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Des grèves à la révolution sociale

jeudi 24 mai 2018, par Robert Paris

édito

Des grèves à la révolution sociale

La situation sociale, en France, comme des Etats-Unis à la Chine, ou dans bien des pays sur tous les continents, est marquée par un grand nombre de grèves dans de nombreux secteurs, grèves causées par des offensives antisociales agressives des classes possédantes et de leurs gouvernants. Les actions sont pour l’essentiel menées par des appareils syndicaux qui n’ont nullement l’intention de transformer les grèves en un vaste mouvement de contestation de l’ordre social et encore moins de remise en cause du capitalisme, est-il besoin de le préciser. Il est remarquable que, même lorsqu’ils prétendent dénoncer les politiques des gouvernants, ces bureaucraties soi-disant ouvrières ne cessent de négocier et de cogérer les politiques antisociales.

Certaines oppositions politiciennes essaient de profiter du climat social pour tirer leur épingle du jeu mais ne veulent nullement s’en prendre au système capitaliste lui-même ni même à l’Etat capitaliste mais seulement jouer leur jeu pour accéder au pouvoir bourgeois. On les voit avec tous les Mélenchon, les Syriza, les Mouvements Cinq Etoiles et autres Podemos, comme de bien d’autres oppositions de gauche ou démocratiques. On les voit aussi en Afrique appeler à des grèves générales sur des objectifs qui ne remettent nullement en cause l’ordre bourgeois.

On peut même dire que, pour le moment, ces mouvements de salariés sont très défensifs, souvent corporatistes, sans indépendance vis-à-vis des appareils réformistes des syndicats et parfois sont particulièrement dépendants des oppositions politiques liés, comme les appareils syndicaux, au système de domination capitaliste et à son Etat. Donc ce n’est pas de ce côté que l’on pourrait s’attendre que les grèves ouvrières passent de la défensive à l’offensive, dépassent les barrières corporatives et légalistes, commencent à développer tout un programme de remise en cause fondamentale des bases mêmes de la société capitaliste, ni à mènent toute une propagande pour indiquer à la population laborieuse une perspective de classe : celle de la sortie d’un système de domination et d’exploitation qui a atteint ses limites et ne peut que chuter en faisant chuter avec lui toute la société humaine.

Bien au contraire, les appareils réformistes enferment les luttes dans toutes les limites de la société de classe : nationalisme en premier bien sûr, économisme (pour dire aux travailleurs que leurs luttes économiques ne sont pas en même temps des luttes politiques), légalisme (pas question de remettre en question le sacro saint droit de propriété du capital en particulier), réformisme (tout ce qu’on demande, disent ces appareils, ce serait la bonne réforme ou le retour à la situation précédente, une voie sans issue pourtant désormais condamnée), localisme (pas de jonctions des luttes contre les licenciements, pas de jonction des luttes pour la défense des services publics, pas de jonction même de deux grèves d’hôpitaux ou d’EPHAD, etc.), refus de relier les attaques antisociales aux multiples régressions antidémocratiques elles-mêmes reliées aux guerres qui montent partout et au terrorisme des grandes puissances, refus de relier aussi tout cela à la dernière crise du capitalisme de 2007-2008 dont le système est incapable de sortir et qui pose donc le problème de l’avenir que le peuple travailleur entend donner à l’ensemble de la population.

Tout le but des appareils syndicaux est, à l’inverse, de convaincre les travailleurs qu’ils n’en sont même pas à être en capacité de défendre des acquis, de défendre les anciens fonctionnements de la société bourgeoise, non pas parce que ce n’est plus un objectif qui ait un sens, mais parce que l’action ouvrière ne serait pas assez nombreuse et puissante et que les gouvernants seraient trop liés à nos adversaires. Comme s’ils l’étaient plus qu’avant et comme s’ils avaient jamais été autre chose !

Et tout d’abord, il convient de discuter du type de grèves que les appareils syndicaux entendent mener, qui ne sont pas du tout des actions de classe, contre la classe capitaliste dans son ensemble, contre l’ensemble des actions antisociales des gouvernants.

Prenons l’exemple de la France où on voudrait nous faire croire qu’une lutte dure des cheminots se déroule. Elle n’est dure que pour les cheminots et les usagers mais nullement pour les gouvernants et les classes dirigeantes ! Les syndicats n’ont en l’occurrence innové qu’en multipliant les journées d’action avec deux journées par semaine. La grève n’a même plus besoin d’être votée. Les journées ne permettent pas à la grève de prendre son envol, de s’étendre, de toucher d’autres secteurs, qui sont en même temps attaqués. Et chacun sait que tous les secteurs de la classe ouvrière le sont : tous les services publics et pas seulement la SNCF, public comme privé, chômeurs, retraités, aides sociales et on en passe…

Mardi dernier, tous les fonctionnaires de France étaient appelés à faire grève et à manifester tous ensemble, mais ils restent mobilisés séparément. Ainsi, cela n’a rien à voir avec la grève de la SNCF, ni avec celle de la RATP, ni avec celle des EPHAD ou des postes et on en passe... La grève d’Air France, nous dit-on, n’a rien à voir. Ni la grève des trams et des bus avec celle de la SNCF et on en passe des divisions !

Les fonctionnaires se battent contre la suppression du statut de fonctionnaire et les cheminots contre la suppression du statut de cheminot et les syndicats nous expliquent que ce n’est pas la même lutte !!!

Les grèves d’hôpitaux se font toujours en ordre dispersé : Tours, Rouen, Melun, Decazeville, Lisieux, Valenciennes, Rodez, Bailleul, etc… Toujours dans l’isolement, toujours comme si chaque hôpital était un cas à part… Et, là encore, tout se passe comme si ce n’était pas la même lutte, comme si l’attque gouvernementale contre l’hôpital public était différente de l’attaque contre les autres services publics.

227 supermarchés Carrefour qui ferment, des milliers de licenciements, décidément il faudrait unir la lutte contre les licenciements à celle pour la défense des services publics et des fonctionnaires, à celle des retraites, à celle des chômeurs, à celle des aides sociales, à celle de toute la classe ouvrière !!!

Ce que signifie que la grève soit réellement menée en tant que lutte de classe ?

1°) La grève n’est pas une journée d’action, même à répétition, mais une grève reconductible et dont la reconduction est décidée et votée par les travailleurs eux-mêmes en assemblée générale interprofessionnelle la plus largement ouverte possible. La grève est l’enclenchement de toute une dynamique et pas un aboutissement. Les limites de départ de la grève, son premier champ d’action et ses premières revendications ne sont pas une fin.

2°) La grève est menée par un comité de grève élu et révocable et les comités de grève sont liés entre eux, élisent des délégués vers un comité central de grève. Une grève sans direction élue est une classe sans direction car les directions syndicales ne sont pas une direction préétablie des luttes. Des assemblées sans comités de grève élus sont des assemblées qui n’ont pas de liaisons réelles entre elles, qui n’ont pas les moyens de s’informer, de mener une politique, de décider véritablement de leurs objectifs, de leurs moyens d’action.

3°) La grève, qui est une arme de classe, pas un instrument du corporatisme et du localisme, s’étend d’une entreprise à l’autre, sans s’arrêter à des barrières et des interdits

4°) La grève, y compris si l’origine était économique, a un caractère politique qui remet en question le plus possible l’ensemble des politiques des classes possédantes en allant jusqu’à la guerre économique des grandes puissances, les guerres prétendument anti-terroristes ou démocratiques et les politiques contre les migrants

5°) La grève remet en cause l’ordre patronal et gouvernemental, en ne se contentant pas de revendications défensives mais en mettant en avant le programme social d’avenir de la classe ouvrière

Il ne faut pas chercher à convaincre de ces points les dirigeants réformistes et opportunistes qui prétendent diriger la classe ouvrière. Ils ne pourraient que faire semblant de s’y adapter, comme les dirigeants « insoumis » font semblant de mener une révolte populaire, comme les dirigeants syndicaux, par exemple à la SNCF, font semblant de mener une lutte de classe dure et durable…

La seule perspective d’avenir n’est pas que la lutte des salariés permette de faire reculer le patronat et le gouvernement : c’est qu’elle les renverse ! C’est un raisonnement faux qui amène les travailleurs à croire que s’ils ne peuvent pas réussir à faire reculer leurs ennemis, ils ne pourraient pas les renverser. Si patronat et gouvernants ne reculent pas, c’est parce que la crise historique du capitalisme nécessite qu’ils cassent le moral des travailleurs, leur confiance dans leurs propres forces, au risque d’en découdre, de pousser à davantage de luttes et les contraint, dans ces luttes, à ne pas reculer sur le fond, à démontrer que les travailleurs ne sont pas une force.

Le premier pas vers le renversement de la classe capitaliste, c’est que les travailleurs s’organisent en masse au cours des grèves. Quiconque ne milite pas pour cette organisation des travailleurs par eux-mêmes fait non seulement le jeu des appareils réformistes politiques et syndicaux, mais aussi le jeu de la classe capitaliste. Celle-ci est menacée de déstabilisation à grande échelle par la prochaine crise financière, car elle ne disposera plus alors de moyens financiers dans les banques centrales pour reculer l’échéance comme elle l’a fait en 2008. C’est ce qui explique que le gouvernement suédois diffuse à toute la population un fascicule sur comment faire face à la crise et à la guerre qui vient. Car la guerre mondiale est la seule perspective crédible pour les classes possédantes dès que la crise financière pointera son nez, le seul moyen de museler violemment les peuples pour éviter la révolution.

Nos grèves actuelles joueront leur rôle si elles nous préparent à nous organiser en tant que classe, afin de nous mettre en dispositions de devenir nous-mêmes une classe qui dirige la société, la classe capitaliste ayant atteint ses limites et n’étant pas capable de porter plus loin la société humaine.

Alors pas de grève sans assemblée générale réellement responsable de la grève, pas d’assemblée générale de grève sans élection de délégués du comité de grève qui est un véritable exécutif de la classe ouvrière ! Pas de comité de grève qui ne se lie aux autres comités de grève et mènent à des comités de grève centraux et nationaux ! Pas de grève qui s’enferme dans son entreprise, dans sa profession, dans sa corporation ! Pas de grève sans programme de grève s’adressant aux autres salariés ! Pas de grève sans affirmation que la classe ouvrière a un programme d’avenir pour toute la société ! Pas de grève sans remise en cause de l’ordre bourgeois qui nous mène à la catastrophe ! Toute grève est une étape vers la révolution sociale et toute organisation de grève est un embryon du pouvoir aux travailleurs !

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