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Les travailleurs indiens du charbon en grève ont mis au pied du mur le gouvernement de Modi

dimanche 11 janvier 2015

Les travailleurs indiens du charbon en grève ont mis au pied du mur le gouvernement de Modi

Inde : les mineurs de charbon (3,4 millions de salariés) ont cessé hier leur grève contre le projet de privatisation de leur entreprise nationalisée Coal India. Ils ont obtenu l’engagement du gouvernement que l’Etat resterait aux commandes et qu’il n’y aurait aucune suppression d’emploi dans l’entreprise qui a le quasi-monopole de la production du charbon en Inde. C’est une victoire mais le gouvernement ne va certainement pas s’en tenir là et la lutte ne fait que de commencer même si les syndicats sont bien contents de ne pas mener la lutte plus loin…

Des millions de mineurs indiens avaient entamé mardi un mouvement de grève qui doit s’étendre sur cinq jours pour protester contre les démarches visant à l’ouverture du marché du charbon aux sociétés privées.

A l’appel de leurs syndicats, plusieurs millions de mineurs indiens ont entamé mardi une grève de cinq jours pour empêcher l’ouverture du marché du charbon au privé.

Ils sont employés par la société Coal India, contrôlée par l’Etat, qui détient le quasi-monopole de la production de charbon dans un pays où cette source d’énergie fournit 60% de l’électricité.

Le gouvernement a récemment pris une ordonnance ouvrant l’industrie minière au secteur privé après l’annulation en septembre dernier de 200 permis d’extraction minière par la Cour suprême indienne qui avait jugé illégale leur attribution. Cette mesure fait partie d’un train de réformes visant à libéraliser l’économie et programmé par le Premier ministre Narendra Modi, leader du Parti du peuple indien (droite nationaliste).

Ce débrayage a été décidé après l’échec des tractations de dernière minute.Il est présenté par certains leaders syndicaux comme la plus grande grève depuis 1977. Environ 3.7 millions de mineurs de la société étatique Coal India, qui détient un quasi-monopole sur la production de charbon dans le pays, ont répondu à l’appel des cinq syndicats qui les représentent. Ces derniers craignent que la privatisation souhaitée par les autorités indiennes ne s’accompagne d’une réduction des emplois.

Dans le cadre des réformes envisagées par le Premier ministre Narendra Modi pour relancer l’économie du pays, le gouvernement de droite au pouvoir en Inde s’est en effet engagé en octobre dernier à ouvrir l’industrie minière au secteur privé. Dans le cas de Coal India, les autorités attendent de cette initiative qu’elle contribue à une augmentation de la production. Produisant environ 60% de l’électricité dans le pays, le charbon est une importante source énergétique pour le pays. Cette grève s’accompagne de craintes grandement fondées d’importantes coupures de courant. Des sources concordantes affirment que les syndicats devraient rencontrer mercredi des responsables du gouvernement.

L’Inde dispose de la cinquième réserve mondiale de charbon. Et malgré cette abondance, la rapide industrialisation du pays liée à la sous-exploitation de cette richesse entraîne une demande sans cesse croissante d’énergie qui fait que l’Inde est également un important importateur de charbon. Cette situation est à l’origine des fortes pressions que Coal India subit depuis des années pour augmenter sa production.

Des centaines de milliers de mineurs ont entamé, mardi 6 janvier, une grève de cinq jours pour protester contre la libéralisation du secteur du charbon. Selon Gurudas Dasgupta, secrétaire général du syndicat All India Trade Union Congress, cette grève serait la plus suivie en Inde depuis 1977.

Quelques mois après avoir promis de l’électricité sans coupure aux Indiens, le premier ministre indien risque de les plonger dans le noir.

- 60 % des mines de charbon sont à l’arrêt

- À partir de samedi, des centrales thermiques pourraient connaître des pénuries de charbon

- Au 1er janvier, les centrales à charbon indiennes ne disposaient que de neuf jours de réserve, et 20 d’entre elles n’en possédaient suffisamment que pour fonctionner quatre jours.

En Inde, c’est, jusqu’à présent, l’entreprise publique Coal India, premier producteur au monde de charbon (près de 370 000 mineurs), qui possédait un quasi-monopole sur l’extraction et la production de ce minerai, depuis la nationalisation du secteur en 1972.

Une loi, passée par le gouvernement le 12 décembre 2014 à la chambre basse du Parlement, prévoit d’ouvrir le secteur de l’exploitation et de la production à toutes les entreprises. Pour rentrer en application, cette loi doit encore obtenir l’aval de la chambre haute du Parlement.

Les syndicats redoutent également la cession de parts de l’entreprise publique depuis que le gouvernement a engagé un plan de privatisations afin de réduire son déficit budgétaire.

Plus qu’ailleurs, le charbon est essentiel au bon fonctionnement de l’économie du pays, puisqu’il fournit plus de la moitié de ses besoins en énergie primaire contre une moyenne de 29 % ailleurs dans le monde.

Cette grève renforce les difficultés rencontrées dans le secteur depuis l’annulation par la Cour Suprême, en septembre 2014, de 214 permis d’extraction minière, dont l’attribution a été jugée illégale. Les importations indiennes de charbon ont triplé depuis 2007. Le gouvernement espère attirer les investissements privés pour augmenter la production de charbon et faire face à la hausse des besoins en énergie de l’Inde.

Lors du Forum économique mondial, organisé à Delhi le 6 novembre, le ministre indien de l’énergie, Piyush Goyal a déclaré que la demande domestique en énergie doublerait d’ici à 2019 et que le pays devait rapidement accélérer sa production de charbon, qui fournit les deux tiers de la production d’électricité.

Dans un pays qui souhaite s’industrialiser et où 300 millions d’habitants n’ont pas accès à l’électricité, les alternatives au charbon sont difficiles à trouver. La production d’énergie d’origine solaire et ou éolienne progresse, mais elle ne pourra pas concurrencer le charbon qui reste moins cher.

Quant au nucléaire, malgré la promesse de signatures de contrats avec les États-Unis et la France pour la construction de centrales, les négociations sont bloquées. Le point d’achoppement réside dans l’attribution des responsabilités en cas d’accident, que l’Inde aimerait faire endosser aux constructeurs comme Areva ou Westinghouse.

Fort d’une majorité à la chambre basse du Parlement, Narendra Modi affronte la première grève d’envergure de son mandat commencé en mai 2014. Le plus surprenant est de trouver, parmi les syndicats en grève, le Bharatiya Mazdoor Sangh (BMS), proche du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir qui contrôle la majorité au Parlement. Ces derniers n’ont pas réussi à infléchir la politique du gouvernement, se disant « ignorés ».

En matière de politique économique, la solidarité entre nationalistes hindous pèse peu face aux intérêts divergents entre gouvernement et ouvriers. Critiqués pour être inféodés aux partis politiques, les syndicats sont souvent absents des médias contrairement aux économistes ou aux chefs d’entreprise.

Les voici qui reviennent en force dans le débat sur l’orientation économique du pays, à l’heure où le gouvernement indien a lancé le programme « make in India », destiné à attirer les investissements dans l’industrie et ainsi absorber les 10 à 15 millions de travailleurs qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

« M. Modi traverse son moment Thatcher », écrit Rajesh Kumar Singh dans une tribune publiée par l’agence Bloomberg, faisant référence à la longue lutte qui opposait les mineurs de charbon au premier ministre britannique au début des années 1980, ajoutant cependant que M. Modi « est moins dans la confrontation ».

1 Message

  • Prévue pour durer cinq jours, la grève des millions de mineurs de Coal India s’est finalement achevée au bout de quarante-huit heures. Une réunion entre les syndicats du géant minier – qui produit 80 % du charbon de l’Inde – et le ministre du Charbon et de l’Electricité a permis aux salariés d’obtenir assez de garanties pour reprendre le travail. L’enjeu pour le gouvernement était considérable  : Coal India assure la majeure partie de l’approvisionnement des centrales électriques du pays, l’électricité étant produite à 60 % à base de charbon. Or les stocks des centrales sont en moyenne très bas, de l’ordre de quelques jours de production, et les cinq jours de grève annoncés pouvaient déboucher sur des coupures massives.

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