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Une accusation de LO en 2018 contre les "Gilets jaunes" ... réfutée par LO en 1973 et 1990 !

mercredi 21 novembre 2018, par Robert Paris

Un des chefs des bureaucrates syndicaux, le secrétaire général de la CGT a lancé sur France Info le 17 novembre une accusation contre le mouvement des Gilets jaunes, qui rappelle celles contre les « Hitléro-trotskystes » des années 30 :

Concernant le mouvement des "gilets jaunes", Philippe Martinez a réitéré son opposition à participer à la mobilisation du jour, à cause de la présence de l’extrême droite. "Certains, une minorité, essaient de le récupérer, avec de mauvaises intentions", a une fois de plus regretté le patron de la CGT, en référence à l’extrême droite.

Suivant la CGT, LO réprimande donc également les Gilets jaunes. Le titre de l’éditorial du 19 novembre de son hebdomadaire est : « Après le 17 novembre : défendre notre niveau de vie, c’est se battre pour l’augmentation des salaires, des pensions et des allocations ». Donc demander la baisse du prix de l’essence comme le font les Gilets jaunes, ce n’est pas se battre pour défendre notre niveau de vie ? Non seulement dans ce titre, mais dans toutes les formules-slogans des articles de LO, la première revendication des Gilets jaunes : pour la baisse du prix de l’essence !, n’est pas reprise par LO : Car cette revendication ne ferait pas partie des fameux « intérêts des travailleurs », mais serait seulement celui des petit-bourgeois et autres réactionnaires présents dans le mouvement (c’est nous qui mettons en gras) :

Dans le mouvement des gilets jaunes, il y a d’autres catégories sociales que les salariés. Patrons du transport ou du BTP, agriculteurs et artisans mettent en avant les revendications contre les taxes, qui correspondent à la défense de leurs intérêts. Ces revendications « antitaxes » cantonnent la mobilisation sur le terrain de l’opposition au gouvernement qui permet aussi à la droite et à l’extrême droite de tenter de jouer leur carte. Tant que l’on ne remet pas en cause les profits de la classe capitaliste, des politiciens comme Le Pen, Dupont-Aignan ou Wauquiez veulent bien faire des discours sur les intérêts du peuple.

Avant tout LO s’adresse aux travailleurs pour leur faire peur, comme à des enfants, car ils se mettraient en danger dès qu’ils rentrent en lutte aux coté d’autres classes de la société, sans leurs tuteurs : syndicats, politiciens.

D’autre part LO reprend donc la théorie Lassallienne dénoncée par Marx et Engels : la bourgeoisie, des petits artisans et paysans pauvres jusqu’au grand patronat formerait une « masse réactionnaire ». Ce que Marx et Engels avaient affirmé sur le plan théorique, Lénine et Trotsky l’ont mis en pratique : ils ont réalisé l’alliance des ouvriers avec les paysans pauvres et moyens (i.e. des petits bourgeois), contre les gros bourgeois et les grands propriétaires féodaux.

S’adresser aux classes moyennes pauvres en voie de prolétarisation pour les entraîner derrière elle est une nécessité pour la classe ouvrière. Cette alliance a une base objective car certaines revendications sont communes à ces classes distinctes, voire parfois antagonistes : par exemple la lutte contre les impôts indirects. C’est cette oppression par l’impôt indirect qui est commune aux ouvriers et une partie de la petite bourgeoisie paupérisée qui crée une base objective pour la « structuration » du mouvement de Gilets jaunes, pour un front unique interclasse, et non l’apparition de leaders charismatiques que cherchent à faire émerger les journalistes ... dans le but de leur faire proclamer la fin du mouvement.

Il est certes positif de proposer aux gilets jaunes d’ajouter des revendications concernant les salaires. Mais il semble que LO-donneur-de-leçons n’a écouté aucun un des grands media pro-gouvernementaux comme TF1, France 2, France Info, BFM etc. Car une « augmentations générale des salaires » y a déjà été revendiquée à plusieurs reprises par certains gilets jaunes !

Certes l’analyse de LO concernant les revendications salariales dans le but de pousser le mouvement « dans la bonne direction » semble frappée de bon sens « matérialiste », voire marxiste. Elle est pourtant fausse !

Que la classe ouvrière, en lutte aux côté de classes petites bourgeoises (artisans, paysans, petits patrons, enseignants) se maintienne sur un terrain anti-gouvernemental et anti-taxe est certes regrettable du point de vue de la révolution socialiste mondiale, qui est aussi le nôtre, mais il est faux de dire que cela amène forcément à des dérives réactionnaires.

A ce propos une des Thèses de Marx sur Feuerbach s’applique à cette question :

La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l’irréalité d’une pensée qui s’isole de la pratique, est purement scolastique.

Or, la « pratique » a montré qu’un mouvement anti-taxe et anti-gouvernemental n’ouvre pas forcément la voie à l’extrême droite. Et qu’il peut, doit parfois, être soutenu du début à la fin par d’authentiques révolutionnaires, sans qu’ils y perdent leur âme .... pourvu qu’ils y militent activement pour une politique d’auto-organisation des prolétaires dans ce mouvement, même sans réussir à élargir sa plate-forme de revendications.

Cette « vérité pratique », c’est par exemple le mouvement contre la poll-tax en 1990 en Angleterre qui l’a démontrée.

Ouvrons une brève parenthèse, à propos d’une époque qui a un parfum de Bohème, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : un temps ou les militants de LO, encourageaient à "foncer" dès les premières secondes d’un mouvement, sans fermer les portes concernant son évolution : proposer un comité de grève, une coordination, se faire élire au niveau national, ambitionner un rôle dirigeant dans tout mouvement populaire, lycéen, étudiant, ouvrier. Cette époque contraste avec aujourd’hui où LO, tels les staliniens en 68, ne fait que freiner, veut barricader les ouvriers dans leur entreprise afin qu’ils ne soient pas "contaminés" par le virus révolutionnaire, pour les isoler.

Un exemple qui contredit l’analyse de LO en 2018 concernant le danger Poujadiste est donc celui de la Poll tax en Angleterre en 1990, contre Margaret Thatcher. Ce mouvement contre la poll-tax a abouti peu après à la démission de Thatcher, c’est un exemple à faire revivre, à l’attention des Gilets jaunes dont un des slogans est "Macron, démission !". Oui ils peuvent gagner sur ce terrain et sur celui de la baisse d’une taxe !

Pour démontrer que LO a tort en 2018 ... citons LO en 1990 et 1973 :

Grande-Bretagne : La révolte contre la poll tax va-t-elle profiter au Labour ou à la classe ouvrière ?—lutte de classe n°32 - mai 1990

C’est la colère générale contre le nouvel impôt local introduit par Thatcher - l’impôt communautaire ou poll tax comme tout le monde l’appelle - qui a déclenché en mars [1990] une vague de manifestations dans tout le pays. (...) ce mouvement de protestation est, depuis l’arrivée au pouvoir de Thatcher en 1979, le premier mouvement politique qui rassemble tous les secteurs de la classe ouvrière. C’est le premier mouvement qui ne court pas le risque (bien qu’il en court d’autres) d’être paralysé par le corporatisme étroit qui, tant de fois dans le passé, a servi aux dirigeants réformistes à mener des luttes même d’ampleur dans l’impasse.

Un aspect important de la situation actuelle tient à la façon dont Thatcher et son gouvernement sont ouvertement remis en question non pas seulement par les politiciens de l’opposition mais au sein de leur propre camp.

Aussi bien dans les rangs du Parti Conservateur que dans ceux de la bourgeoisie, Thatcher est aujourd’hui vertement critiquée sur deux plans au moins. D’abord parce qu’elle s’est révélée incapable de réaliser le « miracle » économique qu’elle avait promis. Ensuite parce qu’elle semble avoir perdu une bonne part de son crédit dans la population et ne plus être capable de garder la situation bien en main.

Les milieux d’affaires comptaient parmi les supporters les plus fervents de l’« économie de marché et de libre entreprise », prônée par Thatcher. Or, dernièrement, ces mêmes milieux se sont mis à multiplier les critiques : sur les réticences du gouvernement à stabiliser la livre en rejoignant le système monétaire européen ; sur sa politique de taux d’intérêts élevés qui viennent s’ajouter aux coûts financiers existants ; sur la position de Thatcher à l’égard de la poll tax décrite par un éditorialiste du journal financier Financial Times comme « un gâchis monstre » .

Chaque jour dans les actualités on voit des politiciens conservateurs exprimer avec véhémence leur mécontentement sur toutes sortes de choses - qui vont de la situation économique au problème de... l’immatriculation des chiens. De même on entend parler de groupements de députés conservateurs votant contre le gouvernement au parlement. Les dignitaires conservateurs en sont aujourd’hui à se placer publiquement en vue de la course à la succession. Certains, tel l’ancien ministre Norman Tebbit, vont même jusqu’à prendre la tête de mini-rébellions au parlement, rôle qui revient d’ordinaire à des députés vieux et obscurs qui n’ont plus à craindre pour leur carrière.

Les échecs économiques de Thatcher sont autant d’épines douloureuses aux pieds des députés conservateurs. Les taux immobiliers élevés et la poll tax les mettent en porte-à-faux vis-à-vis de leurs électeurs. Il est rare qu’ils ratent une occasion d’accuser l’ancien ministre des finances Lawson d’être responsable du niveau élevé de l’inflation. Comme Lawson était il y a peu encore le poulain de Thatcher, l’accuser lui revient à accuser Thatcher.

Cette grogne peu respectueuse ne peut échapper à personne. Les actualités télévisées comme les séries populaires en sont pleines. Tout comme d’ailleurs les journaux quotidiens, y compris des organes conservateurs tels que le Daily Telegraph ou le Daily Mail qui en arrivent aujourd’hui à paraître presque radicaux quand ils parlent de la situation économique. On a même vu un quotidien à grand tirage et à scandales comme le Sun émettre des réserves vis-à-vis de la poll tax.

Dans une large mesure, l’attitude des politiciens conservateurs reflète l’état d’esprit de leur propre électorat auquel ils tentent de répondre en prenant leurs distances vis-à-vis du gouvernement. Ainsi l’annonce du montant de la poll tax a-t-elle déclenché des réactions de colère dans les villes contrôlées par les Conservateurs et même de nombreuses manifestations de rues. Dans certaines régions, des conseillers généraux conservateurs ont protesté en démissionnant du Parti. L’idée qu’une personne sans revenu propre, une femme au foyer par exemple, puisse être forcée de payer la poll tax semble avoir suscité l’indignation parmi les électeurs conservateurs, y compris les mieux lotis.

Même aux yeux de l’homme de la rue qui vit à l’écart du monde des politiciens, Thatcher n’apparaît plus comme la « dame de fer » incontestée et incontestable qu’elle était. Et c’est encore plus vrai dans la classe ouvrière.

Dans une fraction significative de la classe ouvrière, le sentiment qui domine est une haine bien réelle pour Thatcher. Cela n’a d’ailleurs rien de nouveau, sinon que les rangs de cette fraction ont grossi au cours de la dernière période.

Mais ce qui est nouveau, c’est ce sentiment très répandu que d’une certaine façon le gouvernement est désormais coupé des réalités, que ses décisions ne doivent pas par conséquent être prises trop au sérieux et qu’elles sont de toute façon inapplicables.

L’attitude des gens à l’égard de la poll tax donne un bon exemple de cet état d’esprit. En Ecosse, où la poll tax est entrée en application l’an dernier, les statistiques sur les refus de paiement sont parlantes : sur un total de trois millions de contribuables, 400 000 sommations pour impayés ont été envoyées à ce jour et on estime qu’entre 500 000 et 800 000 personnes n’ont rien payé. Une partie de ce nombre est certainement à imputer au manque d’argent. Mais l’étendue du refus de paiement, hors de proportion avec celle de l’activité des groupes anti- poll tax, ne peut s’expliquer que par une attitude de défi très répandue dans la population.

En Angleterre, où les feuilles de relevés de la poll tax ont commencé à venir au courrier depuis le 1er avril de cette année, on entend un peu partout, dans les boutiques, les cafés et les entreprises, les gens tenir un langage des plus directs : « Pas question de payer ! ». Bien qu’il soit encore trop tôt pour mesurer la détermination des gens à ne pas payer, l’ambiance y semble similaire à celle qui prévaut en Ecosse. En tout cas, c’est bien l’opinion des fonctionnaires municipaux chargés de la planification financière : la plupart des municipalités des grandes villes prévoient de traîner devant les tribunaux entre 15 et 20 % de la population adulte pour refus de paiement.

Il y a bien d’autres exemples de cette attitude de défi dans les couches laborieuses. Tout se passe comme si la plupart des gens tenait Thatcher pour responsable de tout ce qui ne va pas. Ainsi par exemple, au cours de la vague d’émeutes qui a affecté récemment une vingtaine de prisons dans le pays, beaucoup de gens ont manifesté une compréhension tout à fait inattendue et inhabituelle à l’égard des émeutiers. Pour eux, c’était la faute du surpeuplement, de la police et des gardiens de prison et surtout de Thatcher et de son gouvernement. Mais relativement peu s’en sont pris aux émeutiers eux-mêmes.

On voit qu’à l’époque, LO ne se posait pas en censeur d’un mouvement qui aurait le tort de ne pas avoir mis en avant des augmentations de salaires. LO écrivait des dizaines de lignes pour décrire toutes les facettes d’un changement politique entraîné par une lutte derrière une revendication qui n’est pas purement ouvrière, mais transformait cette classe ouvrière. Celle-ci a-t-elle été atteinte de Poujadisme ? Rester sur un terrain aussi étroit que la poll tax a-t-il fait monter l’extrême droite ? Etre soutenu par le Sun a-t-il créé des problèmes ? Pas du tout ... c’est le Parti travailliste qui en profité ! ... et seulement modérément. Bref la routine, comme après un mouvement de grève pour les salaires. Et ce n’est pas la présence du Parti travailliste dans le mouvement qui a "protégé" les travailleurs contre tout "Poujadisme", car ce parti a limité sa participation :

Une montee des illusions dans le parti travailliste Bien sûr les partisans du retour des Travaillistes au pouvoir ne se recrutent pas seulement dans les milieux d’affaires. Sa base ouvrière traditionnelle s’est incontestablement renforcée au cours de la dernière période en même temps que montait la détermination des travailleurs à en finir avec Thatcher.

Cependant, dire que les travailleurs attendent beaucoup d’un futur gouvernement travailliste serait loin de la réalité. Bien que la plupart des moins de 30 ans n’aient aucun souvenir des gouvernements travaillistes précédents, l’image de marque que le Parti Travailliste s’est forgée depuis l’élection de Kinnock à sa direction est suffisamment éloquente. Et elle n’a à coup sûr rien d’enthousiasmant.

Sans en attendre grand-chose, la classe ouvrière nourrit des illusions dans le Parti Travailliste, des illusions en négatif en quelque sorte. Faute d’autre perspective, elle se borne à espérer qu’un gouvernement travailliste mettra un terme à la « dégringolade », que par exemple il abolira la poll tax ainsi que quelques-unes des lois les plus impopulaires parmi celles introduites par Thatcher, qu’au moins il empêchera la situation de se dégrader encore.

Pourtant, il serait vain de chercher dans les discours de Kinnock un quelconque engagement sur ce plan. En fait le seul véritable engagement qu’il a pris, c’est au contraire de ne pas revenir sur les dispositions législatives les plus importantes des Conservateurs. Même sur la poll tax, la position du Parti Travailliste est ambiguë. Un jour il parle de la remplacer par un impôt basé sur la valeur immobilière, le lendemain de la transformer en un impôt municipal sur le revenu. Dans l’une ou l’autre de ces hypothèses, Kinnock a bien pris garde de ne pas faire la moindre allusion à un possible retour à l’impôt payé sur la base du ménage. En d’autres termes, si on laisse faire les Travaillistes, tout adulte devra continuer à payer un impôt local d’un type ou d’un autre. Mais, pour le moment, bien peu de gens s’en rendent compte.

Mais si les dirigeants travaillistes ne tiennent pas à se montrer trop précis sur ce qu’ils comptent faire une fois au gouvernement, ils sont bien plus explicites s’agissant de ce qu’ils ne veulent pas voir se produire aujourd’hui. Ils savent que leur réussite dans l’administration du système pour le compte des capitalistes dépend entièrement, tout comme pour les Conservateurs, de l’acceptation de la classe ouvrière. La dernière chose qu’ils souhaitent, c’est encourager les travailleurs à faire quoi que ce soit de susceptible de leur donner confiance en eux-mêmes.

D’où l’attitude des dirigeants travaillistes à l’égard des campagnes contre la poll tax. Bien qu’ils aient bruyamment dénoncé la poll tax dès le premier jour, ils ont pris grand soin de ne prendre part officiellement à aucune action contre.

Les dirigeants travaillistes ont mené une campagne systématique contre l’idée du refus de paiement. Son comité exécutif national a récemment discuté d’interdire aux membres du Parti d’adhérer à la Fédération Anti- poll tax Britannique. La direction travailliste est restée à l’écart des principales manifestations de rue, défendant plus ou moins ouvertement l’idée que le problème ne peut être réglé que par le bulletin de vote. D’un autre côté elle s’est gardée d’émettre quoi que ce soit qui puisse être interprété comme une condamnation des manifestations et n’a rien fait pour empêcher les militants travaillistes d’y participer. Kinnock sait bien sûr qu’il doit une partie de sa toute nouvelle base électorale à l’ambiance générale créée justement par ces manifestations aux quatre coins du pays.

Des militants trotskistes se sont engagés dans le mouvement en y créant des comités auto-organisé de travailleurs ... acceptant peut-être les artisans et petits patrons ? cela n’est pas précisé ! Voici comment LO mettait en valeur à juste titre la politique des militants anglais :

La perspective et la tactique de « militant » dans le mouvement anti-poll tax L’hebdomadaire trotskyste Militant, dont les partisans sont surtout actifs à l’intérieur du Parti Travailliste, a joué un rôle de première importance dans le mouvement anti- poll tax.

Il faut dire, à leur crédit, qu’ils ont été les premiers à mettre sur pied des comités anti- poll tax, d’abord en Ecosse et, par la suite, dans le reste du pays. En s’appuyant sur ces groupes à l’échelon local, ils ont pu ensuite jouer un rôle moteur dans l’organisation d’une Fédération anti- poll tax pour toute la Grande-Bretagne (ABAPTF).

L’idée de départ de Militant était de mettre sur pied une campagne de refus de paiement sur le modèle de la grève des loyers de Glasgow de 1912, avec des comités de base et des responsables élus par rue ou par pâté de maisons, capables de se joindre rapidement pour mobiliser quand il le fallait la population contre les interventions des huissiers. Après l’introduction de la poll tax en Ecosse en avril 1989, quelques comités locaux ont pu être mis sur pied avec un certain succès sur ces bases.

Il faut dire aussi que certaines des manifestations les plus importantes organisées cette année en Angleterre contre la poll tax l’ont été par des groupes locaux créés à l’initiative de Militant. La plus importante a été la manifestation nationale du 31 mars à l’appel de l’ABAPTF qui a remporté un succès aussi spectaculaire qu’inattendu, 100 000 personnes ayant défilé à cette occasion dans les rues de Londres.

Mais, depuis le 31 mars, l’ABAPTF n’a pas renouvelé ce genre d’initiative à l’échelle nationale - se contentant de demander au Trade Union Congress d’organiser une manifestation nationale à l’été et de lancer l’idée d’un rassemblement monstre contre la poll tax à l’automne. Il semble que l’ABAPTF ait choisi de se consacrer pour l’instant à sa campagne de refus de paiement au niveau local.

Et LO ébauche en 1990 une ligne politique possible pour les révolutionnaires, à l’opposé de son suivisme pro-Martinez en 2018 :

L’ambition de tous les trotskystes devrait être d’aider la classe ouvrière à saisir ces possibilités qui s’offrent à elle - même si cela signifie (comme c’est inévitable) s’exposer au courroux du Parti Travailliste et des leaders réformistes. Il ne s’agit pas de faire de l’affrontement avec les réformistes une affaire de principe. Mais quand ce qui est en jeu, c’est la possibilité pour la classe ouvrière de se renforcer, l’affrontement n’est plus seulement une nécessité mais un devoir.

On voit que la revendication concernant les salaires ne joue pas un rôle primordial dans l’analyse du mouvement contre la poll-tax.

Allons-plus loin sur ce terrain glissant, dans l’esprit de LO 1990, et osons affirmer que soutenir une grève anti-Etat d’une partie de la petite bourgeoisie est tout à fait légitime ! Encore une fois c’est LO qui l’expliquait en 1973, et qui écrirait le contraire aujourd’hui. La phrase

Il faut dire que depuis des années maintenant, les organisations de gauche françaises ne manquent pas une occasion de dresser devant les travailleurs l’image inquiétante du petit bourgeois en colère

qu’on lira dans l’article suivant, s’applique à LO aujourd’hui.

Cela montre le virage à 180° de LO, qui cherche aujourd’hui à détourner les travailleurs contre le mouvement des Gilets jaunes, soupçonnés de Poujadisme :

La gauche doit-elle combattre ou soutenir la lutte des petits commerçants aux prises avec l’État ? lutte de classe n°15 - décembre 1973 La grève unanime des détaillants qui, le 15 novembre dernier, dans toute la France, fit baisser le rideau de la quasi-totalité des boutiques, a témoigné de la profondeur du mécontentement des petits commerçants.

Dans un pays comme la France où le petit commerce est encore très nombreux et donne encore sa physionomie à la vie sociale des centres urbains, une grève aussi unanime a transformé les villes en cités mortes. Les magasins à grande surface n’ont pu suppléer la fermeture des boutiques, cafés, restaurants, etc..., et chacun a senti peser le poids économique du petit commerce dans la vie de tous les jours.

Pourquoi cette grève ? Parce que le gouvernement, feignant de partir en guerre contre l’inflation qui a dépassé au dernier trimestre le rythme déjà accéléré des autres pays européens, a inscrit comme première disposition de son pseudo-train de mesures anti-inflationniste, la taxation des marges bénéficiaires des petits commerçants sur un certain nombre de produits. Le tout, à grand renfort de publicité et de communications télévisées gouvernementales.

Les petits commerçants étaient ainsi désignés sans ambiguïté possible à l’opinion publique comme les fauteurs de vie chère, les grands responsables de la dégradation du niveau de vie des consommateurs.

On n’allait pas jusqu’à dire qu’ils étaient responsables de la crise du dollar et de la mévente du concorde mais, face au mécontentement grandissant de l’opinion publique devant la montée des prix, ils se voyaient attribuer le rôle ingrat de boucs émissaires.

Le gouvernement en tirait le double avantage d’avoir l’air de prendre des mesures fermes contre la montée des prix et de détourner de lui la colère de l’opinion ouvrière. Cette grossière diversion, s’appuyant démagogiquement sur l’hostilité traditionnelle des travailleurs vis-à-vis des boutiquiers, a cependant réussi dans certains milieux de « gauche », voire « d’extrême gauche ».

Et ceux-là même qui soutiennent sans embarras ni critique la lutte des étudiants ou des paysans, ont tenu à prendre leurs distances vis-à-vis de celle des petits commerçants, quand ils n’ont pas été jusqu’à la condamner purement et simplement. Si certaines couches de la petite bourgeoisie trouvent grâce à leurs yeux, d’autres, au contraire, se voient chargées de tous les pêchés. Par leur place dans l’économie, par leurs préjugés et leur mentalité réactionnaire, les petits commerçants se sont vus rejetés dans le camp du capital et promus ennemi, sinon N° 1, du moins N° 2.

Cet impressionisme, ou plutôt ce « gauchisme » politique de nombreux groupes d’extrême gauche, du PSU, de la CFDT, a été contrebalancé à l’autre bout par l’opportunisme du PCF qui après avoir depuis plusieurs années condamné les actions radicales d’un Nicoud, s’est déclaré solidaire des petits commerçants et d’une forme de lutte légaliste et raisonnable pouvant avoir des prolongements ultérieurs favorables à la « Gauche ».

Bref, une fois de plus, le problème posé par la lutte des petits commerçants a été abordé et discuté d’une manière fort peu socialiste.

En France, les petits commerçants indépendants forment une couche particulièrement importante de la petite bourgeoisie urbaine et rurale et une couche particulièrement vulnérable. Il y a en France près d’un million de commerces de détail (dont la moitié d’alimentation), soit une moyenne d’une boutique pour 54 habitants (après la Belgique, c’est la concentration la plus forte d’Europe dont la moyenne est d’un magasin pour 71 habitants). Cela représente plus de deux millions de personnes. L’écrasante majorité de ce million de magasins sont des petits commerces indépendants, dont 50 % n’emploient pas de salariés. Les plus modestes d’entre eux sont parmi les premiers à faire les frais de la politique de déflation gouvernementale, comme ce fut le cas dans les années 1950, lorsque, pour la seule année 1954, 3 000 fonds de commerce disparurent dans le midi de la France pendant que les magasins à succursales multiples prospéraient. Mais il n’est même pas besoin de scruter les chiffres pour juger de l’importance politique que peuvent prendre les petits commerçants pour la classe ouvrière.

L’histoire de ces vingt dernières années est démonstrative à cet égard. dans les années 1950, les petits commerçants ulcérés, et particulièrement les plus pauvres d’entre eux, les boutiquiers sans clientèle des zones rurales, les « tondus » comme ils se nommaient eux-mêmes, s’enrôlèrent derrière poujade qui, comme nicoud quinze ans plus tard, inspira des « actions directes » contre le fisc, puis vira rapidement à la démagogie d’extrême droite. l’importance du mouvement se révéla lors des élections législatives de 1956 où à la stupéfaction générale, le mouvement poujadiste recueillit 2 500 000 voix et envoya 52 députés siéger à la chambre, avant de s’effondrer de lui-même dans les années qui suivirent.

En 1969, la révolte des petits commerçants de l’Isère (le mouvement de « La Tour du Pin » ), qui passèrent à l’action directe en faisant sauter les vitres des perceptions, en expulsant les contrôleurs du fisc, en ridiculisant les hauts fonctionnaires, fit des commerçants les nouveaux « contestataires ». Un an après 68, dans le délicat équilibre économique et social de l’époque, un mouvement de masse des petits commerçants et artisans, menant une politique de coups d’éclats, risquait d’ébranler un pouvoir fragile et pouvait faciliter l’expression de tous les mécontentements. La gauche, et le Parti Communiste en tête, choisirent, sans l’ombre d’une hésitation, le parti de l’ordre. C’est alors qu’on vit « L’Humanité » jeter l’anathème sur les contestataires, criant à « l’ultra-poujadisme » de Nicoud et des commerçants de « La Tour du Pin ». De la même façon, lors du succès relatif des listes du CID.-U.N.A.T.I. (organisations commerçantes contestataires) aux élections aux conseils d’administration des caisses d’assurances maladie, « L’Humanité » se plaignait de ce que « Les listes néo-poujadistes du CID. et de l’U.N.A.T.I. ont bénéficié de la propagande que la télévision et la grande presse ont consacré aux agissements de leurs leaders » .

Il faut dire que depuis des années maintenant, les organisations de gauche françaises ne manquent pas une occasion de dresser devant les travailleurs l’image inquiétante du petit bourgeois en colère, comme si le boutiquier, électeur honorable et dont il faut gagner la sympathie quand il reste bien sage dans sa boutique prospère, devenait automatiquement une graine de fasciste quand il se révolte. Quand les réformistes, le PC en tête, veulent justifier la modération de leur programme politique, ils se cachent derrière les classes moyennes, les boutiquiers, la petite bourgeoisie qu’ils « ne veulent pas effrayer » pour ne pas la jeter dans les bras du fascisme. Et c’est justement lorsque cette gauche, comme au Chili, en refusant de s’attaquer aux trusts, à la grande bourgeoisie, pour surmonter la crise économique, en multipliant des palliatifs dérisoires qui briment en premier ces mêmes classes moyennes, les rejettent justement vers l’extrême droite, qu’elle répand la fable selon laquelle Allende aurait été victime de la petite bourgeoisie qui, pour se protéger des gauchistes et de leurs excès, aurait fait appel à l’armée.

Si lors de cette dernière journée du 15 novembre le PCF et la CGT ont fait preuve d’un peu plus de décence et ont abandonné les invectives contre les « ultra-poujadistes », sans doute parce que le dernier mouvement des commerçants, malgré la combativité qu’il a révélée, est resté politiquement très circonscrit et parfaitement canalisé par les organisations de commerçants traditionnelles, s’ils ont donc pour leur part consenti à dénoncer la démagogie des mesures gouvernementales contre les commerçants, par contre les autres organisations ouvrières, FO et la CFDT, n’ont plus connu aucune retenue. FO, fidèle à sa politique collaborationniste et responsable vis-à-vis du grand capital, a toujours cherché à dévier la colère et l’attention des travailleurs contre les petits commerçants, boucs émissaires tout choisis. Elle patronne, avec la collaboration de syndicats patronaux et paysans, la création d’une nouvelle « organisation de défense des consommateurs » qui doit voir le jour au 1er janvier 1974, et qui, loin de défendre réellement les consommateurs, se garde bien de mettre son nez dans la fabrication des produits mais vise principalement les détaillants et non les industriels. La CFDT pratique la même démagogie. Son secrétaire général, Edmond Maire, déclarait le 16 décembre : « On ne peut pas s’allier avec n’importe qui sur n’importe quoi » . Décidément, il faut une grève des petits commerçants pour que la CFDT fasse preuve d’une soudaine intransigeance de « classe » à laquelle elle ne nous avait pourtant pas habitués. C’est dans cet esprit que la CFDT de la métallurgie a fait distribuer un tract intitulé « capitalisme ras-le-bol », le lendemain de la grève des commerçants : « Qu’à cela ne tienne, les commerçants se mettent en grève. Tout comme un travailleur, qu’ils ont pourtant beaucoup plus souvent critiqué que soutenu. Et cela, pourquoi ? pour défendre leur marge bénéficiaire, leur profit... comme n’importe quel patron. Et le gouvernement, si prompt à envoyer les CRS à Lip ou ailleurs, là, laisse faire : ce sont des électeurs plutôt U. D. R. d’habitude, pas comme ces ouvriers ! » . Rien ne manque, y compris l’appel du pied aux CRS, le reste à l’avenant.

Mais à la première grève des commerçants, on voit aussi une organisation « de gauche » comme le PSU, se targuer soudain d’un esprit de classe prolétarien intransigeant et brandir devant la classe ouvrière la menace du commerçant-au-couteau-entre-les-dents. C’est ainsi que, ne craignant pas le ridicule, Tribune Socialiste (organe du PSU) du 21 novembre évoquait les sueurs froides qu’avait suscitée à ses rédacteurs cette terrible journée du 15 novembre : « Paris, jeudi, c’était le Santiago des derniers jours de l’Unité Populaire quand les boutiquiers avaient clairement exprimé leur choix de classe en baissant rideau. Mais ici avec la confusion idéologique en prime, celle des périodes de crise larvée où ça se remet à puer le poujadisme, cet avant-goût de fascisme » . Le PSU qui, décidément, a des leçons de conscience de classe à revendre dès que les commerçants lèvent le petit doigt, déclare dans Tribune Socialiste : « Ceux qui lèvent l’étendard de la révolte contre le capitalisme moderne et pour la défense du capitalisme archaïque en voie de disparition, ont-ils quelque chose à faire dans le camp de ceux qui se battent pour l’édification d’une société socialiste ? Nous ne le pensons pas » ... « Comment ne pas voir que leur anticommunisme viscéral les empêchera toujours de rejoindre ce camp ? » . Mais cette intransigeance qui prêterait à sourire tellement la formulation en est caricaturale, ne fait que masquer l’électoralisme, viscéral lui aussi, du PSU comme le montre, une ligne plus loin, la seule preuve que le rédacteur apporte à l’appui de sa démonstration : « Le choix - au moment du bulletin de vote - ne se fera peut-être plus en faveur de l’UDR ; il ne se fera pas pour autant en faveur de la gauche : c’est la leçon du poujadisme en 1956 ». Pourquoi, franchement, perdre son temps avec une classe sociale incapable de « bien » voter ? ...

Voilà comment de telles organisations de gauche font de la petite bourgeoisie le souffre-douleur de leur refus de s’attaquer à l’État bourgeois, et de transformer la société de façon radicale.

Quant à l’extrême gauche, elle s’est, une fois de plus, divisée sur cette question comme sur bien d’autres. Tandis que la plupart des maoïstes ont violemment condamné la grève des petits commerçants, Rouge, plus nuancé, titrait dans son numéro du 16 novembre : « Faut-il soutenir les commerçants ? » . On ne peut pas dire que l’article réponde à la question. « Leur mouvement actuel ne peut être soutenu inconditionnellement » . Et Rouge explique qu’il y a plusieurs sortes de commerçants : les gros, qui pourraient mettre au chômage technique leurs salariés, les petits, qui font crédit aux travailleurs en grève, ceux qui se sont enrichis sur la famine des travailleurs pendant la guerre, et ceux qui, à Besançon, ont distribué gratuitement leurs stocks dans le cadre de la grève. Il y a les bons, ceux qui se mettent aux côtés du prolétariat, et les mauvais, les autres. Ceux qui sont du bon côté, « seront bien sûr soutenus par les travailleurs » . Est-ce cela le soutien conditionnel aux commerçants ? S’agit-il pour les révolutionnaires de proclamer leur solidarité, d’accorder leur soutien aux commerçants qui ont, en somme, une conscience de classe prolétarienne ? Franchement, c’est tout de même une piètre politique prolétarienne que celle qui préconise aux travailleurs de ne s’allier à telle ou telle fraction de la petite bourgeoisie que dans la mesure où elle se met sur les rangs de la classe ouvrière. Pour ce faire, il n’est pas besoin de politique particulière, il suffit d’attendre que la conscience de « classe » de la petite bourgeoisie évolue dans le bon sens. Et la classe ouvrière risque en effet d’attendre longtemps. Et, en attendant, la seule manifestation de solidarité que Rouge propose au nom de la classe ouvrière aux petits commerçants, c’est « de prendre contact avec les organisations syndicales, les U.L., les organisations politiques, pour informer et discuter d’une lutte commune contre la vie chère.( ... ) Travailleurs du commerce, rejoignez les autres travailleurs » .

Pour se convaincre de quelques bonnes raisons de soutenir les commerçants, Rouge explique, dans son numéro du 23 novembre, qu’ « il est vrai que dans une certaine mesure la lutte des classes traverse la boutique ... A l’heure du capitalisme décadent (ces couches) vivent sur le fil du rasoir. Certains s’en tirent... d’autres basculent dans les rangs du prolétariat. Autant de facteurs qui tendent à partager la boutique à l’heure des affrontements suprêmes » . Eh bien non. Ce n’est pas parce que certains boutiquiers basculeront dans les rangs du prolétariat que nous les soutenons. Nous les soutenons en tant que travailleurs opprimés par les capitalistes, même si leurs intérêts sont distincts de ceux du prolétariat. Le boutiquier sur le point de perdre sa boutique ne bascule pas automatiquement dans les rangs du prolétariat. La direction qu’il prend dépend de la politique du prolétariat et de son parti à son égard. Le prolétariat est la seule classe de la société qui n’a rien à perdre que ses chaînes, et un monde à gagner, comme le disait Marx dans le Manifeste Communiste. La société qu’il veut construire est une société libre et humaine pour tous les individus qui la composent. C’est pourquoi le prolétariat, en luttant pour le socialisme, se place du point de vue de l’ensemble de la société, et contrairement à toutes les classes qui l’ont précédé, il ne peut se limiter au point de vue borné de sa seule classe. Le prolétariat, dans sa lutte pour le pouvoir, ne peut être indifférent au sort des autres classes opprimées de cette société. C’est le système capitaliste qui doit être aboli, la bourgeoisie combattue, pas les vestiges d’anciennes classes sociales qui n’ont aucune responsabilité dans l’anarchie de la production capitaliste, mais en supportent les conséquences. Les petits commerçants, comme les petits paysans sont laminés par les rapports de production capitaliste. Arguer de leur nature « réactionnaire » pour leur refuser le soutien des travailleurs, voire pour les combattre, n’est qu’une hypocrisie sans nom. La principale force réactionnaire de notre époque, qui livre la société à la barbarie, qui étouffe ses possibilités de développement, qui freine la croissance des forces productives, c’est le capitalisme, l’impérialisme décadent. En comparaison, le caractère rétrograde des petits exploitants ou des petits détaillants n’est qu’une plaisanterie. Et les travailleurs ne doivent pas perdre de vue que ces petits bourgeois sont, eux aussi, des victimes de cette société.

C’est la société capitaliste qui les ruine, les exproprie, les prive de leurs moyens de subsistance et les rend vulnérables et sans recours. La société socialiste sans doute mettra au point des moyens de distribution plus rationnels que le petit commerce, mais aussi plus rationnels que le système actuel des grandes surfaces dont le caractère socialement progressif par rapport au petit détaillant sous le régime capitaliste, n’est pas prouvé. Mais l’État ouvrier n’aura que faire d’employer la force et la coercition, sous quelque forme que ce soit, contre le petit commerce. Et nous pouvons offrir aux commerçants en ce domaine toutes les garanties qu’ils désirent. Dans la société capitaliste, la prolétarisation est pour le petit commerçant une déchéance individuelle, et on peut le comprendre à maints égards. On ne voit pas au nom de quoi nous pourrions le lui reprocher. Nous savons que la société capitaliste condamne le petit commerce comme elle condamne la petite exploitation. Et nous sommes d’emblée aux côtés des petits commerçants qui résistent contre le capital, refusent de faire les frais de la démagogie bourgeoise. La perspective que nous pouvons leur donner n’est certes pas un avenir au petit commerce, mais une société où ils auront enfin des possibilités d’émancipation individuelle. Mais pour en convaincre les petits commerçants, comme les petits bourgeois en général, la classe ouvrière doit montrer qu’elle est capable d’instaurer ce nouveau type de société en se montrant la plus résolue, la plus combative, dans sa propre lutte contre le capital, mais aussi celle auprès de qui toutes les autres couches sociales opprimées qui entrent en lutte contre le capital et son État, trouveront le soutien le plus ferme, le plus résolu et le plus efficace.

3 Messages de forum

  • ok avec toi, trop long comme d’hab, mais les trotskiens ont l’air vraiment cons : les patrons routiers ne payant pas la TVA sont restés aux côtés de Macron. Il y a aussi pas mal d’abrutis et de moutons chez les gilets, petits soldats qui plongent dans l’action comme aux temps du syndicalisme benêt, et qui croient que certains syndicats routiers, les gens du voyage, etc. vont nous soutenir. Du pipeau ! La classe est seule devant pour l’instant et trouver sa force c’est surtout pas miser sur une coagulation du "peuple" indifférencié mais, via sans doute un drame ou une big connerie de l’Etat affolé, déclencher un processus de généralisation de la grève, pas la grève générale trostko-anar imaginaire, bloquer tout en une semaine ! à suivre

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  • Merci pour ton commentaire. A peu près d’accord avec toi, notamment concernant le mythe de la grève générale. Mais je ne qualifierait pas LO de Trotskien, ou Trotskiste si c’est le sens que tu donnes à ce mot : le but de ce texte peut-être un peu long est de le démontrer, tout en invitant à lire les anciens textes qu’ils écrivaient, qu’ils ne diffusent et n’appliquent plus. Ils deviennent staliniens, n’ont plus rien à voir avec le trotskisme.

    Oui le peuple quand il sort n’est pas idéal, ils ont même des drapeaux bleu blanc rouge et chantent la Marseillaise. Les paysans du moyen-âge se soulevaient au nom d’une religion égalitaire, cela ne les empêcha finalement pas de balayer le féodalisme. Les ouvriers de Russie en 1905 commencèrent derrière le prêtre Gapone ...

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  • Dimanche 25 novembre, de 10h à 12h, sur Radio Libertaire 89.4 FM l’ émission Ni Dieu ni maître ! aura pour thème le mouvement des Gilets Jaunes.

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