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Algérie : 5000 travailleurs paralysent le complexe SNVI

lundi 4 janvier 2010

LA SNVI (ROUIBA)

LA GRÈVE

5000 travailleurs paralysent le complexe SNVI

La grogne sociale monte et l’année commence plutôt mal pour les travailleurs de la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) de Rouiba qui ont observé massivement, hier, un arrêt de travail pour protester contre les conclusions de la dernière réunion tripartite. Moins d’un mois après le rassemblement qu’ont organisé les cadres syndicaux devant le siège de l’union locale de l’UGTA de Rouiba pour dénoncer les décisions annoncées à l’issue de la tripartite de début décembre 2009, c’est au tour des travailleurs de la SNVI d’embrayer sur la protestation.

Suite de la page 1 Le vaste complexe était quasiment paralysé durant toute la journée et au lieu de trouver des bras occupés à travailler l’acier, nous avons rencontré des hommes inquiets et en colère, en petits groupes autour d’une discussion enflammée sur leur situation ou regroupés devant la direction de l’entreprise. Quelque 5000 travailleurs ont adhéré au mot d’ordre de grève lancé hier, spontanément nous dit-on, paralysant ainsi quasi totalement l’ensemble des ateliers de la SNVI. La fonderie et la forge ainsi que les ateliers de la division des véhicules industriels (DVI) et d’autres unités étaient totalement à l’arrêt. Et le mouvement risque de durer car « la grève est illimitée ; elle ne cessera qu’avec la satisfaction de nos revendications », clament les protestataires. Les relents politiques de la manifestation sont on ne peut plus clairs : le monde du travail vient en effet de réserver une réponse cinglante aux conclusions du gouvernement et à son partenaire social, l’UGTA. « Nous rejetons catégoriquement les accords passés entre l’UGTA et le gouvernement lors de la dernière réunion tripartite. Nos revendications se résument en deux points : les salaires et le départ à la retraite. Nous voulons une augmentation conséquente et le maintien de l’actuel système de départ en retraite », nous a déclaré un travailleur. Et à son collègue d’expliquer : « Nos prétendus représentants sont allés à cette réunion sans avoir lancé un débat au préalable ; ils ont conclu un accord très défavorable aux travailleurs.

Tout le monde sait qu’augmenter le SNMG de 3000 DA est insignifiant et ne touche qu’une infime partie des travailleurs. Nous sommes en outre contre la suppression du droit de départ à la retraite proportionnelle ou après 32 ans de service. En plus de 32 ans de service, que pouvons-nous apporter ? Le gouvernement devrait plutôt être vigilant sur le sort des recettes pétrolières. Il faut absolument revoir les salaires et le partage des richesses nationales. » Les travailleurs de la SNVI estiment que la situation est intenable. « Le pouvoir d’achat ne cesse de dégringoler et notre situation de se dégrader. C’est notre dignité même qui s’en trouve entamée. Les hauts responsables voient leurs revenus croître sans cesse et nous autres, simples travailleurs, subissons le diktat d’un pouvoir qui n’a d’yeux que pour les intérêts restreints d’une certaine classe », nous dit-on. Les grévistes trouvent que les travailleurs de ce complexe évoluent dans des conditions très difficiles. « Nous travaillons dans des conditions pénibles. Et ceci ne nous permet pas de continuer à travailler jusqu’à 60 ans. Celui qui travaille à la forge ou à la fonderie et qui mange seulement un sandwich à midi ne peut pas résister aussi longtemps », dit un autre travailleur. « La décision rendue publique après la tripartite était contenue dans le discours du Président du 24 février 2009. Ce qui renseigne sur le fait qu’elle n’est même pas le fruit d’une négociation entre le gouvernement, le patronat et la centrale syndicale, comme on le laisse entendre », lance un syndicaliste. De nombreux travailleurs que nous avons trouvés rassemblés devant le siège de leur direction dénoncent l’augmentation des prix de divers produits de large consommation intervenue juste avant ou tout de suite après la réunion tripartite. Ils nous ont déclaré que la grève est illimitée et que le mouvement va être porté dans la rue s’ils ne trouvent pas une oreille attentive à leurs doléances. La tension était telle, hier, qu’on a jugé nécessaire de mobiliser une équipe de la Gendarmerie nationale dans l’enceinte du complexe.

Les manifestants étaient surtout remontés contre l’UGTA qui, selon leurs propos, « a livré les travailleurs à l’injustice et à l’exploitation en cédant sur leurs droits ». Un syndicaliste trouve, en effet, qu’il est vain de parler d’augmentation si l’article 87 bis du code du travail n’est pas abrogé. « Cet article assimile le salaire de base au salaire net que doit recevoir le travailleur », nous dit-il. Les travailleurs de la SNVI mettent en avant leur « sens du sacrifice et leur dévouement » pour s’opposer aux « velléités de leur exploitation ». « Lorsqu’on nous a demandé, dernièrement, de fabriquer un bus en toute urgence pour transporter l’équipe nationale à son retour de Khartoum, de l’aéroport jusqu’à Alger-Centre, nous avons travaillé jour et nuit », disent-ils. A notre sortie du complexe, les travailleurs étaient toujours en grève et une délégation représentant le syndicat d’entreprise était venue les voir. Mais certains travailleurs de la DVI rappellent que leur section syndicale attend depuis plus d’une année l’organisation d’une assemblée générale élective pour le renouvellement de son bureau. Ils rappellent q’un désaccord entre les anciens membres du bureau et les nouveaux candidats sur le mode de scrutin à adopter (vote par atelier ou vote général) a provoqué une crise qui dure depuis la fin de l’année 2008. Un recours a été introduit auprès du secrétariat national de l’UGTA, mais les travailleurs attendent toujours une décision de la part des responsables. Responsables, syndicalistes et travailleurs sont conscients que les problèmes soulevés dépassent les compétences de la direction de l’usine, d’où leur appel au gouvernement afin qu’il revoie sa copie.

Par Kamel Omar

5 Messages de forum

  • Décidément, l’année sociale commence plutôt mal en Algérie. Des milliers de travailleurs de la Société nationale des véhicules industriels (SNVI, ex-Sonacome), implantée au niveau de la zone industrielle de Rouiba, le font savoir. Les travailleurs de toutes les unités (DVI, Fonderie, Carrosserie…) sont en grève depuis hier et jurent qu’ils ne reprendront pas le travail sans qu’il y ait de réponse officielle à leurs doléances.
    Les grévistes, plus de 5 000 selon nos estimations, qui ont entamé un arrêt de travail sans l’assentiment de l’UGTA, dénoncent le contenu social de l’accord de la dernière tripartite (gouvernement, patronat et UGTA), notamment la remise en cause du système des retraites en cours et de l’augmentation salariale, jugée dérisoire par rapport à l’augmentation faramineuse du coût de la vie. Les protestataires envisageaient même d’organiser un rassemblement à Alger. Ils se sont contentés d’une marche, suivie d’un rassemblement à l’intérieur du Complexe de véhicules industriels. « Entre nous, un gouvernement, un patronat et un syndicat qui sortent tous très satisfaits d’une réunion, c’est louche ! C’est évident, chacun défend ses intérêts. Nous (les travailleurs ndrl) sommes finalement les dindons de la farce », lancera un protestataire, dès notre entrée dans cet immense complexe. Alors qu’on discutait avec un responsable de la SNVI de l’objet de notre visite, la tension monta soudainement d’un cran. « On veut parler aux journalistes ! », scandaient des centaines de travailleurs aux responsables, qui ont vainement tenté d’obstruer notre mission. La foule, visiblement très en colère, n’a pas manqué de le faire savoir. « Nos revendications sont connues. Nous dénonçons la remise en cause du système de départ à la retraite. Comment des gens occupant des postes d’une grande pénibilité peuvent-ils résister plus de 25 ans sans y laisser leur santé ? Imaginez des agents qui travaillent dans les forges, dans des ateliers de polyester, en qualité de soudeur… Des postes de travail où un être humain ne peut pas rester plus de 27 ans. Et on nous demande d’y travailler pendant 40 ans ? C’est inhumain ! » « Les pouvoirs publics se plaignent du grand nombre de chômeurs mais empêchent la libération des postes de travail au profit de notre jeunesse, qui aime son pays. » Tout le monde voulait parler et rappeler la précarité que subissent les travailleurs. C’est Mouloud qui l’expliquera : « Nous sommes sortis pour faire part de nos doléances en dépit de ce que fait l’UGTA pour nous en empêcher. Comme on vous l’a expliqué, nous sommes contre la décision du rallongement de la période de cotisation et de l’âge de départ à la retraite, nous dénonçons la cherté de la vie et cette augmentation salariale. La dernière augmentation du SNMG ne nous touche pas. Cette valorisation n’a été consentie que pour une infime partie des fonctionnaires des communes. Même si cela nous concernait, cette augmentation serait vite absorbée par l’augmentation faramineuse des prix des produits alimentaires. Le gouvernement a consenti l’équivalent de 2 000 DA d’augmentation sur le salaire, mais la majoration des prix ampute nos fiches de paie de 6 000 DA. » Et une autre voix de s’élever : « De plus, nous payons plus d’impôts que les commerçants. C’est aberrant ! Nous ne pouvons plus vivre décemment avec nos salaires actuels ! Comment ose-t-on demander à un homme qui ne mange chaque jour qu’un plat d’épinards de travailler pendant 40 ans devant un haut fourneau ?! » Nous quittons la SNVI sous une bonne escorte d’agents de sécurité, qui ont visiblement reçu des consignes, mais qu’ils ne pouvaient appliquer devant des centaines de travailleurs. Mais combien de temps cachera-t-on cette colère contre la pauvreté ?

    Abachi L.

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  • Algérie : 5000 travailleurs paralysent le complexe SNVI 4 janvier 2010 21:24, par Robert Paris

    Violentes émeutes à Chaïba

    De violentes émeutes ont éclaté hier en début d’après-midi à Chaïba, localité située à quelque dix kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Annaba.
    Près d’un millier de jeunes sans emploi ou ayant bénéficié de contrats de travail, relevant du dispositif des contrats CFI (emploi destiné aux sans-qualification), arrivant à expiration, se sont rassemblés dans la matinée devant le siège de la mairie de Sidi Amar, de laquelle relève administrativement leur agglomération, dans l’intention de faire part de leur situation aux responsables concernés. Ayant attendu longtemps sans pouvoir faire part de leurs doléances aux concernés, et excédés, les jeunes ont procédé à la fermeture de toutes les issues menant vers leur cité. Ils ont utilisé pour ce faire des pneus brûlés, des troncs d’arbres et d’autres objets hétéroclites, empêchant ainsi toute circulation automobile sur l’ensemble des axes traversant Chaïba et reliant la ville de Annaba aux wilayas de Guelma et Souk-Ahras. Les forces de l’ordre, qui se sont rendues sur les lieux pour procéder à l’ouverture des routes au trafic, poursuivent, à l’heure où nous écrivons ces lignes, leur tentative mais sans résultat. Les jeunes nous ont affirmé qu’ils resteraient sur place jusqu’à la satisfaction de leurs doléances. Ils affirment qu’ils n’ont pas d’autre moyen de faire entendre leur voix que celle de l’émeute.

    A. Bouacha

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  • Annaba. Plusieurs manifestations

    La protesta des jeunes chômeurs a repris hier dans les communes de Annaba, d’El Hadjar et de Sidi Amar.

    Dans la matinée, les sièges des trois APC ont été assiégés par des centaines de manifestants et la circulation routière tout autour était bloquée par des barrages improvisés par les jeunes manifestants. On appréhendait des dépassements, d’où l’intervention des éléments de la police antiémeute appelés pour protéger les édifices administratifs. Encore une fois, c’est un problème de contrat entrant dans le cadre du fameux dispositif d’aide et d’insertion professionnelle qui est à l’origine de la manifestation musclée des jeunes chômeurs.

    A Sidi Amar, les jeunes protestataires ont bloqué – en usant de pierres et de troncs d’arbres – la route reliant cette commune au chef-lieu de wilaya à hauteur de la localité de Chaïba pour demander le renouvellement ou l’accès au Contrat de formation et d’insertion (CFI), obligeant les usagers de la route à rebrousser chemin sous peine de voir leurs véhicules saccagés. Parallèlement, dans la commune d’El Hadjar, les jeunes révoltés ont revendiqué les mêmes doléances devant le siège de l’APC. Une situation similaire s’est produite au même moment devant le siège de l’APC de Annaba pour exprimer les mêmes revendications. Contactés, des élus des trois communes ont promis de prendre en charge les revendications des jeunes manifestants mais, ont-ils souligné, dans le cadre de la disponibilité des contrats DIAP et CFI.

    Par M. F. G.

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  • La grève s’est poursuivie hier à la SNVI
    Sidi-Saïd dépêche ses conseillers à Rouiba

    Malgré la médiation tentée par des responsables de la Centrale syndicale, les travailleurs restent intransigeants sur l’ordonnance de 1997, relative à la retraite, dont ils demandent la reconduction.

    La situation a failli dégénérer hier à la SNVI lorsque des grévistes sont sortis à l’extérieur de l’enceinte du complexe de l’entreprise pour exprimer leur colère sous le regard discret de quelques policiers déployés pour éviter le blocage de la circulation automobile. Il a fallu l’intervention des syndicalistes pour que ces travailleurs acceptent de regagner leur unité pour poursuivre leur mouvement de grève entamé avant-hier. Les protestataires exigent toujours une augmentation de salaires conséquente, l’annulation de la décision prise par la tripartite concernant la retraite, la baisse de l’IRG et la suppression de l’article 87 bis de la loi 90/11. “Nous n’allons pas reprendre le travail si ces exigences ne sont pas satisfaites”, ont affirmé hier encore les 6 000 travailleurs que compte le complexe de la SNVI. Plusieurs tentatives pour amorcer le dialogue avec les travailleurs ont échoué.
    Ces derniers exigent des représentants de la Centrale syndicale qu’on leur donne des explications sur les décisions prises par la tripartite qui, selon eux, sont en deçà des attentes des travailleurs. Mais aucun membre du secrétariat de la Centrale syndicale n’a fait le déplacement à Rouiba à l’exception du chargé de communication Rachid Aït Ali et deux autres conseillers qui ont été dépêchés par Sidi-Saïd pour suivre de près la situation. Les trois responsables, venus surtout écouter les préoccupations des travailleurs, ont assisté à l’assemblée générale organisée dans l’après-midi et à laquelle ont pris part les membres du secrétariat de l’union locale, à sa tête
    M. Messaoudi, ainsi que les membres du syndicat d’entreprise de la SNVI menés par
    M. Benmouloud. Ce dernier a indiqué dans son intervention que des négociations vont bientôt commencer pour modifier la convention de branche et revoir la grille des salaires.
    Des voix s’élèvent de la foule pour exiger des délais. “Nous voulons des délais, une date”, scandent les grévistes. M. Benmoloud les informe qu’il est impossible d’avancer une date précise car il s’agit de négociations pour la révision de la convention de branche. Mais les travailleurs restent intransigeants sur l’ordonnance de 1997 relative à la retraite dont ils demandent la reconduction. Les travailleurs sont intervenus pour demander la suppression de l’article 87 bis et la baisse de l’IRG. “Il n’est pas normal que les salariés payent plus d’impôts que les commerçants et les patrons”, disent-ils. Le secrétaire général de l’union locale intervient pour expliquer aux travailleurs que ces préoccupations ont été soulevées par l’instance locale, mais à chaque fois des voix s’élèvent pour demander du concret. L’intervention des responsables a un peu atténué la tension mais elle n’a pas réglé pour autant les problèmes puisque une partie des travailleurs a décidé de poursuivre le mouvement de grève aujourd’hui.

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  • Algérie : 5000 travailleurs paralysent le complexe SNVI 9 janvier 2010 15:54, par Robert Paris

    Les travailleurs de la SNVI de Rouiba durcissent leur action de protestation chaque jour un peu plus. Après le rassemblement organisé la veille sur la voie publique, juste devant l’entrée principale de leur usine, ils ont carrément bloqué la circulation de la route reliant Rouiba à Réghaïa hier, au troisième jour de la protestation. Ils ont occupé la voie publique, ne laissant passer que les cas d’urgence comme les automobilistes transportant des malades. Les forces de sécurité mobilisées sur place sont restées à l’écart veillant tranquillement au maintien de l’ordre.Si la grève est suivie par « les 5000 travailleurs du site », selon les manifestants, à notre arrivée sur les lieux, vers 10h30, il y avait environ 600 protestataires sur la voie publique. « Tout le monde est en grève et nous sommes tous d’accord avec ce mouvement. Si cela s’avère nécessaire, nous allons tous sortir dans la rue », nous déclare un groupe de travailleurs que nous avons rencontré à l’entrée de l’usine. Les travailleurs nous ont dit qu’ils marcheraient aujourd’hui sur la ville de Rouiba si aucune réponse n’est apportée à leurs revendications. Ils rappellent qu’ils rejettent catégoriquement les décisions prises lors de la réunion tripartite du mois de décembre 2009, notamment l’augmentation du SNMG de 3000 DA et la suppression du droit de départ à la retraite sans condition d’âge. « Nous souhaitons que nos camarades travailleurs des autres unités, voire des autres régions du pays, se mobilisent à nos côtés pour que nous puissions défendre nos droits. L’UGTA nous a vendus et il ne nous reste que l’action et la mobilisation pour nous défendre », nous a déclaré un travailleur. Les manifestants rappellent que « l’augmentation du SNMG de 3000 DA ne profite pratiquement à aucun employé de la SNVI et l’annulation de la loi de 1997 permettant de sortir en retraite proportionnelle est très dommageable pour nous qui travaillons dans des conditions pénibles ». « Le gouvernement a décidé de ne plus permettre de laisser partir à la retraite les travailleurs totalisant 32 ans d’exercice, pour ne nous laisser que l’option de l’âge (60 ans). Mais à 60 ans, j’aurais passé 43 longues années de travail dans la forge. A-t-on pensé aux effets de tout ce temps sur notre santé ? », nous a déclaré un autre travailleur, qui dit avoir commencé à travailler à la SNVI à l’âge de 17 ans. Un groupe d’autres travailleurs nous entretient des problèmes socioprofessionnels qu’ils vivent au quotidien. « Notre salaire est tel que nous devons quémander le couffin du Ramadhan et nous endetter auprès de l’employeur pour l’achat du mouton de l’Aïd. Ceci n’est pas normal pour un homme qui travaille depuis des années. Dans les pays qui se respectent, un citoyen qui travaille n’est jamais pauvre ; il est à l’abri du besoin et il se permet des vacances », nous lance-t-on. A cela se greffent d’autres doléances. Les travailleurs dénoncent ce qu’ils appellent le « favoritisme dans les promotions et les recrutements ». Ce que dément formellement le PDG de la SNVI, Mokhtar Chahboub, qui dit que « la direction du complexe fait tout conformément à la réglementation, car la promotion obéit à des critères ». Mieux, le PDG dira que « s’il y a eu fraude dans la promotion, y compris pour les syndicalistes, la direction n’a jamais été informée ». En ce qui concerne les recrutements, jusqu’à la limite tolérée par l’Agence nationale de l’emploi, les enfants des travailleurs de la SNVI, y compris de ceux qui sont décédés ou sortis en retraite, sont favorisés dans le cas de qualification égale avec les autres candidats, selon le même responsable.
    « Aucun responsable n’est venu nous voir »

    Au sujet de l’absence d’interlocuteurs dont se plaignent les travailleurs durant ces trois jours de grève, le premier responsable de la SNVI nous dit : « Au début, nous avons considéré que c’était au syndicat de prendre en charge le problème parce que les travailleurs exposent des problèmes qui les regardent directement. En plus, personne n’est venu nous voir. Cependant, des concertations sont en cours avec la tutelle et le secrétariat national de l’UGTA en vue de trouver une issue à cette crise. » Les travailleurs de leur côté déclarent qu’« aucun responsable n’est venu nous voir ». M. Chahboub estime le taux de participation à la grève à 62% et explique l’arrêt total des activités dans tous les ateliers par la « coïncidence de la protestation avec la période de l’inventaire ». « Durant les trois jours que dure l’inventaire annuel, tout se met à l’arrêt. Je peux dire par conséquent que sur le plan économique, la grève n’a jusqu’ici pas eu d’impact sur l’entreprise, car de toutes les manières, on aura arrêté de travailler pendant ces trois jours. » En tout cas, la grève va commencer à affecter le budget de l’entreprise à partir d’aujourd’hui, si elle ne l’a pas déjà fait. Quant aux salaires, M. Chahboub soutient que ceux de la SNVI ne sont pas en deçà de ceux des autres entreprises de la Fédération de la métallurgie. « Nos salaires sont conformes aux dispositions des conventions de branches et de la convention collective », a-t-il affirmé, laissant entendre qu’en termes de politique salariale et de départ à la retraite, la direction de l’entreprise n’est pas habilitée à prendre des décisions. Il soutiendra aussi que du point de vue sanitaire, son entreprise est dotée d’un service de médecine du travail capable de prendre en charge les travailleurs. Il précise toutefois qu’« il se pose un problème avec les maladies à caractère professionnel qui ne sont pas reconnues par la CNAS ». Sa collaboratrice, la DRH du complexe, ajoute : « Nous avons entrepris une démarche pour ajouter à la liste des maladies professionnelles reconnues par la CNAS d’autres maladies qui touchent nos travailleurs. » Mais les travailleurs insistent sur l’insuffisance de tout cela. « Je ne peux pas me permettre de manger tous les jours à la cantine. Si je le fais, ce serait au détriment de mes enfants. C’est donc à l’Etat qui engrange des milliards de dollars de recettes pétrolières de nous assurer un minimum vital », dit un travailleur. L’un d’eux nous dira qu’il a perdu un poumon à cause de l’air qu’il respire dans les ateliers. Un autre nous montre ses jambes pleines de varices à cause du poids qu’il est obligé de soulever tout au long de la journée et un autre encore des blessures qui ont failli lui faire perdre le pied. « Nous réclamons un statut particulier, nous exigeons un salaire à la mesure de nos sacrifices et le droit de partir en retraite lorsque nous sentons que nous n’avons plus d’énergie pour continuer. Nous sommes exténués », ajoute notre interlocuteur. Son camarade intervient pour rappeler : « Nous sommes conscients de ce que nous faisons. Nous ferons tout pour préserver notre entreprise. » Le PDG a lancé un appel en direction des travailleurs pour qu’ils reprennent le travail, soutenant que son entreprise est sur la bonne voie avec un programme d’assainissement, une bonne part du marché et un plan de charge pour les 3 ans à venir. Dans la matinée, c’est le syndicat d’entreprise, qui dit rejeter les décisions de la tripartite, qui avait appelé les travailleurs, à travers un communiqué affiché dans l’enceinte de l’usine, à reprendre le travail tout en s’engageant à « arracher une augmentation des salaires dans le cadre des négociations de la convention de branches et qui serait effective à partir du 1er janvier courant ». L’après-midi, des bruits couraient que d’autres unités industrielles de la zone de Rouiba-Réghaïa rejoindraient la protesta aujourd’hui.

    Par Kamel Omar - Elwatan.com

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