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Accueil du site > 05 - Livre Cinq : ECONOMIE POLITIQUE > 1- Les lois économiques font partie de la lutte des classes > Citations de Karl Marx, sur « le travail »…

Citations de Karl Marx, sur « le travail »…

vendredi 15 janvier 2021, par Robert Paris

Citations de Karl Marx, sur « le travail »…

« Le domaine de la liberté commence seulement là où l’on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ; il se situe donc par nature au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. »

Karl Marx, dans « Le Capital », Livre III)

« Le travail lui-même est nuisible et funeste non seulement dans les conditions présentes, mais en général, dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse…

Le travail ne produit pas que des marchandises ; il se produit lui-même et produit l’ouvrier en tant que marchandise, et cela dans la mesure où il produit des marchandises en général. »

Karl Marx, dans « Manuscrits de 1844 »

« Le travail n’est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d’usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n’est lui-même que l’expression d’une force naturelle, la force de travail de l’homme. Cette phrase rebattue se trouve dans tous les abécédaires, et elle n’est vraie qu’à condition de sous-entendre que le travail est antérieur, avec tous les objets et procédés qui l’accompagnent. Mais un programme socialiste ne saurait permettre à cette phraséologie bourgeoise de passer sous silence les conditions qui, seules, peuvent lui donner un sens. Et ce n’est qu’autant que l’homme, dès l’abord, agit en propriétaire à l’égard de la nature, cette source première de tous les moyens et matériaux de travail, ce n’est que s’il la traite comme un objet lui appartenant que son travail devient la source des valeurs d’usage, partant de la richesse. Les bourgeois ont d’excellentes raisons pour attribuer au travail cette surnaturelle puissance de création : car, du fait que le travail est dans la dépendance de la nature, il s’ensuit que l’homme qui ne possède rien d’autre que sa force de travail sera forcément, en tout état de société et de civilisation, l’esclave d’autres hommes qui se seront érigés en détenteurs des conditions objectives du travail. Il ne peut travailler, et vivre par conséquent, qu’avec la permission de ces derniers… »

Karl Marx, dans « Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand »

« Les bourgeois ont d’excellentes raisons pour attribuer au travail cette surnaturelle puissance de création : car, du fait que le travail est dans la dépendance de la nature, il s’ensuit que l’homme qui ne possède rien d’autre que sa force de travail sera forcément, en tout état de société et de civilisation, l’esclave d’autres hommes qui se seront érigés en détenteurs des conditions objectives du travail. Il ne peut travailler, et vivre par conséquent, qu’avec la permission de ces derniers. »

Karl Marx, dans « Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand »

« L’une des conditions préalables de l’apparition du travail salarié, et l’une des conditions historiques du capital, est le travail libre et l’échange du travail libre contre de l’argent, afin de produire de l’argent et de le convertir en valeurs, afin d’être consommé par l’argent, pas comme valeur d’usage pour le plaisir, mais comme valeur d’échange contre de l’argent. Une autre condition préalable est la séparation du travail libre des conditions objectives de sa réalisation - des moyens et des moyens de travail. Cela signifie avant tout que les travailleurs doivent être séparés de la terre, qui sert de laboratoire naturel. Cela signifie la dissolution de la petite propriété foncière gratuite et de la propriété foncière commune, basée sur la commune de type orientale.

Dans ces deux cas, le rapport entre le travailleur et les conditions objectives de son travail est déterminé par une question de propriété : il s’agit de l’unité naturelle du travail et des conditions matérielles requises pour ce travail. De fait, le travailleur a une existence objective, indépendante de son travail. L’individu est lié à lui-même en tant que propriétaire, en tant que maître des conditions de sa réalité. La même relation existe entre un individu et le reste. Là où cette condition préalable provient de la communauté, les autres sont ses copropriétaires, qui sont autant d’incarnations de la propriété commune. Quand il provient des familles individuelles qui constituent conjointement la communauté, ce sont des propriétaires indépendants coexistant avec lui, des propriétaires privés indépendants. La propriété commune qui, auparavant, absorbait tout et les englobait toutes, subsiste alors comme un « ager publicus » spécial, séparé des nombreux propriétaires privés. (ager publicus signifie possession commune de la terre)

Dans les deux cas, les individus se comportent non pas comme des ouvriers, mais comme des propriétaires - et comme des membres d’une communauté qui travaillent également. L’objet de ce travail n’est pas la création de valeur, bien qu’ils puissent effectuer un excédent de travail pour l’échanger contre du travail étranger - c’est-à-dire contre des produits excédentaires. Son objectif est d’entretenir le propriétaire et sa famille, ainsi que le corps commun dans son ensemble. L’établissement de l’individu en tant qu’ouvrier, dépouillé de toutes les qualités sauf celle-ci, est lui-même un produit de l’histoire….

Une fois que les hommes se seront finalement installés, et, dans une moindre mesure, la manière dont cette communauté d’origine sera modifiée, dépendra de diverses conditions extérieures, climatiques, géographiques, physiques, etc., ainsi que de leur constitution naturelle particulière – de leur caractère tribal. La communauté tribale spontanément évoluée, ou, si vous voulez, le troupeau - les liens communs de sang, de langue, de coutume, etc. - est la première condition de l’appropriation de l’objectif de la vie et de l’activité qui reproduit et donne son expression matérielle ou son objectif [vergegenständlichenden] (activité de berger, de chasseur, d’agriculteur, etc.). La Terre est le grand laboratoire, l’arsenal qui fournit à la fois les moyens et le matériel de travail, ainsi que l’emplacement, la base de la communauté. Les relations des hommes avec elle sont naïves ; ils se considèrent comme ses propriétaires communs et ceux de la communauté qui se produit et se reproduit par un travail vivant. Ce n’est que dans la mesure où l’individu est membre - au sens littéral et figuré - d’une telle communauté, qu’il se considère comme un propriétaire ou un possesseur. En réalité, l’appropriation au moyen du processus de travail a lieu sous ces conditions préalables, qui ne sont pas le produit du travail, mais apparaissent comme ses conditions préalables naturelles ou divines. »

Karl Marx, dans « Les formations économiques précapitalistes »

« Le Capital est contradiction en acte : il tend à réduire au minimum le temps de travail, tout en en faisant l’unique source et la mesure de la richesse. Aussi le diminue-t-il dans sa forme nécessaire pour l’augmenter dans sa forme inutile, faisant du temps de travail superflu la condition – question de vie ou de mort – du temps de travail nécessaire. D’un côté, le capital met en branle toutes les forces de la science et de la nature, il stimule la coopération et le commerce sociaux pour libérer (relativement) la création de la richesse du temps de travail ; d’un autre côté, il entend mesurer en temps de travail les immenses forces sociales ainsi créées, de sorte qu’il en contient, immobilise et limite les acquis. Forces productives et relations sociales – double principe du développement de l’individu – ne sont et ne signifient pour le capital que de simples moyens pour se maintenir sur sa propre base étroite. En réalité, ce sont là les conditions matérielles qui feront éclater les fondements du capital. (…) Ce qu’il y a de nouveau dans le capital, c’est qu’il augmente le temps de surtravail des masses par tous les moyens de l’art et de la science, puisque aussi bien il a pour but immédiat non la valeur d’usage mais la valeur en soi, qu’il ne peut réaliser sans l’appropriation directe du temps de surtravail, qui constitue sa richesse. Ainsi, réduisant à son minimum le temps de travail, le capital contribue malgré lui à créer du temps social disponible au service de tous, pour l’épanouissement de chacun. Mais, tout en créant du temps disponible, il tend à le transformer en surtravail. Plus il réussit dans cette tâche, plus il souffre de surproduction ; et sitôt qu’il n’est pas en mesure d’exploiter du surtravail, le capital arrête le travail nécessaire. Plus cette contradiction s’aggrave, plus on s’aperçoit que l’accroissement des forces productives doit dépendre de l’appropriation du surtravail non par autrui mais par la masse ouvrière elle-même. (…) La vraie richesse étant la pleine puissance productive de tous les individus, l’étalon de mesure en sera non pas le temps de travail, mais le temps disponible. Adopter le temps de travail comme étalon de la richesse, c’est fonder celle-ci sur la pauvreté, c’est vouloir que le loisir n’existe que dans et par l’opposition au temps de surtravail ; c’est réduire le temps tout entier au seul temps de travail et dégrader l’individu au rôle exclusif d’ouvrier, d’instrument de travail. C’est pourquoi le machinisme le plus perfectionné force l’ouvrier à consacrer plus de temps au travail que ne l’a jamais fait le sauvage de la brousse ou l’artisan avec ses outils simples et grossiers. (…) Le travail ne peut pas devenir un jeu, comme le veut Fourier, qui eut le grand mérite d’avoir proclamé comme fin ultime le dépassement, dans une forme supérieure, non point du mode de distribution mais de production. (…) De même que le système de l’économie bourgeoise se développe peu à peu, de même, aboutissement ultime de ce système, se développe peu à peu sa propre négation. »

Karl Marx dans « Principes de la critique de l’économie politique »

« La nationalité du travailleur n’est pas française, anglaise, allemande, elle est le travail, le libre esclavage, le trafic de soi-même. Son gouvernement n’est pas français, anglais, allemand, c’est le capital. L’air qu’il respire chez lui n’est pas l’air français, anglais, allemand, c’est l’air des usines. Le sol qui lui appartient n’est pas le sol français, anglais, allemand, c’est quelques pieds sous la terre. »

Karl Marx, dans « Notes critiques sur Friedrich List »

« Quand la Commune de Paris prit la direction de la révolution entre ses propres mains ; quand de simples ouvriers, pour la première fois, osèrent toucher au privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels », les possédants, et, dans des circonstances d’une difficulté sans exemple, accomplirent leur œuvre modestement, consciencieusement et efficacement (et l’accomplirent pour des salaires dont le plus élevé atteignait à peine le cinquième de ce qui, à en croire une haute autorité scientifique, le professeur Huxley, est le minimum requis pour un secrétaire du conseil de l’instruction publique de Londres), le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du travail, flottant sur l’Hôtel de Ville. »

Karl Marx, dans « La guerre civile en France »

« Les ouvriers... doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat », qui est leur objectif final. »

Karl Marx, dans « Salaire, prix et profit »

« On observe alors que les catégories économiques existant déjà aux époques précapitalistes de production acquièrent, sur la base du mode de production capitaliste, un caractère historique nouveau et spécifique. L’argent - simple figure métamorphosée de la marchandise - ne devient capital qu’à partir du moment où la capacité de travail de l’ouvrier est transformée en marchandise. C’est ce qui implique que le commerce ait conquis une sphère où il n’apparaissait que sporadiquement, voire en était exclu. Autrement dit, la population laborieuse ne doit plus faire partie des conditions objectives du travail, ou se présenter sur le marché en producteur de marchandise : au lieu de vendre le produit de son travail, elle doit vendre son travail, ou mieux sa capacité de travail. C’est alors seulement que la production, dans toute son ampleur, en profondeur comme extension, devient production de marchandise. En conclusion, la marchandise ne devient forme élémentaire générale de la richesse que sur la base de la production capitaliste. Par exemple, tant que le capital ne domine pas encore l’agriculture, on continue de produire une grande partie des denrées comme simples moyens de subsistance, et non comme marchandises. De même, une importante fraction de la population laborieuse reste non salariée et la plupart des conditions de travail ne sont pas encore du capital *. Tout cela implique que la division du travail développée - telle qu’elle apparaît par hasard au sein de la société - et la division du travail capitaliste au sein de l’atelier s’engendrent et se conditionnent réciproquement. En effet, la marchandise - forme déterminée du produit - et donc l’aliénation du produit comme forme nécessaire de l’appropriation supposent une division du travail social pleinement développée. Or, c’est seulement sur la base de la production capitaliste -et donc aussi de la division du travail capitaliste au sein de l’atelier - que tout produit revêt nécessairement la forme mercantile, et que tous les producteurs sont nécessairement des producteurs de marchandises. C’est donc seulement sur la base de la production capitaliste, que la valeur d’usage est en général médiatisée par la valeur d’échange. »

Karl Marx, dans « Le Capital », Le procès de production du capital, sixième chapitre

« Dans cette guerre sociale, le capital, la propriété directe ou indirecte des subsistances et des moyens de production, est l’arme avec laquelle on lutte ; aussi est-il clair comme le jour, que le pauvre supporte tous les désavantages d’un tel état. Personne ne se soucie de lui ; jeté dans ce tourbillon chaotique, il lui faut se débattre tant bien que mal. S’il est assez heureux pour trouver du travail, c’est-à-dire si la bourgeoisie lui fait la grâce de s’enrichir à ses dépens, un salaire l’attend, qui suffit à peine à le maintenir sur cette terre ; ne trouve-t-il pas de travail, il peut voler, s’il ne craint pas la police, ou bien mourir de faim et là aussi la police veillera à ce qu’il meure de faim d’une façon tranquille, nullement blessante pour la bour¬geoisie. »

« La situation de la classe laborieuse en Angleterre » d’Engels, compagnon de Marx

« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent.

En même temps que le travail mécanique surexcite au dernier point le système nerveux, il empêche le jeu varié des muscles et comprime toute activité libre du corps et de l’esprit. La facilité même du travail devient une torture en ce sens que la machine ne délivre pas l’ouvrier du travail, mais dépouille le travail de son intérêt.

Un certain rabougrissement de corps et d’esprit est inséparable de la division du travail dans la société. Mais comme la période manufacturière pousse beaucoup plus loin cette division sociale, en même temps que par la division qui lui est propre elle attaque l’individu à la racine même de sa vie, c’est elle qui la première fournit l’idée et la matière d’une pathologie industrielle. L’économie des moyens collectifs de travail, activée et mûrie comme en serre chaude par le système de fabrique, devient entre les mains du capital un système de vols commis sur les conditions vitales de l’ouvrier pendant son travail, sur l’espace, l’air, la lumière et les mesures de protection personnelle contre les circonstances dangereuses et insalubres du procès de production, pour ne pas mentionner les arrangements que le confort et la commodité de l’ouvrier réclameraient.

Elle [la manufacture] estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le développement factice de sa dextérité de détail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et d’instincts producteurs, de même que, dans les États de la Plata, on immole un taureau pour sa peau et son suif. Ce n’est pas seulement le travail qui est divisé, subdivisé et réparti entre divers individus, c’est l’individu lui-même qui est morcelé et métamorphosé en ressort automatique d’une opération exclusive, de sorte que l’on trouve réalisée la fable absurde de Menenius Agrippa représentant un homme comme un fragment de son propre corps.

Dans l’histoire, comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie. »

Karl Marx, dans « Le Capital »

« Contrairement à Adam Smith, David Ricardo a nettement dégagé le principe de la détermination de la valeur de la marchandise par le temps de travail et il montre que cette loi régit également les rapports de production bourgeois qui semblent le plus en contradiction avec elle. Les recherches de Ricardo se bornent exclusivement à la grandeur de la valeur et, en ce qui concerne cette dernière, il soupçonne tout au moins que la réalisation de la loi suppose des conditions historiques déterminées. Ainsi, il dit que la détermination de la grandeur de valeur par le temps de travail n’est valable que pour les marchandises « qui peuvent être multipliées à volonté par l’industrie et dont la production est soumise à une concurrence illimitée. » Cela signifie seulement, en fait, que la loi de la valeur suppose, pour son complet développement, la société de la grande production industrielle et de la libre concurrence, c’est-à-dire la société bourgeoise moderne. Au reste, Ricardo considère la forme bourgeoise du travail comme la forme naturelle éternelle du travail social. Au pêcheur et au chasseur primitif, qu’il considère comme possesseurs de marchandises, il fait immédiatement échanger poisson et gibier proportionnellement au temps de travail matérialisé dans ces valeurs d’échange. Il commet à cette occasion l’anachronisme qui consisterait à faire se référer le pêcheur et le chasseur primitifs, pour l’évaluation de leurs instruments de travail, aux tableaux d’annuités ayant cours à la Bourse de Londres en 1817. Les « Parallélogrammes de monsieur Owen » semblent être la seule forme de société qu’il ait connue en dehors de la forme bourgeoise. Bien que prisonnier de cet horizon bourgeois, Ricardo dissèque l’économie bourgeoise, qui a dans ses profondeurs un aspect totalement différent de ce qu’elle paraît être à la surface, avec une telle rigueur théorique, que lord Brougham a pu dire de lui « Mr Ricardo semblait tombé d’une autre planète. » Dans une polémique directe avec Ricardo, Sismondi, en même temps qu’il insistait sur le caractère spécifiquement social du travail créateur de valeur d’échange, indiquait comme « la caractéristique de notre progrès économique » la réduction de la grandeur de valeur au temps de travail nécessaire, au « rapport entre le besoin de toute la société et la quantité de travail qui suffit pour satisfaire ce besoin. » (…) Comme c’est Ricardo qui, donnant à l’économie politique classique sa forme achevée, a formulé et développé de la façon la plus nette la loi de la détermination de la valeur par le temps de travail, c’est naturellement sur lui que se concentre la polémique soulevée par les économistes. Si l’on dépouille cette polémique de la forme inepte qu’elle revêt la plupart du temps, elle se résume dans les points suivants : Premièrement – Le travail lui-même a une valeur d’échange et des travaux différents ont une valeur d’échange différente. C’est un cercle vicieux de faire d’une valeur d’échange la mesure de la valeur d’échange, puisque la valeur d’échange, qui sert à mesurer, a besoin elle-même à son tour d’une mesure. Cette objection se fond dans le problème suivant : le temps de travail comme mesure immanente de la valeur d’échange étant donné, développer sur cette base le salaire du travailleur. La réponse est donnée par la théorie du travail salarié. Deuxièmement. – Si la valeur d’échange d’un produit est égale au temps de travail qu’il contient, la valeur d’échange d’une journée de travail est égale au produit d’une journée de travail. Ou encore, il faut que le salaire soit égal au produit du travail. Or c’est le contraire qui se produit. Donc cette objection se fond dans le problème suivant : comment la production, sur la base de la valeur d’échange, déterminée par le seul temps de travail, conduit-elle à ce résultat que la valeur d’échange du travail est inférieure à la valeur d’échange de son produit ? Nous résoudrons ce problème en étudiant le capital. Troisièmement. – Le prix de marché des marchandises tombe au-dessous ou dépasse leur valeur d’échange suivant les variations de l’offre et de la demande. Par conséquent, la valeur d’échange des marchandises est déterminée par le rapport de l’offre et de la demande et non par le temps de travail qu’elles contiennent. Pratiquement, cette étrange conclusion soulève simplement la question suivante : comment se forme sur la base de la valeur d’échange un prix marchand différent de cette valeur, ou plus exactement comment la loi de la valeur d’échange ne se réalise-t-elle que dans son propre contraire ? Ce problème est résolu dans la théorie de la concurrence. Quatrièmement. – La dernière contradiction et la plus péremptoire en apparence, quand elle n’est pas, comme à l’ordinaire, présentée sous la forme d’exemples baroques, est la suivante : si la valeur d’échange n’est autre que le temps de travail contenu dans une marchandise, comment des marchandises qui ne contiennent pas de travail, peuvent-elles posséder une valeur d’échange, ou, autrement dit, d’où vient la valeur d’échange de simples forces de la nature ? Ce problème est résolu dans la théorie de la rente foncière. »

Karl Marx, dans « Critique de l’économie politique »

« Le travail créateur de valeur d’échange se caractérise enfin par le fait que les relations sociales entre les personnes se présentent pour ainsi dire comme inversées, comme un rapport social entre les choses. Ce n’est que si l’on compare une valeur d’usage à une autre en sa qualité de valeur d’échange, que le travail des diverses personnes est comparé sous son aspect de travail égal et général. Si donc il est juste de dire que la valeur d’échange est un rapport entre les personnes, il faut ajouter : un rapport qui se cache sous l’enveloppe des choses. De même que, malgré la différence de leurs propriétés physiques et chimiques, une livre de fer et une livre d’or représentent la même masse, de même les valeurs d’usage de deux marchan-dises, contenant le même temps de travail, représentent la même valeur d’échange. La valeur d’échange apparaît ainsi comme une forme naturelle des valeurs d’usage socialement détermi-née, forme déterminée qui leur est dévolue en tant qu’objets et grâce à laquelle, dans le processus d’échange, elles se substituent l’une à l’autre dans des rapports quantitatifs détermi-nés et forment des équivalents, à la façon dont des corps chimiques simples se combinent dans certains rapports quantitatifs et forment des équivalents chimiques. Seule l’habitude de la vie quotidienne fait considérer comme banal et comme allant de soi le fait qu’un rapport social de production prenne la forme d’un objet, donnant au rapport entre les personnes dans leur travail l’aspect d’un rapport qui s’établit entre les choses et entre ces choses et les person¬nes. Cette mystification est encore toute simple dans la marchandise. Tout le monde soup¬çon¬ne, plus ou moins vaguement, que le rapport entre les marchandises en tant que valeurs d’échange est bien plutôt un rapport entre les personnes et leur activité productive réciproque. Cette apparence de simplicité disparaît dans les rapports de production d’un niveau plus élevé. Toutes les illusions du système monétaire proviennent de ce que l’on ne voit pas que l’argent, sous la forme d’un objet naturel aux propriétés déterminées, représente un rapport social de production. Chez les économistes modernes, qui ont un sourire sarcastique pour les illusions du système monétaire, se trahit la même illusion, dès qu’ils s’occupent de catégories économiques supérieures, par exemple du capital. Elle éclate dans l’aveu de leur naïf étonne¬ment quand leur apparaît bien vite comme rapport social l’objet que, lourdement, ils s’imagi¬naient tenir en main à l’instant même, et qu’inversement ; les nargue sous la forme d’objet ce qu’ils viennent tout juste de cataloguer dans la catégorie des rapports sociaux.

La valeur d’échange n’étant, en fait, rien d’autre que le rapport entre les travaux des indi¬vi¬dus, considérés comme du travail égal et général, rien d’autre que l’expression objective d’une forme de travail spécifiquement sociale, c’est une tautologie de dire que le travail est la source unique de la valeur d’échange et, par suite, de la richesse, pour autant que celle-ci consiste en valeurs d’échange. C’est la même tautologie de dire qu’en soi la matière à l’état naturel ne renferme pas de valeur d’échange, puisqu’elle ne renferme pas de travail, et que la valeur d’échange en soi ne renferme pas de matière à l’état naturel. Mais quand William Petty appel¬le « le travail le père, et la terre, la mère de la richesse » ; quand l’évêque Berkeley de¬man¬de « si les quatre éléments et le travail humain qui s’y vient mêler ne sont pas la vraie sour¬ce de la richesse » ; ou encore, quand l’Américain Th. Cooper explique sous une forme populaire :

Ôtez à une miche de pain le travail qu’elle a coûté, le travail du boulanger, du meu¬nier, du fermier, etc., qu’est-ce qu’il reste ? Quelques graines d’herbe folle impropres à tout usage humain, dans toutes ces manières de voir il s’agit non du travail abstrait, source de la valeur d’échange, mais du travail concret, en tant qu’il est une source de richesse matérielle, bref, du travail produisant des valeurs d’usage. En posant la valeur d’usage de la marchandise, on sup-po¬se l’utilité particulière, le caractère déterminé et systématique du travail qu’elle a absorbé ; mais, du point de vue de la marchandise, ces considérations épuisent toute référence à ce travail en tant que travail utile. Ce qui nous intéresse dans le pain en tant que valeur d’usage, ce sont ses propriétés alimentaires, et nullement les travaux du fermier, du meunier, du boulanger, etc. Si quelque invention supprimait les dix-neuf vingtièmes de ces travaux, la miche de pain rendrait les mêmes services qu’avant. Si elle tombait du ciel toute cuite, elle n’en perdrait pas pour autant un atome de sa valeur d’usage. Tandis que le travail créateur de valeur d’échange se réalise dans l’égalité des marchandises en tant qu’équivalents généraux, le travail en tant qu’activité productive systématique se réalise, lui, dans l’infinie diversité des valeurs d’usage qu’il crée. Tandis que le travail créateur de valeur d’échange est un travail général abstrait et égal, le travail créateur de valeur d’usage est, lui, un travail concret et particulier qui, suivant la forme et la matière, se divise en une variété infinie de genres de travaux. Du travail créateur de valeurs d’usage, il est inexact de dire qu’il est l’unique source de la richesse qu’il produit, c’est-à-dire de la richesse matérielle. Il est l’activité qui adapte la matière à telle ou telle fin, il présuppose donc nécessairement la matière. Le rapport entre travail et matière naturelle est très variable selon les différentes valeurs d’usage, mais la valeur d’usage recèle toujours un substrat naturel. Activité systématique en vue de s’appro¬prier les produits de la nature sous une forme ou une autre, le travail est la condition naturelle de l’existence humaine, la condition - indépendante de toute forme sociale - de l’échange de substances entre l’homme et la nature. Le travail créateur de valeur d’échange, au contraire, est une forme de travail spécifiquement sociale. Dans sa détermination matérielle d’activité productive particulière, le travail de tailleur, par exemple, produit l’habit, mais non la valeur d’échange de l’habit. Ce n’est pas en sa qualité de travail de tailleur, mais en tant que travail général abstrait, qu’il produit cette valeur, et ce dernier fait partie d’un ensemble social à l’édification duquel l’aiguille du tailleur n’a contribué en rien. C’est ainsi que dans l’industrie domestique antique les femmes produisaient l’habit, sans produire la valeur d’échange de l’habit. Le travail, source de richesse matérielle, n’était pas moins connu du législateur Moïse que du fonctionnaire des douanes Adam Smith.

Considérons maintenant quelques déterminations plus précises qui résultent de la réduction de la valeur d’échange au temps de travail.

En tant que valeur d’usage, la marchandise exerce une action causale. Le froment, par exemple, agit comme aliment. Une machine supplée au travail dans des proportions détermi-nées. Cette action de la marchandise, action qui seule en fait une valeur d’usage, un objet de consommation, on peut l’appeler son service, le service qu’elle rend comme valeur d’usage. Mais, en tant que valeur d’échange, la marchandise n’est jamais considérée que comme résul-tat. Il ne s’agit pas du service qu’elle rend, mais du service qui lui a été rendu à elle-même en la produisant. Ainsi la valeur d’échange d’une machine, par exemple, est-elle déterminée non par la quantité de temps de travail qu’elle remplace, mais par la quantité de temps de travail qui a été mise en œuvre pour la construire et qui est par conséquent requis pour produire une nouvelle machine de la même espèce.

Si donc la quantité de travail requise pour la production de marchandises restait constan¬te, leur valeur d’échange serait invariable. Mais facilité et difficulté de la production varient continuellement. Quand la force productive du travail augmente, on produit la même valeur d’usage dans un temps plus court. Si la force productive du travail diminue, la production de la même valeur d’usage exigera plus de temps. La grandeur du temps de travail contenu dans une marchandise, c’est-à-dire sa valeur d’échange, est donc une valeur variable : elle augmen¬te ou diminue en raison inverse de l’augmentation ou de la diminution de la force productive du travail. La force productive du travail, que l’industrie manufacturière utilise dans une pro¬por-tion déterminée à l’avance, est conditionnée aussi dans l’agriculture et l’industrie extrac¬tive par des circonstances naturelles incontrôlables. Le même travail permettra une extraction plus ou moins grande des différents métaux selon la rareté ou l’abondance relative de ces métaux dans l’écorce terrestre. Le même travail pourra, si la saison est propice, se matérialiser sous la forme de deux boisseaux de froment, et d’un seul boisseau peut-être, si elle est défavorable. Sous forme de circonstances naturelles, la pénurie ou l’abondance semblent ici déterminer la valeur d’échange des mar¬chandises, parce qu’elles déterminent la force produc¬tive, liée à des circonstances naturelles, d’un travail concret particulier.

Des valeurs d’usage différentes renferment, sous des volumes inégaux, le même temps de travail ou la même valeur d’échange. Plus est petit, par rapport aux autres valeurs d’usage, le volume de la valeur d’usage sous lequel une marchandise renferme un quantum déterminé de temps de travail, plus est grande sa valeur d’échange spécifique. Si l’on constate qu’à des époques différentes de la civilisation, très éloignées les unes des autres, certaines valeurs d’usage forment entre elles une série de valeurs d’échange spécifiques, entre lesquelles sub¬sis-te, sinon exactement le même rapport numérique, du moins un même rapport général de hiérarchisation comme, par exemple, l’or, l’argent, le cuivre, le fer, ou le froment, le seigle, l’orge, l’avoine, cela prouve seulement que les progrès dans le développement des forces productives sociales influent d’une manière uniforme ou sensiblement uniforme sur le temps de travail qu’exige la production de ces différentes marchandises.

La valeur d’échange d’une marchandise n’apparaît pas dans sa valeur d’usage propre. Toutefois, la valeur d’usage d’une marchandise étant la matérialisation du temps de travail social général, il existe certaines relations entre la valeur d’usage de cette marchandise et les valeurs d’usage d’autres marchandises. La valeur d’échange de l’une se manifeste ainsi dans les valeurs d’usage des autres. L’équivalence, c’est, en fait, la valeur d’échange d’une mar-chan¬dise exprimée dans la valeur d’usage d’une autre. Quand on dit, par exemple, qu’une aune de toile vaut deux livres de café, la valeur d’échange de la toile est exprimée dans la valeur d’usage du café, dans une quantité déterminée de cette valeur d’usage. La proportion une fois donnée, on peut exprimer en café la valeur de toute quantité de toile. Il est évident que la valeur d’échange d’une marchandise, de la toile par exemple, ne trouve pas son expression exhaustive dans la proportion où une autre marchandise particulière, le café par exemple, constitue son équivalent. La quantité de temps de travail général que représente l’aune de toile se trouve réalisée simultanément dans l’infinie variété des volumes des valeurs d’usage de toutes les autres marchandises. Dans la proportion où la valeur d’usage de toute autre marchandise représente un temps de travail de même grandeur, elle constitue un équivalent de l’aune de toile. La valeur d’échange de cette marchandise prise isolément ne trouve donc son expression exhaustive que dans l’infinité des équations où elle a pour terme équivalent les valeurs d’usage de toutes les autres marchandises. Ce n’est que dans la somme de ces équations, ou dans la totalité des différents rapports indiquant dans quelle proportion telle marchandise peut s’échanger contre toute autre, qu’elle trouve son expression exhaustive d’équivalent général. »

Karl Marx, dans « Contribution à la Critique de l’Economie politique »

« Il est sans importance pour le capitaliste qu’il avance le capital constant pour retirer un profit du capital variable ou qu’il avance le capital variable pour mettre en valeur le capital constant, qu’il engage de l’argent sous forme de salaires en vue d’augmenter la valeur des machines et des matières premières, ou qu’il l’engage sous forme de machines et de matières premières afin d’exploiter la force de travail. Bien que la partie variable du capital soit seule à créer la plus-value, elle ne le fait qu’à la condition que les autres parties du capital, les instruments de production, soient également avancées. Comme le capitaliste ne peut exploiter le travail que s’il avance du capital constant et qu’il ne peut mettre en valeur le capital constant que s’il avance du capital variable, ces différents éléments s’identifient dans sa conception, et cela d’autant plus facilement que le taux réel de son gain se détermine par le rapport de celui-ci, non pas au capital variable, mais au capital total, par le taux du profit et non par celui de la plus-value. (Nous verrons dans la suite qu’un même taux de profit peut correspondre à différents taux de plus-value). (...) La seule chose qui intéresse le capitaliste est le rapport de la plus-value (de l’excédent de valeur que lui rapporte la vente de ses marchandises) à l’ensemble du capital qu’il a avancé ; quant au rapport entre cet excédent et les divers éléments de son capital, il ne s’en préoccupe guère et il a même tout intérêt à s’en faire une idée fausse. Bien que l’excédent de la valeur de la marchandise sur le prix de revient naisse dans le procès de production, il ne se réalise que dans le procès de circulation, et comme sa réalisation et son importance sont déterminées par la concurrence et les conditions du marché, c’est aussi dans le procès de circulation qu’il semble prendre naissance. Cependant, qu’une marchandise se vende au-dessus ou au-dessous de sa valeur, il n’en résulte qu’une modification dans la répartition de la plus-value, qui n’affecte ni l’importance ni la nature de cette dernière. En outre, la circulation réelle est non seulement accompagnée des transformations que nous avons étudiées dans le volume II, mais celles-ci y marchent de pair avec la concurrence ainsi qu’avec l’achat et la vente des marchandises au-dessus et au-dessous de leur valeur, qui font que la plus-value réalisée par chaque capitaliste dépend autant de la fraude que de l’exploitation du travail. (...) Durant le procès de production, la nature de la plus-value n’échappe pas un instant au capitaliste avide du travail d’autrui, comme nous l’avons constaté dans l’étude de la plus-value. Mais le procès de production est passager et se confond continuellement avec le procès de circulation : de sorte que si le capitaliste peut s’assimiler avec plus ou moins de netteté la conception d’un gain né de la production et si, par conséquent, il se rend compte de la nature de la plus-value, cette notion arrive tout au plus à acquérir la même importance que l’idée qui fait résulter la plus-value de la circulation indépendamment de la produc¬tion, du mouvement du capital en dehors de ses rapports avec le travail. Même des économistes modernes, comme Ramsay, Malthus, Senior, Torrens, invoquent les phéno¬mènes de circulation comme preuve de ce que le capital seul, dans son existence objective et dégagé de ses rap¬ports sociaux avec le travail (rapports sans lesquels il ne serait pas capital), est une source de plus-value. »

Karl Marx, dans « Le Capital », Livre III, Paragraphe 1

« Ce qu’il y a de meilleur dans mon livre (« Le Capital »), c’est : 1˚ qu’il met en évidence, dès le premier chapitre, le caractère double du travail, selon qu’il s’exprime en valeur d’usage ou en valeur d’échange, et c’est sur quoi repose toute l’intelligence du texte ; 2˚ qu’il analyse la plus-value, indépendamment de ses formes particulières (profit, intérêt, rente foncière, etc.). C’est au second volume surtout que tout cela apparaîtra. Dans l’économie classique, ces formes particulières sont cons¬tam¬ment mélangées et confondues avec la forme générale, de sorte qu’il en résulte un fouillis inextricable. »

Karl Marx, dans sa lettre à Engels du 24.VIII.1867

« L’économie politique cache l’aliénation dans l’essence du travail par le fait qu’elle ne considère pas le rapport direct entre l’ouvrier (le travail) et la production. Certes, le travail produit des merveilles pour les riches, mais il produit le dénuement pour l’ouvrier. Il produit des palais, mais des tanières pour l’ouvrier. Il produit la beauté, mais l’étiolement pour l’ouvrier. Il remplace le travail par des machines, mais il rejette une partie des ouvriers dans un travail barbare et fait de l’autre partie des machines. Il produit l’esprit, mais il produit l’imbécillité, le crétinisme pour l’ouvrier. [...] Nous n’avons considéré jusqu’ici l’aliénation, le dessaisissement de l’ouvrier que sous un seul aspect, celui de son rapport aux produits de son travail. Mais l’aliénation n’apparaît pas seulement dans le résultat, mais dans l’acte de production, à l’intérieur de l’activité de production elle-même. [...] Or, en quoi consiste l’aliénation du travail ? D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C’est pourquoi l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Il est comme chez lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas chez lui. Son travail n’est donc pas volontaire, mais contraint, c’est du travail forcé. Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l’homme s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. Enfin, le caractère extérieur à l’ouvrier du travail apparaît dans le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas, que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas lui-même, mais appartient à un autre. [...] On en vient donc à ce résultat que l’homme (l’ouvrier) ne se sent plus librement actif que dans ses fonctions animales, manger, boire et procréer, tout au plus encore dans l’habitation, la parure, etc., et que, dans ses fonctions d’homme, il ne se sent plus qu’animal. Le bestial devient l’humain et l’humain devient le bestial. »

Karl Marx, dans « Manuscrits de 1844 »

« Pour que le possesseur d’argent trouve sur le marché la force de travail à titre de marchandise, il faut cependant que diverses conditions soient préalablement remplies. L’échange des marchandises, par lui même, n’entraine pas d’autres rapports de dépendance que ceux qui découlent de sa nature. Dans ces données, la force de travail ne peut se présenter sur le marché comme marchandise, que si elle est offerte ou vendue par son propre possesseur. Celui-ci doit par conséquent pouvoir en disposer, c’est à dire être libre propriétaire de sa puissance de travail, de sa propre personne. Le possesseur d’argent et lui se rencontrent sur le marché et entrent en rapport l’un avec l’autre comme échangistes au même titre. Ils ne diffèrent qu’en ceci : l’un achète et l’autre vend, et par cela même, tous deux sont des personnes juridiquement égales.

Pour que ce rapport persiste, il faut que le propriétaire de la force de travail ne la vende jamais que pour un temps déterminé, car s’il la vend en bloc, une fois pour toutes, il se vend lui même, et de libre qu’il était se fait esclave, de marchand, marchandise. S’il veut maintenir sa personnalité, il ne doit mettre sa force de travail que temporairement à la disposition de l’acheteur, de telle sorte qu’en l’aliénant il ne renonce pas pour cela à sa propriété sur elle.

La seconde condition essentielle pour que l’homme aux écus trouve à acheter la force de travail, c’est que le possesseur de cette dernière, au lieu de pouvoir vendre des marchandises dans lesquelles son travail s’est réalisé, soit forcé d’offrir et de mettre en vente, comme une marchandise, sa force de travail elle-même, laquelle ne réside que dans son organisme.

Quiconque veut vendre des marchandises distinctes de sa propre force de travail doit naturellement posséder des moyens de production tels que matières premières, outils, etc. Il lui est impossible, par exemple, de faire des bottes sans cuir, et de plus il a besoin de moyens de subsistance. Personne, pas même le musicien de l’avenir, ne peut vivre des produits de la postérité, ni subsister au moyen de valeurs d’usage dont la production n’est pas encore achevée ; aujourd’hui, comme au premier jour de son apparition sur la scène du monde, l’homme est obligé de consommer avant de produire et pendant qu’il produit. Si les produits sont des marchandises, il faut qu’ils soient vendus pour pouvoir satisfaire les besoins du producteur. Au temps nécessaire à la production, s’ajoute le temps nécessaire à la vente.

La transformation de l’argent en capital exige donc que le possesseur d’argent trouve sur le marché le travailleur libre, et libre à un double point de vue. Premièrement le travailleur doit être une personne libre, disposant à son gré de sa force de travail comme de sa marchandise à lui ; secondement, il doit n’avoir pas d’autre marchandise à vendre ; être, pour ainsi dire, libre de tout, complètement dépourvu des choses nécessaires à la réalisation de sa puissance travailleuse.

Pourquoi ce travailleur libre se trouve t il dans la sphère de la circulation ? C’est là une question qui n’intéresse guère le possesseur d’argent pour lequel le marché du travail n’est qu’un embranchement particulier du marché des marchandises ; et pour le moment elle ne nous intéresse pas davantage. Théoriquement nous nous en tenons au fait, comme lui pratiquement. Dans tous les cas il y a une chose bien claire : la nature ne produit pas d’un côté des possesseurs d’argent ou de marchandises et de l’autre des possesseurs de leurs propres forces de travail purement et simplement. Un tel rapport n’a aucun fondement naturel, et ce n’est pas non plus un rapport social commun à toutes les périodes de l’histoire. Il est évidemment le résultat d’un développement historique préliminaire, le produit d’un grand nombre de révolutions économiques, issu de la destruction de toute une série de vieilles formes de production sociale.

De même les catégories économiques que nous avons considérées précédemment portent un cachet historique. Certaines conditions historiques doivent être remplies pour que le produit du travail puisse se transformer en marchandise. Aussi longtemps par exemple qu’il n’est destiné qu’à satisfaire immédiatement les besoins de son producteur, il ne devient pas marchandise. Si nous avions poussé plus loin nos recherches, si nous nous étions demandé, dans quelles circonstances tous les produits ou du moins la plupart d’entre eux prennent la forme de marchandises, nous aurions trouvé que ceci n’arrive que sur la base d’un mode de production tout à fait spécial, la production capitaliste. Mais une telle étude eût été tout à fait en dehors de la simple analyse de la marchandise. La production et la circulation marchandes peuvent avoir lieu, lors même que la plus grande partie des produits, consommés par leurs producteurs mêmes, n’entrent pas dans la circulation à titre de marchandises. Dans ce cas là, il s’en faut de beaucoup que la production sociale soit gouvernée dans toute son étendue et toute sa profondeur par la valeur d’échange. Le produit, pour devenir marchandise, exige dans la société une division du travail tellement développée que la séparation entre la valeur d’usage et la valeur d’échange, qui ne commence qu’à poindre dans le commerce en troc, soit déjà accomplie. Cependant un tel degré de développement est, comme l’histoire le prouve, compatible avec les formes économiques les plus diverses de la société. »

Karl Marx, « Le Capital », Livre premier, Achat et vente de la force de travail

« L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel. Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature. C’est la négation de la négation. Elle rétablit non la propriété privée du travailleur, mais sa propriété individuelle, fondée sur les acquêts de l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol. »

Karl Marx, « Le Capital », Livre premier

« A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grandissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés »

Karl Marx, « Le Capital », Livre premier

« Si le temps de travail est la mesure de la richesse, c’est que la richesse est fondée sur la pauvreté, et que le temps libre résulte de la base contradictoire du surtravail ; en d’autres termes cela suppose que tout le temps de l’ouvrier soit posé comme du temps de travail et que lui-même soit ravalé au rang de simple travailleur et subordonné au travail. C’est pourquoi la machinerie la plus développée contraint aujourd’hui l’ouvrier à travailler plus longtemps que ne le faisaient le sauvage ou lui-même, lorsqu’il disposait d’outils plus rudimentaires et primitifs. »

Karl Marx, dans « Grundisse »

Ce qui suit est la critique de Karl Marx du programme du parti socialiste allemand :

« L’affranchissement du travail exige que les instruments de travail soient élevés à l’état de patrimoine commun de la société et que le travail collectif soit réglementé par la communauté avec partage équitable du produit. » (extrait du programme du parti social-démocrate)

Commentaire de Marx :

« Les instruments de travail élevés à l’état de patrimoine commun », cela doit signifier sans doute : « transformés en patrimoine commun ». Mais ceci seulement en passant.

Qu’est-ce que c’est que le « produit du travail » ? L’objet créé par le travail ou sa valeur ? Et, dans ce dernier cas, la valeur totale du produit ou seulement la fraction de valeur que le travail est venu ajouter à la valeur des moyens de production consommés ?

Le « produit du travail » est une notion vague qui tenait lieu, chez Lassalle, de conceptions économiques positives.

Qu’est-ce que le « partage équitable » ?

Les bourgeois ne soutiennent-ils pas que le partage actuel est « équitable » ? Et, en fait, sur la base du mode actuel de production, n’est-ce pas le seul partage « équitable » ? Les rapports économiques sont-ils réglés par des idées juridiques ou n’est-ce pas, à l’inverse, les rapports juridiques qui naissent des rapports économiques ? Les socialistes des sectes n’ont-ils pas, eux aussi, les conceptions les plus diverses de ce partage « équitable » ?

Pour savoir ce qu’il faut entendre en l’occurrence par cette expression creuse de « partage équitable », nous devons confronter le premier paragraphe avec celui-ci. Ce dernier suppose une société dans laquelle « les instruments de travail sont patrimoine commun et où le travail collectif est réglementé par la communauté », tandis que le premier paragraphe nous montre que « le produit appartient intégralement, par droit égal, à tous les membres de la société ».

« A tous les membres de la société » ? Même à ceux qui ne travaillent pas ? Que devient alors le « produit intégral du travail » ? - Aux seuls membres de la société qui travaillent ? Que devient alors le « droit égal » de tous les membres de la société ?

Mais « tous les membres de la société » et le « droit égal » ne sont manifestement que des façons de parler. Le fond consiste en ceci que, dans cette société communiste, chaque travailleur doit recevoir, à la mode lassalienne, un « produit intégral du travail ».

Si nous prenons d’abord le mot « produit du travail » dans le sens d’objet créé par le travail (Produkt der Arbeit), alors le produit du travail de la communauté, c’est « la totalité du produit social ».

Là-dessus, il faut défalquer : Premièrement : un fonds destiné au remplacement des moyens de production usagés ; Deuxièmement : une fraction supplémentaire pour accroître la production ; Troisièmement : un fond de réserve ou d’assurance contre les accidents, les perturbations dues à des phénomènes naturels, etc.

Ces défalcations sur le « produit intégral du travail » sont une nécessité économique, dont l’importance sera déterminée en partie, compte tenu de l’état des moyens et des forces en jeu, à l’aide du calcul des probabilités ; en tout cas, elles ne peuvent être calculées en aucune manière sur la base de l’équité.

Reste l’autre partie du produit total, destinée à la consommation.

Mais avant de procéder à la répartition individuelle, il faut encore retrancher :

Premièrement les frais généraux d’administration qui sont indépendants de la production. Comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, cette fraction se trouve d’emblée réduite au maximum et elle décroît à mesure que se développe la société nouvelle. Deuxièmement : ce qui est destiné à satisfaire les besoins de la communauté : écoles, installations sanitaires, etc. Cette fraction gagne d’emblée en importance, comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, et cette importance s’accroît à mesure que se développe la société nouvelle.

Troisièmement : le fonds nécessaire à l’entretien de ceux qui sont incapables de travailler, etc., bref ce qui relève de ce qu’ on nomme aujourd’hui l’assistance publique officielle.

C’est alors seulement que nous arrivons au seul « partage » que, sous l’influence de Lassalle et d’une façon bornée, le programme ait en vue, c’est-à-dire à cette fraction des objets de consommation qui est répartie individuellement entre les producteurs de la collectivité.

Le « produit intégral du travail » s’est déjà métamorphosé en sous-main en « produit partiel », bien que ce qui est enlevé au producteur, en tant qu’individu, il le retrouve directement ou indirectement, en tant que membre de la société.

De même que le terme de « produit intégral du travail » s’est évanoui, de même nous allons voir s’évanouir celui de « produit du travail » en général.

Au sein d’un ordre social communautaire, fondé sur la propriété commune des moyens de production, les producteurs n’échangent pas leurs produits ; de même, le travail incorporé dans des produits n’apparaît pas davantage ici comme valeur de ces produits, comme une qualité réelle possédée par eux, puisque désormais, au rebours de ce qui se passe dans la société capitaliste, ce n’est plus par la voie d’un détour, mais directement, que les travaux de l’individu deviennent partie intégrante du travail de la communauté. L’expression : « produit du travail », condamnable même aujourd’hui à cause de son ambiguïté, perd ainsi toute signification.

Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste ; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. Le producteur reçoit donc individuellement - les défalcations une fois faites - l’équivalent exact de ce qu’il a donné à la société. Ce qu’il lui a donné, c’est son quantum individuel de travail. Par exemple, la journée sociale de travail représente la somme des heures de travail individuel ; le temps de travail individuel de chaque producteur est la portion qu’il a fournie de la journée sociale de travail, la part qu’il y a prise. Il reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle, en retour, sous une autre forme.

C’est manifestement ici le même principe que celui qui règle l’échange des marchandises pour autant qu’il est échange de valeurs égales. Le fond et la forme diffèrent parce que, les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d’autre que son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l’individu que des objets de consommation individuelle. Mais pour ce qui est du partage de ces objets entre producteurs pris individuellement, le principe directeur est le même que pour l’échange de marchandises équivalentes : une même quantité de travail sous une forme s’échange contre une même quantité de travail sous une autre forme.

Le droit égal est donc toujours ici dans son principe... le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s’y prennent plus aux cheveux, tandis qu’aujourd’hui l’échange d’équivalents n’existe pour les marchandises qu’en moyenne et non dans le cas individuel.

En dépit de ce progrès, le droit égal reste toujours grevé d’une limite bourgeoise. Le droit du producteur est proportionnel au travail qu’il a fourni ; l’égalité consiste ici dans l’emploi comme unité de mesure commune.

Mais un individu l’emporte physiquement ou moralement sur un autre, il fournit donc dans le même temps plus de travail ou peut travailler plus de temps ; et pour que le travail puisse servir de mesure, il faut déterminer sa durée ou son intensité, sinon il cesserait d’être unité. Ce droit égal est un droit inégal pour un travail inégal. Il ne reconnaît aucune distinction de classe, parce que tout homme n’est qu’un travailleur comme un autre ; mais il reconnaît tacitement l’inégalité des dons individuels et, par suite, de la capacité de rendement comme des privilèges naturels. C’est donc, dans sa teneur, un droit fondé sur l’inégalité, comme tout droit. Le droit par sa nature ne peut consister que dans l’emploi d’une même unité de mesure ; mais les individus inégaux (et ce ne seraient pas des individus distincts, s’ils n’étaient pas inégaux) ne sont mesurables d’après une unité commune qu’autant qu’on les considère d’un même point de vue, qu’on ne les saisit que sous un aspect déterminé ; par exemple, dans le cas présent, qu’on ne les considère que comme travailleurs et rien de plus, et que l’on fait abstraction de tout le reste. D’autre part : un ouvrier est marié, l’autre non ; l’un a plus d’enfants que l’autre, etc., etc. A égalité de travail et par conséquent, à égalité de participation au fonds social de consommation, l’un reçoit donc effectivement plus que l’autre, l’un est plus riche que l’autre, etc. Pour éviter tous ces inconvénients, le droit devrait être non pas égal, mais inégal.

Mais ces défauts sont inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste, après un long et douloureux enfantement. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l’état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond.

Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! »

Je me suis particulièrement étendu sur le « produit intégral du travail », ainsi que sur le « droit égal », le « partage équitable », afin de montrer combien criminelle est l’entreprise de ceux qui, d’une part, veulent imposer derechef à notre Parti, comme des dogmes, des conceptions qui ont signifié quelque chose à une certaine époque, mais ne sont plus aujourd’hui qu’une phraséologie désuète, et d’autre part, faussent la conception réaliste inculquée à grand-peine au Parti, mais aujourd’hui bien enracinée en lui, et cela à l’aide des fariboles d’une idéologie juridique ou autre, si familières aux démocrates et aux socialistes français.

Abstraction faite de ce qui vient d’être dit, c’était de toute façon une erreur que de faire tant de cas de ce qu’on nomme le partage, et de mettre sur lui l’accent.

A toute époque, la répartition des objets de consommation n’est que la conséquence de la manière dont sont distribuées les conditions de la production elles-mêmes. Mais cette distribution est un caractère du mode de production lui-même. Le mode de production capitaliste, par exemple, consiste en ceci que les conditions matérielles de production [8] sont attribuées aux non-travailleurs sous forme de propriété capitaliste et de propriété foncière, tandis que la masse ne possède que les conditions personnelles de production : la force de travail. Si les éléments de la production sont distribués de la sorte, la répartition actuelle des objets de consommation s’ensuit d’elle-même. Que les conditions matérielles de la production soient la propriété collective des travailleurs eux-mêmes, une répartition des objets de consommation différente de celle d’aujourd’hui s’ensuivra pareillement. Le socialisme vulgaire (et par lui, à son tour, une fraction de la démocratie) a hérité des économistes bourgeois l’habitude de considérer et de traiter la répartition comme une chose indépendante du mode de production et de représenter pour cette raison le socialisme comme tournant essentiellement autour de la répartition. Les rapports réels ayant été depuis longtemps élucidés, à quoi bon revenir en arrière ? »

Extraits des "Gloses marginales su le programme du parti socialiste allemand" de Karl Marx

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