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Les fausses interprétations du marxisme

samedi 5 mars 2016, par Robert Paris

Les fausses interprétations du marxisme

« Quand vous ne cessez de répéter que le « marxisme » est en grand discrédit en France, vous n’avez en somme vous même d’autre source que celle là du Malon de seconde main. Ce que l’on appelle « marxisme » en France est certes un article tout spécial, au point que Marx a dit à Lafargue : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste ».

Lettre de Friedrich Engels à E. Bernstein - 2 novembre 1882

« Nous n’appartenons guère plus au parti allemand qu’au français, à l’américain ou au russe, et nous ne nous considérons pas plus liés par le programme allemand que par le programme « Minimum ». En fait, nous tenons à notre position particulière de représentants du socialisme international. »

Lettre de Engels à Edouard Bernstein, 28 février- 1er mars 1883

« Dans tous ces écrits, je ne me qualifie jamais de social-démocrate, mais de communiste. Pour Marx, comme pour moi, il est absolument impossible d’employer une expression aussi élastique pour désigner notre conception propre. »

Fr. Engels - Préface à la brochure du Volksstaat de 1871-1875.

« Depuis que messieurs les opportunistes pleurnicheurs se sont littéralement constitués en parti et disposent de la majorité dans la fraction parlementaire, depuis qu’ils se sont rendu compte de la position de force que leur procurait la loi anti-socialiste et qu’ils l’aient utilisée, je considère qu’il est doublement de notre devoir de défendre jusqu’à l’extrême toutes les positions de force que nous détenons - et surtout la position-clé du Sozialdemokrat. »

Engels à E. Bernstein, 5 juin 1884.

« Il vaut toujours mieux être momentanément en minorité pour ce qui est de l’organisation en ayant le vrai programme que d’avoir apparemment beaucoup de suivants pratiquement nominaux, sans programme. (…) Marx et moi n’entretenons même pas de correspondance avec Guesde. Nous ne lui avons écrit qu’à l’occasion d’affaires déterminées. Ce que Lafargue a écrit à Guesde, nous ne le savons que d’une manière générale, et nous sommes loin d’avoir lu tout ce que Guesde écrit à Lafargue. Dieu sait quels projets ont été échangés entre eux, sans que nous n’en sachions absolument rien. Marx, comme loi, a donné de temps en temps un conseil à Guesde par l’intermédiaire de Lafargue, mais c’est à peine s’il a jamais été suivi. Certes, Guesde est venu ici quand il s’est agi de d’élaborer le projet de programme pour le Parti ouvrier français. En présence de Lafargue et de moi-même, Marx lui a dicté les considérants de ce programme, Guesde tenant la plume (…) mais combien peu Guesde était le porte-parole de Marx ressort du fait qu’il a introduit sa théorie insensée du « minimum de salaires ». »

Engels à Bernstein, 25 octobre 1881.

« Du vivant de Lassalle, je ne me suis pas engagé dans son mouvement. Mais cela ne saurait m’empêcher de le défendre, après sa mort, contre des canailles comme ce braillard de Karl Blind, surtout quand des personnes qui lui étaient proches me le demandent. »

Lettre de Marx à L. Kugelmann - 29 novembre 1864

« Lassalle s’est engagé sur cette fausse route parce que c’était un pragmatique. »

Lettre de Marx à L. Kugelmann - 23 février 1865

« On remarquera que, dans tous ces écrits, et notamment dans ce dernier, je ne me qualifie jamais de social-démocrate, mais de communiste... Pour Marx, comme pour moi, il est donc absolument impossible d’employer une expression aussi élastique pour désigner notre conception propre. Il en va autrement aujourd’hui, et ce mot peut passer à la rigueur, bien qu’il ne corresponde pas davantage aujourd’hui à un parti dont le programme économique n’est pas seulement socialiste en général, mais directement communiste, c’est-à-dire un parti dont le but final est la suppression de tout État et, par conséquent, de la démocratie. »

Engels, préface de 1894 à Internationales aus dem Volksstaat, 1871-1875.

« Et l’on croit déjà avoir fait un pas d’une hardiesse prodigieuse, quand on s’est affranchi de la foi en la monarchie héréditaire et qu’on jure par la république démocratique. Mais, en réalité, l’État n’est rien d’autre qu’un appareil pour opprimer une classe par un autre, et cela, tout autant dans la république démocratique que dans la monarchie ; le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il est un mal dont hérite le prolétariat vainqueur dans la lutte pour la domination de classe et dont, tout comme la Commune, il ne pourra s’empêcher de rogner aussitôt au maximum les côtés les plus nuisibles, jusqu’à ce qu’une génération grandie dans des conditions sociales nouvelles et libres soit en état de se défaire de tout ce bric-à-brac de l’État. Le philistin social-démocrate a été récemment saisi d’une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prolétariat. Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat. »

F. Engels - Londres, pour le 20e anniversaire de la Commune de Paris. 18 mars 1891.


Les fausses interprétations du marxisme

Du vivant de Marx, il aurait été inattendu que ses thèses soient davantage salies par ses prétendus adeptes que par ses critiques tant il a été déversé d’attaques contre lui à l’époque… et pourtant !

Pourtant, il y avait déjà deux adeptes qui dérangeaient pas mal Marx : Guesde et Lafargue. Il y avait eu aussi la social-démocratie allemande, avec notamment Bebel et Liebnecht qui se revendiquaient publiquement de Marx, et dont lui et Engels avaient été plusieurs fois contraints de se démarquer publiquement aussi notamment dans « Le programme de Gotha ».

Il y a plusieurs sortes d’interprétations erronées du marxisme et elles ont été diffusées mondialement bien plus que ses vraies idées.

Nous ne renions nullement le droit, et même le devoir des adeptes des idées de Marx et Engels, de faire évoluer leurs idées en fonction des nouvelles connaissances, des nouveaux problèmes auxquels se heurte la société humaine et des nouvelles conceptions du monde qui en découlent. Une thèse vivante, comme la science, évolue ainsi et se remet sans cesse en question.

Cependant, cela ne signifie pas qu’il soit juste d’attribuer à ces auteurs des positions qui n’étaient pas les leurs….

C’est pourtant ce qui a été fait par les deux principaux courants du mouvement ouvrier : la social-démocratie et le stalinisme, précédant de peu les courants nationalistes radicaux du tiers monde.

C’est donc au point que le marxisme est moins connu que ces fameuses interprétations mensongères !

L’interprétation réformiste de Marx, le « marxisme » de Staline ou Mao sans parler de Che Guevara ou du PC sud-africain ont en commun certains points comme le nationalisme, l’étapisme, le progressisme, une vision de l’Histoire très loin de celle de Marx.

Philosophiquement aussi, les idées de Marx ont été maintes fois soutenues ou combattues sous formes de versions très loin de sa réelle conception.

De leur vivant, Marx et Engels combattaient déjà des auteurs qui prétendaient que le marxisme était un économisme sans philosophie, que le monde suivait un cours prédéterminé par l’économie, que tout se ramenait à l’économie autant qu’ils combattaient déjà les versions réformistes du socialisme à l’œuvre dans le mouvement ouvrier autant que chez les théoriciens.

Certains auteurs ont également prétendu enlever un des éléments de l’œuvre de Marx/Engels comme la dialectique ou la révolution, comme si la conception de Marx pouvait se passer d’éléments aussi essentiels ! On trouve des gens qui pensent qu’on peut accepter « Le Capital » sans les conclusions révolutionnaires et sans la conception dialectique, comme si ces deux là n’existaient qu’en conclusion dans cette étude…

Les incompréhensions sont aussi fréquentes que les tromperies dans l’histoire des fausses interprétations de la conception de Marx. Lafargue ou Guesde sont dans ce cas. Bebel ou Liebnecht sont déjà dans la dérive opportuniste des idées marxistes. Les suivants seront carrément dans la trahison de ces idées… Et les courants staliniens et nationalistes sont en plus des adversaires résolus du prolétariat, même quand ils prétendent le contraire !

Il faut dire que le point de vue de Marx est tellement différent des conceptions classiques en philosophie, en histoire, en économie, en tout, qu’il n’est pas étonnant de faire des contresens.

Déjà la philosophie de Hegel revue dans un sens matérialiste par Marx est très peu connue et encore moins comprise. Pour bien des gens, le simple fait de se revendiquer de la dialectique, ce serait déjà de l’idéalisme. Parler de dialectique de la nature leur semble complètement religieux…

Il convient tout d’abord de comprendre que lire Marx sans étudier la philosophie de Hegel, c’est forcément commettre un contresens considérable.

Il convient ensuite de savoir que les préoccupations de Marx dans chacun de ses ouvrages sont aussi indispensables à connaitre que de lire l’ouvrage et ce n’est nullement évident car ils répondaient à des préoccupations de leur époque et pas de la nôtre. Je ne veux pas dire que la lecture de Marx soit inutile mais je tiens à souligner qu’elle n’est pas faite pour répondre directement aux problèmes que nous pouvons nous poser aujourd’hui. Prétendre que, parce qu’on est toujours sous le capitalisme, le monde n’aurait pas fondamentalement changé, est complètement faux. Nos connaissances, nos philosophies, nos mœurs, nos références historiques ne sont plus du tout les mêmes et il faut en voir conscience pour éviter ces contresens.

Par exemple, il est facile de lire « La question juive » de Marx comme s’il répondait à la préoccupation de répondre au problème qui s’est posé pour l’oppression des Juifs à l’époque récente et ce n’est pas du tout le cas. Certains seraient même capables de le lire comme s’il s’agissait d’une œuvre antisémite ! L’objectif de Marx dans ce texte est de développer, à partir de la critique de la position idéaliste de Bruno Bauer, sa propre conception matérialiste de l’histoire. La question de religion est secondaire pour Marx dans cette étude et il s’agit, au contraire, pour lui de montrer que l’esssentiel est ailleurs dans la position de classe, fondée sur le rôle économique au sein du système dominant.

Pour Marx, contrairement à Bauer, il n’y a pas de réalité à l’expression « le Juif » fondée seulement sur la religion. Il n’y a pas de « Juif » hors du temps, de l’espace, d’une situation sociale et historique précise. Là où Bauer pense que l’idéologie du Juif (sa religion) est déterminante, Marx considère que sa position dans l’Europe héritière du féodalisme chrétien est bien plus déterminante. C’est leur rôle dans le mécanisme du prêt d’argent, de la finance, qui joue un rôle fondamental dans la situation, et du coup la conception des Juifs et des non-Juifs dans les villes allemandes et autrichiennes. Et il ne s’agit nullement là de la situation de tous les Juifs du monde….

En fait, loin de faire la critique du rôle du Juif allemand ou autrichien, Marx fait celle de la finance, de l’argent…

Pour Bauer, il y a « l’homme » dans toute son abstraction comme il y a « le Juif » ou « le Chrétien » et « le Protestant ». Il n’y voit aucune relation sociale liée à une époque et à une société. Par contre, il discute du droit de l’individu, de son idéologie comme si cela planait au dessus de la société réelle…

Marx refuse de s’en tenir aux conceptions du droit, de la justice, de la nécessité d’assimilation, tous les beaux sentiments sur lesquels se fondent les raisonnements de Bauer, entre l’idéalisme d’Hegel et les conceptions des Lumières… Il pose le fondement de sa conception selon laquelle les hommes sont d’abord déterminés non par ce qu’ils pensent d’eux-mêmes mais par leur rôle dans l’économie, par leurs relations sociales, par les rapports au sein du mode de production qui leur attribue un rôle particulier.

Cependant, la conception de Marx ne signifie pas qu’il verse dans l’économisme. Des adeptes comme Guesde sont ainsi passés de l’autre côté du cheval, prenant la radicalité de Marx pour une thèse du tout ou rien : ou la lutte directe pour le communisme ou rien, pas d’intervention ouvrière, pas d’intervention de lutte, pas de combat politique si ce n’est directement pour le communisme, traduit Guesde du marxisme…

Même les études économiques de Marx ont été mal comprises. On se souvient de la « loi d’airain des salaires », de déformation de la baisse tendancielle du taux de profit interprétée comme une baisse permanente ou de la chute de la petite bourgeoisie dans le prolétariat interprétée comme une disparition définitive de la petite bourgeoisie, du rôle unique du prolétariat interprété comme l’existence d’ « une masse petite bourgeoise fatalement réactionnaire », etc, etc…

Lisons les rectifications de Marx et d’Engels

L’économie seul facteur de l’Histoire pour le marxisme ? Lettre de Engels à Bloch :

« D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant dans l’histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu’un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la forme. Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré. Nous faisons notre histoire nous-mêmes, mais, tout d’abord, avec des prémisses et dans des conditions très déterminées. Entre toutes, ce sont les conditions économiques qui sont finalement déterminantes. Mais les conditions politiques, etc., voire même la tradition qui hante les cerveaux des hommes, jouent également un rôle, bien que non décisif. Ce sont des causes historiques et, en dernière instance, économiques, qui ont formé également l’Etat prussien et qui ont continué à le développer. Mais on pourra difficilement prétendre sans pédanterie que, parmi les nombreux petits Etats de l’Allemagne du Nord, c’était précisément le Brandebourg qui était destiné par la nécessité économique et non par d’autres facteurs encore (avant tout par cette circonstance que, grâce à la possession de la Prusse, le Brandebourg était entraîné dans les affaires polonaises et par elles impliqué dans les relations politiques internationales qui sont décisives également dans la formation de la puissance de la Maison d’Autriche) à devenir la grande puissance où s’est incarnée la différence dans l’économie, dans la langue et aussi, depuis la Réforme, dans la religion entre le Nord et le Sud. On parviendra difficilement à expliquer économiquement, sans se rendre ridicule, l’existence de chaque petit Etat allemand du passé et du présent ou encore l’origine de la mutation consonnantique du haut allemand qui a élargi la ligne de partage géographique constituée par les chaînes de montagnes des Sudètes jusqu’au Taunus, jusqu’à en faire une véritable faille traversant toute l’Allemagne. Mais, deuxièmement, l’histoire se fait de telle façon que le résultat final se dégage toujours des conflits d’un grand nombre de volontés individuelles, dont chacune à son tour est faite telle qu’elle est par une foule de conditions particulières d’existence ; il y a donc là d’innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement, un groupe infini de parallélogrammes de forces, d’où ressort une résultante – l’événement historique – qui peut être regardée elle-même, à son tour, comme le produit d’une force agissant comme un tout, de façon inconsciente et aveugle. Car, ce que veut chaque individu est empêché par chaque autre et ce qui s’en dégage est quelque chose que personne n’a voulu. C’est ainsi que l’histoire jusqu’à nos jours se déroule à la façon d’un processus de la nature et est soumise aussi, en substance, aux mêmes lois de mouvement qu’elle. Mais de ce que les diverses volontés – dont chacune veut ce à quoi la poussent sa constitution physique et les circonstances extérieures, économiques en dernière instance (ou ses propres circonstances personnelles ou les circonstances sociales générales) – n’arrivent pas à ce qu’elles veulent, mais se fondent en une moyenne générale, en une résultante commune, on n’a pas le droit de conclure qu’elles sont égales à zéro. Au contraire, chacune contribue à la résultante et, à ce titre, est incluse en elle. Je voudrais, en outre, vous prier d’étudier cette théorie aux sources originales et non point de seconde main, c’est vraiment beaucoup plus facile. Marx a rarement écrit quelque chose où elle ne joue son rôle. Mais, en particulier, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte est un exemple tout à fait excellent de son application. Dans Le Capital, on y renvoie souvent. Ensuite, je me permets de vous renvoyer également à mes ouvrages Monsieur E. Dühring bouleverse la science et Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, où j’ai donné l’exposé le plus détaillé du matérialisme historique qui existe à ma connaissance. C’est Marx et moi-même, partiellement, qui devons porter la responsabilité du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu’il ne lui est dû au côté économique. Face à nos adversaires, il nous fallait souligner le principe essentiel nié par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l’occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent à l’action réciproque. Mais dès qu’il s’agissait de présenter une tranche d’histoire, c’est-à-dire de passer à l’application pratique, la chose changeait et il n’y avait pas d’erreur possible. Mais, malheureusement, il n’arrive que trop fréquemment que l’on croie avoir parfaitement compris une nouvelle théorie et pouvoir la manier sans difficulté, dès qu’on s’en est approprié les principes essentiels, et cela n’est pas toujours exact. Je ne puis tenir quitte de ce reproche plus d’un de nos récents “ marxistes ”, et il faut dire aussi qu’on a fait des choses singulières. »

L’Etat bourgeois toujours au service du développement capitaliste ? Lettre à Conrad Schmidt - F. Engels - 27 octobre 1890

« La répercussion du pouvoir de l’Etat sur le développement économique peut être de trois sortes. Elle peut agir dans la même direction, alors tout marche plus vite, elle peut agir en sens inverse du développement économique, et de nos jours, elle fait fiasco chez chaque grand peuple au bout d’un temps déterminé, ou encore, elle peut fermer au développement économique certaines voies et lui en prescrire d’autres — ce cas se ramenant finalement à l’un des deux précédents. Mais il est clair que dans les deuxième et troisième cas, le pouvoir politique peut causer un grand dommage au développement économique et produire un gaspillage massif de force et de matière. (...) Donc, lorsque Barth prétend que nous aurions nié toute réaction des reflets politiques, etc., du mouvement économique sur ce mouvement même, il ne fait que se battre contre des moulins à vent. Il n’a qu’à regarder Le 18 Brumaire de Marx où il s’agit presque uniquement du rôle particulier joué par les luttes et événements politiques, naturellement dans la limite de leur dépendance générale des conditions économiques. Ou Le Capital, par exemple le chapitre sur la journée de travail, où la législation, qui est bien un acte politique, agit de façon si radicale. Ou encore, le chapitre sur l’histoire de la bourgeoisie (le 24e chapitre). Pourquoi luttons-nous donc pour la dictature politique du prolétariat si le pouvoir politique est économiquement impuissant ? La violence (c’est-à-dire le pouvoir d’Etat) est, elle aussi, une puissance économique ! (...) Ce qui manque à tous ces messieurs, c’est la dialectique. Ils ne voient toujours ici que la cause, là que l’effet. Que c’est une abstraction vide, que dans le monde réel pareils antagonismes polaires métaphysiques n’existent que dans les crises, mais que tout le grand cours des choses se produit sous la forme d’action et de réaction de forces, sans doute, très inégales, — dont le mouvement économique est de beaucoup la force la plus puissante, la plus initiale, la plus décisive, qu’il n’y a rien ici d’absolu et que tout est relatif, tout cela, que voulez-vous, ils ne le voient pas ; pour eux Hegel n’a pas existé… »

Ce que Marx pensait du réformisme de la social-démocratie :

« La social-démocratie allemande est-elle réellement infectée de la maladie parlementaire et croit-elle que, grâce au suffrage universel, le Saint-Esprit se déverse sur ses élus, transformant les séances des fractions parlementaire en conciles infaillibles et les résolutions des fractions en dogmes inviolables ? (…) A en croire ces Messieurs, le parti social-démocrate ne doit pas être un parti exclusivement ouvrier mais un parti universel, ouvert à « tous les hommes remplis d’un véritable amour pour l’humanité ». Il le démontrera avant tout en abandonnant les vulgaires passions prolétariennes et en se plaçant sous la direction de bourgeois instruits et philanthropes « pour répandre le bon goût » et « apprendre le bon ton ». (…) Bref, la classe ouvrière par elle-même, est incapable de s’affranchir. Elle doit donc passer sous la direction de bourgeois « instruits et cultivés » qui seuls « ont l’occasion et le temps » de se familiariser avec les intérêts des ouvriers. (…) Le programme ne sera pas abandonné mais seulement ajourné – pour un temps indéterminé. (…) Ce sont les représentants de la petite-bourgeoisie qui s’annoncent ainsi, de crainte que le prolétariat, entraîné par la situation révolutionnaire, « n’aille trop loin ». (…) C’est un phénomène inévitable, inhérent à la marche de l’évolution, que des individus issus de la classe dominante se joignent au prolétariat en lutte et lui apportent des éléments constitutifs. Nous l’avons dit dans « Le Manifeste communiste », mais ici deux observations s’imposent : 1°) Ces individus, pour être tuiles au mouvement prolétarien, doivent vraiment lui fournir des éléments constitutifs d’une valeur réelle (…) 2°) Lorsque ces individus venant d’autres classes se joignent au mouvement prolétarien, la première chose à exiger est qu’ils n’y fassent pas entrer les résidus de leurs préjugés bourgeois, petits-bourgeois, etc, mais qu’ils fassent leurs, sans réserve, les conceptions prolétariennes. (…) Quant à nous, eu égard à tout notre passé, une seule voie nous reste ouverte. Nous avons, depuis presque quarante ans, signalé la lutte des classes comme le moteur de l’histoire le plus décisif et nous avons notamment montré que la lutte sociale entre la bourgeoisie et le prolétariat était le grand levier de la révolution sociale moderne. Nous ne pouvons donc, en aucune manière, nous associer à des gens qui voudraient retrancher du mouvement cette lutte de classes. Nous avons formulé, lors de la création de l’Internationale, la devise de notre combat : l’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Nous ne pouvons, par conséquent, faire route commune avec des gens qui déclarent ouvertement que les ouvriers sont trop incultes pour se libérer eux-mêmes. (…) » « Il conviendrait d’abandonner tout ce bavardage (de la social-démocratie allemande) sur l’État, surtout après la Commune, qui n’était plus un État, au sens propre. Les anarchistes nous ont assez jeté à la tête l’État populaire, bien que déjà le livre de Marx contre Proudhon, et puis le Manifeste communiste, disent explicitement qu’avec l’instauration du régime social socialiste, l’État se dissout de lui-même et disparaît. L’État n’étant qu’une institution temporaire dont on est obligé de se servir dans la lutte, dans la révolution, pour réprimer par la force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler d’un État populaire libre : tant que le prolétariat a encore besoin de l’État, ce n’est point pour la liberté, mais pour réprimer ses adversaires. Et le jour où il devient possible de parler de liberté, l’État cesse d’exister comme tel. »

« Il conviendrait d’abandonner tout ce bavardage sur l’État, surtout après la Commune, qui n’était plus un État, au sens propre. Les anarchistes nous ont assez jeté à la tête l’État populaire, bien que déjà le livre de Marx contre Proudhon, et puis le Manifeste communiste, disent explicitement qu’avec l’instauration du régime social socialiste, l’État se dissout de lui-même et disparaît. L’État n’étant qu’une institution temporaire dont on est obligé de se servir dans la lutte, dans la révolution, pour réprimer par la force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler d’un État populaire libre : tant que le prolétariat a encore besoin de l’État, ce n’est point pour la liberté, mais pour réprimer ses adversaires. Et le jour où il devient possible de parler de liberté, l’État cesse d’exister comme tel. » Engels, Lettre à August Bebel, 1875.

« Marx et Engels se sont toujours élevés contre l’idée qu’il fallait « déradicaliser » le parti pour accroître ses effectifs et son influence sur les masses prolétariennes. On connaît la formule de Marx selon laquelle la théorie devient une force matérielle en s’emparant des masses, et pour ce faire elle doit être radicale. Toute leur lutte contre l’ouvriérisme (qui veut élargir le parti à toute la classe), contre l’anarchisme (qui veut diluer l’organisation dans la masse hétérogène du peuple) et enfin contre le réformisme naissant de la social-démocratie témoigne de ce que, pour conquérir les masses, la théorie et le parti, qui revendique le programme dans son intégralité par-delà les situations contingentes, doivent être radicaux. »

Dangeville dans l’introduction au parti de classe de Marx/Engels

Le Capital, un ouvrage économique sans philosophie ni conclusions révolutionnaires ?

Karl Marx dans sa lettre du 14 janvier 1858, par laquelle il rend compte de son travail préparatoire à la rédaction du « Capital » : « Dans la méthode d’élaboration du sujet, quelque chose m’a rendu grand service. J’avais refeuilleté, et pas par hasard, la « Logique » de Hegel. (…) Si jamais j’ai un jour du temps, j’aurais grande envie de rendre en un ou deux grands placards d’imprimerie accessible aux hommes de sens commun le fond rationnel de la méthode que Hegel a découverte, et en même temps mystifié." "Sous sa forme rationnelle, la dialectique n’est, aux yeux de la bourgeoisie et de ses théoriciens, que scandale et horreur, parce que, outre la compréhension positive de ce qui existe, elle englobe également la compréhension de la négation, de la disparition inévitable de l’état des choses existant ; parce qu’elle considère toute forme sous l’aspect du mouvement, par conséquent aussi sous son aspect transitoire ; parce qu’elle ne s’incline devant rien et qu’elle est, par son essence, critique et révolutionnaire. »

Marx et Engels voulaient absolument diriger une organisation ?

Léon Trotsky dans "Moralistes et sycophantes contre le Marxisme" (1939) :

« Engels a écrit un jour que Marx et lui-même étaient restés toute leur vie en minorité et qu’ils s’en étaient toujours " bien trouvés ". Les périodes où le mouvement des classes opprimées s’élève au niveau des tâches générales de la révolution représentent les très rares exceptions de l’histoire. »

Des « versions » du marxisme diamétralement opposées à la conception de Marx

La social-démocratie, le stalinisme, le syndicalisme, le nationalisme radical et une certaine extrême gauche nous ont donné leur version du marxisme :

- l’internationalisme prolétarien remplacé par une solidarité entre nationalismes

- l’autonomie politique du prolétariat se basant sur des comités mis en place dans la montée de la lutte remplacée par un encadrement strict des organisations traditionnelles syndicales et politique

- l’Etat en voie de disparition de Marx remplacé par l’Etat en voie de renforcement sur le dos des prolétaires

- la conception historique de Marx, contradictoire, révolutionnaire, dialectique remplacée par la conception du progrès par étapes, réformiste, non dynamique, anti-historique

- la philosophie dialectique remplacée par le bon sens et le pragmatisme bourgeois ou petit bourgeois

- le marxisme transformé en religion

- le parti devenu le temple de cette religion

Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l’économie ?

Marx et la dictature du prolétariat

Marx responsable du stalinisme et du maoïsme ?

Les interprétations opportunistes du marxisme

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2 Messages de forum

  • Les fausses interprétations du marxisme 31 août 07:58, par alain

    Mais alors que dit vraiment Marx dans « La Question juive » ?

    Répondre à ce message

  • Les fausses interprétations du marxisme 31 août 07:58, par Robert Paris

    Leó Frankel l’explique dans « Karl Marx, penseur et agitateur » :

    Dans son travail intitulé : De la question juive, qui est une critique de l’étude de Bruno Bauer sur la même question, et dans celui intitulé : De l’aptitude des juifs et des chrétiens d’aujourd’hui à s’affranchir. Marx, contrairement à Bauer, considère la question juive non comme religieuse ou théologique, mais bien comme laïque.
    La religion est d’après Marx la conscience qu’a l’homme de soi-même. Ce n’est pas la religion qui fait l’homme, mais au contraire l’homme qui fait la religion. L’homme en tant qu’être collectif, c’est-à-dire la société, l’Etat « produisent la religion, une conscience du monde intervertie, parce qu’ils constituent eux-mêmes un monde renversé ». (Introduction à la critique de la philosophie de Hegel). La religion est donc considérée par lui non comme la cause, mais comme la manifestation de l’étroitesse d’esprit universelle. « L’émancipation politique de l’homme religieux consiste par suite à émanciper l’Etat de la religion. L’Etat en tant qu’Etat s’émancipe de la religion en s’émancipant de la religion d’Etat, c’est-à-dire en ne reconnaissant en tant qu’Etat aucune religion. »
    « Quel est le fond temporel du judaïsme, demande Marx ? » Et il répond : « C’est le besoin matériel, l’intérêt personnel. Le judaïsme atteint son apogée dans l’achèvement de la société bourgeoise, dont le principe est également le besoin matériel, l’égoïsme, mais la société bourgeoise n’arrive à son expression complète que dans le monde chrétien. »
    Le christianisme est sorti du judaïsme mais a été absorbé de nouveau par lui. Le chrétien fut tout d’abord le juif théorisant, c’est pourquoi le juif est un chrétien pratique, et le chrétien est redevenu juif. Non seulement dans le Pentateuque ou dans le Talmud, mais encore dans la société actuelle, nous retrouvons l’essence du juif contemporain, non seulement dans l’étroitesse du juif, mais aussi dans l’étroitesse juive de la société. La nationalité chimérique du juif, c’est la nationalité du marchand, et en général de l’homme d’argent.
    Marx ne dit pas comme Bruno Bauer, qu’à moins de s’émanciper radicalement du judaïsme les juifs ne pourront s’émanciper politiquement, il prétend que précisément parce qu’ils peuvent s’émanciper politiquement sans dépouiller complètement le judaïsme, l’émancipation politique en elle-même ne sera pas l’émancipation de l’homme. « L’émancipation sociale du juif, écrit Marx, en terminant la Question juive, se fera le jour où la société se libérera du judaïsme. »

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