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La fin de l’Europe, une bonne ou une mauvaise chose ?

vendredi 27 juillet 2012, par Robert Paris

La fin de l’Europe, une bonne ou une mauvaise chose ?

Si l’Europe s’effondre, si l’euro doit être remplacé à nouveau par les monnaies nationales, si les accords européens sont abandonnés, est-ce un bien ou un mal ?

A peine la « crise grecque » a-t-elle quitté la une de l’actualité que c’est l’Espagne qui a pris la suite. Cela ne signifie nullement que la Grèce soit sortie d’affaire ni que le peuple grec ait cessé de subir de nouveaux sacrifices. L’Espagne a pris le relai avec une économie qui plonge, une dette publique colossale, celle de l’Etat, des banques et des régions. Mais la crise espagnole, c’est bien autre chose que la « crise grecque » car la taille de l’économie grecque est celle d’un nain à côté de celle de l’Espagne. Si l’ensemble de l’économie espagnole plonge, il ne pourra pas s’agir pour le reste des Etats européens d’un redressement du type de celui qu’ils ont prétendu faire en Grèce. Leurs fonds n’y suffiraient pas.

Et c’est sans compter sur les crises portugaise, italienne, irlandaise, française, anglaise… Et même allemande ! En effet, Moody’s souligne les perspectives négatives de ce pays. L’avenir du capitalisme est aussi noir dans toute l’Europe. Il l’est d’autant plus que la diversité politique, économique, sociale se retourne contre le vieux continent. Il est de plus en plus impossible, aux divers Etats européens, aux intérêts divergents, aux politiques diverses, aux méthodes relations sociales diverses, aux modes d’imposition sans convergence, aux protections sociales et services publics dissemblables, de mener une politique commune face à la crise. Cela ouvre un gouffre pour quiconque veut se servir de cette faiblesse pour faire chuter la monnaie commune, l’euro. C’est justement ce que peuvent essayer les spéculateurs qui font des fortunes en misant sur les chutes économiques. La seule manière de répondre aux spéculateurs aurait été de construire l’unification européenne complète. Or, une telle politique nécessiterait un dynamisme économique et politique qui excède de loin les capacités des classes dirigeantes européennes. Une telle dynamique dépasse depuis longtemps les ambitions réelles ou imaginaires des capitalistes d’Europe, celles notamment qu’avait essayé de réaliser le capital allemand sous Hitler. L’unification européenne est d’autant plus impossible qu’elle serait très loin d’entraîner un enthousiasme des peuples. Dans les circonstances de la crise actuelle, une plus grande intégration de l’Europe apparaît à tous les milieux populaires comme un moyen d’aggravation de l’austérité, une atteinte supplémentaire à leurs libertés et particularités, une plus grande destruction de leurs services publics, de leur sécurité, de leurs emplois et de leur bien être.

L’Europe est donc condamnée à terme par la crise globale, car la finance hypertrophiée ne peut manquer d’y voir un moyen de ponctionner les économies européennes affaiblies par leur désunion inévitable. Et, ce faisant, les capitaux financiers aggravent sans cesse la crise en Europe.

Dans ces conditions, se repose à nouveau la question qui opposée les « oui » et les « non » à l’Europe, celle de Maastricht ou celle des accords suivants. Les peuples européens sont divisés entre pro et anti européens, une bonne partie des couches populaires accusant l’Europe de les avoir volés (notamment lors de la fondation de l’euro et aussi en leur faisant payer les aides aux banques depuis 2008). Bien entendu, ces accusations ne sont nullement imaginaires, l’Europe ayant évidemment été mise en place pour favoriser le grand capital européen et non les peuples ni les classes ouvrières. L’Europe, tout aussi capitaliste que les Etats nationaux, est là pour favoriser le grand capital et faire payer les travailleurs et les peuples, mais elle ne le fait pas contre les Etats. Dans la prospérité comme dans la crise, les institutions de la société bourgeoise sont là pour favoriser les classes dirigeantes. Tous ont souhaité sa construction parce qu’elle favorisait l’ensemble des classes dirigeantes européennes. Ce sont elles qui ont le plus bénéficié de l’unification monétaire. La zone euro a même atteint un moment où elle a été plus attractive pour les investissements des capitaux mondiaux que la zone dollar ! Les plus grandes entreprises européennes ont réussi alors à se changer en trusts mondiaux. Accessoirement, l’Europe de 1970-2000 a commencé à bénéficier d’un bien-être impensable dans la période 1950-1970. C’est ainsi que la bourgeoisie du sud de l’Europe a été amenée à renoncer à une gestion de la société par des fascismes, que ce soit en Espagne, au Portugal ou en Grèce… Les pays de l’Est ont renoncé au stalinisme pour rejoindre cet ensemble européen. Mais ils n’ont rejoint l’Europe qu’au moment où la crise du capitalisme annihilait cette perspective… Si bien que bien des peuples de l’Europe de l’Est ne verront de la construction européenne que les sacrifice, le chômage de masse et la perte des services publics !

La question se pose donc de l’intérêt des peuples de l’Europe face à la construction d’une Europe capitaliste qui perd pied et plonge dans la crise. Quel intérêt d’accepter de payer les sacrifices pour sauver une Europe qui ne pourra manquer de chuter sur un temps plus ou moins long ? Si on se place du point de vue des intérêts des travailleurs et des peuples, faut-il défendre la construction européenne ou faut-il la combattre ?

Au nom de quoi combattrait-on l’Europe ? Au nom des Etats nationaux ! Et ce sont ces Etats nationaux sur lesquels on compterait pour quoi faire ? Pour défendre nos emplois ? Pour défendre nos services publics ? Pour défendre les intérêts politiques et sociaux des travailleurs et des peuples ? Et on ferait ainsi croire que les Etats bourgeois vont défendre davantage le niveau de vie, l’emploi, l’industrie nationale, les services publics, s’ils redeviennent totalement indépendants que s’ils sont de plus en plus centralisés, de façon fédérative ou autoritaire. C’est sur ce thème que dissertent des hommes politiques aussi divers que Montebourg, Mélenchon ou Le Pen, qui vont de la social-démocratie de gauche à l’extrême droite et de la droite à l’extrême droite. On les retrouve également dans les autres pays européens. Cela va de la « gauche radicale » à l’extrême droite en Grèce… Tous, des populismes de gauche à ceux d’extrême droite, ont en commun d’accuser l’institution supra-nationale comme cause de la catastrophe sociale et économique.

Est-ce que ce retour à l’Etat-nation, à l’économie nationale, à la production pour le marché national, aux entreprises investissant dans le pays avec des travailleurs du pays est une réponse à la crise que connait aujourd’hui le système mondial ? Il suffirait, par exemple, que Renault retire ses capitaux du monde, cesse d’y produire, cesse de vendre aussi dans le monde pour ne plus produire que pour le marché national en ne produisant plus qu’en France. Et de même pour tous les trusts du pays que ce soit Total qui ne raffinerait plus que le pétrole de France, qu’Areva qui ne travaillerait plus qu’avec l’uranium de France... Ceux qui prônent ce retour à l’économie nationale et à l’Etat-nation se gardent d’aller jusqu’au bout de leur thèse car cela dévoilerait la bêtise et l’irréalisme évident de leurs projets… Ils se contentent de s’appuyer sur certaines conséquences de la crise pour proposer des réformes sans s’attaquer surtout aux fondements mêmes du système. C’est d’ailleurs ce que ces populismes ont en commun : ils se gardent de prendre une position révolutionnaire vis-à-vis du système capitaliste. Ils s’arrêtent à la critique des institutions supra-nationales accusées d’inventer la crise. Comme si les Etats s’allongeaient moins devant ce qu’ils appellent « la dictature des marchés » que les institutions supra-nationales ! Comme si ce qu’ils appellent « les marchés », c’est-à-dire l’ensemble de la finance privée n’était pas constituée par des capitalistes ayant une base nationale ! Comme si, dans la période actuelle, l’ensemble du grand capital n’était pas devenu spéculateur plus que producteur et commerçant. Comme si les intérêts des peuples étaient purement nationaux ! Comme si les capitalistes purement nationaux existaient encore aujourd’hui ! Comme si ce retour au capitalisme des origines était possible et s’attaquait à la base au problème actuel ! Problème économique du système dont ces hommes politiques se gardent bien de donner le nom ! Toute la base de ces populismes de gauche comme de droite consiste justement à cultiver les illusions sur la capacité des Etats nationaux bourgeois de défendre les intérêts des peuples en restant dans le cadre du système capitaliste alors que ce système a complètement perdu son dynamisme.

Ce populisme, même s’il gagne parfois des succès politiques importants au plan électoral ou militant, n’offre aucune perspective politique, sociale et économique réelle. Le seul bénéficiaire de tels courants ne peut être que le fascisme. Seul le nationalisme exacerbé peut se fonder sur la perspective de la fin de l’Europe et le retour aux limites nationales comme moyen de mobiliser les milieux populaires sur des bases démagogiques d’hostilité aux autres peuples. Ce n’est ni la défense de l’Europe ni le combat contre l’existence de l’Europe qui offrira une solution politique ni économique aux peuples qui cherchent une issue face à la crise du monde capitaliste. Les mouvements nationalistes ne peuvent qu’enfoncer encore plus les peuples dans la dictature du capital, même s’ils dénoncent démagogiquement le « capital étranger ».

Le premier des mensonges démagogiques de ces courants politiques vient du fait que la crise n’a l’Europe pas pour point de départ, ni pour cause fondamentale, ni pour centre actuel, ni pour victime particulière… La crise débutée en 2007-2008 est globale, mondiale et issue des USA. Depuis, elle a parcouru le monde et concerne toutes les régions et tous les types de sociétés, anciens pays riches, nouveaux pays émergents comme pays pauvres, toutes les sortes de régimes politiques et sociaux… La crise n’est même pas américaine même si elle a débuté dans ce pays. Elle touche aux fondements même du fonctionnement du système.

De 1980 à 2000, la masse de capitaux existants dans le monde n’a cessé de grandir. Et elle atteint un sommet à partir duquel l’essentiel des capitaux ne peut plus s’investir ni dans la production ni dans le commerce. C’est le succès du capitalisme lui-même qui est la cause de son effondrement, comme nous allons l’exposer.

La masse invraisemblable des capitaux privés existants dans le monde, succès mondial historique de l’accumulation du capital, est la véritable cause de la crise catastrophique. L’existence d’une quantité colossale de capitaux spéculatifs n’est qu’une conséquence de cette situation. C’est parce que les capitaux accumulés sont trop nombreux qu’il leur est impossible de trouver suffisamment de sites rentables d’investissement productif ou commercial. Du coup, la société est contrainte d’inventer sans cesse de nouveaux investissements spéculatifs. Le capitalisme devient producteur non plus de marchandises mais d’investissements spéculatifs. Les subprimes en sont un exemple connu mais c’est loin d’être les seuls : les marchés inventent sans cesse de nouveaux « produits financiers » comme les LBO ou encore des titrisations de dettes souveraines de toutes sortes. La particularité de ces investissements est que leur base n’est pas une production de marchandises mais un profit fondé sur des dettes, des chutes, des pertes, des effondrements. Le grand capital est entré dans sa phase nécrophile ou il profite davantage de son effondrement que de son développement. Plus la crise va s’aggraver, plus les investissements nécrophiles vont devenir largement plus rentables que les investissements productifs et plus les capitaux vont continuer à se détourner du productif au point que les banques et les trusts industriels eux-mêmes vont retirer progressivement leurs capitaux de la production. Ce qui conduit le capital, ce n’est pas nécessairement la production de marchandises mais la production de plus-value. Plus le capital industriel doit payer des agios au capital spéculatif, moins il est rentable et plus les capitaux se détournent de ce type d’investissement.

La base de la crise est donc le fait qu’il a atteint sa limite : un niveau seuil dit de « suraccumulation ». Bien entendu, les adeptes du retour au développement national et de l’Etat national ne mentionnent pas le fondement de la crise. Ils dénoncent la spéculation internationale cataloguée « loi des marchés » et dénoncent les agences de notation. Ils dénoncent la baisse des investissements dans la production nationale mais se gardent d’expliquer quel mécanisme du profit l’a provoquée à l’échelle mondiale ni quelle réforme pourrait bien inverser ce mouvement ! Ils ont encore moins de solution pour dépasser le niveau seuil des investissements productifs et pour proposer des investissements productifs plus rentables que la spéculation… On pourrait croire, à les entendre, que le pouvoir politique serait le centre de décision permettant d’effectuer ce genre de changement mais, évidemment, il n’en est rien…

Aucune des mesures étatiques prises par aucun gouvernement n’a enrayé la crise ni ne risquait de le faire. Les milliers de milliards injectés n’ont fait que retarder l’effondrement général mais n’ont en rien soigné les problèmes qui étaient à l’origine : en effet ces masses d’argent étatiques n’ont fait qu’augmenter la masse des capitaux spéculatifs, en sauvant les banques, les financiers, en irriguant les marchés de manière artificielle. Ils ont rendu encore plus rentable le capital spéculatif et, relativement, encore moins le capital investi dans la production, poussant encore plus les trusts industriel à se désinvestir et les banques à ne pas y investir. Ils ont retardé l’effondrement mais c’est reculer pour mieux sauter !

Préconiser dans ces conditions le retour au capitalisme national, c’est non seulement une utopie réactionnaire mais c’est une absurdité, un faux espoirs pour peuples déboussolés.

Loin de régler la question de fond, les limites indépassables du capitalisme, loin de sortir le système de ses contradictions (la recherche du profit devenant une source de destruction systémique !), la fermeture des frontières ne peut que faire encore reculer les échanges et la production (nationale comme internationale). Quant à protéger les peuples, redisons-le, les Etats nationaux de la bourgeoisie ne sont pas plus là pour cela que les institutions supra-nationales… Si, à l’échelle mondiale, le capitalisme est incapable de se relancer, pourquoi le serait-il plus à l’échelle de l’un des Etats ? D’ailleurs aucun Etat, pas même l’Etat américain n’a jamais piloté le système, tout au plus a-t-il tenté des interventions et elles se sont parfois révélées donner des résultats contraires aux attentes, car le système n’est nullement commandé par des volontés étatiques. Les politiques anti-européennes, loin de s’attaquer aux vraies causes de la crise, ne sont donc qu’un dérivatif de la colère des peuples face à la crise, dérivatif qui permet de faire en sorte que cette colère se tourne d’abord contre les financiers et les Etats étrangers plus que contre ceux du pays. Elles servent donc à blanchir les classes dirigeantes nationales. En s’attaquant d’autre part verbalement à « la dictature des marchés », elles semblent désigner encore des financiers étrangers inconnus, alors que « les marchés financiers » ne sont rien d’autre que l’ensemble des capitalistes et des institutions financières.

L’autre grand défaut des politiques nationalistes et xénophobes est d’opposer entre eux les peuples, considérés par eux comme « nationaux » en faisant croire que les autres peuples ont trop dépensé, ont tiré à eux la couverture, qu’ils veulent le beurre et l’argent du beurre, en somme qu’on paie pour le laxisme des autres… peuples !!! Et la propagande se met à dénoncer le refus de payer des impôts, les corruptions diverses, les méthodes illégales ou les choix des dirigeants de la Grèce ou de l’Espagne. Demain, ces politiques nationalistes risquent de mettre en opposition les travailleurs et les peuples de différents pays. Ils peuvent aussi opposer le monde occidental et la Chine, cet impérialisme tard venu et gourmand, ou encore le monde occidental et le monde musulman

La politique pro-européenne ne vaut pas mieux : elle prétend que l’union des Etats bourgeois est identique à l’union des peuples, qu’elle évite la guerre, qu’elle renforce l’Europe face à la crise et serait le meilleur moyen de payer le moins possible les frais de la crise. Chacune de ces affirmations n’est qu’un gros mensonge ! Si les barrières nationales n’arrêteront pas la crise globale du système à leurs portes, celles de l’Europe n’ont pas non plus cette capacité. C’est le monde qui est économiquement interdépendant et aucune région ne peut s’en sortir seul.

A l’inverse de ces deux politiques bourgeoises, la seule politique prolétarienne consiste à ne se lier les pattes à aucune politique de la bourgeoisie car aucune ne nous sauvera des effondrements du système capitaliste, à unir les peuples dans leur lutte contre le grand capital, à placer le prolétariat à la tête de cette lutte, car lui seul n’est pas objectivement lié dans ses perspectives d’avenir au capitalisme, à condition d’en être subjectivement conscient et de s’organiser en vue de la lutte de classe.

Refusant de prendre parti dans les débats entre politiciens et économistes bourgeois, entre pro et anti européens, les travailleurs doivent défendre des perspectives propres consistant à s’en prendre à la loi du profit, à l’ordre capitaliste et pas seulement à l’une de ses formes.

L’Europe n’est pas en soi la cause de la crise et elle n’est pas non plus la solution. La révolution européenne, unissant les classes ouvrières peut, par contre, être la solution d’avenir à condition de devenir le début de la révolution mondiale…

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