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La crise du capitalisme chinois

mardi 9 février 2016, par Robert Paris

Lire d’autres textes sur la crise chinoise

Une étude de 2015 :

La crise du capitalisme chinois

par Mylène Gaulard

Avec la fermeture anticipée/précipitée des bourses de Shanghai et Shenzhen pour cause de chute brutale des indices, la situation financière chinoise a récemment fait l’actualité, ravivant le spectre d’une panique bancaire, voire d’une déstabilisation économique mondiale. Depuis plusieurs mois, il est régulièrement question d’une "crise" de l’économie chinoise. Quel est le sens de cette "crise" ? L’économiste Mylène Gaulard propose ici une interprétation attentive aux spécificités chinoises, tout en les réinscrivant dans les contradictions génériques du développement capitaliste. En 2014, la croissance économique chinoise atteignait son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans, le pays étant confronté à un ralentissement indéniable depuis 2011 (Figure 1). Certes, un taux de croissance du PIB de 7,4% n’en est pas moins un excellent résultat relativement à ce qui est observé en Europe et aux États-Unis depuis la crise de 2008, avec par exemple une croissance française qui n’a pas dépassé les 2% depuis 2007. Mais la situation est sans doute bien plus grave, les données chinoises étant sans doute surévaluées, avec une croissance réelle de 2% en 2014 estimée par l’économiste Patrick Artus à partir de l’évolution des importations, de la production d’électricité et du fret1. Plus profondément, cette conjoncture reflète les difficultés structurelles de l’économie chinoise, qui pourraient remettre durablement en question le rattrapage économique de ce pays, et l’entraîner dans une profonde récession impliquant une sérieuse dégradation des conditions de vie de la majorité du peuple chinois.

Figure 1 : Taux de croissance du PIB en Chine, en %

Source : Banque mondiale, World Development Indicators Il est incontestable qu’une crise majeure se produit en Chine. L’éclatement des bulles financières et immobilières, entraînant avec lui une grande partie du secteur bancaire, remet en question les analyses très optimistes que de nombreux économistes faisaient jusqu’à présent de l’économie chinoise. Après avoir rappelé dans cet article les faits marquants de ces deux dernières années, nous expliquerons les difficultés rencontrées, qui pourraient encore apparaître à certains comme purement conjoncturelles, par des faiblesses structurelles majeures très similaires à celles étudiées et théorisées au 19ème siècle par Karl Marx pour les économies capitalistes.

L’éclatement des bulles spéculatives

Depuis le mois de juin 2015, les bourses de Shanghai et Shenzhen sont confrontées à une chute des cours atteignant près de 40% en six mois malgré les soutiens apportés par le gouvernement chinois. Il existe bien évidemment une bulle spéculative avec des cours multipliés entre mai 2014 et juin 2015 par 2,5 à la bourse de Shanghai et par 2,7 à Shenzhen. Malgré la baisse amorcée en juin dernier, ces derniers sont cependant toujours deux fois plus élevés qu’au printemps 2014, et on peut supposer que grâce à la réactivité du gouvernement chinois, ayant imposé durant quelques jours en juillet des contraintes extrêmement strictes sur ces marchés, mais aussi grâce à la présence d’une centaine de millions de petits spéculateurs, les cours continuent d’être artificiellement gonflés. L’activité de ces spéculateurs continue d’ailleurs d’être encouragée par des opérations dites « sur marge », leur permettant d’emprunter une partie des capitaux placés en bourse ; si le gouvernement cherchait à limiter ces activités au début de l’année 2015, il s’est décidé à supprimer le contrôle des opérations sur marge durant l’été afin de tenter de contenir la baisse des cours. Cette évolution des marchés financiers chinois et l’appui apporté par les autorités au gonflement de la bulle spéculative sont des conséquences immédiates de la chute des prix de l’immobilier subie depuis l’été 2014 par la majorité des grandes villes chinoises (Figure 2). Depuis le début de la décennie 2000, les prix de l’immobilier avaient été multipliés par trois dans des villes comme Shanghai ou Pékin, poussés à la hausse à la fois par l’endettement des ménages souhaitant se procurer un logement et par l’activité essentiellement spéculative des collectivités locales, entreprises et promoteurs immobiliers. Or, depuis un an et demi, la baisse des prix de l’immobilier pousse les agents économiques à se tourner vers un secteur plus rémunérateur, la finance, afin de dégager des revenus suffisants pour faire face à des situations proches du surendettement.

Figure 2 : Évolution des prix de l’immobilier dans les 70 plus grandes villes chinoises

Source : National Bureau of Statistics, “Sale Price Indices of Residential Buildings in 70 Large and Medium-Sized Cities”, 2015.

Gonflés par l’euphorie suscitée par le marché de l’immobilier puis par la finance, les crédits offerts par le système bancaire chinois sont passés de moins de 100% du PIB en 1996 à 170% en 2014, alors même que ce chiffre ne prend pas en compte les prêts accordés par la finance informelle, le fameux « shadow-banking », représentant au moins 50% des emprunts chinois effectués depuis le début de la décennie 2000. L’essor de la finance informelle fut causée aussi bien par les difficultés d’accès au crédit des ménages et des entreprises privées, les trois quarts des prêts des grandes banques publiques chinoises étant accordés à des entreprises publiques, que par le besoin des collectivités locales de contourner l’interdiction pour elles de s’endetter dans un contexte où 70% des dépenses publiques sont assurées par elles alors qu’elles ne reçoivent que 50% des recettes (ce qui explique que le gouvernement central présente un excédent budgétaire alors que ces collectivités sont largement déficitaires). Pour cette dernière raison, les collectivités furent également incitées durant la décennie 2000 à participer au gonflement de la bulle immobilière afin, d’une part, de profiter de prix de plus en plus élevés et de la vente des droits d’utilisation du sol permise par l’expulsion de nombreux paysans de leurs terres (les revenus fonciers et immobiliers représentant aujourd’hui 40% des revenus des collectivités), et d’autre part d’attirer des entreprises et des catégories aisées sur leur territoire. L’éclatement de la bulle immobilière chinoise est donc extrêmement néfaste pour tous ces agents économiques qui avaient profité jusque-là de la hausse des prix, et qui se retrouvent actuellement dans des situations de surendettement inextricables. Christine Peltier2, économiste chez BNP Paribas, relevait ainsi l’année dernière une hausse des créances douteuses, accompagnant l’essor des crédits bancaires accordés, mais surtout une sous-évaluation des risques liée à la montée spectaculaire du financement informel qui se poursuit aujourd’hui pour pousser à la hausse les cours boursiers. Le surendettement des collectivités, le développement du shadow-banking et la multiplication des créances douteuses au sein du secteur bancaire traditionnel sont des signes aujourd’hui indéniables de l’imminence d’une crise financière sans précédent sur le sol chinois.

La perte de compétitivité internationale

À côté de ces difficultés internes, la position économique de la Chine pourrait aussi être rapidement remise en question sur le plan international. Malgré une exploitation encore très forte des travailleurs, la hausse des coûts salariaux est depuis la fin de la décennie 1990 supérieure à celle de la productivité, ce qui relève le coût unitaire du travail (CUT), atteignant dans le secteur manufacturier 54% du coût américain en 2014 contre 20% au milieu de la décennie 1990 (Gaulard, 2015). Cette évolution pénalise la compétitivité de l’industrie chinoise alors même que le pays était devenu en 2009 le premier exportateur mondial. Accompagnant la baisse de l’excédent commercial, passé de 9% du PIB en 2007 à 3% en 2014, les investissements directs étrangers prennent une part de moins en moins importante dans l’économie chinoise, de nombreuses entreprises ayant choisi de relocaliser leur production aux États-Unis et en Europe de l’Ouest (le Boston Consulting Group évaluait en 2014 à 54% la part des managers américains souhaitant relocaliser leur production industrielle aux États-Unis), ou de déplacer leurs unités de production dans des pays offrant une main d’œuvre moins coûteuse (c’est le cas des firmes Nokia et Samsung qui se sont récemment implantées au Vietnam).

Cette perte de compétitivité fait craindre à de nombreux économistes (Cai, 2012 ; Eichengreen, 2013 ; Gaulard, 2015 ; etc.) que le pays ne soit entré récemment dans le « piège des revenus intermédiaires », expliquant l’impossibilité pour des pays en développement d’atteindre des revenus les plaçant dans la catégorie des pays développés (supérieurs à 12615 dollars par habitant) en raison de la perte progressive de leur principal avantage comparatif, le coût de leur main-d’œuvre, notamment lorsque des efforts suffisants ne sont pas effectués pour amorcer un vif rattrapage technologique. Surtout, l’éclatement des bulles spéculatives et l’incapacité de la Chine d’effectuer une remontée en gamme suffisamment rapide de son appareil productif sont à l’origine d’une fuite des capitaux observée depuis 2011. Alors que le pays se trouvait au cœur de la stratégie de carry-trade des investisseurs étrangers, consistant notamment après la crise de 2008 à emprunter des capitaux en Europe, aux États-Unis et au Japon pour les placer dans les pays « émergents » proposant des taux d’intérêt plus rémunérateurs ainsi qu’une appréciation de leur monnaie, le débouclage de ce carry-trade amorcé en 2011 et accentué en 2013 par le changement de politique monétaire aux États-Unis est à l’origine d’une balance financière négative depuis le quatrième trimestre 2014. Outre leur impact sur la balance financière, les flux de « hot money » sortants peuvent aussi être détectés « indirectement » par une baisse des réserves de change inexpliquée par les seules interventions de la banque centrale, les flux d’IDE ou l’évolution de la balance des transactions courantes (Figure 3).

Figure 3 : Estimation des entrées et sorties de capitaux volatiles en Chine

Source : Fonds monétaire international, Balance of Payments Statistics Yearbook Si le pays est l’un des rares émergents à ne pas faire face actuellement à une dépréciation brutale de sa monnaie, malgré quelques dépréciations temporaires telle que celle de février/mars 2014 ou celle de juillet/août 2015, c’est essentiellement grâce aux interventions de la banque centrale et à la vente de devises. En mars 2015, la banque centrale annonçait dans ce sens une vente de 25,3 milliards de dollars afin de maintenir le cours du yuan. En juillet, les ventes atteignaient 39 milliards, et en août, 112 milliards de dollars3… La baisse des réserves de change chinoises, passées de 4000 milliards de dollars en avril 2014 à 3500 milliards en novembre 2015, ne pourrait durablement se poursuivre sans créer un mouvement de panique chez les investisseurs étrangers. La dépréciation de juillet 2015 visait ainsi à soutenir la compétitivité des exportations chinoises, mais surtout à rassurer ces derniers ainsi que les grandes institutions internationales comme le Fonds monétaire international sur la volonté de la Chine de poursuivre l’internationalisation de sa monnaie en la rendant notamment plus flexible.

Une explication marxiste de ces difficultés

Tous ces signes assez récents de la présence de sérieuses difficultés financières et économiques en Chine, actuellement observées et analysées par tout un chacun, ne sont que les épiphénomènes de blocages plus structurels de l’économie chinoise. Comme je le montrais en 2014 dans mon ouvrage Karl Marx à Pékin, les analyses faites au 19ème siècle par Marx sur le ralentissement inéluctable des économies capitalistes s’appliquent actuellement parfaitement au cas chinois.

Figure 4 : Évolution du taux de profit en Chine

Source : China Statistical Yearbook

Taux de profit : (PIB – Masse salariale)/Stock de capital fixe La baisse du taux de profit observée dans l’appareil productif depuis la fin de la décennie 1990 (Figure 4) et analysée par de nombreux économistes (Felipe et Xiaoqin Fan, 2008 ; Piovani et Li, 2011 ; Gaulard, 2015), est parfaitement appréhendée par la théorie de Marx, pourtant longtemps caricaturée et rejetée, sur la baisse tendancielle du taux de profit. Malgré la légère contre-tendance observée depuis 2009, expliquée par une remontée purement temporaire et artificielle de la valeur ajoutée dégagée par des secteurs spéculatifs comme l’immobilier et la finance, l’augmentation de la composition organique du capital, correspondant grossièrement à une utilisation plus forte de biens d’équipement, à des dépenses en capital fixe et en matières premières employées par l’appareil productif de plus en plus élevées relativement à la masse salariale, provoque effectivement une valeur ajoutée de plus en plus faible relativement aux investissements effectués.

Cette baisse de la productivité du capital s’expliquerait selon Marx par le fait que seul le travail est en mesure de créer de la valeur. Qu’on accepte ou non la théorie de la valeur travail, la baisse de la productivité du capital non compensée par une hausse équivalente de la productivité du travail est un phénomène observé dans toutes les économies capitalistes, et étudié y compris par un économiste néoclassique comme Solow dans son fameux modèle de croissance accordant une place majeure au progrès technique pour empêcher l’arrivée d’un état stationnaire.

La Chine n’est donc pas un cas de figure exceptionnel, et la baisse du taux de profit dans son appareil productif est simplement le signe annonciateur d’un ralentissement économique rencontré inéluctablement par toutes les économies capitalistes. En raison d’une rentabilité de plus en plus faible de l’industrie manufacturière, les investisseurs, étrangers et nationaux, publics et privés, ont été rapidement contraints, suivant en cela le même cheminement que l’Europe de l’Ouest, le Japon et les États-Unis depuis la décennie 1980, de trouver de nouvelles sphères de valorisation du capital, comme l’immobilier ou la finance, permettant de créer au moins une « plus-value fictive » liée à l’ampleur des mouvements spéculatifs et disparaissant lors de l’éclatement des bulles spéculatives. Cette évolution explique la légère remontée du taux de profit observée depuis le milieu de la décennie 2000 (Figure 4), qui n’en reste pas moins purement artificielle.

Les gonflements des bulles financières et immobilières chinoises sont ainsi directement liés aux difficultés de l’appareil productif, ce qui explique que de nombreuses entreprises publiques aient préféré depuis la fin de la décennie 2000 se détourner de leur métier de base pour s’orienter vers ces secteurs malgré les fréquents rappels à l’ordre du gouvernement chinois (Gaulard, 2014).

Une « réorientation » impossible de la croissance économique Conscient des problèmes rencontrés par l’appareil productif, à l’origine d’une perte de compétitivité internationale et d’une volonté des investisseurs d’orienter leurs capitaux vers des secteurs essentiellement spéculatifs, le gouvernement central prône une « réorientation de la croissance » depuis le début de la décennie 2000 pour diriger le pays vers une « société harmonieuse » dans laquelle la classe moyenne en plein essor rendrait l’économie chinoise moins dépendante des exportations. Pour cette raison, le système de sécurité sociale a subi une profonde rénovation ces dernières années, avec l’objectif de couvrir l’intégralité de la population sur le plan de la santé et des retraites d’ici 2025. De même, les salaires minimums des différentes provinces ont augmenté en moyenne de 30% depuis 2009, alors que le salaire moyen des travailleurs chinois s’élevait annuellement de 15% sur la même période. Enfin, le plan de relance de 400 milliards de dollars lancé en 2008 cherchait également à soutenir la demande et l’investissement national dans un contexte de crise internationale ; notons que ce plan pourtant massif fut encore complété en 2015 par le déblocage de 1100 milliards de dollars visant à financer des projets d’infrastructures routières, ferroviaires et aéroportuaires et surtout à donner de l’emploi à des travailleurs risquant de subir de plein fouet le ralentissement de la croissance. Cependant, si cette « réorientation de la croissance » permet surtout de rassurer les investisseurs nationaux et étrangers, on peut douter de son efficacité et de sa pertinence quant à l’objectif affiché de stimuler la demande intérieure. Concernant son efficacité, rappelons effectivement que 80% des dépenses sociales sont aujourd’hui assurées par les collectivités locales, et la contrepartie de la mise en place d’une véritable couverture sociale impliquerait forcément un accroissement insoutenable de leurs dépenses alors même que leur niveau d’endettement atteint déjà les limites du raisonnable : d’après un audit effectué par le National Audit Office (NAO) dans 18 provinces, 16 villes et 36 cantons, la majorité des entités territoriales étudiées présentaient déjà un taux d’endettement supérieur à 400% de leurs revenus en 2013... Cette incapacité financière à faire face à une réforme profonde du système de sécurité sociale et à stimuler ainsi la consommation nationale, en encourageant notamment les Chinois à réduire leur épargne de précaution, explique que les résultats ne soient pas forcément au rendez-vous. Notamment, alors que le taux promis de remboursement des dépenses d’hospitalisation est officiellement de 70 %, le taux constaté est de seulement 23 %. De même, bien que seulement 45 % de la population totale (25 % des ruraux) soit couverte par le régime des retraites, le taux de remplacement moyen est proche de 33 % (contre 77 % en 1990)… Quant à la hausse des salaires, expliquée surtout par le besoin de répondre à des tensions sociales croissantes dans un contexte où la population active a par ailleurs commencé à diminuer, on peut douter aussi de sa pertinence lorsque la baisse de la productivité du capital pèse déjà sur les profits et que l’appareil productif national voit chuter sa compétitivité internationale. Phénomène souvent oublié, rappelons que la hausse des salaires observée en Corée du Sud lors de la décennie 1980 fut à l’origine d’une accentuation de la baisse du taux de profit au sein de son appareil productif (Bell et Rosenfeld, 1990), débouchant sur la crise de 1997 expérimentée par tous les pays de la région confrontés à des difficultés similaires. Selon Marx : « Il suffit de remarquer que les crises sont chaque fois préparées précisément par une phase au cours de laquelle la hausse des salaires est générale, où la classe ouvrière obtient effectivement une part plus large du produit annuel destiné à la consommation. Si l’on écoutait ces chevaliers du sain et "simple" bon sens humain, il faudrait admettre que cette phase éloigne au contraire les crises. En somme, il apparaît que la production capitaliste renferme des conditions tout à fait indépendantes de la bonne ou la mauvaise volonté des capitalistes, et que ces conditions n’admettent que momentanément cette relative prospérité de la classe ouvrière, et ce, toujours comme le prélude d’une crise » (Marx, Le Capital, Livre II, 1968, p. 781).

Conclusion

La réorientation de la croissance chinoise n’est visiblement pas une solution pour éviter le piège des revenus intermédiaires dans lequel finissent inévitablement par tomber tous les « pays en développement ». La crise actuelle de l’économie chinoise fait craindre un sévère ralentissement dont ce pays aura sûrement beaucoup de mal à se remettre.

Alors qu’il était d’usage suite à la crise de 2008 d’évoquer un « découplage » entre la croissance des pays développés et celle de pays dits émergents comme la Chine ou le Brésil, très peu d’économistes maintiennent aujourd’hui leur optimisme face à la dégradation des fondamentaux observée dans ces pays. Cependant, alors que le ralentissement chinois est présenté comme un phénomène purement conjoncturel marquant l’établissement d’une « nouvelle normalité » selon l’expression du président Xi Jinping, avec des taux de croissance plus faibles, l’éclatement des bulles spéculatives précédemment formées, et une consommation intérieure qui se substituerait à la demande externe, nous persistons à affirmer que l’économie chinoise se confronte actuellement à des blocages beaucoup plus sérieux que ce que de nombreuses analyses laissent transparaître.

Le capitalisme, qui connaît pourtant des adaptations majeures en Chine, n’en est pas moins fragile dans ce pays qu’en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord ou au Japon. Mais malgré ses faiblesses, à l’origine d’une dégradation toujours plus forte des conditions de vie, il ne disparaîtra pas de lui-même. Plutôt que de s’affronter sur l’efficacité supposée des politiques à adopter pour sortir de l’impasse ici ou là-bas, il serait donc sans doute plus pertinent de remettre directement en question ce mode de production dans lequel nous vivons tous et de proposer enfin de nouvelles façons de produire et de consommer dans une société alternative qui en finirait avec les fondements du capitalisme, qu’il s’agisse du besoin de dégager des profits pour accumuler toujours plus, mais aussi du salariat ou de la présence d’un État central chargé d’assurer le bon fonctionnement de cette accumulation.

Bibliographie

Bello Walden, Rosenfeld Stephany, 1990, Dragons in Distress, Asia’s Miracle Economies in Crisis, a food first book, San Francisco. Cai Fang, 2012, « Is There a Middle Income Trap ? Theories, Experiences and Relevances to China”, China and World Economy, vol. 20, n°1.

Eichengreen Barry, Park Donghyun, Shin Kwanho, 2013, « Growth Slowdowns Redux : New Evidence on the Middle Income Trap », NBER Working Paper, n° 18673.

Felipe Jesus, Xiaoqin Fan Emma, 2008, « The Diverging Patterns of Profitability, Investment and Growth of China and India during 1980-2003 », World Development, vol. 36, n° 5, p. 741-774. Gaulard Mylène, 2014, Karl Marx à Pékin, Les racines de la crise en Chine capitaliste, Demopolis, Paris.

Gaulard Mylène, 2015, « Le “piège des revenus intermédiaires” : un danger pour la Chine ? », Economie Appliquée, Tome LXVIII, n°2, pp. 89-120.

Marx Karl, 1968, Le Capital, Livre II et III, in Œuvres II, Gallimard, Paris, pp. 499-1488.

Piovani Chiara, LiMinqi, 2011, « One Hundred Million Jobs for the Chinese Workers ! Why China’s Current Model of Development is Unsustainable and How a Progressive Economic Program Can Help the Chinese Workers, the Chinese Economy, and China’s Environment », Review of Radical Political Economics, vol. 43, n°1, p. 77-94.

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Image en bandeau : "Bejing Night Market" (Travis Wise).

• 1. Artus Patrick, « Peut-on estimer la vraie croissance de la Chine ? », Flash Economie, Natixis, n°589, 20 juillet 2015.

• 2. Peltier Christine, « La Chine rattrapée par sa dette », Conjoncture, BNP Paribas, février 2014.

• 3. Le Figaro, « La Chine accélère ses ventes de devises », 14 septembre 2015.

source

5 Messages de forum

  • La crise du capitalisme chinois 19 juillet 2016 17:12

    Le stalinisme nous racontait qu’un homme sur trois vivait sous « régime communiste ». Aujourd’hui, le seul pays qui possède une importante industrie est un pays gouverné officiellement par les staliniens (parti unique le PCC), la Chine et c’est sur son succès que repose l’ensemble du monde capitaliste !!!

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    • La crise du capitalisme chinois 4 mai 06:02, par Joseph TOUBI

      L’effondrement de la Chine.

      Nous sommes en mai 2017 et depuis plusieurs décennies, d’improbables oracles philosophes, économistes, politiques rassemblés avec de prétendus « stratèges » au sein de la chorale néolibérale mondiale nous chantent sans cesse le même refrain : la Chine est la nouvelle puissance mondiale et est devenue le nouveau moteur de l’économie mondiale.
      Examinons donc l’intérieur du moteur objet des louanges de la chorale néolibérale mondiale.
      A peine avez-vous regardé à l’intérieur du prétendu « moteur » de l’économie mondiale que quatre inquiétantes avaries propres à ôter tout sommeil au comité central du parti communiste se révèlent au grand jour.
      Avarie N°1 : Grave défaillance ontologique.
      A la source de la naissance et de la prospérité véritable d’un peuple ou d’une nation se trouvent deux importants impératifs : la résolution de la question du bien et du mal d’une part et ensuite, la naissance de l’individu d’autre part.
      Au contact des fondations nouvelles posées par l’Apôtre Paul, l’Occident rejeta catégoriquement la résolution de la question du bien et du mal, érigeant même ce rejet comme condition d’accès au « progrès » et signant ainsi sa mort inéluctable. Néanmoins, l’Occident découvrit et embrassa la naissance de l’individu, cœur du Christianisme prêché par l’Apôtre Paul ; prenant ainsi provisoirement une avance décisive sur les autres peuples qui s’acharnaient à placer la communauté ou le parti ou quelque institution aux commandes du monde alors que seul l’individu agit pour le compte de DIEU, comme géniteur de l’histoire et de la communauté.
      Qu’observons-nous en Chine ?
      Tout comme l’Occident, la Chine n’a nullement abordé la résolution de la question du bien et du mal. En sus de cette tragique erreur déjà commise par l’Occident, la Chine s’est littéralement dressée contre la naissance de l’individu et contre le positionnement de l’individu aux commandes de l’histoire.
      De façon ontologique, une telle civilisation a un destin précis : l’effondrement.
      Seule issue pour ce pays : se découvrir un « nouveau DENG XIAOPING » qui comprendra qu’il faut résoudre la question du bien et du mal et mettre l’individu nouveau-né aux commandes de l’histoire et de la communauté.

      Avarie N°2 : Révélation de la Chine actuelle en Afrique.
      Actuellement (mai 2017), le monde entier sait que le comité central du parti communiste chinois a un grave problème structurel qui couve depuis plusieurs années : surcapacité de production industrielle.
      Le démantèlement de nombreuses usines et centrales électriques est à l’ordre du jour en Chine et ce démantèlement coûte très cher à la Chine parce qu’il faut bien le financer ! Vous vous seriez attendu qu’au nom d’une prétendue « amitié » entre peuples, le comité central du parti communiste lance un vaste programme d’industrialisation des « peuples frères » d’Afrique contre extraction des matières premières africaines. Il n’en est absolument rien. La Chine d’aujourd’hui pratique à outrance le troc avec les pays africains. C’est l’extraction des minerais contre la construction (par les ingénieurs chinois bien sûr) de quelques routes et monuments assaisonnée de « land grabbing ». Il s’agit bien entendu de monuments maçonniques car le franc maçon tropical installé comme esclave à la base de la pyramide mondiale de Satan ne sait tout simplement pas bâtir les monuments maçonniques et en confie joyeusement les travaux aux fraters chinois. En politique, seuls les actes parlent et racontent clairement les intentions et natures profondes. Les sommets Chine-Afrique se multiplient avec des « plans » qui promettent d’inonder le continent africain sous des milliards de USD. En fait, les Chinois ont saisi la nature enfantine de nos prétendus chefs d’Etats pour qui l’histoire se résume à quelques promesses de milliards de USD et à quelques photos de famille assaisonnées d’annonces dans les médias du monde. Aucun sommet Chine-Afrique n’a publié un plan « usines contre minerais » listant les usines dont la Chine souhaite se débarrasser via délocalisation en Afrique, compte tenu de ses surcapacités, en échange de minerais extraits d’Afrique. A la décharge des chinois, il faut dire que face à des loufoques chefs d’Etat africains qui n’ont aucun esprit en eux-mêmes, n’ont aucune capacité de penser et de structurer l’histoire, vous n’avez qu’un seul choix : paternalisme bienveillant et impérialisme en douceur pour contenter l’ego de l’esclave tropical dont l’horizon de pensée se limite aux cortèges de motards et de sirènes hurlantes et aux motions de soutien de la tribu du village.

      Avarie N°3 : Nain monétaire.
      Contrairement à ce que suggèrent les énormes réserves de change accumulées en USD, la Chine est un nain monétaire.
      Ce pays n’a manifestement engagé aucune réflexion valable sur la nature de la monnaie ; ce qui n’est point surprenant car il s’agit d’une tare ontologique. Seul un peuple qui a découvert l’individu est capable de poser véritablement la problématique de la monnaie et de rechercher la véritable monnaie. La Chine s’est contentée de copier chez l’Occident et de développer la monnaie-crédit qui ne vient au monde que par la dette.
      Résultat : le pays est littéralement étouffé de dettes et a déjà hypothéqué son avenir par la dette avant même d’avoir achevé son érection. La dette publique dépasse 200% du PIB tandis que la dette privée (près de 145 % du PIB) et la dette parapublique sont de si mauvaise qualité que l’effondrement du système bancaire chinois est garanti. Même le FMI d’ordinaire si prompt à entonner des louanges néolibérales se montre circonspect et susurre à voix basse que le taux de créances compromises du système bancaire chinois est bien au-dessus des chiffres déjà inquiétants que la Banque Centrale de Chine ose publier. Récemment, la Banque Centrale de Chine a même inventé un nouveau tour de magie que nous appellerons volontiers la magie rouge : les banques commerciales transforment leurs créances pourries en actions dans les entreprises débitrices et voilà la restructuration évitée !
      En réalité, la Chine ne maîtrise point la monnaie et n’y a jamais réfléchit. Or nous le répétons, seul un peuple ayant découvert l’individu est capable de réfléchir à la monnaie.
      La magie étant inopérante en économie, la Chine doit bien restituer la mauvaise monnaie qui a massivement financé son décollage économique et cette restitution ne peut se faire que par le budget de l’Etat Chinois. Or vous avez vu que la dette publique dépasse déjà 200% du PIB. Pour financer le stock himalayen de mauvais crédits bancaires (mauvaise monnaie) il ne reste donc plus que les réductions des dépenses publiques, les hausses d’impôts, les mises au chômage de pans entiers de la population…Oui vous avez reconnu cet ami qui s’appelle ajustement structurel et c’est ce qui attend la Chine. Paradoxalement, le comité central du parti communiste envisage même un taux de croissance « autour » de 6,5% pour 2017 en faisant fi de la mauvaise monnaie qu’il va bien falloir financer. Vous voilà stupéfaits mais c’est ainsi ; la mauvaise monnaie doit être financée par de sévères restructurations.
      Vous pensez peut-être que les énormes réserves de change de la Chine pourraient aider. C’est ici que vous découvrez que les réserves de change ne servent qu’à une chose : acheter hors de votre pays ! Et c’est ainsi que la Chine achète massivement les obligations du Trésor Américain avec ses réserves de change. Elle ne peut pas financer ses énormes stocks de mauvais crédits bancaires à l’aide de ses réserves de change postées en USD dans des banques à New-York. Vous avez dit nain monétaire ?

      Avarie N°4 : Ignorance de la science des systèmes.
      Depuis Norbert WIENER, l’occident a maîtrisé la science des systèmes matériels avant de s’engouffrer ensuite dans un mortel égarement. Pour avoir rejeté les fondations Judéo Chrétiennes posées par l’Apôtre Paul, l’occident s’est adonné à une mortelle extrapolation : utiliser l’axiomatique des systèmes matériels pour prétendre bâtir des systèmes humains ! Incapable de saisir les fondements parfaitement quantiques de l’histoire humaine qui défient complètement la logique du raisonnement naturel, l’occident qui a rejeté les fondations Judéo Chrétiennes de l’Apôtre Paul court irrésistiblement à son effondrement. L’on aurait pu penser que la Chine examinerait ce drame qui engloutit l’occident afin d’éviter de subir le même sort. Or un indice particulièrement inquiétant montre qu’en fait la Chine n’a même pas perçu l’utilité de la science des systèmes matériels et se trouve à des milliers d’années lumière de soupçonner l’existence d’une science des systèmes humains. Ceci est peu surprenant car pour découvrir la science des systèmes matériels (avant même de soupçonner l’existence de la science des systèmes humains), la Chine doit se débarrasser d’une autre tare ontologique : la recherche de l’harmonie. Revenons à l’indice inquiétant évoqué ci-dessus.
      Considérons les BRICS ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).
      Depuis 2009 se succèdent les sommets des BRICS qui représentent tout de même un tiers du PIB mondial. On se serait attendu à ce que naturellement, les BRICS mettent en œuvre un système permettant de vite détrôner la suprématie du dollar américain sur l’économie mondiale. En réalité, la conception d’un tel système n’est pas bien difficile et son instauration permettrait aux cinq monnaies des cinq pays du BRICS de s’établir comme monnaies de réserve pour les échanges internationaux. Nombreux sont les pays de la planète qui, fatigués de courir après le dollar américain orienteraient en priorité leur commerce international vers les pays du BRICS et utiliseraient aisément les cinq monnaies des cinq pays du BRICS comme monnaies de réserves et d’échanges internationaux. Peu à peu, la plate forme monétaire mondiale du BRICS avec son offre de cinq monnaies de réserve supplanterait le dollar américain. Une telle plate forme, bien conçue, avec les cinq banques centrales des BRICS dans le rôle de pourvoyeurs de liquidités à la plate forme centrale, affranchirait la totalité de l’économie mondiale de la FED et des grandes banques commerciales, privées et systémiques de New-York, de Londres, de Frankfurt et de Genève en moins d’une décennie. Qui devrait prendre le leadership du BRICS pour proposer une telle plate forme aux pays du BRICS ? La Chine naturellement car c’est la plus grande puissance économique du BRICS. Or pour aborder ce type de solution révolutionnaire pour l’économie mondiale, il faut découvrir et maîtriser la…science des systèmes ; ce qui est une montagne insurmontable pour la Chine qui ontologiquement recherche plutôt…l’harmonie. Vivement un « nouveau DENG XIOPING » qui introduise la Chine dans la vraie révolution : celle de l’individu nouveau né, de la diversité, de la différence et de la complexité.

      A force de repousser son ajustement structurel et sa révolution ontologique, la Chine prépare son effondrement ainsi que l’anéantissement complet de l’économie mondiale.
      Nous espérons que suite à ce cataclysme les civilisations reviendront aux fondamentaux et aborderont enfin : la résolution de la question du bien et du mal, la naissance de l’individu nouveau qui est père de la communauté, des institutions et de l’histoire, la question de la vraie monnaie, la nature du travail.

      Shalom à tous les peuples de la terre.

      Rev. Apôtre Joseph TOUBI
      josetoubi@yahoo.com

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  • La crise du capitalisme chinois 19 septembre 2016 19:40

    La dette de la Chine risque d’exploser, s’est alarmée la banque centrale des banques centrales, l’un de ses indicateurs signalant un creusement potentiel de l’endettement chez le géant asiatique.

    L’accroissement de la dette chinoise pourrait s’accélérer, montre un rapport trimestriel publié dimanche soir par la Banque des règlements internationaux (BRI), basée à Bâle (Suisse).

    La "différence entre le ratio crédit/PIB de la Chine et sa tendance à long terme" a atteint 30,1% au premier trimestre 2016, un niveau jamais vu et inquiétant : au delà de 10%, la BRI considère déjà qu’un pays fait face à un risque bancaire.

    L’institution souligne ainsi la possibilité d’une crise financière en Chine lors des trois prochaines années.

    La Chine, deuxième économie mondiale, est confrontée à une difficile transition économique, à l’heure où Pékin facilite l’accès au crédit pour doper une croissance au ralenti.

    Mais de l’avis des experts, la récente stabilisation économique dopée au crédit devrait être de courte durée et les risques financiers pourraient s’aggraver, sur fond de défauts de paiement en cascade sur des prêts bancaires ou obligations d’entreprises non honorées.

    Le niveau d’endettement de la Chine calculé par la BRI dans son rapport est le plus élevé des 43 pays étudiés, parmi lesquels figurent les Etats-Unis, la Grèce, et le Royaume-Uni.

    Selon la BRI, ses indicateurs sont destinés à cerner "la surchauffe financière et les potentielles difficultés financières" à moyen terme, et à souligner qu’une croissance rapide du crédit peut "semer les germes" de futures crises.

    La dette totale de la Chine a atteint 168.480 milliards de yuans (25.000 milliards de dollars) à la fin 2015, soit l’équivalent de 249% du PIB national, avait estimé l’Académie chinoise des sciences sociales, un centre de réflexion gouvernemental.

    En août, les quatre plus grandes banques commerciales chinoises, contrôlées par l’Etat, ont fait état d’une hausse sensible des créances douteuses à leur bilan au premier semestre 2016.

    Les banques chinoises ont par ailleurs effacé pour plus de 300 milliards de dollars de ces créances douteuses en trois ans, avait déclaré fin juin un haut responsable du régulateur bancaire chinois.

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  • Incroyable ! La planète financière, boursière et bancaire se rassure parce que labulle immobilière chinoise soutient artificiellement la « croissance » chinoise !!! Que la capitalisme est donc fragile pour s’accrocher à pareils fils !!!

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  • Le sursaut de l’économie est alimenté par un rebond de la dette chinoise, qui dépasse déjà 260% du PIB : si les prêts bancaires ont nettement reculé en mars, les crédits associés à la « finance de l’ombre » non régulée (ensemble de mécanismes de prêts entre entreprises et particuliers) se sont envolés à un niveau record.« Une partie de cette croissance robuste se poursuivra probablement au deuxième trimestre. Mais au vu de l’accélération du crédit, il faut s’attendre à voir bientôt l’économie s’essouffler à nouveau », juge Julian Evans-Pritchard, de Capital Economics.

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