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GARAP : Contributions au séisme en cours

samedi 15 décembre 2018, par Robert Paris

LA RÉVOLUTION MAINTENANT

Salariés, chômeurs, retraités, étudiants, lycéens, apprentis, habitants des campagnes et des banlieues, nous avons enfilé nos gilets jaunes pour dire « Macron et son monde, ça suffit ! ». Nous les enlèverons quand le mouvement social aura triomphé. Nous voulons la fin de ce système profondément injuste parce que l’argent y est roi. Nous souhaitons une société véritablement égalitaire, démocratique, où les politicards et leurs maîtres - les grands patrons industriels et financiers - auront disparu, où nous aurons repris, collectivement, le contrôle de nos vies. Le Pouvoir panique et il n’a pas fini. Après nous avoir insultés, puis ignorés en pariant sur notre épuisement, il persiste à nous mépriser, nous jette des miettes en guise de réponse. C’est le moment de lui montrer que notre détermination est invincible, que nous irons jusqu’au bout. Pendant que la propagande nous accuse d’être des « casseurs » et autres « assassins en puissance », ça discute beaucoup au sein de la population. Alors voici quelques réflexions : Pourquoi la « taxe carbone » a fait déborder le vase de la colère ?

Ça fait 45 ans que c’est la « crise »… Mais pas pour tous ! En fait, ça fait 45 ans que les bourgeois nous font la guerre. Pour gonfler leurs profits, ils nous volent toujours plus de salaire, de droits, de libertés, de démocratie. Nous sommes des millions à ne plus pouvoir boucler les fins de mois, à galérer pour nous loger, trouver un boulot, à crouler sous les crédits (quand les banques veulent bien nous en accorder un) qui compensent nos maigres salaires, à subir l’envolée des prix. Nous n’en pouvons plus. Désormais, ce sont nos vies contre leur système pourri. Est-ce que le problème, ce ne serait pas la perte de notre souveraineté nationale ?

« Combattre pour la patrie c’est mourir pour les industriels ». Nos anciens approuvaient cet adage. Aujourd’hui, du Front National à la France Insoumise, on nous dit que le repli derrière les frontières et l’État protectionniste serait la solution à nos maux. C’est oublier que l’ouverture des marchés à l’échelle européenne et mondiale a aussi été faite par des capitalistes bien français, que le FN a longtemps défendu le libéralisme économique, que Mélenchon et consorts ont soutenu l’Europe de Maastricht. En vérité, le problème c’est qu’une minorité - les capitalistes - s’engraisse sur la majorité salariée. Ce n’est pas la dimension du territoire où ce scandale a lieu. Alors, virons tous les nationalistes, qui nous divisent sur des bases identitaires pour mieux nous soumettre au intérêts du patronat ! La démission de Macron, c’est ça le but ?

Que cet insupportable fils à papa dégage, ça satisfera le plus grand nombre mais ça ne sera pas suffisant. En mai 1968, les ouvriers et les étudiants tablaient sur un changement de fond en comble, et ils avaient raison. L’offensive populaire ne doit pas se contenter de cibler les pantins mis aux commandes de l’État par les multinationales. Un remplaçant succédera afin d’appliquer les mêmes politiques de prédation. C’est le système capitaliste avec son lot d’exploitation, d’inégalités, d’horreurs, qu’il faut éradiquer. Tant qu’il y aura de l’argent, il n’y en aura pas assez pour tout le monde. Les gilets jaunes sont-ils violents ?

Les dirigeants et leurs médias s’acharnent à le scander. Ils évitent de dire que la violence vient pourtant d’eux, du rapport de domination qui les alimente au quotidien et est en soi la plus grande des violences, dont toutes les autres découlent. Ils s’offusquent de voir vandaliser l’Arc de Triomphe alors que ce lieu est une apologie des exactions militaires avec leurs cortèges de millions de morts. Les pauvres peuvent assassiner et mourir sous l’uniforme mais pas se révolter ! Quand c’est le cas, l’État nous combat, matraque des grands-mères, tire sur des lycéens. Les syndicats, les partis politiques, sont-ils de notre côté ?

Clairement non ! Le mouvement des gilets jaunes a révélé le vrai rôle des syndicats : accompagner gentiment le troupeau vers le précipice, en préservant les avantages et autres mannes financières qu’ils tirent de cette fonction. Aussitôt la contestation déclenchée, ils ont gardé un silence gêné quand ils ne nous ont pas traités de « fachos ». Aujourd’hui, face à notre détermination, ils appellent unanimement au calme, se pliant de ce fait aux ordres de Macron pour conspuer la « violence des casseurs ». Que leur petit cirque des élections professionnelles se passe sans accrocs, c’est l’essentiel à leurs yeux. Quelle honte ! Quant aux partis politiques, ils pédalent tous dans la semoule. Ils appartiennent au vieux monde putréfié de la représentation.

Ce que l’on veut…

Une grève générale illimitée ! La colère ne doit pas rester à la porte des entreprises. Elle doit frapper le cœur du système pour s’en emparer : la production ! Tout le pouvoir aux conseils des travailleurs ! À bas la société de classe et l’État. Exerçons la démocratie réelle ! 2018 : le retour du « Peuple » ?

Depuis quelques semaines, le Peuple est de nouveau à l’honneur. A travers le mouvement des gilets jaunes, il n’est plus seulement ce grand corps mou évoqué par les politiciens dans leurs discours et dans leur propagande, il est devenu l’un des principaux motifs d’un mouvement puissant et inédit. Or ce terme peuple contient une ambiguïté fondamentale. Il désigne en effet à la fois les couches les plus pauvres de la population (le tiers-état au sens de l’ancien régime), les travailleurs, les chômeurs et la nation, l’ensemble des classes d’un pays. Il sert ainsi à désigner l’ensemble des citoyens à l’exception des autres, c’est-à-dire des « étrangers », des non-citoyens. Autant on peut à la rigueur accepter provisoirement le terme dans son premier sens en y voyant une manière très confuse de désigner le prolétariat, autant, dans son second sens, ce terme, avec ses relents nationalards, chauvins, xénophobes, voire racistes est évidemment imbuvable. Il est d’ailleurs repris à leur compte par les politiciens pacificateurs quand ceux-ci nous expliquent que : « après tout, nous sommes tous Français ». Le « peuple » équivaut ici à l’« unité nationale », celle au nom de laquelle on fait les guerres et les génocides, celles au nom de laquelle on saigne le prolétariat et on engraisse les bourgeois.

Nous pensons que les révolutionnaires ont tout à gagner à se débarrasser définitivement d’expressions comme « peuple » ou « quartiers populaires » et avec la fétichisation de ceux-ci. Outre l’ambiguïté du terme « peuple » (on pourrait parler plutôt de quartiers pauvres, prolos, sous- prolos…), cela conduit en effet à la concurrence des victimes et des rackets, entre différentes sectes prétendument « révolutionnaires », dont chacune s’efforce de trouver qui est le « vrai peuple » et de s’identifier à lui.

Nous avons d’un côté les gauchos qui ont depuis longtemps trouvé leur nouveau sujet révolutionnaire : ce sont les jeunes-des-quartiers-populaires, sous-entendu des cités (ce que le langage policier appelle les « quartiers sensibles »), autrement dit les « rebeus » et les « blacks » des cités HLM (il n’y aurait, paraît-il, ni « blancs » ni non-musulmans dans les cités : là-dessus extrême droite et extrême gauche se rejoignent). À force de coller au cul de cette partie du prolétariat, ils en sont venus à s’ébahir et à endosser tout ce qui est censée la caractériser, à glorifier sa prétendue « essence » : la culture gangsta, la religion, le culte lumpen de la virilité et de la violence... Pour eux, « peuple » = « quartiers populaires » = « migrants » = « Islam ». Amoureux transis de ce peuple, ils aiment jusqu’à son aliénation et s’identifient à tous ceux qui sont là pour les encadrer, les enserrer et les enfermer : associations, Frères musulmans, vendeurs de came. Aimer ces populations revient pour eux à aimer et à s’allier avec leurs gardiens de prison.

À ce fétichisme rance (que complète le fétichisme des queers, trans, des « meufs bien vénères ») répond une forme de fétichisme inversé, très à la mode ces dernières semaines : le « peuple », c’est, nous dit-ont, tous les pauvres, moins ceux des dits « quartiers populaires », c’est-à-dire moins les populations d’origine immigrée (« première, deuxième, troisième génération »). Tous ceux qui ont été négligés, méprisés, tenus pour quantité négligeable par les gauchistes (qui considèrent que la révolution doit être faite uniquement par des minorités et que la majorité n’est bonne qu’à croupir dans sa merde), à savoir les prolos « blancs » hétérosexuels considérés comme d’indécrottables racistes, resurgissent soudain et sont censés éclipser et remplacer les premiers. La « France périphérique » remplace les « quartiers populaires », et les « Gaulois » les migrants. Ceux-ci sont à leur tour l’objet d’un mépris sans nom. Des analyses sociologiques plus ou moins intéressantes (dans le sens où elles mettent en lumière des franges du prolétariat trop souvent oubliées, celles des campagnes et des « zones périurbaines ») sont vite noyées dans la confusion culturaliste et l’identitarisme. Un identitarisme chasse l’autre et la classe est toujours la grande absente. Au lieu de souder la fracture au sein du prolétariat on ne fait ainsi que la reconduire.

Nous ne sommes pas le peuple, nous sommes le prolétariat, nous sommes l’ensemble des exploités et le prolétariat n’a ni couleur ni patrie ni nation !

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1 Message

  • Les exploiteurs mettent nos vies en retrait

    Il est difficile de comprendre ce que le gouvernement va faire des retraites. Les dirigeants nous parlent de “simplifier” le système, de le rendre plus égalitaire. Comme lors des précédentes “réformes”, ils nous disent que l’espérance de vie a augmenté, oubliant de préciser que l’espérance de vie en bonne santé n’augmente pas, et que les patrons n’embauchent que rarement après 55 ans. Ils nous expliquent que les travailleurs bénéficiant de régimes spéciaux (RATP, SNCF...) sont des privilégiés, sans rappeler que leurs caisses de retraites sont indépendantes et sont largement minoritaires en comparaison de l’ensemble des travailleurs. À travers ces discours, les dirigeants veulent nous préparer à une attaque qui nous concernera tous. On peut déjà dresser un portrait de ce qui nous attend :

    Suppression des régimes spéciaux, et augmentation de l’âge de départ pour le régime général : tous le monde devra travailler jusqu’à un âge ou aucun patron ne voudra bien nous exploiter ;
    Augmentation des cotisations salariales : donc une diminution de notre salaire net ;
    Le calcul de la retraite ne se fera plus à partir des années où l’on a touché le meilleur salaire, mais sur toute sa carrière, ce qui diminuera la somme perçue à la retraite ;
    Le calcul se fera par un système de point, points dont la valeur sera fixée par le gouvernement. Le total des ressources utilisées pour les retraites sera bloqué à 14% du PIB. Autrement dit, l’argent perçu par les retraités pourra diminuer.

    En résumé, les capitalistes vont drastiquement réduire notre salaire. Car il s’agit bien de notre salaire, la retraite, comme l’assurance-maladie et l’assurance-chômage, sont du salaire différé, du salaire que nous touchons lorsque nous ne pouvons plus travailler.
    Ils se frottent déjà les mains, car nous n’aurons plus d’autre choix que de placer une part de notre salaire dans leurs fonds de pension afin d’espérer toucher une retraite convenable. Ils ne vont donc pas seulement réduire notre salaire, ils vont également pouvoir le dilapider sur des marchés financiers. Il suffit de regarder dans d’autres pays pour voir le résultat : des travailleurs qui perdent toutes leurs économies lorsque leur fond de retraite fait faillite.

    Si nous les laissons faire, ce qui nous attend avec les retraites n’est qu’un début. Déjà, l’assurance-chômage est attaquée par le durcissement des conditions pour être indemnisé. La suite, c’est l’assurance-maladie, les objectifs des capitalistes seront les mêmes : supprimer cette partie de notre salaire qui sert à nous soigner.

    Pour sauver leur système qui confisque déjà notre liberté et nous épuise, ils veulent à présent détruire notre droit à nous reposer, à nous soigner, donc tout simplement à vivre lorsqu’on ne peut plus travailler. Devons-nous laisser les exploiteurs détruire nos existences à ce point ?

    Faut-il attendre des syndicats qu’ils négocient ? Leurs “journées d’action” en ordre dispersé, espacées de deux mois, nous prouvent le contraire. Il n’y a pourtant rien à négocier avec des agresseurs qui nous maltraitent depuis des générations et nous promettent de tout nous voler. Par le passé, notre classe sociale a su imposer ces quelques droits fondamentaux, et elle continue à se battre partout dans le monde. Peut-être devrions-nous nous inspirer de ce qui a fonctionné.

    Les patrons redoutent une chose : que nous cessions d’être leurs esclaves. Ils redoutent donc la grève, plus que jamais lorsque nous la mettons en oeuvre par nos propres moyens, et que nous prenons nous-mêmes les décisions. C’est pourquoi nous devrions nous organiser pour cela, entre collègues, voisins, amis. Nous avons besoin de nous parler, nous devrions donc organiser des assemblées générales où les salariés peuvent se concerter et décider de la grève et des actions à mener. Lorsque les syndicats confisquent la parole lors de ces assemblées, nous devrions les en empêcher.
    Pour ne pas perdre d’argent, nous devrions créer des caisses de grève et organiser la collecte, jusqu’à ce que les patrons cèdent et paient les jours de grèves. La caisse de grève doit être sous le contrôle des salariés uniquement ! Si les syndicats veulent participer, ils n’ont qu’à y verser l’argent qu’ils touchent du patronat et de l’État.
    Nous devrions également chercher à briser l’isolement et nous mettre en contact avec des travailleurs d’autres entreprises, car après tout, cette société nous écrase tous !

    Une société débarrassée de l’exploitation ne pourra émerger que de notre volonté de ne pas nous laisser faire.

    GARAP

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