolétariat. (…) Il faut agir nationalement avec toute la fougue qu’exigent les solutions extrêmes. (…) La nation allemande ne pourra plus s’élever de nouveau, si l’on n’envisage pas résolument la question de la race, et par suite la question juive (…) l’incorporation dans une communauté nationale de la grande masse de notre peuple, qui est aujourd’hui dans le camp de l’internationalisme (…) l’incorporation d’une condition, devenue une classe, dans la communauté populaire (…) Tous les intérêts particuliers aux différentes conditions ou professions ne doivent entraîner en rien une séparation entre les classes. (…) Le plus gros obstacle au rapprochement du travailleur d’aujourd’hui et de la communauté nationale, ce n’est pas l’action des représentants de ses intérêts corporatifs, mais celle des meneurs qui le travaillent dans le sens de l’internationalisme dans un esprit hostile au peuple et à la patrie. (…) La doctrine marxiste est, en résumé, l’essence même du système philosophique aujourd’hui. (…) Le monde bourgeois est marxiste (…) et ce monde vise délibérément à remettre le pouvoir dans la main des Juifs. Au contraire, la conception raciste fait place à la valeur des différentes races primitives de l’humanité. En principe, elle ne voit dans l’Etat qu’un but qui est le maintien de l’existence des races humaines. (…) Notre peuple allemand n’a malheureusement plus pour base une race homogène. (…) Si, par exemple, un individu d’une race donnée s’unissait au représentant d’une race inférieure, le résultat du croisement serait un abaissement du niveau en soi (…) L’Etat raciste aura à réparer les dommages causés par tout ce que l’on néglige de faire aujourd’hui dans ce domaine. (…) L’Etat doit déclarer que tout individu notoirement malade ou porteur de tares héréditaires, donc transmissibles à ses rejetons, n’a pas le droit de se reproduire et il doit matériellement lui en enlever les moyens. (…) Des commissions de race, constituées spécialement, doivent délivrer un permis de coloniser, en fonction d’une pureté de race définie et dont il faudra donner la preuve. (…) le premier devoir de l’Etat qui est au service du peuple (…) est de conserver les meilleurs éléments de la race (…) Notre première tâche est de détruire l’Etat juif actuel. (…) L’Allemagne est aujourd’hui le prochain objectif important du bolchevisme. Il faut toute la force d’une grande idée, toute la conscience d’une mission à accomplir pour arracher encore une fois notre peuple à l’étreinte de cette hydre, pour arrêter le progrès de la contamination de notre sang (…) Un Etat qui, à une époque de contamination des races, veille jalousement à la conservation des meilleurs éléments de la sienne, doit devenir un jour le maître de la terre. »

Tout au long de cet ouvrage, Hitler établit sans cesse un lien entre juifs et marxisme ou juifs et socialisme ou juifs et communisme :

« La doctrine juive du marxisme rejette le principe aristocratique observé par la nature, et met à la place du privilège éternel de la force et de l’énergie, la prédominance du nombre et de son poids mort. Elle nie la valeur individuelle de l’homme, conteste l’importance de l’entité ethnique et de la race, et prive ainsi l’humanité de la condition préalable mise à son existence et à sa civilisation. Admise comme base de la vie universelle, elle entraînerait la fin de tout ordre humainement concevable. Et de même qu’une pareille loi ne pourrait qu’aboutir au chaos dans cet univers au delà duquel s’arrêtent nos conceptions, de même elle signifierait ici-bas la disparition des habitants de notre planète. »

On peut lire encore :

« Pour améliorer l’humanité, la loi naturelle du plus fort doit être favorisée. La pitié est une faiblesse à proscrire. Le faible doit périr. La race aryenne est supérieure et doit dominer le monde. Les races humaines sont par nature inégales. La race aryenne est supérieure et il faut travailler à la purifier en éliminant le métissage. Les grands blonds aux yeux bleus constituent le fleuron de la race aryenne. Ils sont les maîtres « élus » qui doivent régner sur les races inférieures, latines et slaves. Le Vieux Continent doit être préservé de la présence de l’odieuse race des Africains et il faut en éliminer les races maudites que sont les Tziganes et les Juifs. Il faut mettre en place des camps de purification dans lesquels les déviants seront rééduqués ou supprimés par des techniques de pointe. Si nous laissons les porteurs de tares héréditaires se reproduire, la race humaine serait bientôt envahie par la faiblesse et l’infirmité. Nous devons opérer une sélection en vue d’améliorer la race humaine en encourageant les plus forts à se multiplier et en soumettant les plus faibles à des conditions qui limitent leur nombre. Le maladif et le faible n’ont aucune honte à avoir mais nous devons les stériliser pour empêcher le crime et le déshonneur de faire retomber ce malheur sur un être innocent. Le capitalisme tout comme le marxisme sont à proscrire puisqu’ils proviennent tous deux des doctrines juives (Marx est issu d’une famille d’origine juive et le capitalisme financier est assimilé aux Juifs). »

Il faut remarquer que, bien qu’ayant lu tout cela dès 1923, les classes dirigeantes capitalistes du monde prétendaient ne pas voir de danger particulier dans la venue au pouvoir d’Hitler en 1933 et ne pas vouloir l’empêcher de reconstruire l’armée allemande, presque démantelée après la première guerre mondiale. Ce n’est bien entendu nullement de l’aveuglement mais de la conscience de classe bien comprise : il n’y a pas meilleur allié qu’Hitler contre la classe ouvrière en période de crise, même si on peut le mépriser en période de prospérité… L’ouvrage n’aura même pas permis aux prétendus opposants bourgeois démocratiques à Hitler de savoir et de dire ce que sa venue au pouvoir signifiait comme changement historique. On constate en effet que même la France du Front Populaire se refuse à considérer Hitler comme un danger de guerre et à l’empêcher de réarmer. Elle se garde de faire savoir ce qui se passe dans ses camps d’internement… Il faut dire que le Front populaire est d’abord préoccupé de faire rentrer dans le rang les ouvriers français alors pourquoi chercher à défendre les ouvriers allemands ?!!!

Et pour cause ! Toutes les bourgeoisies du monde, y compris la bourgeoisie juive, tenaient à voir d’abord le danger le plus menaçant dans une situation de crise économique catastrophique : le communisme prolétarien qui avait parcouru l’Europe après la première guerre mondiale et menaçait de recommencer après 1929...

Lorsque Rudolf Hess faisait une tournée parmi les hommes d’affaires pour lever des fonds, « Hess avait moins à dire qu’à montrer. Il tirait deux séries de photographies de sa poche : l’une montrait des scènes révolutionnaires turbulentes (des drapeaux rouges, des manifestations communistes) ; l’autre montrait des marches de SA, des SA attendant l’appel, des SS avec leur « matériel humain » dûment sélectionné – en bref, des formations de « discipline et d’ordre ». (...) Il dit tout au plus dix phrases, en substance : « Là, messieurs, vous avez les forces de la destruction, qui sont des menaces périlleuses pour vos bureaux, vos usines, toutes vos possessions. De l’autre côté, les forces de l’ordre sont en formation, avec une volonté fanatique d’éradiquer l’esprit d’agitation... Chacun de ceux qui possèdent doit donner, pour éviter de perdre en définitive tout ce qu’il a ! » »

Dans “The nazis, capitalism and the working class”,Gluckstein

« Fritz Thyssen, qui n’a jamais cessé d’appuyer son ami Hitler, le vieil Emil Kirdorf, maître du puissant consortium métallurgique Gelsenkirchen qui a été l’ « admirateur » de Hitler depuis 1927, d’autres encore élèvent le chiffre de leurs subventions. (…) A partir de l’été 1930, la plupart des magnats de l’industrie lourde – et des banquiers qui lui sont liés – subventionnent le parti national-socialiste. Ils lui fournissent les moyens matériels imposants qui lui permettent de remporter la victoire électorale de septembre 1930 et de conquérir 107 sièges au Reichstag…. En 1931 et en 1932, les subventions continuent de pleuvoir, toujours plus abondantes dans les caisses du « NSDAP ». (voir Heiden Konrad, Histoire du national-socialisme)… Le 4 janvier 1933, l’accession de Hitler au pouvoir est décidée au cours d’une entrevue entre Papen et Hitler, dans la maison d’un gros banquier de Cologne, von Schroeder, qui a des attaches avec l’industrie lourde rhéno-westphalienne. (rapporté par Benoist-Méchin dans son Histoire de l’armée allemande). Le 30 janvier, le chancelier Schleicher passe la main et c’est l’ensemble du capitalisme allemand qui tient sur les fonds baptismaux le Troisième Reich… Le fascisme, à partir du moment où il se lance à la conquête du pouvoir, a déjà l’assentiment de la fraction la plus puissante de la bourgeoisie capitaliste. Il est assuré, en outre, de la complicité des chefs de l’armée et de la police, dont les liens avec ses bailleurs de fonds sont étroits. l’Etat fasciste met toute son autorité au service des employeurs : il embrigade les travailleurs dans des organisations de surveillance policière dont les chefs sont nommés par en haut, échappant au contrôle des cotisants (…) Lutter contre le patron, c’est désormais se dresser contre l’Etat. (…) L’Etat sanctionne de son autorité les salaires qu’il plait aux magnats capitalistes de payer à leurs exploités. (…) Les employeurs sont autorisés à licencier tout travailleur soupçonné d’être « hostile à l’Etat » sans que l’intéressé puisse recourir à la procédure de défense prévue par la législation sociale du Reich. (…) Au lendemain du Premier Mai, décrété « fête nationale » et célébré à grand spectacle dans toute l’Allemagne, tous les syndicats ouvriers sont mis au pas, leurs immeubles occupés par les section d’assaut, leurs chefs emprisonnés. (…) le 10 mai est constitué le « Front du Travail allemand ». Il englobe les adhérents de toutes les associations syndicales mises au pas. (…) L’Etat national-socialiste ne se contente pas d’embrigader les travailleurs dans des organisations « jaunes » ; il punit de sévères peines disciplinaires toute velléité d’indépendance des ouvriers. Les travailleurs qui compromettent la paix sociale dans l’entreprise (…) sont passibles non seulement du renvoi, mais de lourdes amendes et de peines de prison (loi du 20 janvier 1934). (…) la loi du 26 février 1935 institue un « livret de travail » où l’employeur inscrit, en se séparant de l’employé, son appréciation et qui doit être présenté lors d’une nouvelle embauche. (…) Les salariés n’ont pas le droit de changer d’employeur, mais les autorités s’arrogent le droit de les déplacer (…) On évalue que, depuis l’avènement du national-socialisme (30 janvier 1933), jusqu’à l’été 1935, les salaires ont été réduits de 25 à 40%. Pour de nombreuses catégories d’ouvriers, le salaire est inférieur au montant de l’indemnité de chômage payée au temps de la république de Weimar. Plus de la moitié des ouvriers allemands touchent moins de trente marks par semaine. (…) Encore faut-il déduire de ces misérables payes toutes sortes de retenues (…) qui diminuent le salaire brut de 20 à 30%.(…) Goering déclare dans un discours : « Nous devons aujourd’hui travailler double pour tirer le Reich de la décadence, de l’impuissance, de la honte et de la misère. Huit heures par jour ne suffisent pas. » (…) Il s’agit d’une prolongation de la journée de travail allant jusqu’à dix heures et plus. (…) A peine installé au pouvoir, le fascisme s’empresse de donner des preuves de sa bonne volonté au capitalisme privé. (…) Hitler tient à manifester sa reconnaissance aux magnats de l’industrie lourde, aux Kirdorf, aux Thyssen. (…) L’Etat leur restitue les Acieries Réunies (qui avaient été mises sous contrôle de l’Etat lors de leur relèvement sur fonds publics pour cause de faillite). (…) Après le krach de 1931, la plupart des grandes banques étaient tombées sous le contrôle de l’Etat. (…) La Deutsche Diskonto Bank, dès 1933, s’est vue restituer par l’Etat près de vingt millions de marks d’action (…) L’Etat fasciste aide les magnats capitalistes à « produire du bénéfice » en leur accordant toutes sortes d’exonérations fiscales (…) en les aidant à relever artificiellement leurs prix de vente (…) en renflouant les entreprises défaillantes sans contrepartie. (…) Dès le lendemain de la prise du pouvoir, les nationaux-socialistes se lancent dans un vaste programme de travaux publics (…) et jette des milliards dans le réarmement. (…) La question se pose : où l’Etat fasciste trouve-t-il les énormes ressources qui lui permettent de devenir le principal client de l’industrie lourde, de financer des grands travaux publics de prestige et les commandes d’armement ? (…) Il émet du papier et avilit la monnaie nationale aux dépens de tous ceux qui vivent de revenus fixes. (…) A partir de 1934, la dépréciation réelle de la monnaie allemande se manifeste de même que l’exode des capitaux et dorties d’or consécutives. (…) En juin 1937, la dépréciation du mark (…) doit être d’au moins 50%.(…) On peut lire dans le Wölkischer Beobachter, quotidien du parti nazi : « Personne au courant des questions économiques ne croira que le système capitaliste a disparu. … La capital … n’a jamais été aussi puissant et privilégié qu’à présent. … L’économie accumule d’énormes profits et réserves ; les travailleurs sont invités à attendre. (…) Les gros font des bénéfices, les petits reçoivent des traites sur l’avenir. » (…) »

Extraits de « Fascisme et grand capital » de Daniel Guérin

Pour la classe dirigeante mondiale, la nomination d’Hitler comme chancelier en janvier 1933 signifiait d’abord et avant tout que l’Etat bourgeois allemand bandait toutes ses forces pour écraser le prolétariat communiste d’Allemagne, le plus dangereux du monde à l’époque, et qu’il s’appuyait pour cela y compris sur des bandes armées situées en marge des forces classiques de l’Etat, comme l’avait fait avant lui le fascisme italien face à la révolution prolétarienne. L’écrasement définitif des organisations ouvrières, politiques et syndicales, devait suivre leur démoralisation réalisée par un mouvement de masse contre-révolutionnaire et nationaliste, d’une ampleur considérable, s’appuyant sur la petite bourgeoisie radicalisée et sur les chômeurs. Les « chemises brunes » croyaient agir de manière révolutionnaire et pour leur propre compte et elles n’allaient que travailler pour leur pire ennemi : le grand capital ! Elles n’allaient même pas avoir une action révolutionnaire contre l’Etat et contre la finance, comme elles le croyaient mais, au contraire, le nazisme visait à détourner les sentiments de révolte des masses petites bourgeoises en les utilisant contre le prolétariat.

Bien entendu, aujourd’hui pas plus qu’hier, les classes dirigeantes capitalistes ne risquent pas de nous donner une telle interprétation de classe des « succès » du nazisme...

Moins que jamais, alors que le capitalisme entre dans sa phase finale et que les bourgeoisies cherchent à faire monter partout les fascismes, il n’est question de décrypter le secret du succès de Hitler. Ce personnage est mythique puisque de nationalité autrichienne il est devenu chef d’Etat de l’Allemagne, petit caporal de rien du tout il est devenu chef des armées allemandes et peintre au chômage il est devenu le dirigeant de la grande bourgeoisie allemande, chancelier du Reich, puis détenteur du pouvoir absolu sur l’Allemagne et d’une bonne partie de l’Europe et du monde et a menacé de devenir le principal chef de la bourgeoisie mondiale.

Plus que jamais maintenant, alors qu’un nouvel effondrement du système capitaliste est à nos portes, les classes dirigeantes essaient de diffuser la fameuse thèse de « la responsabilité collective du peuple allemand » dans la vague pro-nazie, comme si la classe capitaliste avait seulement cédé à une vague de sympathie fanatique pour Hitler, vague qui aurait mené celui-ci au pouvoir par... la voie électorale !

Manque de chance : tout cela est une contre-vérité historique complète.

S’il est exact qu’Hitler n’a pas eu à refaire le coup d’état de 1923 pour parvenir au pouvoir, s’il y est bel et bien parvenu par les voies légales, cela ne veut nullement dire que ce sont seulement les élections et le soutien populaire qui l’ont amené au pouvoir... Les faits établissent que la décision a été prise uniquement par la grande bourgeoisie et la haute hiérarchie de l’armée !

Hitler n’a pas été élu mais nommé par le président de la République. Hitler n’a pas accédé au pouvoir quand ses voix ont augmenté mais quand elles ont baissé. Il n’a eu un succès électoral tout à fait massif que lorsqu’il était déjà au pouvoir et avait fait passer le parti communiste allemand dans la clandestinité en le rendant illégal et en le pourchassant à l’aide de sa nouvelle police... Le parti communiste détruit, l’essentiel du travail de démoralisation était fait et le nazisme, à la tête de l’Etat allemand, a pu aisément porter le fer dans la classe ouvrière, ne laissant subsister aucune organisation ouvrière indépendante et terrorisant tout le mouvement ouvrier, politique et syndical.

Lire sur cette question : Nazisme et grand capital

Léon Trotsky écrivait dans « Qu’est-ce que le nazisme ? » :

« Le fascisme allemand, comme le fascisme italien, s’est hissé au pouvoir sur le dos de la petite bourgeoisie, dont il s’est servi comme d’un bélier contre la classe ouvrière et les institutions de la démocratie. Mais le fascisme au pouvoir n’est rien moins que le gouvernement de la petite bourgeoisie. Au contraire, c’est la dictature la plus impitoyable du capital monopoliste. »

Mais c’est loin d’être tout et l’essentiel est la signification de la décision des classes dirigeantes, allemandes et mondiales, dans la venue d’Hitler au pouvoir : c’est le choix de déclencher la barbarie sanglante pour faire payer au peuple allemand tout entier le risque que les masses populaires allemandes dirigées par la classe ouvrière faisaient peser sur le monde capitaliste tout entier.

Car la thèse mensongère consiste non seulement à accuser le peuple allemand tout entier dans la venue d’Hitler au pouvoir mais à effacer le fait que le peuple allemand a payé dans le sang et par la torture cette accession à la tête de l’Etat. On continue de nos jours à essayer de nous faire croire que les Juifs (plus à la rigueur les Roms et les handicapés, sans compter quelques opposants politiques) auraient été les seules cibles des nazis. Mensonge grossier et qui n’a rien d’étonnant, vu qu’il s’agit de cacher le caractère de classe du nazisme : une politique au service non seulement du grand capital allemand mais du grand capital mondial. C’est sur ce dernier que la menace de la révolution sociale en Allemagne n’a cessé de peser de 1918 à 1933, soit pendant quinze ans !!!

Et ce risque n’avait rien de théorique. Pendant toutes ces années, les mobilisations révolutionnaires ont été multiples. Plusieurs fois, le prolétariat révolutionnaire s’est retrouvé aux portes du pouvoir, empêché d’y parvenir le plus souvent par le manque de formation adéquate de sa direction et par la trahison de ses faux dirigeants réformistes et opportunistes ou l’incompétence de ses « gauchistes »... A chaque fois, la grande bourgeoisie mondiale a cru voir sa dernière heure arriver, le prolétariat allemand prenant le pouvoir allait casser l’isolement de la révolution russe et relancer la révolution en Europe et dans le monde !!!

Certes, la social-démocratie a sauvé la bourgeoisie allemande en 1918, lui faisant croire que le pouvoir d’Etat gouverné par elle représentait la révolution des conseils d’ouvriers et de soldats, profitant de ce pouvoir pour empêcher les conseils de prendre la réalité du pouvoir et se servant de se pouvoir pour organiser sa liaison avec le haut Etat Major et avec les troupes de la contre-révolution, les corps francs ou ancêtres des nazis qui allaient assassiner les conseils dans tout le pays.

Certes, de 1920 à 1922, la classe ouvrière, saignée en 1918-1919 et trahie par les directions social-démocrates et syndicales, n’a pas réussi à se donner une direction capable de prendre sa tête pour l’assaut révolutionnaire.

Certes, en 1923, c’est la direction du parti communiste allemand, déjà bureaucratisé, qui a été incapable de prendre la tête du mouvement révolutionnaire montant.

Certes, à partir de 1923, c’est le stalinisme triomphant qui, avec l’aide de la direction de la social-démocratie, a méthodiquement désarmé le prolétariat jusqu’en 1933 et même après.

Certes, certes...

Mais toutes ces trahisons des directions ouvrières, qui ont empêché la révolution prolétarienne d’aller jusqu’à son terme, n’ont nullement empêché les bourgeoisies du monde et leurs appareils d’Etat de mourir de peur à l’idée de la révolution allemande, du prolétariat allemand et la bourgeoisie unanime n’a cessé de penser à la fameuse phrase du dirigeant social-démocrate Noske en train d’écraser dans le sang la révolution en Allemagne : « Il faut un chien sanglant et je serai ce chien sanglant. »

Et si Noske, dirigeant social-démocrate a suffi comme « chien sanglant » en 1918 et la social-démocratie a pu rester au pouvoir au sein d’un Etat démocratique bourgeois, après la crise de 1929 menaçant l’Allemagne d’une catastrophe économique plus dangereuse encore que la défaite guerrière de 1918, la bourgeoisie allemande a estimé que, cette fois, le « chien sanglant » ne pouvait plus être la bureaucratie pro-bourgeoise de la social-démocratie mais les bandes armées de la contre-révolution, les chemises brunes d’Hitler.

Le nazisme, et derrière lui la bourgeoisie mondiale, ne ciblait pas particulièrement les juifs mais tout ce qui avait été, dans la vague révolutionnaire de 1918-1923, un facteur révolutionnaire et donc avant tout le prolétariat.

Voici les origines du camp d’Auschwitz : à l’entrée on lit « Arbeit Mach Frei » (le travail rend libre !). Les camps d’extermination étaient d’abord des camps de redressement du prolétariat !!! Voir ici

Si le massacre des Juifs par Hitler est connu, si celui des Roms et des handicapés le sont aussi, il est beaucoup moins courant de dire qu’Hitler s’est d’abord tourné vers les travailleurs allemands pour les frapper des coups les plus durs, envoyant les militants ouvriers, qu’ils soient ou pas réformistes, qu’ils soient politiques ou syndicaux, dans des camps de torture dont ils ne sortaient que complètement détruits moralement… quand ils sortaient vivants. La première vague de violence du nazisme n’a pas visé les juifs mais les communistes et la seconde a visé toute la classe ouvrière qui a ensuite été militarisée et encadrée durement.

Si toutes les bourgeoisies du monde ont choisi de fermer les yeux sur les risques que représentait Hitler, risque de guerre mondiale notamment, c’est parce qu’il leur a enlevé une épine du pied : le risque le plus grand, celui que représentait le prolétariat allemand…

La période du pouvoir nazi (1933-1945) a été catastrophique pour la classe ouvrière allemande et pour celles des pays conquis durant la guerre. Des dizaines de millions sont morts, dans les combats, de privation, ou dans les camps de travail et d’extermination. Pour les survivants aussi, les conditions de vie s’étaient détériorées. En Allemagne même, la part des salaires dans le PIB est tombée de 57% en 1932 à 51,8% en 1939, les syndicats ont été détruits en même temps que tout système de convention collective, la semaine de travail a atteint 60 heures (et 72 heures dans l’industrie aéronautique) à la fin de la guerre.

La violence du fascisme allemand contre la classe ouvrière est en proportion de la peur que la classe ouvrière allemande avait fait subir à la bourgeoisie mondiale, peur qui est aujourd’hui oubliée mais est indispensable pour comprendre la terreur qui s’est abattue sur le pays après janvier 1933…

Il ne faut pas imaginer que les troupes nazies agissaient par une haine ou une peur de la classe ouvrière révolutionnaire qui leur aurait été propre. Les dirigeants de la bourgeoisie allemande avaient la même. Mais il faut dire aussi que les dirigeants syndicaux et les dirigeants sociaux-démocrates avaient tout autant la haine et la peur du prolétariat révolutionnaire. Et rajoutons également que la bureaucratie stalinienne n’était pas moins haineuse contre les risques révolutionnaires prolétariens en Allemagne qui risquaient de rompre l’isolement des travailleurs révolutionnaires de Russie et, ainsi, de déstabiliser la bureaucratie stalinienne.

Ce sont des faits qui sont peu connus, bien des gens croyant qu’il y avait un signe égal entre prolétariat communiste et parti communiste… Et ils ont eu pour conséquence que toutes les forces organisées du prolétariat, qui contribuaient à faire si peur à la bourgeoisie, étaient dirigées par des contre-révolutionnaires avérés et conscients et contribuaient sans cesse à détruire toute perspective révolutionnaire, partout dans le monde et tout particulièrement en Allemagne.

Pour mesurer cette haine et cette crainte à l’égard du prolétariat allemand, il faut savoir qu’elles n’étaient pas éteintes par la défaite de l’impérialisme allemand dans la deuxième guerre mondiale, ce qui a rendu indispensable pour les impérialismes occidentaux de véritables politiques de terreur de masse avec le bombardement de tous les quartiers ouvriers des villes et une politique de destruction de masse. La bourgeoisie mondiale en finissait ainsi définitivement avec l’ancien prolétariat allemand qui avait connu des vagues révolutionnaires successives de 1918 à 1923…

Si le parti nazi s’appelait NSDAP ou parti national socialiste des travailleurs allemands, c’était pour contester la place des organisations politiques et syndicales de gauche au sein de la classe ouvrière et affirmer que le parti nationaliste était un « parti des travailleurs », de la même manière que le parti nazi se présentait comme un parti anti-bourgeois et un parti révolutionnaire, pour casser l’image des partis de gauche.

Certains ont fait campagne contre la réédition en français de « Mein Kampf » : voir ici Mélenchon

Ils estiment que c’est un encouragement au fascisme, déjà présent en France avec Le Pen.

Certes, on peut voir dans cette indignation une réaction vertueuse et un appel antifasciste ! Cependant, est-ce bien dans le texte de « Mein Kampf » que se trouve la source du fascisme actuel ? Et même, la source du nazisme était-elle dans cet ouvrage même si sa théorie y est bien contenue ? Certainement pas ! C’est la crise de la domination capitaliste, suivant la crise économique mondiale, qui entrainant des risques révolutionnaires prolétariens et communistes, a amené les classes dirigeantes à faire leur ce programme contre-révolutionnaire violent. Ce n’est pas, à l’inverse, ce programme qui a produit la crise de la domination de la bourgeoisie évidemment… Le mythe de Mein Kampf ne fait que rajouter au mythe connu d’Hitler, celui de l’endoctrinement des foules, celui de la responsabilité collective, celui du caractère purement allemand du fascisme et autre balivernes.

De tels mythes sont indispensables pour justifier que les Etats capitalistes les plus puissants de la planète aient laissé faire les tueurs nazis en Allemagne comme à l’extérieur, contre les juifs comme contre tous les peuples, et particulièrement contre la classe ouvrière allemande. Car il faut cacher ici le fait principal : l’assassinat du peuple travailleur d’Allemagne n’était pas seulement au programme d’Hitler et des nazis mais au programme de toutes les bourgeoisies du monde, au programme de tous les partis bourgeois, au programme de l’extrême droite mais aussi de la droite, du centre, de la gauche et jusqu’aux syndicats, aux sociaux démocrates et… jusqu’aux staliniens.

Si Hitler a pu triompher aussi aisément et sans réaction, c’est en premier grâce au stalinisme qui a désarmé totalement la classe ouvrière allemande puisqu’il en dirigeait la fraction la plus combative et la plus consciente.

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