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Les grandes avancées historiques de la pensée socialiste de Charles Fourier

jeudi 24 juin 2021, par Robert Paris

Les grandes avancées historiques de la pensée socialiste de Charles Fourier

Charles Fourier, socialiste utopique, a conçu dans son cerveau la société nouvelle ou Harmonie, complètement opposée à la société actuelle, bourgeoise, qu’il appelle « Civilisation »…

Il a innové dans de nombreux domaines, inventant l’écologie, le féminisme, la gestion des villes, la psychanalyse, la psychologie, l’histoire du cosmos, le socialisme…

« Quelques lecteurs crieront au rêve, au visionnaire. Patience ! sous peu nous les éveillerons eux-mêmes d’un rêve bien affreux, le rêve de la civilisation. Aveugles savants, voyez vos villes pavées de mendiants, vos citoyens luttant contre la faim, vos champs de bataille et toutes vos infamies sociales. Croirez-vous, après cela, que la civilisation soit la destinée du genre humain ? »

« L’achèvement de cette immense théorie serait une tâche beaucoup trop forte pour une seule tête et même pour plusieurs ; aussi me suis-je arrêté spécialement au calcul le plus urgent, celui du mouvement social et de la destinée sociétaire des nations industrieuses. J’ai déterminé dans les plus petits détails tout le mécanisme de l’harmonie, depuis les procédés de l’administration centrale jusqu’aux minuties des relations domestiques, qui s’exercent dans un ordre diamétralement opposé au nôtre… Dès que le peuple jouira constamment de l’aisance et d’un minimum décent, toutes les sources de discorde seront taries ou réduites à très peu de chose… Ce minimum décent doit être une somme au-dessous de laquelle il ne puisse pas tomber… La métamorphose graduées est l’art d’élever chacune des classes de la civilisation au sort de la classe supérieure… Car en quoi consiste le bonheur, sinon à ressentir et assouvir une immense quantité de passions non malfaisantes ? Tel sera le sort des humains lorsqu’ils seront délivrés de l’état civilisé, barbare et sauvage ; leurs passions seront si innombrables, si bouillantes, si variées, que l’homme opulent passera sa vie dans une sorte de frénésie permanente… L’attraction passionnée est fixe comme la physique ; s’il y a sept couleurs dans le rayon, il y a sept passions primitives dans l’âme. S’il y a quatre courbes dans le cône, il y a quatre groupes d’attraction passionnée dont les propriétés sont les mêmes que celles des sections coniques. Rien ne peut varier dans ma théorie… Cette synthèse forme le code de l’harmonie sociale qui va durer environ soixante mille ans ; après quoi, le luxe déclinant fortement par le refroidissement du globe, le genre humain retombera en subversion par la chute du luxe qui est le pivot de l’harmonie ; et la carrière humaine finira comme elle a commencé, par les sociétés civilisées, barbare, sauvage et autres qui sont de l’ordre subversif. » (Bulletin de Lyon n°32 et lettre à Fouché)

« La théorie des quatre mouvements et des destinées générales » :

« J’entends appliquer le doute à la civilisation douter de sa nécessité, de son excellence et de sa permanence. »

« Le bonheur de l’homme, en amour, se proportionne à la liberté dont jouissent les femmes. (...) L’avilissement du sexe féminin est un trait essentiel à la fois de la civilisation et de la barbarie, avec cette seule différence que l’ordre civilisé élève chacun des vices que la barbarie pratique en mode simple, à un mode d’existence composé, à double sens, ambigu et hypocrite... Personne n’est plus profondément puni que l’homme du fait que la femme est maintenue dans l’esclavage. »

« L’extension des privilèges des femmes est le principe général de tous les progrès sociaux… »

« La femme libre » :

« On ne peut pas émanciper les femmes avant les hommes qu’il faut affranchir des chaînes du ménage familial, des corvées de dépense énorme pour une femme et des enfants, pour éducation, entretien, placement et dotation…

Dans « La théorie de l’unité universelle », Fourier combat la pollution de l’air :

« J’ai posé en principe que l’atmosphère est une branche du domaine cultivable, domaine que l’industrie humaine peut modifier en divers degrés… L’air est un champ soumis aussi bien que les terres à l’exploitation industrielle… Le raffinage atmosphérique passe par la voie de la culture intégrale du globe. »

Il y développe des principes qu’on dirait écologiques aujourd’hui :

« On place des champs sur des sommets où conviendraient des forêts, puis des forêts dans une plaine apte à la culture des céréales : les trois quarts des sommets de chaînes sont dégarnis de bois, quoiqu’on sache fort bien qu’ils ont la possibilité de carder les vents, d’en amortir les malignes influences. »

Pour Fourier, la répression des passions est une cause importante de souffrances des êtres humains. Il écrit dans « Théorie de l’unité universelle » :

« Beaucoup de civilisés sont condamnés à l’inquiétude perpétuelle, par la pression d’une dominante engorgée ; c’est-à-dire par une passion impérieuse qu’ils ne peuvent ni ne pourront jamais contenter, faute de fortune, comme le goût des voyages, le goût des bâtiments, etc. »

« La vie est un long supplice pour celui qui exerce des fonctions sans attrait. La morale nous ordonne d’aimer le travail : qu’elle sache donc le rendre aimable, et d’abord introduire le luxe dans les cultures et les ateliers. Si l’appareil est pauvre, dégoûtant, comment exciter l’attraction industrielle. »

Dans « Formation d’un Phalanstère d’attraction », Fourier écrit : « Tout travail peut devenir un plaisir si la durée en est courte, si l’assemblée est bien composée, et les fonctions bien distribuées à chacun selon son aptitude. »

Un manuscrit de Fourier publié en 1851 :

« L’ordre sociétaire n’admet ni modération ni médiocrité en essor de passion. Il les veut ardentes et raffinées ; il les fait concorder d’autant plus facilement qu’elles sont plus vives et plus nombreuses. »

« L’ordre combiné a cette propriété d’éloigner l’un de l’autre ceux qui ne se conviennent pas, ou de les occuper à des fonctions différentes s’ils se rencontrent dans le même groupe. »

Fourier écrit dans « Anarchie industrielle et scientifique » :

« Les plaisirs, et à plus forte raison, les travaux, perdent leur charme au bout de deux heures ; la nature veut donc les courtes séances, contre l’opinion de la morale qui veut la monotonie et les séances longues d’une journée dans un atelier, sans autre fonction pendant l’année entière. »

Fourier écrit dans « Le Phalanstère » :

« La théorie d’industrie attrayante n’est autre chose qu’une théorie de plaisirs appliqués à l’industrie domestique, agricole et manufacturière. »

« Le nouveau monde industriel » :

« Le mécanisme des séries passionnées a besoin des discords autant que des accords ; il utilise les disparates de caractères, de goûts, d’instincts, de fortune, de prétentions, de lumières, etc. Une série ne s’alimente que d’inégalités contrastées et échelonnées ; elle exige autant de contraires ou antipathies, que de concerts ou sympathies ; de même qu’en musique on ne forme un accord qu’en excluant autant de notes qu’on en admet. »

« L’opéra et la cuisine » :

« La cuisine, fonction dédaignée des philosophes, est un des quatre rouages du service alimentaire qui sont : 1. culture ; 2. conserve ; 3. cuisine ; 4. gastronomie… D’ailleurs, l’état de cuisinier est parmi nous un travail mercenaire, sans considération. Il tient un rang éminent en Harmonie, où les cuisiniers en chef font partie des quatre souverains ambigus, de sorte qu’un habile cuisinier est considéré comme parmi nous un ministre d’Etat. Il est pivot de l’éducation et des jouissances. »

« Cités ouvrières. Des modifications à introduire dans l’architecture des villes » :

« Une nation, un siècle qui ne sait pas pourvoir au luxe général des édifices, ne peut faire aucun progrès dans la carrière du bonheur social… Le plan ou la distribution de la ville doit être mis en concours composé, c’est-à-dire qu’on n’adopte pas un plan simple, comme en civilisation, où l’on donne la préférence à tel ou tel, mais l’on prend de chacun ce qu’il a de bon pour composer un tout… Le régime de propriété doit être modifiable selon l’intérêt public : exiger de chacun, sauf indemnité, qu’il distribue ses façades de maison et portion visible de jardin selon la convenance publique, et selon les règles de luxe adoptées pour les enceintes de divers degrés… Cela comprend l’ordre de maintenir un édifice en statu quo, parce que son état actuel convient à tout le monde… Chaque avenue, chaque rue doit aboutir à un point de vue quelconque, soit de campagne, soit de monument public. Il faut éviter la coutume des civilisés, dont les rues aboutissent à un mur, comme dans les forteresses, ou un amas de terre, comme dans la ville neuve de Marseille… Toute maison de la ville ou enceinte centrale doit avoir en terrain vacant, cour ou jardin, une surface égale à celle qu’occupent les constructions. S’il y a cent toises carrées de bâtiment, il faut au moins cent toises carrées de cour ou jardin ; précaution nécessaire contre les spéculateurs qui amoncellent de pauvres ménages dans des maisons sans cours, dont la hauteur démesurée s’oppose à la circulation de l’air… Tous les murs de clôture seront ouverts et palissadés ou grillés à hauteur d’appui, afin que la vue puisse librement circuler, et qu’on ne s’achemine pas entre des murailles… Le penchant des civilisés à la monotonie leur a fait oublier partout les rues inverses, présentant le jardin au-devant de la maison… C’est un mode qui réunit, au sein des villes, les charmes de la campagne, et on doit ménager bon nombre de rues de cette espèce… On a dû s’occuper de l’utile, répondront nos architectes. C’est faux. Ils n’ont que des vues sordides et sans génie intuitif, et d’ailleurs, seraient-ils justifiés par cet argument de l’utile ? Non, car en ne s’occupant que de l’utile, on n’obtient ni l’utile ni l’agréable… »

« Sur le rôle des passions » :

« (…) L’ordre sociétal doit donc employer et développer toutes les variétés de goût et de caractère dans une échelle de gradations nuancées. Il forme un groupe pour représenter chaque variété sans porter de jugement sur le mérite d’un goût particulier. Tous les goûts et penchants sont bons et ils ont tous leur utilité, à condition qu’ils puissent être faits pour former une série avec des ailes ascendantes et descendantes et des groupes de transition à chaque extrême pour représenter des goûts inhabituels et particuliers. Lorsqu’une série est ainsi arrangée, selon les méthodes qui seront expliquées dans le corps du traité, chacun de ses groupes coopérera harmonieusement avec tous les autres, qu’ils soient au nombre de cent. Les groupes ressembleront aux rouages d’une roue qui sont tous utiles à condition qu’ils s’engrènent correctement.

Le calcul de la série passionnée va établir un principe flatteur pour toute la race humaine : il démontrera que tous les goûts qui ne sont ni nuisibles ni gênants pour les autres ont une fonction précieuse dans l’état sociétal. Ils deviendront utiles dès qu’ils seront développés en série, c’est-à-dire selon une échelle graduée dans laquelle chaque nuance de goût est représentée par un groupe.

La théorie de l’association n’est donc rien d’autre que l’art de former et d’activer des séries passionnées. Dès que cette science a été découverte sur un globe, elle peut à la fois établir l’unité sociale et atteindre le bonheur individuel et collectif. Il est donc urgent que la race humaine acquière une connaissance de cette théorie.

La série passionnée doit être contrastée, imbriquée et maintenue dans un état de rivalité et d’exaltation. Une série ne remplissant pas ces conditions n’a pas pu remplir ses fonctions dans le mécanisme de l’harmonie.

Une série doit être contrastée, c’est-à-dire que ses groupes doivent être organisés dans l’ordre croissant et décroissant. Ainsi, pour former une série d’une centaine d’individus classés par âge, il convient d’adopter la division suivante :

Aile ascendante : Groupes de nourrissons et d’enfants.

Centre de la série : Groupes d’adolescents et d’adultes.

Aile descendante : Groupes de personnes âgées.

La même méthode doit être suivie pour classer les séries de passions et de traits de caractère.

Cette méthode permet de faire ressortir les contrastes et donc de susciter l’enthousiasme dans les différents groupes. Chaque groupe devient passionnément accro à son penchant dominant ou à son goût spécial. En même temps, il développe des goûts et des penchants contrastés, et il devient critique des penchants et des occupations des groupes contigus de la série, avec laquelle il est en rivalité.

Ce système de classification progressive ou graduée crée des sympathies et des alliances entre les groupes contrastés, et des antipathies ou dissidences entre des groupes contigus aux goûts similaires.

La série a autant besoin de discordes que d’harmonies. Elle doit être stimulée par une multitude de prétentions rivales qui donneront lieu à des alliances cabalistiques et deviendront une incitation à l’émulation. Sans contrastes, il serait impossible de former des ligues entre les groupes et de susciter l’enthousiasme ; la série manquerait d’ardeur pour ses travaux, et son travail serait inférieur en qualité et en quantité.

La deuxième condition nécessaire est d’établir des intrigues et des rivalités actives au sein d’une série. Comme cela devrait résulter de la régularité des contrastes et de la distribution graduelle des nuances ou des variétés, on peut dire que cette seconde condition est remplie une fois la première satisfaite. Bien sûr, il y a plus à dire sur les moyens par lesquels les intrigues sont créées, mais cela viendra plus tard.

La troisième condition à remplir est celle du maillage ou de l’articulation des différentes séries. Cela ne peut avoir lieu que si les groupes changent leur travail à intervalles réguliers, disons toutes les heures ou au plus toutes les deux heures. Par exemple, un homme peut être employé :

A 5h00 du matin dans un groupe de bergers.

À 7 h 00 dans un groupe de travailleurs sur le terrain.

À 9 h 00 dans un groupe de jardiniers.

Une session de deux heures est la plus longue admissible en Harmonie ; l’enthousiasme ne peut pas durer plus longtemps que cela. Si le travail n’est pas attrayant en soi, la session doit être réduite à une heure.

Dans l’exemple qui vient d’être donné, les trois séries de bergers, les travailleurs de terrain et les jardiniers seront maillés par le processus d’échange réciproque des membres. Il n’est pas nécessaire que cet échange soit complet - pour chacun des vingt hommes engagés dans l’entretien des troupeaux de partir et de travailler dans les champs à 7h00. Il suffit que chaque série fournisse aux autres plusieurs membres issus de ses différents groupes. L’échange de quelques membres suffira à établir un lien ou un maillage entre les différentes séries.

Une série passionnée agissant isolément serait inutile et ne pourrait remplir aucune fonction de caractère harmonique. Rien de plus simple que d’organiser une ou plusieurs séries industrielles dans une grande ville comme Paris. Ils pourraient être engagés dans la culture de fleurs ou de fruits ou toute autre chose, mais ils seraient complètement inutiles. Il faut au moins cinquante séries pour remplir la troisième condition, celle du maillage. C’est pour cette raison que la théorie de l’association ne peut être expérimentée sur un petit nombre de personnes, disons vingt familles ou cent individus. Il faudrait au moins quatre cents personnes - hommes, femmes et enfants - pour former et mailler les cinquante séries nécessaires à l’activation du mécanisme de simple association. Pour organiser une association composée, au moins quatre cents séries, nécessitant quinze ou seize cents personnes, seraient nécessaires.

Du rôle des passions

Tous ces caprices philosophiques appelés devoirs n’ont aucun rapport avec la nature ; le devoir vient des hommes, l’attraction vient de Dieu ; maintenant, si nous désirons connaître les desseins de Dieu, nous devons étudier l’Attraction, la Nature uniquement, sans aucun égard pour le devoir, qui varie avec chaque âge, tandis que la nature des passions a été et restera invariable parmi toutes les nations des hommes.

Le monde savant est entièrement imprégné d’une doctrine appelée MORALITÉ, qui est un ennemi mortel de l’attraction passionnelle.

La morale enseigne à l’homme d’être en guerre contre lui-même, de résister à ses passions, de les réprimer, de croire que Dieu était incapable d’organiser sagement nos âmes, nos passions ; qu’il avait besoin des enseignements de Platon et de Sénèque pour savoir comment distribuer les caractéristiques et les instincts. Imprégné de ces préjugés concernant l’impuissance de Dieu, le monde savant n’était pas qualifié pour estimer les impulsions naturelles ou les attraits passionnels, que la morale proscrit et relègue au rang de vices.

Il est vrai que ces impulsions ne nous poussent au mal que si nous y cédons individuellement ; mais nous devons calculer leur effet sur un corps d’environ deux mille personnes socialement combinées, et non sur des familles ou des individus isolés : c’est ce à quoi le monde instruit n’a pas pensé ; en l’étudiant, il aurait reconnu que dès que le nombre d’associés (sociétaires) a atteint 1600, les impulsions naturelles, appelées attractions, tendent à former des séries de groupes contrastés, dans lesquels tout incite à l’industrie, devient attractif, et à vertu, devenir lucrative.

Les passions, considérées comme les ennemis de la concorde, conduisent en réalité à cette unité dont nous les jugeons si éloignées. Mais en dehors du mécanisme appelé « série exaltée », émulatrice, imbriquée (engrène), ce ne sont que des tigres déchaînés, des énigmes incompréhensibles. C’est cela qui a fait dire aux philosophes que nous devons les réprimer ; une opinion doublement absurde dans la mesure où nous ne pouvons réprimer nos passions que par la violence ou en absorbant le remplacement, lequel remplacement n’est pas une répression. D’un autre côté, s’ils étaient efficacement réprimés, l’ordre civilisé déclinerait rapidement et retrouverait une rechute dans l’État nomade, où les passions seraient toujours aussi malveillantes que chez nous. La vertu des bergers est aussi douteuse que celle de leurs apologistes et nos faiseurs d’utopies, en attribuant ainsi des vertus à des peuples imaginaires, ne parviennent qu’à prouver l’impossibilité d’introduire la vertu dans la civilisation.

Nous connaissons bien les cinq passions sensibles tendant au luxe, les quatre passives affectives tendant aux groupes ; il ne nous reste plus qu’à en apprendre davantage sur les trois distributives dont l’impulsion combinée produit des séries, une méthode sociale dont le secret a été perdu depuis l’âge de l’humanité primitive, qui n’a pas pu maintenir la série plus de 300 ans environ.

Les quatre passions affectives tendant à former les quatre groupes d’amitié, d’amour, d’ambition, de paternité ou de consanguinité sont assez familières ; mais aucune analyse, aucun parallèle ni aucune échelle n’en ont été faits.

Les trois autres, appelés distributifs, sont totalement incompris, et ne portent que le titre de vices, bien qu’ils soient infiniment précieux ; car ces trois possèdent la propriété de former et de diriger la série des groupes, moteur de l’harmonie sociale. Puisque ces séries ne se forment pas dans l’ordre civilisé, les trois passions distributives ne causent que le désordre. »

« Le Phalanstère » :

Il faut qu’une entreprise de 1500 à 1600 personnes ait un terrain comprenant une bonne ligue carrée, disons une surface de six millions de toises carrées (n’oublions pas qu’un tiers de cela suffirait pour le mode simple).

Le terrain doit être pourvu d’un fin jet d’eau ; elle doit être coupée par des collines et adaptée à une culture variée ; elle doit être contiguë à une forêt, et non loin d’une grande ville, mais suffisamment pour échapper aux intrus.

Le Phalanstère expérimentale, isolée et sans le soutien des Phalanstères voisines, aura, par suite de cet isolement, tant de lacunes d’attraction, et tant de calmes passionnels à redouter dans son fonctionnement, qu’il faudra lui fournir la l’aide d’un bon emplacement adapté pour une variété de fonctions. Un pays plat comme Anvers, Leipzig, Orléans serait totalement inadapté et entraînerait l’échec de nombreuses séries, en raison de l’uniformité de la surface terrestre. Il faudra donc choisir une région diversifiée, comme les environs de Lausanne, ou, à tout le moins, une belle vallée dotée d’un ruisseau et d’une forêt, comme la vallée de Bruxelles ou de Halle. Un bon emplacement près de Paris serait la portion de pays située entre Poissy et Confleurs, Poissy et Meulan.

Une entreprise sera collectée composée de 1 500 à 1 600 personnes diplômées de fortune, âge, caractère, de connaissances théoriques et pratiques ; on veillera à assurer la plus grande variété possible, car plus les variations des passions ou des facultés des membres seront nombreuses, plus il sera facile de les harmoniser en peu de temps.

Dans ce quartier consacré à l’expérimentation, il convient de combiner toutes les espèces de cultures praticables, y compris celle des conservatoires et des maisons chaudes ; en outre, il devrait y avoir au moins trois usines accessoires, à utiliser en hiver et les jours de pluie ; en outre, diverses branches pratiques des sciences et des arts, indépendantes des écoles.

Surtout, il faudra fixer la valorisation du capital investi en actions ; terres, matériaux, troupeaux, instruments, etc. Ce point devrait, semble-t-il, être parmi les premiers à retenir l’attention ; Je pense qu’il vaut mieux le rejeter ici. Je me bornerai à remarquer que tous ces investissements en actions cessibles et en coupons seront représentés.

Un Phalanstère expérimental, obligé de démarrer avec du travail agricole, ne sera pas pleinement opérationnel avant le mois de mai (dans un climat de 50 degrés, disons dans la région de Londres ou Paris) ; et, puisqu’il faudra former les liens d’union générale, les liens harmonieux de la Série, avant la suspension du travail de terrain, avant le mois d’octobre, il y aura à peine cinq mois de pleine pratique dans une région de 50 degrés : le travail devra être accompli dans ce court espace.

Le procès serait donc beaucoup plus pratique dans une légion tempérée, comme Florence, Naples, Valence, Lisbonne, où ils auraient huit à neuf mois de pleine culture et une bien meilleure occasion de consolider les liens d’union, car il il ne resterait plus que deux ou trois mois de calme passionnel jusqu’à l’avènement du deuxième printemps, moment où le Phalanstère, reprenant le travail agricole, refait ses liens et ses cabales avec beaucoup plus de zèle, les imprégnant d’un degré de intensité bien supérieure à celle de la première année ; il serait désormais dans un état de consolidation complète, et assez fort pour résister au calme passionnel du deuxième hiver.

Nous verrons dans le chapitre sur les hiatus d’attraction, que le premier Phalanstère aura, en raison de son isolement social et d’autres obstacles inhérents au canton expérimental, douze obstacles particuliers à surmonter, obstacles que les Phalanstères ont par la suite fondés n’auraient pas à affronter avec. C’est pourquoi il est si important que le canton expérimental bénéficie d’une assistance sur le terrain de huit ou neuf mois, comme celle de Naples et de Lisbonne.

Continuons avec les détails de la composition.

Au moins sept huitièmes des membres devraient être des cultivateurs et des fabricants ; le reste sera composé de capitalistes, d’universitaires et d’artistes.

Le Phalanstère serait mal classé et difficile à équilibrer, si parmi ses capitalistes il y en avait plusieurs ayant 100 000 francs, plusieurs 50 000 francs, sans fortune intermédiaire. Dans un tel cas, il faudrait chercher à se procurer des fortunes intermédiaires de 60 000, 70 000, 80 000, 90 000 francs. Le Phalanstère le mieux diplômé à tous égards élève l’harmonie sociale et les profits au plus haut degré.

On est tenté de croire que nos sybarites ne souhaiteraient pas s’associer à Grosjean et Margot : ils le sont encore aujourd’hui (comme je crois l’avoir déjà souligné). Le riche n’est-il pas obligé de discuter de ses affaires avec vingt paysans qui occupent ses fermes et qui sont tous d’accord pour en tirer un avantage illégal ? Il est donc l’associé du paysan, obligé de s’enquérir des bons et des mauvais fermiers, de leur caractère, de leur moralité, de leur solvabilité et de leur industrie ; il s’associe de façon très directe et très fatigante avec Grosjean et Margot. Dans Harmony, il sera leur associé indirect, étant dégagé des comptes concernant la gestion, qui seront réglementés par les régents, les surveillants et les officiers spéciaux, sans qu’il soit nécessaire pour le capitaliste d’intervenir ou de courir le moindre risque de fraude. Il sera donc libéré des traits désagréables de son association actuelle avec la paysannerie ; il en formera un nouveau, où il ne leur fournira rien, et où ils ne seront que ses amis obligeants et dévoués, selon les détails donnés sur la gestion de la Série et des retrouvailles. S’il prend la tête des festivals, c’est qu’il a accepté d’accepter le grade de capitaine. S’il leur fait une fête, c’est parce qu’il prend plaisir à reconnaître leurs aimables attentions continuelles.

Ainsi l’argument invoqué sur la répugnance à l’association entre Mondor et Grosjean, déjà associé en fait, n’est que, comme tous les autres, un chipotage dénué de sens.

L’édifice occupé par un Phalanstère ne ressemble en rien à nos constructions, qu’elles soient de ville ou de campagne ; et aucun de nos bâtiments ne pouvait être utilisé pour établir une grande harmonie de 1 600 personnes - pas même un palais de siège comme Versailles, ni un grand monastère comme l’Escurial. Si, à des fins d’expérimentation, seule une Harmonie négligeable de 200 ou 300 membres, ou une hongrée de 400 membres est organisée, un monastère ou un palais (Meudon) pourrait y être utilisé.

Les logements, les plantations et les écuries d’une société dirigée sur le plan de séries de groupes doivent être très différents de nos villages et bourgs, destinés aux familles sans lien social et agissant de façon perverse ; à la place de cette classe de petites maisons qui rivalisent de saleté et de disgrâce dans nos petites villes, un Phalanstère se construit un édifice aussi régulier que le permet le sol : voici un schéma de répartition pour un lieu favorable au développement.

La partie centrale du Palais ou de la Phalanstérie devrait être affectée à des usages pacifiques et contenir les salles à manger, les salles de finances, les bibliothèques, les bureaux, etc. Dans cette partie centrale se trouvent le lieu de culte, la tour d’ordre, le télégraphe, les boîtes postales, les carillons de cérémonie, l’observatoire, la cour d’hiver ornée de plantes résineuses, et situés à l’arrière de la cour de parade.

Une des ailes doit combiner tous les ateliers bruyants, tels que l’atelier de menuiserie, la forge, tous les travaux de marteau ; il devrait contenir également tous les rassemblements industriels d’enfants, qui sont généralement très bruyants dans l’industrie et même dans la musique. Cette combinaison évitera une grande contrariété de nos villes civilisées, où nous trouvons un homme travaillant avec un marteau dans chaque rue, un marchand de fer ou de tyro sur le clarionet, qui brise le tympan d’une cinquantaine de familles dans les environs.

L’autre aile devrait contenir le caravansérail avec ses salles de bal et ses salles adaptées aux rapports avec les étrangers, afin que ceux-ci ne puissent pas encombrer la partie centrale du palais et embarrasser les relations domestiques du Phalanstère. »

Fourier et la psychanalyse

Qui était le socialiste utopique Fourier

Le socialisme utopique de Fourier, la sexualité et le mariage bourgeois

« Théorie des quatre mouvements et des destinées générales »

« Le nouveau monde amoureux »

« Théorie de l’unité universelle » tome 1

« Théorie de l’unité universelle » tome 2

« Égarement de la raison démontré par le ridicule des sciences incertaines »

« Fausseté des amours civilisés »

« Avis aux civilisés relativement à la prochaine métamorphose sociales »

« Du libre arbitre »

Œuvres complètes

Fourier in english

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