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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 1-2 Réformisme et fascisme contre la révolution sociale > Hannah Arendt analyse l’impérialisme, le nazisme et l’antisémitisme

Hannah Arendt analyse l’impérialisme, le nazisme et l’antisémitisme

mercredi 1er août 2018, par Robert Paris

Arendt :

« Le totalitarisme transforme toujours les classes en masses, substitue au système les partis, déplace le centre du pouvoir de l’armée à la police, et met en oeuvre une politique étrangère visant à la domination du monde. »

« Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés. »

« Dans la mesure où l’avènement de gouvernements totalitaires constitue l’évènement central de notre époque, comprendre le totalitarisme n’est pas tolérer tout et n’importe quoi. Il s’agit de se réconcilier avec le monde dans lequel de telles choses sont tout à fait possibles. »

« La montée de mouvements politiques résolus à remplacer le système des partis, et le développement d’une forme totalitaire nouvelle de gouvernement, ont eu pour arrière-fond un effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique, de toutes les autorités traditionnelles. Nulle part cet effondrement n’a été le résultat direct des régimes ou des mouvements eux-mêmes. Tout s’est passé plutôt comme si le totalitarisme, sous la forme des mouvements aussi bien que des régimes, était le mieux fait pour tirer parti d’une atmosphère sociale et politique générale dans laquelle le système des partis avait perdu son prestige, et dans laquelle l’autorité du gouvernement n’était plus reconnue. »

Comment Hannah Arendt analyse l’impérialisme, le nazisme et l’antisémitisme ?

Nous étudions ici uniquement le texte d’Hannah Arendt intitulé « L’impérialisme », tome deux de la trilogie « Le système totalitaire », dont le tome un s’appelait « Sur l’antisémitisme » et le tome trois « Système totalitaire ». Cette simple mention donne déjà le programme de l’analyse de Arendt : il s’agit d’expliquer le nazisme en reliant cette analyse à un « système totalitaire », c’est-à-dire à une évolution politique qui aurait produit aussi bien le nazisme que le stalinisme et en chercher les racines, non dans le capitalisme lui-même parvenu à une certaine étape de son évolution comme le feront Hilferding, Rosa Luxemburg, Lénine ou Trotsky, mais à le relier à une dérive du capitalisme allant même à l’encontre du nationalisme bourgeois, de l’étatisme bourgeois. Il s’agit davantage d’en accuser « la populace », « la foule », « la pègre » qu’une classe sociale particulière, la bourgeoisie ou la petite bourgeoisie.

Hannah Arendt ne veut surtout pas relier le nazisme ou l’impérialisme ou encore le stalinisme à l’histoire des révolutions et des cotnre-révolutions. Elle dresse plutôt une histoire des idées, idée de nation, idée de peuple, idée d’expansion, etc. Comme si les concepts vivaient par eux-mêmes avant de s’imposer aux peuples, y compris aux classes dirigeantes. Comme si la « foule » ou la « populace » existait en dehors des classes sociales. Comme si la pègre faisait la loi dans le monde capitaliste. Comme si ce n’était pas vraiment la bourgeoisie qui avait pris la décision de donner le pouvoir au fascisme.

Bien sûr, Arendt n’ignore pas le lien entre l’économie capitaliste et l’impérialisme, et elle le reconnaît au passage, mais elle estime que ce n’est pas l’essentiel… Elle croit à l’autonomie de l’idéologie…

Mais, même lorsqu’elle le reconnaît, c’est pour faire comme si la bourgeoisie avait été trompée par les nazis !!!!

« Ainsi (les nazis) purent-ils gagner l’appui de l’élite des classes aisées et du monde des affaires, qui voyaient dans les nazis quelque chose d’analogue aux anciens groupes qu’ils avaient eux-mêmes fréquemment soutenus et qui n’avaient eu que l’ambition relativement modeste de conquérir l’appareil d’Etat pour imposer un parti unique. Les hommes d’affaire qui aidèrent Hitler à prendre le pouvoir croyaient naïvement qu’ils ne faisaient que soutenir un dictateur, et l’une de leurs propres créatures, qui gouvernerait naturellement au profit de leur propre classe et au détriment de toutes les autres. »

Arendt range le nazisme dans un ensemble plus vaste qu’elle appelle « les mouvements annexionnistes » (elle appelle ainsi les panslavistes ou pangermanistes) car, nous en discuterons ensuite, elle définit l’impérialisme comme « une politique d’expansion territoriale » qui irait à l’encontre du nationalisme normal !!!

« Ce serait une grave erreur de voir dans les leaders des mouvements annexionnistes des réactionnaires ou des « contre-révolutionnaires ». Bien que ne faisant par principe guère cas des questions sociales, ils n’ont jamais commis l’erreur de se ranger aux côtés de l’exploitation capitaliste et la plupart d’entre eux avaient appartenu – et appartenaient toujours – aux partis libéraux et progressistes. »

Les interprétations de Arendt reposent sur la foule et son caractère tribal et sur ce qu’elle appelle l’ « annexionnisme » :

« Le nazisme et le bolchevisme doivent plus au pangermanisme et au panslavisme (respectivement) qu’à toute autre idéologie ou mouvement politique. »

« La foule, organisée en mouvements annexionnistes et menée par les idéologies de race, n’avait rien de commun avec le peuple dont les actions révolutionnaires avaient suscité un gouvernement constitutionnel et dont les mouvements ouvriers étaient à l’époque les véritables représentants ; cette foule, avec sa « conscience tribale élargie » et son absence manifeste de patriotisme, ressemblait beaucoup plus à une race ». »

L’un des points de vue originaux d’Arendt, c’est de placer l’antisémitisme au centre de l’évolution de l’histoire mondiale. Certes, il joue un rôle non négligeable dans la politique des nazis en Allemagne, mais ce n’est pas le cas de tous les fascismes : italien, espagnol, portugais, chilien et autres… Ce n’est pas non plus une nécessité particulière à l’impérialisme. L’antisémitisme a été, par exemple, instrumentalisé par le tsarisme, bien plus que par les impérialismes anglais, français ou allemand d’avant la première guerre mondiale et surtout d’avant la vague révolutionnaire en Europe de la fin de celle-ci.

Arendt affirme pourtant que « Ce qui a permis à l’antisémitisme des mouvements annexionnistes d’être assez forts pour survivre au déclin général des propagandes antisémites durant la fausse accalmie qui précéda la Première Guerre mondiale, fut sa fusion avec le nationalisme tribal d’Europe de l’Est. Car il existait une affinité fondamentale entre les théories des mouvements annexionnistes sur les peuples et sur l’existence errante du peuple juif. Les Juifs semblaient être le parfait exemple d’un peuple au sens tribal, leur organisation le modèle que les mouvements annexionnistes s’efforçaient de stimuler, leur survie et leur prétendu pouvoir la meilleure preuve du bien-fondé des théories racistes. »

Non seulement Arendt ignore, ou feint d’ignorer, l’antisémitisme foncier de toute la grande bourgeoisie mondiale, non seulement elle ignore le lien entre la situation révoltante des Juifs d’Europe de l’Est et la montée des révolutions dans cette partie du monde à l’époque de la première guerre mondiale, les liens entre les Juifs et les révolutions russe, polonaise, hongroise, allemande, etc., mais, en plus, elle fait comme si la bourgeoisie allemande elle-même avait été trompée sur le fond !!!

Selon elle, le nazisme serait une rupture complète avec tout le développement bourgeois qui l’a précédé :

« Comment saurions-nous nous défendre d’une certaine nostalgie pour ce que l’on peut encore appeler « âge d’or de la sécurité », pour un âge, en tout cas, où l’horreur elle-même, parce qu’elle demeurait dans les limites d’une certaine modération et s’inclinait devant le respect des bienséances, pouvait encore s’inscrire dans un monde apparemment gouverné par la raison ? En d’autres termes, ce passé a beau être très proche de nous, il n’empêche que nous sommes parfaitement conscients que notre expérience des camps de concentration et des usines de mort lui est – comme d’ailleurs à tout autre période de l’histoire occidentale – totalement étrangère. (…) Les choses changèrent lorsque la bourgeoisie allemande décida de jouer son va-tout avec le mouvement hitlérien et chercha à gouverner avec l’appui de la foule (le traducteur écrit parfois « populace » au lieu de « foule » NDLR), mais il était trop tard. La bourgeoisie avait certes réussi à détruire l’Etat, mais c’était une victoire à la Pyrrhus : la foule se révéla parfaitement capable de régler les questions politiques toute seule, et elle liquida la bourgeoisie en même temps que le reste des classes et des institutions. »

Fabuleux ! On ne peut dire moins pour une telle interprétation fantaisiste du fascisme allemand qui liquide toutes les classes sociales, y compris le prolétariat et la bourgeoisie !, et donne le pouvoir à la populace. On croit rêver !

Il faut oublier pour cela que la bourgeoisie allemande a poursuivi son cours pendant et après le nazisme. Il faut oublier que l’Etat allemand s’est maintenu, que les dirigeants de l’armée, de la police et de la bourgeoisie ont exigé avec succès qu’Hitler écrase définitivement son mouvement de masse des sections d’assaut, un an après la prise de pouvoir d’Hitler, décidée par la grande bourgeoisie qui ne s’est pas fait du tout hara-kiri par cet acte ! La « foule » ou « populace » a peut-être cru accéder au pouvoir en janvier 1933 mais en 1934 son mouvement de masse était décapité dans le sang ! Arendt semble l’ignorer !!! Elle continue à croire sur parole le caractère « révolutionnaire » de la propagande du national-socialisme des années 1930 alors qu’elle écrit au début des années 1950 !!!

Cette thèse absurde sur le fascisme allemand est nécessaire à Arendt pour refuser de voir le caractère contre-révolutionnaire bourgeois du nazisme et de voir notamment que le fascisme était la réponse de la bourgeoisie à la menace de la révolution prolétarienne en période de crise catastrophique due à la crise économique de 1929. Cet aspect de la question semble complètement lui échapper !

Cette question de la « foule », une espèce de lumpen-prolétariat mais Arendt n’emploie pas le terme qui ferait marxiste, n’est pas secondaire mais centrale dans l’analyse d’Arendt, qui affirme que le rôle de cette « populace » serait déterminante non seulement dans le fascisme mais dans l’impérialisme !

« Il faut s’attendre à trouver une alliance entre le capital et la foule à l’origine de toute politique impérialiste de quelque importance. Dans certains pays, surtout la Grande-Bretagne, cette nouvelle alliance entre les beaucoup trop riches et les beaucoup trop pauvres était et demeura limitée aux possessions d’outre-mer… évitant de la sorte l’effet « boomerang » tant redouté par lequel l’impérialisme s’implanterait en métropole… Ces mouvements (colonialistes) avaient pour but d’impérialiser pour ainsi dire la nation tout entière… La poussée de la foule hors de l’organisation capitaliste a été observée très tôt par tous les grands historiens du XIXe siècle, qui notaient soigneusement et anxieusement son développement… Mais ce que les historiens, tristement préoccupés par le phénomène en soi, ne surent pas saisir, c’est que l’on ne pouvait identifier cette foule avec la classe ouvrière grandissante, ni avec le peuple pris dans son ensemble, mais qu’elle se composait en fait des déchets de toutes les classes. Sa composition donnait à croire que la foule et ses représentants avaient aboli les différences de classe et qu’ils étaient – eux qui tenaient en dehors de cette nation divisée en classes – le peuple lui-même (la Volksgemeinschaft chère aux nazis) plutôt que sa monstrueuse caricature. Les tenants du pessimisme historique comprenaient l’irresponsabilité fondamentale de cette nouvelle couche sociale, et ils avaient également raison de prévoir l’éventualité que la démocratie se transforme en un despotisme dont les tyrans sortiraient de la foule et s’appuieraient sur elle. Ce qui leur échappait, c’est que la foule est non seulement le rebut mais aussi le sous-produit de la société bourgeoise, que celle-ci secrète directement et dont, par conséquent, elle ne saurait se séparer tout à fait… C’est ainsi que la bourgeoisie allemande finit par avouer ouvertement ses liens avec la foule, en demandant à celle-ci de se faire le champion de ses intérêts de propriété. Il est significatif que ce phénomène se soit produit en Allemagne. En Angleterre et en Hollande, le développement de la société bourgeoise avait progressé assez paisiblement et la bourgeoisie de ces pays put jouir de plusieurs siècles de sécurité et d’ignorance de la peur…. Une politique du pouvoir totalement dénuée de principes ne pouvait s’exercer qu’à partir du moment où il se trouvait une masse de gens eux-mêmes totalement libres de principes. »

Arendt n’ignore pas qu’elle est en train de passer par-dessus ou en dessous des classes sociales et de la lutte des classes :

« En termes marxistes, le phénomène nouveau d’une alliance entre foule (ou populace) et capital semblait tellement contre nature, si manifestement en désaccord avec la doctrine de la lutte des classes, que les réels dangers de l’ambition impérialiste – diviser l’humanité en race de maîtres et race d’esclaves, en nobles et en vilains, en hommes blancs et en peuples de couleur, autant de distinctions qui étaient en fait des tentatives pour unifier le peuple conçu comme une foule – passèrent totalement inaperçus. »

Il y aurait beaucoup à dire et à redire à cette thèse sur les milieux populaires très pauvres que décrit Arendt comme cause fondamentale du fascisme allemand. Mais on ne trouve nullement dans cette explication sociologique une interprétation historique des choix de la bourgeoisie allemande. Arendt pose la question de : pourquoi l’Allemagne mais se garde d’y répondre sérieusement, puisqu’elle ne veut surtout pas discuter de l’histoire des révolutions prolétariennes en Allemagne et de la peur de la bourgeoisie vis-à-vis de la révolution sociale. Que les milieux petits-bourgeois ou prolétariens paupérisés aient joué un grand rôle dans le mouvement nazi n’est pas une découverte mais que la grande bourgeoisie fasse appel à eux comme force supplétive contre le prolétariat, Arendt n’en a pas la moindre idée ou se garde bien de le dire, parce que cela montrerait justement le contraire de ce qu’elle prétend : que le bolchevisme était la seule alternative au fascisme, alors qu’elle affirme que les deux sont des frères jumeaux !!!

En lisant Arendt, on pourrait croire que serait antimarxiste l’idée d’un lien entre le grand capital et le lumpen prolétariat qui marquerait du colonialisme à l’impérialisme, et tout particulièrement le fascisme. Mais, en fait, cette idée est directement piochée par Arendt dans Marx. C’est dans « Le 18 Brumaire » que Marx, analysant le bonapartisme de Napoléon III parvenant au pouvoir avec l’aide de bandes de la pègre, a développé cette idée et donné la première analyse marxiste du fascisme. Lire ici « Le 18 Brumaire »

Si Arendt a pris l’idée à Marx, elle se garde de le dire et la noie dans ses lubies sur l’Etat-nation, le bon nationalisme, la bonne démocratie bourgeoise, le bon capitalisme productif et sans finance, sans surplus de capitaux (comme si cela avait jamais existé).

Arendt n’ignore pas que l’impérialisme ne date pas de l’Allemagne de 1933 !!!! Elle mentionne par exemple la première guerre mondiale…

« Avant que le totalitarisme n’attaque sciemment et ne détruise en partie la structure même de la civilisation européenne, l’explosion de 1914 et ses graves séquelles d’instabilité avaient suffisamment ébranlé la façade du système politique de l’Europe pour mettre à nu les secrets de sa charpente. »

Quel lien Arendt établit-elle entre son analyse et l’explication de la première guerre mondiale ? L’explication est plus que défaillante :

« Aujourd’hui encore, il est presque impossible de décrire ce qui s’est réellement produit en Europe le 4 août 1914. Les jours qui ont précédé la Première Guerre mondiale et ceux qui l’ont suivie sont séparés non pas comme la fin d’une vieille époque et le début d’une nouvelle, mais comme le seraient la veille et le lendemain d’une explosion… La première explosion semble avoir déclenché une réaction en chaîne dans laquelle nous sommes pris depuis lors et que personne ne paraît pouvoir arrêter. La Première Guerre mondiale a fait exploser la solidarité des nations sans espoir de retour, ce que nulle autre guerre n’avait jamais fait… Rien de ce qui était en train de se faire, quelle qu’en fût la stupidité, quel que fût le nombre de gens qui en connaissaient et qui en prédisaient les conséquences, ne put être défait ou évité. Le moindre événement a pris l’inéluctabilité d’un jugement dernier, jugement qui ne serait l’œuvre ni de Dieu ni du diable, mais ressemblerait plutôt à l’expression de quelque irrémédiable et stupide fatalité. »

Fatalité la guerre mondiale ? Mais la révolution russe et allemande y a mis fin ! Arendt l’ignore.

Ce n’était ni « l’œuvre ni de Dieu ni du diable » ? Et surtout pas l’œuvre du capitalisme ?!!!

Il est fondamental pour Arendt d’affirmer que ce n’est pas le capitalisme « qui porte la guerre comme la nuée porte l’orage » (ce n’est pas Arendt qui le dit, bien entendu) !!

Comme il lui est fondamental d’effacer l’action révolution du prolétariat mondial face à la guerre mondiale des impérialismes européens.

Un autre point semble fondamental à Arendt : sauver le nationalisme bourgeois de l’accusation d’avoir produit, à l’état exacerbé, le nationalisme fasciste et même l’impérialisme. « Un abîme sépare le nationalisme de l’impérialisme ; dans la pratique, cet abîme peut être et a été franchi par le nationalisme tribal et le racisme brutal. »

Elle oppose ainsi diamétralement nationalisme classique et impérialisme comme nationalisme et fascisme, inventant pour cela un nationalisme particulier qui produirait le fascisme : le nationalisme « tribal » qui s’opposerait au véritable nationalisme !!!!

« Le nationalisme a toujours maintenu cette loyauté originelle envers l’Etat, et il n’a jamais complètement perdu sa fonction de préserver un équilibre précaire entre la nation et l’Etat d’un côté, les nationaux d’une société désagrégée de l’autre… Tant que l’Etat, même dans sa forme la plus pervertie, demeurait une institution juridique, le nationalisme était contrôlé par une certaine loi, et tant qu’il était le fruit de l’identification des nationaux avec leur territoire, il était contenu par des frontières définies… »

« Le nationalisme tribal, cette force motrice cachée derrière l’impérialisme continental, n’avait guère de points communs avec le nationalisme de l’Etat-nation occidental pleinement développé (dont Arendt défend une fois encore le caractère prétendument démocratique et progressiste –NDLR). Champion de la représentation populaire et de la souveraineté nationale, l’Etat-nation, tel qu’il s’était formé depuis la Révolution française et à travers tout le XIXe siècle, était le résultat de la combinaison de deux éléments qui se trouvaient encore dissociés au XVIIIe siècle et qui l’étaient restés en Russie et en Autriche-Hongrie : la nationalité et l’Etat... »

Pour étayer son raisonnement, Arendt décide de définir l’impérialisme non comme une étape nouvelle du capitalisme mais comme une politique expansionniste, politique en somme que les Etats pouvaient, ou non, choisir.

Considérant que l’expansionnisme est la caractéristique essentielle de l’impérialisme, elle considère également que cela s’oppose à la nation, c’est-à-dire que, puisque la colonie est gérée d’une autre manière que la métropole, il y une véritable nation dans les frontières nationales et plus dans les colonies !!!

« L’impérialisme doit sa seule grandeur à l’échec qu’il a infligé à la nation… Le concept impérialiste d’expansion, selon lequel l’expansion est une fin en soi et non un procédé temporaire, fit son apparition dans la pensée politique lorsqu’il fut devenu manifeste que l’une des fonctions permanentes les plus importantes de l’Etat-nation allait être l’expansion du pouvoir. Les agents de la violence appointés par l’Etat constituèrent bientôt une nouvelle classe à l’intérieur des nations et, bien que leur champ d’action fût très éloigné de la métropole, ils se mirent à exercer une influence considérable sur le corps politique de celle-ci… »

Certes, Arendt n’ignore pas que cette évolution, dont elle donne une description très curieuse (création d’une nouvelle classe, bourgeoise ?), a une origine dans l’évolution économique du capitalisme lui-même mais elle entend l’effacer ou la minimiser :

« La notion d’expansion illimitée, seule capable de répondre à l’espérance d’une accumulation illimitée du capital, et qui entraîne la vaine accumulation de pouvoir, rend la constitution de nouveaux corps politiques – qui, jusqu’à l’ère de l’impérialisme, avait toujours été une conséquence de la conquête – pratiquement impossible... Le pouvoir devint l’essence de l’action politique et le centre de la pensée politique lorsqu’il a été séparé de la communauté politique qu’il était supposé servir. Il est vrai que c’est un facteur économique qui avait tout déclenché. Mais ce qui en est résulté, à savoir l’avènement du pouvoir comme unique contenu de la politique, et de l’expansion comme son unique but, n’aurait sans doute pas rencontré une approbation aussi unanime… si ces phénomènes n’avaient pas eux-mêmes répondu aussi parfaitement aux désirs cachés et aux secrètes convictions des classes économiquement et socialement dominantes… A l’époque impérialiste, la philosophie du pouvoir devint la philosophie de l’élite qui découvrit bientôt – et fut rapidement prête à admettre – que la soif de pouvoir ne saurait être étanchée que par la destruction. »

Ne croyez pas que cela serait un produit tout simplement du capitalisme. Non, le terme même n’est que rarement évoqué pour ne pas paraître anti-capitaliste !

« La fameuse accumulation du capital qui a donné naissance à la bourgeoisie a changé les notions même de propriété et de richesse : on ne les considérait plus désormais comme les résultats de l’accumulation et de l’acquisition, mais bien comme des préalables ; la richesse devenait un moyen illimité de s’enrichir. »

Vous croyez peut-être que le paragraphe précédent affirme que c’est bel et bien une évolution du système économique des classes possédantes capitalistes. Eh bien non !

Le paragraphe se poursuit ainsi :

« Etiqueter la bourgeoisie comme une classe possédante n’est que superficiellement correct, étant donné que l’une des caractéristiques de cette classe était que quiconque pût en faire partie du moment qu’il concevait la vie comme un processus d’enrichissement perpétuel et considérait l’argent comme quelque chose de sacro-saint, qui ne saurait en aucun cas se limiter à un simple bien de consommation. »

Vous remarquerez qu’un idéaliste (en philosophie) considère que la réalité d’appartenance à une classe dépend de la manière dont l’individu conçoit les choses, comment il les pense en somme !!!!

Arendt ne veut même pas relier l’impérialisme avec le colonialisme capitaliste.

« Cela suffit à montrer combien l’influence réelle de l’entreprise coloniale pré-impérialiste et de colonisation outremer fut mineure pour le développement de l’impérialisme proprement dit. »

Arendt reconnaît les horreurs coloniales mais va jusqu’à les justifier parfois :

« Ce qui les (les peuples à coloniser) rendait différents des autres êtres humains ne tenait pas du tout à la couleur de la peau, mais au fait qu’ils se comportaient comme partie intégrante de la nature, qu’ils traitaient la nature comme leur maître incontesté, qu’ils n’avaient pas créé un monde humain, une réalité humaine, et que la nature pour eux par conséquent demeuré, dans toute sa majesté, la seule et toute-puissante réalité – en comparaison, eux-mêmes faisaient figure de fantômes irréels, illusoires. Ils étaient, si l’on peut dire, des êtres humains « naturels » à qui manquait le caractère spécifiquement humain, la réalité spécifiquement humaine, à tel point que lorsque les Européens les massacraient ils n’avaient pas, au fond, conscience de commettre un meurtre. Qui plus est, le massacre insensé des tribus indigènes dans le Continent Noir restait tout à fait dans la tradition de ces tribus elles-mêmes. Exterminer les tribus hostiles avait toujours été la règle dans les guerres entre indigènes de l’Afrique… » !!!!!!

Donc ce n’était pas facile de prendre conscience que ces barbares occidentaux qui colonisaient commettaient un crime !!! Comme s’ils avaient agi différemment quand ils avaient affaire à des peuples à coloniser ayant développé de grandes civilisations comme pour les Aztèques !!!

Arendt tient avant tout à blanchir le capitalisme de tous ses crimes (impérialistes ou nazis) et à affirmer qu’il y a eu une dérive du courant principal qui, lui, serait blanc de tous ces crimes !!! Ainsi, elle pourra montrer que l’antisémitisme est un cas à part, très différent du massacre des peuples indiens, asiatiques ou africains !!!

On se souvient que les auteurs marxistes ont défini l’impérialisme comme une étape du capitalisme et que l’un des critères de cette étape était l’exportation de capitaux. Eh bien, non ! Arendt s’érige contre cette définition !

« L’expansion impérialiste avait été déclenchée par une curieuse forme de crise économique, la surproduction du capital et l’apparition d’argent « superflu » résultant d’une épargne excessive qui ne parvenait plus à trouver d’investissement productif à l’intérieur des frontières nationales. Pour la première fois, ce n’était pas l’investissement du pouvoir qui avait préparé la voie à l’investissement de l’argent, mais l’exportation du pouvoir qui suivait docilement le chemin de l’argent exporté, puisque les investissements incontrôlables réalisés dans les pays lointains menaçaient de transformer en joueurs de vastes couches de la société, de changer l’économie capitaliste tout entière, de système de production qu’elle était en système de spéculation financière, et de substituer aux profits de la production des profits de la commission… L’exportation de l’argent et l’investissement extérieur ne sont pas en eux-mêmes l’impérialisme, ne mènent pas nécessairement à l’expansion érigée en système politique. Tant que les détenteurs du capital superflu se contentaient d’investir une part importante de leurs biens dans des contrées étrangères, même si cette tendance allait à l’encontre de toutes les traditions nationalistes du passé, ils ne faisaient guère que confirmer leur démarquage par rapport à un corps national dont ils étaient de toute manière les parasites. C’est seulement lorsqu’ils demandèrent aux gouvernements de protéger leurs investissements qu’ils reprirent place dans la vie de la nation. A cet égard, ils suivaient néanmoins la tradition bien établie de la société bourgeoise, consistant à ne voir dans les institutions politiques qu’un instrument destiné à protéger la propriété individuelle. Seule l’heureuse coïncidence de l’essor d’une nouvelle classe de propriétaires avec la révolution industrielle avait fait de la bourgeoisie le promoteur et le nerf de la production. Tant qu’elle remplissait cette fonction essentielle dans la société moderne, qui est surtout une communauté de producteurs, sa richesse jouait un rôle important pour la nation dans son ensemble. Les détenteurs du capital superflu ont été la première fraction de la classe bourgeoise à vouloir des profits sans remplir de réelle fonction sociale – fût-ce la fonction de producteur exploitant – et aussi la première, par conséquent, qu’aucune police au monde n’aurait pu protéger contre le courroux du peuple. »

Arendt invente ainsi une catégorie particulière de la classe bourgeoise, qu’on peut identifier aux financiers, aux spéculateurs, qu’elle sépare des bons capitaliste producteurs, alors que cette séparation ne recouvre aucune réalité économique ni historique et n’a jamais existé. C’est une manière d’accuser les financiers de tous les malheurs du monde, en blanchissant les autres capitalistes, qui, eux, joueraient un rôle positif, seraient des producteurs, nourriraient ainsi la production, le bien-être, la démocratie et la nation !!! Et ce sont ces financiers, possesseurs du « capital superflu » (cette catégorie économique n’a aucun sens) qui étaient les fabricants de l’impérialisme, qui se seraient liés à la pègre, à la foule, aux impérialistes… Curieusement, cette prétendue dénonciation du fascisme rejoint les discours des fascistes eux eux-mêmes contre les financiers et particulièrement les « financiers juifs » (catégorie qui a pu avoir un sens au moyen-âge quand la religion catholique interdisait le prêt à intérêt aux chrétiens et que le protestantisme n’était pas encore apparu, autorisant les protestants d’y participer).

Il est frappant, en effet, de voir le nombre de fois que l’explication donnée par Arendt de ce qu’elle considère comme une dérive politique de la société bourgeoise est, selon elle, causée par les prétendus « financiers juifs ». Tout mais pas accuser la société capitaliste des crimes dont elle est pourtant à l’évidence coupable. Son discours contre l’antisémitisme, et même obsédée par cette question, rejoint alors paradoxalement… celui de l’antisémitisme !!!

C’est tellement incroyable, vu l’image qui est donnée d’Arendt, qu’il est indispensable de la citer :

« La décennie précédant l’ère impérialiste, c’est-à-dire les années soixante-dix du siècle dernier, connut une augmentation inouïe des escroqueries, des scandales financiers et de la spéculation sur le marché des valeurs. Les pionniers de ce mouvement pré-impérialiste furent les financiers juifs qui avaient bâti leur fortune en dehors du système capitaliste et à qui les Etats-nations en essor avaient dû faire appel pour des emprunts sur garantie internationale… Les financiers juifs internationaux semblaient évidemment tout désignés pour ces opérations financières à caractère essentiellement international… Dès qu’il fut devenu clair qu’à l’exportation des capitaux allait devoir succéder une exportation du pouvoir gouvernemental, la position des financiers en général, et celle des financiers juifs en particulier, s’affaiblit considérablement… Aucune lutte pour le pouvoir ne s’engagea vraiment, en dépit de la richesse considérable du groupe juif, une fois dépassé le stade initial de la spéculation et de la commission… »

En ce qui concerne la colonisation de l’Afrique du sud, Arendt attribue un rôle particulier et même central aux débuts aux « financiers juifs » :

« De plus, le fait que cette ruée vers l’or n’était pas livrée à elle-même qu’elle était financée, organisée et contrôlée par l’économie européenne classique par le truchement de la masse des capitaux superflus et grâce à l’aide des financiers juifs, explique la suite des événements. D’entrée de jeu, « une bonne centaine de négociants juifs qui se sont rassemblés comme des aigles au-dessus de leur proie » (cité sans critique par Arendt) intervinrent effectivement comme intermédiaires pour permettre au capital européen d’investir dans les mines d’or ou les industries du diamant… »

Si Arendt blanchit tout le monde, elle accuse sans cesse « les financiers juifs » :

« Ce fut pas une série de confusions qu’éclata la guerre britannico-boer… »

« Le racisme boer… fut et demeure une réaction désespérée à des conditions de vie désespérées, réaction informelle et sans conséquence tant qu’il demeurait isolé. »

« A ses débuts, l’autorité britannique, avec ses missionnaires, ses soldats, ses explorateurs, ne comprit pas que l’attitude des Boers tirait en partie sa source de la réalité. »

Toujours sur la colonisation de l’Afrique du sud, voyons cette « responsabilité de la finance juive » selon Arendt :

« Il est également significatif que ce soit la partie du peuple juif qui peut s’assimiler à la foule, qui ait fourni ces contingents de financiers. Il est vrai que la découverte des mines d’or d’Afrique du Sud avait coïncidé avec les premiers pogroms en Russie, si bien qu’une poignée d’émigrants juifs y étaient partis. Ils n’y auraient toutefois occupé qu’une place mineure dans la foule des desperados et de chercheurs de fortune de toute nationalité si les quelques financiers juifs qui les y avaient précédés ne s’étaient pas immédiatement intéressés à ces nouveaux venus qui pouvaient manifestement les représenter au sein de la population. Les financiers juifs provenaient de pratiquement tous les continents où ils avaient été, en termes de classe, aussi superflus que les autres immigrants sud-africains… Ils faisaient partie de cette nouvelle caste des financiers juifs que l’on trouve, à partir des années 70 et 80, dans toutes les capitales européennes où ils étaient venus, après avoir la plupart du temps abandonné leur pays d’origine, tenter leur chance au jeu de hasard du marché des valeurs international… En Afrique du Sud, cas pratiquement unique, ils (les financiers juifs) représentaient le troisième élément dans l’alliance initiale du capital et de la foule (donc ces Juifs seraient, selon Arendt, à l’initiative de l’impérialisme et du fascisme !!! – NDLR). Pour une large part, ce furent eux qui prirent en main l’afflux du capital et son investissement dans les mines d’or et les gisements de diamant, si bien qu’ils furent bientôt plus en vue que quiconque. Leur origine juive ajoutait un indéfinissable parfum symbolique au rôle des financiers – le parfum d’errance de ceux qui n’ont aucune racine – et servit à introduire un élément de mystère, aussi bien, aussi bien qu’à symboliser toute l’affaire. Il faut y ajouter leurs réels contacts internationaux, qui nourrirent bien entendu l’illusion populaire générale quant à un pouvoir politique juif international. Il est bien compréhensible (là, pour le nazisme, Arendt est très compréhensive !!! NDLR) que toutes ces notions fantaisistes sur un pouvoir occulte juif international – notions qui s’étaient répandues à l’origine en raison des rapports étroits existant entre le capital bancaire juif et le monde des affaires de l’Etat – soient devenues encore plus virulentes en Afrique du Sud qu’en Europe. (…) De prime abord, on peut s’étonner qu’un violent antisémitisme ait survécu à la disparition des financiers juifs, tout comme on peut trouver surprenante la réussite de l’endoctrinement raciste parmi toutes les fractions de la population européenne. Les Juifs ne faisaient certes pas exception à la règle ; ils s’étaient adaptés au racisme aussi bien que tous les autres… Le premier signe d’un comportement « anormal » apparut aussitôt après que les financiers juifs eurent perdu leur position dans les industries de l’or et du diamant. Loin de quitter le pays, ils s’installèrent de façon permanente et ce, dans une position unique pour un groupe blanc : ils n’appartenaient ni au « sang » de l’Afrique ni aux « pauvres Blancs ». Mais ils se mirent presqu’aussitôt à mettre sur pied ces industries et ces professions qui, aux yeux de l’opinion sud-africaine, sont « secondaires » parce qu’étrangères à l’or… A la différence des nazis, pour qui racisme et antisémitisme étaient deux armes politiques primordiales pour la destruction de la civilisation et la constitution d’un nouveau corps politique, racisme et antisémitisme ne représentent en Afrique du Sud qu’un état de fait et une conséquence naturelle du statu quo… »

Curieuse analyse de l’antisémitisme sud-africain !!! Curieux « état de fait » !!! Curieuse « conséquence naturelle du statu quo » !!! En somme pour finir par dire que le vrai antisémitisme aurait été inventé par les nazis ?!!!

Examinons le fond de l’analyse de l’antisémitisme par Arendt :

« La raison de la soudaine apparition de l’antisémitisme comme centre de toute une conception de la vie et du monde réside dans la nature du tribalisme bien plus que dans les faits et circonstances politiques. Le véritable sens de l’antisémitisme des mouvements annexionnistes est que la haine des Juifs s’exprimait pour la première fois en dehors de tout contact réel du peuple juif, que ce soit d’un point de vue politique, social ou économique, et qu’elle ne faisait qu’épouser la bizarre logique d’une idéologie… Ce qui a permis à l’antisémitisme des mouvements annexionnistes d’être assez forts pour survivre au déclin général des propagandes antisémites durant la fausse accalmie qui précéda la Première Guerre mondiale, fut sa fusion avec le nationalisme tribal d’Europe de l’Est. Car il existait une affinité fondamentale entre les théories des mouvements annexionnistes sur les peuples et sur l’existence errante du peuple juif. Les Juifs semblaient être le parfait exemple d’un peuple au sens tribal, leur organisation le modèle que les mouvements annexionnistes s’efforçaient de stimuler, leur survie et leur prétendu pouvoir la meilleure preuve du bien-fondé des théories racistes. »

Vous avez bien lu : « le parfait exemple » et « du bien-fondé des théories racistes » !!!! Et il convient de se demander si ce sont des termes critiques, ironiques ou à prendre au premier degré…

Elle précise :

« Les Juifs n’avaient cessé de se proclamer peuple élu, montrant en réalité qu’ils se croyaient différents et meilleurs uniquement parce qu’ils se trouvaient être nés Juifs, au mépris des actions et de la tradition juive. Il faut bien reconnaître que cette attitude juive, ce courant juif, pourrait-on dire, du nationalisme tribal, avait été l’aboutissement de la situation anormale des Juifs dans les Etats modernes, mis au ban de la société et de la nation. »

Mais elle poursuit :

« Les Juifs avaient divisé le monde, exactement comme le faisaient les leaders des mouvements annexionnistes, en deux moitiés : leur peuple et tous les autres… Lorsque ce phénomène (l’antisémitisme – NDLR)survient dans la civilisation occidentale, ces peuples (qui deviennent antisémites – NDLR) rencontrent invariablement la revendication séculaire des Juifs sur leur chemin. C’était bien ce qu’éprouvaient les hérauts des mouvements annexionnistes, et la raison pour laquelle ils demeuraient si impavides face à cette question pratique : savoir si le problème juif, en termes de nombre et de puissance, était assez important pour faire de la haine des Juifs le pilier de leurs mouvements annexionnistes ait choisi les Juifs pour cible idéologique, marquant le commencement de la fin pour la communauté juive européenne, constitue l’une des revanches les plus logiques et les plus amères que l’histoire ait jamais prises. Car il y a bien sûr une part de vérité dans les propos « éclairés » qui, de Voltaire à Renan et à Taine, ont affirmé que le concept d’élection divine des Juifs, leur identification entre religion et nationalité, leur revendication d’une position absolue dans l’histoire et d’une relation privilégiée avec Dieu, avaient introduit dans la civilisation occidentale d’une part un élément de fanatisme jusque là inconnu (fameux !!! NDLR) et, d’autre part, un élément d’orgueil qui se trouvait dangereusement proche de la perversion raciale. »

Pas mal de jolis coups pour les Juifs causes de leur propre malheur, justification de celle-ci, y compris les camps de la mort, madame Arendt !!!

Et on en arrive à l’interprétation arendtienne du nazisme :

« Aucun homme d’Etat ne se rendait compte que la solution au problème juif (sans guillemets, donc pas le problème des Juifs mais le problème juif !!! NDLR) imposée par Hitler, solution qui consista dans un premier temps à réduire les Juifs allemands à une minorité non reconnue en Allemagne, puis à leur faire passer les frontières en tant que peuple apatride, pour finalement les rassembler de toutes parts, afin de les expédier dans les camps de concentration, était une démonstration éloquente, vis-à-vis du reste du monde, de la manière de « liquider » réellement tous les problèmes concernant les minorités et apatrides. »

Arendt fait comme si le « reste du monde » ne se préoccupait que des minorités ethniques et nationales et apatrides. Bien entendu, il s’agit d’occulter que la préoccupation des bourgeoisies et des Etats bourgeois était… le prolétariat international et ses potentialités révolutionnaires, dans cette période de crise économique mondiale, et tous ceux qui pouvaient se lier à ce prolétariat durant la révolution sociale : les minorités, religions et nationalités opprimés tout comme la paysannerie pauvre, comme la vague des révolutions de Russie et des pays de l’Est allait amplement le montrer…

Tout cela n’est pas vraiment étonnant pour une philosophe qui considère que nazisme égale bolchevisme !!!

Mais, de plus, pour une philosophe qui a appris sa philosophie d’un Heidegger nazi, qui a été son amant, qui l’a de nouveau rencontré en 1949, après la guerre mondiale, peu avant de faire paraître l’ouvrage que nous commentons !!! Remarquons que dans aucun écrit Arendt ne s’est clairement démarquée de la philosophie nazie Heidegger !!!

Puis Arendt fait le choix de présenter une défense d’Adolf Eichmann, dirigeant nazi jugé en Israël, affirmant alors de façon très médiatique qu’il n’était pas responsable des actes d’une politique d’Etat, du moment que l’individu n’avait plus de droit dans l’Etat nazi !!! Elle affirmait ainsi que « la banalité du mal » blanchissait dès lors chaque individu qui le commettait !!!

Heidegger, raciste et fasciste, était amant et professeur de la juive Hannah Arendt

Quelques éléments historiques sur Arendt

Arendt et Heidegger

Ce qu’Arendt n’a pas dit du colonialisme en Afrique du sud

Ce qu’Arendt n’a pas dit de la première guerre mondiale

Ce qu’Arendt n’a pas dit sur la première guerre mondiale en relation avec la révolution sociale

Ce qu’Arendt n’a pas dit de l’impérialisme

Ce qu’Arendt n’a pas dit du nazisme et de ses liens avec le grand capital

Ce qu’Arendt n’a pas dit du fascisme

Ce qu’Arendt n’a pas dit de l’antisémitisme des nazis et de la bourgeoisie en général

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