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Premier mai et conscience ouvrière révolutionnaire

dimanche 1er mars 2009, par Robert Paris

Lénine

LE PREMIER MAI

Projet de proclamation

Camarades ouvriers ! Voici le premier mai, jour où les ouvriers de tous les pays célèbrent leur éveil à une vie consciente, célèbrent leur union dans la lutte contre toute violence et toute oppression de l’homme par l’homme, dans la lutte qui doit affranchir des millions de travailleurs de la faim, de la misère et de l’humiliation. Deux mondes s’affrontent dans cette grande lutte : le monde du capital et le monde du travail ; le monde de l’exploitation et de l’esclavage et le monde de la fraternité et de la liberté. D’une part, une poignée de riches parasites. Ils ont accaparé fabriques et usines, instruments et machines. Ils ont fait de millions de déciatines de terre et de montagnes d’or leur propriété privée. Ils ont contraint le gouvernement et les troupes à les servir, à monter fidèlement la garde autour des richesses qu’ils ont amassées.

D’autre part, des millions de déshérités. Ils doivent solliciter des riches, comme une grâce, la permission de travailler pour eux. Ils sont par leur travail les créateurs de toute richesse, et eux-mêmes se débattent toute leur vie en quête d’un morceau de pain, demandent du travail comme on demande une aumône, ruinent leurs forces et leur santé par un labeur excessif, mènent une existence famélique dans les chaumières des campagnes, dans les caves et les greniers des grandes villes.

Et voici que ces déshérités, ces travailleurs, ont déclaré la guerre aux riches, aux exploiteurs. Les ouvriers de tous les pays luttent pour affranchir le travail de l’esclavage salarié, de l’indigence et de la misère. Ils luttent pour que la société soit organisée de telle sorte que les richesses, créées par un labeur collectif, profitent à tous ceux qui travaillent et non à une poignée de riches. Ils veulent faire des terres, des fabriques, des usines, des machines, la propriété collective de tous ceux qui travaillent. Ils veulent qu’il n’y ait ni riches ni pauvres, que les fruits du travail reviennent à celui qui peine, que toutes les conquêtes de l’esprit humain, tous les perfectionnements apportés au travail améliorent l’existence de celui qui travaille, au lieu d’être un instrument qui serve à l’opprimer.

La grande lutte du travail contre le capital a coûté bien des sacrifices aux ouvriers de tous les pays. Ils ont versé leur sang à flots pour défendre leur droit à une vie meilleure et à une liberté véritable. On ne compte plus les persécutions auxquelles sont en butte de la part des gouvernements ceux qui luttent pour la cause ouvrière. Mais l’alliance des ouvriers du monde entier grandit et se renforce, en dépit des persécutions. Les ouvriers s’unissent de plus en plus étroitement au sein des partis socialistes ; les adeptes des partis socialistes se comptent par millions et ils progressent pas à pas, sûrement, vers une victoire complète sur la classe des capitalistes exploiteurs.

Le prolétariat russe, lui aussi, s’est éveillé à une vie nouvelle. Lui aussi s’est joint à cette grande lutte. Les temps sont révolus où l’ouvrier de chez nous ployait humblement l’échine, ne voyant point d’issue à son existence asservie, point de lueur dans son existence de bagnard. Le socialisme a indiqué cette issue, et vers le drapeau rouge, leur étoile polaire, des milliers et des milliers de combattants ont afflué. Les grèves ont montré aux ouvriers la force de l’union ; elles leur ont appris à riposter ; elles ont montré quelle menace est pour le capital l’ouvrier organisé. Les ouvriers ont de leurs propres yeux constaté que de leur travail vivent et s’enrichissent les capitalistes et le gouvernement. Les ouvriers se sont dressés pour mener la lutte en commun, vers la liberté et le socialisme. Les ouvriers ont compris quelle force mauvaise et ténébreuse est l’autocratie tsariste. Il faut aux ouvriers la liberté pour pouvoir lutter, mais ils ont pieds et poings liés. Il faut aux ouvriers des réunions libres, des associations libres, des livres et des journaux libres, et le gouvernement tsariste réprime par l’emprisonnement, le fouet et la baïonnette toute aspiration vers la liberté. Le cri : « A bas l’autocratie ! » a retenti dans la Russie tout entière. De plus en plus souvent, on l’a répété dans les rues, aux réunions groupant des milliers d’ouvriers. L’été dernier, des dizaines de milliers d’ouvriers se sont dressés dans tout le sud de la Russie, se sont dressés afin de lutter pour une vie meilleure, de se libérer du joug policier. La bourgeoisie et le gouvernement ont frémi à la vue de la redoutable armée ouvrière, qui d’un seul coup a immobilisé toute l’industrie de villes immenses. Des dizaines de combattants pour la cause ouvrière sont tombés sous les balles des troupes tsaristes envoyées contre l’ennemi intérieur.

Mais aucune force ne peut vaincre cet ennemi intérieur, car c’est uniquement par son travail que subsistent les classes dirigeantes et le gouvernement. Il n’est pas au monde de force qui puisse venir à bout de millions d’ouvriers de plus en plus conscients, de plus en plus unis et organisés. Chaque défaite des ouvriers suscite de nouvelles phalanges de combattants, oblige des masses toujours plus larges à s’éveiller à une vie nouvelle et à se préparer à une lutte nouvelle.

Or, la Russie est aujourd’hui le théâtre d’événements tels que cet éveil des masses ouvrières doit inévitablement s’accélérer et s’élargir encore, qu’il nous faut tendre toutes nos énergies pour grouper les rangs du prolétariat, pour le préparer à une lutte plus décisive encore. La guerre suscite l’intérêt des couches les plus arriérées du prolétariat pour les choses et les questions de la politique. La guerre révèle avec toujours plus d’éclat et fait apparaître avec toujours plus d’évidence toute la corruption du régime autocratique, toute la criminelle infamie de cette bande de policiers et de courtisans qui gouverne la Russie. Notre peuple souffre de la misère et meurt de faim chez lui, et on l’a précipité dans une guerre ruineuse et insensée pour conquérir de nouvelles terres, des terres d’autrui, où vit une population étrangère, et situées à des milliers de kilomètres. Notre peuple souffre de l’esclavage politique, et on l’a précipité dans une guerre pour asservir de nouveaux peuples. Notre peuple exige une refonte du régime politique intérieur, et on distrait son attention par le fracas des canons à un autre bout du monde. Mais le gouvernement tsariste a été trop loin dans son jeu hasardeux, dans sa criminelle dilapidation du patrimoine national et des jeunes forces qui périssent sur les côtes du Pacifique. Toute guerre exige la tension des forces du peuple, mais la guerre difficile contre le Japon civilisé et libre exige de la Russie une tension prodigieuse. Et cette tension est imposée au moment où déjà l’édifice du despotisme policier a commencé à chanceler sous les coups du prolétariat qui s’éveille. La guerre révèle tous les points faibles du gouvernement ; la guerre arrache les enseignes menteuses ; la guerre met à nu la corruption intérieure ; la guerre porte l’ineptie de l’autocratie tsariste à un point tel qu’elle saute aux yeux de tous et de chacun ; la guerre montre à tous l’agonie de la vieille Russie, de la Russie privée de droits, ténébreuse et accablée, de la Russie restée asservie à un gouvernement policier.

La vieille Russie se meurt. A sa place se lève une Russie libre. Les forces ténébreuses qui protégeaient l’autocratie tsariste périssent. Mais seul le prolétariat conscient, seul un prolétariat organisé est en mesure de leur porter le coup de grâce. Seul un prolétariat conscient et organisé est en mesure de conquérir pour le peuple une liberté véritable, non un semblant de liberté ! Seul le prolétariat conscient et organisé est en mesure de riposter à toute tentative de leurrer le peuple, de tronquer ses droits, de faire de lui un simple instrument aux mains de la bourgeoisie.

Camarades ouvriers ! Préparez-vous donc avec une énergie décuplée à la lutte décisive imminente ! Que les prolétaires social-démocrates resserrent leurs rangs ! Que leur propagande s’étende toujours davantage ! Que se fasse plus hardie l’agitation en faveur des revendications ouvrières ! Que la fête du premier mai nous gagne des milliers de nouveaux combattants et double nos forces dans la grande lutte pour la liberté du peuple tout entier, pour la libération de tous les travailleurs du joug du capital.

Vive la journée de huit heures !

Vive la social-démocratie révolutionnaire internationale !

A bas l’autocratie tsariste criminelle et rapace !

2 Messages de forum

  • bonsoir
    suite à la lecture du texte consacré au premier Mai par l’énine ..mon point de vue est le suivant.le premier jamais l’histoire des prolétaires n’a enrégistré paraille dâte rémarquable.de toute leur existence.dâte à laquelle s’est battu la classe des prolotaires de la société contre le capitalisme. en fin d’améliorer leur conditin de vie et de travail au sein de la société.et je pense reéllement que c’est grâce à une très bonne
    organisation et une immmense motivation que les travailleurs ont abouti dans leur lutte du premier.et selon moi ce texte est une invitation des prolos de se donner à font dans leur lutte .et je pense une foi de plus que le premier Mai doit être célébrer dans tous les coins du monde par les travailleurs et par tout le monde qui se voit concerné par leur lutte.s de bko

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    • Une journée de manifestation le 29 Janvier, une autre le 19 Mars, et finalement un défilé unitaire pour le 1 er mai. Les journées se suivent et finissent par ressembler à un enterrement de première classe. Les syndicats sont en effet tellement soucieux de préserver l’indispensable unité qu’ils ont finalement décidé de ne rien décider.

      En effet, la seule bonne nouvelle, c’est qu’au lieu de défiler en ordre dispersé, les syndicats manifesteront ensemble. Et pour la première fois, même la CGC qui, habituellement, ne se mêle pas au cortège, y sera. Il ne manque plus que le ralliement de la CNT anarchiste pour que l’unité soit globale. Cette unité qui, comme chacun le sait est un combat, nous est présentée aujourd’hui comme une authentique victoire qui devrait faire peur à Nicolas Sarkozy. Mais en réalité, cette unité apparaît de plus en plus comme une fin en soi. En effet, elle ne repose sur aucune revendication précise qui permettrait de transformer cette unité en outil de combat comme le fut aux Antilles, la plateforme revendicative qui a débouché, au terme de plus d’un mois de grève, à des accords permettant notamment l’augmentation des bas salaires de 200 euros par mois.

      L’unité réalisée ne suffit pas, contrairement à ce qu’il y parait, à établir une force. Elle se fonde sur des mots d’ordre si généraux et généreux que personne ne peut s’y opposer. Qui peut en effet ne pas se reconnaître dans la défense de l’emploi, l’augmentation des salaires, le maintien des services publics, etc…Mais comment gagner quelque chose de concret quand l’objectif est si peu précis qu’on ne sait quelle base prendre pour une possible négociation. Nicolas Sarkozy ne s’y trompe d’ailleurs pas. Il ne propose, depuis le début des mobilisations, aux syndicats que des rencontres destinées à sonder les cœurs et les poumons, et à donner le change de celui qui, après avoir constaté l’ampleur de la mobilisation, prend acte de ce que ses interlocuteurs y ont ressourcé leur légitimité. On appelle cela le jeu politique. Et invariablement, à la sortie de la réunion, les syndicats nous resservent la même litanie sur ce « gouvernement qui n’a pas pris toute la mesure de la crise ».

      Apparemment, les syndicats non plus. Car si tel était le cas, ils mobiliseraient sur des objectifs tangibles. La CGT réclame ainsi, depuis des mois, tout comme le NPA d’ailleurs, un SMIC à 1.500 euros par mois. Ce qui signifie une augmentation de 300 à 400 euros net pour les bas salaires. Mais dans les manifestations, ce n’est pas ce mot d’ordre clair qui est repris. Sud propose, pour obtenir quelques chose de concret, l’outil de la grève générale, c’est-à-dire non pas la succession stérile d’une journée tous les deux mois, mais un mouvement d’ampleur qui s’inscrit dans la durée et contraigne les employeurs et le gouvernement à la négociation. Ce n’est pas la stratégie qui est retenue.

      Pourtant, les mouvements qui durent et bloquent le gouvernement à défaut de l’obliger à transiger ont tous des objectifs précis. Les étudiants réclament depuis huit semaines la suppression de la Loi sur l’autonomie des universités laquelle organise une concurrence entre établissements. Ils ont été rejoints pas nombre de Présidents d’universités. Les enseignants chercheurs rejettent l’idée de dépendre, pour leurs activités, des Présidents transformés en chefs d’entreprises, et revendiquent que leur soit restituer le millier de poste supprimé. Ils ont été rejoints par Axel Khan dont la Ministre Valérie Pécresse proclamait avoir le soutien. Le mouvement de solidarité avec les enfants de sans papiers animé par Réseau École Sans Frontières mobilise, depuis au moins trois ans, parce qu’il s’oppose aux expulsions et parraine des familles. A chaque cas nouveau, de nouvelles familles s’engagent résistants ainsi à une légitime lassitude. On pourrait multiplier les exemples qui, certes, n’obtiennent pas tous systématiquement un gain mais maintienne ouvert la question que le gouvernement voudrait clore, une bonne foi pour toute. L’unité syndicale du moment n’a finalement même pas cette prétention puisque il ne chiffre pas ses demandes.

      Il y a cependant à cette attitude une objection recevable. Quand on fait grève longtemps, sans être sûrs d’obtenir, on commence d’abord par perdre de l’argent. Mais à t-on jamais obtenu un gain sans d’abord investir du temps et de l’argent ? Et quand le mouvement se durcit, selon les formes qu’il prend, on perd parfois une partie de ceux qui se mobilisent et redoutent ce raidissement. Il y a du vrai dans ces remarques qui font en fait le pari de l’échec. En effet, penser ainsi, c’est d’emblée considérer qu’il n’y a pas de débouché possible à la mobilisation. Soit que l’on considère, comme le gouvernement que les caisses sont effectivement vides et qu’il n’y a donc plus rien à y puiser pour les salariés, soit que la capacité de résistance de l’adversaire est plus importante qu’on ne le pense. Dans les deux cas, on s’abstient parce qu’on redoute ou le pourrissement, ou le débordement.

      En effet, lancer un mouvement de longue haleine est une chose, le maîtriser jusqu’au bout, une autre chose. Nos syndicats ont apparemment le sentiment de ne pas être taillés dans le même tissu que le LKP qui lui a réussi à maintenir et les objectifs et l’unité des nombreuses organisations qui le constituent. Nous manquerait il, en métropole, un Elie Domota pour fédérer nos syndicats ? Apparemment oui !

      L’unité du 1 er Mai n’est donc bien qu’un service minimum. On marchera donc sur la route dans une flopé de fanions hétéroclites, dans le rugissement des sonos, scandant à l’occasion de maigres slogans et puis, chacun rentrera chez soi. Comme la mobilisation du 1 er Mai est un rituel, Sarkozy ne proposera pas de rencontres aux syndicats qui se réuniront pour décider qu’il est urgent d’attendre parce qu’à défaut d’un printemps chaud, l’automne, c’est promis, ne sera pas froid.

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