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L’extrême gauche Arthaud-LO et Poutou-NPA aux élections présidentielles : bilan d’une campagne présidentielle en France. Introduction.

vendredi 5 mai 2017, par Alex

Les révolutionnaires doivent-ils se présenter aux élections ? Si oui avec quel programme ? Cette question n’est pas nouvelle dans le mouvement ouvrier.

Les élections présidentielles françaises de 2017 sont l’occasion de reposer cette question puisque deux candidats, Nathalie Arthaud (LO) et Philippe Poutou (NPA, ex-LCR) apparaissent comme deux candidats qui sont classés, voire se classent eux-mêmes comme extrême-gauche, révolutionnaires, communistes, Trotskystes, ouvriers (dans le sens militant du mouvement ouvrier), anti-capitalistes.

Pourquoi ne pas inclure dans cet article une discussion sur Mélenchon, dont des électeurs se disent d’extrême gauche, voire Le Pen qui lance des appels aux électeurs de Mélenchon, ou même Macron qui a bousculé le cadre politicien PS-LR et intitulé son livre de campagne « Révolution » ?

Un premier principe est que pour juger un mouvement politique nous disposons d’une boussole qui est celle du marxisme au niveau de la méthode générale, mais aussi des écrits des travailleurs organisés depuis 1830 au niveau de la ’doctrine’. Parmi ces références :

  • Le programme de transition (1938)
  • Les 4 premiers congrès de l’IC (1919-1923) ainsi que le Congrès de Bakou (1920)
  • Les congrès de la deuxième internationale (1889-1914)
  • Les congrès ouvriers de France (1876-1914) inaugurés par un 1er congrès à Paris en 1876, et qui, par des scissions aboutirent à la fondation de la CGT et de différents partis ouvriers socialistes, révolutionnaires (Guesdistes, Allemanistes) ou réformistes (Brousse), dont certains fusionnèrent dans la SFIO.
  • Les résolutions de l’Association Internationale des Travailleurs (1864-1872)

Par exemple les Congrès de Paris (1900) et d’Amsterdam (1904) de l’internationale ont condamné le ministérialisme inauguré en 1899 par Millerand, premier socialiste à devenir ministre dans un gouvernement bourgeois. Ainsi Mélenchon, Hamon et Macron qui ont été ministres sans regret sont hors course pour tout militant ouvrier conscient. Tout ouvrier ou militant révolutionnaire passe par l’école élémentaire du socialisme par exemple dans le cadre d’un cercle de lecture et étudie cet épisode Millerand, nous ne justifierons donc pas le rejet des neuf candidats ouvertement bourgeois.

La première impression concernant les campagnes de Arthaud-Poutou est déplorable : auront-ils rendu familiers quelques grands principes, grands noms, grandes heures du mouvement ouvrier, des formules chocs telles "Un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre", "A bas l’armée française !" ? Absolument pas. Rien de révolutionnaire dans leur ton, rien de digne de revendications ouvrières un peu élaborées. Ainsi de vieux programmes ouvriers réformistes comme ceux des possibilistes de Brousse allaient bien plus loin que les revendications économiques de Poutou et Arthaud pour qui le slogan CGT du SMIC a 1800 euros et l’interdiction des licenciements sont le summum de la révolution.

La chemise sans cravate de Poutou (c’est l’uniforme du dirigeant de la CGT Martinez), n’a rien de révolutionnaire, Jack Lang avait fait scandale au Parlement par le même artifice. Le refus certes juste de Poutou de ne pas poser pour la photos des 11 candidats est restée sans suite, mais c’est peut-être l’épisode qui a permis a Poutou d’apparaitre, à tort, comme le candidat des ouvriers révolutionnaires et de dépasser Arthaud en nombre de voix (394 582 contre 232 428). L’écho qu’a eu cet épisode laisse entrevoir celui qu’aurait eu un autre langage de véritables révolutionnaires, montrant que les seuls héritiers de tribuns comme Danton et Jaurès, dont Trotsky saluait la tradition en France, ne sont pas des Mélenchon, car ils ne pourront sortir que du mouvement ouvrier révolutionnaire.

Voici en vrac des raisons de dénoncer, du point de vue révolutionnaire, les campagnes de Arthaud et Poutou :

  • Ton plaintif de Nathalie Arthaud, démoralisant les travailleurs en leur rappelant, comme s’ils ne le savaient pas, que les plaies de l’Egypte ne sont rien par rapport à ce qu’ils subissent et subiront car ils perdront l’élection quoiqu’il arrive. Or les révolutionnaires, héritiers des Lumières, sont fondamentalement optimistes même aux heures les plus noires. Cet optimisme est basé sur la capacité de la classe ouvrière à exercer le pouvoir, ni Arthaud ni Poutou n’ayant évoqué cette capacité, incarnée dans la dictature du prolétariat et ses soviets.
  • Dénigrement des travailleurs en lutte. Par exemple alors qu’en pleine campagne électorale la grève générale touche la Guyane Poutou annonce sur RMC au journaliste Bourdin : ’le problème c’est qu’il n’y a pas de lutte actuellement en France’ et Arthaud, qui n’est pas en grève, ose écrire qu’il n’y a pas le moindre début de prise de conscience des travailleurs en Guyane, qu’il ne servent que de piétaille au Medef ! Poutou et Arthaud sont des non-grévistes syndiqués mais qui dénigrent des grévistes et n’envisagent pas la moindre action de solidarité, cela confine a des commentaires de ’jaunes’ du mouvement ouvrier, de staliniens ;
  • Dénigrement des travailleurs en tant qu’électeurs traités de ’déserteurs’ s’ils ne votent pas pour elle par Nathalie Arthaud et accusés ... d’être responsables du mauvais résultat de l’extrême gauche à cause de leur manque de conscience et de combattivité ! Mais comment l’extrême gauche avait-elle pu obtenir 10% en 2002 et chuter ensuite ? Aucune explication, alors que l’extrême gauche, en promettant en 1995 et 2002 suite à des succès électoraux de construire un grand parti n’a rien fait de fructueux. Comme dans la boîte, ce sont donc les ouvriers qui sont responsables, jamais les cadres. Il n’y a donc sans doute pas que les ’principaux candidats’ qui sont vus comme des politiciens qui ne tiennent pas leurs promesses. Même lorsqu’ils ont échoué, surtout lorsqu’ils ont échoué, les révolutionnaires invitent les travailleurs à discuter avec eux de ces épisodes. C’est ce que fit Trotsky dans « La Révolution trahie », Rosmer dans son « Histoire du mouvement ouvrier pendant la Guerre » etc. Pas de bilan, pas de discussion sur le succès sans lendemain de 2002, c’est le langage de bureaucrates ;
  • Nathalie Arthaud, professeur agrégée, n’est pas du tout ouvrière ; elle n’est pas connue non plus pour avoir été animatrice d’une seule grève ouvrière ou enseignante. Elle n’apparait pas comme déléguée d’un groupe d’ouvriers combattifs organisés, contrairement à Arlette Laguiller après la grève Crédit Lyonnais, exclue de la CGT. Suivant Blanqui, tout travailleur conscient se méfie, depuis 1830, lorsqu’un professeur vient s’exprimer à sa place. Car il sait que les petits-bourgeois diplômés, avocats ou professeurs ont été une plaie dans le mouvement ouvrier français, Jaurès le moins pire cachant une cohorte d’arrivistes ’socialistes’ puis ’staliniens’ qui ont parasité le ’camp des travailleurs’. L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes ;
  • Absence totale de présentation du contexte international : menaces de guerre, suite de la crise de 2008 ;
  • Absence totale de propagande anti-patriotique, anti-impérialisme français ou antimilitariste vigoureuse, de l’implication de la France au Mali et en Syrie, de l’écrasement du Yémen avec l’appui de la base militaire française d’Abu Dhabi, dont Arthaud et Poutou ne semblent pas avoir entendu parler. Au lieu de cela, un simple pacifisme humanitaire ;
  • Absence totale de propagande en faveur des droits démocratiques, comme le droit de vote de tous les travailleurs étrangers à toutes les élections, afin de contrer la propagande quasi ethnique, raciale, assenée au moyen de la formule inaugurée par de Gaulle : "les françaises et les français" pendant des mois ;
  • Remplacement de la ’révolution’ par la ’grève’ ou la ’lutte’. L’animateur des Bourses du travail, le syndicaliste Pelloutier, avait déjà mis en avant cet outil adapté au centrisme en proclamant : ni élection (tromperies), ni révolution (boucherie, marchepied pour les arrivistes bourgeois), mais renversement du capitalisme grâce à la grève, outil totalement légal ! Nathalie Arthaud invitée par P. Cohen sur France Inter a ainsi prétendu que les (sous-ententu) ’bons’ programmes de Mitterrand ou Mélenchon sont à dénoncer uniquement parce qu’on sait que les élections ne permettent pas de renverser le ’mur de l’argent’ pour le réaliser. Arthaud présente par contre la révolution manquée de 1936 comme une victoire, grâce à la grève qui a ’fait pression’ sur le gouvernement Blum ;
  • Absence totale de critique des sommets de la CGT, qui fait apparaitre en creux LO et le NPA comme apologues de la CGT, négociant leur acceptation par les staliniens, J. P. Mercier (CGT-LO porte parole de Arthaud) ayant obtenu au sein de la CGT le quasi-équivalent d’un poste de ministre bourgeois (pour supprimer quasi, il suffit d’attendre une grève générale ou la guerre). Leur campagne est un succès sur ce plan là, comme l’a été l’accueil amical par J.P. Mercier du dirigeant syndical CGT corrompu Le Paon lors de la grève PSA-Aulnay en 2013.

Poutou et Arthaud, oui, sont indiscutablement dans le camp des travailleurs. Mais ils y plantent un drapeau bourgeois, celui de porte-parole des bureaucrates syndicaux de la CGT.

Afin de structurer ces critiques nous les regrouperons suivant l’ordre du jour du Congrès de l’Internationale de Stuttgart en 1907. Cet ordre du jour comportait les cinq points suivant :

  • La question coloniale ;
  • Le droite de vote des femmes ;
  • Relations entre les partis et les syndicats ;
  • Immigration et émigration des travailleurs ;
  • Militarisme et conflits internationaux.

En 1907 le capitalisme est définitivement à son stade impérialiste, une période de guerres et de révolutions. Ces cinq points peuvent et devraient constituer l’ordre du jour de n’importe quelle réunion publique ou programme électoral d’aujourd’hui. Nous argumenterons donc les critiques listées plus haut, et, en positif, nous donnerons des citations des références mentionnées, citations qui auraient pu et du être mises en avant dans la campagne des présidentielles par d’authentiques révolutionnaires.

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